Le Wuxing lianhuan quanpu hebi (五行連環拳譜合璧, « Le Manuel des cinq éléments réuni à celui de la boxe enchaînée ») est un manuel de xingyi quan dicté par Li Cunyi (李存義) de Shenzhou (深州, aujourd’hui dans le Hebei) — l’un des plus célèbres disciples de Liu Qilan et figure majeure de la boxe de la forme et de l’intention — et mis par écrit par Du Zhitang (杜之堂) de Guangzong (廣宗, district de Xingtai, Hebei). Le livre ne porte pas de date ; il est mentionné dans la troisième partie des Annales du Jingwu (精武本紀), publiées fin 1919, et il fut édité par l’Association des guerriers de Tianjin (天津武士會), fondée en 1912 : on le date communément des environs de 1916. Li Cunyi étant mort en 1921, le texte chinois appartient depuis longtemps au domaine public.
L’ouvrage réunit deux manuels. Le premier, le Manuel des cinq éléments (五行拳譜), expose d’abord la théorie — les cinq éléments et les cinq viscères, les cinq poings et leurs correspondances, les « quatre extrémités » (四梢), les « huit termes » (八字) et leurs vingt-quatre articles — puis décrit une à une les cinq techniques avec, pour chacune, le tracé de pas, le chant de départ, le chant d’arrivée et le retournement. Le second, le Manuel de la boxe enchaînée (連環拳譜), donne les douze mouvements du formulaire continu, issu de la combinaison des cinq poings.
Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.
五行拳譜 — Le Manuel des cinq éléments
深州李存義口述
Dicté par Li Cunyi de Shenzhou (深州).
廣宗杜之堂編錄
Recueilli et mis par écrit par Du Zhitang de Guangzong (廣宗).
第一章 總論 — Chapitre premier : Considérations générales
第一節 五行解 — Section 1 : Explication des cinq éléments
五行者金木水火土也內有五臟外有五官皆與五行相配心屬火脾屬土肝屬木肺屬金腎屬水此五行之隱於內者目通肝鼻通肺舌通心耳通腎人中通脾此五行之著於外者五行有相生之道焉金生水水生木木生火火生土土生金又有相克之義焉金克木木克土土克水水克火火克金五行見於洪範而漢儒借之以解經後人每譏其於義無取而生克之理究不為不當也拳之以是取名用以堅實其內整飭其外取相生之道以為平時之習練取相克之義以為對手之破解云爾非必沾沾於古說也
Les cinq éléments sont le métal, le bois, l’eau, le feu et la terre. À l’intérieur il y a les cinq viscères, à l’extérieur les cinq organes des sens, tous appariés aux cinq éléments : le cœur correspond au feu, la rate à la terre, le foie au bois, les poumons au métal, les reins à l’eau — voilà les cinq éléments cachés à l’intérieur. Les yeux communiquent avec le foie, le nez avec les poumons, la langue avec le cœur, les oreilles avec les reins, le point renzhong (人中, entre le nez et la lèvre supérieure) avec la rate — voilà les cinq éléments manifestés à l’extérieur. Les cinq éléments ont une voie d’engendrement mutuel : le métal engendre l’eau, l’eau engendre le bois, le bois engendre le feu, le feu engendre la terre, la terre engendre le métal. Ils ont aussi un sens de la domination mutuelle : le métal domine le bois, le bois domine la terre, la terre domine l’eau, l’eau domine le feu, le feu domine le métal. Les cinq éléments apparaissent dans le Hong Fan (洪範, « Le Grand Plan »), et les lettrés des Han s’en servirent pour interpréter les classiques ; la postérité a souvent raillé cette lecture comme dénuée de portée, mais le principe d’engendrement et de domination n’en est pas moins juste. La boxe en tire son nom : on s’en sert pour raffermir l’intérieur et pour ordonner l’extérieur ; on prend la voie de l’engendrement pour l’entraînement ordinaire, et le sens de la domination pour la résolution du face-à-face. Il n’est pas nécessaire de s’attacher avec scrupule aux dires des anciens.
第二節 五拳解 — Section 2 : Explication des cinq poings
崩鑽劈礮横五拳之名稱也崩拳之形似箭性屬木礮拳之形似礮性屬火横拳之形似彈性屬土劈拳之形似斧性屬金鑽拳之形似電性屬水由相生之說論之故横拳能生劈拳劈拳能生鑽拳鑽拳能生崩拳崩拳能生礮拳礮拳能生横拳也萬物生於土故横拳能生各拳由相克之說論之故劈拳能克崩拳崩拳能克横拳横拳能克鑽拳鑽拳能克礮拳礮拳能克劈拳也
Beng (崩, effondrer), zuan (鑽, percer), pi (劈, fendre), pao (礮, canonner) et heng (横, traverser) : tels sont les noms des cinq poings. Le poing qui effondre a la forme d’une flèche, et sa nature relève du bois. Le poing qui canonne a la forme d’un canon, et sa nature relève du feu. Le poing qui traverse a la forme d’un projectile, et sa nature relève de la terre. Le poing qui fend a la forme d’une hache, et sa nature relève du métal. Le poing qui perce a la forme de l’éclair, et sa nature relève de l’eau. Selon la théorie de l’engendrement : le traverser engendre le fendre, le fendre engendre le percer, le percer engendre l’effondrer, l’effondrer engendre le canonner, et le canonner engendre le traverser. Toutes choses naissent de la terre : c’est pourquoi le traverser peut engendrer tous les autres poings. Selon la théorie de la domination : le fendre domine l’effondrer, l’effondrer domine le traverser, le traverser domine le percer, le percer domine le canonner, et le canonner domine le fendre.
第三節 四梢說 — Section 3 : Les quatre extrémités
人有血肉筋骨血肉筋骨之末端曰梢蓋髮為血梢舌為肉梢爪為筋梢牙為骨梢四梢用力則可變其常態而令人畏懼焉
L’homme a du sang, de la chair, des tendons et des os. L’extrémité du sang, de la chair, des tendons et des os s’appelle shao (梢, « bout, extrémité »). Les cheveux sont le bout du sang, la langue le bout de la chair, les ongles le bout des tendons, les dents le bout des os. Quand les quatre extrémités font effort, l’aspect ordinaire du corps en est changé et l’on inspire la crainte.
一 血梢:怒氣填膺豎髮衝冠/血輪速轉敵膽自寒/毛髮雖微摧敵何難
- Le bout du sang. La colère emplit la poitrine, les cheveux se dressent et soulèvent le bonnet ; le sang tourne avec rapidité et le courage de l’adversaire se glace ; si ténus que soient les cheveux, les briser n’est pas malaisé.
二 肉梢:舌捲氣降雖山亦撼/肉堅比鐵精神勇敢/一舌之威落魄喪膽
- Le bout de la chair. La langue se roule, l’énergie descend : même une montagne en serait ébranlée ; la chair devient ferme comme le fer, l’esprit s’emplit de courage ; et la seule puissance de la langue fait perdre à l’adversaire son âme et sa hardiesse.
三 筋梢:虎威鷹猛以爪為鋒/手攫足蹋氣力兼雄/爪之所到皆可奏功
- Le bout des tendons. Avec la férocité du tigre et la violence de l’aigle, on prend ses ongles pour pointe ; les mains saisissent, les pieds piétinent, vigueur et force sont également vaillantes ; partout où atteignent les serres, le résultat est obtenu.
四 骨梢:有勇在骨切齒則發/敵肉可食皆裂目突/惟牙之功令人恍惚
- Le bout des os. Le courage réside dans les os et se manifeste en serrant les dents ; la chair de l’adversaire est bonne à manger — les yeux s’ouvrent tout grands et saillent ; tel est le pouvoir des dents qu’il jette l’autre dans le trouble.
第四節 八字訣 — Section 4 : Les huit termes
四梢之外又有八字拳勢一跕八字具備皆所以蓄力養氣使敵我者失所措也此亦五行拳所特有者八字之名稱一曰頂二曰扣三曰圓四曰毒五曰抱六曰垂七曰曲八曰挺而八字又各有三事都二十四事分述之如左
Au-delà des quatre extrémités, il y a encore les huit termes. Une fois la posture prise, les huit termes s’y trouvent réunis : tous servent à accumuler la force et à nourrir l’énergie, de sorte que l’adversaire ne sache où se mettre. Ce sont là des qualités propres aux cinq poings. Les noms des huit termes : un, la poussée (ding, 頂) ; deux, la couverture (kou, 扣) ; trois, la rondeur (yuan, 圓) ; quatre, la férocité (du, 毒) ; cinq, l’enlacement (bao, 抱) ; six, l’abaissement (chui, 垂) ; sept, la courbure (qu, 曲) ; huit, la tension (ting, 挺). Et chacun de ces huit termes comporte trois articles, soit vingt-quatre en tout, exposés un à un ci-dessous.
一 三頂:頭上頂有衝天之雄手外頂有推山之功舌上頂有吼獅吞象之容是謂三頂
- Les trois poussées. La tête pousse vers le haut, avec la vaillance de percer le ciel ; les mains poussent vers l’extérieur, avec le pouvoir de renverser une montagne ; la langue pousse vers le haut, avec la mine d’un lion rugissant qui va dévorer un éléphant : voilà les trois poussées.
二 三扣:肩扣則氣力到肘掌扣則氣力到手手足指扣則周身力厚是謂三扣
- Les trois couvertures. Que les épaules se couvrent, et la force arrive aux coudes ; que les paumes se couvrent, et la force arrive aux mains ; que les doigts des mains et des pieds se couvrent, et la force s’épaissit dans tout le corps : voilà les trois couvertures.
三 三圓:脊背圓則力催身前胸圓則兩肱力全虎口圓則勇猛外宣是謂三圓
- Les trois rondeurs. Le dos arrondi, la force presse le corps en avant ; la poitrine arrondie, les deux bras ont pleine force ; la gueule du tigre arrondie, la vaillance se manifeste au-dehors : voilà les trois rondeurs.
四 三毒:心毒如怒狸攫鼠眼毒如覷兎之飢鷹手毒如捕羊之餓虎是謂三毒
- Les trois férocités. Le cœur féroce comme un chat sauvage irrité qui saisit un rat ; l’œil féroce comme l’épervier affamé qui guette le lièvre ; la main féroce comme le tigre affamé qui prend la brebis : voilà les trois férocités.
五 三抱:丹田抱氣氣不外散膽量抱身臨變不變兩肱抱肋出入不亂是謂三抱
- Les trois enlacements. Le champ de cinabre (dantian, 丹田) enlace l’énergie, de sorte qu’elle ne se disperse pas au-dehors ; le courage enlace le corps, de sorte qu’il reste le même devant l’imprévu ; les deux avant-bras enlacent les côtes, de sorte que les allées et venues ne se désordonnent pas : voilà les trois enlacements.
六 三垂:氣垂則氣降丹田肩垂則肩催肘前肘埀則兩肱自圓是謂三垂
- Les trois abaissements. Que l’énergie s’abaisse, et elle descend au dantian ; que les épaules s’abaissent, et elles poussent les coudes en avant ; que les coudes s’abaissent, et les deux bras s’arrondissent d’eux-mêmes : voilà les trois abaissements.
七 三曲:兩肱宜曲曲則力富兩股宜曲曲則力凑手腕宜曲曲則力厚是謂三曲
- Les trois courbures. Les deux bras doivent être courbés : courbés, la force est abondante. Les deux cuisses doivent être courbées : courbées, la force se rassemble. Les poignets doivent être courbés : courbés, la force s’épaissit. Voilà les trois courbures.
八 三挺:挺頸則精氣貫頂挺腰則力達四梢挺膝則氣恬神壹是謂三挺
- Les trois tensions. Que le cou se tende, et l’essence-énergie traverse jusqu’au sommet ; que la taille se tende, et la force atteint les quatre extrémités ; que les genoux se tendent, et l’énergie s’apaise, l’esprit se concentre. Voilà les trois tensions.
第二章 分論 — Chapitre deux : Exposé particulier
第一節 開勢 — Section 1 : La posture d’ouverture
五行拳用法最精密由身而肩而肱而手而指而股而足而舌而肛門莫不有說焉分條列之於左
L’emploi des cinq poings est des plus précis : du corps aux épaules, aux bras, aux mains, aux doigts, aux cuisses, aux pieds, à la langue, à l’anus, il n’est rien qui n’ait son explication. Chaque article est exposé ci-dessous.
一 身:前俯後仰其勢不勁/左側右欹皆身之病/正而似斜斜而似正
i. Le corps. Se pencher en avant ou se renverser en arrière ôte à la posture sa vigueur ; s’incliner à gauche ou pencher à droite sont également défauts du corps ; être droit et paraître oblique, être oblique et paraître droit.
二 肩:頭欲上頂肩須下埀/左肩成坳右肩自随/身力到手肩之所為
ii. Les épaules. La tête veut pousser vers le haut, mais les épaules doivent pendre ; l’épaule gauche se creuse, l’épaule droite suit d’elle-même ; si la force du corps parvient aux mains, c’est l’œuvre des épaules.
三 肱:左肱前伸右肱在肋/似曲不曲似直不直/曲則不遠直則少力
iii. Les bras. Le bras gauche s’étend en avant, le bras droit demeure aux côtes ; semblant courbé sans l’être, semblant droit sans l’être ; trop courbé, il n’atteint pas loin ; trop droit, il a peu de force.
四 手:右手在脇左手齊心/後者微搨前者力伸/兩手皆覆用力宜多
iv. Les mains. La main droite est aux flancs, la main gauche à hauteur du cœur ; celle de derrière appuie légèrement, celle de devant s’étend avec force ; les deux mains se retournent [paumes vers le bas], et l’effort doit être égal.
五 指:五指各分其形似鈎/虎口圓開似剛似柔/力須到指不可强求
v. Les doigts. Les cinq doigts s’écartent, leur forme est celle d’un crochet ; la gueule du tigre s’ouvre en rond, semblant dure et semblant souple ; la force doit parvenir aux doigts, mais sans y être forcée.
六 股:左股在前右股後撑/似直不直似弓不弓/雖有支絀每見雞形
vi. Les cuisses. La cuisse gauche est en avant, la cuisse droite soutient par-derrière ; semblant droite sans l’être, arquée sans l’être ; avec l’une qui soutient et l’autre qui s’étend, on a toujours l’air d’un poulet.
七 足:左足直出欹側皆病/右足勢斜前踵對脛/二尺距離足指扣定
vii. Les pieds. Le pied gauche sort droit ; qu’il penche ou qu’il se couche, c’est un défaut ; le pied droit se présente en biais, le talon avant aligné sur le tibia arrière ; les pieds sont à deux chi (尺) l’un de l’autre, les orteils bien couverts.
八 舌:舌為肉梢捲則氣降/目張髮立丹田愈壯/肌肉如鐵內堅腑臟
viii. La langue. La langue est le bout de la chair ; roulée, elle fait descendre l’énergie ; les yeux s’ouvrent, les cheveux se dressent, le dantian s’en trouve renforcé ; les chairs deviennent comme le fer, les viscères sont affermis à l’intérieur.
九 肛:提起肛門氣貫四梢/兩骽繚繞臀部肉交/低則勢散故宜稍高
ix. L’anus. Que l’anus se relève, et l’énergie traverse les quatre extrémités ; les deux cuisses s’enlacent, les fesses se serrent ; abaissé, la posture se disperse : il convient donc qu’il soit un peu haut.
用勢不惟五拳開始用之各拳用者甚夥宜熟讀九歌以自練習
L’emploi des postures ne concerne pas les seuls cinq poings : l’ouverture sert au commencement de chacun, et bien des poings en font usage. Il convient de bien apprendre ces neuf chants pour s’entraîner soi-même.

第二節 劈拳 — Section 2 : Le poing qui fend (pi quan)
一 路線 — 1. Le tracé
形意與諸拳不同者前脚先進後脚必跟也拳之用也宜速進前脚則便捷靈敏必能取勝拳之進也宜猛跟後脚則氣催身往必不可當不惟劈拳然也劈拳之路線三步為一組前脚進為一後脚進為二旣進之脚復跟為三如下圖
Ce qui distingue le xingyi des autres boxes, c’est que lorsque le pied avant avance, le pied arrière doit suivre. Dans l’emploi du poing, il faut vivement avancer le pied avant : on est alors agile et prompt, et l’on vaincra à coup sûr. Dans l’avancée du poing, il faut énergiquement faire suivre le pied arrière : l’énergie pousse alors le corps en avant et rien ne peut lui résister. Cela n’est pas vrai du seul poing qui fend. Le tracé du poing qui fend se fait par groupes de trois pas : le pied avant avance, c’est un ; le pied arrière avance, c’est deux ; le pied qui a avancé suit de nouveau, c’est trois. Voir la figure ci-dessous.

Légende de la figure : 開勢 (posture d’ouverture) — 一組, 二組, 三組 (1ᵉʳ, 2ᵉ et 3ᵉ groupe) — 一, 二, 三 (1ᵉʳ, 2ᵉ et 3ᵉ pas).
二 起勢 — 2. Le départ
兩手緊握同變陽拳/拳從口出小指翻天/高不過肩力垂左肩/後拳隨出肘置胸前/眼平舌捲氣降丹田
Les deux mains se ferment en poings, tous deux tournés en yang ; le poing sort de la bouche, le petit doigt tourné vers le ciel ; il ne monte pas plus haut que l’épaule, la force repose dans l’épaule gauche ; le poing arrière sort à sa suite, le coude placé devant la poitrine ; le regard est horizontal, la langue est roulée, l’énergie descend au dantian.

三 落勢 — 3. L’arrivée
前脚先開後脚大進/脚手齊落推挽兩迅/後脚斜跟前脚仍順/指開心齊後手脇近/脚手與鼻列成直陣
Le pied avant s’ouvre le premier, le pied arrière avance d’un grand pas ; pieds et mains se posent ensemble, l’une poussant, l’autre tirant, toutes deux promptes ; le pied arrière suit en biais, le pied avant demeure droit ; les doigts ouverts à hauteur du cœur, la main arrière près des côtes ; pieds, mains et nez forment une ligne droite.

四 回身勢 — 4. Le retournement
右手在前則左轉身(左手在前則右轉身)前脚在後後脚在前仍然前脚進為一後脚進為二旣進之脚復跟為三如下圖
Si la main droite est en avant, on se retourne vers la gauche (si la main gauche est en avant, on se retourne vers la droite). Le pied avant passe derrière, le pied arrière passe devant, et l’on procède comme auparavant : le pied avant avance, un ; le pied arrière avance, deux ; le pied qui a avancé suit, trois. Voir la figure ci-dessous.

第三節 鑽拳 — Section 3 : Le poing qui perce (zuan quan)
一 路線 — 1. Le tracé
亦以三步為一組與劈拳同
Là aussi l’on procède par groupes de trois pas, comme pour le poing qui fend.

二 起勢 — 2. Le départ
左脚前進左掌翻陽/掌凹肱曲如弓斯張/右掌握拳仰置肋旁/眼觀前手銳氣發揚/連接落勢乃不能防
Le pied gauche avance, la paume gauche se retourne, tournée en yang ; la paume se creuse et le bras se courbe, comme un arc qui se tend ; la main droite se ferme en poing et se place, tournée vers le haut, près des côtes ; l’œil regarde la main avant, l’ardeur se déploie ; enchaînant sur l’arrivée, l’adversaire ne peut se défendre.

三 落勢 — 3. L’arrivée
左脚已開右脚再進/脚落拳鑽覆拳宜迅/左脚斜跟右脚仍順/前拳取鼻後拳肘近/脚手與鼻列成直陣
Le pied gauche s’étant ouvert, le pied droit avance à son tour ; le pied se pose, le poing perce, le poing qui recouvre doit être prompt ; le pied gauche suit en biais, le pied droit demeure droit ; le poing avant vise la hauteur du nez, le poing arrière a le coude serré contre soi ; pieds, mains et nez forment une ligne droite.

四 囘身勢 — 4. Le retournement
右手在前則左轉身(左手在前則右轉身)右手自脇邊反出以扣敵腕步法與劈拳同
Si la main droite est en avant, on se retourne vers la gauche (si la main gauche est en avant, on se retourne vers la droite) ; la main droite sort en revers du côté des côtes, pour couvrir le poignet de l’adversaire ; le jeu de pas est le même que pour le poing qui fend.

第四節 崩拳 — Section 4 : Le poing qui effondre (beng quan)
一 路線 — 1. Le tracé
崩拳極簡單不能分起落勢而回身較他拳為繁故以出勢回身分叚其鍊法左骽在前右骽脚跟進故亦名左骽崩拳如下圖
Le poing qui effondre est des plus simples : on ne peut y distinguer posture de départ et posture d’arrivée, mais son retournement est plus compliqué que celui des autres poings ; aussi le divise-t-on en « sortie » et « retournement ». Sa méthode d’entraînement a la jambe gauche en avant et le talon droit qui avance : c’est pourquoi on l’appelle aussi « effondrer de la jambe gauche ». Voir la figure ci-dessous.

二 出勢 — 2. La sortie
左脚先開右脚隨進/脛對左踵骽曲勢峻/兩掌變拳後陽前順/順者力挽陽者前奮/兩手互易步法莫紊
Le pied gauche s’ouvre le premier, le pied droit avance à sa suite ; le tibia fait face au talon gauche, les jambes sont courbées et la posture est haute et fière ; les deux paumes deviennent des poings, celui de derrière en yang, celui de devant en suivant ; celui qui suit tire avec force, celui qui est en yang s’élance en avant ; les deux mains échangent leurs places, et que le jeu de pas ne se trouble point.

三 回身勢 — 3. Le retournement
左脚右横隨勢轉身/右脚横提右拳陽伸/左拳抑抱推挽力均/脚手齊落兩掌變陰/後掌左脇前掌齊心
Le pied gauche se tourne de biais vers la droite, le corps se retournant avec lui ; le pied droit se lève de biais, le poing droit s’étend, tourné en yang ; le poing gauche se replie et embrasse, poussant et tirant d’égale force ; pieds et mains se posent ensemble, les deux paumes se retournent en yin ; la paume arrière aux côtes gauches, la paume avant à hauteur du cœur.

回身線 — Le tracé du retournement

Légende de la figure : 回身線 (« trait du retournement ») — 囬身 (se retourner) — 一組 (1ᵉʳ groupe), sur la nouvelle ligne.
四 收勢 — 4. La conclusion
他拳徑收惟崩拳則於二次囘身後打出則左手在前右骽斜退一步脚横落左骽大退一步斜落骽退時兩手存原勢至左脚落時右手猛撤左手力出名曰退步横拳路線如下
Les autres poings se concluent directement ; mais pour le poing qui effondre, après le second retournement on frappe encore : la main gauche étant alors en avant, la jambe droite recule d’un pas de biais, le pied se posant de travers, puis la jambe gauche recule d’un grand pas, le pied se posant en biais. Pendant que les jambes reculent, les deux mains gardent leur position ; quand le pied gauche se pose, la main droite se retire avec violence et la main gauche sort avec force. Cela s’appelle « reculer d’un pas en traversant ». Le tracé est le suivant :

第五節 礮拳 — Section 5 : Le poing qui canonne (pao quan)
一 路線 — 1. Le tracé
劈鑽以三步為一組崩拳以二步為一組礮拳則以四步為一組勢皆斜出如下圖
Le fendre et le percer se font par groupes de trois pas, l’effondrer par groupes de deux ; le canonner se fait par groupes de quatre pas, la posture sortant toujours en biais. Voir la figure ci-dessous.

二 起勢 — 2. Le départ
左脚先進右脚隨之/右斜左提眼觀一隅/掌變陽拳右脇左臍/有如丁字莫亢莫卑/兩肘夾肋舌捲氣垂
Le pied gauche avance le premier, le pied droit le suit ; le droit en biais, le gauche levé, l’œil regarde vers l’angle ; les paumes deviennent des poings en yang, le droit aux côtes, le gauche au nombril ; on dirait un caractère ding (丁), sans que rien soit trop haut ni trop bas ; les deux coudes serrent les côtes, la langue se roule, l’énergie s’abaisse.

三 落勢 — 3. L’arrivée
右拳順出如石之投/左拳裏翻置之眉頭/足提者進與左拳侔/左右互換無用他求/試詳路線如龍如虯
Le poing droit sort en suivant, comme une pierre lancée ; le poing gauche se retourne vers l’intérieur et vient se placer à hauteur des sourcils ; le pied qui s’était levé avance en même temps que le poing gauche ; gauche et droite échangent leurs rôles, sans qu’il soit besoin d’autre chose ; examinez le tracé : il est comme un dragon, comme un dragon enroulé.

四 回身勢 — 4. Le retournement
左手出則左轉身(右手出則右轉身)轉時左脚稍動右脚回至左脚地而左脚提起仍斜打譬如路線南北轉身前打東南者轉身後則打東北四隅皆依此類推下為一隅路線圖
Si la main gauche sort, on se retourne vers la gauche (si la main droite sort, on se retourne vers la droite). Au retournement, le pied gauche se déplace légèrement, le pied droit revient à la place qu’occupait le pied gauche, puis le pied gauche se lève et l’on frappe de nouveau en biais. Si, par exemple, le tracé est orienté nord-sud : avant le retournement, on frappe vers le sud-est ; après le retournement, on frappe vers le nord-est. Les quatre angles se déduisent de même. Ci-dessous, le tracé pour un angle :

第六節 横拳 — Section 6 : Le poing qui traverse (heng quan)
一 路線 — 1. Le tracé
横拳亦用斜勢其步數類劈鑽而非直線其彎曲似礮拳而步數減如下圖
Le traverser emploie lui aussi la posture en biais ; son nombre de pas ressemble à celui du fendre et du percer, mais il ne va pas en ligne droite ; sa courbure ressemble à celle du canonner, avec moins de pas. Voir la figure ci-dessous.

二 起勢 — 2. Le départ
前脚提退後脚孤立/兩手成拳前仰後抑/仰者眉齊抑者肘匿/身正眼平卷舌屛息/停峙雖暫宜厚其力
Le pied avant se lève et recule, le pied arrière demeure seul en appui ; les deux mains forment des poings, celui de devant tourné vers le haut, celui de derrière retenu ; celui qui est tourné vers le haut arrive à hauteur des sourcils, celui qui est retenu se cache sous le coude ; le corps est droit, le regard horizontal, la langue roulée, le souffle suspendu ; bien que l’arrêt soit bref, la force doit y être épaisse.

三 落勢 — 3. L’arrivée
脚進而落已成翦形/後拳外鑽前拳退行/鑽翻小指退與肘平/下拳横出故以横名/手足變換反用則成
Le pied avance et se pose : voici déjà la forme des ciseaux ; le poing arrière perce vers l’extérieur, le poing avant recule ; le poing qui perce se retourne, le petit doigt en haut, et celui qui recule s’aligne sur le coude ; le poing du dessous sort en travers, d’où le nom de « traverser » ; mains et pieds alternent, et en inversant on exécute de l’autre côté.

四 回身勢 — 4. Le retournement
左手出則右轉身(右手出則左轉身)轉時左脚稍動右脚進左脚進拳鑽右脚跟如下圖
Si la main gauche sort, on se retourne vers la droite (si la main droite sort, on se retourne vers la gauche). Au retournement, le pied gauche se déplace légèrement, puis le pied droit avance, le pied gauche avance, le poing perce, et le pied droit suit. Voir la figure ci-dessous.

第三章 結論 — Chapitre trois : Conclusion
第一節 練習 — Section 1 : L’entraînement
一 專練 — 1. L’entraînement concentré
習拳術者對己者十八對人者十二耳故曰壯身者其常勝敵者其暫也專言壯身無論何拳均可習練至於勝敵則五行拳專擅其長焉且勝敵之道貴精不貴多勝一人用此勢勝人人亦可用此勢務博而荒求繁而亂身體無切確之磨練應敵無純熟之技藝此兩失也人情之所樂觀而致意者在濃不在澹在博不在約在急不在緩孤幹無枝之喬松固不若鮮花翠柳之快意迨經酷霜冒嚴雪熟為後凋可斷言矣五行拳皆單勢平時練習之正則也
Celui qui s’exerce à la boxe s’occupe de lui-même à dix-huit parts et des autres à douze : aussi dit-on que fortifier le corps est le constant, et vaincre l’adversaire le passager. Pour ce qui est de fortifier le corps, toute boxe peut être pratiquée ; mais pour vaincre l’adversaire, les cinq poings y sont particulièrement doués. Et la voie de la victoire tient à la qualité, non à la quantité : on peut vaincre un homme avec cette posture, et pour en vaincre davantage, les autres peuvent aussi employer cette posture. Viser à l’étendue et s’y perdre, chercher l’abondance et s’y disperser, n’avoir pour son corps aucun exercice précis et, face à l’adversaire, aucune technique maîtrisée : ce sont là deux pertes. Ce qui plaît au regard des hommes et retient leur attention, c’est ce qui est épais et non ce qui est fade, ce qui est large et non ce qui est resserré, ce qui est prompt et non ce qui est lent. Un pin solitaire au tronc sans branches n’est certes pas aussi agréable à voir que les saules aux fleurs fraîches ; mais après les gelées âpres et les neiges rigoureuses, on saura lequel est le dernier à se flétrir. Les cinq poings sont tous des postures simples : c’est là la règle juste de l’entraînement ordinaire.
二 久練 — 2. L’entraînement prolongé
深無止境廣無涯涘者惟拳術為然得其淺者一人敵得其最深者何嘗不可萬人敵也習拳固宜虛心而淺嘗輙止忽作忽輟亦不可望其深造且五行拳尤不易為數月己自可觀十年亦非絕藝淺者視之容有後不如前久不如暫者葢熟化之至內力充外力縮也非多厯年所熟復而無間斷未足以臻此極境臻極境者一由於虛心一由於恒性也謂論者恒謂拳術多私每有請而不告告而不盡者夫豈其然其心易滿者或輕試而招禍或好爭而欺人自亡之媒也其性無常者一知半解自視已足朝興暮止自謂己成至於試之無效不曰我師欺我則曰所習己誤是不惟傳授失人而拳術亦為一世所輕矣豈私也哉
« Profond sans fond, vaste sans rive » : cela n’est vrai que de la boxe. Qui en obtient le peu tient tête à un homme ; qui en obtient le plus profond pourrait bien tenir tête à dix mille. Pour apprendre la boxe, il faut assurément de l’humilité ; mais goûter du bout des lèvres et s’arrêter aussitôt, agir par à-coups et interrompre, ne permet pas non plus d’espérer aller loin. Les cinq poings surtout ne sont pas chose facile : après quelques mois on voit déjà du résultat, mais après dix ans ce n’est pas encore un art achevé. Aux yeux des esprits superficiels, il arrive que la fin ne vaille pas mieux que le début, et dix ans pas mieux qu’un jour — car, la maturation venue à son terme, la force interne est pleine et la force externe se contracte. Sans de longues années de répétition familière et sans interruption, on n’atteint pas ce comble ; et l’on y atteint par deux voies : l’humilité et la constance. Les gens disent volontiers que la boxe est affaire de secret, qu’on vous demande et que l’on ne répond pas, qu’on vous répond sans tout dire. En est-il vraiment ainsi ? L’homme dont le cœur se contente aisément, ou bien se mesure à la légère et s’attire le malheur, ou bien aime la querelle et abuse autrui : c’est un agent de sa propre perte. L’homme au naturel inconstant, après un savoir à demi compris, se croit déjà suffisant ; il commence le matin et s’arrête le soir, et se dit arrivé au bout. Quand, l’ayant éprouvé, il le trouve sans effet, il ne dit pas « mon maître m’a trompé » : il dit que ce qu’il a appris était déjà faux. Ainsi non seulement la transmission s’est faite à un homme indigne, mais la boxe elle-même en est méprisée de tout son siècle. Est-ce donc qu’elle était secrète ?
第二節 變化 — Section 2 : Les variations
拳雖有五而寔有神妙之功用自其變化言之則劈拳有六鑽礮横各有七崩拳有九共三十六套以下分述之凡前所有者皆列每段之首
Bien qu’il n’y ait que cinq poings, leurs fonctions sont véritablement merveilleuses. Pour ce qui est de leurs variations : le fendre en compte six ; le percer, le canonner et le traverser sept chacun ; l’effondrer neuf — en tout trente-six séquences. Elles sont exposées ci-dessous, celles qui précèdent étant chaque fois placées en tête de chaque série.
一 劈拳:正步劈拳 進步劈拳 退步劈拳 搖身劈拳 轉身劈拳 捋手劈拳
- Le poing qui fend. Fendre en pas droit (正步劈拳), fendre en avançant (進步劈拳), fendre en reculant (退步劈拳), fendre en balançant le corps (搖身劈拳), fendre en se retournant (轉身劈拳), fendre en tirant la main (捋手劈拳).
二 鑽拳:順步鑽拳 進步鑽拳 退步鑽拳 搖身鑽拳 轉身鑽拳 拗步鑽拳 捋手鑽拳
- Le poing qui perce. Percer en pas aligné (順步鑽拳), percer en avançant (進步鑽拳), percer en reculant (退步鑽拳), percer en balançant le corps (搖身鑽拳), percer en se retournant (轉身鑽拳), percer en pas croisé (拗步鑽拳), percer en tirant la main (捋手鑽拳).
三 崩拳:左骽崩拳 進步崩拳 退步崩拳 搖身崩拳 轉身崩拳 十字崩拳 順勢崩拳 右骽崩拳 捋手崩拳
- Le poing qui effondre. Effondrer de la jambe gauche (左骽崩拳), effondrer en avançant (進步崩拳), effondrer en reculant (退步崩拳), effondrer en balançant le corps (搖身崩拳), effondrer en se retournant (轉身崩拳), effondrer en croix (十字崩拳), effondrer en suivant la tendance (順勢崩拳), effondrer de la jambe droite (右骽崩拳), effondrer en tirant la main (捋手崩拳).
四 礮拳:拗步礮拳 進步礮拳 退步礮拳 搖身礮拳 轉身礮拳 順步礮拳 捋手礮拳
- Le poing qui canonne. Canonner en pas croisé (拗步礮拳), canonner en avançant (進步礮拳), canonner en reculant (退步礮拳), canonner en balançant le corps (搖身礮拳), canonner en se retournant (轉身礮拳), canonner en pas aligné (順步礮拳), canonner en tirant la main (捋手礮拳).
五 横拳:拗步横拳 進步横拳 退步横拳 搖身横拳 轉身横拳 順步横拳 捋手横拳
- Le poing qui traverse. Traverser en pas croisé (拗步横拳), traverser en avançant (進步横拳), traverser en reculant (退步横拳), traverser en balançant le corps (搖身横拳), traverser en se retournant (轉身横拳), traverser en pas aligné (順步横拳), traverser en tirant la main (捋手横拳).
五行拳譜終
(Fin du Manuel des cinq éléments.)
連環拳譜 — Le Manuel de la boxe enchaînée
第一章 總論 — Chapitre premier : Considérations générales
第一節 名稱 — Section 1 : Le nom
變化五行拳合為一套倐進倐退勢皆循環光怪陸離勢皆連貫故謂之連環拳以其進退無常也故又謂之進退連環拳今從簡稱
Les transformations des cinq poings réunies en une seule séquence, tantôt avançant, tantôt reculant, les postures se succédant en cycle, variées et bariolées, toutes liées l’une à l’autre : c’est pourquoi on l’appelle « boxe enchaînée » (lianhuan quan, 連環拳). Comme ses avancées et ses reculs n’ont pas de règle fixe, on l’appelle aussi « boxe enchaînée d’avancée et de recul » (進退連環拳) ; on abrège ici.
第二節 練習 — Section 2 : L’entraînement
連環拳以五行拳為母五拳未能習熟不必學連環拳此拳共有十勢又進退各半雖往復練之範圍亦小是以有引長之法練習於寬地亦不見為短也引長之法前節不轉身至崩拳仍接二勢則往復足四十勢矣
La boxe enchaînée a les cinq poings pour mère. Si les cinq poings ne sont pas maîtrisés, il n’est pas nécessaire d’apprendre la boxe enchaînée. Cette séquence compte en tout dix postures, moitié avançant, moitié reculant ; bien que, pratiquée en va-et-vient, son étendue soit restreinte, il existe une méthode pour l’allonger : en s’entraînant dans un large espace, elle ne paraît pas courte. Cette méthode consiste, dans la première partie, à ne pas se retourner et, arrivé au poing qui effondre, à enchaîner encore deux postures : l’aller-retour compte alors quarante postures.
第三節 應用 — Section 3 : L’application
拳法以應用為主連環拳可以連環用之握之則為拳伸之則為掌故可變為連環掌此徒手之應用也刀槍棍劍無不可用有刃者則砍有鋒者則刺無鋒刃者則打不過手勢之變化耳故器械無論雙單長短大小皆可包括無遺苟明變化之功用何往而不應用哉
La méthode de boxe a pour principal l’application. La boxe enchaînée peut s’employer en chaîne. Fermée, la main est poing ; étendue, elle est paume : on peut donc la transformer en « paume enchaînée ». Telle est l’application à mains nues. Le sabre, la lance, le bâton et l’épée peuvent tous l’employer : ce qui a un tranchant fend, ce qui a une pointe pique, ce qui n’a ni tranchant ni pointe frappe — ce n’est là qu’une variation des postures de main. C’est pourquoi, quelle que soit l’arme, double ou simple, longue ou courte, grande ou petite, toutes peuvent y être comprises sans exception. Si l’on comprend la fonction de la transformation, où n’y aurait-il pas d’application ?
第四節 路線 — Section 4 : Le tracé

Légende de la figure : 開 (posture d’ouverture) — 一 (posture 1) 二 (2) 三 (3) 四 (4) 五 (5) 六 (6) 七 (7) 八 (8) 九 (9) 十 (10).
第二章 分論 — Chapitre deux : Exposé des mouvements
第一節 開勢 — 1. La posture d’ouverture
連環拳仍用五行拳之開勢
La boxe enchaînée emploie encore la posture d’ouverture des cinq poings.

第二節 進步崩拳 — 2. Avancer, effondrer
由開勢兩手變拳進左骽左拳陰出順落齊心左拳順回陽落齊臍同時右骽隨進脛對左踵提肛兩骽稍絀
À partir de la posture d’ouverture, les deux mains deviennent des poings et la jambe gauche avance ; un poing sort en yin et se pose, aligné, à hauteur du cœur ; le poing gauche revient en suivant, tourné en yang, et se pose à hauteur du nombril. En même temps, la jambe droite avance à sa suite, le tibia face au talon gauche ; on relève l’anus, les deux jambes saillent légèrement.

第三節 退步橫拳 — 3. Reculer, traverser
右骽斜退一步脚橫落左骽大退一步脚斜落右骽退時兩手存原勢至左脚落時右手猛撤齊臍左手力出齊心兩骽翦形故又名翦子步
La jambe droite recule d’un pas de biais, le pied se posant de travers ; la jambe gauche recule d’un grand pas, le pied se posant en biais. Pendant que la jambe droite recule, les deux mains gardent leur position ; quand le pied gauche se pose, la main droite se retire avec violence à hauteur du nombril et la main gauche sort avec force à hauteur du cœur. Les deux jambes forment des ciseaux : d’où le nom de « pas de ciseaux » (翦子步).

第四節 順步崩拳 — 4. Pas aligné, effondrer
左骽進絀右拳陽出順落齊心左拳順回陽落齊臍左脚稍跟
La jambe gauche avance et saille ; le poing droit sort en yang et se pose, aligné, à hauteur du cœur ; le poing gauche revient en suivant, tourné en yang, et se pose à hauteur du nombril ; le pied gauche suit légèrement.

第五節 白鵝亮翅 — 5. L’oie blanche déploie ses ailes
左骽退兩拳攏至襠成十字卽以原勢上起至額兩拳又各繞半圜至襠左掌右拳力打右骽於上起時撤與左骽並兩骽皆稍絀
La jambe gauche recule ; les deux poings se rassemblent devant l’entrejambe en formant une croix, puis, de là, montent jusqu’au front ; les deux poings décrivent ensuite chacun un demi-cercle jusqu’à l’entrejambe, la paume gauche et le poing droit frappant avec force. Pendant cette montée, la jambe droite se retire pour se joindre à la gauche, les deux jambes saillant légèrement.

第六節 進步礮拳 — 6. Avancer, canonner
右骽進絀左拳出齊心右拳翻上至額是謂拗步礮拳
La jambe droite avance et saille ; le poing gauche sort à hauteur du cœur, le poing droit se retourne et monte jusqu’au front : c’est ce qu’on appelle « canonner en pas croisé » (拗步礮拳).

第七節 退步鑽拳 — 7. Reculer, percer
右骽大退右掌下落左拳由胸部鑽出左骽退與右脚並兩骽稍絀兩陽掌置臍部左橫右頂
La jambe droite recule d’un grand pas, la paume droite descend, le poing gauche perce en sortant de la poitrine ; la jambe gauche recule pour se joindre au pied droit, les deux jambes saillant légèrement ; les deux paumes, tournées vers le haut, se placent au nombril, la gauche à plat, la droite en appui dessous.

第八節 進步撥掌 — 8. Avancer, écarter la paume
左骽進左掌外撥右骽右拳皆存原勢眼視掌左骽絀右骽支
La jambe gauche avance, la paume gauche écarte vers l’extérieur ; la jambe droite et le poing droit gardent leur position ; l’œil regarde la paume. La jambe gauche saille, la jambe droite soutient.

第九節 進步鑽拳 — 9. Avancer, percer
左骽稍進仍絀左掌變拳右拳出小指上翻左拳回撤陽置肋右骽稍跟
La jambe gauche avance un peu et saille encore ; la paume gauche devient un poing ; le poing droit sort, le petit doigt se retournant vers le haut ; le poing gauche se retire, tourné en yang, et vient aux côtes ; la jambe droite suit légèrement.

第十節 拗步劈拳 — 10. Pas croisé, fendre
左骽進兩拳陽置胸前左上右下右脚橫落左掌覆推右掌覆挽眼視前掌俗稱狸貓上樹
La jambe gauche avance, les deux poings placés en yang devant la poitrine, le gauche au-dessus, le droit au-dessous ; le pied droit se pose de travers ; la paume gauche, retournée paume vers le bas, pousse, et la paume droite, retournée, tire ; l’œil regarde la paume avant. On l’appelle communément « le chat-léopard grimpe à l’arbre » (狸貓上樹).

第十一節 進步崩拳 — 11. Avancer, effondrer
兩手變拳右脚順進左骽大進右拳陰出順落齊心左掌順回陽落齊臍右骽隨進脛對左踵提肛兩骽稍絀
Les deux mains deviennent des poings ; le pied droit avance en ligne et la jambe gauche avance d’un grand pas ; le poing droit sort en yin et se pose, aligné, à hauteur du cœur, la paume gauche revenant en suivant, tournée en yang, à hauteur du nombril ; la jambe droite avance à sa suite, le tibia face au talon gauche ; on relève l’anus, les deux jambes saillent légèrement.

第十二節 回身勢 — 12. Le retournement
左脚右橫隨勢轉身/右脚橫提右拳陽伸/左拳抑抱推挽力均/脚手齊落兩掌變陰/後掌在脇前掌齊心
Le pied gauche se tourne de biais vers la droite, le corps se retournant avec lui ; le pied droit se lève de biais, le poing droit s’étend, tourné en yang ; le poing gauche se replie et embrasse, poussant et tirant d’égale force ; pieds et mains se posent ensemble, les deux paumes se retournent en yin ; la paume arrière aux flancs, la paume avant à hauteur du cœur.

連環拳譜終
(Fin du Manuel de la boxe enchaînée.)
Notes du traducteur
- Li Cunyi (李存義, 1847-1921) : maître de xingyi quan originaire de Shenzhou (深州, Hebei), disciple de Liu Qilan et de Guo Yunshen. Figure centrale de la transmission du xingyi au tournant du XXe siècle, il enseigna notamment à l’Association des guerriers de Tianjin (天津武士會) et compta parmi ses élèves Ye Yunbiao, Hao Haipeng et Shang Yunxiang. Ce manuel lui est attribué sous la forme d’un exposé oral recueilli et rédigé par Du Zhitang (杜之堂) de Guangzong (廣宗, Xingtai, Hebei).
- Date de l’ouvrage : le livre ne porte aucune date. Il figure dans la troisième partie des Annales du Jingwu (精武本紀), publiées fin 1919, et il fut édité par l’Association des guerriers de Tianjin, fondée en 1912 ; on le situe communément vers 1916. Li Cunyi étant mort en 1921, le texte appartient au domaine public.
- Les cinq poings : pi (劈, fendre, associé au métal), zuan (鑽, percer, à l’eau), beng (崩, effondrer, au bois), pao (礮, canonner, au feu) et heng (横, traverser, à la terre). Le principe d’engendrement (相生) régit l’entraînement solitaire, celui de domination (相克) la résolution du face-à-face.
- Les quatre extrémités (四梢) : cheveux (sang), langue (chair), ongles (tendons), dents (os) — les extrémités du corps dont la mise en tension accompagne l’émission de la force.
- Les huit termes (八字) et leurs vingt-quatre articles : poussée, couverture, rondeur, férocité, enlacement, abaissement, courbure, tension. C’est l’un des exposés posturaux les plus détaillés du xingyi ancien.
- Yang et yin des poings (陽拳 / 陰拳) : le poing « yang » est tourné dos vers le haut (ou paume vers le haut selon les passages), le poing « yin » dos vers le haut dans l’autre sens. Le texte les emploie de façon elliptique ; la traduction suit la lettre du chinois.
- Remarques sur le texte : dans le second manuel, certains passages présentent des inadvertances de plume (par exemple, au mouvement 2, « le poing gauche sort… le poing gauche revient », là où le raisonnement appelle un poing de chaque côté). La traduction reproduit fidèlement le texte chinois, sans corriger ces points, afin de ne pas masquer l’état de la source.
- Les images : les trente-cinq planches reproduites ici sont les dessins de postures et les schémas de pas du manuel d’origine tel qu’il est reproduit dans l’article de Brennan — documents figurant dans une édition de la fin des années 1910, donc dans le domaine public. Ce ne sont ni des photographies modernes ni des réalisations graphiques de l’éditeur du blog.
- Langue : la traduction a été faite directement sur le texte chinois reproduit par Brennan ; sa traduction anglaise n’a pas été utilisée. Les termes techniques sont donnés en pinyin, avec le caractère chinois à la première occurrence.
Source du texte chinois : 《五行連環拳譜合璧》 (« Le Manuel des cinq éléments réuni à celui de la boxe enchaînée »), dicté par Li Cunyi (李存義) de Shenzhou et mis par écrit par Du Zhitang (杜之堂) de Guangzong, vers 1916 ; texte relevé dans l’article « Teachings of Li Cunyi on Xingyi’s Five Elements » de Paul Brennan (https://brennantranslation.wordpress.com/2017/10/30/teachings-of-li-cunyi-on-xingyis-five-elements/), dont la traduction anglaise n’a pas été utilisée. Texte chinois et planches du manuel dans le domaine public (Li Cunyi, 1847-1921). Les trente-cinq images reproduites ici sont les planches du manuel chinois d’origine. Traduction française : nouvelle traduction réalisée à partir de l’original chinois pour ce site.