Le Taiji quan shu (太極拳術, « L’Art du taiji quan ») est l’un des manuels les plus influents du taiji quan. Son auteur, Chen Weiming (陳微明, 1881–1958), lettré et ancien compilateur du Bureau d’histoire des Qing (Qingshi guan), fut l’élève de Yang Chengfu (楊澄甫) ; il fonda à Shanghai la société Zhirou quanshe (致柔拳社, « société du taiji souple ») et publia cet ouvrage en 1925, consignant l’enseignement oral de son maître. Le livre comprend les célèbres Dix exigences (太極拳十要), les descriptions des postures de la forme, les méthodes de poussée des mains (tuishou, 推手) et un commentaire des classiques attribués à Wang Zongyue. Le texte chinois, publié en 1925, est dans le domaine public (l’auteur est mort en 1958).
L’ouvrage s’ouvre sur des calligraphies de Zheng Xiaoxu, Feng Xu et Chen Sanli, des portraits (Yang Jianhou, Yang Chengfu, l’auteur) et une table des matières ; viennent ensuite quatre préfaces, les remarques générales, la biographie de Zhang Sanfeng, l’histoire du taiji quan, les dix exigences, les postures, la poussée des mains et les commentaires des classiques. Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.
老子曰專氣致柔能嬰兒乎莊子曰得其環中以應無窮解此可以讀是編矣乙丑五月陳三立題記
Laozi dit : « Concentre ton souffle et deviens souple, comme un nouveau-né. » Zhuangzi dit : « Saisis le centre du cercle pour répondre à l’infini. » Qui comprend cela peut lire ce livre. — Inscription de Chen Sanli, cinquième mois de l’année yichou (1925).
Préfaces
序
思允於己酉歲。因張君立識李斌甫。始聞太極拳之名。越八年。陳愼先從廣平楊澄甫學。屢約余。以事不果。未久。澄甫南游。又因愼先識孫祿堂。每以年長難學為憾。祿堂曰。子毋慮。凡學內家拳者。苟尚有氣。卽可學。余意大動。立與愼先請業於楊先生少侯。未數月。少侯之弟澄甫先生自南歸。乃改從先生遊。今六年餘矣。同學前後至衆。或作或輟。惟余與愼先相約。不少間斷。祈寒袒衣。盛暑揮汗。未嘗以為苦也。擊撞創痛。屢起屢僵。未嘗以為恥也。太極拳為體。推手為用。其始循例動作。亦步亦趨而已。久之能不脫。又久之能不抗。由整而散。漸漸能不亂。尤難者。彼此相黏。必求機勢。機勢者。順逆向背堅瑕之區別也。機勢得矣。必求方向。或上或下。或正或隅。得之則如脫彈丸。失之則如撼大樹。方向得矣。必求其時。早則我勢未完。遲則彼覺而變。三者皆得。而又動之至微。發之至驟。引之至長。此則余能知之於心。宣之於口。而不能嫻之於手者也。余見練此者衆矣。皆莫能與澄甫先生抗。先生猶自言如與若祖若伯若父較。必有所未逮。然後歎此藝之精深博大如此。顧余於此藝。有引申者二事。其一則世所共知者。養身是也。交通部許君年近六十。咳唾喘促。乃習斯術。今行步如飛矣。杜姓童子。虛瘠哮脹。從其舅學。今為健兒。其他學一節一式而有效者。不可殫述。蓋有導引之利。而無其弊。故其驗甚明著。其一則世所未知者。養氣是也。吾人之大患。淺率浮躁。恃强任氣。太極拳之要訣。則曰氣沈丹田。又曰心靜神歛。學者先練其身。以次練心。又以次練神。深以測淺。靜以制動。柔以克剛。大之可以應付曲當。小之亦可以全身遠害。是故無老少。無文武。無男女。皆可學。皆當學。學焉而各得其性之所近。不有得於此。必有得於彼。此余所以津津樂道者也。澄甫先生當采余言。以為甚韙於理。屬書之以為太極拳術序乃雜書其意如右。乙丑夏日武進徐思允謹序
En l’année jiyou (1909), je fis la connaissance de Li Binfu par l’entremise de M. Zhang Li, et j’entendis pour la première fois le nom du taiji quan. Huit ans plus tard, Chen Shenxian [Weiming] étudia auprès de Yang Chengfu de Guangping et m’invita à plusieurs reprises à l’y rejoindre, mais mes affaires m’en empêchèrent. Peu après, Chengfu voyagea vers le sud, et par Shenxian je fis la connaissance de Sun Lutang. Je regrettais toujours qu’à mon âge il fût difficile d’apprendre. Lutang dit : « Ne vous tourmentez pas. Quiconque pratique les boxeurs internes peut apprendre tant qu’il lui reste un souffle. » Mon intention s’en trouva vivement éveillée ; Shenxian et moi demandâmes aussitôt à étudier auprès de M. Yang Shaohou. En quelques mois, le frère cadet de Shaohou, M. Chengfu, revint du sud, et je passai à son enseignement. Voici plus de six ans. Les condisciples sont venus en grand nombre, les uns persévérant, les autres abandonnant ; seuls Shenxian et moi nous étions promis de ne jamais nous interrompre. Dans le froid mordant nous nous mettions torse nu ; dans la chaleur accablante nous suions à grosses gouttes, sans jamais y voir une peine. Frappés, heurtés, meurtris, relevés puis terrassés sans cesse, nous n’en eûmes jamais honte. Le taiji quan est le corps, la poussée des mains en est l’usage. Au début, on ne fait que suivre les mouvements convenus, pas à pas, à la suite de l’autre. Avec le temps, on parvient à ne plus se détacher ; plus tard encore, à ne plus résister ; de l’ensemble vers le détail, on cesse peu à peu de se troubler. Le plus difficile : lorsque les deux partenaires se collent l’un à l’autre, il faut saisir l’occasion et l’avantage — c’est-à-dire distinguer le favorable de l’adverse, le face-à-face du dos tourné, le solide du fragile. L’occasion saisie, il faut chercher la direction — en haut ou en bas, de face ou de biais : obtenue, l’autre part comme une balle qu’on lâche ; manquée, on s’épuise comme à ébranler un grand arbre. La direction trouvée, il faut chercher le moment : trop tôt, ma posture n’est pas complète ; trop tard, l’autre le perçoit et change. Ces trois choses obtenues, et de plus le mouvement des plus subtils, l’émission des plus soudaines, l’attraction des plus longues — voilà ce que je puis connaître en mon cœur et dire de bouche, mais non rendre habile en mes mains. J’ai vu beaucoup de pratiquants ; nul ne pouvait tenir contre M. Chengfu. Lui-même disait que, comparé à son grand-père, à ses oncles ou à son père, il serait sûrement en dessous. C’est alors qu’on soupçonne combien cet art est profond et vaste. Pour ma part, j’ajouterais deux choses sur cet art. La première est connue de tous : nourrir le corps. M. Xu du ministère des Communications, près de la soixantaine, toussant et haletant, se mit à cette pratique ; aujourd’hui il marche comme s’il volait. Un garçon de la famille Du, chétif, maigre, asthmatique et gonflé, étudia avec son oncle ; aujourd’hui c’est un gaillard robuste. Les autres qui, pour avoir appris une section ou une posture, en tirèrent profit, sont trop nombreux pour qu’on les énumère. Cet art a les bienfaits du daoyin (導引, exercices de guidage du souffle) sans ses défauts ; aussi ses effets sont-ils manifestes. La seconde est ignorée du monde : nourrir le souffle. Nos grands travers sont la superficialité, l’impatience, l’appui sur la force et l’abandon à l’humeur. Les formules essentielles du taiji quan disent : « Que le souffle descende au dantian (丹田) », et encore : « Que le cœur soit calme et l’esprit recueilli. » L’élève travaille d’abord le corps, puis l’esprit, puis le souffle. La profondeur mesure la superficialité ; le calme gouverne le mouvement ; la souplesse triomphe de la dureté. Au plus large, on répond exactement à toute circonstance ; au plus étroit, on préserve son corps et l’on écarte le danger. C’est pourquoi vieux ou jeunes, lettrés ou guerriers, hommes ou femmes, tous peuvent l’apprendre, tous doivent l’apprendre ; chacun y gagne ce qui est proche de sa nature — sinon ceci, du moins cela. Voilà pourquoi j’aime à en parler. M. Chengfu jugea mes paroles tout à fait raisonnables et me pria de les écrire en préface au Taiji quan shu ; j’ai donc consigné ces réflexions ci-dessus. — Respectueusement, Xu Siyun de Wujin, un jour d’été de l’année yichou (1925).
序
愼先同年。余總角交也。幼同嬉游。長同讀。壬寅又同舉於鄕。嗣後余宦游滬上。遂相別。聞愼先游京師。學內家拳術。心甚慕之。今年愼先來滬。始知其苦功練習者。有七八年之久。余偶述諸友人李君雲書。江君味農。徐君冠南。聶君雲台。王君一亭。沈君惺叔。謝君泗亭。趙君雲韶等。皆欣然約從學。乃知太極拳術。其妙全在不用氣力。而其極難亦在於此。諸君及余。皆年過四五十。手足木强。不能婉轉靈活。然習之數月。亦漸能隨心應手。乃知斯術無一處不合於自然。無絲毫之勉强。余每日聽訟疲勞必休臥片時。今則精神振發。可不復休息矣。諸君中有痔疾及肢體麻木者。亦皆痊愈。人言內家拳術能却病延年。誠非虛語。愼先著太極拳術將付梓。屬作序文。爰略書實事於右。預知此書必可風行海內無疑也。乙丑夏六月關炯
Shenxian est mon condisciple de la même année d’examen ; nous sommes amis depuis l’enfance. Enfants, nous jouions ensemble ; jeunes gens, nous étudiâmes ensemble ; en l’année renyin (1902), nous fûmes reçus ensemble à l’examen provincial. Ensuite je servis comme fonctionnaire à Shanghai, et nous nous séparâmes. J’appris que Shenxian était allé à la capitale étudier les boxeurs internes, et je l’admirais en mon cœur. Cette année, Shenxian vint à Shanghai, et je découvris qu’il s’entraînait avec acharnement depuis sept ou huit ans. J’en parlai par hasard à mes amis — Li Yunshu, Jiang Weinong, Xu Guannan, Nie Yuntai, Wang Yiting, Shen Xingshu, Xie Siting, Zhao Yunsao et d’autres — et tous, joyeusement, convinrent d’étudier avec lui. Alors je compris que la merveille de l’art du taiji quan tient tout entière à ce qu’on n’y use ni de force ni de souffle, et que son extrême difficulté tient aussi à cela. Mes amis et moi avions tous dépassé quarante ou cinquante ans ; nos membres étaient raides comme du bois, incapables de se dérouler avec souplesse. Pourtant, après quelques mois de pratique, nous parvînmes peu à peu à faire ce que nous voulions. Je sus alors que cet art ne contredit nulle part la nature et ne comporte aucune contrainte. Autrefois, las d’avoir jugé des procès tout le jour, il me fallait toujours m’allonger un moment ; à présent mon esprit est plein d’allant et je n’ai plus besoin de me reposer. Parmi mes amis, ceux qui souffraient d’hémorroïdes ou d’engourdissement des membres sont tous guéris. On dit que les boxeurs internes chassent la maladie et prolongent la vie : ce n’est vraiment pas une parole en l’air. Shenxian, son Taiji quan shu achevé, s’apprête à le publier ; il m’a demandé une préface. J’ai donc brièvement consigné ces faits véritables. Je sais d’avance, sans aucun doute, que ce livre fera fureur dans tout le pays. — Guan Jiong, sixième mois de l’été de l’année yichou (1925).
序
余童年聞人道武俠事。輙不覺手舞足蹈。樂而忘倦。嘗心慕武當派內家拳術。而生長南邦。不出里門一步。卒無所遇。蘄水陳愼先先生。善太極八卦形意三家。太極為廣平楊澄甫先生所授。楊氏世傳太極。蓋武當嫡派也。今年夏。陳先生來滬。籌辦致柔拳社。甫於報端披露消息。而報名者紛至沓來。余聞之喜出望外。亟入社從先生學。先生蓄道德能文章。曾任淸史館纂修。以楊先生口授之太極拳。筆述成書。多所闡發。稿贈楊先生以酬答之。楊先生藏之數年。不以付梓。余與秦君光昭王君鼎元岑君希天聞之。請先生慫恿出之。以傳於世。先生書往。楊先生欣然寄稿。幷圖五十餘幅。將付刋。先生命誌其崖略。因略道其事實。兼及生平往事。深幸志願之克遂云耳。乙丑六月潔人孫紹濂謹序
Dans mon enfance, lorsqu’on me contait les hauts faits des chevaliers, je ne pouvais m’empêcher de danser de joie, oubliant la fatigue. J’admirais en mon cœur la boxe interne de l’école de Wudang, mais, né dans le Sud, sans jamais avoir franchi le seuil de mon village, je n’y rencontrai finalement personne. M. Chen Shenxian de Qishui excelle dans les trois arts du taiji, du bagua et du xingyi ; son taiji lui fut enseigné par M. Yang Chengfu de Guangping. La famille Yang a transmis le taiji de génération en génération : c’est la lignée légitime de Wudang. Cet été, M. Chen vint à Shanghai pour fonder la société Zhirou quanshe. À peine la nouvelle parut-elle dans les journaux que les candidats affluèrent de toutes parts. À cette nouvelle, ma joie dépassa toute espérance ; j’entrai aussitôt dans la société pour étudier auprès du maître. Le maître possède la vertu et le talent des lettres ; il fut jadis compilateur au Bureau d’histoire des Qing. Le taiji quan que M. Yang enseignait de bouche, il le mit par écrit, en un livre richement développé, et il en offrit le manuscrit à M. Yang en témoignage de gratitude. M. Yang le conserva plusieurs années sans le publier. Quand Qin Guangzhao, Wang Dingyuan, Cen Xitian et moi l’apprîmes, nous priâmes le maître d’engager M. Yang à le livrer au monde. Le maître écrivit ; M. Yang, tout joyeux, envoya le manuscrit, accompagné de plus de cinquante planches, et l’on allait l’imprimer. Le maître me demanda d’en noter les grandes lignes ; j’ai donc rapporté ces faits, avec quelques souvenirs de sa vie passée. Je me réjouis profondément que ce vœu se soit enfin accompli. — Respectueusement, Sun Shaolian, dit Jieren, sixième mois de l’année yichou (1925).
序
余幼聞武當派太極拳之名。心慕之而未遇知者。乙卯游燕。得見完縣孫祿堂先生。授以形意八卦。聞友言廣平楊氏世傳太極。丁已秋。訪得楊露禪先生之孫澄甫。不介而往見。問曰。人言太極楊氏最精。而弗輕傳人。然乎不乎。澄甫先生笑曰。非不傳人。願得其人而傳也。吾祖受之河南陳氏。今將歸之陳。君如好之。吾不秘惜。於是從學七年。以澄甫先生口授之太極拳及大小捋諸式。筆之於書。以傳於世。太極拳術。宋張三丰祖師所傳也。稱為武當內家。其異於外家者。舉之略有數端。一動中求靜。與道相合。一純以神行。不尚拙力。一呼吸根蔕。氣沈丹田。一循環無端。綿綿不斷。一不離不距。隨機應變。一專氣致柔。以弱勝强。其術純任自然。無幾微勉强。余年二十餘。軀羸多病。髮白十之三四。自遇孫楊二先生習內家拳術後。精神發越。大異於前。余友有因病習者。雖勞傷痼疾。莫不霍然脫體。誠養生却病之妙術。禦侮其餘事也。余今年創辦致柔拳社於海上。招集文雅之士。共同研習。因印此書。俾學者有所遵循。求其體式之中正。又將王宗岳先生所著太極拳論。加以注釋。附印於後。俾學者知用法之精巧。惟是太極拳式。曲中求直。變動不居。實難以筆墨形容。雖力求簡明。仍恐有不盡之處。閱者諒焉。乙丑夏陳微明識
Dès mon jeune âge j’entendis le renom du taiji quan de l’école de Wudang ; je l’admirais en mon cœur sans jamais rencontrer qui le connût. En l’année yimao (1915), voyageant à Yan [Beijing], je pus voir M. Sun Lutang de Wanxian, qui m’enseigna le xingyi et le bagua. J’appris par des amis que la famille Yang de Guangping transmettait le taiji de génération en génération. À l’automne de l’année dingsi (1917), je recherchai Chengfu, petit-fils de M. Yang Luchan, et j’allai le voir sans lettre d’introduction. Je lui demandai : « On dit que le taiji de la famille Yang est le plus raffiné, mais qu’il n’est pas transmis à la légère. Est-ce vrai ? » M. Chengfu sourit et répondit : « Ce n’est pas qu’on ne le transmette à personne ; c’est qu’on souhaite le transmettre à qui le mérite. Mon grand-père le reçut de la famille Chen du Henan ; aujourd’hui il doit revenir à un Chen. Si vous l’aimez, je ne le tiendrai pas secret. » J’étudiai donc avec lui sept années durant, et j’ai consigné par écrit, pour le transmettre au monde, le taiji quan que M. Chengfu enseignait de bouche ainsi que les postures du grand et du petit lü (捋, roulé-retourné). L’art du taiji quan a été transmis par le patriarche Zhang Sanfeng de la dynastie des Song ; on l’appelle la boxe interne de Wudang. Ce qui le distingue des boxeurs externes tient, en gros, à quelques points : d’abord, chercher le calme dans le mouvement, en accord avec le Dao ; ensuite, se mouvoir purement par l’esprit, sans faire cas de la force brutale ; puis, une respiration enracinée, le souffle descendant au dantian ; puis, une circulation sans commencement ni fin, continue et ininterrompue ; puis, ni séparation ni opposition, s’adaptant aux circonstances ; enfin, concentrer le souffle pour atteindre la souplesse, vaincre le fort par le faible. Cet art s’abandonne entièrement à la nature, sans la moindre contrainte. J’avais un peu plus de vingt ans ; mon corps était faible et maladif, et trois ou quatre dixièmes de mes cheveux étaient déjà blancs. Depuis que j’ai rencontré les deux maîtres Sun et Yang et pratiqué les boxeurs internes, mon esprit s’est épanoui, tout autre qu’avant. De mes amis, ceux qui pratiquèrent à cause d’une maladie, fussent-ils minés par l’épuisement ou des maux invétérés, en furent tous délivrés d’un coup. C’est véritablement une merveilleuse méthode pour nourrir la vie et chasser la maladie ; repousser l’agresseur n’en est que l’accessoire. Cette année, j’ai fondé la société Zhirou quanshe à Shanghai, rassemblant des lettrés raffinés pour étudier ensemble ; c’est pourquoi j’imprime ce livre, afin que les élèves aient de quoi se guider et cherchent la justesse des postures. J’ai de plus pris le Taiji quan lun de M. Wang Zongyue, l’ai pourvu d’un commentaire et l’ai imprimé en appendice, afin que les élèves connaissent la délicatesse des applications. Seulement, les postures du taiji quan, cherchant le droit dans le courbe et ne cessant de se transformer, sont véritablement difficiles à décrire par la plume ; bien que j’aie cherché la clarté et la concision, je crains encore qu’il n’y ait des manques. Que les lecteurs m’en excusent. — Chen Weiming, été de l’année yichou (1925).
Remarques générales
凡例
一本書專就已經練習太極拳而尚未明實用者特按名式說明並附圖以表出之
– Ce volume s’adresse à ceux qui pratiquent déjà le taiji quan mais n’en comprennent pas encore l’application pratique ; il en explique donc chaque posture nommée, avec des photographies pour les montrer.
一本書下列太極拳應用交手圖式甲乙二人演練時宜就各圖姿勢循序彷行
– Les schémas d’application en combat sont donnés plus bas : quand les deux partenaires A et B s’entraînent, qu’ils imitent dans l’ordre les postures de chaque figure.
一本書逐段標明按各式銜接動作以至二人發手之際均用白話表明學者可詳細參閱自有路徑可尋
– Chaque segment est clairement marqué, depuis l’enchaînement des mouvements jusqu’au moment où les deux hommes portent leurs mains ; tout est expliqué en langage courant, et l’élève, en consultant le détail, trouvera naturellement le chemin.
一甲乙二人合手演習時可輕行緩進實地研習自有得法之處不可躁進率爾逞强以致發生危險彼此反生惡感
– Quand A et B pratiquent ensemble, ils peuvent avancer doucement et progresser lentement ; en étudiant concrètement, on trouve naturellement la bonne méthode. Ne vous précipitez pas, ne faites pas étalage de force à la légère, ce qui causerait des dangers et ferait naître entre les deux partenaires des ressentiments réciproques.
一本書均就單行法解釋之遇有手術相同者從畧
– Ce volume n’explique chaque technique qu’une seule fois ; quand un mouvement de main est identique, il est omis.
一本書附圖應用動作各式方向均以上下前後左右两側表示之不拘定於東西南北以其臨時動作無有一定之方位故也
– Les directions des mouvements montrés dans les photographies sont toutes indiquées par haut-bas, avant-arrière, gauche-droite, sans s’attacher aux points cardinaux, car les mouvements d’un moment n’ont pas de direction fixe.
一本書各姿勢應用法式僅就一二手術編列說明之其臨時動作變化之妙在好學者深思遠造久練功純自能得其要領非空言所能及也
– Pour chaque posture, une ou deux applications seulement sont décrites. La merveille des transformations au moment même dépend du bon élève qui médite profondément : avec une longue pratique et un travail accompli, il saisira naturellement l’essentiel. Ce n’est pas par de vaines paroles qu’on y atteint.
一本書編製各式均用白話挨次淺顯說明以便閱者一目了解
– Chaque posture est rédigée en langage courant, expliquée simplement et dans l’ordre, afin que le lecteur comprenne d’un coup d’œil.
一本書編成其中字句難免有遺漏錯誤之處望閱者諒之
– Ce livre achevé, il est inévitable que des omissions et des erreurs s’y soient glissées ; j’espère que le lecteur voudra bien les excuser.
一此書是楊老師所述拳理同志閱書千萬不要以文字挑之祗應注重拳理如以文法挑之恐有誤自己學拳之門徑願同志諒之
– Ce livre expose la théorie martiale que le maître Yang a enseignée. Que les amis qui le lisent ne s’attachent surtout pas à la lettre du texte : ils ne doivent considérer que la théorie. S’attacher à la grammaire risquerait de vous égarer dans la voie de l’étude ; j’espère que les amis m’en excuseront.
太極拳本係武當內功拳,欲鍜練身體者可習太極拳,此係柔功,無論男女老幼皆相宜,小兒六歲以上,老者六十歲以外,皆能習學,身體虛弱者更可習學,數月之間漸覺強壯耳,十三勢初學期三個月學會,一年習熟,五年練好,日後愈練愈精,但非眞傳不可,太極拳不得眞傳不過身體畧壯耳,拳理十年終糊塗,焉能知精微奧妙知覺運用,若得眞傳如法練去,金剛羅漢體不難矣,不但體壯,自衛防身之能力庽焉,早晨練拳最相宜,飯後休息半時或一時方可運動,如體質弱者量力練之,不可過,練習一月之後飲食可加多,拳每早晚两次或三次均可,如夏天練拳正燥,千萬不可用凉水洗手,恐其悶火,如冬天練完速穿衣服恐其受凉,練完不可即就坐,可行走五分鐘,使血脈調和
Le taiji quan est à l’origine une boxe de travail interne (neigong, 內功) de Wudang. Qui veut forger son corps peut pratiquer le taiji quan : c’est un travail souple, convenant à tous, hommes et femmes, vieux et jeunes. Les enfants de plus de six ans comme les vieillards de plus de soixante peuvent l’apprendre ; les corps faibles peuvent d’autant mieux l’apprendre, et en quelques mois ils se sentent peu à peu fortifiés. Pour les treize postures (shisan shi, 十三勢), le débutant les apprend en trois mois, les possède en un an, les travaille bien en cinq ans ; plus on pratique ensuite, plus on s’affine. Mais il faut la transmission véritable : sans elle, le taiji quan ne fait qu’un corps un peu plus vigoureux, et après dix ans la théorie demeure confuse — comment connaître subtilités, mystères, perception et application ? Avec la transmission véritable, si l’on pratique selon la méthode, un corps de jingang-arhat n’est pas difficile à obtenir : non seulement le corps se fortifie, mais la capacité de se défendre et de se protéger y réside. Le matin est le moment le plus propice pour pratiquer. Après les repas, reposez-vous une demi-heure ou une heure avant de bouger. Si le tempérament est faible, pratiquez selon vos forces, sans excès. Après un mois de pratique, l’appétit augmente. On peut pratiquer deux ou trois fois, matin et soir. En été, quand la pratique échauffe, ne vous lavez surtout pas les mains à l’eau froide, de peur d’étouffer le feu interne. En hiver, remettez vos vêtements aussitôt la pratique finie, de peur de prendre froid. Après la pratique, ne vous asseyez pas tout de suite ; marchez cinq minutes pour harmoniser la circulation du sang.
如用功時須澄心息慮,心無所思,意無所感,專心練拳,太極對敵法甚妙,非不能用,蓋今同志只練皮毛不再學,不能求高師訪明友,勿說太極不能用,亦勿怪授者不授耳,此本係內功與道相合,初學每日可學一两式,不可粗率,初學略難,一月後拳式入門易學耳,每同志初學一两月覺拳甚好,再學三四個月後自覺不如從前,心中煩燥,如有此景像千萬不可懈志,正是進步耳,如今拳未進步,不能自知拳式壞的,人人必由此地位經過,先此警告耳,
Quand on travaille, il faut clarifier le cœur et faire taire les pensées : que le cœur ne pense à rien, que l’intention ne perçoive rien, et pratiquez d’un esprit concentré. La méthode du taiji pour affronter l’adversaire est fort subtile ; ce n’est pas qu’elle soit inutilisable : c’est qu’aujourd’hui les amis n’en pratiquent que la peau et n’étudient pas plus avant, ne cherchent ni maître supérieur ni ami éclairé. Ne dites pas que le taiji ne peut s’employer, et ne blâmez pas l’enseignant de ne pas enseigner. Cette boxe est un travail interne en accord avec le Dao. Le débutant peut apprendre une ou deux postures par jour, sans négligence. Au début c’est un peu difficile ; après un mois, les postures entrent dans la porte et s’apprennent aisément. Souvent l’ami débutant trouve sa boxe excellente après un ou deux mois, puis, après trois ou quatre mois de plus, il se trouve moins bon qu’avant et son cœur s’impatiente. Si tel tableau se présente, ne relâchez surtout pas votre volonté : c’est justement le progrès. Si la boxe ne progressait pas, on ne pourrait pas soi-même reconnaître que ses postures sont mauvaises. Tout le monde passe par cette étape ; je vous en avertis d’avance.
Biographie du vrai homme Zhang Sanfeng
張眞人傳
眞人遼東懿州人。姓張。名君實。字元元。號三丰子。又號昆陽。或云姓張。名玉。字君寶。號元元子。宋末時人。生有異質。龜形鶴骨。大耳圓目。身長七尺餘。修髯如戟。頂作一髻。常戴偃月冠。一笠一衲。寒暑御之。不飾邊幅。人皆目為張邋遢。所啖升斗輙盡。或避穀數月自若。延祐間。年六十七。入嵩南。遇呂純陽鄭六龍。得金丹之旨。或云入終南得火龍眞人之傳。秦淮漁戶沈萬山。好善樂施。眞人傳以點石成金之術。元末。居寶雞金臺觀。至正丙午九月二十日。自言辭世。留頌而逝。士民楊軌山。置棺殮訖。臨窆復生。時年百三十歲矣。入蜀至太和山。結茅於玉虛庵。庵前古木五株。嘗棲其下。猛獸不傷。鷙鳥不搏。衆皆驚異。有人問仙術。絕不答。問經書。則論說不倦。常語武當鄕人曰。此山當大顯。明永樂間。勑修武當。眞人隱於傭工。人皆不識。孫眞人碧雲為武當山住持。與眞人來往。多受其敎。永樂帝聞之。遣使屢召不赴。以詩詞託碧雲奏之。後以道授道士丘元靖。不知所終。世傳太極拳術。乃眞人所傳也。
Le vrai homme était originaire du district de Yizhou, en Liaodong. Il se nommait Zhang, prénom Junshi, surnom Yuan Yuan, et se donnait le titre de Sanfengzi, ou encore Kunyang. D’autres disent qu’il se nommait Zhang Yu, prénom Junbao, titre Yuan Yuanzi. Il vécut à la fin des Song. Né avec une nature hors du commun — corps de tortue, ossature de grue, grandes oreilles, yeux ronds, plus de sept chi de haut, longue barbe comme une hallebarde, les cheveux en un seul chignon — il portait d’ordinaire un bonnet de lune couchante, et, pour le froid comme pour le chaud, un unique chapeau de bambou et une unique robe de moine, sans souci de l’apparence ; tous l’appelaient « Zhang le débraillé ». Il engloutissait un dou ou un sheng de nourriture, ou bien jeûnait des mois durant, sans que rien le trouble. Sous l’ère Yanyou (1314-1320), à soixante-sept ans, il entra au sud du mont Song, y rencontra Lü Chunyang et Zheng Liulong, et reçut le sens du jindan (金丹, élixir d’or). D’autres disent qu’il entra aux monts Zhongnan et y reçut la transmission du vrai homme Huolong (Dragon de feu). Shen Wanshan, un pêcheur des bords de la Qinhuai, aimait le bien et se plaisait à donner ; le vrai homme lui enseigna l’art de changer la pierre en or. À la fin des Yuan, il demeurait au monastère de Jintai, à Baoji. Le vingtième jour du neuvième mois de l’année bingwu de l’ère Zhizheng (1366), il annonça lui-même sa mort, laissa une stance et s’en alla. Le lettré Yang Geshan le fit mettre en bière ; mais comme on allait l’ensevelir, il revint à la vie : il avait alors cent trente ans. Il entra au Sichuan, gagna le mont Taihe, et bâtit une hutte de chaume près de l’ermitage de la Vide de jade (Yuxu an). Devant l’ermitage s’élevaient cinq arbres antiques sous lesquels il se tenait souvent ; les fauves ne le blessaient pas, les rapaces ne le frappaient pas, et tous s’en étonnaient. Si on lui demandait les arts des immortels, il ne répondait jamais ; mais si on l’interrogeait sur les Classiques, il en discourait sans se lasser. Il disait souvent aux gens de Wudang : « Cette montagne sera un jour grande et illustre. » Sous l’ère Yongle des Ming, un décret ordonna la restauration de Wudang ; le vrai homme se cacha parmi les ouvriers, et personne ne le reconnut. Le vrai homme Sun Biyun, prieur du mont Wudang, fréquenta le vrai homme et reçut beaucoup de son enseignement. L’empereur Yongle, l’ayant appris, envoya des émissaires l’appeler à plusieurs reprises ; il ne s’y rendit pas, mais fit remettre par Biyun des poèmes à l’empereur. Plus tard il transmit le Dao au taoïste Qiu Yuanjing, puis nul ne sait ce qu’il devint. Le monde rapporte que l’art du taiji quan fut transmis par ce vrai homme.
Histoire du taiji quan
太極拳術源流
拳術有內外家之别。外家傳自少林。內家始於宋之張三丰。三丰為武當丹士。徽宗召之。道梗不得進。夜夢元帝授之拳法。厥明。以單丁殺賊百餘。三丰之術。百年後。流傳於陝西。王宗名最著。傳温州陳州同。明嘉靖間。傳於張松溪。松溪恂恂如儒者。遇人恭謹。求其術。輒遜謝。有少林僧數輩。聞其名。至鄞訪之。遇於酒樓。一僧跳躍來蹴。松溪稍側身。舉手送之。僧如飛丸隕空。墮重摟下。幾死。衆僧駭散。松溪傳於四明葉繼美近泉。近泉傳吳崑山周雲山單思南陳貞石孫繼槎。崑山傳李天目徐岱岳。天目傳余波仲吳七郎陳茂宏。雲泉傳盧紹歧。貞石傳董扶輿夏枝溪。繼槎傳柴元明姚石門僧耳僧尾。思南傳王來咸征南。征南搏人。每點其穴。有死穴暈穴啞穴。其術要訣。為敬緊徑切勤五字。明亡。終身菜食。以明此志。識者哀之。至淸傳山右王宗岳。太極拳論宗岳所著也。數傳至河南陳先生長興。蔣先生發。長興授徒數十人。廣平楊先生露禪。名福魁。傾貲從學。居數載。與同門諸人較。輒負。偶夜起。聞隔垣有呼聲。越垣。見廣厦數間。破窗隙闚之。其師正指示提放之術。大驚。於是每夜必竊往。久之。盡得其奥妙。隱弗言。長興以露禪誠實。一日召授其意。所言無不領會。長興異之。謂諸徒曰。傾心授爾。爾不能得。楊生殆天授。非汝等所能及也。厥後。與同門角。無不跌出丈餘。曰吾以報復也。技成乃歸。長興傳楊露禪李白魁陳耕芸諸人。惟露禪最精。傳其子錤鈺鑑及王蘭亭諸人。大先生錤早死無傳。二先生鈺字斑侯。傳萬春全佑侯得山陳秀峯。三先生鑑字健侯。傳其子兆熊兆淸兆元兆林兆祥劉勝魁張義。兆熊字少侯。傳田肇麟尤志學等。兆淸字澄甫。傳武滙川牛春明閻仲雁等。肇麟等亦從學。許禹生亦從少侯澄甫研究。予與徐苕雪陳農先。從澄甫先生學。是編乃澄甫先生口授。予為筆述焉。全佑傳其子艾紳夏貴勳王茂齋。所不知者。尚多遺漏。不及備載。陳微明述
Les arts de boxe se distinguent en écoles externe et interne. L’école externe descend de Shaolin ; l’école interne commence avec Zhang Sanfeng des Song. Sanfeng était un alchimiste (danshi, 丹士) de Wudang. L’empereur Huizong le convoqua, mais les routes étaient bloquées et il ne put s’y rendre. Une nuit, il rêva que l’empereur sombre (Xuanwu) lui enseignait la méthode de boxe ; le lendemain matin, seul, il tua plus de cent bandits. Cent ans après Sanfeng, son art circulait au Shaanxi, où Wang Zong était le plus célèbre ; il le transmit à Chen Zhoutong de Wenzhou. Sous l’ère Jiajing des Ming, il fut transmis à Zhang Songxi. Songxi était doux et réservé comme un lettré, poli et respectueux avec chacun ; quand on lui demandait son art, il s’en excusait. Des moines de Shaolin, ayant entendu son nom, vinrent à Yin pour le chercher et le rencontrèrent dans une maison de vin. Un moine bondit pour lui donner un coup de pied ; Songxi inclina légèrement le corps, leva la main et l’expédia : le moine tomba comme une balle qui s’abat du ciel, heurta le sol lourdement et faillit mourir. Les moines s’enfuirent, épouvantés. Songxi transmit à Ye Jimei (dit Jinquan) de Siming. Jinquan transmit à Wu Kunshan, Zhou Yunshan, Shan Sinan, Chen Zhenshi et Sun Jicha. Kunshan transmit à Li Tianmu et Xu Daiyue. Tianmu transmit à Yu Bozhong, Wu Qilang et Chen Maohong. Yunchuan transmit à Lu Shaoqi. Zhenshi transmit à Dong Fuyu et Xia Zhixi. Jicha transmit à Chai Yuanming, Yao Shimen, et aux moines Er et Wei. Sinan transmit à Wang Laixian (dit Zhengnan). Quand Zhengnan luttait, il touchait toujours les points (xue, 穴) de l’adversaire : il y avait les points mortels, les points qui font perdre connaissance, les points qui rendent muet. La formule essentielle de son art tenait en cinq mots : respect (敬 jing), serré (緊 jin), direct (徑 jing), tranchant (切 qie), diligent (勤 qin). Quand les Ming s’effondrèrent, il mangea végétarien toute sa vie pour marquer sa résolution ; ceux qui le connaissaient en eurent pitié. Sous les Qing, l’art parvint à Wang Zongyue du Shanxi ; le Taiji quan lun est l’œuvre de Zongyue. Il se transmit en plusieurs générations jusqu’à M. Chen Changxing du Henan et à M. Jiang Fa. Changxing enseigna à des dizaines de disciples. M. Yang Luchan de Guangping, nommé Fukui, dépensa tout son avoir pour étudier auprès de lui. Après plusieurs années de séjour, chaque fois qu’il mesurait les autres condisciples, il perdait. Une nuit, s’étant levé par hasard, il entendit des appels de l’autre côté du mur. Il escalada le mur et vit plusieurs grandes salles ; par une fissure de la fenêtre brisée, il observa : son maître était en train d’enseigner l’art de lever et de projeter. Il en fut très surpris ; dès lors, chaque nuit il s’y rendait en secret. Avec le temps, il obtint tous les mystères, mais les cacha et n’en dit rien. Changxing, jugeant Luchan honnête, l’appela un jour et lui enseigna le sens de ces choses ; tout ce qu’il disait, Luchan le comprenait. Changxing, étonné, dit à ses disciples : « Je vous ai enseigné de tout mon cœur, et vous n’avez pu l’obtenir. Ce jeune Yang tient sans doute cela du ciel ; vous ne pouvez l’égaler. » Dès lors, quand il luttait avec les condisciples, tous étaient projetés à plus d’un zhang ; il disait : « C’est ma revanche. » Ce n’est que lorsque sa technique fut accomplie qu’il rentra chez lui. Changxing transmit à Yang Luchan, Li Baikui, Chen Gengyun et d’autres ; seul Luchan fut le plus raffiné. Il transmit à ses fils Qi, Yu et Jian, ainsi qu’à Wang Lanting et d’autres. Le grand maître Qi mourut jeune sans postérité. Le second maître Yu, surnommé Banhou, transmit à Wan Chun, Quan You, Hou Deshan et Chen Xiufeng. Le troisième maître Jian, surnommé Jianhou, transmit à ses fils Zhaoxiong, Zhaoqing, Zhaoyuan, Zhaolin, Zhaoxiang, ainsi qu’à Liu Shengkui et Zhang Yi. Zhaoxiong, surnommé Shaohou, transmit à Tian Zhaolin, You Zhixue et d’autres. Zhaoqing, surnommé Chengfu, transmit à Wu Huichuan, Niu Chunming, Yan Zhongyan et d’autres. Zhaolin et les autres étudièrent aussi auprès d’eux. Xu Yusheng étudia également avec Shaohou et Chengfu. Xu Shaoxue, Chen Nongxian et moi-même, nous avons étudié auprès de M. Chengfu ; ce recueil est l’enseignement oral de M. Chengfu, que j’ai consigné par écrit. Quan You transmit à son fils Ai Shen, à Xia Guixun et Wang Maozhai. Ce que je ne connais pas comporte encore bien des omissions, qu’il ne m’est pas possible de rapporter en détail. — Relaté par Chen Weiming.
Les dix exigences du taiji quan
太極拳術十要
楊澄甫口授
陳微明筆述
Les dix exigences suivantes furent enseignées de bouche par Yang Chengfu et consignées par écrit par Chen Weiming.
一虛靈頂勁
頂勁者。頭容正直。神貫於頂也。不可用力。用力則項强。氣血不能通流。須有虛靈自然之意。非有虛靈頂勁。則精神不能提起也。
1. L’énergie du sommet, vide et vivante (xu ling ding jin). L’énergie du sommet, c’est la tête droite, l’esprit qui traverse jusqu’au sommet du crâne. Il ne faut pas y mettre de force : si l’on force, le cou se raidit et le souffle et le sang ne circulent plus. Il faut une intention vide, vivante et naturelle. Sans cette énergie du sommet, vide et vivante, l’esprit ne peut être soulevé.
二含胸拔背
涵胸者。胸略內涵。使氣沉於丹田也。胸忌挺出。挺出則氣擁胸際。上重下輕。脚跟易於浮起。拔背者。氣貼於背也。能含胸。則自能拔背。能拔背。則能力由脊發。所向無敵也。
2. Contenir la poitrine et étirer le dos (han xiong ba bei). Contenir la poitrine, c’est la creuser légèrement, afin que le souffle descende au dantian. Il faut éviter de la projeter en avant : projetée, le souffle s’accumule dans la poitrine, le haut est lourd et le bas léger, et les talons se soulèvent facilement. Étirer le dos, c’est faire adhérer le souffle au dos. Qui sait contenir la poitrine sait naturellement étirer le dos ; qui sait étirer le dos peut émettre la force depuis la colonne vertébrale, et rien ne lui résiste.
三鬆腰
腰為一身之主宰。能鬆腰。然後兩足有力。下盤穩固。虛實變化。皆由腰轉動。故曰命意源頭在腰隙。有不得力。必於腰腿求之也。
3. Détendre les reins (song yao). Les reins sont le maître de tout le corps. Détendre les reins, alors les deux pieds ont de la force et la base est stable ; tous les changements de vide et de plein se font par la rotation des reins. Aussi dit-on : « La source de l’intention vitale est dans l’intervalle des reins. » Où que la force fasse défaut, il faut la chercher dans les reins et les jambes.
四分虛實
太極拳術以分虛實為第一義。如全身皆坐在右腿。則右腿為實。左腿為虛。全身坐在左腿。則左腿為實。右腿為虛。虛實能分。而後轉動輕靈。毫不費力。如不能分。則邁步重滯。自立不穩。而易為人所牽動。
4. Distinguer le vide et le plein (xu shi). Dans le taiji quan, distinguer le vide et le plein est le premier principe. Si tout le corps repose sur la jambe droite, la droite est pleine et la gauche vide ; si tout le corps repose sur la jambe gauche, la gauche est pleine et la droite vide. Le vide et le plein bien distingués, les tours et les mouvements sont légers et vivants, sans le moindre effort. S’ils ne sont pas distingués, le pas est lourd et engourdi, on ne tient pas soi-même en équilibre et l’on se laisse facilement entraîner par autrui.
五沈肩墜肘
沈肩者。肩鬆開下垂也。若不能鬆垂。兩肩端起。則氣亦隨之而上。全身皆不得力矣。墜肘者。肘往下鬆墜之意。肘若懸起。則肩不能沈。放人不遠。近於外家之斷勁矣。
5. Enfoncer les épaules et laisser tomber les coudes (chen jian zhui zhou). Enfoncer les épaules, c’est les détendre et les laisser pendre. Si elles ne se détendent pas et se haussent, le souffle monte avec elles et tout le corps perd sa force. Laisser tomber les coudes, c’est l’intention de les détendre vers le bas. Si les coudes se suspendent, les épaules ne peuvent s’enfoncer, on ne projette pas l’autre loin, et l’on approche de la force rompue des écoles externes.
六用意不用力
太極論云。此全是用意不用力。練太極拳。全身鬆開。不使有分毫之拙勁。以留滯於筋骨血脈之間。以自縛朿。然後能輕靈變化。圓轉自如。或疑不用力。何以能長力。蓋人身之有經絡。如地之有溝洫。溝洫不塞而水行。經絡不閉而氣通。如渾身殭勁。充滿經絡。氣血停滯。轉動不靈。牽一髮而全身動矣。若不用力而用意。意之所至。氣卽至焉。如是氣血流注。日日貫輸。周流全身。無時停滯。久久練習。則得眞正內勁。卽太極論中所云。極柔軟。然後能極堅剛也。太極功夫純熟之人。臂膊如綿裹鐵。分量極沈。練外家拳者。用力則顯有力。不用力時。則甚輕浮。可見其力。乃外勁浮面之勁也。外家之力。最易引動。故不尚也。
6. Employer l’intention et non la force (yong yi bu yong li). Le Taiji lun dit : « Tout ceci consiste à employer l’intention et non la force. » En pratiquant le taiji quan, tout le corps se détend, sans laisser la moindre parcelle de force maladroite stagner dans les tendons, les os et les vaisseaux pour s’y ligoter soi-même ; alors seulement on peut changer avec légèreté et tourner librement. On pourrait douter : sans force, comment la force pourrait-elle croître ? Le corps humain a des méridiens comme la terre a des fossés : les fossés non bouchés, l’eau coule ; les méridiens non fermés, le souffle passe. Si tout le corps est raidi par la force, remplissant les méridiens, le souffle et le sang stagnent, la rotation n’est plus vivante, et tirer un cheveu fait bouger tout le corps. Si, au lieu de la force, on emploie l’intention, là où va l’intention, le souffle y va ; ainsi le souffle et le sang coulent, jour après jour circulent à travers tout le corps sans un instant de stagnation. À force de pratiquer longtemps, on obtient la véritable force interne (neijin, 內勁) — ce que dit le Taiji lun : « Extrême souplesse, alors seulement extrême fermeté. » L’homme dont le taiji est accompli a les bras comme du coton enveloppant du fer, d’un poids extrême. Qui pratique la boxe externe paraît fort quand il force, mais quand il ne force pas il est tout léger et flottant : on voit que sa force n’est qu’une force externe, superficielle. La force des externes est la plus facile à attirer et à conduire ; aussi ne l’estime-t-on pas.
七上下相隨
上下相隨者。卽太極論中所云。其根在脚。發於腿。主宰於腰。形於手指。由腳而腿而腰。總須完整一氣也。手動腰動足動。眼神亦隨之動。如是方可謂之上下相隨。有一不動。卽散亂矣。
7. Le haut et le bas se suivent (shang xia xiang sui). C’est ce que dit le Taiji lun : « Sa racine est dans les pieds, elle se déploie dans les jambes, elle est gouvernée par les reins, elle se manifeste dans les doigts. Du pied à la jambe aux reins, il faut toujours un souffle complet et unique. » La main bouge, les reins bougent, le pied bouge, et le regard les suit. C’est seulement ainsi qu’on peut parler de haut et bas qui se suivent. Qu’une seule partie ne bouge pas, et tout se disperse.
八內外相合
太極所練在神。故云神為主帥。身為驅使。精神能提得起。自然舉動輕靈。架子不外虛實開合。所謂開者。不但手足開。心意亦與之俱開。所謂合者。不但手足合。心意亦與之俱合。能內外合為一氣。則渾然無間矣。
8. L’intérieur et l’extérieur se joignent (nei wai xiang he). Ce que le taiji exerce, c’est l’esprit. Aussi dit-on : « L’esprit est le général en chef, le corps est l’exécutant. » Si l’esprit peut être soulevé, les mouvements sont naturellement légers et vifs. Le cadre (jiazi, 架子) n’est rien d’autre que vide et plein, ouverture et fermeture. L’ouverture ne signifie pas seulement mains et pieds ouverts : le cœur et l’intention s’ouvrent avec eux. La fermeture ne signifie pas seulement mains et pieds fermés : le cœur et l’intention se ferment avec eux. Qui peut joindre l’intérieur et l’extérieur en un seul souffle est entier, sans la moindre fissure.
九相連不斷
外家拳術。其勁乃後天之拙勁。故有起有止。有續有斷。舊力已盡。新力未生。此時最易為人所乘。太極用意不用力。自始至終。綿綿不斷。周而復始。循環無窮。原論所謂如長江大河。滔滔不絕。又曰運勁如抽絲。皆言其貫串一氣也。
9. S’enchaîner sans interruption (xiang lian bu duan). La force des boxeurs externes est la force maladroite acquise après la naissance ; aussi a-t-elle des départs et des arrêts, des continuités et des ruptures. Quand l’ancienne force est épuisée et que la nouvelle n’est pas encore née, c’est le moment où l’on est le plus facilement pris au dépourvu. Le taiji emploie l’intention et non la force : du commencement à la fin, il est continu comme un fil, recommençant après avoir fini, cercle sans fin. Le traité original dit : « Comme le long fleuve et le grand océan, qui roulent sans tarir », et encore : « Conduire la force comme on tire un fil de soie » — tout cela parle de traverser et d’enchaîner en un seul souffle.
十動中求靜。
外家拳術。以跳躑為能。用盡氣力。故練習之後。無不喘氣者。太極以靜御動。雖動猶靜。故練架子。愈慢愈好。慢則呼吸深長。氣沉丹田。自無血脈僨張之弊。學者細心體會。庶可得其意焉。
10. Chercher le calme dans le mouvement (dong zhong qiu jing). Les boxeurs externes excellent à sauter et bondir, épuisant leur souffle et leur force ; après l’exercice, tous halètent. Le taiji gouverne le mouvement par le calme : bien que mouvant, il est comme immobile. Aussi, en pratiquant le cadre, plus c’est lent, mieux c’est. Lentement, la respiration devient profonde et longue, le souffle descend au dantian, et naturellement l’on n’a pas le défaut des vaisseaux gonflés. Que l’élève médite cela avec soin, et il en obtiendra le sens.
Les postures du taiji quan
太極拳式
Les postures suivantes sont celles de la forme ; les numéros de figures renvoient aux photographies de l’ouvrage original.
攬雀尾
向南正立。兩足平行分開。與兩肩齊。眼向前視。兩手下垂。此太極未動之形式也。如第一圖。
Debout, face au sud. Les deux pieds écartés parallèlement, à la largeur des épaules. Les yeux regardent devant ; les mains pendent le long du corps. C’est la forme du taiji avant tout mouvement. (Fig. 1.)
兩手毫不着力。向前向上提起。提與胸平。手心向下。兩臂稍屈。不可太直。與腰同時下沉。左手轉至丹田。手心向內。向前伸出。(此卽是掤)略與胸齊。右手同時向右向下分開。手心向下。五指向前。左足同時斜向前進。此時全身坐在左腿。右足伸直不動。左實右虛。如第二圖。
Les deux mains, sans le moindre effort, se lèvent vers l’avant et le haut, jusqu’à hauteur de poitrine, paumes vers le bas ; les bras légèrement fléchis, jamais trop droits. En même temps que les reins descendent, la main gauche tourne vers le dantian, paume vers l’intérieur, puis s’étend vers l’avant — c’est le peng (掤, parer) — à peu près à hauteur de poitrine, tandis que la main droite s’écarte vers la droite et le bas, paume vers le bas, cinq doigts vers l’avant. Le pied gauche avance en même temps en diagonale : tout le corps s’asseoit sur la jambe gauche, la jambe droite reste tendue et immobile. Gauche plein, droite vide. (Fig. 2.)
右手隨腰。同時轉至左手處。手心隨轉向上。左手亦隨腰轉。手心隨轉向下。兩手如捧一圓球。右足往西邁。足尖正向西。與左足略成丁字形。右手左手隨腰隨右腿。同時向西圓轉。右手在前。左手在後。右手心向上向內。左手心向下向外。如抱圓球。眼亦隨向西視。此時全身坐在右腿。左腿伸直。凡兩足之距離。人之長短不同。以各人之最適處為度。
La main droite, avec les reins, tourne vers la main gauche, paume se retournant vers le haut ; la main gauche tourne aussi avec les reins, paume vers le bas : les deux mains comme si elles tenaient une boule. Le pied droit fait un pas vers l’ouest, pointe droit à l’ouest, formant avec le pied gauche un T à peu près. Les deux mains, avec les reins et la jambe droite, tournent ensemble vers l’ouest : la droite devant, la gauche derrière, paume droite vers le haut et l’intérieur, paume gauche vers le bas et l’extérieur, comme si l’on tenait une boule. Le regard suit vers l’ouest. Tout le corps s’asseoit alors sur la jambe droite, la jambe gauche tendue. Quant à la distance des pieds, comme les hommes sont de tailles différentes, qu’elle soit celle qui convient le mieux à chacun.
右手與左手。隨腰往右圓轉。右手心隨轉向下。左手心隨轉向上。右手在上。左手在下。與腰同時往回收。全身坐在左腿(此卽是捋)左腿變實。右腿變虛。如第三圖。
Les deux mains tournent avec les reins vers la droite : paume droite vers le bas, paume gauche vers le haut, main droite au-dessus, main gauche au-dessous ; elles reviennent en même temps que les reins. Tout le corps s’asseoit sur la jambe gauche — c’est le lü (捋, roulé) — la jambe gauche devient pleine, la droite vide. (Fig. 3.)
右手隨動。手心隨轉向上向內。左手隨動。手心隨轉向下向外。左手心距離右手脈門二寸許(此卽是擠)兩手同時向西擠出。腰亦隨之前進。至右腿變實。左腿變虛。如第四圖。
La main droite, en bougeant, tourne paume vers le haut et l’intérieur ; la main gauche, paume vers le bas et l’extérieur ; la paume gauche à environ deux cun du poignet droit — c’est le ji (擠, presser). Les deux mains pressent ensemble vers l’ouest, les reins avancent avec, jusqu’à ce que la jambe droite devienne pleine et la gauche vide. (Fig. 4.)
兩手與腰與腿。同時往回鬆。兩手收回時。略向上提。手尖向前。手心向下。收至左腿坐實。兩手復同時往西按出。兩手心向外。手尖向上。垂肩墜肘。畧與胸齊。(此卽是按)右腿復實。如第五圖。
Les deux mains, les reins et les jambes se détendent ensemble en revenant. En revenant, les mains se lèvent légèrement, doigts vers l’avant, paumes vers le bas, jusqu’à ce que la jambe gauche soit pleine ; puis les deux mains pressent ensemble vers l’ouest, paumes vers l’extérieur, doigts vers le haut, épaules tombantes et coudes abaissés, à peu près à hauteur de poitrine — c’est l’an (按, pousser). La jambe droite redevient pleine. (Fig. 5.)
單鞭
兩手與腰與腿復同時往回鬆。右手屈回。如畫一小圓規。復往西鬆直。五指旋卽垂下。變為吊手。左手與右手同時屈回。由左而右。如畫一大圓規。轉至右肩時。手心向內。右足向西者。將足跟轉使〔轉動使足尖〕向南。全身坐在右腿上。此時左足亦同時向東邁去。足尖畧偏於北。此時右足跟亦同時轉動。足尖略向東南。全身坐在左腿上。左腿變為實。左手隨動隨轉。變成朝外。往東變成單鞭與左足同一方向。右腿伸直。眼神隨之。如第六圖。
Les deux mains, les reins et les jambes se détendent de nouveau ensemble en revenant. La main droite se replie, décrivant un petit cercle, puis se détend de nouveau vers l’ouest ; les cinq doigts aussitôt pendent, formant la main pendante (diaoshou, 吊手). La main gauche se replie en même temps que la droite, de gauche à droite, décrivant un grand cercle ; quand elle arrive à l’épaule droite, paume vers l’intérieur. Le pied droit, qui regardait l’ouest, tourne sur le talon pour porter la pointe au sud, tout le corps s’asseyant sur la jambe droite. Alors le pied gauche fait en même temps un pas vers l’est, la pointe un peu vers le nord ; le talon droit tourne aussi, la pointe un peu au sud-est ; tout le corps s’asseoit sur la jambe gauche, qui devient pleine. La main gauche, en tournant, se retourne vers l’extérieur et, vers l’est, forme le fouet unique (dan bian, 單鞭) dans la même direction que le pied gauche ; la jambe droite se tend. Le regard suit. (Fig. 6.)
提手
左足跟轉向南。左右兩手同時相合。隨腰轉向西南。右手略前。左手畧後。兩手心相對。沉肩墜肘。須鬆開捧起。不可有夾勁。右足同時提向西南。後跟點地。足尖畧翹起。眼神亦隨之。此式左腿為實。右腿為虛。如第七圖。
Le talon gauche tourne vers le sud. Les deux mains se joignent en même temps et suivent les reins qui tournent vers le sud-ouest : main droite un peu devant, main gauche un peu derrière, paumes face à face. Épaules tombantes, coudes abaissés, il faut se détendre et porter comme un plateau, sans jamais pincer. Le pied droit en même temps se lève vers le sud-ouest, le talon touche le sol, la pointe un peu relevée ; le regard suit. Dans cette posture, la jambe gauche est pleine, la droite vide. (Fig. 7.)
白鶴亮翅
右足略進半步蹋實。使足尖向東南。全身隨坐在右腿上。兩手與腰同時而轉。右手轉下。手心向上。左手轉上。手心向下。兩掌斜對如抱圓球。隨卽分開。右臂隨腰向西南往上提起。眼神隨之。提至右手心轉向外。眼神漸漸轉向東。左手同時往左分。轉至手心向下。左足隨提前。足尖點地。正對東向。此式右腿變實。如第八圖。
Le pied droit avance d’un demi-pas et s’affermit, pointe au sud-est ; tout le corps s’asseoit sur la jambe droite. Les deux mains tournent avec les reins : la droite descend, paume vers le haut ; la gauche monte, paume vers le bas ; les deux paumes se font face en diagonale comme si elles tenaient une boule ; puis elles se séparent. Le bras droit, avec les reins, se lève vers le sud-ouest, le regard suit, jusqu’à ce que la paume droite se retourne vers l’extérieur ; le regard se tourne peu à peu vers l’est. La main gauche en même temps s’écarte vers la gauche, paume tournée vers le bas ; le pied gauche avance, pointe au sol, droit à l’est. Dans cette posture, la jambe droite devient pleine. (Fig. 8.)
摟膝抝步
腰往下鬆。右手心轉向後。隨腰下垂。往後圓轉而上。轉由右耳邊按出。左手同時隨腰而上。由胸前往右。摟至左膝外。手心復向下。左足同時隨往東邁。腰隨手前進。至左腿變實。如第九圖。
Les reins se détendent vers le bas. La main droite, paume vers l’arrière, suit les reins qui descendent, remonte en cercle par-derrière et pousse vers l’avant en passant près de l’oreille droite. La main gauche en même temps monte avec les reins, passe devant la poitrine vers la droite, brosse jusqu’à l’extérieur du genou gauche, paume de nouveau vers le bas. Le pied gauche en même temps fait un pas vers l’est ; les reins avancent avec la main, jusqu’à ce que la jambe gauche devienne pleine. (Fig. 9.)
手揮琵琶式
右足略提起隨落下。右手隨身之落勢。收回在後。左手隨身。提起在前。兩手心相對。如抱琵琶。沉肩墜肘。鬆開捧起。不可有夾勁。左足隨身收近。足跟點地。足尖翹起。右腿仍實。如第十圖。
Le pied droit se soulève légèrement puis retombe. La main droite, suivant la descente du corps, revient en arrière ; la main gauche se lève devant. Les deux paumes se font face, comme si l’on tenait un pipa (琵琶, luth) ; épaules tombantes, coudes abaissés, détendu et portant, sans pincer. Le pied gauche se rapproche, talon au sol, pointe relevée. La jambe droite reste pleine. (Fig. 10.)
摟膝抝步
仍鬆腰。左手摟膝。右手往後圓轉。隨身往前按出。左腿變實。如前第九圖。
Détendre encore les reins. La main gauche brosse le genou ; la main droite décrit un cercle vers l’arrière puis pousse vers l’avant avec le corps ; la jambe gauche devient pleine. Comme à la figure 9.
左摟膝抝步
左足跟轉〔轉動使足尖〕向東北。腰下鬆。左手心轉向外。隨腰下垂。往後圓轉而上。轉由左耳邊按出。右手同時隨腰而上。由胸前往左。摟至右膝外。手心向下。右足隨往東邁。腰隨手前進。至右腿變實。左摟膝與右摟膝無異。惟左右不同耳。如第十一圖。
Le talon gauche tourne, portant la pointe au nord-est. Les reins se détendent vers le bas ; la main gauche, paume vers l’extérieur, suit les reins qui descendent, remonte en cercle par-derrière et pousse en passant près de l’oreille gauche. La main droite en même temps monte avec les reins, passe devant la poitrine vers la gauche et brosse jusqu’à l’extérieur du genou droit, paume vers le bas. Le pied droit fait un pas vers l’est ; les reins avancent avec la main, jusqu’à ce que la jambe droite devienne pleine. Brosser le genou à gauche ne diffère en rien de le faire à droite, sinon le côté. (Fig. 11.)
又變〔右摟膝拗步〕手揮琵琶式。
手揮琵琶如前第十圖
On change de nouveau [brosser le genou droit en pas croisé], puis jouer du pipa, comme à la figure 10.
進步搬攔錘
由琵琶式。兩手心相對。隨腰往左轉。左手轉至手心朝下。右手轉至手心朝上。左手在上。右手在下。右手轉至左脇際握拳。又隨腰往右鬆。藏於右脇間。此時右腿同時提起點一步〔提起前進一步〕。使足尖朝東。全身坐於右腿上。左手亦同時隨腰往前探出。如第十二圖。
De la posture du pipa : les deux paumes se font face et tournent avec les reins vers la gauche ; la main gauche se retourne paume vers le bas, la droite paume vers le haut, la gauche au-dessus, la droite au-dessous. La main droite arrive au flanc gauche et se ferme en poing, puis, avec les reins, se détend vers la droite et se cache au flanc droit. En même temps la jambe droite se lève et fait un pas, pointe vers l’est, tout le corps s’asseyant sur la jambe droite ; la main gauche en même temps s’avance en exploration avec les reins. (Fig. 12.)
右足跟轉向東南坐實。左手隨往左搬攔右拳隨卽打出。左手如扶右手脈門。手尖向上。左足亦同時前進坐實。如第十三圖。
Le talon droit tourne au sud-est et s’affermit. La main gauche pare et bloque vers la gauche, le poing droit frappe aussitôt ; la main gauche soutient le poignet droit, doigts vers le haut. Le pied gauche en même temps avance et s’affermit. (Fig. 13.)
如封似閉
左手旋穿出右肘。手心向上。兩手隨腰往後抽。左手心貼住右臂。漸移漸分。至兩掌近於胸際。此時右腿變實。然後兩掌復隨腰前按。至左腿變實。如第十四圖。
La main gauche se glisse en tournant sous le coude droit, paume vers le haut. Les deux mains se retirent avec les reins ; la paume gauche colle au bras droit, puis peu à peu elles se séparent jusqu’à ce que les deux paumes soient près de la poitrine. La jambe droite devient alors pleine. Ensuite les deux paumes poussent de nouveau vers l’avant avec les reins, jusqu’à ce que la jambe gauche devienne pleine. (Fig. 14.)
十字手
左足跟轉向南。兩手先往上分開。向下圓轉。後又由下而上。復合為斜十字。右足隨右手同時移近左足。平行而立。此式面向南方。如第十五圖。
Le talon gauche tourne vers le sud. Les deux mains d’abord s’écartent vers le haut, décrivent un cercle vers le bas, puis remontent et se rejoignent en croix oblique. Le pied droit, avec la main droite, se rapproche du pied gauche ; on se tient debout, pieds parallèles. Cette posture est face au sud. (Fig. 15.)
抱虎歸山
右手向西北。左手向東南分開。右足隨右手往西北邁步。此時全身尚坐在左腿。左手分開後。旋卽轉上。由耳邊向西北按出。腰亦隨之前進。卽坐在右腿上。右手分開後。同時轉至脇下。下垂。手心向外。如第十六圖。
La main droite s’écarte vers le nord-ouest, la main gauche vers le sud-est ; le pied droit suit la main droite d’un pas vers le nord-ouest. Tout le corps est encore assis sur la jambe gauche. Après s’être écartée, la main gauche remonte aussitôt et pousse vers le nord-ouest en passant près de l’oreille ; les reins avancent avec, et l’on s’asseoit sur la jambe droite. Après s’être écartée, la main droite en même temps tourne sous le flanc et pend, paume vers l’extérieur. (Fig. 16.)
右手復轉上手心轉向下。至左手處。兩手隨腰捋回。坐在右腿上。兩手復擠出。按出。與攬雀尾同。
La main droite remonte, paume vers le bas, jusqu’à la main gauche ; les deux mains roulent en arrière avec les reins, assis sur la jambe droite, puis pressent et poussent de nouveau, comme dans attraper le moineau par la queue.
肘底看錘
兩手按出後。如單鞭式。右手鬆直。手指稍垂。不必成為吊手。左足略提起落下。足尖轉向東南。右足隨提起往南邁。與左足相離二三尺許。足尖亦向東南。左手轉至右肩時。不成單鞭。與右手同時隨身隨步畫一大圓規。左手畫至左邊。復轉回至胸際向東伸出。手心朝南。右手同時畫至胸前時。遂握拳收回。藏於左肘下。左足同時提至右足前。足跟點地。足尖翹起。此式面正向東。如第十七圖。
Après la poussée des mains, comme dans le fouet unique : la main droite se détend, doigts légèrement pendants, sans former tout à fait la main pendante. Le pied gauche se soulève un peu et retombe, pointe au sud-est. Le pied droit se soulève et fait un pas vers le sud, à deux ou trois chi du pied gauche, pointe aussi au sud-est. Quand la main gauche arrive à l’épaule droite, sans former le fouet unique, elle décrit avec la main droite, en suivant le corps et le pas, un grand cercle ; la main gauche, après avoir décrit son cercle à gauche, revient devant la poitrine et s’étend vers l’est, paume au sud. La main droite en même temps, après son cercle devant la poitrine, se ferme en poing et se retire, cachée sous le coude gauche. Le pied gauche en même temps se porte devant le pied droit, talon au sol, pointe relevée. Cette posture est face à l’est. (Fig. 17.)
倒輦猴
右拳旋鬆開。由左肘下。往後圓轉而上。由右耳邊按出。如摟膝抝步。而左足同時往後退步。使全身坐於左腿上。右足尖轉向正東。如第十八圖。
Le poing droit se détend en tournant, remonte en cercle par-derrière sous le coude gauche et pousse en passant près de l’oreille droite, comme dans brosser le genou en pas croisé. Le pied gauche en même temps recule, tout le corps s’asseyant sur la jambe gauche ; la pointe du pied droit se tourne droit à l’est. (Fig. 18.)
左手亦同時往後圓轉而上。由左耳邊按出。而右足往後退步。使全身坐在右腿上。左足尖轉向正東。如第十九圖。
La main gauche en même temps remonte en cercle par-derrière et pousse près de l’oreille gauche ; le pied droit recule, tout le corps s’asseyant sur la jambe droite ; la pointe du pied gauche se tourne droit à l’est. (Fig. 19.)
兩手如輪。一來一往。左手出則右腿實。右手出則左腿實。或退三步。或退五步。或退七步。至右手按出。
Les deux mains sont comme une roue, l’une vient, l’autre va : quand la main gauche sort, la jambe droite est pleine ; quand la main droite sort, la jambe gauche est pleine. On recule de trois, cinq ou sept pas, jusqu’à la poussée de la main droite.
斜飛式
右手案出後。腰向左鬆。全身坐在左腿上。右手隨腰向左向下。左手由左圓轉而上。使兩掌相合。左手心朝下。右手心朝上。如抱圓球。右手旋隨右足向西南分開。在上。左手向東北分開。在下。右手心仍在上。左手心仍在下。全身坐在右腿。眼神亦向西南。如第二十圖。
Après la poussée de la main droite, les reins se détendent vers la gauche, tout le corps assis sur la jambe gauche. La main droite suit les reins vers la gauche et le bas ; la main gauche remonte en cercle depuis la gauche, et les deux paumes se joignent, paume gauche vers le bas, paume droite vers le haut, comme si l’on tenait une boule. La main droite alors, avec le pied droit, s’écarte vers le sud-ouest, en haut ; la main gauche s’écarte vers le nord-est, en bas ; la paume droite reste en haut, la gauche en bas. Tout le corps s’asseoit sur la jambe droite, le regard au sud-ouest. (Fig. 20.)
提手
左足略起。復落下。兩手收回相合。作提手式。右足亦略收回。如前第七圖。
Le pied gauche se lève un peu puis retombe ; les deux mains se retirent et se joignent, formant la posture lever les mains ; le pied droit se retire aussi un peu. Comme à la figure 7.
白鶴亮翅。如前第八圖。
La grue blanche déploie ses ailes, comme à la figure 8.
摟膝抝步如前第九圖。
Brosser le genou en pas croisé, comme à la figure 9.
海底針
右足不動。右手隨腰收回。復隨腰向下垂。手尖下指。手心向左。左足亦同時收回。足尖點地。左手仍在原處。眼神仍向前看。如第二十一圖。
Le pied droit ne bouge pas. La main droite revient avec les reins, puis pend avec les reins vers le bas, doigts pointant en bas, paume vers la gauche. Le pied gauche en même temps se retire, pointe au sol. La main gauche reste en place, le regard toujours devant. (Fig. 21.)
扇通臂
右足不動。兩手隨腰提起。右手提至額上。手心向外。左手提至胸際。向前按出。左足與左手同時前進。全身坐在左腿上。如第二十二圖。
Le pied droit ne bouge pas. Les deux mains se lèvent avec les reins : la droite jusqu’au-dessus du front, paume vers l’extérieur ; la gauche jusqu’à la poitrine, puis pousse vers l’avant. Le pied gauche avance avec la main gauche ; tout le corps s’asseoit sur la jambe gauche. (Fig. 22.)
撇身錘
左足轉向南。全身仍坐在左腿。左手曲肘西轉。右手曲肘東轉。左手掌心向外。右手握拳。拳心向下。如抱物狀。眼神亦轉向西。左足不動。兩手隨腰圓轉向西。右手隨腰往下鬆。藏在脇下。拳心向上。左手繞右拳上。往西按出。右足同時西轉。足尖朝西。坐實右腿。如第二十三圖。
Le pied gauche tourne vers le sud, tout le corps restant sur la jambe gauche. La main gauche plie le coude et tourne vers l’ouest ; la main droite plie le coude et tourne vers l’est ; paume gauche vers l’extérieur, main droite fermée en poing, centre du poing vers le bas, comme si l’on tenait un objet. Le regard se tourne vers l’ouest. Le pied gauche ne bouge pas ; les deux mains décrivent un cercle vers l’ouest avec les reins ; la main droite se détend vers le bas avec les reins et se cache sous le flanc, centre du poing vers le haut ; la main gauche passe au-dessus du poing droit et pousse vers l’ouest. Le pied droit en même temps tourne à l’ouest, pointe à l’ouest, et la jambe droite s’affermit. (Fig. 23.)
上步搬攔錘
右拳由脇下提起。同左手隨腰往左收回。由下而上。如畫一橢圓。此時左腿坐實。右足略提起落下。足尖向西北坐實。進左步。左手搬攔。打右拳。與進步搬攔錘同。
Le poing droit se lève de sous le flanc et, avec la main gauche, suit les reins qui reviennent vers la gauche, de bas en haut, décrivant une ellipse ; la jambe gauche s’affermit alors. Le pied droit se soulève un peu et retombe, pointe au nord-ouest, et s’affermit. On avance le pied gauche, la main gauche pare et bloque, le poing droit frappe : comme dans avancer, parer, bloquer, frapper.
進步攬雀尾單鞭
左足跟轉向西南。右拳鬆開。同左掌隨腰往下鬆。坐實左腿。右足前進。右手心朝上。左手心朝下。變為攬雀尾式。隨又變為單鞭。如前第三第四第五第六等圖。
Le talon gauche tourne au sud-ouest. Le poing droit se détend et, avec la paume gauche, suit les reins qui descendent ; la jambe gauche s’affermit, le pied droit avance, paume droite vers le haut, paume gauche vers le bas : on forme la posture attraper le moineau par la queue, puis le fouet unique, comme aux figures 3 à 6.
抎手
單鞭之後。右手吊手。鬆開變為掌。手心朝下。隨腰往下往左圓轉。轉至左肩前。手心轉向內。復往右轉。隨轉手心隨轉向下。須鬆鬆捧起。務令極圓。右足隨右手往東。橫移半步。左手同時。亦鬆開。手心朝下。隨腰往下往右圓轉。轉至右肩前。手心轉向內。復往左轉。隨轉手心隨轉向下。鬆捧如右手。左足隨右手往東橫移一步。兩手圓轉如輪。右手至左肩前。左手伸直。左手至右肩前。右手伸直。抎右手。眼神與腰隨往右。抎左手。眼神與腰隨往左。抎右手坐右腿。抎左手坐左腿。如第二十四二十五兩圖。
Après le fouet unique, la main pendante droite se détend et devient une paume vers le bas ; elle décrit avec les reins un cercle vers le bas et la gauche jusqu' devant l’épaule gauche, paume tournée vers l’intérieur, puis revient vers la droite, la paume se retournant vers le bas au fil du mouvement ; il faut porter mollement, en veillant à ce que le cercle soit très rond. Le pied droit, avec la main droite, fait un demi-pas de côté vers l’est. La main gauche en même temps se détend aussi, paume vers le bas, décrit avec les reins un cercle vers le bas et la droite jusqu’devant l’épaule droite, paume vers l’intérieur, puis revient vers la gauche, paume vers le bas, portant mollement comme la droite. Le pied gauche, avec la main droite, fait un pas de côté vers l’est. Les deux mains tournent comme une roue : quand la droite est devant l’épaule gauche, la gauche est tendue ; quand la gauche est devant l’épaule droite, la droite est tendue. En nuagant de la droite, le regard et les reins vont à droite ; en nuagant de la gauche, le regard et les reins vont à gauche. En nuagant de la droite, on s’asseoit sur la jambe droite ; de la gauche, sur la jambe gauche. (Fig. 24 et 25.)
此抎手或三步或五步或七步。卽變為單鞭。
Ce nuage des mains se fait en trois, cinq ou sept pas, puis on forme le fouet unique.
單鞭
右手抎直時。隨變為吊手。左手遂變為單鞭。左足亦略向東北。如前單鞭一樣。
Quand la main droite, en nuagant, se tend, elle devient main pendante ; la main gauche forme le fouet unique, le pied gauche un peu au nord-est, comme au fouet unique précédent.
高探馬
左手隨腰收回。藏於左脇下。手心朝上。右手同時曲肘。由耳邊捧出。手心朝下。左足亦同時收回。足尖點地。腰收回時。隨收隨往上提。故曰高探馬也。此式右腿實。如第二十六圖。
La main gauche revient avec les reins et se cache sous le flanc gauche, paume vers le haut. La main droite en même temps plie le coude et sort en portant près de l’oreille, paume vers le bas. Le pied gauche se retire en même temps, pointe au sol. Quand les reins reviennent, tout en revenant ils s’élèvent : d’où le nom « scruter le cheval de haut » (gao tan ma, 高探馬). Dans cette posture, la jambe droite est pleine. (Fig. 26.)
右分腳
就原式右手心朝下。左手心朝上相對。右手在上。左手在下。隨腰由右往左往下圓轉。左足同時隨腰隨兩手。往東北邁步。兩手由下又往上相合作十字。眼神向東南。此式左腿變實。右足提起。足尖下垂。向東南踢出。足背須平。兩手同時兩邊分開。右手向東南。左手向西北。兩掌俱坐起手腕。手指向上。此式須渾身鬆開要有頂勁。不然則不穩矣。如第二十七圖。
De la posture précédente : paume droite vers le bas, paume gauche vers le haut, face à face, main droite au-dessus, main gauche au-dessous ; elles décrivent avec les reins un cercle de droite à gauche et vers le bas. Le pied gauche en même temps, avec les reins et les deux mains, fait un pas vers le nord-est. Les deux mains remontent d’en bas et se joignent en croix ; le regard au sud-est. La jambe gauche devient pleine ; le pied droit se lève, pointe pendante, et donne un coup de pied vers le sud-est, le cou-de-pied bien à plat. Les deux mains en même temps s’écartent de part et d’autre : la droite au sud-est, la gauche au nord-ouest, les deux paumes poignets dressés, doigts vers le haut. Dans cette posture, il faut que tout le corps soit détendu et qu’il y ait l’énergie du sommet ; sinon on ne tient pas stable. (Fig. 27.)
左分脚
右足踢出。旋卽收回。右手由右往左。與左手手心相對。左手在上右手在下同時隨腰由左往右往下圓轉。右足同時隨腰隨兩手。往東南邁步坐實。兩手由下圓轉往上相。合作十字眼。神向東北左。足提起足。尖下垂向東北踢出。足背須平。兩手同時兩邊分開。右手向西南。左手向東北。兩掌俱坐起手腕。手指向上。與右分腳同。如第二十八圖。
Après le coup de pied droit, on retire aussitôt le pied. La main droite va de droite à gauche, paumes face à face avec la gauche, main gauche au-dessus, main droite au-dessous ; elles décrivent avec les reins un cercle de gauche à droite et vers le bas. Le pied droit en même temps, avec les reins et les deux mains, fait un pas au sud-est et s’affermit. Les deux mains remontent en cercle d’en bas et se joignent en croix ; le regard au nord-est. Le pied gauche se lève, pointe pendante, et donne un coup de pied au nord-est, le cou-de-pied bien à plat. Les deux mains s’écartent en même temps : la droite au sud-ouest, la gauche au nord-est, poignets dressés, doigts vers le haut. Comme le coup de pied droit. (Fig. 28.)
轉身蹬腳
兩手相合作十字。左足收回。仍提起。足尖下垂。右足跟轉向北。兩手分開。左手朝西。右手朝東。左足蹬出。足心朝外。足尖朝上。此式身雖朝北。而眼神則隨向西看。如第二十九圖。
Les deux mains se joignent en croix. Le pied gauche se retire mais reste levé, pointe pendante. Le talon droit tourne vers le nord. Les deux mains s’écartent : la gauche à l’ouest, la droite à l’est ; le pied gauche chasse en avant, plante du pied vers l’extérieur, pointe vers le haut. Dans cette posture, bien que le corps soit face au nord, le regard suit vers l’ouest. (Fig. 29.)
左右摟膝抝步
左足蹬出後。旋收回。足尖下垂。全身坐在右腿。左足前邁。左手摟膝。右手按出。復換步。右手摟膝。左手按出。與前皆同。惟中間無琵琶式耳。看第九第十一圖。
Après le coup de pied gauche, on retire aussitôt le pied, pointe pendante, tout le corps assis sur la jambe droite. Le pied gauche avance, la main gauche brosse le genou, la main droite pousse ; puis on change de pas : la main droite brosse le genou, la main gauche pousse. Tout est comme précédemment, sinon qu’il n’y a pas de posture du pipa au milieu. Voir figures 9 et 11.
進步栽錘
右足尖轉向西南。左手摟膝。左足前邁。右手〔同時隨腰平轉一小圓規〕卽由腰間向下打出。如第三十圖。
La pointe du pied droit tourne au sud-ouest. La main gauche brosse le genou ; le pied gauche avance. La main droite, en même temps, décrit avec les reins un petit cercle horizontal, puis frappe vers le bas depuis le côté des reins. (Fig. 30.)
翻身白蛇吐信
翻身白蛇吐信。與撇身錘相同。惟方向不同。左足轉向北。全身坐在左腿。左手曲肘東轉。右手曲肘西轉。左手掌心朝外。右手掌心向下。如抱物狀。眼神亦轉向東看。左足不動。兩手隨腰圓轉向東。右手隨腰往下鬆。藏在脇下。手掌心朝上。與撇身錘不同者。惟右手用掌不握拳。
Le serpent blanc qui darde sa langue en tournant le corps (fan shen bai she tu xin, 翻身白蛇吐信) est identique au poing qui détourne le corps (pie shen chui), seule la direction diffère. Le pied gauche tourne vers le nord, tout le corps sur la jambe gauche. La main gauche plie le coude et tourne vers l’est ; la main droite plie le coude et tourne vers l’ouest ; paume gauche vers l’extérieur, paume droite vers le bas, comme si l’on tenait un objet ; le regard se tourne vers l’est. Le pied gauche ne bouge pas ; les deux mains décrivent un cercle vers l’est avec les reins ; la main droite se détend vers le bas avec les reins et se cache sous le flanc, paume vers le haut. La différence avec le poing qui détourne le corps : seule la main droite, ici, emploie la paume et non le poing.
左手繞右掌上。往東按出。右足同時東轉。足尖朝東。
La main gauche passe au-dessus de la paume droite et pousse vers l’est. Le pied droit en même temps tourne à l’est, pointe à l’est.
上步搬攔錘
右足跟轉向東南。全身坐在右腿上。兩手隨腰往回收。圓轉而上。右手向前打拳。左手隨之。以掌扶右腕。掌心朝南。左腿同時前邁變實。與前第十三圖相同。
Le talon droit tourne au sud-est, tout le corps sur la jambe droite. Les deux mains reviennent avec les reins, remontent en cercle ; la main droite frappe en poing vers l’avant, la main gauche suit et soutient le poignet droit de sa paume, paume au sud. La jambe gauche en même temps avance et devient pleine. Comme à la figure 13.
蹬腳
左足跟轉向北。兩手相合。作十字。全身坐在左腿。右腿提起蹬出。兩手隨之分開。與轉身蹬脚同。惟左右脚不同耳。此式身向北。眼向東看。如第三十一圖。
Le talon gauche tourne vers le nord. Les deux mains se joignent en croix ; tout le corps s’asseoit sur la jambe gauche ; la jambe droite se lève et chasse en avant, les deux mains s’écartant avec. Comme dans le coup de pied en tournant le corps, seule la jambe diffère. Cette posture a le corps au nord, le regard à l’est. (Fig. 31.)
左右披身伏虎式
右足收回。垂足尖。落於左足處。左手往右。與右手同時。隨步隨腰。往下往左。圓轉而上。握拳。手心朝外。右手由丹田而上至胸際。握拳。手心朝內。左手在額之上。右手在胸之下。上下相對。兩手轉時。左足同時往西橫移。全身坐在左腿。右腿伸直。此式面向正北。如第三十二圖。
Le pied droit se retire, pointe pendante, et retombe près du pied gauche. La main gauche va vers la droite et, avec la main droite, suivant le pas et les reins, descend vers la gauche, remonte en cercle et se ferme en poing, centre du poing vers l’extérieur ; la main droite monte du dantian à la poitrine et se ferme en poing, centre vers l’intérieur. La main gauche au-dessus du front, la main droite au-dessous de la poitrine, l’une et l’autre face à face en haut et en bas. Pendant que les mains tournent, le pied gauche se déplace en même temps de côté vers l’ouest ; tout le corps s’asseoit sur la jambe gauche, la jambe droite tendue. Cette posture est face au nord. (Fig. 32.)
左足尖轉向東北。兩手〔仍握拳〕隨腰右轉。向於東南。左手由上往左圓轉而下。轉至胸際。手心朝內。右手由下往右圓轉而上。轉至額上。手心朝外。右足同時〔提起邁步〕隨腰轉向東南。全身坐在右腿。左腿伸直。此式面向東南。如第三十三圖。
La pointe du pied gauche tourne au nord-est. Les deux mains, toujours en poings, suivent les reins qui tournent à droite, vers le sud-est : la main gauche, d’en haut, décrit un cercle vers la gauche et descend jusqu’à la poitrine, centre du poing vers l’intérieur ; la main droite, d’en bas, décrit un cercle vers la droite et monte jusqu’au-dessus du front, centre vers l’extérieur. Le pied droit en même temps se lève, fait un pas et, avec les reins, tourne au sud-est ; tout le corps s’asseoit sur la jambe droite, la jambe gauche tendue. Cette posture est face au sud-est. (Fig. 33.)
回身蹬腳
左足跟復轉向北。身亦隨之。兩手相合。作十字。左腿坐實。右腿蹬出。兩手分開。與翻身蹬腳相同。
Le talon gauche tourne de nouveau vers le nord, le corps suit. Les deux mains se joignent en croix ; la jambe gauche s’affermit ; la jambe droite chasse en avant, les deux mains s’écartant. Comme dans le coup de pied en tournant le corps.
雙風貫耳
右足蹬出後。旋收回。仍提起。足尖下垂。左足跟轉向東北。兩手相合。手心轉向內。合至右膝處。復往下兩邊分開。手心漸轉。向上向外向前。相對圓轉而至前面。兩手握拳相對。拳心向外。兩手合至右膝時。右腿隨腰往下鬆。隨鬆隨轉。向東南邁出。全身坐在右腿。左腿伸直。如第三十四圖。
Après le coup de pied droit, on retire aussitôt le pied, toujours levé, pointe pendante. Le talon gauche tourne au nord-est. Les deux mains se rapprochent, paumes tournées vers l’intérieur, jusqu’au genou droit ; puis elles redescendent et s’écartent de part et d’autre, les paumes se retournant peu à peu vers le haut, l’extérieur et l’avant, se faisant face en cercle jusqu’au-devant ; les deux mains se ferment en poings face à face, centres vers l’extérieur. Quand les deux mains se rejoignent au genou droit, la jambe droite se détend vers le bas avec les reins et, tout en se détendant, tourne et fait un pas au sud-est ; tout le corps s’asseoit sur la jambe droite, la jambe gauche tendue. (Fig. 34.)
左蹬腳
右足跟轉向南。兩手相合。作十字。全身坐在右腿。左腿向東蹬出。與前轉身蹬腳相同。惟此面向南耳。
Le talon droit tourne vers le sud. Les deux mains se joignent en croix ; tout le corps s’asseoit sur la jambe droite ; la jambe gauche chasse vers l’est. Comme au coup de pied en tournant le corps, sinon que l’on est face au sud.
轉身蹬腳
左腿蹬出後。收回。仍提起。不落下。全身隨右足尖轉向北。左足落地。全身坐在左腿。兩手復相合作十字。右腿蹬出。與翻身蹬腳相同。
Après le coup de pied gauche, on retire la jambe, toujours levée, sans la poser ; tout le corps, avec la pointe du pied droit, tourne vers le nord. Le pied gauche se pose, tout le corps s’asseoit sur la jambe gauche ; les deux mains se rejoignent de nouveau en croix, et la jambe droite chasse en avant. Comme dans le coup de pied en tournant le corps.
上步搬攔錘
右足蹬出後。仍收回。足尖下垂。落下。足尖向東南。坐實右腿。左手搬攔。右手打拳。與前皆同。如封似閉十字手抱虎歸山同前。
Après le coup de pied droit, on retire encore le pied, pointe pendante ; il se pose, pointe au sud-est, et la jambe droite s’affermit. La main gauche pare et bloque, la main droite frappe : tout comme précédemment. Fermer comme pour sceller, mains croisées, saisir le tigre et le ramener à la montagne : comme précédemment.
斜單鞭
由十字手。右手向西北左手向東南分開。右足隨右手往西北邁步。此時全身尚坐在左腿。左手往西北擠出按出與抱虎歸山皆同。惟雙手按出後。左足往南邁。左手亦往南成單鞭式。斜單鞭與單鞭相同。惟方向向南耳。如第三十五圖。
Des mains croisées : la main droite s’écarte au nord-ouest, la gauche au sud-est ; le pied droit suit la main droite d’un pas au nord-ouest. Tout le corps est encore sur la jambe gauche ; la main gauche presse et pousse au nord-ouest, comme dans saisir le tigre et le ramener à la montagne. Seulement, après la poussée des deux mains, le pied gauche fait un pas au sud, la main gauche va aussi au sud et forme le fouet unique. Le fouet unique oblique (xie dan bian, 斜單鞭) est identique au fouet unique, seule la direction, vers le sud, diffère. (Fig. 35.)
野馬分鬃
右手隨腰往左。與左手相合。右手在下。手心向上。左手在上。手心向下。全身坐在左腿上。右足提起。往西北邁去。右手隨右足往西北分開在上。左手同時往東南分開在下。右手心仍向上。左手心仍向下。全身坐在右腿。眼神亦向西北。此式與斜飛式相同。惟前手略低耳。如第三十六圖。
La main droite suit les reins vers la gauche et rejoint la main gauche : la droite au-dessous, paume vers le haut ; la gauche au-dessus, paume vers le bas. Tout le corps sur la jambe gauche ; le pied droit se lève et fait un pas au nord-ouest. La main droite, avec le pied droit, s’écarte au nord-ouest, en haut ; la main gauche en même temps s’écarte au sud-est, en bas ; la paume droite reste vers le haut, la gauche vers le bas. Tout le corps s’asseoit sur la jambe droite, le regard au nord-ouest. Cette posture est identique aux ailes obliques, sinon que la main de devant est un peu plus basse. (Fig. 36.)
換式。左手隨腰往右。與右手相合。左手在下。右手在上。左手心朝上。右手心朝下。左足提起。往西南邁去。左手隨左足往西南分開在上。右手同時往東北分開在下。眼神亦隨向西南。如第三十七圖。
Pour changer de côté : la main gauche suit les reins vers la droite et rejoint la main droite, la gauche au-dessous, paume vers le haut, la droite au-dessus, paume vers le bas. Le pied gauche se lève et fait un pas au sud-ouest ; la main gauche, avec le pied gauche, s’écarte au sud-ouest, en haut ; la main droite en même temps s’écarte au nord-est, en bas ; le regard suit au sud-ouest. (Fig. 37.)
此是左右野馬分鬃。或三次。或五次。至右分鬃。換下式。
C’est le cheval sauvage qui écarte sa crinière à gauche et à droite, trois ou cinq fois ; on finit sur le droit, puis on change de posture.
上步攬雀尾
左足向前邁半步。左手隨左足同時向南捧出。右手略向北圓轉。手心轉至向下。又轉至左手處。卽成攬雀尾之起式。以下均與攬雀尾相同。
Le pied gauche avance d’un demi-pas ; la main gauche, avec le pied gauche, porte vers le sud. La main droite décrit un petit cercle vers le nord, paume se retournant vers le bas, puis rejoint la main gauche : c’est la posture initiale d’attraper le moineau par la queue. Tout le reste est comme dans attraper le moineau par la queue.
單鞭如前。
Le fouet unique, comme précédemment.
玉女穿梭
由單鞭式。左足跟轉向南。右足收回。落左足前。足尖向西。左手轉出右脇外。左足向西南邁出。左手心向上。挨著右臂。向上捧。隨捧。手心隨轉向外。而至額上。右手由左手之下。隨腰隨步按出。此式全身坐在左腿。如第三十八圖。
Du fouet unique : le talon gauche tourne vers le sud ; le pied droit se retire et se pose devant le pied gauche, pointe à l’ouest. La main gauche tourne à l’extérieur du flanc droit ; le pied gauche fait un pas au sud-ouest. La main gauche, paume vers le haut, longe le bras droit et porte vers le haut ; tout en portant, la paume se retourne vers l’extérieur, jusqu’au-dessus du front ; la main droite, sous la main gauche, pousse avec les reins et le pas. Tout le corps s’asseoit sur la jambe gauche. (Fig. 38.)
左腿坐實。足跟轉向西南。右手轉出左脇外。手心向上。右足提起。向東南邁出。右手心向上。挨著左臂。向上捧。隨捧手心隨轉向外。而至額上。左手由右手之下隨腰隨步按出。此式全身坐在右腿。如第三十九圖。
La jambe gauche s’affermit, le talon tourne au sud-ouest ; la main droite tourne à l’extérieur du flanc gauche, paume vers le haut. Le pied droit se lève et fait un pas au sud-est ; la main droite, paume vers le haut, longe le bras gauche et porte vers le haut ; tout en portant, la paume se retourne vers l’extérieur, jusqu’au- dessus du front ; la main gauche, sous la main droite, pousse avec les reins et le pas. Tout le corps s’asseoit sur la jambe droite. (Fig. 39.)
復坐實右腿。進左步。兩手如前。向東北捧出按出。如第四十圖。
On s’affermit de nouveau sur la jambe droite, on avance le pied gauche ; les deux mains, comme précédemment, portent et poussent au nord-est. (Fig. 40.)
復坐實左腿。足跟轉向東南。右足提向西北邁步。兩手轉向西北捧出按出。如第四十一圖。
On s’affermit de nouveau sur la jambe gauche, le talon tourne au sud-est ; le pied droit se lève et fait un pas au nord-ouest ; les deux mains tournent au nord-ouest, portent et poussent. (Fig. 41.)
上步攬雀尾單鞭
左足向前進一步。左手向南捧。變為攬雀尾單鞭。
Le pied gauche avance d’un pas ; la main gauche porte vers le sud ; on forme attraper le moineau par la queue puis le fouet unique.
抎手。
如前。或三次。或四次。或五次。
Le nuage des mains, comme précédemment, trois, quatre ou cinq fois.
單鞭下勢
單鞭式如前。左手按出後。身隨腰收回。往下坐在右腿上。愈低愈好。低至左腿伸直。身不可太俯。頭仍要有頂勁。左手隨腰略收。轉而向下。至左足腕處。右手仍為吊手。如第四十二圖。
Le fouet unique comme précédemment. Après la poussée de la main gauche, le corps revient avec les reins et descend s’asseoir sur la jambe droite, le plus bas possible, jusqu’à ce que la jambe gauche soit tendue. Le corps ne doit pas se pencher trop ; la tête garde l’énergie du sommet. La main gauche, avec les reins, se retire un peu, tourne et descend jusqu’à la cheville gauche. La main droite est toujours en main pendante. (Fig. 42.)
金雞獨立
全身已坐在右腿。腰向前進。隨進隨提。使全身坐在左腿。左手隨身向上。至與肩齊處。而往下按。右手隨右腿往前提起。右腿提至膝與腹平。足尖下垂。右手提至肘與右膝相合。手心向左。手尖朝上。與右眉齊。如第四十三圖。
Tout le corps étant assis sur la jambe droite, les reins avancent ; tout en avançant, on se soulève, jusqu’à ce que tout le corps s’asseoie sur la jambe gauche. La main gauche monte avec le corps jusqu’à hauteur d’épaule, puis pousse vers le bas. La main droite se lève avec la jambe droite qui avance : la jambe droite monte jusqu’à ce que le genou soit à hauteur du ventre, pointe pendante ; la main droite monte jusqu’à ce que le coude rencontre le genou, paume vers la gauche, doigts vers le haut, à hauteur du sourcil droit. (Fig. 43.)
右足旋向後退半步。使全身坐在右腿。左手隨左足上提。左膝與腹平。足尖下垂。左肘與左膝合。手心向右。手尖朝上。與左眉齊。右手同時而往下按。如第四十四圖。
Le pied droit recule d’un demi-pas, tout le corps s’asseyant sur la jambe droite. La main gauche se lève avec le pied gauche : le genou gauche à hauteur du ventre, pointe pendante ; le coude gauche rencontre le genou gauche, paume vers la droite, doigts vers le haut, à hauteur du sourcil gauche. La main droite en même temps pousse vers le bas. (Fig. 44.)
倒輦猴
右手往下按後。手心向前。往後圓轉。左足同時往後退。使全身坐於左腿。右腿伸直。右手從右耳邊按出。左手亦同時往後圓轉。由左耳邊按出。而右足往後退步。皆如前式。兩手如輪。隨轉隨退。或三次。或五次。或七次。看十八十九兩圖。
Après la poussée de la main droite vers le bas, la paume se tourne vers l’avant et décrit un cercle vers l’arrière ; le pied gauche recule en même temps, tout le corps s’asseyant sur la jambe gauche, la jambe droite tendue ; la main droite pousse en passant près de l’oreille droite. La main gauche en même temps décrit un cercle vers l’arrière et pousse près de l’oreille gauche, tandis que le pied droit recule. Tout est comme à la posture précédente : les deux mains sont comme une roue, tournant et reculant, trois, cinq ou sept fois. Voir figures 18 et 19.
斜飛式。提手上勢。白鶴亮翅。海底針。扇通臂。撇身錘。上步攬雀尾。單鞭。抎手。單鞭。高探馬。皆如前。
Ailes obliques, lever les mains, la grue blanche déploie ses ailes, l’aiguille au fond de la mer, l’éventail à travers les bras, le poing qui détourne le corps, avancer et attraper le moineau par la queue, fouet unique, nuage des mains, fouet unique, scruter le cheval de haut : toutes comme précédemment.
十字腿
由高探馬坐實左腿。左手由右臂之上穿出。手心朝上。右手在左脇下。手心朝下。左足隨左手向東邁去。左手伸出後。隨卽屈回向西。手心朝外。右手仍在左脇下。手心朝下。眼神隨向西看。左足尖同時轉向南。仍坐實左腿。如第四十五圖。
De scruter le cheval de haut, la jambe gauche s’affermit. La main gauche passe au-dessus du bras droit, paume vers le haut ; la main droite sous le flanc gauche, paume vers le bas. Le pied gauche, avec la main gauche, fait un pas vers l’est. Une fois la main gauche étendue, elle se replie aussitôt vers l’ouest, paume vers l’extérieur ; la main droite reste sous le flanc gauche, paume vers le bas ; le regard suit vers l’ouest. La pointe du pied gauche en même temps tourne vers le sud, la jambe gauche restant affermie. (Fig. 45.)
兩手隨卽分開。右腿蹬出。
Les deux mains aussitôt s’écartent, et la jambe droite chasse en avant.
摟膝指襠錘
右腿蹬出後。落下坐實。〔足尖向西北右手下鬆隨腰隨右腿轉一圓規轉至腰際握拳〕左手摟膝。〔左足前進〕右拳向前向下打出。坐實左腿。如第四十六圖。
Après le coup de pied droit, la jambe se pose et s’affermit, pointe au nord-ouest. La main droite se détend vers le bas et, avec les reins et la jambe droite, décrit un cercle jusqu’à la taille, où elle se ferme en poing. La main gauche brosse le genou, le pied gauche avance ; le poing droit frappe vers l’avant et le bas ; la jambe gauche s’affermit. (Fig. 46.)
上勢攬雀尾
右拳鬆開。與左手右腿同時向上向前。變攬雀尾如前。
Le poing droit se détend et, avec la main gauche et la jambe droite, monte et avance en même temps : on forme attraper le moineau par la queue, comme précédemment.
單鞭下勢如前
Fouet unique, posture basse, comme précédemment.
上步七星
由單鞭下勢。腰身前進。坐實左腿。兩手隨腰往前〔握拳〕。相交作斜十字形。右足隨向前邁。足尖點地。如第四十七圖。
De la posture basse du fouet unique : les reins et le buste avancent, la jambe gauche s’affermit. Les deux mains, avec les reins, vont vers l’avant, se ferment en poings et se croisent en diagonale ; le pied droit avance avec, pointe au sol. (Fig. 47.)
退步跨虎
右足復向後退。坐實。兩手分開。右手在上。手心朝外。左手在下。手心朝下。左足卽隨之退回。足尖點地。此式略如白鶴亮翅。惟身略低。兩手更開。如第四十八圖。
Le pied droit recule de nouveau et s’affermit. Les deux mains s’écartent : la droite en haut, paume vers l’extérieur ; la gauche en bas, paume vers le bas. Le pied gauche se retire aussitôt, pointe au sol. Cette posture ressemble un peu à la grue blanche qui déploie ses ailes, sinon que le corps est un peu plus bas et les deux mains plus écartées. (Fig. 48.)
轉腳擺蓮
左足提起。右足尖向南向西轉動。全身卽隨之轉一圓規落下。坐實左腿。兩手隨身而轉。隨轉隨合。此時面復向東。右足提起。由左擺右。兩手由右擺左。稍拍足背。如第四十九圖。
Le pied gauche se lève ; la pointe du pied droit tourne vers le sud puis l’ouest ; tout le corps tourne avec, décrivant un cercle complet, puis le pied se pose et la jambe gauche s’affermit. Les deux mains tournent avec le corps, se rejoignant au fil du tour. Quand on est de nouveau face à l’est, le pied droit se lève et balaie de gauche à droite, tandis que les deux mains balaient de droite à gauche et frappent légèrement le cou-de-pied. (Fig. 49.)
灣弓射虎
拍後。兩手隨腰隨右足向右向下圓轉。又由下而上。轉向東北。作射虎勢。右足落下坐實。右拳在額上。左拳伸出。如第五十圖。
Après la frappe, les deux mains, avec les reins et le pied droit, décrivent un cercle vers la droite et le bas, puis remontent et tournent au nord-est, formant la posture de tirer le tigre à l’arc. Le pied droit se pose et s’affermit ; le poing droit au-dessus du front, le poing gauche étendu. (Fig. 50.)
上步搬攔錘
由射虎式。右手向下鬆。手心朝上。左手向右鬆。手心朝下。兩手心相合。隨腰往左鬆。變為搬攔錘。與前相同。
De la posture de tirer le tigre : la main droite se détend vers le bas, paume vers le haut ; la main gauche se détend vers la droite, paume vers le bas ; les deux paumes se rejoignent et, avec les reins, se détendent vers la gauche, formant parer, bloquer, frapper : comme précédemment.
如封似閉十字手均如前
Fermer comme pour sceller et mains croisées : comme précédemment.
合太極
由十字手往下按。歸於起勢為合太極。如第一圖。以上所列各式。學者循序漸進。每日學之。至多不能過二三式。務求規矩悉合。不可貪多。初學之時。每式不能不斷。至學完後漸求聯合一氣。以前所列注意十事。均須刻刻體驗。習之一二年。後天之力化盡。先天自然之內勁漸長。原譜所謂以心行氣。務令沈着。乃能收斂入骨。練習架子。以神歛氣沈為主。久之練氣入骨。則渾圓綿柔沈重堅剛。兼而有之。
Des mains croisées, on pousse vers le bas et l’on revient à la posture initiale : c’est clore le taiji (he taiji, 合太極). Voir figure 1. Toutes les postures énumérées ci-dessus doivent être apprises dans l’ordre, progressivement ; chaque jour, on n’en apprend tout au plus deux ou trois. Cherchez à ce que les règles soient toutes respectées, sans en vouloir trop. Au début, chaque posture est nécessairement entrecoupée d’arrêts ; une fois tout appris, cherchez peu à peu à lier l’ensemble en un seul souffle. Les dix points d’attention énumérés précédemment doivent être éprouvés à chaque instant. Après un ou deux ans de pratique, la force acquise après la naissance se fond entièrement, et la force interne innée et naturelle croît peu à peu. Le texte original dit : « Conduire le souffle par le cœur ; qu’il soit ferme et pesant, alors il peut se recueillir et entrer dans les os. » Dans la pratique du cadre, l’essentiel est que l’esprit se recueille et que le souffle descende. Avec le temps, le souffle s’entraîne à entrer dans les os, et l’on possède à la fois la rondeur entière, la souplesse soyeuse, la pesanteur et la fermeté.
La poussée des mains
推手
推手者。所以求其用也。他種拳術。雖亦有二人對手者。然不過十餘式。再多不過數十式耳。而來者其法不一。何能執定法以應之哉。太極推手。則有掤捋擠按採挒肘靠八字。此八字所以練其身之圓活。二人黏連綿隨。周而復始。如渾天之球。斡旋不已。而經緯弧直之度。莫不全備。將此一身。練為渾圓之一體。隨屈就伸。無不合宜。則物來順應。變化而無窮矣。此所謂萬法歸一。得其一而萬事畢矣。
La poussée des mains (tuishou) cherche l’application. Dans les autres boxeurs, il existe bien des exercices à deux, mais ils n’ont qu’une dizaine de postures, tout au plus quelques dizaines ; et quand l’attaque arrive, ses méthodes ne sont pas uniques : comment pourrait-on y répondre par une méthode fixe ? Dans la poussée des mains du taiji, il y a les huit caractères peng (掤), lü (捋), ji (擠), an (按), cai (採), lie (挒), zhou (肘), kao (靠) : ces huit caractères servent à rendre le corps rond et vivant. Deux partenaires collent, s’enchaînent, se suivent sans fin, recommençant sans cesse, comme la sphère céleste qui tourne sans arrêt, où degrés et méridiens, arcs et droites, tout est complet. On exerce ce corps à devenir une seule masse ronde : plier ou s’étendre, tout convient ; alors on répond aux choses en les suivant, et les transformations sont infinies. C’est ce qu’on appelle « dix mille méthodes reviennent à une seule ; obtenir l’Un, et tout est accompli ».
合步推手
甲乙二人對立。甲左足在前。右足在後。乙左足在前。右足在後。此為合步推手。
Poussée des mains en pas joints (he bu tuishou). A et B se tiennent face à face, chacun le pied gauche devant et le pied droit derrière : c’est la poussée des mains en pas joints.
甲左足。乙右足。要平行相對。甲右足。乙左足。其距離寬窄。則各人長短不同。未能拘定。總以身體前進後退。得機得勢。毫不覺費力為度。甲乙各出右手。以手腕背相黏。此謂之掤。如推手第一圖。(先出左手亦然。)
Le pied gauche de A et le pied droit de B doivent être parallèles et face à face ; quant à la distance entre le pied droit de A et le pied gauche de B, comme les hommes sont de tailles différentes, elle ne peut être fixée : que le corps, en avançant et reculant, saisisse l’occasion et l’avantage, sans le moindre effort perçu — voilà la mesure. A et B sortent chacun la main droite et collent par le dos du poignet : c’est le peng. (Fig. 1 de la poussée des mains ; de même si l’on commence par la main gauche.)
甲右手隨腰往回收。以左手腕黏於乙右手之肘處。亦同時往回捋。此謂之捋。如推手第二圖之甲。
La main droite de A revient avec les reins ; son poignet gauche colle au coude droit de B, et il roule en arrière en même temps : c’est le lü. (Fig. 2, A.)
乙被甲捋。則身傾於左方。似不得力。而乙之右手。隨甲捋之方向送去。以左手掌補於右肘灣處。向前擠去。此之謂擠。如二圖之乙。
B, roulé par A, voit son corps pencher à gauche et semble sans force ; mais sa main droite, suivant la direction du roulé de A, est envoyée, et sa paume gauche vient soutenir le creux du coude droit, pressant vers l’avant : c’est le ji. (Fig. 2, B.)
甲被乙擠。似不得力。卽含胸。以左手心黏乙左手背。往左化去。則乙擠不到身上矣。如第三圖之甲。
A, pressé par B, semble sans force ; il creuse aussitôt la poitrine, colle sa paume gauche au dos de la main gauche de B et neutralise vers la gauche : la pression de B n’atteint pas son corps. (Fig. 3, A.)
甲之右手。同時按乙右肘處。兩手同時向前按去。此之謂按如第四圖之甲。
La main droite de A en même temps pousse au coude droit de B ; les deux mains poussent ensemble vers l’avant : c’est l’an. (Fig. 4, A.)
乙又被甲按。似不得力。則仍以右手隨腰往回收。以左腕黏甲右肘。往回捋。如四圖之乙。
B, poussé par A, semble encore sans force ; il retire sa main droite avec les reins, colle son poignet gauche au coude droit de A et roule en arrière. (Fig. 4, B.)
乙捋甲擠。如第五圖。
B roule, A presse. (Fig. 5.)
甲擠乙掤。如第六圖
A presse, B pare. (Fig. 6.)
乙按甲又捋。如第七圖。
B pousse, A roule de nouveau. (Fig. 7.)
周而復始。循環無端。
On recommence sans cesse, en cercle sans commencement ni fin.
掤捋擠按。掤字在前。如元亨利貞之元。仁義禮智之仁。蓋兼乎三德也。蓋擠時須掤。按時捋時亦須掤。掤者。如手捧物之意。如擠按捋時不能掤。則彼力近我身矣。掤者。使兩手臂如圓體之面。使彼力在圓球面上。圓球一。動則其力化去。若不掤則彼力到圓球之心矣。或謂化敵擠時。兩手掤起。謂之掤亦通。掤捋擠按。二人循環為之。按時擠時坐前腿。不可太過膝。掤時捋時坐後腿。前進後退。腰如車輪。上下相隨。原論曰。掤捋擠按須認眞。上下相隨人難進。任他巨力來打我。牽動四兩撥千斤也。
Dans peng, lü, ji, an, le caractère peng vient en tête, comme le « grand » de « grand, prospère, pénétrant, constant » (元亨利貞), ou la « bonté » de « bonté, justice, bienséance, sagesse » : il englobe les trois autres vertus. En pressant il faut peng ; en poussant et roulant il faut aussi peng. Peng, c’est l’idée de la main qui porte un objet. Si, en pressant, poussant, roulant, on ne peut pas peng, la force de l’autre arrive près du corps. Peng fait des deux bras comme la surface d’un corps rond : la force de l’autre est sur la surface de la sphère ; la sphère, dès qu’elle tourne, fait fondre cette force. Sans peng, la force de l’autre atteint le cœur de la sphère. On dit aussi que, pour neutraliser la pression de l’adversaire, les deux mains se soulèvent en peng : c’est une acception valable. Peng, lü, ji, an se font en cercle par les deux partenaires. En poussant et en pressant, on s’asseoit sur la jambe avant, sans que le genou dépasse trop ; en parant et en roulant, on s’asseoit sur la jambe arrière. Avancer, reculer, les reins comme une roue, le haut et le bas se suivant : le traité original dit : « Peng, lü, ji, an, il faut les prendre au sérieux. Le haut et le bas se suivent, l’homme a du mal à entrer. Qu’il me frappe de sa force énorme : je tire et quatre onces déplacent mille livres. »
換步
換步者。甲坐左腿。進右步。乙坐右腿。退左步。是之謂換步。反之。乙進左步。甲退右步亦可。
Changer de pas. A s’asseoit sur la jambe gauche et avance le pied droit ; B s’asseoit sur la jambe droite et recule le pied gauche : c’est changer de pas. L’inverse — B avance le pied gauche, A recule le pied droit — est également possible.
換手
換手者。甲被乙捋時。不補擠而捋回。乙卽補擠。手卽換矣。
Changer de main. Quand A est roulé par B, au lieu de compléter par une pression, il roule en retour ; B complète aussitôt par une pression, et les mains sont changées.
順步推手
順步推手者。甲左足在前。右足在後。乙右足在前。左足在後。謂之順步推手。如第八第九圖。
Poussée des mains en pas inversés (shun bu tuishou). A a le pied gauche devant et le droit derrière ; B a le pied droit devant et le gauche derrière : c’est la poussée des mains en pas inversés. (Fig. 8 et 9.)
略備形式。手法均與合步推手相同。不必重述。
Les postures n’en sont qu’esquissées ; les méthodes de main sont toutes identiques à la poussée des mains en pas joints, il n’est pas besoin de les répéter.
活步推手
活步推手者。甲乙二人對立。均左足在前。右手相黏。甲捋乙。右步略騰起落下。左步退於右步之後。右步復退於左步之後。乙擠甲。左步略騰起落下。右步進於左步之前。左步復進於右步之前。甲掤乙按乙擠乙。左步略騰起落下。右步進於左步之前。左步復進於右步之前。乙掤甲捋甲。右步略騰起落下。左步退於右步之後。右步復退於左步之後。乙又掤甲按甲擠甲。步如前甲。甲又掤乙捋乙。步如前乙。二人往來練之。二人或換步。或換手。均可。活步推手。難以圖形表示。其擠按均與順步推手同。惟動步耳。以上推手。無論合步順步。進退步。均須時時練習。不可間斷。久之自能懂勁。敵意從何方而來。稍觸卽知矣。
Poussée des mains en pas vifs (huo bu tuishou). A et B se tiennent face à face, chacun le pied gauche devant, les mains droites collées. A roule B : son pied droit se soulève un peu et retombe, le pied gauche recule derrière le droit, puis le droit recule derrière le gauche. B presse A : son pied gauche se soulève un peu et retombe, le pied droit avance devant le gauche, puis le gauche avance devant le droit. A pare, pousse, presse B : son pied gauche se soulève un peu et retombe, le pied droit avance devant le gauche, puis le gauche devant le droit. B pare et roule A : son pied droit se soulève un peu et retombe, le pied gauche recule derrière le droit, puis le droit recule derrière le gauche. B pare, pousse, presse A, avec les pas de A précédemment ; A pare et roule B, avec les pas de B précédemment. Les deux hommes s’exercent en allant et venant, et peuvent changer de pas ou de main à volonté. La poussée en pas vifs est difficile à montrer par des figures ; ses pressions et poussées sont les mêmes que dans la poussée en pas inversés, sinon qu’on y bouge les pieds. Toutes les poussées des mains ci-dessus — pas joints, pas inversés, pas en avant et en arrière — doivent être pratiquées constamment, sans interruption. Avec le temps, on parvient naturellement à comprendre la force (dong jin, 懂勁) : d’où que vienne l’intention de l’adversaire, au moindre contact on le sait.
大捋
大捋者。採挒肘靠四隅也。二人南北對立。甲向南。乙向北。俱左足在前。甲乙右手腕相黏。乙捋甲肘。乙右步向西南邁去。作騎馬式。右手攏甲腕。左手腕黏甲之肘。與小捋相同。甲左足向東南邁去。須與乙兩足成正三角形。右足卽向乙之襠內插進。正對乙之正面。右手往前鬆勁。左手扶於右肘灣內。眼神對乙之面。右肩卽靠於乙之胸前。甲即不能立住而跌出矣。
Le grand roulé (da lü). Le grand roulé est le cai, lie, zhou, kao — les quatre coins. Les deux hommes se tiennent face à face sur une ligne nord-sud : A face au sud, B face au nord, tous deux le pied gauche devant, les poignets droits collés. B roule le coude de A ; son pied droit fait un pas vers le sud-ouest, en posture du cavalier ; sa main droite rassemble le poignet de A, son poignet gauche colle au coude de A, comme dans le petit roulé. Le pied gauche de A fait un pas au sud-est, de façon que ses deux pieds forment avec ceux de B un triangle équilatéral ; son pied droit s’insère aussitôt dans l’entrejambe de B, droit en face de B ; sa main droite se détend en avant, sa main gauche soutient le creux du coude droit, le regard sur le visage de B, et son épaule droite vient heurter la poitrine de B : A ne peut plus tenir debout et tombe.
乙見甲至。卽以左膊隨腰往下一沈。甲卽不能靠入。以右手向甲面一閃。一閃卽挒意。
B, voyant A arriver, enfonce aussitôt son bras gauche avec les reins : A ne peut plus entrer pour le heurter ; B, de sa main droite, fait un éclair devant le visage de A — cet éclair est l’intention du lie (déchirer).
甲若不變。卽被乙挒。或被乙左膊擠出。故甲速以右腕接乙右腕。右足收至左足處。翻身。右足往東南邁去。左手捋乙之肘。形勢與乙第一次捋時相同。乙隨進左步。右步向甲襠內插進。靠入。如甲第一次靠相同。甲被乙靠。速以左手採住乙之左手背。速含胸。左足逃出於乙右足之前。乙如不變。甲兩手卽可將乙按出。乙速以左手腕黏甲左手腕。右足收至左足處。以右手捋甲左肘。左足向西北邁去。甲速進右步。與乙兩足成正三角形。左足向乙襠內插進靠之。乙見甲至。以右膊隨腰往下一沈。甲卽不能靠入。以左手向甲面上一閃。甲速以左手腕接乙左手腕。左足收至右足處。翻身。左足往東北邁去。右手捋乙之肘。乙隨進右步。左足向甲襠內插進靠入。此四隅俱全。若隨捋。或逃腿。或單手閃。均可隨意。如大捋四圖。第一圖甲捋乙靠。
Si A ne change pas, il est déchiré par B, ou pressé dehors par le bras gauche de B. Aussi A rattrape-t-il vite le poignet droit de B de son poignet droit, ramène son pied droit près du gauche, tourne le corps, fait un pas du pied droit au sud-est, et roule le coude de B de la main gauche : la situation est la même que quand B a roulé A la première fois. B avance alors le pied gauche, puis insère le pied droit dans l’entrejambe de A et heurte, comme A l’a fait la première fois. A, heurté par B, saisit vite le dos de la main gauche de B de sa main gauche, creuse la poitrine et fait échapper son pied gauche devant le pied droit de B. Si B ne change pas, A peut le pousser dehors des deux mains. B colle vite son poignet gauche au poignet gauche de A, ramène son pied droit près du gauche, roule le coude gauche de A de la main droite, et fait un pas du pied gauche au nord-ouest. A avance vite le pied droit, formant avec les pieds de B un triangle équilatéral, insère le pied gauche dans l’entrejambe de B et heurte. B, voyant A arriver, enfonce son bras droit avec les reins : A ne peut plus entrer ; B, de la main gauche, fait un éclair devant le visage de A. A rattrape vite le poignet gauche de B de son poignet gauche, ramène son pied gauche près du droit, tourne le corps, fait un pas du pied gauche au nord-est et roule le coude de B de la main droite. B avance alors le pied droit, puis insère le pied gauche dans l’entrejambe de A et heurte. Ainsi les quatre coins sont tous parcourus. Qu’on suive le roulé, ou qu’on échappe par la jambe, ou qu’on fasse l’éclair d’une seule main, tout est à volonté. (Les quatre figures du grand roulé : fig. 1, A roule, B heurte.)
第二圖甲靠乙挒。
Fig. 2 : A heurte, B déchire.
第三圖乙靠甲單手採逃腿。
Fig. 3 : B heurte, A saisit d’une main et échappe par la jambe.
第四圖甲靠乙逃腿雙手按。
Fig. 4 : A heurte, B échappe par la jambe et pousse des deux mains.
略備形式。甲乙轉換。或以乙為甲。以甲為乙均可。其應用之規矩。雖詳細說明。而其巧妙。仍非口傳心授不可。
Les postures n’en sont qu’esquissées ; A et B échangent leurs rôles, ou bien B devient A et A devient B, comme on veut. Les règles d’application, bien que détaillées ici, ont des finesses qui ne s’obtiennent que par la transmission de bouche à oreille et de cœur à cœur.
Le traité du taiji quan, annoté
太極拳論
陳微明注
Le Taiji quan lun (太極拳論) attribué à Wang Zongyue, avec le commentaire de Chen Weiming.
一舉動。週身俱要輕靈。
Dès qu’on se meut, tout le corps doit être léger et vivant.
不用後天之拙力。則週身自然輕靈。
Sans employer la force maladroite acquise après la naissance, tout le corps est naturellement léger et vivant.
尤須貫串。
Il faut surtout que tout s’enchaîne.
貫串者。綿綿不斷之謂也。不貫串則斷。斷則人乘虛而入。
S’enchaîner, c’est ce qu’on appelle « continu sans interruption ». Sans enchaînement, il y a rupture ; la rupture laisse l’autre entrer en profitant du vide.
氣宜鼓盪。神宜內歛。
Le souffle doit être gonflé et agité ; l’esprit doit se recueillir à l’intérieur.
氣鼓盪則無間。神內歛則不亂。
Souffle gonflé et agité, il n’y a pas d’intervalle ; esprit recueilli, il n’y a pas de désordre.
無使有凸凹處。無使有斷續處。
Qu’il n’y ait ni bosses ni creux, ni ruptures ni reprises.
有凹處。有凸處。有斷時。有續時。此皆未能圓滿也。凹凸之處。易為人所制。斷續之時。易為人所乘。皆致敗之由也。
S’il y a des creux, des bosses, des arrêts, des reprises, c’est que l’on n’est pas encore rond et complet. Les endroits en creux ou en bosse sont faciles à contrôler pour l’autre ; les moments d’arrêt et de reprise sont faciles à prendre au dépourvu : ce sont toutes des causes de défaite.
其根在腳。發於腿。主宰於腰。形於手指。由脚而腿而腰。總須完整一氣。向前退後。乃得機得勢。
Sa racine est dans les pieds, elle se déploie dans les jambes, elle est gouvernée par les reins, elle se manifeste dans les doigts. Du pied à la jambe aux reins, il faut toujours un souffle complet et unique. En avançant et reculant, on saisit alors l’occasion et l’avantage.
莊子曰。至人之息以踵。太極拳術。呼吸深長。上可至頂。下可至踵。故變動其根在脚。由脚而上至腿。由腿而上至腰。由腰而上至手指。完整一氣。故太極以手指放人。而跌出者。並非僅手指之力。其力乃發於足跟。而人不知也。上手下足中腰。無處不相應。自然能得機得勢。
Zhuangzi dit : « Le souffle de l’homme parfait part des talons. » Dans le taiji quan, la respiration est profonde et longue : en haut elle peut atteindre le sommet, en bas les talons. C’est pourquoi, dans les changements, la racine est dans les pieds ; du pied on monte à la jambe, de la jambe aux reins, des reins aux doigts, en un souffle complet et unique. Aussi, quand le taiji projette l’autre par les doigts et qu’il tombe, ce n’est pas seulement la force des doigts : cette force naît dans les talons, et l’autre ne le sait pas. Les mains en haut, les pieds en bas, les reins au milieu : tout répond partout, et naturellement on saisit l’occasion et l’avantage.
有不得機得勢處。身便散亂。其病必於腰腿求之。
S’il y a un endroit où l’on n’obtient ni l’occasion ni l’avantage, le corps se disperse et se trouble : il faut chercher la maladie dans les reins et les jambes.
不得機。不得勢。必是手動而腰腿不動。腰腿不動。手愈有力。而身愈散亂。故有不得力處。必留心動腰腿也。
Ne pas obtenir l’occasion ni l’avantage, c’est que les mains bougent tandis que les reins et les jambes ne bougent pas. Reins et jambes immobiles, plus les mains ont de force, plus le corps se disperse. Aussi, là où la force fait défaut, il faut prendre garde à faire bouger les reins et les jambes.
上下前後左右皆然。凡此皆是意。不在外面。有上卽有下。有前卽有後。有左卽有右。
Il en va de même en haut, en bas, devant, derrière, à gauche, à droite. Tout cela, c’est l’intention ; cela n’est pas au-dehors. S’il y a un haut, il y a un bas ; s’il y a un devant, il y a un derrière ; s’il y a une gauche, il y a une droite.
欲上欲下。欲前欲後。欲左欲右。皆須動腰腿。然後能如意。雖動腰腿。而內中有知己知彼。隨機應變之意在。若無意。雖動腰腿。亦亂動而已。
Vouloir monter ou descendre, avancer ou reculer, aller à gauche ou à droite : il faut toujours mouvoir les reins et les jambes, alors on fait ce qu’on veut. Mais, tout en mouvant reins et jambes, il y a au-dedans l’intention de se connaître soi- même et de connaître l’autre, de s’adapter à l’occasion. Sans cette intention, même en mouvant reins et jambes, on ne fait que s’agiter en désordre.
如意要向上。卽寓下意。若將物掀起而加以挫之之力。斯其根自斷。乃壞之速而無疑。
Si l’intention veut monter, elle contient déjà l’intention de descendre. Comme pour soulever une plante : on lui applique d’abord une force qui l’écrase ; sa racine se rompt d’elle-même, et on la détruit vite, sans aucun doute.
此言與人交手時之隨機應變。反復無端。令人不測。使彼顧此而不能顧彼。自然散亂。散亂則吾可以發勁矣。
Cela parle de s’adapter à l’occasion quand on échange avec l’autre : se retourner sans fin, rendre l’autre incapable de prévoir, le faire veiller sur ceci sans pouvoir veiller sur cela ; naturellement il se disperse et se trouble, et une fois troublé, je puis émettre ma force.
虛實宜分淸楚。一處自有一處虛實。處處總此一虛實。週身節節貫串。無令絲毫間斷耳。
Le vide et le plein doivent être nettement distingués. Chaque endroit a son vide et son plein ; partout, c’est toujours ce même vide et ce même plein. Tout le corps s’enchaîne articulation par articulation, sans laisser la moindre interruption.
練架子要分淸虛實。與人交手。亦須分淸虛實。此虛實雖要分淸。然全視來者之意而定。彼實我虛。彼虛我實。實者忽變而為虛。虛者忽變而為實。彼不知我。我能知彼。則無不勝矣。週身節節貫串。節節二字。以言其能虛空粉碎。能虛空粉碎。則處處不相牽連。故彼不能使我牽動。而我穩如泰山矣。雖虛空粉碎。不相牽連。而運用之時。又能節節貫串。非不相顧。如常山之蛇。擊首則尾應。擊尾則首應。擊其背則首尾俱應。夫然後可謂之輕靈矣。譬如以千斤之鐵棍。非不重也。然有巨力者。可持之而起。以百斤之鐵練。雖有巨力者。不能持之而起。以其分為若干節也。雖分為若干節。而仍是貫串。練太極拳。亦猶此意耳。
En pratiquant le cadre, il faut distinguer nettement le vide et le plein ; en échangeant avec l’autre, il faut aussi les distinguer. Bien qu’il faille les distinguer, tout dépend de l’intention de celui qui vient : lui plein, je suis vide ; lui vide, je suis plein. Le plein se change soudain en vide, le vide se change soudain en plein. L’autre ne me connaît pas, moi je le connais : alors on ne peut que vaincre. « Tout le corps s’enchaîne articulation par articulation » : ces mots disent qu’on peut se vider et se pulvériser. Qui peut se vider et se pulvériser n’a nulle part d’attache qui tire ; l’autre ne peut donc m’entraîner, et je suis stable comme le mont Tai. Bien que vidé et pulvérisé, sans attaches, au moment de l’emploi on peut encore s’enchaîner articulation par articulation, sans se négliger mutuellement : comme le serpent du mont Chang, frappez-lui la tête et la queue répond, frappez-lui la queue et la tête répond, frappez-lui le dos et tête et queue répondent ensemble. Alors seulement on peut parler de légèreté et de vie. Par exemple, une barre de fer de mille livres n’est certes pas légère, mais un homme d’une force énorme peut la soulever ; une chaîne de fer de cent livres, même un homme d’une force énorme ne peut la soulever d’un seul tenant, parce qu’elle est divisée en plusieurs maillons. Bien que divisée en maillons, elle est pourtant enchaînée. Pratiquer le taiji quan, c’est la même idée.
長拳者。如長江大海。滔滔不絕也。
Le long poing (chang quan, 長拳) : comme le long fleuve et la grande mer, roulant sans tarir.
太極拳亦名長拳。楊氏所傳有太極拳。更有長拳。名目稍異。其意相同。
Le taiji quan s’appelle aussi long poing. Ce que transmet la famille Yang comprend le taiji quan et de plus un long poing : les noms diffèrent un peu, le sens est le même.
十三勢者。掤捋擠按採挒肘靠。此八卦也。進步退步右顧左盻中定。此五行也。掤捋擠按。卽坎離震兌四正方也。採挒肘靠。卽乾坤艮巽四斜角也。進退顧盻定。卽金木水火土也。
Les treize postures : peng, lü, ji, an, cai, lie, zhou, kao — ce sont les huit trigrammes ; avancer, reculer, regarder à droite, regarder à gauche, rester au centre — ce sont les cinq éléments. Peng, lü, ji, an correspondent aux quatre directions cardinales kan, li, zhen, dui ; cai, lie, zhou, kao correspondent aux quatre angles qian, kun, gen, xun ; avancer, reculer, regarder, se fixer correspondent au métal, au bois, à l’eau, au feu et à la terre.
太極拳各式。及掤捋擠按已見前。
Les postures du taiji quan et les peng, lü, ji, an ont déjà été vus plus haut.
原書注云。以上係武當山張三丰祖師所著。欲天下豪傑。延年益壽。不徒作技藝之末也。
La note du livre original dit : « Ce qui précède est l’œuvre du patriarche Zhang Sanfeng du mont Wudang. Il voulait que les héros du monde prolongent leurs ans et leur vie, et non qu’ils fassent seulement un art subalterne. »
太極者。無極而生。陰陽之母也。
Le taiji naît du wuji ; il est la mère du yin et du yang.
陰陽生於太極。太極本無極。太極拳。處處分虛實陰陽。故名曰太極也。
Le yin et le yang naissent du taiji ; le taiji a pour fond le wuji. Dans le taiji quan, partout on distingue vide et plein, yin et yang : voilà pourquoi il s’appelle « taiji ».
動之則分。靜之則合。
En mouvement, cela se divise ; au repos, cela se rassemble.
我身不動。渾然一太極。如稍動。則陰陽分焉。
Mon corps immobile est un taiji entier et confus ; dès qu’il bouge un peu, le yin et le yang se séparent.
無過不及。隨屈就伸。
Sans excès ni insuffisance : on suit la courbure et l’on va vers l’extension.
此言與人相接相黏之時。隨彼之動而動。彼屈則我伸。彼伸則我屈。與之密合。不丢不頂。不使有稍過及不及之弊。
Quand on se joint et se colle à l’autre, on bouge selon son mouvement : il plie, je m’étends ; il s’étend, je plie. On se colle étroitement à lui, sans le lâcher ni lui résister, sans laisser le moindre défaut d’excès ou d’insuffisance.
人剛我柔謂之走。我順人背謂之黏。
L’autre est dur, je suis souple : cela s’appelle céder. Je suis à l’aise, l’autre est contrarié : cela s’appelle coller.
人剛我剛。則兩相抵抗。人剛我柔。則不相妨礙。不妨礙則走化矣。旣走化。彼之力失其中。則背矣。我之勢得其中。則順矣。以順黏背。則彼雖有力而不得力矣。
L’autre dur et moi dur, nous résistons l’un à l’autre. L’autre dur et moi souple, nous ne nous gênons pas ; sans gêne, il y a cession et dissolution. Une fois cédé et dissous, sa force perd son centre et il est contrarié ; ma posture gagne son centre et je suis à l’aise. Coller sa contrariété par mon aisance : même s’il a de la force, il n’en tire rien.
動急則急應。動緩則緩隨。雖變化萬端。而惟性一貫。
S’il bouge vite, je réponds vite ; s’il bouge lentement, je suis lentement. Bien que les changements soient infinis, le principe est un et constant.
我之緩急。隨彼之緩急。不自為緩急。則自然能黏連不斷。然非兩臂鬆淨。不使有絲毫之拙力。不能相隨之如是巧合。若兩臂有力。則喜自作主張。不能捨己從人矣。動之方向緩急不同。故曰變化萬端。雖不同。而吾之黏隨。其理則一也。
Ma lenteur et ma vitesse suivent les siennes ; si je ne les décide pas moi-même, je puis naturellement coller et m’enchaîner sans rupture. Mais si les deux bras ne sont pas détendus et nets, sans la moindre parcelle de force maladroite, on ne peut pas suivre et s’ajuster ainsi. Si les bras ont de la force, on aime décider soi-même et l’on ne peut plus s’oublier pour suivre l’autre. Les directions et les vitesses des mouvements diffèrent : c’est pourquoi l’on dit « changements infinis ». Bien qu’ils diffèrent, mon coller et mon suivre ont un principe unique.
由着熟而漸悟懂勁。由懂勁而階及神明。然非用力之久。不能豁然貫通焉。
De la familiarité avec les techniques, on comprend peu à peu la force ; de la force comprise, on s’élève par degrés jusqu’au divin et au lumineux. Mais sans une longue pratique, on ne peut soudainement tout pénétrer.
着熟者。習拳以練體。推手以應用。用力旣久。自然懂勁。而神明矣。
« La familiarité avec les techniques » : pratiquer le poing pour exercer le corps, la poussée des mains pour l’application. Quand on a pratiqué longtemps, on comprend naturellement la force, puis l’on atteint le divin et le lumineux.
虛靈頂勁。氣沈丹田。不偏不倚。忽隱忽現。
Énergie du sommet, vide et vivante ; souffle qui descend au dantian ; ni incliné ni appuyé ; tantôt caché, tantôt visible.
無論練架子及推手。皆須有虛靈頂勁。氣沈丹田之意。不偏不倚者。立身中正。不偏倚也。忽隱忽現者。虛實無定。變化不測也。
Qu’on pratique le cadre ou la poussée des mains, il faut toujours l’intention de l’énergie du sommet, vide et vivante, et du souffle qui descend au dantian. « Ni incliné ni appuyé » : se tenir droit au centre, sans pencher ni s’appuyer. « Tantôt caché, tantôt visible » : le vide et le plein sans fixité, les changements imprévisibles.
左重則左虛。右重則右杳。
Si la gauche est lourde, la gauche se vide ; si la droite est lourde, la droite s’évanouit.
此二句。卽解釋忽隱忽現之意。與彼黏手。覺左邊重。則吾之左邊。與彼相黏處。卽變為虛。右邊亦然。杳者。不可捉摸之意。與彼相黏。隨其意而化之。不可稍有抵抗。使之處處落空。而無可如何。
Ces deux phrases expliquent le « tantôt caché, tantôt visible ». En collant les mains avec l’autre, si je sens la gauche lourde, l’endroit où ma gauche colle à lui devient vide ; il en va de même à droite. « S’évanouir », c’est l’idée de l’insaisissable : collé à lui, je dissous en suivant son intention, sans la moindre résistance, le faisant tomber dans le vide partout, sans qu’il puisse rien y faire.
仰之則彌高。俯之則彌深。進之則愈長。退之則愈促。
Qu’on s’élève contre lui, il est plus haut ; qu’on plonge contre lui, il est plus profond ; qu’on avance, il s’allonge ; qu’on recule, il se resserre.
彼仰則覺我彌高。如捫天而難攀。彼俯則覺我彌深。如臨淵而恐陷。彼進則覺我愈長而不可及。彼退則覺我愈偪而不可逃。皆言我之能黏隨不丢。使彼不得力也。
S’il s’élève, il me sent plus haut, comme touchant le ciel sans pouvoir y grimper ; s’il plonge, il me sent plus profond, comme au bord d’un gouffre, craignant de s’enliser ; s’il avance, il me sent plus long, hors d’atteinte ; s’il recule, il me sent plus pressant, sans fuite possible. Tout cela dit que je sais coller et suivre sans lâcher, le rendant incapable de tirer parti de sa force.
一羽不能加。蠅蟲不能落。人不知我。我獨知人。英雄所向無敵。蓋由此而及也。
Une plume ne peut s’y ajouter ; une mouche ne peut s’y poser. L’autre ne me connaît pas ; moi seul je le connais. Les héros sont invincibles partout : c’est par là qu’ils y parviennent.
羽不能加。蠅不能落。形容不頂之意。技之精者。方能如此。蓋其感覺靈敏。已到極處。稍觸卽知。能工夫至此。舉動輕靈。自然人不知我。我獨知人。
« Une plume ne peut s’y ajouter, une mouche ne peut s’y poser » : cela décrit l’idée de ne pas résister. Seul celui dont la technique est raffinée y parvient : sa sensation est si vive, parvenue à l’extrême, qu’au moindre contact il sait. Quand le travail atteint ce point, les mouvements sont légers et vivants, et naturellement l’autre ne me connaît pas, moi seul je le connais.
斯技旁門甚多。雖勢有區別。槪不外壯欺弱。慢讓快耳。有力打無力。手慢讓手快。是皆先天自然之能。非關學力而有為也。
Les voies latérales de cet art sont nombreuses ; bien que leurs postures diffèrent, elles ne vont guère au-delà du fort qui opprime le faible, du lent qui cède au rapide. Le fort bat le faible, la main lente cède à la main rapide : ce sont des capacités innées et naturelles, sans rapport avec l’étude et le travail.
以上言外家拳術。派別甚多。不外以力以快勝人。以力以快勝人。若更遇力過我快過我者。則敗矣。是皆充其自然之能。非有巧妙如太極拳術之不恃力不恃快而能勝人也。
Ce qui précède parle des boxeurs externes, dont les branches sont nombreuses : ils ne dépassent pas l’emporter par la force et par la vitesse. Emporter par la force et la vitesse, c’est perdre dès qu’on rencontre plus fort et plus rapide que soi : tout cela ne fait qu’épuiser les capacités naturelles, sans l’ingéniosité du taiji quan, qui ne s’appuie ni sur la force ni sur la vitesse et peut pourtant vaincre.
察四兩撥千斤之句。顯非力勝。觀耄耋能禦衆之形。快何能為。
Examinez la phrase « quatre onces déplacent mille livres » : manifestement, ce n’est pas la force qui vainc. Voyez le vieillard qui peut repousser la foule : que peut la vitesse ?
太極拳之巧妙。在以四兩撥千斤。彼雖有千斤之力。而我順彼背。則千斤亦無用矣。彼之快乃自動也。若遇精於太極拳術者。以手黏之。彼欲動且不能。何能快乎。
L’ingéniosité du taiji quan est d’employer quatre onces pour déplacer mille livres. Même s’il a mille livres de force, moi à l’aise et lui contrarié, ses mille livres ne servent à rien. Sa vitesse vient de son propre mouvement ; mais s’il rencontre un expert du taiji quan qui colle à lui de la main, il ne peut même plus bouger : comment serait-il rapide ?
立如平準。活似車輪。
Se tenir comme un niveau ; être vif comme une roue.
立能如平準者。有虛靈頂勁也。活似車輪者。以腰為主宰。無處不隨腰運動圓轉也。
Pouvoir se tenir comme un niveau, c’est avoir l’énergie du sommet, vide et vivante. Être vif comme une roue, c’est avoir les reins pour maître : nulle part on ne bouge sans suivre les reins en rond.
偏沈則隨。雙重則滯。
Pencher d’un seul côté, on suit ; peser des deux côtés, on s’engorge.
何謂偏沈則隨。雙重則滯。譬兩處與彼相黏。其力平均。彼此之力相遇。則相抵抗。是謂雙重。雙重則二人相持不下。仍力大者勝焉。兩處之力平均。若鬆一處。是謂偏沈。我若能偏沈。則彼雖有力者。亦不得力。而我可以走化矣。
Qu’est-ce que « pencher d’un seul côté, on suit ; peser des deux côtés, on s’engorge » ? Supposez deux endroits collés à lui, à force égale : les forces se rencontrent et résistent l’une à l’autre : c’est le double poids. Le double poids fait que les deux hommes se tiennent en échec, et le plus fort l’emporte encore. Si, les forces des deux endroits étant égales, on en détend un, c’est pencher d’un seul côté. Si je puis pencher d’un seul côté, même un homme fort ne tire rien de sa force, et je puis céder et dissoudre.
每見數年純功。不能運化者。率自為人制。雙重之病未悟耳。
On voit souvent qui, après plusieurs années de travail pur, ne sait ni tourner ni dissoudre et se laisse toujours contrôler : c’est que la maladie du double poids n’est pas comprise.
有數年之純功。若尚有雙重之病。則不免有時為人所制。不能立時運化。
Avec plusieurs années de travail pur, si l’on garde la maladie du double poids, on ne peut éviter d’être parfois contrôlé, incapable de tourner et dissoudre sur le moment.
若欲避此病。須知陰陽。黏卽是走。走卽是黏。陰不離陽。陽不離陰。陰陽相濟。方為懂勁。
Pour éviter cette maladie, il faut connaître le yin et le yang. Coller, c’est céder ; céder, c’est coller. Le yin ne quitte pas le yang, le yang ne quitte pas le yin ; le yin et le yang s’entraident : alors seulement on comprend la force.
若欲避雙重之病。須知陰陽。陰陽卽虛實也。稍覺雙重。卽速偏沈。虛處為陰。實處為陽。雖分陰陽。而仍黏連不脫。故能黏能走。陰不離陽。陽不離陰者。彼實我虛。彼虛我又變為實。故陰變為陽。陽變為陰。陰陽相濟。本無定形。皆視彼方之意而變耳。如能隨彼之意。而虛實應付。毫釐不爽。是眞可謂之懂勁矣。
Pour éviter la maladie du double poids, il faut connaître le yin et le yang ; le yin et le yang, c’est le vide et le plein. Dès qu’on sent un double poids, on penche vite d’un seul côté. L’endroit vide est yin, l’endroit plein est yang. Bien que yin et yang se séparent, on colle et s’enchaîne sans se détacher : ainsi l’on sait coller et céder. « Le yin ne quitte pas le yang, le yang ne quitte pas le yin » : lui plein, je suis vide ; lui vide, je redeviens plein. Ainsi le yin devient yang, le yang devient yin ; le yin et le yang s’entraident, sans forme fixe, changeant toujours selon l’intention de l’autre. Si l’on sait suivre son intention et répondre par le vide ou le plein sans erreur d’un cheveu, alors vraiment on peut dire qu’on comprend la force.
懂勁後。愈練愈精。默識揣摩。漸至從心所欲。
Une fois la force comprise, plus on pratique, plus on s’affine ; en méditant et en étudiant, on parvient peu à peu à ce que le cœur désire.
懂勁之後。可謂入門矣。然不可間斷。必須日日練習。處處揣摩。如有所悟。默識於心。心動則身隨。無不如意。技日精矣。
Après avoir compris la force, on peut dire que l’on est entré dans la porte. Mais il ne faut pas d’interruption : il faut pratiquer chaque jour, méditer en chaque endroit ; ce qu’on a compris, on le grave en silence dans le cœur. Le cœur bouge, le corps suit ; tout va comme on veut, et la technique s’affine chaque jour.
本是捨己從人。多悞舍近求遠。
À l’origine, c’est s’oublier soi-même pour suivre l’autre ; beaucoup se trompent en laissant le proche pour chercher le lointain.
太極拳不自作主張。處處從人。彼之動作。必有一方向。則吾隨其方向而去。不稍抵抗。故彼落空。或跌出。皆彼用力太過也。如有一定手法。不知隨彼。是謂捨近而求遠矣。
Le taiji quan ne décide pas de lui-même : partout il suit l’autre. Son mouvement a nécessairement une direction ; je vais avec cette direction, sans la moindre résistance ; aussi il tombe dans le vide ou s’écroule, toujours parce qu’il a trop forcé. Avoir une technique fixe et ne pas savoir suivre l’autre, c’est laisser le proche pour chercher le lointain.
斯謂差之毫釐。謬以千里。學者不可不詳辨焉。
C’est ce qu’on appelle « un écart d’un cheveu, une erreur de mille lieues ». Que l’élève examine cela avec soin.
太極拳與人黏連。卽在黏連密切之處而應付之。所謂不差毫釐也。稍離則遠。失其機矣。
Le taiji quan colle et s’enchaîne à l’autre et répond à l’endroit même où le collé est le plus étroit : c’est ce qu’on appelle « ne pas manquer d’un cheveu ». Le moindre écart devient une grande distance, et l’occasion est perdue.
此論句句切要。並無一字敷衍陪襯。非有夙慧。不能悟也。先師不肯妄傳。非獨擇人。亦恐枉費工夫耳。
Ce traité est essentiel phrase par phrase, sans un mot de remplissage ou de parade. Sans une sagesse innée, on ne peut le comprendre. Le maître défunt ne le transmettait pas à la légère : non seulement il choisissait les hommes, mais il craignait aussi de voir le travail perdu en vain.
太極拳之精微奧妙。皆不出此論。非有夙慧之人。不能領悟。可見此術不可以技藝視之也。
Les subtilités et les mystères du taiji quan ne sortent pas de ce traité ; sans sagesse innée, on ne peut le pénétrer. On voit que cet art ne doit pas être regardé comme une simple technique.
Le chant des treize postures
十三勢歌
十三總勢莫輕視。命意源頭在腰隙。
變轉虛實須留意。氣遍身軀不少滯。
靜中觸動動猶靜。因敵變化示神奇。
勢勢揆心須用意。得來不覺費工夫。
刻刻留心在腰間。腹內鬆淨氣騰然。
尾閭中正神貫頂。滿身輕利頂頭懸。
仔細留心向推求。屈伸開合聽自由。
入門引路須口授。工夫無息法自休。
若言體用何為準。意氣君來骨肉臣。
想推用意終何在。益壽延年不老春。
歌兮歌兮百卌字。字字眞切義無遺。
若不向此推求去。枉費工夫貽歎息。
Ne méprisez pas les treize postures souveraines ; la source de l’intention vitale est dans l’intervalle des reins. Dans les changements de vide et de plein, soyez attentif ; le souffle parcourt le corps entier sans le moindre arrêt. Dans le calme, le mouvement se déclenche, et mouvant, il est encore calme ; selon l’adversaire on change, et l’on montre le merveilleux. Posture après posture, sondez le cœur, employez l’intention ; ce qui vient sans qu’on le sente ne coûte pas de travail. À chaque instant, l’esprit aux reins ; le ventre détendu et net, le souffle s’élève. La coccyx droit au centre, l’esprit traverse au sommet ; tout le corps léger et agile, le sommet suspendu. Examinez avec soin et cherchez à comprendre ; plier, étendre, ouvrir, fermer, laissez-les libres. Pour entrer dans la porte, il faut la transmission de bouche ; le travail sans arrêt, la méthode se perfectionne d’elle-même. Si l’on parle de corps et d’usage, quelle est la règle ? L’intention et le souffle sont le souverain, les os et la chair les ministres. Réfléchissez : où aboutit enfin l’emploi de l’intention ? À prolonger les ans, à allonger la vie, à un printemps qui ne vieillit pas. Chant, ô chant de cent quarante caractères, chaque mot est vrai, le sens ne manque pas. Si l’on ne cherche pas à y pénétrer, on perd son travail en vain et l’on n’a que des soupirs.
十三勢歌之意。前已講明。故不復注解。
Le sens du chant des treize postures a déjà été expliqué plus haut ; il n’est donc pas commenté de nouveau.
Comprendre par le cœur la pratique des treize postures
十三勢行功心解
以心行氣。務令沈着。乃能收斂入骨。以氣運身。務令順遂。乃能便利從心。
Conduire le souffle par le cœur : qu’il soit ferme et pesant, alors il peut se recueillir et entrer dans les os. Mouvoir le corps par le souffle : qu’il soit aisé et coulant, alors on agit commodément selon le cœur.
以心行氣者。所謂意到氣亦到。意要沈着。則氣可收斂入骨。並非格外運氣也。氣收斂入骨。工夫旣久。則骨日沈重。內勁長矣。以氣運身者。所謂氣動身亦動。氣要順遂。則身能便利從心。故變動往來。無不從心所欲。毫無阻滯之處矣。
« Conduire le souffle par le cœur », c’est ce qu’on appelle : l’intention arrive, le souffle arrive aussi. L’intention doit être ferme et pesante, alors le souffle peut se recueillir et entrer dans les os — ce n’est pas une conduite du souffle en dehors de cela. Le souffle recueilli et entré dans les os, quand le travail dure longtemps, les os deviennent chaque jour plus pesants et la force interne croît. « Mouvoir le corps par le souffle », c’est ce qu’on appelle : le souffle bouge, le corps bouge aussi. Le souffle doit être aisé et coulant, alors le corps agit commodément selon le cœur ; aussi les changements et les allées et venues suivent tous ce que le cœur désire, sans le moindre obstacle.
精神能提得起。則無遲重之虞。所謂頂頭懸也。
Si l’esprit peut être soulevé, on n’a pas à craindre la lenteur et la pesanteur : c’est ce qu’on appelle « le sommet suspendu ».
有虛靈頂勁。則精神自然提得起。精神提起。則身體自然輕靈。觀此。可知捨精神而用拙力者。身體必為力所驅使。不能轉動如意矣。
Avec l’énergie du sommet, vide et vivante, l’esprit se soulève naturellement ; l’esprit soulevé, le corps est naturellement léger et vivant. Voyez cela : on comprend que celui qui délaisse l’esprit pour la force maladroite voit son corps mené par la force, incapable de tourner à son gré.
意氣須換得靈。乃有圓活之妙。所謂變轉虛實也。
L’intention et le souffle doivent échanger avec vivacité, alors il y a la merveille de la rondeur et de la vie : c’est ce qu’on appelle les changements de vide et de plein.
與敵相黏。須隨機換意。仍不外虛實分得淸楚。則自然有圓活之妙。
Collé à l’adversaire, il faut changer d’intention selon l’occasion ; cela ne sort pas de distinguer nettement le vide et le plein, et l’on a naturellement la merveille de la rondeur et de la vie.
發勁須沈着鬆淨。專主一方。
Pour émettre la force, il faut être pesant, détendu et net, concentré sur une seule direction.
發勁之時。必須全身鬆淨。不鬆淨則不能沈着。沈着鬆淨。自然能放得遠。專主一方者。隨彼動之方向而直去也。隨敵之勢。如欲打高。眼神上望。如欲打低。眼神下望。如欲打遠。眼神遠望。神至則氣到。全不在用力也。
Au moment d’émettre la force, tout le corps doit être détendu et net ; sans détente et netteté, on ne peut être pesant. Pesant, détendu et net, on peut naturellement projeter loin. « Concentré sur une seule direction » : aller droit selon la direction du mouvement de l’autre. Suivez la posture de l’adversaire : pour frapper haut, le regard monte ; pour frapper bas, le regard descend ; pour frapper loin, le regard va loin. L’esprit va, le souffle arrive : cela ne tient pas du tout à la force.
立身須中正安舒。撑支八面。
Se tenir doit être droit, stable et à l’aise, soutenant les huit directions.
頂頭懸。則自然中正。鬆淨。則自然安舒。穩如泰山。則自然能撑支八面。
Le sommet suspendu, on est naturellement droit ; détendu et net, on est naturellement à l’aise ; stable comme le mont Tai, on soutient naturellement les huit directions.
行氣如九曲珠。無微不到。
Conduire le souffle comme une perle aux neuf courbes : rien de si petit n’y échappe.
九曲珠。言其圓活也。四肢百體。無處不有圓珠。無處不是太極圈子。故力未有不能化也。
La perle aux neuf courbes parle de rondeur et de vie. Les quatre membres et les cent parties du corps : partout il y a une perle ronde, partout un cercle de taiji ; aussi nulle force ne peut-elle manquer d’être dissoute.
運勁如百練鋼。何堅不摧。
Conduire la force comme de l’acier cent fois trempé : quelle dureté ne serait pas brisée ?
太極雖不用力。而其增長內勁。可無窮盡。其勁如百練之鋼。無堅不摧。
Le taiji, bien qu’il n’emploie pas la force, accroît la force interne sans limite : cette force est comme l’acier cent fois trempé, qui brise toute dureté.
形如搏兎之鶻。神如捕鼠之猫。
La forme comme un faucon qui saisit un lièvre ; l’esprit comme un chat qui attrape une souris.
搏兎之鶻。盤旋不定。捕鼠之猫。待機而動。
Le faucon qui saisit un lièvre : il tournoie sans se fixer. Le chat qui attrape une souris : il attend l’occasion puis agit.
靜如山岳。動若江河。
Au repos comme un mont ; en mouvement comme un fleuve.
靜如山岳。言其沈重不浮。動若江河。言其周流不息。
« Au repos comme un mont » : pesant, sans flotter. « En mouvement comme un fleuve » : circulant sans arrêt.
蓄勁如張弓。發勁如放箭。
Accumuler la force comme on tend un arc ; émettre la force comme on lâche une flèche.
蓄勁如張弓。以言其滿。發勁如放箭。以言其速。
« Accumuler comme on tend un arc » : cela parle de la plénitude. « Émettre comme on lâche une flèche » : cela parle de la vitesse.
曲中求直。蓄而後發。
Dans la courbure, chercher la droite ; accumuler, puis émettre.
曲是化人之勁。勁已化去。必向彼身求一直綫。勁可發矣。
La courbure dissout la force de l’autre. Une fois sa force dissoute, il faut chercher une ligne droite vers son corps, et la force peut être émise.
力由脊發。步隨身換。
La force naît de la colonne ; les pas changent avec le corps.
含胸拔背。以蓄其勢。發勁之時。力由背脊而出。非徒兩手之勁也。身動步隨。轉換無定。
Contenir la poitrine et étirer le dos pour accumuler la posture. Au moment d’émettre, la force sort du dos et de la colonne, et non seulement des deux mains. Le corps bouge, les pas suivent, les changements sont sans fixité.
收即是放。放卽是收。斷而復連。
Recueillir, c’est émettre ; émettre, c’est recueillir. Rompre, puis renouer.
黏化打雖是三意。而不能分開。收卽黏化。放是打。放人之時。勁似稍斷。而意仍不斷。
Coller, dissoudre, frapper : bien que ce soient trois intentions, elles ne peuvent se séparer. Recueillir, c’est coller et dissoudre ; émettre, c’est frapper. Quand on projette l’autre, la force semble presque rompre, mais l’intention ne rompt pas.
往復須有摺疊。進退須有轉換。
Dans l’allée et venue, il faut des plis ; dans l’avance et le recul, il faut des changements.
摺疊者。亦變虛實也。其所變之虛實。最為微細。太極截勁。往往用摺疊。外面看似未動。而其內已有摺疊。進退必變換步法。雖退仍是進也。
Les plis, c’est encore changer le vide et le plein ; ces changements-là sont les plus subtils. La force tranchante du taiji emploie souvent les plis : au-dehors on dirait que rien ne bouge, mais au-dedans le pli est déjà fait. En avançant et reculant, il faut changer les pas : même en reculant, c’est encore avancer.
極柔軟。然後極堅剛。能呼吸。然後能靈活。
Extrême souplesse, alors extrême fermeté. Savoir respirer, alors savoir être vif et souple.
老子曰。天下之至柔。馳騁天下之至堅。其至柔者。乃至剛也。吸為提為收。呼為沈為放。此呼吸乃先天之呼吸。與後天之呼吸相反。故能提得人起。放得人出。
Laozi dit : « Ce qu’il y a de plus souple sous le ciel court à travers ce qu’il y a de plus dur sous le ciel. » Ce qui est le plus souple est précisément le plus ferme. L’inspiration soulève et recueille ; l’expiration enfonce et émet. Cette respiration est la respiration d’avant la naissance, opposée à la respiration acquise après ; aussi peut-on soulever l’homme et le projeter dehors.
氣以直養而無害。勁以曲蓄而有餘。
Le souffle, nourri avec droiture, ne fait aucun mal ; la force, accumulée dans la courbure, est surabondante.
孟子曰。吾善養吾浩然之氣。至大至剛。以直養而無害。則塞乎天地之間。太極拳蓋養先天之氣。非運後天之氣也。運氣之功。流弊甚大。養氣則順乎自然。日習之養之而不覺。數十年後。積虛成實。至大至剛。至用之時。則曲蓄其勁。以待發。旣發則沛然莫之能禦也。
Mengzi dit : « Je nourris bien mon souffle vaste et juste ; il est immense et ferme. Nourri avec droiture et sans mal, il remplit l’intervalle du ciel et de la terre. » Le taiji quan nourrit le souffle d’avant la naissance, il ne conduit pas le souffle acquis après. Les travaux de conduite du souffle ont de grands effets pervers ; nourrir le souffle, c’est suivre la nature, pratiquer et nourrir chaque jour sans s’en apercevoir ; après quelques décennies, le vide accumulé devient plein, immense et ferme ; au moment de l’emploi, on accumule sa force dans la courbure, attendant d’émettre ; une fois émise, elle est si abondante que rien ne peut l’arrêter.
心為令。氣為旗。腰為纛。
Le cœur donne l’ordre ; le souffle est le drapeau ; les reins sont l’étendard.
心為主帥以發令。氣則為表示其令之旗。以腰為纛。則旗中正不偏。無致敗之道也。
Le cœur est le général en chef qui lance les ordres ; le souffle est le drapeau qui montre l’ordre ; les reins comme étendard, le drapeau reste droit au centre sans pencher : il n’y a pas de voie de défaite.
先求開展。後求緊湊。乃可臻於縝密矣。
D’abord chercher le déploiement, ensuite la compacité : alors on atteint le fin et le serré.
無論練架子及推手。皆須先求開展。開展則腰腿皆動。無微不到。至功夫純熟。再求緊湊。由大圈而歸於小圈。由小圈而歸於無圈。所謂放之則彌六合。卷之則退藏於密也。
Qu’on pratique le cadre ou la poussée des mains, il faut d’abord chercher le déploiement : déployé, les reins et les jambes bougent tous, rien de si petit n’échappe. Quand le travail est mûr, on cherche la compacité : du grand cercle on revient au petit cercle, du petit cercle au cercle inexistant. C’est ce qu’on appelle : déployé, il remplit les six directions ; roulé, il se retire et se cache dans le secret.
又曰。先在心。後在身。腹鬆淨。氣斂入骨。神舒體靜。刻刻在心。
Il est dit encore : d’abord dans le cœur, ensuite dans le corps. Le ventre détendu et net, le souffle se recueille et entre dans les os. L’esprit à l’aise, le corps calme, à chaque instant dans le cœur.
太極以心意為本。身體為末。所謂意氣君來骨肉臣也。腹鬆淨。不存絲毫後天之拙力。則氣自斂入骨。氣歛入骨。其剛可知。神要安舒。體要靜逸。能安舒靜逸。則應變整暇。决不慌亂。
Le taiji a pour racine le cœur et l’intention, pour extrémité le corps : c’est ce qu’on appelle « l’intention et le souffle souverains, les os et la chair ministres ». Le ventre détendu et net, sans la moindre force maladroite acquise, le souffle se recueille naturellement et entre dans les os ; le souffle entré dans les os, sa fermeté se devine. L’esprit doit être à l’aise, le corps calme et libre ; à l’aise et calme, on répond aux changements avec ordre et loisir, jamais dans l’affolement.
切記一動無有不動。一靜無有不靜。
Souvenez-vous bien : un mouvement, et rien ne reste immobile ; un repos, et rien ne reste en mouvement.
內外相合。上下相連。故能如此。
L’intérieur et l’extérieur se joignent, le haut et le bas s’enchaînent : voilà pourquoi il en est ainsi.
牽動往來。氣貼背。歛入脊骨。內固精神。外示安逸。
En tirant et bougeant, allant et venant, le souffle colle au dos et se recueille dans la colonne. Au-dedans, affermir l’esprit ; au-dehors, montrer la quiétude.
此言與人比手之時。牽動往來。須涵胸拔背。使氣貼之於背。歛於脊骨。以待機會。機至則發。能氣貼於背。歛於脊骨。則能力由脊發。不然。仍手足之勁耳。神固體逸。則不散亂。
Cela parle du moment où l’on compare les mains avec l’autre : en tirant et bougeant, allant et venant, il faut contenir la poitrine et étirer le dos, faire coller le souffle au dos et le recueillir dans la colonne, en attendant l’occasion ; l’occasion venue, on émet. Si le souffle colle au dos et se recueille dans la colonne, la force peut naître de la colonne ; sinon, ce n’est encore que la force des mains et des pieds. L’esprit affermi, le corps à l’aise, on ne se disperse pas.
邁步如猫行。運勁如抽絲。
Avancer comme marche le chat ; conduire la force comme on tire un fil de soie.
此仍形容綿綿不斷。待機而發之意。
Cela décrit encore le continu sans interruption et l’intention d’attendre l’occasion pour émettre.
全身意在精神。不在氣。在氣則滯。有氣者無力。無氣者純剛。
Dans tout le corps, l’intention est dans l’esprit, non dans le souffle ; dans le souffle, on s’engorge. Qui a le souffle n’a pas de force ; qui n’a pas le souffle a une fermeté pure.
太極純以神行。不尚氣力。此氣言後天之氣力也。蓋養氣之氣。為先天之氣。運氣之氣。為後天之氣。後天之氣有盡。先天之氣無窮。
Le taiji se meut purement par l’esprit, sans faire cas du souffle et de la force ; ce souffle-là est le souffle et la force acquis après la naissance. Le souffle que l’on nourrit est le souffle d’avant la naissance ; le souffle que l’on conduit est le souffle acquis. Le souffle acquis s’épuise ; le souffle d’avant la naissance est inépuisable.
氣如車輪。腰似車軸。
Le souffle comme une roue ; les reins comme l’essieu.
氣為旗。腰為纛。此言其靜也。氣如車輪。腰似車軸。此言其動也。腰為一身之樞紐。腰動則先天之氣。如車輪之旋轉。所謂氣遍身軀不少滯也。
« Le souffle drapeau, les reins étendard » : cela parle du repos. « Le souffle roue, les reins essieu » : cela parle du mouvement. Les reins sont le pivot de tout le corps ; les reins bougent, le souffle d’avant la naissance tourne comme une roue : c’est ce qu’on appelle « le souffle parcourt le corps sans le moindre arrêt ».
Le chant du combat des mains
打手歌 按打手卽推手也
掤捋擠按須認眞。
上下相隨人難進。
任他巨力來打我。
牽動四兩撥千斤。
引進落空合卽出。
粘連黏隨不丢頂。
Le chant du combat des mains (da shou ge) — note : « combat des mains » signifie « poussée des mains ».
Peng, lü, ji, an : prenez-les au sérieux. Le haut et le bas se suivent, l’homme a du mal à entrer. Qu’il me frappe de sa force énorme, je tire et quatre onces déplacent mille livres. Je l’attire pour qu’il tombe dans le vide, et je me ferme puis je sors. Coller, s’enchaîner, adhérer, suivre, sans lâcher ni résister.
認眞者。掤捋擠按四字。皆須按照師傳規矩。絲毫不錯。日日打手。功久自然能上下相隨。一動無有不動。雖巨力來打。稍稍牽動。則我之四兩。可撥彼之千斤。彼力旣巨。必長而直。當其用力之時。不能變動方向。我隨彼之方向而引進。則彼落空矣。然必須粘連黏隨。不丢不頂。方能引進落空。四兩撥千斤也。
« Prendre au sérieux » : les quatre caractères peng, lü, ji, an doivent tous suivre les règles transmises par le maître, sans erreur d’un cheveu. En pratiquant chaque jour le combat des mains, quand le travail est long, on parvient naturellement à ce que le haut et le bas se suivent, qu’un mouvement en entraîne tous. Même si une force énorme vient frapper, on tire un peu : mes quatre onces peuvent déplacer ses mille livres. Sa force étant énorme, elle est nécessairement longue et droite ; au moment où il force, il ne peut plus changer de direction. Je suis sa direction et l’attire en avant : il tombe dans le vide. Mais il faut coller, s’enchaîner, adhérer, suivre, sans lâcher ni résister, alors seulement on peut attirer pour faire tomber dans le vide et déplacer mille livres par quatre onces.
又曰。彼不動。己不動。彼微動。己先動。似鬆非鬆。將展未展。勁斷意不斷。
Il est dit encore : lui ne bouge pas, moi je ne bouge pas ; lui bouge un peu, moi j’ai déjà bougé. Semblant détendu sans l’être, sur le point de s’étendre sans s’étendre. La force rompt, l’intention ne rompt pas.
打手之時。彼不動則我亦不動。以靜待之。彼若微動。其動必有一方向。我意在彼之先。隨其方向而先動。則彼必跌出矣。似鬆非鬆。將展未展。皆言聽彼之勁。蓄勢待機。機到則放。放時勁似斷而意仍不斷也。
Au combat des mains, s’il ne bouge pas, je ne bouge pas non plus et je l’attends dans le calme. S’il bouge un peu, son mouvement a nécessairement une direction ; mon intention précède la sienne, et je bouge le premier selon sa direction : il est nécessairement projeté. « Semblant détendu sans l’être, sur le point de s’étendre sans s’étendre » : tout cela parle d’écouter sa force, d’accumuler la posture et d’attendre l’occasion ; l’occasion venue, on lâche. En lâchant, la force semble rompre, mais l’intention ne rompt pas.
以上相傳。為王宗岳先生所著。太極拳之精微奧妙。已包蘊無餘。就管見所就。略加注解。然仁者見仁。智者見智。功夫愈深者。讀之愈得其精妙。深願繼起者。發揮而光大之焉。
Ce qui précède, transmis comme l’œuvre de M. Wang Zongyue, contient sans reste les subtilités et les mystères du taiji quan. Selon ma modeste vue, j’y ai ajouté un bref commentaire. Mais le bon y voit la bonté, le sage la sagesse ; plus le travail est profond, plus on en tire le fin et le merveilleux. Je souhaite vivement que ceux qui viendront après le développent et le fassent resplendir.
Le taiji, selon les paroles de Laozi
太極合老說
老子曰常無欲以觀其妙。常有欲以觀其徼。與之黏隨。觀其化之妙。忽然機發。是謂觀其徼。
Laozi dit : « Toujours sans désir, on voit le mystère ; toujours avec désir, on voit les limites. » Coller et suivre l’autre, c’est voir le mystère de la dissolution ; soudain, l’occasion se déclenche : c’est voir les limites.
老子曰有無相生。前後相隨。是謂左重則左虛。右重則右杳。進之則愈長。退之則愈促。
Laozi dit : « L’être et le non-être s’engendrent ; l’avant et l’après se suivent. » C’est ce qu’on appelle : la gauche lourde, la gauche se vide ; la droite lourde, la droite s’évanouit ; avancez, il s’allonge ; reculez, il se resserre.
老子曰天地之間。其猶橐籥乎。虛而不屈。動而愈出。故太極無法。動卽是法。
Laozi dit : « L’intervalle du ciel et de la terre ressemble au soufflet : vide sans s’épuiser, plus on le meut, plus il en sort. » Aussi le taiji n’a pas de méthode : le mouvement est la méthode.
老子曰綿綿若存。用之不勤。綿綿若存者。內固精神。用之不勤者。外示安逸。
Laozi dit : « Continu comme s’il existait, on l’emploie sans fatigue. » « Continu comme s’il existait » : au-dedans, affermir l’esprit. « On l’emploie sans fatigue » : au-dehors, montrer la quiétude.
老子曰後其身而身先。外其身而身存。後其身而身先者。彼不動己不動。彼微動己先動也。外其身而身存者。由己則滯。從人則活也。
Laozi dit : « Il met son corps en arrière, et son corps est en avant ; il laisse son corps dehors, et son corps est préservé. » « Mettre son corps en arrière pour qu’il soit en avant » : lui ne bouge pas, je ne bouge pas ; lui bouge un peu, j’ai déjà bougé. « Laisser son corps dehors pour qu’il soit préservé » : partir de soi, on s’engorge ; suivre l’autre, on est vivant.
老子曰上善若水。居善地。心善淵。事善能。動善時。夫惟不爭。故無尤。居善地者。得機得勢。心善淵者。歛氣歛神。事善能者。隨轉隨接。動善時者。不後不先。太極之無敵。惟不爭耳。
Laozi dit : « Le bien suprême est comme l’eau. Dans la demeure, le bien est la terre ; dans le cœur, le bien est la profondeur ; dans les affaires, le bien est la capacité ; dans le mouvement, le bien est le moment. C’est parce qu’il ne lutte pas qu’il n’a point de faute. » « Dans la demeure, la terre » : saisir l’occasion et l’avantage. « Dans le cœur, la profondeur » : recueillir le souffle et l’esprit. « Dans les affaires, la capacité » : tourner avec, recevoir avec. « Dans le mouvement, le moment » : ni après, ni avant. L’invincibilité du taiji tient seulement à ce qu’il ne lutte pas.
老子曰抱一。能無離乎。專氣致柔。能嬰兒乎。是謂極柔而至剛。萬法而歸一。
Laozi dit : « Embrasser l’Un : peux-tu ne point t’en séparer ? Concentrer le souffle et atteindre la souplesse : peux-tu être comme un nouveau-né ? » C’est ce qu’on appelle : de l’extrême souplesse à la fermeté suprême, dix mille méthodes revenant à l’Un.
老子曰曲則全。枉則直。是謂曲中求直。蓄而後發。
Laozi dit : « Courbe, l’on est complet ; fléchi, l’on est droit. » C’est ce qu’on appelle : dans la courbure chercher la droite, accumuler puis émettre.
老子曰將欲歙之。必固張之。將欲弱之。必固强之。將欲奪之。必固與之。是謂微明。太極黏連綿隨。不與之抗。彼張我歙。彼强我弱。彼奪我與。然後能張。能强。能奪。
Laozi dit : « Celui qui veut resserrer doit d’abord étendre ; celui qui veut affaiblir doit d’abord renforcer ; celui qui veut ravir doit d’abord donner : c’est la lumière subtile. » Le taiji colle, s’enchaîne, continue, suit, sans résister : lui s’étend, je me resserre ; lui se renforce, je m’affaiblis ; lui ravit, je donne. Alors je puis m’étendre, me renforcer, ravir.
老子曰反者道之動。故有上必有下。有前必有後。有左必有右。
Laozi dit : « Le retournement est le mouvement du Dao. » Aussi, s’il y a un haut, il y a nécessairement un bas ; s’il y a un avant, un arrière ; s’il y a une gauche, une droite.
老子曰天下之至柔。馳騁天下之至堅。無有入於無間。又曰不爭而善勝。不召而自來。是謂引進落空。四兩撥千斤也。
Laozi dit : « Ce qu’il y a de plus souple sous le ciel court à travers ce qu’il y a de plus dur sous le ciel ; le sans-forme pénètre ce qui est sans intervalle. » Il dit encore : « Sans lutter, l’on sait vaincre ; sans appeler, cela vient de soi. » C’est ce qu’on appelle : attirer pour faire tomber dans le vide, quatre onces qui déplacent mille livres.
Notes du traducteur
- Chen Weiming (陳微明, 1881–1958) : lettré du Jiangsu, compilateur au Bureau d’histoire des Qing, il étudia le xingyi et le bagua avec Sun Lutang puis le taiji quan avec Yang Chengfu (1917-1924). Il fonda la société Zhirou quanshe à Shanghai en 1925 et publia ce manuel la même année. Les Dix exigences (太極拳十要) y sont présentées comme l’enseignement oral de Yang Chengfu.
- Zhirou (致柔) : « atteindre la souplesse », d’après le chapitre 10 du Daodejing (« concentrer son souffle et atteindre la souplesse »), cité en exergue du livre et dans le chapitre final Taiji he lao shuo.
- Les huit techniques (ba fa, 八法) : peng (掤, parer), lü (捋, roulé), ji (擠, presser), an (按, pousser), cai (採, saisir), lie (挒, déchirer), zhou (肘, coude), kao (靠, heurter) — associées aux huit trigrammes, tandis qu’avancer, reculer, regarder à gauche et à droite et rester au centre correspondent aux cinq éléments : d’où les « treize postures » (十三勢).
- Les cinq mots de Wang Zhengnan (王征南) : respect (敬), serré (緊), direct (徑), tranchant (切), diligent (勤) — formule transmise par l’école interne du Wudang, reprise dans l’histoire de la transmission.
- Le Taiji quan lun annoté : la seconde partie de l’ouvrage commente, phrase par phrase, le traité attribué à Wang Zongyue, dont une traduction française figure également sur ce site (voir Le Traité du taiji quan de Wang Zongyue). Le commentaire de Chen Weiming est l’un des plus anciens et des plus respectés de ce texte fondateur.
Source du texte chinois : 《太極拳術》, Chen Weiming (陳微明), édité par la société Zhirou quanshe (致柔拳社), Shanghai, 1925. Texte dans le domaine public (auteur mort en 1958). Texte chinois consulté sur la page « The Art of Taiji Boxing (Taiji Quan Shu) » du blog de Paul Brennan (traduction anglaise de Paul Brennan, mars 2012). Traduction française : nouvelle traduction réalisée directement à partir de l’original chinois pour ce site.