Le Taiji quan tu (太極拳圖, « Le taiji quan photographié ») est un album publié en 1929 par la société Jiufu de Shanghai (上海九福有限公司). Il rassemble les photographies de postures prises par Chu Minyi (褚民誼, 1884-1946) avec le maître Wu Jianquan (吳鑑泉, 1870-1942), les cinq textes classiques du taiji quan, la séquence complète de la forme, ainsi que la description des appareils de poussée des mains — un bâton et un ballon — que Chu Minyi venait d’inventer pour permettre à un pratiquant isolé de travailler le tui shou (推手). L’ouvrage s’ouvre sur une préface de Huang Chujiu (黃楚九, 1872-1931), le fondateur de la société Jiufu, et sur une longue préface de l’auteur lui-même.

Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.

Page de titre calligraphiée de l’album Taiji quan tu (太極拳圖), édition de 1929

太極拳圖 褚民誼題

Le taiji quan en images — titre calligraphié par Chu Minyi.

Le frontispice de l’album présente deux portraits de Chu Minyi et un portrait de Wu Jianquan, le modèle des photographies :

褚民誼先生之玉照

Portrait de M. Chu Minyi.

Portrait de Chu Minyi, frontispice de l’édition de 1929

褚民誼先生之體魄

La constitution physique de M. Chu Minyi.

Chu Minyi en tenue de sport, montrant sa constitution physique (1929)

吳鑑泉先生之玉照 太極拳專家吳鑑泉先生

Portrait de M. Wu Jianquan, expert en taiji quan.

Portrait du maître Wu Jianquan, frontispice de l’édition de 1929

Table des matières de l’album

太極拳圖目次 一、太極拳論 二、太極拳經 三、十三勢歌 四、十三勢行功心解 五、打手歌 六、太極拳姿勢之名稱及其次序 七、太極拳圖次序

Table des matières : (1) Traité du taiji quan, (2) Classique du taiji quan, (3) Chant des treize dynamismes, (4) Explication du cœur de la pratique des treize dynamismes, (5) Chant de la main qui joue, (6) Noms et ordre des postures du taiji quan, (7) Ordre des figures du taiji quan.

Préface de Huang Chujiu

凡一民族之得以永久生存於世界。而不受天演之淘汰者。必有完備之科學文明。與嚴密之社會組織。且人人有進化之精神,及强健之體魄也。然一切科學文明,物質文明,精神文明。皆賴强健之體魄以維持之培養之。故民族生存之重要條件。不外强健之體魄而已。我中華立國五千年。人口四萬萬。其得以滋養生殖以至於今而不滅者。亦不外我祖我宗有强健之體魄而已。降及近世。重文輕武。人民之體質日以弱。一切科學文明物質文明。皆不能充分接受而研究之。遂致國家之財力日以貧。是故國之將亡者。必以貧弱並稱。非無故也。今日救國要圖。亦不外救貧與救弱而已。增進物質文明。製造國貨。杜塞漏巵。救貧之一端也。配合衛生藥物。增補國民體力。救弱之一端也。余創辦九福公司發行百齡機補片等。亦竊本此義。然强身之道。除藥物以外。尚有鍛鍊體魄之武術。我國武術。發明最早。直可雄視世界。彼東瀛半島。得我武術之一鱗片羽。卽以武士道强其國。我反棄置不究。遂成積弱。今有志之士。始知武術之重要。大聲疾呼。起而提倡研究。且躬行而實習焉。央中委員褚民誼先生。以黨國之柱石。尤精於武術。以太極拳為武術之精髓。不論男女老幼。皆可練習。而其功效之巨細。則視習者造詣之深淺以為判。有利無弊。最為完善。故尤提倡不遺餘力。且發明練習太極拳所用之器械數種。以闡發其精義。余聞而羨之。願從其學。褚君慨然以其與吳鑑泉先生所攝太極拳圖見示。鑑泉先生。太極拳之前輩也。造詣極深。得其圖。卽可按步練習。余不敢自秘。欲廣為刊佈。以公當世。褚君又慨然許之。並為加以說明。夫以褚君之奔走黨國。責綦重而事綦繁。猶復熱心於此。是可敬也。付梓之日。忘其不文而為之序。 民國十八年春月磋玖黃楚九書於知足廬。

Pour qu’une nation survive durablement dans le monde sans être éliminée par la sélection naturelle, il faut qu’elle possède une civilisation scientifique accomplie et une organisation sociale rigoureuse, et que chacun de ses membres ait l’esprit du progrès et une constitution robuste. Or toute civilisation — scientifique, matérielle ou spirituelle — ne se maintient et ne se cultive que par une constitution robuste. La condition essentielle de la survie d’un peuple n’est donc rien d’autre qu’un corps vigoureux. Notre Chine est fondée depuis cinq mille ans et compte quatre cents millions d’habitants ; si elle a pu se nourrir, se multiplier et subsister jusqu’à aujourd’hui sans disparaître, c’est uniquement parce que nos ancêtres avaient un corps vigoureux. Mais dans les temps modernes, on a honoré les lettres et méprisé les armes : la constitution du peuple s’est affaiblie de jour en jour, et il n’était plus capable de recevoir pleinement ni d’étudier la civilisation scientifique et matérielle ; aussi la richesse du pays s’est-elle appauvrie chaque jour. C’est pourquoi, lorsqu’une nation est près de périr, c’est toujours la pauvreté et la faiblesse qu’on invoque ensemble : ce n’est pas sans raison. Le grand dessein du salut national d’aujourd’hui ne consiste lui aussi qu’à secourir la pauvreté et la faiblesse. Développer la civilisation matérielle, fabriquer des produits nationaux, colmater les fuites de richesses : voilà un aspect du secours contre la pauvreté. Associer les remèdes d’hygiène et accroître la vigueur physique des citoyens : voilà un aspect du secours contre la faiblesse. C’est aussi dans cet esprit que j’ai fondé la société Jiufu et lancé la « Clé du centenaire » (百齡機) et autres comprimés fortifiants. Mais, outre les remèdes, il existe un autre moyen de fortifier le corps : les arts martiaux, qui trempent la constitution. Nos arts martiaux chinois furent inventés très tôt et pourraient faire la fierté du monde entier. Cette nation insulaire d’Extrême-Orient n’a recueilli qu’une plume et une écaille de nos arts martiaux, et elle en a tiré le bushido qui a fait sa force ; nous, au contraire, nous les avons abandonnés et négligés, et nous en sommes devenus faibles. Aujourd’hui, des hommes de bonne volonté commencent à comprendre l’importance des arts martiaux : ils lancent de grands appels, se lèvent pour les promouvoir et les étudier, et les pratiquent eux-mêmes. M. Chu Minyi, membre du Comité central, pilier du Parti et de l’État, excelle tout particulièrement dans les arts martiaux. Il considère le taiji quan comme l’essence des arts martiaux : hommes et femmes, jeunes et vieux, tous peuvent le pratiquer, et l’ampleur de ses effets dépend du degré d’accomplissement de chacun. Il est avantageux sans inconvénient, le plus accompli de tous ; aussi l’encourage-t-il sans ménager ses forces, et a-t-il même inventé plusieurs appareils servant à le pratiquer, afin d’en éclairer le sens profond. L’ayant appris, je l’ai admiré et j’ai voulu suivre son enseignement. M. Chu m’a généreusement montré les photographies de taiji quan qu’il avait prises avec M. Wu Jianquan. M. Jianquan est un aîné du taiji quan, d’un accomplissement très profond ; avec ces images, on peut pratiquer pas à pas. Je n’ai pas osé les garder pour moi : j’ai voulu les publier largement pour en faire don au monde, et M. Chu y a généreusement consenti, y ajoutant même des explications. Que M. Chu, absorbé par les affaires du Parti et de l’État, accablé de lourdes responsabilités et de multiples tâches, trouve encore du zèle pour cela : voilà qui est digne de respect. Au moment de livrer l’ouvrage à l’impression, oubliant mon manque de lettres, j’en ai écrit la préface.

Écrit à la « Chaumière du savoir se contenter » (知足廬), au printemps de l’an 18 de la République (1929), par Huang Chujiu, dit Cuojiu (磋玖).

Préface de Chu Minyi

拳術所以鍛鍊身心,振奮精神也。然我國拳術,源流甚古,因其姿勢功用之不同,而派別名稱亦異。有以險奇為貴者,有以平易為貴者,則不盡皆能發達體育;而入主出奴,又紛呶無已。第溯其源流,則不外兩家:卽武當與少林是。武當主柔,勁蓄於內;少林主剛,勁顯於外。晚近以還,少林之勢甚盛。流傳愈廣,門類派別亦愈衆,相率標新立異,趨尚險奇,漸有失却體育本旨之勢。初學者習之,輒事倍而功半;體弱者習之,尤害多而利少。故余殊所不取。太極拳者,內家拳術中之最平易,而最能發達體育者也。故余嗜之特甚,無間寒暑,日必習之。習之旣久。愈覺其奧妙無窮。其功用之偉,優點之多,誠非其他拳術所可企及。茲分為姿勢,動作,用意,發勁,靈巧,養生,數種,述之如下。

Les arts de la boxe servent à tremper le corps et l’esprit et à stimuler le moral. Or nos arts de boxe chinois ont une origine très ancienne ; comme leurs postures et leurs usages diffèrent, leurs écoles et leurs noms diffèrent aussi. Certains prisent le spectaculaire, d’autres la simplicité : aucun n’est parfait, mais tous peuvent développer le corps. Pourtant, chacun se fait le partisan d’un maître et le serviteur d’un autre, et les querelles ne cessent pas. Si l’on remonte à leur source, on ne trouve que deux maisons : Wudang et Shaolin. Wudang prône la souplesse et garde la force à l’intérieur ; Shaolin prône la dureté et manifeste la force au-dehors. Depuis peu, l’école Shaolin est fort florissante : plus elle se répand, plus les courants et les écoles se multiplient ; tous rivalisent d’originalité et recherchent le spectaculaire, au point de perdre peu à peu le but véritable de l’éducation physique. Le débutant qui s’y exerce obtient peu pour beaucoup d’efforts ; celui dont le corps est faible y trouve plus de mal que de bien. C’est pourquoi je ne les retiens pas du tout. Le taiji quan est, parmi les arts de boxe de l’école interne, le plus simple et le plus propre à développer le corps. Aussi l’ai-je pris en grande affection : sans m’arrêter, été comme hiver, je le pratique chaque jour. À force de le pratiquer, je le trouve d’un mystère d’autant plus infini. La grandeur de ses effets et le nombre de ses mérites ne sauraient vraiment être atteints par aucun autre art de boxe. Je les expose ci-dessous sous plusieurs rubriques : les postures, les mouvements, l’intention, l’émission de la force, l’habileté et l’entretien de la vie.

(1) Les postures

太極拳之姿勢甚夥,(詳見圖)總合之有五行,八卦之分,是謂十三勢。何謂五行?進退顧盻停是也。何謂八卦?掤捋擠按採挒肘靠是也。以上十三種之姿勢,為學太極拳者所必經之途徑。使吾人逐日演習之,不稍間斷。則若干年後,歷練旣深,拳術中之精奧,自能闡發無遺,而獲益匪淺。

Les postures du taiji quan sont nombreuses (voir les photographies), mais on les ramène aux cinq agents et aux huit trigrammes : c’est ce qu’on appelle les treize dynamismes (十三勢). Que sont les cinq agents ? Avancer, reculer, regarder à gauche, regarder à droite et se fixer au centre. Que sont les huit trigrammes ? Écarter (peng, 掤), tirer (, 捋), presser (ji, 擠), pousser (an, 按), cueillir (cai, 採), déchirer (lie, 挒), le coude (zhou, 肘) et l’épaule (kao, 靠). Ces treize postures sont les voies que doit nécessairement parcourir celui qui apprend le taiji quan. Si nous les pratiquons chaque jour sans la moindre interruption, alors après un certain nombre d’années, l’expérience étant devenue profonde, les subtilités secrètes de l’art se révéleront d’elles-mêmes sans reste, et les bienfaits seront considérables.

(2) Les mouvements

太極拳之動作,須慢而匀。蓋外家拳術,雖見速效,而流弊滋甚。若太極拳,則以活動筋骨為主。故一切運動,以柔和為上。惟其慢,始能柔;惟其匀,始能和。且各種動作,俱成圜形。而一圜之中,虛實變化生焉。其無窮之奧妙,即在此虛實變化之中。初學者或未能知;習之旣久,則得心應手,趣味無窮。旣足以舒展筋骨,又能調和血氣,可謂身心兼修,最合於發達體育之道者。

Les mouvements du taiji quan doivent être lents et réguliers. Les arts de boxe des écoles externes donnent certes des résultats rapides, mais leurs abus sont grands. Le taiji quan, lui, vise avant tout à mettre en mouvement les tendons et les os ; aussi, dans tous ses mouvements, la douceur et l’harmonie sont ce qu’il y a de meilleur. C’est parce qu’il est lent qu’il peut être souple ; c’est parce qu’il est régulier qu’il peut être harmonieux. De plus, tous ses mouvements prennent une forme circulaire, et dans chaque cercle naissent les transformations du plein et du vide. C’est précisément dans ces transformations du vide et du plein que réside sa mystérieuse infinité. Le débutant ne peut peut-être pas le concevoir ; mais à force de pratique, la main répond au cœur et l’intérêt devient inépuisable. On étire ainsi tendons et os, et l’on harmonise le sang et le souffle : on peut dire que l’on cultive à la fois le corps et l’esprit, ce qui est la voie la mieux faite pour développer la culture physique.

(3) L’usage de l’intention

太極拳練習時,純任自然,不尚用力用氣,而尚用意。用力則笨,用氣則滯。是故沉氣鬆力為要。氣沉則吸呼調和;力鬆則發展先天之力,排除後天之力。蓋先天之力,乃固有之力,後天之力,為勉强之力。前者其勢順,後者其勢逆。太極拳主逆來順受,以順制逆者,故不須用過分之力。惟外家之拳術,其用力用氣每屬于勉强,强人以難能,故謂之硬工。習之不當,流弊滋多。旦習硬工者,其力已盡量用出,毫無含蓄。雖習之多年,表面似有增進;實則其內部之力,並未加長。若太極拳雖不用過分之力與氣,而練習時全在意志。惟其能用意志也,所以能使其力蓄于內,不流露于外;氣沉于丹田,不停滯于胸。惟其不用過分之力與氣,故習之旣久,積蓄之氣力乃愈大。至必要時,乃能運用自如,毫無困難與勉强。譬猶勞動者,終日工作,非不用氣力也。然其所有之氣力,皆已盡量用出,並無積蓄。故勞動若干年後,其力氣依然如故。外家之硬工,亦若是耳。

Dans la pratique du taiji quan, on s’en remet entièrement au naturel : on ne prise ni l’usage de la force, ni celui du souffle, mais celui de l’intention. User de force rend lourd, user de souffle rend stagnant. C’est pourquoi l’essentiel est de faire descendre le souffle et de détendre la force. Le souffle descend, alors la respiration s’harmonise ; la force se détend, alors se développe la force innée et s’élimine la force acquise. La force innée est la force qui nous est propre ; la force acquise est une force de contrainte. La première a un cours naturel, la seconde un cours forcé. Le taiji quan prône d’accueillir la venue contraire avec souplesse et de maîtriser le contraire par le souple : il n’a donc pas besoin d’un effort excessif. Seuls les arts de boxe externes recourent à une force et à un souffle toujours contraints, imposant à l’homme ce qui lui est difficile ; c’est pourquoi on les appelle des « travaux durs ». Mal pratiqués, leurs abus sont nombreux. De plus, celui qui s’exerce au travail dur a dépensé sa force jusqu’au bout, sans rien garder en réserve : bien qu’il s’entraîne des années, en apparence il progresse, mais en réalité sa force intérieure n’augmente pas. Le taiji quan, au contraire, n’use pas de force ni de souffle excessifs, car toute la pratique réside dans la volonté. Précisément parce qu’il peut user de la volonté, il peut emmagasiner sa force à l’intérieur sans la laisser paraître au-dehors, et faire descendre le souffle au dantian sans qu’il stagne dans la poitrine. Précisément parce qu’il n’use pas d’effort ni de souffle excessifs, plus on le pratique longtemps, plus la force et le souffle accumulés grandissent. Au moment nécessaire, on les emploie avec aisance, sans difficulté ni contrainte. Ainsi du travailleur : à longueur de journée il peine, sans doute, mais toute la force dont il dispose est dépensée jusqu’au bout, sans accumulation ; aussi, après des années de labeur, sa force est-elle toujours la même. Il en va de même du travail dur des écoles externes.

(4) L’émission de la force

勁有剛柔之別:何謂剛勁,無論勁之大小,含有抵抗性,而一往無前者,謂之剛勁;何謂柔勁,隨敵勁以為伸縮,而不加抵抗者,謂之柔勁。太極拳之妙處,在於與人交手時,不先取攻勢,而能接受敵人之勁,初不加以抵抗。以其黏柔之力,化去敵人頑强之勁。待敵人一擊不中,欲圖謀再舉之時,然後蹈瑕抵隙,順其勢而反守為攻。則敵人力竭之餘,重心移動,鮮有不失敗者。蓋太極拳之動作,不為無數圜形;而圜形之中,則為重心所在,處處立定脚根。雖敵人發勁極强,而以逆來順受之法引之入彀。待敵人之勁旣出,重心旣失,然後從而制之。所謂避實就虛,以柔勝剛之法也。

La force (jin, 勁) se distingue en dure et souple. Qu’appelle-t-on force dure ? Quelle que soit son ampleur, une force qui contient de la résistance et va droit devant elle sans retour est dite dure. Qu’appelle-t-on force souple ? Une force qui s’étend et se contracte selon la force de l’adversaire, sans lui opposer de résistance, est dite souple. Le merveilleux du taiji quan réside en ceci : dans un affrontement, il ne prend pas d’abord l’offensive, mais accueille la force de l’adversaire sans y résister tout d’abord. Par sa force adhérente et souple, il dissout la force opiniâtre de l’adversaire. Quand celui-ci, ayant manqué son coup, cherche à frapper de nouveau, alors on profite de la fente et de l’interstice, on suit son élan et, de la défense, on passe à l’attaque. L’adversaire, à bout de force, son centre de gravité déplacé, échoue presque toujours. Car les mouvements du taiji quan ne sont qu’une multitude de cercles, et au sein de chaque cercle se trouve le centre de gravité : partout le pied est fermement posé. Même si l’adversaire émet une force extrêmement puissante, on l’attire dans le piège par la méthode qui consiste à recevoir la venue contraire avec souplesse. Une fois sa force sortie et son centre de gravité perdu, on le maîtrise. C’est là ce qu’on appelle éviter le plein et se porter vers le vide, vaincre la dureté par la souplesse.

(5) L’habileté

語云,熟能生巧,太極拳卽本此意以從事而深得個中三昧者。故太極拳之精粗,以工夫深淺為斷。蓋工夫深則於其中之虛實變化,皆已了然。旣了然於虛實之變化,則能於虛實變化中,求出巧妙之途徑。故其所用之力,輕靈圓活,以視外工之用力用氣專注於一隅,成為死笨之氣力者,逈乎不同。且因其不用過分之力與氣,故能持久而不敝。因其動作為圜形,故能處處穩定重心。重心穩定,則基礎鞏固,無慮外力之侵矣。

Comme on dit, « l’habitude engendre l’adresse » ; le taiji quan se fonde sur cette idée et en pénètre profondément le secret. Aussi le raffinement du taiji quan se mesure-t-il à la profondeur du travail accompli. Quand le travail est profond, on a pleinement compris les transformations du vide et du plein ; et, les ayant comprises, on peut, au sein même de ces transformations, trouver la voie de l’adresse. La force employée est donc légère, vive, ronde et agile, entièrement différente de celle des écoles externes, qui concentrent force et souffle sur un seul point pour en faire une énergie morte et maladroite. De plus, comme il n’use pas d’effort ni de souffle excessifs, il peut durer sans s’user ; et comme ses mouvements sont circulaires, il stabilise partout son centre de gravité. Le centre de gravité étant stable, la base est solide et l’on n’a plus à craindre l’invasion des forces extérieures.

(6) L’entretien de la vie

拳術本屬體育之一種,自以養生為主要。然此非所論於外家之硬工。惟太極拳始眞能養生,無論强弱老幼,均可練習。吾人身體之發達,貴能平均,在生理上均有一定之程序。劇烈之運動,因不合於此種程序,結果多得其反。太極拳之動作,則輕輭異常,而一動全身皆動,於全身任何部分,均無偏頗之弊。且因其動作柔和輕靈,故能調和氣血,陶養性情,為最合於生理上之程序,能使身體平均發達者。且練習之時,無須用過分之力氣,雖老弱病夫,亦不難為之。所謂却病延年,洵非虛語。

L’art de la boxe relève de l’éducation physique et a donc pour principal objet l’entretien de la vie. Mais cela ne vaut pas des travaux durs des écoles externes : seul le taiji quan peut véritablement entretenir la vie, et que l’on soit fort ou faible, jeune ou vieux, tous peuvent le pratiquer. Le développement de notre corps doit être harmonieux, et il obéit en physiologie à un processus déterminé. Les exercices violents, ne convenant pas à ce processus, aboutissent souvent au contraire du but. Les mouvements du taiji quan sont, eux, d’une légèreté peu commune, et dès qu’une seule partie bouge, tout le corps bouge, sans qu’aucune partie en souffre de déséquilibre. Et parce que ses mouvements sont doux et agiles, ils harmonisent le sang et le souffle et forment le tempérament : c’est là ce qui convient le mieux au processus physiologique et permet un développement harmonieux du corps. En outre, à l’entraînement, nul besoin d’effort excessif : même un vieillard faible ou un malade peut y parvenir sans peine. Ce qu’on appelle chasser la maladie et prolonger la vie n’est vraiment pas un vain mot.

余於民十四由粵赴北平,從太極拳名家吳鑑泉先生遊,吳先生為武當正宗,得太極拳之眞傳者。彼時曾請其將太極拳各種之姿勢,攝影留存,以資觀摩。囘粵後,與王志羣吳子鎮兩君,昕夕研求,略有進境。抵滬時,遇徐君致一,乃相與探討。徐君對於太極拳之學理,研究有素,頗多心得,曾著有太極拳淺說一書問世。為吳鑑泉先生之高足。今吳先生已來滬,仍得繼續請益。而太極拳名家如楊氏叔姪〔兄弟〕,少侯,澄甫,均居首都。而澄甫之高足陳君微明,亦在滬上,羣謀太極拳之精進與發展,吾道可謂南矣。迺者九福公司囑將影片製成圖版,貢之於世,俾廣流傳。余亦以此種拳術,有竭力提倡之價値。故不敢自閟,允可其請,因遂忘其簡陋,就一得之愚,說明其功用與夫優點之所在,弁諸簡端焉。 中華民國十八年二月五日吳興褚民誼序於上海中法國立工業專門學校

En l’an 14 de la République (1925), je me rendis de Canton à Beiping pour étudier auprès du célèbre maître de taiji quan, M. Wu Jianquan ; M. Wu est de la droite lignée de Wudang et détient la véritable transmission du taiji quan. Je lui demandai alors de photographier les diverses postures du taiji quan pour les conserver et les prendre pour modèle. De retour à Canton, je les étudiai jour et nuit avec MM. Wang Zhiqun et Wu Zizhen, et je fis quelques progrès. En arrivant à Shanghai, je rencontrai M. Xu Zhiyi, avec qui je les examinai : M. Xu a longuement étudié la théorie du taiji quan et y a beaucoup réfléchi ; il a publié une Introduction simple au taiji quan (太極拳淺說) et il est un éminent disciple de M. Wu Jianquan. Aujourd’hui M. Wu est venu à Shanghai et je peux continuer à m’instruire auprès de lui. Quant aux maîtres renommés de taiji quan, tels les oncles et neveux (ou frères) de la famille Yang, Shaohou et Chengfu, ils résident tous dans la capitale ; et l’éminent disciple de Chengfu, M. Chen Weiming, est aussi à Shanghai. Tous s’efforcent de faire progresser et se développer le taiji quan : on peut dire que notre voie s’est étendue au sud. Or la société Jiufu m’a demandé de tirer des planches de ces photographies pour en faire don au monde et les répandre largement. Considérant moi aussi que cet art de boxe mérite d’être promu de toutes ses forces, je n’ai pas osé le tenir secret et j’ai accédé à sa demande ; oubliant donc ma simplicité, j’expose, d’après le peu que j’ai compris, ses effets et ses mérites, en tête de l’ouvrage.

Écrit le 5 février de l’an 18 de la République (1929), par Chu Minyi de Wuxing, à l’École industrielle franco-chinoise de Shanghai (上海中法國立工業專門學校).

(1) Le Traité du taiji quan (太極拳論)

一舉動。周身俱要輕靈。尤須貫串。氣宜鼓盪。神宜內斂。無使有缺陷處。無使有凸凹處。無使有斷續處。其根在脚。發於腿。主宰於腰。形於手指。由脚而腿而腰。總須完整一氣。向前退後。乃得機得勢。有不得機得勢處。身便散亂。其病必於腿腰求之。上下前後左右皆然。凡此皆是意。不在外面。有上卽有下。有前即有後。有左卽有右。如意要向上。即寓下意。若將物掀起而加以挫之之意。斯其根自斷。乃壞之速而無疑。虛實宜分淸楚。一處自有一處虛實。處處總此一虛實。周身節節貫串。無令絲毫間斷耳。

Dès qu’il y a mouvement, tout le corps doit être léger et vif, et surtout relié de bout en bout. Le souffle doit être agité et l’esprit recueilli à l’intérieur. Ne laissez ni défaut, ni creux, ni saillie, ni interruption. La racine est dans le pied, l’impulsion dans la jambe, la direction dans la taille, l’expression dans les doigts. Du pied à la jambe, de la jambe à la taille, tout doit former un seul souffle continu. Qu’on avance ou qu’on recule, il faut saisir l’occasion et la situation ; si l’on ne saisit ni l’occasion ni la situation, le corps se disperse : la cause doit en être cherchée dans les jambes et la taille, et il en va de même pour le haut et le bas, l’avant et l’arrière, la gauche et la droite. Tout cela est affaire d’intention, non de surface. Au haut correspond le bas, à l’avant l’arrière, à la gauche la droite. Si l’intention veut monter, elle contient une intention descendante : comme lorsqu’on soulève un objet en y ajoutant l’intention de le briser, ses racines se coupent d’elles-mêmes et sa chute est assurément rapide. Le vide et le plein doivent être clairement distingués : chaque partie a son propre vide et son propre plein, et partout il n’y a que ce vide et ce plein. Le corps entier doit être relié de joint en joint, sans la moindre interruption.

長拳者。如長江大海。滔滔不絕也。十三勢者。掤。捋。擠。按。採。挒。肘。靠。此八卦也。進步。退步。左顧。右盼。中定。此五行也。掤。捋。擠。按。即乾。坤。坎。離。四正方也。採。挒。肘。靠。卽巽。震。兌。艮。四斜角也。進。退。顧。盻。停。即金。木。水。火。土。也。(原注云此係武當山張三丰老師遺論欲天下豪傑延年益壽不徒作技藝之末也)

Le Long Poing (長拳) est comme le grand fleuve et la vaste mer : un flot qui ne s’interrompt pas. Les treize dynamismes sont : écarter, tirer, presser, pousser, cueillir, déchirer, le coude et l’épaule — ce sont les huit trigrammes ; avancer, reculer, regarder à gauche, regarder à droite et se fixer au centre — ce sont les cinq agents. Écarter, tirer, presser et pousser correspondent à Qian, Kun, Kan et Li, les quatre directions cardinales ; cueillir, déchirer, le coude et l’épaule correspondent à Xun, Zhen, Dui et Gen, les quatre angles obliques ; avancer, reculer, regarder, espérer, s’arrêter correspondent au métal, au bois, à l’eau, au feu et à la terre. (Note originale : « Ceci est la théorie léguée par le maître Zhang Sanfeng du mont Wudang, afin que les héros du monde prolongent leur vie, et non qu’ils fassent de cet art une simple technique mineure. »)

(2) Le Classique du taiji quan (太極拳經) — œuvre posthume de Wang Zongyue de Shanyou

太極者。無極而生。動靜之機。陰陽之母也。動之則分。靜之則合。

Le taiji naît du wuji ; il est le ressort du mouvement et du repos, la mère du yin et du yang. En mouvement, il se divise ; au repos, il se rassemble.

無過不及。隨曲就伸。人剛我柔謂之走。我順人背謂之黏。動急則急應。動緩則緩隨。雖變化萬端。而理為一貫。

Sans excès ni manque : on suit la courbure et l’on s’étend. L’autre est dur et je suis souple : cela s’appelle céder (走). Je suis à l’aise et l’autre est en difficulté : cela s’appelle coller (黏). S’il se meut vite, je réponds vite ; s’il se meut lentement, je suis lentement. Bien que les transformations soient infinies, le principe est un et continu.

由着熟而漸悟懂勁。由懂勁而階及神明。然非用力之久。不能豁然貫通焉。

Par la maîtrise des techniques, on comprend peu à peu la force (dong jin, 懂勁) ; de la compréhension de la force, on s’élève par degrés jusqu’à la clarté spirituelle. Mais sans un long travail, on ne peut atteindre la pénétration soudaine et totale.

虛領頂勁。氣沈丹田。不偏不倚。忽隱忽現。左重則左虛。右重則右虛。

La nuque légère, l’énergie au sommet du crâne ; le souffle descend au dantian. Ni penché ni appuyé ; tantôt caché, tantôt visible. Si la gauche est lourde, la gauche se vide ; si la droite est lourde, la droite se vide.

仰之則彌高。俯之則彌深。進之則愈長。退之則愈促。一羽不能加。蠅虫不能落。人不知我。我獨知人。英雄所向無敵。蓋皆由此而及也。

Qu’on monte contre lui, il est plus haut ; qu’on plonge contre lui, il est plus profond. Qu’on avance, il s’allonge ; qu’on recule, il se resserre. Une plume ne peut s’y ajouter, une mouche ne peut s’y poser. L’homme ne me connaît pas ; moi seul je le connais. Le héros est invincible partout où il va : c’est par là qu’on y parvient.

斯技旁門甚多。雖勢有區別。槪不外乎壯欺弱慢讓快耳。有力打無力。手慢讓手快。是皆先天自然之能。非關學力而有為也。察四兩撥千斤之句。顯非力勝。觀耄耋能禦衆之形。快何能為。

Les voies déviantes de cet art sont nombreuses ; bien que les postures diffèrent, elles ne sortent pas de ceci : le fort opprime le faible, le lent cède au rapide. La force frappe la faiblesse, la main lente cède à la main rapide : ce sont là des capacités naturelles innées, et non le fruit d’un travail d’étude. Examinez la phrase « quatre onces détournent mille livres » : il est clair que ce n’est pas par la force qu’on l’emporte. Voyez comment un vieillard peut résister à la multitude : que peut y faire la rapidité ?

立如平準。活如車輪。偏沈則隨。雙重則滯。每見數年純功。不能運化者。率皆自為人制。雙重之病未悟耳。

Debout comme une balance, mobile comme une roue : si l’un des côtés s’enfonce, on suit ; si le double poids pèse, on stagne. On voit souvent des hommes de plusieurs années d’efforts purs incapables de transformer et de neutraliser : presque toujours ils se laissent dominer, faute d’avoir compris le défaut du double poids.

欲避此病。須知陰陽。黏即是走。走即是黏。陰不離陽。陽不離陰。陰陽相濟。方為懂勁。懂勁後。愈練愈精。默識揣摩。漸至從心所欲。

Pour éviter ce défaut, il faut connaître le yin et le yang. Coller, c’est céder ; céder, c’est coller. Le yin ne quitte pas le yang, le yang ne quitte pas le yin ; ce n’est que lorsque yin et yang s’entraident qu’on comprend la force. Une fois la force comprise, plus on pratique, plus on s’affine ; en méditant et en étudiant en silence, on parvient peu à peu à suivre le désir du cœur.

本是舍己從人。多誤舍近求遠。所謂差之毫釐。謬以千里。學者不可不詳辨焉。

Le fondement est d’abandonner soi-même pour suivre l’autre ; beaucoup se trompent en abandonnant le proche pour chercher le lointain. C’est ce qu’on dit : une erreur d’un cheveu au départ, un égarement de mille li à l’arrivée. L’étudiant ne peut manquer d’examiner cela en détail.

(3) Le Chant des treize dynamismes (十三勢歌)

十三勢勢莫輕視。命意源頭在腰隙。變轉虛實須留意。氣遍身區不少滯。靜中觸動動猶靜。因敵變化示奇神。勢勢存心揆用意。得來不覺費功夫。刻刻留心在腰間。腹內鬆淨氣騰然。尾閭中正神貫頂。滿身輕利頂頭懸。仔細留心向推求。屈伸開合聽自由。入門引路須口授。功夫無息法自修。若言體用何為準。意氣君來骨肉臣。想推用意終何在。益壽延年不老春。歌兮歌兮百四十。字字眞切義無遺。若不向此推求去。枉費功夫貽歎惜。

Ne méprisez aucune des treize postures : la source de leur intention est dans l’intervalle des reins. Dans les transformations du vide et du plein, prenez garde ; que le souffle parcoure tout le corps sans stagner nulle part. Dans le calme, le toucher met en mouvement, et le mouvement demeure calme ; on révèle une merveille divine selon les changements de l’adversaire. Pour chaque posture, gardez l’intention présente et mesurez votre dessein : ce qui vient ne semble pas avoir coûté d’effort. À chaque instant, veillez sur la taille ; le ventre détendu et pur, le souffle s’élève. Le coccyx est centré, l’esprit traverse le sommet du crâne ; tout le corps est léger et vif, la tête comme suspendue au sommet. Examinez avec soin et cherchez : flexion, extension, ouverture et fermeture s’écoutent librement. L’entrée et le guide doivent être transmis de bouche ; le travail sans relâche et la méthode se cultivent soi-même. Si l’on demande quel est le critère de la substance et de l’usage : l’intention et le souffle sont le souverain, les os et la chair les sujets. À quoi bon chercher l’intention dernière ? À prolonger la vie, à prolonger les années, un printemps sans vieillesse. Chant, ah, chant : cent quarante [caractères], chaque mot est vrai, le sens n’en est rien omis. Si vous ne cherchez pas de ce côté, vous aurez dépensé vos forces en vain et le regretterez.

(4) Explication du cœur de la pratique des treize dynamismes (十三勢行功心解)

以心行氣。務令沈着。乃能收斂入骨。以氣運身。務令順遂。乃能便利從心。精神能提得起。則無遲重之虞。所謂頂頭懸也。意氣須換得靈。乃有圓活之趣。所謂變動虛實也。發動須沉着鬆淨。專主一方。立身須中正安舒。支撐八面。行氣如九曲珠。無往不利。(氣遍身軀之謂)運動如百練鋼。何堅不摧。形如搏兎之鵠。神如捕鼠之貓。靜如山岳。動若江河。蓄勁如開弓。發勁如放箭。曲中求直。蓄而後發。力由脊發。步隨身換。收即是放。斷而復連。往復須有摺疊。進退須由轉換。極柔軟。然後極堅硬。能呼吸。然後能靈活。氣以直養而無害。勁以曲蓄而有餘。心為令。氣為旗。腰為纛。先求開展。後求緊凑。乃可臻於縝密矣。

Conduire le souffle par le cœur : il faut que le souffle soit bien posé pour pouvoir se rassembler jusqu’aux os. Faire circuler le corps par le souffle : il faut que le souffle soit fluide pour que le corps obéisse au cœur. Si l’esprit peut se soulever, on n’a plus à craindre la lourdeur et la lenteur : c’est ce qu’on appelle « la tête suspendue ». L’intention et le souffle doivent se transformer avec vivacité pour avoir le charme du rond et du vif : c’est ce qu’on appelle les changements du vide et du plein. L’émission doit être posée, détendue et pure, concentrée sur une seule direction. La posture doit être centrée, calme et confortable, appuyée de huit côtés. Faire circuler le souffle comme une perle à neuf détours : il n’est rien où l’on ne réussisse (c’est-à-dire : « le souffle parcourt tout le corps »). Se mouvoir comme l’acier cent fois trempé : quelle dureté ne brise-t-il pas ! La forme comme l’épervier qui saisit le lièvre, l’esprit comme le chat qui guette la souris. Calme comme la montagne, en mouvement comme le fleuve. Accumuler la force comme si l’on bandait un arc ; émettre la force comme si l’on décochait une flèche. Chercher le droit dans le courbe ; accumuler, puis émettre. La force part des reins ; le pas change avec le corps. Recueillir, c’est déjà émettre ; rompu, renouer. L’aller et le retour doivent comporter du pliage ; avancer et reculer doivent passer par la conversion. Extrêmement souple, puis extrêmement dur ; capable de respirer, puis capable d’agilité. Nourrir le souffle droit sans dommage ; emmagasiner la force dans la courbe sans épuisement. Le cœur est le commandement, le souffle le drapeau, la taille l’étendard. Cherchez d’abord l’ouverture, puis la compacité : alors on peut atteindre la finesse.

又曰。先在心。後在身。腹鬆。氣斂入骨。神舒體靜。刻刻在心。切記一動無有不動。一靜無有不靜。牽動往來氣貼背。斂入脊骨。內固精神。外示安逸。邁步如貓行。運動如抽絲。全神意在精神。不在氣。在氣則滯。有氣者無力。無氣者純剛。氣若車輪。腰如車軸。

On dit encore : d’abord dans le cœur, ensuite dans le corps. Le ventre détendu, le souffle se rassemble jusqu’aux os ; l’esprit est à l’aise, le corps calme, et l’on s’y tient à chaque instant. Souvenez-vous bien : dès qu’une chose bouge, rien ne reste immobile ; dès qu’une chose s’apaise, rien ne reste agité. Dans les allées et venues, le souffle adhère au dos et se rassemble dans les os de l’échine ; intérieurement on consolide l’esprit, extérieurement on montre le calme. Avancer le pas comme le chat ; se mouvoir comme on tire la soie. Tout l’esprit s’applique à l’esprit (shen), non au souffle : viser le souffle, c’est stagner. Qui a du souffle n’a pas de force ; qui n’a pas de souffle est pure dureté. Le souffle est comme la roue, la taille comme l’essieu.

(5) Le Chant de la main qui joue (打手歌)

掤捋擠按須認眞。上下相隨人難進。任他巨力來打我。牽動四兩撥千斤。引進落空合即出。黏連黏隨不丟頂。

Écarter, tirer, presser et pousser : il faut y mettre tout son sérieux ; le haut et le bas se suivent, et l’adversaire a peine à avancer. Laissez-le venir me frapper de toute sa force : un léger engagement de quatre onces détourne mille livres. Attirer, laisser entrer, faire choir dans le vide ; dès qu’il se ferme, on sort ; coller, lier, adhérer, suivre, sans abandonner ni résister.

又曰。彼不動。己不動。彼微動。己先動。勁似鬆非鬆。將展未展。勁斷意不斷。

On dit encore : s’il ne bouge pas, je ne bouge pas ; s’il bouge un peu, je bouge avant lui. La force paraît détendue sans l’être, prête à se déployer sans se déployer ; la force s’interrompt, l’intention ne s’interrompt pas.

(6) Noms et ordre des postures du taiji quan

La séquence complète de la forme comprend quatre-vingt-treize mouvements, dont les quatre-vingt-sept premiers sont illustrés dans l’album par les photographies de Wu Jianquan. Les chiffres entre parenthèses renvoient aux figures de l’ouvrage.

1. 太極(圖一)Taiji, le faîte suprême (figure 1).

Figure 1 — Taiji, posture du faîte suprême, photographie de Wu Jianquan (Taiji quan tu, 1929)

2. 太極起式(圖二)Posture initiale du taiji (figure 2).

Figure 2 — Posture initiale du taiji, photographie de Wu Jianquan (1929)

3. 攬雀尾一(圖三)Saisir la queue du moineau, première partie (figure 3).

Figure 3 — Saisir la queue du moineau, première partie (1929)

4. 攬雀尾二(圖四)Saisir la queue du moineau, deuxième partie (figure 4).

Figure 4 — Saisir la queue du moineau, deuxième partie (1929)

5. 攬雀尾三(圖五)Saisir la queue du moineau, troisième partie (figure 5).

Figure 5 — Saisir la queue du moineau, troisième partie (1929)

6. 單鞭(圖六)Le fouet simple (figure 6).

Figure 6 — Le fouet simple (1929)

7. 提手上勢一(圖七)Lever la main, première partie (figure 7).

Figure 7 — Lever la main, première partie (1929)

8. 提手上勢二(圖八)Lever la main, deuxième partie (figure 8).

Figure 8 — Lever la main, deuxième partie (1929)

9. 白鶴亮翅一(圖九)La grue blanche déploie ses ailes, première partie (figure 9).

Figure 9 — La grue blanche déploie ses ailes, première partie (1929)

10. 白鶴亮翅二(圖十)La grue blanche déploie ses ailes, deuxième partie (figure 10).

Figure 10 — La grue blanche déploie ses ailes, deuxième partie (1929)

11. 摟膝拗步(左)(圖十一)Brosser le genou, pas croisé, gauche (figure 11).

Figure 11 — Brosser le genou, pas croisé à gauche (1929)

12. 摟膝拗步(右)(圖十二)Brosser le genou, pas croisé, droite (figure 12).

Figure 12 — Brosser le genou, pas croisé à droite (1929)

13. 手揮琵琶(圖十三)La main joue du luth (figure 13).

Figure 13 — La main joue du luth (1929)

14. 進步或卸步搬攔捶一(圖十四)Avancer ou reculer d’un pas : parer, bloquer, frapper du poing, première partie (figure 14).

Figure 14 — Parer, bloquer, frapper du poing, première partie (1929)

15. 進步或卸步搬攔捶二(圖十五)Avancer ou reculer d’un pas : parer, bloquer, frapper du poing, deuxième partie (figure 15).

Figure 15 — Parer, bloquer, frapper du poing, deuxième partie (1929)

16. 如封似閉(圖十六)Comme sceller, comme fermer (figure 16).

Figure 16 — Comme sceller, comme fermer (1929)

17. 抱虎歸山(圖十七)Embrasser le tigre et le renvoyer à la montagne (figure 17, puis figure 18).

Figure 17 — Embrasser le tigre et le renvoyer à la montagne (1929)

Figure 18 — Embrasser le tigre et le renvoyer à la montagne, seconde photographie (1929)

18. 摟膝拗步(圖十一)Brosser le genou, pas croisé (figure 11).

19. 攬雀尾(圖三)Saisir la queue du moineau (figure 3).

20. 斜單鞭(圖十八)Le fouet simple oblique (figure 18).

Figure 18 — Le fouet simple oblique (1929)

21. 肘底看捶(圖十九)Le poing qui veille sous le coude (figure 19).

Figure 19 — Le poing qui veille sous le coude (1929)

22. 倒輦猴一(圖二十)Reculer en repoussant le singe, première partie (figure 20).

Figure 20 — Reculer en repoussant le singe, première partie (1929)

23. 倒輦猴二(圖二十一)Reculer en repoussant le singe, deuxième partie (figure 21).

Figure 21 — Reculer en repoussant le singe, deuxième partie (1929)

24. 斜飛勢(圖二十二)La posture du vol oblique (figure 22).

Figure 22 — La posture du vol oblique (1929)

25. 提手上勢(圖七)Lever la main (figure 7).

26. 白鶴亮翅(圖九)La grue blanche déploie ses ailes (figure 9).

27. 摟膝拗步(圖十二)Brosser le genou, pas croisé (figure 12).

28. 海底針(圖二十三)L’aiguille au fond de la mer (figure 23).

Figure 23 — L’aiguille au fond de la mer (1929)

29. 扇通背(圖二十四)L’éventail traverse le dos (figure 24).

Figure 24 — L’éventail traverse le dos (1929)

30. 撇身捶(圖二十五)Le poing en tournant le corps (figure 25).

Figure 25 — Le poing en tournant le corps (1929)

31. 卸步搬欄捶(圖十四)Reculer d’un pas : parer, bloquer, frapper du poing (figure 14).

32. 上勢攬雀尾(圖四)Saisir la queue du moineau, posture haute (figure 4).

33. 單鞭(圖六)Le fouet simple (figure 6).

34. 雲手一(圖二十六)Les mains comme des nuages, première partie (figure 26).

Figure 26 — Les mains comme des nuages, première partie (1929)

35. 雲手二(圖二十七)Les mains comme des nuages, deuxième partie (figure 27).

Figure 27 — Les mains comme des nuages, deuxième partie (1929)

36. 高探馬(左)(圖二十八)Sonder le cheval de haut, gauche (figure 28).

Figure 28 — Sonder le cheval de haut, à gauche (1929)

37. 分脚(右)(圖二十九)Coup de pied séparé, droite (figure 29).

Figure 29 — Coup de pied séparé à droite (1929)

38. 高探馬(右)(圖三十)Sonder le cheval de haut, droite (figure 30).

Figure 30 — Sonder le cheval de haut, à droite (1929)

39. 分脚(左)(圖三十一)Coup de pied séparé, gauche (figure 31).

Figure 31 — Coup de pied séparé à gauche (1929)

40. 轉身蹬脚一(圖三十二)Se retourner et pousser du pied, première partie (figure 32).

41. 轉身蹬脚二(圖三十三)Se retourner et pousser du pied, deuxième partie (figure 33).

Figure 33 — Se retourner et pousser du pied (1929)

42. 進步栽捶(圖三十四)Avancer et planter le poing (figure 34).

Figure 34 — Avancer et planter le poing (1929)

43. 翻身撇身捶(圖二十五)Se retourner, le poing en tournant le corps (figure 25).

44. 翻身二起脚一(圖三十五)Se retourner, double coup de pied, première partie (figure 35).

45. 翻身二起脚二(圖三十六)Se retourner, double coup de pied, deuxième partie (figure 36).

Figure 35 — Se retourner, double coup de pied (1929)

46. 雙峯貫耳一(圖三十七)Les deux cimes transpercent les oreilles, première partie (figure 37).

47. 雙峯貫耳二(圖三十八)Les deux cimes transpercent les oreilles, deuxième partie (figure 38).

Figure 38 — Les deux cimes transpercent les oreilles (1929)

48. 披身踢脚(圖三十五)Coup de pied en drapant le corps (figure 35).

Figure 35 — Coup de pied en drapant le corps (1929)

49. 轉身蹬脚(圖三十三)Se retourner et pousser du pied (figure 33).

Figure 33 — Se retourner et pousser du pied, seconde photographie (1929)

50. 上步搬欄捶(圖十五)Avancer d’un pas : parer, bloquer, frapper du poing (figure 15).

51. 如封似閉(圖十六)Comme sceller, comme fermer (figure 16).

52. 抱虎歸山(圖十七)Embrasser le tigre et le renvoyer à la montagne (figure 17).

53. 摟膝拗步(圖十一)Brosser le genou, pas croisé (figure 11).

54. 攬雀尾(圖三)Saisir la queue du moineau (figure 3).

55. 斜單鞭(圖二十)Le fouet simple oblique (figure 20).

56. 野馬分鬃(左一)(圖三十九)Le cheval sauvage écarte sa crinière, gauche, première partie (figure 39).

Figure 39 — Le cheval sauvage écarte sa crinière, gauche, première partie (1929)

57. 野馬分鬃(左二)(圖四十)Le cheval sauvage écarte sa crinière, gauche, deuxième partie (figure 40).

Figure 40 — Le cheval sauvage écarte sa crinière, gauche, deuxième partie (1929)

58. 野馬分鬃(右一)(圖四十一)Le cheval sauvage écarte sa crinière, droite, première partie (figure 41).

Figure 41 — Le cheval sauvage écarte sa crinière, droite, première partie (1929)

59. 野馬分鬃(右二)(圖四十二)Le cheval sauvage écarte sa crinière, droite, deuxième partie (figure 42).

Figure 42 — Le cheval sauvage écarte sa crinière, droite, deuxième partie (1929)

60. 玉女穿梭(左)(圖四十三)La jeune fille lance la navette, gauche (figure 43).

Figure 43 — La jeune fille lance la navette, à gauche (1929)

61. 玉女穿梭(右)(圖四十四)La jeune fille lance la navette, droite (figure 44).

Figure 44 — La jeune fille lance la navette, à droite (1929)

62. 單鞭(圖六)Le fouet simple (figure 6).

63. 雲手(圖二十六)Les mains comme des nuages (figure 26).

64. 下勢(圖四十五)La posture basse (figure 45).

Figure 45 — La posture basse (1929)

65. 金鷄獨立(圖四十六)Le coq d’or se tient sur une patte (figure 46).

Figure 46 — Le coq d’or se tient sur une patte (1929)

66. 倒輦猴(圖二十)Reculer en repoussant le singe (figure 20).

67. 斜飛勢(圖二十二)La posture du vol oblique (figure 22).

68. 提手上勢(圖七)Lever la main (figure 7).

69. 白鶴亮翅(圖十)La grue blanche déploie ses ailes (figure 10).

70. 摟膝拗步(圖十一)Brosser le genou, pas croisé (figure 11).

71. 海底針(圖二十三)L’aiguille au fond de la mer (figure 23).

72. 扇通背(圖二十四)L’éventail traverse le dos (figure 24).

73. 進步搬欄捶(圖十五)Avancer d’un pas : parer, bloquer, frapper du poing (figure 15).

74. 上勢攬雀尾(圖四)Saisir la queue du moineau, posture haute (figure 4).

75. 單鞭(圖六)Le fouet simple (figure 6).

76. 雲手(圖二十六)Les mains comme des nuages (figure 26).

77. 高探馬(圖二十八)Sonder le cheval de haut (figure 28).

78. 迎面掌(圖四十七)La paume face au visage (figure 47).

Figure 47 — La paume face au visage (1929)

79. 十字擺蓮(圖四十八)Balancer le lotus en croix (figure 48).

Figure 48 — Balancer le lotus en croix (1929)

80. 摟膝指𦡁捶(圖四十九)Brosser le genou et frapper du poing vers l’entrejambe (figure 49).

Figure 49 — Brosser le genou et frapper du poing vers l’entrejambe (1929)

81. 上勢攬雀尾(圖四)Saisir la queue du moineau, posture haute (figure 4).

82. 單鞭(圖六)Le fouet simple (figure 6).

83. 下勢(圖四十五)La posture basse (figure 45).

84. 上步七星(圖五十)Avancer d’un pas, les sept étoiles (figure 50).

Figure 50 — Avancer d’un pas, les sept étoiles (1929)

85. 退步跨虎〔(上)(下)〕(圖五十一)Reculer d’un pas et chevaucher le tigre (parties haute et basse) (figure 51).

Figure 51 — Reculer d’un pas et chevaucher le tigre, partie haute (1929)

Figure 51 — Reculer d’un pas et chevaucher le tigre, partie basse (1929)

86. 轉脚擺蓮(圖五十二)Pivoter sur le pied et balancer le lotus (figure 52).

Figure 52 — Pivoter sur le pied et balancer le lotus (1929)

87. 彎弓射虎(圖五十三)Bander l’arc et tirer sur le tigre (figure 53).

Figure 53 — Bander l’arc et tirer sur le tigre (1929)

88. 上步高探馬(圖三十)Avancer d’un pas et sonder le cheval de haut (figure 30).

89. 迎面掌(圖四十七)La paume face au visage (figure 47).

90. 翻身撇身捶(圖二十五)Se retourner, le poing en tournant le corps (figure 25).

91. 上步高探馬(圖二十八)Avancer d’un pas et sonder le cheval de haut (figure 28).

92. 上步攬雀尾(圖四)Avancer d’un pas et saisir la queue du moineau (figure 4).

93. 合太極(圖一)Fermer le taiji (figure 1).

Les appareils de poussée des mains : explication (太極拳推手器械之說明)

太極拳推手器械之說明 實行國術科學化 褚民誼

Explication des appareils de poussée des mains du taiji quan — mettre en pratique la scientificisation des arts martiaux, par Chu Minyi.

拳術所以活動筋骨。鍛鍊身心也。而太極拳則能修養身心。調和氣血。陶冶性情。郤病延年。演習旣久。趣味濃厚。故尤為拳術中之上乘。且其動作緩和。姿勢平順。語其功用。則能以靜制動。以柔克剛。以輕勝重。以順避害。故余嗜之成癖。無間寒暑。每晨必練數次。惟欲求拳術之精進。須演習推手。而推手非兩人演習不可。蓋欲使全身之感覺靈敏。而不即不離。發生黏勁。功效始著。顧余一人旣未能推手。則不得不謀一代替之方。思考所及。爰根據科學的原理。製成推手之器械兩種。一棍一球。以代替推手。而實行國術科學化。是二物也。對於推手中之八勢(掤捋擠按採挒肘靠)皆能一一運用適合。且不即不離。與推手無異。發明以來。蒙中外體育家拳術家之來參觀者。皆驚奇不置。茲將其構造說明如下。

Les arts de la boxe servent à mettre en mouvement les tendons et les os et à tremper le corps et l’esprit. Le taiji quan, lui, sait cultiver le corps et l’esprit, harmoniser le sang et le souffle, former le tempérament, écarter la maladie et prolonger la vie. Pratiqué longtemps, il devient d’un intérêt profond ; c’est pourquoi il est l’un des sommets de l’art de la boxe. Ses mouvements sont doux et ses postures régulières. Quant à ses effets, il sait vaincre le mouvement par le calme, la dureté par la souplesse, la lourdeur par la légèreté, et éviter le dommage par la souplesse. Aussi l’ai-je pris en passion : sans m’arrêter, été comme hiver, je m’y exerce chaque matin plusieurs fois. Or, pour progresser dans l’art, il faut pratiquer la poussée des mains (tui shou) ; et la poussée des mains ne se pratique qu’à deux, car c’est ainsi que la sensibilité de tout le corps s’affine et qu’apparaît cette force adhérente qui ne se sépare pas et ne résiste pas, et dont l’efficacité se manifeste alors. Comme je n’avais personne avec qui pousser les mains, je dus chercher un substitut : après réflexion, et m’appuyant sur des principes scientifiques, j’ai fait construire deux appareils de poussée des mains, un bâton et un ballon, pour remplacer le partenaire et mettre en pratique la scientificisation des arts martiaux. Ces deux objets permettent d’exécuter une à une et convenablement les huit dynamismes de la poussée des mains (écarter, tirer, presser, pousser, cueillir, déchirer, le coude, l’épaule), en adhérant sans se séparer, exactement comme avec un partenaire. Depuis leur invention, les spécialistes d’éducation physique et d’arts martiaux, chinois et étrangers, venus les voir, n’ont cessé de s’en émerveiller. J’en explique ci-dessous la construction.

Le bâton (棍)

先製成一能自轉之棍。而以橡皮帶八根之一端分繫於棍軸之兩頭。其他端則繫於一小室中之八角。或設一立方形木架。如是棍得八根據皮帶之平均牽制。乃懸於室之當中。苟有一力破其均勢。則隨其力之方向為轉移。力退則其均勢復成。故無論力之從上下左右前後。發生種種動作。皆能運轉自如。故推手中之八勢。亦能一一依法表演。而運動者立於棍之前後演習。與兩人之推手無殊焉。

On commence par fabriquer un bâton qui tourne sur lui-même. On fixe une extrémité de huit bandes de caoutchouc aux deux bouts de l’axe du bâton, et l’autre extrémité aux huit angles d’une petite pièce, ou bien à une charpente cubique en bois. Le bâton, également sollicité par les huit bandes, est ainsi suspendu au milieu de la pièce. Si une force rompt cet équilibre, il se déplace dans la direction de cette force ; la force disparue, l’équilibre se rétablit. Aussi, quelle que soit la direction — haut, bas, gauche, droite, avant, arrière — dont naissent les mouvements, le bâton tourne avec aisance. Les huit dynamismes de la poussée des mains peuvent donc être exécutés un à un selon la méthode, et le pratiquant, debout devant ou derrière le bâton, s’exerce exactement comme s’il poussait les mains avec un partenaire.

Le bâton de poussée des mains (太極棍圖), photographie de l’album de 1929

太極棍運用式一

Première posture d’utilisation du bâton.

Première posture d’utilisation du bâton de taiji (1929)

太極棍運用式二

Deuxième posture d’utilisation du bâton.

Deuxième posture d’utilisation du bâton de taiji (1929)

Le ballon (球)

球之直徑為中國尺一尺半。重十八斤。以銅為之而塗以鎳。以橡皮帶懸之於空中。球之高低則與人胸平。因繫以橡皮帶故。一遇外力之來。則亦隨其力之方向而動。上下左右前後。皆能圓轉如人意。而人立於球之前或後。作種種太極拳姿勢。亦能得心應手。其於推手中之八勢。亦可一一表演而出。故有以上二物。雖一人獨居練習。而於太極拳之精奧。已能依次漸進。不可謂非太極拳科學化之工具也。

Le ballon a un diamètre d’un pied et demi chinois ; il pèse dix-huit livres. Il est en cuivre revêtu de nickel et suspendu dans les airs par une bande de caoutchouc. Sa hauteur est réglée au niveau de la poitrine. Parce qu’il est suspendu à un élastique, dès qu’une force extérieure survient, il se meut dans la direction de cette force : haut, bas, gauche, droite, avant, arrière, il tourne à volonté. Debout devant ou derrière le ballon, on exécute toutes sortes de postures de taiji quan avec une aisance parfaite, et l’on peut de même exécuter un à un les huit dynamismes de la poussée des mains. Avec ces deux objets, même seul chez soi, on peut progresser pas à pas dans les subtilités du taiji quan : on ne peut nier qu’ils soient des outils de la scientificisation du taiji quan.

Le ballon de poussée des mains (太極球圖), photographie de l’album de 1929

太極球運用式一

Première posture d’utilisation du ballon.

Première posture d’utilisation du ballon de taiji (1929)

太極球運用式二

Deuxième posture d’utilisation du ballon.

Deuxième posture d’utilisation du ballon de taiji (1929)

以上二種器械。為不佞運用科學上之智識結構而成。此種小小發明。誠不敢謂於吾國國術上有所裨補。然吾人提倡國術之旨趣。則確在使其能科學化。所謂科學化者。在求國術之能適合於力學與心理學。講求生理與衞生而已。太極拳之能以輕勝重。以柔克剛。固已知運用心理學。而已參透力學之三昧。至其姿勢平穩。動作緩和。不偏不激。無過無不及。非講求生理與衞生而何。是故雖謂太極拳為業經科學化之國術。亦無不可。然則吾人提倡國術。不當自太極拳始耶。此不佞之所以制此器械。區區之意。在求其能普及。俾練習者。稍獲便益。使成為吾國國術科學化之嚆矢云爾。

Ces deux appareils ont été conçus par moi à partir de connaissances scientifiques. Je n’oserais certes prétendre qu’une si petite invention soit d’un grand secours pour les arts martiaux de notre pays ; mais l’intention qui nous fait promouvoir les arts martiaux est bien de les rendre scientifiques. Être scientifique, c’est faire en sorte que les arts martiaux s’accordent avec la mécanique et la psychologie, et qu’ils prennent en compte la physiologie et l’hygiène. Que le taiji quan puisse vaincre la lourdeur par la légèreté et la dureté par la souplesse, c’est qu’il sait user de la psychologie et qu’il a pénétré le secret de la mécanique. Quant à la régularité de ses postures, à la douceur de ses mouvements, sans excès ni parti pris, sans trop ni pas assez, n’est-ce pas précisément prendre en compte la physiologie et l’hygiène ? Aussi peut-on dire sans exagérer que le taiji quan est un art martial déjà scientificisé. N’est-ce donc pas par le taiji quan que nous devrions commencer à promouvoir les arts martiaux ? Voilà pourquoi j’ai fait construire ces appareils : ma modeste intention était qu’ils puissent se répandre, afin que les pratiquants en tirent quelque commodité, et qu’ils soient le premier pas de la scientificisation des arts martiaux dans notre pays.

Méthodes d’entraînement au bâton de poussée des mains (appendice)

Les méthodes détaillées qui suivent — bâton puis ballon — complètent l’ouvrage de 1929. Les photographies qui les illustrent proviennent du Taiji cao (太極操, 1931), autre ouvrage de Chu Minyi sur les mêmes appareils.

太極拳推手棍之演習法 褚民誼 1 練手

Méthode d’entraînement au bâton de poussée des mains du taiji quan, par Chu Minyi.

  1. Exercice de la main.

人立於棍前。面東背西。坐身於右腿上。左足向前足跟着地。將左手平放於棍上。手背朝天。(見圖一) 由左手將棍推動。先向東進轉南。而西至北。使成一環形。惟屬於平面的環形。數次以後。便一反其動作。坐身於左腿上。右足向前足跟着地。將右手平放於棍上。先手背朝天。手掌貼棍。由右手將棍推動。先向東轉北。而西至南。亦成一平面的環形。然後手掌朝天。手背貼棍。此為置手於棍上之第一式。第二個方式呢。手足之放置。及身之坐勢。一似第一式。惟推動時。用左手。則左手先向上轉南。向下轉北。用右手則右手先向上轉北。向下轉南。使成一橫的環形。第三個方式。手足坐勢亦一仍其舊。惟推動時手先向上轉東。向下轉西。或變為向上轉西。向下轉東。使成一縱的環形。以上三種方式。成為三個環形。(一)平面的環形。(二)橫面的環形。(三)縱面的環形。同時共有六個方向。上,下,東,(前)南,(左)西,(後)北。(右)三個環形相倂。便形成一個球體。不過以上所說的。都是用左手時。則身坐於右腿。用右手時。則身坐於左腿。習之旣久。便能隨意更換。就是用左手時亦可坐身於左腿。用右手時。也能坐身於右腿。單手的動作習慣後。進而以兩手推動。也作三個環形。變換六個方向。坐身於腿亦可任意左右。這樣手在棍上的演習純熟後。更可以將手棍易位而處。置手於棍下。先手背向地。手掌貼棍。然後手背貼棍。手心向地。坐勢在左腿或右腿。亦隨意更換。推動時也作三個環形。六個方向。如是則手可忽居棍上。忽伏棍下。隨意掀上翻下。由單純而複雜。由遲緩而敏捷。驟視之。手棍如相黏貼。不卽不離。不頂不丟。鎔在一處。

On se tient debout devant le bâton, face à l’est, dos à l’ouest, le poids du corps assis sur la jambe droite, le pied gauche en avant, talon au sol. On pose la main gauche à plat sur le bâton, le dos de la main vers le ciel (voir photo 1). De la main gauche, on pousse le bâton : d’abord vers l’est, puis tournant vers le sud, vers l’ouest et jusqu’au nord, de manière à former un cercle ; il s’agit d’un cercle dans le plan horizontal. Après plusieurs répétitions, on inverse le mouvement : le poids assis sur la jambe gauche, le pied droit en avant, talon au sol, on pose la main droite à plat sur le bâton, d’abord le dos de la main vers le ciel, paume collée au bâton, et de la main droite on pousse le bâton : d’abord vers l’est, tournant vers le nord, vers l’ouest et jusqu’au sud, formant là encore un cercle horizontal. Puis, la paume vers le ciel et le dos de la main collé au bâton. Voilà la première manière de placer la main sur le bâton. La deuxième manière : la position des mains et des pieds, ainsi que l’assise du corps, sont identiques à la première ; mais dans la poussée, avec la main gauche celle-ci part vers le haut en tournant vers le sud, puis vers le bas en tournant vers le nord ; avec la main droite, celle-ci part vers le haut en tournant vers le nord, puis vers le bas en tournant vers le sud : on forme ainsi un cercle transversal. La troisième manière : la position des pieds et l’assise restent les mêmes ; mais dans la poussée, la main part vers le haut en tournant vers l’est, puis vers le bas en tournant vers l’ouest, ou bien vers le haut en tournant vers l’ouest et vers le bas en tournant vers l’est, formant un cercle longitudinal. Ces trois manières donnent trois cercles : (1) le cercle horizontal, (2) le cercle transversal, (3) le cercle longitudinal ; et en même temps six directions : haut, bas, est (avant), sud (gauche), ouest (arrière), nord (droite). Les trois cercles réunis forment une sphère. Toutefois, dans ce qui précède, lorsqu’on emploie la main gauche on s’assied sur la jambe droite, et lorsqu’on emploie la main droite on s’assied sur la jambe gauche. À force de pratique, on peut permuter à volonté : avec la main gauche, on peut aussi s’asseoir sur la jambe gauche, et avec la main droite sur la jambe droite. Quand le mouvement d’une seule main est devenu habituel, on passe à la poussée des deux mains, en exécutant également les trois cercles et les six directions, l’assise pouvant se faire à volonté à gauche ou à droite. Lorsque cet exercice de la main sur le bâton est bien maîtrisé, on peut encore inverser la position de la main et du bâton : placer la main sous le bâton, d’abord le dos de la main vers le sol, la paume collée au bâton, puis le dos de la main collé au bâton et la paume vers le sol ; l’assise, sur la jambe gauche ou droite, se change à volonté. Dans la poussée, on exécute également les trois cercles et les six directions. Ainsi la main peut-elle tantôt se poser sur le bâton, tantôt se glisser dessous, soulevant et retournant à volonté, du simple au complexe, du lent à l’agile. Au premier regard, la main et le bâton semblent collés l’un à l’autre, sans se séparer ni résister, sans buter ni lâcher, fondus en un seul tout.

Exercice de la main sur le bâton de poussée des mains (Taiji cao, 1931)

2 練腕(俗稱小臂)

  1. Exercice du poignet (appelé communément l’avant-bras).

人立於棍前。面東背西。坐身於右腿上。左脚向前。脚跟着地。將左腕平放於棍上。手掌向下。由左腕將棍推動。先向東進轉南。而西而北。使成一平面的環形。同時也更換右腕。而和練手的方法一樣。作三種方式。使成三個環形。六個方向。餘可類推。腕在棍上時。則手掌向下。腕在棍下時。則手掌向上。而腕因手心的更換其方向。使得轉輾圓活。一似車軸。同時置腕於棍上時。手掌亦可忽向上忽向下。於棍下時亦然。譬如平置左腕於棍上。手掌向下。先向東推轉南。手及腕已側置於棍上。手掌向南。由南而西時。手掌向上。及至北面時。則手掌又向下。腕亦向下。反之。則手掌向下之左腕。先由東推轉北。手掌亦向北。由北而西時。手及腕亦已側置於棍上。手掌向南。及至南面時。則手掌向上。腕亦向上。及由南至東時。則腕成向內轉之勢。手掌向下。以復原狀。這是專指左腕而言。若右腕練習。則更換推動方向便得。其餘便不難類推了。

On se tient debout devant le bâton, face à l’est, dos à l’ouest, le poids assis sur la jambe droite, le pied gauche en avant, talon au sol. On pose le poignet gauche à plat sur le bâton, paume vers le bas, et du poignet gauche on pousse le bâton : d’abord vers l’est, puis tournant vers le sud, vers l’ouest et vers le nord, formant un cercle horizontal. On change ensuite pour le poignet droit, et comme pour l’exercice de la main, on exécute les trois manières, formant trois cercles et six directions ; le reste se déduit de même. Lorsque le poignet est au-dessus du bâton, la paume est vers le bas ; lorsqu’il est au-dessous, la paume est vers le haut. Par ce changement d’orientation de la paume, le poignet se retourne avec aisance, comme l’essieu d’une roue. En même temps, lorsque le poignet est posé sur le bâton, la paume peut aller tantôt vers le haut, tantôt vers le bas ; il en va de même lorsqu’il est sous le bâton. Par exemple, on pose le poignet gauche à plat sur le bâton, paume vers le bas ; on pousse d’abord vers l’est en tournant vers le sud, la main et le poignet étant alors posés de côté sur le bâton, paume vers le sud ; en allant du sud vers l’ouest, la paume va vers le haut ; en arrivant au nord, la paume revient vers le bas et le poignet également. Inversement, avec le poignet gauche paume vers le bas, on pousse d’abord de l’est vers le nord, la paume allant aussi vers le nord ; en allant du nord vers l’ouest, main et poignet sont posés de côté sur le bâton, paume vers le sud ; en arrivant au sud, la paume va vers le haut et le poignet aussi ; et en revenant du sud vers l’est, le poignet prend un mouvement de rotation vers l’intérieur, la paume vers le bas, pour revenir à la position initiale. Ceci concerne le poignet gauche ; pour le poignet droit, il suffit d’inverser la direction de la poussée, et le reste se déduit sans peine.

3 練臂(自肩至腕俗稱大臂)

  1. Exercice du bras (de l’épaule au poignet, appelé communément le bras).

臂的練習法。與上說無異。不再贅述。惟練習不若腕之易耳。

La méthode d’exercice du bras est identique à ce qui précède ; nous ne la répéterons pas. Seulement, cet exercice est moins facile que celui du poignet.

以上所述之三種。練習時則界限分淸。不容混亂。就是說。練手時。則專見手和棍發生關係。練腕或臂時。則專見腕或臂和棍發生關係。但是同時亦得合倂動作。就是推動時。手腕臂一齊和棍摩擦。使上肢全部的筋骨及血液。均活動而流通。如此以皮膚與棍摩擦之法。一似中國之推拿及西洋之按摩術。因筋骨活動。使內體亦感受按摩功能。惟按摩術。需人為我摩擦。電摩機用電力為我摩擦。均屬被動。而此利用器械以摩擦。則屬自動。吾人屢見年事較高之人。恆因筋骨不舒。感覺酸痛。需倩人為之搥背按胸等等。是卽因在壯年時未曾注意及運動。故始需要此種人力或電力之被動按摩。推手棍不但能運動吾人手臂。且背腰胸脅均能賴以運動而舒展之。今再分段言之。

Dans les trois exercices décrits ci-dessus, il faut, à l’entraînement, bien marquer les limites et ne pas les confondre : c’est-à-dire que lorsqu’on exerce la main, on ne considère que le rapport de la main avec le bâton ; lorsqu’on exerce le poignet ou le bras, on ne considère que le rapport du poignet ou du bras avec le bâton. Mais on peut aussi les combiner en un même mouvement : dans la poussée, main, poignet et bras frottent ensemble contre le bâton, ce qui met en mouvement et fait circuler tous les tendons, les os et le sang du membre supérieur. Cette méthode de friction de la peau contre le bâton ressemble au tuina chinois et au massage occidental : le mouvement des tendons et des os fait que l’intérieur du corps reçoit lui aussi un effet de massage. Seulement, le massage exige qu’un autre nous masse, et la machine à massage électrique qu’un courant nous masse : l’un et l’autre sont passifs. Ici, au contraire, la friction au moyen d’un appareil est active. Nous voyons souvent des personnes âgées, gênées dans leurs tendons et leurs os et ressentant des douleurs, devoir faire masser le dos ou la poitrine : c’est faute d’avoir pris garde à l’exercice dans leur jeunesse qu’elles ont besoin de ce massage passif, humain ou électrique. Le bâton de poussée des mains ne met pas seulement en mouvement les bras : le dos, les reins, la poitrine et les flancs peuvent aussi, grâce à lui, s’exercer et se détendre. Reprenons par sections.

4 練背

  1. Exercice du dos.

人背棍而立。背與棍相接。坐身於左腿或右腿。左足或右足向前。足跟着地。身稍前傾。作鞠躬狀。棍卽緣背上駛。胸向前挺。棍卽下降。(見圖二)

此種演習。最含太極拳中涵胸拔背之用意。如是挺胸鞠背。棍卽上下徐馳不離。最初棍之上駛下馳。成一直線。久之能使棍由背左方上升。背之右方下降。或右方上升。左方下降。均可成一環形。因之腰亦藉以轉動。卽因身體左右側之故。更有一練背之法。身向前彎。曲背於棍下。背與棍成平行線。使背棍相接。張兩臂向左右擺動。使棍似車輪式轉輾於背之左右。

On se tient debout, le dos au bâton, en contact avec lui ; on s’assied sur la jambe gauche ou droite, le pied gauche ou droit en avant, talon au sol, le corps légèrement penché en avant comme pour s’incliner. Le bâton remonte alors le long du dos ; si la poitrine s’avance, le bâton redescend (voir photo 2). Cet exercice contient au plus haut point l’intention du taiji quan : « contenir la poitrine et relever le dos ». Ainsi, la poitrine avancée et le dos courbé, le bâton va et vient lentement sans quitter le dos. Au début, la montée et la descente du bâton suivent une ligne droite ; à la longue, on peut faire monter le bâton du côté gauche du dos et le faire descendre du côté droit, ou inversement, en formant un cercle ; la taille participe alors au mouvement, du fait de l’inclinaison du corps à gauche et à droite. Il existe une autre méthode d’exercice du dos : on se penche en avant, on courbe le dos sous le bâton, le dos et le bâton parallèles et en contact, puis on ouvre les deux bras et on les balance à gauche et à droite, faisant rouler le bâton comme une roue sur les côtés du dos.

Exercice du dos contre le bâton de poussée des mains (Taiji cao, 1931)

5 練腰脅

  1. Exercice des reins et des flancs.

身側立於棍旁。置棍於左脅下。坐身於左腿上。右足向前。足跟着地。身向右傾。棍卽緣左脅而上。轉向左傾。棍卽下落。置棍於右脅下時。坐身於右腿上。左足向前。足跟着地。身向左傾。棍卽緣右脅而上。轉向右傾。棍卽下落。練左脅時亦可坐身於右腿。練右脅時。亦可坐身於左腿。如是則棍之所至。腰脅均受其摩擦。

On se tient de côté près du bâton. On place le bâton sous le flanc gauche, on s’assied sur la jambe gauche, le pied droit en avant, talon au sol ; le corps s’inclinant vers la droite, le bâton remonte le long du flanc gauche, puis, l’inclinaison passant vers la gauche, le bâton redescend. Lorsqu’on place le bâton sous le flanc droit, on s’assied sur la jambe droite, le pied gauche en avant, talon au sol ; le corps s’inclinant vers la gauche, le bâton remonte le long du flanc droit, puis, l’inclinaison passant vers la droite, le bâton redescend. Pour le flanc gauche, on peut aussi s’asseoir sur la jambe droite, et pour le flanc droit, sur la jambe gauche. Ainsi, partout où passe le bâton, les reins et les flancs reçoivent sa friction.

6 練胸

  1. Exercice de la poitrine.

人向棍立。胸與棍相緊貼。先坐身於左腿。胸向前彎。棍卽向下。胸向後傾。棍卽向上。同時亦得坐身於右腿。更須將胸部作左右側轉。則棍得由左上而右下。或右上而左下。亦成一環形。腰亦隨胸之左右側而旋轉。更有一動作於練胸或背時。坐身於兩腿上。成太極拳之單鞭勢。亦合乎涵胸拔背之意。

On se tient debout face au bâton, la poitrine en contact étroit avec lui. On s’assied d’abord sur la jambe gauche, la poitrine se pliant vers l’avant, et le bâton descend ; la poitrine s’inclinant vers l’arrière, le bâton remonte. On peut en même temps s’asseoir sur la jambe droite, et il faut en outre faire tourner la poitrine de gauche à droite, de sorte que le bâton aille du haut à gauche vers le bas à droite, ou du haut à droite vers le bas à gauche, formant également un cercle ; la taille tourne alors avec les inclinaisons de la poitrine. Il existe encore un mouvement, dans l’exercice de la poitrine ou du dos, où l’on s’assied également sur les deux jambes pour prendre la posture du « fouet simple » du taiji quan : cela aussi répond à l’intention de « contenir la poitrine et relever le dos ».

Méthodes d’entraînement au ballon de poussée des mains

太極拳推手球之演習法 褚民誼 (甲)練單臂

Méthode d’entraînement au ballon de poussée des mains du taiji quan, par Chu Minyi. A. Exercice d’un seul bras.

Exercice du ballon de poussée des mains (Taiji cao, 1931)

1 人面球而向東立。坐身於左腿。左脚向前。脚跟着地。右肱及手均貼於球側。手作撫球狀。徐舉向上置於球頂。繼向北而下。成一橫的環形。手於向上時。則手心貼球。由上而北時。則手背貼於球側。及至球下時。則手向外轉。手心又貼於球底。如是數次以後。可以換一方向。手肱由北向上。手背貼球。手至球頂。則手肱側置球上。俟由南而下時。手向內轉。使手心貼球。如是又可數次。便可坐身於右腿。運用左手。其演習法一如右手。亦成橫的環形。練習熟諳後。也可練左手時。坐身於左腿。練右手時。坐身於右腿。

  1. On se tient face au ballon, tourné vers l’est, assis sur la jambe gauche, le pied gauche en avant, talon au sol. Le bras droit et la main s’appliquent contre le côté du ballon, la main comme pour le caresser ; on l’élève lentement jusqu’au sommet du ballon, puis on descend vers le nord, formant un cercle transversal. Lorsque la main monte, la paume s’applique au ballon ; en allant du haut vers le nord, le dos de la main s’applique au côté du ballon ; et lorsqu’on arrive sous le ballon, la main tourne vers l’extérieur et la paume s’applique de nouveau sous le ballon. Après plusieurs répétitions, on peut changer de direction : le bras et la main partent du nord vers le haut, le dos de la main contre le ballon ; arrivé au sommet, on place le bras et la main de côté sur le ballon ; puis, en descendant vers le sud, la main tourne vers l’intérieur pour appliquer la paume contre le ballon. Après plusieurs répétitions encore, on peut s’asseoir sur la jambe droite et travailler la main gauche, la méthode étant identique à celle de la main droite et formant aussi un cercle transversal. Une fois l’exercice bien connu, on peut aussi, avec la main gauche, s’asseoir sur la jambe gauche, et avec la main droite, s’asseoir sur la jambe droite.

2 人面球而向東立。坐身於左腿。右脚向前。脚跟着地。右手及肱亦貼於球側。作撫球狀。手徐徐由東向上。轉西而下。手肱總是貼於半球。成一縱的環形。數次以後。可以換一方向。就是由下而西。轉上而東。練左手時。也坐身於右腿。作兩個環形。和右手同樣。而亦得練左手坐身左腿。練右手坐身右腿。這都在乎習者的心領意會。

  1. On se tient face au ballon, tourné vers l’est, assis sur la jambe gauche, le pied droit en avant, talon au sol. La main et le bras droits s’appliquent aussi contre le côté du ballon, comme pour le caresser ; la main monte lentement de l’est vers le haut, puis tourne vers l’ouest et descend, la main et le bras restant toujours appliqués contre la moitié du ballon, formant un cercle longitudinal. Après plusieurs répétitions, on peut changer de direction : du bas vers l’ouest, puis en tournant vers le haut et vers l’est. Pour l’exercice de la main gauche, on s’assied aussi sur la jambe droite et l’on exécute deux cercles, comme pour la main droite ; on peut également travailler la main gauche assis sur la jambe gauche, et la main droite assis sur la jambe droite. Tout cela dépend de ce que le pratiquant en saisit dans son cœur et son esprit.

3 人面球而向東立。坐身於左腿。右脚向前。脚跟着地。右手及肱貼於球底。手漸移向東至北。轉西至南。作一平面的環形。數次以後。也換一方向。由東而南。轉西至北。亦成一平面的環形。練左手時。則坐身於右腿。左脚向前。脚跟着地也根據以上的方向。作兩種平面的環形。同時亦得練左手坐身左腿。練右手坐身右腿。

  1. On se tient face au ballon, tourné vers l’est, assis sur la jambe gauche, le pied droit en avant, talon au sol. La main et le bras droits s’appliquent sous le ballon ; la main se déplace peu à peu de l’est vers le nord, puis tourne vers l’ouest jusqu’au sud, formant un cercle horizontal. Après plusieurs répétitions, on change aussi de direction : de l’est vers le sud, puis tournant vers l’ouest jusqu’au nord, formant également un cercle horizontal. Pour l’exercice de la main gauche, on s’assied sur la jambe droite, le pied gauche en avant, talon au sol, et l’on exécute selon les mêmes directions deux cercles horizontaux. On peut en même temps travailler la main gauche assis sur la jambe gauche et la main droite assis sur la jambe droite.

(乙)練雙臂

B. Exercice des deux bras.

1 人向球立面東。坐身於左腿。或右腿。左足或右足向前。足跟着地。兩手成一抱勢。將球懷抱。先由右肱及手做一縱面的環形。由上而西。轉下至東。在右手由上而西時。左肱及手遂由下而西。轉上至東。互作環形。

  1. On se tient debout face au ballon, tourné vers l’est, assis sur la jambe gauche ou droite, le pied gauche ou droit en avant, talon au sol. Les deux mains forment une posture d’étreinte, comme pour embrasser le ballon. On commence par faire décrire au bras et à la main droits un cercle longitudinal, du haut vers l’ouest puis descendant jusqu’à l’est ; lorsque la main droite va du haut vers l’ouest, le bras et la main gauches vont du bas vers l’ouest puis montent jusqu’à l’est : les deux exécutent ainsi leurs cercles en alternance.

2 人立方向手足坐勢一似第一式。惟兩肱及手雖做兩個同樣的縱的環形。面方向各異。譬如左肱及手推動的方向。由上而東。轉下至西。而同時右肱及手推動的方向。由上而西。轉下至東。初練時頗不易。習之久便能純熟。因為我們的神經。要使兩手做各異方向的動作。異常困難。譬如右手握拳。左手平放。均置於桌上。要使握拳的右手。作擊桌狀。而平放的左手作摩擦狀。要同時而動作不同。已覺顧此失彼。不能如意。所以有猶豫而兩手都作擊桌狀。或兩手都作摩擦狀。這就因神經只能貫注於一處的緣故。但習練久後。則兩手亦可於同時很如意的為不同的動作。兩手在球之左右推動則易。而在球之上下則難。因球頂繫繩發生障礙。所以混合的演習式。一手可在球之左右推動使成縱或橫的環形。而一手則貼球底作平面的環形。練兩臂時坐身左右腿可隨意更換。身或向前。作攻勢。或向後。作坐勢。作攻勢者。身向前曲左膝。使左脚尖和左膝與鼻三點均在一直線上。而右腿向後挺直似撐屋之薦柱。這是左實右虛。作坐勢者。則坐身於右腿。左腿向前左脚跟着地。這是右實左虛。這樣因身之忽前忽後而腰亦運動矣。

  1. La direction du corps, la position des mains et des pieds et l’assise sont les mêmes que dans le premier exercice ; mais les deux bras et les mains, tout en exécutant deux cercles longitudinaux semblables, vont dans des directions opposées. Par exemple, le bras et la main gauches poussent du haut vers l’est puis descendent vers l’ouest, tandis que le bras et la main droits poussent du haut vers l’ouest puis descendent vers l’est. Au début, l’exercice est assez difficile ; à force de pratique on y parvient. Car nos nerfs éprouvent une difficulté extrême à faire exécuter aux deux mains des mouvements de directions différentes : par exemple, le poing droit fermé et la main gauche posée à plat sur une table, faire frapper la table par le poing droit tout en faisant frotter la main gauche, deux actions simultanées et différentes, donne déjà l’impression de sacrifier l’une à l’autre et de ne pouvoir y réussir ; on hésite, et les deux mains frappent la table, ou bien les deux frottent — parce que les nerfs ne peuvent se concentrer que sur un seul point. Mais après un long entraînement, les deux mains peuvent aussi exécuter simultanément et aisément des mouvements différents. Pousser le ballon latéralement, à gauche et à droite, est facile ; le pousser vers le haut et le bas est difficile, parce que la corde fixée au sommet du ballon gêne. Aussi, dans les exercices mixtes, une main peut pousser le ballon latéralement en formant un cercle longitudinal ou transversal, tandis que l’autre s’applique sous le ballon en décrivant un cercle horizontal. Dans l’exercice des deux bras, l’assise sur la jambe gauche ou droite se change à volonté. Le corps va soit vers l’avant, en posture d’attaque, soit vers l’arrière, en posture assise. En posture d’attaque, le corps s’incline en avant et fléchit le genou gauche, de sorte que la pointe du pied gauche, le genou gauche et le nez soient sur une même ligne droite, la jambe droite s’étendant droite vers l’arrière comme le pilier qui étaye une maison : c’est le plein à gauche et le vide à droite. En posture assise, on s’assied sur la jambe droite, la jambe gauche en avant, le talon gauche au sol : c’est le plein à droite et le vide à gauche. Ainsi, par les déplacements du corps vers l’avant et vers l’arrière, la taille est-elle aussi mise en mouvement.

練單臂之第一式練右臂時手心及肱緊貼於球之南。(卽側面)現置之於球南之對面。(卽北面)手背貼球。如是則球已居身之右。不與人相對矣。習左臂時亦然。推動時作兩個縱的環形。(一)由上而東轉下至西。(二)由上而西轉下至東。坐身於腿亦隨意更換。

Dans le premier exercice d’un seul bras, lorsqu’on travaille le bras droit, la paume et le bras s’appliquent étroitement au sud du ballon (c’est-à-dire de côté) ; on les place maintenant du côté opposé, au nord du ballon, le dos de la main appliqué au ballon. Le ballon se trouve alors à droite du corps et non plus en face de lui. Il en va de même lorsqu’on travaille le bras gauche. Dans la poussée, on exécute deux cercles longitudinaux : (1) du haut vers l’est, descendant vers l’ouest ; (2) du haut vers l’ouest, descendant vers l’est. L’assise sur l’une ou l’autre jambe se change à volonté.

旣球頂懸繩處無法練習。然球上之左角。和右角。便得利用。(練法)先坐身於右腿。置左肱於球之左角。手肱向前轉而向後縮。由上而西。轉下至東。在球角作一斜或縱橫參半的環形。這個環形亦得由上而東。轉下至西。亦有兩個方向。練習時。首宜注意。使手臂似車軸之轉輾。同時右肱亦可在右角同樣演習。坐身於左腿。或右腿均可。

Comme on ne peut exercer la partie du sommet où la corde est suspendue, on peut utiliser l’angle gauche et l’angle droit du ballon. (Méthode :) on s’assied d’abord sur la jambe droite et l’on place le bras gauche sur l’angle gauche du ballon ; la main et le bras tournent vers l’avant puis se retirent vers l’arrière, du haut vers l’ouest puis descendant vers l’est, décrivant sur l’angle du ballon un cercle oblique ou mi-longitudinal mi-transversal. Ce cercle peut aussi aller du haut vers l’est puis descendre vers l’ouest : il a donc deux directions. À l’entraînement, il faut avant tout veiller à faire tourner le bras comme un essieu. En même temps, le bras droit peut faire le même exercice sur l’angle droit, que l’on soit assis sur la jambe gauche ou sur la jambe droite.

(丙)練肩

C. Exercice de l’épaule.

1 人向球立。面東。坐身於左腿。右足向前。足跟着地。右肩貼球。肩在球側。亦得由東而上。轉西而下。或由西而上。轉東而下。成兩個縱的環形。練右肩時。除坐勢更換外。其餘相當。然坐身於腿亦得或左或右。

  1. On se tient debout face au ballon, tourné vers l’est, assis sur la jambe gauche, le pied droit en avant, talon au sol. L’épaule droite s’applique au ballon, sur le côté : elle peut aller de l’est vers le haut puis tourner vers l’ouest et descendre, ou de l’ouest vers le haut puis tourner vers l’est et descendre, formant deux cercles longitudinaux. Pour l’exercice de l’épaule droite, hormis l’inversion de l’assise, le reste est analogue ; l’assise peut d’ailleurs être à gauche ou à droite.

2 練肩時。得同時練臂及背。先將肩靠於球側。舉臂與肩平。肩稍向前則球卽旋轉至背部。肩往後退。球卽由背經肩而達臂側。成一靠勢。似太極拳勢中之野馬分鬆及斜飛式之類。如肩動稍劇。則球能由右肩全部至背。由背而轉至左肩。經左臂而至前方。如是球便繞人一週。一若月繞地球地球繞日的樣子。然要球更至後面則方法良多。最簡單的方法。球在前面時。用左臂作一橫的環形。至北時臂肩向球一靠。球又向後轉去。而至背部。

  1. Dans l’exercice de l’épaule, on peut en même temps exercer le bras et le dos. On appuie d’abord l’épaule contre le côté du ballon, le bras levé à hauteur de l’épaule ; si l’épaule avance un peu, le ballon tourne jusqu’au dos ; si l’épaule recule, le ballon passe du dos à l’épaule puis au côté du bras, formant une posture d’appui, semblable à celle du « cheval sauvage écarte sa crinière » ou du « vol oblique » du taiji quan. Si l’épaule bouge un peu vivement, le ballon peut aller de toute l’épaule droite jusqu’au dos, puis du dos jusqu’à l’épaule gauche, et par le bras gauche jusqu’à l’avant : le ballon fait ainsi tout le tour du corps, comme la lune autour de la terre et la terre autour du soleil. Pour renvoyer le ballon derrière soi, les méthodes sont nombreuses ; la plus simple : lorsque le ballon est devant, on exécute avec le bras gauche un cercle transversal, et lorsqu’on arrive au nord, bras et épaule s’appuient contre le ballon, qui repart en tournant vers l’arrière et gagne le dos.

還有一種逆來順受的方法。用手推球使球向前盪去。及球盪囘時。則胸向後迎受。使球乘虛而入。然後乘勢而推之向前。這也有涵胸拔背之意。

Il existe encore une méthode d’accueil souple de la venue contraire : on pousse le ballon de la main pour le faire osciller vers l’avant, et lorsque le ballon revient, la poitrine va à sa rencontre vers l’arrière et le reçoit, le laissant entrer dans le vide, puis on profite de son élan pour le pousser vers l’avant. Ici encore se retrouve l’intention de « contenir la poitrine et relever le dos ».

Autres appareils

太極拳手球 專運動手臂者。其構造為一直徑約八九寸之球。置一桿。裝有彈簧。竿上置球。立竿於平地或板上。人立一端。俯身以手或臂推球。球亦能旋轉四週。

Le ballon de main du taiji quan. Destiné spécialement à l’exercice des bras, il se compose d’un ballon d’environ huit à neuf pouces de diamètre placé sur une tige munie d’un ressort. La tige est dressée sur un sol plat ou sur une planche ; on se tient debout à l’une des extrémités et, se penchant, on pousse le ballon avec la main ou le bras ; le ballon tourne alors dans tous les sens.

Le ballon de main, exercice des bras (Taiji cao, 1931)

太極拳腿球 運動腰腿部者。則以竹或籐製成一直徑二尺餘之球。置於平地上。隨腰腿之推球藉以運動。

Le ballon de jambe du taiji quan. Destiné à l’exercice des reins et des jambes, il est fait de bambou ou de rotin et mesure plus de deux pieds de diamètre ; on le pose sur un sol plat et l’on s’exerce en le poussant de la taille et des jambes.

Le ballon de jambe, exercice des reins et des jambes (Taiji cao, 1931)

鬭球場 此外則有一鬭球場之發明。場為環形。架竹或木以成圈。為一盆子形。以無數小竿或木板斜倚其中。外高而內平。場中留有隙地。約一丈直徑。其邊為二丈半。故全場之直徑為六丈。人立其中。以手臂盤籐製三四尺直徑之球。球經推動。自必旋轉。順其勢而發動。球轉旋至場邊。邊高球仍下滾。以手臂或胸背腿接之。而又發出。於是以球為人。作種種鬭勢。待工夫純熟後。遇敵則以人為球矣。此種鬭球。一人練習須用此場。二三人或三四人練習。則用平地。因甲推球旋轉而發至乙。乙盤球而推至丙。如是多數人同時動作。可以運動全身。

L’arène du ballon. Chu Minyi a encore inventé une arène pour la « lutte au ballon ». L’arène est de forme circulaire : on dresse un cercle de bambou ou de bois en forme de cuvette, avec d’innombrables petites tiges ou planches inclinées à l’intérieur, hautes à l’extérieur et plates vers le centre. Le milieu de l’arène garde un espace libre d’un zhang de diamètre environ ; le bord mesure deux zhang et demi, ce qui donne à l’arène entière six zhang de diamètre. On se tient au centre et l’on fait tourner du bras un ballon de rotin de trois ou quatre pieds de diamètre : une fois poussé, le ballon tourne nécessairement ; on émet selon son élan. Quand le ballon roule jusqu’au bord, le bord étant plus haut, il redescend : on le reçoit du bras, de la poitrine, du dos ou de la jambe, puis on l’envoie à nouveau. On se sert alors du ballon comme d’un homme et l’on prend toutes sortes de postures de lutte, si bien que, le travail une fois mûri, face à un adversaire, c’est l’homme que l’on traite comme le ballon. Pour cet exercice de lutte au ballon, une personne seule a besoin de l’arène ; à deux, trois ou quatre, on peut se contenter d’un terrain plat : l’un pousse le ballon en rotation jusqu’à un second, le second le fait tourner et le pousse vers un troisième, et ainsi plusieurs personnes agissent en même temps et exercent tout le corps.

L’arène du ballon (鬭球場) de Chu Minyi (Taiji cao, 1931)


Notes du traducteur

  1. Chu Minyi (褚民誼, 1884-1946) : homme politique et médecin, membre du Comité central du Guomindang, connu pour son goût de l’éducation physique. Élève de Wu Jianquan, il inventa dans les années 1920-1930 plusieurs appareils d’entraînement destinés à permettre au pratiquant isolé de travailler la poussée des mains, et popularisa des formes d’exercice « scientifiques ».
  2. Wu Jianquan (吳鑑泉, 1870-1942) : maître de la deuxième génération de la famille Wu, fondateur du style Wu du taiji quan. C’est lui qui pose sur toutes les photographies de l’album de 1929.
  3. Huang Chujiu (黃楚九, 1872-1931) : fondateur de la société Jiufu de Shanghai (上海九福有限公司), éditeur de l’album ; sa préface illustre le discours hygiéniste et nationaliste de l’époque, où les arts martiaux sont présentés comme un instrument de « salut national ».
  4. Les treize dynamismes (十三勢) : huit techniques de la main (peng, , ji, an, cai, lie, zhou, kao) et cinq directions de déplacement (avancer, reculer, gauche, droite, centre).
  5. Le bâton et le ballon : le bâton (棍) est suspendu par huit élastiques qui maintiennent un équilibre ; le ballon (球), en cuivre nickelé et pesant dix-huit livres, est suspendu par un élastique à hauteur de poitrine. Ces appareils permettent d’exécuter seul les mouvements de la poussée des mains. Les sections décrivant les exercices détaillés (bâton, ballon, ballon de main, ballon de jambe, arène du ballon) sont données en appendice dans l’article de Paul Brennan.
  6. Sections non traduites ici : l’article de Brennan reproduit également un reportage du journal Jingwu (精武書報, mars 1930) sur l’inauguration de l’arène du ballon, le commentaire d’un film d’actualités de 1931 sur la démonstration de Chu Minyi, des photographies de la revue Guoshu tongyi yuekan (國術統一月刊, 1934) et une brève de la revue Shanxi guoshu tiyu xunkan (山西國術體育旬刊, août 1935) annonçant l’invention d’un « char du taiji ». Ces pièces, postérieures à l’album de 1929 et d’un intérêt documentaire secondaire, n’ont pas été traduites.
  7. La traduction suit l’édition originale de 1929 ; les tournures de l’époque (comme « scientificisation des arts martiaux ») ont été conservées.

Source : « Le taiji quan photographié » (太極拳圖), album de Chu Minyi (褚民誼), publié en 1929 par la société Jiufu de Shanghai (上海九福有限公司), avec les photographies de Wu Jianquan. Texte chinois dans le domaine public (auteur mort en 1946 ; l’auteur de la préface, Huang Chujiu, est mort en 1931). Traduction française nouvelle, réalisée directement d’après l’original chinois pour ce site. Le texte chinois original a été trouvé sur la page de Paul Brennan : « Chu Minyi’s Training Equipment ». Les images sont les reproductions des photographies et planches originales de l’édition de 1929 (et, pour les exercices d’entraînement en appendice, de l’édition de 1931), qui sont des scans du texte chinois du domaine public ; aucune image créée par le traducteur anglais n’a été reprise.