Le Xingyi quan shu (形意拳術, « L’Art du xingyi quan ») de Li Jianqiu (李劍秋), maître de Shulu (束鹿, Hebei) qui enseigna de longues années au Collège de Tsinghua, parut en 1919. Une deuxième édition, en 1922, en reprend les chapitres trois et quatre sous une forme développée et entièrement illustrée : c’est cette version augmentée qui est traduite ici. Elle est précédée d’une préface nouvelle de Wang Zhen (王震, « l’homme de la montagne du Dragon blanc »), datée de 1920, et d’une série de dix-neuf inscriptions calligraphiées par des personnalités du monde des lettres, de l’éducation physique et des arts martiaux de l’époque républicaine.

Le chapitre trois expose les cinq poings fondamentaux (wu xing quan, 五行拳), un par chacun des cinq éléments : pi (劈, fendre), beng (崩, s’ébouler), zuan (攢, percer), pao (礮, canon) et heng (橫, traverser). Chacun est décrit mouvement par mouvement, avec la position des mains, des yeux, des jambes et du souffle, et avec les indications de retournement qui permettent d’enchaîner indéfiniment. Le chapitre quatre réunit ces cinq poings en un seul enchaînement de onze mouvements, le poing continu en avance et recul (jintui lianhuan quan, 進退連環拳).

La partie théorique du même ouvrage — la transmission de l’art depuis Damo et Yue Fei, les dix traités essentiels — a déjà été traduite sur ce site : voir « L’Art du Xingyi quan (形意拳術) de Li Jianqiu ».

Le texte chinois, publié il y a plus d’un siècle, est dans le domaine public. La présente traduction a été réalisée directement à partir de l’original chinois.

Préface de Wang Zhen (1920)

西學之設教也有德育智育體育體育者練尚武之精神以強其體者也體強而後其德進其智濬是體育實足以冠德智之两育故斯巴達獨重體育也凡兒童七歲即入體育場以練高飛競走角力拋槍投環之技斯其俗重武而其民好勇仿其制以救中國今日之積弱誠良藥也雖然此豈可以率爾操觚哉蓋必有古法之真傳名師之善诱然後可以成金剛不壞之身顧其教雖灌輸於泰西而其法實隱合於北魏蓋北魏之達摩祖師已有是術傳至宋岳武穆王乃變化其術以拳法合槍法教其將佐名之曰形意拳術形意之學雖代有傳人而著述不概見於世今惟孫祿堂先生有形意拳學之作嗣有束鹿李君剑秋者精此術教授於清華学校者有年見孫作慕其學恐其傳不廣因復就其經驗之㪽得編成此書行見達摩武穆之真傳再見於今日也誠後學之津筏歟

L’enseignement institué par la science moderne comporte la culture morale, la culture intellectuelle et la culture physique. La culture physique, c’est le travail de l’esprit martial, par lequel on fortifie le corps. Une fois le corps fort, la vertu progresse et l’intelligence s’approfondit : aussi la culture physique peut-elle en vérité coiffer les deux autres, et c’est pourquoi Sparte lui accordait seule du prix. Tous ses enfants, dès sept ans, entraient au stade pour y exercer les techniques du saut, de la course, de la lutte, du jet de la lance et du lancer du disque. Ainsi leurs coutumes tenaient-elles le martial en honneur et leur peuple aimait-il la bravoure. Imiter cette institution pour sauver la Chine de la faiblesse accumulée d’aujourd’hui : voilà vraiment le bon remède.

Et pourtant, peut-on saisir le pinceau à la légère sur un tel sujet ? Il faut assurément la vraie transmission des méthodes anciennes et l’heureuse guidance d’un maître éclairé, pour se forger ensuite un corps indestructible comme le diamant. Bien que cette instruction nous soit venue d’Occident, ses procédés s’accordent en fait secrètement avec ceux des Wei du Nord : car le patriarche Bodhidharma (Damo, 達摩) possédait déjà cet art, qui, transmis sous les Song au roi Wumu — le général Yue Fei —, fut par lui transformé ; il unit la méthode du poing à celle de la lance pour instruire ses officiers, et le nomma l’art du xingyi quan.

De la science du xingyi, bien qu’il y ait eu des transmetteurs de génération en génération, les écrits ne se voient guère dans le monde. Aujourd’hui, seul M. Sun Lutang a composé une Étude du xingyi quan. Puis vint M. Li Jianqiu de Shulu, habile en cet art et enseignant depuis des années au Collège de Tsinghua : voyant l’œuvre de Sun, admirant sa science, et craignant que sa transmission ne s’étendît point assez, il a composé ce livre à partir de ce que son expérience lui a acquis. On verra donc la vraie transmission de Damo et de Wumu reparaître de nos jours : voilà certes le gué et le radeau des étudiants à venir.

庚申孟夏白龙山人王震序

— Préface de Wang Zhen, dit l’homme de la montagne du Dragon blanc, premier mois de l’été de l’année gengshen [mai-juin 1920].

Page calligraphiée de la préface de Wang Zhen, édition de 1922

Les inscriptions liminaires de la deuxième édition

La deuxième édition de 1922 s’ouvre sur dix-neuf pièces calligraphiées, offertes au livre par des universitaires, des éducateurs physiques et des membres d’associations d’arts martiaux. Elles ne font pas partie du traité technique, mais elles disent assez bien le climat du projet : faire de l’art du combat un instrument d’éducation du corps et de la nation.

精尚武德

子貞馬良题於上海

Faire sienne la vertu martiale

Calligraphie de Ma Liang, dit Zizhen, à Shanghai.

Calligraphie « Faire sienne la vertu martiale », planche de l’édition de 1922

救人强種

全國道路協會吳山

Sauver les hommes, fortifier la race

Calligraphie de Wu Shan, de l’Association nationale des routes.

Calligraphie « Sauver les hommes, fortifier la race », planche de l’édition de 1922

闡發吾國尚武之精神

吳志青題於中華武術會

Faire éclore l’esprit martial de notre pays

Calligraphie de Wu Zhiqing, de l’Association chinoise d’arts martiaux.

Calligraphie « Faire éclore l’esprit martial de notre pays », planche de l’édition de 1922

民强而后國强

王壯飛書於上海公共體育場

Que le peuple soit fort, et le pays sera fort

Calligraphie de Wang Zhuangfei, au Stade municipal de Shanghai.

Calligraphie « Que le peuple soit fort, et le pays sera fort », planche de l’édition de 1922

國技確有特殊之地位

盧碩悬題于東大體育館

L’art national occupe vraiment une place à part

Calligraphie de Lu Shuoxuan, au gymnase de l’Université de l’Est.

Calligraphie « L’art national occupe vraiment une place à part », planche de l’édition de 1922

童子軍應具的技能

顧拯来於江蘇童子軍聫合會

Aptitudes que tout éclaireur doit posséder

Calligraphie de Gu Zhenglai, Fédération des boy-scouts du Jiangsu.

Calligraphie « Aptitudes que tout éclaireur doit posséder », planche de l’édition de 1922

彂揮我们潛伏的天才

華豪吾書于中國女子體育學校

Développons les talents qui sommeillent en nous

Calligraphie de Hua Haowu, à l’École chinoise d’éducation physique pour jeunes filles.

Calligraphie « Développons les talents qui sommeillent en nous », planche de l’édition de 1922

發揚國技

碩穀若題于東大

Promouvoir l’art national

Calligraphie de Shuo Guruo, à l’Université de l’Est.

Calligraphie « Promouvoir l’art national », planche de l’édition de 1922

國魂所寄

柳成烈題于中華体育學校

C’est là que réside l’âme de la nation

Calligraphie de Liu Chenglie, à l’École chinoise d’athlétisme.

Calligraphie « C’est là que réside l’âme de la nation », planche de l’édition de 1922

其德剛健而文明

朱重明題於江蘇體育研究會

Sa vertu est fermeté et lumière

Calligraphie de Zhu Zhongming, Société de recherche en éducation physique du Jiangsu.

Calligraphie « Sa vertu est fermeté et lumière », planche de l’édition de 1922

人種轉強的妙術

薛敏殊題於中國女子體育學校

Art merveilleux pour rendre la race plus forte

Calligraphie de Xue Minshu, à l’École chinoise d’éducation physique pour jeunes filles.

Calligraphie « Art merveilleux pour rendre la race plus forte », planche de l’édition de 1922

表現人軆之真美

李超士吳法鼎題于上海美術学校

Exprimer la vraie beauté du corps humain

Calligraphie de Li Chaoshi et Wu Fading, à l’École des beaux-arts de Shanghai.

Calligraphie « Exprimer la vraie beauté du corps humain », planche de l’édition de 1922

挽回女性底柔弱

唐稚篔書于女青年会體育師範

Ramener la faiblesse foncière des femmes

Calligraphie de Tang Yun, à l’école normale d’éducation physique de l’YWCA.

Calligraphie « Ramener la faiblesse foncière des femmes », planche de l’édition de 1922

發展本能

沈有乾題

Développer les facultés natives

Calligraphie de Shen Youqian.

Calligraphie « Développer les facultés natives », planche de l’édition de 1922

保康之法

黃方剛题

Méthode pour conserver la santé

Calligraphie de Huang Fanggang.

Calligraphie « Méthode pour conserver la santé », planche de l’édition de 1922

保國強種之方針

朱鴻壽題於劉行鄉

La ligne directrice pour protéger la nation et fortifier la race

Calligraphie de Zhu Hongshou, à Liuhang, district de Baoshan.

Calligraphie « La ligne directrice pour protéger la nation et fortifier la race », planche de l’édition de 1922

強國之基

安定根题韓國赤十字會

Le fondement d’un pays fort

Calligraphie de An Dinggen, Croix-Rouge de Corée.

Calligraphie « Le fondement d’un pays fort », planche de l’édition de 1922

民衆應具的技術

陳凈題於京师一女中

Techniques que le peuple doit posséder

Calligraphie de Chen Jing, au Premier lycée de jeunes filles de la capitale.

Calligraphie « Techniques que le peuple doit posséder », planche de l’édition de 1922

Chapitre trois : les cinq poings fondamentaux (五行拳)

第三章 形意拳術之基本五行拳

Chapitre trois : les cinq poings fondamentaux de l’art du xingyi.

五行拳者、劈拳、崩拳、攢拳、礮拳、橫拳也。分五節以演之。

Les cinq poings sont : le poing qui fend (pi quan, 劈拳), le poing qui s’éboule (beng quan, 崩拳), le poing qui perce (zuan quan, 攢拳), le poing canon (pao quan, 礮拳) et le poing qui traverse (heng quan, 橫拳). On les expose en cinq sections.

Première section : le poing qui fend (劈拳)

第一節 劈拳

Première section : le poing qui fend (pi quan).

拳名劈者、以其掌之下、如斧之劈也。由立正時起首。

Ce poing est nommé « fendre » parce que sa paume descend comme une hache qui fend le bois. On commence depuis la position de garde-à-vous.

(一)兩手握拳。右臂以拳心貼身上升、自心口向上前伸、至拳之高度在眉與頸之間止。當右拳未過心時、右臂已含有右轉意、右臑(自肘至肩曰臑)亦微轉。及右拳自心口伸出時、右臂盡力右轉、至右拳之小指屈曲而成之圈形向上為止。其時右肘正止於心口前、離心口約半尺。肘穴上向。當右臂如是動作時、左臂亦左轉向上前伸。卽貼身止於前心口。拳心亦上向。有隨右肘前伸意。同時眼視右拳。頭向上頂。胸任開展。小腹鼓氣、臀向前挺。兩膝稍屈。而兩胯相夾甚緊。如第一圖。

Un. Les deux mains se ferment en poings. L’avant-bras droit monte, le centre du poing collé au corps, et s’étend vers le haut et l’avant depuis le creux de l’estomac (xinkou, 心口) jusqu’à ce que le poing s’arrête à une hauteur comprise entre les sourcils et le cou. Avant même que le poing droit n’ait dépassé le creux de l’estomac, le bras droit porte déjà l’intention de tourner vers la droite, et le haut du bras — ce que l’on nomme nao (臑), depuis le coude jusqu’à l’épaule — tourne légèrement lui aussi. Quand le poing droit sort du creux de l’estomac, l’avant-bras tourne de toutes ses forces vers la droite, jusqu’à ce que le cercle formé par le petit doigt replié regarde vers le haut. À cet instant, le coude droit s’arrête juste devant le creux de l’estomac, à un demi-pied environ, la cavité du coude tournée vers le haut. Pendant ce mouvement du bras droit, le bras gauche tourne vers la gauche et s’étend vers le haut et l’avant, s’arrêtant près du corps devant le creux de l’estomac, le centre du poing tourné vers le haut lui aussi, avec l’intention de suivre le coude droit vers l’avant. En même temps, le regard va au poing droit ; la tête presse vers le haut ; la poitrine s’ouvre librement ; le bas-ventre gonfle son souffle ; les fesses poussent vers l’avant ; les deux genoux se plient légèrement, et les deux hanches se serrent très fort l’une contre l’autre. Voir la figure 1.

Figure 1 du livre : première position du poing qui fend

(二)左拳由心口前伸、在右肘右臂之上經過、至兩拳相遇處、兩拳皆翻成掌。皆手背向上。而左掌斜落前推。右掌斜落後拖。止於臍之右旁。兩掌之指、其各節皆微灣。各指張開不相著。而虎口(大指與食指之間曰虎口)作大圓灣。兩掌之大圓灣皆上向。左肘向裏緊裹。與第一圖右肘無異。惟彼係拳、此係掌耳。右臂緊貼腰處。當兩臂如是動作時、左足隨左手之前推而亦前進。其前進之形如箭。蓋其進也直而速。及其著地、則如箭之中物、足趾緊鉤住地、固而不易拔矣。步之大小、隨身之長短。其時右足不動。兩膝微灣。左膝與左足跟成垂線。右膝與右足跟成垂線。兩腿如翦。在前之左腿、雖有前進意、而亦含後扣意。在後之右腿、雖屹立不前、而頗有前催意。前後相夾、不亦穩乎。其餘各部、其用力始終依前所云。凡以上所示者、觀第二圖自明。(說明)此圖本應面左因面左後右臂不能照見故面右

Deux. Le poing gauche s’étend vers l’avant depuis le creux de l’estomac, passe au-dessus du coude et de l’avant-bras droits, et au point où les deux poings se rencontrent, tous deux se retournent et deviennent des paumes, les dos des mains tournés vers le haut. Alors la paume gauche descend en diagonale en poussant vers l’avant, tandis que la paume droite descend en diagonale en tirant vers l’arrière et s’arrête au flanc droit du nombril. Les doigts des deux paumes se plient légèrement à chaque jointure et s’écartent sans se toucher ; la « gueule du tigre » (hukou, 虎口, l’espace entre le pouce et l’index) forme un grand arc, et les deux grands arcs regardent vers le haut. Le coude gauche s’enroule étroitement vers l’intérieur, exactement comme le coude droit de la figure 1, sauf qu’ici c’est une paume et là un poing ; l’avant-bras droit est collé contre la taille. Pendant ce mouvement des bras, le pied gauche, suivant la poussée en avant de la main gauche, avance lui aussi. Son avance a la forme d’une flèche : elle est droite et rapide ; et quand il touche le sol, c’est comme la flèche qui atteint sa cible — les orteils agrippent fortement la terre et ne se laissent pas arracher. La grandeur du pas suit la longueur du corps. Le pied droit, lui, ne bouge pas. Les deux genoux se plient légèrement ; le genou gauche fait une verticale avec le talon gauche, le genou droit une verticale avec le talon droit, et les deux jambes font comme des ciseaux. La jambe gauche, celle de devant, bien qu’elle ait l’intention d’avancer, contient aussi l’intention de retenir en arrière ; la jambe droite, celle de derrière, bien qu’elle se tienne ferme sans avancer, a fortement l’intention de presser en avant. L’avant et l’arrière se serrent l’un contre l’autre : n’est-ce pas stable ? Pour le reste du corps, l’effort demeure en tout temps tel qu’il a été dit plus haut. Tout ce qui précède se comprend de soi en regardant la figure 2.

(Note de l’auteur : cette figure devrait normalement montrer le visage tourné à gauche ; mais de ce côté l’avant-bras droit ne serait pas visible, aussi le visage est-il tourné à droite.)

Figure 2 du livre : forme de paume du poing qui fend

(三)左手收囘。收法在用力拳屈各指、如拉重物然。及其收至心口、掌復變為拳矣。於是更自心口發出、與第一圖之右手無異。同時右掌亦後拉、變拳而出、止於心口、與第一圖之左手無異。須留意者、凡後拉而變掌為拳時、其掌皆含有下壓之力。凡拳前伸時、皆含有上挑之力。其故維何、蓋以其拳或掌在前所止之處、較心口稍高也。同時左足隨左手以出。其步法與前不同。足尖外轉、約三十度、如立正式、然後前進。謂之墊步。後足本作墊步者、仍作墊步。墊步者當前足進大步時、後足卽上墊、使兩足距離有定、以免不穩之患者也。劈拳中凡隨拳而出之步、皆屬墊步。此段所說、乃劈拳拳式如第三圖是也。

Trois. La main gauche se retire. On la retire en serrant fortement les doigts en poing, comme si l’on tirait un fardeau lourd ; et lorsqu’elle arrive au creux de l’estomac, la paume est redevenue poing. Alors il sort de nouveau du creux de l’estomac, exactement comme la main droite de la figure 1 ; en même temps, la paume droite tire en arrière, se change en poing et sort, s’arrêtant au creux de l’estomac, exactement comme la main gauche de la figure 1. Il faut prendre garde à ceci : toute paume qui tire en arrière pour se changer en poing contient une force qui presse vers le bas ; tout poing qui s’étend vers l’avant contient une force qui relève vers le haut. Pourquoi ? Parce que le point où s’arrêtent, devant, le poing ou la paume, est un peu plus haut que le creux de l’estomac. En même temps, le pied gauche sort en suivant la main gauche ; mais le pas est différent du précédent : la pointe du pied tourne vers l’extérieur d’une trentaine de degrés, comme dans la position de garde-à-vous, puis avance. C’est ce qu’on appelle le « pas de garniture » (dianbu, 墊步). Le pied arrière, qui garnissait déjà, continue de garnir. Le pas de garniture, c’est lorsque le pied de devant fait un grand pas et que le pied de derrière vient aussitôt se garnir, de sorte que la distance entre les deux pieds reste constante et que l’on écarte le risque d’instabilité. Dans le poing qui fend, tous les pas qui sortent avec le poing sont des pas de garniture. Ce qui vient d’être dit est la « forme de poing » du poing qui fend, comme à la figure 3.

Figure 3 du livre : forme de poing du poing qui fend

(四)然後右手右足上前。右手變為掌。與第二圖之左手左足同一動作。此段所說、乃劈拳掌式、如第四圖是也。

Quatre. Puis la main droite et le pied droit montent en avant, la main droite se changeant en paume : c’est la même action que la main gauche et le pied gauche de la figure 2. Ce qui vient d’être dit est la « forme de paume » du poing qui fend, comme à la figure 4.

Figure 4 du livre : forme de paume, de l’autre côté

(五)右手右足之動作與第三圖之左手左足同。

Cinq. La main droite et le pied droit font la même action que la main gauche et le pied gauche de la figure 3.

Figure 10 du livre, à laquelle l’auteur renvoie pour cette position

(六)左手左足復作如第二圖。左手復變為掌。

Six. La main gauche et le pied gauche répètent l’action de la figure 2, la main gauche redevenant paume.

如此絡繹不絕。凡一手一變為掌、為一劈拳。左手欲作劈拳、則必其前著為右拳右足在前。右手欲作劈拳、則必其前著為左手左足在前也。若欲轉身、則當左手作劈拳時、須自右向後轉。而變成右手右足在前。右手作拳、與欲作劈拳前一著無異。若當右手作劈拳時、則必自左向後轉。取其順也。在劈拳內、手足皆相隨。卽左手在前、則左足亦在前、右手在後、則右足亦在後也。習熟後可將拳式與掌式合成一著。卽當作拳式時、後足不必跟上立住、可直前進步作掌式也。

On continue ainsi sans interruption. Chaque fois qu’une main se change en paume, c’est un « fendre » du poing qui fend. Si la main gauche veut fendre, il faut que le mouvement précédent ait mis le poing droit et le pied droit en avant ; si la main droite veut fendre, il faut que le mouvement précédent ait mis la main gauche et le pied gauche en avant. Veut-on se retourner ? Alors, quand c’est la main gauche qui fend, on tourne par la droite vers l’arrière et l’on se retrouve main droite et pied droit en avant, la main droite faisant le poing comme au mouvement qui précède celui du fendre ; si c’est la main droite qui fend, on tourne par la gauche vers l’arrière : on prend ce qui vient naturellement. Dans le poing qui fend, mains et pieds se suivent toujours : main gauche devant, pied gauche devant ; main droite derrière, pied droit derrière. Une fois l’exercice familier, on peut fondre la forme de poing et la forme de paume en un seul mouvement : c’est-à-dire que, dans la forme de poing, le pied arrière n’a plus besoin de se garnir et de s’arrêter, mais peut avancer tout droit pour faire la forme de paume.

Deuxième section : le poing qui s’éboule (崩拳)

第二節 崩拳

Deuxième section : le poing qui s’éboule (beng quan).

崩之為義、山壞也。山之壞、其勢必甚猛、而此拳之性似之、故名。其起首與劈拳之第一第二二圖無異。其先蓋作劈拳掌式也。

Le sens de beng (崩) est « l’écroulement de la montagne ». Quand une montagne s’écroule, son élan est nécessairement des plus impétueux, et la nature de ce poing lui ressemble : d’où son nom. Le début est identique aux figures 1 et 2 du poing qui fend : on commence par faire la forme de paume du poing qui fend.

(一)當作劈拳式時、在前之左手、與在後之右手、同時變掌為拳、食指及大指所屈成之圈向上、在前之左手如是。右手則拳心向上。然後左拳抽回、放在腰旁。抽時拳心卽翻向上。同時右拳自心口伸出。伸時拳心卽翻向在旁、卽變成方纔在前之左拳式也。學者須注意者、右肘終須裏裹、與劈拳同。庶幾肘穴上向、微見下灣、則全肢不覺僵直矣。此中妙處、久習自得。(可參觀第六章)同時左足隨右拳之前擊而出。步法與劈拳掌式無異、卽足尖平直前射也。然後右足跟上、仍作墊步。惟此步須較劈拳之步為小。右足竟可與左足跟接觸、壯其勢也。同時身須直挺。頭上頂、切勿下垂。腿勢必微灣、以步過小也。其式與劈拳第一圖之腿同。以上所說、觀第五圖更明。

Un. Dans la forme du poing qui fend, la main gauche devant et la main droite derrière se changent ensemble de paume en poing, le cercle formé par l’index et le pouce repliés du poing gauche devant regardant vers le haut ; quant au poing droit, son centre regarde vers le haut. Ensuite le poing gauche se retire et se place au flanc de la taille, son centre se retournant vers le haut ; en même temps le poing droit s’étend depuis le creux de l’estomac, son centre se retournant de côté — il prend donc la position qu’avait le poing gauche qui était devant l’instant d’avant. Que l’élève y prenne garde : le coude droit doit toujours s’enrouler vers l’intérieur, comme dans le poing qui fend, afin que la cavité du coude regarde presque vers le haut et que le coude se voie légèrement fléchi vers le bas ; alors le membre tout entier ne paraîtra plus raide. C’est là une merveille que l’on obtient de soi-même après un long exercice. (Voir le chapitre six, dans l’édition de 1919.) En même temps, le pied gauche sort en suivant la frappe en avant du poing droit ; le pas est identique à celui de la forme de paume du poing qui fend, c’est-à-dire que la pointe du pied file droit devant. Puis le pied droit suit et se garnit, comme toujours. Seulement ce pas doit être plus petit que celui du poing qui fend ; le pied droit peut même toucher le talon du pied gauche, tant la posture est vigoureuse. En même temps, le corps doit se tenir droit et dressé ; la tête presse vers le haut et ne doit jamais s’affaisser. Les jambes se plient nécessairement un peu, le pas étant très court. La position des jambes est la même qu’à la figure 1 du poing qui fend. Ce qui précède s’éclaire encore en regardant la figure 5.

Figure 5 du livre : frappe du poing qui s’éboule

(二)然後左拳發出、右拳收回、法與第五圖同。惟無論何拳在前、左足終在前、而右足終自後跟上。如第六圖。

Deux. Puis le poing gauche part et le poing droit se retire, selon la même méthode qu’à la figure 5. Seulement, quel que soit le poing qui est devant, c’est toujours le pied gauche qui est devant, et le pied droit qui se garnit derrière. Voir la figure 6.

Figure 6 du livre : le poing gauche en avant

(三)轉身時須由右邊轉。轉後右拳作劈拳之拳式。右腿擡起、脚底向外、所以踏人也。如第七圖。

Trois. Pour se retourner, il faut tourner par la droite. Après le demi-tour, le poing droit fait la forme de poing du poing qui fend ; la jambe droite se lève, la plante du pied tournée vers l’extérieur — c’est pour piétiner l’adversaire resté derrière. Voir la figure 7.

Figure 7 du livre : jambe levée pour piétiner

(四)遂作劈拳之掌式。左手前推。右手後收。右腿落於左足前。右足橫如一字。如第八圖。

Quatre. Puis on fait la forme de paume du poing qui fend : la main gauche pousse en avant, la main droite se retire en arrière, et la jambe droite retombe devant le pied gauche, le pied droit posé en travers comme le trait horizontal du caractère « un » (一). Voir la figure 8.

Figure 8 du livre : pied droit posé en travers

(五)然後左足右拳又前發、與第五圖同。

Cinq. Puis le pied gauche et le poing droit partent de nouveau en avant, comme à la figure 5.

相續不絕如此。凡轉身必從右轉、以左足始終在前、不便左轉也。

On continue ainsi sans interruption. Le retournement se fait toujours par la droite, parce que le pied gauche est constamment devant et qu’il ne serait pas commode de tourner à gauche.

Troisième section : le poing qui perce (攢拳)

第三節 攢拳

Troisième section : le poing qui perce (zuan quan).

攢之為義、聚也。此拳之動作有似乎攢、故曰攢拳。其起首仍如崩拳之先作劈拳式、如劈拳第一第二二圖是也。

Le sens de zuan (攢) est « rassembler, concentrer ». Le mouvement de ce poing ressemble à une concentration de force, d’où son nom. Le début est encore celui du poing qui s’éboule : on fait d’abord la forme du poing qui fend, comme aux figures 1 et 2.

(一)兩掌變成拳。在前之左拳拳背向上。在後之右拳亦然。左拳有下壓意。右拳若欲前伸者然。同時在前之左足進步。在後之右足跟上。步法與劈拳拳式之步法同。如第九圖。(說明)此圖左拳手背猶未翻向上

Un. Les deux paumes deviennent des poings, le dos du poing gauche devant tourné vers le haut, et de même pour le poing droit derrière. Le poing gauche a l’intention de presser vers le bas, le poing droit celle de s’étendre vers l’avant. En même temps, le pied gauche devant avance et le pied droit derrière se garnit ; le pas est le même que dans la forme de poing du poing qui fend. Voir la figure 9.

(Note de l’auteur : sur cette figure, le dos du poing gauche n’est pas encore retourné vers le haut.)

Figure 9 du livre : les deux poings réunis

(二)於是左臂下壓、收回。右拳向左臂上擊出、其法正與劈拳拳式同。左臂止於臍之左旁、貼身靠住、拳背上向。同時右足隨右拳出。左足卽跟上。步法與劈拳掌式之步法同。步之大小隨便。如第十圖。

Deux. Alors le bras gauche presse vers le bas et se retire, tandis que le poing droit frappe en sortant au-dessus du bras gauche — exactement la méthode de la forme de poing du poing qui fend. Le bras gauche s’arrête au flanc gauche du nombril, appuyé contre le corps, le dos du poing tourné vers le haut. En même temps, le pied droit sort avec le poing droit et le pied gauche se garnit aussitôt ; le pas est le même que dans la forme de paume du poing qui fend, sa grandeur étant laissée au gré de chacun. Voir la figure 10.

Figure 10 du livre : le poing droit frappe au-dessus du bras gauche

(三)左拳擊出時仿前。

Trois. Le poing gauche frappe de la même manière que précédemment, comme à la figure 9.

(四)轉身有二法。

Quatre. Il y a deux manières de se retourner.

(甲)與劈拳同。

A. La même que pour le poing qui fend.

(乙)設左手左足在前、則向右轉、變成右足在前。當轉時左拳先前伸、下壓、收回。於是右拳乘此由左拳上擊出。右足轉後在前、立刻隨右拳之擊出而進步。左足更跟上。如第十一圖。

B. Si la main gauche et le pied gauche sont devant, on tourne vers la droite, de sorte que le pied droit passe devant. Pendant le retournement, le poing gauche s’étend d’abord en avant, presse vers le bas, puis se retire ; le poing droit profite de ce mouvement pour frapper au-dessus du poing gauche. Le pied droit, après le demi-tour, se trouve devant et avance aussitôt en suivant la frappe du poing droit ; le pied gauche se garnit de nouveau. Voir la figure 11.

Figure 11 du livre : retournement par la droite

此法甚妙。當敵人自後攻來時、我一拳將彼攻我之拳壓下、而同時右拳已擊中其面矣。習熟後可將(一)(二)兩動作合成一著。卽當第一動作時、左足前進、右足更不必跟上立住、可卽接以第二動作也。

Cette méthode est très ingénieuse : quand l’ennemi attaque par-derrière, d’un seul poing j’abaisse le poing qui m’attaque, et en même temps le poing droit a déjà frappé son visage. Une fois l’exercice familier, on peut fondre les mouvements un et deux en un seul : dans le premier mouvement, le pied gauche avance et le pied droit n’a plus besoin de se garnir et de s’immobiliser, mais enchaîne aussitôt le deuxième mouvement.

Quatrième section : le poing canon (礮拳)

第四節 礮拳

Quatrième section : le poing canon (pao quan).

礮之取義、與崩畧同、謂其拳之作用似礮也。起首先作劈拳式。

Le sens de pao (礮, « canon ») est à peu près le même que celui de beng : on veut dire que l’action de ce poing est comme celle d’un canon. On commence par faire la forme du poing qui fend.

(一)一時二掌變拳。在前之左掌、當變拳時、卽收回。收時拳背向下、貼身放於臍之左旁。在後之右掌變拳後、亦拳背下向、貼身放於臍之右旁。同時在後之右足半向右進步。左足卽跟上。以左足之右旁、貼住右足之左旁。左足須提起、勿著地。兩腿微灣。身雖半右向、而頭則半左向。如第十二圖。(說明)左足非必貼住右足書中所說使此著與下著相連者也而圖中則不得不分二著

Un. En un même temps, les deux paumes deviennent des poings. La paume gauche qui est devant, en devenant poing, se retire aussitôt : le dos du poing tourné vers le bas, elle se place contre le corps au flanc gauche du nombril. La paume droite qui est derrière, une fois changée en poing, a de même le dos tourné vers le bas et se place contre le corps au flanc droit du nombril. En même temps, le pied droit qui était derrière avance d’un demi-pas vers la droite, et le pied gauche se garnit aussitôt, son côté droit venant toucher le côté gauche du pied droit. Le pied gauche doit être levé et ne pas encore toucher le sol. Les deux jambes se plient légèrement. Le corps est tourné à demi vers la droite, mais la tête à demi vers la gauche. Voir la figure 12.

(Note de l’auteur : le pied gauche n’a pas besoin de s’arrêter collé au pied droit ; ce qui est décrit ici enchaîne en réalité sur le mouvement suivant, mais sur la figure il a bien fallu diviser en deux temps.)

Figure 12 du livre : les poings aux deux flancs du nombril

(二)左拳貼身上升、拳背仍下向。至面處忽然翻轉、變成拳心外向。而拳背則止於額前、不貼於額。翻時全臂用力向外上推、此拳所以破敵從高擊下之拳也。同時右手卽作崩拳、向頭所向之方擊去、則敵人且中我拳矣。蓋形意妙處、大槪如是。每發拳攻人、同時可自護。及人攻我而我自護時、我亦能卽此攻人。故人每不及自禦也。然猶未盡其妙。當此之時、我不著地之左足、乘此作箭步向右手擊出之方進去。而右足自後跟上。其步法如崩拳。兩腿微灣。右腿有前催之力。而在前之左腿、則雖前向、亦頗含有穩立意。同時將全身之氣收聚於小腹、暗運於四肢。則其二臂之力本不多者、至此終須增加數倍矣。以其數倍其力、故雖壯夫、莫之能當也。如第十三圖。

Deux. Le poing gauche monte le long du corps, le dos du poing toujours tourné vers le bas ; arrivé à la hauteur du visage, il se retourne soudain, le centre du poing regardant vers l’extérieur, et le dos du poing s’arrête devant le front sans y toucher, car le bras tout entier pousse alors avec force vers l’extérieur et le haut. Ce poing sert à briser le poing de l’ennemi qui frappe d’en haut. En même temps, la main droite exécute un poing qui s’éboule, frappant dans la direction où regarde la tête, et l’ennemi est atteint par mon poing. Telle est, en gros, la merveille du xingyi : chaque fois qu’on lance un poing pour attaquer, on peut en même temps se protéger ; et quand l’autre m’attaque et que je me protège, je puis du même coup l’attaquer, de sorte qu’il n’a jamais le temps de se défendre. Mais la merveille n’est pas encore épuisée. À cet instant, mon pied gauche levé profite de l’occasion pour faire un pas de flèche dans la direction où le poing droit a frappé, et le pied droit se garnit derrière ; le pas est celui du poing qui s’éboule. Les deux jambes se plient légèrement ; la jambe droite a une force qui presse en avant, et la jambe gauche, celle de devant, bien que tournée en avant, contient beaucoup d’intention d’assise stable. En même temps, on rassemble le souffle du corps entier dans le bas-ventre et on le fait circuler à son insu dans les quatre membres : alors la force des deux bras, qui n’était pas grande au départ, se trouve multipliée plusieurs fois. Et parce qu’elle est multipliée, l’homme le plus fort ne saurait y résister. Voir la figure 13.

Figure 13 du livre : le poing qui brise l’attaque d’en haut

(三)現在此身之方向、係半向左。在前之左足、仍向此方前進。右足跟上、提起、靠於左足旁。兩拳收下、置於臍之兩旁。與一相似。如第十四圖。

Trois. À présent, l’orientation du corps est à demi vers la gauche. Le pied gauche devant avance encore dans cette direction ; le pied droit se garnit, se lève et vient se placer à côté du pied gauche. Les deux poings se retirent vers le bas et se placent aux deux flancs du nombril, comme au premier mouvement. Voir la figure 14.

Figure 14 du livre : retour à la position des deux poings au nombril

(四)右拳向上外翻。左拳作崩拳擊出。提起之右足隨在拳向右前發出。左足跟上。與(二)同。如第十五圖。

Quatre. Le poing droit se retourne vers le haut et l’extérieur ; le poing gauche frappe en poing qui s’éboule ; le pied droit levé part avec le poing vers l’avant-droite, et le pied gauche se garnit. C’est le mouvement deux, de l’autre côté. Voir la figure 15.

Figure 15 du livre : frappe du poing gauche, de l’autre côté

如此不絕。轉身時、若當身半向左時、則左腿向右鉤、身卽轉向後。右足仍跟上、提起、靠住。如第十六圖。(說明)此圖與第十四圖惟方向不同彼前去此轉回但形式則無異

On continue ainsi sans interruption. Pour se retourner : lorsque le corps est à demi tourné vers la gauche, la jambe gauche accroche vers la droite, le corps se retourne vers l’arrière, et le pied droit se garnit, se lève et demeure à côté. Voir la figure 16.

(Note de l’auteur : cette figure ne diffère de la quatorzième que par l’orientation ; là on allait en avant, ici l’on revient après le demi-tour, mais la forme est identique.)

Figure 16 du livre : position après le demi-tour

然後右足左拳發出、與前無異。其進步之方向、觀第十七圖自明。橫拳進步之方向亦然。

Puis le pied droit et le poing gauche partent, comme précédemment. La direction de l’avance se comprend de soi en regardant la figure 17 ; il en va de même de la direction de l’avance dans le poing qui traverse.

劈拳 (一)半向右 (二)半向左 (三)向右鉤 轉身

Schéma de pas de la figure 17 : « poing qui fend » — 1. « à demi vers la droite » ; 2. « à demi vers la gauche » ; 3. « accrocher la jambe vers la droite » ; « se retourner ».

Figure 17 du livre : schéma des directions de pas

Cinquième section : le poing qui traverse (橫拳)

第五節 橫拳

Cinquième section : le poing qui traverse (heng quan).

此拳用法、不直而橫、故名橫拳。起首作劈拳式。

L’usage de ce poing n’est pas d’aller droit, mais de travers : d’où le nom de poing qui traverse. On commence par faire la forme du poing qui fend.

(一)在後之右足進步。左足跟上、提起、與炮拳同。(學者須記橫拳與炮拳步法同)同時掌變為拳。在前之左掌變為拳時、拳心翻向上、仍置於前、肘仍緊裹。在後之右掌變拳後、手背仍上向。其餘皆與炮拳同。如第十八圖。

Un. Le pied droit, qui était derrière, avance ; le pied gauche se garnit et se lève : c’est comme dans le poing canon. (Que l’élève retienne que le pas du poing qui traverse est identique à celui du poing canon.) En même temps, les paumes deviennent des poings : la paume gauche devant, en devenant poing, retourne son centre vers le haut et demeure devant, le coude toujours bien enroulé ; la paume droite derrière, une fois changée en poing, garde le dos de la main tourné vers le haut. Tout le reste est comme dans le poing canon. Voir la figure 18.

Figure 18 du livre : position d’ouverture du poing qui traverse

(二)右拳自左肘下、向左前發出。拳剛過肘時、卽翻身、使拳心上向、而肘緊裹、與攢拳相似。同時左拳收回、貼身放於臍之左旁。方纔提起之左足、此時卽向左前作箭步射出、與炮拳全合。如第十九圖。

Deux. Le poing droit part de dessous le coude gauche et frappe vers l’avant-gauche ; à peine a-t-il passé le coude qu’il se retourne, le centre du poing tourné vers le haut, le coude bien enroulé — comme dans le poing qui perce. En même temps, le poing gauche se retire et se place contre le corps au flanc gauche du nombril ; et le pied gauche, qui venait de se lever, se détend alors vers l’avant-gauche en pas de flèche, exactement comme dans le poing canon. Voir la figure 19.

Figure 19 du livre : le poing droit part de dessous le coude

(三)左足前進一步。拳不動。(以後每欲打橫拳前必先將前足進一步所以使手足之動相符不亂也)然後左拳由右肘下向右前作攢拳擊出。右拳收回。同時右足向右前進步。如第二十圖是也。

Trois. Le pied gauche avance d’un pas, les poings ne bougeant pas. (Par la suite, avant chaque poing qui traverse, il faut d’abord avancer le pied de devant d’un pas, afin que le mouvement des mains et des pieds se corresponde sans confusion.) Puis le poing gauche, passant sous le coude droit, frappe vers l’avant-droite en poing qui perce, tandis que le poing droit se retire et que le pied droit avance vers l’avant-droite. Voir la figure 20.

Figure 20 du livre : le poing gauche passe sous le coude droit

如此絡繹不絕。轉身時、與炮拳同。惟當腿鉤身轉時、拳不動。待旣鉤旣轉後、始從肘下發出耳。

On continue ainsi sans interruption. Le retournement est celui du poing canon, sauf que, lorsque la jambe accroche et que le corps tourne, les poings ne bougent pas : ce n’est qu’une fois l’accroche et le demi-tour achevés que le poing arrière part de dessous le coude.

Chapitre quatre : le poing continu en avance et recul (進退連環拳)

第四章 進退連環拳

Chapitre quatre : le poing continu en avance et recul (jintui lianhuan quan).

進退連環拳者、連五拳而成者也。凡十一著。

Le poing continu en avance et recul est la liaison des cinq poings en un seul enchaînement, comptant onze mouvements.

(一)劈拳。

Un. Le poing qui fend (voir la figure 21).

Figure 21 du livre : le poing qui fend, ouverture de l’enchaînement

(二)崩拳。

Deux. Le poing qui s’éboule (voir la figure 22).

Figure 22 du livre : le poing qui s’éboule

(三)退步崩拳。

Trois. Le poing qui s’éboule en reculant.

其法先將在後之右足退後一步。然後左足更退一步於右足後。同時右拳收回。左拳發出。如第二十三圖。

On fait d’abord reculer d’un pas le pied droit, qui était derrière ; puis le pied gauche recule d’un pas derrière le pied droit, tandis que le poing droit se retire et que le poing gauche part. Voir la figure 23.

Figure 23 du livre : le poing qui s’éboule en reculant

(四)順步崩拳。

Quatre. Le poing qui s’éboule en pas accordé.

順步崩拳者、右足右拳、或左足左拳、同在前之謂也。此時不便左足自後進步而右拳同時擊出、故卽使在前之右足與右拳同時前發也。同時左拳收回。左足跟上。如第二十四圖。

Le « pas accordé » (shunbu, 順步) désigne le cas où le pied droit et le poing droit, ou le pied gauche et le poing gauche, sont ensemble devant. Ici, il n’est pas commode que le pied gauche avance par-derrière pendant que le poing droit frappe ; c’est pourquoi l’on fait partir ensemble en avant le pied droit, qui est déjà devant, et le poing droit, tandis que le poing gauche se retire et que le pied gauche se garnit. Voir la figure 24.

Figure 24 du livre : le poing qui s’éboule en pas accordé

(五)雙橫拳。

Cinq. Les deux poings qui traversent.

兩拳相交、右拳在外。身半向左。如第二十五圖。

Les deux poings se croisent, le droit à l’extérieur, le corps tourné à demi vers la gauche. Voir la figure 25.

Figure 25 du livre : les deux poings croisés

然後兩拳分開。兩臂作一半圓灣、切勿僵直、仍須微灣而含力、如第二十六圖。

Puis les deux poings se séparent et les bras dessinent chacun un demi-cercle : ils ne doivent jamais se raidir, mais garder une légère flexion et contenir de la force. Voir la figure 26.

Figure 26 du livre : les bras en demi-cercle

然後左拳放開。右拳與左拳合於臍處、貼身靠住。當兩手分開時、在後之左足退後一步。及二手合時、在前之右足卽與左足相並。身仍半向左。如第二十七圖。(說明)但其不同點在下部此圖之兩足當相並如書中所說

Puis le poing gauche s’ouvre et le poing droit vient le rejoindre, les deux mains se réunissant au nombril, appuyées contre le corps. Quand les mains se séparent, le pied gauche derrière recule d’un pas ; quand les mains se joignent, le pied droit devant vient se placer auprès du pied gauche, le corps restant tourné à demi vers la gauche. Voir la figure 27.

(Note de l’auteur : la seule différence est au bas du corps ; sur cette figure, les deux pieds devraient être côte à côte, comme le dit le texte.)

Figure 27 du livre : les deux mains réunies au nombril

(六)炮拳。

Six. Le poing canon.

作左拳右足在前之炮拳。如第二十八圖。

On fait le poing canon avec le poing gauche et le pied droit devant. Voir la figure 28.

Figure 28 du livre : le poing canon

(七)退步劈拳。

Sept. Le poing qui fend en reculant.

法在先退右足。右拳落下時、向前作一半圓形。左拳須先抽回、然後再劈出。同時左足稍退、須在右足前。如第二十九圖。

On fait d’abord reculer le pied droit ; le poing droit descend en décrivant un demi-cercle vers l’avant ; le poing gauche doit d’abord se retirer, puis fendre de nouveau. En même temps, le pied gauche recule un peu, mais reste devant le pied droit. Voir la figure 29.

Figure 29 du livre : le poing qui fend en reculant

(八)劈拳。

Huit. Le poing qui fend.

但此劈拳仍須左手左足在前。其法在將在前之左掌轉變成拳而抽回至心口、更自心口劈出。同時貼身靠住之右手亦變拳後仍變掌。如第三十圖。

Mais ce fendre garde la main gauche et le pied gauche devant. La méthode : la paume gauche devant se change en poing et se retire jusqu’au creux de l’estomac, puis fend de nouveau depuis le creux de l’estomac, tandis que la main droite, qui était appuyée contre le corps, se change en poing puis redevient paume. Voir la figure 30.

Figure 30 du livre : le poing qui fend, même côté

(九)攢拳。

Neuf. Le poing qui perce.

右手左足在前。如第三十一圖。

La main droite et le pied gauche devant. Voir la figure 31.

Figure 31 du livre : le poing qui perce

(十)劈拳。

Dix. Le poing qui fend.

左手右足在前。如第三十二圖。

La main gauche et le pied droit devant. Voir la figure 32.

Figure 32 du livre : le poing qui fend, main gauche et pied droit devant

(十一)崩拳。

Onze. Le poing qui s’éboule.

如第三十三圖。

Voir la figure 33.

Figure 33 du livre : le poing qui s’éboule, dernier mouvement

(十二)作崩拳轉身。

Douze. Se retourner après le poing qui s’éboule.

轉後次序仍如前。至再作退步崩拳時止。卽以退步崩拳收式。

Après le demi-tour, l’ordre reprend comme devant, jusqu’à ce que l’on exécute de nouveau le poing qui s’éboule en reculant ; c’est par ce mouvement que l’enchaînement se clôt.

Notes du traducteur

  1. Li Jianqiu (李劍秋) de Shulu enseigna le xingyi quan au Collège de Tsinghua, où il eut notamment pour élèves des professeurs et des étudiants de l’établissement. La deuxième édition de son manuel, en 1922, ajoute aux chapitres théoriques de 1919 les versions développées et photographiées des chapitres trois et quatre, traduites ici.
  2. Les cinq poings (五行拳) associent chacun des cinq techniques à un élément et à un organe : le fendre au métal et au poumon, l’éboulis au bois et au foie, le percer à l’eau et au rein, le canon au feu et au cœur, le traverser à la terre et à la rate. L’ouvrage n’explicite pas ces correspondances dans ces deux chapitres ; elles relèvent de la doctrine commune du xingyi.
  3. Terminologie. Pi (劈) « fendre », beng (崩) « s’ébouler, s’écrouler comme une montagne », zuan (攢) « percer, concentrer », pao (礮) « canon », heng (橫) « traverser, aller de biais ». Le mot quan (拳) est rendu par « poing » quand il désigne la technique et par « boxe » quand il désigne l’art.
  4. Le pas de garniture (dianbu, 墊步) est le pas de réajustement du pied arrière ; le « pas accordé » (shunbu, 順步), le pas où main et pied du même côté sont ensemble devant ; la « gueule du tigre » (hukou, 虎口), l’arc formé entre le pouce et l’index.
  5. Le Xingyi quan shu de 1919, dont ces chapitres forment la refonte, a déjà été traduit intégralement sur ce site (partie théorique et traités de Yue Fei) : « L’Art du Xingyi quan (形意拳術) de Li Jianqiu ».
  6. Les figures reproduites ici portent la numérotation de l’édition de 1922, telle que la cite le texte. Certaines positions sont répétées d’une section à l’autre et le renvoi de l’auteur à la figure correspondante a été conservé dans la traduction.

Source du texte chinois : 李劍秋, 形意拳術 (Xingyi quan shu, « L’Art du xingyi quan »), deuxième édition, 1922, chapitres trois et quatre dans leur version développée, précédés de la préface de Wang Zhen (1920) et des dix-neuf inscriptions calligraphiées. Texte dans le domaine public. Le texte chinois a été relevé dans l’article de Paul Brennan « LI JIANQIU’S ADDITIONS », publié le 27 février 2020 : https://brennantranslation.wordpress.com/2020/02/27/li-jianqius-additions/ — c’est à cet article que renvoient les numéros de figures cités ci-dessus. Les images reproduites dans cet article sont les planches de l’édition originale de 1922 (les dix-neuf pages calligraphiées et les trente-trois photographies de postures) ; ce sont des reproductions du texte chinois du domaine public, et non des documents créés par le traducteur anglais. La traduction française est une traduction nouvelle, réalisée directement à partir de l’original chinois pour ce site ; elle ne reprend pas la traduction anglaise de Paul Brennan.