Le Wang Zongyue kao (王宗岳考, « Examen de Wang Zongyue ») est une étude d’histoire textuelle publiée le 1er mai 1936 par Tang Hao (唐豪, 1897-1959), l’un des premiers chercheurs chinois à avoir appliqué aux arts martiaux la méthode critique de l’histoire moderne : confrontation systématique des versions, examen des filiations, refus des légendes. Le texte porte aussi, dans le même article, le titre Wang Zongyue taiji quan jing / Wang Zongyue yinfu qiang pu (王宗岳太極拳經 / 王宗岳陰符鎗譜).

Tang Hao y reprend la question la plus disputée du taiji quan : qui était Wang Zongyue (王宗岳), à quelle époque vivait-il, et est-ce bien lui qui rédigea les « classiques » (太極拳經, 十三勢論, 太極拳論, 十三勢歌, 打手歌) ? Sa pièce maîtresse est un livret manuscrit acheté quelques années plus tôt chez un bouquiniste des ateliers de Pékin, qui réunit le 陰符鎗譜 (« Manuscrit de la lance du yin conforme ») et le texte des classiques, et dont la préface est datée de 1795. Ce livret a déjà été traduit sur ce site : La Lance du yin conforme (陰符鎗譜) attribuée à Wang Zongyue.

Il écrit à un moment où les manuels se multiplient — Guan Baiyi (關百益, 1912), Xu Yusheng (許禹生, 1921), Chen Weiming (陳微明, 1925 et 1929), Yang Chengfu (楊澄甫, 1931), Wu Tunan (吳圖南, 1931), Wu Jianquan (吳鑑泉, 1929), Jiang Rongqiao et Yao Fuchun (姜容樵、姚馥春, 1930), Tian Zhenfeng (田鎭峯, 1932) — et il les cite tous, l’un après l’autre, pour démonter pièce par pièce leurs généalogies.

Ce qui est traduit ici : la première partie (chapitres 1 à 11) ; le chapitre 13, consacré aux corrections apportées au texte du livret ; le chapitre 14, sur les causes des variantes ; et, du chapitre 15, les sections 1, 2, 5 et 6. Sont omis pour la longueur : le chapitre 12 (collation vers par vers des classiques dans neuf éditions), la section 3 du chapitre 15 (ordre des pièces dans chaque édition) et sa section 4 (les deux notes jointes aux classiques), qui reprend pour l’essentiel la discussion du chapitre 10. Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois.

Première partie — Examen de Wang Zongyue (王宗岳考)

試把太極拳著述中所記的王宗岳來一看,只見得一股附會,標榜,盲從交織的烏煙瘴氣,直沖霄漢,而看不見別的。

À regarder ce que les écrits sur le taiji quan rapportent de Wang Zongyue, on ne voit qu’un brouillard empuanti de rattachements arbitraires, de vantardises et d’esprit moutonnier, montant jusqu’au ciel — et rien d’autre.

關百益於其民元印行的太極拳經中所考證的

Guan Baiyi, dans le Taiji quan jing qu’il fit imprimer en 1912 (1re année de la République), examine ceci :

Chapitre premier — Son nom (王宗岳的姓氏)

查派考記:

Recherche et examen des écoles (查派考記) :

『有淮安王宗道者,嘗從三丰學道,永樂中,封圓通眞人,後入廬山採藥不返。或疑王宗岳,王宗道為一人,而此籍山右,彼籍淮安,又顯係二人也。又王漁洋有謂:「拳勇之技,少林為外家,武當張三丰為內家,三丰之後,有關中人王宗得其傳。」王宗卽王宗岳訛傳?抑岳字為衍文耶?』

« Il y eut un Wang Zongdao de Huai’an, qui étudia la Voie auprès de Sanfeng ; sous le règne de Yongle [1402-1424], il fut titré « Immortel de la pénétration universelle » (圓通眞人), puis se retira au mont Lu pour y cueillir des simples et ne reparut jamais. Certains soupçonnent que Wang Zongyue et Wang Zongdao ne font qu’un ; or celui-ci est originaire de Shanyou, celui-là de Huai’an : ce sont donc manifestement deux hommes. Wang Yuyang dit encore : « Parmi les techniques de la bravoure du poing, Shaolin est l’école externe, Zhang Sanfeng du Wudang est l’école interne ; après Sanfeng, un certain Wang Zong, du Guanzhong, en reçut la transmission. » Wang Zong est-il une corruption de Wang Zongyue ? Ou bien le caractère 岳 est-il un caractère ajouté par erreur ? »

關百益拿籍貫的差異,來論斷王宗岳,王宗道是兩個人,可是,他忘掉應用這一方法到王宗,王宗岳身上去了。陳微明於其巳己―民十八出版的太極答問中,便這樣的指了出來:

Guan Baiyi se fonde sur la différence de pays d’origine pour conclure que Wang Zongyue et Wang Zongdao sont deux hommes ; mais il oublie d’appliquer cette même méthode au cas de Wang Zong et de Wang Zongyue. Chen Weiming, dans ses Questions et réponses sur le taiji (太極答問) parues en 1929, le lui fait observer :

『問:「三丰集曾載數傳而至關中王宗,王宗與王宗岳是一人抑係二人耶?」答:「王宗乃陝西人,宗岳山西人,以為一人者誤也。」』

« — Question : le recueil de Sanfeng rapporte qu’après plusieurs transmissions l’art parvint à Wang Zong, du Guanzhong. Wang Zong et Wang Zongyue sont-ils un seul et même homme, ou deux ? — Réponse : Wang Zong était du Shaanxi, Zongyue du Shanxi ; ceux qui n’en font qu’un se trompent. »

關百益對於王宗岳的姓氏,尚抱一些懷疑態度,但對於

Guan Baiyi garde donc quelque doute touchant le nom de Wang Zongyue ; mais pour ce qui est de

Chapitre deux — L’origine de sa transmission (王宗岳的傳受源流)

他卻肯定地說:

il affirme, lui, catégoriquement :

『祖師張眞人三丰,傳王先生宗岳。』

« Le patriarche, le Vénérable Zhang Sanfeng, transmit l’art à maître Wang Zongyue. »

關氏此說,在其太極拳經敘中這是樣說明的:

Guan expose ce point dans sa préface au Taiji quan jing :

『辛亥秋,余獲太極拳經鈔本於京師,其題有:山右王宗岳先生太極拳論。又題有:武當山先師張三丰,王宗岳留傳。又論後注:右係武當山張三丰老師遺論。其說不一,愚意或為張三丰所遺留,王宗岳據以傳世者也。』

« À l’automne de l’année xinhai [1911], j’obtins à la capitale une copie manuscrite du Taiji quan jing. Elle portait en titre : « Discours sur le taiji quan de maître Wang Zongyue de Shanyou ». Et encore : « Transmis et conservé par Zhang Sanfeng, maître ancien du mont Wudang, et par Wang Zongyue ». Puis, après le discours, en note : « Ce qui précède est une théorie laissée par le maître Zhang Sanfeng du mont Wudang. » Les énoncés divergent ; j’incline à penser que ces écrits furent laissés par Zhang Sanfeng et que Wang Zongyue les transmit au monde. »

不知這些題記,是王宗岳以後的人所妄加。而措辭含糊。並不能表明王宗岳是張三丰的門徒,況王宗岳後於張三丰者數百載,二人又怎能為師生呢?

On ne sait si ces inscriptions ont été ajoutées effrontément par des hommes postérieurs à Wang Zongyue ; leur formulation est vague et n’établit nullement que Wang Zongyue fut disciple de Zhang Sanfeng. D’ailleurs Wang Zongyue vient plusieurs siècles après Zhang Sanfeng : comment les deux hommes auraient-ils pu être maître et élève ?

關氏一方面疑太極拳經為張三丰所遺留,王宗岳據以傳世。一方面卻於其太極拳傳授源流中說:祖師張眞人三丰,傳王先生宗岳,由懷疑未決的問題,下肯定不移的論斷,這樣的論證方法,是靠不住的。

D’un côté Guan doute que les classiques aient été laissés par Zhang Sanfeng et transmis par Wang ; de l’autre, dans son tableau de la transmission du taiji quan, il écrit : « Le patriarche, le Vénérable Zhang Sanfeng, transmit l’art à maître Wang Zongyue. » Passer d’une question laissée en suspens à une conclusion catégorique : voilà une méthode de démonstration qui n’est pas fiable.

關氏又於王漁洋所舉的內家拳源流:『三丰之後,有關中人王宗得其傳。』句下註:此王宗恐卽王宗岳。於是,一般附會,盲從的武藝作家,便由此衍變出許多笑話來,如許禹生於其民十出版的太極拳勢圖解中說:

Guan, reprenant la filiation de l’école interne telle que la donne Wang Yuyang — « Après Sanfeng, un certain Wang Zong, du Guanzhong, en reçut la transmission » — ajoute en note sous cette phrase : « Ce Wang Zong est probablement Wang Zongyue. » De là, les auteurs d’arts martiaux, enclins au rattachement arbitraire et au suivisme, ont tiré quantité de choses risibles, par exemple Xu Yusheng dans son Taiji quan shi tujie (太極拳勢圖解) de 1921 :

『有西安人王宗岳者,得其眞傳,名聞海內。溫州陳州人多從之學,由是由山陝而流傳於浙東。』

« Il y eut un Wang Zongyue de Xi’an qui en reçut la vraie transmission et dont le nom fut connu dans tout l’empire. Chen Zhoutong de Wenzhou et beaucoup d’autres vinrent apprendre de lui ; ainsi l’art, du Shanxi et du Shaanxi, se répandit-il jusqu’à l’est du Zhejiang. »

又說:

Et encore :

『王宗岳傳河南蔣發。』

« Wang Zongyue transmit l’art à Jiang Fa, du Henan. »

王宗是內家拳家,王宗岳是太極拳家。兩種拳法,雖均附會於張三丰,然試取兩家的練法,打法,色名,拳套名稱來比較,便知其截然不同。關百益沒有把這弄淸楚,於是他疑心內家拳家王宗,卽是太極拳家王宗岳,連二人相異的籍貫,也忽略了過去,這種考據方法,未免粗疏可笑。

Wang Zong est un maître de l’école interne, Wang Zongyue un maître du taiji quan. Les deux boxes sont l’une et l’autre rattachées par conjecture à Zhang Sanfeng ; mais qu’on compare les méthodes d’entraînement, les façons de combattre, la terminologie et les noms d’enchaînements des deux écoles, et l’on verra qu’elles n’ont absolument rien de commun. Guan Baiyi ne l’a pas établi clairement : il a donc soupçonné que Wang Zong, maître de l’école interne, était Wang Zongyue, maître du taiji quan, en négligeant jusqu’à la différence de leurs pays d’origine. Cette méthode d’investigation est décidément bien sommaire, et risible.

關百益受許禹生之託而為校訂太極拳經,這在太極拳勢圖解中曾經提到過的。所以關氏之說,為許氏所深信不疑,他相信王宗岳卽王宗,同時因為王宗是關中人,關中卽陝西省,西安是陝西省的省會,於是就產生出『西安人王宗岳』這個附會來。以上這些話,吾想許禹生是不會否認的吧。至其『溫州陳州人多從之學』那話,想必從漁洋所述內家拳源流『宗傳溫州陳州同』那句話來的。觀其句中人多二字,決非手民誤植,而是將人名變為地名,豈非笑話。『王宗岳傳河南蔣發』那話,不知其何所根據?如此莫知所云的附會,眞敎人夠咋舌!

Guan Baiyi avait été chargé par Xu Yusheng de réviser le Taiji quan jing — Xu le rappelle dans son propre livre. Aussi la thèse de Guan fut-elle tenue par Xu pour certaine : il crut que Wang Zongyue était Wang Zong, et comme Wang Zong était du Guanzhong, le Guanzhong étant un autre nom du Shaanxi et Xi’an le chef-lieu du Shaanxi, naquit le rattachement « Wang Zongyue de Xi’an ». Les propos qui précèdent, je pense que Xu Yusheng ne les niera pas. Quant à « Chen Zhoutong de Wenzhou et beaucoup d’autres vinrent apprendre de lui », cela vient sans doute de la phrase où Wang Yuyang expose la filiation de l’école interne : « Zong transmit l’art à Chen Zhoutong de Wenzhou. » À voir dans sa phrase les deux caractères 人多, ce n’est sûrement pas une coquille de l’imprimeur : on a transformé un nom de personne en désignation d’origine — n’est-ce pas risible ? Et « Wang Zongyue transmit l’art à Jiang Fa du Henan », sur quoi donc cela repose-t-il ? De tels rattachements, dont nul ne sait d’où ils sortent, laissent vraiment pantois.

許氏之後的武藝著述,跟著盲從,附會的,如陳秀峯太極拳眞譜:

Après le livre de Xu, les ouvrages d’arts martiaux suivirent aveuglément ces rattachements, ainsi le Véritable manuel du taiji quan (太極拳眞譜) de Chen Xiufeng :

『武當山眞仙張三丰傳山右王宗岳,山右王宗岳傳河南溫縣陳州同。』

« L’immortel véritable du mont Wudang, Zhang Sanfeng, transmit l’art à Wang Zongyue de Shanyou ; Wang Zongyue de Shanyou transmit à Chen Zhoutong du xian de Wen, au Henan. »

秀峯是楊班侯的弟子,又為班侯的親同鄕,大槪他是知道楊家的太極拳,是由河南溫縣陳氏得來,而不是由浙江溫州傳去的,所以他大膽地把陳州同的籍貫修改為溫縣。同時,這位陳秀峯先生,竟不知陳州同是明朝嘉靖間人,更自鼓自吹地附會著說:

Xiufeng était disciple de Yang Banhou et son proche compatriote. Il savait probablement que le taiji quan de la famille Yang venait de la famille Chen du xian de Wen, au Henan, et non de Wenzhou, au Zhejiang ; c’est pourquoi il corrigea hardiment le pays d’origine de Chen Zhoutong en faveur du xian de Wen. Mais ce M. Chen Xiufeng ignorait que Chen Zhoutong vivait sous Jiajing [1521-1566], et il ajouta, avec une belle infatuation de soi-même :

『山右王宗岳傳河南溫縣陳州同,溫縣陳州同傳廣平府南關楊班侯,廣平府楊班侯傳是城西鄕何營村文生陳秀峯,班侯槍法天下第一奇絕,秀峯刀法天下無雙。』

« Wang Zongyue de Shanyou transmit l’art à Chen Zhoutong du xian de Wen, au Henan ; Chen Zhoutong du xian de Wen transmit à Yang Banhou de l’enceinte sud de la préfecture de Guangping ; Yang Banhou de Guangping transmit au lettré Chen Xiufeng, du village de Heying, canton de Chengxi. La lance de Banhou est la plus merveilleuse du monde ; le sabre de Xiufeng n’a pas son pareil. »

徐哲東於其民十七出版的國技論略中也說:

Xu Zhedong dit de même, dans son Bref exposé sur les arts nationaux (國技論略) paru en 1928 :

『溫州陳州同,從王宗岳學。王宗岳又授河南蔣發。』

« Chen Zhoutong de Wenzhou apprit de Wang Zongyue. Wang Zongyue enseigna aussi à Jiang Fa, du Henan. »

徐哲東的國技論略,是一部用考據方法來敘述中國武藝的著作。其中考異辨譌,頗具相當的見解。可是,他竟相信陳州同,蔣發是王宗岳的弟子,而不去考證一下,也不以之入存疑篇中,以待他人之考訂,率然盲從,顯然減少了這一著作的價値。

Le Guoji lunlüe de Xu Zhedong est un ouvrage qui expose les arts martiaux chinois selon la méthode critique ; ses collations et ses corrections de caractères fautifs témoignent d’un jugement sûr. Et pourtant il tient Chen Zhoutong et Jiang Fa pour disciples de Wang Zongyue sans le vérifier, sans même renvoyer la question à la rubrique des doutes en attente de la recherche d’autrui : un suivisme aussi prompt diminue visiblement la valeur de l’ouvrage.

楊澄甫於其民二十出版的太極拳使用法中說:

Yang Chengfu, dans ses Méthodes d’application du taiji quan (太極拳使用法) parues en 1931, écrit :

『三丰師傳山右王宗岳,王宗岳先師傳浙東,河南。』

« Le maître Sanfeng transmit l’art à Wang Zongyue de Shanyou ; le maître Wang Zongyue transmit à l’est du Zhejiang et au Henan. »

楊澄甫雖則相信關百益那類的所謂考據,然而他比陳秀峯聰明多了,他知道溫州在浙東,溫縣在河南,他祖傳的太極拳是由河南得來的,所以他把關百益,許禹生二人的話,綜合起來,說王宗岳傳的是浙東,河南兩處。

Yang Chengfu croit, il est vrai, à l’érudition de Guan Baiyi et de ses pareils ; mais il est bien plus avisé que Chen Xiufeng. Il sait que Wenzhou est à l’est du Zhejiang et le xian de Wen au Henan, et que le taiji quan transmis dans sa famille vient du Henan ; aussi combine-t-il les propos de Guan Baiyi et de Xu Yusheng pour dire que Wang Zongyue transmit l’art en deux endroits, l’est du Zhejiang et le Henan.

王宗岳的師承,王宗岳的傳授,在太極拳經上是考據不出來的,武藝著作家,偏要附會出一串上承下接的師弟來,可謂極盡編造扯謊之能事。不但王宗岳的傳授源流如是,卽

Ni le maître de Wang Zongyue ni ses disciples ne peuvent être établis à partir des classiques du taiji quan ; mais les auteurs d’ouvrages martiaux tiennent à reconstituer une chaîne de maîtres et de disciples qui se succèdent : on peut dire qu’ils ont porté au plus haut point l’art d’inventer et de mentir. Et il n’en va pas autrement de la filiation de Wang Zongyue que de

Chapitre trois — Son pays d’origine (王宗岳的籍貫)

何嘗不是如是的呢!因為關百益疑王宗卽是王宗岳,又因為王宗是關中人,於是許禹生第一個在其太極拳勢圖解中,編造出王宗岳是西安人,不知太極拳經上,只記載王宗岳是山右人,山右者,今稱山西,以其在太行山之右也。關百益疑關中的王宗,卽山右的王宗岳,已是粗心之至,許禹生不知關中為陝西省之總稱,西安乃陝西省的府治,竟把關中變為西安,豈非天大笑話。依聲學舌繼許之後的,有:民十七出版的吳圖南科學化的國術太極拳,民二十一出版的田鎭峯太極拳,萬籟聲原式太極拳圖解等書,這種附會,盲從的態度,恐怕除了武藝著作家以外,是少見的吧!其次

la question de son pays d’origine — comment n’en irait-il pas de même ? Parce que Guan Baiyi soupçonnait Wang Zong d’être Wang Zongyue, et parce que Wang Zong était du Guanzhong, Xu Yusheng fut le premier, dans son Taiji quan shi tujie, à forger un « Wang Zongyue de Xi’an » ; il ignorait que les classiques du taiji quan ne disent qu’une chose, que Wang Zongyue était de Shanyou — Shanyou, ce qu’on nomme aujourd’hui le Shanxi, parce que la région est à droite (à l’ouest) des monts Taihang. Que Guan Baiyi soupçonne le Wang Zong du Guanzhong d’être le Wang Zongyue de Shanyou était déjà d’une négligence extrême ; mais Xu Yusheng, qui ignorait que le Guanzhong est le nom général de la province du Shaanxi et que Xi’an en est le chef-lieu, a transformé le Guanzhong en Xi’an : n’est-ce pas une plaisanterie du ciel ? Répétant sa leçon comme des perroquets, après Xu, vinrent : le Guoshu taiji quan rendu scientifique (科學化的國術太極拳) de Wu Tunan, paru en 1928, le Taiji quan de Tian Zhenfeng, paru en 1932, le Taiji quan yuan shi tujie de Wan Laisheng et d’autres livres encore. Cette attitude faite de rattachements arbitraires et de suivisme aveugle ne se rencontre guère, je crois, en dehors des auteurs d’arts martiaux ! Ensuite,

Chapitre quatre — Son époque (王宗岳的時代)

也多是臆測之辭,按內家拳所附會的張三丰,是宋徽宗時人,太極拳著作家之間,把王宗岳列為張三丰的門徒,這無疑是主張王宗岳為宋時人了。創這一說者為關百益,而盲從關的,有:陳秀峯的太極拳眞譜,楊澄甫的太極拳使用法等書。

la question de son époque n’est elle aussi, le plus souvent, que conjectures. Selon la légende attachée à l’école interne, Zhang Sanfeng vivait sous Huizong des Song [1100-1126] ; ranger Wang Zongyue parmi les disciples de Zhang Sanfeng revient donc sans aucun doute à le faire vivre sous les Song [960-1279]. Le premier à avoir soutenu cette thèse fut Guan Baiyi, et ceux qui l’ont suivi aveuglément sont le Véritable manuel du taiji quan de Chen Xiufeng, les Méthodes d’application du taiji quan de Yang Chengfu, etc.

許禹生則編造王宗岳為元世祖時人,而盲從許的,有田鎭峯的太極拳,萬籟聲的原式太極拳圖解等書。

Xu Yusheng, lui, a imaginé que Wang Zongyue vivait sous le khan Kubilai (Shizu des Yuan) ; l’ont suivi aveuglément le Taiji quan de Tian Zhenfeng, le Taiji quan yuan shi tujie de Wan Laisheng, etc.

陳微明於其乙丑!民十四出版的太極拳術中,則謂『王宗岳大約是淸初人。』但未能舉出其所根據的材料來,自是瞎猜。

Chen Weiming, dans son Art du taiji quan (太極拳術) paru en 1925 (année yichou), écrit que « Wang Zongyue vivait probablement au début des Qing ». Mais il ne cite aucun matériau sur quoi fonder cette opinion : ce n’est qu’une conjecture à l’aveuglette.

姜容樵,姚馥春於其民十九出版的太極拳講義中,也認王宗岳為淸初人,據云:此說是根據其所得的乾隆太極拳鈔譜,可是據吾考證的結果,王宗岳雖為乾隆時代的人物,但是姜,姚的拳譜,吾以為不是乾隆時代的舊鈔本,其說詳拙著『關於太極拳經』一文。

Jiang Rongqiao et Yao Fuchun, dans leur Taiji quan jiangyi (太極拳講義) paru en 1930, tiennent eux aussi Wang Zongyue pour un homme du début des Qing. Ils disent s’appuyer sur un manuscrit du taiji quan de l’époque Qianlong qu’ils auraient obtenu ; or, d’après le résultat de mes recherches, si Wang Zongyue est bien un homme de l’époque Qianlong, le manuscrit de Jiang et Yao n’est pas, à mon avis, une vieille copie de cette époque — je m’en explique en détail dans mon étude « Sur les classiques du taiji quan ».

姜容樵,姚馥春合編的太極拳講義,其中有一節關於

Dans le Taiji quan jiangyi composé par Jiang Rongqiao et Yao Fuchun, une section traite de

Chapitre cinq — La fable de l’invention du « long poing » par Wang Zongyue (王宗岳發明太極長拳的附會)

其說如左:

Voici ce qu’elle dit :

『淸初太極專家王宗岳,發明太極長拳,並著拳論,始有長拳,十三式之別。考長拳雖亦取法十三式,而其中實包藏龍,蛇,鶴,虎,馬,鷄,鷹,熊,鳳,猴十形在內也。余與姚君馥春,同學太極於友人湯君士林,湯為許占鰲先生之弟子。客歲,余在吾師芳辰處,表演長拳半趟。先生謂:「斯術雖脫胎於十三式,其顯明易懂之理法與功用,實較十三式為廣」。余甚佩芳辰先生之治技而能知技也。蓋於民元之前,經倪成玉君之介紹,得識許占鰲先生。許謂:「斯術確為王宗岳嫡派,因傳流甚尠,故世人多知其長拳,特不知長拳之何若?至近今所謂長拳者,皆由十三式從而翻之,甲乙顚倒,先後互移,斯與此長拳有別矣」。余聆斯言,如獲至寶,秘而不宣者十餘年。而余友姚君已得斯術三昧,余則自愧仍未窺堂奧也。蓋許先生為郭雲深之弟子,與余師兆東先生為同輩,德高望重,決無妄語,聞其太極得自友傳,而非師授,故同門多未知其精太極。茲擬太極拳出版後,續邀姚君馥春,合編此太極長拳,以公同好,特述許先生言如上。』

« Au début des Qing, l’expert en taiji Wang Zongyue inventa le « long poing » du taiji et composa un discours sur le poing ; c’est alors qu’apparut la distinction entre le long poing et les treize postures. À l’examen, le long poing prend lui aussi modèle sur les treize postures, mais il contient en réalité les dix formes du dragon, du serpent, de la grue, du tigre, du cheval, du coq, de l’aigle, de l’ours, du phénix et du singe. Yao Fuchun et moi avons étudié le taiji avec notre ami Tang Shilin, disciple de M. Xu Zhan’ao. L’an dernier, chez mon maître Fangchen [Li Jinglin], j’ai exécuté une demi-section de long poing. Le maître dit : « Cet art, bien qu’il soit issu des treize postures, a des principes et des applications plus clairs et plus faciles à comprendre, et en vérité plus étendus que les treize postures. » J’admire beaucoup la manière dont M. Fangchen cultive la technique et sait la connaître. Avant la première année de la République [1912], par l’entremise de M. Ni Chengyu, je fis la connaissance de M. Xu Zhan’ao. Xu dit : « Cet art est authentiquement de la lignée de Wang Zongyue ; comme il a été fort peu transmis, le monde connaît surtout son long poing sans savoir ce qu’est le long poing. Les « longs poings » d’aujourd’hui sont tous retournés à partir des treize postures, le premier et le second s’intervertissent, l’avant et l’après se déplacent : ils diffèrent de ce long poing-ci. » En entendant ces mots, ce fut comme si j’avais trouvé un trésor ; je l’ai gardé secret plus de dix ans. Mon ami Yao, lui, a déjà pénétré le sens de cet art, tandis que j’ai honte de n’avoir pas encore vu l’intérieur de la salle. M. Xu est disciple de Guo Yunshen et de la même génération que mon maître M. Zhaodong ; sa vertu est haute et son prestige grand, il ne peut sûrement pas tenir de propos vains. J’ai appris que son taiji lui venait d’un ami et non d’un maître, et que pour cette raison beaucoup de ses condisciples ignoraient sa maîtrise du taiji. Une fois ce livre sur le taiji quan publié, je me propose d’inviter de nouveau M. Yao Fuchun à composer avec moi ce long poing du taiji, pour le mettre à la disposition de tous ceux qui l’aiment : c’est pourquoi je rapporte ici les propos de M. Xu. »

姜,姚自稱得王宗岳發明的長拳之嫡傳,其立意無非在標榜罷了。二人惟恐不能取信於社會,所以把許占鰲說得如何德高望重,說明他決無妄語,以為自己所得到的嫡傳來保證。其實拳家的扯謊,自古已然,於今為烈,姜,姚又豈能免此。查姜,姚所練的太極拳,與楊派大同小異,書中所列的圖勢,色名,其間雖稍稍有些異點,然而彼此對照起來,總不能否認是楊派的支流,但其太極拳講義中卻要說他們所練的太極拳,是陳耕雲之子某以友誼資格傳定州許占鰲,許傳湯士林,倪成玉等,湯傳姜,姚二人。按不佞在陳溝親見耕雲曾孫照旭演練其世代相傳的老架十三勢,與時下楊派大異其趣,因而考知楊派之祖楊福魁,已將照旭高祖陳長興所傳者改變其面目。(詳拙著太極拳史的研究。)故凡曾目覩兩家練法之人,一望而知其區別,姜,姚襲楊派之形貌,想要去冒充陳派底嫡傳,只能騙騙那些眼界不廣的人而已,陳耕雲之子某傳太極拳於姜,姚的師祖這話,不是姜姚在那裏扯謊,便是他們的師祖許占鰲在那裏扯謊,拿這件事來作證,許占鰲的德望,似乎不能保證長拳為王宗岳發明的東西,何況據吾親詣陳溝調查之所得,陳耕雲的子孫,都不會太極長拳,太極長拳,在陳耕雲之父陳長興那時早已失傳,現在只有拳譜還可以找到。同時,太極拳經上,也找不出長拳是王宗岳發明的根據來。

Jiang et Yao prétendent avoir reçu la transmission directe du long poing inventé par Wang Zongyue ; leur intention n’est rien d’autre que de se faire valoir. Craignant de ne pouvoir se faire croire du public, ils font de Xu Zhan’ao un homme à la vertu haute et au prestige grand, qui sûrement ne dit pas de paroles vaines, et s’en portent garants de l’authenticité de ce qu’ils ont reçu. En vérité, les maîtres de boxe mentent depuis toujours, et aujourd’hui plus que jamais : comment Jiang et Yao y échapperaient-ils ? À examiner le taiji quan que pratiquent Jiang et Yao, il est à peu de chose près identique à celui de l’école Yang ; les postures et les noms de figures présentés dans leur livre offrent bien quelques légères différences, mais, mis en regard, on ne peut nier qu’il s’agisse d’un rameau de l’école Yang. Or leur Taiji quan jiangyi prétend que le taiji quan qu’ils pratiquent leur fut transmis par un fils de Chen Gengyun, qui le donna par amitié à Xu Zhan’ao de Dingzhou ; Xu le transmit à Tang Shilin, Ni Chengyu et d’autres, et Tang aux deux hommes, Jiang et Yao. Or j’ai vu de mes yeux, à Chenjiagou, l’arrière-petit-fils de Gengyun, Zhaoxu, exécuter le « vieux cadre » des treize postures transmis dans sa famille depuis des générations : il diffère profondément de l’école Yang d’aujourd’hui, ce qui m’a permis d’établir que le fondateur de l’école Yang, Yang Fukui [Yang Luchan], avait déjà changé l’aspect de ce que lui transmit Chen Changxing, l’arrière-arrière-grand-père de Zhaoxu (voir en détail mon Étude de l’histoire du taiji quan). Aussi quiconque a vu de ses yeux les méthodes des deux écoles en reconnaît la différence au premier regard : Jiang et Yao ont revêtu l’apparence de l’école Yang et veulent se faire passer pour les héritiers directs de l’école Chen ; ils ne peuvent tromper que ceux dont l’horizon est borné. Cette phrase — « un fils de Chen Gengyun transmit le taiji quan aux maîtres de Jiang et Yao » —, ou bien c’est Jiang et Yao qui mentent, ou bien c’est leur maître Xu Zhan’ao qui a menti. À prendre cet exemple comme preuve, le prestige moral de Xu Zhan’ao ne paraît pas capable de garantir que le long poing soit une invention de Wang Zongyue — d’autant que, d’après les enquêtes que j’ai menées en personne à Chenjiagou, aucun descendant de Chen Gengyun ne sait le long poing du taiji ; le long poing était déjà perdu du temps de Chen Changxing, père de Chen Gengyun, et l’on n’en retrouve plus aujourd’hui que les listes de postures. De même, on ne trouve dans les classiques du taiji quan aucun fondement à l’idée que le long poing soit une invention de Wang Zongyue.

數年前,不佞在北平廠肆得陰符鎗譜與太極拳經合抄本一冊。鎗譜之前,有乾隆乙卯―五十九年佚名氏敘一篇,敘中說

Il y a quelques années, j’ai obtenu dans les ateliers [librairies d’occasion] de Beiping un volume manuscrit réunissant le Yinfu qiang pu et le Taiji quan jing. En tête du manuel de lance figure une préface d’un auteur anonyme, datée de l’année yimao de Qianlong [1795] ; elle dit :

Chapitre six — La lance du yin conforme est son invention (陰符鎗是山右王先生發明的)

其說如左:

Voici ce qu’elle dit :

『山右王先生,自少時經史而外,黃帝,老子之書及兵家言,無書不讀,而兼通擊刺之術,鎗法其尤精者也。蓋先生深觀於盈虛消息之機,熟悉於止齊步伐之節,簡練揣摩,自成一家,名曰陰符鎗。噫!非先生之深於陰符,而能如是乎?

« Maître Wang de Shanyou, dès sa jeunesse, outre les classiques et les histoires, ne laissa aucun livre de Huangdi, de Laozi ni des stratèges sans le lire ; il possédait en outre l’art de frapper et de transpercer, et dans la lance était particulièrement accompli. Le maître, ayant profondément observé les ressorts du plein et du vide, du déclin et de la croissance, et s’étant familiarisé avec les cadences de l’arrêt, de l’alignement et du pas, tria, s’exerça et façonna : il forma sa propre école, qu’il nomma « lance du yin conforme ». Ah ! Sans être profondément versé dans le yin conforme, aurait-il pu en arriver là ?

辛亥歲,先生在落,卽以示予。予但觀其大略,而未得深悉其蘊,每以為憾!予應鄕試居汴。而先生適舘於汴,退食之餘,復出其稿示予。乃悉心觀之。先生之鎗,其潛也若藏於九泉之下,其發也若動於九天之上,變化無窮,剛柔相易,而其總歸於陰之一字,此誠所謂陰符鎗者也。

L’année xinhai, le maître était à Luo [Luoyang] et me la montra. Je n’en vis que les grandes lignes sans pénétrer le fond de ce qu’elle contient, ce dont j’ai toujours eu regret ! Je me présentais aux examens provinciaux et séjournais à Bian [Kaifeng]. Le maître, qui logeait justement à Bian, après le repas, sortit de nouveau son manuscrit pour me le montrer. Je l’examinai de tout mon cœur. La lance du maître : quand elle se cache, c’est comme enfouie sous les neuf sources ; quand elle part, c’est comme mue au-dessus des neuf cieux ; les transformations sont infinies, le dur et le souple se substituent l’un à l’autre, et tout se ramène au seul mot 陰 (yin, « caché ») : voilà ce qu’on appelle véritablement la lance du yin conforme.

先生常謂予曰:「予本不欲譜,但悉心於此中數十年,而始少有所得,不以公諸天下,□□□□□,□□□□□!」於是將鎗法集成為訣,而明其進退變化之法,囑序於予,因誌其大略而為之序云。』

Le maître me disait souvent : « Je n’avais pas l’intention de faire un manuel ; mais, ayant consacré à cet art des dizaines d’années d’application, j’y ai enfin gagné quelque chose ; si je ne le livrais pas au monde, □□□□□, □□□□□ ! » Il réunit donc les méthodes de lance en formules et éclaira ses façons d’avancer, de reculer et de varier, me priant d’en écrire la préface : j’en consigne donc les grandes lignes dans cette préface. »

這山右王先生是誰呢?吾以為卽是王宗岳。茲將

Quel est donc ce « maître Wang de Shanyou » ? À mon avis, c’est Wang Zongyue. Je présente ci-dessous

Chapitre sept — Le « maître Wang de Shanyou » du manuel de lance est bien Wang Zongyue (山右王先生就是王宗岳)

的證據,述之於後。陰符鎗總訣云:

les preuves, dans l’ordre. Les formules générales du Yinfu qiang pu disent :

『身則高下,手則陰陽,步則左右,眼則八方。陽進陰退,陰出陽囘,粘隨不脫,疾若風雲。以靜觀動,以退敵前,審機識勢,不為物先。下則高之,高則下之,左則右之,右則左之。剛則柔之,柔則剛之,實則虛之,虛則實之。鎗不離手,步不離拳,守中禦外,必對三尖。』

« Le corps monte et descend ; la main, passive et active ; le pas, à gauche et à droite ; le regard, vers les huit directions. L’actif avance, le passif recule ; le passif sort, l’actif revient ; coller et suivre sans se détacher ; rapide comme le vent et la nue. Par le calme, observer le mouvement ; par le recul, vaincre l’avance ; examiner l’occasion, reconnaître la situation, ne pas devancer les choses. Si l’adversaire est bas, se faire haut ; s’il est haut, se faire bas ; s’il va à gauche, aller à droite ; s’il va à droite, aller à gauche. S’il est dur, se faire souple ; s’il est souple, se faire dur ; s’il est plein, se faire vide ; s’il est vide, se faire plein. La lance ne quitte pas la main, le pas ne quitte pas le poing ; garder le centre et contenir l’extérieur ; il faut faire correspondre les trois pointes. »

訣中高下,左右,剛柔,虛實,進退,動靜,陰陽,粘隨,一一與太極拳經理論吻合,這是山右王先生卽王宗岳的一證。

Dans ces formules, le haut et le bas, la gauche et la droite, le dur et le souple, le vide et le plein, l’avance et le recul, le mouvement et le repos, le passif et l’actif, le collage et le suivi — tout s’accorde un à un avec la théorie des classiques du taiji quan : c’est là une première preuve que le maître Wang de Shanyou est Wang Zongyue.

太極拳經上的王宗岳藉山右,陰符鎗譜敘中的王先生也籍山右,這是山右王先生卽王宗岳的又一證。

Le Wang Zongyue des classiques du taiji quan est originaire de Shanyou ; le maître Wang de la préface du Yinfu qiang pu est aussi de Shanyou : nouvelle preuve que le maître Wang de Shanyou est Wang Zongyue.

太極拳經與陰符鎗譜合鈔在一起,其理論與文采,兩者又相合致,苟非同一人的著作,沒有這般巧合的事,這是山右王先生卽王宗岳的又一證。

Les classiques du taiji quan et le Yinfu qiang pu sont copiés dans un même volume ; leur théorie et leur style s’accordent l’un à l’autre : s’ils n’étaient pas l’œuvre d’un même homme, pareille coïncidence ne se produirait pas. Nouvelle preuve que le maître Wang de Shanyou est Wang Zongyue.

有以上這些證據,證明了山右王先生,卽是著太極拳經的王宗岳,在另外沒有找到別的新證據可以修正此說之前,大槪不算十分武斷吧!

Avec ces preuves, il est démontré que le maître Wang de Shanyou est bien Wang Zongyue, l’auteur des classiques du taiji quan ; tant qu’on n’aura pas trouvé d’autre preuve nouvelle permettant de corriger cette thèse, elle ne sera sans doute pas jugée trop arbitraire !

這陰符鎗譜與太極拳經之間,尚有春秋刀殘譜一種,其刀法現尚為陳溝傳習,刀譜亦可在陳溝拳家之間鈔得,據此以觀,王宗岳得陳溝之傳者,不單是太極拳一種,

Entre le Yinfu qiang pu et les classiques du taiji quan se trouve encore un texte incomplet du sabre du Printemps et de l’Automne ; cette méthode de sabre est aujourd’hui encore enseignée à Chenjiagou, et l’on peut en recopier le texte chez les maîtres du village. À voir cela, ce que Wang Zongyue reçut de Chenjiagou ne se limite pas au taiji quan :

Chapitre huit — Le sabre du Printemps et de l’Automne de Chenjiagou, dont Wang Zongyue reçut aussi la transmission (陳溝的春秋刀,王宗岳也兼得其傳)

茲將民國二十年不佞在陳溝所得的春秋刀譜與這殘譜,並錄於後,以資考證。

Je reproduis ci-dessous, côte à côte, le texte du sabre du Printemps et de l’Automne que j’obtins à Chenjiagou en 1931 (vingtième année de la République) et ce texte incomplet, pour qu’on puisse les confronter.

Texte incomplet du livret (春秋刀殘譜)

  1. 關聖提刀上霸橋,— « Guan Sheng lève son sabre sur le pont de la rivière Ba »
  2. 白雲蓋頂逞英豪。— « Les nuages couvrent le sommet : il déploie sa bravoure » (le texte porte 儫 pour 豪)
  3. 上三刀嚇殺許褚,— « Trois coups de sabre vers le haut épouvantent Xu Chu à mort »
  4. 下三刀驚退曹操。— « Trois coups de sabre vers le bas font reculer Cao Cao, effrayé »
  5. 白猿托刀往上砍,— « Le singe blanc porte le sabre et frappe vers le haut »
  6. 一掤虎就地飛來 — « Le tigre qui bondit s’élance depuis le sol » (le texte porte 非 pour 飛)
  7. 分鬃刀難遮難擋,— « Le sabre qui écarte la crinière : difficile de parer, difficile de résister »
  8. 十字刀劈壞胸膛。— « Le sabre en croix fend la poitrine » (le texte porte 懷 pour 壞)
  9. 囗囗囗囗囗囗囗,— (texte manquant)
  10. 磨腰刀古樹盤根,— « Le sabre qui frôle la taille : le vieil arbre tord ses racines »
  11. 左插花往上急砍,— « À gauche, ficher la fleur : frapper vivement vers le haut »
  12. 舉刀磨旗懷抱月。— « Lever le sabre comme on agite une bannière, puis embrasser la lune »
  13. 舞花撒手往上騰,— « La fleur dansée, lâcher une main et s’élever vers le haut »
  14. 落在懷中又抱月。— « Retomber dans la poitrine et embrasser encore la lune »
  15. 起刀反身往上沖,— « Lever le sabre, se retourner et jaillir vers le haut »
  16. 刺囘一舉嚇人魂,— « Piquer et revenir d’un seul élan : effrayer l’âme de l’adversaire »
  17. 插花往左定— « Ficher la fleur et se fixer vers la gauche… » (le texte s’interrompt ici, une page manque)

Texte de Chenjiagou (陳溝春秋刀譜)

  1. 關公提刀上霸橋,— « Le duc Guan lève son sabre sur le pont de la rivière Ba »
  2. 白雲蓋頂逞英豪。— « Les nuages couvrent le sommet : il déploie sa bravoure »
  3. 上三刀嚇殺許褚,— « Trois coups de sabre vers le haut épouvantent Xu Chu à mort »
  4. 下三刀驚退曹操。— « Trois coups de sabre vers le bas font reculer Cao Cao, effrayé »
  5. 白猿拖刀往上砍,— « Le singe blanc traîne le sabre et frappe vers le haut »
  6. 一掤虎就地飛來。— « Le tigre qui bondit s’élance depuis le sol »
  7. 分鬃刀難遮難當,— « Le sabre qui écarte la crinière : difficile de parer, difficile de résister »
  8. 十字刀劈砍胸懷。— « Le sabre en croix fend et frappe la poitrine »
  9. 翻身一刀往上砍,— « Se retourner d’un coup de sabre et frapper vers le haut »
  10. 磨腰刀囘又盤根,— « Le sabre qui frôle la taille revient et s’enroule aux racines »
  11. 左插花往上急砍,— « À gauche, ficher la fleur : frapper vivement vers le haut »
  12. 舉刀磨旗懷抱月。— « Lever le sabre comme on agite une bannière, puis embrasser la lune »
  13. 五花撒手往上磨,— « La fleur en mouvement, lâcher une main et frotter vers le haut »
  14. 落在懷中又抱月。— « Retomber dans la poitrine et embrasser encore la lune »
  15. 率刀翻身往上砍,— « Conduire le sabre, se retourner et frapper vers le haut »
  16. 刺囘一舉嚇人魂。— « Piquer et revenir d’un seul élan : effrayer l’âme de l’adversaire »
  17. 翻花往左定下勢,— « Renverser la fleur vers la gauche et fixer la posture basse »
  18. 白雲蓋頂又轉囘。— « Les nuages couvrent le sommet, puis l’on revient »
  19. 右插花翻身往上砍,— « À droite, ficher la fleur, se retourner et frapper vers le haut »
  20. 再舉靑銅砍死人。— « Lever encore le bronze vert et frapper l’adversaire à mort »
  21. 翻花往左定下勢,— « Renverser la fleur vers la gauche et fixer la posture basse »
  22. 白雲蓋頂又轉囘。— « Les nuages couvrent le sommet, puis l’on revient »
  23. 挑袍翻身猛囘頭,— « Soulever la robe, se retourner et jeter un regard farouche en arrière »
  24. 十字分鬃直扎去。— « En croix, écarter la crinière et piquer droit devant »
  25. 花刀轉下銅翻杆,— « Le sabre fleuri tourne vers le bas comme une barre de bronze qui bascule »
  26. 左右插花誰敢拒。— « Ficher la fleur à gauche et à droite : qui oserait s’y opposer ? »
  27. 花刀轉下鐵門閂,— « Le sabre fleuri tourne vers le bas comme le verrou d’une porte de fer »
  28. 捲簾倒退誰遮閉。— « Rouler le store et reculer : qui songerait à parer ? »
  29. 花—左右往上砍,— « La fleur, à gauche et à droite, frappe vers le haut » (un caractère, sans doute 刀, manque après 花)
  30. 十字一刀忙舉起。— « Le coup de sabre en croix, on le lève promptement »
  31. 春秋刀遇五關內。— « Le sabre du Printemps et de l’Automne franchit les cinq passes »

春秋刀殘譜,在陰符鎗譜七絕與太極拳十三勢論之間。―廠本。

Le texte incomplet du sabre du Printemps et de l’Automne se trouve entre le recueil de quatrains du Yinfu qiang pu et le Traité des treize dynamiques du taiji quan. — Livret de l’atelier [n° 4].

十字刀與磨腰刀之間,陳溝刀譜,較殘譜多『翻身一刀往上砍』之句,其餘雖文字微有差異之處,然與吾的論證是不相背馳的。接著,再來研究

Entre le sabre en croix et le sabre qui frôle la taille, la liste de Chenjiagou comporte, de plus que le texte incomplet, la phrase « se retourner d’un coup de sabre et frapper vers le haut » ; pour le reste, s’il y a de légères différences de texte, elles ne contredisent pas ma démonstration. Passons maintenant à l’examen de

Chapitre neuf — Quel homme était Wang Zongyue ? (王宗岳是怎樣一個人物?)

陰符鎗譜佚名氏的敘告訴我們:王宗岳是山西人。他的治學,自少時經史而外,黃帝,老子之書及兵家言,無書不讀。辛亥歲―乾隆五十五年,他在洛,其後舘於汴。他兼通擊刺之術,尤精於鎗法,他悉心於此中者數十年,深觀於盈虛消息之機,熟悉於止齊步伐之節,簡練揣摩,自成一家,名曰陰符鎗。又將鎗法集成為訣,以公天下。敘末署乾隆乙卯,證明了他於乾隆五十九年尚好健在。他怎樣學得太極拳的呢?陰符鎗譜敘中不是說過他在汴,洛之間處過舘的嗎!太極拳的發源地,在河南懷慶府溫縣陳溝村,―一稱陳家溝,或稱陳家溝子,簡稱陳溝。如果我們要從開封或洛陽前去,只要乘隴海車由開封之西,洛陽之東的汜水,渡黃河十餘里地便到。因為氾水介於汴,洛之間,而溫縣則在氾水的對岸,明白了上述的地理,王宗岳之學得太極拳,當卽在其居留洛,汴的時期中。以鈔本中的春秋刀譜來看,他不但學得陳溝的太極拳,並且學得陳溝的春秋刀等武藝。他的武藝著作理論,受黃,老思想的影響,這也是佚名氏在敘中明白告訴我們的。

La préface anonyme du Yinfu qiang pu nous apprend que Wang Zongyue était du Shanxi. Dans ses études, dès sa jeunesse, outre les classiques et les histoires, il ne laissa aucun livre de Huangdi, de Laozi ni des stratèges sans le lire. L’année xinhai — que Tang Hao date de la cinquante-cinquième année de Qianlong —, il était à Luo [Luoyang], puis il logea à Bian [Kaifeng]. Il possédait en outre l’art de frapper et de transpercer, et excellait particulièrement dans la lance ; il y consacra des dizaines d’années, observa profondément les ressorts du plein et du vide, du déclin et de la croissance, se familiarisa avec les cadences de l’arrêt, de l’alignement et du pas, tria, s’exerça et façonna, et forma sa propre école, qu’il nomma « lance du yin conforme ». Il réunit aussi ses méthodes de lance en formules, pour les livrer au monde. La préface porte à la fin la date de l’année yimao de Qianlong [1795], ce qui prouve qu’en la cinquante-neuvième année de Qianlong il vivait encore, et en bonne santé. Comment apprit-il le taiji quan ? La préface du Yinfu qiang pu ne dit-elle pas qu’il avait logé entre Bian et Luo ? Le berceau du taiji quan est le village de Chen gou (陳溝村), dans le xian de Wen, préfecture de Huaiqing, au Henan — on l’appelle aussi Chenjiagou, ou Chenjiagouzi, en abrégé Chen gou. Si l’on veut s’y rendre depuis Kaifeng ou Luoyang, il suffit de prendre le train de la ligne Longhai jusqu’à Sishui, à l’ouest de Kaifeng et à l’est de Luoyang, de traverser le fleuve Jaune, et l’on y est après une dizaine de li ; car Sishui se trouve entre Bian et Luo, et le xian de Wen est sur l’autre rive. Cette géographie posée, Wang Zongyue apprit le taiji quan pendant la période où il séjourna à Luo et à Bian. À voir le texte du sabre du Printemps et de l’Automne contenu dans le manuscrit, il n’apprit pas seulement le taiji quan de Chen gou, mais aussi le sabre du Printemps et de l’Automne et d’autres arts de Chen gou. Sa théorie des arts martiaux, consignée dans ses écrits, subit l’influence de la pensée de Huangdi et de Laozi : c’est également ce que l’auteur anonyme nous dit clairement dans sa préface.

進一步,要討論的是:

Allons plus loin : ce qu’il faut maintenant examiner, c’est

Chapitre dix — Les classiques du taiji quan sont-ils de Wang Zongyue ? (太極拳經是否王宗岳的著作?)

太極拳經除同,禹,圖,鎭四本外,均有如左的一節註:

Les classiques du taiji quan, sauf dans quatre exemplaires (Tong, Yu, Tu, Zhen), comportent tous la note que voici :

『此係武當山張三豐老先師遺論

« Ceci est une théorie laissée par le Vénérable maître fondateur Zhang Sanfeng du mont Wudang,

―百本:此作右,豐作丰,無先字。

— Édition Guan : 此 au lieu de 右 ; 丰 au lieu de 豐 ; pas de caractère 先.

秀本:此句作武當山眞仙張三峯老師遺論。

— Édition Chen Xiufeng : la phrase se lit 武當山眞仙張三峯老師遺論 (« une théorie laissée par l’immortel véritable Zhang Sanfeng du mont Wudang »).

容本:此句作以上係三丰祖師所著。―

— Édition Jiang : la phrase se lit 以上係三丰祖師所著 (« ce qui précède est de l’ancêtre-maître Sanfeng »).

欲天下豪傑延年養生,

Il voulait que les héros du monde entier prolongent leurs ans et entretiennent leur vie,

―百,容二本:養生作益壽。―不徒作技藝之末也。』

— Éditions Guan et Jiang : 益壽 au lieu de 養生. — et non qu’ils s’en tiennent au dernier des arts et des techniques. »

右註,澄,微,鑑,致四本,都在十三勢論,太極拳解二篇之後。

Cette note finale se trouve, dans les quatre éditions Cheng, Wei, Jian et Zhi, après les deux pièces « Traité des treize dynamiques » et « Explication du taiji quan ».

廠,百二本,都在太極拳論之後,

Dans les éditions de l’atelier [n° 4] et de Guan, elle se trouve après le « Discours sur le taiji quan » ;

文本在十三勢論之後。

dans l’édition Huang, après le « Traité des treize dynamiques ».

秀本在拳經全文之首。

Dans l’édition Chen Xiufeng, elle ouvre le texte entier des classiques.

容本則註在十三勢論,太極拳論,太極拳解三篇之後。

Dans l’édition Jiang, elle est placée après les trois pièces : Traité des treize dynamiques, Discours sur le taiji quan et Explication du taiji quan.

這九本註的地位,彼此不同,究竟那一篇是張三丰著的?那一篇是王宗岳著的?這批太極拳著作家,將瞠目無以對吧!這一節註,如果說王宗岳自己因為張三丰的神仙名重,假託了這位道人,以遂其文章登龍之術,那麼,他所著的陰符鎗譜,為何不同樣地也借重張三丰呢?陰符鎗譜且不肯假託古人,何況太極拳經?更就太極拳產生的時期來說,此拳為溫縣陳溝村陳王廷所發明,王廷,明末淸初人,國亡後隱居,取戚繼光三十二勢拳經,和黃庭經吐納之術,來創造出太極拳,這是在其遺詩及陳氏家譜中可以證明出來的。(詳見拙著戚繼光拳經。)張三丰至少是元末明初人,與王廷相去三百年,不但奉張三丰為太極拳鼻祖,出於附會,卽太極拳經中的一部,說是張三丰所遺留,也是受附會者所欺,況以太極拳經的整個內容來看,不僅其本身的文體,完全一致,與陰符鎗譜的文體,其至理論,亦無不同,足見太極拳經這一著作,出自山右王先生宗岳一手的推論,不是武斷的。至後人之所以附會於張三丰者,大槪體驗到此拳演練之法,與道家養生之術有貫通之處,同時,民間張三丰的印象,影響了這位好為附會的先生,註在王宗岳著作之後,這是很可能之事。茲將數百年來民間對於張三丰印象深刻與普遍的原因敘述於後,以明

La position de cette note varie ainsi d’un livre à l’autre : quelle pièce est donc de Zhang Sanfeng, et quelle pièce de Wang Zongyue ? Ces auteurs de taiji quan en resteront les yeux écarquillés, sans réponse. Si l’on admet que Wang Zongyue lui-même, parce que le nom immortel de Zhang Sanfeng avait du poids, s’abrita derrière ce personnage taoïste pour faire passer son texte pour une révélation et servir ainsi sa réputation littéraire, alors pourquoi son Yinfu qiang pu ne s’appuie-t-il pas de la même façon sur Zhang Sanfeng ? Le Yinfu qiang pu ne consent même pas à s’abriter derrière un ancien ; à plus forte raison les classiques du taiji quan ! Et si l’on considère l’époque où le taiji quan naquit : cette boxe fut inventée par Chen Wangting, du village de Chen gou dans le xian de Wen ; Wangting, homme de la fin des Ming et du début des Qing, vécut retiré après la chute de l’État, prit les trente-deux postures du Classique de la boxe de Qi Jiguang et les méthodes de respiration du Huangting jing, et en tira le taiji quan — ce que démontrent un poème qu’il a laissé et les registres de la famille Chen (voir en détail mon étude sur le Classique de la boxe de Qi Jiguang). Zhang Sanfeng est au plus tôt un homme de la fin des Yuan et du début des Ming, à trois siècles de Wangting : non seulement faire de Zhang Sanfeng le patriarche du taiji quan relève du rattachement arbitraire, mais dire qu’une partie des classiques du taiji quan fut laissée par Zhang Sanfeng, c’est être dupé par ceux qui l’ont ainsi rattaché. D’autant que, à considérer l’ensemble du contenu des classiques, non seulement leur style est parfaitement homogène, mais ce style, et jusqu’à leur théorie, ne diffère pas de celui du Yinfu qiang pu : il est donc clair que les classiques du taiji quan sont sortis d’une seule main, celle du maître Wang Zongyue de Shanyou, et cette conclusion n’a rien d’arbitraire. Quant aux raisons pour lesquelles les générations suivantes l’ont rattaché à Zhang Sanfeng : elles avaient sans doute éprouvé que la méthode d’exécution de cette boxe a quelque chose de commun avec les arts de conservation de la vie des taoïstes ; en même temps, l’impression que Zhang Sanfeng laissait dans le peuple marqua ce monsieur amateur de rattachements arbitraires, qui ajouta sa note après le texte de Wang Zongyue : cela est très vraisemblable. Je vais exposer ci-dessous les raisons pour lesquelles, pendant des siècles, l’impression de Zhang Sanfeng fut dans le peuple si profonde et si répandue, afin de faire comprendre

Chapitre onze — D’où vient le rattachement d’une partie des classiques à Zhang Sanfeng (王宗岳太極拳經的一部,附會於張山丰的來由)

明史方伎傳所記的張三丰:

Ce que la section « Biographies des techniques » (方伎傳) de l’Histoire des Ming dit de Zhang Sanfeng :

『太祖故聞其名,洪武二十四年,遣使覓之,不得。永樂中,成祖遣給事中胡濙,偕內侍朱祥,齎璽書香幣往訪,遍歷荒徼,積年不遇。乃命工部侍郎郭璉,隆平候張信等,督丁夫三十餘萬人,大營武當宮觀,費以百萬計,旣成,賜名太和太岳山,設官鑄印以守。天順三年,英宗賜誥贈為通微顯化眞人。』

« L’empereur Taizu, ayant entendu parler de sa renommée, envoya en la vingt-quatrième année de son règne [1391] un émissaire à sa recherche, sans le trouver. Sous Yongle, l’empereur Chengzu envoya le jishizhong Hu Ying, accompagné de l’eunuque de cour Zhu Xiang, porteurs de lettres scellées de l’empereur, d’encens et de présents, pour aller le chercher : ils parcoururent les confins déserts, des années durant, sans le rencontrer. Il ordonna alors au vice-ministre des Travaux Guo Jin, au marquis de Longping Zhang Xin et à d’autres de diriger plus de trois cent mille ouvriers pour construire en grand les palais et les temples du Wudang, avec des dépenses de plusieurs millions ; l’ouvrage achevé, le mont reçut le nom de Taihe Taishan, et l’on établit des fonctionnaires et frappa des sceaux pour le garder. En la troisième année de Tianshun [1459], l’empereur Yingzong lui conféra par décret le titre d’« Immortel de la pénétration du subtil et de la manifestation des transformations » (通微顯化眞人). »

明史胡濙傳:

La biographie de Hu Ying dans l’Histoire des Ming :

『惠帝之崩於火,或言遯去,諸舊臣多從者。帝疑之,遣濙頒御製諸書,並訪仙人張邋遢,徧行天下州,郡,鄕,邑,隱察建文帝所在。』

« L’empereur Huidi périt dans un incendie ; certains dirent qu’il s’était enfui et que beaucoup de ses anciens ministres l’avaient suivi. L’empereur conçut des soupçons : il envoya Hu Ying distribuer les livres composés par l’empereur et, en même temps, chercher l’immortel Zhang Lata (« Zhang le débraillé »), parcourant toutes les préfectures, commanderies, cantons et bourgades de l’empire pour surveiller en secret où se trouvait l’empereur Jianwen. »

讀了以上兩傳,可見成祖因太祖曾訪過張三丰,便借此為題,遣胡濙借內侍去隱察建文帝安在。成祖為甚麼要做這套把戲呢?當然為了政治上的顧忌,這是毫無疑義的。胡濙在外訪了十餘年,訪得惠帝遯去的消息不實,乃悉以所聞奏對。永樂為遮蓋天下耳目計,大營武當宮觀,這就是所謂假戲眞做之法。但,民間因胡濙表面上到處去訪求張三丰,故毘陵見聞錄有胡老尚書趕張邋遢之語,加之丁夫三十餘萬人,大營武當宮觀,旣成之後,又設官鑄印以守,天順三年,英宗更仰體先人之意,賜誥為通微顯化眞人,這些都是十分聳動社會視聽的事,因此,有明一代,民間對於張三丰印象的普遍與深刻,逈非其他道家可比。明亡以後,雍正年間的汪夢九,道光年間的李西月,還替這位邋遢道人編全集,足見其影響的久遠而不衰,這便是一切附會之所由。後人把王宗岳所著的太極拳經的一部來附會於張三丰,一方由於太極拳運氣之法,與道家養生之術相通,一方由於民間張三丰印象的普遍與深刻,造成了附會的因素,而思想滯留於數世紀以前的拳家,或則限於知識的淺薄,或則作為安身立命的法門,於是附會妖妄,標榜神仙,盲從瞎說之風,遂彌漫於武藝作家之間。

À lire ces deux biographies, on voit que l’empereur Chengzu, parce que Taizu avait jadis cherché Zhang Sanfeng, prit ce prétexte pour envoyer Hu Ying, avec des eunuques de cour, surveiller secrètement où était l’empereur Jianwen. Pourquoi l’empereur jouait-il cette comédie ? Certainement par scrupule politique : cela ne fait aucun doute. Hu Ying chercha au-dehors plus de dix ans et, ayant constaté que la nouvelle de la fuite de Huidi était fausse, rapporta tout ce qu’il avait appris. Yongle, pour couvrir les yeux et les oreilles du monde, fit construire en grand les palais du Wudang : c’est ce qu’on appelle jouer la comédie pour de bon. Mais, parce que, en apparence, Hu Ying allait partout chercher Zhang Sanfeng, le Piling jianwen lu contient la phrase « le vieux ministre Hu à la poursuite de Zhang le débraillé » ; à quoi s’ajoutent les plus de trois cent mille ouvriers, la construction des palais du Wudang, l’établissement de fonctionnaires et la fonte de sceaux pour les garder, et, en la troisième année de Tianshun, l’empereur Yingzong qui, s’associant aux intentions de ses ancêtres, lui conféra le titre d’« Immortel de la pénétration du subtil et de la manifestation des transformations » : toutes choses extrêmement propres à frapper les yeux et les oreilles du public. Aussi, pendant toute la dynastie Ming, l’impression que Zhang Sanfeng laissa dans le peuple fut-elle d’une diffusion et d’une profondeur que nul autre taoïste n’égala. Après la chute des Ming, Wang Mengjiu sous Yongzheng et Li Xiyue sous Daoguang composèrent encore les œuvres complètes de ce taoïste débraillé — preuve du rayonnement durable, et jamais démenti, de son influence : c’est là l’origine de tous les rattachements arbitraires. Que les générations suivantes aient rattaché à Zhang Sanfeng une partie des classiques écrits par Wang Zongyue tient, d’une part, à ce que la méthode de conduite du souffle du taiji quan communique avec les arts de conservation de la vie des taoïstes, d’autre part, à ce que l’impression de Zhang Sanfeng était, dans le peuple, répandue et profonde : voilà les facteurs du rattachement. Et les maîtres de boxe dont la pensée était restée en suspens plusieurs siècles en arrière — soit par pauvreté de savoir, soit pour s’en faire un moyen d’existence — firent se répandre parmi les auteurs d’arts martiaux un vent de rattachements absurdes et démoniaques, de glorification des immortels et de propos suivis aveuglément.

Deuxième partie — L’établissement du texte (chapitres 13 à 15)

Chapitre treize — Corrections apportées au texte du livret pour les classiques (廠本太極拳經校訂記)

本書太極拳經正文,是廠本原文而取各本訂正的。

Le texte des classiques du taiji quan donné dans mon livre suit l’original du livret de l’atelier [n° 4], corrigé d’après les autres éditions.

從字義方面訂正的訛字如左:

Les caractères erronés, corrigés du point de vue du sens, sont les suivants :

勁以曲經而有餘的經字,訂正為蓄字。

勁以曲蓄而有餘。

le caractère 經 est corrigé en 蓄, ce qui donne : « lorsque la force (勁) se met en réserve dans les courbures, elle est en abondance ».

從音,形兩方訂正的訛字如左:

Caractères erronés, corrigés du point de vue du son et de la forme :

玩整一氣的玩字,訂正為完字。

由腳而腿而腰,總須完整一氣。

le caractère 玩 est corrigé en 完 : « du pied à la jambe, puis à la taille, il faut que tout ne forme qu’une continuité achevée ».

氣遍身區不少痴的區字,訂正為軀字。

變轉虛實須留意,氣遍身軀不少痴。

le caractère 區 est corrigé en 軀 : « il faut prendre garde à l’alternance du vide et du plein ; alors l’énergie circule par tout le corps sans s’y figer ».

從音,義兩方訂正的訛字如左:

Caractères erronés, corrigés du point de vue du son et du sens :

卽於下意的於字,訂正為寓字。

如意要向上,即寓下意。

le caractère 於 est corrigé en 寓 : « si l’intention va vers le haut, qu’elle contienne une intention vers le bas ».

處處總此宜虛實的宜字,訂正為一字。

處處總此一虛實。

le caractère 宜 est corrigé en 一 : « partout il en va toujours ainsi : un vide et un plein ».

靜之則和的和字,訂正為合字。

動之則分,靜之則合。

le caractère 和 est corrigé en 合 : « au mouvement, ils se séparent ; au repos, ils se réunissent ».

須領頂勁的須字,訂正為虛字。

虛領頂勁。

le caractère 須 est corrigé en 虛 : « sans effort, élever la force du sommet de la tête » (虛領頂勁).

多悟捨近求遠的悟字,訂正為悞字。

本是舍己從人,多悞捨近求遠。

le caractère 悟 est corrigé en 悞 : « à l’origine il s’agit de renoncer à soi-même pour suivre l’autre ; beaucoup se trompent en cherchant loin ce qui est près ».

並無一字浮衍陪襯的浮字,訂正為敷字。

此論句句切要在心,並無一字敷衍陪襯。

le caractère 浮 est corrigé en 敷 : « chaque phrase de ce discours touche l’essentiel et s’inscrit au cœur ; pas un mot n’y est de remplissage ».

字字眞切亦無遺的亦字,訂正為已字。

歌兮歌兮百四十,字字真切已無遺。

le caractère 亦 est corrigé en 已 : « chante, chante ces cent quarante mots : chacun est juste, et rien n’y manque plus ».

枉費工夫噫嘆息的噫字,訂正為貽字。

若不向此推求去,枉費工夫貽嘆惜。

le caractère 噫 est corrigé en 貽 : « si l’on ne cherche pas de ce côté, on perd sa peine et l’on ne recueille que des soupirs ».

外是安逸的是字,訂正為示字。

內固精神,外示安逸。

le caractère 是 est corrigé en 示 : « intérieurement affermir l’esprit, extérieurement montrer l’aisance ».

從形,義兩方訂正的訛字如左:

Caractères erronés, corrigés du point de vue de la forme et du sens :

斯致旁門甚多的致字,訂正為技字。

斯技旁門甚多。

le caractère 致 est corrigé en 技 : « les voies secondaires de cet art sont fort nombreuses ».

學者不可不詳辦巫的辦巫二字,訂正為辨焉。

學者不可不詳辨焉。

les deux caractères 辦巫 sont corrigés en 辨焉 : « l’étudiant ne peut se dispenser d’examiner tout cela en détail ».

勢勢存心撥用意的撥字,訂正為揆字。

勢勢存心揆用意。

le caractère 撥 est corrigé en 揆 : « posture après posture, garder l’intention au cœur et peser son dessein ».

若言休用何為準與神舒休靜的休字,訂正為體字。

若言體用何為準?

神舒體靜。

le caractère 休 est corrigé en 體, ce qui donne : « si l’on parle de la théorie et de l’usage, quel est le critère ? » et « l’esprit à l’aise, le corps au calme ».

所謂頂頭見也的見字,訂正為懸字。

所謂頂頭懸也。

le caractère 見 est corrigé en 懸 : « ce qu’on appelle suspendre le sommet de la tête ».

發勁須沉者鬆淨的者字,訂正為著字。

發勁須沉著鬆淨,專主一方。

le caractère 者 est corrigé en 著 : « pour émettre le jin (勁), il faut être posé et détendu, et viser une seule direction ».

何堅不推的推字,正訂為摧字。

運勁如百鍊鋼,何堅不摧。

le caractère 推 est corrigé en 摧 : « conduire sa force comme l’acier cent fois trempé : quelle solidité ne se brise pas ? »

從音,形,義三方訂正的訛字如左:

Caractère erroné corrigé à la fois pour le son, la forme et le sens :

無為不立的為立二字,

從音,義上將為字訂正為微字。

從形,義上將立字訂正為至字

行氣如九曲珠,無微不至。

deux caractères sont en cause : 為, corrigé en 微 pour le son et le sens ; 立, corrigé en 至 pour la forme et le sens. On obtient : « faire circuler l’énergie comme à travers une perle au chemin sinueux : il n’est pas de recoin qu’elle n’atteigne ».

訂正其倒書者如左:

Corrections des caractères transposés :

勿令毫絲間斷耳的毫絲二字,訂正為絲毫。

週身節節貫串,勿令絲毫間斷耳。

les deux caractères 毫絲 sont remis dans l’ordre 絲毫 : « dans tout le corps, chaque segment se relie au suivant : qu’il n’y ait pas la moindre rupture ».

訂正其說漏者如左:

Corrections des omissions :

腹內鬆淨騰然,淨下脫一氣字;

刻刻留意在腰間,腹內鬆淨氣騰然。

le caractère 氣 manque après 淨 : « à chaque instant, veiller à la taille ; quand l’intérieur du ventre est détendu et pur, l’énergie s’élève ».

然後堅硬,後下脫一極字,悉為補入。

極柔輭,然後極堅硬。

le caractère 極 manque après 後 : je l’ai rétabli partout ; « une souplesse extrême, puis une fermeté extrême ».

Chapitre quatorze — Les causes des variantes entre les éditions des classiques (各本太極拳經文字同異的原因)

各本太極拳經文字間的大同小異,大槪不外左列幾種原因:

Les divergences, grandes ou petites, entre les textes des différentes éditions des classiques ne remontent, en gros, qu’aux quelques causes suivantes :

一,傳鈔沿訛。

1° les erreurs accumulées par la copie ;

二,本於心得而為添改。

2° les additions et corrections faites de bonne foi, d’après une expérience personnelle ;

三,妄自添改。

3° les additions et corrections faites à la légère.

傳鈔沿訛者,類如校訂記訂正的各字是。

Les erreurs de copie sont par exemple les caractères corrigés dans le mémoire de collation ci-dessus.

與原文文體不能辨別其出於二手者,祇能認為歷來太極拳家本於心得所為之添改,今已不能指出其孰為原文?孰為添改之文?但參證各本,其遣辭命意,多本相同而一二本獨異,或文采不類者,亦可察知非為原文。如:

Là où le style ne permet pas de distinguer un texte de première main d’un texte de seconde main, on ne peut que supposer des additions et corrections faites au fil des générations par les maîtres de taiji quan d’après leur expérience personnelle ; il n’est plus possible aujourd’hui d’indiquer quelle part est l’original et quelle part l’addition. Mais, en confrontant les diverses éditions, on voit que le choix des mots et les idées sont le plus souvent les mêmes, qu’une ou deux éditions seules s’écartent, ou que le style n’est pas de la même qualité : on peut alors reconnaître que ce n’est pas l’original. Ainsi :

若將物掀起而加以挫之之意,

容本作譬之將植物掀起而加以挫折之力。

« comme lorsqu’on arrache une chose du sol, il faut y joindre l’intention de la briser ». L’édition Jiang porte 譬之將植物掀起而加以挫折之力 : « à la manière dont on arrache une plante et lui applique la force qui la brise ».

工夫無息法自修,

秀本作功用無息法自休。

« c’est dans l’effort sans relâche que la méthode se cultive d’elle-même ». L’édition Chen Xiufeng porte 功用無息法自休.

動急則急應,動緩則緩隨,

圖本作動急則急應謂之連,動緩則緩應謂之隨。

« s’il bouge vite, répondre vite ; s’il bouge lentement, suivre lentement ». L’édition Wu Tunan porte 動急則急應謂之連,動緩則緩應謂之隨 : « … cela s’appelle lian (se lier) ; … cela s’appelle sui (suivre) ».

不偏不倚,

圖本作中立不依。

« ni incliné ni appuyé ». L’édition Wu Tunan porte 中立不依 : « se tenir au centre sans s’appuyer ».

忽隱忽現,

圖本作乍隱乍現。

« tantôt caché, tantôt visible ». L’édition Wu Tunan porte 乍隱乍現 (même sens, avec 乍 au lieu de 忽).

無氣者純剛下,

圖本多卽得乾坤行健之理所以十字。

« celui qui s’appuie sur son énergie n’a pas de force ; celui qui n’a pas d’énergie est pure dureté ». L’édition Wu Tunan ajoute ici 卽得乾坤行健之理,所以 : « pour obtenir le principe de l’activité vigoureuse du ciel (hexagramme 乾) ».

參證他本,均可以看出是添改的。

En confrontant les autres éditions, on voit que tout cela est addition et correction.

妄自添改的,如:

Les additions et corrections faites à la légère, par exemple :

尤須貫串,

圖本作猶須貫串。

« il faut surtout qu’il y ait continuité ». L’édition Wu Tunan porte 猶須貫串 (soit « il faut toujours »).

無使有斷續處的處字,

鎭本作時。

le caractère 處 de 無使有斷續處 (« qu’il n’y ait nulle part de rupture »). L’édition Tian Zhenfeng porte 時 (« à aucun moment »).

有不得機得勢處,

文本機下多一不字。

« si l’on n’obtient pas l’occasion ni la position ». L’édition Huang ajoute un 不 après 機.

處處總此一虛實,

文本作處處總此一虛一實。

« partout il en va toujours ainsi : un vide et un plein ». L’édition Huang porte 處處總此一虛一實.

而理為一貫,

微本作而惟性一貫;

« et le principe demeure un ». L’édition Chen Weiming porte 而惟性一貫 ;

容本作而理與性惟一貫。

l’édition Jiang porte 而理與性惟一貫 (« le principe et la nature demeurent un »).

左重則左虛,

圖本作左重則左必虛。

« quand la gauche est chargée, la gauche se vide ». L’édition Wu Tunan porte 左重則左必虛.

右重則右虛,

圖本作右重則右必輕。

« quand la droite est chargée, la droite se vide ». L’édition Wu Tunan porte 右重則右必輕 (« la droite s’allège »).

仰則彌高,

圖本作仰高鑽堅。

« si l’on regarde en haut, c’est plus haut encore ». L’édition Wu Tunan porte 仰高鑽堅 (« en haut, c’est plus haut ; en perçant, c’est plus dur »).

英雄所向無敵,

容本作豪雄所向無敵。

« le héros ne rencontre aucun adversaire ». L’édition Jiang porte 豪雄 au lieu de 英雄.

蓋皆由此而及也,

容本作蓋皆由階而及也。

« et c’est toujours par là que l’on y parvient ». L’édition Jiang porte 蓋皆由階而及也 (« c’est par degrés que l’on y parvient »).

顯非力勝,

文本作顯非蠻力所能勝。

« il est clair que ce n’est pas la force qui l’emporte ». L’édition Huang porte 顯非蠻力所能勝 (« il est clair que la force brute ne peut en triompher »).

觀耄耋能禦衆之形,

澄本作觀耄耋能禦衆人之形;

« à voir un vieillard repousser la foule — quelle attitude ! ». L’édition Yang Chengfu porte 觀耄耋能禦衆人之形 ;

圖本作觀耄耋能禦衆之情。

l’édition Wu Tunan porte 觀耄耋能禦衆之情 (« … la situation d’un vieillard repoussant la foule »).

立如平準,

文本作惟在立如平準;

« se tenir droit comme une balance ». L’édition Huang porte 惟在立如平準 ;

圖本作惟立如平準;

l’édition Wu Tunan porte 惟立如平準 ;

澄本作立及平準。

l’édition Yang Chengfu porte 立及平準.

惟欲避此病,

文本作惟欲避此弊病。

« si l’on veut éviter cette maladie ». L’édition Huang porte 惟欲避此弊病.

掤,捋,擠,按須認眞,

鎭本作,捋,掤,擠,按須認眞。

« les techniques de peng, lü, ji et an doivent être prises au sérieux ». L’édition Tian Zhenfeng intervertit : 捋,掤 (« lü, peng »).

乃有圓活之趣,

圖本作乃有圓活趣味。

« alors on a la saveur du rond et du vif ». L’édition Wu Tunan porte 乃有圓活趣味.

氣歛入骨,

文本作氣歛入骨髓。

« l’énergie se rassemble dans les os ». L’édition Huang porte 氣歛入骨髓 (« dans les os et la moelle »).

氣歛入骨下,秀本多三分靠胳膊。

Après 氣歛入骨, l’édition Chen Xiufeng ajoute 三分靠胳膊 (« un tiers repose sur les bras »).

刻刻在心,

秀本作刻刻兩儀存心。

« à chaque instant, avoir cela au cœur ». L’édition Chen Xiufeng porte 刻刻兩儀存心 (« à chaque instant, garder au cœur les deux modes, yin et yang »).

以上只須在修辭方面一看,顯與原文不類,所以可斷其出於妄自添改。

Il suffit, pour tout ce qui précède, de jeter un coup d’œil au travail de la rhétorique : la différence avec l’original saute aux yeux, et l’on peut conclure à des additions et corrections faites à la légère.

此外原文沿訛,如:百,圖二本無微不利的利字,應加改正而反不改。案成語中只有無往不利及無微不至,而沒有無微不利的成語。

Il arrive aussi que des erreurs se perpétuent dans le texte original lui-même : ainsi, dans les éditions Guan et Wu Tunan, le caractère 利 de 無微不利, qui devrait être corrigé et ne l’est pas. En effet, les locutions courantes sont 無往不利 (« réussir partout ») et 無微不至 (« ne négliger aucun détail »), mais il n’existe pas de locution 無微不利.

黃梨洲王征南墓誌銘:『三丰為武當丹士,徽宗召之,道梗不得進,夜夢元帝授之拳法,厥明,以單丁殺賊百餘。』這段神話,只要你是有常識的,你會不會相信?

Dans l’« Épitaphe de Wang Zhengnan » de Huang Lizhou [Huang Zongxi] : « Sanfeng était un alchimiste du Wudang ; l’empereur Huizong le manda, mais la route était coupée et il ne put avancer ; la nuit, le premier empereur [des Song] lui enseigna en rêve la méthode du poing, et le lendemain, seul, il tua plus de cent brigands. » Ce mythe, pour peu que vous ayez le sens commun, le croiriez-vous ?

Chapitre quinze — Sur les classiques du taiji quan (關於太極拳經)

Section 1 — Origine des titres de l’ouvrage et de ses pièces

這一著作的原名,在先本不稱經,以陰符鎗的名為譜來參證,應當稱為太極拳譜方合。其名為太極拳經者,始自關百益。

Le titre primitif de cet ouvrage n’était pas « classiques » (經) : à comparer avec le manuel de lance, qui s’intitule « pu » (譜, « registre, manuel »), il conviendrait de l’appeler « manuel du taiji quan » (太極拳譜). C’est Guan Baiyi qui le premier l’appela « classiques du taiji quan ».

關百益的太極拳經敘云:

Voici ce que dit la préface de Guan Baiyi à ses Classiques du taiji quan :

『竊謂此拳之妙用,大意以柔克剛,靜制動,順破逆為主,其旨同於道家,其理合乎儒論。考之陸淸獻太極論曰:「寂而不動,卽太極之陰靜也,感而遂通,卽太極之陽動也,感而復寂,寂而復感,卽太極之動靜無端,陰陽無始也。」此太極性之理,與太極之理,本自相同,其關於身心者一也,尊之曰經,似無不宜。』

« J’estime que l’usage merveilleux de cette boxe consiste principalement à vaincre la dureté par la souplesse, le mouvement par le repos, la résistance par la docilité ; son dessein s’accorde avec celui des taoïstes, sa raison avec le discours des lettrés. À vérifier ce que dit le Traité du taiji de Lu Qingxian : « Le silence sans mouvement, c’est le yin immobile du taiji ; l’émotion qui pénètre tout, c’est le yang en mouvement du taiji ; l’émotion revenant au silence et le silence revenant à l’émotion, c’est le mouvement et le repos du taiji sans commencement ni terme, le yin et le yang sans origine. » Cette raison de la nature du taiji et la raison du taiji sont au fond identiques ; leur rapport au corps et à l’esprit est un. L’honorer du nom de « classique » ne semble donc pas inconvenant. »

太極拳經的篇名,是酌採廠,百二本來的。

Les titres des pièces des classiques ont été établis en puisant dans les deux éditions de l’atelier et de Guan :

一舉動的篇名,題為十三勢論。

la pièce qui commence par « Sitôt qu’il y a un mouvement… » est intitulée Traité des treize dynamiques (十三勢論) ;

太極者的篇名,題為太極拳論。

celle qui commence par « Le taiji… » est intitulée Discours sur le taiji quan (太極拳論) ;

長拳者的篇名,各本都無,關百益題為太極拳勢,今從之。

celle qui commence par « Le long poing… » n’a de titre dans aucune édition ; Guan Baiyi l’intitule Taiji quan shi (« Postures du taiji quan »), et je le suis ;

十三總勢莫輕視,題為十三勢歌。

celle qui commence par « Ne méprisez aucune des treize dynamiques… » est intitulée Chant des treize dynamiques (十三勢歌) ;

以心行氣的篇名,題為十三勢行工心解。

celle qui commence par « Conduire l’énergie par l’esprit… » est intitulée Explication intime de la pratique des treize dynamiques (十三勢行工心解) ;

掤,捋,擠,按須認眞,題為打手歌。

celle qui commence par « Peng, lü, ji et an veulent du sérieux… » est intitulée Chant des mains qui se jouent (打手歌) ;

攬雀尾等色名,題為十三勢名目。

enfin la liste des noms de postures, à commencer par « Saisir la queue du moineau », est intitulée Nomenclature des treize dynamiques (十三勢名目).

Section 2 — Sur les éditions collationnées

本書太極拳經正文,卽不佞在廠肆所得與陰符鎗譜的合鈔本子。其取以參考校訂附註在正文之下的:計有

Le texte principal des classiques donné dans mon livre est celui du manuscrit copié avec le Yinfu qiang pu que j’ai obtenu dans les ateliers. Les ouvrages pris comme référence pour la collation, et cités en note sous le texte, sont :

馬同文太極拳譜鈔本。

le manuscrit du manuel de taiji quan de Ma Tongwen ;

民國二十年出版的楊澄甫太極拳使用法。

les Méthodes d’application du taiji quan de Yang Chengfu, publiées en 1931 ;

民國十四年出版的陳微明太極拳術。

L’Art du taiji quan de Chen Weiming, publié en 1925 ;

民國十八年出版的黃文叔太極拳要義。―石印本―

les Points essentiels du taiji quan de Huang Wenshu, publiés en 1929 (lithographie) ;

未載出版年月的陳秀峯太極拳眞譜。―石印本―

le Véritable manuel du taiji quan de Chen Xiufeng, sans date d’édition (lithographie) ;

民國十年出版的許禹生太極拳勢圖解。

les Postures du taiji quan expliquées de Xu Yusheng, publiées en 1921 ;

民元出版的關百益太極拳經。―油印本―

les Classiques du taiji quan de Guan Baiyi, publiés en 1912 (ronéotypé) ;

民國十八年出版的吳鑑泉太極拳圖。

le Taiji quan photographié de Wu Jianquan, publié en 1929 ;

民國十六年出版的徐致一太極拳淺說。

la Simple introduction au taiji quan de Xu Zhiyi, publiée en 1927 ;

民國二十年出版的吳圖南科學化的國術太極拳。

le Taiji quan, un art national rendu scientifique de Wu Tunan, publié en 1931 ;

民國二十四年出版的陳振民,馬岳樑合編的吳鑑泉氏的太極拳。

Le Taiji quan de M. Wu Jianquan, composé par Chen Zhenmin et Ma Yueliang, publié en 1935 ;

民國十九年出版的姜容樵,姚馥春合編的太極拳講義。

le Taiji quan jiangyi composé par Jiang Rongqiao et Yao Fuchun, publié en 1930 ;

民國二十一年出版的田鎭峯太極拳。

le Taiji quan de Tian Zhenfeng, publié en 1932.

廠肆鈔本,簡稱廠本。餘取編著者名號中一字,如楊澄甫太極拳使用法,簡稱澄本是以號著稱者取其號,以名著稱者取其名,不拘拘於義例。

Le manuscrit des ateliers est appelé en abrégé « édition de l’atelier ». Pour les autres, je prends un caractère du nom ou du surnom de l’auteur : ainsi les Méthodes d’application du taiji quan de Yang Chengfu sont appelées en abrégé « édition Cheng » ; ceux que l’on désigne par leur surnom reçoivent un caractère de leur surnom, ceux que l’on désigne par leur nom un caractère de leur nom, sans m’astreindre à un principe rigoureux.

關百益的太極拳經,是許禹生囑他校訂的,其太極拳勢圖解緒言中,有如左之說明:『拳經傳於世者,約有數種,然鈔襲相傳,魚魯莫辨,壬子歲,曾囑關君葆謙校訂。』

Le livre de Guan Baiyi avait été révisé sur l’ordre de Xu Yusheng, comme celui-ci l’explique dans l’introduction de son propre ouvrage : « Les classiques du taiji quan transmis dans le monde sont de plusieurs sortes ; mais, recopiés les uns des autres, ils ne permettent plus de distinguer le poisson du lu [c’est-à-dire les fautes de copie]. En l’année renzi [1912], je priai M. Guan Baoqian de les collationner. »

Section 5 — Les chants, formules et textes en plus dans les éditions Huang, Jiang et Guan

文本:十三勢論前多出的文:

Édition Huang — texte ajouté avant le Traité des treize dynamiques :

『未有天地以前,太極無窮之中,渾然一氣,乃為無極。無極之虛氣,卽為太極之理氣,太極之理氣,卽為天地之根荄,天地之根荄,化生人物,始初皆屬化生,一生之後,化生者少,形生者多,譬如木中生蟲,人身生蝨,皆是化生,若無身上的汗氣,木中的朽氣,那裏得這根荄,可見太極的理氣,就是天地的根荄之領袖也。』

« Avant qu’il y eût ciel et terre, dans l’infini du taiji, une seule énergie indistincte : c’était le wuji (無極, le « sans-faîte »). L’énergie vide du wuji est l’énergie principielle du taiji ; l’énergie principielle du taiji est la racine du ciel et de la terre ; la racine du ciel et de la terre engendre et transforme les êtres et les choses : au commencement tout naissait par transformation ; après la première naissance, il y a peu de naissances par transformation et beaucoup par forme. Ainsi les insectes naissent dans le bois, les poux sur le corps humain : ce sont là naissances par transformation. S’il n’y avait pas la sueur du corps ni la pourriture du bois, d’où viendrait cette racine ? On voit par là que l’énergie principielle du taiji est bien le guide de la racine du ciel et de la terre. »

『下註此處疑有遺漏六字。』

(Note ajoutée par l’auteur : « on soupçonne ici une omission de six caractères ».)

容本:十三勢論之前,多出的歌與文。

Édition Jiang — chants et textes ajoutés avant le Traité des treize dynamiques :

歌:―歌訣一。

Chant — « formule chantée n° 1 » :

『順項貫頂兩膀鬆,束烈下氣把𦡁撐,胃音開勁兩捶爭,五指抓地上彎弓。』

« Nuque docile, sommet suspendu, les deux épaules relâchées ; l’énergie liée et ramenée vers le bas, le périnée soutenu ; le son part de l’estomac quand s’ouvre la force, les deux poings rivalisent ; les cinq doigts agrippent le sol, le haut du corps se courbe comme un arc. »

文:

Texte :

『虛靈頂勁,氣沉丹田,提頂調𦡁,心中力量,兩揹鬆,然後窒。開合按勢懷中抱囗,七星勢,視如車輪,柔而不剛。』

« D’une force vide et spirituelle, élever le sommet ; faire descendre l’énergie au dantian ; soulever le sommet et accorder le périnée ; la force vient du cœur ; les deux côtés du dos se relâchent, puis l’énergie se scelle. Ouvrir et fermer en poussant, embrasser devant la poitrine ; la posture des Sept Étoiles tourne comme une roue, souple et non dure. »

『由腳而腿,由腿而身,練如一氣,如轉鶻之鳥,如貓擒鼠。發動如弓發矢,正其四體,步履要輕隨,步步要滑齊。』

« Du pied à la jambe, de la jambe au corps, s’entraîner jusqu’à n’être qu’un seul souffle ; être comme l’oiseau de proie qui tourne, comme le chat qui saisit la souris. L’émission part comme la flèche quitte l’arc ; aligner les quatre membres ; les pas doivent être légers et suivre, chaque pas glissé et égal. »

太極拳論之前,多出的文:

Texte ajouté avant le Discours sur le taiji quan :

『拿住丹田之氣,鍊住元形,能打哼哈二氣。』

« Tenir l’énergie du dantian, affiner la forme originelle : on peut alors émettre les deux souffles heng et ha. »

十三勢歌之後,多出的文:

Texte ajouté après le Chant des treize dynamiques :

『內三合與外三合。』

« Les trois unions internes et les trois unions externes. »

『骨節相對,開勁攀稍為陽,合披坑窰相照,分陰陽之義,開合引進落空,分寬窄老嫩,入笋不入笋,有擎靈之意。斤對斤,兩對兩,不丢不頂,五指緊聚,六節表正,七節要合,八節要扣,九節要長,十節要活,十一節要静,十二節抓地。三尖相照,上照鼻尖,中照手尖,下照足尖,能顧元氣,不跑不滯,妙令其熟,牢牢心記。能以手望槍,不動如山,動如雷霆,數十年工夫,皆言無敵,果然信乎?高打高顧,低打低應,進打進乘,退打退跟,緊緊相隨,升格未定,沾黏不脫,拳打立根。』

« Les articulations se correspondent ; la force qui s’ouvre atteint les extrémités, c’est le yang ; la force qui se ferme couvre les creux et se reflète : on distingue ainsi le sens du yin et du yang ; ouvrir et fermer, attirer et faire entrer dans le vide ; distinguer le large et l’étroit, le mûr et le vert, ce qui entre dans la rainure et ce qui n’y entre pas ; avoir l’intention de soulever et de vivifier. Livre contre livre, once contre once, ni lâcher ni résister ; les cinq doigts serrés et réunis ; les six articulations bien alignées ; les sept articulations unies ; les huit articulations verrouillées ; les neuf articulations allongées ; les dix articulations vives ; les onze articulations au repos ; les douze agrippant le sol. Les trois pointes se correspondent : en haut la pointe du nez, au milieu la pointe de la main, en bas la pointe du pied ; on peut ainsi veiller à l’énergie originelle, sans fuite ni stagnation ; par la subtilité, amener la maîtrise ; garder cela fermement au cœur. Savoir regarder la lance avec sa main : immobile comme une montagne, en mouvement comme le tonnerre ; après des dizaines d’années de travail, tous disent qu’on est sans adversaire — le croira-t-on vraiment ? Frapper en haut en regardant en haut ; frapper en bas en répondant en bas ; avancer en frappant, profiter de l’avance ; reculer en frappant, suivre le recul ; suivre de tout près, sans que la montée et la descente soient fixées ; adhérer et coller sans se détacher ; le poing frappe et l’on reste enraciné. »

以上文,容二本多出的歌與文,與十三勢論,太極拳論,太極拳解,十三勢歌,十三勢行工心解,打手歌的文采,絕不相同,可以斷其絕非王宗岳的手筆。

Les chants et textes ajoutés dans les éditions Huang et Jiang, ci-dessus, ne ressemblent en rien, par le style, au Traité des treize dynamiques, au Discours sur le taiji quan, à l’Explication du taiji quan, au Chant des treize dynamiques, à l’Explication intime de la pratique et au Chant des mains qui se jouent : on peut conclure que ce n’est assurément pas la main de Wang Zongyue.

容本:十三勢論之前,多出的歌:―歌訣二。

Édition Jiang — chant ajouté avant le Traité des treize dynamiques : « formule chantée n° 2 » :

『舉動輕靈神內歛,莫敎斷續一氣研,左宜右有虛實處,意上寓下後天還。』

« Le mouvement léger et vif, l’esprit recueilli au-dedans ; qu’il n’y ait pas d’interruption, que l’on affine un seul souffle ; à gauche ce qui convient, à droite ce qui est disponible, le vide et le plein ont leur lieu ; l’intention vers le haut contient le bas, et ce qui est acquis revient. »

太極拳論之前多出的歌:―歌訣三。

Chant ajouté avant le Discours sur le taiji quan : « formule n° 3 » :

『拿住丹田鍊內功,哼哈二氣妙無窮,動分靜合屈伸就,緩應急隨理貫通。』

« Tenir le dantian pour affiner le travail interne ; dans les souffles heng et ha, des subtilités infinies ; au mouvement se séparer, au repos se réunir, se plier et s’étendre selon l’occasion ; répondre lentement au lent et suivre le rapide, et le principe pénètre tout. »

又太極拳論不能豁然貫通焉之後,不偏不倚之前,多出的歌:―歌訣四。

Chant ajouté dans le Discours sur le taiji quan, entre « … on ne peut parvenir à la pénétration soudaine » et « ni incliné ni appuyé » : « formule n° 4 » :

『忽隱忽現進則長,一羽不加至道藏,手慢手快皆非似,四兩撥千運化良。』

« Tantôt caché, tantôt visible, plus il avance et plus on s’éloigne ; quand on ne peut vous ajouter une plume, la Voie suprême y est cachée ; la lenteur et la rapidité de la main ne leur ressemblent pas ; quatre onces qui écartent mille livres : voilà la bonne transformation. »

太極拳解之前,多出的歌:―歌訣五。

Chant ajouté avant l’Explication du taiji quan : « formule n° 5 » :

『掤,捋,擠,按四方正,採,挒,肘,靠斜角成,乾,坤,震,兌乃八卦,進,退,顧,盼,定五行。』

« Peng, lü, ji et an font les quatre directions droites ; cai, lie, zhou et kao forment les angles obliques ; Qian, Kun, Zhen, Dui sont les huit trigrammes ; avancer, reculer, regarder à gauche, regarder à droite, et se fixer : voilà les cinq éléments. »

十三勢行工心解進退須有轉換之後,極柔輭之前,多出的歌:―歌訣七。

Chant ajouté dans l’Explication intime de la pratique, entre « dans l’avance et le recul il faut qu’il y ait changement » et « une souplesse extrême » : « formule n° 7 » :

『極柔卽剛極虛靈,運若抽絲處處明,開展緊湊乃縝密,待機而動如貓行。』

« D’une souplesse extrême naissent une dureté extrême et une vivacité spirituelle extrême ; la conduite, comme lorsqu’on tire la soie, est claire en chaque point ; s’ouvrir puis se resserrer, c’est là le fini du travail ; attendre l’occasion pour agir, marcher comme un chat. »

以上五首歌,歌訣二詠十三勢論。歌訣三,四詠太極拳論。歌訣五詠太極拳解。歌訣七詠十三勢行工心解。

Ces cinq chants : la formule n° 2 chante le Traité des treize dynamiques, les formules n° 3 et 4 le Discours sur le taiji quan, la formule n° 5 l’Explication du taiji quan, la formule n° 7 l’Explication intime de la pratique.

所有太極拳的理,王宗岳已在論解中詳述,這些敷衍陪襯的詩歌,大槪是後進太極拳家的作品,把王宗岳的著作,歸納在幾首詩歌中,以便記誦的。如果這五首歌也是王宗岳的原作,那麼,決不會他本絕物,而容本獨有之理。加之姜容樵最善扯謊,他對於著作的態度,極不忠實,尤其足以證明吾的論斷是有理由的。

Toute la théorie du taiji quan, Wang Zongyue l’a exposée en détail dans son discours et son explication ; ces poèmes de remplissage sont probablement l’œuvre de maîtres de taiji quan venus plus tard, qui ont résumé en quelques poèmes l’ouvrage de Wang Zongyue pour le rendre plus facile à mémoriser. Si ces cinq chants étaient aussi de la main de Wang Zongyue, il serait impossible qu’ils manquent dans toutes les autres éditions et ne se trouvent que dans celle de Jiang. Ajoutez que Jiang Rongqiao excelle à mentir et que son attitude envers les textes est des plus infidèles : cela surtout suffit à montrer que mon jugement a ses raisons.

又容本十三勢歌之後,多出的二十字訣:

L’édition Jiang ajoute encore, après le Chant des treize dynamiques, une « formule en vingt caractères » :

『披,閃,擔,搓,歉,黏,隨,拘,拿,扳,輭,掤,摟,摧,掩,撮,墜,續,擠,攤。』

披 (couvrir), 閃 (esquiver), 擔 (porter), 搓 (frotter), 歉 (réserver), 黏 (coller), 隨 (suivre), 拘 (retenir), 拿 (saisir), 扳 (renverser), 輭 (amollir), 掤 (parer), 摟 (enlacer), 摧 (briser), 掩 (masquer), 撮 (pincer), 墜 (laisser tomber), 續 (continuer), 擠 (presser), 攤 (étaler).

百本打手歌之後,多出的文:

Texte ajouté dans l’édition Guan après le Chant des mains qui se jouent :

『又曰:行則動,動則變,變則化,化化無窮。』

« Il est dit encore : agir, c’est se mouvoir ; se mouvoir, c’est changer ; changer, c’est se transformer ; les transformations se transforment sans fin. »

參證他本亦無,自非原文。

On vérifie que les autres éditions ne l’ont pas : ce n’est donc pas le texte original.

據姜容樵說,他所得的太極拳譜有二本,一是乾隆時的抄本,一是光緒初年的木板本,與近世所傳者大同小異,然一觀其多出的歌,訣,文,豈止小異,簡直大有不同。按照吾的觀察,容樵稱其得到乾隆抄本,及光緒初木板本的話,全是扯謊騙人,吾來舉些證據給讀者看。

Selon Jiang Rongqiao, il possédait deux manuscrits du taiji quan : l’un copié sous Qianlong, l’autre imprimé sur planches au début de Guangxu, et ils ne différaient que par de petits détails des textes modernes. Or, au seul vu des chants, formules et textes qu’il ajoute, ce ne sont pas de petits écarts, mais de grandes différences. À mon observation, ce que dit Rongqiao de son « manuscrit de Qianlong » et de son « imprimé du début de Guangxu » est pure invention et pure duperie. J’en donnerai au lecteur quelques preuves.

查十三勢行工心解中,收卽是放之後,斷而復連之前,容本多放卽是收一句,如果原文確有此句的話,那麼,斷而復連之下,應該有連而復斷四字,方成其為重復叮嚀對比的文句,考放卽是收之句,最早見於民國十四年出版的陳微明太極拳術一書中,吾所見的廠,同鈔本,及民國元年關百益根據數種舊鈔本考訂的太極拳經,均無此四字,故吾疑此四字是陳微明所添加的。姜容樵的太極拳講義,於民國十九年出版,書中此句的來源,當然錄自陳微明的太極拳術,光緒初的木板本是謊話,乾隆時的抄本,尤其是騙人。茲再舉出一個無可辯飾的證據來以證吾言。

Dans l’Explication intime de la pratique, entre « rassembler, c’est lâcher » et « rompre et se relier de nouveau », l’édition Jiang ajoute la phrase « lâcher, c’est rassembler ». Si l’original contenait vraiment cette phrase, il faudrait alors, après « rompre et se relier de nouveau », les quatre caractères « se relier et rompre de nouveau », pour que la phrase fasse une reprise insistante et symétrique. Or la phrase « lâcher, c’est rassembler » apparaît pour la première fois dans L’Art du taiji quan de Chen Weiming, publié en 1925 ; ni les manuscrits de l’atelier et de Ma Tongwen que j’ai vus, ni les Classiques du taiji quan établis en 1912 par Guan Baiyi d’après plusieurs vieilles copies ne comportent ces quatre caractères. Je soupçonne donc qu’ils ont été ajoutés par Chen Weiming. Le Taiji quan jiangyi de Jiang Rongqiao, publié en 1930, a évidemment pris cette phrase à L’Art du taiji quan de Chen Weiming : l’imprimé du début de Guangxu est un mensonge, et le manuscrit de Qianlong une duperie de plus. Je vais en donner une preuve qu’on ne pourra pas contester.

陳秀峯太極拳眞譜有如左之一節:

Le Véritable manuel du taiji quan de Chen Xiufeng contient la section suivante :

又曰:彼不動,已不動,似鬆非鬆。彼微動,已先動,將展未展,勁斷意不斷。陳秀峯加此:彼不動,已先動,勁斷神不斷,藕斷絲又連。』

« Il est dit encore : il ne bouge pas, je ne bouge pas ; comme relâché sans l’être. Il bouge à peine, j’ai déjà bougé ; comme déployé sans l’être ; le jin s’interrompt, l’intention ne s’interrompt pas. » Chen Xiufeng ajoute ici : « Il ne bouge pas, j’ai déjà bougé ; le jin s’interrompt, l’esprit ne s’interrompt pas ; la racine de lotus se coupe, ses filaments se relient encore. »

陳秀峯加藕斷絲又連之證據。―太極拳真譜。

Preuve que c’est Chen Xiufeng qui a ajouté « la racine de lotus se coupe, ses filaments se relient encore » — Véritable manuel du taiji quan :

Page du Véritable manuel du taiji quan (太極拳眞譜) de Chen Xiufeng, où l’on voit au milieu de la page la formule ajoutée par l’auteur, « la racine de lotus se coupe, ses filaments se relient encore ».

藕斷絲連之句,是陳秀峯所添加,容本藕斷絲亦連之句,雖『又』字改為『亦』字,然終歸是陳秀峯之手筆,那是不可否認的。光緒初的木板本,不是謊話嗎?乾隆時的抄本,不尤其是騙人嗎?所以容本中多出的歌,訣,文,如菜中的雜樣,而不是出於一手,時的文章。

La phrase « la racine de lotus se coupe, ses filaments restent liés » a été ajoutée par Chen Xiufeng ; l’édition Jiang donne 藕斷絲亦連, qui remplace le caractère 又 par 亦, mais reste de la main de Chen Xiufeng : cela ne peut être nié. L’imprimé du début de Guangxu n’est-il pas un mensonge ? Le manuscrit de Qianlong n’est-il pas, à plus forte raison, une duperie ? Aussi les chants, formules et textes ajoutés dans l’édition Jiang sont-ils comme les reliefs d’un plat mêlés ensemble : ce n’est pas l’ouvrage d’une seule main, ni d’une même époque.

Section 6 — Explication et étude de la nomenclature des treize dynamiques

十三勢名目,各本均有不同,本書以廠本為正文外,並將馬同文太極拳譜,黃文叔太極拳要義,陳秀峯太極拳眞譜,關百益太極拳經所載名勢,附列於後。餘如陳微明太極拳術,許禹生太極拳勢圖解,徐致一太極拳淺說,吳圖南科學化的國術太極拳,陳振民,馬岳樑的吳鑑泉氏的太極拳,姜容樵,姚馥春的太極拳講義,田鎭峯的太極拳,均為易購之書,吳鑑泉的太極拳圖,雖為非賣品,然其十三勢名目,可參看徐致一,吳圖南,陳振民,馬岳樑著作。所以不再附註。

La nomenclature des treize dynamiques diffère dans chaque édition. Mon livre prend pour texte principal celle de l’atelier, et joint ensuite les nomenclatures que portent le manuel de Ma Tongwen, les Points essentiels de Huang Wenshu, le Véritable manuel de Chen Xiufeng et les Classiques de Guan Baiyi. Pour les autres — L’Art du taiji quan de Chen Weiming, les Postures expliquées de Xu Yusheng, la Simple introduction de Xu Zhiyi, le Taiji quan scientifique de Wu Tunan, Le Taiji quan de M. Wu Jianquan de Chen Zhenmin et Ma Yueliang, le Taiji quan jiangyi de Jiang Rongqiao et Yao Fuchun, le Taiji quan de Tian Zhenfeng — ce sont des livres faciles à acheter ; et quant au Taiji quan photographié de Wu Jianquan, qui n’est pas dans le commerce, sa nomenclature peut être consultée dans les ouvrages de Xu Zhiyi, Wu Tunan, Chen Zhenmin et Ma Yueliang. Je ne les ai donc pas reproduits.

楊澄甫太極拳使用法,出版後交神州國光社發行,因為內容太質而不文,例如書中『有說一力強十會』之下,註有禮二字,『我說一巧破千斤』之下,註不錯二字,這是都江湖套語,號稱能文章的楊氏門弟子,看見了覺得面子上有些那個,反對將該書發售,所以不久卽行收囘,現已不易購得,故其名勢,亦附於正文之後。

Les Méthodes d’application du taiji quan de Yang Chengfu, après leur publication, furent distribuées par la Shenzhou Guoguang she ; mais comme le contenu en était trop cru et sans apprêt — par exemple, sous « il y a un dicton : une force vaut dix réunions » on trouve la note « convenable », et sous « mon dicton : une habileté brise mille livres » la note « pas mal » —, ces propos de bateleurs parurent indignes aux disciples de la famille Yang qui passaient pour savoir écrire ; ils s’opposèrent à la vente du livre, qui fut retiré peu après et est aujourd’hui difficile à trouver. J’ai donc joint sa nomenclature à celles des autres.

王宗岳的原著,不佞斷其無並十三勢名目,所有的十三勢名目,是各派自己添加上去的。所以楊派手裏的太極拳經,其十三勢名目便為楊派的,武派手裏的太極拳經,其十三勢名目便為武派的,楊派之中,又分出若干支流,其太極拳經中的十三勢名目,又各隨其支流而不同,這也是有力的證明。

À mon sens, l’ouvrage original de Wang Zongyue ne comportait pas de nomenclature des treize dynamiques ; toutes celles qui existent ont été ajoutées par les écoles elles-mêmes. Aussi les classiques du taiji quan entre les mains de l’école Yang portent-ils la nomenclature de l’école Yang, et ceux qu’ont eus les tenants de l’école Wu celle de l’école Wu ; et dans l’école Yang elle-même plusieurs rameaux se sont détachés, dont les classiques portent chacun une nomenclature différente : c’est là aussi une preuve de poids.


Notes

  1. L’auteur. Tang Hao (唐豪, 1897-1959) est le premier historien chinois à avoir traité les arts martiaux avec les méthodes de la critique historique : collation des éditions, examen des généalogies, recours aux sources d’archives. Outre le présent Wang Zongyue kao, on lui doit notamment une Étude de l’histoire du taiji quan (太極拳史的研究) et un travail sur le Classique de la boxe de Qi Jiguang (戚繼光拳經), tous deux cités dans ces pages. Mort en 1959, il est dans le domaine public.

  2. Les sigles des éditions. Tang Hao abrège le titre de chaque édition collationnée en un seul caractère, pris au nom ou au surnom de l’auteur : 廠本, le manuscrit acheté dans les ateliers (librairies d’occasion) de Beiping, qui sert de texte de base ; 同本, Ma Tongwen (馬同文) ; 澄本, Yang Chengfu (楊澄甫, 澄甫) ; 微本, Chen Weiming (陳微明) ; 文本, Huang Wenshu (黃文叔) ; 秀本, Chen Xiufeng (陳秀峯) ; 百本, Guan Baiyi (關百益) ; 鑑本, Wu Jianquan (吳鑑泉) ; 致本, Xu Zhiyi (徐致一) ; 圖本, Wu Tunan (吳圖南) ; 鎭本, Tian Zhenfeng (田鎭峯) ; 容本, Jiang Rongqiao (姜容樵) ; 禹本, Xu Yusheng (許禹生). Les noms entre parenthèses dans le corps du texte sont ceux des autres auteurs cités par Tang Hao.

  3. Géographie. 山右 (« à droite des monts ») est un ancien nom du Shanxi, situé à l’ouest des monts Taihang ; 關中, le « pays entre les passes », désigne le Shaanxi, dont Xi’an est le chef-lieu ; 汴 est l’ancien nom de Kaifeng et 洛 celui de Luoyang ; 陳溝 (Chen gou, « le fossé des Chen ») est le village des Chen, à Wenxian, au Henan, berceau du taiji quan de la famille Chen.

  4. Les dates du livret. Tang Hao identifie l’année xinhai de la préface à la 55e année de Qianlong, et l’année yimao qui la clôt à la 59e année du même règne. Le cycle sexagésimaire place xinhai en 1791 et yimao en 1795 : la préface est donc de 1795, ce qui autorise Tang Hao à faire vivre Wang Zongyue à la fin du XVIIIe siècle — et non sous les Song ni sous les Yuan.

  5. Terminologie. 勁 (jin) désigne la force interne conduite par l’intention, par opposition à la force musculaire brute (力, li). 十三勢, « les treize dynamiques », ce sont les huit techniques de main (掤 peng, 捋 lü, 擠 ji, 按 an, 採 cai, 挒 lie, 肘 zhou, 靠 kao) et les cinq directions de pas. 打手, « les mains qui se jouent », est le nom ancien de la poussée des mains.

Source du texte chinois : 王宗岳考 (Wang Zongyue kao, « Examen de Wang Zongyue ») et 王宗岳太極拳經 / 王宗岳陰符鎗譜, de Tang Hao (唐豪), publiés le 1er mai 1936 ; texte relevé dans l’article « An Analysis of Wang Zongyue’s Taiji Boxing Classics and Conceal & Reveal Spear Manual » de Paul Brennan (https://brennantranslation.wordpress.com/2023/11/30/tang-haos-analysis-of-wang-zongyue/), dont la traduction anglaise n’a pas été utilisée. Texte chinois dans le domaine public (Tang Hao est mort en 1959). L’image reproduite ici est une reproduction d’une page du 太極拳眞譜 de Chen Xiufeng (陳秀峯), c’est-à-dire de la source chinoise ancienne citée par l’auteur, donc dans le domaine public ; ce n’est ni une création graphique moderne ni une photographie de l’auteur du blog. Traduction française : nouvelle traduction réalisée à partir de l’original chinois pour ce site.