Le Yinfu qiang pu (陰符鎗譜, « Manuscrit de la lance du yin conforme ») est un petit traité de lance attribué à Wang Zongyue (王宗岳), le maître de Shanxi auquel la tradition du taiji quan rattache aussi les grands classiques de la boxe. Il nous est parvenu par un livret manuscrit acheté vers 1931 chez un bouquiniste du quartier des ateliers de Pékin par l’historien Tang Hao (唐豪, 1897-1959), qui le fit connaître au public en 1936 ; la préface du livret est datée de l’année yimao (乙卯), c’est-à-dire 1795, sous le règne de l’empereur Qianlong, et situe l’auteur à Luoyang en 1791, puis à Kaifeng, où son élève passa les examens provinciaux.
L’authenticité du document est discutée — Tang Hao lui-même en doutait, et l’on ne peut affirmer avec certitude que le texte soit réellement de Wang Zongyue — mais son contenu est bien celui d’un art de la lance de la fin du XVIIIe siècle, et son vocabulaire est celui des textes classiques du taiji quan : coller et suivre sans se détacher, opposité du yin et du yang, souplesse qui use la dureté. Le livret se termine sur le Taiji quan lun et les autres classiques de la boxe — textes déjà traduits sur ce site —, ce qui explique le titre donné par Tang Hao à sa publication : La Lance du yin conforme et les Classiques du taiji quan de Wang Zongyue.
Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original, qui est imprimé sans ponctuation.
Titre et attribution (書名)
陰符鎗譜
王宗岳
« Manuscrit de la lance du yin conforme », par Wang Zongyue.
Le titre est un hommage au Yinfu jing (陰符經, « Classique du yin conforme »), le court traité taoïste de stratégie et d’alchimie intérieure auquel le texte emprunte son nom : yin (陰), « le caché », et fu (符), « ce qui s’accorde » — le titre signifie donc exactement « la lance qui se cache et qui répond », la dissimulation dans le repos et la conformité au mouvement de l’adversaire.
Préface (陰符鎗譜敍)
蓋自易有太極始生兩儀而陰陽之義以名然道所宜一理百體而安萬化者則不存乎陽而存乎陰孔子曰尺蠖之屈以求伸之也龍蛇之蟄以存身也古今來言道家本乎此卽古今來談兵之家亦有未能出乎此者也每慨世之所謂善槊者類言勢而不言理夫宰勢而不言理是徒知有力而不知有巧也非精於技者矣
Depuis que le Yi (易, le Livre des changements) posa le Taiji, d’où naquirent les deux figures (兩儀), le sens du yin et du yang a reçu son nom. Or, ce par quoi la Voie convient à l’unité du principe et met en repos les cent corps et les dix mille transformations ne réside pas dans le yang, mais dans le yin. Confucius a dit : « La chenille se courbe afin de s’étendre ; le serpent et le dragon s’enfouissent afin de conserver leur vie. » Depuis l’antiquité, ceux qui parlent de la Voie s’appuient là-dessus, et ceux qui parlent de l’art de la guerre n’ont pu eux non plus sortir de là. Je déplore chaque fois que ceux qu’on dit habiles au long bois (槊) ne parlent en général que de posture et jamais de principe : gouverner la posture sans parler du principe, c’est ne connaître que la force et ignorer l’habileté ; ce n’est point là être expert en l’art.
山右王先生自少時經史而外黃帝老子之書及兵家言無書不讀而兼通繫刺之術鎗法其尤精者也蓋先生深觀於盈虛消息之機熟悉於止齊步法之節簡練揣摩自成一家名曰陰符鎗噫非先生之深於陰符而能如是乎
Monsieur Wang, de Shanxi (山右, « à l’ouest des monts »), dès son jeune âge, outre les Classiques et les Historiens, lisait tous les livres : les écrits du Huangdi et de Laozi, et les propos des stratèges, sans en omettre un seul ; il connaissait en outre les techniques de frappe et d’estoc, et la lance (鎗) était celle qu’il maîtrisait le mieux. Il méditait profondément sur les ressorts du plein et du vide, du déclin et de la croissance, et connaissait à fond la cadence des pas d’arrêt et d’égalisation (止齊步法) ; par une pratique épurée et une méditation assidue, il forma sa propre école, qu’il nomma « lance du yin conforme ». Ah ! s’il n’avait pénétré profondément le Yinfu, eût-il pu en arriver là ?
辛亥歲先生在洛卽以示予予但觀其大略而未得深悉其蘊每以為憾予應鄕試居汴而先生適舘於汴退食之餘復出其舘示予乃悉心觀之先生之舘鎗其潛也若藏於九泉之下其發也若動於九天之上下無窮剛柔相易而其總歸於陰之一字此誠所謂陰符鎗者也夫理無大小道有淺深隨人所用皆可會於一源陰符經言道之書廣大悉備而先生取其一端用之一鎗然則觀之於鎗亦可知先生知於道矣昔楊氏之鎗自云二十年梨花鎗天下無敵手夫以婦人而明鎗法不過知其勢未必能達其理意也而猶能著一時而傳後世若此況先生深通三教之書準今析古精練而成而謂不足傳於天下後世乎
L’année xinhai (辛亥, 1791), Monsieur Wang se trouvait à Luoyang et me la montra aussitôt ; mais je n’en vis que les grandes lignes, sans pénétrer ce qu’elle contenait, ce dont je fus toujours marri. Comme je me rendais aux examens provinciaux et demeurais à Kaifeng, il se trouva que Monsieur Wang y enseignait ; aux heures laissées libres par les repas, il me montra derechef la lance de sa maison, et je l’examinai de tout mon cœur. La lance de Monsieur Wang : lorsqu’elle se cache, c’est comme si elle se tenait au fond des neuf sources ; lorsqu’elle part, c’est comme si elle s’ébranlait par-delà les neuf cieux. Le souple et le dur s’échangent sans fin, et pourtant tout revient à ce seul mot : yin. Voilà ce qu’on appelle véritablement la lance du yin conforme. Le principe ne connaît ni grand ni petit, la Voie a du profond et du superficiel ; selon l’usage qu’on en fait, tous peuvent se rejoindre à une même source. Le Yinfu jing est un livre qui parle de la Voie : vaste et complet. Monsieur Wang en a pris un seul aspect et l’a employé à une seule lance ; en regardant sa lance, on peut donc savoir qu’il connaît la Voie. Jadis, la lance de la famille Yang : il disait lui-même que, vingt ans durant, sa « lance de fleur de poirier » (梨花鎗) n’avait pas trouvé d’adversaire sous le ciel. Mais chez une femme qui entendait la méthode de la lance, cela n’allait pas au-delà des postures, sans doute sans atteindre le principe qui les anime ; et pourtant elle put illustrer son temps et se transmettre aux générations suivantes. À plus forte raison Monsieur Wang, qui pénètre profondément les livres des trois doctrines, qui éprouve le présent et dissèque l’ancien, et qui a achevé son art par une pratique épurée — dirait-on qu’il n’est pas digne de se transmettre au monde et aux générations à venir ?
先生常謂予曰予本不欲譜但於悉心此中數十年而始少有所得不以公之天下亦鳥之於功若知其是哉於是將鎗法集成為訣而明其進退變化之法囑序於予因誌其大略而為之序云戟
Monsieur Wang me disait souvent : « Je ne voulais pas, à l’origine, composer de manuel ; mais après avoir appliqué mon cœur à cela pendant des dizaines d’années, j’ai enfin obtenu quelque peu, et ne pas le rendre public, ce serait laisser ce travail sans personne pour en reconnaître le prix. » C’est ainsi qu’il réunit les méthodes de la lance en formules et qu’il éclaira les procédés d’avance, de retraite et de transformation ; il me demanda d’en écrire la préface. J’en note donc les grandes lignes, et je fais cette préface.
乾隆歲次乙卯
Année yimao (乙卯) du règne de Qianlong [1795].
Table des matières (陰符鎗譜目錄)
一 陰符鎗訣六則 二 上平勢七則 三 中平勢十三則 四 下平勢十一則 五 穿袖挑手穿指搭外搭裏十七則 六 陰符鎗七絕四首
I. Règles de la lance du yin conforme, six articles. II. La posture haute et plane (上平勢), sept articles. III. La posture moyenne et plane (中平勢), treize articles. IV. La posture basse et plane (下平勢), onze articles. V. Percer la manche, main qui porte, doigt qui enfile, s’accrocher au-dehors et au-dedans (穿袖挑手穿指搭外搭裏), dix-sept articles. VI. Quatre quatrains de sept caractères sur la lance du yin conforme.
Les trois « postures planes » (平勢) désignent les trois hauteurs de garde — la lance tenue haute, à hauteur moyenne, et basse —, et chacune des trois sections est une suite de réponses à des attaques portées à cette hauteur. Les deux « portes » (門) qui reviennent sans cesse sont les deux côtés de l’adversaire : la grande porte (大門) est son côté extérieur, la petite porte (小門), le côté intérieur.
I. Règles générales (陰符鎗總訣六則)
一身則高下手則陰陽步則左右眼則八方
- Le corps monte et descend ; les mains sont yin et yang [l’une paume vers le bas, l’autre vers le haut] ; les pas vont à gauche et à droite ; le regard couvre les huit directions.
二陽進陰退陰出陽囘粘隨不脫疾若風雲
- Le yang avance, le yin recule ; le yin sort, le yang revient. Coller et suivre sans se détacher ; être prompt comme le vent et les nuages.
三以淨觀動以退敵前審機識勢不為物先
- Par le calme, observer le mouvement ; par la retraite, vaincre l’avance. Examiner l’occasion, reconnaître la configuration ; ne pas être le premier à bouger. [淨 est ici pour 靜, « le calme ».]
四下則高之高則下之左則右之右則左之
- S’il descend, monter ; s’il monte, descendre ; s’il va à gauche, aller à droite ; s’il va à droite, aller à gauche.
五剛則柔之柔則剛之實則虛之虛則實之
- S’il est dur, devenir souple ; s’il est souple, devenir dur ; s’il est plein, se vider ; s’il est vide, se remplir.
六鎗不離手步不離拳守中禦外必對三尖
- La lance ne quitte pas la main, le pas ne s’écarte pas du poing. Garder le centre et repousser l’extérieur ; il faut que les trois pointes se répondent (三尖 : la pointe de la lance, les orteils du pied avant, le nez).
II. La posture haute et plane (上平勢七則)
立身要聳前步要顚滿托上與胸齊此長鎗勢也用之小鎗可也
[1] Se tenir droit et haut ; le pied avant frappe le sol d’aplomb ; porter haut de toute la main, à hauteur de poitrine. C’est là la posture de la longue lance ; on peut aussi l’employer avec une lance courte.
彼鎗扎我左脅我開左步向裏促步前進連掤他手勢窮反鎗我單手扎出
[2] Si sa lance pique mes côtes gauches, j’ouvre le pas gauche, je hâte le pas vers l’intérieur et j’avance, tout en écartant (掤) sa main sur mon passage ; la posture une fois achevée, je renverse la lance et pique d’une seule main.
彼鎗扎我右脅我開右步向外隨步扎彼小門落騎馬勢卽照下平勢運用可也
[3] Si sa lance pique mes côtes droites, j’ouvre le pas droit vers l’extérieur et je pique en suivant ce pas vers sa petite porte, puis je descends en posture du cavalier ; on peut aussi opérer selon la posture basse.
彼鎗扎高我大門我搭鎗如蛇纏物連足赶上二轉將彼鎗扶在正中盡力使下卽用單手扎出小門同
[4] Si sa lance pique haut vers ma grande porte, j’accroche sa lance comme le serpent s’enroule autour d’une proie, j’avance les pieds l’un après l’autre, je fais deux tours, je maintiens sa lance au centre et je la fais descendre de toute ma force, puis je pique d’une seule main vers la petite porte, de la même manière.
彼從大門不論上中下三門扎我卽乘扎之時開右步隨右步躱開彼鎗用單手盡力中平扎彼大門是為靑龍獻爪
[5] S’il pique depuis la grande porte, que ce soit haut, au milieu ou bas, je profite du moment de sa pique pour ouvrir le pas droit ; je me dérobe à sa lance sur ce pas et je pique de toute ma force, d’une seule main, à hauteur moyenne, vers sa grande porte : c’est ce qu’on appelle « le dragon vert présente sa griffe » (靑龍獻爪).
彼從小門不論上中下三門扎我卽乘彼鎗之時懸空轉步躱開彼鎗用單手盡力扎彼小門亦是靑龍獻爪
[6] S’il pique depuis la petite porte, que ce soit haut, au milieu ou bas, je profite du moment de sa pique pour changer de pieds en sautant et me dérober à sa lance, puis je pique de toute ma force, d’une seule main, vers sa petite porte : c’est encore « le dragon vert présente sa griffe ».
III. La posture moyenne et plane (中平勢十三則)
立身要正平鎗在臍上彼中平扎我大門我用圈法圈開彼鎗單手扎出
[1] Se tenir droit, la lance de niveau au-dessus du nombril. S’il pique à hauteur moyenne vers ma grande porte, j’emploie la méthode du cercle (圈法) pour écarter sa lance, et je pique d’une seule main.
彼中平扎我小門我用圈法圈開彼鎗單手扎出可也
[2] S’il pique à hauteur moyenne vers ma petite porte, j’emploie la méthode du cercle pour écarter sa lance, et je pique d’une seule main.
彼鎗中平扎我大門我退步掩彼鎗稍彼轉扎我小門我撒前手單手扎彼小門
[3] S’il pique à hauteur moyenne vers ma grande porte, je recule d’un pas et je couvre la pointe (鎗稍) de sa lance. Il se retourne et pique vers ma petite porte : je lâche la main avant et je pique d’une seule main vers sa petite porte.
彼中平扎我小門退步掩彼鎗稍彼鎗扎我大門我撒前手單手扎出可也
[4] S’il pique à hauteur moyenne vers ma petite porte, je recule d’un pas et je couvre sa pointe. Il pique alors vers ma grande porte : je lâche la main avant et je pique d’une seule main.
彼中平扎我大門我開左步隨右步後手轉陽至臍下前手合陰雙手照他虎口扎出
[5] S’il pique à hauteur moyenne vers ma grande porte, j’ouvre le pas gauche, je suis du pas droit ; la main arrière se retourne en yang [paume vers le haut] sous le nombril, la main avant se ferme en yin [paume vers le bas], et des deux mains je pique vers sa gueule du tigre (虎口).
彼中平扎我小門我開左步隨右步落騎馬勢雙手照他手腕扎去
[6] S’il pique à hauteur moyenne vers ma petite porte, j’ouvre le pas gauche, je suis du pas droit et je descends en posture du cavalier, puis des deux mains je pique vers son poignet.
彼中平扎我大門我用靑龍獻爪扎去與上平法同彼扎我小門我用靑龍獻爪扎去亦與上平法同
[7] S’il pique à hauteur moyenne vers ma grande porte, je pique avec « le dragon vert présente sa griffe », comme dans la posture haute ; s’il pique vers ma petite porte, je pique de même et la méthode est encore la même.
彼中平扎我大門我退步挑彼手腕鎗要出長前手仰後手合
[8] S’il pique à hauteur moyenne vers ma grande porte, je recule d’un pas et je soulève (挑) son poignet. La lance doit sortir longue ; la main avant, paume vers le haut ; la main arrière, paume vers le bas.
彼中平扎我大門我退步從他指前手托後手扎
[9] S’il pique à hauteur moyenne vers ma grande porte, je recule devant lui, je pointe (指) de la main avant, je porte (托) de la main arrière, et je pique.
彼高扎我大門我隨鎗作托刀勢起鎗扎彼手或彼桿或彼鎗開稍卽反手用盡力扎出
[10] S’il pique haut vers ma grande porte, je prends ma lance en posture du « sabre porté » (托刀勢), je lève la lance pour piquer sa main, ou pour porter sur sa hampe, ou pour écarter sa pointe ; puis je retourne les mains et je pique de toute ma force.
彼高扎我圈開彼鎗進步雙手高扎彼臉他鎗起護我撒開前手用單手扎彼腮
[11] S’il pique haut vers moi, j’écarte sa lance d’un cercle, j’avance et je pique haut de deux mains vers son visage. Sa lance se lève pour le protéger : je lâche la main avant et je pique d’une seule main vers sa mâchoire.
彼平扎我小門我開左步隨右步落騎馬勢捉彼以後照彼下平勢用
[12] S’il pique à hauteur moyenne vers ma petite porte, j’ouvre le pas gauche, je suis du pas droit et je descends en posture du cavalier ; je saisis sa lance et j’attaque ensuite selon la posture basse.
彼待鎗不動如先扎必合鎗開稍則扎不開稍則不扎
[13] Si l’adversaire attend, sa lance immobile, comme s’il allait piquer le premier, il faut que ma lance ferme (合) sur la sienne et en écarte la pointe : alors je pique. Si je n’écarte pas sa pointe, je ne pique pas.
IV. La posture basse et plane (下平勢十一則)
彼中平梨花滾袖鎗扎我我用陰陽手一仰一合輕敲彼鎗連足退後要扎他他轉鎗之時我撒前手單手扎出
[1] Si l’adversaire pique à hauteur moyenne avec la « lance des manches roulées de la fleur de poirier » (梨花滾袖鎗), je frappe légèrement sa lance de mes deux mains, l’une paume vers le haut et l’autre vers le bas, tandis que mes pieds reculent l’un après l’autre pour me mettre en mesure de piquer ; au moment où il fait tourner sa lance, je lâche la main avant et je pique d’une seule main.
彼低粘我不論大小門我與他落鎗之時進前步起身扎他咽喉此下平勢俱可用之
[2] Si l’adversaire colle à ma lance par-dessous, que ce soit à la grande ou à la petite porte, au moment où il abaisse sa lance j’avance le pas avant, je me relève et je pique à sa gorge. C’est ce dont toute cette section de la posture basse peut user.
托刀勢後腿弓前腿蹬彼扎我我身懸空轉步單手扎彼腳腕
[3] En posture du « sabre porté », la jambe arrière pliée et la jambe avant tendue, il pique vers moi : je fais le vide sous mon corps, je change de pas et je pique d’une seule main vers son poignet [de pied, c’est-à-dire sa cheville].
彼從大中平扎我我前足收囘用雙手扎俯身打彼鎗桿連足赶上敲彼前手待彼勢窮反鎗單手扎出
[4] S’il pique vers ma grande porte à hauteur moyenne, je retire le pied avant et je pique des deux mains ; puis, baissant le corps, je frappe sa hampe, je le poursuis en avançant les pieds l’un après l’autre, et je frappe sa main avant. J’attends que sa posture soit épuisée, puis je renverse la lance et je pique d’une seule main.
彼從小門斜扎我我將前足收囘用陽手背扎扎他鎗彼轉鎗大門扎我我開左步代右步用單手扎彼小腹
[5] S’il pique en diagonale vers ma petite porte, je retire le pied avant et je pique du revers de la main tournée en yang [dos de la main vers le haut], en frappant sa lance. Il fait tourner sa lance et pique vers ma grande porte : j’ouvre le pas gauche, je le remplace par le pas droit, et je pique d’une seule main vers son bas-ventre.
彼低粘我鎗我向他小門開左步促右步雙手扎彼乳下
[6] S’il colle à ma lance par-dessous, je vise sa petite porte, j’ouvre le pas gauche, je hâte le pas droit et je pique des deux mains sous ses mamelles.
我稍在左他中平扎我我開左步代右步單手盡力扎彼小腹
[7] Ma pointe étant à gauche, il pique à hauteur moyenne vers moi : j’ouvre le pas gauche, je le remplace par le pas droit, et je pique de toute ma force, d’une seule main, vers son bas-ventre.
我鎗在右他中平扎我我懸空轉步洛騎馬勢單手扎彼左脅中與不中卽抽鎗照原勢跳囘
[8] Ma lance étant à droite, il pique à hauteur moyenne vers moi : je fais le vide sous mon corps, je tourne mes pas, je descends en posture du cavalier et je pique d’une seule main vers ses côtes gauches. Touché ou non, je retire aussitôt ma lance et je reviens en sautant à ma posture première.
他若赶來將鎗在地顚起用滑步扎他我鎗稍在中看其身一動卽發鎗扎去是謂先發制人名占位之鎗
[9] S’il accourt, je relève ma lance du sol et je pique de mon pas glissé, ma pointe tenue au centre : dès que je vois son corps bouger, ma lance est déjà partie. C’est ce qu’on appelle « frapper le premier et soumettre l’adversaire », ou encore « la lance qui prend la place ».
彼從大門高扎我我從大門圈開他鎗用單手扎出可也
[10] S’il pique haut depuis la grande porte vers moi, j’entre de même par la grande porte, j’écarte sa lance d’un cercle, et je pique d’une seule main.
彼從小門高扎我我從小門圈開彼鎗亦用單手出也
[11] S’il pique haut depuis la petite porte vers moi, j’entre de même par la petite porte, j’écarte sa lance d’un cercle, et je pique encore d’une seule main.
V. Percer la manche et les cinq accroches (穿袖挑手穿指搭外搭裏十七則)
Le titre de cette section énumère cinq figures — 穿袖, « percer la manche » ; 挑手, « la main qui porte » ; 穿指, « le doigt qui enfile » ; 搭外, « s’accrocher au-dehors » ; 搭裏, « s’accrocher au-dedans » — que le texte n’explique nulle part et n’emploie plus ensuite : ce sont, dans la pratique, les dix-sept conseils généraux du traité, et non des techniques particulières. Le titre est en outre corrompu dans le corps du texte (川袖…穿脂 pour 穿袖…穿指) ; nous suivons la table des matières.
一 今人扎鎗步步上前殊失進退之理我今定退一步法隨護隨退則彼鎗扎空其心必亂亂而取之其勢甚易蓋爭先者黄帝之學也退後者老子之教也
- Aujourd’hui, à la lance, on avance pas après pas, ce qui méconnaît gravement le principe de l’avance et de la retraite. J’établis donc une méthode de retraite d’un pas : à mesure que je protège, je recule, et la lance adverse pique dans le vide ; son esprit se trouble à coup sûr, et de son trouble je tire parti — la situation devient alors très facile. Car prendre les devants est la doctrine du Huangdi, et reculer est l’enseignement de Laozi.
二 今人扎鎗以捉拿為主捉拿不住不敢還鎗則利在常扎者不如躱還只妙在一時所謂中平一點難招架也
- Aujourd’hui, à la lance, on fait du saisissement (捉拿) l’essentiel ; mais si l’on ne saisit pas fermement, on n’ose pas riposter, et l’avantage reste à celui qui ne cesse de piquer. Mieux vaut esquiver et rendre (躱還) : le merveilleux ne dure qu’un instant. C’est ce qu’on dit : « un seul point, à hauteur moyenne, est difficile à parer ».
三 今人扎鎗高扎高迎低扎低迎緊緊相隨為恐不及失之大迂不如高扎高迎彼洛我卽扎高低扎低迎彼起我卽扎低在上扎上在下扎下甚為捷便
- Aujourd’hui, à la lance, on reçoit une pique haute en haut et une pique basse en bas, en suivant étroitement de peur de n’y pas arriver : la faute est d’être trop détourné. Mieux vaut : il pique haut, je reçois haut ; s’il tombe (洛 pour 落), je pique aussitôt haut ; il pique bas, je reçois bas ; s’il se relève, je pique aussitôt bas. Piquer haut quand il est haut, piquer bas quand il est bas : voilà qui est prompt et commode.
四 今人扎鎗多用轉鎗裏掩扎外外掩扎裏如梨花滾袖鎗是也不知此最吃虧如彼鎗扎我我從大門掩住彼鎗令其扎我小門彼轉鎗扎我我撒前手後手扎出彼洛空我鎗著實矣
- Aujourd’hui, on emploie souvent le changement de lance : couvrir à l’intérieur et piquer à l’extérieur, couvrir à l’extérieur et piquer à l’intérieur, comme dans la « lance des manches roulées de la fleur de poirier ». On ne sait pas que c’est là ce qui fait le plus de tort. Si l’adversaire pique vers moi, je couvre sa lance depuis la grande porte en le laissant piquer vers ma petite porte ; comme il fait tourner sa lance pour me piquer, je lâche la main avant et je pique de la main arrière : il pique dans le vide, et ma lance, elle, touche sûrement.
五 凡發鎗扎人遷扎透不遷扎穿一點便囘隨立一備不虞兵法所謂一克如始戰者是也愼之愼
- Chaque fois qu’on détend la lance pour piquer, il faut que la pointe traverse, sans aller jusqu’à transpercer ; touché un point, on retire aussitôt et l’on se tient prêt contre l’imprévu. C’est ce que dit l’art militaire : « une victoire doit être menée comme un premier combat ». Prenez-y garde, prenez-y garde.
六 凡與人扎對鎗不許呆立他以虛鎗相試我以虛鎗相應彼進我退彼退我進足要輕步要碎身無定影飄飄如仙待實扎之時我躱鎗還鎗使開步法向前偏身著力也
- Dans le combat à la lance, il n’est pas permis de se tenir immobile. Comme il me sonde par des piques feintes, je réponds par des piques feintes ; il avance, je recule ; il recule, j’avance. Les pieds doivent être légers, les pas menus ; le corps n’a point d’ombre fixe, il flotte comme un immortel. Quand vient la pique réelle, j’esquive la lance et je la lui rends : j’ouvre la méthode des pas, j’avance en tournant le corps de côté pour y placer ma force.
七 凡與人對鎗要去貪心絕氣眼注彼手勿得旁觀微有不便不勉強發鎗待時而動一擊便為上乗
- Au combat à la lance, il faut ôter de soi la convoitise et couper la colère ; le regard se fixe sur les mains de l’adversaire, sans jamais regarder ailleurs. Au moindre inconvénient, on ne force pas sa pique ; on attend le moment pour agir, et frapper une seule fois est la meilleure voie.
八 凡與人對鎗要善賣破綻誘之便入中途擊之彼不及防兵法所謂形之敵必從之者也
- Au combat à la lance, il faut savoir offrir une faille pour l’attirer ; dès qu’il y est entré, on le frappe à mi-chemin, quand il ne peut plus se défendre. C’est ce que dit l’art militaire : « montrez-lui une forme, et l’ennemi suivra nécessairement ».
九 凡與人對鎗我心不肯先扎必不得已亦為點一鎗誘之使入矣
- Au combat à la lance, mon cœur ne consent pas à piquer le premier ; s’il le faut absolument, je fais une simple touche (點) de la lance pour l’attirer à entrer.
十 凡與人對鎗讓我先扎我虛點一鎗卽便囘身彼若赶來其舉足未定之時所謂及其陳未定而薄之者是也
- Si l’adversaire me laisse piquer le premier, je fais une touche feinte et je retire aussitôt mon corps. S’il accourt, je le prends au moment où il a levé le pied sans l’avoir encore posé : c’est ce qu’on dit, « l’atteindre avant que ses rangs ne soient en ordre ».
十一 凡與人扎鎗利在乘虛如彼扎上則下虛扎下則上虛扎右則左虛扎左則右虛以目注之以時蹈則上虛扎右則左虛扎左則右虛以目注蹈百不失一兵法兵形避實而擊者是也
- Au combat à la lance, l’avantage est de profiter du vide : s’il pique en haut, le bas est vide ; s’il pique en bas, le haut est vide ; s’il pique à droite, la gauche est vide ; s’il pique à gauche, la droite est vide. On le fixe du regard, on pose le pied au bon moment, et cent coups n’en manquent pas un. C’est ce que dit l’art militaire : « la disposition de l’armée consiste à éviter le plein et à frapper le vide ».
十二 凡與人扎鎗與用兵相吾體者兵也心者大將也目者先鋒也三軍運用雖在一人然平日之節制已戰之時先鋒領衆對敵固不及事事而謀之大將扎鎗亦然平日手是習熟對敵之時目光一照四休從今亦及著著用心也
- Au combat à la lance, il en va comme pour la conduite de la guerre : mon corps est l’armée, mon cœur est le général en chef, mes yeux sont l’avant-garde. Le maniement de toute la troupe tient à un seul homme ; mais la discipline de chaque jour est déjà fixée au moment du combat, et l’avant-garde, qui mène la troupe à l’ennemi, n’a pas le loisir de délibérer de chaque chose : c’est au général de l’avoir ourdie. Il en va de même à la lance : d’ordinaire, la main s’exerce jusqu’à la pleine familiarité, et au moment de l’affrontement le regard d’un seul éclat fait obéir les quatre membres. Désormais, il faut donc mettre du cœur à chaque chose.
十三 凡扎鎗不必著數太多博而不精終屬無益只在要緊處操演精熟變化無窮而已所謂兵不在多而在精者也
- À la lance, il n’est pas nécessaire d’avoir trop de techniques : apprendre largement sans être précis ne sert de rien. Il suffit de répéter jusqu’à la parfaite maîtrise aux endroits essentiels, et les transformations seront sans fin. C’est ce qu’on dit : « la troupe ne vaut pas par le nombre, mais par la qualité ».
十四 凡與人扎鎗我發鎗扎彼彼從大門拿開我鎗洛左不必著急看其高來我倒後步盡力一抽洛抱刀勢反身單手扎出看其低來我倒後步作羣攔勢逼住他鎗
- Au combat à la lance, si je détends ma lance vers lui et qu’il l’écarte depuis la grande porte, ma lance tombe à gauche : il n’y a pas lieu de se presser. Si je le vois venir haut, je recule le pas arrière, je retire de toute ma force, je descends en posture du « sabre embrassé » (抱刀勢), je retourne le corps et je pique d’une seule main. Si je le vois venir bas, je recule le pas arrière, je prends la posture de la « barrière en troupe » (羣攔勢) et j’arrête sa lance.
十五 凡與人對鎗我發鎗扎人彼從小門拿開我鎗令我洛右不必著急待其扎來不論高低我將前步一退後手一提作剪步而走出險之後重囘定勢
- Au combat à la lance, si ma lance part vers lui et qu’il l’écarte depuis la petite porte en la faisant tomber à droite, il n’y a pas lieu de se presser : j’attends sa pique, qu’elle vienne haute ou basse ; je recule le pas avant, je lève la main arrière et j’esquive par un pas en ciseaux (剪步) ; une fois hors de danger, je reviens et je fixe de nouveau ma posture.
十六 凡與人對鎗要看勢兵法云用衆者務易用寡者務險一人與二人扎鎗其數已陪況多者乎據險固不待言然平人扎鎗與兵究竟不同兩軍對壘限於紀律豈曳兵而走是平入則不然相待於城邑院落之中固宜或據穿口或據隘巷芳平原壙野彼衆我寡則以剪跳為主必不可背陷重圍想起空間之處卽我拖足之所彼趕來拖刀而走不趕卽止頻頻囘顧見有輕足善足者迫近吾身我囘身單手直刺中與不中拔鎗又走出險又息駡之使來趕來又如前如此則一可敵百矣
- Au combat à la lance, il faut considérer la configuration. L’art militaire dit : « qui emploie beaucoup de troupes doit chercher le terrain facile ; qui en emploie peu doit chercher le terrain escarpé ». Un homme contre deux, le nombre est déjà double ; que dire de plusieurs ? S’appuyer sur un terrain escarpé va sans dire ; pourtant le combat à la lance entre particuliers n’est pas, au fond, la même chose que celui des armées : deux armées en présence sont tenues par la discipline — irait-on traîner ses armes en fuyant ? Il n’en va pas de même entre particuliers : quand on s’affronte dans une ville, dans une cour, il convient de s’appuyer sur l’ouverture d’une ruelle ou sur le rétrécissement d’une venelle ; en plaine ouverte, au contraire, si l’ennemi est nombreux et moi seul, je fais du saut en ciseaux (剪跳) mon principal recours, et je ne dois jamais, le dos tourné, me laisser enfermer dans un encerclement. Je pense aux espaces vides : c’est là que je traîne le pied. S’il accourt, je fuis en traînant le sabre ; s’il ne poursuit pas, je m’arrête et je regarde souvent en arrière ; si je vois un homme au pied léger s’approcher de moi, je retourne le corps et je pique droit d’une seule main — touché ou non, je retire la lance et je sors du danger —, puis je l’injurie pour l’attirer à me poursuivre, et je recommence comme devant : ainsi un seul peut tenir tête à cent.
十七 凡與人扎鎗之法先學蹤跳能踰高趕遠繼之以則萬將難敵矣
- Dans la méthode du combat à la lance, on apprend d’abord à bondir (蹤跳), à franchir les hauteurs et à poursuivre au loin ; si l’on y joint [tout ce qui précède], dix mille généraux auront peine à vous tenir tête.
VI. Quatre quatrains de sept caractères (陰符鎗七絕四首)
嫋嫋長鎗定二神也無他相也無人勸君莫作尋常看一段靈光貶此身
La longue lance, souple et légère, fixe deux esprits : plus d’adversaire, et plus de soi-même. Je vous conseille de ne pas la tenir pour chose ordinaire : une parcelle de lumière spirituelle abolit ce corps.
心須望手手望鎗望手望鎗總是真煉到丹成九轉後心隨鎗手一齊迷
Le cœur doit regarder la main, la main regarder la lance ; main qui regarde, lance qui regarde, tout cela est vérité. Quand l’élixir est achevé après neuf transmutations, cœur, lance et main se confondent en un seul.
至道何須分大小精粗總是一源頭若將此術兵論孫武何須讓一籌
La Voie suprême n’a que faire de se diviser en grande et petite, en fine et grossière : tout n’est qu’une seule source. Si l’on traitait cet art selon la théorie militaire, Sun Wu n’aurait pas un seul point d’avance sur vous.
靜處為陰動則符工夫祗是有沉謀若還靜裏無消息動似風雲也算浮
Au repos, c’est le yin ; en mouvement, c’est le fu. Le travail n’est rien d’autre qu’un profond dessein. Si, dans le calme, il n’y a rien à révéler au-dedans, un mouvement pareil au vent et aux nuages n’est encore que vanité.

Le livret ouvert, au tiers du volume : la page de gauche montre le début du sabre du Printemps et de l’Automne, la page de droite la fin du texte de la lance. C’est la seule photographie du manuscrit que Tang Hao ait publiée, pour prouver que le texte de la lance qu’il avait acquis était bien suivi, dans le même livret, de la liste du sabre des Chen et des classiques du taiji quan.
Le Sabre du Printemps et de l’Automne (春秋刀)
Le livret se poursuit, dans le même cahier, par une liste de mouvements du « sabre du Printemps et de l’Automne » (春秋刀), l’arme longue à lame de croissant de la tradition de la famille Chen, en trente-deux formules de sept caractères. Le texte est ici reproduit et traduit tel qu’il figure sur les deux pages photographiées, avec la lacune qui sépare les deux clichés (une page manque, la formule 17 étant coupée en son milieu).
關聖提刀上霸橋
[1] Le saint Guan (關聖, Guan Yu) lève le sabre sur le pont de la Ba.
白雲蓋頂逞英儫
[2] Les nuages blancs couvrent le sommet : l’héroïsme s’y déploie.
上三刀嚇殺許褚
[3] Trois coups de sabre vers le haut : Xu Chu en meurt de peur.
下三刀驚退曹操
[4] Trois coups de sabre vers le bas : Cao Cao recule d’effroi.
白猿托刀往上砍
[5] Le singe blanc porte le sabre et frappe vers le haut.
一掤虎就地非來
[6] Un tigre qui se déploie s’élance du sol.
分鬃刀難遮難擋
[7] Le sabre qui sépare la crinière : difficile à couvrir, difficile à parer.
十字刀劈懷胸膛
[8] Le sabre en croix fend la poitrine.
〔翻身一刀往上砍〕
[9] Se retourner d’un coup de sabre et frapper vers le haut.
磨腰刀古樹盤根
[10] Le sabre qui frôle la taille : le vieil arbre noue ses racines.
左插花往上急砍
[11] Fleurs piquées à gauche : frappe rapide vers le haut.
舉刀磨旗懷抱月
[12] Lever le sabre comme on agite un étendard, puis embrasser la lune.
舞花撒手往上騰
[13] Faire tournoyer le sabre et lâcher une main : s’élever d’un bond.
落在懷中又抱月
[14] Retomber dans le giron, puis de nouveau embrasser la lune.
起刀反身往上沖
[15] Lever le sabre en retournant le corps, et fendre vers le haut.
刺囘一舉嚇人魂
[16] Piquer et retirer d’un seul geste : l’âme de l’homme en est glacée.
插花往左定
[17] Fleurs piquées à gauche : on se fixe. [La formule est coupée ici : une page manque entre les deux clichés.]
翻花往左定下勢
[17 bis] Fleurs renversées à gauche : on se fixe en posture basse.
白雲蓋頂又轉囘
[18] Les nuages blancs couvrent le sommet, et l’on revient.
右插花翻身往上砍
[19] Fleurs piquées à droite : se retourner et frapper vers le haut.
再舉靑銅砍死人
[20] Lever de nouveau le bronze bleu : frapper à mort.
翻花往左定下勢
[21] Fleurs renversées à gauche : on se fixe en posture basse.
白雲蓋頂又轉囘
[22] Les nuages blancs couvrent le sommet, et l’on revient.
接袍翻身猛囘頭
[23] Ressaisir la robe : se retourner d’un coup et lancer un regard farouche.
十字分鬃直扎去
[24] En croix, séparer la crinière et piquer droit.
花刀轉下銅翻杆
[25] Le sabre fleuri tourne vers le bas : le bronze roule sur la hampe.
左右插花誰敢拒
[26] Fleurs piquées à gauche et à droite : qui oserait résister ?
花刀轉下鐵門閂
[27] Le sabre fleuri tourne vers le bas : barre de fer qui verrouille la porte.
捲簾倒退誰遮閉
[28] Rouler le store et reculer : qui songerait à barrer le passage ?
花左右往上砍
[29] Fleurs à gauche et à droite : frapper vers le haut.
十字一刀忙舉起
[30] Un coup de sabre en croix : se relever en hâte.
春秋刀遇五關內
[31] Le sabre du Printemps et de l’Automne franchit les cinq passes.

La page du sabre du Printemps et de l’Automne, telle que Tang Hao la reproduisit en 1936.
先師張三豐王宗岳傳留太極十三勢論
« Traité des treize dynamiques du taiji, transmis par notre maître Zhang Sanfeng et Wang Zongyue. »

Le livret se poursuit par le recueil des classiques du taiji quan : le Traité des treize dynamiques (太極十三勢論), le Traité du taiji quan (太極拳論), le Chant des treize dynamiques (十三勢歌), l’Explication du travail des treize dynamiques (十三勢行工心解), le Chant des mains qui s’entrelacent (打手歌) et la nomenclature des soixante postures. Ces textes sont déjà traduits sur ce site (voir « Le Traité du taiji quan de Wang Zongyue » et « Le Taiji quan tu de Chu Minyi ») ; c’est leur présence à la suite du manuscrit de la lance qui fit donner à celui-ci le titre sous lequel Tang Hao le publia.
Notes du traducteur
- L’auteur. Wang Zongyue (王宗岳), de Shanxi, est la figure à laquelle la tradition rattache le Taiji quan lun. Sa biographie est des plus minces : sa préface nous apprend seulement qu’il se trouvait à Luoyang en 1791 et enseignait à Kaifeng en 1795. Ni sa naissance ni sa mort ne sont connues.
- L’authenticité du manuscrit. Le livret a été acheté vers 1931 par Tang Hao chez un bouquiniste de Pékin et publié par lui en 1936. Tang Hao lui-même le tenait pour douteux et le présentait surtout comme une pièce curieuse, utile pour situer Wang Zongyue à l’époque de Qianlong ; d’autres historiens l’ont jugé apocryphe. Le style du texte, sa langue sans ponctuation et son vocabulaire (yin/yang, coller et suivre, souplesse et dureté) sont en tout cas ceux de la fin du XVIIIe siècle.
- Le titre. Yinfu (陰符) reprend le nom du Yinfu jing, le « Classique du yin conforme », texte taoïste attribué à l’époque des Tang et commenté par Li Quan (李筌) : yin y désigne ce qui est invisible, fu ce qui s’y accorde. Le traité de lance en fait sa devise : se cacher au repos, répondre en mouvement.
- Les « portes ». La grande porte (大門) est le côté extérieur de l’adversaire, la petite porte (小門) son côté intérieur, du point de vue de la ligne qui sépare les deux lances. La distinction commande presque toutes les réponses des sections II à IV.
- Les trois pointes (三尖). La pointe de la lance, les orteils du pied avant et le nez doivent se trouver sur une même ligne : c’est l’alignement qui donne à la pique sa portée et sa justesse.
- Le texte chinois. Il est imprimé sans ponctuation ; nous avons conservé la division en articles et en phrases de l’original, en ajoutant seulement la ponctuation française. Les caractères visiblement fautifs sont signalés entre crochets dans la traduction (淨 pour 靜, 洛 pour 落, 川袖 pour 穿袖, la répétition fautive de l’article 11 de la section V, qui paraît être une bévue de copiste).
- La lacune du sabre. La photographie du livret montre deux pages séparées par une page manquante ; la formule 17 du sabre s’arrête au milieu, et la suite est donnée d’après la transcription de Tang Hao. Nous avons numéroté 17 bis la formule qui reprend après la lacune pour ne pas décaler la suite.
- Ce qui n’est pas traduit ici. Trois textes joints par Brennan à la page ne figurent pas dans cet article : les classiques du taiji quan qui suivent le manuscrit dans le livret (déjà traduits sur ce site), et la notice biographique de Wang Zongyue publiée par Gu Liuxin (顧留馨, mort en 1990) dans la revue Guoshu sheng en 1935, qui n’appartient pas au domaine public et dont les trois pages reproduites par Brennan n’ont donc pas été reprises.
Source du texte chinois : 陰符鎗譜 (Yinfu qiang pu, « Manuscrit de la lance du yin conforme »), attribué à Wang Zongyue (王宗岳) de Shanxi, préface datée de 1795 ; texte établi d’après le livret manuscrit acquis par Tang Hao (唐豪) et publié par lui en 1936, relevé dans l’article « Yinfu Spear Manual » de Paul Brennan (https://brennantranslation.wordpress.com/2023/09/30/yinfu-spear-manual/), dont la traduction anglaise n’a pas été utilisée. Texte chinois dans le domaine public. Les trois images reproduites ici sont des photographies du livret manuscrit d’origine, donc de la source chinoise ancienne, dans le domaine public ; ce ne sont ni des créations graphiques modernes ni des photographies de l’auteur du blog. Traduction française : nouvelle traduction réalisée à partir de l’original chinois pour ce site.