Le Xiang Kairan xiansheng lian taiji quan zhi jingyan (向愷然先生練太極拳之經驗, « L’expérience de M. Xiang Kairan dans la pratique du taiji quan ») est un essai écrit en 1929 par Xiang Kairan (向愷然, 1889-1957), plus connu sous son nom de plume de romancier Pingjiang Buxiaosheng (平江不肖生), auteur du célèbre roman de chevalerie Jianghu qixia zhuan (江湖奇俠傳). Passionné d’arts martiaux depuis sa jeunesse et deux fois étudiant au Japon, Xiang Kairan y consigne ses années d’apprentissage du taiji quan auprès de plusieurs maîtres — Chen Weiming (陳微明), Wang Zhiqun (王志羣), Xu Yusheng (許禹生) et Liu Enshou (劉恩綬) — et livre un témoignage critique et comparé sur les formes des familles Yang, Wu et Chen, sur la lenteur de la pratique, sur la poussée des mains (tui shou, 推手) et sur la distinction du vide et du plein. Le texte fut publié dans le recueil Taiji zhengzong (太極正宗, « Le taiji authentique ») de Wu Zhiqing (吳志青) en 1936. L’auteur étant mort en 1957, le texte chinois est dans le domaine public.

Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.

前淸丁未年間。我在日本會見一位直隸朋友。就聽他說起北方練拳術的人。有幾個大派別。一派是練八卦拳的。一派是練形意拳的。一派是太極拳的。還有一派練岳氏散手拳的。後來由岳氏散手。又產生一派。謂岳氏連拳。此外雖尚有不少的家數。然練習的比較人少。不能自成一派。我當時聽了這些話。不過知道有這些名目罷了。究竟各派是些什麼手法。彼此分別之點。在什麼地方。因那位直隸朋友。不能一一演給我看。無從知道。直到民國癸卯年。遇見李存義的弟子葉雲表、郝海鵬。纔見着了形意拳。八卦拳也看了一部份。太極拳。仍是不曾見着。不過曾聽得葉、郝二人說起太極拳意義。使我增添了許多向往之心罷了。

En l’année dingwei de la fin des Qing [1907], je me trouvais au Japon, où je rencontrai un ami du Zhili. Je l’entendis parler des gens du Nord qui pratiquent la boxe : il y a là-bas plusieurs grandes écoles — l’une pratique le bagua quan, une autre le xingyi quan, une autre le taiji quan, et une autre encore le san shou de l’école Yue. Plus tard, du san shou de l’école Yue naquit une nouvelle école, appelée lian quan de l’école Yue. Outre celles-là, il existe encore bien des systèmes, mais ils comptent relativement peu de pratiquants et ne sauraient former une école à part entière. Sur le moment, ces propos ne m’apprirent que des noms. Quelles étaient au juste les techniques de chaque école, et en quoi consistaient leurs différences ? Comme mon ami du Zhili ne pouvait me les démontrer une à une, il m’était impossible de le savoir. Ce n’est qu’en l’année guimao de la République [1913] que, rencontrant Ye Yunbiao et Hao Haipeng, disciples de Li Cunyi, je pus voir le xingyi quan, et j’aperçus aussi une partie du bagua quan. Le taiji quan, en revanche, je ne le vis toujours pas : j’avais seulement entendu ces deux hommes parler de sa signification, ce qui n’avait fait qu’accroître mon désir de le connaître.

經過了若干年。祇是沒有機會。遇着太極拳練得好的朋友。不但無從研究。便想看一次是如何的形式。也達不到這個目的。到乙丑年五月。幸有一位陳微明先生。從北京來到上海。以所從楊家學得的太極拳。設一個致柔拳社。專教人練習。我得這個機會。纔從事研究了幾個月。不料正在研練的時候。二十年前教我練拳的王志羣先生。也到了上海。我這時與王先生已有好幾年不曾見面了。一向祇聽得王先生在北京。專心研究太極拳。因為原來根柢甚深的原故。成功比任何人都容易。我於是又從王先生研究。論王先生所練的太極拳。與陳先生所練的本屬一家。陳先生的師承。是楊澄甫。王先生的師承。是吳鑑泉。兩人都是楊露禪的再傳弟子。當然是一家一派的了。但是兩人所傳授的拳式。各自不同。我當時很是疑惑。不敢隨便判斷誰對誰不對。我旣以研究拳術為目的。自不能存黨同伐異的心。何況同是太極拳術。又是同出一家呢。衹以研究便利的關係。因王先生住在我家。便專從王先生研究。也時常與陳先生推手。奈不久離了上海囘湖南。在湖南找不着練太極拳的人。沒有人和我推手。祇好獨自練習。

Plusieurs années passèrent ainsi, sans que l’occasion se présentât de rencontrer un bon pratiquant de taiji quan : non seulement je ne pouvais l’étudier, mais je n’arrivais même pas à en voir une fois la forme. Au cinquième mois de l’année yichou [mai 1925], j’eus la chance que M. Chen Weiming vînt de Pékin à Shanghai : avec le taiji quan qu’il avait appris de la famille Yang, il fonda la société de boxe Zhirou (« Atteindre la souplesse ») uniquement pour l’enseigner. Je saisis l’occasion et m’y consacrai quelques mois. Comme je m’entraînais ainsi, M. Wang Zhiqun — qui m’avait enseigné la boxe vingt ans plus tôt — arriva lui aussi à Shanghai. Je ne l’avais pas revu depuis plusieurs années et je n’avais entendu dire qu’une chose : qu’à Pékin il se consacrait tout entier au taiji quan et que, ses fondations étant déjà profondes, il y réussissait plus facilement que quiconque. Je me mis donc à étudier également avec M. Wang. Le taiji quan que pratique M. Wang et celui que pratique M. Chen appartiennent en vérité à la même école : M. Chen a pour maître Yang Chengfu et M. Wang a pour maître Wu Jianquan, tous deux étant disciples de la seconde génération après Yang Luchan — c’est donc assurément une seule et même école, une seule et même lignée. Mais les formes que l’un et l’autre transmettent diffèrent. J’étais alors fort perplexe et n’osais pas trancher à la légère qui avait raison et qui avait tort. Mon but étant l’étude de la boxe, je ne pouvais nourrir l’esprit de clan qui favorise les siens et attaque les autres, d’autant que c’était le même taiji quan, issu d’une même maison. Par simple commodité, comme M. Wang logeait chez moi, je m’entraînai principalement avec lui ; je poussais aussi souvent les mains avec M. Chen. Hélas, peu après je quittai Shanghai pour le Hunan. Là, je ne trouvai personne qui pratiquât le taiji quan, personne avec qui pousser les mains : je dus m’entraîner seul.

戊辰七月。我跟着湖南的軍隊到了北京。當時北京已改名北平。因政府遷都南京的關係。北京市面漸就蕭條。影響所及。連幾個練太極拳有名的人物。如楊澄甫、吳鑑泉等。都跟着往南京或上海去了。所會見的幾個。誰也是北方有相當聲望的人。如許禹生、劉恩綬之類。對於太極拳。都有若干年的研究。其所練架式。類似吳鑑泉傳授者為最多。我於是又從許劉兩人研究了些日子。許君以吳楊等專練太極拳之人。皆已南去。他辦了一個體育學校。找不着教太極拳的好手。就託人在河南溫縣陳家溝子。聘了一位姓陳名績甫的來。相傳楊露禪當日。是從陳家溝子學來的太極。他的師傅叫陳長興。從陳長興到現在。代有傳人。此刻陳家溝子的人。少有不練拳的。練的都是太極。沒有第二種拳。在那地方流行。體育學校請來那位姓陳的。年齡不過四十歲。是從小專練太極拳。不曾練過旁的拳。到北平後。除在體育學校擔任教授而外。還有許多人。請到自己家裏去教。我聽得這們一位人物。少不得要去見一見。這日由許君介紹。在體育學校會面。並見他練了拳。推了手。還和他談論了好一會。不會他倒也罷了。會過之後。使我更加了疑惑起來。因為他這道地的太極拳。不僅和吳鑑泉傳授的形式大不相同。就是和楊澄甫所傳授的。比較也全不是那門一囘事。連拳譜上的名目。也不一樣。

Au septième mois de l’année wuchen [juillet 1928], je suivis l’armée du Hunan jusqu’à Pékin, alors rebaptisée Beiping. Le gouvernement ayant transféré la capitale à Nanjing, l’activité de Beiping se ralentit peu à peu ; dans la foulée, plusieurs figures réputées du taiji quan, tels Yang Chengfu et Wu Jianquan, gagnèrent Nanjing ou Shanghai. Ceux que je rencontrai étaient tous des hommes d’une certaine réputation dans le Nord, comme Xu Yusheng ou Liu Enshou, qui avaient étudié le taiji quan pendant des années, et dont les formes ressemblaient le plus souvent à celles transmises par Wu Jianquan. Je m’entraînai donc quelque temps avec Xu et Liu. Xu, voyant que tous les spécialistes du taiji quan — Wu, Yang et les autres — étaient partis vers le sud, et ne trouvant personne de bon pour enseigner le taiji quan dans l’école d’éducation physique qu’il avait fondée, pria quelqu’un d’aller engager, au village de Chenjiagou dans le district de Wenxian au Henan, un certain Chen du nom de Jifu. On raconte que Yang Luchan, en son temps, apprit le taiji à Chenjiagou, et que son maître s’appelait Chen Changxing. De Chen Changxing jusqu’à aujourd’hui, chaque génération a eu ses successeurs. À présent, il n’est guère d’habitant de Chenjiagou qui ne pratique la boxe, et ce qu’on y pratique, c’est toujours le taiji : aucune autre boxe n’y est en vogue. Ce M. Chen que l’école avait fait venir n’avait pas quarante ans ; depuis l’enfance il n’avait pratiqué que le taiji quan et jamais aucune autre boxe. Après son arrivée à Beiping, outre son poste de professeur à l’école, beaucoup de gens l’invitèrent à enseigner chez eux. Entendant parler d’une telle figure, je ne pouvais manquer d’aller le voir. Ce jour-là, présenté par Xu, je le rencontrai à l’école, je le vis pratiquer la forme et pousser les mains, et m’entretins longuement avec lui. Si seulement je ne l’avais pas rencontré ! Car après cette rencontre, mon trouble ne fit que croître : ce taiji quan authentique non seulement différait grandement de la forme transmise par Wu Jianquan, mais comparé à celle qu’enseignait Yang Chengfu, il n’y ressemblait pas du tout non plus — jusqu’aux noms du formulaire qui étaient différents.

吳楊兩家所傳的姿勢。雖有分別。但是起手都是一攬雀尾為名稱。就是孫祿堂從郝維眞所學的。起手名懶札衣。也與攬雀尾的音相近似。不管是誰的音轉變了。總還是這個音調差不多的名稱。至於陳績甫練拳起手。叫做金剛搗碓。其中雖也有懶扎衣的名目。惟手法身法。與吳楊兩家的攬雀尾。孫祿堂的懶扎衣。都無相似之處。且全式名稱。不同之點甚多。如靑龍出水、雙推手、神仙一把抓、小擒打、前招後招、鐵叉、切地龍、當地炮等名稱。皆吳楊二家所未有。至如封似閉。稱六射四閉。單鞭稱丹變。倒攆猴。稱倒捻肱。肩通臂稱閃通背。右起脚稱右插。左起脚稱左插。轉身蹬脚稱蹬一根子。抱虎歸山。稱抱頭推山。雲手稱運手。音尚相近。但身手動作方法亦多不類。再看他推手祇有同邊活步的一個方法。就是一個左脚向前。一個右脚向前。掤擠進一步。捋按退一步。我問他推手共有幾個方式。他說就是這一個方式。我又問沒有站定不動脚的推法嗎。他說沒有。我又問他沒有四隅進退名叫大捋的推法嗎。他也說沒有。我想這就奇了。楊露禪是從陳家溝子學來的。到此不過三傳。何以與陳績甫的相差這們遠。

Les postures transmises par les familles Wu et Yang diffèrent, mais toutes deux commencent par une posture nommée « saisir la queue du moineau » (攬雀尾, lan que wei). De même, celle que Sun Lutang apprit de Hao Weizhen commence sous le nom de « retrousser paresseusement sa robe » (懶扎衣, lan zha yi), dont la consonance est proche de lan que wei ; peu importe qui a altéré la prononciation, il s’agit toujours d’un nom à la sonorité voisine. Quant à la posture d’ouverture de Chen Jifu, elle s’appelle « l’arhat pile le mortier » (金剛搗碓, jingang dao dui) ; on y trouve certes aussi une posture nommée « retrousser paresseusement sa robe », mais ni les mains ni le corps ne présentent la moindre ressemblance avec le lan que wei des Wu et des Yang, ni avec le lan zha yi de Sun Lutang. En outre, dans l’ensemble de la forme, les noms diffèrent en bien des points : « le dragon azur sort de l’eau » (靑龍出水), « double poussée des mains » (雙推手), « l’immortel saisit tout d’une poignée » (神仙一把抓), « petite saisie et frappe » (小擒打), « salutation avant et arrière » (前招後招), « fourche de fer » (鐵叉), « trancher le ver de terre » (切地 龍), « canon braqué sur place » (當地炮) et d’autres encore, qui n’existent ni chez les Wu ni chez les Yang. De plus, « sceller comme pour fermer » (封似閉) devient « six jets, quatre fermetures » (六射四閉) ; « la cravache unique » (單鞭) devient « transmutation du cinabre » (丹變) ; « repousser le singe » (倒攆猴) devient « reculer en tordant l’avant-bras » (倒捻肱) ; « l’épaule traverse le bras » (肩通 臂) devient « esquiver pour traverser le dos » (閃通背) ; « coup de pied droit » (右 起脚) devient « insertion à droite » (右插) ; « coup de pied gauche » devient « insertion à gauche » (左插) ; « se retourner et talonner » (轉身蹬脚) devient « talonner d’un seul talon » (蹬一根子) ; « étreindre le tigre et le reconduire à la montagne » (抱虎歸山) devient « couvrir la tête et pousser la montagne » (抱頭推山) ; « mains nuageuses » (雲手) devient « mains qui tournent » (運手). Les sons restent encore proches, mais les mouvements du corps et des mains diffèrent souvent. Je remarquai ensuite que sa poussée des mains ne comportait qu’une seule méthode, celle du pas mobile en vis-à-vis : l’un a le pied gauche en avant, l’autre le pied droit ; on avance d’un pas en peng et ji, on recule d’un pas en et an. Je lui demandai combien de modes comptait sa poussée des mains ; il répondit que c’était le seul. Je demandai encore s’il n’existait pas de poussée à pieds fixes ; il dit que non. Je demandai enfin s’il n’existait pas de poussée avançant et reculant vers les quatre coins, nommée « grand lü » ; il dit encore que non. Je trouvai cela bien étrange : Yang Luchan avait appris à Chenjiagou, et de lui à Chen Jifu il n’y a que trois transmissions — comment la différence pouvait-elle être si grande ?

楊家練習的方式。倒比較的完備。楊家推手的方式。由淺入深。共有四種。最初彼此都用單手搭挽。使站走靈活。次則按掤擠捋按。四手彼此都用雙手。兩脚站立不動。僅以身手進退。又次則活步進退。再次則向四隅進退。名為大捋。步法身法手法漸次繁難。務使練習的人。能進退隨意。緩急皆由自主。不受制於人。若僅一同邊活步之方式。初學者不易粘走。而練有相當程度的。覺其活步容易討巧。腰腿難得有眞工夫。至於欲求深造的。則又嫌其太簡單。太極拳的原理。和其他之拳術不同。太極注重粘走。所謂於不丟不頂中討生活是也。粘卽是不丟。走卽是不頂。此理說得容易。做到實難。一部分之粘走尚易。全體之粘走尚難。欲全體粘走如意。則非有大捋不為功。按大捋之法。決非創自楊家。想必是陳績甫未得其傳。故其法尚不及楊家完備。

La manière de s’entraîner de la famille Yang est en revanche plus complète. Les méthodes de poussée des mains des Yang vont du plus simple au plus difficile et comptent quatre espèces. Au début, les partenaires se contentent de relier et tirer d’une seule main, afin de rendre la station et la marche agiles. Ensuite viennent les quatre techniques peng, ji, , an, à deux mains, les pieds restant immobiles, seuls le corps et les mains avançant et reculant. Puis viennent les avancées et reculs à pas mobile ; enfin, les avancées et reculs vers les quatre coins, appelés « grand lü » (大捋). Pas, corps et mains se compliquent progressivement, afin que le pratiquant puisse avancer et reculer à volonté, gouverner lui-même la lenteur et la rapidité, et ne jamais être à la merci d’autrui. S’il n’existait que la méthode du pas mobile, il serait difficile au débutant de coller et de céder ; et le pratiquant d’un niveau déjà passable trouverait au pas mobile une facilité de triche, car il est alors malaise d’acquérir une véritable maîtrise des reins et des jambes. Quant à celui qui veut approfondir, il la jugerait trop simple.

Les principes du taiji quan diffèrent de ceux des autres boxes. Le taiji met l’accent sur coller et céder — « faire son chemin sans abandonner ni résister », dit-on. Coller, c’est ne pas abandonner ; céder, c’est ne pas résister. Ce principe est aisé à énoncer, mais difficile à réaliser. Coller et céder d’une partie du corps est encore facile ; les réaliser de tout le corps est plus malaisé. Pour que tout le corps colle et cède à volonté, il n’est d’autre moyen que le grand lü. Au demeurant, la méthode du grand lü n’a certainement pas été créée par la famille Yang : il faut croire que Chen Jifu n’en a pas reçu la transmission, et que sa méthode est pour cela moins complète que celle des Yang.

以我個人近年研究太極拳之結果。深信拳理之精細。拳法之周密。及練習者之有益無損。此非他種拳術所能及。年來政府提倡武術。設國術館於首都。各省也遍設分館。首都國術館中。分武當、少林兩門。武當門卽以太極拳為主體。因此太極拳的勢力。漸漸侵到了南京。練習的人日漸增多。然首都經過一次武術比賽之後。聲明以太極拳為專長的。多未勝利。而北平方面。所去應試之人。其得勝利者。雖十之七八也曾練太極。但在報名時却未聲明以太極拳為專長。(國術館考試武術時。報名者須聲明曾練何種武術。以何種為專長。)因之一般人對太極拳懷疑者極多。原來反對太極拳的人。不待說。益發振振有詞。卽平日也曾練習太極。對太極有相當認識的。也懷疑太極不能致用。我是最相信太極的人。在這時不得不將我個人對於太極拳的經驗及心得說出來。或者可以解釋一部人的疑惑。及增加一部分人的信仰。並可以供同好的參證。篇中時有文言口語雜操之處。隨手寫來。但求達意。不及修改。閱者諒之。

Le résultat de mes recherches de ces dernières années sur le taiji quan me persuade que la finesse de sa théorie, la minutie de sa méthode et le fait qu’elle ne peut nuire à celui qui la pratique dépassent ce dont toute autre boxe est capable. Ces dernières années, le gouvernement a encouragé les arts martiaux, créant un institut national des arts martiaux dans la capitale et des succursales dans chaque province. L’institut de la capitale se divise en deux portes, Wudang et Shaolin ; la porte Wudang prend le taiji quan pour corps principal. Aussi l’influence du taiji quan s’est-elle peu à peu étendue jusqu’à Nanjing, où le nombre de pratiquants croît chaque jour. Or, après un premier concours d’arts martiaux dans la capitale, ceux qui s’étaient déclarés spécialistes du taiji quan furent pour la plupart vaincus. À Beiping, en revanche, parmi ceux qui allèrent concourir, sept ou huit sur dix avaient pratiqué le taiji, mais ils ne l’avaient pas déclaré comme leur spécialité au moment de l’inscription. (Lors des examens de l’institut, les candidats devaient déclarer quels arts martiaux ils avaient pratiqués et lequel était leur spécialité.) C’est pourquoi le commun des gens doutait fort du taiji quan : les adversaires de toujours, cela va sans dire, redoublaient d’arguments, et même ceux qui l’avaient pratiqué et le connaissaient passablement doutaient qu’il pût servir. Moi qui suis le plus convaincu des adeptes du taiji, je me devais de livrer ici mon expérience personnelle et ce que j’en ai compris : peut-être éclairerai-je ainsi les doutes de certains, renforcerai-je la foi de quelques autres, et fournirai-je à mes compagnons de quoi vérifier. Dans ce texte, la langue classique et la langue parlée se mêlent souvent, écrit à la volée, sans autre souci que d’exprimer ma pensée et sans prendre le temps de corriger : que le lecteur m’excuse.

我覺得太極拳在各種拳術中。為最難致用之一種。甚麼原故呢。練他種拳術的人。工夫卽算不深。祇是練過拳的。必有相當體力。比較未經練過的强健。惟練太極拳的人。以不尚力原故。初練一年半載。體力並不見得比尋常的人發達許多。體力旣不比人强。而太極拳的用法又遠不及他種拳式之簡易。易於領會。無論初學的人。就是對太極拳用過三五年苦工夫的。除却照一定的規矩推手而外。若教他將太極拳一手一手的用法。從頭至尾解釋出來。恐怕能辦得到的很少。旣是自己不能領會自己所練太極拳的手法。却如何能使用呢。練他種拳術的。和人比試起來。縱然不能把平日所學手法。絲毫不亂的使用出來。然因其平日練習時橫衝直擊。成了習慣。祇要利用這種習慣。再繼之以猛勇直前。每能克敵制勝。練太極拳的則不然。平日練習以緩慢為原則。以毫不使力為要義。而一趟架式自首至尾。連綿不斷。雖搬攔捶、指襠拳等手用法。似已顯明。然練時不是斷勁。用時自難得力。

J’estime que, parmi toutes les boxes, le taiji quan est la plus difficile à mettre en pratique. Pourquoi donc ? Chez ceux qui pratiquent d’autres boxes, même si leur maîtrise est médiocre, le seul fait de s’être entraîné leur assure une condition physique appréciable, plus robuste que celle de qui ne s’est jamais entraîné. Chez les pratiquants du taiji quan, au contraire, comme on n’y prise pas la force, après un an ou dix-huit mois d’entraînement le physique ne paraît guère plus développé que celui d’un homme ordinaire. La condition physique n’étant pas supérieure à celle d’autrui, et l’usage du taiji quan étant bien moins simple et bien moins facile à saisir que celui des autres formes de boxe, il en résulte que — non seulement pour le débutant, mais même pour celui qui a consacré trois ou cinq ans d’un dur labeur au taiji quan — hormis la poussée des mains selon les règles fixes, si on lui demandait d’expliquer une à une, du début à la fin, l’usage de chaque technique de la forme, il en serait fort peu capable. Or, si l’on ne peut soi-même saisir les techniques de la forme que l’on pratique, comment pourrait-on les employer ? Chez les pratiquants d’autres boxes, lorsqu’ils se mesurent à autrui, même s’ils ne peuvent déployer sans confusion les techniques apprises, leurs charges latérales et frappes directes de l’entraînement quotidien sont devenues une habitude ; il suffit de s’appuyer sur cette habitude, puis d’y ajouter une bravoure qui va droit de l’avant, pour souvent vaincre l’adversaire. Chez les pratiquants du taiji quan, il en va autrement : à l’entraînement quotidien, la lenteur est le principe et l’absence totale d’effort la règle essentielle ; et d’un bout à l’autre, la forme se déroule sans interruption. Bien que des techniques comme ban lan chui (搬攔捶) ou zhi dang quan (指襠拳) paraissent d’un usage évident, le jin n’y est pas brisé à l’entraînement, et il est donc difficile d’y trouver de la puissance au moment de l’emploi.

人類本自然具有以手足自衞。及抓攫人的知能。卽不知拳術為何物的小孩。他們有時相打起來。也知道劈頭劈腦的舉手打去。被打痛了的人。也知道閃開和還手。練太極拳沒練到能致用的時候。便冒昧和人去比試。不但不能用拳法去打人。有時甚至連那本來具有的自衞抓攫的知能。都沒有了。擺出一個一成不變的架式。去接受人家的攻擊。舊小說中常有祇有招架的工夫。並無還手之力的話。練太極拳不曾練好的人。並招架的工夫也沒有。因為太極拳裏面。就沒有尋常招架的手法。然則沒有招架的手法。難道人家打來不招架任憑人打嗎。要解釋這問題。先得明瞭太極拳的原理。

L’être humain possède naturellement la capacité de se défendre avec ses mains et ses pieds et d’agripper autrui. Même des enfants qui ne savent pas ce qu’est un art martial, quand il leur arrive de se battre, savent lever la main et frapper droit à la tête ; et celui qui a reçu un coup douloureux sait esquiver et riposter. Le pratiquant de taiji quan qui n’a pas atteint le stade de l’application, s’il s’aventure imprudemment à se mesurer à autrui, non seulement ne saura pas frapper avec sa méthode, mais perdra parfois jusqu’à cette faculté innée de se défendre et d’agripper : il se campe dans une posture figée et encaisse les attaques d’autrui. Les vieux romans parlent souvent de gens qui n’ont que l’art de parer, sans aucun pouvoir de riposte. Celui qui n’a pas bien appris le taiji quan n’a même pas l’art de parer — car dans le taiji quan il n’existe pas de technique ordinaire de parade. Mais alors, s’il n’y a pas de technique de parade, faut-il, quand l’autre frappe, ne pas parer et se laisser frapper ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord comprendre les principes du taiji quan.

他種拳術的名稱。每有與拳術無甚關係的。惟有太極二字。完全包括了這種拳術的意義。太極就是一個圓圈。太極拳也就是由無數的圓圈。聯貫而成的一種拳法。無論一舉手一投足。皆不能離這個圓圈。離了這個圓圈。便違背了太極的原理。再精細兒一點說。不但舉手投足不能離圓圈。四肢百骸不動則已。動則皆不能離圓圈。太極拳的招架。便是攻擊。攻擊也便是招架。不能用太極拳的方法攻擊人的。斷不能用太極拳的方法招架。因為手手處處皆是圓圈。就在這一個圓圈之中。分一半是招架。一半是攻擊。工夫越深。圓圈越小。有時尚不及見其轉動。已盡招架與攻擊之能事。所以練太極拳的人。在推手的時候。十分注意聽勁的工夫。聽勁的名詞。為太極拳所專有。其意義並不是用耳去聽。乃是用皮膚去聽。質言之。便是練習觸覺。使之靈敏。皮膚能聽得敵勁之來路方面。卽順着來勢。以半個圓招架。半個圓攻擊。太極拳論中所謂粘卽是走。走卽是粘。就是這個道理。太極拳之不容易使用旣如上述。因之練習太極拳的人。其好勇鬭狠的習氣。及希圖嘗試的心理。都不及練他種拳術的人濃厚。

Les noms des autres boxes n’ont souvent guère de rapport avec l’art lui-même ; seul le mot « taiji » embrasse entièrement le sens de cet art. Le taiji, c’est un cercle ; le taiji quan est donc un art composé d’innombrables cercles enchaînés. Qu’on lève la main ou qu’on pose le pied, on ne peut se séparer de ce cercle : s’en écarter, c’est violer le principe du taiji. Pour le dire plus finement : non seulement le geste des mains et des pieds ne peut quitter le cercle, mais les quatre membres et tout le squelette — s’ils ne bougent pas, rien ; s’ils bougent, tout doit être cercle. La parade du taiji quan est attaque, et l’attaque est parade. Qui ne peut attaquer autrui par la méthode du taiji quan ne pourra pas davantage parer par elle. Car chaque main, chaque endroit est un cercle, et dans ce cercle une moitié pare, l’autre attaque. Plus la maîtrise est profonde, plus le cercle est petit ; parfois on n’a pas même vu la rotation que déjà parade et attaque ont tout accompli. C’est pourquoi le pratiquant de taiji quan, dans la poussée des mains, accorde la plus grande attention au travail d’« écouter le jin » (聽勁, ting jin). Le terme ting jin est propre au taiji quan : il ne s’agit pas d’écouter avec l’oreille, mais d’écouter avec la peau — en un mot, d’exercer le toucher pour le rendre sensible. Si la peau peut percevoir de quel côté vient le jin de l’adversaire, on suit la force venue, on pare d’un demi-cercle et l’on attaque de l’autre demi-cercle. Le Taiji quan lun dit : « Coller, c’est céder ; céder, c’est coller » — c’est exactement ce principe. Le taiji quan étant, comme on l’a dit, d’un emploi malaisé, ses pratiquants ont une ardeur belliqueuse et un goût de l’expérimentation bien moins prononcés que ceux des pratiquants d’autres boxes.

與同道的推手。雖也是練習致用的方法。但是推手究有一定的規則。與平常比試不同。推手時的本領。不見得便能在與人比試時。完全使用得着。在練習的時侯。旣不常與練他種拳術的。作友誼比試。曾練過十年八載之後。已享有相當之名望。或已身為人師。益發不敢輕易與人比試了。這是練太極拳的人普通大毛病。練他種拳術的人。誰也有免不了這種毛病的。却不似練太極拳的這們普遍。卽如楊澄甫受祖傳的太極。用了大半世的工夫。徒弟也教的不少。論他的本領。北平武術界的人。誰也不敢批評他一個壞字。楊家的太極拳架式。比較吳鑑泉所傳的開展。步馬也寬大。練習起來。容易增長內勁。楊澄甫本人身材高大。氣力也自不小。應該能藉這個祖傳的拳術。稱雄一時。然我到北平後調查的結果。楊澄甫的聲名。在北平武術界中。知道的確是不少。祇是本領到如何程度。却少人知道。因為缺乏臨陣的經驗。本來練太極拳。非有臨陣經驗不可。太極拳更是需要極多之臨陣經驗。不然總難有把握。練太極拳的人。萬不可忽略臨陣經驗這一層。

Pousser les mains avec ses condisciples est aussi une méthode d’entraînement à l’application, mais la poussée des mains obéit après tout à des règles fixes, différentes d’un combat ordinaire, et la compétence acquise dans la poussée des mains n’est pas nécessairement utilisable en entier lorsqu’on se mesure à autrui. À l’entraînement, on ne se mesure guère amicalement à des pratiquants d’autres boxes ; après dix ou huit ans de pratique, on jouit déjà d’une certaine renommée, ou l’on est soi-même devenu maître, et l’on n’ose plus guère se mesurer à autrui. C’est là le grand défaut commun des pratiquants du taiji quan. Nul pratiquant d’une autre boxe n’échappe à ce défaut, mais il n’est pas aussi répandu chez eux que chez nous.

Prenez Yang Chengfu : il reçut de ses ancêtres le taiji familial, y consacra plus de la moitié d’une vie, forma nombre de disciples ; quant à sa valeur, personne dans le milieu des arts martiaux de Beiping n’oserait en dire un mot de mal. La forme Yang est plus déployée que celle transmise par Wu Jianquan, les pas et les chevaux plus larges ; à l’entraînement, elle accroît facilement le jin interne. Yang Chengfu lui-même était de haute taille et sa force n’était pas mince : il aurait dû, grâce à cet art hérité de ses ancêtres, régner sur son temps. Or, d’après mes enquêtes à mon arrivée à Beiping, si son nom est fort connu dans le milieu des arts martiaux, peu de gens savent à quel degré allait sa compétence, faute d’expérience du combat. Au fond, on ne peut pratiquer le taiji quan sans expérience du combat ; le taiji quan en exige même énormément, sans quoi il est difficile d’être sûr de soi. Les pratiquants du taiji quan ne doivent en aucun cas négliger cette expérience du combat.

拳術從事比試。誰也知道少不了一個快字。何以太極拳在練習的時候却是越慢越好呢。這道理在練他種拳術的人。固多不免懷疑。就是練太極拳人們。也是不明瞭的。須知太極拳的架式。全是練體。是做拳術的根本工夫。如何謂之根本工夫呢。

Quand on se mesure dans un art de boxe, chacun sait qu’il faut de la vitesse. Pourquoi donc, à l’entraînement, le taiji quan veut-il que plus c’est lent, mieux c’est ? Ce principe, les pratiquants d’autres boxes ne peuvent s’empêcher d’en douter, et les pratiquants du taiji quan eux-mêmes ne le comprennent pas. Il faut savoir que la forme du taiji quan n’est que culture du corps, qu’elle est le travail fondamental de l’art. Qu’appelle-t-on travail fondamental ?

第一是虛實得分別淸楚。王宗岳太極拳經曰。偏重則隨。雙重則滯。每見數年純功不能運化者。率皆己為人制。雙重之病未悟耳。所謂雙重。便是虛實未曾分淸楚。我看普通練太極拳的人。解釋雙重的道理。多以為兩脚同時着地。卽謂之雙重。一脚虛一脚實。便不是雙重。兩手同時打出為雙重。一手虛一手實卽非雙重。若祇如此。則雙重之病有何難悟。豈有數載純功尚不能領會這一點兒道理。以我經驗所得。豈僅兩手兩足有雙重。卽一指之微。尚應將虛實分別淸楚。如以一指着人。不會分別虛實。卽犯雙重之病。練架式的時候。四肢百骸。從頂至踵。循環虛實。一手之中。其虛實之互為變換。愈密愈妙。自起手以至終結。處處成圓。處處隨虛隨實。假使有一寸大的地方。未曾注意。這一寸大地方便不免有雙重之病。是這般練習如何能快。是這般練一趟。比隨便練十趟二十趟有進步。

Premièrement : distinguer clairement le vide et le plein. Le Classique du taiji quan de Wang Zongyue dit : « Si l’on penche d’un côté, on suit ; si l’on pèse des deux côtés, on s’engorge. On voit souvent des hommes qui, après des années de travail pur, ne savent pas transformer : ils sont tous maîtrisés par autrui, faute d’avoir compris la maladie du double poids. » Le double poids, c’est précisément n’avoir pas distingué clairement le vide et le plein. J’observe que les pratiquants ordinaires du taiji quan, lorsqu’ils expliquent le double poids, croient le plus souvent que les deux pieds prenant appui en même temps constituent le double poids, tandis qu’un pied vide et un pied plein ne le constituent pas ; que les deux mains frappant ensemble constituent le double poids, tandis qu’une main vide et une main pleine ne le constituent pas. S’il n’en allait que de cela, la maladie du double poids serait bien aisée à comprendre : comment des années de travail pur ne suffiraient-elles pas à saisir une si petite chose ? D’après mon expérience, le double poids ne concerne pas seulement les deux mains et les deux pieds : jusqu’à un seul doigt, il faut distinguer clairement le vide et le plein. Si l’on touche quelqu’un d’un seul doigt sans savoir distinguer le vide du plein, on commet déjà la faute du double poids. Pendant la pratique de la forme, dans les quatre membres et tout le squelette, de la tête au talon, vide et plein circulent ; dans une seule main, leurs échanges doivent être d’autant plus serrés qu’ils sont plus subtils. Du début à la fin, partout se forme un cercle, partout suivent le vide et le plein. Pour peu qu’un espace d’un pouce n’ait pas reçu d’attention, cet espace d’un pouce n’échappera pas à la maladie du double poids. Comment, en s’entraînant ainsi, pourrait-on aller vite ? Une seule forme pratiquée de la sorte fait plus de progrès que dix ou vingt fois pratiquée à la légère.

第二是增長內勁。太極旣不像他種拳術用力。難道與人比試起來。眞個一點兒力不要。能將一個百多觔重並有武力的人打倒嗎。經中有四兩撥千觔之語。不過形容少力勝多力的話。然也得四兩之力。不能說毫不要力。練太極拳時。是絕不用力。若動作太快。隨隨便便和他種拳一樣。不過幾十秒鐘便完了。如何能增長內勁。因其動作很慢。又一氣到底。中間不能停留。至少也得七八分鐘以上的時間。四肢百骸不住的運動。自然能將氣力增長起來。似這般增長氣力。與練他種拳術。及搬石打砂袋所增長的氣力。完全不同。這種氣力。行家稱為內勁。是全身活動的。要在全身什麼地方使用。就能全部集中於這一個地方。不一定限於肩背手足。這種內勁着在敵人身上。也與尋常的氣力不同。能使受者有如觸電。

Deuxièmement : accroître le jin interne. Le taiji n’emploie pas la force comme les autres boxes. Faudrait-il donc, en combat, n’y mettre pas le moindre effort et pouvoir terrasser un homme de plus de cent livres pesant, doué de force martiale ? Le Classique dit : « quatre onces déplacent mille livres » — ce n’est là qu’une formule pour dire qu’une force moindre vainc une force plus grande ; encore faut-il ces quatre onces de force, on ne peut dire qu’il n’en faille aucune. Dans la pratique du taiji quan, on ne fait absolument pas usage de force. Si les mouvements étaient trop rapides, exécutés sans façon comme dans les autres boxes, tout serait terminé en quelques dizaines de secondes : comment le jin interne croîtrait-il ? Parce que les mouvements sont très lents et menés d’un seul souffle jusqu’au bout, sans pouvoir s’arrêter en chemin, il faut au moins sept ou huit minutes et plus. Les quatre membres et tout le squelette sont alors sans cesse en mouvement, et la force vitale s’accroît naturellement. La force acquise de cette manière diffère entièrement de celle qu’on gagne en pratiquant les autres boxes, en soulevant des pierres ou en frappant des sacs de sable. Les connaisseurs appellent cette force le jin interne : elle est mise en mouvement par tout le corps, et il suffit de vouloir l’employer quelque part pour qu’elle s’y concentre tout entière, sans être forcément limitée aux épaules, au dos, aux mains ou aux pieds. Lorsque ce jin interne atteint le corps de l’adversaire, il diffère lui aussi de la force ordinaire : il peut donner à qui le reçoit la sensation d’une décharge électrique.

還有一層必須緩慢的道理。也是我們研究太極拳的人所不能不知道。並將注意的。就是王宗岳太極拳經所說。虛靈、頂勁、氣沉丹田的道理。他種拳術。雖也有氣沉丹田說法。祇是練習的時候。軒眉努目。百脈僨張。將全部的氣提上。惟恐不及。何嘗能整個氣沉丹田。卽有之。亦不過將氣悶住。或用意往下沉而已。

Il est une autre raison qui impose la lenteur, que nous autres étudiants du taiji quan ne pouvons ignorer et à laquelle nous devons prêter attention : c’est le principe énoncé par le Classique de Wang Zongyue, celui du sommet vide et vivant, du jin du sommet (頂勁, ding jin) et de l’énergie qui descend au dantian (氣沉丹田). Les autres boxes parlent bien, elles aussi, de faire descendre l’énergie au dantian, mais à l’entraînement elles froncent les sourcils et roulent des yeux, tous les vaisseaux se gonflent, tout le souffle est porté vers le haut, dans la crainte de ne pas y suffire : comment l’énergie pourrait-elle descendre tout entière au dantian ? Si cela leur arrive, ce n’est qu’énergie bloquée, ou simple intention de la faire descendre par la pensée.

太極拳相傳為遼陽張通。於洪武初年奉召入部。路阻武當。夜夢玄武大帝。授於拳法。且以破賊。因名其拳為武當派。宋遠橋、張松溪等七人。按張通字君實。元季儒者。工詩詞。善書畫。中統元年。曾舉茂才異等。任中山博陵令。因慕葛稚川其為人。絕意仕進。修道於寶鷄山中。山有三峯。因自號三峯子。

La tradition fait remonter le taiji quan à Zhang Tong de Liaoyang. Au début du règne de Hongwu [1368], il fut convoqué à la capitale ; le chemin, barré à Wudang, il rêva la nuit que l’empereur Xuanwu (le « Guerrier sombre ») lui enseignait une méthode de boxe, avec laquelle il défit ensuite les brigands — d’où le nom d’école Wudang donné à son art, transmis à Song Yuanqiao, Zhang Songxi et cinq autres, sept en tout. Zhang Tong avait pour nom de courtoisie Junshi ; lettré de la fin des Yuan, versé dans la poésie et les couplets, habile en calligraphie et en peinture, il fut, la première année de l’ère Zhongtong [1260], recommandé comme maocai de rang exceptionnel et nommé magistrat de Zhongshan-Boling. Mais, admirant la personne de Ge Zhichuan, il renonça aux honneurs et cultiva la Voie dans les monts Baoji. La montagne a trois pics, d’où son surnom de « Maître des Trois Pics » (三峯子, Sanfengzi).

中國道家吐納引導之術。都注意丹田。人身丹田有三處。一居頭頂。道家認為藏神之地。故黃庭經云。子欲不死修崑崙。崑崙卽以喻頭頂之意。二居中腕。道家認為蓄炁之地。三居臍下。道家認為藏精之地。虛靈頂勁者。乃頂欲虛靈。所謂存神上丹田。屏寂思慮。氣沉丹田者。乃沉氣臍下。欲其充實。黃庭經云。呼吸廬外入丹田。審能行之可常存。蓋常人呼吸短促。不能直達臍下。故肺量窄狹。排洩力因之薄弱。影響壽命極大。太極拳亦可稱為道家導引方術之一種。道家吐納之術。多為坐功。導引則為行功。不論坐功行功。其要十分注意。存神上丹田。納氣下丹田則一。老子為我國道家之祖。嘗曰。虛其心。實其腹。亦卽上丹田欲其虛。下丹田欲其實之意。如練習架式時。動作過快。心思必散亂。呼吸必急促。何能收虛靈頂勁。氣沉丹田之效。我們須知道。太極拳之所以異於他種拳術的地方。不在身手步法之有別。全在練習時能注意到存神納氣。故經中又曰。尾閭正中神貫頂。滿身輕利頂頭懸。練習的人若不知在這上面用工夫。專注意於身手步法之運用。則與外家拳有何區別。以我個人練習的經驗。最好於練習架式以前。以若干分鐘練習靜坐。此種靜坐法。並不如道家一般的守竅。祇要屏寂思慮。務使萬緣都淨。故腹部呼吸氣納下丹田。靜坐後。再從容練習。在練習的時候。最要注意的。是滿身鬆散。不可有一寸許着力之處。其轉動屈伸仰俯周旋之態。一如落雲行太空。毫無阻隔。毫無停滯。從起手以至結尾。不得有停頓處。有稜角處。也不得忽急忽緩。更不得和練外家拳一樣想像。

Les arts taoïstes chinois d’expiration-inspiration et de conduite (tu na dao yin) prêtent tous attention au dantian. Le corps humain compte trois dantian : le premier siège au sommet de la tête — les taoïstes le tiennent pour le lieu où réside l’esprit ; aussi le Classique de la Cour jaune dit-il : « Si tu veux ne pas mourir, cultive-toi au Kunlun », le Kunlun désignant par métaphore le sommet de la tête. Le deuxième siège au creux de l’estomac — les taoïstes le tiennent pour le lieu où s’emmagasine le qi. Le troisième siège au-dessous de l’ombilic — les taoïstes le tiennent pour le lieu où se conserve l’essence.

« Sommet vide et vivant, jin du sommet » : le sommet doit être vide et vivant, c’est-à-dire que l’on dépose l’esprit au dantian supérieur et que l’on apaise toute pensée. « L’énergie descend au dantian » : on fait descendre l’énergie au-dessous de l’ombilic et l’on veut qu’elle y soit pleine. Le Classique de la Cour jaune dit encore : « Que la respiration, hors de la cabane, entre au dantian ; si l’on peut vraiment agir ainsi, on pourra durer. » Chez l’homme ordinaire, la respiration est courte et brève : elle ne peut atteindre directement le dessous de l’ombilic ; aussi la capacité pulmonaire est-elle étroite et le pouvoir d’évacuation affaibli, ce qui compromet grandement la durée de la vie.

Le taiji quan peut aussi être considéré comme une des méthodes taoïstes de dao yin (conduite et étirement). Les arts taoïstes de respiration relèvent le plus souvent du travail assis, tandis que le dao yin relève du travail en marche. Qu’il s’agisse du travail assis ou du travail en marche, l’essentiel est le même : déposer l’esprit au dantian supérieur et faire entrer l’énergie au dantian inférieur. Laozi, ancêtre du taoïsme chinois, a dit : « Vider son cœur, remplir son ventre » — c’est-à-dire vouloir vide le dantian supérieur et plein le dantian inférieur.

Si, pendant la pratique de la forme, les mouvements sont trop rapides, les pensées se dispersent nécessairement et la respiration devient haletante : comment recueillir les effets du sommet vide et vivant et de l’énergie qui descend au dantian ? Nous devons savoir que ce qui distingue le taiji quan des autres boxes ne réside pas dans la différence du corps, des mains ou des pas, mais tout entier dans le fait de prêter attention, à l’entraînement, au dépôt de l’esprit et à l’absorption de l’énergie. C’est pourquoi le Classique dit encore : « Le coccyx est centré et l’esprit traverse jusqu’au sommet ; tout le corps est léger et agile, le sommet de la tête suspendu. » Si le pratiquant ne sait pas travailler sur ce point et ne prête attention qu’à l’usage du corps, des mains et des pas, en quoi différerait-il des boxes externes ?

D’après ma propre expérience, il est préférable, avant de pratiquer la forme, de consacrer quelques minutes à la méditation assise. Cette méditation n’est pas comme celle des taoïstes qui gardent une caverne [un point du corps] : il suffit d’apaiser les pensées et de purifier entièrement les mille attaches, si bien que la respiration abdominale fait entrer l’énergie au dantian inférieur. Après la méditation assise, on pratique posément. Pendant la pratique, le point le plus important est que tout le corps soit relâché : il ne doit pas y avoir un pouce où l’on mette de la force. Dans ses rotations, flexions, extensions, élévations, abaissements et tours, le corps doit être comme un nuage dérivant dans le vide du ciel, sans obstacle, sans arrêt. Du début à la fin, il ne doit y avoir ni temps d’arrêt, ni angle, ni brusque accélération ou ralentissement, ni rien de ces imaginations qui accompagnent la pratique des boxes externes.

某手係如何使用。攻擊敵人何部。應如何發出。方為得力。此類想像。為練他種拳術時所不可少。惟練太極拳則萬不宜有此。若存此類想像。便是自己限制自己的進步。其結果必至所想像的完全錯誤。就想得一部分效力。如練他種拳術的人之或專善用肘。或專善用腿。亦不可得。其故在太極拳皆係圓圈組成。在一趟架式中。就原來不曾分出某手如何攻擊。如何招架。可以說全體沒有攻擊和招架方法。也可以說全體皆是攻擊和招架的方法。無論頭腦如何細密之人。欲從一趟的架式中。分析出如何攻擊。如何招架。必是掛一漏萬。是不啻自己將攻擊招架方法的範圍縮小。我嘗見有以太極拳教授徒衆為業的。因徒弟詢問架式中手法用處。他勉强解說。謂扇通臂是用手招架敵人的手。左手向敵人胸膛打去。海底針是以右手食指戳敵人肛門。肛門又稱海底。所以謂之海底針。嗚呼。如此解釋太極拳用法。則太極拳的用法。豈不是極笨極無理嗎。此種人可說是根本不明瞭太極拳的原理。

Se figurer comment telle technique s’emploie, quelle partie de l’adversaire elle attaque, de quelle façon il faut l’émettre pour qu’elle porte : ces imaginations sont indispensables à l’entraînement des autres boxes, mais elles sont absolument déconseillées dans la pratique du taiji quan. S’y attacher, c’est limiter soi-même ses progrès, et le résultat est que tout ce que l’on imagine se révèle entièrement faux : on n’en tire même pas l’efficacité partielle qu’obtient celui qui, dans une autre boxe, se spécialise dans l’emploi du coude ou de la jambe. La raison en est que le taiji quan est entièrement composé de cercles. Dans une forme entière, il n’a jamais été établi que telle technique attaque de telle manière ou pare de telle manière : on peut dire que le tout n’a ni méthode d’attaque ni méthode de parade, comme on peut dire que le tout est méthode d’attaque et de parade. Quel que soit le soin d’analyse d’un esprit subtil, vouloir extraire d’une forme comment on attaque et comment on pare ne peut aboutir qu’à retenir un point sur mille, ce qui revient à réduire soi-même l’étendue des méthodes d’attaque et de parade.

J’ai vu un homme qui vivait d’enseigner le taiji quan à des disciples. Comme un disciple l’interrogeait sur l’usage d’une technique de la forme, il s’efforça de l’expliquer : « Shan tong bi (扇通臂, l’éventail traverse le bras) », dit-il, « sert à parer de la main la main de l’adversaire, puis à porter la main gauche à sa poitrine ; haidi zhen (海底針, l’aiguille sous la mer) consiste à piquer de l’index droit l’anus de l’adversaire — l’anus étant aussi appelé “sous la mer”, d’où le nom. » Hélas ! Expliquer de la sorte l’usage du taiji quan, n’est-ce pas rendre cet usage extrêmement grossier et déraisonnable ? On peut dire de cet homme qu’il n’a absolument pas compris les principes du taiji quan.

或有問曰。誠如爾所說。太極拳旣不要快。又不用力。平常練習時。又不能想像如何攻擊招架。却用甚麼去和人比試。我說。我們練拳術的人。無論是練太極。或其他之拳術。都應該知道這個快字意義。不是兩手伸縮迅速謂之快。也不是兩脚進退迅速謂之快。同具一樣的手脚。伸縮進退迅速的程度。除却老邁龍鍾。及疲弱殘疾的人。大槪都相差不遠。須知快慢的分別。重在兩隻眼睛。但是同具一樣的兩隻眼睛。却又有甚麼分別呢。就在看機會能迅速與否。敵人沒露出有可乘的機會。手脚儘管打到了他身上。不僅不發生效力。每每轉予敵人以進手的機會。兩人對打時。如何謂之機會呢。在敵人失却重心的須臾之間。便是機會。兩眼看到了機會。趁這機會進攻。便能將敵人打倒麼。仍不一定。還得不失地位。不失方向。纔能有效。因敵人的重心雖失。然須審其偏差所在。從何地進攻。向何方衝擊。方能用力少而成功多。若方向地位未嘗審度停當。敵人原來已失之重心。有時轉因受攻擊而得囘復。兩人相打之際。可以進功之機會。彼此皆時時可以發生。祇苦以兩眼不能發見。有時發見稍遲。則機會已過。有時因攻擊之地位及方向錯誤。雖進攻不能發生效力。也是錯過了機會。練推手聽勁。就是重在尋機會。及練習何種機會。應從何地位何方向進攻。兩眼能不失機會。進攻又不能失機會方向。便是武藝高超。全不在手脚如何迅速。分別工夫的深淺。武藝的高下。完全在此。若不待機會。不明方向地位。祇算是蠻打蠻揪。在練他種拳術的當中。每有自恃氣力剛强。練就二三手慣用手法。不顧人情如何。動手就一味橫衝直擊。屢能制勝。因而成名的。練太極拳的。却根本上不能產出這種人材。太極拳之所以練不用力。

Quelqu’un demandera peut-être : « S’il en va comme vous le dites — que le taiji quan ne veut pas de vitesse, qu’il n’emploie pas la force, et qu’à l’entraînement ordinaire il ne faut pas se figurer comment attaquer ou parer —, avec quoi donc se mesurer à autrui ? » À quoi je réponds : nous autres pratiquants d’arts de boxe, que nous pratiquions le taiji ou toute autre boxe, devons tous comprendre le sens du mot « vitesse ». Vitesse ne signifie pas que les mains s’étendent et se retirent rapidement, ni que les pieds avancent et reculent rapidement. Les mains et les pieds étant semblables chez tous, le degré de rapidité dans l’extension, le retrait, l’avance et le recul ne diffère guère d’un homme à l’autre, hormis les vieillards décrépits et les personnes faibles ou infirmes. Il faut savoir que la distinction entre le rapide et le lent tient surtout aux deux yeux — mais quel avantage peuvent bien donner deux yeux semblables chez tous ? Il tient à la promptitude à saisir l’occasion. Si l’adversaire ne laisse paraître aucune occasion à exploiter, vous aurez beau porter vos mains et vos pieds sur lui : non seulement cela n’aura aucun effet, mais bien souvent vous donnerez à l’adversaire l’occasion de placer sa main. Dans un duel, qu’appelle-t-on occasion ? L’instant bref où l’adversaire perd son centre de gravité est une occasion. Mais suffit-il que les deux yeux la voient et que l’on attaque pour terrasser l’adversaire ? Pas nécessairement : il faut encore ne pas perdre la position ni la direction. Car bien que l’adversaire ait perdu son centre de gravité, il faut examiner où sera son écart, à partir d’où attaquer et vers où pousser, pour obtenir le plus grand résultat avec le moindre effort. Si l’on n’a pas mesuré avec soin la direction et la position, le centre de gravité que l’adversaire avait perdu pourra, sous l’attaque, revenir parfois à sa place. Dans un duel, les occasions d’attaquer s’offrent sans cesse de part et d’autre : le malheur est que les deux yeux ne les découvrent pas ; parfois on les découvre un peu trop tard et l’occasion est passée ; parfois la position ou la direction de l’attaque sont erronées, de sorte que le coup reste sans effet — et l’occasion est encore manquée. C’est pourquoi la pratique de l’« écoute du jin » dans la poussée des mains met l’accent sur la recherche de l’occasion, et sur l’étude de quelle occasion doit être abordée de quelle position et vers quelle direction. Ne pas laisser échapper l’occasion par les yeux, et ne pas manquer direction ni occasion dans l’attaque : voilà ce qu’est une haute maîtrise. Rien ne dépend de la vitesse des mains et des pieds ; c’est là, entièrement, que se distinguent la profondeur du travail et l’élévation de l’art. Ne pas guetter l’occasion, ignorer direction et position, ce n’est que se battre et se cramponner comme une brute.

Parmi les pratiquants d’autres boxes, il en est souvent qui, se fiant à la vigueur de leur force, se contentent de deux ou trois techniques habituelles, sans se soucier de ce que fait l’adversaire : dès qu’ils se battent, ils ne font que charger de côté et frapper droit, et souvent ils vainquent — d’où leur renom. Mais le taiji quan ne saurait produire de tels hommes ; c’est pour cela qu’on s’y entraîne sans force.

於練架式之外。有數種推手的方法。就是要練習的人。從拳術根本上做工夫。不可注意的一部的動作。學外家拳打樁板推砂包等動作。或問練太極拳時候。若以餘力兼練打樁板推砂包等動作。應該祇有利益。沒有妨礙。我說。如何沒有妨礙。並且有絕大妨礙。因為太極拳以圓活為體。所以在練習架式的時候。務使全身鬆散。久久自能圓活無礙。有一寸許處着力。則必停滯。何況打樁板推砂包。專用蠻力呢。練太極拳所得的是彈勁。打樁板推砂包所得的是直力。太極拳最忌直力。原富直力者練太極拳。尚須漸次使直力化為彈勁。必完全變化之後。方能得太極之妙用。豈可以練太極的時候。兼練根本相反之直力。

En dehors de la pratique de la forme, il existe plusieurs méthodes de poussée des mains : elles visent à ce que le pratiquant travaille à partir des fondements de l’art, et non qu’il s’attache au mouvement d’une seule partie. C’est ainsi que les boxes externes ont des exercices tels que frapper une planche-pieu ou pousser un sac de sable. Quelqu’un dira : pendant la pratique du taiji quan, si l’on employait son énergie restante à ces exercices de planche-pieu et de sac de sable, il ne devrait y avoir que profit et nul empêchement. À quoi je réponds : comment, nul empêchement ? Et même un empêchement considérable ! Le taiji quan ayant pour corps la rondeur vivante, il faut, pendant la pratique de la forme, relâcher tout le corps : à la longue, on acquiert naturellement une rondeur vivante sans obstacle. Qu’il y ait un pouce où l’on met de la force, et il y aura stagnation — combien plus si l’on frappe la planche-pieu et pousse le sac de sable, où l’on n’use que de force brute ! Ce que l’on gagne en pratiquant le taiji quan, c’est un jin élastique ; ce que l’on gagne en frappant le pieu et en poussant le sac, c’est une force directe. Or le taiji quan redoute par-dessus tout la force directe. Celui qui en est naturellement riche doit, en pratiquant le taiji quan, transformer peu à peu cette force directe en jin élastique ; ce n’est qu’après une transformation complète qu’il peut obtenir les subtilités du taiji. Comment pourrait-on, en pratiquant le taiji, s’entraîner en même temps à cette force directe qui lui est radicalement opposée ?

或又問。練太極拳的素來不注意樁步。練習架式時。又全不用力。因之下部力量加增甚緩。和人比試起來。每苦下部不穩。容易受敵人牽動。打樁板推砂包的結果。不過能增長直力。誠有妨礙於太極圓活之體。若祇兼習站樁使下部增加穩實的程度。應該是有益無損。究竟如何呢。我說萬不可有此畫蛇添足的舉動。須知下部穩實與否。全繫於練習架式時。是否能實在氣沉丹田。如練有相當的工夫。確實能於每一呼吸之中。都注意氣沉丹田。則下部決無不實之理。還有一層道理。應當明瞭。和人比試的時候。其所以容易受敵人牽動。或被衝退。其病並不在下部不穩實。乃腰腿不活之故。腰腿能活。則站走隨意。沒有與敵人相頂撞的時候。又何至有牽動下部。與被敵人撞退之事。外家拳每有用剛勁衝擊敵人之手法。無不丟不頂之原則。所以初練拳時。須注重樁步。然腰腿亦貴能活。如腰腿全無功夫。休說是兩脚立在地上。全身堅立穩不到如何程度。卽釘兩木樁於地下。用繩將兩脚綁紮其上。也一般容易打倒。嘗有武功純熟的人。兩脚或一脚立懸崖。壯士五六人推挽不動。觀者莫不詫為樁步穩實。其實與立崖邊之脚。並無何等關係。完全由於腰腿靈活。能將着身之力引向空處。太極拳論中所謂引動落空。術語謂之化勁者也。越遇着强硬地方。越可以顯出力的效用。譬如槍彈砲彈。越是打在堅硬之處。越能發揮他的侵激力。此理是極易明瞭的。所以太極拳不以强硬為體。務必練成極柔極軟。以不丟不頂為原則。使敵人雖有大力。不能發揮。如練習站樁。以敵人推挽不動為目的。豈不是與不丟不頂的原則相反嗎。若練太極拳有站樁之必要。則古人必早於推手方法之外。傳有站樁方法。

Quelqu’un demandera encore : « Les pratiquants du taiji quan ne s’occupent habituellement pas des postures de pieu (zhuangbu) ; à l’entraînement de la forme, ils n’emploient non plus aucune force. Il en résulte que la force du bas du corps croît très lentement, et qu’en se mesurant à autrui on souffre souvent d’une instabilité du bas du corps, dont l’adversaire tire aisément parti. Frapper le pieu et pousser le sac n’accroît, il est vrai, que la force directe, ce qui nuit au corps rond et vivant du taiji. Mais si l’on se contentait de pratiquer en outre la station de pieu pour accroître la solidité du bas du corps, il ne devrait y avoir que profit et nul dommage. Qu’en est-il au juste ? »

À quoi je réponds : il ne faut à aucun prix commettre cette action superflue qui gâte ce qu’on veut parfaire [« dessiner un serpent et y ajouter des pattes »]. Sachez que la solidité du bas du corps dépend entièrement de ceci : pendant la pratique de la forme, l’énergie descend-elle vraiment au dantian ? Si l’on a un travail passable, et que l’on soit vraiment capable, à chaque respiration, de faire descendre l’énergie au dantian, alors le bas du corps ne saurait manquer de plénitude. Il est une autre raison qu’il faut comprendre : en combat, si l’on est facilement entraîné par l’adversaire ou repoussé par lui, le mal ne réside pas dans le manque de solidité du bas du corps, mais dans le manque de mobilité de la taille et des jambes. Si la taille et les jambes sont mobiles, on se tient et l’on marche à volonté, et l’on n’affronte jamais l’adversaire en le heurtant de front : comment alors le bas du corps serait-il entraîné, et comment l’adversaire pourrait-il vous repousser ?

Les boxes externes emploient souvent des techniques de jin rigide pour heurter l’adversaire, sans le principe de « ne pas abandonner, ne pas résister ». C’est pourquoi, au début de leur apprentissage, il faut insister sur les postures de pieu. Mais la taille et les jambes doivent elles aussi être mobiles. Si la taille et les jambes n’ont aucun travail, ne dites pas que les deux pieds sont posés sur terre et que le corps entier se tient debout : si solide que soit la station, je planterais deux pieux de bois dans le sol et j’y lierais vos deux pieds avec des cordes, vous n’en seriez pas moins terrassé aussi aisément. J’ai vu un homme d’une habileté accomplie qui, debout sur une falaise, sur les deux pieds ou sur un seul, résistait aux poussées et aux tractions de cinq ou six hommes vigoureux sans être ébranlé. Les spectateurs s’émerveillaient de la solidité de sa posture de pieu ; en réalité, le pied posé au bord de la falaise n’y était pour rien : tout venait de la vivacité de sa taille et de ses jambes, capable de conduire vers le vide la force qui touchait son corps. C’est ce que le Taiji quan lun appelle « attirer le mouvement pour le faire tomber dans le vide », et que la terminologie nomme jin de transformation (化勁, hua jin). Plus on rencontre de dureté et de raideur, plus la force manifeste son effet : ainsi la balle de fusil ou l’obus — plus ils frappent un endroit dur, plus ils développent leur puissance de pénétration. Le principe est des plus aisés à comprendre. C’est pourquoi le taiji quan ne prend pas la dureté pour corps : il faut s’entraîner à devenir extrêmement souple et tendre, en prenant pour principe de ne pas abandonner ni résister, afin que l’adversaire, même doué d’une grande force, ne puisse la déployer. Si l’on s’entraîne à la station de pieu dans le but de demeurer inébranlable aux poussées de l’adversaire, n’est-ce pas le contraire du principe de ne pas abandonner ni résister ? Si la station de pieu était nécessaire au taiji quan, les anciens l’auraient depuis longtemps transmise à côté des méthodes de poussée des mains.

常見有練太極拳之人。於推手的時候。在掤捋擠按四手之外。任意出手。或多方阻礙。使不得按規定次序推揉。工夫生疎的。每致停滯不知應如何走法。其多方阻礙之動作。術語謂之拿。卽拿住不放之意。此類推法。不能沒有。然僅可為練習的一部分工作。不能以此為基本練習。好處在使練習的人。容易明白站走變化的方法。又能使觸覺增加靈敏。無論何種技藝。皆是熟能生巧。一方面練拿。拿卽是粘。一方面練走。自然由熟可以得巧。然則何以僅一部分工。不能作基本練習呢。因為能粘與不能粘。能走與不能走。全在工夫的深淺。若沒有相當的工夫。儘管知道粘走的方法。仍粘不住走不了。

On voit souvent, chez les pratiquants du taiji quan, qu’au cours de la poussée des mains, en dehors des quatre techniques peng, , ji, an, ils lâchent leurs mains à volonté ou opposent de multiples obstacles, empêchant de pousser et frotter selon l’ordre établi. Ceux dont le travail est encore grossier en restent souvent bloqués, sans savoir comment céder. Ces mouvements d’obstruction multiple, la terminologie les appelle « saisir » (na), c’est-à-dire saisir sans lâcher. Il n’est pas possible que cette sorte de poussée n’existe pas, mais elle ne peut constituer qu’une partie du travail d’entraînement, non l’entraînement fondamental. Son mérite est de faire comprendre aisément au pratiquant les méthodes de changement entre la station et la cession, et d’accroître la sensibilité du toucher. En tout art, c’est l’habitude qui engendre l’adresse : d’un côté l’on travaille la saisie — saisir, c’est coller —, de l’autre la cession ; et de l’habitude vient naturellement l’adresse. Pourquoi donc cela ne peut-il servir que de travail partiel, et non d’entraînement fondamental ? Parce que savoir coller ou non, savoir céder ou non, dépend entièrement de la profondeur du travail : sans un travail suffisant, on a beau connaître les méthodes de coller et de céder, on ne colle pas et l’on ne cède pas.

基本練習。還是按着規矩推揉掤捋擠按四手。並得認眞分析。不可苟且媽糊放過。則三手皆不停當矣。推手也是一個太極的圓圈。在一個圓圈之中。分出掤捋擠按四手。掤擠為半圓。捋按為半圓。本係聯貫而成。故一手忽略。則全圓因之破壞。在這四手聯貫成一大圓圈之中。於彼此皮膚接觸之處。每手又各成一小圓圈。每於小圓圈中。又分半圓為粘。半圓為走。兩手同時粘走。虛實須得分淸。若不分淸。卽犯雙重。兩手虛實分淸後。便得注意到一手虛中之實。實中之虛。不然。則一手之中。亦犯雙重。其弊害與犯兩手雙重等。

L’entraînement fondamental consiste donc à pousser et frotter selon les règles, à travers les quatre techniques peng, , ji, an, en les analysant consciencieusement, sans rien laisser passer par négligence ou par vague : autrement, les quatre techniques ne sauraient être justes. La poussée des mains est elle aussi un cercle du taiji. Dans ce cercle se distinguent les quatre techniques peng, , ji, an : peng et ji en font la moitié, et an l’autre moitié ; elles sont par nature liées en une suite, en sorte que si une seule technique est négligée, tout le cercle s’en trouve rompu. Dans ce grand cercle formé par l’enchaînement des quatre techniques, au point de contact des peaux, chaque main forme de plus son petit cercle ; et dans chaque petit cercle, une moitié est coller, une moitié est céder. Les deux mains collent et cèdent en même temps, et le vide et le plein doivent être clairement distingués : faute de quoi l’on commet le double poids. Ayant distingué clairement le vide et le plein des deux mains, il faut encore prêter attention au plein dans le vide d’une main, et au vide dans son plein ; sinon, dans une seule main aussi l’on commet le double poids, dont le dommage égale celui du double poids des deux mains.

無論練架與推手。皆須注意尾閭及脊梁。所有動作胥發源於此。脊梁須中正。不偏不倚。因動作必從尾閭發端。方足以身體運動四肢。不是以四肢牽動身體。尾閭有圓圈。則各部的圓圈能粘能走。如尾閭不起作用。各部的圓圈。也都失了粘走之效。在練太極拳不久的人。驟聞此語。必生疑惑。但依此練習若干日。自有恍然之時。倘教授之人。不令學者於此等處注意。在天資聰穎。又能下苦工夫的。或者有自行領悟之一日。否則將終身不知其所以然。故從來練習武術之人。貴在能得名師。每有終年遊歷。意在求師訪友。卽為此等處非經指點不可也。

Qu’il s’agisse de la forme ou de la poussée des mains, il faut toujours prêter attention au coccyx et à la colonne vertébrale, car tous les mouvements y prennent leur source. La colonne doit être droite, sans inclinaison ni appui ; car le mouvement doit partir du coccyx pour que ce soit le corps qui mette en mouvement les quatre membres, et non les quatre membres qui tirent le corps. Si le coccyx forme un cercle, le cercle de chaque partie peut coller et céder ; si le coccyx n’agit pas, le cercle de chaque partie perd aussi son efficacité de coller et de céder. Chez celui qui pratique le taiji quan depuis peu, ces mots éveilleront d’abord le doute ; mais en s’entraînant ainsi quelques jours, il viendra un moment où tout s’éclairera. Si l’enseignant ne conduit pas l’élève à prêter attention à ces points, un esprit doué et capable d’un dur labeur aura peut-être un jour l’intuition de lui-même ; sinon, il ignorera sa vie durant le pourquoi des choses. C’est pourquoi, de tout temps, celui qui pratique les arts martiaux a pour bien suprême de trouver un maître renommé ; et c’est pour cela que tant d’hommes voyagent des années durant, cherchant maîtres et compagnons : ces points-là ne peuvent se passer d’être indiqués.

原來練外家拳的人。半途練太極拳。儘管在練太極拳的期間中。絕對不再練外家拳。而外家拳進步比未練太極以前。反加倍的迅速。原來不明白作用的手法。也明白作用了。原來苦於力陷肩背。不能變化成勁。條達於四肢的。也漸次變化能條達了。練過若干日太極拳的人。改練外家拳。則深覺其動作之容易。因太極拳的動作。是全部的。非一部分的。所謂一動無有不動。一靜無有不靜。外家拳雖不一定限於部分之動作。然其動作皆有一定之目標。及一定之作用。或用拳。或用掌。或用肩、肘、臀、膝。形式顯露。莫不可一望而知。故其用力簡單。練習時可以想像其如何致用。使練者容易發生興味。並容易覺得有顯著之進步。太極拳一趟架式。始終一百餘手。其如何致用。有跡象可尋的甚少。縱可勉强附會某手如何用法。但因其一氣連綿不斷。勁路集中之點。無可尋求。惟其如此。所以能收通身圓活之效。不拘內外家拳術。總以能圓活為第一要義。卽以圓活二字為拳術之要素。亦無不可。故練外家拳的改練太極拳。因陡增其圓活之程度。乃自覺其進步之倍速也。外家拳每有兩手同時打出。或出手同時踢足者。此與勁路集中之原理相背。太極拳之架式表面。此類手法極多。實際先後主隨。有條不紊。不過練習的人。應該特別注意。教授的尤應在此等之處。詳加解釋。某式兩手之中。以何手為主。以何手為隨。而一手之中。應何部分先虛。何部分後實。如何方能使勁路循環。成一完全無缺之圓。此等處。略有疎忽。卽犯雙重之病於不自覺。拳術何以忌雙重。其原因就是妨礙勁路集中。人不患無勁。祗患全身所有之勁。不能任意使之集中於某一點。費無日力。求其能集中。尚不易得。豈可忽於雙重之病。自於勁路上加一層阻礙。

Il arrive que celui qui pratique une boxe externe se mette en cours de route au taiji quan. Même s’il cesse alors absolument de pratiquer sa boxe externe pendant la période où il travaille le taiji, ses progrès dans la boxe externe se feront deux fois plus rapides qu’avant. Les techniques dont il ne comprenait pas l’usage, il les comprend ; et là où il souffrait que la force s’enlisât dans les épaules et le dos, sans pouvoir se transformer en jin ni circuler jusqu’aux quatre membres, il s’achemine peu à peu vers cette circulation.

Inversement, celui qui a pratiqué le taiji quan quelque temps puis se remet à une boxe externe trouve ses mouvements d’une grande facilité. C’est que les mouvements du taiji quan sont ceux du tout, non d’une partie : « si une partie bouge, il n’est rien qui ne bouge ; si une partie est au repos, il n’est rien qui ne soit au repos ». Les boxes externes, sans être nécessairement limitées au mouvement d’une partie, ont cependant des mouvements à cible déterminée et à fonction déterminée — poing, paume, épaule, coude, hanche ou genou — dont la forme se manifeste, si bien qu’on les reconnaît au premier coup d’œil. Leur dépense de force est donc simple, et à l’entraînement on peut s’imaginer à quoi ils servent : le pratiquant y prend facilement goût et croit sentir des progrès évidents.

Or, d’un bout à l’autre, une forme de taiji quan compte plus de cent techniques, et il en est très peu dont l’usage laisse une trace qu’on puisse rechercher. On peut bien, en se forçant, rattacher à chaque technique un usage ; mais comme le souffle est ininterrompu, il n’est pas possible de chercher le point où se concentre la voie du jin. C’est précisément pour cela que l’on recueille l’effet d’une rondeur vivante en tout le corps. Qu’il s’agisse de boxes internes ou externes, pouvoir être rond et vivant est toujours la première des exigences ; on peut même dire que ces deux mots de rondeur et de vivacité sont l’élément essentiel de tout art de boxe. Aussi, celui qui passe d’une boxe externe au taiji quan, parce que son degré de rondeur vivante augmente d’un coup, éprouve-t-il un progrès deux fois plus rapide.

Les boxes externes ont souvent des techniques où les deux mains frappent en même temps, ou où la main part en même temps que le pied fausse. Cela contredit le principe de la concentration de la voie du jin. À la surface, la forme du taiji quan comporte quantité de telles techniques ; en réalité, l’une précède, l’autre suit, selon un ordre précis. Les pratiquants doivent y prêter une attention particulière, et les enseignants surtout doivent expliquer en détail, à ces endroits-là, laquelle des deux mains est la principale et laquelle suit, et, dans une même main, quelle partie se vide d’abord et quelle partie se remplit ensuite, afin que la voie du jin puisse circuler et former un cercle entier, sans défaut. À peine y relâche-t-on l’attention que l’on commet sans s’en apercevoir la maladie du double poids.

Pourquoi l’art de la boxe redoute-t-il le double poids ? Parce qu’il empêche la concentration de la voie du jin. Il n’y a pas à craindre de manquer de jin : le seul malheur serait que le jin de tout le corps ne pût être concentré à volonté en un point. Sans y consacrer chaque jour des efforts, on obtient déjà difficilement cette concentration : comment pourrait-on négliger la maladie du double poids et ajouter soi-même un obstacle de plus à la voie du jin ?

外家拳於練習及使用時。多有似側身減少敵方攻擊目標。而增加其出手之長度者。本為極合於拳理。及力學之動作。惟太極拳不然。因其兩手成圓。互相救應。不能偏左或右之弊。經中所謂尾閭正中者是也。或謂以胸當敵。豈不與敵以便利攻擊之機會。我說人之一身從頂至踵。何處非受人攻擊之地。祇看人之藝術如何。其所以練太極的要含胸拔背。就在根本上防止敵人攻擊胸部的一種姿勢。練太極拳全部的方法祇惟恐敵人不肯攻入其胸部。敵手一入胸部。則隨時隨地。皆為練太極的進攻之機會。近有人為迎合淺見者的心理。任意將太極拳的架式改為側身寬步。與外家拳同。其姿勢有時軒眉努目。幾乎握拳透爪。方自以為極兔起鶻落之致。殊不知於太極拳原理相去益遠。將來謬種流傳。必使太極拳盡失中正安舒之義。及內家溫和意味。

Dans les boxes externes, à l’entraînement comme à l’emploi, on présente souvent le flanc pour réduire la cible offerte à l’adversaire et allonger la portée de sa propre main. C’est un mouvement parfaitement conforme aux principes de la boxe et de la mécanique ; il n’en va pas de même du taiji quan, car ses deux mains forment un cercle et se portent secours mutuellement, sans qu’on puisse pécher en s’inclinant à gauche ou à droite. C’est ce que le Classique appelle « le coccyx centré ». On dira : « Mais offrir sa poitrine à l’adversaire, n’est-ce pas lui donner une occasion commode d’attaquer ? » Je réponds : dans le corps humain, de la tête au talon, quel endroit n’est pas exposé aux coups ? Tout dépend de l’habileté de chacun. Si l’on doit, dans la pratique du taiji, « contenir la poitrine et relever le dos », c’est précisément pour empêcher par principe l’adversaire d’attaquer la poitrine. Toute la méthode du taiji quan ne craint qu’une chose : que l’adversaire ne consente pas à attaquer la poitrine ; car dès que sa main entre dans la région de la poitrine, en tout temps et en tout lieu, c’est pour le pratiquant de taiji une occasion d’attaquer.

Certains, ces temps-ci, pour flatter la mentalité du grand nombre, modifient à leur gré la forme du taiji quan en y introduisant le flanc et les pas larges, comme dans les boxes externes ; leurs postures froncent parfois les sourcils et roulent les yeux, le poing serré jusqu’à faire saillir les ongles, et l’on se croit au comble de cette vivacité du « lièvre qui bondit et du faucon qui fond ». Ils ne savent pas que l’on s’éloigne ainsi toujours plus des principes du taiji quan, et que, ces erreurs se transmettant, le taiji quan perdra entièrement le sens de l’équilibre et du calme, ainsi que la saveur modérée de l’école interne.

近人皆謂太極十三式。為掤、擠、捋、按、採、挘、肘、靠、八法。並左右、前後、中、定、五者。此是勉强附會。斷不可信。掤、擠、按、等不過八種手法。任誰專練太極拳的人。亦不能將此八種手法。一手一手的演出整個的姿勢來給人看。僅能按着推手的姿勢略為分析。認眞說起來。祇能有這八個名稱。乃略得其意的用法。至於要提出這八個式來教授徒弟。供人練習。以我所認識的太極拳名家。都沒有這套本錢。僅可稱為之八種手法。斷不能為八式。因為並無一定格式使人遵循。然退一步言。當各有其妙法。至於前後左右中定五式。更含糊可笑。何種拳術無前後左右中定。太極拳的前後左右中定又有何一定的方式。古人對於一種技術命名。決不如此不按實際。必另有其十三式。或其法失傳。或其名更變。要非現在所流行之太極架式。可以名為十三式也。

Les gens d’aujourd’hui disent tous que les « treize postures » du taiji sont les huit méthodes peng, ji, , an, cai, lie, zhou, kao — poussée vers l’avant, pression, tirage vers l’arrière, poussée des paumes, cueillette, déchirement, coup de coude, coup d’épaule — auxquelles s’ajoutent cinq autres : gauche, droite, avant, arrière et centre fixe. C’est une interprétation forcée, à laquelle on ne saurait croire. Peng, ji, an et les autres ne sont que huit sortes de techniques de main : nul spécialiste du taiji quan ne saurait exécuter chacune de ces huit techniques sous forme de postures entières à montrer aux gens ; il ne peut qu’en analyser sommairement la disposition dans la poussée des mains. À vrai dire, il n’y a là que huit noms, dont on saisit à peu près le sens d’emploi. Quant à tirer de là huit postures pour les enseigner aux disciples et les leur faire pratiquer, tous les maîtres de taiji quan que je connais n’en ont pas les moyens : on peut les appeler huit techniques de main, nullement huit postures, car elles n’ont aucun format fixe auquel se conformer. À la rigueur, chacune a bien sa méthode merveilleuse. Quant aux cinq postures d’avant, d’arrière, de gauche, de droite et de centre fixe, c’est encore plus confus et plus risible : quelle boxe n’a pas d’avant, d’arrière, de gauche, de droite et de centre ? Et quelles formes fixes le taiji quan aurait-il en ces cinq directions ? Les anciens, en nommant un art, ne procédaient certes pas avec si peu d’égard pour la réalité : il devait y avoir d’autres « treize postures », ou bien la méthode s’est perdue, ou bien le nom a changé. En tout cas, la forme de taiji quan répandue aujourd’hui ne saurait porter le nom de « treize postures ».

上海李瑞九家。曾聘有拳術教師孟某。所擅長之拳稱綿拳。共有八路架式。亦有兩人推手法。用意頗似太極。聞孟某少時在山東河南之間保鑣為業。富有膂力。尤善單刀。其名頗顯。孟年少氣盛。自負其技睥睨儕輩。一日攜鑣投宿於旅店。與同道者談武藝。有旁若無人之槪。忽有同宿一鬚髮皓然之老叟在旁冷笑。鄙視之意現於顏色。孟不能堪。忿然謂叟曰。若龍鍾似此。豈亦能武。將毋倚老賣老。以為我沒奈何乎。叟從容曰。强中更有强中手。武藝誰敢稱能。因見汝年輕不知天高地厚。故不自覺其笑之出於鼻也。怒將何為。孟益不能忍。必欲與叟較。叟亦不辭。孟方出手。已跌數步。竟不測叟以何種手法。能跌人如此乾脆。孟初以叟年邁。恐其不勝掊擊。故出手未盡其長。至此乃以全力赴之。不料一近叟身。手脚如被蛛網纏縛。有力無所施。欲跳脫亦不可得。中心惶急。遍身汗出如瀋。見叟張兩臂往復搓弄如玩圓球。神氣閒逸。絕無尋常比試態度。孟始知非敵。跪請拜師。叟曰。拜師則可。但當棄汝所業隨我經商。孟亟思得其傳。竟棄鑣業。從叟往來販運於山陝之間。纔二年半。叟卽病死。孟尚未得盡其傳。據孟在滬語人。其師所能。原有拳式十三路。歷二年半僅得其八。餘五路失傳。聞太極舊稱綿拳。孟所習者亦為綿拳。復恰為十三路。我疑其卽為太極十三式。

Chez Li Ruijiu, à Shanghai, on avait engagé comme professeur de boxe un certain M. Meng, dont l’art de prédilection s’appelait « boxe de soie » (mian quan, 綿拳). Elle comporte une forme de huit sections et connaît aussi une méthode de poussée des mains à deux, dont l’intention ressemble assez au taiji.

On dit que M. Meng, dans sa jeunesse, exerçait le métier d’escorte armée entre le Shandong et le Henan ; il avait une force herculéenne et excellait surtout au sabre unique ; son nom était assez connu. Meng était jeune, ardent, fier de son art et dédaigneux de ses pairs. Un jour qu’il avait conduit sa caravane et pris gîte dans une auberge, il parlait arts martiaux avec des compagnons de route, de l’air de qui n’a personne autour de soi, lorsqu’un vieillard à barbe et cheveux blancs logé dans la même auberge ricana près de lui, le mépris peint sur le visage. Meng ne put le supporter et dit avec colère : « Décrépit comme vous l’êtes, sauriez-vous donc aussi les arts de combat ? N’allez pas vous prévaloir de votre âge pour vous croire, en vieux vétéran, au-dessus de mes atteintes ! » Le vieillard répondit posément : « Parmi les forts, il est toujours plus fort. En arts martiaux, qui oserait se dire capable ? Comme je te voyais jeune et ignorant de la hauteur du ciel et de l’épaisseur de la terre, je n’ai pu retenir un rire du nez. À quoi bon te fâcher ? » Meng n’en fut que plus exaspéré et voulut à tout prix se mesurer au vieil homme, qui ne s’y refusa pas. À peine Meng eut-il lancé la main qu’il se retrouva à plusieurs pas, terrassé, sans avoir pu deviner par quelle technique le vieillard pouvait jeter quelqu’un aussi net. Meng, croyant d’abord le vieillard trop âgé pour soutenir une grêle de coups, n’y était pas allé de toute sa force ; il y mit alors tout son pouvoir. Mais à peine s’approcha-t-il du corps du vieillard que ses mains et ses pieds furent comme enveloppés d’une toile d’araignée : sa force ne trouvait aucun emploi, et il ne pouvait même pas se dégager d’un bond. Le cœur saisi, la sueur lui coulait de tout le corps ; il vit le vieillard, les deux bras ouverts, frotter et tourner comme s’il jouait avec une balle, l’air détendu et nullement dans l’attitude d’un combat ordinaire. Meng comprit alors qu’il n’était pas de force ; il se jeta à genoux et demanda à devenir son disciple. Le vieillard dit : « Devenir mon disciple, soit, mais il te faudra abandonner ton métier et faire du commerce avec moi. » Meng, brûlant d’obtenir la transmission, abandonna son métier d’escorte et suivit le vieillard dans ses transports de marchandises entre le Shaanxi et le Shanxi. Deux ans et demi plus tard, le vieillard tomba malade et mourut, et Meng n’avait pas encore reçu la transmission entière. Selon ce que Meng raconta à Shanghai, la forme que son maître possédait comptait originellement treize sections ; en deux ans et demi, il n’en avait obtenu que huit, les cinq autres s’étant perdues.

J’ai entendu dire que le taiji s’appelait autrefois « boxe de soie ». Ce que pratiquait Meng était aussi la boxe de soie, et comptait justement treize sections : je soupçonne que c’est là ce que l’on nomme les « treize postures » du taiji.

又江西於今盛行之字門拳。身手步法酷類太極拳。架式亦為八路。又有所謂魚門拳者。架式十二路。用法與太極尤相類。亦有兩人推手之法。江西熊斗樞曾練魚門十餘年。前年與我相遇於漢皋。為言魚門拳以手手不離逼吸為原則。練時亦貴慢貴不用力。惜其人不能說出魚門拳來歷。

Il y a aussi le zimen quan (字門拳, « boxe de l’école des caractères »), en vogue aujourd’hui au Jiangxi, dont le jeu de corps, de mains et de pas ressemble fort au taiji quan, avec une forme de huit sections. Et il existe encore une « boxe de l’école du poisson » (yumen quan, 魚門拳), dont la forme compte douze sections et dont l’emploi rappelle encore plus le taiji ; elle a également une méthode de poussée des mains à deux. Xiong Doushu, du Jiangxi, a pratiqué le yumen quan plus de dix ans ; il y a deux ans, l’ayant rencontré à Hankou, il me dit que la boxe du poisson a pour principe de ne jamais séparer la main de la pression et de l’aspiration, et qu’à l’entraînement elle prise aussi la lenteur et l’absence d’effort. Dommage que cet homme n’ait pu expliquer l’origine du yumen quan.

我國拳術派別繁多。無論全國。卽一省之中。每有數十種架式。甚至一縣之內。亦有數十種。拳術界的現象如此。應該能人甚多。始有此創造能力。我經仔細研究結果。知道此種種類拳式之流傳。並不一定傳自有創造能力之人。多有由一個負盛名的教師。在二三十年之中。傳出數十種拳式。雖皆託名傳自古代某人。或言岳飛。或言達摩。且有託之孫悟空彌勒菩薩者。其實手法皆大同小異。一趟架式之中。合於拳理及實用者不過三五手。此教師者。何以如此其不憚煩。編造此種種類類之架式。無非為廣招徠計耳。

Nos boxes comptent une multitude d’écoles : dans tout le pays, et même dans une seule province, il y a souvent plusieurs dizaines de formes ; il arrive qu’un simple district en compte lui aussi des dizaines. Une telle diversité dans le monde de la boxe supposerait une foule d’hommes de talent pour créer tant de choses. Or, après un examen attentif, je sais que la propagation de toutes ces formes ne vient pas nécessairement d’hommes créateurs : souvent un maître de grand renom a transmis, en vingt ou trente ans, des dizaines de formes, toutes attribuées à quelque personnage de l’antiquité — Yue Fei, ou Damo, voire Sun Wukong ou le bodhisattva Maitreya — alors qu’en réalité les techniques se ressemblent toutes à peu de chose près, et que dans une forme entière il n’en est que trois ou cinq qui répondent aux principes de la boxe et soient utilisables. Pourquoi ce maître s’est-il donné tant de peine à fabriquer toutes ces formes variées ? Ce n’était que pour élargir sa clientèle.

北方學拳拜師無一定肄業時期。有力者延師至家。或寄居其師家中。三年五年繼續練習之事。甚屬平常。南方則多有限制。或延師來家。或由師自行設廠授徒。率以三四十日為一廠。至多亦不過五十日。期滿則徒弟各自散去。如欲繼續練習。卽增一廠。至多亦不過五十日。期滿則徒弟各自散去。如欲繼續練習。卽增一廠。徒弟進廠之日起。至散廠之日止。其間必晝夜苦練。以求出廠後能致用。若徒學過二三廠武藝之後。尚不勝未經練過之蠻漢。則其師為不名譽之甚。如太極拳者。固不能計日有效。卽其他理甚精審法甚縝密之各種拳術。亦決難於百日之間。體用俱備。從來練拳者。多係粗人。不明此理。如練二三廠後。尚不能克敵制勝者。不怪其師武藝不高。卽疑其吝不傳授。為教師者。欲其徒計日收效。惟有將原有之拳術擱置。擇三五便於用之手法。加以轉折。及江湖賣藝之門面動作。編造成一趟架式。而託之於世俗最迷信之古人所傳。其式簡單易練。天資略高之人。十餘日卽會。再教以半月之拆用。出廠後居然能戰勝蠻漢。師之聲譽因之雀起。從習者日多。但人情厭故喜新。一年半載後又非得改造一趟架式不可。

Dans le Nord, quand on apprend la boxe auprès d’un maître, la durée des études n’est pas fixée : ceux qui en ont les moyens font venir le maître chez eux ou vont loger chez lui, et trois ou cinq années de pratique continue sont chose fort ordinaire. Dans le Sud, les limites sont plus fréquentes : on fait venir le maître chez soi, ou le maître ouvre une « fabrique » [une session] pour enseigner aux disciples, qui dure généralement trente à quarante jours, cinquante au plus. À l’expiration du terme, les disciples se dispersent ; pour continuer, il faut ajouter une session. Du jour où le disciple entre dans la session jusqu’à celui où elle se disperse, il doit travailler nuit et jour, afin de pouvoir appliquer ce qu’il a appris à la sortie. Si, après deux ou trois sessions, un disciple ne peut encore vaincre un rustre qui n’a jamais pratiqué, c’est pour son maître un grand déshonneur.

Or le taiji quan, lui, ne saurait donner de résultats en un nombre de jours compté ; et même les boxes dont la théorie est très fine et la méthode très serrée ne peuvent certes, en cent jours, posséder à la fois le corps et l’emploi. De tout temps, les pratiquants de boxe furent surtout des gens frustes, peu au fait de ces raisons : si après deux ou trois sessions ils ne peuvent encore vaincre l’adversaire, au lieu d’incriminer l’insuffisance de leur maître, ils soupçonnent celui-ci de garder pour lui une part de la transmission. Pour que les disciples obtiennent des résultats dans les délais, le maître n’a d’autre ressource que de mettre de côté l’art authentique, de choisir trois ou cinq techniques commodes, d’y ajouter des détours et les manœuvres d’apparat des bateleurs de foire, d’en composer une forme attribuée à quelque ancien en qui le siècle a le plus de superstition. La forme en est simple et facile à apprendre : un esprit un peu doué la retient en une quinzaine de jours ; après une demi-lune d’explications sur les applications, voilà l’élève capable, à sa sortie, de vaincre les rustres ; la renommée du maître s’envole, les élèves affluent. Mais comme l’on se lasse de l’ancien et que l’on aime le nouveau, il faut, un an ou dix-huit mois plus tard, fabriquer encore une autre forme.

平江有名拳師潘厚懿。三十歲時卽以教拳為業。壽至八十方死。前後所教徒弟在三千人以上。其所傳架式之不同何止數十種。得其眞傳者不過十人。並非彼祕不教人。學者欲求速效。使彼不能不如此。現在潘之徒弟在各處當教師者。亦有數十人。輾轉流傳。四百年之久。名稱已屢變。又焉知孟某之綿拳。熊某之魚門拳。不與太極一脈相傳乎。

À Pingjiang vivait un maître fameux, Pan Houyi. Dès l’âge de trente ans il vivait de l’enseignement de la boxe, et mourut à quatre-vingts ans passés. Il forma en tout plus de trois mille disciples, et les formes qu’il transmit différaient entre elles de bien plus de dizaines de variétés ; ceux qui en reçurent la vraie transmission ne furent pas dix. Ce n’est pas qu’il cachât son art : c’est que les élèves cherchaient des résultats rapides, ce qui le contraignait à agir ainsi. Aujourd’hui, les disciples de Pan qui enseignent un peu partout sont eux aussi plusieurs dizaines, et l’art, transmis de main en main, a déjà plusieurs fois changé de nom. Comment savoir que la boxe de soie de M. Meng, ou la boxe du poisson de M. Xiong, ne sont pas de la même veine que le taiji ?

楊露禪至今不過百年。其所傳與陳績甫已相去甚遠。吳鑑泉得自楊家者。亦與楊澄甫有別。更奇者。楊澄甫之兄楊孟祥。同受家傳。而孟祥之太極獨練斷勁。一手一手使勁。放出咚咚有聲。與外家拳無別。北平除楊夢祥一人而外。並無第二人以斷勁練太極拳者。我曾問陳績甫。陳家溝練太極拳之人。是否有練斷勁一派。陳言無有。我謂如此尚好。太極一練斷勁。便失却太極的原理。將無窮的用法變為有限的着數。於太極拳前途有害無利。

De Yang Luchan à aujourd’hui, il n’y a pas cent ans, et pourtant ce qu’il a transmis est déjà très éloigné de ce que pratique Chen Jifu. Ce que Wu Jianquan tient de la famille Yang diffère aussi de ce que fait Yang Chengfu. Plus étrange encore : le frère aîné de Yang Chengfu, Yang Mengxiang, reçut la même transmission familiale, et son taiji à lui ne se pratique qu’en jin brisé — il émet de la force technique par technique, avec un bruit sourd, sans différence avec les boxes externes. À Beiping, hormis Yang Mengxiang, personne ne pratique le taiji quan en jin brisé. J’ai demandé un jour à Chen Jifu si, à Chenjiagou, il existait une branche qui pratique le taiji quan en jin brisé : il m’a répondu que non. Je dis que cela vaut mieux : dès que le taiji se pratique en jin brisé, il perd le principe même du taiji et transforme un usage infini en un nombre limité de techniques — ce qui ne peut que nuire à l’avenir du taiji quan.

我國人習性多喜崇拜古人。鄙薄今人。因之對於武藝雖富有創造能力之人。有所發明。有所創造。亦不敢自承。皆託之古人祕傳。或夢中所傳授。此類事實之見於册籍者。不一而足。張三丰所傳拳法。安知非其本人所創造。恐不足見重於時。而託之玄武大帝夢中所授。今人練習武藝。朝夕從事。數年或十數年尚難致用如所期願。張三丰夜夢神授。且卽以之破賊。古今人智慧能力之相去竟至此哉。張三丰傳宋遠橋、張松溪等七人。並無傳詳記其手法。黃百家之內家拳法中所載。敬、勁、勒、緊、切、五字訣。尊我齋主人所著少林拳術祕訣中亦引為要訣。而現正流行之太極拳。反無此五字訣傳授。我以為拳術應以理精法備。不違背生理及力學原理為標準。不必穿鑿附會。託之古人以相標榜。一若縫衣匠之供奉軒轅皇帝。木匠之供奉魯班先師。無端生出許多枝節。

Notre peuple a pour habitude d’adorer les anciens et de mépriser les contemporains. Aussi, lorsque des hommes doués de génie créateur inventent ou créent quelque chose dans les arts martiaux, n’osent-ils se l’attribuer : ils le mettent au compte d’une transmission secrète d’un ancien, ou d’un enseignement reçu en rêve. Les exemples de ce genre abondent dans les livres. Qui sait si l’art de boxe transmis par Zhang Sanfeng n’est pas de sa propre invention ? Mais, craignant de n’être pas tenu en estime, il l’attribua à la révélation en rêve de l’empereur Xuanwu. Aujourd’hui, les hommes s’exercent aux arts martiaux matin et soir, des années, parfois dix ou quinze ans, sans atteindre le but souhaité ; or Zhang Sanfeng, en une nuit, reçut l’art d’un dieu et s’en servit aussitôt pour défaire des brigands ! Y aurait-il entre le l’intelligence et la capacité des anciens et des modernes un pareil abîme ? Zhang Sanfeng transmit son art à Song Yuanqiao, Zhang Songxi et cinq autres, sept en tout, mais aucune transmission ne consigna ses techniques en détail. Les Méthodes de boxe de l’école interne de Huang Baijia rapportent la formule secrète en cinq mots : « vénérer, le jin, brider, serrer, trancher » (敬、勁、勒、緊、切) ; le Secret des arts de boxe de Shaolin du Maître du studio Zunwo la cite également comme formule essentielle. Or le taiji quan aujourd’hui en vogue ne transmet plus cette formule. À mon sens, l’art de la boxe doit avoir pour critères une théorie fine et une méthode complète, sans violer les principes de la physiologie ni ceux de la mécanique ; il n’est pas besoin de surinterprétations ni d’attributions aux anciens pour se faire valoir — non plus qu’un tailleur ne vénère l’empereur Jaune, ou un charpentier maître Lu Ban, pour se donner un air d’importance.

南京國術館初開辦時。我適在漢口。從報端見其分武當、少林兩門。各設門長。我當卽斷其如此提倡國術。決無好果。並致書京友服務於國術館者。詳論其得失。藝術本不妨各有宗派。有宗派斯有競爭。有競爭斯有進步。惟武術不然。無論我國武術傳籍絕少記載。輾轉流傳。學者又絕少能通文學之人。某派傳自某人。久不可考。非如字畫文學等之派别。絲毫不容混亂。卽算武當、少林兩派。比較其他武術册籍上略有根據。然現在所流傳者。究竟是否確為武當、少林兩派。且此兩派又豈能包括中國武術。江湖賣藝之流。以及武術授徒為業之輩。為迎合國人崇拜古人之習性。任意拉扯婦孺皆知之古人。認為師祖。以相號召。南方有齊家拳。謂為齊天大聖所傳授。又有彌勒拳。謂為彌勒菩薩所傳授。比較少林派傳自達摩祖師者。更誕妄可笑。彼輩此類知識多得自師傳。並非現在賣藝及授徒者所假託。故敬謹奉持不以為妄。偶遇非難莫不誓死力爭。因其如此。所以各門各派之互相忌嫉。互相仇視。千百年來不知生了若干事端。傷害了若干性命。在彼輩知識有限。且有藉古人以資號召之意。其標榜不足責。獨怪以提倡國術為志的張李諸公。亦不思打破此門戶派別之惡習也。

À l’ouverture de l’institut des arts martiaux de Nanjing, je me trouvais justement à Hankou. Je vis dans les journaux qu’on y divisait l’enseignement en deux portes, Wudang et Shaolin, chacune avec son chef. Je jugeai aussitôt qu’une telle façon de promouvoir les arts nationaux ne pouvait porter de bons fruits, et j’écrivis à un ami de Nanjing employé à l’institut pour lui exposer en détail les avantages et les inconvénients de la chose.

En art, il n’est certes pas mauvais qu’il y ait des écoles : école veut dire émulation, et émulation veut dire progrès. Mais il n’en va pas ainsi des arts martiaux : les livres qui les transmettent consignent bien peu de choses, l’art passe de main en main, et parmi ceux qui l’apprennent il est rare qu’il s’en trouve un versé dans les lettres. Qu’une école descende de tel ou tel homme est depuis longtemps invérifiable, à la différence des écoles de peinture, de calligraphie ou de littérature, où nulle confusion n’est permise. Même les deux branches Wudang et Shaolin, qui ont un peu plus de fondement dans les livres que les autres arts martiaux, — même celles-là : ce qui se transmet aujourd’hui est-il vraiment Wudang ou Shaolin ? Et d’ailleurs, comment ces deux branches pourraient-elles embrasser tout l’art martial chinois ?

Les bateleurs, comme ceux qui vivent d’enseigner la boxe, pour flatter le goût national pour le culte des anciens, tirent au hasard de figures connues des femmes et des enfants pour en faire les ancêtres fondateurs de leurs arts et s’en faire valoir. Dans le Sud, il y a la boxe de l’école Qi, attribuée au « Saint égal au ciel » (le roi singe Sun Wukong), et la boxe de Maitreya, attribuée au bodhisattva Maitreya : cela est encore plus extravagant et risible que de faire descendre l’école Shaolin du patriarche Damo. Ces connaissances leur viennent le plus souvent de leur propre maître ; ce ne sont pas les bateleurs et les professeurs d’aujourd’hui qui les ont inventées. Aussi les tiennent-ils avec un respect scrupuleux, sans les croire insensées, et à la moindre contestation se battent-ils à mort pour elles.

C’est pourquoi les écoles et les branches se jalousent et se haïssent mutuellement, et l’on ne saurait dire combien de querelles et de vies perdues ces mille dernières années ont été ainsi causées. Chez ces gens, le savoir est limité, et il y a aussi le désir de s’autoriser des anciens pour se faire valoir : leur propagande n’est pas à blâmer. Ce qui étonne, c’est que des messieurs comme Zhang et Li, dont l’ambition est de promouvoir les arts nationaux, ne songent pas à briser la funeste habitude des cloisons et des écoles.

太極拳在武術中為最有研究之興趣與價値者。提倡國術自應對之有相當注意。但萬不宜以太極為普遍研究之拳術。祇可於國術館中設一太極拳專修之科。非有志深造及資性聰穎者。不得入科練習。因其理太精微。法太複雜。無論天生身體如何靈捷。資性如何聰穎之人。亦非一年半載之練習所能致用。並且初學者練之不能發生興味。任何藝術。如研究者對之不生興趣。卽不能有所得。練他種拳術。但能朝夕依法苦練。不須運用腦力。有相當時日。必有相當成功。練太極拳。則非運用極細密之思想力。縱竭一生之功。亦不過偶然得着一部分作用。如練外家拳者之專善用某幾種手法而已。經中所謂默識揣摩。漸至從心所欲。可見非能運用極細密之思想力者。不能練太極拳。此與以上屏寂思慮之言。並不衝突。以上乃屏寂妄念之意。太極拳為內家拳術。注重上下丹田。本近道家引導之術。但近之論太極者。多因其名為太極。遂以八卦五行生剋之理。陰陽變化之言。附會易理。則竊疑其理論雖高遠。與事實掤、捋、擠、按、等八法。並無一定格式。前已言之。何所根據。而擬之八卦。至前後左右、中、定。在太極架式中更無其名稱。且任何拳術亦不能離此五者。擬以五行。尤為不倫不類。太極拳固注意陰陽變化。他種拳何嘗不注重陰陽變化。太極拳自有其非他種拳所能比擬之長處。決不在此似是而非之玄理。當科學昌明之今日。我等研究提倡。當應按照實際加以判別。不可震驚古人之言。或名流所斷論。遽予盲從。我於太極拳用功甚淺。但其方法及名稱尚能記憶。且嘗見深於此道之人。教授徒弟實不聞掤、捋、擠、按、採、挘、肘、靠、及所謂五行等。有一定格式方位。能單獨提出數人練習。則此等名目之不能稱十三式。十三式之不能附會為八卦五行。也至明顯。不知與我同好者。亦有曾致疑於此。而欲從事研究其所以然者否。

Le taiji quan est, parmi les arts martiaux, celui qui offre le plus d’intérêt et de valeur à l’étude ; le promouvoir mérite donc une attention particulière. Mais il ne faut à aucun prix faire du taiji un art d’étude universelle : on ne peut ouvrir, dans un institut, qu’une section spéciale d’études approfondies du taiji quan, où ne seront admis que ceux qui ont le dessein d’aller loin et un esprit bien doué. Car sa théorie est trop subtile et sa méthode trop complexe : nul, si agile de corps ou si intelligent soit-il, ne peut le rendre utilisable par un an ou dix-huit mois de pratique. De plus, l’étude n’offre pas d’abord d’agrément au débutant ; or, en tout art, si l’étudiant n’y prend pas goût, il ne peut rien obtenir. Dans les autres boxes, il suffit de travailler durement chaque jour selon la méthode, sans grand effort d’esprit, pour qu’avec le temps vienne un succès appréciable. Dans le taiji quan, au contraire, si l’on ne met en œuvre la plus fine des pensées, on aura beau y consumer toute une vie, on n’obtiendra qu’occasionnellement une part de son efficacité — comme le pratiquant d’une boxe externe qui ne maîtrise que deux ou trois techniques. Le Classique dit : « En le connaissant en silence et en le méditant, on parvient peu à peu à faire ce que le cœur désire. » On voit par là que sans la plus fine pensée, on ne peut pratiquer le taiji quan : ce qui ne contredit pas ce qui a été dit plus haut de l’apaisement des pensées, car il s’agit là de mettre fin aux pensées vaines.

Le taiji quan, art de l’école interne, met l’accent sur les dantian supérieur et inférieur, et se rapproche en cela des méthodes taoïstes de conduite. Mais les théoriciens récents du taiji, parce que son nom est « taiji », rattachent volontiers sa théorie aux huit trigrammes et aux cinq éléments, aux rapports d’engendrement et de domination, aux propos sur les transformations du yin et du yang, et l’accommodent au Yi jing. J’ai pour ma part le soupçon que, si haute soit cette théorie, elle n’a rien à voir avec les faits : les huit méthodes — peng, , ji, an, etc. — n’ont pas de format fixe, on l’a déjà dit, alors sur quoi se fonder pour les assimiler aux huit trigrammes ? Quant à avant, arrière, gauche, droite et centre fixe, ces noms n’existent même pas dans la forme du taiji quan, et aucune boxe ne saurait se passer de ces cinq choses : les assimiler aux cinq éléments est plus incongru encore. Le taiji quan prête sans doute attention aux transformations du yin et du yang ; mais quelle boxe n’y prête pas attention ? Le taiji quan a ses mérites, que nulle autre boxe ne peut égaler : ils ne résident certes pas dans ces spéculations spécieuses.

À l’heure où la science est florissante, notre étude et notre action doivent juger d’après les faits, sans nous laisser éblouir par les dires des anciens ni par les conclusions des personnages en vue, et sans y souscrire aveuglément. Mon propre travail sur le taiji quan est fort modeste, mais j’en puis encore retenir les méthodes et les noms ; et j’ai bien vu que les hommes versés dans cet art, enseignant à leurs disciples, ne parlent nullement de postures et d’orientations fixes pour peng, , ji, an, cai, lie, zhou, kao, ni pour les prétendus cinq éléments, que l’on pourrait proposer séparément à la pratique de quelques personnes. Il est donc parfaitement clair que ces noms ne sauraient s’appeler « treize postures », et que les treize postures ne sauraient être accommodées aux huit trigrammes et aux cinq éléments. Je ne sais si, parmi mes compagnons, il en est qui ont douté de cela et qui veulent en chercher la raison.

楊澄甫吳鑑泉均以專練太極拳有重名於北平。或曰。楊澄甫善發人而不善化。吳鑑泉善化人而不善發。以是二人均有缺限。若兼有其長。則盡太極之能事矣。我曰。事或有之。於理則殊不可通。因發與化似二而實一。不能發則不能化。不能化亦不能發。故經曰。粘卽是走。走卽是粘。不過原來體格强壯。氣力充足之人。發人易遠而乾脆。楊體魁梧。且嘗聞與其徒推手時。常喜自試其發勁。故其徒皆稱其善發人。吳為人性極溫文。且深於世故。不論與誰推手。皆謹守範圍。不逼人。不拿人。人亦無逼之拿之者。聞其在北平體育學校教太極拳時。學者衆多皆年壯力强。與吳推手任意進退。吳惟化之使不逞而已。始終未嘗一發。故人疑其祇善化。而不善發。我謂若吳亦嘗發人。但發而不能動。或動而不能遠。則疑其不善發人猶可。今吳始終未嘗一發人。證以其平日溫文之性格。可斷其為不欲無端發人。招人尤怨。非不善於發人也。我以北來略遲。於楊吳二君皆未謀面。然深信二君。皆為當今純粹練太極拳之名宿。絕未攙雜他種拳法。以圖討巧。其工夫火候實不可軒輊。在外家拳盛行之今日。欲求專練太極拳如二君者。恐未易多得。惜負提倡國術者。不知物色人材。聞二君刻均不在南京國術館。

Yang Chengfu et Wu Jianquan doivent tous deux à leur pratique exclusive du taiji quan leur grand renom à Beiping. On dit : « Yang Chengfu excelle à projeter les gens mais non à les transformer ; Wu Jianquan excelle à transformer les gens mais non à les projeter : tous deux ont donc une limite. S’ils réunissaient les deux talents, ils porteraient le taiji à sa perfection. » À quoi je réponds : le fait est peut-être ainsi, mais le raisonnement ne tient pas du tout. Car projeter et transformer semblent deux choses et n’en sont qu’une : qui ne peut projeter ne peut transformer, et qui ne peut transformer ne peut projeter. Aussi le Classique dit-il : « Coller, c’est céder ; céder, c’est coller. »

Simplement, chez un homme naturellement robuste et plein de vigueur, la projection est aisée, lointaine et nette. Yang avait la carrure haute et large, et l’on rapporte qu’en poussant les mains avec ses élèves il aimait à éprouver sur eux son jin de projection : aussi ses élèves le proclament-ils excellent à projeter. Wu, d’un caractère extrêmement doux et fort au fait des choses du monde, se tenait, avec qui que ce fût, strictement dans les limites : il ne pressait personne, ne saisissait personne, et personne ne le pressait ni ne le saisissait. On dit que lorsqu’il enseignait le taiji quan à l’école d’éducation physique de Beiping, ses élèves, nombreux et dans la vigueur de l’âge, poussaient les mains avec lui en avançant et reculant à leur gré, et que Wu se contentait de les transformer pour déjouer leurs entreprises, sans jamais une seule fois projeter : aussi le soupçonne-t-on d’être bon à transformer seulement, et non à projeter. Je dis : si Wu projetait souvent et que ses projections ne fissent ni bouger ni reculer loin son partenaire, on pourrait encore le soupçonner de mal projeter. Mais de ce que Wu n’a jamais projeté personne, et vu son caractère doux et affable, on peut conclure qu’il ne voulait pas projeter sans raison pour s’attirer la rancune, et non qu’il fût incapable de projeter.

Je suis venu dans le Nord un peu tard et n’ai rencontré ni Yang ni Wu ; mais je suis profondément convaincu que tous deux sont de ces maîtres d’aujourd’hui qui pratiquent purement le taiji quan, sans y mêler aucun autre art pour se faciliter la tâche, et que leurs degrés de travail sont proprement incommensurables. À une époque où les boxes externes dominent, il sera sans doute difficile de trouver des hommes qui, comme ces deux messieurs, se consacrent exclusivement au taiji quan. Il est regrettable que ceux qui ont charge de promouvoir les arts nationaux ne sachent pas reconnaître les talents : j’apprends qu’aucun des deux ne se trouve actuellement à l’institut des arts martiaux de Nanjing.

項城當國時。幕中有宋書銘者。自稱謂宋遠橋之後人。頗善太極拳術。其時以拳術著稱於北平之吳鑑泉、劉思綬、劉采臣、紀子修等。皆請授業。究其技之造詣至何等。不之知也。宋約學後不得轉授他人。時紀子修已年逾六十。謂宋曰。某因練拳者。一代不如一代。雖學者不能下苦工夫。然教者不開誠相授。亦為斯技淪胥之一大原因。故不辭老朽。拜求指教。卽為異日轉授他人地也。若學後不得轉授。某已年逾六十。將於泉下教鬼耶。遂獨辭出。其從游者終無所得。蓋宋某拳師之習氣甚深。其約人之不得傳授他人。卽不啻表示自之不肯以技授人也。

Du temps où Xiangcheng [Yuan Shikai] gouvernait le pays, il y avait dans son entourage un certain Song Shuming qui se disait descendant de Song Yuanqiao et excellait assez au taiji quan. Alors, ceux qui étaient réputés à Beiping pour la boxe — Wu Jianquan, Liu Sishou, Liu Caichen, Ji Zixiu et d’autres — le prièrent tous de les enseigner. On ne sait à quel degré allait son habileté. Song posait comme condition que l’on ne pourrait, après avoir appris, transmettre à autrui.

Ji Zixiu, qui avait alors plus de soixante ans, dit à Song : « Ceux qui pratiquent la boxe vont, dit-on, de génération en génération en déclinant. Si les élèves ne peuvent fournir un dur labeur, le fait que les maîtres n’enseignent pas sincèrement en est aussi une grande cause. Aussi, sans reculer devant ma vieillesse, je viens vous demander vos leçons, précisément afin de les transmettre un jour à d’autres. Si, après avoir appris, je ne puis transmettre, moi qui ai passé soixante ans, devrai-je aller enseigner aux fantômes sous la terre ? » Et il sortit seul. Ceux qui le suivirent n’obtinrent jamais rien. C’est que ce maître Song avait l’habitude bien ancrée de poser à ses élèves la condition de ne pas transmettre : ce qui revenait à déclarer qu’il ne consentait pas lui-même à enseigner son art.

太極拳架式各家所傳皆有區別。然不論其手法及姿勢如何不同。其從首至尾須一氣呵成。中間不能停滯。以滿身輕利。氣沉丹田為原則。則一也。依此原則。又能時時注意陰陽。虛實變換。免除雙重之弊。雖無明師指導。亦自有豁然貫通之日。練架式旣練有眞實工夫。則推手必容易進步。且不難出人頭地。如練架式不下苦工。專從推手中覓作用。天資縱高。亦不過推得兩手靈巧而已。身上工夫卽增長。亦屬有限。

Les formes de taiji quan transmises par chaque école diffèrent ; mais, quelles que soient les différences de technique et de posture, il est un point sur lequel toutes s’accordent : d’un bout à l’autre, la forme doit s’achever d’un seul souffle, sans stagnation au milieu, avec pour principe la légèreté et l’agilité du corps entier et l’énergie qui descend au dantian. En s’appuyant sur ce principe, et en prêtant sans cesse attention aux transformations du yin et du yang, du vide et du plein, l’on évite le défaut du double poids ; même sans la direction d’un maître éclairé, il viendra un jour où tout s’éclairera d’un coup. Si l’on a, par la pratique de la forme, acquis un travail véritable, alors la poussée des mains progressera aisément et l’on ne sera pas loin de sortir du rang. Mais si l’on ne se donne pas de peine dans la pratique de la forme et que l’on cherche toute l’efficacité dans la poussée des mains, on aura beau être bien doué, on n’aura que des mains adroites : le travail du reste du corps, même s’il croît, restera limité.

我自乙丑年五月從事練習太極架式。迄今不過四年餘。前後已四易架式。因每從一人研究。卽更換其人所傳架式。當時亦頗認為有更換之必要。及練習旣熟。始悟四種架式不同者。僅其外表動作。精神則絕少差異。其有因各人傳授之不同。而互相詆誹者。特未身經練習。及入主出奴之惡習未忘耳。練太極拳者。每有存心輕視外家拳之習氣論拳理。太極拳自較外家拳精細。但外家拳亦自有其好處。如練太極拳未練至能自由運用之程度。則尚不如外家拳遠甚。此番南京考試之結果。便可證明練太極拳者。不如練外家拳容易致用也。

Je pratique la forme du taiji depuis le cinquième mois de l’année yichou [1925] ; il n’y a pas plus de quatre ans et, en tout, j’ai déjà changé quatre fois de forme, car chaque fois que j’étudiais avec quelqu’un, je passais à la forme qu’il transmettait. Sur le moment, je croyais assez à la nécessité de ces changements ; mais une fois la pratique devenue familière, j’ai compris que ces quatre formes ne différaient que par les mouvements extérieurs, l’esprit étant pour ainsi dire le même. Ceux qui se décrient mutuellement parce que chacun transmet à sa manière n’ont simplement jamais pratiqué eux-mêmes, et n’ont pas renoncé à la fâcheuse habitude de louer tout ce qui est maître et de dénigrer tout ce qui est hôte.

Ceux qui pratiquent le taiji quan ont souvent l’habitude de regarder de haut les boxes externes et d’en juger la théorie. Le taiji quan est, il est vrai, plus subtil que les boxes externes ; mais celles-ci ont aussi leurs mérites. Si l’on n’a pas amené le taiji quan au degré où on l’emploie librement, on reste bien loin en dessous des boxes externes. Les résultats du récent concours de Nanjing le prouvent : ceux qui pratiquent le taiji quan ont plus de peine à en faire usage que ceux des boxes externes.


Notes du traducteur

  1. Xiang Kairan / Pingjiang Buxiaosheng (向愷然, 1889-1957) : romancier et homme de lettres chinois, surtout connu pour Jianghu qixia zhuan (江湖奇俠傳), un des premiers grands romans de chevalerie modernes. Il fut l’élève, entre autres, de Wang Zhiqun, Xiang Shoushan et Chen Weiming, et compta parmi les fondateurs de la première association d’arts martiaux de Hunan. Le présent essai, écrit en 1929, fut recueilli par Wu Zhiqing dans Taiji zhengzong (太極正宗, 1936).
  2. Noms de personnes et de lieux : Chen Weiming (陳微明), Wang Zhiqun (王志羣), Xu Yusheng (許禹生), Liu Enshou (劉恩綬, orthographié 劉思綬 dans le texte), Yang Chengfu (楊澄甫), Wu Jianquan (吳鑑泉), Yang Luchan (楊露禪), Chen Jifu (陳績甫), Chen Changxing (陳長興), Sun Lutang (孫祿堂), Chenjiagou (陳家溝) dans le district de Wenxian, au Henan.
  3. Les huit techniques (ba fa, 八法) : peng (掤, poussée vers l’avant), (捋, tirage vers l’arrière), ji (擠, pression), an (按, poussée des paumes), cai (採, cueillette), lie (挘, déchirement), zhou (肘, coude), kao (靠, épaule). Le texte de Xiang Kairan emploie des graphies légèrement différentes de celles en usage aujourd’hui.
  4. « Ne pas abandonner, ne pas résister » (不丟不頂) : principe fondamental de la poussée des mains — ne jamais se séparer du contact de l’adversaire, ne jamais lui opposer de résistance frontale.
  5. M. Zhang et M. Li : allusion probable à Zhang Zhijiang (張之江) et Li Jinglin (李景林), respectivement directeur et vice-directeur de l’institut national des arts martiaux (Zhongyang guoshuguan, 中央國術館) fondé à Nanjing en 1928.

Source du texte chinois : « 向愷然先生練太極拳之經驗 » (« L’expérience de M. Xiang Kairan dans la pratique du taiji quan »), écrit en 1929 et publié dans le recueil 太極正宗 de Wu Zhiqing (1936). Texte chinois dans le domaine public (auteur mort en 1957). Reproduction et traduction française réalisées à partir de l’original chinois pour ce site ; le texte chinois et les informations de provenance ont été relevés sur la page Xiang Kairan’s Taiji Experience du blog de Paul Brennan, où l’on trouvera également un second essai du même auteur, « 太極推手的研究 » (« Étude de la poussée des mains du taiji »), que la présente traduction ne reprend pas afin de ne pas dépasser la longueur voulue. Aucune image : l’article source de Brennan ne contient pas de reproduction de l’édition chinoise d’origine.