Le Cahier du premier anniversaire du club de taiji quan de l’YMCA de Shanghai (青年會太極拳班週年特刊, Qingnianhui taiji quanshu ban zhounian tekan) paraît en décembre 1929 — douzième mois de la dix-huitième année de la République — pour marquer la première année d’un club fondé le 27 novembre 1928. L’initiative en revient au membre Bi Zibi (畢子陛), appuyé par le directeur du service d’éducation physique de l’YMCA, Ling Xitao (凌希陶, orthographié 凌希匋 sur la calligraphie), et par le membre du conseil Shi Zongtang (史宗棠) : la cotisation y est gratuite, les locaux sont vastes et les adhérents peuvent se baigner après la séance. L’enseignement est assuré bénévolement par Xie Dexuan (謝德軒), élève de Yang Shaohou, dans la ligne de Yang Chengfu ; le club compte près de cent membres à la fin de sa première année.

Le cahier rassemble pour l’occasion les calligraphies offertes par des sympathisants, les photographies des postures de l’enchaînement, de la poussée des mains et de l’épée, une préface de Peng Yuyi (彭欲義), l’histoire des lignées du taiji quan, des essais sur l’hygiène et sur l’expérience personnelle des membres, les listes des noms de postures, les témoignages de guérison, un exposé de Chu Minyi (褚民誼) et le règlement du club. C’est un précieux instantané de la manière dont le taiji quan se présentait, en 1929, à un public urbain de Shanghai venu d’abord pour se soigner.

Texte chinois dans le domaine public (publié en 1929). Traduction française réalisée directement à partir de l’original chinois.

Page de titre

青年會太極拳班週年特刋

民國十八年十二月 上海靑年會太極拳班贈

姜乾題

Cahier du premier anniversaire du club de taiji quan de l’YMCA.

Offert par le club de taiji quan de l’YMCA de Shanghai, douzième mois de la dix-huitième année de la République [décembre 1929].

Titre calligraphié par Jiang Qian.

Page de titre du cahier de 1929, avec le titre 青年會太極拳班週年特刋 calligraphié par Jiang Qian

Table des matières

目錄

中華民國卿雲國歌

程厚坤先生書贈聯句

王介壽先生書贈聯句

靑年會太極拳班班員合影

太極拳式攝影

太極拳推手式攝影

太極劍式攝影

序 彭欲義

太極拳宗派溯源 謝德軒

講求衞生必須習練太極拳說 謝德軒

學習太極拳之經過 謝德軒

太極拳各式名稱 謝德軒

太極劍各式名稱 謝德軒

靑年會太極拳術班時間

因病而學習太極拳之經過 畢子陛

習練須有恆心說 畢子陛

太極拳可以改造精神 盛效賢

練習太極拳之要訣 沈濬文

練習太極拳後之一得 邱祖望

太極拳療病功效之報告 徐可亭

其二 胡省初

其三 王為彰

其四 黃定良

其五 王子謙

太極拳却病延年詞 彭遵路

靑年會太極拳術班週年紀念感言 彭遵路

轉錄褚民誼先生論太極拳之功用

太極拳術班暫定規則

太極拳術班委員會規則

Table des matières :

  • Hymne national de la République de Chine, « Nuages auspicieux »
  • Distique calligraphié offert par M. Cheng Houkun
  • Distique calligraphié offert par M. Wang Jieshou
  • Portrait de groupe des membres du club de taiji quan de l’YMCA
  • Photographies des postures du taiji quan
  • Photographies des postures de poussée des mains du taiji quan
  • Photographies des postures de l’épée de taiji
  • Préface — Peng Yuyi
  • Aux sources des écoles du taiji quan — Xie Dexuan
  • Pour une véritable hygiène, la pratique du taiji quan est indispensable — Xie Dexuan
  • Comment j’ai appris le taiji quan — Xie Dexuan
  • Noms des postures du taiji quan — Xie Dexuan
  • Noms des postures de l’épée de taiji — Xie Dexuan
  • Horaires du club de taiji quan de l’YMCA
  • Comment j’ai appris le taiji quan à cause de la maladie — Bi Zibi
  • De la nécessité de la persévérance dans la pratique — Bi Zibi
  • Le taiji quan peut transformer l’esprit — Sheng Xiaoxian
  • Les points essentiels de la pratique du taiji quan — Shen Junwen
  • Ce que j’ai retiré de ma pratique du taiji quan — Qiu Zuwang
  • Rapport sur les vertus curatives du taiji quan — Xu Keting
  • Deuxième rapport — Hu Shengchu
  • Troisième rapport — Wang Weizhang
  • Quatrième rapport — Huang Dingliang
  • Cinquième rapport — Wang Ziqian
  • Le taiji quan, remède aux maux et prolongement de la vie — Peng Zunlu
  • Réflexions pour le premier anniversaire du club de taiji quan de l’YMCA — Peng Zunlu
  • Reproduction : M. Chu Minyi traite de l’utilité du taiji quan
  • Règlement provisoire du club de taiji quan
  • Règlement du comité du club de taiji quan

Hymne national (卿雲國歌)

卿雲國歌

卿雲爛兮

糺縵縵兮

日月光華

旦復旦兮

日月光華

旦復旦兮

Hymne national « Nuages auspicieux » :

Les nuages auspicieux resplendissent,

s’assemblent lentement et s’étirent.

Du soleil et de la lune, l’éclat

va d’aurore en aurore.

Du soleil et de la lune, l’éclat

va d’aurore en aurore.

Le texte est tiré du Shangshu dazhuan (尚書大傳), où le chant célèbre l’apparition de nuages annonciateurs de paix ; il fut choisi comme hymne national sous la République.

Page de l’édition de 1929 reproduisant l’hymne national « Nuages auspicieux »

Distique offert par M. Cheng Houkun

程厚坤先生書贈聯句

青年會太極拳術班一週紀念

振懦發頽端在斯道

强種昌國實賴厥功

程厚坤敬贈

Distique calligraphié offert par M. Cheng Houkun :

Pour le premier anniversaire du club de taiji quan de l’YMCA.

Secouer les pusillanimes et relever les abattus, voilà à quoi sert cette voie ;

fortifier la race et faire prospérer l’État, voilà ce dont on lui est vraiment redevable.

Offert respectueusement par Cheng Houkun.

Calligraphie du distique de Cheng Houkun, page de l’édition de 1929

Distique offert par M. Wang Jieshou

王介壽先生書贈聯句

青年會太極拳班一周紀念祝賀

沈濳髙明剛柔相濟

動靜轉然太極渾圓

王介壽為凌先生稀匋倩敬遵玄書 己巳一昜月海上慕頌

Distique calligraphié offert par M. Wang Jieshou :

Pour féliciter le club de taiji quan de l’YMCA à l’occasion de son premier anniversaire.

Enfoui et lumineux tour à tour : fermeté et souplesse se suppléent ;

Tantôt en mouvement, tantôt immobile : le taiji est un tout parfaitement rond.

Ces paroles profondes ont été écrites à la demande de M. Ling Xitao, par Wang Jieshou, à Shanghai, au dixième mois de l’année jisi [novembre 1929].

Calligraphie du distique de Wang Jieshou, page de l’édition de 1929

Portrait de groupe des membres

青年會太極拳班班員合影

Portrait de groupe des membres du club de taiji quan de l’YMCA.

Photographie de groupe des membres du club, prise en 1929

Photographies des postures du taiji quan

太極拳式攝影

倒攆猴

斜飛勢

抎手

左分脚

右打虎勢

白蛇吐舌

下勢

退步跨虎

十字擺連

彎弓射虎

Dix photographies des postures du taiji quan :

  1. 倒攆猴 — Reculer en chassant le singe
  2. 斜飛勢 — Posture de l’envol oblique
  3. 抎手 — Mains qui tournoient (nuages)
  4. 左分脚 — Séparer le pied, à gauche
  5. 右打虎勢 — Posture du combat contre le tigre, à droite
  6. 白蛇吐舌 — Le serpent blanc tire la langue
  7. 下勢 — Posture basse
  8. 退步跨虎 — Reculer en chevauchant le tigre
  9. 十字擺連 — Percussion du lotus tournant en croix
  10. 彎弓射虎 — Bander l’arc et viser le tigre

Posture 倒攆猴 (reculer en chassant le singe), photographie du cahier de 1929

Posture 斜飛勢 (envol oblique), photographie du cahier de 1929

Posture 抎手 (mains qui tournoient), photographie du cahier de 1929

Posture 左分脚 (séparer le pied à gauche), photographie du cahier de 1929

Posture 右打虎勢 (combat contre le tigre à droite), photographie du cahier de 1929

Posture 白蛇吐舌 (le serpent blanc tire la langue), photographie du cahier de 1929

Posture 下勢 (posture basse), photographie du cahier de 1929

Posture 退步跨虎 (reculer en chevauchant le tigre), photographie du cahier de 1929

Posture 十字擺連 (lotus tournant en croix), photographie du cahier de 1929

Posture 彎弓射虎 (bander l’arc et viser le tigre), photographie du cahier de 1929

Photographies des postures de poussée des mains

太極拳推手式攝影

四隅推手用採法

四正推手用捋法

四隅推手正靠

四正推手內擠法

Quatre photographies des postures de poussée des mains :

  1. 四隅推手用採法 — La technique de cai (採, cueillir) dans la poussée des quatre coins
  2. 四正推手用捋法 — La technique de lü (捋, rouler en arrière) dans la poussée des quatre directions cardinales
  3. 四隅推手正靠 — L’appui de l’épaule (kao, 靠) dans la poussée des quatre coins
  4. 四正推手內擠法 — La technique de ji (擠, presser) dans la poussée des quatre directions cardinales

Poussée des mains : technique de cueillette 採, photographie du cahier de 1929

Poussée des mains : technique de roulement 捋, photographie du cahier de 1929

Poussée des mains : appui de l’épaule 靠, photographie du cahier de 1929

Poussée des mains : technique de pression 擠, photographie du cahier de 1929

Photographies des postures de l’épée de taiji

太極劍式攝影

魁星式

犀牛望月

Deux photographies des postures de l’épée de taiji :

  1. 魁星式 — Posture de l’étoile Kuixing
  2. 犀牛望月 — Le rhinocéros contemple la lune

Posture d’épée 魁星式 (étoile Kuixing), photographie du cahier de 1929

Posture d’épée 犀牛望月 (le rhinocéros contemple la lune), photographie du cahier de 1929

Préface (序), par Peng Yuyi

古人有云。老而不教。幼而不學。乃風俗之大不祥。旨哉言乎。夫積行成習。合各習尚以成風俗。風俗云者。人心世道之所表示於外者也。是故風俗浮薄。其民必趨邪侈。風俗淳厚。其民必敦信義。小之關於社會之興盛。大之關於國運之隆替。可不重視也哉。不學則志無所持。不教則業無所舉。志移業廢。必昧於義理。肆情妄作。不復有所顧忌。風俗如是。將無甯日。庸非不祥之甚乎。是以古人。不獨勉壯幼者必勤於學。且必勸老長者必勤於敎。庶幾相得益彰。化行俗美。國家社會。同進於安强之道矣。

Les anciens ont dit : que les vieillards n’enseignent pas et que les jeunes n’apprennent pas, voilà le plus grand mauvais présage pour les mœurs. Paroles profondes ! Les actes accumulés deviennent habitude, et l’ensemble des habitudes fait la coutume. Or la coutume est ce par quoi l’état des cœurs et des mœurs d’une époque se montre au-dehors. Aussi, quand les coutumes sont légères et frivoles, le peuple incline au mal et au faste ; quand elles sont simples et généreuses, il cultive la bonne foi et la droiture. À petite échelle, cela décide de la prospérité d’une société ; à grande échelle, du destin de l’État. Comment ne pas y attacher la plus grande importance ? Sans étude, la volonté n’a rien à quoi se tenir ; sans enseignement, aucune œuvre n’est entreprise. La volonté se détourne, les œuvres s’abandonnent : on devient aveugle au principe de raison, on se livre sans frein à ses passions, sans plus aucun scrupule. Avec de telles mœurs, il n’est plus de jour tranquille : n’est-ce pas là le comble du mauvais présage ? C’est pourquoi les anciens non seulement exhortaient les jeunes et les vigoureux à étudier avec zèle, mais encore invitaient les aînés à enseigner avec zèle, afin que les uns et les autres se fortifient mutuellement, que la transformation s’accomplisse et que les mœurs s’embellissent, et que l’État et la société avancent ensemble sur la voie de la paix et de la force.

會員畢君子陛。年巳知命。無或輟學。曾以體質孱弱。就學於致柔拳術社。獲太極拳術之益。體質因以健旺。不敢私其所獲。以本會宗旨。服務社會。况會名靑年。人多幼壯。必教必學。乃熾乃昌。故於客歲。偕三數同志。與體育部凌主任希陶。及董事部委員史君宗棠。會商進行。設立太極拳術專班。欲以國技煆煉靑年會友之身心。造成異日為國宣力之中堅。集議數次。得史委員凌主任之賛助。於上年十一月二十七日開班成立。

Le membre du club Bi Zibi, qui a déjà atteint l’âge où l’on connaît le mandat du Ciel [cinquante ans], n’a jamais interrompu ses études. Sa constitution était frêle ; il suivit l’enseignement de la Société de boxe de la souplesse atteinte (致柔拳術社) et obtint les bienfaits du taiji quan, si bien que son corps devint vigoureux. Il n’a pas voulu garder pour lui seul ce qu’il avait reçu, mais servir la société, selon l’esprit même de notre association. D’autant que l’association porte le nom de « jeunesse » et que ses membres sont pour la plupart jeunes et vigoureux : il faut enseigner et apprendre pour que la flamme grandisse et prospère. C’est pourquoi, l’an dernier, il s’entretint avec quelques camarades, avec M. Ling Xitao, directeur du service d’éducation physique, et avec M. Shi Zongtang, membre du conseil d’administration, afin de mener l’affaire à bien : créer une classe spéciale de taiji quan, pour tremper par l’art national le corps et l’esprit des membres de la « jeunesse » et en faire un jour le noyau solide qui se dépensera pour le pays. Après plusieurs réunions, et avec l’appui de M. Shi et de M. Ling, la classe fut ouverte le 27 novembre de l’année dernière.

初時規模尚小。旣而班員增多。更得謝君德軒之義務教授。諄諄講解。不厭不倦。於今週年。附入者將近百人。手勢步驟。日漸進步。精神體魄。皆有增益。非畢君謝君之勤於教。及諸班員之勤於學。曷克臻此成績。以此推行成俗。豈不美哉。

Au début, l’entreprise était modeste ; puis le nombre des membres augmenta, et l’on obtint en outre l’enseignement bénévole de M. Xie Dexuan, dont les explications patientes ne connaissent ni dédain ni fatigue. Voici maintenant un an : les adhérents approchent de la centaine ; les gestes et les pas progressent de jour en jour ; l’esprit et le corps y gagnent tous deux. Sans l’assiduité de MM. Bi et Xie à enseigner et celle des membres à apprendre, comment un tel résultat aurait-il été atteint ? Si l’on répand ainsi l’art jusqu’à ce qu’il devienne coutume, n’est-ce pas admirable ?

義忝列班次。得隨學習。深知斯拳之功用神妙。有益於男女老幼。故為搜集篇什。輯成初週特刊。將以傳揚國技。培植體育。而不暴其氣。勉副諸先進之德意云耳。

Pour ma part, j’ai l’honneur d’appartenir à la classe et d’y apprendre ; je sais bien à quel point les effets de cette boxe sont merveilleux et profitables aux hommes comme aux femmes, aux vieux comme aux jeunes. C’est pourquoi j’ai réuni ces écrits et composé le présent numéro spécial du premier anniversaire, afin de répandre l’art national, de cultiver l’éducation physique — sans brusquer son souffle — et de répondre tant bien que mal à la bienveillance des aînés.

時在民國十八年十一月吳縣彭欲義序於申江

Fait au onzième mois de la dix-huitième année de la République [novembre 1929] : préface de Peng Yuyi, du district de Wu, écrite au bord du fleuve Shen [la rivière de Shanghai].

Aux sources des écoles du taiji quan (太極拳宗派溯源), par Xie Dexuan

太極拳始為唐徽州府許宣平所傳。名三世七因。僅三十七勢也。其練習之法。各勢自為段落。一勢成熟。再習其次。無一定拳路。功成後。自能亙相連貫。故又謂之長拳。其要訣有『八字歌』『心會論』『周身大用論』『十六關要論』『功用歌』等。下列諸氏。於太極拳之精蘊。皆別具會心。關發宏旨。故得傳至今日而不失其眞。凡我同志。幸注意焉。

Le taiji quan commença avec Xu Xuanping, de la préfecture de Huizhou, sous les Tang. Son art s’appelait « Trois générations sept » (三世七) parce qu’il ne comptait que trente-sept postures. Sa méthode d’entraînement consistait à traiter chaque posture comme une section : quand une posture était mûre, on passait à la suivante. Il n’y avait pas d’enchaînement fixe ; une fois le travail achevé, les postures se liaient d’elles-mêmes. C’est pourquoi l’art fut aussi appelé « boxe longue » (長拳). Ses textes essentiels comprenaient le « Chant des huit caractères », le « Traité de l’union du cœur et de l’esprit », le « Traité du grand usage de tout le corps », le « Traité des seize points de passage » et le « Chant de l’utilité ». Les lignées énumérées ci-dessous ont chacune saisi l’essence du taiji quan à sa manière et en ont développé les idées maîtresses ; c’est pourquoi l’art a pu nous parvenir sans perdre son authenticité. Que tous nos camarades y prennent garde.

宋遠橋派 俞氏派

Lignée de Song Yuanqiao — lignée des Yu.

俞氏江南甯國府涇縣人。所傳之太極拳。名先天拳。亦名長拳。得唐安慶人李道子之傳。李居武當山南岩宮。俞氏派中最著名者。為俞淸慧。俞一誠。俞連舟。俞岱岩等。

La famille Yu était originaire du district de Jing, préfecture de Ningguo, au Jiangnan. Le taiji quan qu’elle transmit s’appelait « boxe de la nature antérieure au Ciel » (先天拳), également nommé « boxe longue » ; elle le tenait de Li Daozi, d’Anqing, sous les Tang, qui vivait au palais du Rocher du Sud, dans les monts Wudang. Les représentants les plus célèbres de la lignée Yu furent Yu Qinghui, Yu Yicheng, Yu Lianzhou et Yu Daiyan.

程氏派

始自程靈洗(徽州人)。其拳得之於韓拱月。傳至程珌(紹興人)改名小九天。共十四勢。

Lignée des Cheng.

Elle commence avec Cheng Lingxi (originaire de Huizhou). Sa boxe lui venait de Han Gongyue ; elle fut transmise jusqu’à Cheng Bi (de Shaoxing), qui en changea le nom en « Petit ciel suprême » (小九天). Elle compte en tout quatorze postures.

殷利亨派

殷氏所傳之拳術。名後天法。傳胡鏡子(揚州人)胡傳宋仲殊(安州人)。其式法十七。多屬肘法。雖其勢法。名目不同。而其用則一也。

Lignée de Yin Liheng.

L’art que transmit la famille Yin s’appelait « méthode de la nature postérieure au Ciel » (後天法). Il passa à Hu Jingzi (de Yangzhou), qui le transmit à Zhong Shu, des Song (d’Anzhou). Il comporte dix-sept postures, pour la plupart des techniques de coude. Bien que les postures et leurs noms diffèrent, leur usage est identique.

張三峯派

三峯名通。字君實。遼陽人。元季儒者。善書畫。工詩詞。中統元年。曾舉茂才異等。任中山博陵令。慕葛川之為人。遂絕仕途。游寶鷄山。有三峯。挺秀峙立。蒼潤可喜。因以為號也。

Lignée de Zhang Sanfeng.

Trois-Cimes se nommait Tong, de lettre Junshi, et était de Liaoyang. Lettré de la fin des Yuan, il excellait en calligraphie et en peinture et était habile en poésie comme en prose. La première année de la période Zhongtong [1260], il fut recommandé comme « talent éminent » et nommé magistrat de Zhongshan-Boling. Admirant la manière d’être de Ge Chuan, il rompit avec la carrière officielle. Il voyagea au mont Baoji, où trois cimes se dressent, fières et élégantes, vertes et luxuriantes, plaisir des yeux : il en prit le nom.

相傳洪武初召之入朝。行至武當。夜夢玄武帝授以拳法。旦以破賊。故名拳曰武當派。或曰內家拳。內家者。儒者之意。所以別於方外也。又因八門五步。為此拳中之要訣。故名十三式。言十三法也。

La tradition rapporte qu’au début de l’ère Hongwu [1368] il fut convoqué à la cour ; parvenu à Wudang, il rêva la nuit que l’Empereur sombre (Xuanwu) lui enseignait une méthode de boxe, et qu’au matin il s’en servit pour défaire les bandits. C’est pourquoi sa boxe fut appelée « lignée Wudang », ou encore « boxe de l’école interne » (內家拳) : les gens de l’intérieur relèvent de l’esprit lettré et se distinguent des hommes du dehors [moines et taoïstes]. Et comme les huit portes et les cinq pas en sont la clé, on la nomma aussi « treize postures » (十三式), c’est-à-dire treize méthodes.

時有西安人王宗岳者。得其眞傳。名聞海內。著『太極拳論』『太極拳解』『行工心解』『搭手歌』『總勢歌』等。溫州陳州人多從之學。是由山陜而流傳於浙東。

En ce temps vivait Wang Zongyue, de Xi’an, qui en reçut l’enseignement authentique et dont le renom s’étendit à tout l’Empire. Il composa le « Traité du taiji quan », l’« Explication du taiji quan », l’« Explication mentale du travail de la pratique », le « Chant des mains qui se posent » et le « Chant de l’ensemble des postures ». Beaucoup de gens de Chenzhou, à Wenzhou, vinrent apprendre de lui : l’art se répandit ainsi du Shaanxi vers l’est du Zhejiang.

又百餘年有海鹽張松湲。在派中最為著名。傳其技於甯波葉繼美近泉。再傳王征南。來咸。淸順治中人。征南之後又百年。始有甘鳳池。此皆為南派人士。

Plus d’un siècle plus tard vint Zhang Songxi, de Haiyan, le plus célèbre de cette lignée. Il transmit son art à Ye Jimei, dit Jinquan, de Ningbo, qui le transmit à son tour à Wang Zhengnan, dit Laixian, lequel vécut sous le règne de Shunzhi des Qing [1644-1661]. Un siècle encore après Zhengnan apparut enfin Gan Fengchi. Tous ceux-là furent des hommes de la lignée du Sud.

其北派所傳者。由王宗岳傳河南蔣發。再傳河南懷慶府陳家溝。陳長興。其人立身中正不倚。形若木鷄。人因稱之為牌位先生。有子二人。名耿信。紀信。

Quant à la lignée du Nord, elle fut transmise par Wang Zongyue à Jiang Fa, du Henan, qui la transmit à son tour à Chen Changxing, du village de Chenjiagou, préfecture de Huaiqing, au Henan. Celui-ci se tenait debout, droit et sans s’appuyer, pareil à un coq de bois : on l’appelait pour cela « Monsieur la tablette » (牌位先生). Il eut deux fils, Gengxin et Jixin.

時有楊露蟬先生福魁者。河北廣平府永年縣人。聞其名。因與同里李伯魁共往師焉。初時同學者。除二人外皆陳姓。頗異視之。二人因亙相結納。盡心研究。時常澈夜不眠。長興見二人勤學。遂盡傳其秘。

En ce temps vivait M. Yang Luchan, de son nom Fukui, natif du district de Yongnian, préfecture de Guangping, au Hebei. Ayant entendu parler de la réputation de Chen Changxing, il se rendit avec Li Bokui, son compatriote, pour le prendre pour maître. Au début, parmi les condisciples, tous portaient le nom de Chen sauf eux deux, et on les regardait d’un œil plutôt méfiant. Les deux hommes s’allièrent donc et étudièrent de tout leur cœur, souvent sans fermer l’œil de la nuit. Chen Changxing, les voyant studieux, leur transmit tous ses secrets.

楊等歸傳其術於鄕里。俗稱為軟拳。因其能避制强硬之力也。嗣楊游北平。客諸府邸。親貴多從授業。旋為旗營敎師。有子三人。長名錡早亡。次名鈺字班候。三名鑑字健候又名鏡湖皆獲盛名。健候有子三人。長名兆熊字夢祥又名少候。次名兆元早亡。三名兆淸字澄甫。

Yang et son compagnon revinrent enseigner l’art dans leur village, où on le nomma communément « boxe souple » (軟拳), parce qu’il permet d’esquiver et de maîtriser une force brutale. Par la suite, Yang voyagea à Beiping et fut reçu dans les hôtels particuliers : nombre de proches du pouvoir et de nobles prirent ses leçons, et il devint bientôt instructeur des garnisons bannières. Il eut trois fils : l’aîné, Qi, mourut jeune ; le deuxième, Yu, de lettre Banhou ; le troisième, Jian, de lettre Jianhou et aussi appelé Jinghu — tous deux acquirent une grande renommée. Jianhou eut trois fils : l’aîné, Zhaoxiong, de lettre Mengxiang, aussi appelé Shaohou ; le deuxième, Zhaoyuan, mort jeune ; le troisième, Zhaoqing, de lettre Chengfu.

當露蟬充旗營敎師時。得其傳者共三人。萬春。凌山。全佑是也。一勁剛。一善發。一善柔化。或謂三人各得先生之一體。有筋骨皮之分。後從先生命。均拜班候先生之門。而稱弟子云。

Du temps où Luchan était instructeur des bannières, trois hommes reçurent son enseignement complet : Wan Chun, Ling Shan et Quan You. L’un avait la puissance ferme, l’autre excellait à projeter, le troisième à neutraliser en souplesse. On dit que ces trois hommes reçurent chacun une part du maître, selon la distinction de l’os, du tendon et de la peau. Sur l’ordre de celui-ci, ils se firent tous disciples de Banhou et furent comptés parmi ses élèves.

近世最負盛名者。為楊少候。澄甫。曁吳鑑泉。(卽全佑之子)現均傳授於滬杭間。至其留於北平者。尚有少候弟子。徐岱山。及澄甫弟子。金錫五先生而已。許禹生先生。王茂齋先生而己。

Les maîtres les plus renommés des temps récents sont Yang Shaohou, Yang Chengfu et Wu Jianquan (fils de Quan You) ; tous enseignent aujourd’hui entre Shanghai et Hangzhou. Quant à ceux qui sont demeurés à Beiping, il ne reste guère que Xu Daishan, disciple de Shaohou, et M. Jin Xiwu, disciple de Chengfu, ainsi que MM. Xu Yusheng et Wang Maozhai.

Pour une véritable hygiène, la pratique du taiji quan est indispensable (講求衞生必須練習太極拳說), par Xie Dexuan

好生畏死。人之所同。死固可畏。然畏之而不思防衞。則徒畏又奚益哉。大都畏死之始。皆屬於病。而於不死不生之病。為尤可畏。如痿病。則下部殘廢。㾐病。則四肢不靈。虛病。則晝夜喘咳。胃病。則飲食失功。醫藥無效。沈滯牀蓐。雖生猶死。每見患斯病者。累月經年。神昏志弱。世間幸福。盡為病魔所侵。人生痛苦。莫此為甚。故畏死直是胃病。治病莫如防病。而求醫又莫良於自衞。戕生之事不及身。害生之物不入口。此戒飲食起居所宜審愼之謂。人所共知者也。

Aimer la vie et craindre la mort, c’est le lot commun. La mort est certes redoutable ; mais la craindre sans songer à s’en défendre, à quoi bon cette crainte stérile ? Le plus souvent, la crainte de la mort commence avec la maladie, et les maladies qui ne tuent ni ne laissent vivre sont les plus redoutables : l’atrophie, qui paralyse le bas du corps ; la lèpre, qui ôte la sensibilité des membres ; la consomption, qui fait tousser et haleter jour et nuit ; les maux d’estomac, qui empêchent les aliments de nourrir. Quand les remèdes n’y font rien et qu’on reste cloué au lit, vivre n’est pas mieux que mourir. On voit sans cesse les malades de ce genre traîner des mois et des années, l’esprit engourdi, la volonté affaiblie ; tous les bonheurs du monde sont envahis par le démon de la maladie, et il n’est pas de souffrance humaine plus lourde. Aussi craindre la mort, c’est au fond craindre la maladie. Or mieux vaut prévenir la maladie que la soigner, et mieux vaut se garder soi-même que recourir au médecin. Ne pas commettre ce qui ruine la vie, ne pas porter à sa bouche ce qui la nuit : voilà les précautions de nourriture, de boisson et de repos que chacun connaît.

然於身體之氣血筋絡。亦宜講究衞攝。使其充實宣暢。庶足以預防疾病。蓋氣血充實。則外邪不入。筋絡宣暢。則內患不生。外邪不入。內患不生。百病不却而自却。有何病之有哉。然則以何術而能充氣血暢筋絡哉。曰惟運動。顧運動之法繁多。有僅宜於老年而不宜於幼穉者。有利於少壯而不利於老弱者。有富者能行而貧乏不能步塵者。是故有心運動。必須善擇其宜。庶於身心有益。

Mais il faut aussi prendre soin du souffle et du sang, des tendons et des méridiens, les rendre pleins et libres, afin de prévenir la maladie. Quand le souffle et le sang sont pleins, les influences perverses du dehors n’entrent pas ; quand tendons et méridiens sont libres, les maux du dedans ne naissent pas. Ni invasion extérieure, ni trouble intérieur : les cent maladies se dissipent sans qu’on les repousse — quelle maladie resterait ? Mais par quelle méthode rendre le souffle et le sang pleins, les tendons et les méridiens libres ? Par l’exercice, et par lui seul. Or les méthodes d’exercice sont nombreuses : il en est qui ne conviennent qu’aux vieillards et non aux tout-petits ; d’autres qui profitent aux jeunes et aux forts mais nuisent aux vieux et aux faibles ; d’autres encore que les riches peuvent pratiquer et dont les pauvres ne peuvent suivre la trace. Aussi, quand on veut faire de l’exercice, faut-il bien choisir ce qui convient, pour que corps et esprit en tirent profit.

考吾國運動之法。首推武術。而武術之門別衆多各有所長。其最穩當而無流弊者。獨推柔術中之太極拳耳。顧習斯拳者。往往誤入岐途。夾用硬功。致失斯拳之本旨。而致不能登峯造極。良可惜哉。故欲習斯拳。必須謹守本旨。從而習之。方無流弊。凡吾同仁不願却病延年則己。如欲却病延年。則柔術中之太極拳一門。不可不及早講求也。

Si l’on examine les méthodes d’exercice de notre pays, on met au premier rang les arts martiaux. Or les écoles martiales sont nombreuses, chacune avec ses qualités ; la plus sûre et la moins sujette aux abus est précisément le taiji quan, parmi les arts souples. Mais ceux qui le pratiquent s’égarent souvent en chemin et y mêlent les travaux de force, si bien qu’ils perdent le sens véritable de l’art et ne peuvent atteindre le sommet : grand dommage. Aussi, pour pratiquer cette boxe, faut-il garder scrupuleusement son intention première et s’y tenir ; alors il n’y a pas d’abus. Que nos compagnons ne veuillent ni écarter la maladie ni prolonger la vie, soit ; mais s’ils le veulent, alors le taiji quan, entre tous les arts souples, doit être étudié au plus tôt.

Comment j’ai appris le taiji quan (學習太極拳之經過), par Xie Dexuan

余於民國七年。因公遷調北平。溽暑炎熱。貪食冷品。不意入秋病作。亟忙診治。乃得告痊。而痊後未久。胃腸復病。日甚一日。諸醫束手。歷經一年。痛苦備嘗。旋聞運動能健身適生。遂棄醫從事運動。初練八段錦,易筋經,廿四勢,形意拳等。閱時經年。略有起色。但稍輟而病復作。

En la septième année de la République [1918], mes fonctions me conduisirent à Beiping. L’été était chaud et moite ; je m’adonnai aux boissons et aux mets froids, et à l’entrée de l’automne la maladie se déclara. Je me hâtai de me faire soigner et l’on m’annonça ma guérison ; mais peu après, l’estomac et les intestins se dérangèrent de nouveau, de jour en jour plus gravement. Les médecins étaient impuissants ; un an entier passa, et j’épuisai toutes les souffrances. J’entendis alors dire que l’exercice fortifie le corps et entretient la vie ; j’abandonnai donc la médecine pour l’exercice. Je pratiquai d’abord le Baduanjin, le Yijin jing, le Yijin jing en vingt-quatre postures et le xingyi quan. Au bout d’un an, il y eut une légère amélioration ; mais dès que je m’interrompais un peu, la maladie revenait.

嗣知內家太極拳術。治心胃腸等病。乃决意改習。延請楊澄甫先生之弟子金錫五先生。每日到舍敎練。余以治病。苦心練習。錫五先生亦諄諄敎授。體貼周至。未半年而夙病全消。功效之速。有如此者。

Puis j’appris que le taiji quan de l’école interne guérit les maux du cœur, de l’estomac et des intestins ; je me décidai à changer de pratique et fis venir chaque jour chez moi M. Jin Xiwu, disciple de M. Yang Chengfu, pour m’instruire. Je m’exerçais avec ardeur pour me guérir, et M. Jin enseignait avec patience, avec des attentions infinies. En moins de six mois, mes anciens maux avaient entièrement disparu : telle est la rapidité de ses effets.

余初意不過藉以療病。繼入門徑。稍能辨太極拳之精味。覺其各勢雖分叚落。要皆相生相化。貫通一氣。呼吸動作。表裏相資。氣血精骸。翕然感通。深得按摩導引之旨。而其所含剛柔進退陰陽虛實之用意。尤合太極之玄理。遇敵實用。則又變化無窮。隨其意之所至。美哉斯術。神乎其不可思議也。

Mon intention première n’était que d’y chercher un remède ; puis, entrant dans la voie, je commençai à distinguer la saveur subtile du taiji quan. Je compris que ses postures, bien que distinctes par sections, naissent l’une de l’autre et se transforment l’une en l’autre, formant un seul souffle continu ; que la respiration et le mouvement se soutiennent du dedans et du dehors ; que le souffle, le sang, l’essence et les os communient harmonieusement — on y retrouve le sens profond du massage et de la conduite du souffle. Et l’intention de fermeté et de souplesse, d’avance et de recul, de yin et de yang, de vide et de plein qu’il contient s’accorde particulièrement avec la doctrine mystérieuse du taiji. Pour l’usage réel face à l’adversaire, ses transformations sont infinies et suivent partout l’intention : bel art, merveilleux au-delà de l’imaginable.

余旣得其趣興。益勤練習。勉圖深造。凡十一年。未嘗停輟。惟時錫五先生門弟子日益衆多。皆為當地聞人。先生暇晷漸少。余逐不能時親敎誨。未幾承楊少候先生之不棄。賡續敎授。繼且收列門牆。敎誨逾恆。惟余好奇心切。同時復受敎於吳鑑泉先生。迨至客夏。首都南遷。奉命復到滬上。遂與諸老師暌晨夕矣。

Y ayant pris goût, je pratiquai plus assidûment encore, m’efforçant d’approfondir. En tout, onze années, sans interruption. Mais les disciples de M. Jin Xiwu se multipliaient — tous notables de la ville — et les loisirs du maître se firent rares ; je ne pus plus recevoir ses leçons en personne. Bientôt M. Yang Shaohou ne me dédaigna pas et poursuivit mon instruction, allant jusqu’à m’admettre dans sa maison, avec des leçons plus généreuses encore. Comme j’étais fort curieux, je recevais en même temps l’enseignement de M. Wu Jianquan. Puis, l’été dernier, la capitale fut transférée au sud et je reçus l’ordre de revenir à Shanghai : je me séparai donc de tous ces maîtres.

憶在數年之中。於太極拳之精蘊。固未有所深詣。然於箇人身心。則庶幾達到目的矣。爰將所得實益。及諸老師之培植。為講究斯道者述其大略焉。

Je songe que, dans ces années, je n’ai certes pas pénétré profondément l’essence du taiji quan ; mais pour ce qui est de ma personne, corps et esprit, j’ai à peu près atteint mon but. Je vais donc exposer brièvement les bénéfices réels que j’ai obtenus et l’œuvre de formation de mes maîtres, à l’intention de ceux qui étudient cette voie.

Noms des postures du taiji quan (太極拳各式名稱), par Xie Dexuan

太極初式(預備式)/手揮琵琶式/攬雀尾/掤捋擠按/單鞭/提手上勢/白鶴晾翅/摟膝拗步/手揮琵琶式/摟膝拗步(三次)/手揮琵琶式/退步捋/進步搬攔捶/如封似閉/十字手/抱虎歸山/掤捋擠按/肘底看捶/倒攆猴(五次)/合手/斜飛勢/提手上勢/白鶴晾翅/摟膝拗步/海底針/扇通背/轉身撇身捶/退步捋/進步搬攔捶/進步掤捋擠按/單鞭/抎手(五次)/單鞭/左高探馬/右起脚/右高探馬/左起脚/轉身蹬脚/摟膝拗步(二次)/摟膝栽捶/翻身二起脚/左打虎勢/右打虎勢/右蹬足/雙峯貫耳/左蹬脚/轉身右蹬脚/進步搬攔捶/如封似閉/十字手/抱虎歸山/掤捋擠按/斜單鞭/野馬分鬃(四次)/進步掤捋擠按/單鞭/織女穿梭(四隅各一次)/進步左斜飛式/進步掤捋擠按/單鞭/抎手(五次)/單鞭/蛇身下勢/左金鷄獨立/右金鷄獨立/倒攆猴(五次)/合手/斜飛勢/提手上勢/白鶴晾翅/摟膝拗步/海底針/扇通背/轉身撇身捶/退步捋/進步搬攔捶/進步掤捋擠按/單鞭/抎手(三次)/單鞭/高探馬/白蛇吐舌/轉身右蹬脚/進步摟膝指𦡁捶/進步掤捋擠按/單鞭/蛇身下勢/上步七星/退步跨虎/轉身擺蓮脚/彎弓射虎/進步搬攔捶/如封似閉/合太極

  1. Posture initiale du taiji (posture de préparation)
  2. La main caresse le luth
  3. Saisir la queue du moineau
  4. Parer, rouler en arrière, presser, pousser
  5. Le fouet unique
  6. Lever les mains
  7. La grue blanche fait sécher ses ailes
  8. Brosser le genou en pas croisé
  9. La main caresse le luth
  10. Brosser le genou en pas croisé (trois fois)
  11. La main caresse le luth
  12. Reculer en roulant en arrière
  13. Avancer : dégager, barrer, frapper du poing
  14. Sceller et fermer
  15. Les mains en croix
  16. Saisir le tigre et le renvoyer à la montagne
  17. Parer, rouler en arrière, presser, pousser
  18. Surveiller le poing sous le coude
  19. Reculer en chassant le singe (cinq fois)
  20. Joindre les mains
  21. L’envol oblique
  22. Lever les mains
  23. La grue blanche fait sécher ses ailes
  24. Brosser le genou en pas croisé
  25. L’aiguille au fond de la mer
  26. L’éventail traverse le dos
  27. Se retourner et lancer le poing à travers le corps
  28. Reculer en roulant en arrière
  29. Avancer : dégager, barrer, frapper du poing
  30. Avancer : parer, rouler en arrière, presser, pousser
  31. Le fouet unique
  32. Les mains tournoient (cinq fois)
  33. Le fouet unique
  34. Sonder le cheval, à gauche, en hauteur
  35. Coup de pied levé à droite
  36. Sonder le cheval, à droite, en hauteur
  37. Coup de pied levé à gauche
  38. Se retourner et pousser du talon
  39. Brosser le genou en pas croisé (deux fois)
  40. Brosser le genou, planter le poing
  41. Se retourner et frapper deux fois du pied
  42. Posture du combat contre le tigre, à gauche
  43. Posture du combat contre le tigre, à droite
  44. Pousser du talon à droite
  45. Les deux cimes traversent les oreilles
  46. Pousser du talon à gauche
  47. Se retourner et pousser du talon à droite
  48. Avancer : dégager, barrer, frapper du poing
  49. Sceller et fermer
  50. Les mains en croix
  51. Saisir le tigre et le renvoyer à la montagne
  52. Parer, rouler en arrière, presser, pousser
  53. Le fouet unique oblique
  54. Le cheval sauvage écarte sa crinière (quatre fois)
  55. Avancer : parer, rouler en arrière, presser, pousser
  56. Le fouet unique
  57. La tisserande lance sa navette (une fois dans chacun des quatre coins)
  58. Avancer : envol oblique à gauche
  59. Avancer : parer, rouler en arrière, presser, pousser
  60. Le fouet unique
  61. Les mains tournoient (cinq fois)
  62. Le fouet unique
  63. Le corps du serpent, posture basse
  64. Le coq d’or se tient sur une patte, à gauche
  65. Le coq d’or se tient sur une patte, à droite
  66. Reculer en chassant le singe (cinq fois)
  67. Joindre les mains
  68. L’envol oblique
  69. Lever les mains
  70. La grue blanche fait sécher ses ailes
  71. Brosser le genou en pas croisé
  72. L’aiguille au fond de la mer
  73. L’éventail traverse le dos
  74. Se retourner et lancer le poing à travers le corps
  75. Reculer en roulant en arrière
  76. Avancer : dégager, barrer, frapper du poing
  77. Avancer : parer, rouler en arrière, presser, pousser
  78. Le fouet unique
  79. Les mains tournoient (trois fois)
  80. Le fouet unique
  81. Sonder le cheval en hauteur
  82. Le serpent blanc tire la langue
  83. Se retourner et pousser du talon à droite
  84. Avancer : brosser le genou, poing vers l’entrejambe
  85. Avancer : parer, rouler en arrière, presser, pousser
  86. Le fouet unique
  87. Le corps du serpent, posture basse
  88. Avancer d’un pas : posture des sept étoiles
  89. Reculer : chevaucher le tigre
  90. Se retourner : coup de pied du lotus balancé
  91. Bander l’arc et viser le tigre
  92. Avancer : dégager, barrer, frapper du poing
  93. Sceller et fermer
  94. Fermer le taiji

Noms des postures de l’épée de taiji (太極劍各式名稱), par Xie Dexuan

三環套月/魁星式/燕子抄水/右邊攔掃/左邊攔掃/小魁星/燕子入巢/鳳凰點頭/靈貓捕鼠/黃蜂入洞/右邊鳳凰展翅/小魁星/左邊展翅/等魚式/左右龍行式/宿鳥投林/烏龍擺尾/風捲荷葉/左右獅子搖頭/虎抱頭/野馬跳澗/勒馬式/指南針/左右迎鳳撣塵/順水推舟/流星赶月/天馬飛報/挑簾式/左車輪劈劍式/大鵬展翅/抽樑換柱/海底撈月/懷中抱月/宿鳥投林/犀牛望月/射雁式/靑龍現爪/鳳凰雙展翅/左右掛攔/射雁式/白猿獻桃/左右落花式/玉女穿梭/白虎攪尾/魚跳龍門/左右烏龍交柱/仙人指路/風掃梅花式/收式

  1. Trois anneaux autour de la lune
  2. Posture de l’étoile Kuixing
  3. L’hirondelle rase l’eau
  4. Balayage barrant, à droite
  5. Balayage barrant, à gauche
  6. Petit Kuixing
  7. L’hirondelle entre au nid
  8. Le phénix hoche la tête
  9. Le chat agile attrape la souris
  10. La guêpe entre dans la grotte
  11. Le phénix déploie ses ailes, à droite
  12. Petit Kuixing
  13. Le phénix déploie ses ailes, à gauche
  14. Attendre le poisson
  15. Marche du dragon, à gauche et à droite
  16. L’oiseau regagne la forêt pour s’y poser
  17. Le dragon noir agite la queue
  18. Le vent roule les feuilles de lotus
  19. Le lion secoue la tête, à gauche et à droite
  20. Le tigre se couvre la tête
  21. Le cheval sauvage franchit le ruisseau
  22. Retenir le cheval
  23. Comme l’aiguille de la boussole
  24. Épousseter la poussière en accueillant le phénix, à gauche et à droite
  25. Pousser la barque au fil de l’eau
  26. L’étoile filante poursuit la lune
  27. Le cheval céleste vole porter la nouvelle
  28. Soulever le rideau
  29. Roue de la main gauche : fendre de l’épée
  30. Le grand oiseau peng déploie ses ailes
  31. Retirer la poutre et changer le pilier
  32. Ramasser la lune au fond de l’eau
  33. Étreindre la lune contre sa poitrine
  34. L’oiseau regagne la forêt pour s’y poser
  35. Le rhinocéros contemple la lune
  36. Tirer sur l’oie sauvage
  37. Le dragon azur montre ses griffes
  38. Le phénix déploie ses deux ailes
  39. Suspension et barrage, à gauche et à droite
  40. Tirer sur l’oie sauvage
  41. Le singe blanc offre une pêche
  42. Les fleurs tombent, à gauche et à droite
  43. La jeune fille de jade lance la navette
  44. Le tigre blanc remue la queue
  45. Le poisson franchit la porte du dragon
  46. Le dragon noir s’enroule autour du pilier, à gauche et à droite
  47. L’immortel montre le chemin
  48. Le vent balaie les fleurs de prunier
  49. Posture de clôture

Horaires du club de taiji quan de l’YMCA

靑年會太極拳術班時間

星期一至六每日下午五鐘至七鐘

班員衆多可以提議變更或酌添晨班

Horaires du club de taiji quan de l’YMCA :

Du lundi au samedi, chaque jour de cinq à sept heures de l’après-midi.

Les membres étant nombreux, il est loisible de proposer une modification des horaires ou d’ajouter, selon les besoins, une séance du matin.

Comment j’ai appris le taiji quan à cause de la maladie (因病而學習太極拳之經過), par Bi Zibi

余於七八年前。始患腹痛,頭痛,失眠,火旺,遇事厭煩等症、用科學方法驗胃液。及X光診斷。當悉大腸下垂。病源實為神經衰弱而起。據樂文照醫師(美國哈佛醫學博士)云。無藥可治。祗得練習身體。當心飲食。可獲健康。後遇王為彰徐可亭二君。勸學太極拳術。復因徐君之介紹。入致柔拳社。甲種年費洋壹百念元。當承社長陳微明敎授陳志進熱心指導。日日練習。學之六月。頭痛自愈。年餘失眠腸病諸症若失。身上肌肉已見發達。健康有加矣。故練太極拳誠養生却病之妙術也。

Il y a sept ou huit ans, je commençai à souffrir de douleurs abdominales, de maux de tête, d’insomnie, d’un excès de feu intérieur et de dégoût pour toute affaire. En faisant analyser mes sucs gastriques par des méthodes scientifiques et en passant une radiographie, on découvrit que mon gros intestin était descendu : la cause véritable de mes maux était une neurasthénie. Selon le docteur Yue Wenzhao (docteur en médecine de Harvard), aucun remède ne pouvait y faire : il ne restait qu’à faire travailler son corps et à surveiller son alimentation pour recouvrer la santé. Je rencontrai ensuite MM. Wang Weizhang et Xu Keting, qui m’engagèrent à apprendre le taiji quan ; sur la recommandation de M. Xu, j’entrai à la Société de boxe de la souplesse atteinte, pour une cotisation annuelle de première catégorie de cent vingt yuans. Je reçus alors les directives chaleureuses du président Chen Weiming et de l’instructeur Chen Zhijin, et je m’exerçai chaque jour. Après six mois d’étude, mes maux de tête guérirent d’eux-mêmes ; après un an et plus, l’insomnie et les troubles intestinaux s’étaient comme envolés. Mes muscles s’étaient développés et ma santé ne cessait de s’améliorer. Pratiquer le taiji quan est donc véritablement un art merveilleux pour entretenir la vie et écarter la maladie.

De la nécessité de la persévérance dans la pratique (習練須有恆心說), par Bi Zibi

凡人年紀稍大。往往百病叢生。此中苦痛。有不可以言語形容者。欲除此病。非練習柔軟健身不可。蓋一經練習。血脈流通。精神百倍。有病者轉病為强。無病者身體日見强壯。切勿因循自誤。必須預早猛思。倘至臥病牀褥。不能展動時恐追悔莫及也。然仍要恆心則可。所謂人無恆心。萬事不成。信然。

Dès qu’on avance en âge, les cent maladies se multiplient volontiers, avec des souffrances qui ne se peuvent décrire. Pour s’en délivrer, il n’est d’autre moyen que de pratiquer un art souple qui fortifie le corps : dès qu’on s’y exerce, le sang et les vaisseaux circulent librement et l’énergie décuple. Le malade passe de la maladie à la vigueur, et celui qui n’était pas malade se fortifie de jour en jour. Gardez-vous de remettre au lendemain et de vous nuire à vous-même ; il faut y songer tôt et avec résolution. Si vous en venez à être cloué au lit, incapable de bouger, il sera sans doute trop tard pour le regretter. Et il faut encore de la constance pour réussir : comme on dit, « l’homme sans constance ne mène aucune œuvre à bien ». C’est vrai.

Le taiji quan peut transformer l’esprit (太極拳可以改造精神), par Sheng Xiaoxian

余學太極拳以來。迄今巳及二載。其間時輟時作。統計實習之日。未滿一年。故於斯道。自無心得可言。惟有一極確之事實。不敢不為諸君述之。其事唯何。乃太極拳有改造精神之功效也。

Depuis que j’ai commencé à apprendre le taiji quan, deux années ont passé ; mais comme j’interrompais et reprenais tour à tour, le total de mes jours de pratique n’atteint pas une année. Je ne puis donc prétendre avoir la moindre expérience de cette voie. Il est pourtant un fait absolument certain que je n’oserais vous taire, et ce fait, le voici : le taiji quan a le pouvoir de transformer l’esprit.

當余未習此術時。身體上雖無顯著之病。而作事似染暮氣。無勇往直前之心。事之當為者。每思避之。難為者每思棄之。實一抱悲觀主義者。迨練太極拳後半載。精神忽覺大振。思想亦隨而劇變。昔所思避者。今必欲就之。昔所為難者。今必欲試之。昔日之萎靡狀態。化為烏有。去冬因事間斷練習。約近二月。精神復略覺頽疲。於是繼續行之。不數日振作如故。此乃太極拳改造精神之一證。

Avant de pratiquer cet art, je n’avais sans doute aucune maladie visible, mais je semblais atteint de langueur dans tout ce que j’entreprenais, sans élan pour aller de l’avant. Ce qu’il fallait faire, je songeais toujours à l’éviter ; ce qui était difficile, je songeais toujours à l’abandonner. J’étais en vérité un pessimiste. Après six mois de taiji quan, mon esprit se sentit soudain vivifié et mes pensées changèrent du tout au tout : ce que je fuyais, j’y allais désormais de bon cœur ; ce que je trouvais difficile, je voulais désormais l’essayer. Ma langueur d’autrefois s’était évanouie. L’hiver dernier, des affaires m’interrompirent près de deux mois et mon esprit retomba un peu dans l’abattement ; je repris alors la pratique, et en quelques jours mon entrain revint comme avant. Voilà une première preuve que le taiji quan transforme l’esprit.

友人李君。好學之士也。性勤而苦健忘。余勸之練太極拳。數月後。記憶力大增。據云。昔日讀書。往往勉强行之。今則興味濃厚。精神愉快極矣。此乃太極拳改造精神之又一證。此外余之同學中。因精神不濟而獲益於太極拳者甚多。惜余本人不學無術。有良好精神而無用之之道耳。

Mon ami M. Li, homme studieux, était assidu mais affligé d’une mémoire défaillante. Je l’engageai à pratiquer le taiji quan ; après quelques mois, sa mémoire s’améliora grandement. Il raconte que jadis il se forçait pour lire, tandis que maintenant il y prend un vif intérêt et le plus grand plaisir. Voilà une autre preuve. Parmi mes condisciples, beaucoup d’ailleurs ont profité du taiji quan parce que leur esprit n’y suffisait plus. Il est dommage que je n’aie moi-même ni savoir ni méthode : j’ai un bon esprit, mais je ne sais pas en user.

茲假靑年會太極拳班發行一週紀念特刊之便。特誌數語廣為宣傳。海內不乏能人才士。如以無健康之精神為苦者。盍速練習斯術。繼之以恆。以驗吾言之不妄。一旦精神充足。才識雄厚。造福社會。豈有限量哉。

À l’occasion de ce numéro spécial du premier anniversaire publié par le club de taiji quan de l’YMCA, je consigne donc quelques mots pour les répandre largement. Notre pays ne manque pas d’hommes capables ni de talents. Si vous souffrez d’un esprit sans santé, pourquoi ne pas pratiquer au plus tôt cet art, avec constance, et vérifier que mes paroles ne sont pas vaines ? Une fois l’esprit plein et les capacités enrichies, quel bien ne pourrez-vous pas faire à la société ?

Les points essentiels de la pratique du taiji quan (練習太極拳之要訣), par Shen Junwen

太極拳之能强身强國。巳為先輩提倡。盡人皆知。至於架子推手之實驗。則僕於年來就師所敎。而揣摹所得者。約略述之。太極拳之妙用。實無止境。僕所論者。僅能對於初學諸同志共同研究耳。

Que le taiji quan puisse fortifier le corps et la nation, c’est ce que nos aînés ont fait valoir, et nul ne l’ignore. Quant à l’expérience de l’enchaînement et de la poussée des mains, je vais exposer brièvement ce que j’ai appris de mes maîtres ces dernières années et ce que j’ai dégagé par la réflexion. Les merveilles du taiji quan n’ont véritablement pas de limite ; ce que je discute ici ne peut servir qu’à l’étude commune des débutants.

初學太極時。力戒急進。日習一二手足矣。蓋多學恐不能得正確姿勢。而易用拙力。則妙用失矣。須知太極拳者。乃用意不用力。卽譜中所謂意氣君來骨肉臣。故練時須從緩字着手。緩則無浮燥之病。而浩然之氣自然沉於丹田。但須手手到家。意亦隨到。不用拙力則鬆凈。然非散漫。因雖鬆而氣實始終貫一。毫不疏懈。故上下相連。如常山蛇。擊首則尾應。擊尾則首應。

Quand on débute le taiji, gardez-vous avec force de la précipitation : un ou deux mouvements par jour suffisent. À vouloir trop apprendre, on risque de ne pas acquérir des postures correctes et de recourir à une force maladroite, et les merveilles de l’art sont perdues. Il faut savoir que le taiji quan use de l’intention et non de la force : c’est ce que disent les manuels, « l’intention et le souffle sont le souverain, les os et la chair sont les sujets ». Aussi la pratique doit-elle commencer par la lenteur. Avec la lenteur, on évite le défaut de la fébrilité, et le souffle généreux descend naturellement au dantian. Mais il faut que chaque main aille au bout et que l’intention suive. Sans force maladroite, on est relâché et pur — sans être pour autant dispersé : quoique relâché, le souffle demeure d’un bout à l’autre continu, sans la moindre négligence. Le haut et le bas s’enchaînent donc, comme le serpent du mont Chang : frappe-t-on la tête, la queue répond ; frappe-t-on la queue, la tête répond.

次則須求虛實分淸。無論練架子推手一舉動之間。須有虛實。故有邁步如貓行之謂。因虛實淸則輕靈而神自然貫頂矣。頸項不能頑强。須有懸空之意。並且神宜內歛。因神若在外。則有弛張之弊。失却本意矣。

Ensuite, il faut s’efforcer de distinguer clairement le vide et le plein : que ce soit dans l’enchaînement ou dans la poussée des mains, chaque mouvement doit comporter du vide et du plein ; de là l’adage « avancer le pas comme marche un chat ». Quand vide et plein sont nets, on devient léger et agile, et l’esprit passe naturellement jusqu’au sommet du crâne. La nuque ne doit pas être raide : il faut l’idée d’un vide au-dessus d’elle. De plus, l’esprit doit être recueilli au-dedans ; s’il se tient au-dehors, on tombe dans le défaut de tension et l’on perd le sens véritable.

至於所謂內勁。乃於鬆凈。手手練到。架子工夫。積久自然而得。决非平日練時。以為有勁卽是勁。須知自覺有勁。已涉於力之一道矣。

Quant à ce qu’on appelle le jin (勁) interne, il naît du relâchement pur, du travail main après main et de l’enchaînement pratiqué longtemps : il vient naturellement. Il n’est certes pas question, pendant la pratique ordinaire, de croire que « sentir de la force, c’est le jin » : sachez que se sentir fort, c’est déjà s’engager dans la voie de la force brute.

亦當在鬆字着手。再求能與對方不脫。卽不丟不頂。而處處須圓渾。無使有凹凸處。再細細揣摹對方之虛實。然自己虛實處。須應變敏捷。彼進則以虛應之。彼退則逼之。此卽進之則彌長。退之則彌促。解此則去憧勁不遠矣。而身如處女。不可被對方碰到。以養成人不能近身之習慣。至於發勁。則須等有可乘之機。而貴乎神速。總之太極拳之妙用。全在乎以柔克剛。以靜制動也。

Il faut aussi partir du relâchement, puis chercher à ne pas se séparer de l’adversaire — ni lâcher ni résister — tout en restant partout arrondi, sans creux ni saillies ; puis étudier finement le vide et le plein chez l’autre. Quant à son propre vide et à son propre plein, il faut savoir s’adapter avec agilité : s’il avance, on répond par le vide ; s’il recule, on le presse. C’est ce qu’on dit : « il avance, il n’en est que plus long ; il recule, il n’en est que plus serré. » Compris cela, on n’est pas loin du jin compris (懂勁, dong jin). Et le corps doit être comme celui d’une jeune fille, que l’on ne peut toucher : on cultive ainsi l’habitude de ne pas se laisser approcher. Quant à émettre le jin, il faut attendre l’occasion favorable et compter avant tout sur la promptitude de l’esprit. En somme, les merveilles du taiji quan résident tout entières dans l’usage de la souplesse pour vaincre la fermeté et du calme pour maîtriser le mouvement.

Ce que j’ai retiré de ma pratique du taiji quan (練習太極拳後之一得), par Qiu Zuwang

太極拳之沈着輕靈。精微奧妙。習之能養身却病。精固神聰。時賢已先我言之詳矣。顧萬事不親試之。終覺言者過譽。所謂耳聞不若目覩者也。

Le calme et la légèreté du taiji quan, sa finesse et sa profondeur merveilleuse, et le fait que sa pratique nourrit le corps et écarte la maladie, fortifie l’essence et avive l’esprit : les sages de notre temps l’ont déjà dit avant moi, et en détail. Mais pour toute chose que l’on n’a pas éprouvée soi-même, on finit par croire que celui qui en parle exagère : entendre dire ne vaut pas voir de ses yeux.

鄙人自幼喜習拳術。然所學者祗少林一派。且亦荒之已久。迨前歲。身體漸虧。憚於勞動。食量减少。難得熟寐。臥時筋骨酸痛。屢進補劑。終未獲效。旋讀報載太極拳先輩遺聞軼事。及此拳之有益健康。不覺心焉好之。欲圖一試。爰偕至友王孟年君。入致柔拳社陳微明先生處學習。

Depuis mon enfance j’aime pratiquer les arts martiaux, mais je n’avais appris qu’une école de Shaolin, et je l’avais depuis longtemps abandonnée. L’an dernier, ma santé déclina : je redoutais l’effort, mon appétit diminua, le sommeil profond me fuyait et, couché, mes os et mes tendons me faisaient mal. J’eus recours à plusieurs remèdes toniques, sans aucun résultat. Puis je lus dans le journal des anecdotes sur les anciens maîtres du taiji quan et sur les bienfaits de cette boxe pour la santé ; je me pris d’inclination pour elle et voulus l’essayer. Accompagné de mon excellent ami Wang Mengnian, j’entrai à la Société de boxe de la souplesse atteinte pour apprendre auprès de M. Chen Weiming.

初時。體重祗壹百磅。習之期年。增為一百零八磅。而夙患悉除。身心兩適。時本班主席畢子陛君。以滬地拳社。大槪收費稍多。不易普及。練後發汗。當地不能洗浴。而人多地狹。動作不舒。於是在靑年會發起組織太極拳班。藉凌希陶先生等之熱心贊助。得以成立。不數月蔚然可觀。

Au début, je ne pesais que cent livres ; au bout d’un an de pratique, j’atteignis cent huit livres, tous mes anciens maux disparurent et je me trouvai bien de corps et d’esprit. À cette époque, le président de notre club, M. Bi Zibi, jugea que les sociétés de boxe de Shanghai demandaient des cotisations plutôt élevées, ce qui rendait l’art peu accessible ; qu’après la pratique on transpirait sans pouvoir se laver sur place ; et que le lieu étant exigu pour trop de monde, les mouvements manquaient d’aisance. C’est pourquoi il prit l’initiative de créer un club de taiji quan à l’YMCA, laquelle put être fondée grâce au soutien zélé de M. Ling Xitao et d’autres. En peu de mois, elle prit une belle ampleur.

盖在本班練習者。一,不收學費。二,練習之後卽可洗浴。三,地方寬暢。與他處之設備不週者。自不可同日語也。嗣更聘太極拳先進楊少候先生之滴派謝德軒先生。担任義務總敎練。於是全班精神。為之大振。我儕獲益。較前更多。而余身重量。竟於不知不覺間。又增為一百十五磅矣。太極拳之功用效驗。有如是者。今後方知言者之非過譽也。

Car ici : premièrement, il n’y a pas de frais de scolarité ; deuxièmement, on peut se baigner après la séance ; troisièmement, le local est spacieux. On ne peut vraiment pas comparer cela aux installations insuffisantes d’ailleurs. Ensuite fut engagé M. Xie Dexuan, de la lignée de Yang Shaohou, comme instructeur en chef bénévole : tout le club en prit un grand élan, et nous en tirâmes plus de profit qu’auparavant. Quant à mon poids, il s’éleva insensiblement à cent quinze livres. Tels sont les effets du taiji quan : je sais maintenant que ceux qui en parlaient n’exagéraient pas.

入夏以來。因事業上之刺激。與種種之感觸。時患頭眩腦暈。胸膈若有一痞。以問主席畢君。君曰,是子不勤練太極拳之故也。一言提醒。有如棒喝。於是早夕勤習。以迄於今。精神已復舊觀。身體亦漸健康。太極拳誠余之最佳補品。將終身而珍視之也。

Depuis le début de l’été, les contrariétés de mes affaires et toutes sortes de soucis m’occasionnaient des vertiges et des étourdissements, avec comme une masse obstruant la poitrine. J’interrogeai le président Bi : « C’est, dit-il, que vous ne pratiquez pas assidûment le taiji quan. » Ce mot me réveilla comme un coup de bâton. Dès lors je m’exerçai matin et soir jusqu’à aujourd’hui : mon esprit a retrouvé son état ancien et ma santé s’améliore peu à peu. Le taiji quan est vraiment mon meilleur fortifiant, et je le chérirai toute ma vie.

太極拳之强身却病。旣如上述。茲以數年來練習所得。更申言之。世之論練習太極拳者。須注重姿勢準確。動作調匀。起步輕靈。出手柔和。斯固為天經地義。不可變易之名論。但余以為除此以外。尤須注意於意神兩字。意欲含而神欲歛。夫而後能鬆腰腿。明虛實。含胸拔背。氣沉丹田。動定如河岳。蓄勁如彎弓。曲中求直。應機伏勢以至於開展緊凑。一靜一動。無所不宜。

Après avoir exposé de la sorte comment le taiji quan fortifie le corps et écarte la maladie, je développe ce que m’a apporté la pratique de ces années. Ceux qui traitent de la pratique du taiji quan disent qu’il faut veiller à l’exactitude des postures, à la régularité des mouvements, à la légèreté du pas et à la douceur de la main : ce sont là certes des règles constantes et immuables. Mais j’estime qu’en dehors de cela il faut surtout veiller à deux mots : intention et esprit. L’intention doit être contenue, l’esprit doit être recueilli. Alors on peut relâcher la taille et les jambes, distinguer clairement vide et plein, rentrer la poitrine et redresser le dos, faire descendre le souffle au dantian ; en mouvement comme au repos, être tel un fleuve ou une montagne ; accumuler le jin comme on bande un arc ; chercher la droiture dans la courbure ; saisir l’occasion et se conformer à la situation, jusqu’à l’ouverture et à la concentration : que l’on soit immobile ou en mouvement, tout est juste.

老子曰。常無欲以觀其妙。常有欲以觀其徼。天下之至柔。馳騁天下之至堅。又曰。不爭而善勝。夫惟不爭故無尤。故習是拳者。先必含意歛神。而後能不爭。能不爭而後能觀其徼妙。以靜制動。以柔敵堅。然則太極拳之大成。當於意神間求之也。

Laozi dit : « En demeurant sans désir, on contemple le mystère ; en demeurant avec désir, on contemple les linéaments. » « Ce qu’il y a de plus souple au monde chevauche ce qu’il y a de plus dur au monde. » Il dit encore : « Ne pas lutter et pourtant vaincre avec habileté » ; « parce qu’il ne lutte pas, il n’y a rien dont il soit blâmé ». Aussi celui qui pratique cette boxe doit-il d’abord contenir son intention et recueillir son esprit : alors il peut ne pas lutter ; et ne pas lutter lui permet de contempler les linéaments et le mystère — maîtriser le mouvement par le calme, triompher de la fermeté par la souplesse. Ainsi l’achèvement du taiji quan se cherche-t-il du côté de l’intention et de l’esprit.

Rapport sur les vertus curatives du taiji quan (太極拳療病功效之報告), par Xu Keting

敬啓者。鄙人行年五十有三。曾憶二十年前嘗患氣喘。臥立不安。入冬尤甚。中西醫藥。絕無效力。旋以年久病深。幾於無日甯息。每於痛苦難忍之際。轉以不能卽死為恨。前年於友人案頭。偶見太極拳練習法一書。翻閱數頁。知其術輕而易舉。剛而不猛。顧性不相近。因卽置之不加細讀。而友人則從旁聳謏。力稱此拳法與身體之特種關係。謂有却病延年之功效。自忖病魔作祟。率由孱弱所召。固能舒筋活血。開張體氣。自是正本淸源之道。誠無須乎藥石。遂矢志練習。方六閱月。頓覺身體爽快。步履輕捷。今數年矣。喘逆之病。早已脫除。而健爽有加焉。老同事某君年六十有四。同病相憐。亦得太極拳之功而霍然。斯眞却病延年之實驗也。茲値貴曾熱心提倡之太極拳術班一週紀念。不揣卑陋。略述鄙人身心所得之經過。附登特刊。用廣傳揚。不勝拜禱之至。

À qui de droit. J’ai maintenant cinquante-trois ans. Je me souviens qu’il y a vingt ans, je souffrais d’asthme : impossible de tenir en paix, couché ou debout, et l’hiver aggravait tout. Ni la médecine chinoise ni la médecine occidentale n’y faisaient rien. Avec les années, le mal s’était installé si profondément que je n’avais presque plus un jour de repos : dans mes souffrances les plus intolérables, j’en venais à regretter de ne pas mourir sur-le-champ. Il y a deux ans, sur le bureau d’un ami, je tombai par hasard sur un livre traitant de la pratique du taiji quan. J’en parcourus quelques pages et appris que cet art est simple et aisé, ferme sans être violent ; comme il ne s’accordait pas à mon tempérament, je le reposai sans le lire davantage. Mais mon ami, à mes côtés, m’excita : il affirmait avec force le rapport particulier de cette boxe avec le corps et ses vertus pour écarter la maladie et prolonger la vie. Je réfléchis que le démon de la maladie me tourmentait parce que ma faiblesse l’avait appelé, et qu’un art capable d’assouplir les tendons, d’activer le sang et d’ouvrir le souffle du corps était la voie de la remise en ordre à la racine : vraiment, nul besoin de remèdes. Je me vouai donc à la pratique. Au bout de six mois, je me sentis tout à coup le corps allègre et le pas léger. Voici maintenant plusieurs années : mon asthme est depuis longtemps écarté et ma vigueur n’a fait que croître. Un vieux collègue de soixante-quatre ans, en proie au même mal, a également obtenu du taiji quan une guérison éclatante. Voilà vraiment une vérification expérimentale du « écarter la maladie et prolonger la vie ». À l’occasion du premier anniversaire de ce club de taiji quan que vous avez promu avec zèle, je ne crains pas de paraître grossier en exposant brièvement ce que j’ai gagné, de corps et d’esprit, pour qu’il soit inséré dans ce numéro spécial et largement répandu. Mes respects les plus profonds.

可亭徐士淵謹啓

Signé respectueusement : Xu Shiyuan, dit Keting.

Deuxième rapport (胡君省初之報告), par Hu Shengchu

鄙人稟質羸弱。自幼多病。去年春。更嬰胃疾。食量驟減。終日不思飲食。甚至當餐亦不覺飢。食僅能進饘粥。驟以飯進。則必氣逆腹脹。坐臥難甯。如是者半載。自覺精力日益衰。肌肉日益瘦。臂不能舉重。足不能涉遠。且時或頭昏目眩。腰痠神疲。歷經中西醫士診視。服藥調養。殊少良效。友人有以運動勉者。鄙人良韙其言。屢次試行。力不堪任。反益疲憊。蓋體弱之人。一經用力。則精神更不能繼。故亦綦少裨益。嗣聞靑年會有太極拳術班之組織。鄙人雖久耳太極拳之名。於身體極有利益。然未一覩其究竟。遂往參觀。察其動作。簡而柔和。極合孱弱之體。乃欣然加入。因畢子陛及諸位先生之指導。得以領會旨趣。練習甫經三月。食量已漸增加。精神隨而健爽。迄今半載。向之所苦之氣逆腹脹。竟亦脫然若失。而體量有增加焉。雖未能謂已强壯。然可以言巳步入健康之途矣。鄙人感諸位先生指導之殷。私幸體氣之得益。知太極拳之功用。確係大有造於衞生。爰述經過。以告同志。

Je suis de complexion débile et j’ai été souvent malade depuis l’enfance. Le printemps dernier, je fus de nouveau accablé d’un mal d’estomac : mon appétit fondit, je ne pensais plus ni à manger ni à boire de toute la journée, au point de ne pas même sentir la faim à l’heure des repas. Je ne pouvais avaler que de la bouillie ; dès que j’essayais un peu de riz, des renvois et des ballonnements me saisissaient, et je ne tenais en paix ni assis ni couché. Cela dura six mois. Je sentis mon énergie s’épuiser de jour en jour et mes chairs se dessécher ; mes bras ne pouvaient soulever un poids, mes jambes ne pouvaient parcourir une longue distance, et j’avais parfois des vertiges, des éblouissements, des douleurs lombaires et une fatigue d’esprit. Médecins chinois et occidentaux me visitèrent, je pris des remèdes et suivis un régime : bien peu de résultat. Des amis m’engagèrent à faire de l’exercice ; je reconnus la justesse de leurs paroles et l’essayai plusieurs fois, mais mes forces n’y suffisaient pas et je n’en sortais que plus épuisé : car un homme faible, dès qu’il se force, perd encore plus le fil de son esprit, si bien que l’effort lui profite médiocrement. J’appris ensuite que l’YMCA organisait un club de taiji quan. Bien qu’il y eût longtemps que le nom du taiji quan me fût familier et que je le susse très favorable au corps, je ne l’avais jamais vu de près ; j’allai donc l’observer. Je constatai que ses mouvements sont simples et doux et conviennent parfaitement à un corps débile : je m’inscrivis avec joie. Grâce aux directives de Bi Zibi et des autres messieurs, je pus en saisir l’esprit. Après seulement trois mois de pratique, mon appétit augmenta peu à peu et mon esprit en fut revigoré ; aujourd’hui, après six mois, les renvois et les ballonnements dont je souffrais se sont comme évanouis, et mon poids a augmenté. Je ne puis encore dire que je suis fort, mais je peux affirmer que je suis entré sur le chemin de la santé. Touché du zèle de ces messieurs à me guider, heureux du profit de mon corps, et sachant que l’utilité du taiji quan contribue grandement à l’hygiène, je raconte donc mon parcours pour le faire savoir à mes camarades.

Troisième rapport (王君為彰之報告), par Wang Weizhang

拳術為吾國亘古以來之國粹。崇尚武功時代之惟一精華。惟在承平時期。國人每不重視。政府亦鮮提倡。千餘年來。毫無進步。重要法門。且竟失傳。人民體魄。日以浸弱。致人譏為東亞病夫。良可惜也。晚近霍元甲氏鑒於國人之弱質。欲以拳術救濟其弊。苦心孤詣。造成精武體育會。國人震于霍氏技術。稍稍假以詞色。未幾而霍氏遭外人之毒手以聞。國人對于拳術之心理。又為之一跌。

Les arts martiaux sont le trésor national de notre pays depuis les temps les plus reculés, la seule quintessence des âges où l’on honorait la valeur guerrière. Mais dans les temps de paix, nos compatriotes n’y attachaient guère d’importance et le gouvernement les encourageait peu. Depuis plus de mille ans, aucun progrès ; des méthodes essentielles se sont même perdues. Le physique du peuple s’affaiblit de jour en jour, au point qu’on nous raille comme les « hommes malades de l’Asie » : bien regrettable. Plus récemment, M. Huo Yuanjia, voyant la constitution débile de ses compatriotes, voulut remédier au mal par les arts martiaux ; à force de peine et d’intelligence, il créa l’Association athlétique Jingwu. Nos compatriotes, frappés par sa technique, commencèrent à lui faire meilleur visage. Mais peu après, on apprit que M. Huo avait succombé aux mains perfides d’étrangers, et le crédit des arts martiaux dans l’esprit public retomba.

乙丑仲春。陳師微明。應關炯之君等之聘來滬。陳師于文章道德均負盛譽。而于武當拳術。尤有心得。其時彰適患病頗劇。繼成痰喘肺炎。諸醫束手。百藥罔效。竟亦置之。然而步履艱難。身體痿弱。已至極點。微聞陳師傳授太極。竊欲一試。或能起余沉疴。又苦未悉寓址。一日偶經其地。得睹市徽。驚喜欲狂。歸告堂上。卽於翌日開始請授。

Au deuxième mois du printemps de l’année yichou [1925], le maître Chen Weiming, invité par M. Guan Jiongzhi et d’autres, vint à Shanghai. Le maître Chen jouit d’une grande réputation de lettres et de vertu, et il a une connaissance particulièrement profonde des arts martiaux de Wudang. J’étais alors gravement malade, et le mal tourna en congestion des bronches et en pneumonie. Les médecins étaient impuissants, tous les remèdes sans effet, et l’on finit par m’abandonner. Je marchais à grand-peine et ma faiblesse était extrême. Ayant entendu dire que le maître Chen enseignait le taiji, je souhaitai secrètement l’essayer, dans l’espoir qu’il pût me relever d’un mal si tenace ; mais je ne connaissais pas l’adresse. Un jour que je passais par hasard dans le quartier, j’aperçus l’enseigne de l’école : je fus fou de joie et de surprise, courus l’annoncer à mes parents, et dès le lendemain je commençai à recevoir l’enseignement.

初覺艱苦萬端。一念殘軀。精神稍振。接續三月。已飯食增進。面色和順。期年而病若失矣。迄于今日。得能步履輕健身體强健者。不得不拜陳師之賜。抑亦太極拳之賜也。

Au début, je trouvai mille difficultés ; mais en songeant à mon pauvre corps, mon esprit se ranima un peu. Au bout de trois mois, mon appétit était revenu et mon teint meilleur ; au bout d’un an, la maladie semblait avoir disparu. Si aujourd’hui je marche d’un pas léger et que mon corps est robuste, je le dois au maître Chen, et aussi au taiji quan.

本班應社會之需求。成立迄今。雖祗一週。而于各同志研究所得獲益者。亦不在少數。近數月復得謝師到會諄諄指導。同志之獲益者益多。於是知拳術洵為我國之精粹。而太極拳尤有裨益于吾人深矣。値茲週年紀念。謹以至誠以告國人。太極拳為健身强國之基礎。全國同志。一致研習。得洗吾東亞病夫之惡詞也幸甚。

Notre club répond au besoin de la société ; il n’a qu’un an d’existence, mais ceux d’entre nous qui l’ont étudié ne sont pas peu nombreux à en profiter. Ces derniers mois, le maître Xie est en outre venu nous guider avec patience, et les camarades en tirent un profit toujours plus grand. Ainsi l’on comprend que les arts martiaux sont véritablement la quintessence de notre pays, et que le taiji quan nous est particulièrement bénéfique. En cette année commémorative, je déclare donc en toute sincérité à mes compatriotes que le taiji quan est le fondement d’un corps sain et d’une nation forte. Si tous les camarades du pays l’étudiaient d’un même cœur, nous pourrions laver l’odieuse étiquette d’« hommes malades de l’Asie » : quel bonheur.

Quatrième rapport (黃君定良之報告), par Huang Dingliang

鄙人自前年身患傷寒以後。雖已治瘉。然身體殊甚虧弱。辦事頗覺乏力。且時有頭昏。雖經醫治。亦未見效。後聞練習太極拳。有却病延年之功效。故鄙人意擬加入拳社。以資進行。無奈經濟壓迫。無機會之可能。不勝悵悵。後幸得至友之義務敎授。得能如願以達目的。迄今年餘。日無間斷。雖未入門。然身體已覺恢復原狀。上患種種情形。均已無形銷滅。太極拳誠有意想不到之效力。此係鄙人之確實情形也。故特握筆紀之。以付本刊。尚希公鑒。

Depuis que j’ai eu la fièvre typhoïde l’avant-dernière année, bien que je fusse guéri, mon corps resta fort affaibli : je me sentais sans force dans mon travail et j’avais souvent des vertiges ; les soins reçus n’y firent rien. Ayant ensuite entendu dire que la pratique du taiji quan écarte la maladie et prolonge la vie, je souhaitai m’inscrire dans une société de boxe pour progresser ; mais la gêne financière m’en ôta la possibilité, au grand dépit. J’eus enfin la chance qu’un excellent ami m’instruise gratuitement, et je pus atteindre mon but. Voici plus d’un an que je pratique sans un jour d’interruption ; je n’ai pas encore franchi le seuil de la porte, mais mon corps me paraît revenu à son état premier et tous mes maux énumérés ci-dessus se sont évanouis sans laisser de trace. Le taiji quan a vraiment des effets inattendus : c’est là mon cas, en toute vérité. Aussi ai-je pris la plume pour l’écrire et le confier à ce cahier, dans l’espoir d’un accueil favorable.

十八年一月十七日

17 janvier de la dix-huitième année [1929].

Cinquième rapport (王君子謙之報告), par Wang Ziqian

子謙於丁卯年。因畢君之介紹。入致柔拳社。從陳微明陳志進二先生學。閱六月。卒受經濟之困。而輟學。然在家仍事練習。未嘗間斷。迄今二載。對於身心。覺暢快異於前。同志諸君曷習試之。

En l’année dingmao [1927], sur la recommandation de M. Bi, je suis entré à la Société de boxe de la souplesse atteinte, et j’ai appris auprès de MM. Chen Weiming et Chen Zhijin. Au bout de six mois, la gêne financière m’obligea à interrompre les cours ; mais j’ai continué de pratiquer chez moi, sans interruption, jusqu’à aujourd’hui, soit deux années. Pour ce qui est du corps et de l’esprit, je me sens bien plus à l’aise qu’auparavant. Camarades, pourquoi n’essaieriez-vous pas ?

Le taiji quan, remède aux maux et prolongement de la vie (太極拳却病延年詞), par Peng Zunlu

却病可以延年。夫人而知之矣。顧何由而能却病。則於病之來源。必先研究。方能設却除之法。而引延年齡。所謂對症施藥者也。人居大地之上。感陰陽。冒風雨。觸晦明。日處於六氣鼓盪激刺之中。苟無攝養調劑之法。鮮不為所侵襲而致衰弱。體魄精神。因以失靈。此自然界之病源也。

Écarter la maladie permet de prolonger la vie : tout le monde le sait. Mais par quel moyen écarter la maladie ? Il faut d’abord étudier son origine pour pouvoir établir la méthode de la repousser et, par là, gagner des années — c’est ce qu’on appelle « administrer le remède selon les symptômes ». L’homme habite sur la grande terre : il éprouve les influences du yin et du yang, affronte le vent et la pluie, subit l’obscurité et la lumière, et se tient chaque jour dans l’agitation et le stimulus des six influences atmosphériques. S’il n’a pas de méthode pour ménager et réguler sa santé, il est rare qu’il ne soit pas attaqué et affaibli, et que corps et esprit ne s’en trouvent privés de ressort. Voilà l’origine naturelle de la maladie.

吾人處世行事。隨所接而生念。大抵溺於聲色財貨之中。兢為貧得無厭之求。於是氣血耗傷。精神迷離。侵假而百病叢集。此放縱之病源也。六氣之侵襲。或可尤天之不仁。而放縱之戕伐。咎實在於個人。此病源之大別。不可不知者也。

Pour ce qui est de notre conduite dans le monde, les pensées naissent au gré de nos contacts : la plupart d’entre nous se noient dans les plaisirs des sens, la richesse et les biens, s’épuisant en convoitises jamais rassasiées ; de là le sang et le souffle se consument, l’esprit s’égare, et peu à peu les cent maladies s’assemblent. Telle est l’origine de la maladie par la démesure. Que les six influences atmosphériques nous attaquent, on peut s’en prendre à la dureté du Ciel ; mais les ravages de la démesure, c’est à l’individu lui-même qu’il faut les imputer. Ces grandes distinctions d’origine, il faut les connaître.

夫人之耽溺聲色。從流下而忘返者。豈其自欲戕伐哉。蓋謂藥石可以補助。有所恃而無恐也。夫藥石之功。得良醫之力。不過治標而已。故攖氣血耗傷之症由藥石而復元者。誠不多覯也。善治病者。必攷其病之源。而逆治於其未形之時。此所謂治病之本。治本之道。不在於身外之藥石。而在於身內之組織。

Ceux qui s’abandonnent aux plaisirs des sens et se laissent emporter sans retour veulent-ils donc se détruire ? Non : ils pensent que les remèdes peuvent y suppléer, et s’y fient pour se rassurer. Or la vertu des remèdes, même avec le secours d’un bon médecin, ne fait que traiter les symptômes. Aussi ceux qui guérissent par les seuls remèdes d’un épuisement du sang et du souffle sont-ils véritablement rares. Qui sait traiter la maladie en examine l’origine et la traite à contretemps, avant qu’elle n’ait pris forme : c’est ce qu’on appelle traiter la maladie à la racine. La voie du traitement à la racine ne réside pas dans des remèdes extérieurs au corps, mais dans l’organisation intérieure du corps.

人之生也。秉天地之靈氣。分佈於全身為三大要素。曰精。曰氣。曰神。精為精髓。氣為氣血。神為神志。之三者。天所予吾以自衞者也。洵能維護培養。則精髓日以强固。氣血日以充實。神志日以淸明。由是而六脈調和。腠理舒暢。六氣無自而侵。邪念無自而萌。百病不却而自却。苟非自殺。或罹災禍。欲期不壽。可得乎哉。

L’homme, en naissant, reçoit l’esprit subtil du Ciel et de la Terre, réparti dans tout le corps en trois éléments majeurs : l’essence (精), le souffle (氣) et l’esprit (神). L’essence est la moelle ; le souffle est le sang et sa circulation ; l’esprit est la conscience. Ces trois choses, le Ciel nous les a données pour nous défendre nous-mêmes. Si l’on sait vraiment les entretenir et les nourrir, l’essence se raffermit de jour en jour, le sang et le souffle deviennent chaque jour plus pleins, et la conscience plus lucide. De là les six pouls s’harmonisent, la peau et les méridiens s’assouplissent, les six influences atmosphériques ne peuvent plus pénétrer, les pensées perverses ne peuvent plus germer, et les cent maladies s’écartent sans qu’on les repousse. À moins de se donner la mort ou d’être frappé par un malheur, comment ne pas vivre longtemps ?

然則以何術而能維護培養此精氣神之三大元素哉。曰惟運動。夫運動為衞生之要訣。固盡人而知之矣。其法有二。曰內功。曰外功。外功舉動粗暴。用氣驟促。如踢球。擊棍。騎射之類。苟非年齡幼壯。指導得當。鮮不發生流弊。是故講外功者。有所戒守。犯則必傷。內功。以凝神運氣。舒暢血脈為歸納。老少咸宜。有益無損。

Mais par quel art entretenir et nourrir ces trois grands éléments, essence, souffle et esprit ? Par l’exercice, et par lui seul. L’exercice est en effet la clé de l’hygiène, nul ne l’ignore. Il est de deux sortes : le travail interne et le travail externe. Le travail externe a des mouvements rudes et un souffle brusque et court : jouer au ballon, frapper d’un bâton, tirer à l’arc à cheval, et autres du même genre. À moins d’être jeune et vigoureux et bien guidé, il est rare qu’il n’entraîne des abus : aussi comporte-t-il des interdits, dont la transgression blesse à coup sûr. Le travail interne, lui, se ramène à fixer l’esprit et faire circuler le souffle, à rendre le sang et les vaisseaux fluides : il convient aux jeunes comme aux vieux, il est bénéfique et sans dommage.

夫氣者。精之元也。氣充則精自固。氣者。神之盛也。氣宣則神自聰。精固神聰。則體魄健全矣。吾國舊時運動。厥惟拳術。拳術者。乃求一種目的之功效。而作一種秩序之動作也。故有少林武當。八叚經之派別。為法各異。立名不同。而其中最穩當而脫除火氣者。獨推武當派中之太極一法。

Or le souffle est la source de l’essence : quand le souffle est plein, l’essence se raffermit d’elle-même. Le souffle est ce qui fait la vigueur de l’esprit : quand le souffle circule, l’esprit s’avive de lui-même. Essence raffermie et esprit avivé, le corps est sain et complet. L’exercice des temps anciens, chez nous, n’était autre que l’art de la boxe : la boxe cherche l’efficace d’un but déterminé par des mouvements ordonnés. De là les écoles de Shaolin, de Wudang, du Baduanjin, avec des méthodes et des noms différents ; et parmi elles, la plus sûre et celle qui ôte le mieux le feu intérieur est précisément la méthode du taiji, dans l’école de Wudang.

是法也。以靜制動。以柔克剛。化拙力而益精氣。習久功深。能使全身各部。意到神到。神到氣到。氣到而精力皆到。且其功無止境。妙玄參化。苟能專恆不怠。運用中度。則神志淸爽。思想靈敏。交人接物。旡往不宜。豈曰却病延年巳哉。此所以以太極命名。而景從之者之多也。

Cette méthode maîtrise le mouvement par le calme et triomphe de la fermeté par la souplesse ; elle fond la force maladroite et accroît l’essence et le souffle. Avec une longue pratique et un travail approfondi, elle permet, dans toutes les parties du corps, que « là où va l’intention, l’esprit aille ; là où va l’esprit, le souffle aille ; là où va le souffle, l’énergie arrive ». Et son œuvre n’a pas de limite, sa merveille pénètre la transformation. Si l’on s’y consacre avec constance, sans hâte ni excès, la conscience devient limpide, la pensée vive, et dans les rapports humains tout ce que l’on fait est juste. Peut-on dire qu’elle se limite à écarter la maladie et prolonger la vie ? Voilà pourquoi on la nomme du nom du taiji, et pourquoi tant de gens la prennent pour modèle.

Réflexions pour le premier anniversaire du club de taiji quan de l’YMCA (靑年會太極拳術班週年紀念感言), par Peng Zunlu, du district de Wu

嘗聞歐洲人士。稱吾中國為遠東病夫。明目張膽。肆無忌憚。嗚呼。何欺吾之甚焉。吾國人對之。當如何發奮激勵而洗滌斯恥哉。夫吾中國。地大民衆。品豐物阜。文化之根基最深。禮敎之覆育最廣。故在昔時。附庸屬地。遠及遐荒。方物貢献。充盈府庫。宣文揚武。聲敎訖於海外。柔遠懷近。九服咸欽。此皆布在方策。世所共知。當吾國隆盛之時。彼稱吾病夫者。大都猶習草野之氣。相攫相殘。類同爪牙。

J’ai souvent entendu des Européens appeler notre Chine « l’homme malade de l’Extrême-Orient », sans vergogne ni retenue. Hélas ! jusqu’où nous a-t-on outragés ! Comment nos compatriotes devraient-ils s’exciter à effacer cette honte ? Notre Chine est vaste, son peuple nombreux, ses produits abondants ; c’est là que les fondements de la culture sont les plus anciens et où l’instruction des rites s’est répandue le plus loin. Aussi, dans les temps passés, des territoires vassaux s’étendaient jusqu’aux confins désolés, les tributs de produits locaux remplissaient les trésors, l’on proclamait la culture et l’on étendait les armes, et l’influence civilisatrice atteignait les mers lointaines ; on apaisait les lointains, on attachait les proches, et les neuf régions vénéraient toutes. Tout cela est consigné dans les annales et connu du monde. Or, du temps de la splendeur de notre pays, ceux qui nous appellent aujourd’hui « hommes malades » vivaient pour la plupart encore à la manière des sauvages, se déchirant et s’entre-tuant comme des bêtes à griffes.

是故羅馬。得以蕞爾之地。提少數之衆。越險涉深。馳騁遠地。智取威脅。雄覇全歐。彼向以悍强驍勇自矜之種族。羣列於臣妾奴隸之儔倫。含垢忍辱。仰承色笑。嗚呼。徒力安所用哉。

C’est ainsi que Rome, d’un territoire minuscule, avec une poignée d’hommes, franchit les périls, s’enfonça dans les profondeurs, chevaucha au loin, prenant par ruse ou intimidant, et domina toute l’Europe. Ces peuples qui se vantaient d’être farouches, forts et vaillants furent rangés en foule parmi les serviteurs et les esclaves, avalant les affronts, endurant les humiliations, quêtant un sourire. Hélas ! à quoi sert la seule force brutale ?

然而羅馬席捲歐土。不以仁政懷柔其民。而以專制窒梏其身。暴民政治。理無久亨。如秦之於六國。力取虐治。民不堪命。積漸發暴。終於淪亡。

Et pourtant Rome, après avoir balayé l’Europe, ne gouverna pas les peuples par une politique bienveillante, mais les opprima par le despotisme. Un pouvoir tyrannique ne peut, par nature, durer longtemps : tel le Qin à l’égard des six royaumes, conquérant par la force et gouvernant par la cruauté, jusqu’à ce que le peuple, incapable de supporter le joug, se révoltât peu à peu et que l’empire finît par périr.

余嘗思歐洲各國。種族龐雜。習俗不同。貌似親善。心實叵測。積極爭勝。不奪不饜。目前聯絡。無非偏安。乃復不自儆惕。效尤羅馬。欺凌寡弱。以病夫稱吾中國。嗚呼。吾國人苟有血氣。可安忍坐視而不奮起也哉。

Je pensais naguère que les nations d’Europe, aux races mêlées et aux coutumes diverses, paraissaient s’entendre alors qu’elles se soupçonnaient au fond, rivalisant sans relâche, insatiables de conquêtes, et que leurs ententes n’étaient qu’un repos provisoire. Or, loin de se tenir en garde, elles imitent Rome, oppriment les faibles et les minorités, et appellent notre Chine « l’homme malade ». Hélas ! si nos compatriotes ont encore quelque sang dans les veines, comment pourraient-ils rester les bras croisés sans se lever ?

雖然。為斯語者。必有所根據。必透悉吾國之民情事理。乃敢顯然譏訕而不懼。蓋非獨不懼吾國人之憤懣而仇恨也。且幷不懼世界公論之非議。此其中必大有因在矣。

Et pourtant, ceux qui tiennent ce langage doivent avoir leurs raisons : il faut qu’ils connaissent à fond les mœurs et les affaires de notre pays pour oser nous railler si ouvertement et sans crainte — crainte non seulement de notre ressentiment et de notre haine, mais aussi du blâme de l’opinion mondiale. Il y a là sûrement de fortes raisons.

問嘗省察吾國人之習性。以與歐洲各國相較。不禁廢然若失。默然而痛於心也。夫病者。不健全之謂也。曷觀吾國之政治。商務。農事。實業之情形乎。實無一端可得稱為健全也。自海禁開放。各國人士。接踵而至。游歷傳敎。靡所弗屆。與吾各界人士相親習者。已逾百年。宜其知吾之深而言之刻也。

Si j’examine les dispositions de nos compatriotes et les compare à celles des nations d’Europe, je ne puis m’empêcher de me sentir défaillir et de souffrir en silence. « Malade », c’est-à-dire « qui n’est pas sain ». Regardez donc la politique, le commerce, l’agriculture, l’industrie de notre pays : il n’est véritablement pas un domaine qui mérite d’être dit sain. Depuis l’ouverture des mers interdites, les gens de tous les pays sont venus l’un après l’autre, voyageurs et missionnaires, partout ; voici plus d’un siècle qu’ils fréquentent nos gens de tous milieux : il est naturel qu’ils nous connaissent à fond et qu’ils en parlent avec une telle mordacité.

夫物間則纛。人間則廢。吾國人民。狃於間散。不求振作。故思慮不專。事鮮成功。以今日强食弱肉之時。而復相習於間。宜其有病夫之名稱矣。然則何由而能健全自强乎。曰惟精神。惟毅力。蓋國之本在民。民强則國自强。故謀國者。必先樹人。樹人之道。必先講究體育。體育發達。則精神毅力皆備。精神毅力旣備。則慮深行篤。可以任重致遠。臨大節而不懼。處患難而不變。蘊而藏之為潛德。行而宜之成大業。此卽浩然之氣。以直養而無害之謂也。

Ce qu’on néglige tombe en poussière ; l’homme qui s’abandonne est perdu. Notre peuple, accoutumé à la nonchalance, ne cherche pas à se ressaisir : aussi ses pensées sont-elles dispersées et ses entreprises rarement menées à bien. À une époque où le fort dévore le faible, continuer à cultiver la nonchalance : il est juste que le nom d’« hommes malades » nous échoie. Comment donc devenir sains et forts ? Par l’esprit et par la volonté tenace. Car la racine d’une nation est dans son peuple : si le peuple est fort, la nation se fortifie d’elle-même. Aussi celui qui gouverne doit-il d’abord former des hommes, et former des hommes commence par l’éducation physique. Quand l’éducation physique est florissante, l’esprit et la volonté sont assurés ; et lorsqu’on possède l’esprit et la volonté, la pensée devient profonde et l’action ferme : on peut porter de lourdes charges et aller loin, affronter les grandes épreuves sans peur, traverser les adversités sans changer. Ce que l’on garde caché devient une vertu intime ; ce que l’on met en œuvre devient une grande œuvre. C’est cela qu’on appelle le « souffle généreux, nourri par la droiture et sans dommage ».

凡吾國人。無論老幼少壯。皆當以體育與學問道德。切實講求。務使通國人民。皆有健全軀幹。淸爽神志。庶幾百廢俱舉。而可與世界各國相抗衡矣。

Que tous nos compatriotes, vieux comme jeunes, adolescents comme adultes, cultivent sérieusement l’éducation physique en même temps que le savoir et la morale ; faisons en sorte que tout le peuple ait un corps sain et un esprit clair : alors les cent entreprises en souffrance seront menées à bien, et nous pourrons nous mesurer aux nations du monde.

體育之法。厥惟國技。而國技之中。又以太極拳為最有精味。其為術。威而不猛。溫而含厲。不以好勇鬥狠為效用。而以養精蓄氣為主功。故於老幼男女。無不相宜。洵體育之中道。樹人之要素也。

Le moyen de l’éducation physique, c’est l’art national ; et parmi les arts nationaux, le taiji quan est celui qui a le plus de saveur fine. Son art est autoritaire sans être violent, doux en gardant de la rigueur ; il ne tire pas son efficace de la bravade ni de la brutalité, mais a pour travail principal de nourrir l’essence et d’emmagasiner le souffle. Aussi convient-il également aux vieux et aux jeunes, aux hommes et aux femmes : c’est vraiment la voie moyenne de l’éducation physique, l’élément essentiel de la formation des hommes.

余向以小學體育。為救國要着。曩在北平靑年會。亦經提創國技。旋以差事出國。未能始終其事。現在政府提創於上。學校中幷有以國術編入課程者。乃額手稱慶。以為樹人之根本已立。國家之强盛有期。非歐洲人士之譏辱。或猶不能猛省如是之速。古人所謂。必有忍事乃有濟。故余始以謂歐洲人士以病夫之名稱辱吾。今乃知歐洲人士以病夫之名稱激吾。嗚呼。吾國人其猛省焉。

J’ai toujours considéré l’éducation physique à l’école primaire comme une tâche essentielle du salut national. Jadis, à l’YMCA de Beiping, j’ai aussi œuvré à promouvoir les arts nationaux, mais une mission à l’étranger m’empêcha de mener l’affaire jusqu’au bout. Aujourd’hui le gouvernement les encourage d’en haut, et des écoles inscrivent même les arts martiaux à leur programme : je m’en réjouis en me frottant les mains, estimant que la racine de la formation des hommes est posée et que la puissance de la nation a son heure. Sans les railleries et les insultes des Européens, peut-être n’aurions-nous pas connu si vite un tel sursaut. Les anciens disaient : « il faut savoir endurer pour réussir ». Au commencement, je pensais donc que les Européens nous couvraient de honte en nous appelant « hommes malades » ; aujourd’hui je comprends qu’ils nous aiguillonnent. Hélas ! que mes compatriotes s’en avisent enfin.

Reproduction : M. Chu Minyi traite de l’utilité du taiji quan (轉錄褚民誼先生論太極拳之功用)

拳術所以鍛鍊身心。振奮精神也。然我國拳術。源流甚古。因其姿勢功用之不同。而派別名稱亦異。有以險奇為貴者。有以平易為貴者。則不盡皆能發達體育。而入主出奴。又紛呶無已。第溯其源流。則不外兩家。卽武當與少林是。武當主柔勁蓄於內。少林主剛勁顯於外。晚近以還。少林之勢甚盛。流傳愈廣。門類派別亦愈衆。相率標新立異。超尚險奇。漸有失却體育本旨之勢。初學者習之。輒事倍而功半。體弱者習之。尤害多而利少。故余殊所不取。太極拳者。內家拳術中之最平易而最能發達體育者也。故余嗜之特甚。無間寒暑。日必習之。習之旣久。愈覺其奧妙無窮。其功用之偉。優點之多。誠非其他拳術所可企及。茲分為姿勢,動作,用意,發勁,靈巧,養生,數種述之如下。

L’art de la boxe sert à tremper le corps et l’esprit et à ranimer l’énergie vitale. Or les arts martiaux de notre pays remontent à une haute antiquité : leurs postures et leurs usages diffèrent, et par suite les écoles et leurs noms aussi. Certains prisent l’étrange et le surprenant, d’autres la simplicité et la facilité ; tous ne sont donc pas également propres à développer le corps, et les esprits de clocher — « entrer maître, sortir esclave » — font un bruit sans fin. Si l’on remonte à leur origine, on ne trouve finalement que deux courants : Wudang et Shaolin. Wudang prône la souplesse, la puissance accumulée à l’intérieur ; Shaolin la fermeté, la puissance manifestée au-dehors. Depuis les temps récents, la tendance Shaolin est fort en vogue ; plus elle se répand, plus les variétés et les écoles se multiplient, chacune cherchant à se singulariser et prisant l’étrange et le surprenant, au point de s’écarter peu à peu du but premier de l’éducation physique. Le débutant y dépense deux fois l’effort pour la moitié du résultat, et le sujet de faible complexion y trouve encore plus de dommage que de profit : c’est pourquoi je ne les retiens guère. Le taiji quan, lui, est de tous les arts de l’école interne le plus simple et le plus propre à développer le corps. Aussi y ai-je pris un goût extrême : sans distinction de froid ni de chaud, je le pratique chaque jour. Plus je le pratique, plus j’en découvre les profondeurs infinies. La grandeur de son utilité et le nombre de ses mérites ne peuvent vraiment être égalés par aucun autre art. Je les expose ci-dessous en plusieurs rubriques : posture, mouvement, usage de l’intention, émission du jin, habileté, entretien de la vie.

1. La posture (姿勢)

太極拳之姿勢甚夥。總合之有五行八卦之分。是謂十三勢。何謂五行。進,退,顧,盼,定,是也。何謂八卦。掤,捋,擠,按,採,挒,肘,靠,是也。以上十三種之姿勢。為學太極者所必經之途徑。使吾人逐日演習之不稍間斷。則若干年後。歷練旣深。拳術中之精奧。自能闡發無遺。而獲益匪淺。

Les postures du taiji quan sont fort nombreuses ; dans l’ensemble, elles se répartissent selon les cinq éléments et les huit trigrammes, ce qu’on appelle les treize dynamiques. Que sont les cinq éléments ? Avancer, reculer, se tourner à gauche, se tourner à droite, et rester au centre. Que sont les huit trigrammes ? Parer (掤, peng), rouler en arrière (捋, lü), presser (擠, ji), pousser (按, an), cueillir (採, cai), fendre (挒, lie), le coude (肘, zhou), l’appui de l’épaule (靠, kao). Ces treize postures sont le chemin obligé de qui étudie le taiji ; si nous les pratiquons chaque jour sans la moindre interruption, alors après quelques années d’expérience approfondie, les secrets de l’art se dévoileront d’eux-mêmes et le profit sera loin d’être mince.

2. Le mouvement (動作)

太極拳之動作。須慢而匀。蓋外家拳術。雖見速效。而流弊滋甚。若太極拳則以活動筋骨為主。故一切運動。以柔和為上。惟其慢,始能柔。惟其匀,始能和。且各種動作。俱成圜形。而一圜之中。虛實變化生焉。其無窮之奧妙。卽在此虛實變化之中。初學者或未能知。習之旣久。則得心應手。趣味無窮。旣足以舒展筋骨。又能調和血氣。可謂身心並修。最合於發達體育之道者。

Les mouvements du taiji quan doivent être lents et réguliers. Les arts de l’école externe montrent sans doute des résultats rapides, mais ils entraînent bien des abus. Le taiji quan, lui, a pour principe de mettre en mouvement tendons et os : dans tous ses exercices, la douceur est ce qu’il y a de meilleur. C’est parce qu’il est lent qu’il peut être souple ; c’est parce qu’il est régulier qu’il peut être harmonieux. En outre, ses mouvements ont tous une forme circulaire, et c’est dans le cercle que naissent les transformations du vide et du plein. Ses secrets infinis résident précisément dans ces transformations. Le débutant ne le conçoit peut-être pas ; avec une longue pratique, la main obéit au cœur et l’intérêt est sans fin. L’art suffit à délier tendons et os et sait aussi harmoniser le sang et le souffle : on peut dire qu’il cultive ensemble le corps et l’esprit, et c’est la méthode la plus conforme au développement physique.

3. L’usage de l’intention (用意)

太極拳練習時。純任自然。不尚用力用氣。而尚用意。用力則笨。用氣則滯。是故沉氣鬆力為要。氣沉則吸呼調和。力鬆則發展先天之力而排除後天之力。蓋先天之力乃固有之力。後天之力則勉强之力。前者其勢順。後者其勢逆。太極拳主逆來順受。以順制逆。故不須用過分之力。惟外家之拳術。其用力用氣。每屬於勉强。强人以難能。故謂之硬工。習之不當。流弊滋多。且習硬工者。其力已盡量用出。毫無含蓄。雖習之多年。表面似有增進。實則其內部之力。並未加長。譬猶勞動者終日工作。非不用力也。然其所有之力。皆已盡量用去。並無積蓄。故勞動若干年年後。其力依然如故。外家之硬工亦若是耳。若太極拳雖不用過分之力與氣。而能運用意志。惟其能運用意志。故能使其力蓄於內不流露於外。氣沉於丹田不停滯于胸膛。惟其不用過分之力與氣。故習之旣久。積蓄之氣力乃愈大。至必要時。乃能運動自如。毫無困難與勉强。此則太極拳之特長。非外工所能及也。

Dans la pratique du taiji quan, on suit purement la nature : on ne prise ni la force ni la dépense de souffle, mais l’intention. User de la force rend gauche ; user du souffle rend engorgé. Aussi l’essentiel est-il de faire descendre le souffle et de relâcher la force. Quand le souffle descend, la respiration s’harmonise ; quand la force se relâche, on développe la force innée et l’on écarte la force acquise. Car la force innée est une force qui nous est propre, la force acquise une force forcée. La première a une énergie fluide, la seconde une énergie contraire. Le taiji quan prend le contre-pied : il reçoit ce qui vient à contretemps et maîtrise le contraire par le fluide ; il n’a donc pas besoin d’un effort excessif.

Les arts de l’école externe, au contraire, usent toujours de la force et du souffle de manière forcée, imposant à l’homme ce qui lui est difficile : c’est pourquoi on les appelle « travaux durs ». Mal pratiqués, leurs abus sont nombreux. Et celui qui pratique les travaux durs dépense toute sa force sans rien réserver : même après des années de pratique, il semble progresser en surface alors qu’en réalité sa force intérieure ne s’accroît pas. C’est comme le travailleur qui peine toute la journée : ce n’est pas qu’il n’use pas de force, mais il la dépense entièrement, sans rien accumuler ; aussi, après des années de labeur, sa force reste la même. Il en va de même des travaux durs de l’école externe.

Le taiji quan, au contraire, sans recourir à un effort ni à un souffle excessifs, sait employer la volonté. Et parce qu’il sait employer la volonté, il accumule sa force à l’intérieur sans la laisser paraître au-dehors et fait descendre le souffle au dantian au lieu de le laisser stagner dans la poitrine. Et parce qu’il n’use ni d’effort ni de souffle excessifs, plus on le pratique longtemps, plus s’accroissent la force et le souffle accumulés, si bien qu’au moment nécessaire on agit avec aisance, sans difficulté ni contrainte. Telle est la qualité propre du taiji quan, que les travaux externes ne peuvent atteindre.

4. L’émission du jin (發勁)

勁有剛柔之別。何謂剛勁。無論其勁之大小。含有抵抗性而一往無前者,謂之剛勁。何謂柔勁。隨敵勁以為伸縮。而不加抵抗者,謂之柔勁。太極拳之妙處。在於與人交手時。不先取攻勢。而能接受敵人之勁。初不加以抵抗。以其黏柔之力。化去敵人頑强之勁。待敵人一擊不中。圖謀再舉之時。然後蹈瑕抵隙。順其勢而反守為攻。則敵人力竭之餘。重心移動。鮮有不失敗者。蓋太極拳之動作。本為無數圜形。而圜形之中。則為重心所在。處處立定脚跟。雖敵人發勁極强。而以逆來順受之法引之入殼。待敵人之力旣出。重心旣失。然後從而制之。所謂避實就虛。以柔勝剛之法也。

Le jin se distingue en ferme et en souple. Qu’appelle-t-on jin ferme ? Quel que soit son degré, celui qui comporte une qualité de résistance et va droit devant sans retour. Qu’appelle- t-on jin souple ? Celui qui s’allonge et se contracte au gré du jin de l’adversaire sans y ajouter de résistance.

La beauté du taiji quan est que, dans un échange, il ne prend pas d’abord l’offensive, mais sait recevoir le jin de l’adversaire sans y résister au début, et fondre par sa force adhérente et souple le jin obstiné de l’autre. Puis, quand l’adversaire a manqué son coup et s’apprête à recommencer, on profite de la faille, on épouse son élan et l’on passe de la défense à l’attaque : sa force épuisée, son centre de gravité se déplace, et il est rare qu’il ne perde pas. Car les mouvements du taiji quan sont par nature d’innombrables cercles, et au centre du cercle réside le centre de gravité ; on garde partout les talons bien posés. Même si l’adversaire émet un jin très fort, on l’attire dans la carapace par la méthode qui reçoit ce qui vient à contretemps ; puis, sa force une fois sortie et son équilibre une fois perdu, on le maîtrise. C’est là ce qu’on appelle éviter le plein et viser le vide, vaincre la fermeté par la souplesse.

5. L’habileté (靈巧)

語云,熟能生巧。太極拳卽本此意以從事。而深得個中三昧者。故太極拳之精粗。以工夫之深淺為斷。蓋工夫深,則於其中之虛實變化皆已了然。旣了然於虛實之變化。則能於虛實變化中。求出巧妙之途徑。故其所用之力輕靈圓活。以視外工之用力專注於一隅成為死笨之力者。迴乎不同。且因其不用過分之力與氣。故能持久而不敝。因其動作為圜形。故能處處穩定重心。重心穩定。則基礎鞏固。無慮外力之侵矣。

Le proverbe dit : « l’habitude engendre l’adresse. » Le taiji quan procède de cette idée, et qui en saisit le secret en profondeur sait que son degré de finesse se mesure à la profondeur du travail. Quand le travail est profond, les transformations du vide et du plein sont pleinement évidentes ; et lorsqu’elles sont évidentes, on sait trouver dans ces transformations les chemins de l’adresse. Aussi la force employée est-elle légère, agile, ronde et vive, tout le contraire de la force morte et gauche des travaux externes, qui concentrent l’effort sur un seul point. En outre, comme il n’use pas d’un effort ni d’un souffle excessifs, il dure sans s’user ; et comme ses mouvements sont circulaires, il stabilise partout son centre de gravité. Le centre de gravité étant stable, la base est solide, et l’on n’a plus à craindre l’agression d’une force extérieure.

6. L’entretien de la vie (養生)

拳術本屬體育之一種。自以養生為主要。然此非所論於外家之硬工。惟太極拳始眞能養生。無論强弱老幼。均可練習。吾人身體之發達。貴能平均。在生理上均有一定之程序。劇烈之運動。固不合於此種程序。結果多得其反。太極拳之動作。則輕輭異常。而一動全身皆動。於全身任何部份。均無偏陂之弊。且因其動作柔和輕靈。故能調和氣血。陶養性情為最合於生理上之程序。能使身體平均發達者。且練習之時。無須用過分之力與氣。雖老弱病夫。亦不難為之。所謂却病延年。洵非虛語

L’art de la boxe relève de l’éducation physique et a donc naturellement pour principal objet l’entretien de la vie ; mais cela ne vaut pas des travaux durs de l’école externe. Seul le taiji quan sait vraiment entretenir la vie : forts ou faibles, vieux ou jeunes, tous peuvent le pratiquer. Il importe que le corps se développe de façon équilibrée, car il existe en physiologie un ordre déterminé ; les exercices violents n’y sont pas conformes et leurs résultats sont souvent contraires. Les mouvements du taiji quan, au contraire, sont d’une extrême légèreté, et un seul mouvement met en branle tout le corps, sans risque de surmener une partie au détriment des autres. Et parce que ses mouvements sont doux, légers et agiles, ils harmonisent le sang et le souffle et forment le caractère, au plus près de l’ordre physiologique, en assurant un développement équilibré du corps. Enfin, la pratique n’exige ni effort ni souffle excessifs : même un vieillard faible ou un malade y parvient sans peine. Le mot « écarter la maladie, prolonger la vie » n’est vraiment pas un vain mot.

吾國武術不講久矣。自首都有國考之舉。樹之風聲。以為模楷。一時各地紛起響應。集會結社。共事研討。尚武之精神日暮。而自强之風靡一時。不佞固忝居於提倡之列。而性喜研究國術。曾經參與國考者。國考之成績如何。有主試之評斷在。茲不欲深論。獨惜考試時所表演者。類多外家之硬工。習內家者較少。而於太極拳為尤尠。此則坐於外家之姿勢。慣為險奇怪異。足以驚世駭俗。內家則不以猛勇見長。而以功用為主。故世人多忽視之。實則吾人研究國術。乃以之强健身體。非以之眩奇矜異。又何取乎猛勇與險怪。而不擇善之是從。內家之拳術。雖不以猛勇見長。乃以柔軟取勝。是能强健身體。太極拳則為內家拳術之精華。最合於養生之旨者。且吾人提倡國術。在使國術科學化。則太極拳為亲經科學化之國術。是故吾人提倡國術。應自提倡太極拳始。應竭力闡明其精奧。發揚其竅要。以求其普及。爰草此篇。述其功用之一班。以質諸世之一般研究國術者。

Notre pays négligeait ses arts martiaux depuis longtemps. Depuis le concours national organisé dans la capitale, un signal a été donné et un modèle établi ; aussitôt, partout, on y a répondu en formant des associations et des sociétés pour étudier ensemble. L’esprit martial s’est répandu de l’aube au soir et l’élan d’auto-renforcement a soufflé un moment. Pour ma part, j’ai l’honneur de figurer parmi ceux qui les promeuvent, car j’aime étudier les arts nationaux, et j’ai pris part au concours national : quel en fut le résultat, le jugement des examinateurs en fait foi, et je ne veux pas m’y étendre ici. Je regrette seulement que, lors des épreuves, la plupart des démonstrations aient été des travaux durs de l’école externe, les pratiquants de l’école interne étant peu nombreux et ceux du taiji quan encore plus rares. Cela tient à ce que les postures de l’école externe sont habituellement étranges et surprenantes, propres à stupéfier le monde et à effaroucher le vulgaire, tandis que l’école interne ne brille pas par la vaillance fougueuse mais vise à l’efficacité pratique : aussi le public la néglige-t-il souvent. En vérité, l’étude des arts nationaux a pour but de fortifier le corps, non d’éblouir par la bizarrerie ni de se glorifier d’être différent : pourquoi donc préférer la fougue et l’étrangeté au lieu de choisir simplement le meilleur ?

Les arts de l’école interne ne brillent pas par la vaillance, mais l’emportent par la souplesse et savent fortifier le corps. Le taiji quan est la quintessence des arts de l’école interne et le plus conforme à l’entretien de la vie. De plus, promouvoir les arts nationaux consiste à les rendre scientifiques ; or le taiji quan est précisément un art déjà scientifique. Aussi la promotion des arts nationaux doit-elle commencer par celle du taiji quan, en en expliquant de toutes ses forces les subtilités, en en faisant valoir les points essentiels et en visant à sa diffusion. J’ai donc rédigé ce texte, exposant une partie de son utilité, pour le soumettre à tous ceux qui étudient les arts nationaux.

Règlement provisoire du club de taiji quan (太極拳術班暫定規則)

一本班定名為太極拳術班

二由靑年會聘請太極拳專家為本班主任敎練

三敎師以楊澄甫派為標準

四現任幫敎三人應請靑年會酌量資貼車費每人約以十元為標準

五本班課程俟聘定敎師後再行議訂

六本班須確定基本班員

七非靑年會會員不得加入本班

八本班原有委員會應繼續存在襄助靑年會體育部管理本班一切事宜所有組織規條送交體育部備案

  1. Le club prend pour nom « classe de taiji quan ».
  2. L’YMCA engagera des experts du taiji quan comme instructeur en chef du club.
  3. L’enseignement des professeurs suivra la méthode de Yang Chengfu.
  4. Les trois instructeurs adjoints en fonction recevront de l’YMCA une indemnité de déplacement d’environ dix yuans chacun.
  5. Le programme du club sera arrêté après l’engagement des professeurs.
  6. Le club devra déterminer ses membres de base.
  7. Nul ne pourra rejoindre le club s’il n’est membre de l’YMCA.
  8. Le comité existant du club continuera d’exister et d’assister le service d’éducation physique de l’YMCA dans la gestion de toutes les affaires du club ; tous les règlements d’organisation seront transmis au service d’éducation physique pour y être enregistrés.

Règlement du comité du club de taiji quan (靑年會太極拳術班委員會規則)

宗旨

本班為統一事宜籌畫改良特組織委員會

委員人數

委員人數定為九人由本班同人推舉

職員

委員會設主席一人副主席一人書記一人司庫一人由各委員亙選充任

任期

委員會委員職員任期以一年為期得連選連任職員有缺席或假離者由出席委員中補充委員中有長期離往他處者由本班同人選補遺缺

會期

委員會每兩星期開會一次每次出席委員過半人數為法定數

職務

規定課程 維持秩序 攷核成績 規畫儀器 籌備演說 保管存品損項 舉辦同樂事宜 協助體育部計畫改良事宜及發揚國技

議决事件辦法

委員會議决事項應用書面交靑年會幹事部執行或請幹事轉送董事會解决

1. Objet. Le club organise un comité spécial pour unifier les affaires et préparer les améliorations.

2. Nombre de membres. Le comité est fixé à neuf membres, élus par les membres du club.

3. Bureau. Le comité se dote d’un président, d’un vice-président, d’un secrétaire et d’un trésorier, choisis par les membres du comité en leur sein.

4. Durée des fonctions. Les membres du comité et du bureau exercent pour un an, avec possibilité de réélection. En cas d’absence ou de congé d’un membre du bureau, ses fonctions sont assurées par un membre présent du comité ; si un membre du comité s’absente longtemps ou part ailleurs, le club élit un remplaçant pour le poste vacant.

5. Réunions. Le comité se réunit une fois toutes les deux semaines ; la présence de plus de la moitié des membres fait le quorum.

6. Attributions. Fixer les programmes, maintenir l’ordre, évaluer les résultats, prévoir le matériel, préparer les causeries, conserver les objets et réparer ceux qui sont endommagés, organiser des distractions communes, assister le service d’éducation physique dans ses projets d’amélioration et promouvoir l’art national.

7. Voie des décisions. Les résolutions du comité sont transmises par écrit au secrétariat de l’YMCA pour exécution, ou bien celui-ci les transmet au conseil d’administration pour règlement.


Notes

  1. Le cadre. Le « club de taiji quan » (太極拳班) de Shanghai est une émanation du service d’éducation physique de l’Young Men’s Christian Association (YMCA), dont le directeur était Ling Xitao (凌希陶). Il ouvre le 27 novembre 1928 et compte près de cent membres un an plus tard ; la cotisation y est gratuite, le local spacieux, et l’on peut se baigner après la séance — trois avantages que les auteurs opposent aux sociétés privées de la ville.
  2. Les instructeurs. L’enseignement bénévole est assuré par Xie Dexuan (謝德軒), élève de Yang Shaohou, présenté ici comme appartenant à la lignée de Yang Chengfu ; le président du club est Bi Zibi (畢子陛), et plusieurs signataires (Qiu Zuwang, Bi Zibi, Wang Weizhang) viennent de la Société de boxe de la souplesse atteinte (致柔拳術社), fondée à Shanghai par Chen Weiming (陳微明), dont le Taiji quan shu (1925) et le Taiji da wen sont traduits ailleurs sur ce site.
  3. Les trois trésors (精氣神). Peng Zunlu développe la triade classique jing (essence), qi (souffle) et shen (esprit), qu’il présente comme les trois éléments que le Ciel a donnés à l’homme pour se défendre lui-même, et qu’il faut entretenir par le travail interne (內功) plutôt que par le travail externe (外功).
  4. Les listes de postures. La liste des quatre-vingt-quatorze postures à mains nues et celle des quarante-neuf postures de l’épée suivent la numérotation du cahier de 1929, qui correspond à l’enchaînement de la lignée Yang tel qu’on l’enseignait alors à Shanghai ; les noms sont donnés ici en français, avec le chinois dans la citation qui précède. On notera que le cahier écrit 抎手 là où les manuels modernes portent 雲手 (yun shou, « mains comme des nuages »), et que 十三勢 y est rendu par « treize postures » ou « treize dynamiques ».
  5. Le contexte politique. L’essai de Peng Zunlu et le rapport de Wang Weizhang font écho au discours réformateur de l’époque sur les « hommes malades de l’Asie » (東亞病夫) et à la nécessité de « fortifier la race » par l’éducation physique ; le cahier paraît deux ans après le concours national d’arts martiaux de Nankin (1928), qui avait mis le taiji quan en vedette.
  6. Textes non traduits. Le cahier ne comporte, en dehors des pièces traduites ci-dessus, aucun texte chinois omis ici : l’ensemble des articles, témoignages et règlements a été traduit, ainsi que les légendes des photographies. Les photographies des postures n’ont pas de descriptions détaillées dans l’original.

Source : « Cahier du premier anniversaire du club de taiji quan de l’YMCA » (青年會太極拳班週年特刊), Shanghai, douzième mois de la dix-huitième année de la République [décembre 1929]. Aucun auteur unique : préface de Peng Yuyi (彭欲義, de Wuxian), essais de Xie Dexuan (謝德軒), Bi Zibi (畢子陛), Sheng Xiaoxian (盛效賢), Shen Junwen (沈濬文), Qiu Zuwang (邱祖望), Peng Zunlu (彭遵路), rapports de Xu Keting (徐可亭), Hu Shengchu (胡省初), Wang Weizhang (王為彰), Huang Dingliang (黃定良) et Wang Ziqian (王子謙), et reproduction d’un texte de Chu Minyi (褚民誼, 1884-1946). Ouvrage publié en 1929, dans le domaine public. Traduction française nouvelle, réalisée directement d’après l’original chinois pour ce site ; le texte chinois a été trouvé sur la page de Paul Brennan : « Taiji Writings from the Shanghai YMCA ». Les images sont les reproductions des calligraphies et des photographies de l’édition de 1929 (la page de titre calligraphiée par Jiang Qian, la page de l’hymne national, les deux distiques, le portrait de groupe, dix postures du taiji quan, quatre postures de poussée des mains et deux postures de l’épée), qui sont des scans du texte et de l’ouvrage chinois du domaine public ; aucune image créée par le traducteur anglais n’a été reprise.