La Lance du yin conforme (陰符鎗譜) attribuée à Wang Zongyue : le manuscrit de 1795 et ses cinquante-quatre articles

Le Yinfu qiang pu (陰符鎗譜, « Manuscrit de la lance du yin conforme ») est un petit traité de lance attribué à Wang Zongyue (王宗岳), le maître de Shanxi auquel la tradition du taiji quan rattache aussi les grands classiques de la boxe. Il nous est parvenu par un livret manuscrit acheté vers 1931 chez un bouquiniste du quartier des ateliers de Pékin par l’historien Tang Hao (唐豪, 1897-1959), qui le fit connaître au public en 1936 ; la préface du livret est datée de l’année yimao (乙卯), c’est-à-dire 1795, sous le règne de l’empereur Qianlong, et situe l’auteur à Luoyang en 1791, puis à Kaifeng, où son élève passa les examens provinciaux. L’authenticité du document est discutée — Tang Hao lui-même en doutait, et l’on ne peut affirmer avec certitude que le texte soit réellement de Wang Zongyue — mais son contenu est bien celui d’un art de la lance de la fin du XVIIIe siècle, et son vocabulaire est celui des textes classiques du taiji quan : coller et suivre sans se détacher, opposité du yin et du yang, souplesse qui use la dureté. Le livret se termine sur le Taiji quan lun et les autres classiques de la boxe — textes déjà traduits sur ce site —, ce qui explique le titre donné par Tang Hao à sa publication : La Lance du yin conforme et les Classiques du taiji quan de Wang Zongyue. Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original, qui est imprimé sans ponctuation. ...

17 octobre 2026 · 28 min · 5912 mots

Le Manuel de taiji quan de la famille Li (李氏太極拳譜) : les écrits de Li Yiyu et de Wu Yuxiang, édition de 1936

Le Li shi taiji quan pu (李氏太極拳譜, « Le Manuel de taiji quan de maître Li ») est le recueil des écrits de Li Yiyu (李亦畬, nom personnel Li Jinglun 李經綸, 1832-1892), lettré de Yongnian, dans le Hebei, qui fut l’élève — et le neveu par sa mère — de Wu Yuxiang (武禹襄, 1812-1880). Sur la fin des Qing, Yongnian était, avec Chenjiagou au Henan, l’un des grands foyers du taiji quan, et trois familles y tenaient le haut du pavé : les Yang, les Wu et les Li. C’est de Wu Yuxiang et de Li Yiyu que procède la lignée dont Hao Weizhen (郝為眞, 1842-1920) hérita — celle que l’on appelle aujourd’hui le style Wu. Li Yiyu apprit l’art à partir de 1853 et y travailla plus de vingt ans ; ses textes — la formule des cinq mots, les Essentiels du travail de l’enchaînement et de la poussée des mains, le secret du lâcher — sont, avec ceux de son oncle, la source de tout ce que la tradition du taiji quan appelle les « classiques » de la famille Wu. Le manuscrit resta dans la famille, recopié et corrigé de génération en génération, et c’est son petit-fils Li Huaiyin (李槐蔭) qui le fit imprimer au printemps 1936 sous le nom de la salle familiale, le « Pavillon Lianrang » (廉讓堂, « la salle de la modération et du désistement »). Li Yiyu est mort en 1892 et Wu Yuxiang en 1880 : le texte chinois est depuis longtemps dans le domaine public. Le volume s’ouvre sur le nom de l’art et sur la nomenclature des postures — mains nues, sabre et lance — puis donne le Traité du taiji quan de Wang Zongyue avec les commentaires qu’y ajoute Li Yiyu, les quatre chants du chapitre quatre (dont le grand poème de soixante vers qui suit l’enchaînement posture par posture), les trois écrits de Wu Yuxiang et les cinq textes de Li Yiyu lui-même, pour finir par un court écrit de son frère cadet Li Qixuan et par une liste de mouvements d’épée ajoutée à la fin du manuscrit. Ce sont ces sept chapitres, c’est-à-dire tout le noyau classique du livre, que l’on trouvera traduits ci-dessous ; les préfaces et notices biographiques de l’édition de 1936 sont signalées en fin d’article. Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original. ...

17 octobre 2026 · 43 min · 8980 mots

Le Vrai Sens de l'obtention de la Voie par les luohan d'Occident (西域羅漢得道真詮) du Daoïste Shengxiao : les dix-huit exercices du Luohan

Le Xiyu luohan dedao zhenquan (西域羅漢得道真詮, « Explication véritable de l’obtention de la Voie par les luohan d’Occident ») est un court traité d’exercices de daoyin (導引, travail du corps et du souffle) transmis sous le nom d’un certain Daoïste Shengxiao (升霄道人, « le Daoïste qui s’élève au firmament »). Le texte n’a pas circulé de son temps comme un livre imprimé : il fait partie du recueil manuscrit Shaolin yibo zhenzhuan (少林衣缽真傳, « La Véritable Transmission du vêtement et du bol de Shaolin »), dont la rédaction est datée aux environs de 1800. Le traité décrit dix-huit exercices (十八勢), chacun divisé en deux à cinq « postures » (勢), soit soixante-neuf postures en tout, suivies d’un tableau anatomique de contemplation interne, d’un poème de clôture et d’une « clef » de la pratique. La prose n’y tient presque aucune place : chaque posture est donnée sous la forme d’un petit poème de six à douze vers de sept caractères, où le geste, la respiration et l’imagerie taoïste — dantian, petite révolution céleste, union de l’eau et du feu, cœur et reins, heures zi et wu — s’entremêlent. Les noms des postures sont ceux des vieux récits et des vieilles images : Xiang Yu soulevant le chaudron, Weituo présentant son sceptre, le tigre bondissant sur l’homme, le vieux moine entrant en méditation, Chen Tuan dormant d’un sommeil de huit cents ans. Le texte chinois compte environ 5 300 caractères et il est dans le domaine public : manuscrit du début du XIXe siècle, antérieur de plus d’un siècle à toute littérature martiale moderne. Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original. ...

17 octobre 2026 · 42 min · 8877 mots

Les Techniques choisies de la boxe du héros (雄拳折法) de Gao Xingfang

Le Xiong quan zhe fa (雄拳折法, « Techniques choisies de la boxe du héros ») est un mince recueil de boxe du sud de la Chine, signé Gao Xingfang (高興方), dont on ne sait rien d’autre que le nom porté en tête du livret. Le texte ne comporte ni préface, ni date, ni généalogie : c’est un aide-mémoire de praticien, une suite de formules destinées à rafraîchir la mémoire de quelqu’un qui connaît déjà l’enchaînement. La langue est celle des manuscrits populaires du Guangdong : chinois écrit sans ponctuation, caractères usuels abrégés ou d’usage local (㬹 pour le coude, 𠬧 pour « retirer », 乕 pour le tigre), et une terminologie technique qui n’appartient à aucune des grandes écoles constituées du nord. On peut situer le livret avec une relative précision. Un ouvrage répondant exactement à cette description — même titre, même auteur, même contenu — est recensé dans un numéro du Canton Register de 1829, ce qui établit qu’il fut composé au plus tard cette année-là, et peut-être bien plus tôt. Le texte chinois est donc depuis longtemps dans le domaine public. L’ouvrage se divise en trois parties : la méthode de déroulement de l’ensemble individuel (雄拳演法論), une suite ininterrompue qui décrit le set d’un seul souffle ; puis deux séries de figures nommées, les unes empruntées au travail de conditionnement, les autres à l’enchaînement lui-même ; enfin douze exercices à deux, où les partenaires échangent des attaques à mains nues, au bâton, au sabre, au bouclier, à la fourche et à la pique-fourche. Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original. Le texte d’origine étant écrit sans ponctuation, je l’ai divisé en segments pour la lisibilité ; l’ordre et la teneur n’ont pas été modifiés. ...

17 octobre 2026 · 12 min · 2461 mots

L'Art du taiji (太極功) de la famille Song : le manuscrit de Song Shuming

Le Taiji gong (太極功, « L’Art du taiji ») est un court traité manuscrit que la tradition rattache à la famille Song (宋), et que Song Shuming (宋書銘) — le maître qui, dans les années 1910 et 1920, enseigna le taiji quan à plusieurs des figures fondatrices de l’art moderne à Pékin — tenait pour l’héritage de ses ancêtres. Le document lui-même ne porte pas son nom : il ne parle que de « mon ancêtre Song Yuanqiao » (宋遠橋). Wu Tunan (吳圖南, 1884-1989) raconta en 1983 qu’un ami, Zhang Ximing, le lui avait confié en 1908 ; il en aurait ensuite fait des copies pour Xu Yusheng, Wu Jianquan, Yang Shaohou, Liu Caichen, Liu Enshou et Ji Zixiu, ce qui explique la parenté de plusieurs manuels parus dans les décennies suivantes avec ce texte. Le traité se présente comme la généalogie de quatre transmissions parallèles, portant chacune un nom d’art différent : les Trente-Sept (三十七) reçus de Xu Xuanping sous les Tang, les Treize formes (十三式) reçus de Li Daozi, la Petite Voûte suprême (小九天) de Han Gongyue et la Méthode de la nature acquise (後天法) de Hu Jingzi. Chaque lignée est accompagnée de sa liste de postures, et les Trente-Sept de cinq écrits brefs (chant des huit techniques, discours du cœur, grand usage du corps, seize points essentiels, chant de la fonction). Le recueil se ferme sur les règles de transmission de l’école : les dix personnes à ne pas instruire, les quatre prohibitions et les trois petits interdits de la pratique. Le texte est traduit ici intégralement d’après les passages chinois reproduits dans l’article de Paul Brennan ; les vingt-cinq pages du manuscrit de 1908 qui l’accompagnent (page de titre et vingt-quatre feuillets) sont reproduites en regard. Le manuscrit et les pièces de vers qu’il cite sont dans le domaine public. Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original. ...

17 septembre 2026 · 35 min · 7322 mots