Le Xiyu luohan dedao zhenquan (西域羅漢得道真詮, « Explication véritable de l’obtention de la Voie par les luohan d’Occident ») est un court traité d’exercices de daoyin (導引, travail du corps et du souffle) transmis sous le nom d’un certain Daoïste Shengxiao (升霄道人, « le Daoïste qui s’élève au firmament »). Le texte n’a pas circulé de son temps comme un livre imprimé : il fait partie du recueil manuscrit Shaolin yibo zhenzhuan (少林衣缽真傳, « La Véritable Transmission du vêtement et du bol de Shaolin »), dont la rédaction est datée aux environs de 1800.
Le traité décrit dix-huit exercices (十八勢), chacun divisé en deux à cinq « postures » (勢), soit soixante-neuf postures en tout, suivies d’un tableau anatomique de contemplation interne, d’un poème de clôture et d’une « clef » de la pratique. La prose n’y tient presque aucune place : chaque posture est donnée sous la forme d’un petit poème de six à douze vers de sept caractères, où le geste, la respiration et l’imagerie taoïste — dantian, petite révolution céleste, union de l’eau et du feu, cœur et reins, heures zi et wu — s’entremêlent. Les noms des postures sont ceux des vieux récits et des vieilles images : Xiang Yu soulevant le chaudron, Weituo présentant son sceptre, le tigre bondissant sur l’homme, le vieux moine entrant en méditation, Chen Tuan dormant d’un sommeil de huit cents ans.
Le texte chinois compte environ 5 300 caractères et il est dans le domaine public : manuscrit du début du XIXe siècle, antérieur de plus d’un siècle à toute littérature martiale moderne.
Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.
Titre et table des matières
西域羅漢得道真詮
少林衣缽真傳
升霄道人
Explication véritable de l’obtention de la Voie par les luohan d’Occident, extrait de la Véritable Transmission du vêtement et du bol de Shaolin, par le Daoïste Shengxiao.
Le manuscrit ouvre sur sa table des matières (目錄), qui énumère les dix-huit exercices et, pour chacun, les postures numérotées. Ses noms sont repris ici en tête de chaque section, dans l’ordre même du manuscrit :
- 仙人拱手 — L’Immortel joint les mains en salutation (4 postures)
- 霸王舉鼎 — Xiang Yu soulève le chaudron (5 postures)
- 左右挿花 — Piquer des fleurs à gauche et à droite (5 postures)
- 枯樹盤根 — Le vieil arbre enroule ses racines (4 postures)
- 夜叉探海 — Le yaksha sonde la mer (4 postures)
- 推𥦗亮格 — Ouvrir la fenêtre et éclairer le treillis (4 postures)
- 韋它献杵 — Weituo présente son sceptre (4 postures)
- 老僧入禅 — Le vieux moine entre en méditation (4 postures)
- 鉄牛畊地 — Le buffle de fer laboure la terre (4 postures)
- 青龍擺尾 — Le dragon bleu agite la queue (4 postures)
- 左右騙馬 — Monter à cheval, à gauche et à droite (2 postures)
- 燕子啅水 — L’hirondelle boit à la surface (4 postures)
- 乕𨁼人身 — Le tigre bondit sur l’homme (4 postures)
- 陳摶大困 — Chen Tuan sombre dans un grand sommeil (4 postures)
- 父子三請禮 — Trois salutations entre père et fils (4 postures)
- 鯉魚打挺 — La carpe se retourne d’un coup de reins (2 postures)
- 張遼献袍 — Zhang Liao présente une robe (4 postures)
- 金鈎掛玉瓶 — Le vase de jade suspendu aux crochets d’or (3 postures)
La table s’achève par la consigne de clôture : 行畢照前功仙人拱手跕定 — « l’ensemble achevé, on revient à la posture initiale de l’Immortel qui joint les mains et l’on s’y tient debout ».
Les dix-huit exercices
Premier exercice — L’Immortel joint les mains en salutation (仙人拱手)
Première posture — Serrer la taille et concentrer l’esprit (束手緊腰、偪氣全神)
以呼吸定息。用偪氣全神。是虚心實腹。養氣血生津。實腹,一使丹田氣滿。虚心,鼻孔提氣存於心。聽其自然行功積力。氣粗則力壯。
Par la respiration on fixe son souffle ; en comprimant le souffle on rassemble son esprit : c’est vider le cœur et remplir le ventre, nourrir le souffle et le sang et faire naître la salive. Remplir le ventre, c’est faire que le souffle du dantian soit plein ; vider le cœur, c’est aspirer le souffle par les narines et le garder au centre. On laisse faire la nature : on travaille et la force s’accumule. Quand le souffle devient épais, la force devient vigoureuse.

Deuxième posture — Entrecroiser les doigts et pousser des deux mains (交指翻掌、推送㕠手)
兩脚併立似繩拴。鼻孔提氣在心间。交指翻掌全身力。往來抽鉅子當先。呼吸定息精神爽。水火既済小周天。隂陽交合轉輪處。後斈只怕志不堅。
Les deux pieds joints comme liés d’une corde ;
par les narines on lève le souffle jusque dans la poitrine.
Doigts entrecroisés, paumes retournées, force de tout le corps ;
dans l’aller et le retour, c’est le geste de la scie qui mène.
Respiration réglée, l’esprit est clair et vif ;
l’eau et le feu étant unis, la petite révolution céleste s’accomplit.
Là où le yin et le yang se joignent, la roue tourne :
seul le disciple tardif craint de manquer de volonté.

Troisième posture — Plier les genoux, descendre la taille et saluer jusqu’au sol (曲膝下腰、伏底施禮)
當胸出手忙施禮。曲漆下腰緊伏底。氣如抽絲細細放。扣手闭氣翻身起。兩脚蹬尽全身力。丹田还氣兩腎居。回手舉鼎双抱月。𫔭合手偪肺呼吸。
Devant la poitrine les mains sortent pour saluer en hâte ;
genoux pliés, taille basse, le corps se courbe jusqu’au sol.
Tel un fil de soie que l’on tire, le souffle se relâche menu ;
mains crochetées, souffle retenu, on se retourne et l’on se relève.
Les deux pieds poussent avec la force du corps entier ;
le souffle retourne au dantian et demeure aux deux reins.
On ramène les mains comme pour soulever un chaudron ou embrasser la lune ;
ouvrant et fermant les mains, on comprime la respiration des poumons.

Quatrième posture — Le visage vers le ciel, lombes creusées et ventre en avant (仰面朝天、凹腰腆肚)
兩手積力㕠手捧。身似湾弓鯉魚挺。凹腰腆肚蹬尽力。二郎担山盤腦頂。囬轉却用丹田力。攢搥偪脇再重整。
Les deux mains accumulent la force et portent comme un plateau ;
le corps est un arc bandé, la carpe se redresse.
Lombes creusées, ventre en avant, on pousse de toute sa force ;
comme le Deuxième Fils portant la montagne, on enroule au-dessus du crâne.
Pour revenir et pivoter, c’est la force du dantian qui sert ;
poings rassemblés, pressés contre les côtes, puis l’on se remet en ordre.

Deuxième exercice — Xiang Yu soulève le chaudron (霸王舉鼎)
Première posture — Les deux mains écartent l’eau, les jambes forcent (双手分水、両脚挣力)
當胸分手両脚撐。燕兒挺翅懸空中。肛门一间水火靠。双耳掛紅蝉丁丁。起落全安両腎力。曲膝下腰脚輕輕。行功如要斈得秘。時刻常存心兢兢。
Devant la poitrine les mains s’écartent, les deux jambes prennent appui ;
l’hirondelle déploie ses ailes et se suspend dans l’air.
L’anus se ferme, l’eau et le feu s’appuient l’un sur l’autre ;
aux deux oreilles tintent les cigales rouges.
Montées et descentes reposent toutes sur la force des deux reins ;
genoux pliés, taille basse, le pied demeure léger.
Si l’on veut apprendre le secret de cet exercice,
il faut à chaque instant garder le cœur en éveil.

Deuxième posture — Les deux poings écartent l’entrejambe, on ajuste la selle (双搥分襠、搬鞍騎馬)
分水搬岸立後脊。大鵬挺翅奔千里。攢拳盤頂忙提氣。緊咬牙関腮貼闭。推山用盡拔木力。氣如抽絲定氣息。
Écarter les eaux, tirer la rive, dresser l’échine ;
le grand Peng déploie ses ailes et court mille lieues.
Poings rassemblés, ils tournent au-dessus du crâne tandis que l’on lève le souffle ;
dents serrées, joues collées, les issues closes.
Pousser la montagne de toute la force qui déracine les arbres ;
le souffle est comme un fil de soie que l’on tire, et la respiration s’apaise.

Troisième posture — Le grand Peng déploie ses ailes, tout le corps à l’effort (大鵬挺翅、全身使力)
跨馬勒韁倒提杵。一起一落千斤舉。曲膝用尽丹田氣。兩手㧓定翻身起。風擁海水升太陽。盤鞍挑蹬偪双膝。按定心火資腎水。胸前掛印行千里。
À cheval, tirer les rênes, brandir le pilon à l’envers ;
à chaque montée et descente, soulever mille livres.
Genoux pliés, épuiser le souffle du dantian ;
les deux mains agrippent, et l’on se retourne pour se relever.
Le vent soulève la mer, le soleil monte ;
assis sur la selle, on pousse du talon et l’on presse les deux genoux.
On apaise le feu du cœur pour nourrir l’eau des reins ;
le sceau pend devant la poitrine et l’on parcourt mille lieues.

Quatrième posture — Soulever mille livres, brandir le pilon à cheval (力舉千斤、提杵騎馬)
攢拳分襠㕠偪膝。四肢蹬力悠悠起。腰肩度尽全身力。擁倒太山㕠手㪯。呼吸定息養神氣。運動尾闾轉腰脊。
Poings rassemblés, écarter l’entrejambe, presser les deux genoux ;
les quatre membres poussent, et l’on se lève sans hâte.
Taille et épaules y mettent toute la force du corps ;
on renverse le mont Tai, les deux mains le soulèvent.
Respiration réglée, on nourrit l’esprit et le souffle ;
on met en mouvement le coccyx et l’on fait tourner la colonne.

Cinquième posture — Le plateau d’or porte la lune, toute la force du corps (金盤托月、全身精力)
兩手擎天賽玉柱。双手往來似撲地。提滿氣息壯筋骨。隂陽順逆應節氣。伸𫔭三百六十节。氣血合合過人力。乾天坤地擁太陽。鳳凰展翅雲遮日。
Les deux mains soutiennent le ciel comme des piliers de jade ;
dans leur va-et-vient, elles semblent se jeter à terre.
Souffle levé et plein, tendons et os se fortifient ;
yin et yang, dans le sens ou à rebours, répondent aux périodes de l’année.
On déploie les trois cent soixante articulations ;
souffle et sang s’unissent, surpassant la force ordinaire.
Le ciel qian et la terre kun étreignent le soleil ;
le phénix déploie ses ailes, les nuages voilent le jour.

Troisième exercice — Piquer des fleurs à gauche et à droite (左右挿花)
Première posture — Les deux mains tiennent la scie, les pieds joints (双手扶鉅、両脚並立)
𨁾地蹬膝似抽鉅。提肩攢拳吸兩闭。氣虚力怯眼生花。何須勉強積滿力。行功悠悠終須成。莫到烟花閒遊戯。
Fouler le sol et tendre les genoux comme si l’on sciait ;
hausser les épaules, rassembler les poings, aspirer en fermant les deux issues.
Si le souffle est vide et la force craintive, des fleurs dansent devant les yeux :
à quoi bon se forcer pour accumuler toute la force ?
Pratiqué sans hâte, l’exercice finira par aboutir ;
ne va pas te perdre dans les maisons de plaisir et les jeux oisifs.

Deuxième posture — L’Immortel montre le chemin, genoux pliés à cheval (仙人指路、騎馬曲膝)
仙人指路騎馬勢。曲膝抱脇提滿氣。氣滿二十四肢節。吸肺下腰脚蹬力。起膝盤腿翻身轉。囬手合掌貼両闭。如𫔭心机即一刻。一旦豁然貫通處。
L’Immortel montre le chemin, posture du cavalier ;
genoux pliés, on enlace les côtes et l’on lève un souffle plein.
Le souffle remplit les vingt-quatre articulations ;
on aspire aux poumons, on descend la taille, les pieds poussent.
On lève le genou, on croise les jambes, on se retourne et l’on pivote ;
on ramène les mains, paumes jointes, collées aux deux issues.
Si l’on ouvre la serrure du cœur, ce n’est qu’un instant :
un jour, tout s’éclaire d’un seul coup.

Troisième posture — Une main au-dessus de la tête, le souffle comprime et remplit le ventre (单手過腦、偪氣實腹)
推山拔水過頭力。積成駢脇一口氣。左右皆同是一樣。隂陽交合轉太極。功成全在子午定。鉄丁屋梁莫思慮。
Pousser la montagne et tirer l’eau, la force passe par-dessus la tête ;
elle s’accumule en un seul souffle dans les côtes serrées.
À gauche comme à droite, c’est toujours la même chose ;
yin et yang se joignent et le taiji tourne.
L’achèvement de l’exercice tient tout entier à la fixation des heures zi et wu ;
comme un clou de fer dans la poutre, on n’a plus de pensées.

Quatrième posture — Pendre l’hameçon, enlacer les côtes, genou plié et pied en crochet (埀鈎抱脇、曲膝勾脚)
单手過腦取脚稍。提氣騙脇漫下腰。曲膝挑蹬全身力。智深拔柳萬丈髙。挺胸腆肚偪双拳。翻掌合手立樹苗。滿腹度尽千觔力。氣如抽絲隂陽交。
Une main passe au-dessus du crâne et va chercher la pointe du pied ;
on lève le souffle, on ouvre les côtes et l’on descend lentement la taille.
Genoux pliés, on pousse du pied avec toute la force du corps :
comme Lu Zhishen déracinant le saule haut de dix mille toises.
Poitrine bombée, ventre en avant, les deux poings se pressent ;
paumes retournées, mains jointes, on se tient droit comme un jeune arbre.
Tout le ventre y met sa force de mille livres ;
le souffle est comme un fil de soie que l’on tire, yin et yang s’unissent.

Cinquième posture — Les deux mains se joignent, on clôt en levant le souffle (㕠手交合、收功提氣)
兩手交合盤腦頂。二郎担山肩背竦。丹田度尽兩腎力。亞賽九里覇王勇。收腿兩脚双並立。呼吸定息神氣整。若还斈尽十八势。一困八百纔夢醒。
Les deux mains se joignent et tournent au-dessus du crâne ;
comme le Deuxième Fils portant la montagne, épaules et dos se dressent.
Le dantian y met toute la force des deux reins :
on égale le courage du Hégémon qui fit trembler neuf li alentour.
On ramène les jambes, les deux pieds se joignent ;
respiration réglée, esprit et souffle s’ordonnent.
Si tu apprends jusqu’au bout les dix-huit postures,
tu dormiras d’un sommeil de huit cents ans avant de t’éveiller.

Quatrième exercice — Le vieil arbre enroule ses racines (枯樹盤根)
Première posture — Le rhinocéros regarde la lune, les deux paumes poussent (犀牛望月、推送双掌)
犀牛望月推双手。翻身扭腰胸前走。偷步纒勾偪单膝。一出一入積双肘。还轉須用兩腿力。提氣呼吸收在口。
Le rhinocéros regarde la lune, les deux mains poussent ;
on se retourne, on tord la taille, les mains passent devant la poitrine.
Pas furtif, jambe enroulée et crochetée, un genou presse ;
dans l’aller et le retour, les deux coudes accumulent.
Pour revenir et pivoter, il faut la force des deux jambes ;
souffle levé, la respiration se recueille à la bouche.

Deuxième posture — L’épervier retourne son corps, les poings enlacés au ventre (鷂子翻身、窝裡抱搥)
攢拳腆脇出當胸。一來一往似冲風。泰山壓住頂梁穴。偪住肛门氣挺胸。傳尽花街入柳巷。按住腎人心不驚。回頭便知却是岸。空即是色色即空。
Poings rassemblés, côtes dilatées, ils sortent devant la poitrine ;
dans l’aller et le retour, on fend le vent.
Le mont Tai pèse sur le point du sommet du crâne ;
l’anus retenu, le souffle bombe la poitrine.
On traverse les ruelles fleuries et l’on entre dans les allées des saules ;
si l’on tient ses reins et son cœur, l’esprit ne s’effraie pas.
En tournant la tête, on comprend que l’autre rive est là :
la vacuité est la forme, la forme est la vacuité.

Troisième posture — Saisir la lune au fond de la mer, genoux pliés et taille basse (海底捞月、曲膝下腰)
海底捞月胸对膝。兩手撲地官一尺。鼻內抽絲一口氣。轉身扭腰悠悠起。兩脚踏定立腰脊。
Saisir la lune au fond de la mer, la poitrine face aux genoux ;
les deux mains se jettent au sol, à un pied de distance.
Par le nez, on tire un filet de souffle ;
on tourne le corps, on tord la taille et l’on se relève sans hâte.
Les deux pieds bien plantés, la colonne se redresse.

Quatrième posture — Dos tourné, on ramène les mains et l’on clôt l’exercice (背面回手、貼闭收功)
双手㧓定天边月。背面攢拳偪兩脇。呼吸蹬尽英雄力。細如牛毛至不滅。欲要功夫求速成。期定子午分晝夜。調息一在对刻数。掛印升坐將排列。
Les deux mains agrippent la lune à l’horizon ;
dos tourné, les poings rassemblés pressent les deux côtes.
Respiration et poussée y mettent toute la force du héros ;
aussi ténue qu’un poil de bœuf, elle ne s’éteint jamais.
Si l’on veut que l’ouvrage aboutisse, il faut s’y hâter :
on fixe les heures zi et wu et l’on partage le jour et la nuit.
On règle son souffle en comptant les instants ;
le sceau est suspendu, l’on s’assied et l’on se met en rang.

Cinquième exercice — Le yaksha sonde la mer (夜叉探海)
Première posture — Soulever le chaudron d’une seule main (单手舉鼎)
一手偪脇一手𣁄。一上一下翻身起。両腿度尽腰節力。燕子含泥身伏底。方寸按定一口氣。両手左右上下劈。渾身使尽過頂力。闭目全神定氣息。
Une main presse les côtes, l’autre soulève ;
l’une monte, l’autre descend, et l’on se retourne pour se relever.
Les deux jambes y mettent toute la force des articulations de la taille ;
comme l’hirondelle portant sa boue, le corps se courbe jusqu’au sol.
Au creux du cœur, on fixe un seul souffle ;
les deux mains fendent à gauche et à droite, en haut et en bas.
Tout le corps y met une force qui passe par-dessus la tête ;
yeux fermés, esprit rassemblé, le souffle s’apaise.

Deuxième posture — Plier les genoux et se jeter au sol (曲膝撲地)
曲腰㧓地膘双腿。獅子搖頭大撅尾。恰似单背擒方臘。功成力勇志不毀。仰手擎天賽玉柱。螳螂撲蝉双手擋。挺功跕立整神氣。壓住心火運腎水。
Taille courbée, on agrippe le sol, les deux jambes écartées ;
le lion secoue la tête et relève grandement la queue.
On est comme un homme seul qui, d’un revers, saisit Fang La :
l’exercice accompli, la force est courageuse et la volonté ne se brise pas.
Levant les mains, on soutient le ciel comme des piliers de jade ;
la mante fond sur la cigale, les deux mains barrent.
On se dresse de toute sa force et l’on ordonne son esprit ;
on retient le feu du cœur et l’on fait circuler l’eau des reins.

Troisième posture — Un poing comprime les côtes (单搥偪脇)
攢拳頂脇忙扭腰。兩膀度力勾樹稍。伸筋拔力生氣血。推動太極隂陽交。翻手合掌調氣息。功成一畢自然髙。
Poings rassemblés, ils pressent les côtes, la taille se tord en hâte ;
les deux bras y mettent leur force et s’accrochent à la cime des arbres.
On étire les tendons, on tire la force, souffle et sang naissent ;
on pousse le taiji, yin et yang s’unissent.
Mains retournées, paumes jointes, on règle sa respiration :
l’exercice une fois achevé, on s’élève naturellement.

Quatrième posture — Puiser l’eau au tournant de la rivière (把湾拘水)
腆脇下腰資腎水。蹬力提肛纒勾腿。直腰挺尽兩膝力。翻天覆地似海鬼。收功即用双展翅。鯉魚翻身龍擺尾。兩踏脚地雲披土。土培花根花生蘂。
Côtes dilatées, taille basse, on nourrit l’eau des reins ;
on pousse, on remonte l’anus, la jambe s’enroule et se crochète.
On redresse la taille et l’on tend les deux genoux de toute leur force ;
on renverse ciel et terre comme un démon de la mer.
Pour clore, on déploie les deux ailes ;
la carpe se retourne, le dragon agite la queue.
Les deux pieds frappent le sol, les nuages couvrent la terre ;
la terre nourrit la racine des fleurs, les fleurs font leurs étamines.

Sixième exercice — Ouvrir la fenêtre et éclairer le treillis (推𥦗亮格)
Première posture — Aller et venir en tordant la scie (來往扭鉅)
纒封合手偪住氣。一出一入全身力。鷂子翻身迎風膀。一來一往似抽鉅。磨精鏡面開心竅。胆水往來助兩目。如同八踏連環腿。氣盈兩脇腆兩闭。
Enrouler et sceller, joindre les mains, retenir le souffle ;
dans l’aller et le retour, la force du corps entier.
L’épervier retourne son corps, les bras face au vent ;
dans l’aller et le retour, on scie comme avec une scie.
On polit l’essence comme un miroir et l’on ouvre les orifices du cœur ;
l’eau de la vésicule biliaire va et vient et fortifie les deux yeux.
On est comme dans les huit pas du poing en chaîne ;
le souffle remplit les deux côtes et dilate les deux issues.

Deuxième posture — Pousser la montagne et arracher l’arbre (推山把木)
度力推動太行山。倣斈冲風馬撒歡。回手拉倒黄金塔。竪立長存在身边。能戒酒色並財氣。敢比長眉李太屳。若能調息隂陽轉。天作人身人比天。
On emploie sa force à pousser le mont Taihang ;
on imite le cheval qui fonce dans le vent et bondit de joie.
On ramène les mains et l’on renverse la tour d’or ;
puis on la redresse et longtemps on la garde à ses côtés.
Si l’on sait s’abstenir du vin, des femmes, de la richesse et de la colère,
on peut se comparer à Li l’immortel aux longs sourcils.
Si l’on sait régler son souffle et faire tourner le yin et le yang,
le ciel a fait le corps humain, et l’homme égale le ciel.

Troisième posture — Tirer le filet, la force des jambes (提綱撜力)
騎馬拽鞭手提韁。躥山跳涧搃不慌。兩膀蹬尽全身力。身似玉柆腿賽梁。二十四節蹬鉄壁。轉返泥湾放日光。
À cheval, on tire le fouet et la main tient les rênes ;
on franchit les monts et saute les torrents sans nul effroi.
Les deux bras poussent avec toute la force du corps ;
le corps est un pilier de jade, les jambes des poutres.
Les vingt-quatre articulations poussent contre un mur de fer ;
on revient au palais de boue et l’on y fait briller la lumière.

Quatrième posture — Les deux paumes face au vent (迎凨双掌)
順步推㕠掌。出手連聲响。纒封四平势。提氣度両膀。推出天边月。还步院門闖。調息要还轉。一來即一往。養倒氣合血。一旦筋骨壯。
Pas dans le sens, les deux paumes poussent ;
les mains sortent en résonnant coup sur coup.
Enrouler, sceller, dans la posture des quatre équilibres ;
on lève le souffle et on le fait passer par les deux épaules.
On pousse la lune jusqu’à l’horizon ;
on ramène le pas et l’on franchit la porte de la cour.
Régler son souffle, opérer retours et rotations ;
un aller, un retour.
On nourrit le souffle et l’on unit le sang :
en peu de temps tendons et os deviennent robustes.

Septième exercice — Weituo présente son sceptre (韋它献杵)
Première posture — Écarter les mains devant la poitrine (胸前分手)
提氣立脊壯筋骨。𫔭合收閉湾風舞。撑腿合手蹬滿力。挺胸腆脇似擂鼓。欲得存孝搏乕力。四時行功要勤苦。
On lève le souffle, on redresse l’échine, tendons et os se fortifient ;
s’ouvrir et se fermer, ramener et clore : on danse dans le vent qui tourne.
Jambes tendues, mains jointes, on pousse de toute sa force ;
poitrine bombée, côtes dilatées, comme on bat du tambour.
Veut-on la force de Li Cunxiao luttant contre le tigre ?
En toute saison, il faut pratiquer avec acharnement.

Deuxième posture — Le Deuxième Fils porte la montagne (二郎擔山)
鳳凰展翅積兩肩。両背架住太行山。丹田氣滿挺胸脇。双脚蹅定緊闭関。何愁棍棒徧身打。按定神氣放心寬。一旦豁然功成時。可以延夀作地仙。
Le phénix déploie ses ailes, les deux épaules accumulent ;
les deux omoplates soutiennent le mont Taihang.
Le souffle du dantian est plein, poitrine et côtes se bombent ;
les deux pieds bien plantés ferment étroitement les passages.
Pourquoi craindre les coups de bâton par tout le corps ?
On fixe son esprit et son souffle, et le cœur s’élargit.
Le jour où, d’un seul coup, l’exercice réussit,
on peut prolonger sa vie et devenir immortel de la terre.

Troisième posture — Mains jointes, soulever le chaudron (合手舉鼎)
兩脚蹅平地。肘膝齊使力。合手舉當頂。百節積滿氣。任君徧身排。千斤有何惧。最忌分時刻。截断隂陽氣。若遇截脉客。挺身湧太極。
Les deux pieds foulent la terre ferme ;
coudes et genoux y mettent leur force ensemble.
Mains jointes, on soulève au-dessus du crâne ;
les cent articulations se remplissent de souffle.
Laisse-le se déployer par tout le corps :
que craindre d’un poids de mille livres ?
Ce qu’il faut surtout éviter, c’est de négliger les heures :
ce serait trancher le souffle du yin et du yang.
Si l’on rencontre un adversaire qui sait couper les méridiens,
on redresse le corps et l’on fait jaillir le taiji.

Quatrième posture — Finir à cheval (騎馬收闭)
𩣔馬挺脊兩分襠。双手勒定意不慌。肘膝使尽滿腹氣。頭似鉄硬更加剛。𣁄手最怕二換氣。面前生花却难當。戒住房事有何妨。
À cheval, l’échine dressée, les cuisses écartées ;
les deux mains tiennent ferme, l’esprit sans trouble.
Coudes et genoux y mettent tout le souffle du ventre ;
la tête est dure comme le fer, plus dure encore.
En levant les mains, on redoute surtout le double changement de souffle ;
des fleurs naissent devant les yeux et l’on n’y tient plus.
S’abstenir des chambres conjugales, quel empêchement y aurait-il ?

Huitième exercice — Le vieux moine entre en méditation (老僧入禅)
Première posture — Dompter le dragon et soumettre le tigre (降龍伏虎)
撑腿腆脇緊闭襠。明心見性眼生光。正是老僧坐禅時。風擺竹影照紗𥦗。一盏明灯吹不滅。夢想紅娘到西廂。膏盲着床傳書柬。小僧性烈硬如鋼。功成志滿按不住。何須求佛到西方。
Jambes tendues, côtes dilatées, l’entrejambe fermé ;
on éclaire le cœur et l’on voit sa nature, les yeux brillent.
C’est bien l’heure où le vieux moine s’assied en méditation ;
le vent balance l’ombre des bambous sur la fenêtre de gaze.
Une lampe claire brûle que nul souffle n’éteint ;
on rêve d’une belle à la chambre de l’ouest.
Sur le lit des grabataires passent des billets ;
le petit moine a le tempérament dur comme l’acier.
L’exercice réussi, la volonté comblée, rien ne le retient :
à quoi bon chercher le Bouddha en Occident ?

Deuxième posture — Comprimer l’entrejambe et ouvrir en grand écart (偪襠劈岔)
下腰鋪地势。使尽兩膀力。百節筋骨合。須要腆兩闭。挺腰盼日月。肛門要緊闭。心腎得見面。水火須即済。周天徧身用。火車轉天極。
Taille basse, on étend le corps vers le sol ;
les deux bras y mettent toute leur force.
Tendons et os des cent articulations se joignent ;
il faut encore dilater les deux issues.
La taille dressée, on regarde le soleil et la lune ;
l’anus doit être étroitement fermé.
Le cœur et les reins se rencontrent ;
l’eau et le feu doivent s’unir.
La révolution céleste s’accomplit par tout le corps ;
le char de feu fait tourner le pôle du ciel.

Troisième posture — Écarter les cuisses à cheval (分襠騎馬)
二十四節一條脊。隂陽轉合在尾呂。肛门提起一口氣。河螞浮水𨁼井底。双手搬住兩腿力。蹬膝立腰似石杵。若得斈成金中罩。何怕𨩭刀並劍戟。
Vingt-quatre articulations sur une seule échine ;
la rotation du yin et du yang se fait au coccyx.
On remonte l’anus en retenant un souffle ;
la grenouille de rivière flotte et plonge au fond du puits.
Les deux mains agrippent avec la force des deux jambes ;
genoux tendus, taille dressée comme un pilier de pierre.
Si l’on parvient à maîtriser la cloche d’or qui enveloppe,
que craindre du sabre et des lances ?

Quatrième posture — Les hirondelles volent par deux (燕子双飛)
腿賽石柱双手挺。自然而然氣力猛。走行常存過人力。单背擎住千斤鼎。收功全要定氣息。兩腎水火似虫蚣。習成十八罗漢势。敢比李逵下山勇。
Les jambes comme des piliers de pierre, les deux mains tendues ;
tout naturellement le souffle et la force deviennent impétueux.
En marchant, on garde une force qui surpasse celle des autres ;
d’un seul dos, on soutient le chaudron de mille livres.
Pour clore l’exercice, il faut à tout prix fixer sa respiration ;
l’eau et le feu des deux reins frétillent comme des mille-pattes.
Ayant appris les dix-huit postures des luohan,
on ose se comparer au courage de Li Kui descendant de la montagne.

Neuvième exercice — Le buffle de fer laboure la terre (鉄牛畊地)
Première posture — Dos tourné, fixer le souffle (背面定息)
垂簾塞对調氣息。舌柱上卧立後脊。及隂復陽細如絲。心火下降腎水舉。隂中生陽陽生隂。天地萬物皆一理。用功純斈生氣血。但壮筋骨更腎体。
Rideaux baissés, on bouche les issues et l’on règle sa respiration ;
la langue se dresse et s’appuie en haut, l’échine se redresse derrière.
Le yin revient, le yang revient, ténu comme un fil de soie ;
le feu du cœur descend, l’eau des reins monte.
Dans le yin naît le yang, dans le yang naît le yin ;
au ciel et sur la terre, toutes choses suivent cette seule loi.
À force de pratique pure, souffle et sang naissent ;
tendons et os se fortifient et les reins se consolident.

Deuxième posture — Pieds joints, presser les points (並立偪穴)
把住三関度尽力。提起肛门闭住氣。身体堅壮硬似鉄。亞賽金梁似玉柱。遍身血湧隨氣走。周流江河全不惧。功要成功人前𩔰。深藏不漏兇徒避。
On tient les trois passages et l’on emploie toute sa force ;
on remonte l’anus et l’on retient son souffle.
Le corps est ferme et robuste, dur comme le fer ;
on égale une poutre d’or, on ressemble à un pilier de jade.
Par tout le corps le sang jaillit et suit le souffle ;
il circule comme les fleuves et l’on n’a plus rien à craindre.
Pour réussir, il faut se montrer devant les hommes ;
mais qui garde le secret en profondeur tient les brutes à distance.

Troisième posture — Tirer la force et séparer les tendons (拔力分筋)
欲行此功难受苦。攢拳伏地分筋骨。兩膀度尽腰腿力。更比常山子龍武。心頭若存一口氣。咬牙切齒似猛乕。双手養成鷹爪力。亞賽鋼刀強似斧。
Qui veut pratiquer cet exercice doit endurer la peine ;
poings rassemblés, on se courbe au sol et l’on sépare tendons et os.
Les deux bras y mettent toute la force de la taille et des jambes,
plus encore que Zhao Zilong à Changshan.
Si l’on garde un souffle au fond du cœur,
dents serrées, on est comme un tigre féroce.
Les deux mains cultivent la force de la serre de l’aigle ;
on vaut une lame d’acier, on est plus fort qu’une hache.

Quatrième posture — Le poing rassemblé accumule la force (攅拳積力)
把住手腕挺兩闭。撁定鉄牛耕沉地。合手上下往來走。吸起肺金一口氣。欲得工夫十二成。搃是伸筋要拔力。整頓精神合氣血。一切一收照前势。
On tient les poignets et l’on dilate les deux issues ;
on mène le buffle de fer qui laboure la terre profonde.
Mains jointes, on va et vient, en haut et en bas ;
on aspire un souffle du métal des poumons.
Veut-on que l’ouvrage touche à sa perfection ?
C’est toujours en étirant les tendons et en tirant la force.
On ordonne son esprit et l’on unit souffle et sang ;
chaque reprise se fait selon la posture précédente.

Dixième exercice — Le dragon bleu agite la queue (青龍擺尾)
Première posture — Paume et jambe, les mains jointes (掌腿合手)
尾闾一𣁄存心口。緊闭牙関忙牽手。左右盤旋腿相随。身似鋼鑽風擺柳。四肢度尽滿腹氣。行時起膝好盤肘。一來一往双力势。前蹬後撲囬馬走。
Le coccyx se lève, le souffle se garde au creux de la poitrine ;
dents étroitement serrées, les mains tirent en hâte.
On tourne à gauche et à droite, les jambes suivent ;
le corps est un foret d’acier, le vent balance le saule.
Les quatre membres y mettent tout le souffle du ventre ;
en marchant, on lève le genou et l’on enroule les coudes.
Un aller, un retour, la force des deux côtés ;
on pousse devant, on se jette derrière, le cheval revient au galop.

Deuxième posture — Lever le fouet et monter le cheval (揚鞭𩣔馬)
面前撁手似車輪。搃是拔力要伸筋。一條腰脊左右摺。兩蹅脚地緊隨身。積力全要養氣血。行功最忌氣兩分。隂陽合合徧身轉。呼吸定息暗沉吟。
Devant soi, les mains tirent comme une roue de charrette ;
c’est toujours en tirant la force que l’on étire les tendons.
L’échine unique se plie à gauche et à droite ;
les deux pieds foulent le sol et suivent étroitement le corps.
Accumuler la force demande avant tout de nourrir souffle et sang ;
ce que l’exercice redoute le plus, c’est un souffle divisé en deux.
Yin et yang s’unissent et tournent par tout le corps ;
respiration réglée, on médite en silence.

Troisième posture — Lever le pas, enrouler et sceller (提步纒封)
兩膀牽成一股力。滿腹提尽一口氣。㕠手擺尾忙偷手。曲膝挣腿脚蹅地。徧身一百二十四節。春夏秋冬按四季。隂陽一在分時刻。受氣得節未受氣。
Les deux bras tirent en une seule force ;
tout le ventre lève un souffle unique.
Les deux mains balaient la queue et dérobent en hâte ;
genoux pliés, jambes tendues, les pieds foulent le sol.
Par tout le corps, cent vingt-quatre articulations ;
printemps, été, automne, hiver, on suit les quatre saisons.
Le yin et le yang tiennent tout entier au partage des heures :
recevoir le souffle au bon moment, c’est déjà le recevoir.

Quatrième posture — Attirer devant et barrer derrière (招前擋後)
按定氣息撩双掌。風擺樹稍耳边响。搃是肺金一口氣。摇動肝木氣血廣。要诀全在坎離定。若動意念心神恍。百日功成拿得凖。四海遊雲無遮挡。
On fixe sa respiration et l’on relève les deux paumes ;
le vent balance la cime des arbres et siffle à l’oreille.
C’est toujours un souffle du métal des poumons ;
on ébranle le bois du foie, souffle et sang s’élargissent.
Le secret tient tout entier à la fixation de kan et li ;
si l’intention s’agite, l’esprit se trouble.
Cent jours suffisent pour réussir avec sûreté ;
on erre alors comme un nuage sur les quatre mers, sans obstacle.

Onzième exercice — Monter à cheval, à gauche et à droite (左右騙馬)
Première posture — Mains crochetées, debout sur une jambe (扣手獨立)
立起腰脊手當胸。三起三落腿懸空。獨立朝綱千酌舉。松鶴萬年却長春。吸起脾土培根基。如得開竅豈肯鬆。下腰伏腿緊伏地。能架車輪寔可驚。𦂯是成功显人處。九牛二虎力不輕。
On dresse la colonne, les mains devant la poitrine ;
trois montées, trois descentes, la jambe en l’air.
Debout sur une jambe, on tient la barre et l’on soulève mille mesures ;
le pin et la grue vivent dix mille ans et gardent un printemps sans fin.
On aspire et l’on élève la terre de la rate pour fonder la base ;
si l’on obtient l’ouverture des orifices, on ne se relâche plus.
Taille basse, jambe pliée, le corps se courbe jusqu’au sol ;
pouvoir arrêter une roue de charrette, voilà qui surprend.
C’est alors que le succès se montre aux yeux des hommes :
neuf bœufs et deux tigres, la force n’est pas mince.

Deuxième posture — Ouvrir la porte de fer avec le genou (鉄门撜膝)
井底栽花提滿氣。蹬尽腰脊腿鋪地。斈動須要連三反。腿懸當空千斤力。長行積成一股氣。車碾馬踏莫驚惧。氣虚力怯壮筋骨。成功只是行百日。惟恐轉意志不堅。伸筋拔力有何趣。
Planter des fleurs au fond du puits, lever un souffle plein ;
tendre de toute la force de la colonne, la jambe posée au sol.
Pour apprendre le mouvement, il faut le répéter trois fois de suite ;
la jambe suspendue en l’air porte une force de mille livres.
Pratiqué longtemps, cela s’accumule en un seul souffle ;
que la charrette vous passe dessus ou le cheval vous piétine, point d’effroi.
Souffle vide et force craintive, voilà ce que fortifient tendons et os ;
le succès ne demande que cent jours de pratique.
Ce qu’il faut craindre, c’est de changer d’avis et de manquer de volonté :
à quoi bon étirer les tendons et tirer la force ?

Douzième exercice — L’hirondelle boit à la surface (燕子啅水)
Première posture — Retirer la poutre et changer le pilier (抽梁換柱)
抽梁换柱双手分。一左一右兩摺身。蹬尽肘膝一股力。手起脚落盤腰筋。提起丹田腰腎轉。惟恐氣息調不真。一成工夫十分力。摇動肝木吸肺金。千頭萬緒有何慮。時時勤斈得細心。
Retirer la poutre et changer le pilier, les deux mains s’écartent ;
à gauche, à droite, le corps se plie deux fois.
Coudes et genoux y mettent une seule force ;
les mains montent, les pieds tombent, les tendons de la taille s’enroulent.
On lève le souffle du dantian, taille et reins pivotent ;
ce qu’il faut craindre, c’est de mal régler sa respiration.
Une part de pratique, dix parts de force :
on ébranle le bois du foie et l’on aspire le métal des poumons.
Mille fils emmêlés, qu’y a-t-il à redouter ?
En pratiquant assidûment à toute heure, on gagne la minutie.

Deuxième posture — Le cheval revient happer la cigale (回馬撲蝉)
轉𫔭双手上下劈。一翻一摺忙叠膝。中心闭住一口氣。回手扭腰翻身起。崩跳蹬力手撲地。左右盤旋立腰脊。兩腿用尽全身力。鷹拿燕雀連三𣁄。搃是滿腹一股氣。一呼一吸調氣息。
En tournant, les deux mains fendent en haut et en bas ;
un retournement, un pli, les genoux se replient en hâte.
Au centre, on retient un seul souffle ;
on ramène les mains, on tord la taille et l’on se retourne pour se relever.
On bondit, on pousse du pied, les mains se jettent au sol ;
on tourne à gauche et à droite, la colonne se tient droite.
Les deux jambes y mettent toute la force du corps ;
l’aigle saisit le passereau, trois fois de suite.
C’est toujours un seul souffle qui remplit le ventre ;
une inspiration, une expiration : on règle sa respiration.

Troisième posture — Se retourner et joindre les mains (翻身合手)
功成一步非等𫔮。原轉金丹在湧泉。兩手托定日共月。鎖住心猿是真鉛。北斗安定星辰轉。十二時刻面朝参。氣行壹百二十節。血湧江河小周天。把住全在一時刻。失之最易行最难。今朝若得回心轉。悔想桃園二洞仙。
Le pas de la réussite n’est pas chose ordinaire ;
le cinabre d’or se transforme à la source jaillissante.
Les deux mains portent le soleil et la lune ;
qui enchaîne le singe du cœur tient le vrai plomb.
La Grande Ourse s’immobilise et les étoiles tournent ;
aux douze heures, on fait face et l’on contemple.
Le souffle parcourt cent vingt articulations ;
le sang jaillit comme un fleuve : petite révolution céleste.
Tout se tient dans un seul instant :
le plus facile à perdre, le plus difficile à accomplir.
Si aujourd’hui l’on revient sur ses pas et retourne son cœur,
on regrettera les deux grottes des immortels au jardin des pêchers.

Quatrième posture — Le coq d’or se tient sur une patte (金雞獨立)
四肢摇動氣停胸。獨立起膝懸当空。摔𫔭百節合筋骨。左右起手耳生風。若能兩膀千觔力。方可与人賭輸嬴。身体受尽千般苦。切磋琢磨硬成功。
Les quatre membres s’agitent, le souffle s’arrête à la poitrine ;
debout sur une jambe, le genou levé, on se suspend dans l’air.
On délie les cent articulations et l’on joint tendons et os ;
les mains se lèvent à gauche et à droite, le vent siffle à l’oreille.
Si l’on obtient des deux bras une force de mille livres,
alors on peut parier la victoire avec autrui.
Le corps endure mille souffrances ;
à force de tailler, polir et limer, on réussit durement.

Treizième exercice — Le tigre bondit sur l’homme (乕𨁼人身)
Première posture — Les deux flancs éventent (両脇扇風)
站定神氣立住眼。提起湧泉蹬脚心。挺胸腆脇兩腎閉。出手伸筋十指分。起提滿腹全身力。隂陽合合氣血均。凹腰腆肚手撲地。摺叠叠摺節節凖。周而復始分昼夜。宛住尾闾重分筋。
On s’établit, esprit et souffle fixes, le regard assuré ;
on lève la source jaillissante et l’on pousse au creux du pied.
Poitrine bombée, côtes dilatées, les deux reins fermés ;
les mains sortent, les tendons s’étirent, les dix doigts s’écartent.
On lève et l’on porte toute la force du ventre ;
yin et yang s’unissent, souffle et sang s’égalisent.
Lombes creusées, ventre en avant, les mains se jettent au sol ;
on plie et replie, articulation par articulation, avec précision.
On recommence sans fin, partageant le jour et la nuit ;
on retient le coccyx et l’on sépare à nouveau les tendons.

Deuxième posture — Les quatre piliers suspendus dans le vide (四柱懸空)
立起四柱挺起身。自然而然架千金。前撲後縱伸筋骨。提起氣分並血分。氣湧三百六十節。周流合血遍舒筋。四肢蹬尽周天氣。闭住肛門即翻身。呼吸定息悠悠放。龍乕交會便虚心。子午卯酉安時刻。一遍成功一遍親。
On dresse les quatre piliers et l’on redresse le corps ;
tout naturellement on soutient mille livres.
On se jette devant, on bondit derrière, tendons et os s’étirent ;
on lève le souffle et l’on sépare le souffle du sang.
Le souffle jaillit dans les trois cent soixante articulations ;
il circule, s’unit au sang et détend tous les tendons.
Les quatre membres poussent et le souffle du ciel fait le tour ;
on retient l’anus et l’on se retourne aussitôt.
Respiration réglée, on la relâche lentement ;
dragon et tigre se rencontrent, et l’esprit se vide.
On fixe les heures zi, wu, mao et you ;
chaque série achevée rapproche un peu plus.

Troisième posture — Le serpent mort s’affaisse au sol (死蛇榻地)
滿腹壓住一口氣。手腿蹬尽全身力。前撲後縱連三蚣。胸膜懸懸手按地。狼行乕步悠悠轉。圓轉尾闾肛門闭。呼吸定息手當胸。兩脚合合並跕立。提起蹬力挺腰脊。千斤壓頂有何惧。
Tout le ventre comprime un seul souffle ;
mains et jambes poussent avec la force du corps entier.
On se jette devant, on bondit derrière, trois fois de suite ;
la membrane de la poitrine suspendue, les mains pressent le sol.
On marche comme le loup, on avance comme le tigre et l’on pivote sans hâte ;
le coccyx tourne en rond, l’anus est fermé.
Respiration réglée, les mains devant la poitrine ;
les deux pieds se joignent et l’on se tient debout.
On lève le souffle et la poussée, la colonne se redresse :
mille livres sur la tête, qu’y a-t-il à craindre ?

Quatrième posture — Le sceau suspendu devant la poitrine (胸前掛印)
提起一口氣。抖抖兩膀力。用手双抱月。蹬膝脚踏地。丹田使氣滿。擎天賽玉柱。收功閉双手。攢拳貼兩閉。氣血能調養。圓轉筋骨處。
On lève un seul souffle ;
on secoue la force des deux bras.
Les deux mains embrassent la lune ;
genoux tendus, les pieds foulent la terre.
On remplit le dantian de souffle ;
on soutient le ciel comme un pilier de jade.
Pour clore, on ferme les deux mains ;
poings rassemblés, collés aux deux issues.
Souffle et sang peuvent être nourris
là où tendons et os tournent en rond.

Quatorzième exercice — Chen Tuan sombre dans un grand sommeil (陳摶大困)
Première posture — Planter des fleurs au fond du puits (井底栽花)
老僧訪學陳摶眠。起腿蹬力膝懸懸。滿腹提尽丹田氣。曲肱而枕休厭煩。捕腿下腰立後脊。日月生光在目前。玉兔東生还未醒。金烏西墜却入禅。生平受尽二子累。善於偷花非等𫔮。若能志堅功成滿。隂陽兩分莫貪恋。
Le vieux moine vient apprendre le sommeil de Chen Tuan ;
il lève la jambe, pousse de force, le genou suspendu.
Tout le ventre lève le souffle du dantian ;
le bras plié sert d’oreiller, sans se lasser.
On saisit la jambe, on descend la taille, l’échine se dresse ;
soleil et lune font naître leur lumière devant les yeux.
Le lapin de jade se lève à l’est que l’on ne s’est pas encore éveillé ;
le corbeau d’or sombre à l’ouest et l’on entre en méditation.
Toute une vie on a souffert des tracas de ses deux fils ;
savoir cueillir les fleurs n’est pas chose ordinaire.
Si la volonté tient bon et que l’exercice s’accomplisse,
que le yin et le yang se séparent sans que l’on s’y attache.

Deuxième posture — Le poing rassemblé fend l’écart (攢拳劈岔)
僧入禅堂不怠慢。功成一畢却𦂯眠。尋常不敢伸足睡。一床錦被半床间。唯有小僧不守分。每夜彂狂欠安然。一場好夢不得作。須要忙裏且貪闲。人生天地無樂趣。重整鴛鴦再合歡。㕠手抱住心猿意。一長腿伸一腿捲。
Le moine entre dans la salle de méditation sans paresser ;
l’exercice achevé, alors seulement il dort.
D’ordinaire il n’ose pas dormir les jambes étendues :
une courtepointe brodée occupe la moitié du lit.
Seul le petit moine ne garde pas sa mesure ;
chaque nuit il s’emporte et manque de calme.
Sans pouvoir faire un beau rêve,
il faut pourtant, dans le tracas, se donner du loisir.
La vie entre ciel et terre n’a pas de joie :
on refait les mandarins et l’on s’aime encore.
Les deux mains enlacent le singe du cœur ;
une jambe s’étend, l’autre se replie.

Troisième posture — Liu Quan présente le melon (刘全進瓜)
老僧作禅不記年。龍乕交會莫膽寒。双手托定日合月。隂陽合合鳮抱卵。賁門分𫔭隂陽路。瓜熱蒂落左右旋。天氣下降地氣轉。兩手推送頂梁懸。二十四肢節節分。如蹬貼壁到沉湾。
Le vieux moine médite sans compter les années ;
dragon et tigre se rencontrent, que le courage ne défaille pas.
Les deux mains portent le soleil et la lune ;
yin et yang s’unissent, la poule couve ses œufs.
Le cardia s’ouvre, la voie du yin et du yang se sépare ;
le melon mûr se détache et l’on tourne à gauche et à droite.
Le souffle du ciel descend, le souffle de la terre tourne ;
les deux mains poussent, la poutre du faîte est suspendue.
Les vingt-quatre articulations se séparent une à une,
comme si l’on poussait contre un mur jusqu’au gouffre profond.

Quatrième posture — Flotter en économisant sa force (浮水度力)
彭祖壽活八百年。豈是俗人大非凢。搃是陳𡊨作一夢。復隂还陽却回还。攔攔身体伸伸足。渺渺𡨋𡨋在眼前。抖抖精神調氣息。功夫重整時不𫔮。若人習成懶漢睡。坐卧行立不記年。
Pengzu vécut huit cents ans :
était-ce un homme ordinaire ? Non, certes pas.
Tout cela n’est qu’un rêve de Chen Tuan ;
le yin revient, le yang revient, et l’on s’en retourne.
On étire le corps, on allonge les jambes ;
le lointain et l’obscur se tiennent devant les yeux.
On secoue son esprit et l’on règle sa respiration ;
on remet l’ouvrage en train, sans perdre de temps.
Si quelqu’un apprend ce sommeil de paresseux,
assis, couché, marchant ou debout, il ne comptera plus les années.

Quinzième exercice — Trois salutations entre père et fils (父子三請禮)
Première posture — Se retourner et frapper du poing (翻身撞搥)
提氣扭腰崩搥掌。翻身左右十字闖。終須自然功有成。何必努力使勉强。挺挺脚心蹬滿力。轉轉腰腎細囬想。隂陽兩分有何慮。搃是調氣要修養。
On lève le souffle, on tord la taille, le poing et la paume jaillissent ;
on se retourne et l’on s’élance en croix, à gauche et à droite.
Il faut finalement que le naturel amène la réussite :
à quoi bon se forcer avec effort ?
On tend le creux des pieds et l’on pousse de toute sa force ;
on fait tourner taille et reins en y réfléchissant avec soin.
Que le yin et le yang se séparent, qu’y a-t-il à craindre ?
C’est toujours en réglant son souffle que l’on se cultive.

Deuxième posture — Tenir une force de mille livres (把力千斤)
拔尽氣力蹬千斤。吸起氣分虚其心。隂陽交合徧身走。氣行百節須要親。一處不到一處迷。惟恐氣息調不真。功成便得十二竅。一竅不明暗沉吟。智慧全在一時刻。不滿功成不毀心。
On tire toute sa force et l’on pousse mille livres ;
on aspire et l’on lève le souffle, et le cœur se vide.
Yin et yang s’unissent et parcourent tout le corps ;
le souffle doit visiter chacune des cent articulations.
Où il n’arrive pas, là règne l’obscurité ;
ce qu’il faut craindre, c’est de mal régler son souffle.
L’exercice réussi, on obtient les douze orifices ;
si un seul reste aveugle, on médite dans l’ombre.
La sagesse tient tout entière à un instant :
tant que le succès n’est pas complet, que le cœur ne se décourage pas.

Troisième posture — Se retourner, crocheter les mains (翻身扣手)
轉身囬頭脚並立。扣住双手提滿氣。扣腰崩搥忙挣腿。提步蹬尽全身力。左右还轉高拱手。下氣一定肛门闭。氣血合合筋骨強。十二時刻應節氣。地氣上升天氣降。隂陽交合轉太極。
On se retourne et l’on regarde en arrière, les pieds joints ;
les deux mains crochetées, on lève un souffle plein.
Taille fléchie, le poing jaillit, les jambes se tendent en hâte ;
on lève le pas et l’on pousse avec toute la force du corps.
On pivote à gauche et à droite en saluant haut les mains jointes ;
le souffle descend et se fixe, l’anus se ferme.
Souffle et sang s’unissent, tendons et os se fortifient ;
les douze heures répondent aux périodes de l’année.
Le souffle de la terre monte, le souffle du ciel descend ;
yin et yang s’unissent et le taiji tourne.

Quatrième posture — Xiang Yu bande l’arc (霸王掖弓)
逥身拔力伸筋骨。洩弓搬弦須兩分。挣𫔭兩腿氣要滿。氣行未至血不均。徧身三百六十節。功成無力氣不真。分開隂陽調氣息。未恐子午定不親。酒色財氣不能戒。枉費徒劳一片心。
On retourne le corps, on tire la force, on étire tendons et os ;
on détend l’arc et l’on tire la corde, en deux temps distincts.
On ouvre les deux jambes, le souffle doit être plein ;
si le souffle n’arrive pas au bout, le sang n’est pas égal.
Par tout le corps, trois cent soixante articulations ;
réussir sans force, c’est que le souffle n’est pas vrai.
On sépare le yin et le yang et l’on règle sa respiration ;
de crainte que les heures zi et wu ne vous soient étrangères.
Si l’on ne peut s’abstenir du vin, des femmes, de la richesse et de la colère,
on aura perdu en vain tout son cœur.

Seizième exercice — La carpe se retourne d’un coup de reins (鯉魚打挺)
Première posture — Le dragon jaune se retourne (黃龍翻身)
手脚㧓地翻身挺。蹬尽氣力血氣猛。凹要腆肚合筋骨。功成未滿力不勇。身堅体壮非容易。調調氣息再重整。十八门路用不尽。各有奥妙竅未醒。經師不及放友妙。虚心長存成一縂。
Mains et pieds agrippent le sol et l’on se retourne en se redressant ;
on pousse de toute sa force, souffle et sang sont fougueux.
On creuse les lombes et l’on avance le ventre pour joindre tendons et os ;
si l’exercice n’est pas complet, la force manque de courage.
Un corps ferme et robuste n’est pas chose facile :
on règle son souffle et l’on remet tout en ordre.
Les dix-huit voies ne s’épuisent jamais ;
chacune a ses merveilles, ses orifices encore fermés.
Un maître expérimenté ne vaut pas la merveille d’un compagnon :
on garde le cœur vide et l’on fait de tout un ensemble.

Deuxième posture — L’arc courbé et la corde crochetée (曲弓扣絃)
㧓墻貼壁似湾仰面朝天氣挺胸。脚蹅平地蹬滿力。挽轉尾闾腰懸空。要訣縂是養氣血。筋强骨實大非輕。莫嫌此功無長處。能戒酒色速成功。
On agrippe le mur, collé à la paroi, comme un arc,
le visage tourné vers le ciel, le souffle bombe la poitrine.
Les pieds foulent la plate terre et poussent de toute leur force ;
on remonte le coccyx et la taille se suspend dans l’air.
Le secret est toujours de nourrir souffle et sang ;
tendons forts et os pleins ne sont pas peu de chose.
Ne dédaigne pas cet exercice comme sans mérite :
si tu peux t’abstenir du vin et des femmes, tu réussiras vite.

Dix-septième exercice — Zhang Liao présente une robe (張遼献袍)
Première posture — Lever le genou et embrasser la lune (起膝抱月)
提肩推掌起单膝。挺挺湧泉轉尾闾。丹田閉住一口氣。湧𫔭兩腎串後脊。氣行血足功程滿。四時用功莫心急。呼吸定息養神氣。曲膝下腰緊伏底。
On hausse les épaules et l’on pousse les paumes, un genou levé ;
on tend la source jaillissante et le coccyx pivote.
Le dantian retient un seul souffle ;
il jaillit par les deux reins et monte le long de l’échine.
Le souffle circule, le sang abonde, l’ouvrage est complet ;
en toute saison, pratique sans impatience.
Respiration réglée, on nourrit esprit et souffle ;
genoux pliés, taille basse, le corps se courbe jusqu’au sol.

Deuxième posture — Jambes tendues en force, genou plié (撜力曲膝)
叠膝蹬力腿鋪地。推送㕠手提滿氣。拔起両腎忙下腰。緊咬牙関肛门闭。伸𫔭百節生氣血。合合筋骨全身力。工夫常存按時行。力𣁄千斤有何慮。
Genoux repliés, on pousse et l’on étale les jambes au sol ;
on pousse des deux mains en levant un souffle plein.
On soulève les deux reins et l’on descend la taille en hâte ;
dents serrées, anus clos.
On déploie les cent articulations, souffle et sang naissent ;
on joint tendons et os avec la force du corps entier.
On garde l’ouvrage toujours en main et l’on pratique à heures fixes :
soulever mille livres, qu’y a-t-il à craindre ?

Troisième posture — Les deux poings frappent durement (双搥硬崩)
搬拳度尽両膀力。𩣔裆提滿丹田氣。緊咬牙関㕠推手。摺摺腰腎腿鋪地。下腰伸腿叠单膝。一來一往似抽鉅。合合節骨神氣壮。氣行血走肛门闭。
On ramène les poings et les deux bras y mettent toute leur force ;
les cuisses serrées, on lève un dantian plein.
Dents étroitement serrées, les deux mains poussent ;
taille et reins se plient et se replient, les jambes au sol.
On descend la taille, on étend la jambe, on replie un seul genou ;
dans l’aller et le retour, on scie comme avec une scie.
Articulations et os se joignent, esprit et souffle se fortifient ;
le souffle circule, le sang court, l’anus est fermé.

Quatrième posture — Monter le cheval et tenir les rênes (𩣔馬勒韁)
提肩勒綱蹬千斤。手起手落緊遂身。挣𫔭両腿提滿氣。湧𫔭氣分並血分。功行百日阴阳轉。氣行百節血養筋。春秋四季應節氣。氣行節應節節親。
On hausse les épaules et l’on tire les cordes, on pousse mille livres ;
les mains montent et descendent, collées au corps.
On ouvre les deux jambes, on lève un souffle plein ;
il jaillit et l’on sépare le souffle du sang.
Cent jours de pratique font tourner le yin et le yang ;
le souffle parcourt cent articulations, le sang nourrit les tendons.
Printemps et automne, les quatre saisons répondent aux périodes ;
le souffle passe et chaque articulation y répond à son tour.

Dix-huitième exercice — Le vase de jade suspendu aux crochets d’or (金鈎掛玉瓶)
Première posture — Éviter le soleil, les jambes croisées (避日交脛)
半夜用功身劳苦。期定隂陽分子午。調滿氣息腿交脛。双手避日伸筋骨。舒筋合血善修養。一翻一折兩手撲。心猿意馬鎖不住。氣虚力怯血未足。按定方寸養神氣。立見效騐成功速。
On travaille au milieu de la nuit, le corps à la peine ;
on fixe le yin et le yang, on sépare zi et wu.
Souffle réglé et plein, les jambes se croisent ;
les deux mains cachent le soleil, tendons et os s’étirent.
On détend les tendons, on unit le sang, on cultive avec soin ;
un retournement, un pli, les deux mains se jettent en avant.
Le singe du cœur et le cheval de l’esprit ne se laissent enchaîner ;
souffle vide et force craintive, le sang n’est pas suffisant.
On fixe le creux du cœur et l’on nourrit esprit et souffle :
on verra aussitôt l’effet et le succès rapide.

Deuxième posture — Replier le corps pour nourrir les reins (叠身存腎)
婉轉尾闾漫折腰。㕠手並合捹脚稍。滿腹壓存一口氣。運動水火隂陽交。拔力伸筋行血氣。僧入禅堂夜难熬。晝夜行功按時刻。不滿功程豈肯消。
Le coccyx pivote doucement, la taille se plie lentement ;
les deux mains réunies vont saisir la pointe des pieds.
Tout le ventre comprime et garde un seul souffle ;
on met en mouvement l’eau et le feu, yin et yang s’unissent.
On tire la force, on étire les tendons, on fait circuler souffle et sang ;
le moine entre dans la salle de méditation, la nuit est dure à passer.
Jour et nuit on pratique aux heures fixées ;
tant que l’ouvrage n’est pas complet, comment consentir à s’arrêter ?

Troisième posture — Le pilier de jade soutient le ciel (擎天玉柱)
力𣁄擎天掌。氣滿身自壮。蹬尽両腿力。百節筋骨响。血走阴阳合。氣行精神爽。功成三冬煖。力怯莫勉强。時時得勤苦。搃是要修養。
Les paumes soutiennent le ciel de toute leur force ;
le souffle étant plein, le corps devient robuste de lui-même.
On pousse des deux jambes de toute leur force ;
les tendons et les os des cent articulations craquent.
Le sang circule, yin et yang s’unissent ;
le souffle passe, l’esprit est clair.
L’exercice réussi, on a chaud au cœur des trois hivers ;
si la force est craintive, ne force pas.
À toute heure, il faut de l’acharnement :
l’essentiel est toujours de se cultiver.

Le tableau de la contemplation interne (內觀圖)
內觀圖 用功行氣内裏要訣全圖
Tableau de la contemplation interne — carte complète des secrets du souffle mis en œuvre à l’intérieur du corps.
Les légendes du tableau, dans l’ordre où le manuscrit les porte :
泥湾 髓海 天谷 通於尾骶 領骨三節 喉 咽 膻中 肺 心包 脾系 胃系 肝系 腎系 脾 脂𫆳 肝 胆 腎 胃 賁门 幽门 小腸 大腸 阑门 丹田 膀胱 命门 直腸 溺孔 精道 魄门 尾闾
Palais de boue ; mer de la moelle ; vallée céleste ; voie vers le sacrum ; les trois vertèbres cervicales ; larynx ; pharynx ; point shanzhong (VC 17) ; poumons ; péricarde ; système de la rate ; système de l’estomac ; système du foie ; système des reins ; rate ; ligament gastro-splénique ; foie ; vésicule biliaire ; reins ; estomac ; cardia ; pylore ; intestin grêle ; gros intestin ; iléon ; dantian ; vessie ; porte de la vie ; rectum ; urètre ; canal spermatique ; anus ; coccyx.

Poème de clôture
功成縂是善調氣。春夏秋冬安四季。水火既済周天轉。生尅制化應節氣。身堅體壮妙不盡。心快意樂得機秘。奧妙無穷乾坤交。不怕山川雲遊處。幸得偶遇蓬萊客。坐觀海湧太陽戯。西望瑶池参王母。亞賽璠桃群仙聚。
La réussite tient toujours à savoir régler son souffle :
printemps, été, automne, hiver, on s’accorde aux quatre saisons.
L’eau et le feu étant unis, la révolution céleste tourne ;
engendrement, domination, production et transformation répondent aux périodes.
Le corps ferme et robuste a d’innombrables merveilles ;
le cœur joyeux et l’esprit content en reçoivent le secret.
Merveille sans fin : ciel et terre s’unissent ;
on ne craint plus les monts, les fleuves, ni les lieux où errent les nuages.
Par bonheur, on rencontre un hôte du mont Penglai ;
assis, on contemple la mer qui monte et les jeux du soleil.
Vers l’ouest, on regarde le lac de jade et l’on salue la Reine Mère ;
on égale la pêche de corail où se rassemblent tous les immortels.
Les cinq phases et les organes
東方属木木旺春。木属肝經肝主筋。
南方属火火旺夏。火属心經心主血。
中央属土土旺脾。四季和平脾主肉。
西方属金金旺秋。金属肺經肺主氣。
北方属水水旺冬。水属腎經腎主骨。
L’est appartient au bois ; le bois est florissant au printemps ; le bois correspond au méridien du foie ; le foie gouverne les tendons.
Le sud appartient au feu ; le feu est florissant en été ; le feu correspond au méridien du cœur ; le cœur gouverne le sang.
Le centre appartient à la terre ; la terre prospère en toute saison, où règne la paix ; la rate gouverne les chairs.
L’ouest appartient au métal ; le métal est florissant en automne ; le métal correspond au méridien des poumons ; les poumons gouvernent le souffle.
Le nord appartient à l’eau ; l’eau est florissante en hiver ; l’eau correspond au méridien des reins ; les reins gouvernent les os.
La clef de la pratique (行功要訣)
行功要訣 重訂增補羅漢行功短打通解
Clef de la pratique — remaniée et augmentée : courte explication des exercices du Luohan et des techniques de frappe.
子午卯酉晝夜還。燒酒房事不可貪。輕擊重打看先後。日就月將無间断。昔人依此成羅漢。我輩學來作奇男。千錘萬煉猶嫌少。何惜工夫一百天。
Zi, wu, mao et you : que jour et nuit le cycle revienne.
L’eau-de-vie et les affaires de lit ne doivent pas être convoitées.
Frappe légère, coup lourd : observe l’ordre et la suite.
De jour en jour, de mois en mois, sans interruption.
Les anciens, par ce moyen, devinrent des luohan ;
notre génération, en l’apprenant, en fera des hommes hors du commun.
Mille martèlements et dix mille fonte sont encore trop peu :
pourquoi épargner cent jours de travail ?
行功一道。或摘用。或全用。俱要清心寡慾。朝乾夕惕。行功之時。固宜存神固氣。由心經而達於四肢。自然流通。畧無矯强。即不行之時。作止語默。亦須全真養元。使無散亂。斯為精於行功云。
Pour ce qui est de la pratique, qu’on en prenne une partie ou la totalité, il faut toujours le cœur pur et les désirs réduits, s’appliquant du matin au soir avec vigilance. Pendant l’exercice, il convient assurément de garder l’esprit présent et le souffle ferme, de sorte que, du méridien du cœur, il atteigne les quatre membres et circule naturellement, sans la moindre contrainte. Même hors de l’exercice, qu’on agisse ou qu’on s’arrête, qu’on parle ou qu’on se taise, il faut encore conserver le vrai et nourrir l’origine, et ne pas laisser se disperser le trouble. Voilà ce qui s’appelle être expert dans la pratique.
百日可成
Cent jours suffisent pour réussir.
Notes du traducteur
- Le texte et sa datation. Le Xiyu luohan dedao zhenquan n’est connu que par le recueil manuscrit Shaolin yibo zhenzhuan (少林衣缽真傳), compilation de textes attribués à la tradition shaolin et à des auteurs taoïstes, dont la rédaction est située vers 1800. Le nom du « Daoïste Shengxiao » (升霄道人) est celui d’un personnage que rien d’extérieur ne permet d’identifier avec certitude : c’est un nom de transmission, non un état civil.
- Souffle (氣, qi). Les vers emploient 氣 dans trois acceptions que le français ne distingue pas : le souffle respiré, l’énergie vitale, et la « vapeur » subtile que l’on fait monter ou descendre dans le corps. J’ai gardé partout « souffle », en laissant le contexte préciser.
- Les deux issues (兩閉). Le manuscrit répète cette expression obscure (« fermer les deux issues », « dilater les deux issues ») sans jamais la définir. Les parallèles de la littérature de daoyin invitent à y voir la fermeture simultanée de la bouche et de l’anus, ou celle des deux points du périnée ; j’ai traduit littéralement, sans trancher.
- Coccyx (尾闾, weilü) et palais de boue (泥湾 / 泥丸, niwan). Deux repères du travail interne : le coccyx, à la base de la colonne, que l’on « remonte » en rentrant le bassin, et le « palais de boue », au sommet du crâne. Le manuscrit écrit 泥湾 (« baie de boue ») là où la tradition écrit d’ordinaire 泥丸 (« pilule de boue »).
- Les quatre heures (子午卯酉). Zi (23 h-1 h), wu (11 h-13 h), mao (5 h-7 h) et you (17 h-19 h) : minuit, midi, l’aube et le crépuscule. La pratique est censée s’ordonner sur ces quatre moments, qui règlent aussi le jeu du yin et du yang.
- Les personnages des titres. 霸王 est Xiang Yu, le « Hégémon » de la fin des Qin ; 二郎 est le deuxième fils du général Li Bing, héros du Xiyou ji et des romans populaires, qui porte les montagnes ; 韋它 est Weituo (Skanda), gardien du Dharma représenté son sceptre à la main ; 陳摶 est le dormeur légendaire des Cinq Dynasties, qui dormait des siècles ; 李逵 est le colosse du Shuihu zhuan ; 智深 est Lu Zhishen, qui déracina un saule dans le même roman ; 存孝 est Li Cunxiao, dompteur de tigre ; 張遼 est le général de Cao Cao ; 彭祖 est le patriarche de la longévité ; 方臘 est le rebelle du Shuihu zhuan.
- Le tableau de la contemplation interne. Les trente-trois légendes de l’內觀圖 ne sont pas toutes des termes anatomiques au sens moderne : plusieurs désignent des « systèmes » (脾系, 胃系, 肝系, 腎系) qui correspondent aux enveloppes et aux méridiens des organes plutôt qu’aux viscères eux-mêmes.
Source du texte chinois : 升霄道人, 《西域羅漢得道真詮》, manuscrit contenu dans le recueil 少林衣缽真傳, vers 1800. Texte dans le domaine public. Le texte chinois a été relevé sur la page de Paul Brennan : https://brennantranslation.wordpress.com/2021/08/31/the-eighteen-luohan-exercises-according-to-the-daoist-shengxiao/ (dont la traduction anglaise n’a pas été utilisée). Les soixante-dix figures reproduites ici sont les dessins qui accompagnent le texte chinois dans le manuscrit original, dans le domaine public : soixante-neuf dessins de postures et le tableau de la contemplation interne. Traduction française : nouvelle traduction réalisée à partir de l’original chinois pour ce site.