Le Quanshu jiben (拳術基本, « Fondamentaux de la boxe ») — dont le manuel illustré du Tan tui (潭腿圖說, « Illustrations et explications du Tan tui ») forme la matière — est un ouvrage publié en mai 1917 (la sixième année de la République) par la Bibliothèque chinoise de Shanghai. Les enchaînements y sont exécutés par He Guangxian (何光銑), le texte compilé par Hu Jian (胡健), et les figures dessinées par Xu Beihong (徐悲鴻), alors âgé d’une vingtaine d’années et futur grand peintre ; les caractères du titre sont de Huang Yanpei (黃炎培).
Le Tan tui (« jambes de Tan » / « jambes de l’étang ») est l’exercice fondamental de la boxe du Nord (北派). Ce manuel, né dans le cadre du cours de boxe de l’Institut d’éducation physique de l’Association éducative du Jiangsu, connut dès 1923 son septième tirage. Le texte chinois original, publié il y a plus d’un siècle, est dans le domaine public.

Préface de Ling Rongqi (序)
英人戈登嘗謂中國之民耐勞易使教練成軍可為世界極强之兵夫惟耐勞故易使然吾國之民奚由而有此耐勞之習慣則拳術為之也蓋拳術每路皆一氣呵成習之者興味盎然不樂中道自已而耐勞之習慣有莫之致而至矣惜自歐人挾其火器東漸以來吾國一再敗衂而拳術遂為社會所屏棄矣不知火器利於遠攻而不利於近戰狹巷短兵血肉相搏之際槍礮失其利而拳術神其用矣倭人之破斡羅思於遼東非謂以柔術制勝乎柔術即吾國之拳術之一部分彼實竊取吾國之奧秘而變換其名詞耳近者國人曉然於拳術為吾國絕技可以衞生可以保國行伍以之教練學校列於科目以圗保存此國粹矣惟此道向無專書足資學者自修識者憾之江蘇省教育會坿設體育傳習所有拳術一科吳興張君夢吉任其教練授以北派潭腿同學胡君少剛何君守白為之圗說學者以之自修可憑說按圗不費索解而自得也同學慫恿付之剞劂二君慨然允之是編一出行見洛陽紙貴為體育界大放光明焉江寧凌榮琪序於江蘇省教育會體育傳習所講舍
L’Anglais Gordon disait que le peuple chinois est endurant et facile à conduire, et que, dressé en armée, il fournirait les soldats les plus forts du monde. C’est justement parce qu’il est endurant qu’il est facile à mener. Mais d’où nous vient cette habitude d’endurance ? De la boxe. Car chaque enchaînement de boxe est conduit d’un seul souffle ; celui qui le pratique prend goût à la chose, ne se plaît pas à s’arrêter en chemin, et l’endurance s’installe d’elle-même. Hélas, depuis que les Européens ont apporté leurs armes à feu vers l’Orient, notre pays a été battu à plusieurs reprises, et la boxe en est venue à être rejetée par la société. On ne comprend pas que les armes à feu sont avantageuses pour le tir à longue distance mais non pour le combat rapproché : au fond d’une ruelle, à portée de lame ou de corps, fusils et canons perdent leur efficacité, et c’est là que la boxe révèle tous ses usages. Quand les Japonais vainquirent les Russes à l’est du Liaodong [en 1905], ne fut-ce pas par le jujitsu ? Or le jujitsu n’est qu’une part de notre boxe : ils nous ont en réalité dérobé nos secrets et en ont changé les mots. Récemment, nos compatriotes ont compris que la boxe est un talent national, propre à préserver la santé et à défendre le pays ; l’armée l’emploie, les écoles en font une matière, afin de conserver ce joyau de la culture. Mais cette voie n’a jamais eu d’ouvrage complet pour l’étude autodidacte, et les clairvoyants le regrettent. L’Association éducative du Jiangsu a établi un Institut d’éducation physique, où figure un cours de boxe confié à M. Zhang Mengji de Wuxing, qui enseigne le Tan tui du Nord. Mes condisciples Hu Shaogang [Hu Jian] et He Shoubai [He Guangxian] en ont fait un manuel illustré, afin que les étudiants puissent s’instruire seuls : en s’appuyant sur ses explications et ses figures, on obtient la chose sans peine. Encouragés par leurs condisciples, les deux hommes ont bien voulu le confier à l’imprimeur. Dès sa sortie, ce recueil « fera monter le prix du papier à Luoyang » et apportera une grande lumière au monde de l’éducation physique. — Préface de Ling Rongqi de Jiangning, au bureau des conférences de l’Institut d’éducation physique de l’Association éducative du Jiangsu.
Préface de Zhu Hongshou (序)
嘗讀世界進化史矣自近世紀以來世界各文明國無不崇尚武裝以為和平之後盾我國東亞病夫國之徽號方見誚於世界此何故耶殆不講求武藝學之弊耳不知我國武藝學發明最早後漢時有創俗家派之郭頥梁時印度達摩禪師傳教中邦著易筋洗髓二經以傳其徒衆名曰佛家派即近世盛稱之少林派也洪拳源於宋之太祖武當創自張三峯元明清代時有名家惜尚文輕武之風太盛而武藝遂不如前古之發達雖研究是藝者世不乏人大率皆草茅下賤既無統系記載可憑又無嫡派真傳可凖稍知門徑即仗藝陵人為社會害以致神聖之國粹將湮沒無聞者盖有故也武藝之起源乃以強健筋骨延長生命為目的故名之曰長生術非以搏人為主旨者也况武藝與生理在在攸關而我國武術界中向不知生理為何物每見習武藝者未入門徑身體已羸弱不堪此非武藝之弊乃教者不明生理無階級之教材故耳去嵗冬間江蘇省教育會諸君子知非尚武不足與世界強國相角逐於是有體育傳習所之設列武藝學為必修科聘請武藝學專家教授之入所學習者皆本省各縣之一時俊彥以平時教師所授編緝成書繪以圗像將付剞劂公之於世由傳習所學員黃警頑君問序於余余雖於此道研究二十餘年為政學醫各務所覊未能專心於此故學術空疏識見膚淺又拙於文何敢為序固辭不獲述其所知如右
J’ai lu l’histoire de l’évolution du monde. Depuis le début de l’ère moderne, toutes les nations civilisées prisent les armes, comme rempart de la paix ; nous, les Chinois, portons le surnom d’« homme malade de l’Asie », et le monde entier se gausse de nous. Pourquoi ? C’est la noire négligence des études martiales ; on n’a point compris que la science des arts martiaux fut chez nous la plus précoce. Sous les Han postérieurs, un dénommé Guo Yi créa l’école des laïques ; sous les Liang, le maître de méditation indien Damo transmit son enseignement au pays et écrivit les deux classiques Yijin jing et Xisui jing pour ses disciples : ce fut l’école bouddhique, la fameuse école Shaolin des temps modernes. Le hong quan vient de l’empereur Taizu des Song ; le Wudang fut fondé par Zhang Sanfeng. Sous les Yuan, les Ming et les Qing, il y eut des maîtres célèbres ; mais, hélas, la coutume de vénérer les lettres et de dédaigner les armes l’emporta, et les arts martiaux furent moins florissants qu’en des temps antiques. Bien que les praticiens n’aient jamais manqué, ils furent en général de basse origine : sans système consigné auquel se fier, ni lignée authentique à laquelle se référer, quiconque en savait un peu usait de son art pour rudoyer autrui, nuisant à la société ; aussi ce trésor sacré de la nation risque-t-il de sombrer dans l’oubli. L’origine des arts martiaux visait à fortifier os et tendons et à prolonger la vie — d’où le nom d’« art de la longévité » — non à se battre. De plus, les arts martiaux touchent de près à la physiologie, et pourtant notre monde martial n’a jamais su ce qu’était la physiologie : souvent des pratiquants, avant même d’être entrés dans la voie, ont le corps déjà épuisé. Ce n’est pas un défaut des arts martiaux, mais la faute de maîtres ignorant la physiologie et de programmes sans progression. L’hiver dernier, les membres de l’Association éducative du Jiangsu comprirent que, sans priser le fait d’armes, on ne saurait rivaliser avec les grandes puissances du monde : ils établirent donc cet Institut d’éducation physique, firent des arts martiaux une matière obligatoire et invitèrent des spécialistes à enseigner. Les élèves admis, les jeunes talents de chaque district de la province, consignèrent en un livre ce que leurs maîtres leur transmettaient, le garnirent de figures, et se disposèrent à le livrer au public. L’élève Huang Jingwan me demanda une préface. Bien que j’étudie cette voie depuis plus de vingt ans, détourné par les tâches de gouvernement, de médecine et autres, je n’ai pu m’y consacrer pleinement : ma science est creuse, mes vues superficielles, ma plume malhabile — comment oserais-je préfacer ? Ayant en vain décliné, je consigne ce que je sais. — Écrit par Zhu Hongshou de Baoshan dans le cabinet du directeur de l’Hôpital de médecine chinoise et occidentale, le 7e jour du 2e mois de l’année bingchen.
Préface de l’auteur (自序)
拳術為我國絕技夫人而知之矣惟是派別甚繁求其便於初學一朝一夕即能心領神會者實不可多得用是學者往往淺嘗輒止不能造乎奧窔健等學於江蘇省教育會體育傳習所吳興張夢吉先生以北派潭腿見授其動作凡十二路簡易輕靈便於初學習熟而精之自可成一家派且就教育言動作平匀可以使身體均齊發育就衞生言運動合度可以促血液循環加速就應用言則手腕靈敏步武穩健遇有危急足以自衞健等不揣譾陋每路依其順序為之說明而附之以圗付之手民以公諸同好非敢自詡心得也
La boxe est un talent national, chacun le sait. Mais ses écoles sont fort nombreuses, et rares sont celles qui conviennent au débutant, telles qu’on les saisisse d’un matin ou d’un soir. Aussi les étudiants s’arrêtent-ils souvent après un léger essai, sans atteindre les profondeurs. J’ai étudié à l’Institut d’éducation physique de l’Association éducative du Jiangsu, où M. Zhang Mengji de Wuxing m’a enseigné le Tan tui du Nord. Ses mouvements sont au nombre de douze lignes, simples, légers et aisés, propres au débutant ; quand on les a appris puis affinés, on peut former sa propre école. Au regard de l’éducation, des mouvements équilibrés assurent un développement harmonieux du corps ; au regard de l’hygiène, une mesure convenable du mouvement accélère la circulation du sang ; au regard de l’usage, le poignet vif et la démarche assurée permettent, en cas de péril, de se défendre. Sans prétendre à mon savoir, j’ai expliqué chaque ligne dans son ordre et l’ai accompagnée de figures, confiées à l’imprimeur pour être partagées avec les amateurs — non que j’ose me prévaloir de mes réflexions.
Les grandes lignes de la boxe (拳術大要), par Xu Tingjun
拳法者乃百技之基也蓋訓練純熟則身體活潑手腕便利足脛輕固進退得宜而其妙也顛起倒揮而其猛也披劈橫拳而其快也活捉朝天而其柔也知當閃劈勢勢相承變化無窮幻焉冥焉人不得而窺其端倪棍刀鎗劍矛楯諸器之運用莫不基於此迨近世火器發明棍刀鎗劍諸具廢而拳法亦鮮有問徑矣雖然火器利遠而不利近苟短兵相接鋒刃當前必賴手足敏捷身體矯健以應其變是拳法又何可廢乎故今日之學校設有拳術兼操器械惟願學者勿憚勞苦勿重形式勿弄花法勿泥空架當求其運用之方也嗚呼當茲國步艱難羣宜憤發勤勉振晚世之懦風舍康健勇武其奚由吾又不得不推重拳術也茲撮其大要系於篇後并附以少林棒彈腿諸法少林棒所以操練腕力彈腿所以活動足部筋絡亦拳術之一助也
La boxe est la base des cent techniques. Quand l’entraînement parvient à maturité, le corps est agile, le poignet adroit, les tibias légers et vigoureux, l’avance et le recul opportuns. Son merveilleux : se dresser et renverser d’un coup ; sa vigueur : ouvrir, fendre, frapper de travers ; sa rapidité : saisir, porter haut au ciel ; sa souplesse : savoir esquiver et parer. Chaque posture succède à l’autre, les variations sont sans fin, mystérieuses, indistinctes, et l’on n’en saurait saisir les bornes. L’usage du bâton, du sabre, de la lance, de l’épée, de la hallebarde et des divers boucliers repose tout entier sur elle. Mais depuis que les armes à feu modernes furent inventées, bâton, sabre et lance ont été délaissés, et la boxe trouve aussi rarement qui s’y engage. Pourtant les armes à feu sont bonnes à longue portée et non à courte : si l’on se trouve face à la lame, il faut la vivacité des mains et des pieds, la vigueur du corps, pour répondre au changement. Comment la boxe pourrait-elle être abolie ? Aussi les écoles d’aujourd’hui offrent-elles la boxe, en plus des exercices aux armes. Je souhaite seulement que l’étudiant ne redoute pas la peine, ne s’attache pas à la forme, ne joue pas le geste frivole, ne se fige pas dans des carasses vides, mais cherche la manière de s’en servir. Hélas, en ces temps où le pays lutte, tous doivent se ressaisir et s’appliquer, secouer la lâcheté d’un siècle alangui : hors la santé et la vaillance, par où passer ? Aussi dois-je faire grand cas de la boxe. J’en ai extrait les grandes lignes en fin de volume, avec les méthodes du bâton de Shaolin et du Tan tui : le bâton exerce la force du poignet, le Tan tui anime les tendons et les vaisseaux des pieds ; l’un et l’autre viennent aider la boxe.
(一)凡拳術操練之時頭要鼎項要靈肩要垂
(1) Dans tout exercice de boxe : la tête doit se tenir droite, la nuque souple, les épaules relâchées.
(二)氣貫丹田扎腰眼兩肩順兩肘兩肘順兩手兩脚立地十趾著力此立法也
(2) Le souffle traverse le dantian, les reins se resserrent ; les deux épaules suivent les deux coudes, les deux coudes suivent les deux mains ; les deux pieds ancrés au sol, les dix orteils prennent appui — voilà la règle de la position.
(三)凡拳術有勾手有鵰手有鷹手有猴手有採手有揉手有磕手有替手有幌手有劈手有奔手有攔手此手掌之法也
(3) La boxe emploie la main qui croche (goushou), la main d’aigle, la main de faucon, la main de singe, la main qui cueille (caishou), la main qui pétrit, la main qui cogne, la main qui relève, la main qui fait le simulacre, la main qui fend, la main qui court, la main qui bloque. Telles sont les méthodes de la paume.
(四)凡拳術須用鎚(拳)有冲鎚有登鎚有彈鎚有連鎚有冲天鎚此拳手之法也
(4) La boxe requiert le marteau (chuí), c’est-à-dire le poing : le poing qui pousse (chong), le poing qui foule (deng), le poing qui claque (tan), le poing enchaîné (lian), le poing qui monte au ciel (chongtian). Telles sont les méthodes du poing.
(五)凡拳術有進步有退步有簡步有賣步有偷步有單進步有雙進步有連環步有鴛鴦步有寒雞步有雙環步有正步有雙正步有尖步有跕步此步法也
(5) La boxe connaît le pas en avant, le pas en arrière, le pas simple, le pas qui se livre, le pas dérobé (toubu), le pas d’avance simple, le pas d’avance double, le pas enchaîné, le pas du canard mandarin (yuanyang), le pas du poulet frileux (hanji), le pas du double anneau, le pas droit, le pas double-droit, le pas pointu, le pas qui marque. Telles sont les méthodes des pas.
(六)凡拳法有虛有實有進有退有剛有柔有長有短有上有下有左有右有前有後有遠有近有寬有窄有弓劍襠前腿彎如弓後腿直如矢所以護小腹而固脚力也兩肘鬆鎚似流星眼如電光腰如蛇行腿如鑽搥出手如放箭囘手如閃電此運用法也
(6) Toute boxe a du vide et du plein, de l’avance et du recul, du dur et du souple, du long et du court, du haut et du bas, de la gauche et de la droite, de l’avant et de l’arrière, du lointain et du proche, du large et de l’étroit. La position d’arc : la jambe avant pliée comme un arc, la jambe arrière tendue comme une flèche, afin de garder le bas-ventre et d’affermir la force des pieds. Les deux coudes souples ; le poing comme une étoile filante ; l’œil comme l’éclair ; la taille comme un serpent qui rampe ; la jambe comme un foret ; la main qui sort comme une flèche décochée ; la main qui revient comme un éclair. Telles sont les méthodes de l’emploi.
(七)凡拳術有登腿有刴腿有彈腿有排腿有十字腿有擺腿有掃蹚腿有旋風腿有囘馬腿有劍彈腿有歸腿有卧盤腿有撥腿有驅腿此運動兩腿之法也
(7) La boxe connaît la jambe qui foule, la jambe qui hache, la jambe qui claque (tan), la jambe qui écarte, la jambe en croix (shizi), la jambe qui balance, la jambe qui balaie le sol (saotang), la jambe en tourbillon (xuanfeng), la jambe qui retourne le cheval (huima), la jambe-épée (jian), la jambe qui rentre, la jambe qui se couche en spirale, la jambe qui rejette, la jambe qui chasse. Telles sont les méthodes pour mouvoir les jambes.
(八)拳之精妙之處固不可盡形之筆墨然不外乎八法(一)觀法(二)手法(三)步法(四)身法(五)進法(六)打法(七)拿法(八)跌法訣曰猫穿狗讓寒雞步鷹眼猴手狐狸尾心得乎此則拳術精矣
(8) Ce que la boxe a de merveilleux ne se peut entièrement peindre par la plume, mais cela se ramène à huit méthodes : (1) la méthode du regard (guan), (2) la méthode des mains, (3) la méthode des pas, (4) la méthode du corps, (5) la méthode pour entrer, (6) la méthode pour frapper, (7) la méthode pour saisir, (8) la méthode pour projeter. Un proverbe dit : « le chat file, le chien recule, le pas du poulet frileux, l’œil du faucon, la main du singe, la queue du renard. » Qui a le cœur s’y consacre est versé dans la boxe.
Les exercices du bâton de Shaolin (少林棒)
少林棒創於少林寺其用甚宏姑列其名稱
Le bâton de Shaolin est né au temple de Shaolin ; son emploi est vaste. J’en cite ici les noms.
(一)韋馱獻杵
(1) Weituo (Skanda) offre son pilon.
(二)金剛托鉢
(2) Le roi Vajra porte son bol.
(三)翻江攪海
(3) Bouleverser le fleuve et remuer la mer.
(四)黃龍翻身
(4) Le dragon jaune se retourne.
(五)烏龍絞尾
(5) Le dragon noir entortille sa queue.
(六)秦王摩旗
(6) Le roi de Qin agite son étendard.
(七)銀龍攤爪
(7) Le dragon d’argent déploie sa griffe.
(八)天王撑傘
(8) Le roi céleste abrite son parapluie.
(九)白蛇吐信
(9) Le serpent blanc tire la langue.
(十)臥虎抓山
(10) Le tigre couché saisit la montagne.
(附以粗繩兩條上附橫樑下系木之兩端木之中間墜以石此木距地約三尺許石置地上練習時以兩手分置繩旁之木攪繩則石起再輕輕放下如兩人各立木端共轉此木亦可石之重三十斤至二百斤
(En annexe :) On attache deux grosses cordes, fixées en haut à une poutre et en bas aux deux bouts d’un madrier ; au milieu du madrier pend une pierre. Le madrier est à environ trois pieds du sol, la pierre posée à terre. Pour l’exercer, on dispose les deux mains de part et d’autre du madrier, on vrille les cordes, et la pierre se soulève ; on la laisse ensuite redescendre doucement. Deux personnes, une à chaque extrémité du madrier, peuvent aussi le faire tourner ensemble. La pierre pèse de trente à deux cents jin.
Les dix lignes du Tan tui (十路彈腿)
十路彈腿大摩祖師所傳其法甚多列其常用者十路於後
Le Tan tui en dix lignes fut transmis par le grand ancêtre Damo ; ses méthodes sont nombreuses. J’en cite les dix plus communes ci-dessous.
頭路冲錘腿
Première ligne : la jambe du poing qui pousse.
二路十字腿
Deuxième ligne : la jambe en croix.
三路蓋馬腿
Troisième ligne : la jambe qui enfourche le cheval.
四路撑採腿
Quatrième ligne : la jambe qui étaye et cueille.
五路栽跨腿
Cinquième ligne : la jambe qui s’élève et enjambe.
六路單展腿
Sixième ligne : la jambe au déploiement simple.
七路棚鎖腿
Septième ligne : la jambe qui abrite et verrouille.
八路鑽環腿
Huitième ligne : la jambe qui perce et encercle.
九路盤肘腿
Neuvième ligne : la jambe du coude qui s’enroule.
十路劍彈腿
Dixième ligne : la jambe-épée qui claque.
頭路式法一溜草邊
Forme de la première ligne : filer au bord de l’herbe.
二路式法十字奔脚尖
Forme de la deuxième ligne : l’orteil qui file en croix.
三路式法蓋馬夜行式
Forme de la troisième ligne : enfourcher le cheval en voyage de nuit.
四路式法撑採霸路攔
Forme de la quatrième ligne : étayer, cueillir — le tyran barre la route.
五路式法栽跨人難攩
Forme de la cinquième ligne : s’élever et enjamber, nul ne peut parer.
六路式法單展
Forme de la sixième ligne : le déploiement simple.
七路式法棚鎖
Forme de la septième ligne : abriter et verrouiller.
八路式法鑽環
Forme de la huitième ligne : percer et encercler.
九路式法盤肘
Forme de la neuvième ligne : le coude qui s’enroule.
十路式法劍彈
Forme de la dixième ligne : l’épée qui claque.
Les fonctions du Tan tui (潭腿之功用)
潭腿傳聞出自山東龍潭寺故以潭名其格式分為十二路每路以簡易之法藴變化之機初學者未窺其奧輙鄙夷之不知人身之力未經煅煉全屬虛浮雖能扛鼎何禆實用人所貴夫力者冀能以貫注手足使為吾用耳初學鮮有知此者故僅求潭腿形式而忽畧其精采買櫝還珠抑何可笑然知而不言咎在吾輩故不嫌贅辭細述其功用如左或亦同志所不棄乎
On dit que le Tan tui provient du temple Longtan, au Shandong, d’où le nom de tan (« étang »). Ses formes se répartissent en douze lignes ; chacune, simple et aisée, renferme des possibilités de changement. Quand le débutant n’en a point encore vu le secret, il le dédaigne. Il ne sait pas que, avant l’entraînement, la force du corps n’est que superfice : même capable de soulever un chaudron, à quoi bon ? Ce qu’on prise dans la force, c’est de pouvoir la concentrer dans les mains et les pieds pour la mettre à son service. Rares sont les débutants qui le comprennent : ils ne cherchent que la forme du Tan tui et négligent sa substance — « acheter la boîte et rendre la perle ». Mais comment s’en moquer ? Savoir et se taire, voilà notre faute ; c’est pourquoi, sans craindre les redites, je détaille ses fonctions ci-dessous. Que les confrères ne les dédaignent pas.
(1) Développer le souffle et la force (長氣力)
初學者脈絡筋骨不甚靈活故手足發力甚微迨習之旣久氣由腋肋漸達指尖斯時力隨意注運動時手足出發有定點使勤以赴之則筋肉日長而氣力日增矣
Le corps du débutant, dont les méridiens, les tendons et les os sont encore peu souples, n’émet qu’une force infime des mains et des pieds. Après un long exercice, le souffle gagne peu à peu, de l’aisselle et des côtes jusqu’au bout des doigts ; alors la force suit l’intention. Dans le mouvement, mains et pieds partent d’un point fixe ; à force de diligence, muscles et tendons se développent chaque jour, et le souffle et la force croissent sans cesse.
(2) Affermir les pas (穩步武)
未經練習之人則上重下輕足掌虛空不能前後著地一經用力自如懸旌而足顫動不已昔之技擊家必先令學習站樁然站樁足不動殊乏興味潭腿法則藉手足之運動以減去學者生厭之心可謂法良意美唯初練數日必覺全身酸痛異常膝蓋尤甚此無他內部筋肉由多數之運動漸漸發生故耳際此切勿畏難須向前猛進不旬日間酸痛去而足踵強矣求學者多有因此生疑北方教員格於方言無從解釋而肉食輩又以內傷之說相恐嚇致阻其嚮學之熱心惜哉
Celui qui n’a jamais exercé est lourd en haut et léger en bas : la plante des pieds est vide, incapable de toucher le sol devant ou derrière. Dès qu’il pèse, il est comme un étendard suspendu, et ses pieds tremblent sans fin. Jadis les techniciens faisaient d’abord étudier le zhanzhuang (position statique), mais y tenir les pieds immobiles est fort ennuyeux. La méthode du Tan tui, par le mouvement des mains et des pieds, ôte à l’étudiant cette ennuyeuse lassitude : la méthode est bonne, l’idée excellente. Seulement, après les premiers jours d’exercice, le corps est assurément tout endolori, les genoux surtout. Cela vient simplement de ce que les muscles internes, par tant de mouvements, s’éveillent peu à peu. Ne craignez pas alors la peine : il faut foncer de l’avant. En une dizaine de jours, la douleur s’efface et les talons se font forts. Beaucoup d’étudiants en conçoivent du soupçon ; les maîtres du Nord, gênés par le dialecte, ne peuvent l’expliquer, et les esprits chagrins les effraient par la théorie des « blessures internes », freinant leur ardeur à apprendre. Quel dommage !
(3) Une utilité immédiate (一致實用)
潭腿不特能自行習練且可覔氣力相當者逐路對打名曰接潭腿(在編輯中)行之既久躱閃勾撇矯捷異常設遇對家或被人侵犯即可施諸實用亦防身之利器至手眼身步法(乃北方拳家術語)之藉以日益精進猶其餘事耳
Le Tan tui ne s’exerce pas seulement seul : on peut chercher un partenaire de force égale et jouer chaque ligne en duel — ce qu’on appelle « attraper le Tan tui » (en préparation). Avec le temps, on esquive, on croche, on glisse avec une agilité surprenante. Soit qu’on affronte un adversaire, soit qu’on soit attaqué, on peut l’employer utilement : c’est un instrument de défense. Et les méthodes d’œil, de main, de corps et de pas (termes des boxeurs du Nord) y progressent chaque jour — cela n’est qu’un surcroît.
(4) Durcir os et tendons (堅筋骨)
潭腿既云可接則手足必互相抵觸須知抵觸愈力則筋骨愈堅有練未半年其臂膊腿足堅如鑌鐵者然精進與否亦視其人之耐苦心如何耳惟較之昔日打樁打沙袋等事輕重難易之相去不可以道里計蓋對家均係氣力相當者已覺痛楚則彼亦痛楚非與木樁等相接觸僅自已吃苦而已綜上所述不過舉其崖畧至其中變化頗難以筆墨形容非至熟極而流之侯亦不自覺據云北方習武之儔僅以潭腿一路習之數年者所在多有彼足不蹴則已一蹴則三百斤之石滚去尋丈外以人當之其何以堪不斷折筋骨者幾希可知長氣力強筋骨健全人之身體者莫潭腿若也
Puisqu’on parle d’« attraper » le Tan tui, mains et pieds doivent nécessairement se heurter l’un l’autre. Comprenez : plus le heurt est fort, plus os et tendons se durcissent. Tel qui s’exerce moins d’une demi-année a bras et jambes durs comme l’acier fondu. Mais le progrès dépend de l’endurance de chacun. Au regard des anciens usages — frapper le piquet, le sac de sable — l’écart de peine et de facilité ne se peut mesurer : là, les deux partenaires étant de force égale, si l’un sent la douleur, l’autre aussi ; les piquets et sacs, eux, ne font souffrir que vous-même. Tout ce qui précède n’en donne que l’à-peu-près ; les changements en sont fort difficiles à peindre, et on ne les sent qu’une fois parvenu à la perfection coulante. On rapporte que, dans le Nord, ceux qui ne cultivent que la première ligne du Tan tui durant de longues années sont nombreux : sans même qu’il ait rué, d’un seul coup de pied une pierre de trois cents jin roule à plus de dix pas ; si un homme la prenait, comment ferait-il ? — ceux qui n’en sortent pas os et tendons rompus sont rares. On voit donc que, pour développer souffle et force, durcir os et tendons et rendre le corps sain, rien n’égale le Tan tui.
Remarques générales (凡例)
一是書取材係合教員之講授同學之切磋及編者之心得而成
— Le contenu de ce livre rassemble ce que les maîtres ont enseigné, ce que mes condisciples ont discuté et ce que j’ai moi-même recueilli.
一是編為北派拳術初步動作簡要不獨便於自修抑且適用於團體教練
— Ce recueil est l’initiation à la boxe du Nord ; ses mouvements, simples et essentiels, conviennent non seulement à l’étude personnelle, mais aussi à l’instruction collective.
一是編圗說兼備學者按圗索驥不難一目瞭然惟時間短促說明之處未免語焉不詳識者諒之
— Illustrations et explications y sont réunies ; en suivant les figures, l’étudiant saisit d’un coup d’œil. Le temps étant court, les explications ne sont guère détaillées — que les connaisseurs nous excusent.
一是書倉卒付印未暇詳校且編者學識謭陋錯誤良多尚希大技擊家進而教之是幸
— Le livre fut hâtivement livré à l’imprimeur, sans loisir de le corriger en détail ; le savoir du compileur est étroit, les fautes nombreuses. Nous espérons que les grands techniciens voudront bien nous reprendre — ce serait une faveur.
L’origine du Tan tui (潭腿攷畧)
潭腿為北派拳術之基本北方健兒束髮後即習之創自何人不一其說或曰山東龍潭寺某僧創之以教其徒侣後世習武者宗之因以潭名或曰河南譚某創此以專練兩腿工夫深到大有推倒豪傑之概門下傳布其法故亦以譚名云
Le Tan tui est le fondement de la boxe du Nord. Dans le Nord, les enfants vigoureux l’apprennent dès qu’on leur noue le chignon [garçon atteignant la puberté]. Quant à son fondateur, les avis divergent. Certains disent qu’un moine du temple Longtan, au Shandong, le créa pour enseigner ses disciples, et que les générations de boxeurs postérieures l’honorent pour aïeul, d’où le nom de tan (« étang »). D’autres disent qu’un homme du Henan nommé Tan le créa, en s’attachant surtout à exercer les deux jambes ; sa compétence, devenue profonde, eût déconfit les héros. Ses disciples propagèrent sa méthode, d’où le nom de Tan [patronyme].
Note du traducteur. L’auteur a retenu ici le nom de lieu (tan, 潭, « étang ») plutôt que le nom de famille (tan, 譚). On écrit en effet le nom de cette lignée de diverses manières selon les écoles : certains le font dériver du temple (潭), d’autres du patronyme (譚), d’autres encore l’orthographient tan (彈, « ressortir, claquer »), qui décrit la qualité du coup de pied plutôt que l’origine de la méthode.
Les noms des douze lignes (潭腿十二路之名稱)
第一路 衝拳
Première ligne : chong quan (衝拳), le poing qui pousse.
第二路 踢打
Deuxième ligne : ti da (踢打), frapper et cogner.
第三路 劈紥
Troisième ligne : pi zha (劈紥), fendre et lier.
第四路 撑剝
Quatrième ligne : cheng bo (撑剝), étayer et arracher.
第五路 側搥
Cinquième ligne : ce chui (側搥), la frappe de côté.
第六路 單展
Sixième ligne : dan zhan (單展), le déploiement simple.
第七路 雙展
Septième ligne : shuang zhan (雙展), le déploiement double.
第八路 墪坐
Huitième ligne : dun zuo (墪坐), s’asseoir en masse.
第九路 碰鎖
Neuvième ligne : peng suo (碰鎖), heurter et verrouiller.
第十路 箭彈
Dixième ligne : jian tan (箭彈), la flèche qui claque.
第十一路 上中下
Onzième ligne : shang zhong xia (上中下), haut, moyen, bas.
第十二路 進步橫擂
Douzième ligne : jinbu henglei (進步橫擂), avancer en frappant de travers.
La formation du poing et l’usage de la paume (拳之握法及掌之用法)
緊屈四指。令各指之第三節在一平面。拇指屈第一節。指尖在中指與無名指之間。手背與臂平。
Plier fortement les quatre doigts, si bien que la troisième articulation de chacun se trouve dans un même plan ; plier le pouce à la première articulation, le bout entre le majeur et l’annulaire ; le dos de la main et l’avant-bras à l’horizontale.
虛握而不用力
Le poing vide, serré sans force.
拇指緊屈。四指挺直。用力合攏。勿散。出掌時。用掌之內側(小指之下腕骨之上肌肉最多處)前推。四指上向。
Le pouce fortement replié ; les quatre doigts droits, serrés avec force, sans s’écarter. En poussant la paume, on emploie le côté interne [extérieur] de la paume — l’endroit le plus charnu, sous le petit doigt, au-dessus de l’os du poignet — pour pousser en avant, les quatre doigts tournés vers le haut.
四指不緊。而以手心向前。
Les quatre doigts mal serrés, et qui poussent avec le centre de la paume vers l’avant.
Les sortes de postures (步法之種類)
兩足分開步成八字形。足踵距離。較肩部稍寬。屈膝下蹲。兩腿宜平。膝蓋與足尖須在一垂線。上體垂直。胸宜前挺。
Les deux pieds écartés, les pointes plus larges que les talons, en forme de huit [ouvert]. L’écart des talons un peu plus large que les épaules. Plier les genoux et s’accroupir ; les cuisses à peu près horizontales ; la rotule et la pointe du pied sur une même ligne verticale ; le haut du corps droit, la poitrine poussée en avant. — La posture mabu (« à cheval »).
兩足之尖。均須半面向左。左腿畧平。右腿伸直。右足踵不可離地。身體須挺直。不可傾斜。(右面弓式者凖此。惟方向相反耳。)
Les pointes des deux pieds toutes deux à demi-tournées vers la gauche ; la jambe gauche à peu près horizontale, la jambe droite tendue ; le talon droit ne doit point quitter le sol ; le corps dressé, nullement incliné. (La posture d’arc à droite se règle de même, en sens inverse.) — La posture gongbu (« arc ») à gauche.
右腿蹲下。則左腿伸直下仆。左腿蹲下。則右腿伸直下仆。是為常例。然仆腿之足。仍宜踏平。切不可離地分釐也。至於上體。須隨屈腿之方向。宜畧傾斜。
Quand la jambe droite s’accroupit, la gauche s’allonge et se prosterne ; quand la gauche s’accroupit, c’est la droite. Telle est la règle. Mais le pied de la jambe prosternée doit rester à plat, surtout sans quitter le sol d’un iota ; le haut du corps, lui, s’incline légèrement dans la direction de la jambe pliée. — La posture pu tui (jambe qui se prosterne).
左腿平屈。右腿以足尖點地。而點地之足尖。與着地之足踵宜成一直線。(左丁式者凖此。惟方向相反耳。)
La jambe gauche pliée à plat ; la jambe droite, la pointe au sol. La pointe qui touche terre et le talon en appui doivent être en une même ligne droite. (La posture en T à gauche se règle de même, en sens inverse.) — La posture ding shi en T, à droite.
前腿微屈。後腿伸直。上體宜左右彎屈。而不可前後彎屈也。
La jambe avant légèrement pliée, la jambe arrière tendue ; le haut du corps fléchit à gauche ou à droite, mais jamais en avant ni en arrière. — Le pas dao cha bu (insertion inversée).
以上所述各種之步法。宜隨手勢而變換其方向。且姿勢最忌板滯。望行拳者留意及之。
Attention : les postures ci-dessus changent de direction selon le geste des mains. Surtout, les positions redoutent la raideur — que le boxeur y prenne garde.
Le manuel illustré : première ligne, « le poing qui pousse » (潭腿圗說 — 第一路 衝拳)
Le manuel proprement dit décrit, pour chaque ligne, la préparation, les mouvements et les points d’attention, chacun accompagné d’une figure de Xu Beihong. Traduisons intégralement la première ligne, « le poing qui pousse », à trois reprises et cinq temps (三五呼唱) ; les onze autres suivent la même présentation.
身直立。胸前挺。臀向後。兩足尖併攏。右臂握拳。(握拳須大指壓貼無名指為度。)平舉於右。虎口向上。(側拳)左臂屈於胸前。掌向右。置於右肩銷骨旁。為動作之凖備。
Le corps dressé, la poitrine poussée, les fesses vers l’arrière, les pointes des deux pieds rapprochées. Le bras droit en poing (le pouce pressant sur l’annulaire), levé horizontalement à droite, la « gueule de tigre » vers le haut (poing de côté) ; le bras gauche plié devant la poitrine, la paume vers la droite, posée près de la clavicule droite. Tel est l’apprêt des mouvements.
La posture qui précède est celle de la préparation ; les figures ci-dessus et ci-dessous, reproduites depuis le tirage original, illustrent chaque temps de la ligne.
Mouvements (動作)
(一)左足向左踏出屈膝。步成弓式。同時左手握拳。向左平伸。(衝拳)頭隨之左旋。目須注視左拳。
(1.1) Le pied gauche sort à gauche et le genou plie, faisant la posture d’arc. En même temps la main gauche se ferme en poing et s’étend horizontalement à gauche (chong quan, poing qui pousse) ; la tête tourne avec lui, vers la gauche ; le regard doit se fixer sur le poing gauche.

(二)左臂平屈於胸側。(推手)同時右膝平屈。兩腿屈如騎馬式。
(1.2) Le bras gauche se plie horizontalement au côté de la poitrine (tui shou, main qui écarte). En même temps le genou droit plie et s’aplatit, les deux jambes pliées en posture mabu (« à cheval »).

(三)左臂由左小腿旁。畫半圓至後方。與肩平為度。(撩拳)同時右臂由右方向下畫半圓。上體左旋。而右臂平舉於前。(挑拳)斯時右膝伸直。復左面之弓式。
(1.3) Le bras gauche, depuis le flanc de la jambe gauche, décrit un demi-cercle vers l’arrière, jusqu’à hauteur de l’épaule (liao quan, poing qui relève). En même temps le bras droit décrit depuis la droite un demi-cercle vers le bas ; le haut du corps tourne à gauche, et le bras droit se lève horizontalement devant (tiao quan, poing qui soulève). Alors le genou droit se tend, et l’on revient à la posture d’arc à gauche.

(四)右臂自左方畫圈。(擂拳)大臂緊貼胸側。小臂舉於前方。拳心向上。
(1.4) Le bras droit décrit un cercle depuis la gauche (lei quan, poing qui pilonne) ; la partie haute du bras colle au côté de la poitrine, l’avant-bras se lève devant, le centre du poing vers le haut.

(五)左足向前踢出。(寸腿)左腿屈膝毋動。
(1.5) Le pied gauche chasse en avant (cun tui, « pied d’un pouce », petit coup de pied), le genou gauche pliant sans quitter sa place.

(二)右足踏下。右臂向右平伸。同時體向左轉。復(一)之姿勢。
(2.1) Le pied droit se pose, le bras droit s’étend horizontalement à droite ; en même temps le corps tourne à gauche, et l’on revient à la posture (1.1).

(二)(二)(三)(四)與(一)之(二)(二)(三)(四)同。惟反其方向耳。
(2.2–2.4) Sont identiques aux mouvements (1.2–1.4), sinon qu’ils vont en sens inverse.

(三)(二)(三)(四)(五)與(一)(二)(三)(四)(五)同。
(3.1–3.5) Sont identiques aux mouvements (1.1–1.5).

立正 三動
Garde-à-vous — en trois temps :
(一)右足踏定。復(一)之姿勢。
(i) Le pied droit se fixe, on reprend la posture (1.1).

(二)復預備之姿勢。(左臂在外。右拳在內。如穿拳樣式。亦名冲天炮。)
(ii) On revient à la posture de préparation (le bras gauche dehors, le poing droit dedans, comme pour le poing qui perce — ce qu’on nomme aussi « le canon monte au ciel »).

(三)兩臂下垂。足尖分開。復立正之姿勢。
(iii) Les deux bras pendent, les pointes des pieds s’écartent, et l’on revient au garde-à-vous.

Points d’attention sur les postures (姿勢上之注意)
弓式與騎馬式。宜分清不可混雜。撩拳須在左膝之下。踢出之脚。膝宜挺直。站立之脚。膝稍彎屈。且行拳之際。兩腿勿使搖動。能如是。即得其門徑矣。
La posture d’arc et la posture à cheval doivent rester distinctes, sans se confondre. Le poing qui relève doit passer sous le genou gauche. Dans le coup de pied, le genou doit être tendu ; dans la jambe d’appui, le genou fléchit un peu. Pendant que la boxe marche, les deux jambes ne doivent pas osciller. Qui sait faire ainsi a trouvé la porte.

Les lignes 2 à 12 — leurs noms sont donnés ci-dessus — suivent la même leçon : préparation, mouvements, points d’attention, illustrés par les figures de Xu Beihong. La deuxième ligne (踢打, « frapper et cogner ») se joue à trois reprises et trois temps, la onzième (上中下) à trois reprises et cinq temps, la douzième (進步橫擂) à trois reprises et deux temps, etc.
Notes
- Le Tan tui (潭腿) : exercice fondamental de la boxe du Nord, dit aussi shiershi tan tui (douze lignes). Le nom s’écrit tantôt 潭 (« étang »), tantôt 譚 (nom de famille), tantôt 彈 (« ressortir, claquer »).
- Xu Beihong (徐悲鴻) : alors âgé d’une vingtaine d’années au moment de la publication (1917), il devint l’un des peintres majeurs du XXe siècle ; ces figures comptent parmi ses premiers travaux connus.
- Jin (斤) : unité de poids traditionnelle chinoise (environ 500 g).
- Dantian (丹田) : centre énergétique du bas-ventre.
- Zhanzhuang (站樁) : exercice de « pilier » immobile, base classique du travail du souffle et de la position.
Source des textes chinois : « Quanshu jiben, Tan tui tushuo » (拳術基本 潭腿圖說), compilé par Hu Jian, postures de He Guangxian, publié à Shanghai en 1917, texte dans le domaine public. Nouvelle traduction française réalisée pour ce site à partir de l’original chinois, lue sur la page de Paul Brennan : https://brennantranslation.wordpress.com/2013/01/27/twelve-line-tantui/. Les figures reproduites ci-dessus sont des scans du tirage original de 1917 (dessins de Xu Beihong) : elles sont dans le domaine public.