Le Taiji zha gan (太極扎桿, « pousser le bâton » en taiji), appelé aussi zhan nian gan (沾黏桿, « bâton de coller-et-adhérer ») ou shisan shi gan (十三勢桿, « bâton des treize dynamiques »), constitue la neuvième partie (卷九) du grand recueil de Chen Yanlin (陳炎林), Taiji quan dao jian gan san shou he bian (太極拳刀劍桿散手合編, « Taiji quan : boxe, sabre, épée, bâton et techniques libres, recueil complet »), publié en juin 1943 à Shanghai. Chen Yanlin, enseignant et écrivain de taiji quan, fut l’élève de Tian Zhaolin (田兆麟), lui-même disciple de Yang Jianhou (楊健侯) : ce chapitre appartient donc à la lignée du style Yang. Publié en 1943, le texte chinois est dans le domaine public.

Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.

La présentation (太極扎桿)

太極拳中之扎桿。亦稱沾黏桿。或曰十三勢桿。有十三字訣。開、合、崩、劈、點、扎、撥、撩、纏、帶、滑、截。為太極拳中重要功夫之一。其沾、黏、化、拿、引、發、諸勁。與徒手拳式相同。亦異常奧妙。練法分單人雙人兩種。功至深造時。桿卽如手。週身之勁。可直達桿頭。猶如水銀裝於管中。發可至首。收可至尾。斯種扎桿。練法用法。含有畫戟與大槍二種。近人若以之全為大槍者實誤。蓋其未明太極拳中扎桿之效用耳。楊氏扎桿。甚為著名。而楊露禪以之救火。誠奇聞也。(見卷一楊家小傳章內)其與人對桿時。無論拿人發人。皆如用手。人遇其桿。卽失自主。被擊出一如手發。往往不知其所以然。惜此種深奧功夫。今已失傳。考桿之練習方法。計分單人扎桿法。雙人平圓沾黏扎桿法。雙人立體圓形沾黏扎桿法。及雙人動步刺心、刺腿、刺肩、刺喉、四桿法等數種。茲分述於後。俾大好國術餘粹。得以保存。不致復失傳矣。

Le zha gan du taiji quan est aussi appelé zhan nian gan (沾黏桿, « bâton de coller-et-adhérer ») ou shisan shi gan (十三勢桿, « bâton des treize dynamiques »). Il possède treize formules en caractères : ouvrir (開), fermer (合), rompre (崩), fendre (劈), pointer (點), pousser (扎), écarter (撥), relever (撩), enrouler (纏), conduire (帶), glisser (滑), trancher (截). C’est l’une des pratiques majeures du taiji quan. Ses énergies — coller (沾), adhérer (黏), neutraliser (化), saisir (拿), conduire (引), émettre (發) — sont les mêmes que celles des postures à mains nues, et elles sont tout aussi subtiles. La pratique se divise en deux formules : en solitaire et à deux. Lorsque l’art est profond, le bâton devient comme la main : la puissance du corps entier gagne le bout du bâton, pareille à du mercure emplissant un tube — émise, elle atteint l’extrémité ; retirée, elle regagne la queue. Dans la pratique comme dans l’application, ce zha gan contient les deux méthodes de la hallebarde (畫戟) et de la grande lance (大槍). Ceux qui aujourd’hui le prennent pour une lance se trompent : c’est qu’ils n’en comprennent pas la fonction au sein du taiji quan. Le zha gan de la famille Yang est très célèbre — Yang Luchan s’en servit même pour éteindre un incendie, ce qui est une chose remarquable (voir la biographie de la famille Yang, au chapitre premier). Quand il croisait son bâton avec autrui, que ce fût pour saisir ou pour émettre, c’était comme avec la main : celui qui rencontrait son bâton perdait aussitôt l’initiative et se voyait frappé puis projeté comme par une main, souvent sans comprendre comment. Hélas, cette science profonde est aujourd’hui perdue. Voyons les méthodes d’entraînement : elles comprennent la poussée en solitaire, la poussée collant-et-adhérant en cercle horizontal à deux, la poussée collant-et-adhérant en cercle vertical à deux, et la méthode des quatre poussées à deux avec déplacement du pas — poitrine, jambe, épaule, gorge. Je les décris ci-dessous, afin que ce qui subsiste de notre excellent art martial soit préservé et ne se perde plus.

Le bâton (桿)

桿、一稱蠟桿。係籐類。產於河南山東等地。性韌而堅實。不易斷裂。昔時用作槍戟等之把柄。有青白兩種。以白而有皮者為佳。其中尤以長過丈三外。兩根成對。下部三尺各無節。三尺以上所有苞節。均陰陽相對者為最佳。稱之謂成品。如用藏得法。經年愈久。其色愈鮮紅。愛此者每作為古玩。惜此種成品桿子。今已罕見。

Le bâton (桿), aussi appelé la gan (蠟桿, « bâton de cire »), appartient à la famille des rotins. Il pousse dans le Henan et le Shandong, et sa nature est à la fois souple et ferme : il ne se rompt pas facilement. Autrefois on en faisait les manches des lances et des hallebardes. Il en existe deux sortes, le vert-noir et le blanc ; le blanc, conservant son écorce, est le meilleur. Le plus précieux est celui qui dépasse un zhang trois (丈三) : deux cannes appariées dont les trois chi inférieurs sont sans nœud, et dont tous les nœuds au-dessus de trois chi sont disposés face à face, en yin et en yang — voilà le produit achevé. Choisi et conservé comme il faut, plus les années passent, plus sa couleur devient rouge vif ; les amateurs en font volontiers des objets de collection. Hélas, ces bâtons de qualité sont devenus rares de nos jours.

La poussée en solitaire (單人扎桿法)

太極拳中之單人扎桿。甚為簡單。祗有開、(卽撥)合、(卽逼)發、(卽扎或刺)三字。練時左足向前。右手執桿尾部。左手執桿中央。兩足分開。成為如弓似馬之步法。週身鬆開。虛領頂勁。此為起勢。

Le zha gan en solitaire du taiji quan est on ne peut plus simple : il ne compte que trois caractères — ouvrir (開, c’est-à-dire écarter), fermer (合, c’est-à-dire contraindre), émettre (發, c’est-à-dire pousser ou percer). À la pratique, le pied gauche avance, la main droite tient la queue du bâton, la main gauche en saisit le milieu ; les deux pieds s’écartent en une posture de tir à l’arc ou d’équitation. Le corps entier se relâche, la nuque légère et l’énergie au sommet du crâne : voilà la posture d’ouverture.

L’ouverture (開式)

右手下沉。左手移上。桿頭向上往左。全身重心移於右腿。眼神注視桿頭。(見圖1)

La main droite descend, la main gauche remonte ; le bout du bâton se dirige vers le haut et la gauche. Le centre de gravité du corps passe sur la jambe droite. Le regard fixe le bout du bâton. (cf. figure 1)

Planche originale du Taiji zha gan de Chen Yanlin (1943) : posture d’ouverture (開式), le bâton poussé vers le haut et la gauche

用法在敵人武器近身時。以此撥開。

Usage : lorsque l’arme de l’adversaire approche du corps, on s’en sert pour l’écarter.

La fermeture (合式)

雙手靠腰腿向下合。內含有一小圓圈。左手背翻上。右手掌向上。與開式適相反。重心分於兩腿。眼神仍注視桿頭。(見圖2)

Les deux mains, en s’appuyant sur la taille et les jambes, se referment vers le bas ; ce mouvement renferme un petit cercle. Le dos de la main gauche se retourne vers le haut, la paume droite vers le haut — l’inverse exact de l’ouverture. Le centre de gravité se répartit sur les deux jambes. Le regard reste fixé sur le bout du bâton. (cf. figure 2)

Planche originale du Taiji zha gan de Chen Yanlin (1943) : posture de fermeture (合式), les deux mains qui contraignent le bâton vers le bas

用法。在敵人武器近身時。以此逼住。

Usage : lorsque l’arme de l’adversaire approche du corps, on la contraint ainsi.

L’émission (發式)

隨上合式。右手隨腰腿向前發桿。右手虎口向上。左手不動。桿在左手掌中滑出。易言之。卽右手發桿。左手祗作托桿之用。重心之大部份。移寄於左腿。但非全部。因恐收勢時變化不便。且有前仆之虞。眼神亦注視桿頭。(見圖3)

À la suite de la fermeture, la main droite, en suivant la taille et les jambes, pousse le bâton vers l’avant. Le « tigre » (le creux entre le pouce et l’index) de la main droite est tourné vers le haut, la main gauche ne bouge pas, et le bâton glisse dans la paume de la main gauche. Autrement dit : la main droite pousse le bâton, la main gauche ne sert qu’à le soutenir. La plus grande partie du centre de gravité se déplace sur la jambe gauche — mais non la totalité, de peur de gêner le mouvement au moment de se refermer et de risquer de choir en avant. Le regard fixe encore le bout du bâton. (cf. figure 3)

Planche originale du Taiji zha gan de Chen Yanlin (1943) : posture d’émission (發式), la main droite qui pousse le bâton en avant

用法乃刺敵人心窩、或喉、或肩。

Usage : c’est pour percer le creux du cœur de l’adversaire, ou sa gorge, ou son épaule.

發時須頂懸身正。含胸拔背。沉肩垂肘。坐腰鬆胯。尾閭中正。氣沉丹田。全以腰腿之勁。而非手也。(若僅藉之以手。則桿不能有抖動之狀。)務使週身之勁。由脚、而腿、而腰、而脊、而肩、而手。以達桿頭。發出之勁。桿身自尾部起。直抖動至桿頭。其中猶如貫以水銀。發後復收囘為開。歸還原狀。開後復為合。故此三式。可循環練習。此種單式扎桿。最易長進內勁。雖不如少林派之花式衆多。然欲練至純熟。亦非易事。學者切勿漠視之。右足上步。以左手扎桿。與左足上步。以右手發者同。惟左右手相換可也。左右兩面均須練習。否則左手無勁。不能圓滿矣。學者須知拳術中。徒手練習。足以長肌肉。器械練習。足以健筋骨。故習太極拳者。徒手練習至相當程度後。則器械練習。(如刀、劍、桿子等。)不可不學也。

À l’heure d’émettre, le sommet de la tête doit être suspendu et le corps droit ; la poitrine contenue, le dos étiré ; les épaules tombantes, les coudes retombés ; la taille assise, les hanches relâchées ; le weilü (尾閭, le coccyx) bien centré et le souffle descendu au dantian. Tout cela relève de la puissance de la taille et des jambes, non des mains. (Si l’on n’employait que les mains, le bâton ne pourrait frémir.) Il faut faire passer la puissance du corps entier — du pied, de la jambe, de la taille, du dos, de l’épaule, de la main — jusqu’au bout du bâton. La force ainsi émise fait frissonner le fût depuis la queue jusqu’à la pointe, comme s’il était traversé de mercure. Après l’émission, on retire pour revenir à l’ouverture et retrouver l’état premier ; puis l’ouverture se change en fermeture. Ces trois postures s’enchaînent donc en cycle. Ce zha gan en posture unique est ce qui fait progresser le plus aisément la force interne ; bien qu’il n’offre point la multitude de formes fleuries de l’école de Shaolin, ce n’est pas chose aisée que de le mener à la perfection. Que l’élève ne le néglige pas ! Avancer le pied droit et pousser le bâton de la main gauche revient au même qu’avancer le pied gauche et émettre de la main droite : il suffit d’échanger main gauche et main droite. Il faut s’exercer des deux côtés, sans quoi la main gauche reste sans force et l’art demeure incomplet. Que l’élève sache enfin que, dans l’art du poing, la pratique à mains nues développe les muscles, tandis que la pratique des armes fortifie les os et les tendons. Voilà pourquoi, qui étudie le taiji quan doit, après avoir suffisamment pratiqué à mains nues, se consacrer aussi aux armes (sabre, épée, bâton, etc.).

(註)圖中所繪之桿。因篇幅關係。故較細短。

(Note) Sur les figures, le bâton est tracé plus fin et plus court, par contrainte de la mise en page.

La poussée collant-et-adhérant en cercle horizontal (雙人平圓沾黏扎桿法)

此法乃練習沾黏勁。為雙人扎桿之基本功夫。含有開、合、發、三勁。用處甚大。且可補助人身命門火之發育。與推手中平圓沾黏推手法效力相同。練法分刺肩。刺喉、刺心、刺腿、四式。刺肩式。兩人對立。(甲著灰衣。乙著白衣。)各執一桿。各出左步。均以右手發桿。甲以桿刺乙左肩。乙乘其來勢。將桿上撥。撥至甲勁將盡時。而變為合。(見圖1)

Cette méthode travaille l’énergie de coller-et-adhérer ; c’est le fondement du zha gan à deux. Elle contient les trois énergies d’ouvrir, de fermer et d’émettre, et son utilité est grande : elle contribue même à nourrir le feu de la porte de la vie (mingmen, 命門), et son efficace égale celle de l’exercice de poussée des mains en cercle horizontal. La pratique se divise en quatre postures : percer l’épaule, percer la gorge, percer le cœur, percer la jambe. Posture de percer l’épaule : deux personnes se font face (A en habit gris, B en habit blanc), chacune tenant un bâton, chacune avançant son pied gauche, et toutes deux émettant de la main droite. A perce l’épaule gauche de B de son bâton ; B, suivant la venue de la force, renvoie son bâton vers le haut pour écarter, et, quand la force de A est près de s’épuiser, se change en fermeture. (cf. figure 1)

Planche originale du Taiji zha gan de Chen Yanlin (1943) : poussée à deux en cercle horizontal, posture de percer l’épaule

合後還刺甲之左肩。甲被刺變開。(卽撥)變合。復變為發。(卽刺)兩人開合發。彼此變換。循環不絕。如右步上前。左手發桿亦同。惟所刺則為右肩。刺喉、刺心式。亦可仿此。但刺時雙手之上下正徧。略有分別耳。至刺腿式。可分為定步、動步、二種。定步練法。兩人對立。各出左步。甲以桿刺乙左膝。乙乘其來勢將桿往左側下撥。同時斜提左足。避甲刺鋒。至甲勁將盡時。還刺甲之左膝。(見圖2)

Après la fermeture, il rend une poussée vers l’épaule gauche de A. A, étant percé, se change en ouverture (c’est-à-dire écarter), puis en fermeture, puis de nouveau en émission (c’est-à-dire percer). Les deux hommes passent ainsi de l’ouverture à la fermeture et à l’émission, échangeant leurs rôles et recommençant sans fin. Si l’on avance le pied droit en émettant de la main gauche, c’est identique, sinon que la cible est alors l’épaule droite. Les postures de percer la gorge et de percer le cœur s’imitent de même ; seule la position haute ou basse des deux mains au moment de percer diffère quelque peu. Quant à la posture de percer la jambe, elle se divise en deux : pas fixe et pas mobile. Méthode à pas fixe : les deux personnes se font face, chacune avance son pied gauche. A perce le genou gauche de B de son bâton. B, suivant la venue de la force, renvoie son bâton vers le bas et le côté gauche pour écarter ; en même temps il lève obliquement le pied gauche pour éviter la pointe de A ; et, quand la force de A est près de s’épuiser, il rend une poussée vers le genou gauche de A. (cf. figure 2)

Planche originale du Taiji zha gan de Chen Yanlin (1943) : poussée à deux en cercle horizontal, posture de percer la jambe

甲被刺亦將桿往左側下撥。同時斜提左足。避乙刺鋒。兩人撥、刺。刺、撥。互相對練。動步練法。依照上法。乙在被刺撥桿時。斜提左足。向右側橫邁半步。同時右足隨上半步。刺甲膝部。甲被刺撥桿時。亦斜提左足。向右側橫邁半步。同時右足隨上半步。刺乙膝部。兩人轉成圓圈。隨轉隨撥。隨撥隨刺。循環不絕。如左步上前。左手刺發者亦同。惟兩桿相繞之圓圈。及二人旋轉之圓圈適相反。此種刺肩刺腿功夫。能練習愈深。則兩桿相遇圓圈愈小。而兩桿接觸。毫無聲息。反之功夫愈淺。圓圈愈大。且起有稜角。以致兩桿時相敲擊。聲不絕耳。

A, étant percé, renvoie lui aussi son bâton vers le bas et le côté gauche pour écarter, tout en levant obliquement le pied gauche afin d’éviter la pointe de B. Les deux hommes défient alors : l’un écarte, l’autre perce, puis l’un perce et l’autre écarte, en un échange continu. Méthode à pas mobile : selon la même procédure. Au moment où B, étant percé, écarte de son bâton, il lève obliquement le pied gauche et fait un demi-pas de côté vers la droite, le pied droit suivant d’un demi-pas, pour percer le genou de A. A, étant percé et écartant, en fait autant : il lève obliquement le pied gauche, fait un demi-pas de côté vers la droite, le pied droit suit d’un demi-pas, et perce le genou de B. Les deux hommes décrivent un cercle, tournant et écartant, écartant et perçant, recommençant sans fin. Si l’on avance le pied gauche en poussant de la main gauche, c’est pareil, sinon que le cercle décrit par les bâtons et celui des deux hommes tournent en sens inverse. Dans cette pratique de percer l’épaule et la jambe, plus la maîtrise est profonde, plus le cercle à la rencontre des deux bâtons est petit — au point que les bâtons se touchent sans le moindre bruit. Au contraire, moins la maîtrise est grande, plus le cercle est large et se hérisse d’angles, si bien que les bâtons se heurtent sans cesse.

La poussée collant-et-adhérant en cercle vertical (雙人立體圓形沾黏扎桿法)

此法乃補平圓沾黏扎桿法之不足。因祗能平圓而不能立體。則有時不敷所用。易為敵所乘。練法。兩人對立。各出左步。甲以桿用右手刺乙左膝。乙乘其來勢。提起左足。將桿向下往左側撥開。(見圖1)

Cette méthode comble l’insuffisance de la méthode du cercle horizontal, laquelle ne peut faire qu’un cercle horizontal et non vertical : il lui arrive donc de ne pas suffire et de laisser prise à l’adversaire. Pratique : les deux personnes se font face, chacune avance son pied gauche. A, de la main droite, perce le genou gauche de B de son bâton. B, suivant la venue de la force, lève le pied gauche et renvoie son bâton vers le bas et le côté gauche pour écarter. (cf. figure 1)

Planche originale du Taiji zha gan de Chen Yanlin (1943) : poussée à deux en cercle vertical, écarter vers le bas

俟甲勁將盡時。將桿上繞成為合勢。(見圖2)

Il attend que la force de A soit près de s’épuiser, puis enroule son bâton vers le haut pour former la posture de fermeture. (cf. figure 2)

Planche originale du Taiji zha gan de Chen Yanlin (1943) : poussée à deux en cercle vertical, enrouler vers le haut en fermeture

甲被合乘勢將桿收囘。繞一圓圈。復刺乙左膝。乙被刺。提左足。再左撥上繞。復成為合。總之。甲乙兩人。甲專刺發。乙專化合。如甲欲化合。可乘乙合勁將盡時。將桿向上翻繞。合乙桿。乙被合。隨以桿刺甲左膝。此時甲卽成為化合。乙卽成為刺發。如右足上前。左手刺發亦同。惟刺為右膝。兩人繞圈方向相反耳。此種扎桿。藝高者在一繞一合之際。能使敵連桿帶人向後離地騰出。與推手時發截勁者。有同一之妙用也。

A, étant fermé, saisit l’élan et retire son bâton, décrit un cercle, puis perce de nouveau le genou gauche de B. B, étant percé, lève le pied gauche, écarte encore vers la gauche et enroule vers le haut, formant de nouveau la fermeture. En somme, dans ce duo, A ne fait que percer et émettre, tandis que B ne fait que neutraliser et fermer. Si A veut à son tour neutraliser et fermer, il peut, lorsque la force de B est près de s’épuiser, faire tourner son bâton vers le haut pour fermer le bâton de B ; B, étant fermé, en profite pour percer le genou gauche de A — et c’est alors A qui neutralise et ferme, tandis que B perce et émet. Si l’on avance le pied droit en poussant de la main gauche, c’est pareil, sinon que la cible est le genou droit et que les deux hommes tournent en sens inverse. Dans ce zha gan, celui dont l’art est accompli, à l’instant même d’un enroulement et d’une fermeture, peut faire lever de terre l’adversaire — bâton et corps — pour le jeter en arrière : la même merveille que l’émission d’une force tranchante (jie jin), dans la poussée des mains.

La poussée à deux à pas mobile : quatre coups (雙人動步刺心刺腿刺肩刺喉四桿法)

此四桿與活步推手意義相同。亦求上下週身化發動作合一。於手法、身法、步法。頗為重要。故欲練之純熟。亦非易事。然學者欲求扎桿深奧功夫。則此四法。非深切研究不可。練法。兩人對立。各出左步。甲將左步復踏出半步。右步隨上。以桿刺乙心窩。乙同時右足復往後退半步。左足收進半步。以桿合逼甲桿。(見圖1)

Ces quatre coups de bâton partagent le sens de la poussée des mains à pas mobile : ils requièrent que le haut et le bas du corps, dans la neutralisation comme dans l’émission, soient unis. Pour la technique des mains, du corps et des pas, ils sont fort importants ; aussi n’est-il pas aisé de les mener à la perfection. Et celui qui veut atteindre la science profonde du zha gan doit les étudier avec le plus grand sérieux. Pratique : les deux personnes se font face, chacune avance son pied gauche. A fait encore un demi-pas de son pied gauche, le pied droit suit, et perce le creux du cœur de B de son bâton ; B, en même temps, recule son pied droit d’un demi-pas et ramène son pied gauche d’un demi-pas, en refermant et contraignant le bâton de A de son propre bâton. (cf. figure 1)

Planche originale du Taiji zha gan de Chen Yanlin (1943) : quatre coups à pas mobile, percer le creux du cœur

甲被合。向右側上右步。隨上左步。成為側形。(卽甲偏於乙之左邊)將桿收囘繞圈。刺乙腿部。乙同時退右步。收進左步。以桿向下往右撩開甲桿。(見圖2)

A, étant fermé, avance son pied droit vers le côté droit, puis son pied gauche suit, formant une posture de profil (c’est-à-dire que A se trouve du côté gauche de B). Il retire son bâton, décrit un cercle et perce la jambe de B. B recule en même temps son pied droit, ramène son pied gauche, et de son bâton, vers le bas et la droite, lève et écarte le bâton de A. (cf. figure 2)

Planche originale du Taiji zha gan de Chen Yanlin (1943) : quatre coups à pas mobile, percer la jambe et écarter vers le bas

甲被撩。復上左步。隨上右步。與乙相對。將桿向左往上繞圈。刺乙肩部。乙在將被刺到時。退右步。收進左步。以桿向上繞圈。合逼甲桿。(見圖3)

A, étant écarté, avance de nouveau son pied gauche, le pied droit suit, et il se retrouve en face de B. Il enroule son bâton vers le haut et la gauche et perce l’épaule de B. Lorsque B est sur le point d’être percé, il recule son pied droit, ramène son pied gauche, enroule son bâton vers le haut pour fermer et contraindre celui de A. (cf. figure 3)

Planche originale du Taiji zha gan de Chen Yanlin (1943) : quatre coups à pas mobile, percer l’épaule

甲被合。再上左步。隨上右步。以桿向右往後繞圈。化開乙桿。復刺其喉。乙在將被刺到時。退右步。收進左步。以桿繞圈合逼甲桿。(見圖4)

A, étant fermé, avance encore son pied gauche, le droit suit, enroule son bâton vers la droite et l’arrière, neutralise et écarte le bâton de B, puis perce sa gorge. Lorsque B est sur le point d’être percé, il recule son pied droit, ramène son pied gauche et enroule son bâton pour fermer et contraindre celui de A. (cf. figure 4)

Planche originale du Taiji zha gan de Chen Yanlin (1943) : quatre coups à pas mobile, percer la gorge

如是甲進步四桿已畢。以後改為退步。乙則改為進步。乙在化甲刺喉後。上左步。隨上右步。以桿往上繞圈刺甲心窩。甲同時退右步。收進左步。將桿向上繞圈。合逼乙桿。餘勢同上。卽甲改為乙。乙改為甲可也。俟乙四桿刺畢。復改為化退。甲又改為進刺。兩人四桿進退。循環練習。須練至腰腿、手足、進退、攻化、一致。而兩桿相遇。毫無聲息者為佳。練時必須注意內勁不斷。精神煥發。動作靈敏。無獃滯狀態。至於身體中正。含胸拔背。虛領頂勁。氣之升降。有時貼於脊背。有時沉於丹田。亦為主要條件。此乃初步四桿之練習方法。若至功深時。則不分次序。或心、或腿、或肩、或喉。可隨意刺發。化者亦可隨化隨刺。總之。或攻、或化、或進、或退。可無一定之規則也。

Ainsi A a-t-il achevé ses quatre poussées en avançant. Il passe alors à la retraite, et B à l’avancée. Après avoir neutralisé la poussée de A vers la gorge, B avance son pied gauche, le pied droit suit, enroule son bâton vers le haut et perce le creux du cœur de A. A, en même temps, recule son pied droit, ramène son pied gauche, enroule son bâton vers le haut pour fermer et contraindre celui de B. Le reste est identique : il suffit d’inverser les rôles. Quand B a achevé ses quatre poussées, il repasse à la neutralisation et à la retraite, et A revient à l’attaque et à la poussée. Les deux hommes répètent ainsi, en cycle, les quatre coups, tantôt en avance tantôt en retraite. Il faut s’exercer jusqu’à ce que la taille et les jambes, les mains et les pieds, l’avance et la retraite, l’attaque et la neutralisation soient unifiés, et que les deux bâtons se rencontrent sans le moindre bruit. Pendant l’exercice, chacun doit veiller à ce que la force interne ne s’interrompe pas, à l’éclat de l’esprit, à la vivacité du mouvement, à ne jamais demeurer engourdi. Le corps d’aplomb, la poitrine contenue, le dos étiré, la nuque légère et l’énergie au sommet du crâne, la montée et la descente du souffle — tantôt collé au dos, tantôt descendu au dantian — sont aussi des conditions essentielles. Voici la méthode élémentaire de ces quatre coups. Lorsque la maîtrise est profonde, on ne suit plus d’ordre : cœur, jambe, épaule ou gorge, on perce et on émet à volonté ; celui qui neutralise peut à la fois neutraliser et percer. En somme, attaquer, neutraliser, avancer, reculer — il n’est plus de règle fixe.


Notes du traducteur

  1. 桿 (gan), 鎗 (qiang) et 棍 (gun) : le mot gan désigne ici la hampe non-tranchante, distincte de la lance (鎗), qui porte un fer, et du gourdin (棍). L’ouvrage de Chen Yanlin emploie délibérément gan, tandis que le manuel de Yang Chengfu (1931) appelle ces exercices « techniques de lance » (鎗) : c’est pourquoi le rédacteur traduit gan par « pole » (bâton/fût).
  2. 畫戟 (hua ji) et 大槍 (da qiang) : la hallebarde à la courbe peinte et la grande lance. Chen Yanlin rappelle que la pratique du bâton de taiji tient de l’une et de l’autre, et non de la seule lance.
  3. 命門火 (mingmen huo, « feu de la porte de la vie ») : en médecine et en alchimie interne chinoises, le mingmen (命門) est le « rein » du feu yang originel ; le souffler et le nourrir est un but de la pratique.
  4. 尾閭 (weilü) : le coccyx ; « vertèbres de queue ». L’« assise » de la taille exige que le weilü soit bien centré.
  5. 截勁 (jie jin, « force tranchante ») : dans la poussée des mains, la petite émission sèche qui interrompt net l’élan adverse — ici, celle qui projette l’adversaire, « bâton et corps », en le soulevant du sol.
  6. 丈 (zhang) et 尺 (chi) : anciennes mesures. Le zhang vaut dix chi (environ 3,2 m) ; un bâton de plus d’un zhang trois (丈三) dépasse donc 3,3 m.
  7. Les renvois « figure N » correspondent aux planches dessinées de l’ouvrage original (1943), reproduites ci-dessus.

Source du texte chinois : Chen Yanlin, 太極拳刀劍桿散手合編, chapitre 9 (太極扎桿), Shanghai, juin 1943 — texte chinois dans le domaine public. Texte chinois retrouvé sur la page de Paul Brennan : « Taiji Spear Methods According to Chen Yanlin » (juin 2013). Les planches sont des reproductions de l’original chinois de 1943. Traduction française : nouvelle traduction réalisée directement à partir de l’original chinois pour ce site.