Le Taiji zhengzong quanzhen (太極正宗銓真, « Explications véritables du taiji authentique ») est le second livre de Wu Zhiqing (吳志青, 1887-1949), écrivain martial et professeur, élève de Yang Chengfu (楊澄甫, 1883-1936). Répondant au Taiji zhengzong (太極正宗) de 1936 — déjà traduit sur ce site — il en reprend la matière pour l’approfondir, et il fut rédigé à Kunming, au Yunnan, où son auteur occupait un poste à l’université nationale du Sud-Ouest associé (國立西南聯合大學). La préface, datée d’avril 1943, est signée dans le bureau des études de cette université.
L’ouvrage se présente comme la mise au jour de quatre textes que les maîtres des générations passées ne transmettaient qu’avec réserve — la méthode des treize termes (十三字行功法), la formule en huit mots (八字訣), les énergies des treize dynamiques (十三勢總勁) et la pratique du vide et du plein (虛實行功法) — dont l’auteur dit avoir reçu les chants et les commentaires de Wu Mengxia (吳孟俠) par l’entremise de Jin Yiming (金一明) au printemps 1940. Autour de ces quatre « joyaux », il dispose ses propres essais : la force et le jin (力與勁), le centre et l’équilibre (中心與重心), les six unions et les trois poussées (六合三摧說), les rapports du taiji quan avec l’hygiène physiologique, et le développement du potentiel humain. Le texte chinois, achevé en 1943, est dans le domaine public.
Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.

Préface de l’auteur (自序)
余承師法著太極正宗稿成,蒙楊師指正,乃同門陳、胡二先生校訂,問世後風行海內,又荷謬許,益感愧恧,朝夕思之,應如何努力以報同道之企望,毋負楊師之心傳播,余雖不敏,感師友之督責未敢稍有自滿,乃對太極拳作進一步之探討,行將十年訪得名師益友傳授之心法,作太極正宗銓眞,以供愛好同道之印證。
Sur la base de la méthode reçue de mon maître, j’avais achevé le manuscrit du Taiji zhengzong ; mon maître Yang le corrigea, et mes condisciples MM. Chen et Hu le révisèrent. Après sa publication, il fut bien accueilli dans tout le pays, et l’on m’en fit des éloges immérités, ce qui ne fit qu’accroître ma honte. Jour et nuit j’y songeais : que faire pour répondre à l’attente de mes compagnons d’art et ne pas trahir ce que mon maître Yang avait à cœur de transmettre ? Bien que peu doué, je prends à cœur les remontrances de mes maîtres et amis et n’ose me satisfaire de peu ; j’ai donc poussé plus loin mes recherches sur le taiji quan. Voici bientôt dix ans que je fréquente maîtres renommés et amis précieux pour recueillir les méthodes qu’ils m’ont transmises, et j’ai composé les Explications véritables du taiji authentique, afin d’offrir aux amateurs du même art un moyen de vérification.
蓋太極拳練習有架式有推手,推手為架式應用之試驗,架式為練習之體,推手為闡明架式之用,此為太極拳體用兼備一貫之體系也。
Dans la pratique du taiji quan, il y a l’enchaînement et il y a la poussée des mains. La poussée des mains est l’épreuve de l’application de l’enchaînement ; l’enchaînement est le corps de la pratique, la poussée des mains en éclaire l’usage : tel est le système du taiji quan, où le corps et l’usage se complètent et se suivent d’un bout à l’autre.
惟查近世以來,太極拳傳佈日廣有遍及全國之勢,此為太極拳之幸運也,然而日盈則昃月滿則虧,太極拳亦不能例外,於是傳之愈遠愈衍而晦,或難免不使體用兼備之太極拳失其本來面目,於是有志斯者惄焉憂之,此銓眞之所由述也。
Or, depuis les temps modernes, le taiji quan se répand de plus en plus, au point de gagner tout le pays : c’est là sa chance. Mais quand le soleil est à son zénith il décline, quand la lune est pleine elle décroît, et le taiji quan n’y échappe pas : plus loin il se transmet, plus il se ramifie et s’obscurcit, au risque de faire perdre au taiji quan — qui unit le corps et l’usage — son visage d’origine. C’est pourquoi ceux qui ont à cœur cet art s’en affligent en secret : voilà ce qui a motivé ces explications véritables.
按太極拳古法除架式與推手之練習法外,尚有十三字行功法、八字訣、十三字總勁、虛實法四種奧義,為歷代師尊不輕傳人之秘寶,此所以太極拳之架式雖推行甚廣,遍及全國,而太極拳之四種奧義眞傳則歷久而傳佈日稀,學者僅得其形式與皮毛,而失其靈魂與精華。
Dans la méthode ancienne du taiji quan, outre l’entraînement à l’enchaînement et à la poussée des mains, il existe encore quatre sens profonds — la méthode des treize termes (十三字行功法), la formule en huit mots (八字訣), les énergies des treize termes (十三字總勁) et la méthode du vide et du plein (虛實法) — trésors secrets que les maîtres des générations passées ne transmettaient pas à la légère. C’est pourquoi, bien que l’enchaînement du taiji quan se soit répandu très largement, jusqu’aux confins du pays, ces quatre sens profonds se sont au contraire raréfiés avec le temps : l’étudiant n’en obtient que la forme et l’écorce, et perd l’âme et la quintessence.
夫太極拳旣為時代之產物,不應秘而不傳,若傳之而失其眞,不若不傳之為愈,余有鑒於斯,爰將上述四種奧義銓解,廣為傳佈,附以筆者數十年之經驗所得,如中心與重心,力與勁,六合三摧,變化氣質,啓發潛能等理論,不厭求詳,引申其說,以明太極拳之效用,而發揚光大之,俾太極拳成為科學化之國術,推行於世,作强國强種之利器,是所企望也。
Le taiji quan, puisqu’il est le produit de son époque, ne doit pas rester secret et non transmis ; mais s’il se transmet en perdant sa vérité, mieux vaudrait encore ne pas le transmettre. Devant ce constat, j’ai voulu expliquer et diffuser largement les quatre sens profonds dont il vient d’être question, en y joignant ce que des dizaines d’années d’expérience m’ont appris — le centre et l’équilibre, la force et le jin, les six unions et les trois poussées, la transformation du tempérament, l’éveil du potentiel — sans rien épargner du détail, développant chaque proposition afin de mettre en évidence l’utilité du taiji quan et de le faire rayonner, pour qu’il devienne un art national scientifique et se répande dans le monde comme un instrument puissant de fortification du pays et de la race : tel est mon espoir.
按太極拳每一動作均含圓形,圓中亦含方形,亦卽方中有圓,圓中有方之象徵也,但必須在渾圇中包攝之,以不露形不顯痕為原則,此卽中心與重心之運用,舉例言之如圓轉則自如,無方則不固,行方則滯,非圓不靈,方中有圓乃所以顯其靈活也,圓中有方乃所以求其穩定也,此為研究太極拳唯一之要訣。
Dans le taiji quan, chaque mouvement contient une forme ronde, et le rond contient aussi du carré : c’est le symbole du rond dans le carré et du carré dans le rond. Mais il faut les envelopper dans un tout indivis, selon le principe de ne pas laisser paraître la forme ni la trace : c’est là l’emploi du centre et de l’équilibre. Pour donner un exemple : la rotation circulaire est libre et aisée, mais sans carré elle n’est pas solide ; agir en carré provoque l’engorgement, car sans rond il n’y a pas d’agilité. Le rond dans le carré sert à montrer la souplesse, le carré dans le rond sert à chercher la stabilité : c’est là l’unique secret de l’étude du taiji quan.
太極拳以架式為體,以推手為用,以十三字行功法為體,以八字訣為用,以十三字總勁為體,以虛實行功法為用,換言之,架式與推手均為之體,十三字行功法、八字訣、十三字總勁與虛實行功法為之用,亦卽中心運用重心,重重演進之無上妙法,如中心穩定,重心必而運用自如,倘練架式者未能注意練習中心,必致守之則不固,攻之則無勁,所以徒運用重心而不明中心之理,不啻捨本遂末,徒勞無功,中心者:拳經云「尾閭中正神貫頂,滿身輕利頂頭懸。」此為正確架式姿勢之準繩也。
Dans le taiji quan, l’enchaînement est le corps et la poussée des mains l’usage ; la méthode des treize termes est le corps et la formule en huit mots l’usage ; les énergies des treize termes sont le corps et la méthode du vide et du plein l’usage. Autrement dit, l’enchaînement et la poussée des mains sont le corps, tandis que la méthode des treize termes, la formule en huit mots, les énergies des treize termes et la méthode du vide et du plein en sont l’usage : c’est le centre mettant en œuvre l’équilibre, la merveille suprême qui progresse de degré en degré. Si le centre est stable, l’équilibre suivra et l’emploi sera aisé. Si celui qui pratique l’enchaînement ne prend pas soin de travailler le centre, sa garde ne sera pas solide et son attaque manquera de jin : user de l’équilibre sans comprendre le principe du centre, c’est abandonner la racine pour courir au rameau, et peiner en vain. Du centre, le classique dit : « Le coccyx est droit, l’esprit pénètre au sommet du crâne ; tout le corps est léger et agile, le sommet de la tête est comme suspendu. » Telle est la règle qui mesure la justesse des postures de l’enchaînement.
太極拳最高之哲理為虛實二字,拳經云「練拳不諳虛實理,枉費功夫終無成。」虛實者,換言之,卽中心與重心是也,按人體以軀為中心,為四肢為重心,推而廣之,肩與胯,肘與膝,手與足,及頭部共七部,俱各為各個之中心,亦卽為各個之重心也,此為人體外形之分解,茲以幾何畫為喻,於正圓中求一正方形,必先求中心之交點,方能畫成正方形,又如在正方形中求七個切邊圓形,亦必須先求得方中之中心交點,然後再畫七個切邊圓形之中心交點,方能畫成方中含有七個圓形,所以方中可有無數之圓,圓中亦可包含無數之方,雖每一個圓形之中,必有中心,亦卽每個方中亦有中心,其中心之外當為重心,此理甚明,而太極拳卽據此理而運用,於是凡研究太極拳者,以此為法,則姿勢易於正確,虛實之理亦在其中矣,又虛實二字亦可作客觀主觀之解釋,諸事持客觀態度,不為物所蔽,則明,持主觀態度,易為客氣所基,則暗,又太極拳視來勢應機而變化,非先立己見,固執其一也,所謂「練拳不諳虛實理,枉費功夫終無成。」卽是理也。
Le principe suprême du taiji quan tient dans les deux mots vide et plein. Le classique dit : « Si, en pratiquant la boxe, on n’entend rien au principe du vide et du plein, on aura peiné en vain et l’on n’aboutira à rien. » Le vide et le plein, en d’autres termes, c’est le centre et l’équilibre. Dans le corps humain, le tronc est le centre et les quatre membres sont l’équilibre ; et en élargissant, les sept parties que sont l’épaule et la hanche, le coude et le genou, la main et le pied, ainsi que la tête, ont chacune leur centre propre, et donc chacune leur équilibre propre : voilà l’analyse externe du corps humain. Prenons pour comparaison la figure géométrique : si l’on veut inscrire un carré dans un cercle parfait, il faut d’abord trouver le point d’intersection central, et alors seulement on peut tracer le carré ; de même, si l’on veut inscrire sept cercles tangents dans le carré, il faut d’abord trouver le point d’intersection central du carré, puis les points centraux des sept cercles ainsi découpés, et alors seulement on obtient sept cercles inscrits dans le carré. Ainsi le carré peut contenir d’innombrables cercles, et le cercle d’innombrables carrés ; chaque cercle a nécessairement un centre, chaque carré aussi, et hors de ce centre il y a l’équilibre. Le principe est parfaitement clair, et c’est sur lui que le taiji quan s’appuie. Que ceux qui étudient cet art en fassent leur règle : les postures en seront plus sûrement justes, et le principe du vide et du plein s’y trouvera inclus. Ces deux mots se laissent d’ailleurs interpréter comme objectif et subjectif : en toute chose, qui garde une attitude objective n’est pas voilé par les objets et voit clair, qui garde une attitude subjective se laisse envahir par ses impressions et s’obscurcit. De même, le taiji quan observe la force qui vient et se transforme selon la circonstance, plutôt que de partir d’une idée préconçue et de s’y tenir. C’est de ce principe qu’il s’agit dans « si, en pratiquant la boxe, on n’entend rien au principe du vide et du plein, on aura peiné en vain et l’on n’aboutira à rien ».
太極拳最妙之處,為全套架式之動作聯綿不斷,一氣呵成,且迂緩而冗長,作觀之似覺卑之無甚高論,其實妙處盡在其中,迂緩主於靜,則以靜制動,冗長主於持久,則以長而制短,以緩而應急,以虛而化實,此為太極拳之妙用也。
Le plus merveilleux dans le taiji quan, c’est que les mouvements de tout l’enchaînement forment une continuité ininterrompue, achevée d’un seul souffle ; et il est d’un rythme lent et long, si bien que le spectateur le juge pauvre et sans grandes idées, alors que tout le merveilleux est là, à l’intérieur. La lenteur tient au calme, et l’on se sert du calme pour maîtriser le mouvement ; la longueur tient à la durée, et l’on se sert du long pour venir à bout du court, du lent pour répondre à l’urgent, du vide pour résoudre le plein : telle est la merveilleuse utilité du taiji quan.
武術家功夫練至爐火純靑之候,雖是草莽武夫,不期然而然,深明大義,路見不平拔刀相助,如枳深井里者流,此所謂發潛能變氣質之明證也。
Quand le travail d’un martialiste atteint la pureté du feu parfait, cet homme fût-il un rude guerrier de la lande, il arrive sans qu’il le cherche à comprendre le grand principe : voyant une injustice, il tire son sabre et vient en aide, à la manière de ces justiciers des temps anciens. C’est là la preuve manifeste de ce qu’on appelle l’éveil du potentiel et la transformation du tempérament.
本書脫稿後,承查良釗,杜恩霖,蔣日庶,馬筱良,馬覺,李濟五,謝漢俊諸位先生,或校訂,或潤色,或合影而圖畫,各出餘緒,以成斯篇,特誌數語以表謝忱。
Après l’achèvement de cet ouvrage, MM. Zha Liangzhao, Du Enlin, Jiang Rishu, Ma Xiaoliang, Ma Jue, Li Jiwu et Xie Hanjun ont bien voulu, les uns le réviser, les autres en polir le style, d’autres encore poser pour les photographies, chacun apportant son concours pour mener à bien ce volume : je consigne ici quelques mots pour exprimer ma reconnaissance.
中華民國三十二年四月序於昆明國立西南聯合大學訓導處
Préface écrite en avril de la trente-deuxième année de la République de Chine (1943), au bureau du corps enseignant de l’université nationale du Sud-Ouest associé, à Kunming.
一 — Remarques liminaires (例言)
一、本書旨在練習國術鍛鍊體格,並非以血肉之軀抗衡現代武器,而係鍛練剛健之體魂,俾可運動現代之武器也,抗戰今日,凡百事業俱應以經濟為先,國術設備簡單,最合經濟原則,且中國人習中國歷代相傳之國術,國情民俗並皆相宜。
- Le but de ce livre est l’entraînement aux arts nationaux et la formation du corps : il ne s’agit nullement d’opposer à la main un corps de chair aux armes modernes, mais de forger un corps et une âme vigoureux, propres à mettre en œuvre ces armes modernes. En ces jours de résistance, toutes les entreprises doivent viser d’abord à l’économie : l’équipement des arts nationaux est simple, il répond au plus haut point au principe d’économie, et le Chinois qui pratique l’art national transmis par les générations de son pays s’y trouve d’ailleurs en accord avec les mœurs de sa contrée.
二、本書闡明太極拳致用之功,銓釋行功之竅要。
- Ce livre met en évidence l’efficacité pratique du taiji quan et explique les points essentiels de la pratique.
三、本書對於力與勁之區分,及其練習方法,有深刻之見解。
- Sur la distinction entre la force musculaire et le jin, et sur la manière de les cultiver, ce livre présente une vue approfondie.
四、本書對於太極拳能啓發人體之潛能一點,有詳盡之解說。
- Sur la faculté du taiji quan d’éveiller le potentiel du corps humain, ce livre donne un exposé détaillé.
五、本書對於中心運用重心,以及每一動作均含有四種形態,有確實之論證。
- Sur le centre qui met en œuvre l’équilibre, et sur les quatre formes que contient chacun des mouvements, ce livre apporte une démonstration solide.
六、本書闡明前人不傳之秘,實用推手法,由淺入深,舉例使用,將太極拳十三勢,亦即掤捋擠按採例肘靠進退顧盼定十三字行功法之原理、秘訣,揭發無遺,破除世人對於太極拳神秘之見。
- Ce livre éclaircit les secrets que les générations précédentes ne transmettaient pas et les méthodes pratiques de poussée des mains, allant du simple au profond et donnant des exemples d’application : il met entièrement à nu les principes et les secrets de la méthode des treize termes du taiji quan — soit les treize mots peng, lü, ji, an, cai, lie, zhou, kao, avancer, reculer, regarder, guetter, fixer — et dissipe la vision mystérieuse que le monde s’en fait.
七、本書闡明練習太極拳有却病延年之功,變化氣質之妙。
- Ce livre met en évidence l’efficacité du taiji quan pour écarter la maladie et prolonger la vie, et sa merveilleuse action sur le tempérament.
八、本書為筆者搜集平日探討之所得,匯集而成,支離破碎,謬誤不免,敬希海內學者不吝指正!俾太極拳得以發揚光大,則筆者所馨香禱祝者也。
- Ce livre rassemble ce que mes recherches quotidiennes m’ont permis de recueillir : il est décousu et ne peut éviter des erreurs. Je prie instamment les savants du pays de ne pas épargner leurs corrections, afin que le taiji quan puisse se répandre et grandir : c’est là l’objet de mes vœux les plus sincères.
二 — Introduction générale (概論)
我國國術一道,自古迄今彪炳史册者不乏實例,惟僅紀其功,未紀其致功之究竟,縱或有之,亦不過戰術戰略而已,至明代戚少保繼光所著紀效新書,對於戰鬭之武器與應用之方法,始有詳盡之紀載。
Dans notre pays, les arts nationaux n’ont jamais manqué, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, d’exemples illustres consignés dans les annales ; pourtant ces textes ne relatent que les exploits et non le fin mot de la manière d’y parvenir, et lorsqu’ils s’y essaient, ce n’est jamais que de tactique et de stratégie. Il faut attendre le Jixiao xinshu (紀效新書, « Nouveau livre de l’efficacité des services ») composé sous les Ming par le général Qi Jiguang (戚繼光, 戚少保) pour trouver un exposé détaillé des armes du combat et de la méthode de les employer.
或曰今之世為科學化,立體化之戰爭時代,非比昔日一刀一槍之戰鬭時代,國術何將所用乎?是誠然。今日之武器其犀利至不可思議,一秒之時達數十發,一彈之重達一二噸,堅城固壘當之立燬,況區區血肉之軀乎?然而武器雖利究為物質,非人運用不能自動,而遂用此種犀利武器之人,必須有健强之體魄,方克勝任,近年我國選拔學生赴美研習高深航空術,體格及格者百無一二,卽已受初級中級訓練之空軍學生,至美後尚有因體力不合而被遣返者,民國三十年空軍幼童學校,第二屆在昆明招生,應攷者七百餘名,體格及格者僅九人耳;國人體格之孱弱可以想見,縱有犀利武器,若無健强之體魄可以運用,亦屬徒然,故今日尚言國術者,非敎人以血肉之軀抗禦現代武器,而為敎人由是鍛鍊體格以運用現代武器也,
« À notre époque, dira-t-on, la guerre est scientifique et tridimensionnelle, elle n’est plus celle du sabre et de la lance d’autrefois : à quoi bon les arts nationaux ? » Il est vrai. Les armes d’aujourd’hui sont d’une acuité inconcevable : des dizaines de projectiles par seconde, des bombes d’une ou deux tonnes, des forteresses qui s’écroulent d’un coup — que dire d’un misérable corps de chair ? Mais si efficaces soient-elles, les armes ne sont après tout que matière : sans l’homme pour les manœuvrer, elles ne se mettent pas en mouvement d’elles-mêmes. Or celui qui manœuvre ces armes terribles doit avoir une constitution vigoureuse pour en être capable. Ces dernières années, notre pays a sélectionné des étudiants pour aller aux États-Unis étudier l’aéronautique avancée : à peine un ou deux sur cent passaient l’examen physique ; et parmi les élèves pilotes déjà formés au niveau élémentaire et intermédiaire, il s’en est trouvé, une fois arrivés en Amérique, pour être renvoyés faute d’aptitude physique. En 1941 (trentième année de la République), l’école préparatoire de l’armée de l’air ouvrit à Kunming sa deuxième session : sur plus de sept cents candidats présentés, neuf seulement satisfaisaient aux conditions physiques. On peut imaginer la faiblesse de la constitution de nos compatriotes. Fussent-ils pourvus d’armes excellentes, s’ils n’ont pas la vigueur nécessaire pour les mettre en œuvre, c’est en pure perte. Aussi, parler aujourd’hui des arts nationaux n’est pas enseigner à l’homme à opposer un corps de chair aux armes modernes, mais lui enseigner à former par eux sa constitution afin de pouvoir se servir de ces armes.
或又曰鍛鍊體格之法甚多,何必採用落伍之國術?不知國術為我國歷代相傳自衞衞國之一種國粹,吾國自開化以來,技擊之術學者倍出,此種技擊曾經千百人之心血,千百年之磨練。固有其優良獨到之處,實未可厚非,且中國人習中國歷代相傳之國粹,身體習慣,皆極適宜。
« Les moyens de former le corps sont nombreux, dira-t-on encore, pourquoi recourir à un art national dépassé ? » Nul ne sait que les arts nationaux sont un joyau national transmis de génération en génération, pour se défendre soi-même et défendre son pays ; depuis l’aube de notre civilisation, les adeptes des techniques de combat se sont succédé en foule, et ces techniques, faites du cœur et du sang de mille hommes, affinées pendant des siècles, ont assurément leurs mérites propres et ne sauraient être dédaignées ; et pour un Chinois qui pratique le joyau national transmis par les générations de son pays, le corps et les habitudes s’y prêtent au plus haut point.
我國艱苦抗戰已歷六年於茲,為持久計無論國家與人民,允宜事事就經濟上着想,鍛鍊體格之法多端,而最經濟者莫如國術:因其設備簡單也,且此有歷史性之技擊,有不少俠義故事留傳民間,一徑推行,則前代之武俠精神不難重現。
Voici six ans que notre pays mène une résistance acharnée ; dans la perspective d’une guerre prolongée, l’État comme les particuliers doivent en tout envisager l’économie. Les méthodes de formation du corps sont multiples, mais la plus économique est bien celle des arts nationaux, car leur équipement est simple ; et ces techniques de combat, chargées d’histoire, ont laissé dans le peuple bien des récits de chevalerie : il suffit de les promouvoir pour que renaisse sans peine l’esprit des preux d’autrefois.
近年國民政府頒布國民體育法,亦有拳術一項,可見政府諸公亦認為國術尚有體育之價値,淺見者以為外人不習中國拳卽以為中國拳術落伍,不知各國有各國之國民特性及流行之運動方法,故東西各國編訂軍式操典及各項運動規則,無不合乎其本國之國民性及其國民體魄之要求為原則,我國國術卽適合於我國民性及國民體魄,鍛鍊體格之方法也。
Ces dernières années, le gouvernement national a promulgué une loi sur l’éducation physique nationale, où la boxe figure : c’est reconnaître que les arts nationaux ont encore leur valeur sportive. Les esprits courts, voyant que les étrangers ne pratiquent pas la boxe chinoise, la tiennent pour arriérée ; ils ignorent que chaque pays a son caractère national et ses méthodes d’exercice en vogue, et que les manuels militaires comme les règlements sportifs de tous les pays d’Orient et d’Occident sont conçus en fonction du caractère national et des exigences physiques de leurs peuples. Or nos arts nationaux sont précisément une méthode de formation du corps adaptée à notre caractère national et à notre constitution.
國術有少林武當之分,余以為執戈衞國之士,宜習少林拳,終日用腦之文人學士,宜習太極拳(卽武當)拙著太極正宗(民國廿四年上海大東書局出版現為合訂一册)卽詳述太極拳之練習法,初學已學者均能按圖索驥,一目了然。
Les arts nationaux se divisent en deux branches, Shaolin et Wudang. J’estime que ceux qui portent les armes pour défendre le pays doivent pratiquer la boxe de Shaolin, et que les lettrés et savants qui usent leur cerveau toute la journée doivent pratiquer le taiji quan (c’est-à-dire le Wudang). Mon ouvrage Taiji zhengzong (« Le taiji authentique », publié en 1935 — vingt-quatrième année de la République — par la Grande librairie de l’Est de Shanghai, aujourd’hui relié en un seul volume) expose en détail la méthode de pratique du taiji quan ; le débutant comme l’adepte confirmé y suivra la carte pour trouver le chemin et verra tout d’un coup d’œil.
或謂太極十三式為牽强坿會,掤捋擠按採挒肘靠等,不過為八種手法,任何專家亦難一一演出,只能以推手姿勢略為分析,至於前後左右中定五式,更屬含糊等語,蓋其未諳身賢奧旨,筆者特將太極十三字行功法,八字訣,虛實行功法,十三字總勁歌,一字一句加以詳確銓釋,使世人知太極拳十三式確非牽强坿會,實屬一字有一字之根據者,並將進退顧盼定五式,在十三字行功法中,亦闡述極詳。
On objecte parfois que les treize figures du taiji quan sont une construction arbitraire : peng, lü, ji, an, cai, lie, zhou, kao ne seraient que huit techniques de main qu’aucun expert ne saurait exécuter une à une, qu’on ne peut analyser qu’approximativement à travers les postures de la poussée des mains, et que les cinq figures d’avance, de recul, de gauche, de droite et de position centrale seraient plus confuses encore. Ce propos trahit l’ignorance des arcanes du corps. J’ai donc voulu expliquer précisément, mot par mot et phrase par phrase, la méthode des treize termes, la formule en huit mots, la méthode du vide et du plein et les chants des énergies des treize termes, afin que le monde sache que les treize figures du taiji quan ne sont nullement arbitraires et que chaque mot a son fondement — et j’expose aussi très en détail les cinq figures d’avance, de recul, de regard, de guet et de fixité dans la méthode des treize termes.
各種運動方法,有僅人體局部之動作,亦有人體全部之動作,局部者卽單力之表現,全部者為合力之表現,太極拳卽後之一種,其每一動作皆由曲綫,弧形,波浪,及螺旋形等四種形態,協合而成,亦卽心身內外各機構所有之力量,一致集中於丹田(卽臍下三指腹部之中),運動此項合力,拳術家名之曰勁,蓋勁之力量,無形無跡,全以心思意識為主宰,卽心理上變態之力量,人於心緒緊張時心理變態每有超越尋常之力量,太極拳能鍛鍊此種無意識之力量,使其成有意識之勁,此種潛藏力量受理智之馴服卽思想神經控運制運動神經是也。鍛鍊之法,要在用意不用力,卽「鬆腰,塌肩,墜肘,上下相隨內外相合」處處留意曲,弧,波,旋等形態。
Parmi les méthodes d’exercice, il en est qui ne mettent en jeu qu’une partie du corps, et d’autres qui le mettent tout entier : les premières manifestent une force isolée, les secondes une force résultante. Le taiji quan appartient à ces dernières. Chacun de ses mouvements est composé par la coordination de quatre formes : la ligne courbe, l’arc, l’onde et la spirale. Autrement dit, les forces de toutes les structures internes et externes du corps et de l’esprit se rassemblent en un point unique, le dantian (le centre de l’abdomen, à trois doigts sous le nombril). Mettre en œuvre cette force résultante, les boxeurs l’appellent jin (勁). Car la force du jin est sans forme et sans trace, entièrement gouvernée par l’intention et la conscience : c’est la force des états psychiques, et l’on sait que dans la tension mentale ces états produisent souvent une force hors du commun. Le taiji quan sait cultiver cette force inconsciente et en faire un jin conscient ; cette puissance cachée, domptée par la raison, c’est l’esprit pensant qui commande aux nerfs moteurs. La méthode de travail tient en ceci : user de l’intention et non de la force — « détendre la taille, affaisser les épaules, laisser tomber les coudes, le haut et le bas se suivent, l’intérieur et l’extérieur s’accordent » — en prenant garde partout aux formes de la courbe, de l’arc, de l’onde et de la spirale.
太極拳適合乎生理衞生,拳經曰「尾閭中正神貫頂,滿身輕利頂頭懸。」此卽合乎生理之正規姿勢,凡人在任何狀况下,必須保持身體正直,頭頂若懸之姿勢,則精神集中於腦而不散亂,又須絕不矜持,滿身輕快,則無拘束之弊,並在動中求靜,靜則心安神定,衞生之目的達矣。
Le taiji quan convient à l’hygiène physiologique. Le classique dit : « Le coccyx est droit, l’esprit pénètre au sommet du crâne ; tout le corps est léger et agile, le sommet de la tête est comme suspendu. » Voilà la posture conforme à la physiologie. En toute circonstance, l’homme doit garder le corps droit et la tête comme suspendue : alors l’esprit se concentre dans le cerveau sans se disperser ; et il doit se garder de toute raideur, tout le corps léger et alerte, pour éviter la contrainte. Chercher encore le calme au sein du mouvement : le calme apaise le cœur et fixe l’esprit, et le but de l’hygiène est atteint.
人體各部在開始鍛鍊時,無論何種動作,必有不自然之感,須持之以恆,久之自成習慣,人體之構造極端複雜,太極拳之各種複雜動作,足以適應之,故太極拳者,為人身各部機構之優良鍛鍊工具也。
Au début de l’entraînement, quel que soit le mouvement, toutes les parties du corps éprouvent une sensation de gêne : il faut y persévérer, et à la longue cela devient une habitude. La structure du corps humain est extrêmement complexe, et la variété des mouvements du taiji quan suffit à y répondre : le taiji quan est donc un excellent outil de formation pour toutes les structures du corps.
我國漢唐以前,人習六藝,寓兵於農,故國勢强盛,四夷懾服,五千之年歷史賴以維繫,中原之敎化得以昌熾,民族强弱與國家之興衰,其關係有如此者,何去何從吾為知所選擇矣,雖今日火器昌明戰鬭異其方式,但當肉搏衝鋒,决勝彊場之際,則端賴有健壯之體力,靈敏之腦筋,與夫矯捷之技擊術,方克致勝,故國術者無論古今其為用初無二致,小之足以健身自衞,大之可以保國衞民,此技擊之所以稱為國術也歟?
Avant les Han et les Tang, on cultivait les six arts et l’on faisait tenir le soldat à l’agriculture : aussi la puissance du pays était-elle grande et les peuples des quatre confins soumis ; c’est grâce à cela que se sont maintenus cinq mille ans d’histoire et que la civilisation des plaines centrales a pu fleurir. Tels sont les liens entre la vigueur d’un peuple et la fortune d’un État. Lequel choisir, je le sais désormais. Bien qu’aujourd’hui les armes à feu règnent et que le combat ait changé de forme, dans la mêlée au corps à corps et la décision sur le champ de bataille, c’est d’une vigueur robuste, d’un cerveau prompt et d’une technique de combat habile que dépend la victoire. Aussi les arts nationaux, de tout temps, ont-ils la même utilité : petits, ils suffisent à entretenir le corps et à se protéger ; grands, ils peuvent protéger le pays et son peuple. N’est-ce pas là ce qui fait appeler ces techniques « arts nationaux » ?
我國自古崇尚禮義,雖在用兵之際,亦復恩威相濟,禮義兼施,習國術者雖多紏紏武夫,但槪以俠義為重,蓋研習國術旣精,性質漸改,不期然而能路見不平拔刀相助矣,非如極權國之敎導國民專作侵略之工具,藐視禮義者可比也,太極拳之特性在于持久,力不外揚,中和涵蓄,不發則已,一發則不可遏止,此與中華之民族性恰相符合。
Notre pays a toujours honoré les rites et la justice : même en temps de guerre, il unit la bienveillance à la rigueur et joint les rites à la justice. Ceux qui pratiquent les arts nationaux sont souvent de fiers guerriers, mais ils font en général grand cas de l’esprit chevaleresque ; car à force d’étudier et de pratiquer l’art national, le caractère peu à peu se transforme, et sans y penser on en vient à tirer son sabre contre l’injustice — rien de comparable à ces États totalitaires qui dressent leurs citoyens à n’être que des instruments d’agression et méprisent rites et justice. Le propre du taiji quan est la durée : sa force ne se montre pas au-dehors, elle est conciliante et contenue ; il ne frappe pas, mais une fois qu’il frappe, rien ne l’arrête. Cela s’accorde exactement avec le caractère de la nation chinoise.
我國國術,昔時並無宗派之分,自達摩祖師東來公開傳導,至覺遠上人時武術大備,長拳短打經緯分明:宋末道家張三丰祖師又傳太極拳,後世稱為武當派,而以達摩所傳者為少林派。國術中包含至廣,如手眼身步法之正其步規其法,出手有一定之角度,轉身有一定之法規,中心正直而不動,重心因勢而轉移,每一轉動或九十度或四十五度,眼光隨手運轉,凡一舉動無不與現代科學暗合,决非隨意擺佈者;學習時姿勢如不準確,不僅功夫難得進境,抑且有碍於心身之發達,徒勞無功,故敎授國術應將繁複之動作析為簡單,簡單者演為繁複,因人施敎,以期學者易於領悟,而不失健身之要旨,世有習國術甚久,迄難致用者,非國術之過,實學者未深求動作之形態,或敎者不明敎學方法過也;又有同一宗派之國術,而習之者人各不同,敎者互有出入,則過去秘不公開,各眩奇異之故,非國術本身之罪也。
Nos arts nationaux n’avaient autrefois ni écoles ni factions. Depuis que le patriarche Bodhidharma vint d’Orient et les enseigna publiquement, jusqu’au moine Jueyuan, où l’art du combat fut complet, la boxe longue et la boxe courte s’ordonnèrent nettement. À la fin des Song, le maître taoïste Zhang Sanfeng transmit à son tour le taiji quan, que la postérité appela école Wudang, tandis que ce qui venait de Bodhidharma fut appelé école Shaolin. Les arts nationaux embrassent un champ très vaste : la rectitude des pas et des méthodes de la main, de l’œil et du corps, l’angle défini des sorties de main, la règle fixe des retournements du corps, le centre droit et immobile, l’équilibre qui se déplace selon la circonstance, chaque rotation à quatre-vingt-dix ou quarante-cinq degrés, le regard qui suit le mouvement de la main — autant de choses qui s’accordent secrètement avec la science moderne et ne sont nullement disposées au hasard. Si, à l’étude, la posture n’est pas exacte, non seulement le travail progressera difficilement, mais le développement du corps et de l’esprit s’en trouvera entravé, et la peine sera perdue. Aussi l’enseignement des arts nationaux doit-il décomposer les mouvements complexes en mouvements simples, et recomposer les simples en complexes, en adaptant l’enseignement à chacun, pour que l’élève comprenne aisément sans perdre de vue l’essentiel de la culture du corps. S’il est des gens qui, après avoir longtemps pratiqué, ne parviennent pas à l’application, ce n’est pas la faute de l’art national : c’est que l’élève n’a pas approfondi la forme des mouvements, ou que le maître n’entend rien à la pédagogie. Et si, d’une même école, les adeptes diffèrent les uns des autres et les maîtres enseignent chacun à sa façon, c’est que l’on tenait autrefois le savoir secret et que chacun faisait parade de son étrangeté : ce n’est pas là un crime de l’art lui-même.
研究國術不宜性急,須按步就班,循序漸進,且時:注意姿勢之正確,急則囫圇呑棗,食而不化,不惟難得國術之眞妙,亦失健身之要旨矣。
L’étude des arts nationaux ne souffre pas l’impatience : il faut avancer pas à pas, progresser dans l’ordre, et veiller sans cesse à l’exactitude des postures. La hâte fait avaler la datte d’un seul coup, sans la digérer : non seulement on ne saisit pas la vraie merveille de l’art, mais on perd de vue la culture du corps.
研究國術尤須有堅毅之信念,百折不囘之决心,無論忙逸,每日必須於規定時間依法練習,苟一曝十寒,必難收健身之效也。
L’étude des arts nationaux exige surtout une conviction ferme et une résolution que rien ne rebute. Qu’on soit occupé ou oisif, il faut chaque jour s’exercer à l’heure fixée selon la méthode ; à travailler un jour et se relâcher dix, on n’obtiendra jamais l’effet attendu pour le corps.
練習國術,原為鍛鍊心身,惟初習時筋骨略覺酸痛,世人每誤為適得其反,乃半途而廢,不知此乃生理上新陳代謝之變化,加强筋骨健壯肌肉之象徵,過此酸痛時間,自漸週身輕利矣。
Pratiquer les arts nationaux, c’est former le corps et l’esprit ; mais au début, les tendons et les os sont un peu douloureux, et l’on croit souvent que l’effet est contraire, si bien qu’on abandonne en chemin. On ne sait pas que c’est là un changement physiologique du métabolisme, le signe que les tendons se renforcent et les muscles se solidifient : passé ce temps de douleur, tout le corps devient peu à peu léger et souple.
太極拳之每一動作,皆半虛半實,與球之渾圓相似,所謂動作非僅謂大動作,乃全身任何部份之每一極小動作莫不皆然,自首至尾聯綿不斷,如宇宙之晝夜不息然,太極拳且以腹部為全部動作之軸心,俯仰轉側,抑揚頓挫,四肢軀幹均由腹部發動,再隨之而動,一如星宿之隨太陽而動者,故太極拳乃極合乎自然之運動。
Chaque mouvement du taiji quan est à moitié vide et à moitié plein, à l’image d’une sphère parfaitement ronde. Par « mouvement », il ne faut pas entendre seulement les grands mouvements : il en va de même du plus petit mouvement de n’importe quelle partie du corps. Du début à la fin, la continuité ne se rompt pas, comme dans l’univers le jour et la nuit ne s’interrompent jamais. Le taiji quan prend d’ailleurs l’abdomen pour axe de tous ses mouvements : inclinaisons, rotations, élévations, abaissements, toutes les inflexions partent de l’abdomen et les membres et le tronc suivent — à la manière des astres qui se meuvent autour du soleil. Le taiji quan est donc un exercice on ne peut plus conforme à la nature.
練習太極拳無須任何設備,空間時間無不合乎經濟條件,兩人可練,一人亦可練,晝夜、晴、雨、室內、室外無不可練,尤不分男、女、老、幼皆可練習,此太極拳之特長也。
La pratique du taiji quan n’exige aucun équipement, et le temps comme l’espace qu’elle réclame répondent à toutes les conditions d’économie. On peut l’exercer à deux ou seul, de jour comme de nuit, par temps clair ou pluvieux, à l’intérieur ou au-dehors, sans distinction d’homme ou de femme, de vieux ou de jeune : tels sont les mérites propres du taiji quan.
太極拳具有健身自衞增長呼吸,助長消化之功能,進一步言更有延年益壽之衞生術,此在習者能否寒暑無間,晨昏不斷揣摩習練耳,至習之而反身羸體弱者,實習之不得其法,誤入歧途,或一曝十寒,忽弛忽張,損及心身各部之組織所致。
Le taiji quan a le pouvoir de fortifier le corps, de servir à la défense, de développer la respiration et d’aider la digestion ; et, à aller plus loin, il est une hygiène qui prolonge la vie et recule l’âge. Cela dépend de savoir si l’on saura, par le froid comme par la chaleur, du matin au soir, sans interruption, le méditer et le pratiquer. Si au contraire on s’affaiblit à le pratiquer, c’est que la méthode est fautive, qu’on s’est égaré en chemin, ou qu’à travailler un jour et se relâcher dix, tantôt détendu et tantôt tendu, on a lésé les structures du corps et de l’esprit.
綜之太極拳實為切合科學原則,適於實用之運動,世人不察以為好勇鬭狼之武技,此其罪究在誰乎?是以不敢重蹈前轍,有所知輒公之於世,使習者易於入其堂奧,不習者亦得窺其底蘊,庶幾可以移轉世人過去之評判,而成登此健康之路,則國術幸甚,民族幸甚。
En somme, le taiji quan est un exercice réellement conforme aux principes de la science et propre à l’usage pratique ; si le monde, faute d’y regarder, le prend pour une technique de brutes belliqueuses, à qui la faute ? C’est pourquoi je n’ose répéter les errements du passé et rends public tout ce que je sais, afin que l’adepte entre aisément dans les profondeurs et que le profane en entrevoie le fond — puisse ainsi se modifier le jugement d’autrefois et s’ouvrir cette voie de la santé : les arts nationaux s’en trouveraient bien, et la nation aussi.
三 — Le choix de la matière (選材)
語云「工欲善其事,必先利其器。」欲成一藝選材為必要之條件,材分敎材與師材,茲先言敎材,國術分少林武當二派,少林俗稱外家拳,種類之多不勝枚舉,武當俗稱家內拳包括太極,形意八卦三大種類,以區域分則有關中、湘、贛、川、黔、閩、粵、冀、魯,約言之可分為南北二派,南派拳術貴團緊主守,北派當開展長攻,北派拳術大致有彈腿,楂拳、紅拳、花拳、砲拳、潭腿、長拳、地躺、心意、六合、太祖、羅漢、太極、八卦、形意等門、南派則分鶴拳、蛇拳、豹拳、猴拳、孔家少林、孫家少林、少林大成、南太祖、八仙、少林雲、少林奇門少林外功禪門等,南北拳門下分套,套下又有徒手器械之分,單練對打之別,其實五花八門,莫非少林一脈相傳,所謂蓮蓬、花葉、藉同出一本也,敎材種類旣繁,必須審愼選擇,求其有體育之價値,能收敎育效果者,余以為太極拳,八卦、形意拳、彈腿、查拳、花拳、紅拳、砲拳均為上選,至於猴拳,地躺拳等則不合體育敎育之原理,蓋猴拳主要姿勢在像形,如楞眼聳肩縮肋,矮步此等姿勢實有背生理之發展,地躺拳主要動作為跌撲翻滾,初學者全身各部必受劇烈之震動,亦不合生理衞生之道。
Comme le dit le proverbe : « Pour bien faire son ouvrage, l’artisan doit d’abord affûter ses outils. » Qui veut maîtriser un art doit nécessairement choisir sa matière, et cette matière se divise en matière d’enseignement et matière de maître. Commençons par la première. Les arts nationaux se partagent en deux écoles, Shaolin et Wudang. Shaolin, qu’on appelle communément l’école externe, compte un nombre de variétés impossible à énumérer ; Wudang, qu’on appelle communément l’école interne, comprend les trois grandes familles du taiji, du xingyi et du bagua. Si on les répartit par régions, il y en a au Shaanxi central, au Hunan, au Jiangxi, au Sichuan, au Guizhou, au Fujian, au Guangdong, au Hebei et au Shandong ; en bref, on peut les diviser en deux branches, du Sud et du Nord. Les boxes du Sud prisent les postures ramassées et serrées et s’attachent à la défense ; celles du Nord demandent l’ouverture et affectionnent la longue attaque. Ceux qui, au Nord, pratiquent à peu près le tantui (彈腿), le zha quan (楂拳), le hong quan (紅拳), le hua quan (花拳), le pao quan (砲拳), le tantui (潭腿, du nom du lieu), le chang quan (長拳), le ditang (地躺), le xinyi (心意), le liuhe (六合), le taizu (太祖), le luohan (羅漢), le taiji (太極), le bagua (八卦), le xingyi (形意) et autres ; ceux du Sud se partagent entre boxe de la grue, boxe du serpent, boxe du léopard, boxe du singe, Shaolin de la famille Kong, Shaolin de la famille Sun, grand accomplissement de Shaolin, taizu du Sud, les Huit Immortels, Shaolin des nuages, Shaolin qimen, Shaolin des mérites externes, école chan, etc. Sous les écoles du Nord et du Sud se rangent des enchaînements, sous lesquels on distingue main nue et armes, exercice seul et combat à deux. En vérité, cette bigarrure ne remonte pas moins à la seule veine de Shaolin : ainsi la fleur de lotus et sa tige sortent d’une même racine. Les matières d’enseignement étant multiples, il faut choisir avec soin, en recherchant la valeur éducative et le profit pédagogique. J’estime que le taiji quan, le bagua, le xingyi quan, le tantui, le zha quan, le hua quan, le hong quan et le pao quan sont les meilleurs. Quant à la boxe du singe et à la boxe ditang, elles ne répondent pas aux principes de l’éducation physique : la boxe du singe met l’essentiel de ses postures dans l’imitation de la forme — œil fixe, épaules haussées, côtes rentrées, pas bas — autant de postures vraiment contraires au développement physiologique ; la boxe ditang, dont le mouvement principal est de tomber et de rouler, impose au débutant de violentes secousses dans tout le corps, et ne convient pas non plus aux règles de l’hygiène.
公務員運用心神,與武士之執戈衞國逈然不同,公務員終日勞神枯坐,四肢疲乏,生理上受職業之限制不能平均發展,應選適當運動,以鍛鍊其體魄,調劑其精神,補充其平均之體態。否則甚難矯正文弱之弊,而公務員之適宜運動莫過於太極拳,太極拳勢輕而緩,由內而外,着重腹腰運動,一動則全身皆動,對於公務員之偏用手腦者稗益良多。
Le fonctionnaire met en œuvre l’esprit, ce qui est tout autre chose que le guerrier qui porte les armes pour défendre le pays : le fonctionnaire use son esprit toute la journée assis sans bouger, ses membres se fatiguent, et sa profession le contraint physiologiquement à un développement inégal ; il doit choisir un exercice approprié pour former son corps, équilibrer son esprit et rétablir la symétrie de sa silhouette. Faute de quoi il lui sera très difficile de corriger son teint pâle et sa faiblesse. Or l’exercice qui convient au fonctionnaire est, plus que tout autre, le taiji quan : ses postures sont légères et lentes, elles vont de l’intérieur vers l’extérieur et s’attachent au travail du ventre et des reins ; au moindre mouvement, tout le corps bouge. Pour un fonctionnaire qui sollicite surtout son cerveau et ses mains, le profit est considérable.
敎材之選擇如此,師材之選擇尤不可忽,必諗其精於何項國術,受自何人,修養若何,學問道德如何,敎學方法如何,能否破除舊習?方可從學。
Ainsi du choix de la matière. Celui du maître ne doit pas être négligé davantage : il faut s’informer de sa spécialité, de qui il la tient, de sa culture, de son savoir et de sa vertu, de sa pédagogie, et de sa capacité à rompre avec les vieilles routines ; alors seulement on peut s’instruire auprès de lui.
四 — Suppléments de détail au Taiji zhengzong (增補太極正宗之小動作)
太極拳傳自宋末張三丰祖師,由來已久,坊間印本有數十種之多,余感於學者莫知適從之苦,爰秉吾師楊澄甫先生之遺訓,及同門陳微明、胡樸安兩先生之攻錯,並參酌各家著述,著太極正宗,於民國二十四年付上海大東書局出版,此後因不斷之探討,又覺有略須補充者,茲將補充之小動作列表闡明如後:
Le taiji quan nous vient du maître Zhang Sanfeng, à la fin des Song : il a une longue histoire, et l’on trouve dans le commerce des dizaines d’éditions imprimées. Attristé de voir l’étudiant ne savoir à quoi se tenir, je me suis fondé sur les instructions laissées par mon maître M. Yang Chengfu, sur les corrections échangées avec mes condisciples MM. Chen Weiming et Hu Pu’an, et sur la consultation des écrits de diverses écoles, pour composer le Taiji zhengzong, publié en 1935 (vingt-quatrième année de la République) par la Grande librairie de l’Est de Shanghai. Par la suite, mes recherches incessantes m’ont fait sentir le besoin de quelques compléments : je les présente en tableaux, comme il suit.
Les suppléments proprement dits — un tableau, posture par posture (攬雀尾, 如封似閉, 十字手, 抱虎歸山, 左右抎手, 進步栽捶), donnant pour chaque passage le texte d’origine, puis la précision ajoutée et son motif (physiologie, chemin du jin, attaque et défense, centre) — portent sur la description détaillée de l’enchaînement des quatre-vingt-une postures, laquelle n’est pas traduite ici. On n’en reproduit ci-dessus que l’introduction.
五 — La méthode des treize termes (十三字行功法)
太極拳之盛行已數十年,有關著述達數十種之多,但多標新立異,以眩獨得秘傳,分岐百出莫衷一是;余於研究之餘,確定八十一式,作太極正宗,民國二十九年春在滇,吾宗孟俠先生,轉請金一明先生介紹相識,孟兄精八卦,擅太極為當今國術界之矯矯者,一談傾心,相見恨晚,孟俠於太極正宗一書許為同調,惟書中未將十三字行功法刊入為惜!經余淸益,孟俠慨將歌訣十六句,計一百一十二字錄出,迴環把誦,一字有一字之用,一句有一句之法,字字珠璣,句句錦繡,復經孟俠不吝講解,乃如醍醐貫頂豁然開朗,茲得孟兄許可,特公之於世,並作釋義。
Le taiji quan est en vogue depuis des dizaines d’années et les écrits qui le concernent se comptent par dizaines ; mais la plupart se singularisent en affichant une transmission secrète reçue seul, et les divergences pullulent au point qu’on ne sait à quoi s’en tenir. Dans mes recherches, je m’étais arrêté à quatre-vingt-une postures et avais composé le Taiji zhengzong. Au printemps de 1940 (vingt-neuvième année de la République), alors que j’étais au Yunnan, mon parent M. Wu Mengxia pria M. Jin Yiming de me présenter à lui. Mon frère Mengxia excelle dans le bagua et est maître en taiji : c’est aujourd’hui l’un des esprits éminents du monde des arts nationaux. Une conversation nous conquit l’un l’autre, et nous regrettâmes de ne nous être pas connus plus tôt. Mengxia approuvait mon Taiji zhengzong, mais regrettait qu’on n’y eût pas inséré la méthode des treize termes. Comme je le questionnais, Mengxia eut la générosité de dicter seize phrases de chants, soit cent douze caractères. À les répéter, chaque caractère a son emploi et chaque phrase sa méthode : perles que ces caractères, brocart que ces phrases. Mengxia voulut bien encore les commenter sans compter, et ce fut comme un beurre clarifié versé sur ma tête : soudain tout s’éclaira. Avec son autorisation, je les rends publiques, accompagnées d’explications.
歌訣
掤手兩臂要圓撑 動靜虛實任意攻 搭手捋開擠手使 敵欲還着勢難逞
按手用着似傾倒 二把採住不放鬆 來勢兇猛挒手用 肘靠隨時任意行
進退反側應機走 何怕敵人藝業精 遇敵上前迫近打 顧住三前盼七星
敵人逼近來打我 閃開正中定橫中 太極十三字中法 精意揣摩妙更生
Chant
En peng, les deux bras doivent s’écarter et s’arc-bouter en rond ; que l’on soit en mouvement ou au repos, vide ou plein, on attaque à sa guise.
On accroche la main, on écarte en lü, on agit en ji : l’ennemi voudrait répliquer que sa situation ne le lui permet plus.
Dans la main d’an, on paraît près de s’effondrer ; la double prise du cai ne se relâche pas ; si sa venue est féroce, on emploie la main du lie ; du coude et du kao on use selon l’instant, où bon semble.
Avancer, reculer, se retourner, suivre en épousant la circonstance : que craindre du savoir-faire de l’ennemi ? On va au-devant de lui, on se rapproche pour frapper ; l’attention tient les trois devants et le regard guette les sept étoiles.
Si l’ennemi se presse contre moi pour me frapper, je m’esquive du milieu droit et me fixe dans le milieu transversal. Des méthodes des treize termes du taiji, si l’on scrute le sens profond, la merveille se renouvelle.
釋義
「掤」掤者二臂撑開如捧圓盤,穩定中心如盤之承珠,任敵攻擊,我惟以盤閃展迎擊,惟仍盤不離珠,亦卽不失中心之所寄,以中心為迎拒之謂。此卽「掤手兩臂要圓撑」「動靜虛實任意攻」是也。
Explications
« Peng » : les deux bras s’écartent en tenant un disque rond ; le centre est stable comme la perle posée au milieu du disque. Que l’ennemi attaque, je me contente de présenter le disque et de l’étendre pour le recevoir, mais le disque ne quitte jamais la perle, c’est-à-dire que je ne perds jamais ce en quoi le centre réside : c’est se servir du centre pour accueillir ou repousser. C’est ce que disent les vers : « En peng, les deux bras doivent s’écarter et s’arc-bouter en rond ; que l’on soit en mouvement ou au repos, vide ou plein, on attaque à sa guise. »
此如敵方以按勢反攻,我難以圓形之掤勢承受來勢,惟仍急將腰胯後呑,身胸內歛,則敵按勢已如誤踏陷阱,脚底頓空,我再乘虛而入,强敵自摧矣,拳經云:「不得機不得勢,在腰胯中求之」老子曰「心要虛,腹要實」可為掤勢寫眞矣。
Si l’ennemi riposte en an, il m’est difficile de recevoir sa venue par un peng arrondi ; mais je retire vivement les reins et les hanches vers l’arrière et je rentre la poitrine, de sorte que son an est comme un pas posé par erreur dans un piège : le sol se dérobe sous son pied. Je m’engouffre alors dans son vide, et l’adversaire le plus fort se brise de lui-même. Le classique dit : « Si l’on manque l’occasion et la position, c’est dans la taille et les hanches qu’il faut les chercher. » Laozi dit : « Le cœur doit être vide, le ventre plein. » Voilà qui dépeint au vif le mouvement de peng.
「捋」捋者借敵攻勢,而順其勢反擊之謂也。
« Lü » : emprunter l’élan de l’attaque ennemie et, en le suivant, le lui renvoyer.
比如二人推手,敵方以左手掤來,而我左手扶住敵左腕,右掌扶住敵右肘,兩掌順勢,虛心歛腹,往懷中左下側擄開,則來勢因此而化,如乘機反攻,卽聯用擠手,敵一攻撲空,必定縮囘,不意我迅雷不及掩耳接踵撲入,怒風襲危牆,不到者幾希,此之謂「搭手捋開擠手使」「敵欲還着勢難逞」是也。
Ainsi, dans une poussée des mains à deux : l’ennemi vient en peng de la main gauche ; ma main gauche soutient son poignet gauche et ma paume droite soutient son coude droit ; les deux paumes suivent son élan, je vide le cœur et rentre le ventre, et j’emporte le tout vers le bas à gauche, en direction de ma poitrine. Sa venue s’en trouve résolue. Si je saisis l’occasion de riposter, j’enchaîne aussitôt par ji : ayant frappé dans le vide, il se rétracte à coup sûr, sans s’attendre à ce que je m’engouffre derrière lui plus vite que le tonnerre ne laisse le temps de se boucher les oreilles, tel un vent furieux contre un mur branlant : il est rare qu’il ne tombe pas. C’est ce qu’on appelle : « On accroche la main, on écarte en lü, on agit en ji : l’ennemi voudrait répliquer que sa situation ne le lui permet plus. »
「擠」擠者乘機突襲之手法也。
« Ji » : profiter de l’occasion pour surprendre par une attaque soudaine.
比如敵使右掤手,我以右手接應敵腕,左手背貼近敵右肘灣,敵則側身擎臂以護右肘,我乘此急將右掌按住自己左手尺骨處,出其不意直攻當胸,敵因側身,已失中心,遭此猛擠,則無不應手傾跌也。
Ainsi : l’ennemi exécute un peng de la main droite ; ma main droite répond à son poignet et le dos de ma main gauche se colle au creux de son coude droit ; il tourne alors le corps et lève le bras pour protéger son coude droit. J’en profite pour presser aussitôt ma paume droite contre l’ulna de mon avant-bras gauche et, à l’improviste, l’attaquer droit à la poitrine. Comme il a tourné le corps, il a déjà perdu son centre : sous ce ji violent, il ne peut que basculer du premier coup.
「按」按者若推山入海,勢如奔馬,用兩掌按敵雙臂之謂也。
« An » : comme pousser la montagne dans la mer, avec l’élan d’un cheval lancé ; appliquer les deux paumes sur les deux bras de l’ennemi.
比如敵人以掤勢攻來,我在敵將達未達剎那之間,中途邀擊,急以雙手封敵,按手向上略逗,以鬆敵勁,再往下按,同時上身略向前傾,使用肩肘,及腰胯,足,膝等功勁由下而上,勢如烈風拔樹,則敵勢難再逞,所謂「按手用着似傾倒」是也。
Ainsi : l’ennemi attaque en peng ; dans l’instant où son attaque arrive sans être encore arrivée, je l’intercepte en chemin ; je scelle vivement des deux mains, avec la main d’an je remonte un peu pour détendre son jin, puis je presse vers le bas ; en même temps je penche légèrement le haut du corps en avant et je fais monter d’en bas la force des épaules et des coudes, des reins et des hanches, des pieds et des genoux, avec l’élan d’un vent violent qui déracine l’arbre : sa position ne peut plus tenir. C’est ce qu’on appelle : « Dans la main d’an, on paraît près de s’effondrer. »
「採」採者擒也,卽兩手粘敵,不卽不離,欲擒故縱,準備攻擊之勢也。
« Cai » : saisir. Les deux mains collent à l’ennemi, sans se précipiter ni se séparer ; on veut saisir, aussi lâche-t-on un peu, en posture de se préparer à l’attaque.
比如二人交手,兩手互使盤法,覺敵似有怯戰意,乃先發制人,粘住敵臂,不使敵離我掌握,我卽開始攻擊,此之謂「二把採住不放鬆」是也。
Ainsi, dans un échange à deux, les mains décrivent leurs cercles l’une autour de l’autre : si je sens chez l’ennemi une intention de fuir le combat, je prends les devants, je colle à son bras et ne le laisse pas échapper de ma prise, puis je lance l’attaque. C’est ce qu’on appelle : « La double prise du cai ne se relâche pas. »
「挒」挒者擰也,亦卽先採後挒以殺敵之勢也。
« Lie » : tordre ; c’est-à-dire d’abord cai, puis lie, pour briser l’élan de l’ennemi.
比如二人决戰時,敵以全力進犯,我先用採法粘住敵人兩手,而後藉敵兇猛之勢,加以自身力量,迅速轉動腰胯,同時一脚後撤,摧枯拉朽,摔敵於自身之外,此之謂「來勢兇猛挒手用」是也。
Ainsi, dans un combat décisif : l’ennemi attaque de toute sa force ; je commence par coller à ses deux mains par cai, puis, empruntant la férocité de son élan et y joignant ma propre force, je fais tourner vivement reins et hanches tout en reculant un pied, et je le jette hors de moi comme on brise du bois sec. C’est ce qu’on appelle : « Si sa venue est féroce, on emploie la main du lie. »
「肘靠」肘靠者,以敵逼近身旁,我反守為攻,以肘克之,靠近敵身,使其無迴旋餘地。
« Zhou et kao » : quand l’ennemi se presse contre moi, je change la défense en attaque et je le domine du coude, en me rapprochant de son corps pour lui ôter tout espace de manœuvre.
比如敵以勢逼近我身,此時我兩手不及抽囘,或無法收囘,可急含胸歛腹閃開,以避其鋒,再以臂肘短兵相接,直封其面門同時以肩胯逼近敵身,使全身力量,迫敵離開中心,我卽乘機擺弄,則敵自傾,此所謂「肘靠隨時任意行」也。
Ainsi : l’ennemi se rapproche de mon corps ; mes deux mains n’ont pas le temps de se retirer, ou ne le peuvent pas ; je creuse aussitôt la poitrine, rentre le ventre et m’esquive pour éviter sa pointe ; puis, de l’avant-bras et du coude, je passe au corps à corps et lui scelle le visage, tandis que de l’épaule et de la hanche je me presse contre lui, de sorte que la force de tout mon corps le chasse de son centre ; je profite alors de l’occasion pour le manœuvrer, et il s’incline de lui-même. C’est ce qu’on appelle : « Du coude et du kao on use selon l’instant, où bon semble. »
「進退」進退者卽避實乘虛,不卽不離,伺機而動之法也。
« Avancer et reculer » : éviter le plein, profiter du vide, sans se précipiter ni se séparer, en guettant l’occasion pour agir.
比如(一)為活步推手時,敵進我退,卽避實之法也。(二)為大捋(卽拗步)推手時敵反擊我側,卽為乘虛之法,此所謂「進退反側應機走」「何怕敵人藝業精」是也。
Ainsi : (1) dans la poussée des mains à pas mobiles, quand l’ennemi avance, je recule — c’est éviter le plein ; (2) dans la poussée des mains à grand lü (c’est-à-dire à pas croisés), l’ennemi riposte sur mon flanc — c’est profiter du vide. C’est ce qu’on appelle : « Avancer, reculer, se retourner, suivre en épousant la circonstance : que craindre du savoir-faire de l’ennemi ? »
「顧盼」顧者從容之看,盼者迅速之看也,看準敵手動靜,我已成竹在胸,須有泰山崩於前面不更色之從容,要有敵不動我不動,敵一動我先動之迅速,此全須顧得定,盼得準,所謂「遇敵上前迫近打」「顧住三前盼七星」是也。
« Gu et pan » : gu, c’est regarder avec aisance ; pan, c’est regarder rapidement. Bien observer les mouvements et les repos de l’ennemi, de sorte que le plan soit déjà arrêté dans mon esprit. Il faut avoir le calme de qui ne change pas de visage quand le mont Tai s’écroule devant lui, et la promptitude telle que, si l’ennemi ne bouge pas je ne bouge pas, mais dès qu’il bouge je bouge avant lui. Tout tient à bien fixer son attention et à bien guetter. C’est ce qu’on appelle : « On va au-devant de lui, on se rapproche pour frapper ; l’attention tient les trois devants et le regard guette les sept étoiles. »
三前者眼前手前脚前,此三前為敵我决勝之場合,七星者,頭,肩,肘,手,胯,膝,足,此七部為我攻敵之利器,亦為我被攻之弱點,故在我目中應如黑夜中七顆閃燦之明星,星一微動,我已瞭然,自可應付裕如,此之謂顧盼是也。
Les trois devants sont devant les yeux, devant les mains, devant les pieds : ces trois devants sont le terrain où l’ennemi et moi décidons de la victoire. Les sept étoiles sont la tête, l’épaule, le coude, la main, la hanche, le genou, le pied : ces sept parties sont mes armes pour attaquer et aussi mes points faibles lorsqu’on m’attaque. Aussi doivent-elles briller à mes yeux comme sept astres dans la nuit noire : au moindre tremblement de l’un d’eux, tout m’est clair, et je puis parer aisément. Voilà ce qu’on appelle gu et pan.
「定」定者穩定中心之謂也。
« Ding » : stabiliser le centre.
比如敵由前奔進攻我正面,我卽邁步閃開,側襲敵後,乘虛截擊敵之腰幹,(卽橫中)所謂「敵人迫近來打我」「閃開正中定橫中」是也。
Ainsi : l’ennemi s’élance de face pour m’attaquer de front ; je fais aussitôt un pas de côté pour m’esquiver, je le prends de flanc et par-derrière, et, profitant du vide, je frappe en travers de ses reins (c’est-à-dire le milieu transversal). C’est ce qu’on appelle : « Si l’ennemi se presse contre moi pour me frapper, je m’esquive du milieu droit et me fixe dans le milieu transversal. »
綜觀十三字之意義,均係脫險致勝,未經人道之妙法,所謂「太極十三字中法」「精意揣摩妙更生」意義雖大致如上釋,終不過皮毛膚淺之談,實際運用,仍須有深刻功夫,再四揣摩,方能奧妙無窮也。
À considérer l’ensemble du sens de ces treize termes, ce sont partout des méthodes merveilleuses, jamais divulguées, pour échapper au danger et remporter la victoire. Comme disent les vers : « Des méthodes des treize termes du taiji, si l’on scrute le sens profond, la merveille se renouvelle. » Mais quelque chose qu’on en ait dit ci-dessus, ce n’est jamais qu’un aperçu superficiel : l’application réelle exige un travail approfondi et une méditation répétée, et alors seulement la merveille sera sans fin.
六 — La formule en huit mots (八字訣)
三換二捋一擠按 搭手遇撑莫讓先 柔裏有剛攻不破 剛中無柔不為堅
與人攻打要採挒 力在驚彈走羅旋 逞勢進取貼身肘 肩膝胯打靠當先
Trois échanges, deux lü, un ji ou un an ; quand on accroche les mains et que l’on rencontre l’arc-boutement, ne cédez pas le premier.
S’il y a du dur dans le souple, l’attaque ne le brisera pas ; si le dur est sans souplesse, il ne sera pas solide.
Contre l’attaque, il faut cai et lie ; la force est dans la détente soudaine et la marche en spirale ; saisi l’élan, on avance et l’on presse le coude contre le corps ; du poignet, de la hanche, du genou, on frappe, et le kao passe le premier.
按八字訣者卽掤捋擠按採挒肘靠八字也,此八字訣為兩敵對壘,决勝負之秘訣。茲銓釋如後
La « formule en huit mots » désigne les huit termes peng, lü, ji, an, cai, lie, zhou, kao. Cette formule est le secret qui décide de la victoire lorsque deux adversaires se font face. Elle est expliquée ci-après.
三換二捋一擠按 搭手遇撑莫讓先
此如逢敵推手,已經「三換(卽三掤)二捋」當知來敵不弱,應卽以「擠按」之法制之,所謂「搭手遇撑莫讓先」,撑者掤也,有捧卽非俗,不必多耗光陰,應以當仁不讓之决心先發制人。
Trois échanges, deux lü, un ji ou un an ; quand on accroche les mains et que l’on rencontre l’arc-boutement, ne cédez pas le premier.
Ainsi, en poussée des mains, après avoir fait « trois échanges (c’est-à-dire trois peng) et deux lü », il faut comprendre que l’ennemi n’est pas faible et le maîtriser aussitôt par ji et an. « Accrocher les mains et rencontrer l’arc-boutement » : l’arc-boutement, c’est le peng. Quand il y a arc-boutement, ce n’est pas un partenaire ordinaire ; il n’est pas nécessaire d’y perdre du temps : avec la résolution de ne pas céder devant ses obligations, il faut prendre les devants et maîtriser l’autre.
柔裏有剛攻不破 剛中無柔不為堅
世人以太極拳練時多不使力,便謂無力,不知其外表似柔,內中蓄勁如剛,有守時如處女,走時如脫兎之勢,所謂「柔裏有剛攻不破,剛中無柔不為堅」是也,若一味柔若無骨,雖有十年苦功,亦難當大敵也。
S’il y a du dur dans le souple, l’attaque ne le brisera pas ; si le dur est sans souplesse, il ne sera pas solide.
Le monde, voyant qu’à la pratique du taiji quan on n’use guère de force, en conclut que l’art n’a pas de force ; il ne sait pas que l’extérieur paraît souple alors que le dedans accumule un jin dur comme l’acier, que l’on est comme la jeune fille réservée quand on se garde, et comme le lièvre qui détale quand on part. C’est ce qu’on appelle : « S’il y a du dur dans le souple, l’attaque ne le brisera pas ; si le dur est sans souplesse, il ne sera pas solide. » Si l’on s’obstine à être si souple qu’on paraît sans os, eût-on dix ans de travail acharné, on ne tiendra pas contre un adversaire puissant.
與人攻打要採挒 力在驚彈走羅旋
假使對方來勢兇猛,當虛以待實,所謂「借人之力順人之勢」採挒者卽以逸待勞,借敵力為我用,所謂「四兩撥千斤」是也,敵來攻擊,我於確定敵方虛實之點後,便可使用「力在驚彈走羅旋」之訣,力者為敵「力」聚集所「在」,走者粘住敵方,化敵力反為我用,「驚彈」為觸覺之靈,敏若雀鳥之驚彈,使出動作如螺絲之旋轉,無堅不入卽於極細微之間,將敵主力化去,我乘虛而入之謂,又發放敵人非直力所能奏效,應以螺旋力撼敵。
Contre l’attaque, il faut cai et lie ; la force est dans la détente soudaine et la marche en spirale.
Si la venue de l’adversaire est féroce, il faut opposer le vide au plein : c’est « emprunter la force d’autrui et suivre son élan ». Cai et lie, c’est attendre l’effort de l’autre en se ménageant, emprunter sa force pour s’en servir, ce qu’on appelle « quatre onces déplacent mille livres ». Quand l’ennemi attaque, une fois déterminé le point où il est vide ou plein, on peut appliquer la maxime : « la force est là où se rassemble la force ; on marche en collant à l’ennemi », transformer sa force et s’en servir ; « la détente soudaine » est la vivacité du toucher, prompte comme l’envol d’un oiseau effarouché, faisant se mouvoir l’action comme une vis qui tourne et pénètre tout ce qui est dur : dans l’infime, on dissout la force principale de l’ennemi et l’on s’engouffre dans son vide. Et pour lancer l’ennemi au loin, la force droite n’y suffit pas : il faut l’ébranler par une force en spirale.
逞勢進取貼身肘 肩胯膝打靠當先
比如敵來攻我,我急趁勢利用肩胯膝三部挺身靠進,使敵不及騰挪,我再以短兵相接,迫之以肘,此所謂「逞勢進取貼身肘,肩胯膝打靠當先」是也。
Saisi l’élan, on avance et l’on presse le coude contre le corps ; du poignet, de la hanche, du genou, on frappe, et le kao passe le premier.
Ainsi : l’ennemi vient m’attaquer ; je profite aussitôt de son élan en employant épaule, hanche et genou, et je me dresse en m’appuyant vers l’avant, de sorte qu’il n’ait pas le temps de manœuvrer ; je passe alors au corps à corps et le presse du coude. C’est ce qu’on appelle : « Saisi l’élan, on avance et l’on presse le coude contre le corps ; du poignet, de la hanche, du genou, on frappe, et le kao passe le premier. »
七 — La méthode du vide et du plein (虛實行功法)
虛虛實實神會中 虛實實虛手行功 練拳不諳虛實理 枉費功夫終無成
虛將實發術中竅 中實不發藝難精 虛實自有虛實在 實實虛虛攻不空
Vide qui se vide, plein qui se remplit : l’esprit s’assemble au-dedans. Vide qui se remplit, plein qui se vide : la main travaille. Si, en pratiquant la boxe, on n’entend rien au principe du vide et du plein, on aura peiné en vain et l’on n’aboutira à rien.
Vide pour se garder, plein pour frapper : voilà le secret de l’art. Si, ayant saisi le moment d’être plein, on ne frappe pas, l’art sera difficile à maîtriser. Le vide et le plein ont leur être propre dans le vide et le plein : quand le plein est vraiment plein et le vide vraiment vide, l’attaque ne manque pas son but.
練武術者務須研究虛實之理,不僅太極拳如此,其他武術亦莫不皆然,惟此中竅要,神妙異常,初學者實難索解,兹釋之如後。
Qui pratique les arts martiaux doit étudier le principe du vide et du plein. Il n’en va pas autrement du taiji quan que des autres arts martiaux, mais le secret qui s’y trouve est d’une subtilité extraordinaire, et le débutant a grand-peine à le comprendre : aussi en donne-t-on l’explication ci-après.
虛虛實實神會中 虛實實虛手行功
虛實二字,在技擊上意義廣大,今舉例明之,「虛」者空洞無物之謂,虛則圓轉自如,不為外物所牽引,「實」者為堅固之體,固則滯碍橫生,易為外物所毀,技擊之學,貴乎自如(卽主動)則人為我制,滯碍(卽被動)則受制於人。
Vide qui se vide, plein qui se remplit : l’esprit s’assemble au-dedans. Vide qui se remplit, plein qui se vide : la main travaille.
Ces deux mots de vide et de plein ont, dans les techniques de combat, un sens très vaste. Voici des exemples qui l’éclairent. « Vide » signifie creux et sans substance : étant vide, on tourne et se meut librement, sans être tiré par les choses extérieures. « Plein » est un corps solide et dur : étant dur, on accumule les engorgements et l’on est aisément brisé par les choses extérieures. Dans l’étude du combat, on prise la liberté (c’est-à-dire l’initiative), car alors l’autre est à ma merci ; l’engorgement (c’est-à-dire la passivité) fait qu’on est à la merci d’autrui.
又固如山者,眞空不滅,實物易毀,故有愚公之誠,終有可移之山,空者虛也。
De même, ce qui est dur comme la montagne : le vide véritable ne périt pas, les choses matérielles se détruisent aisément ; aussi, avec la sincérité du Vieillard stupide (愚公), finit-on par venir à bout de la montagne à déplacer — or ce qui est vide est le vide.
又如白雲之行跡靡定,若受外力(風)激動,東來則西推,西來則東浮,此為吸引外力為已行動之助也。佛偈曰「本來無一物,何處惹塵埃」,可謂深得虛實二字之三昧者也。
De même encore, la marche des nuages blancs ne laisse pas de trace fixe : si une force extérieure (le vent) les excite, venant de l’est ils sont poussés à l’ouest, venant de l’ouest ils flottent vers l’est : c’est attirer la force extérieure pour aider son propre mouvement. Un verset bouddhique dit : « Il n’y a rien au départ ; où la poussière pourrait-elle donc s’attacher ? » On peut dire que celui-là a pénétré le plus profond du vide et du plein.
練拳不諳虛實理 枉費功夫終無成
習國術者如不明虛實之道,雖有十年苦功,不能當為名家之一擊,語云:「拳不攻力,力不克功,功不勝巧」巧者卽虛實之理,能運用已實攻人之虛運已之虛代人之實,非執一不變之謂,所以善用虛實者,卽應用巧妙之機動戰術也。
Si, en pratiquant la boxe, on n’entend rien au principe du vide et du plein, on aura peiné en vain et l’on n’aboutira à rien.
Si l’adepte des arts nationaux n’entend rien à la voie du vide et du plein, eût-il dix ans de travail acharné, il ne soutiendra pas un seul coup d’un maître. Un proverbe dit : « La boxe ne vaincra pas la force, la force ne vaincra pas le travail, le travail ne vaincra pas l’habileté. » L’habileté, c’est le principe du vide et du plein : savoir employer son plein pour attaquer le vide d’autrui et son vide pour remplacer le plein d’autrui, sans s’en tenir à une technique invariable. Aussi qui sait user du vide et du plein applique-t-il une tactique souple et ingénieuse.
虛守實發術中竅 中實不放藝難精
按此二句為虛實應用之體,遇虛則守,逢實則發,「虛守實發」是技擊上攻守不易之法,無上之巧妙,比如敵以猛力(卽實)攻來,我不作正面之對抗,以免元力之虛耗,待敵撲空,化實為虛時。我卽乘虛而入,「中實者敵虛我實,未卽進攻以致坐夫良機,「不放」之謂,似此不能確定虛實,其勢自難精湛。
Vide pour se garder, plein pour frapper : voilà le secret de l’art. Si, ayant saisi le moment d’être plein, on ne frappe pas, l’art sera difficile à maîtriser.
Ces deux phrases constituent le corps de l’application du vide et du plein : on se garde quand on rencontre le vide, on frappe quand on rencontre le plein. « Vide pour se garder, plein pour frapper » est la règle immuable de l’attaque et de la défense en combat, la suprême habileté. Ainsi, si l’ennemi attaque avec une force brutale (c’est-à-dire le plein), je n’oppose pas de face pour ne pas user vainement ma force première ; quand il a frappé dans le vide et que son plein s’est changé en vide, je m’engouffre dans son vide. « Ayant saisi le moment d’être plein » signifie que quand l’ennemi est vide, je suis plein : ne pas attaquer alors, c’est laisser passer l’occasion. « Ne pas frapper » désigne celui qui ne sait pas déterminer le vide et le plein : sa position ne saurait être parfaite.
虛實自有虛實在 實實虛虛攻不空
細味「虛實在」「攻不空」之意義,兵法云「虛則實之,實則虛之」,善用虛實二字則守能堅,攻能克,所謂「虛實自有虛實在」,實實虛虛攻不空」是也
Le vide et le plein ont leur être propre dans le vide et le plein : quand le plein est vraiment plein et le vide vraiment vide, l’attaque ne manque pas son but.
Goûtez avec soin le sens de « le vide et le plein ont leur être propre » et de « l’attaque ne manque pas son but ». L’art de la guerre dit : « Où c’est vide, faites comme si c’était plein ; où c’est plein, faites comme si c’était vide. » Qui use bien du vide et du plein gardera solidement et frappera victorieusement.
雙重行不通 單重使成功
Avec le double poids, on ne passe pas ; avec le simple poids, on réussit.
單重,雙重卽虛實之形容也,雙重則滯,故「行不通」者執滯也,單重則活,活則圓轉自如則易於「成功」,雙重卽如佛經所云:「有相」單重「卽無相」,無相則一切皆空,便是虛,有相則一切實在,卽固體也,總之實可攻人,但澀滯不靈,虛易被擊,但圓活靈便,虛實之分,在毫厘千里之間,純在體會敏捷,使用得當,有非楮墨,所能形容者,故習國術者,縱有聰穎之資質,多年之功夫,如無明人指導,虔心體會,殊不易豁然開朗,而能於千鈞一髮之時判斷孰實孰虛也。
« Poids simple » et « double poids » décrivent le vide et le plein. Le double poids engorge : « on ne passe pas », car on est retenu ; le poids simple est vivant, et vivant, on tourne et se meut librement, ce qui rend le « succès » aisé. Le double poids est ce que les textes bouddhiques appellent « avoir le signe » ; le poids simple est « n’avoir pas le signe ». N’avoir pas le signe, c’est que tout est vide : c’est le vide ; avoir le signe, c’est que tout est réel, c’est le solide. En somme, le plein peut attaquer, mais il engorge et perd sa vivacité ; le vide est facile à frapper, mais il est rond, vivant et souple. Entre le vide et le plein, la différence est celle d’un cheveu et de mille lieues ; tout dépend de la promptitude de la sensation et de l’à-propos de l’emploi, choses qu’il n’est pas au pouvoir du pinceau d’exprimer. Aussi l’adepte des arts nationaux, eût-il l’intelligence la plus vive et des années de travail, s’il n’a l’enseignement d’un maître éclairé et une expérience fervente, n’aura que grand-peine à s’éclairer soudain et à juger, à l’instant critique, ce qui est plein et ce qui est vide.
上釋各義多為虛實之道,行功二字則未談及,行功者心領神會之後,再身體力行,勤加研練,朝於斯,夕於斯,行之有恆,積成工夫,所謂精神揣摩,肉體鍛鍊是也。
Toutes les explications qui précèdent portent surtout sur la voie du vide et du plein, mais les mots « pratiquer la méthode » n’y ont pas encore été traités. Pratiquer, c’est, après avoir saisi par l’esprit, mettre en œuvre par le corps, s’exercer avec assiduité, du matin au soir, et par cette constance accumuler le travail — ce qu’on appelle « l’esprit médite et le corps s’entraîne ».
八 — Les énergies des treize dynamiques (十三勢總勁)
太極拳法共有十三勢,蓋根據五行八卦之理而成者,五行又分內外,形於外者為進退顧盻定,發於內者為粘連黏隨不丟頂,八卦亦分內外,形於外者為四正四隅,蘊於內者為掤捋擠採挒肘靠八法,推手亦然,形於外者為勢,蘊於內者為勁,用勁之時其根在足,發於腿,主於腰,而形於指,故盤架子所以練勁,推手所以懂勁也。
La méthode du taiji quan compte treize dynamiques, formées selon les principes des cinq éléments et des huit trigrammes. Les cinq éléments se divisent eux aussi en interne et externe : ce qui se manifeste au-dehors, ce sont avancer, reculer, regarder, guetter et fixer ; ce qui s’émet au-dedans, ce sont les qualités de coller, enchaîner, adhérer, suivre, ne pas lâcher et ne pas heurter. Les huit trigrammes se divisent également en interne et externe : ce qui se manifeste au-dehors, ce sont les quatre directions droites et les quatre coins ; ce qui est contenu au-dedans, ce sont les huit techniques peng, lü, ji, cai, lie, zhou et kao. Il en va de même de la poussée des mains : ce qui se manifeste au-dehors est posture, ce qui est contenu au-dedans est jin. Quand on emploie le jin, sa racine est au pied, il s’émet par la jambe, est gouverné par la taille et se manifeste aux doigts. Aussi dérouler l’enchaînement sert-il à exercer le jin, et la poussée des mains à comprendre le jin.
「粘」如兩物相交,粘之使起,在太極拳則謂之勁,而非直接粘起之謂,乃間接以生,含有勁意,比如推手或交手時,敵對者體質强大,氣力充實,馬步穩固,似難將其掀動,移其重心,惟有使其全神上注,體重足輕,因其自動而失重心,我則順勢撒手,而以不丟不頂之勁,引其懸空,是曰粘勁。
« Coller » (粘) : comme lorsque deux objets se touchent et que l’on colle pour soulever. En taiji quan, on l’appelle un jin, non qu’il s’agisse de coller et de soulever directement, mais parce qu’il naît indirectement et contient une intention de jin. Ainsi, en poussée des mains ou en combat : si l’adversaire a une forte constitution, une énergie pleine et une position stable, il semble difficile de l’ébranler et de déplacer son équilibre ; il ne reste qu’à faire monter tout son esprit vers le haut, de sorte que son corps soit lourd mais ses pieds légers, et que, de son propre mouvement, il perde l’équilibre. Je le suis alors de tout mon élan, j’ouvre la main, et par un jin qui ne lâche ni ne heurte, je le conduis dans le vide : c’est le jin de coller.
夫粘勁如粘球,一撫一提之間,運用純熟,則球不離手,粘之卽起,語云粘卽是走,走卽是粘,對方實力充足,據險以守,不畏攻勢,不畏力敵,惟有處以鎭靜,或尋瑕抵隙,出其不意,攻其無備,此而不畏,則故顯破綻,誘之使進,使其棄守為攻,使其實力分散,而後因鎖帶擊,則未有不敗敵於不知不覺之間者,所謂之誘而殺之,使其自取敗亡,所謂攻其所必守,守其所必攻之道。
Le jin de coller est comme coller à une balle : entre la caresse et l’élévation, si l’on manœuvre avec habileté, la balle ne quitte pas la main et se soulève aussitôt qu’on la colle. Un proverbe dit : coller c’est céder, céder c’est coller. Si l’adversaire a une force pleine, se garde en position forte, ne craint ni l’attaque ni la lutte de force, il ne reste qu’à rester calme, à chercher la faille et à frapper où il ne se garde pas. S’il ne craint pas cela non plus, alors on montre à dessein un défaut, on l’attire en avant, on lui fait abandonner la garde pour l’attaque, on disperse sa force, puis on l’enchaîne et le frappe : il n’est pas d’adversaire qui ne soit ainsi vaincu à son insu. C’est ce qu’on appelle l’attirer pour le tuer et le laisser courir à sa perte, ou encore attaquer ce qu’il doit garder et garder ce qu’il doit attaquer.
「連」連貫之謂,手法毋中斷,毋脫離,接續連綿,無停無止,無休無息,是謂連勁。
« Enchaîner » (連) : que la technique de main ne s’interrompe ni ne se sépare, qu’elle se poursuive sans fin, sans arrêt ni repos, sans trêve ni halte : c’est le jin d’enchaîner.
「黏」黏貼之謂,彼進我退,彼浮我隨,彼沉我鬆,丟之不開,拔之不脫,如粘如貼,不丟不頂,是謂之黏勁。
« Adhérer » (黏) : quand l’autre avance, je recule ; quand il flotte, je suis ; quand il s’enfonce, je détends. Qu’il veuille lâcher, il ne peut se défaire ; qu’il veuille tirer, il ne peut se dégager : c’est comme coller et comme adhérer, sans lâcher ni heurter. C’est le jin d’adhérer.
「隨」隨者從也,緩急相隨,進退相依,不先不後,捨己從人,量敵而進,是謂隨勁。
« Suivre » (隨) : suivre. Épouser le lent et le rapide, s’accompagner dans l’avance et le recul, ni avant ni après, s’oublier soi-même pour suivre l’autre, avancer en mesurant l’ennemi : c’est le jin de suivre.
「不丟頂」不脫離,不抵抗,不搶先,不落後,是謂不丟頂勁。
« Ne pas lâcher et ne pas heurter » : ne pas se séparer, ne pas résister, ne pas devancer, ne pas rester derrière : c’est le jin de ne pas lâcher et de ne pas heurter.
內功八法歌訣
Chant des huit techniques du travail interne
掤勁作何解 如水負行舟 先實丹田氣 次緊頂頭懸
全體彈簧力 開合一定間 任有千斤力 飄浮亦不難
Que signifie le jin de peng ? Comme l’eau qui porte un bateau en marche : d’abord emplir de souffle le dantian, puis serrer et suspendre le sommet de la tête.
Une force élastique dans tout le corps, dans l’instant fixe de l’ouverture et de la fermeture : quelque mille livres de force qu’il y ait, les faire flotter n’est pas difficile.
按此處以水力雖微,而竟能因物自中空,乃負其重之意義,以喻掤勁,於此可知其義,卽搖動敵人之重心,使敵勢空虛,而後出我之銷閃法,以化敵之謂。
Ici, la force de l’eau, quoique faible, peut porter un objet parce qu’elle est elle-même creuse au centre : cette idée de porter un poids sert d’image au jin de peng, et l’on peut y comprendre son sens, à savoir ébranler l’équilibre de l’ennemi pour rendre sa position vide, puis employer mon art de l’esquive et de la dissipation pour le résoudre.
捋勁作何解 引導使之前 順其來勢力 輕便不丟頂
力盡自然空 丟擊任自然 重心自維持 莫被他人乘
Que signifie le jin de lü ? Conduire l’autre en avant, suivre la force de sa venue, légèrement, sans lâcher ni heurter.
Quand sa force s’épuise, le vide vient de lui-même ; on peut alors lâcher et frapper à sa guise. Maintenez votre propre équilibre, ne vous laissez pas surprendre.
此說明借敵人攻我之力,引之使前,俾拋離其重心之謂,故遇敵切忌硬對硬,務以柔制剛,順其來勢,拖之前傾,但自已之重心須絕對保持,勿為人所乘。
Ceci expose l’art d’emprunter la force de l’attaque ennemie et de l’attirer en avant pour lui faire perdre son équilibre. Aussi, devant l’ennemi, faut-il éviter le dur contre le dur et s’appliquer à vaincre le dur par le souple : suivre sa venue, le tirer en avant, sans manquer de maintenir absolument son propre équilibre et de ne pas se laisser surprendre.
擠勁作何解 有時用兩方 直接單純意 迎合一動中
間接反應力 如球撞壁還 又如錢投鼓 躍然擊鏗鏘
Que signifie le jin de ji ? Il s’emploie parfois de deux manières : directe et simple, pour répondre dans un seul mouvement ;
ou indirecte, comme force de réaction : ainsi la balle qui rebondit contre le mur, ou la pièce jetée sur le tambour, qui bondit avec un son clair.
此擠字之用義,如球撞壁,以錢投鼓,已曲形其義,蓋卽借人之勁,以擊其人,亦卽乘機陷敵之意也。
Emprunter l’image de la balle contre le mur et de la pièce sur le tambour dépeint déjà le sens du ji : c’est emprunter le jin d’autrui pour frapper autrui, et profiter de l’occasion pour piéger l’ennemi.
按勁作何解 運用似水行 柔中寓剛强 急流勢難當
遇高則澎滿 逢窪向下潛 波浪有起伏 有孔無不入
Que signifie le jin de an ? On l’emploie comme l’eau qui coule : dans sa souplesse se cache une force dure ; le courant rapide est irrésistible.
Rencontrant un haut obstacle, l’eau gonfle et le remplit ; trouvant un creux, elle y plonge ; la vague monte et descend ; il n’est trou qu’elle ne pénètre.
此又以水為譬,意謂水性雖柔,然疾流衝下,為勢難當,故遇敵時,手法宜急轉直下神出鬼沒,必陷敵於無備,所謂按卽交手時必以手按於敵手,而乘隙急取是也。
Ici encore l’eau sert d’image : l’eau est souple, mais lorsqu’elle se précipite vers le bas, rien ne lui résiste. Aussi, devant l’ennemi, la technique de main doit-elle tomber droit et vite, surgir et disparaître comme un esprit, et prendre l’ennemi toujours à l’improviste. An signifie donc qu’en croisant les mains on presse résolument sa main sur celle de l’ennemi, en profitant de la faille pour saisir.
採勁作何解 如權之引衡 任你力巨細 權後知輕重
轉移只四兩 千斤亦可秤 若問理何在 槓桿之作用
Que signifie le jin de cai ? Comme le contrepoids du peson qui règle la balance : quelle que soit la force de l’autre, grande ou petite, une fois le poids déplacé, on en connaît le poids.
Il suffit de déplacer quatre onces, et l’on peut peser mille livres. Si l’on en demande la raison : c’est l’action du levier.
此則以秤為臂,意謂交手時先探對方之力量,然後以四兩撥千斤之法以禦之,秤錘雖小,然引之平衡,則千斤可平,能知此理,則所謂四兩撥千斤殊非奇事也。
Ici le peson tient lieu de bras : en croisant les mains, on sonde d’abord la force de l’adversaire, puis on lui résiste par la méthode des quatre onces qui déplacent mille livres. Petit est le contrepoids, mais si l’on pousse le levier assez loin, mille livres s’équilibrent. Qui entend ce principe ne trouvera plus étrange l’adage des quatre onces et des mille livres.
挒勁作何解 旋轉若飛輪 投物於其上 脫然擲尋丈
君不見漩渦 捲浪若螺紋 落葉墜其上 倏爾便沉淪
Que signifie le jin de lie ? Il tourne comme une roue lancée : jetez-y un objet, il est aussitôt lancé à plus de dix pieds.
N’avez-vous vu le tourbillon ? Il roule la vague comme un filet de vis ; la feuille qui tombe dessus est en un instant engloutie.
此先以飛輪能擲物於尋丈之外為譬,指動作如敏捷,則借來物之主力而擲出之,實至易易,來勢愈猛,則擲出愈遠,繼又以漩渦為譬,因其漩轉而發出帶引之力至巨,故雖至輕如落葉,遇之亦無不沉,由是可知太極拳之動作,必取圜形者蓋以此。
La roue lancée qui projette un objet à plus de dix pieds montre d’abord que, le mouvement étant vif, on peut emprunter la force de ce qui vient et le lancer au loin : chose fort aisée, car plus la venue est impétueuse, plus loin on la jette. Puis le tourbillon montre que la rotation dégage une force d’entraînement immense, capable d’engloutir la feuille la plus légère. On comprend par là que les mouvements du taiji quan doivent toujours prendre une forme circulaire.
肘勁作何解 方法有五行 陰陽分上下 虛實須辨明
連環勢莫當 開花捶更凶 六勁融通後 運用始無窮
Que signifie le jin du coude ? Sa méthode comprend cinq éléments ; le yin et le yang se répartissent en haut et en bas ; le vide et le plein doivent être clairement distingués.
La posture en chaîne est irrésistible ; le poing épanoui est plus féroce encore. Une fois les six jin fondus et pénétrés, l’emploi en devient inépuisable.
此乃說明能融六勁,則運用無窮,明虛實,察陰陽,連環使,引敵深入,而後乘消解之,運肘攻入,無有不見克者。
Ceci explique que, si l’on sait fondre les six jin, l’emploi est inépuisable : distinguer le vide et le plein, observer le yin et le yang, agir en chaîne, attirer l’ennemi profondément, puis profiter de l’occasion pour le dissoudre ; porter l’attaque du coude, et l’on ne verra que victoires.
靠勁作何解 其法分肩背 斜飛勢用肩 肩中還有背
一旦得機乘 轟然如倒塌 仔細維重心 失中便無功
Que signifie le jin de kao ? Sa méthode distingue l’épaule et le dos : la posture de l’aile oblique (斜飛勢) emploie l’épaule, et dans l’épaule il y a encore le dos.
Une fois l’occasion saisie, on s’écroule sur lui avec fracas. Mais veillez avec soin à l’équilibre, car si l’on perd le centre, le travail est perdu.
此法乃深入敵境,逼進敵身,以肩背制敵,作斜飛勢、野馬分鬃,均為靠勁之架勢,非功深技熟者不能致勝,將反為人制,又靠為肘所克,肘又為如封似閉所化,此乃輾轉循環,運用克敵之法,非執一之謂也。
Cette méthode pénètre profondément chez l’ennemi, se presse contre son corps et le domine de l’épaule et du dos. La posture de l’aile oblique et celle du cheval sauvage qui écarte sa crinière (野馬分鬃) sont l’une et l’autre des postures de kao. Qui n’a pas un travail profond et une technique mûre ne saurait vaincre et se retrouvera dominé. De plus, le kao est dominé par le coude, lequel est résolu par le « sceller comme pour fermer » (如封似閉). C’est un cycle où l’on emploie tour à tour des méthodes de victoire : il ne s’agit pas de s’attacher à une seule.
靠勁運用肩背,乘機而發,勢如山崩地塌,其勢莫當,雖然,必須保持中心,不失重心,則敵為我制矣。
Le jin de kao emploie l’épaule et le dos et s’émet quand l’occasion se présente, avec l’élan d’un éboulement de montagne, plus fort que tout. Cependant il faut maintenir son centre et ne pas perdre l’équilibre : alors l’ennemi est en mon pouvoir.
九 — La force et le jin (力與勁)
太極拳之動作,用意不用力,意者意思也,乃由於大腦之作用,縱然用力亦非一般人固有之體力,而係由鍛鍊所產生之靈活力,此種靈活運用之力,國術家稱之曰勁,故勁實國術家應有之本能。
Dans les mouvements du taiji quan, on use de l’intention et non de la force. « Intention », c’est la pensée, l’action du cerveau ; et même lorsqu’on use de la force, ce n’est pas la force physique innée du commun des hommes, mais une force vive produite par l’entraînement. Cette force vive ainsi appliquée, les maîtres d’arts nationaux l’appellent jin (勁) : le jin est donc bien l’aptitude propre que doit posséder un maître d’arts nationaux.
分析之則勁之成分仍不能離力,但人之思想極端複雜,而國術之動作亦極複雜,故勁與本能之力有密切關係,而與非國術家及任何動物所發揮運動之力截然不同。
À l’analyse, la composition du jin ne peut cependant se passer de la force ; mais la pensée humaine est extrêmement complexe et les mouvements des arts nationaux le sont aussi : le jin a donc un rapport étroit avec la force instinctive, tout en étant radicalement différent de celle que déploient ceux qui ne pratiquent pas les arts nationaux, ou n’importe quel animal.
力人皆有之,勁則惟我中國國術家方有之,蓋外國拳術家所練者為動力,亦卽活力,乃重量及速度之和,中國國術家所練之勁,則除重量速度之外,猶須將其面積縮至極小,並具意識之滲透可不任何方式所限制。
La force, tout le monde en a ; le jin, seuls les maîtres d’arts nationaux de notre Chine le possèdent. Les boxeurs étrangers cultivent ce qu’on appelle la force cinétique, c’est-à-dire la force vive, somme du poids et de la vitesse. Le jin que cultivent les maîtres chinois, outre le poids et la vitesse, exige encore de réduire la surface d’application à l’extrême et de faire pénétrer l’intention, sans se laisser limiter par quelque procédé que ce soit.
練力易練勁則難,因練力較為具體,易得標準對象,祇須有適當方法,(商務出版趙竹光譯烈戴氏著練力方法)如籍某種物質,練習提或舉之動作,久之力自漸增,勁則難籍物質鍛鍊,此須利用人體各部關節之抵抗力,與爭衡力,再加意識而鍛鍊,練力可以文字指導,可以函授,練勁則非有名家之活動指導不為功,文字祇能解釋其要義,而不能對勁加以形容,此乃我國國術精妙之處,任何事物皆有定理,虔心研討,自能豁然貫通如其適合人生需要,亦應使其科學化,或以為勁有神秘性,實為皮相之談,惟願以簡單文字將其解釋明白,形容得體,自非易易,但如能虔心研練,則勁之闡明,亦非難事。
Cultiver la force est aisé, cultiver le jin est difficile. La force est plus concrète, on en trouve aisément l’étalon ; il suffit d’une méthode appropriée (voir Méthode pour cultiver la force de Liederman, traduit par Zhao Zhuguang, publié par la Librairie du Commerce). En soulevant ou en portant un objet quelconque, la force augmente peu à peu avec le temps. Le jin, lui, ne se cultive pas au moyen d’objets : il faut mettre à contribution la résistance et l’effort antagoniste des articulations de tout le corps, puis y ajouter la conscience. La culture de la force peut s’enseigner par écrit, même par correspondance ; celle du jin ne se fait pas sans le guidage vivant d’un maître. L’écrit ne peut qu’en expliquer l’idée essentielle, non en décrire la sensation : c’est là une des finesses de nos arts nationaux. Toute chose a son principe ; qui l’étudie avec ferveur finit par tout comprendre. Comme il répond aux besoins de la vie, il faut aussi le rendre scientifique. Certains tiennent le jin pour mystérieux : c’est un propos superficiel. Je voudrais l’expliquer clairement en termes simples, mais bien le décrire n’est assurément pas aisé ; toutefois, si l’on s’y exerce avec ferveur, éclairer le jin n’est pas chose difficile.
當吾人敎學時,常以手按學者用力部份,囑其無用力,但學者關節之抗力(抵力)則不斷發生,抗力者蓋在一進步階段首先發現,換言之每於動作增加困難時乃自然暴露,實為習練國術之障碍,幸其僅短時期內存在,如能繼續鍛鍊,則終被克服,拙力退盡後,則變為柔順,柔順能使血液暢行,提高體內新陳代謝之機能,使感覺靈敏,須知神經作用之加强,與肢體關節之靈活運用,乃互為因果,意識支配運動,力由起點至終點,經過各關節時,自能暢通無阻,倏然而來,倏然而去,運用隨心,效力偉大,是謂之勁。
Dans notre enseignement, nous posons souvent la main sur la partie où l’élève force et nous lui demandons de ne pas forcer ; mais la résistance de ses articulations ne cesse de reparaître. Cette résistance se manifeste d’abord au cours d’un stade de progrès : autrement dit, elle apparaît naturellement chaque fois que le mouvement se complique, et c’est un obstacle à la pratique des arts nationaux. Heureusement elle ne dure qu’un temps : si l’on poursuit l’entraînement, elle finit par être vaincue. Une fois la force maladroite entièrement dissipée, on devient souple et docile ; cette souplesse fait circuler le sang sans entrave, élève le métabolisme de l’organisme et affine les sensations. Car l’intensification de l’action nerveuse et l’usage souple des articulations sont mutuellement cause et effet : la conscience gouverne le mouvement, la force va de son point de départ à son point d’arrivée, traverse les articulations sans obstacle, vient et s’en va en un éclair, s’emploie au gré du cœur, avec une efficacité immense. C’est ce qu’on appelle le jin.
Le poids, l’extension et la promptitude (沉長快)
在中國國術中具有沉長快三種必備之條件,設國術家忽此三點,或練習之方法不當,或練習之法雖當,而不能混合應用皆難臨機致勝。
Les arts nationaux de Chine comportent trois conditions indispensables : le poids, la longueur et la promptitude. Si un maître les néglige, ou si sa méthode est inappropriée, ou si la méthode est bonne mais qu’il ne sait pas les combiner dans l’application, il aura peine à saisir l’occasion et à vaincre.
「沉」
沉乃由活動關節,鍛鍊而生者,如有人垂手站立,我以手托其臂,為覺其臂沉重,但其重非其全臂之重,因其意識在不知不覺中已牽動其臂,而成減輕其一部重量矣,一如以手托酣睡者之臂,必覺其臂較前者尤重,卽係無意識之牽動其臂,而臂關節自然鬆活之故,如再以手托以關節鬆動之國術家之臂,亦必覺其與睡者有同等沉重。
Le poids (沉)
Le poids naît de l’entraînement à la mobilité des articulations. Si quelqu’un se tient debout, bras pendants, et que je soutienne son bras de la main, je le sens lourd ; mais cette lourdeur n’est pas celle du bras entier, car sa conscience, à son insu, tend déjà son bras et en allège ainsi une part. Si je soutiens le bras d’un homme profondément endormi, je le trouverai plus lourd encore : c’est que, inconscient, il ne tend pas son bras et que les articulations sont naturellement relâchées. Si je soutiens de même le bras d’un maître d’arts nationaux aux articulations détendues, je le trouverai du même poids que celui du dormeur.
在習太極拳推手時,可察覺對方功夫大者其臂較工夫小者沉重,卽其肢體關節較功夫小者靈活,其身體不至牽掣其臂,臂不牽肘,肘不牽手,於是出擊之拳,為全身之動力迅速集中,自然沉重矣。
Dans la poussée des mains du taiji quan, on remarque que le bras d’un adversaire plus avancé est plus lourd que celui d’un moindre pratiquant : ses articulations sont plus mobiles, son corps ne tire pas sur le bras, le bras ne tire pas sur le coude, le coude ne tire pas sur la main ; aussi, quand il frappe, la force motrice de tout le corps se concentre aussitôt, et le poids vient naturellement.
烈戴氏著練力方法中曾述「百年前英倫有一百四十磅之拳術家,發出之拳,其重舉世無匹,但因體重過輕,終難敵重量級拳術家,但如彼此立於凳端,而足不動以對擊,則世界任何拳術家,彼皆能敵矣,因如此對擊,乃靠實力與擊力,體重於此無關」綜觀上述,可想像此英倫拳術家,其出拳甚重,乃其臂關節較一般拳術家靈活之故,惜其忽略全體關節之鍛鍊,否則全部配合使用,則重量級之拳術家,亦必非其敵矣,
Dans la Méthode pour cultiver la force de Liederman, on lit : « Il y a cent ans, en Angleterre, un boxeur de cent quarante livres frappait d’un poids sans égal au monde ; mais, trop léger, il ne pouvait venir à bout d’un boxeur de la catégorie des poids lourds. Toutefois, si les deux hommes, debout chacun sur un banc, se fussent frappés sans bouger les pieds, il eût tenu tête à n’importe quel boxeur du monde : dans cette position, c’est la force réelle et la force du coup qui comptent, le poids du corps n’y est pour rien. » De ce qui précède, on peut imaginer que ce boxeur anglais frappait si lourdement parce que les articulations de son bras étaient plus mobiles que celles des boxeurs ordinaires. Il est dommage qu’il ait négligé de travailler les articulations de tout le corps : s’il les avait fait toutes concourir, même un poids lourd n’eût pas été de taille.
「長」
長亦由活動關節中練習而生者,練習之法,乃根據生理之要求,組成一有系統而簡單之姿勢,然後按此姿勢不斷練習,習時須時刻注意鬆肌肉,鬆關節,以操練韌帶。能鬆卽能長,能長卽能摺叠,能摺叠卽能柔順,能柔順卽能沉重,卽對方身長力大,祇須我折叠柔順之程度高超,則能牽掣並化其擊力,籍其擊力以擊其人,此點外國拳術家無中國國術運動之巧妙,卽係無妥善之姿勢以供學者練習折叠,柔順等基本動作。
L’extension (長)
L’extension naît elle aussi de l’entraînement à la mobilité des articulations. La méthode consiste à composer, selon les exigences physiologiques, une posture simple et méthodique, puis à la répéter sans cesse, en veillant à tout instant à détendre les muscles et les articulations et à exercer les ligaments. Qui peut se détendre peut s’étendre ; qui peut s’étendre peut se plier ; qui peut se plier peut devenir souple ; qui peut devenir souple peut devenir lourd. Quand bien même l’adversaire aurait longue taille et grande force, il suffit que je sois supérieur dans l’art de plier et de m’assouplir pour entraver et dissoudre sa force de frappe et m’en servir pour le frapper. C’est là un point où les boxeurs étrangers n’ont pas l’ingéniosité du mouvement des arts nationaux chinois, faute de postures bien conçues pour exercer les actions fondamentales du pli et de la souplesse.
中國國術之極妙處,為能借力擊人,不受身體重量與力量大小之限制,而在外國拳術則否,故烈戴氏云:「未有輕量級拳術家,可以擊敗技術精到重量級拳術家者,因人之體重與其拳上所發之力甚有關係,設爵單士與李安納對擊,每人在同距離擊一拳,則爵單士之體較重,自能便宜多了。」
Le plus merveilleux des arts nationaux chinois est de savoir emprunter la force d’autrui pour le frapper, sans être limité par le poids du corps ni par la taille de la force ; il n’en va pas de même des boxes étrangères. Aussi Liederman dit-il : « Jamais un poids léger n’a battu un poids lourd techniquement accompli, car le poids du corps a beaucoup à voir avec la force délivrée dans le coup. Si Dempsey et Leonard se frappaient chacun d’un coup à la même distance, Dempsey, plus lourd, aurait bien plus d’avantage. »
「快」
快亦由關節靈活中練出,關於快之練習,世人皆以應從快動作中練習,此係外國拳術以及一部份中國國術之練法,但太極掌中之快,乃由慢動作中積漸而來,使其蘊藏於慢動作中,故快乃蘊藏非表現也。
La promptitude (快)
La promptitude se cultive elle aussi par la mobilité des articulations. Pour la cultiver, tout le monde pense qu’il faut s’exercer dans des mouvements rapides : c’est la méthode des boxes étrangères et d’une partie des arts nationaux chinois. Mais la promptitude de la paume du taiji vient peu à peu du mouvement lent, où elle est contenue : la promptitude y est donc cachée, non manifestée.
蘊快之術在動作時,關節中須蘊含抵抗與爭衡力,沉長之成分亦不能少,練時外形惟慢在習者意識上則甚忙迫,蓋須注意姿勢內之要求,與外形之標準。
L’art de contenir la promptitude veut que, dans le mouvement, les articulations contiennent une résistance et un effort antagoniste, sans que les éléments de poids et d’extension fassent défaut. À la pratique, l’apparence extérieure est seulement lente, tandis que la conscience du pratiquant est fort affairée : il doit prendre garde aux exigences internes de la posture comme aux normes de son apparence.
內容充實後,外形始能表現出勁,勁有姿態美,此種姿態與江湖拳之形式美迥異,設非國術有深造者,不易辨別。
Une fois le contenu rempli, l’apparence extérieure peut manifester le jin. Le jin a une beauté d’attitude qui diffère radicalement de la beauté formelle des boxes de bateleurs : à qui n’a pas approfondi les arts nationaux, la distinction échappe aisément.
練習慢中需快之法,要有蓄力,因蓄力卽快之準備,譬諸射箭,弓開愈滿,箭發愈快而用力開弓卽蓄力也,無蓄力之快,乃普通拳術家皆能之快,有蓄力之快始為難測之快,此等快法每一出手踢腿,皆難分辨,以此對敵,自易致勝。
La méthode pour chercher la promptitude dans la lenteur exige d’accumuler la force, car cette accumulation prépare la promptitude. Prenons l’arc : plus la corde est tendue, plus la flèche part vite, et l’effort de tension est précisément l’accumulation de force. La promptitude sans force accumulée est celle que tout boxeur possède ; la promptitude avec force accumulée est la seule impénétrable. Avec cette sorte de promptitude, il est difficile de distinguer chaque sortie de main ou chaque coup de pied ; en user contre l’ennemi, c’est gagner aisément.
胖人習拳必先使其脂肪成分減少,始能練到快,否則難達目的,減去脂肪之法,只有每日勤習不輟,則肌肉纖維自能發展,脂肪自漸減縮矣,烈戴氏云:「大體度者,未必有力,縱然體高五尺十寸,體重二百七十五磅,抑或力氣毫無亦未可定,蓋其體重大部皆係脂肪,故無具有健康肌肉者力大,且以脂肪多反阻碍其動作,故更無速度可言,雖在有限方面,亦能出些須之力,但多數胖人則無力氣。」
Un homme gras qui veut pratiquer la boxe doit d’abord réduire sa graisse, sans quoi il n’atteindra pas la promptitude ; pour éliminer la graisse, il n’est d’autre moyen que de pratiquer chaque jour avec assiduité : les fibres musculaires se développeront et la graisse diminuera peu à peu. Liederman dit : « Un gros volume n’est pas forcément une force : tel homme de cinq pieds dix pouces et de deux cent soixante-quinze livres peut n’avoir aucune force, car la majeure partie de son poids n’est que graisse, qui ne vaut pas la force d’un muscle sain et qui, de surcroît, gêne ses mouvements et lui ôte toute vitesse. Dans une mesure limitée, il peut encore produire quelque force ; mais la plupart des hommes gras sont sans force. »
烈戴氏又云;「運動家欲有活力,定須有速度技巧,平衡於量與實力之方面。」
Liederman dit encore : « L’athlète qui veut une force vive doit avoir vitesse, habileté et équilibre, en poids comme en force réelle. »
如此觀之,西洋運動家亦將識勁之意義矣,勁雖似難練,但如有正確之方法,精確之指導,亦非難事,如習之不得其法,必至徒勞無功。
À voir cela, les athlètes occidentaux eux aussi reconnaîtront le sens du jin. Le jin semble difficile à cultiver ; mais avec une méthode juste et une direction précise, ce n’est pas chose malaisée. À l’inverse, qui s’exerce sans la bonne méthode peinera en vain.
夫力者為人所固有,加以體重遂成人身之力量,但力亦可訓練,如舉重,提重,或拉彈簧器,均可增體力,惟此為籍鍛鍊而生單純局部之力,非蘊藏體內之力,卽物理學所謂單力,俗稱氣力,國術家則稱為拙氣拙力,而非合力也。
La force est innée chez l’homme ; jointe au poids du corps, elle devient la puissance corporelle. Mais la force se cultive aussi : haltères, poids à soulever, appareils à ressorts, tout accroît la force physique — seulement il s’agit là d’une force simple et locale, née de l’exercice, et non d’une force contenue dans le corps ; c’est ce que la physique appelle une force isolée, ce que le vulgaire nomme la vigueur, et ce que les maîtres d’arts nationaux appellent la vigueur et la force maladroites, faute d’être une force résultante.
勁之來源,與練力之法相反,力可籍器械練出,勁則不能利用器械,乃依生理學物理學與心理學訓練而生,將人體蘊藏無限之力,集中鍛鍊而生者。
L’origine du jin est inverse de celle de la force. La force se cultive avec des engins ; le jin ne peut en faire usage : il naît d’un entraînement fondé sur la physiologie, la physique et la psychologie, en concentrant pour l’exercer la puissance illimitée que recèle le corps humain.
一、順生理自然之構造,將全身骨骼關節各部重心集中一點,再加意識之主宰操縱,然後由中心發出,是之謂勁。
二、將人體全部機構極端舒長,然後又將各部關節極端縮短(卽折叠)在縮短舒長之間,運用疾徐有致,順其勢(卽沉快合作)不用絲毫拙力,再憑意識之主宰(卽用意不用力)與四肢百骸合作,凡一動作,須有下列四種動態配合運用。
甲弧線 乙曲線 丙浪紋 丁螺旋
上列四種動態,配合全身各部關節,舒長摺叠,練習純熟後,身體自然柔順,則發動之力乃靈活而具彈性之力,此種彈力卽由沉長快三字練出之勁。
Selon la structure naturelle et physiologique, rassembler en un point l’équilibre de tous les os et articulations du corps, y ajouter la maîtrise et la conduite de la conscience, puis émettre depuis le centre : c’est ce qu’on appelle le jin.
Étirer extrêmement toute la structure du corps, puis raccourcir extrêmement chaque articulation (c’est-à-dire plier). Entre le raccourcissement et l’étirement, employer avec mesure le vif et le lent, en suivant la tendance (c’est-à-dire faire travailler ensemble le poids et la promptitude), sans la moindre force maladroite, et, sous la conduite de la conscience (c’est-à-dire user de l’intention et non de la force), faire coopérer les membres et tout le corps. Chaque mouvement doit faire agir ensemble les quatre formes suivantes :
A. la ligne courbe ; B. la ligne sinueuse ; C. l’onde ; D. la spirale.
Ces quatre formes, appliquées aux articulations de tout le corps, étirées et pliées, rendent le corps naturellement souple quand on les a pratiquées à satiété ; la force déployée devient alors vive et élastique. Cette force élastique est le jin cultivé par les trois mots : poids, extension, promptitude.
三、譬諸彈簧機器,機器本係靜物,不能發生彈性作用,因於機構中裝有活動之彈簧,於是機器亦有彈力,彈簧本係其線形之鋼條,須經琢磨鍛鍊盤成螺旋,其中必含無數甲乙丙丁之形態,乃成有規則之彈簧,方能發生彈性作用,亦卽多量甲乙丙丁聯合行動之力量,若非經此過程,仍為一直線形鋼條,則其附着之機器,亦必失去彈性,如果器機構組織健全,加以人意之操縱,自能運用如意矣。此機器內之彈簧,卽猶人體內蘊藏之勁。
- Prenons l’exemple d’une machine à ressort : la machine est un objet inerte et ne peut produire d’effet élastique ; mais parce qu’un ressort mobile est logé dans son mécanisme, la machine devient élastique. Le ressort est à l’origine un fil d’acier rectiligne qu’il faut travailler, affiner et enrouler en spirale, et qui doit contenir d’innombrables formes de toutes sortes pour devenir un ressort régulier capable d’agir par élasticité : c’est-à-dire la force de nombreuses formes agissant de concert. Sans ce processus, le fil resterait rectiligne et la machine à laquelle il est attaché perdrait toute élasticité. Si le mécanisme est bien monté et qu’on le manœuvre de volonté humaine, il fonctionnera à souhait. Le ressort de cette machine est comme le jin recelé dans le corps humain.
十 — Le centre et l’équilibre (中心與重心)
重心對於練拳之關係至重,然重心之運用,又須中心為之主宰,否則重心無所寄託,反將被人利用。
L’équilibre a la plus grande importance dans la pratique de la boxe ; mais la mise en œuvre de l’équilibre suppose que le centre la gouverne, faute de quoi l’équilibre n’a plus où s’appuyer et l’on sera soi-même utilisé par l’adversaire.
太極拳擊人,外形雖似以拳之力,實則由於中心所發之勁,設非由中心所發,則係局部之力,其力易於渙散,有為人各個擊破之虞。
Quand le taiji quan frappe, l’apparence est celle de la force du poing, mais en réalité c’est le jin émis par le centre ; s’il ne vient pas du centre, c’est une force locale, qui se disperse aisément, avec le risque d’être battu pièce par pièce.
國術練至上乘功夫,有如衡之引權,能以中心運用重心,則所發之拳沉而有勁,以此摧敵,何敵不克,身軀穩如泰山,以此自衞,重心有主,何隙可乘。
Quand les arts nationaux atteignent le niveau supérieur, c’est comme le contrepoids réglant la balance : si l’on sait faire agir l’équilibre depuis le centre, le poing lancé est lourd et plein de jin. Briser l’ennemi ainsi : quel ennemi ne serait vaincu ? Le corps stable comme le mont Tai ; se défendre ainsi, l’équilibre étant maître : quelle faille serait exploitable ?
人之中心在脊柱腰胯之中,四肢為重心所寄,發出之勁,由腰腹而出,達於週身,拳經所謂,「氣貫丹田」,丹田卽在腰腹之中,初步習拳有拳法手法之分,出手卽為重心之運用,站䂯卽為練習重心俗所謂𦡁勁者,卽重心也。
Le centre de l’homme est dans la colonne et les hanches ; l’équilibre réside dans les quatre membres. Le jin émis sort des reins et du ventre et atteint tout le corps. Le classique dit : « Le souffle traverse le dantian », et le dantian est au milieu des reins et du ventre. Au début de l’étude, on distingue la technique de poing et la technique de main ; la sortie de main est mise en œuvre de l’équilibre, et la tenue de posture (站樁) est l’exercice de l’équilibre : ce que le vulgaire appelle la « force de l’entrejambe » n’est autre que l’équilibre.
站馬䂯須脊豎、腰塌、頭懸、鼻尖膝蓋及足尖須成垂直線,穩住中心,卽所以保持重心也。
Dans la posture de cheval (馬樁), il faut dresser la colonne, laisser tomber la taille, suspendre la tête, et que le bout du nez, le genou et la pointe du pied forment une ligne verticale ; stabiliser le centre, c’est maintenir l’équilibre.
太極拳之勁所以由丹田而發,係因丹田位居中央,四肢百體散漫之力必先集中於此,而後發則為勁而非力,比如意欲發右拳擊敵,必先將左足跟及左膝左胯之力集中於丹田,然後由右腰胯達於肩臂肘手,迨後左臂與右腿佐以爭衡之力,則右拳自沉而有勁矣,如以右拳比諸箭之簇,則左臂與右腿便如弓胎弓弦,弓開飽滿發出之矢,未有不速而有勁者
Si le jin du taiji quan s’émet depuis le dantian, c’est que le dantian occupe le centre : les forces dispersées des membres et du corps doivent d’abord s’y rassembler, et dès lors ce qui s’émet est un jin et non une force. Ainsi, pour lancer le poing droit contre l’ennemi, il faut d’abord rassembler au dantian la force du talon gauche, du genou gauche et de la hanche gauche, puis la faire passer de la hanche droite à l’épaule, au coude et à la main ; ensuite le bras gauche et la jambe droite apportent une force antagoniste, et le poing droit devient lourd et plein de jin. Si l’on compare le poing droit à la pointe de la flèche, le bras gauche et la jambe droite sont comme le corps et la corde de l’arc : une flèche décoche d’un arc tendu à pleine tension ne saurait manquer d’être rapide et puissante.
若中心偏倚,不但妨礙動作,且拳出無勁,反受牵掣,何異受敵以柄,自陷敗境。
Si le centre penche, non seulement le mouvement est gêné, mais le poing part sans jin et se trouve retenu : n’est-ce pas donner à l’ennemi le manche de l’arme et courir soi-même à la défaite ?
中心之於練拳其要點有三。
一、中心穩定則氣血易於暢通。二、中心不偏則姿勢正確發揮之力大。三、中心端正易於制人而不被人制。
Le centre présente trois points essentiels dans la pratique de la boxe :
- Le centre stable assure une circulation aisée du souffle et du sang. 2. Le centre qui ne penche pas rend la posture juste et la force déployée plus grande. 3. Le centre droit permet de maîtriser autrui sans être maîtrisé par lui.
十一 — Les six unions et les trois poussées (六合三摧說)
國術中有術語曰六合,所謂六合,卽心與意合意與氣合,氣與力合,是謂內三合,手與足合,肩與胯合,肘與膝合,是謂外三合,內外相合故曰六合,乃國術中上乘功夫之抽象名詞。
Dans les arts nationaux, un terme technique désigne les « six unions » : le cœur s’unit à l’intention, l’intention au souffle, le souffle à la force — ce sont les trois unions internes ; la main s’unit au pied, l’épaule à la hanche, le coude au genou — ce sont les trois unions externes. L’interne et l’externe s’unissant, on parle de six unions : c’est là une expression abstraite du plus haut niveau de travail dans les arts nationaux.
內三合以心為主宰,意為判斷策劃之參謀,氣為活動人身各部之使者,凡人心思一動,意識隨動,氣受反應而奔走,氣之所至卽力之所在,所謂心意氣與力合是也。
Dans les trois unions internes, le cœur est le maître, l’intention l’état-major qui juge et planifie, le souffle le messager qui met en mouvement toutes les parties du corps. Chez l’homme ordinaire, dès que la pensée s’émeut, la conscience suit, le souffle réagit et court ; où le souffle parvient, là est la force. C’est ce qu’on appelle l’union du cœur, de l’intention, du souffle et de la force.
思想動意識不動,則無以明是非,意識動而無氣力推行,亦為幻想,必也心意氣三者聯繫一體,方能發生作用。
Si la pensée s’émeut sans que la conscience s’émeuve, on ne distingue plus le vrai du faux ; si la conscience s’émeut sans que le souffle et la force la portent, ce n’est qu’une illusion. Il faut que le cœur, l’intention et le souffle forment un seul corps pour produire leur effet.
內心旣有所驅策,必執行於外,則外三合尚矣,譬諸作戰,手足為衝鋒陷陣之先鋒,肘膝為督粮運械之後方勤務部,肩胯則如臨陣之指揮官,三者缺一,每戰必敗,三者合一,成功可待。
Une fois que le dedans a donné ses ordres, il faut les exécuter au-dehors : les trois unions externes importent donc. Comparez cela à une bataille : les mains et les pieds sont l’avant-garde qui charge, les coudes et les genoux l’intendance qui achemine vivres et munitions, les épaules et les hanches les officiers qui commandent sur le champ. Qu’une seule des trois manque, et chaque combat sera perdu ; que les trois s’unissent, et le succès est assuré.
六合之外又有三摧之說,卽肩摧肘,肘摧手是也,亦卽肩擠肘,肘擠手,節節相擠,推動整個合作力量,足膝胯之摧擠與肩肘手相同,惟以足跟為起點,而膝而胯,各部骨骼與筋肉聯成一氣,一旦着的,立卽發揮其功用,倘有一處脫節則全盤失效,手足膝胯肩肘與韌帶活動之力相互緊凑,集中一點發出之力,卽國術家之活力。
Outre les six unions, il existe la théorie des « trois poussées » : l’épaule pousse le coude, le coude pousse la main ; autrement dit, l’épaule presse le coude, le coude presse la main, chaque articulation pressant la suivante pour propulser l’ensemble de la force solidaire. La poussée du pied, du genou et de la hanche est la même que celle de l’épaule, du coude et de la main, mais son point de départ est le talon, puis le genou, puis la hanche : les os et les muscles de chaque partie forment un même souffle, et une fois le contact pris, la fonction se déploie aussitôt. Que quelque part le chaînon manque, et tout l’ensemble est inefficace. La force issue de l’activité solidaire des mains, des pieds, des genoux, des hanches, des épaules, des coudes et des ligaments, concentrée en un seul point, voilà la vitalité du maître d’arts nationaux.
思想主於內,動作形於外,內外相合,得心應手,是謂六合,思想意識與手足之行動已如上述,茲再申敍氣與力,氣也者順生理之自然,循血運之暢行,順則氣舒,滯則氣阻,逆則氣閉,氣舒則各部精神充實而活潑,猶之皮球,未打氣之前癱扁癟陷,旣打氣之後激之則飛躍,此乃由氣之充實而發生彈力,語云:「頤指氣使」實氣與力合絕妙之形容詞也,又如水性下流,若加以壓力必反上激,氣之壓力愈大則激射之力亦愈高,此氣與力合又一證也。
La pensée gouverne au-dedans, le mouvement se manifeste au-dehors ; quand l’interne et l’externe s’unissent, la main exécute ce que le cœur conçoit : voilà les six unions. La pensée, la conscience et le mouvement des membres ayant été exposés, revenons au souffle et à la force. Le souffle suit la nature physiologique et la libre circulation du sang : s’il circule, le souffle se détend ; s’il stagne, le souffle s’arrête ; s’il rebrousse, le souffle se ferme. Le souffle détendu remplit et vivifie l’esprit de chaque partie — comme une balle : avant d’être gonflée, elle s’affaisse et se déprime ; gonflée, elle bondit aussitôt qu’on la frappe. Cette force élastique naît de la plénitude du souffle. Le proverbe « d’un signe du menton commander au souffle » est une excellente façon de décrire l’union du souffle et de la force. De même, l’eau coule vers le bas, mais si on la presse elle jaillit vers le haut : plus la pression du souffle est grande, plus haut jaillit la force. Nouvelle preuve de l’union du souffle et de la force.
總之六合者,卽思想與行動合一,表裏一致之功夫,亦卽王陽明先生「知行合一」之功夫,此乃我國國術最高之哲理也。
En somme, les six unions sont le travail de l’union de la pensée et de l’action, de la concordance du dedans et du dehors : c’est le travail que M. Wang Yangming appelait « l’union du savoir et de l’agir », et c’est là la plus haute philosophie de nos arts nationaux.
十二 — Le taiji quan et l’hygiène physiologique (太極拳與生理衞生)
其人身之構造至為複雜,如各部發育有失平衡,則健康必受其影響,欲補此弊,惟有從事適宜之運動,使身體各部獲得平均發展,卽體育是也,我國國術卽體育中完美之運動者也。
La structure du corps humain est extrêmement complexe : si le développement d’une partie perd son équilibre, la santé s’en ressent. Pour y remédier, il n’est que de pratiquer un exercice approprié, afin que toutes les parties du corps se développent également : c’est là l’éducation physique, et nos arts nationaux en sont l’exercice parfait.
我國國術由一般抽象之觀察,似乎僅為好勇聞狠技擊,此特皮相之談,而未明國術本質之泛論,實則國術不但助長身體各部之平均發育,且有攝生養性之功能,茲就呼吸,循環、消化、排泄、神經各機構,以太極拳之動作比證,以明其功效。
À ne considérer nos arts nationaux que d’un regard abstrait et général, ils semblent n’être qu’un art de combat brutal ; mais c’est là un propos superficiel et un jugement sommaire, qui ignore la nature même de ces arts. En réalité, ils ne favorisent pas seulement le développement harmonieux de toutes les parties du corps, ils ont encore le pouvoir d’entretenir la vie et de nourrir le caractère. On examine ci-après les mécanismes de la respiration, de la circulation, de la digestion, de l’excrétion et du système nerveux, en mettant en regard les mouvements du taiji quan pour en montrer l’effet.
一、呼吸:
人之呼吸每分鐘皆有定數,每運動劇烈時,呼吸必促,而自然定律為其破壞,心房之伸縮亦受影響矣:太極拳為溫和持久之運動法,疾徐開闔,與夫吐納,均與人體自然韻律相配合,無乍弛乍張之弊,吸必沉之丹田,呼必發於丹田,與深呼吸運動之旨趣相合,太極拳之「掤」卽吸,「擠」卽呼、「捋」卽呑,「按」卽吐,故攬雀尾一式,卽包括轉側俯仰開闔呑吐等動作。
1. La respiration.
La respiration de l’homme a un nombre déterminé de cycles par minute ; dans tout exercice violent elle s’accélère, sa loi naturelle se trouve rompue et le mouvement du cœur en est affecté. Le taiji quan est une méthode d’exercice douce et durable : le vif et le lent, l’ouverture et la fermeture, l’expiration et l’inspiration s’accordent au rythme naturel du corps, sans le défaut de relâchements et de tensions brusques. L’inspiration doit descendre au dantian, l’expiration en partir. Cela répond au but de la respiration profonde. En taiji quan, peng est l’inspiration, ji l’expiration, lü le fait d’avaler, an celui de rejeter : aussi la posture « saisir la queue du moineau » comprend-elle les mouvements de rotation, d’inclinaison, d’ouverture et de fermeture, d’absorption et d’expulsion.
二、循環:
血液循環,平時尤有定率,其血管構造之堅韌性,洽可供其運用,如循環之速率驟加,則血管必受其刺激,而有破裂之虞,故運動過劇有時吐血,思想太多有時致腦充血,卽為驟失循環之速度使然,太極拳之動作和緩,冗長,在此運動過程中,血液有均匀之流動,血管作秩序的弛張,習之旣久,靑年人之循環器固富抵抗力,老年人之血管亦可由脆弱變為堅韌則腦充血,中風等症自可免除,試觀一趟拳練過不氣促不面紅卽其明證。
2. La circulation.
La circulation du sang obéit elle aussi à un rythme régulier ; la résistance des vaisseaux répond exactement à son usage. Si la vitesse de la circulation s’accroît brusquement, les vaisseaux en sont irrités et risquent de se rompre : de là les crachements de sang après un effort trop violent, ou la congestion cérébrale après un excès de pensée, dus à la perte subite du rythme de la circulation. Les mouvements du taiji quan sont doux et longs ; au cours de cet exercice, le sang coule régulièrement et les vaisseaux se détendent et se contractent en ordre. Après une longue pratique, l’appareil circulatoire du jeune homme gagne en résistance, et chez le vieillard les vaisseaux peuvent passer de la fragilité à la robustesse : les congestions cérébrales et les attaques d’apoplexie disparaissent. Qu’on songe à ceci : après un parcours complet de l’enchaînement, on n’est ni essoufflé ni rouge, preuve évidente.
三、消化:
腸胃為人身資源之轉運機構,關係健康甚鉅,世有患腸胃病者,並因食物無節制所致,欲免此病,除節制飲食外,惟有以適宜之運動,助腸胃之消化,斯太极拳之推手之動作,轉側,俯仰,抑揚,頓性,兼而有之,特着重於腹腰運動,有助於腸胃之消化無疑。
3. La digestion.
L’estomac et les intestins sont l’organisme de transport des ressources du corps et intéressent gravement la santé. Ceux qui souffrent de troubles digestifs les doivent à l’absence de mesure dans le manger. Pour éviter ce mal, il n’est, outre la sobriété, que de favoriser la digestion par un exercice approprié. Or les mouvements de la poussée des mains du taiji quan réunissent les rotations, les inclinaisons, les élévations et les abaissements, les arrêts et les reprises, et s’attachent particulièrement au travail du ventre et des reins : ils aident sans nul doute à la digestion.
四、排泄:
排泄與消化有密切之連帶關係,消化之機能强,排泄之機能滯,卽便祕也,則消化亦將因銷路不暢而告怠工矣,至於皮膚之汗線,亦排泄器之一也,故汗線通暢則精神爽,汗線滯閉則病痛生,欲保持汗線之健康,必注意淸潔及有適宜之運動,蓋血液因運動而增速,而加熱,而蒸發,皮膚中之汗線卽將一部水分及廢物排出,而週身爽快矣。
4. L’excrétion.
L’excrétion est étroitement solidaire de la digestion : à la vigueur de la fonction digestive répond la paresse de l’excrétion, c’est-à-dire la constipation, et la digestion dès lors se ralentit faute de débouché. Les glandes sudoripares de la peau sont aussi des organes d’excrétion : quand elles sont libres, l’esprit est clair ; quand elles sont obstruées, les douleurs naissent. Pour garder les glandes sudoripares en santé, il faut veiller à la propreté et prendre un exercice approprié : par l’exercice le sang s’accélère, s’échauffe et s’évapore, les glandes de la peau évacuent une part de l’eau et des déchets, et tout le corps se sent rafraîchi.
五、神經:
神經為人體之司命,哨佈全體,主持思想動作,世有患神經衰弱或肢體不仁者,蓋以腦神經運用過度,及運動神經缺乏活動所致,求諸藥石,甚難奏效,惟有適宜之運動,方易恢復固有之精神,太極拳對於思想與動作神經之活動恰兼而有之,因其每一動作,均極繁複,四肢百骸之聯繫,亦卽全部神經系之活動也。
5. Le système nerveux.
Les nerfs commandent au destin du corps humain : ils sont postés dans tout l’organisme et président à la pensée comme au mouvement. Ceux qui souffrent de neurasthénie ou d’insensibilité des membres le doivent à un usage excessif des nerfs cérébraux et au manque d’activité des nerfs moteurs ; les remèdes y font très difficilement effet, et seul un exercice approprié permet de retrouver aisément le tonus d’origine. Or le taiji quan met justement en jeu à la fois les nerfs de la pensée et ceux du mouvement : car chacun de ses mouvements est fort complexe, et la liaison des membres et de tout le corps est aussi l’activité de tout le système nerveux.
人之生理純由自然之勢,不可勉强,偶有障碍,亦應以自然之法糾正之,否則其害必甚於本身之害,如方士服丹以求長生,反以戕生,卽其例也,太極拳之動作,皆合乎自然,絕不勉强,故對於生理衞生之功效至大。
La physiologie humaine relève entièrement du cours naturel et ne souffre pas la contrainte ; si un obstacle survient, c’est par des moyens naturels qu’il faut le corriger, faute de quoi le remède nuit plus que le mal — ainsi des alchimistes qui absorbaient du cinabre pour obtenir la longévité et se hâtaient de mourir. Les mouvements du taiji quan sont tous conformes à la nature, absolument sans contrainte : aussi leur effet sur l’hygiène physiologique est-il considérable.
十三 — Prévenir la maladie, prolonger la vie et transformer le caractère (太極拳有却病延年之功及變化氣質之妙)
太極拳法,出手均取圜形,與太極圖近似,世人以其得名蓋在乎是,雖然此特言其形似耳,不知此種拳法,由動向靜,以虛化實,蘊於內者不形於外,而實內外相合,總之無極之二氣未分,渾然一物,故太極拳者由無極而生,此其實在之眞義,非僅形似而已也。
Dans la méthode du taiji quan, les sorties de main prennent toujours une forme circulaire, proche du diagramme du taiji, et c’est de là que le monde croit qu’il tire son nom. Mais ce n’est là qu’une ressemblance de forme. On ne sait pas que cette boxe va du mouvement au repos, résout le plein par le vide, et que ce qui est contenu au-dedans ne se manifeste pas au-dehors, alors qu’en vérité l’interne et l’externe s’unissent : bref, les deux souffles du non-polaire ne sont pas encore séparés, tout est un chaos indivis. Le taiji quan naît donc du non-polaire : telle est sa véritable signification, et non une simple ressemblance extérieure.
太極拳以靜為主,以柔制剛,與外家拳純其剛性者不同,所謂虛並非虛無縹緲,乃故作空虛,使內蘊不形於外,蓋虛則靈而神足,神氣充沛,舉動自敏捷靈活矣,又虛空而外,更須以靜,故練架子出手愈慢愈佳,氣沉丹田,呼吸深長,當其動也,須完整一氣,毫不散亂,用意不用力,動之所向意卽隨之,心意俱靜,內勁自生。
Le taiji quan a pour principe le calme et dompte le dur par le souple ; il diffère des boxes externes, faites de dureté pure. Le « vide » n’y est pas un néant vaporeux : on feint le vide afin que le contenu interne ne paraisse pas au-dehors. Car le vide rend agile et l’esprit plein ; quand l’esprit et le souffle sont pleins, les mouvements deviennent vifs et souples. Outre le vide, il faut encore le calme : aussi, dans la pratique de l’enchaînement, plus la sortie de main est lente, meilleure elle est ; le souffle descend au dantian, la respiration est profonde et longue. Et quand vient le mouvement, il doit être d’un seul souffle achevé, sans le moindre désordre : user de l’intention et non de la force, l’intention suivant aussitôt la direction du mouvement. Cœur et intention en repos, le jin interne naît de lui-même.
太極拳之動作,槪本先天形狀,純以自然出之,故所取姿勢為頭懸,項豎,含胸,拔背,沉肩,墜肘,尾閭正中,使身體各部不悖於先天,而無絲毫矯揉造作,此外則盡出以柔,務使氣血暢行,筋絡舒張,練成內勁柔而且順,內勁旣得,則靜可以却病延年,遇侮則能自衞衞國,以柔制剛矣。
Les mouvements du taiji quan suivent pour l’essentiel la forme innée et procèdent de la pure nature : aussi les postures adoptées sont-elles la tête suspendue, la nuque dressée, la poitrine creusée, le dos relevé, les épaules affaissées, les coudes tombants, le coccyx droit, afin qu’aucune partie du corps ne s’écarte de l’inné et qu’il n’y ait pas la moindre affectation. Tout le reste est souplesse, afin de faire circuler le souffle et le sang, d’assouplir les tendons et les vaisseaux et de former un jin interne souple et docile. Ce jin interne une fois obtenu, au repos il écarte la maladie et prolonge la vie ; offensé, il permet de se défendre et de défendre son pays, domptant le dur par le souple.
太極拳旣順自然之序,作極柔之動作,呼吸深長,血脈通暢,臟腑舒展,筋骨堅韌,故凡神經衰弱消化不良,貧血充血,以及臟腑,骨骼筋絡違和等症,均可從事練習,往往有藥石無靈之痼疾,而獲治於太極拳者,惟心臟病劇及肺病甚深者,不可操之過急,須循序漸進始有功效,故謂太極拳為輔助醫藥之療病法,亦未為不可。
Suivant l’ordre de la nature et produisant des mouvements des plus souples, le taiji quan rend la respiration profonde et longue, la circulation fluide, les viscères à l’aise et les tendons résistants. Aussi toutes les affections — neurasthénie, dyspepsie, anémie, congestions, désordres des organes, des os et des tendons — se peuvent-elles traiter par cette pratique, et l’on voit souvent des maladies chroniques rebelles aux remèdes guérir par le taiji quan. Toutefois, en cas de maladie de cœur grave ou d’atteinte profonde des poumons, il ne faut pas brusquer : progresser pas à pas, et alors seulement l’effet se produit. On peut donc dire que le taiji quan est une méthode auxiliaire de la médecine dans le traitement des maladies.
太極拳之力主虛動作主靜,虛則心氣平,靜則神志淸,習之旣久,氣質自變,復因順生理之程序,作自然之動作,使全身無畸形發展,由是態度雍容,氣魄沉雄,性情和靄,而無驕矜之氣矣。
Dans le taiji quan, la force a pour principe le vide et le mouvement le calme. Le vide apaise le souffle du cœur, le calme éclaircit l’esprit. Après une longue pratique, le tempérament se transforme de lui-même ; et parce que l’on suit le cours physiologique et que les mouvements sont naturels, le corps se développe sans difformité : de là une allure sereine, une énergie profonde et virile, un caractère affable, et nulle morgue.
十四 — Comment développer le potentiel humain (如何發展人之潛能)
上古時代,人類穴居野處,與鳥獸互競生存,於是自衞與獵取為生活必備之條件,惟當時人類知識簡陋,其自衞獵取之技能不外奔躍,投擲搏鬭而已,厥後人類逐漸進化,思想由簡而繁,潛能漸次發展,但思想愈進步,機械愈增加,則人體運用之機會少,而日趨退化矣?
Aux temps les plus anciens, l’humanité habitait les cavernes et vivait en plein air, en concurrence de survie avec les oiseaux et les bêtes : la défense de soi et la chasse étaient donc des conditions indispensables de l’existence. Mais les connaissances d’alors étaient frustes, et les aptitudes de défense et de chasse ne dépassaient pas la course, le bond, le jet et la lutte. Par la suite, l’humanité a peu à peu progressé : la pensée est allée du simple au complexe et le potentiel s’est développé par degrés. Mais plus la pensée progresse et plus les machines se multiplient, plus les occasions d’employer son corps se raréfient : d’où une dégénérescence progressive.
潛能者天才也,非學而知之之謂也,有如蘊藏於地下之實藏,經風雨之剝蝕,地壳之震動,自然流露,經人發現,加以發掘提煉,遂成有用之物,人之天才亦須鍛鍊其神經,運用其腦力,潛能一動,始有非常之智慧,發明奇異之事物?
Le potentiel est un don naturel, non quelque chose que l’étude ferait connaître. Il est comme un trésor enfoui sous la terre : à force d’être érodé par la pluie et le vent, mis au jour par les secousses de l’écorce terrestre, il affleure naturellement, puis, découvert par l’homme, extrait et raffiné, il devient chose utile. Le don de l’homme aussi a besoin que l’on exerce ses nerfs et fasse travailler sa cervelle : une fois le potentiel ébranlé, apparaissent une intelligence hors du commun et l’invention de choses merveilleuses.
人體之組織極其複雜,大之如肢體,小之如髮膚,槪以天演公例用之則進化,不用則退化,故此繁複之機構,亦各具有潛能,如加以適宜之鍛鍊,卽有無限之進展,警諸千戶自動電話機,平日可同時接話,如電機線路少有故障,則必有一部不能通話,必須整飭機械,調整線路,方能再通,人之神經系卽電話線路,大腦其總機,全身各部千百用戶也,配合完整自無扦格之弊,整飭之調理之,非籍動作練習不為功。
L’organisation du corps humain est extrêmement complexe : du plus grand — les membres et le tronc — au plus petit — les cheveux et la peau —, selon la loi générale de l’évolution, ce qui sert se développe et ce qui ne sert pas dégénère. Aussi chacune des parties de cette machine complexe recèle-t-elle un potentiel, et un entraînement approprié lui ouvre un progrès illimité. Comparons au central téléphonique automatique de mille abonnés : en temps ordinaire, il fait passer plusieurs communications en même temps ; qu’un léger défaut survienne dans ses lignes, et une partie des abonnés ne pourra plus parler ; il faut réparer l’appareil et régler les lignes pour que la communication se rétablisse. Le système nerveux de l’homme est cette ligne téléphonique, le cerveau son central, et toutes les parties du corps ses centaines d’abonnés. Quand l’ensemble est complet, il n’y a plus de blocage ; l’entretenir et le régler, cela ne va pas sans la pratique du mouvement.
動之練習可分二種,一為單純之練習,一為複式之練習,卽單純之運動與合力之運動是也,合力運動為鍛鍊神經之最善法則,蓋神經最敏,如得適宜之鍛鍊,思想自能發達而敏捷,合力運動法以太極拳為適宜,因太極拳之動作,適合生理組織,並運用心理之潛意識,配合活動也。
Les exercices de mouvement se divisent en deux sortes : l’exercice simple et l’exercice composé — c’est-à-dire le mouvement isolé et le mouvement de force résultante. Ce dernier est la meilleure règle pour exercer les nerfs : les nerfs étant très sensibles, un entraînement approprié développe et affine la pensée. Or le taiji quan convient au mouvement de force résultante, car ses mouvements s’accordent à l’organisation physiologique et mettent en œuvre le subconscient de l’esprit pour coordonner l’activité.
(甲)生理方面,因其動作均取圜形,對於縱、橫、平、側、上、下、左、右、前、後皆有,適當之活動,神經系可得和緩之活動,靈機自敏。
(A) Sur le plan physiologique : parce que ses mouvements prennent tous une forme circulaire, qu’ils s’exercent dans le sens vertical et horizontal, à plat et sur les côtés, en haut et en bas, à gauche et à droite, en avant et en arrière, l’activité est toujours appropriée ; le système nerveux en reçoit une activité douce et la vivacité de l’esprit s’en trouve avivée.
(乙)物理方面,太極拳之動態,旣以圜形為主,又含有弧形,曲線,波浪,螺旋四種形態,故能發揮合力之效,助長神經之聯繫,兼收動之效率,如螺旋而增大推進之速度,波浪弧形能滅輕來勢之衝激,掀動巨大之動力,曲線能增大支撐力,再配合內在之意識,外形之動作,集中一致,自然發揮潛能之功效?
(B) Sur le plan physique : les mouvements du taiji quan, essentiellement circulaires, contiennent en outre l’arc, la courbe, l’onde et la spirale ; ils déploient donc l’effet de la force résultante, favorisent la liaison des nerfs et accroissent en même temps l’efficacité du mouvement. Ainsi la spirale augmente la vitesse de propulsion ; l’onde et l’arc allègent le choc de la venue et soulèvent une puissance immense ; la courbe accroît la force d’appui ; et, jointe à la conscience intérieure, elle concentre le mouvement extérieur en un même point. Le potentiel déploie alors naturellement son effet.
(丙)心理方面,正常之心理,有意識,有理性,反常之心理,則失其意識之控制,而失主宰,故神經病者,文弱之人可變而為力大無窮之蠢漢,粗野者可變而為溫文儒雅之態,喜怒哀樂,不能自主,蓋皆失主意識之作用,興奮其潛意識所致,如善為誘導其潛意識,使神經作用入於主意識,則反常之態除,而潛能之正常發展可期矣。
(C) Sur le plan psychologique : l’esprit normal a conscience et raison ; l’esprit anormal perd le contrôle de sa conscience et donc sa maîtrise : aussi le névropathe, l’homme frêle et cultivé peut se changer en brute d’une force immense, le rustre en homme affable et raffiné ; joie, colère, tristesse, plaisir échappent à son empire, tous effets de la perte de la conscience maîtresse et de l’excitation du subconscient. Si l’on sait bien conduire son subconscient et faire rentrer l’action nerveuse sous la conscience maîtresse, les états anormaux disparaissent et le développement normal du potentiel peut être espéré.
發展人之潛能,必須鍛鍊全部神經系,神經健全則思想縝密,自能才智堪深,語云:「健全之精神,寓於健全身體中」,故期發展潛能必須有鍛鍊神經系之適當運動法,太極拳之姿勢,一動全身皆動,為鍛鍊神經系最良運動法。
Pour développer le potentiel humain, il faut exercer tout le système nerveux : les nerfs sains rendent la pensée serrée et les capacités plus profondes. Comme le dit l’adage : « Un esprit sain dans un corps sain. » Qui veut développer son potentiel doit donc disposer d’une méthode d’exercice appropriée au système nerveux ; or les postures du taiji quan sont telles qu’au moindre mouvement tout le corps bouge : c’est le meilleur exercice pour former le système nerveux.
十五 — Planches des postures de la poussée des mains et des pas (推手與步法各項姿勢圖)
定式單推手雙人手法姿勢圖
Poussée des mains à pas fixe, à une main : planches des postures à deux.
第一圖 右者為蛟龍探爪 左者為鍾期聽琴。
Planche 1 : à droite, « le dragon des eaux déploie sa griffe » (蛟龍探爪) ; à gauche, « Zhong Qi écoute la cithare » (鍾期聽琴).

第二圖 老龍舒筋(上式)
Planche 2 : « le vieux dragon détend ses tendons » (forme haute).

第三圖 老龍舒筋(下式)
Planche 3 : « le vieux dragon détend ses tendons » (forme basse).

上項1、2、3三圖,為單手練習方法,動作說明詳銓眞第四九頁至第五一頁
Les trois planches 1, 2 et 3 présentent la méthode d’exercice à une main, dont les mouvements sont décrits en détail aux pages 49 à 51 des Explications véritables.
定式雙推手法姿勢圖
說明:書中稱左者為乙方,右者為甲方
Poussée des mains à pas fixe, à deux mains : planches des postures.
Nota : dans l’ouvrage, le personnage de gauche est dit « B », celui de droite « A ».
第四圖 右者取攻勢為掤,左者取守勢為按。此為預備式。
Planche 4 : à droite, l’attaque en peng ; à gauche, la défense en an. C’est la posture préparatoire.

第五圖 右者反守為攻左者以攻為守,此謂之掤按互換法。
Planche 5 : à droite, la défense se change en attaque ; à gauche, l’attaque en défense : c’est l’échange réciproque du peng et de l’an.

第六圖 右者以攻為守謂之擠,左者以守為攻謂之捋。
Planche 6 : à droite, l’attaque devient défense, c’est le ji ; à gauche, la défense devient attaque, c’est le lü.

第七圖 右者使擠手,左者用採法 此謂之以虛化實。
Planche 7 : à droite, la main de ji ; à gauche, la méthode du cai : c’est résoudre le plein par le vide.

第八圖 右者以實擊虛,左者用挒法以虛化實。
Planche 8 : à droite, frapper le vide par le plein ; à gauche, la méthode du lie pour résoudre le plein par le vide.

第九圖 右者乘勢以靠法攻之,左者順勢以承之。
Planche 9 : à droite, on profite de l’élan pour attaquer par le kao ; à gauche, on reçoit en suivant l’élan.

第十圖 左者順勢擊之以肘,此為以實擊虛法也。
Planche 10 : à gauche, on frappe du coude en suivant l’élan : c’est frapper le vide par le plein.

第十一圖 右者承上勢,用如封似閉,化去左者之肘。
Planche 11 : à droite, poursuivant le mouvement, on emploie « sceller comme pour fermer » pour dissoudre le coude de gauche.

說明 以上八圖為掤捋擠按採挒肘靠八法連環姿勢圖,
四、為預備姿勢,
五、右為按左為掤,
六、右為擠左為捋,
七、右為擠左為採,
八、右為擠左為挒,
九、右為靠左為擠,
10、左為肘右為按,
11、左為掤右為如封似閉。
圖之說明詳銓眞第五二頁至第五八頁
Nota : les huit planches ci-dessus présentent les enchaînements des huit techniques peng, lü, ji, an, cai, lie, zhou et kao :
4 = posture préparatoire ;
5 = an à droite, peng à gauche ;
6 = ji à droite, lü à gauche ;
7 = ji à droite, cai à gauche ;
8 = ji à droite, lie à gauche ;
9 = kao à droite, ji à gauche ;
10 = coude à gauche, an à droite ;
11 = peng à gauche, « sceller comme pour fermer » à droite.
Les mouvements de ces planches sont décrits aux pages 52 à 58 des Explications véritables.
順步推手法姿勢圖
第十二圖 步法右者後退,左者前進,手法左者掤右按。
Poussée des mains à pas directs : planches des postures.
Planche 12 : pour les pas, celui de droite recule et celui de gauche avance ; pour les mains, peng à gauche et an à droite.

第十三圖 步法右者進,左者退,手法右者按,左者掤。
Planche 13 : pour les pas, celui de droite avance et celui de gauche recule ; pour les mains, an à droite et peng à gauche.

動作說明詳銓眞第五九頁至第六〇頁
Les mouvements de ces deux planches sont décrits aux pages 59 à 60 des Explications véritables.
拗步推手步法姿勢
第十四圖
第十五圖
第十六圖
第十七圖
動作說明詳銓眞第六一頁至第七一頁
Poussée des mains à pas croisés : planches des postures de pas.
Planches 14, 15, 16 et 17.
Les mouvements de ces quatre planches sont décrits aux pages 61 à 71 des Explications véritables.




Notes du traducteur
- Terminologie. Les huit techniques du taiji quan sont laissées en pinyin, comme il est d’usage sur ce site pour les termes techniques non traduisibles : peng (掤, arc-bouter), lü (捋, écarter en tirant), ji (擠, presser), an (按, pousser vers le bas), cai (採, cueillir), lie (挒, fendre/tordre), zhou (肘, coude) et kao (靠, s’appuyer du corps). L’expression classique 不丟不頂, « ne pas lâcher, ne pas heurter », est rendue ici littéralement, faute d’équivalent bref en français.
- 註 / 銓. Le titre 太極正宗銓眞 comporte le caractère rare 銓 (« soupeser, expliquer exactement »), que Wu Zhiqing emploie tout au long de l’ouvrage dans le sens de « commenter terme à terme ». Il a été rendu par « explications véritables » et, dans le corps du texte, par « expliquer exactement » ou « commenter ».
- Différences de texte. Le chapitre huit reprend d’assez près les sections 2 à 4 du manuel de Wu Gongzao (吳公藻, Taiji quan jiangyi, 1935) ; le chapitre sept reprend la matière de la seconde partie du Taiji zhengzong de 1936. Les chants et les commentaires des chapitres cinq à huit, quant à eux, proviennent de Wu Mengxia (吳孟俠) et furent transmis oralement à Wu Zhiqing au printemps 1940, à Kunming. Dans le chapitre cinq, le texte des chants porte 二把採住 dans la phrase originale, que l’on comprend ordinairement comme « les deux mains saisissent », la leçon 二把 étant conservée telle qu’elle figure dans les éditions de l’ouvrage.
- Étendue de la traduction. Sont traduits ici la préface de l’auteur, les remarques liminaires (例言) et les chapitres un à quinze, soit toute la partie théorique de l’ouvrage et les légendes des planches photographiques de l’édition de 1943. Ne sont pas traduits : les tableaux de complément au Taiji zhengzong du chapitre quatre, dont on n’a reproduit que l’introduction (ils portent sur la description posture par posture de l’enchaînement des quatre-vingt-une postures, qui n’est pas traduite ici) ; les chapitres seize à dix-neuf (491-644), qui décrivent une à une les quatorze méthodes de poussée des mains, à pas fixe, directs et croisés, et dont les explications renvoient aux pages 49 à 71 de l’ouvrage ; et les diagrammes de pas (步位圖) qui accompagnent ces derniers chapitres.
- Les planches. Les dix-sept photographies reproduites ici sont celles de l’édition originale de 1943 : elles montrent Wu Zhiqing et son partenaire exécutant les postures de la poussée des mains, telles qu’elles sont légendées dans l’ouvrage.
Source du texte chinois : 《太極正宗銓真》 (Taiji zhengzong quanzhen, « Explications véritables du taiji authentique ») de Wu Zhiqing (吳志青, 1887-1949), préface datée d’avril 1943, Kunming (université nationale du Sud-Ouest associé). Le texte a été traduit d’après les passages chinois publiés dans l’article « Further Taiji Discussion from Wu Zhiqing » de Paul Brennan (https://brennantranslation.wordpress.com/2016/12/31/further-taiji-discussion-from-wu-zhiqing/), dont la traduction anglaise n’a pas été utilisée. Texte chinois dans le domaine public (auteur mort en 1949). Les images reproduites ici sont des planches de l’édition originale de 1943 (calligraphie liminaire de Zhang Xiaolou et dix-sept photographies de poussée des mains), elles-mêmes dans le domaine public ; les schémas de pas de l’édition n’ont pas été repris. Traduction française : nouvelle traduction réalisée à partir de l’original chinois pour ce site.