Le Taiji zhengzong (太極正宗, « Le taiji authentique ») est l’un des ouvrages les plus amples de Wu Zhiqing (吳志青, 1887-1949), éducateur et écrivain martial de l’époque républicaine. Paru en septembre 1936 aux éditions de la Grande librairie de l’Est (大東書局) à Shanghai, il se propose de comparer méthodiquement les versions du taiji quan alors en circulation — celles de Yang Chengfu (楊澄甫, 1883-1936), de Wu Jianquan (吳鑑泉, 1870-1942), de Sun Lutang (孫祿堂, 1860-1933) et des disciples de Yang, Chen Weiming (陳微明) et Chu Minyi (褚民誼) — et d’établir que toutes remontent à une même lignée, celle de la famille Yang. Wu Zhiqing avait lui-même reçu l’enseignement de Yang Chengfu en 1918.

L’ouvrage se divise en deux parties : la première (上編) traite de la théorie et de la pratique, la seconde (下編) rassemble les écrits des maîtres contemporains. Le présent article en donne la préface de l’auteur et les chapitres théoriques — le chapitre premier (les quatre sections : le taiji quan comme science d’hygiène, la comparaison des versions selon les écoles, le tableau comparatif des noms de postures dans quatre versions, l’étude sur le nombre et les noms des postures) et le chapitre deux, sections 1 et 2 (le diagramme d’orientation et les plans de pas des douze segments, avec la liste complète des quatre-vingt-une postures et le décompte des mouvements). Les descriptions posture par posture du chapitre deux (section 3) et la seconde partie de l’ouvrage n’y figurent pas. Le texte chinois, publié en 1936, est dans le domaine public.

Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.

Calligraphies liminaires (題字)

尚武精神

« L’esprit de vénération des arts martiaux. »

王震 — calligraphie de Wang Zhen

Calligraphie « Shang wu jing shen » (尚武精神, « L’esprit de vénération des arts martiaux ») par Wang Zhen — planche de l’édition de 1936

居今之世非尚武不是以保民族之生命太極拳亦武術之一種借敵人之力以打敵人乃其妙用也

題武當宗 志青先生 张继

« Vivre en notre siècle sans honorer les arts martiaux ne permet pas de préserver la vie de la nation. Le taiji quan est lui aussi une sorte d’art martial : se servir de la force de l’adversaire pour le frapper, voilà sa merveilleuse utilité. »

Inscription de Zhang Ji pour L’école Wudang authentique de M. Wu Zhiqing.

Inscription calligraphiée de Zhang Ji pour l’ouvrage de Wu Zhiqing — planche de l’édition de 1936

Préface de l’auteur (弁言)

(一)凡百事物。單看不知優劣。不明眞偽。若集合多數同類之事物。陳列眼前。比較之下。誰優誰劣。誰眞誰偽。是非立判。以此例彼。可不言而喻也。蓋近年學習太極拳者衆。出版物日增。一般熱心太極拳者。徬徨歧路。無所適從。所以本書集合各家之名著。作有統系之研究。將不同之點。列表比較。使學者一望而知。各家太極拳略有不同意義之所在。考各家太極拳之源流。均稱係丹士張三峯所傳授。按其名稱拳式。各有變更。或別為老式。或別為新派。或又別為折衷。或多幾手。或少幾式。亦有一式而分數式者。亦有式同而名異者。亦有名同而式殊者。循此以往。再傳數十年。又不知變更至於如何程度也。推究其因。不外各各師傳。稍有出入。無關宏旨。然而初學者不知就裏。如墜五里霧中。眞偽莫辨。懷疑日深。本書集我國名家太極拳架式理論與名稱。闡明眞相。俾研究斯學者有所區別。不為曲學者所蔽。則出奴入主之弊泯矣。

  1. En toute chose, considérée isolément, on ne distingue ni le meilleur du pire, ni le vrai du faux. Mais si l’on rassemble devant soi un grand nombre d’objets de même espèce, la comparaison fait aussitôt apparaître qui est meilleur et qui est pire, qui est vrai et qui est faux ; et ce qui vaut pour un cas va de soi pour les autres. Or, ces dernières années, les adeptes du taiji quan sont nombreux et les publications se multiplient ; les amateurs fervents errent à la croisée des chemins sans savoir à quoi se rattacher. C’est pourquoi le présent ouvrage rassemble les œuvres célèbres de chaque école et en fait une étude méthodique, présentant en tableaux comparatifs les points de divergence, afin que l’étudiant voie d’un seul regard en quoi les diverses versions du taiji quan diffèrent quelque peu de sens. Si l’on examine les origines de ces versions, toutes déclarent les tenir du maître alchimiste Zhang Sanfeng. Quant aux noms et aux formes des postures, chacun les a modifiés : les uns distinguent une forme ancienne, d’autres une école nouvelle, d’autres encore un compromis ; ici l’on ajoute quelques techniques, là l’on retranche quelques postures ; il arrive qu’une seule posture se divise en plusieurs, que la forme soit identique mais le nom différent, ou que le nom soit le même mais la forme autre. À ce train, après quelques décennies de transmission supplémentaires, nul ne sait à quel degré de transformation on en sera arrivé. À y regarder de près, la cause n’est autre qu’un léger écart dans la transmission de chaque maître, sans conséquence majeure. Mais le débutant, qui en ignore les dessous, tombe dans un épais brouillard : il ne distingue plus le vrai du faux et son doute va s’aggravant. Le présent ouvrage réunit les postures, les théories et les noms du taiji quan des maîtres de notre pays afin d’en éclairer la réalité, de permettre à ceux qui étudient cet art de faire la différence sans être abusés par des doctrines partielles : ainsi s’effacera le travers de l’esprit de parti.

(二)編者於一九一八年。因緣識楊澄甫先生。得楊先生所授之太極拳。朝夕自修。輾轉研究。將經驗所得。並集各家理論。分著上下兩編。上編為理論與實際。下編為各家論著。然理論以切合科學與教育原理生理衞生為原則。不尚玄虛。不重考據。不立奇異為自高實際。附以圖說。並以明顯之文字。說明動作。解釋應用。闡明要領。使學者閱之。心領神會。一目瞭然。

  1. En 1918, les circonstances me firent connaître M. Yang Chengfu, dont je reçus l’enseignement du taiji quan. M’exerçant du matin au soir et poursuivant mes recherches, j’ai réuni ce que l’expérience m’a appris ainsi que les théories des diverses écoles, et je les ai composés en deux parties : la première traite de la théorie et de la pratique, la seconde des écrits des divers auteurs. La théorie a pour principe de s’accorder avec la science, les principes de l’éducation et l’hygiène physiologique : je ne prise pas l’obscur et le mystérieux, je ne fais pas grand cas de l’érudition, et je ne me donne pas d’importance en mettant en avant l’étrange. J’y joins des explications illustrées et, en termes clairs, je décris les mouvements, j’explique les applications et j’élucide les points essentiels, afin que l’étudiant, à la lecture, les saisisse par l’esprit et les embrasse d’un seul coup d’œil.

(三)書之編配。先以理論。次及方法。集合近代研究太極拳名家宏論。作比較上之觀摩。俾學者閱此一書。卽通各家之學。舉一反三。此之謂也。復以成套之太極拳。分為各個動作。使初學易於問津。不致望洋興嘆。習練各個架式。俟動作純熟。姿勢正確。再連成一套。以不違太極拳綿綿不斷一氣呵成之定律。又不違現代教學之方法。三為研究斯學者。創一新紀元。所以本書先之以理論。使學者明白原理。識別畛域者此也。揣摩架式。然後乃學連貫成套。練習法由簡入繁。循序演進。學者自能易於領悟。興趣油然而生。則斯學之普遍。可立而待也。

古歙吳志靑編著於潤州

  1. L’ouvrage procède d’abord de la théorie, puis passe aux méthodes. Il rassemble les vues profondes des maîtres qui ont étudié le taiji quan à l’époque moderne et les met en regard les unes des autres, afin qu’en lisant ce seul livre l’étudiant se familiarise avec l’enseignement de toutes les écoles — c’est là ce qu’on appelle « d’un seul angle, saisir les trois ». Il divise ensuite l’ensemble du taiji quan en mouvements séparés, pour que le débutant trouve aisément le gué et ne reste pas à soupirer devant l’océan. On pratique chaque posture prise à part ; une fois le mouvement maîtrisé et la position correcte, on les relie en un seul enchaînement, sans violer la loi du taiji quan — ce flot continu, achevé d’un seul souffle — ni les méthodes d’enseignement modernes ; et troisièmement, on ouvre ainsi une ère nouvelle pour ceux qui étudient cet art. C’est pourquoi le livre commence par la théorie, afin que l’étudiant comprenne les principes et distingue les domaines. On médite les postures, puis on apprend à les enchaîner en une suite complète ; la méthode de pratique va du simple au complexe et progresse pas à pas, si bien que l’étudiant saisit sans peine et que l’intérêt naît de lui-même : la vulgarisation de cet art n’est plus qu’une question de temps.

Rédigé par Wu Zhiqing de l’ancien district de She (歙縣, Anhui), à Runzhou (潤州, Zhenjiang, Jiangsu).

Chapitre premier — Le taiji quan de l’école Wudang authentique : théorie (武當正宗太極拳論)

1. Le taiji quan, science pratique d’hygiène (太極拳為實用衞生之科學)

夫太極拳者。非為神祕怪誕之幻術。亦非保鏢護院沿街賣藝之技術也。乃自然界中一種自然自衞運動法、自然健身治療法。因其動作活潑而自然。無論强弱老幼。咸宜練習。能使身體健康。精神充足。且太極拳技術奧妙。尤可長進自衞之能力。此所謂自然自衞運動法。又因其動作能使身體平均發達。合乎生理上之程序。而其腹部自然之運動。可以助長消化機能。使食物無滯停於腸胃。一方則排泄渣滓於外。一方卽輸送營養品於全身各部。正本淸源。於是百病無由侵入。身體因而健康。此自然健身治療法也。故太極拳可謂之實用衞生之科學也。

Le taiji quan n’est pas un art magique, étrange et mystérieux, ni la technique des gardes du corps veillant sur les demeures ou des bateleurs de rue. C’est, dans l’ordre naturel, une méthode naturelle d’autodéfense et une méthode naturelle de fortification et de guérison du corps. Parce que ses mouvements sont vifs et naturels, qu’on soit fort ou faible, jeune ou vieux, tous conviennent à sa pratique : il rend le corps sain et l’esprit plein ; et parce que sa technique est subtile, il accroît encore la capacité de se défendre. Voilà ce qu’on appelle la méthode naturelle d’autodéfense. En outre, ses mouvements permettent un développement harmonieux du corps, conforme aux processus physiologiques, et le mouvement naturel de l’abdomen favorise la digestion : la nourriture ne stagne plus dans les intestins et l’estomac ; d’un côté les déchets sont évacués au-dehors, de l’autre les substances nutritives sont portées à toutes les parties du corps. Le fond étant remis en ordre et la source clarifiée, les cent maladies n’ont plus de prise et le corps en devient sain : voilà la méthode naturelle de fortification et de guérison. Aussi le taiji quan peut-il être dit une science pratique d’hygiène.

2. Différences et similitudes entre les versions des diverses écoles (太極拳之各家架式異同說)

國術之分內外。以少林、武當為鵠。而少林系之起源稍遠。派別繁多。難以勝記。其架式有長拳短打。又有高䂯中䂯之別。大步小步之分。約而言之。不外乎攻守進退之法顯然可見也。而武當一門。歷史不若少林之久。當時流傳尚不甚廣。輾轉師承。亦因各個生理之特殊。因勢利導。架式雖略有變更。而其理論則一。又如楊澄甫先生架式尚開展。而吳先生鑑泉尚團緊。孫祿堂先生尚舒長。各得其妙。無分軒輊。太極拳之精意。以開展之中須要團緊而舒長。此卽術語中之『鬆腰、虛靈、頂勁』之意也。然架式雖有不同之點。僅其外表之動作。而其精神則無差異也。

Aux arts nationaux on distingue une école interne et une école externe, qui ont respectivement Shaolin et Wudang pour modèles. La lignée de Shaolin est la plus ancienne, et ses rameaux sont si nombreux qu’on ne saurait les dénombrer. Ses postures comprennent le poing long et la courte frappe ; elles se distinguent encore en postures hautes et moyennes (高䂯、中䂯), en grands pas et en petits pas. En un mot, rien qui ne se ramène aux méthodes d’attaque et de défense, d’avancée et de recul, clairement visibles. L’école Wudang, elle, n’a pas l’ancienneté de Shaolin ; sa diffusion fut d’abord assez restreinte et, de transmission en transmission, les particularités corporelles de chacun ont conduit à des adaptations : les postures ont subi quelques légères modifications, mais la théorie reste une. Ainsi M. Yang Chengfu privilégie l’ampleur et l’extension, M. Wu Jianquan le resserrement et la compacité, M. Sun Lutang l’allongement et la détente — chacun excelle à sa manière et l’on ne peut établir de hiérarchie. Or le sens profond du taiji quan veut que, dans l’extension, il faille le resserrement et l’allongement : c’est là ce que les termes techniques désignent par « relâcher les reins, la vacuité agile, l’énergie au sommet du crâne » (鬆腰、虛靈、頂勁). Mais si les postures présentent des points de divergence, il ne s’agit que de l’aspect extérieur du mouvement : leur esprit ne connaît aucune différence.

3. Tableau comparatif des noms de postures selon les diverses écoles (各家太極拳名稱統計比較異同表)

泊乎今日。國術仍為一般人所重視。習之者甚衆。所以負盛名之楊澄甫先生、吳鑑泉先生、孫祿堂先生。時人稱為三派。其實吳鑑泉之父全佑。乃楊斑候之弟子。孫祿堂從郝為楨學。郝乃斑候之戚。亦曾從學。故太極拳本楊家一系。並無異派。孫先生自著太極拳學一書以問世。吳先生亦將其術傳諸後人。為之發揚光大。陳先生微明得楊先生之傳。在滬創辦致柔拳社為最早。廣事授徒。大有孔門之盛況。並著太極拳術一書。風行全國。蓋此時代可謂太極拳之黃金時代也。雖然盛極一時。百述雜陳。惟恐百世後眞偽莫辨。故鄙人作太極拳術各家拳式名稱異同比較表。以明眞相。表列如左。

À présent, les arts nationaux sont encore tenus en haute estime et nombreux sont ceux qui les pratiquent. Aussi M. Yang Chengfu, M. Wu Jianquan et M. Sun Lutang, dont la renommée est grande, sont-ils appelés par leurs contemporains « les trois écoles ». En réalité, Quanyou (全佑), le père de Wu Jianquan, fut un disciple de Yang Banhou (楊班侯) ; et Sun Lutang étudia auprès de Hao Weizhen (郝為楨), qui était un parent de Yang Banhou et avait aussi été son élève. Le taiji quan relève donc d’une seule lignée, celle de la famille Yang, et il n’existe pas d’écoles distinctes. M. Sun publia de son côté un ouvrage, Taiji quan xue ; M. Wu transmit son art à ses successeurs et le fit rayonner. M. Chen Weiming, héritier de l’enseignement de M. Yang, fonda le premier à Shanghai la société de boxe Zhirou (致柔拳社) ; il forma un grand nombre de disciples, au point que l’on parla d’une prospérité digne de l’école de Confucius, et publia Taiji quan shu, qui fit le tour du pays. On peut dire que cette époque fut l’âge d’or du taiji quan. Mais si florissante fût-elle, les exposés les plus divers s’y mêlaient, et je crains qu’après cent générations l’on ne distingue plus le vrai du faux. Aussi ai-je dressé le Tableau comparatif des ressemblances et différences des noms de postures du taiji quan selon les diverses écoles, afin d’en éclairer la réalité. Le tableau suit.

太極拳各家拳式名稱異同比較表

家別 名稱 次序

Tableau comparatif des noms de postures du taiji quan selon les diverses écoles.

Colonnes : par école (家別), par nom (名稱), par ordre (次序).

Le tableau reproduit ci-dessous est celui de l’édition originale, qui mêle quatre versions dans une même page afin de mettre leurs séries en regard : les noms y sont donc donnés en chinois, tels qu’ils figurent dans l’ouvrage, chacun précédé de son numéro d’ordre. La traduction française des noms de la version retenue par Wu Zhiqing est donnée plus bas, au tableau des douze segments (chapitre deux, section 2).

陳編 — Chen Weiming (1925)孫編 — Sun Lutang (1921)褚編 — Chu Minyi (1929)本編 — Wu Zhiqing (1936)
1 太極起式
2 攬雀尾
1 無極學
2 太極學
3 懶扎衣學
4 開手學
5 合手學
1 太極
2 太極起式
3 攬雀尾一
4 攬雀尾二
5 攬雀尾三
1 太極起式
2 攬雀尾
3 單鞭6 單鞭學6 單鞭3 單鞭
4 提手7 提手上式學7 提手上勢一
8 提手上勢二
4 提手
5 白鶴亮翅8 白鶴亮翅學
9 開手學
10 合手學
9 白鶴亮翅一
10 白鶴亮翅二
5 白鶴亮翅
6 摟膝抝步11 摟膝抝步學11 摟膝抝步(左)
12 摟膝抝步(右)
6 摟膝抝步
7 手揮琵琶12 手揮琵琶式學13 手揮琵琶7 手揮琵琶
8 左右摟膝抝步
9 手揮琵琶
10 進步搬攔捶
13 進步搬攔捶學14 進步或卸步搬攔捶一
15 進步或卸步搬攔捶二
8 左右摟膝抝步
9 手揮琵琶
10 進步搬攔捶
11 如封似閉
12 十字手
14 如封似閉學
15 抱虎推山學
16 開手學
17 合手學
16 如封似閉
17 抱虎歸山
11 如封似閉
12 十字手
13 抱虎歸山18 摟膝抝步學
19 手揮琵琶式學
20 懶扎衣學
21 開手學
22 合手學
18 摟膝抝步
19 攬雀尾
13 抱虎歸山
14 斜步攬雀尾
14 肘底看捶23 單鞭學
24 肘下看捶學
20 斜單鞭
21 肘底看捶
15 肘底看捶
15 左右倒攆猴
16 斜飛式
25 倒攆猴左式學
26 倒攆猴右式學
22 倒攆猴一
23 倒攆猴二
24 斜飛勢
16 左右倒攆猴
17 斜飛式
17 提手27 手揮琵琶式學25 提手上勢18 提手
18 白鶴亮翅28 白鶴亮翅
29 開手學
30 合手學
26 白鶴亮翅19 白鶴亮翅
19 摟膝抝步31 摟膝抝步學
32 手揮琵琶式學
27 摟膝抝步20 摟膝抝步
20 海底針
21 肩通臂
22 撇身捶
23 上步搬攔
24 攬雀尾
25 單鞭
33 三通背學
34 開手學
35 合手學
36 單鞭學
28 海底針
29 扇通背
30 撇身捶
31 卸步搬欄捶
32 上勢攬雀尾
33 單鞭
21 海底針
22 肩通臂
23 撇身捶
24 上步搬攔捶
25 攬雀尾
26 單鞭
26 左右抎手
27 單鞭
37 抎手學34 抎手一
35 抎手二
27 左右抎手
28 單鞭
28 高探馬
29 左右分腳
38 高探馬學
39 右起腳學
40 左起腳學
36 高探馬(左)
37 分腳(右)
38 高探馬(右)
39 分腳(左)
29 高探馬
30 左右分腳
30 轉身蹬腳41 轉身踢腳學40 轉身蹬腳一
41 轉身蹬腳二
31 轉身蹬腳
31 左右摟膝抝步
32 進步栽捶
42 踐步打捶學42 進步栽捶32 左右摟膝抝步
33 進步栽捶
33 翻身白蛇吐信
34 上步搬攔捶
35 蹬腳
36 左右披身伏虎式
37 囘身蹬腳
38 雙風貫耳
43 翻身二起學
44 披身伏虎式學
43 翻身撇身捶
44 翻身二起腳一
45 翻身二起腳二
46 雙峰貫耳一
47 雙峰貫耳二
34 翻身白蛇吐信
35 上步搬攔捶
36 蹬腳
37 左右披身伏虎式
38 囘身蹬腳
39 雙風貫耳
39 左蹬腳45 左踢腳學48 披身踢腳40 左蹬腳
40 轉身蹬腳46 右蹬腳學49 轉身蹬腳41 轉身蹬腳
41 上步搬攔捶47 上步搬攔捶學50 上步搬欄捶42 上步搬攔捶
42 如封似閉
43 十字手
48 如封似閉學
49 抱虎推山學
50 右轉開手學
51 合手學
51 如封似閉
52 抱虎歸山
43 如封似閉
44 十字手
44 抱虎歸山52 摟膝抝步學
53 手揮琵琶學
54 懶扎衣學
55 開手學
56 合手學
53 摟膝抝步
54 攬雀尾
45 抱虎歸山
46 斜步攬雀尾
45 斜單鞭57 斜單鞭學55 斜單鞭47 斜單鞭
46 左右野馬分鬃
47 上步攬雀尾
48 單鞭
58 野馬分鬃學
59 開手學
60 合手學
61 單鞭學
62 右通背掌學
56 野馬分鬃(左一)
57 野馬分鬃(左二)
58 野馬分鬃(右一)
59 野馬分鬃(右二)
48 左右野馬分鬃
49 上步攬雀尾
50 單鞭
49 玉女穿梭
50 上步攬雀尾
63 玉女穿梭學
64 手揮琵琶學
65 懶扎衣學
66 開手學
67 合手學
60 玉女穿梭(左)
61 玉女穿梭(右)
51 玉女穿梭
52 上步攬雀尾
51 單鞭68 單鞭學62 單鞭53 單鞭
52 抎手69 抎手學63 抎手54 抎手
53 單鞭下勢70 抎手下勢學64 下勢55 單鞭下勢
54 金雞獨立71 更雞獨立學65 金雞獨立56 金雞獨立
55 倒攆猴
56 斜飛勢
72 倒攆猴學66 倒攆猴
67 斜飛勢
57 倒攆猴
58 斜飛勢
57 提手73 手揮琵琶式學68 提手上勢59 提手
58 白鶴亮翅74 白鶴亮翅學
75 開手學
76 合手學
69 白鶴亮翅60 白鶴亮翅
59 摟膝抝步77 摟膝抝步學
78 手揮琵琶式學
70 摟膝抝步61 摟膝抝步
60 海底針
61 肩通臂
62 撇身捶
63 上步搬攔捶
64 進步攬雀尾單鞭
79 三通背學
80 開手學
81 合手學
82 單鞭學
71 海底針
72 肩通背
73 進步搬攔捶
74 上勢攬雀尾
75 單鞭
62 海底針
63 肩通臂
64 上步搬攔捶
65 進步攬雀尾
66 單鞭
65 抎手
66 單鞭
83 抎手學76 抎手67 抎手
68 單鞭
67 高探馬
68 十字腿
84 高探馬學
85 十字擺蓮學
77 高探馬
78 迎面掌
79 十字擺蓮
69 高探馬
70 十字腿
69 摟膝指襠捶86 進步指襠拳學80 摟膝指襠捶71 摟膝指襠捶
70 上勢攬雀尾87 退步懶扎衣學
88 開手學
89 合手學
81 上勢攬雀尾72 上步攬雀尾
71 單鞭下勢90 單鞭學
91 單鞭下勢學
82 單鞭
83 下勢
73 單鞭下勢
72 上步七星92 上步七星學84 上步七星74 上步七星
73 退步跨虎93 下步跨虎學85 退步跨虎75 退步跨虎
74 轉腳擺蓮94 轉角擺蓮學86 轉退擺蓮76 轉腳擺蓮
75 彎弓射虎95 彎弓射虎學87 彎弓射虎77 彎弓射虎
76 上步搬攔捶
77 如封似閉
78 十字手
79 合太極
96 雙撞捶學
97 陰陽混一學
98 無極還原學
88 上步探馬
89 迎面掌
90 翻身撇身捶
91 上步高探馬
92 上步攬雀尾
93 合太極
78 上步搬攔捶
79 如封似閉
80 十字手
81 合太極

4. Étude sur le nombre et les noms des postures (太極拳式數名稱之研究)

太極拳者。為武術之一派別也。世說傳自宋人張三峯祖師。歷經元、明、淸、三代。數百年於茲。輾轉師傳。晚近國術重光。學太極者為一時之盛行。尤以文人學士研究是拳。著述日多。鄙人不敏。曾從楊師澄甫學習數年。購置孫先生祿堂著太極拳學。並置坊間所售太極拳圖說。以及陳微明先生著太極拳。朝夕揣摩。心領神會。孫先生編式數有九十八式。而名稱大體相符。為無極學、太極學、開手學、合手學、三通背學、踐步打捶學、翻身二起學、右通背掌學、雙撞捶學、陰陽混一學、無極還原學。與上述二家異。圖說有九十三式。則比孫著少五式。實與陳著同。惟多迎面掌、十字擺蓮二式。其餘多於陳著者。均係分析式之故耳。以鄙人研究所得。似以陳著為太極拳正宗。疑者曰。子何根據而云然。曰。按拳以太極名者。當然以太極八卦之說為本。式數不是八卦六十四爻。便是道家九九之眞數。如是合乎張祖師發明太極拳之身分矣。疑者又曰。陳著祇有七十九式。子言八十一式。又有何理說。曰。陳著中實有八十一式。而第一次抱虎歸山後。應有攬雀尾一式。再接肘底看捶。證之褚著。亦有攬雀尾一式。第二次抱虎歸山亦然。加一攬雀尾。方可接斜單鞭。而陳著係根據楊先生澄甫。演式時均有此二攬雀尾。曾練習楊派太極者。亦可證明。非鄙人杜撰也。疑者又曰。子推崇陳著為太極正宗。我又有一問題。請子解答。以釋吾疑乎。後半段海底針、肩通臂下有撇身捶。何以圖說無之。又上步攬雀尾、單鞭二式連在一起。何以圖說分為二式。其故安在。曰。一言以蔽之。演太極拳主要點。係綿綿不斷。一氣呵成。無分合之別。若著之以文章。似有規定之必要。至於撇身捶有無。據鄙人研究所得。似乎單鞭一式。為一路轉折起承之式。理宜分開。撇身捶之動作與法式。與搬攔捶前半段略同。且合於搬攔捶之中一分一合。仍成八十一式。適與張祖師丹成九轉之眞意相合符節。楊派太極仍不失正宗之地位。質諸高明。以為然否。

Le taiji quan est une école des arts martiaux. La tradition le fait remonter au maître Zhang Sanfeng, sous les Song ; il a traversé les trois dynasties Yuan, Ming et Qing — plusieurs siècles de transmission de maître à disciple. Récemment, les arts nationaux ont retrouvé leur éclat et l’étude du taiji connaît une vogue passagère ; les lettrés et les hommes de lettres surtout l’étudient, et les écrits se multiplient. Pour ma part, peu doué, j’ai étudié plusieurs années auprès de mon maître Yang Chengfu ; j’ai acquis le Taiji quan xue de M. Sun Lutang et me suis procuré le Taiji quan tushuo vendu dans les boutiques ainsi que le Taiji quan de M. Chen Weiming, les méditant du matin au soir jusqu’à en saisir l’esprit. La série établie par M. Sun compte quatre-vingt-dix-huit postures, dont les noms concordent dans l’ensemble, sauf pour : non-polaire (無極學), grand-polaire (太極學), ouvrir les mains (開手學), joindre les mains (合手學), trois passes du dos (三通背學), frapper du poing en pas de piétinement (踐步打捶學), double envol du corps retourné (翻身二起學), paume de la passe du dos à droite (右通背掌學), double coup de poing percutant (雙撞捶學), yin et yang fondus en un (陰陽混一學), retour au non-polaire (無極還原學) — qui diffèrent des deux ouvrages cités ci-dessus. Le Tushuo compte quatre-vingt-treize postures, soit cinq de moins que l’ouvrage de Sun ; en réalité il coïncide avec celui de Chen, sauf qu’il ajoute deux postures, la paume face au visage (迎面掌) et le lotus balancé en croix (十字擺蓮) ; le reste de son surplus par rapport à Chen tient uniquement à ce que les postures y sont décomposées. D’après mes propres recherches, il me semble que l’ouvrage de Chen représente le taiji quan authentique. Un sceptique demandera : sur quel fondement affirmez-vous cela ? Je répondrai : l’art qui prend « taiji » pour nom doit naturellement se fonder sur la doctrine du taiji et des huit trigrammes. Le nombre de ses postures doit être soit les soixante-quatre figures des huit trigrammes, soit les « neuf fois neuf » chers aux taoïstes : voilà qui est digne du maître Zhang, inventeur du taiji quan. Le sceptique dira encore : l’énumération de l’ouvrage de Chen ne compte que soixante-dix-neuf postures, et vous en annoncez quatre-vingt-une : quelle en est la raison ? Je répondrai : l’ouvrage de Chen en compte en réalité quatre-vingt-une, car après le premier « capturer le tigre et le ramener à sa montagne » doit venir une posture « saisir la queue du moineau », que relie ensuite « regarder le poing sous le coude » ; on le vérifie dans l’ouvrage de Chu, qui comporte lui aussi cette « saisie de la queue du moineau ». Il en va de même pour le second « capturer le tigre et le ramener à sa montagne » : avec cette saisie de la queue du moineau en plus, on peut alors enchaîner sur le fouet simple oblique. Or l’ouvrage de Chen se fonde sur M. Yang Chengfu, et à l’exécution ces deux saisies de la queue du moineau existent bien : quiconque a pratiqué le taiji de l’école Yang peut l’attester ; ce n’est pas une invention de ma part. Le sceptique dira encore : vous portez aux nues l’ouvrage de Chen comme le taiji authentique ; j’ai une autre question à vous soumettre, veuillez y répondre pour dissiper mon doute. Dans la seconde moitié, après « aiguille au fond de la mer » et « l’épaule traverse le bras », il y a un « poing du corps qui se détourne » : pourquoi le Tushuo ne le comporte-t-il pas ? Et « avancer en saisissant la queue du moineau » et « le fouet simple » y sont liés en une seule posture, alors que le Tushuo les sépare : d’où vient cela ? Je répondrai : en un mot, le point capital de l’exécution du taiji quan est le flot continu, achevé d’un seul souffle, sans distinction de division ni de réunion ; mais une fois rédigé en texte, il semble nécessaire d’en fixer les règles. Quant à la présence ou à l’absence du « poing du corps qui se détourne », d’après mes recherches il semble que la posture du fouet simple soit un point de relance et de transition sur le parcours, qu’il convient de détacher ; et le mouvement comme la forme du « poing du corps qui se détourne » sont à peu près les mêmes que la première moitié du « dévier, barrer, frapper du poing », et qu’il s’insère dans l’une des allées et venues de ce dernier — ce qui redonne bien les quatre-vingt-une postures, en accord exact avec l’idée du maître Zhang selon laquelle l’élixir s’achève en neuf transmutations. L’école Yang conserve donc son statut de lignée authentique. Je soumets ceci aux connaisseurs : y souscrivent-ils ?

Chapitre deux — Les méthodes d’entraînement du taiji quan (太極拳各個練習法)

1. Le diagramme d’orientation (方位圖說)

凡練習拳術者。但須識別方位。然後行拳不致遺誤。此方位圖之所由作也。

Quiconque pratique un enchaînement de boxe doit avant tout distinguer les orientations : l’exécution ne s’égare plus ensuite. Telle est l’origine de ce diagramme d’orientation.

Le diagramme d’orientation (方位圖) de l’édition originale de 1936, avec le nord, le sud, l’est et l’ouest

此路拳術。為綿綿不斷一氣呵成之拳術。但是這套太極拳是十分宂長。並且其手法與架式頗多重複。要依陳法練習。學者畏其宂長而繁複。大有不敢問津之勢。今別創一格。一不違古人定法。二不違科學原則。三迎合一般學者心理。作各個練習。首先規定方位。以明行拳之趨向所定。及立正之姿勢。注意各要件。列之如左。幷附圖。

Cet enchaînement est un art du flot continu, achevé d’un seul souffle. Mais cet ensemble de taiji quan est fort long, et ses techniques de main comme ses postures comportent bien des répétitions. Si l’on s’en tenait à la méthode de Chen, l’étudiant, effrayé par sa longueur et sa complexité, serait tout près de renoncer. J’innove donc une disposition nouvelle : premièrement sans violer les règles établies par les anciens ; deuxièmement sans violer les principes scientifiques ; troisièmement en épousant la psychologie du pratiquant ordinaire — en faisant de chaque mouvement un exercice séparé. En premier lieu, on fixe les orientations afin d’éclairer la direction de l’exécution, ainsi que la position de départ, debout et droit (立正), et l’on indique les points essentiels à observer, énumérés ci-dessous, avec les figures jointes.

Première planche photographique de l’édition de 1936, placée en tête des consignes de la position de départ

(一)面南背北。

(二)正身直立。

(三)兩手垂直而微屈。成自然之姿態。

(四)兩脚跟在一線上靠攏。而脚尖距離約六十度。

(五)頭上頂。項直豎。沉肩含胸。提肛倂腿。

(六)目凝神正視。舌舐住上牙床。呼吸以鼻孔行之。以防塵埃吸入。

  1. Le visage tourné vers le sud, le dos au nord.
  2. Le corps redressé et debout.
  3. Les deux mains pendantes, légèrement fléchies, dans une attitude naturelle.
  4. Les deux talons rapprochés sur une même ligne, les pointes des pieds écartées d’environ soixante degrés.
  5. La tête poussant vers le haut, la nuque droite et dressée ; les épaules abaissées, la poitrine rentrée (沉肩含胸) ; l’anus relevé et les jambes serrées.
  6. Le regard concentré et porté droit devant ; la langue posée contre le palais, derrière les dents supérieures ; la respiration par les narines, afin d’éviter d’inhaler la poussière.

2. Les plans de pas des douze segments (各段步位路線分圖)

凡練拳術者。知手眼身法步為練拳術入門之途徑。猶於軍事上步騎、炮、工、輜五種兵性。能各專其事。相輔而行。五者缺一不可。而拳術之五種性能。不但缺一不可。一舉手一投足不可須臾離也。若拳之攻擊。身之閃轉。步隨身進。在在均以步為準則。所以每一套拳術。關於步之位置及方向之規定。關係非常重要。若不嚴繩規劃。則進退攻守之法。失所依據。於是作者除研究「式數」及「術名」「用法說明」「動式圖解」與「術解」之外。復研究分段路線圖。使行拳之方向。及步位之遠近。距離之大小。有一定之步度。茲將全套太極拳。按其自然轉折囘身之處。分為十二段。每段各為一路線圖。每一段路線圖有若干式數。編為號數。每一號數卽代表其式與名。在圖上亦均詳為說明。俾研究斯學。知拳之由中央線起首。先五段由中央線而東。(卽由起點往左返至中央往復五次)後七段由中央線而西。(卽由起點往右返至中央往復七次)次第分明。一目瞭然。若集成一總圖。則步套步。往返重複太繁。不易明瞭。在步位圖中。左右脚及式數。一一註明。一式中有數動式。則標明仍稱某號之同號。並以虛線分明矢頭指示來去。使閱者按圖索驥。不致望洋興歎。此圖比例為十分之一。按之常人有高矮。則脚亦有長短。若人之高矮不同。步之大小亦異。而比例則同。卽自與自為比例。下分段路線圖十二幅。又分段方位式名式數動數統計表一幅。尚祈方家指正。幸甚。

Pour qui pratique un enchaînement de boxe, savoir que la main, l’œil, le corps, la méthode et le pas constituent la voie d’entrée dans l’art est chose connue : c’est comme, à la guerre, les cinq armes que sont l’infanterie, la cavalerie, l’artillerie, le génie et le train, dont chacune a sa fonction propre et qui s’entraident — aucune ne peut manquer. Et dans la boxe, ces cinq capacités non seulement ne souffrent pas d’être séparées, mais ne supportent pas d’être quittées un seul instant, qu’on lève la main ou qu’on avance le pied. Si le poing attaque, si le corps esquive et pivote, si le pas suit le corps pour avancer, partout c’est le pas qui donne la règle. C’est pourquoi chaque enchaînement attache une importance capitale à la position et à l’orientation des pas : sans un cadre strict, les méthodes d’avancée et de recul, d’attaque et de défense perdraient tout appui. Aussi l’auteur, outre l’étude du « nombre des postures », des « noms techniques », des « explications d’usage », des « figures des mouvements » et de l’ « analyse des techniques », a-t-il étudié les tracés de pas par segments, afin que la direction de l’exécution, l’éloignement des positions et la grandeur des distances aient une mesure déterminée. J’ai donc divisé l’ensemble du taiji quan, aux points où il se retourne et change naturellement de face, en douze segments, chacun faisant l’objet d’un tracé ; chaque tracé de segment compte un certain nombre de postures, numérotées, chaque numéro représentant une posture et son nom, le tout expliqué en détail sur la figure. Ainsi celui qui étudie cet art sait que l’enchaînement part de la ligne centrale : les cinq premiers segments vont de la ligne centrale vers l’est (c’est-à-dire du point de départ vers la gauche, puis retour au centre, cinq allers et retours), les sept derniers de la ligne centrale vers l’ouest (du point de départ vers la droite, puis retour au centre, sept allers et retours). L’ordre est clair et l’on voit d’un seul coup d’œil. Un tracé unique superposerait pas sur pas des allées et venues trop répétitives, difficilement lisibles. Sur les plans de pas, le pied gauche, le pied droit et le numéro des postures sont indiqués un à un ; lorsqu’une posture comporte plusieurs mouvements, on le signale en conservant son numéro ; des traits pointillés et des flèches marquent les allées et venues, afin que le lecteur, cherchant selon la figure, ne reste pas à soupirer devant l’océan. L’échelle de ces figures est du dixième : les hommes ayant des tailles différentes, leurs pas diffèrent aussi, mais l’échelle demeure la même, chacun étant proportionné à lui-même. Suivent les douze tracés de pas par segment, ainsi qu’un tableau statistique des segments, de leurs orientations, des noms de postures et des nombres de postures et de mouvements. Je prie instamment les connaisseurs de bien vouloir me corriger.

太極拳分段路線與方位及式名曁動式統計表

段次 方位 式名 起止 式數 動數

Tableau statistique des segments de l’enchaînement, de leurs orientations, des noms de postures, de leurs débuts et fins, du nombre de postures et du nombre de mouvements.

Colonnes : numéro du segment (段次) ; orientation (方位) ; noms des postures (式名) ; début et fin (起止) ; nombre de postures (式數) ; nombre de mouvements (動數).

Premier segment (第一段)

第一段 面南背北自中央線起點往東行拳 式數十二 動數三十八

Premier segment : face au sud et dos au nord, l’enchaînement part de la ligne centrale et va vers l’est — douze postures, trente-huit mouvements.

  1. 太極起式 — Posture de départ du taiji (Taiji qishi)
  2. 攬雀尾 — Saisir la queue du moineau (Lan que wei)
  3. 單鞭 — Le fouet simple (Dan bian)
  4. 提手 — Lever les mains (Ti shou)
  5. 白鶴亮翅 — La grue blanche déploie ses ailes (Bai he liang chi)
  6. 摟膝抝步 — Cueillir le genou, pas croisé (Lou xi ao bu)
  7. 手揮琵琶 — Jouer du pipa (Shou hui pipa)
  8. 左右摟膝抝步 — Cueillir le genou, pas croisé, à gauche et à droite (Zuo you lou xi ao bu)
  9. 手揮琵琶 — Jouer du pipa
  10. 進步搬攔捶 — Avancer, dévier, barrer, frapper du poing (Jin bu ban lan chui)
  11. 如封似閉 — Sceller comme on ferme (Ru feng si bi)
  12. 十字手 — Les mains en croix (Shi zi shou)

Deuxième segment (第二段)

第二段 自東往中央線行拳 式數十三 動數三十八

Deuxième segment : de l’est vers la ligne centrale — treize postures, trente-huit mouvements.

  1. 抱虎歸山 — Capturer le tigre et le ramener à sa montagne (Bao hu gui shan)
  2. 斜步攬雀尾 — Saisir la queue du moineau, pas oblique (Xie bu lan que wei)
  3. 肘底看捶 — Regarder le poing sous le coude (Zhou di kan chui)
  4. 左右倒攆猴 — Reculer en repoussant le singe, à gauche et à droite (Zuo you dao nian hou)
  5. 斜飛式 — Le vol oblique (Xie fei shi)
  6. 提手 — Lever les mains
  7. 白鶴亮翅 — La grue blanche déploie ses ailes
  8. 摟膝抝步 — Cueillir le genou, pas croisé
  9. 海底針 — L’aiguille au fond de la mer (Hai di zhen)
  10. 肩通臂 — L’épaule traverse le bras (Jian tong bi)
  11. 撇身捶 — Le poing du corps qui se détourne (Pie shen chui)
  12. 上步搬攔捶 — Avancer d’un pas, dévier, barrer, frapper du poing (Shang bu ban lan chui)
  13. 攬雀尾 — Saisir la queue du moineau

Troisième segment (第三段)

第三段 自中央線往東行拳 式數三 動數十一

Troisième segment : de la ligne centrale vers l’est — trois postures, onze mouvements.

  1. 單鞭 — Le fouet simple
  2. 左右抎手 — Les mains tournoyantes, à gauche et à droite (Zuo you yun shou)
  3. 單鞭 — Le fouet simple

Quatrième segment (第四段)

第四段 自東至西行拳 式數五 動數十一

Quatrième segment : de l’est vers l’ouest — cinq postures, onze mouvements.

  1. 高探馬 — S’élever pour sonder le cheval (Gao tan ma)
  2. 左右分脚 — Écarter les pieds à gauche et à droite (coups de pied) (Zuo you fen jiao)
  3. 轉身蹬脚 — Se retourner et pousser du talon (Zhuan shen deng jiao)
  4. 左右摟膝抝步 — Cueillir le genou, pas croisé, à gauche et à droite
  5. 進步栽捶 — Avancer et planter le poing (Jin bu zai chui)

Cinquième segment (第五段)

第五段 自西至中央行拳 式數十一 動數二十一

Cinquième segment : de l’ouest vers le centre — onze postures, vingt et un mouvements.

  1. 白蛇吐信 — Le serpent blanc tire la langue (Bai she tu xin)
  2. 上步搬攔捶 — Avancer d’un pas, dévier, barrer, frapper du poing
  3. 蹬脚 — Pousser du talon (Deng jiao)
  4. 左右披身伏虎 — Revêtir le corps et soumettre le tigre, à gauche et à droite (Zuo you pi shen fu hu)
  5. 回身蹬脚 — Revenir et pousser du talon (Hui shen deng jiao)
  6. 雙風貫耳 — Deux vents traversent les oreilles (Shuang feng guan er)
  7. 左蹬脚 — Pousser du talon gauche (Zuo deng jiao)
  8. 轉身蹬脚 — Se retourner et pousser du talon
  9. 上步搬攔捶 — Avancer d’un pas, dévier, barrer, frapper du poing
  10. 如封似閉 — Sceller comme on ferme
  11. 十字手 — Les mains en croix

Sixième segment (第六段)

第六段 自中央至西行拳 式數五 動數二十四

Sixième segment : du centre vers l’ouest — cinq postures, vingt-quatre mouvements.

  1. 抱虎歸山 — Capturer le tigre et le ramener à sa montagne
  2. 斜步攬雀尾 — Saisir la queue du moineau, pas oblique
  3. 斜單鞭 — Le fouet simple oblique (Xie dan bian)
  4. 左右野馬分鬃 — Le cheval sauvage écarte sa crinière, à gauche et à droite (Zuo you ye ma fen zong)
  5. 攬雀尾 — Saisir la queue du moineau

Septième segment (第七段)

第七段 原地四隅行拳 式數三 動數十三

Septième segment : sur place, vers les quatre coins — trois postures, treize mouvements.

  1. 單鞭 — Le fouet simple
  2. 玉女穿梭 — La jeune fille lance la navette (Yu nü chuan suo)
  3. 上步攬雀尾 — Avancer d’un pas en saisissant la queue du moineau (Shang bu lan que wei)

Huitième segment (第八段)

第八段 自西至中央線行拳 式數三 動數十五

Huitième segment : de l’ouest vers la ligne centrale — trois postures, quinze mouvements.

  1. 單鞭 — Le fouet simple
  2. 左右抎手 — Les mains tournoyantes, à gauche et à droite
  3. 單鞭下勢 — Le fouet simple en posture basse (Dan bian xia shi)

Neuvième segment (第九段)

第九段 自中央線至西行拳 式數十 動數二十六

Neuvième segment : de la ligne centrale vers l’ouest — dix postures, vingt-six mouvements.

  1. 金雞獨立 — Le coq d’or se tient sur une patte (Jin ji du li)
  2. 左右倒攆猴 — Reculer en repoussant le singe, à gauche et à droite
  3. 斜飛勢 — Le vol oblique (variante de 斜飛式) (Xie fei shi)
  4. 提手 — Lever les mains
  5. 白鶴亮翅 — La grue blanche déploie ses ailes
  6. 摟膝抝步 — Cueillir le genou, pas croisé
  7. 海底針 — L’aiguille au fond de la mer
  8. 肩通臂 — L’épaule traverse le bras
  9. 上步搬攔捶 — Avancer d’un pas, dévier, barrer, frapper du poing
  10. 〔進步攬雀尾〕 — Avancer en saisissant la queue du moineau (Jin bu lan que wei) — posture donnée entre crochets dans l’original, où sa description est renvoyée au chapitre précédent

Dixième segment (第十段)

第十段 自西至中央線行拳 式數三 動數十一

Dixième segment : de l’ouest vers la ligne centrale — trois postures, onze mouvements.

  1. 單鞭 — Le fouet simple
  2. 左右抎手 — Les mains tournoyantes, à gauche et à droite
  3. 單鞭 — Le fouet simple

Onzième segment (第十一段)

第十一段 自中央線至西行拳 式數四 動數十

Onzième segment : de la ligne centrale vers l’ouest — quatre postures, dix mouvements.

  1. 高探馬 — S’élever pour sonder le cheval
  2. 十字腿 — La jambe en croix (Shi zi tui)
  3. 摟膝指襠捶 — Cueillir le genou et frapper l’entrejambe du poing (Lou xi zhi dang chui)
  4. 攬雀尾 — Saisir la queue du moineau

Douzième segment (第十二段)

第十二段 自西至中央線 式數九 動數十五

Douzième segment : de l’ouest vers la ligne centrale — neuf postures, quinze mouvements.

  1. 單鞭下勢 — Le fouet simple en posture basse
  2. 上步七星 — Avancer d’un pas vers les sept étoiles (Shang bu qi xing)
  3. 退步跨虎 — Reculer et enfourcher le tigre (Tui bu kua hu)
  4. 轉脚擺蓮 — Tourner le pied et balancer le lotus (Zhuan jiao bai lian)
  5. 彎弓射虎 — Bander l’arc et tirer sur le tigre (Wan gong she hu)
  6. 上步搬攔捶 — Avancer d’un pas, dévier, barrer, frapper du poing
  7. 如封似閉 — Sceller comme on ferme
  8. 十字手 — Les mains en croix
  9. 合太極 — Rejoindre le taiji (He taiji)

統計 共十二段

由東至中二次

由西至中三次

由中至東二次

由東至西一次

由中至西三次

原地一次

八十一式 二百三十三動

Bilan : douze segments en tout — de l’est au centre, deux fois ; de l’ouest au centre, trois fois ; du centre à l’est, deux fois ; de l’est à l’ouest, une fois ; du centre à l’ouest, trois fois ; sur place, une fois. Soit quatre-vingt-une postures et deux cent trente-trois mouvements.

重八式者。有攬雀尾、單鞭二式。

重六式者。有搬攔捶一式。

重三式者。有白鶴亮翅、提手、摟膝抝步、如封似閉、十字手、左右抎手六式。

重二式者。有手揮琵琶、左右摟膝抝步、抱虎歸山、左右倒攆猴、斜飛式、海底針、肩通臂、高探馬、轉身蹬脚、單鞭下勢十式。

不重式者。有太極起式、肘底看捶、左右分脚、進步栽捶、白蛇吐信、蹬脚、左右披身伏虎、囘身蹬脚、雙風貫耳、左蹬脚、野馬分鬃、玉女穿梭、金雞獨立、十字腿、摟膝指襠捶、上步七星、退步跨虎、轉脚擺蓮、彎弓射虎、合太極、撇身捶二十一式。

全套不同式者、單式計共四十式。

Postures répétées huit fois : la saisie de la queue du moineau et le fouet simple, soit deux postures.

Postures répétées six fois : le « dévier, barrer, frapper du poing », soit une posture.

Postures répétées trois fois : la grue blanche déploie ses ailes, lever les mains, cueillir le genou en pas croisé, sceller comme on ferme, les mains en croix, les mains tournoyantes à gauche et à droite, soit six postures.

Postures répétées deux fois : jouer du pipa, cueillir le genou en pas croisé à gauche et à droite, capturer le tigre et le ramener à sa montagne, reculer en repoussant le singe à gauche et à droite, le vol oblique, l’aiguille au fond de la mer, l’épaule qui traverse le bras, s’élever pour sonder le cheval, se retourner et pousser du talon, le fouet simple en posture basse, soit dix postures.

Postures non répétées : la posture de départ du taiji, regarder le poing sous le coude, écarter les pieds à gauche et à droite, avancer et planter le poing, le serpent blanc tire la langue, pousser du talon, revêtir le corps et soumettre le tigre à gauche et à droite, se retourner et pousser du talon, deux vents traversent les oreilles, pousser du talon gauche, le cheval sauvage écarte sa crinière, la jeune fille lance la navette, le coq d’or se tient sur une patte, la jambe en croix, cueillir le genou et frapper l’entrejambe, avancer vers les sept étoiles, reculer en enfourchant le tigre, tourner le pied et balancer le lotus, bander l’arc et tirer sur le tigre, rejoindre le taiji, le poing du corps qui se détourne, soit vingt et une postures.

Au total, l’ensemble ne comporte que quarante postures différentes.

Notes du traducteur

  1. L’ouvrage et son auteur. Wu Zhiqing (吳志青, 1887-1949), originaire du district de She (歙縣) en Anhui, fut un promoteur actif des arts martiaux sous la République ; il enseigna notamment à l’Institut central des arts martiaux (中央國術館) et publia plusieurs manuels (le Lian bu quan tu shuo en 1931, le Zhaomen quanfa paoquan tushuo la même année). Le Taiji zhengzong est son grand œuvre théorique, publié à Shanghai en septembre 1936. Wu Zhiqing y cite ses propres maîtres et condisciples : l’ouvrage vaut autant comme témoignage de la pratique du taiji quan de l’école Yang dans les années 1930 que comme traité.
  2. Les quatre versions comparées. Le tableau comparatif confronte les séries de postures de Chen Weiming (陳微明, dans Taiji quan shu, 1925), de Sun Lutang (孫祿堂, dans Taiji quan xue, 1921), de Chu Minyi (褚民誼, 1929) et celle de Wu Zhiqing lui-même (本編, « la présente série », 1936, 81 postures). Les trois premières ont fait l’objet de traductions sur ce site.
  3. Les noms de l’école Sun. Les postures propres à la série de Sun Lutang citées dans la section 4 et dans le tableau sont : 無極學 (non-polaire), 太極學 (grand-polaire), 開手學 (ouvrir les mains), 合手學 (joindre les mains), 三通背學 (les trois passes du dos), 踐步打捶學 (frapper du poing en pas de piétinement), 翻身二起學 (double envol du corps retourné), 右通背掌學 (paume de la passe du dos, à droite), 雙撞捶學 (double coup de poing percutant), 陰陽混一學 (yin et yang fondus en un), 無極還原學 (retour au non-polaire).
  4. Terminologie. Wu Zhiqing écrit 抎手 là où la plupart des versions portent 雲手 (« mains comme des nuages ») ; nous avons traduit par « les mains tournoyantes ». Dans la section 2, l’édition porte deux fois le caractère rare 䂯 (高䂯、中䂯) là où l’on attend 樁 (« pieu, posture tenue ») : il s’agit vraisemblablement de postures hautes et moyennes, par opposition aux pas larges ou serrés qui suivent.
  5. Chiffres. L’ouvrage retient 81 postures et 233 mouvements répartis en douze segments, dont seulement quarante postures différentes, la saisie de la queue du moineau et le fouet simple revenant huit fois chacun. La section 4 expose pourquoi Wu Zhiqing compte 81 postures là où Chen Weiming n’en énumère que 79 : les deux « saisies de la queue du moineau » qui suivent les deux « capturer le tigre et le ramener à sa montagne ».
  6. Étendue de la traduction. Sont traduits ici la préface de l’auteur et les chapitres théoriques de la première partie (chapitre premier, sections 1 à 4 ; chapitre deux, sections 1 et 2). Ne sont pas traduits : la table des matières de l’édition, les descriptions posture par posture du chapitre deux (section 3), et l’ensemble de la seconde partie (下編), anthologie des écrits de Hu Pu’an, Jiang Rongqiao, Yang Chengfu, Sun Lutang, Chen Zhijin, Chen Weiming et Xiang Kairan.

Source du texte chinois : 《太極正宗》 (Taiji zhengzong, « Le taiji authentique ») de Wu Zhiqing (吳志青), 大東書局 (Grande librairie de l’Est), Shanghai, septembre 1936. Le texte a été traduit d’après les passages chinois publiés dans l’article « Taiji Boxing According to Wu Zhiqing » de Paul Brennan (https://brennantranslation.wordpress.com/2016/10/25/taiji-boxing-according-to-wu-zhiqing/), dont la traduction anglaise n’a pas été utilisée. Texte chinois dans le domaine public (auteur mort en 1949). Les illustrations reproduites ici sont des planches de l’édition originale de 1936 (calligraphies liminaires, diagramme d’orientation et photographie), elles-mêmes dans le domaine public. Traduction française : nouvelle traduction réalisée à partir de l’original chinois pour ce site.