Le Taiji quan shiyi (太極拳釋義, « Le Taiji quan expliqué ») est l’un des manuels de taiji quan les plus diffusés du monde chinois. Son auteur, Dong Yingjie (董英傑, 1897-1961), originaire du district de Ren (任縣) dans le Hebei, fut l’un des derniers grands disciples de Yang Chengfu (楊澄甫, 1883-1936), qu’il suivit plus de dix ans ; il enseigna ensuite à Guangzhou, à Hong Kong et à Macao, où son école forma une partie importante du taiji quan de style Yang pratiqué en Asie du Sud-Est. L’ouvrage parut à Hong Kong en août 1948, puis fut révisé en octobre 1950 ; il compte deux cent soixante illustrations, dont deux cent cinquante-huit photographies de postures prises par Wang Xiyi (王希逸).

Le volume s’ouvre sur un ensemble de dix préfaces — celle du lettré Huang Zunsheng, puis celles de ses élèves, et enfin la sienne — suivies d’une notice sur le tableau du fondateur, de sa biographie, de dix remarques liminaires, d’un essai sur les origines et d’un extrait du manuscrit de la famille Song. Viennent ensuite les commentaires des classiques, les descriptions posture par posture, la poussée des mains et les armes. La présente traduction donne la partie liminaire et théorique initiale, qui contient l’essentiel de ce que le livre apporte sur la lignée, l’esprit de l’art et la manière de l’étudier.

Dong Yingjie étant mort en 1961, son œuvre est dans le domaine public depuis le 1er janvier 2012.

Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.

Page de titre du Taiji quan shiyi (太極拳釋義), Hong Kong, 1948

Préface de Huang Zunsheng (黃序)

中國拳術。自來分內外兩家。王士禎云。拳術之勇少林為外家。武當張三峯為內家。今海內流行之太極拳。則云傳自三峯也。

Les arts du poing de Chine se sont toujours divisés en deux écoles, l’externe et l’interne. Wang Shizhen disait : « Pour la bravoure du poing, Shaolin représente l’école externe, Zhang Sanfeng de Wudang l’école interne. » Le taiji quan aujourd’hui répandu dans tout le pays est dit transmis par Zhang Sanfeng.

攷三峯名通字君實。先世豫章人。後徙居遼陽。明洪武間。居湖廣武當山。湛通道法。技拳絕倫。所傳太極拳名十三勢者。有山右王宗岳於太極蘊義。闡發至盡。今所傳太極拳經。十三勢行功心解。皆宗岳撰也。宗岳以其技傳至浙江陳州同河南蔣發。由是其門人分傳南北。

Zhang Sanfeng avait pour nom personnel Tong et pour appellation Junshi ; sa famille était originaire de Yuzhang [Jiangxi], puis s’établit à Liaoyang. Sous le règne de Hongwu des Ming, il résidait dans les monts Wudang, au Huguang. Il pénétra profondément les méthodes taoïstes, et son art du poing fut sans égal. Le taiji quan qu’il transmit portait le nom de « treize dynamiques » (十三勢) ; un certain Wang Zongyue, du Shanxi, en exposa ensuite toute la substance. Les textes transmis aujourd’hui — le Classique du taiji quan et l’Explication du travail des treize dynamiques — sont tous de la main de Zongyue. Celui-ci transmit son art à Chen Zhoutong du Zhejiang et à Jiang Fa du Henan ; à partir de là, leurs disciples le répandirent au nord et au sud.

南由州同而傳遞張松溪。而葉繼美。而單思南。而王征南。皆浙東人。以松溪征南為最著。後不得其傳。北則由蔣發傳之陳家溝陳姓。數代而繼之陳長興。長興傳之楊祿禪。

Au sud, Chen Zhoutong le transmit à Zhang Songxi, puis à Ye Jimei, puis à Shan Sinan, puis à Wang Zhengnan — tous du Zhejiang oriental, Songxi et Zhengnan étant les plus illustres. Par la suite, cette branche n’eut plus de successeur. Au nord, Jiang Fa le transmit aux Chen du village de Chenjiagou ; plusieurs générations plus tard vint Chen Changxing, qui le transmit à Yang Luchan.

祿禪河北廣平人。盡得長興祕傳。益以苦練技臻絕境。聲華最顯。愛好拳術者。多從之學。稱弟子焉。祿禪有子三。長鳳侯次班侯三建侯。均傳其學。班侯建侯二人傳其家。中有振遠少侯澄甫。班侯建侯又傳至外姓弟子數人有陳秀峯萬春全佑凌山王茂齋等。其他惜未能一一知其名字云。

Luchan était de Guangping, dans le Hebei. Il recueillit tout l’enseignement secret de Changxing et, à force d’un travail acharné, atteignit un niveau sans pareil : sa renommée fut la plus éclatante, et les amateurs d’arts du poing vinrent nombreux apprendre de lui et se firent ses disciples. Luchan eut trois fils — l’aîné Fenghou, le second Banhou, le troisième Jianhou — qui tous reçurent son art. Banhou et Jianhou le transmirent dans leur propre famille, entre autres à Zhaolin (appelé Zhenyuan), à Shaohou et à Chengfu ; ils le transmirent aussi à plusieurs disciples étrangers à la famille : Chen Xiufeng, Wan Chun, Quan You, Ling Shan, Wang Maozhai et d’autres, dont je regrette de ne pouvoir citer tous les noms.

自祿禪以來。先後垂五十年。太極拳幾為楊氏之家學。自南方香火失繼。此道獨行於北方。凡黃河兩岸。燕山太行。紹其統緒者不可勝述。自荊楚而吳越。五嶺以南之流行乃為後來事耳。

Depuis Luchan, près de cinquante années se sont écoulées, et le taiji quan est presque devenu l’enseignement domestique des Yang. Comme le rameau du Sud n’avait plus d’héritier, la voie ne subsista plus qu’au nord. Des deux rives du fleuve Jaune aux monts Yan et Taihang, ceux qui en reprirent le fil sont trop nombreux pour être nommés. Sa diffusion vers le Jingchu et le Wu-Yue, au sud des Cinq Monts, est chose plus récente.

太極拳象徵陰陽循環之理。陰陽也。虛實也。動靜也。開闔也。循環周行。貫串延綿不斷也。由此陰陽虛實開闔動靜。而周行貫串循環不斷。其運動變化無窮。凡外家拳必硬必快。練太極雖柔慢。用時則神速。柔取其圓轉綿延。慢所以靜。靜所以定。故能以靜待動。以柔尅剛也。

Le taiji quan symbolise le principe de la circulation du yin et du yang. Yin et yang, vide et plein, mouvement et immobilité, ouverture et fermeture : ils tournent en un cycle, reliés, continus, ininterrompus. De ce va-et-vient du yin et du yang, du vide et du plein, de l’ouverture et de la fermeture, du mouvement et de l’immobilité, naît une transformation perpétuelle. Les boxes de l’école externe sont nécessairement dures et rapides ; le taiji, bien qu’on le travaille avec souplesse et lenteur, se manifeste avec une rapidité fulgurante. La souplesse vise le rond et le continu ; la lenteur conduit au calme, le calme à la fixité : c’est ainsi que l’on peut « attendre le mouvement dans l’immobilité » et « vaincre la dureté par la souplesse ».

太極拳最貴虛實。而忌雙重。雙重謂無虛實也。虛實之間。必有重心。曰中定。每一虛實皆有中定。有變化。中定之機。其根在腳。發於腿。主宰於腰。而形之於指。其動作而鼓盪。則沈死。鬆胯。淨腹。涵胸。拔背。沉肩垂肘。

Ce qui est le plus précieux dans le taiji quan, c’est la distinction du vide et du plein ; ce qu’il faut éviter, c’est le « double poids » (雙重), c’est-à-dire l’état où il n’y a ni vide ni plein. Entre le vide et le plein, il y a toujours un centre de gravité, que l’on appelle « stabilité centrale » (中定). Chaque couple de vide et de plein possède sa stabilité centrale et ses transformations. Le ressort de cette stabilité a sa racine dans le pied, jaillit dans la jambe, est commandé par les reins et se manifeste dans les doigts. Le mouvement doit être vibrant : on relâche alors les hanches, on détend le ventre, on creuse la poitrine, on arrondit le dos, on enfonce les épaules et l’on laisse pendre les coudes.

以此鼓盪。發而為一種潛在之內力。內家不名之曰力而名之曰勁。勁之為義有五曰粘。曰連。曰黏。曰隨。曰不丟頂。

De cette vibration se dégage une force interne latente. L’école interne ne l’appelle pas « force » (力) mais « jin » (勁). Cinq qualités définissent le jin : coller (粘, zhan), lier (連, lian), adhérer (黏, nian), suivre (隨, sui), et « ni perdre ni heurter » (不丟頂).

粘者提上拔高也。連者貫也。不中斷也。黏者貼也。彼進我退。而彼退我進也。隨者從也。捨己以從人也。不丟頂者。言不丟。不頂。不脫離。不抵抗。不搶先。不落後。如粘。如黏。而丟之不開。投之不脫也。

Coller, c’est soulever vers le haut. Lier, c’est relier sans interruption. Adhérer, c’est être appliqué : l’autre avance, je recule ; l’autre recule, j’avance. Suivre, c’est se conformer, c’est-à-dire s’abandonner soi-même pour suivre l’autre. « Ni perdre ni heurter » signifie : ne pas lâcher, ne pas percuter, ne pas se séparer, ne pas résister, ne pas prendre les devants, ne pas rester en arrière. Ainsi, par le collage et l’adhérence, on ne peut se défaire de vous, et l’on ne s’en détache pas même en se jetant sur vous.

其精義則總括之於十三勢。十三勢者八門五步也。八門四正方四斜方也。亦卽掤。捋。擠。按。採。挒。肘。靠。之八法也。五步則前進。後退。左顧。右盼。中定也。或以八門比諸八卦。五步比諸五行四方四角。而陰陽開闔。迴環不斷。故十三勢又名長拳。長拳者。如長江大海滔滔不斷也。

Son essence se résume dans les treize dynamiques, qui sont les huit portes et les cinq pas. Les huit portes sont les quatre directions droites et les quatre obliques, c’est-à-dire les huit méthodes : peng (掤), lü (捋), ji (擠), an (按), cai (採), lie (挒), zhou (肘) et kao (靠). Les cinq pas sont : avancer, reculer, regarder à gauche, regarder à droite, rester au centre. Certains comparent les huit portes aux huit trigrammes et les cinq pas aux cinq éléments, aux quatre directions et aux quatre angles ; le yin et le yang, l’ouverture et la fermeture, tournent en un cycle ininterrompu. C’est pourquoi les treize dynamiques sont aussi appelées « longue boxe » (長拳) : comme le Yangtze et la grande mer, qui coulent sans cesse.

至其精微玄妙之處。所謂沉著鬆靜。所謂氣鼓盪神內斂。所謂人剛我柔。我順人背。所謂極柔軟而後極堅剛。所謂以心行氣。以氣運身。所謂力由脊發。步隨身換。所謂動急急應。動緩緩隨。所謂心為令。氣為旂。腰為纛。所謂先心後身。氣斂入骨。已詳於宗岳所論。非有經久之體驗。具甚深之造詣。莫能領會。

Quant à ce qu’il y a de plus subtil et de plus merveilleux — le « lourd et calme, relâché et immobile » ; « l’énergie vibrante, l’esprit recueilli en dedans » ; « l’autre est dur, je suis souple ; je suis à l’aise, l’autre est en difficulté » ; « la suprême souplesse, d’où naît la suprême dureté » ; « conduire l’énergie par l’intention, mouvoir le corps par l’énergie » ; « la force part de la colonne, le pas change avec le corps » ; « à mouvement pressé, réponse pressée ; à mouvement lent, suite lente » ; « le cœur donne l’ordre, l’énergie est le drapeau, les reins sont l’étendard » ; « d’abord le cœur, ensuite le corps ; l’énergie se rassemble dans les os » — tout cela est exposé en détail dans les écrits de Zongyue. Sans une longue expérience et une pratique très profonde, on ne saurait le comprendre.

中國拳術。無論外家內家。均各有獨到之處。其所以不宏。或竟至中道斬絕。厥故有五。歷來教法之不尚。與學者之畏難一也。授受悉憑口耳。無文字記載以補口耳之不足二也。卽或有之。專講文字空談理論。而不求太極拳眞功夫自損其價値三也。門戶各立。勢同水火四也。歷代重文輕武。士大夫故作鄙夷五也。

Les arts du poing de Chine, qu’ils soient de l’école externe ou de l’interne, ont chacun leurs mérites propres. Ce qui les a empêchés de prendre leur essor, ou même les a fait s’éteindre en chemin, tient à cinq causes : la méthode d’enseignement n’a jamais été tenue en estime et les élèves redoutent la difficulté — première ; la transmission ne se faisait que de bouche à oreille, sans écrits pour suppléer aux insuffisances de la parole — deuxième ; quand il y eut des écrits, ils ne traitaient que de mots et de vaines théories sans chercher le véritable travail du taiji quan, ce qui en dépréciait la valeur — troisième ; chacun fondait sa propre école et l’on se combattait comme l’eau et le feu — quatrième ; à travers les âges on prisa les lettres et méprisa les armes, les lettrés affectant le dédain — cinquième.

有此五因。中國拳術。乃淪於市井之技。無由達於社會。晚近國人漸知。提倡拳術。不遺餘力。南北內外各家長足競進。省市部會。均有拳社之創立。公開研究。力矯己往之失。而學校功課。亦以體育為重。中國人種之改造。此其轉機乎。

Par ces cinq causes, l’art du poing chinois déchut au rang de technique de basse rue et ne put pénétrer la société. Ces derniers temps, nos compatriotes en ont pris conscience et promeuvent les arts du poing sans ménager leurs efforts : les écoles du nord et du sud, internes et externes, progressent à grands pas ; dans les provinces et les villes, des sociétés de boxe se fondent, l’étude se fait publique et l’on corrige vigoureusement les erreurs du passé ; dans les programmes scolaires aussi, l’éducation physique tient désormais le premier rang. C’est peut-être là le tournant du renouveau de la race chinoise.

河北董英傑先生。今中國太極拳之名師也。出楊氏澄甫門。為楊學嫡傳。數十年寢饋斯道。未嘗一日間斷。足跡遍南北各省。所至授徒。善誘不倦。

M. Dong Yingjie, du Hebei, est aujourd’hui un maître renommé du taiji quan chinois. Sorti de l’école de Yang Chengfu, il est l’héritier direct de l’enseignement des Yang. Pendant des dizaines d’années il a vécu et dormi avec cette voie, sans un seul jour d’interruption ; ses pas ont couvert toutes les provinces du nord et du sud, et partout où il passa il enseigna, infatigable à bien guider ses élèves.

門人述其軼事甚多。嘗與人交手。從容若定。其人奮拳擊先生。先生不以為意。略一推手。其人已跌出丈外。是先生之技。已由妙境而進於化境矣。

Ses disciples rapportent de lui quantité d’anecdotes. Un jour qu’il croisait le fer avec quelqu’un, il demeura calme et assuré ; l’autre lui lança un coup de poing, il n’y prit pas garde : d’une légère poussée de main, l’homme se retrouva projeté à plus de trois mètres [丈]. L’art de M. Dong est donc passé du merveilleux au transcendant.

余於南北內外各家之拳。均愛好而未嘗學。廿五年冬。執役北平中法大學。聞有洪君者。精太極拳。始學焉。法國友人邵可侶先生。執教北京大學。亦學焉。惜為時未久。南歸以後。強半荒廢。及來濠鏡。始識先生。最近先生編太極拳釋義一書。凡二百六十圖。由王君希逸為攝影。徵序於予。余非能太極拳。不過略解其意。因抒鄙見。述其大要如此。

Pour ma part, j’aime tous les arts du poing, du nord comme du sud, internes comme externes, mais je ne les ai jamais étudiés. À l’hiver de la vingt-cinquième année [1936], alors que je servais à l’université franco-chinoise de Beiping, j’entendis dire qu’un certain M. Hong était habile au taiji quan : c’est ainsi que je commençai à l’apprendre. Mon ami français M. Shao Kelü (邵可侶), qui enseignait à l’université de Pékin, l’apprit aussi. Malheureusement ce ne fut pas long : de retour au sud, j’abandonnai la pratique à moitié. Ce n’est qu’en arrivant à Macao [濠鏡] que je fis la connaissance de M. Dong. Ces derniers temps, M. Dong a composé un ouvrage, Taiji Boxing Explained, avec deux cent soixante illustrations photographiées par M. Wang Xiyi, et il m’a demandé une préface. Je ne sais pas pratiquer le taiji quan ; j’en comprends seulement un peu le sens. J’expose donc humblement mon point de vue et en résume ainsi les grandes lignes.

黃尊生

— Huang Zunsheng

Préface de Lin Boyan (林序)

太極拳之動作與運動。無處不合於生理衛生之條件。故體鬆勁柔。所以無激烈之害。一動全身皆動。所以無偏頗之弊。以意運身。呼吸自然。所以無滯氣損肌之患。立身中正。不偏不欹。所以有矯正姿勢之效。且氣歛入骨。有易骨換髓之妙。意之所至。更可使不隨意之肌肉亦能動彈。氣沉丹田。則臟腑隨之而蠕動。神凝氣固。則精液不散。

Les gestes et l’exercice du taiji quan répondent en tous points aux conditions de la physiologie et de l’hygiène. Le corps se relâche et le jin devient souple : de là, nul dommage par la violence. Un seul mouvement met tout le corps en branle : de là, nul inconvénient de partialité. On meut le corps par l’intention et la respiration reste naturelle : de là, nul risque de stagner l’énergie ni d’abîmer les muscles. On se tient droit et centré, sans inclinaison ni appui : de là, un effet correcteur de la posture. En outre, l’énergie se rassemble dans les os, avec le merveilleux pouvoir de renouveler l’os et la moelle. Là où va l’intention, des muscles même involontaires peuvent entrer en mouvement. Quand l’énergie s’enfonce au dantian, les viscères sont comme massés ; quand l’esprit se concentre et que l’énergie se fixe, les essences ne se dispersent pas.

習之者能使神經健全。呼吸深成。血液流通。消化增良。排洩暢通。而助新陳代謝之功用。習之旣久。更能使身體靈活。思想敏捷。及養成持久耐勞忍苦等美性。而予吾人事業上教育上以莫大之助力。其在身體上之價値。實為妥善之運動。

Celui qui le pratique fortifie son système nerveux, approfondit sa respiration, fait circuler le sang, améliore la digestion, facilite les évacuations et seconde ainsi le métabolisme. Après une longue pratique, il rend en outre le corps agile et la pensée prompte, et cultive de belles qualités : endurance, résistance à la fatigue, patience dans la peine ; il apporte à nos entreprises comme à notre éducation une aide considérable. Sa valeur pour le corps en fait véritablement l’exercice accompli.

且他種運動。須有廣大場所。多項器械。及集合多人。方能實行。或則宜於壯者。不宜於老幼。太極拳則不然。無須廣大場所。置備器械。復免集合多人同習之煩。一人可練。多人亦可練。宜男宜女。宜老宜幼。其實施便利。旣合體育生理衛生各條件。復為終身可練有永久性之運動。誠有體有用盡善盡美之國粹體育。高尚道德之人。盍一致提倡。以福我同胞。而闡揚我國光也。

Les autres exercices, eux, exigent un vaste terrain, un matériel nombreux et un groupe de personnes ; ou bien ils conviennent aux jeunes gens robustes et non aux vieillards ni aux enfants. Il n’en va pas ainsi du taiji quan : nul besoin de vaste terrain ni d’équipement, et l’on échappe à la gêne de devoir se réunir à plusieurs. Seul ou à plusieurs, on peut le pratiquer ; il convient aux hommes comme aux femmes, aux vieillards comme aux enfants. Sa mise en œuvre est commode ; satisfaisant aux conditions de l’éducation physique, de la physiologie et de l’hygiène, il est d’une pratique possible toute la vie, donc d’un caractère permanent. C’est vraiment un trésor national complet, qui a corps et usage. Que les hommes de haute moralité le promeuvent donc d’un commun accord, pour le bonheur de nos compatriotes et pour la gloire de notre pays !

弟子林伯炎譔

— rédigé par son disciple Lin Boyan

Préface de Hu Wenxuan (胡序)

吾國拳術。大別之為內外功兩派。而有益身心。收効極宏。莫若內功太極拳。蓋外功拳術尚力。太極拳尚氣。外功尚剛。太極尚柔。故無論男女老少壯弱。均可學習之。

Les arts du poing de notre pays se divisent en gros en deux courants, le travail interne et le travail externe. Mais celui qui profite le plus au corps et à l’esprit, avec les plus grands effets, c’est le taiji quan du travail interne. Les boxes du travail externe prisent la force, le taiji quan prise l’énergie ; l’externe prise la dureté, le taiji la souplesse. C’est pourquoi hommes et femmes, vieillards et enfants, forts et faibles, tous peuvent l’apprendre.

鄙人素稟孱弱。早年曾患氣促痰喘。屢醫罔效。旋得一同學黃君勸習太極拳。幷授以運動方式。據稱毋須服藥。習旣久諸病自除。遵之。初習旬餘。味同嚼蠟。復據黃君屢道此中神妙。姑耐心習之。月餘漸覺精神煥發。興趣盎然。由是習之不懈。不一年諸病悉除。

Pour ma part, j’eus toujours une constitution débile. Dans ma jeunesse je souffris d’oppression respiratoire et de glaires asthmatiques ; les médecins se succédèrent sans résultat. Un jour, un de mes condisciples, M. Huang, me conseilla d’apprendre le taiji quan et m’en enseigna les exercices ; il affirmait qu’aucun remède n’était nécessaire et qu’avec une longue pratique les maux disparaîtraient d’eux-mêmes. Je le suivis. Les dix premiers jours, cela me parut fade comme de la cire à mâcher ; mais comme M. Huang répétait les merveilles de cet art, je pris patience. Au bout d’un mois, je sentis mon esprit s’éveiller et mon goût s’enflammer ; dès lors je m’y appliquai sans relâche, et en moins d’un an tous mes maux avaient disparu.

迨民廿七年。違難香江。復得太極拳專家楊澄甫嫡傳董英傑先生。將從前所學方式。加以矯正。幷授以陰陽開闔伸縮疾徐呼吸相應之理。忽忽習又數年。遂將從前一切萎靡不振之態。廓而淸之。益覺丹田氣壯。血液暢通。體重不加肥。遇勞不覺倦。其功眞非筆墨所能殫述。鄙人奉以為護身驅病至寶。日必習之。如服一貼補藥焉。茲者董先生將太極拳釋義刊印成書。鄙人謹以獲益於斯道。略述數言於此。

En la vingt-septième année de la République [1938], je vins me réfugier à Hong Kong ; j’y rencontrai M. Dong Yingjie, héritier direct du spécialiste Yang Chengfu, qui corrigea les formes que j’avais apprises auparavant et m’enseigna la théorie de la correspondance entre la respiration et l’ouverture-fermeture du yin et du yang, la contraction et l’extension, la lenteur et la rapidité. Des années passèrent ainsi : tout ce que j’avais de languissant et d’abattu s’effaça. Je sens désormais au dantian une énergie vigoureuse, le sang circuler librement, mon poids ne grossit pas, et la fatigue ne m’accable plus. Ces effets, vraiment, l’écriture ne saurait les épuiser. Je les tiens pour le trésor qui protège le corps et chasse la maladie, et je pratique chaque jour comme on prend une dose de fortifiant. Maintenant que M. Dong fait imprimer son Taiji Boxing Explained, je note ici, en toute modestie, les quelques mots du profit que j’en ai tiré.

及門胡文軒謹述

— exposé respectueusement par son disciple Hu Wenxuan

Préface de Zhou Lan’gai (周序)

我國人之謀健康者。恆取資於飲食與丸餌。實則烹宰傷生。藥物鮮當。其收效之能否神速。殊屬疑問。西人大不謂然也。西人圖強。注重運動。運動技術。千端萬緒。要皆視如菽粟水火。不可一日離。是以修幹偉軀。以侏儒目我。

Mes compatriotes, pour chercher la santé, recourent d’ordinaire aux mets et aux pilules. En réalité, tuer et cuisiner les animaux nuit à la vie, et les remèdes sont rarement appropriés : qu’ils produisent un effet rapide, voilà qui est fort douteux. Les Occidentaux n’approuvent nullement cette méthode. Pour se fortifier, ils misent sur l’exercice ; les techniques d’exercice sont innombrables, mais toutes sont tenues pour aussi nécessaires que les grains, l’eau et le feu, dont on ne saurait se passer un seul jour. C’est ainsi qu’ils ont la taille haute et la carrure puissante, et qu’ils nous prennent pour des nains.

不知我國運動。固有出神入化之國粹。不獨西人所未喻。卽我國老年拳術家亦未有諳其奧妙者。則太極拳是也。太極拳創始於武當張三丰祖師。師偉人。亦屬異人。其手創拳術拳名。有十三勢。凡三十七式。二百六十紀。採天地陰陽之精理。變化無窮。其循環旋轉。又如日月之不息。神而明之。可以愈羸。可以益壽。亦可以禦侮。

Ils ignorent que notre pays possède, en fait d’exercice, un trésor national transcendant — que non seulement les Occidentaux ne soupçonnent pas, mais que même nos vieux maîtres d’arts du poing n’ont pas tous pénétré : c’est le taiji quan. Le taiji quan fut fondé par le patriarche Zhang Sanfeng de Wudang, homme grand et extraordinaire. L’art du poing qu’il créa de sa main compte treize dynamiques, en tout trente-sept postures et deux cent soixante repères ; il emprunte la fine raison du yin et du yang du ciel et de la terre, et ses transformations sont infinies. Sa circulation et sa rotation sont comme celles du soleil et de la lune, qui ne s’arrêtent jamais. Pour qui en saisit l’esprit, il guérit la faiblesse, prolonge la vie et permet aussi de repousser l’offense.

其術由北而南。身受益處。何止千百。不知凡幾矣。予患胃病。經已數載。每苦飲食之窒礙。居恆鬱鬱不安。天假之緣。前數年董師英傑因香港事變來澳。同人設館於天天俱樂部。奉為導師。日鍛月鍊。予亦捧手其間。習至四月。飲食增進無礙。再越兩月。其病若失。迄今數年。體重亦較增重。設非予身受其益。斷不信運動之效可至於此。然亦幸遇董師耳。

Cet art, venu du nord vers le sud, a profité à des corps par centaines, par milliers — nul ne saurait les compter. J’avais une maladie d’estomac depuis plusieurs années ; je souffrais chaque fois que je mangeais, et demeurais d’ordinaire morose et inquiet. Le ciel m’en donna l’occasion : voici quelques années, le maître Dong Yingjie, fuyant les troubles de Hong Kong, vint à Macao ; ses camarades ouvrirent une salle au Tiantian Club et l’y établirent comme guide. Chaque jour on forgeait, chaque mois on trempait ; je me joignis à eux, les mains jointes. Au bout de quatre mois, je mangeais davantage sans gêne ; deux mois encore, et le mal avait disparu. Depuis, des années ont passé et mon poids a même augmenté. Si je ne l’avais éprouvé sur moi-même, jamais je n’aurais cru que l’exercice pût produire de tels effets. Mais c’est aussi que j’ai eu la chance de rencontrer le maître Dong.

弟子周蘭陔謹述

— exposé respectueusement par son disciple Zhou Lan’gai

Préface de Tan Yaochuan (譚序)

太極精微重守中 璇機變化妙無窮

董師編纂成書後 上下相隨盡景從

Du taiji, la finesse tient à garder le centre ; le mécanisme céleste se transforme en merveilles sans fin. Maintenant que le maître Dong a mené son livre à son terme, le haut et le bas se suivent, et tous marchent à sa suite.

受業譚耀川敬頌

— louange respectueuse de son élève Tan Yaochuan

Préface de Huang Yuqiao (黃序)

鄙人素稟孱弱。冬令頻冒傷風。曾於二十年前。在書坊購得八段錦一本練習。但雖按圖仿學。始終乏師指導。其中奧妙之處。茫然無知。引為憾事。

Ma constitution fut toujours débile, et en hiver j’attrapais souvent froid. Voici vingt ans, j’achetai chez un libraire un petit livre sur les Huit pièces de brocart et me mis à le pratiquer ; mais, bien qu’imitant les figures, je restai toujours privé des directives d’un maître, et de ce qu’il y a là de merveilleux je ne savais rien : je l’ai tenu pour un grand regret.

久聞河北。董英傑先生。為中國太極拳名師。出自楊師澄甫老先生之門。足跡遍江南各省。所至備受歡迎。民廿八年。董師適蒞香港。仝人於是年四月。敦請董師來澳教授。假寄閒地方為館址。月來教數次。得黎君柱石為佐教。遂與同志等每晨練習。黎君亦循循善誘。迨香港事變後。請董師來澳。朝夕得聆矩誨。由鄙人商借平安戲院習早場。孔教學部習夜場。風雨無間。

Depuis longtemps j’entendais dire que M. Dong Yingjie, du Hebei, était un maître renommé du taiji quan chinois, sorti de l’école du vieux maître Yang Chengfu, et que ses pas avaient couvert toutes les provinces au sud du fleuve. En la vingt-huitième année [1939], M. Dong vint à Hong Kong ; en avril de cette année-là, ses camarades le prièrent instamment de venir enseigner à Macao. On loua un local pour y établir la salle ; il enseignait plusieurs fois par mois, secondé par M. Li Zhushi, et nous nous exercions chaque matin avec les camarades. M. Li, lui aussi, guidait avec méthode et patience. Après les troubles de Hong Kong, on pria le maître Dong de venir à Macao : matin et soir nous pûmes écouter ses enseignements. Je louai le cinéma Ping’an pour les séances du matin et le département confucéen pour celles du soir, sans interrompre même par vent et pluie.

數年以來。不特前病若失。覺精神體魄。似比前猶勝。鄙人今年已六十又五矣。步履視往昔較為穩健。謂非太極拳之功。其可得乎。今夏董師將太極拳釋義刊印。鄙人謹將獲益於太極拳者。略述數言。

Depuis des années, non seulement mes anciens maux ont disparu, mais je sens mon esprit et mon corps meilleurs qu’auparavant. J’ai aujourd’hui soixante-cinq ans passés, et ma démarche est plus assurée qu’autrefois : comment dire que ce n’est pas l’effet du taiji quan ? Cet été, le maître Dong fait imprimer son Taiji Boxing Explained ; je note ici, en toute modestie, les quelques mots du profit que j’en ai reçu.

及門黃豫樵謹述

— exposé respectueusement par son disciple Huang Yuqiao

Préface de Dong Shizuo (董序)

余拜師傅。學了三年。練功七年。十遍寒暑。三易肥瘦矣。精神足滿。眼神光芒外射。渾身不怕打。不知病。惟打人未敢魯莽耳。時盼我師蒞滬。續請教誨。以完初志。

Je me suis prosterné devant mon maître : trois ans d’apprentissage, sept ans de travail, dix étés et hivers durant lesquels j’ai trois fois changé de corpulence. Mon esprit est comblé, mon regard jette sa lumière au-dehors ; mon corps ne craint plus les coups et ne connaît plus la maladie, mais je n’oserais pas frapper autrui avec brutalité. Je souhaite sans cesse que mon maître vienne à Shanghai et me continue son enseignement, afin d’accomplir ma résolution première.

得道傳道大行其道

練功成功不負此功

« Obtenir la Voie, transmettre la Voie, faire partout triompher la Voie. Travailler l’art, réussir dans l’art, ne pas faire honte à cet art. »

吾師拳書編成。略上淺言。非敢荒唐。因近習拳同志。皆知拳能養身。不知拳能防身。學成柔而無能。如此以往。將來失其謂之拳乎。故此語激勵同志。有恆學深造也。

Le livre de mon maître sur la boxe est achevé ; j’y ajoute quelques mots bien modestes, sans prétendre à rien d’extravagant. C’est que, ces temps-ci, les camarades qui apprennent la boxe savent tous qu’elle nourrit le corps, mais non qu’elle sait le défendre : ils apprennent une souplesse sans capacité, et à ce train-là on finira par ne plus pouvoir l’appeler du poing. Ces mots sont donc là pour les encourager à apprendre avec constance et à approfondir.

弟子董世祚

— son disciple Dong Shizuo

Préface de Wen Boqi (溫序)

吾國拳術。大別分為內外兩家。各家以相傳日久。取法漸有分歧。迄今派別雖多。然能運用輕靈。法尚神妙者。其為太極拳乎。太極拳創自宋末張三峯先生。由太極變化而成拳。能以靜制動。以柔制剛。日常練習。可以健身。可以延年。造詣較深。則更可以禦侮。

Les arts du poing de notre pays se divisent en gros en deux écoles, interne et externe. À mesure que la transmission s’allongeait, les méthodes de chacune se sont diversifiées ; aujourd’hui, bien que les courants soient nombreux, quel est celui qui sait employer la légèreté et la vivacité, et dont la méthode reste merveilleuse ? N’est-ce pas le taiji quan ? Il fut créé à la fin des Song par M. Zhang Sanfeng, qui le tira des transformations du taiji. Il sait dominer le mouvement par l’immobilité et vaincre la dureté par la souplesse. Pratiqué chaque jour, il fortifie le corps et prolonge la vie ; plus profonde est la maîtrise, plus il permet de repousser l’offense.

自明迄今。代有傳人。薪火綿延。不絕如縷。自楊澄甫祖師出。道乃大行。英傑老師為楊祖師高足。躬承衣砵。追隨杖履者。幾及二十年。荷厥甄陶。藉其砥礪。用能探玄窺祕。識遠智微。模楷友生。津梁後學。

Des Ming à nos jours, chaque génération a eu ses transmetteurs : le feu se passe de bûche en bûche, comme un fil qui ne se rompt pas. Depuis l’apparition de notre patriarche Yang Chengfu, la voie a pris son grand essor. Le maître Yingjie fut son disciple éminent ; il a reçu de sa personne le vêtement et le bol [l’héritage], et il a suivi ses pas près de vingt ans. Porté par cette formation, aiguisé par cet exemple, il a pu sonder le mystère et entrevoir le secret, voir loin et comprendre finement ; il sert de modèle à ses condisciples et de pont aux étudiants à venir.

二十年前。廣州習拳同志禮聘來粵。廣傳絕技。法針砭俗。神手點金。靑衿組帶。濟濟趨塵。高蓋華軒。侁侁捧手。或坐風而立雪。或負笈而袪衣。若水歸墟。如星拱極。

Voici vingt ans, les camarades de Guangzhou l’invitèrent avec égards à venir au Guangdong, où il répandit largement son art incomparable. Sa méthode, telle une aiguille, soigne les mœurs ; sa main, miraculeuse, change le fer en or. Étudiants aux cols bleus et ceintures nouées, ils accourent en foule ; voitures hautes et équipages brillants, ils viennent nombreux lui tendre les mains. Tel se tient dans le vent, tel autre debout dans la neige [à la manière des disciples de Cheng Yi] ; tel porte son bagage, tel retrousse ses vêtements. Comme l’eau qui rejoint son gouffre, comme les étoiles qui entourent le pôle.

顧盼感風雲之氣。吹噓揚行素之芬。甚盛事也。今日者。樹旣成蹊。鍼皆補袞。待用者。不為恆絲庸帛。就植者。自非苦李寒桃。點瑟堪誇。尼牆可接。顧以及門之旣衆。遂思暌跡之恆多。徒切山高水長之思。不少雲飛泥滯之慨。是用有釋義之作。將以永銘教澤。共企光輝。豈惟道統之克傳。庶幾聲氣之同應。淵源有自。宗派斯尊。驥尾可攀。龍門未遠。亦及門諸子所樂聞歟。是為序。

Un regard, un geste, et l’on sent le souffle des nuages et du vent ; un mot soufflé, et le parfum des vertus se répand. Grande fut la chose ! Aujourd’hui, l’arbre a tracé son sentier [tant d’élèves l’ont suivi] ; l’aiguille a raccommodé les robes. Ceux qui attendent l’emploi ne sont plus de vulgaires étoffes de soie, et ceux qu’on a plantés ne sont plus des pruniers amers ni des pêchers gelés. Le qin marqué d’un point mérite l’éloge ; le mur de Confucius est accessible. Mais, voyant ses disciples si nombreux, il songe que les séparations seront fréquentes : il ne reste qu’à nourrir le regret des hautes montagnes et des longues eaux, et l’on n’est pas sans soupirer de voir les nuages fuir et la boue s’immobiliser. C’est pourquoi il a composé cet ouvrage, Taiji Boxing Explained, afin de graver à jamais la bienfaisance de son enseignement et de faire contempler ensemble sa lumière. Ce n’est pas seulement que la lignée de la Voie puisse se transmettre, c’est que les mêmes souffles puissent se répondre. La source a son origine, et l’école en est honorée ; la queue du coursier peut être saisie, la porte du Dragon n’est pas loin. Voilà ce dont ses disciples se réjouiront d’entendre parler. Ceci est la préface.

溫伯琪

— Wen Boqi

Préface de Xuanxuanzi (玄玄子序)

河北任縣董英傑先生。幼好技擊。讀書之暇。遍訪名師。虛心請益。燕趙之間。本多悲歌慷慨之士。先生近水樓臺。得各派眞傳。嗣遇順德李香遠先生授以內家拳太極十三勢。功益精進。各播遐邇。

M. Dong Yingjie, du district de Ren au Hebei, aima dès l’enfance les arts de combat. Aux heures laissées libres par l’étude, il allait partout chercher les maîtres renommés et les interrogeait avec humilité. Entre Yan et Zhao, les hommes au chant triste et au cœur généreux ne manquent pas ; M. Dong, vivant tout près, reçut l’enseignement authentique de plusieurs écoles. Puis il rencontra M. Li Xiangyuan de Shunde, qui lui transmit le taiji quan de l’école interne en treize dynamiques, et son art progressa encore. Sa réputation se répandit au loin.

先生時已三十餘矣。自覺未能登峯造極。擬再訪名師。以求深造。輾轉數省。訪師實難。後聞楊氏太極拳乃天下眞傳。先賢楊祿禪之孫楊澄甫先生。時授徒北平。先生負笈往投。隨師南下。程門立雪者十年。澄先生鑒其意誠。盡將所得授於先生。先生推而化之。期年豁然貫通。輕靈剛柔。變化無方。

Il avait alors plus de trente ans. Sentant qu’il n’avait pas atteint le sommet, il résolut de chercher encore un maître renommé pour approfondir. Il erra de province en province : trouver un maître est chose bien difficile. On lui dit enfin que le taiji quan des Yang était la vraie transmission du monde, et que M. Yang Chengfu, petit-fils du sage Yang Luchan, enseignait alors à Beiping. M. Dong partit avec son bagage pour se présenter à lui, puis le suivit vers le sud. Dix ans il resta debout dans la neige devant sa porte [comme Yang Shi chez Cheng Yi]. M. Chengfu, voyant sa sincérité, lui transmit tout ce qu’il savait. M. Dong le reprit et le transforma, et en l’espace d’un an il eut la compréhension totale : légèreté, dureté et souplesse, transformations sans règle fixe.

先生曾曰。昔日師尊諄諄教誨。當時不明其意。一旦貫通。方悟一言一動。盡屬玄妙。集李氏之功勁。楊氏之輕靈於一身。師恩難忘。今日方知太極拳也。

Il disait : « Autrefois, mon maître m’instruisait avec insistance ; je n’en comprenais pas alors le sens. Du jour où tout s’éclaira, je compris que chaque parole et chaque geste étaient merveille. Réunir en soi la force de M. Li et la légèreté des Yang — comment oublier la bonté du maître ? Aujourd’hui seulement je connais le taiji quan. »

竊思強國必先強種。強種必先強身。如各國之於拳擊。甚為重視。吾國國粹豈能任令其湮滅。乃請之先生。將所學心得。製成圖文。刊行海內。俾好武同志。有所借鑑。庶幾先賢之學。不致湮滅。

Je pensais en moi-même : pour fortifier un pays, il faut d’abord fortifier sa race ; pour fortifier sa race, il faut d’abord fortifier les corps. Les nations étrangères attachent une grande importance à la boxe : comment laisser s’éteindre le trésor national de notre pays ? Je priai donc M. Dong de mettre en figures et en textes ce qu’il avait appris, et de le publier dans tout le pays, afin que les camarades amateurs d’arts martiaux y trouvent un modèle et que la science des anciens maîtres ne se perde pas.

先生曰。吾所願也。吾所吝者。不肯妄傳匪人耳。旣志在發揚國粹。吾當盡其所學曁先賢留傳口訣。附以圖表。刊行海內。定名曰太極拳釋義。供好學諸君子備作參考。先生是書。言昔人所不言。發今人所未發。一卷刊行。定當洛陽紙貴。精奧備錄。實好學者之福音也。

Le maître répondit : « C’est mon vœu. Ce que je gardais, c’est que je ne consentais pas à transmettre à la légère à des gens indignes. Puisque l’intention est de faire rayonner le trésor national, je publierai tout mon savoir avec les formules secrètes laissées par les anciens, y joignant figures et tableaux, pour tout le pays ; le titre en sera Taiji quan shiyi — “le taiji quan expliqué” — afin que les honnêtes gens avides d’apprendre puissent s’y référer. » Ce livre dit ce que les anciens ne disaient pas et révèle ce que les contemporains n’ont pas révélé ; une fois publié, il fera, comme on dit, renchérir le papier de Luoyang. L’essentiel et le subtil y sont consignés : c’est vraiment une bonne nouvelle pour qui aime apprendre.

戊子秋七月玄玄子序於香島

— préfacé par Xuanxuanzi à Hong Kong, septième mois de l’automne de l’année wuzi [1948]

Préface de l’auteur (自序)

古者六藝。禮、樂、射、御、書、數。絃歌而外不廢武事。拳術與古六藝之中射字同其意義。可作藝術推手進步之研究。但祇應用以防身。不可挾勇而打鬥也。習拳同志。當以禮讓,道德,忍耐,涵養為先。

Les six arts des anciens étaient les rites, la musique, le tir à l’arc, la conduite du char, l’écriture et le calcul. Hormis les chants accompagnés de cordes, on n’y négligeait pas les choses martiales. L’art du poing a le même sens que le tir à l’arc parmi ces six arts : on peut en faire l’étude du progrès artistique de la main. Mais il ne doit servir qu’à se défendre, et l’on ne saurait s’en servir pour se battre par bravade. Les camarades qui étudient le poing doivent mettre au premier rang la politesse et la cession, la morale, la patience et la maîtrise de soi.

張良論中云。古之所謂豪傑之士。必有過人之節。人情有所不能忍者。匹夫見辱。拔劍而起。挺身而鬥。此不足謂勇也。(此言不可挾勇打鬥)。又云。天下有大勇者。無故加之而不怒。言其有忍耐、涵養。此所以挾持大而其志甚遠也。練壯身體。作大事業。為國家有用之才。其志在斯。

Dans son Éloge de Zhang Liang, on lit : « Ce qu’on appelait autrefois un homme d’exception avait nécessairement une mesure au-dessus du commun, et endurait ce que la nature humaine ne peut supporter. L’homme vulgaire, insulté, tire son épée et se dresse pour se battre : cela ne mérite pas le nom de courage. » — ce qui veut dire qu’il ne faut pas se battre par bravade. Et encore : « Celui qui a le grand courage sous le ciel reste sans colère quand on l’offense sans raison » : c’est dire qu’il a patience et maîtrise de soi, et c’est pourquoi son assise est grande et sa volonté lointaine. Fortifier son corps, accomplir de grandes choses, être un homme utile à son pays : voilà où tend cette volonté.

孟子云。天將降大任於是人也。必先苦其心志。勞其筋骨。此言人當運動。尤須恆心毅力。練太極拳應不畏勞苦。以數月之艱辛。換取終身之康泰。其受用為何如耶。

Mengzi dit : « Quand le Ciel est sur le point de confier une grande charge à un homme, il commence par affliger son cœur et fatiguer ses os et ses muscles. » Cela veut dire que l’homme doit s’exercer, et surtout avec constance et volonté. Qui travaille le taiji quan ne doit pas craindre la peine : quelques mois d’effort acharné vous achètent la santé pour la vie entière. Quel profit n’en tirera-t-on pas ?

禮讓 道德 忍耐 涵養 練功

Politesse et cession — morale — patience — maîtrise de soi — travail de l’art.

董英傑

— Dong Yingjie

Calligraphie de la main de Dong Yingjie : les caractères 精氣 (« essence et énergie ») et 英傑 (son nom), reproduite d’après l’édition de 1948

Le tableau du fondateur observant le combat de l’oiseau et du serpent (武當山祖師觀雀蛇鬥智圖)

L’édition originale s’ouvre, après les préfaces, sur une peinture représentant Zhang Sanfeng aux monts Wudang ; le livre en donne la légende et le récit qui suit.

Peinture de Zhang Sanfeng observant à Wudang le combat d’un oiseau et d’un serpent (1948)

武當山張三峯真人觀雀蛇鬭智圖 民國二十六年孟夏

Peinture du vrai homme Zhang Sanfeng des monts Wudang observant le combat d’adresse entre un oiseau et un serpent. — Premier mois de l’été de la vingt-sixième année de la République [1937].

太極拳。傳自張眞人。眞人遼東懿州人。道號三峯。生宋末。身高七尺。鶴骨松姿。慈眉善目。修髯如戟。頂作一髻。寒暑唯一箬笠。手持佛塵。日行千里。洪武初至蜀太和山。結庵玉虛宮修煉。後至陝西寶雞山。又入湖北武當山。與鄕人論書經。談說不倦。

Le taiji quan vient du vrai homme Zhang, originaire de Yizhou au Liaodong, dont le nom taoïste était Sanfeng. Il naquit à la fin des Song. Haut de sept pieds, il avait la charpente de la grue et l’allure du pin, les sourcils bienveillants et le regard bon, une longue barbe semblable à une hallebarde, et un chignon sur le sommet du crâne ; par tous les temps il ne portait qu’un chapeau de bambou tressé et tenait à la main un chasse-mouches. Il parcourait mille li par jour. Au début du règne de Hongwu, il vint au mont Taihe du Sichuan et bâtit une cabane au palais de la Voûte de Jade pour y cultiver la Voie ; il gagna ensuite le mont Baoji au Shaanxi, puis les monts Wudang au Hubei, où il discutait du Classique des documents avec les gens du pays sans jamais se lasser.

一日在屋誦經。有喜雀其鳴特異。眞人憑窗視之。雀在柏樹如鷹俯瞰。地上有一長蛇。蟠結仰視。二物相爭。雀鳴聲飛下。展翅扇打。長蛇搖首微閃避過。雀一擊不中。翻然飛返樹上。移時性燥。又飛下翅打。長蛇復蜿蜒輕身閃過。仍作圈形。如是多次。並未打著。後眞人出視。雀飛蛇走矣。

Un jour qu’il récitait les textes dans sa chambre, une pie fit entendre un cri insolite. Le vrai homme regarda par la fenêtre : l’oiseau, sur le cyprès, épiait comme un aigle ; à terre, un long serpent était enroulé, levant la tête. Les deux luttaient. L’oiseau, en criant, fondit sur lui, déploya ses ailes et frappa ; le serpent, d’un léger balancement de la tête, esquiva. La pie, ayant manqué son coup, d’un tour revint sur l’arbre. Peu après, s’échauffant, elle plongea de nouveau et frappa de l’aile ; le serpent, sinuant, l’esquiva encore avec légèreté, toujours en cercle. Cela se répéta maintes fois, sans qu’aucun coup portât. Puis le vrai homme sortit regarder : l’oiseau s’était envolé, le serpent avait fui.

眞人由此而悟。蟠如太極。採剛柔。按太極陰陽變化。組成太極拳。養精氣神。動靜消長。通於易理。傳之久遠。而功効愈著。北京白雲觀。陝西寶雞山。現存有眞人聖像古蹟。可供瞻仰云。

De là le vrai homme eut l’illumination : l’enroulement est comme le taiji ; on y recueille la dureté et la souplesse. Suivant les transformations du yin et du yang du taiji, il composa le taiji quan, qui nourrit l’essence, l’énergie et l’esprit, dont le mouvement et l’immobilité croissent et décroissent, et qui communique avec la raison du Livre des mutations. Transmis au long des âges, il a montré des effets toujours plus marqués. Au monastère de la Nuée blanche à Pékin et au mont Baoji au Shaanxi subsistent aujourd’hui des images saintes et des traces du vrai homme, que l’on peut aller vénérer.

Notice biographique de Dong Yingjie (董師英傑事略)

Portrait de Dong Yingjie dans l’édition de 1948

董師河北任縣世家也。祖業農。幼聰穎。惜體弱。童年好讀書。兼嗜習武事。請於祖父。許之。適其世好劉瀛州先生在座。劉為老拳術家。曾與廣府太極拳名師楊老振先生為盟友。深知太極為最高之拳術。祖命拜劉氏學習。劉問志。答曰願學天下最好之武術。健身自衛。他日功成必發揚國術之光。劉羨其志。隨先授一個攬切衣。時劉氏已年逾古稀。祇可耳提口授。

Le maître Dong était d’une famille ancienne du district de Ren, au Hebei. Ses ancêtres cultivaient la terre. Enfant, il fut intelligent, mais de santé faible. Dans sa première jeunesse il aimait l’étude et se passionnait aussi pour les choses martiales. Il en demanda la permission à son grand-père, qui la lui accorda. Il se trouva que siégeait là un ami de la famille, M. Liu Yingzhou, vieux maître d’arts du poing et allié de jadis au maître renommé Yang Laozhen de Guangfu ; il savait que le taiji était l’art du poing le plus haut. Le grand-père ordonna à l’enfant de se faire disciple de Liu. Celui-ci lui demanda son dessein ; il répondit : « Je veux apprendre le meilleur art martial du monde, pour fortifier mon corps et me défendre, et lorsque j’aurai réussi, je ferai sûrement rayonner la lumière des arts nationaux. » Liu admira sa résolution et lui enseigna d’abord une seule posture, « essuyer la tunique » (攬切衣). Liu avait alors plus de soixante-dix ans et ne pouvait plus qu’expliquer de la voix, en répétant.

經數月請老振先生之弟子李增魁。授完全套太極架子(卽十三式)。越年劉氏攜吾師往會甯村訪李香遠先生。李府石屋高聳宅壯如城。李迎劉於門外。見李年少儒雅。彬彬有禮。至宅坐談。未久劉命跪呈帖拜師。李師隨命演拳一看。後又授以用法。使一中指用內勁微按肌膚。痛入骨髓。吾師神其技。知為隱居高人。逐留居苦練經年。技大進。李嘉之。命歸家鄕自練。約期造府傳授。及抵家園。體魄魁梧。不復當年荏弱矣。

Après quelques mois, on pria Li Zengkui, disciple de M. Laozhen, de lui enseigner tout l’enchaînement du taiji (c’est-à-dire les treize dynamiques). L’année suivante, Liu emmena notre maître au village de Huining rendre visite à M. Li Xiangyuan. Le logis des Li était haut de pierre, la demeure forte comme une citadelle. Li accueillit Liu hors de la porte : c’était un homme jeune, lettré et raffiné, plein de courtoisie. Ils s’assirent et causèrent ; bientôt Liu fit mettre notre maître à genoux pour présenter sa carte et se faire son disciple. Le maître Li le fit alors exécuter l’enchaînement pour le voir, puis lui enseigna les applications : il lui fit presser du bout d’un médius, par un léger jin interne, la peau de son bras, et la douleur pénétra jusqu’à la moelle. Notre maître, stupéfait de son habileté, comprit qu’il avait affaire à un homme de haut talent caché ; il demeura chez lui et travailla avec acharnement une année entière, et son art fit de grands progrès. Li l’en félicita et lui ordonna de rentrer chez lui pour s’exercer seul, en convenant d’une date pour revenir recevoir son enseignement. Quand il rentra au pays, son corps était robuste : il n’était plus le frêle enfant d’autrefois.

自是闢室自居。文武兼修。廣納豪傑。每有訪者。必留居之。日必酒肉盛待。以武會友而求博學。未幾好學慷慨之名不踁而走。身懷絕技者亦遠道而來。面授精奧。吾師獨愛太極拳。慕北平楊氏名。又別鄕井再求深造。

Dès lors il s’isola dans une chambre à lui, cultivant à la fois les lettres et les arts martiaux, recevant largement les hommes de valeur. Chaque fois qu’un visiteur venait, il le retenait chez lui et le traitait chaque jour de viande et de vin, pour faire des amis par les arts martiaux et chercher à s’instruire. Bientôt sa réputation d’homme studieux et généreux se répandit d’elle-même ; ceux qui portaient en eux quelque art incomparable vinrent aussi de loin pour lui transmettre en face leurs secrets. Mais notre maître n’aimait que le taiji quan : attiré par la renommée des Yang de Beiping, il quitta encore son pays pour aller plus loin.

抵平時。友好每謂楊氏功夫代不外傳。請毋徒勞。吾師曰。惟志誠能感天地。昔武俠劍俠皆義氣待師。忠實感情而得傳。已有前例。原待師傳得眞傳殊非難事也。拳如不外傳何以得自陳家濃。依法求學得到而後已。乃踵門拜楊師澄甫先生為師。求學不倦。迨楊太老師南來攜吾師同行。隨待晨昏三年。功臻輕巧矣。

Arrivé à Beiping, ses amis lui répétaient que les Yang ne transmettaient pas leur art hors de la famille et qu’il ferait mieux de ne pas se donner en vain cette peine. Notre maître répondit : « Seule la sincérité de la volonté peut toucher le ciel et la terre. Jadis, les chevaliers errants et les héros de l’épée traitaient leur maître avec loyauté et obtenaient la transmission par leur fidélité et leur affection : les exemples ne manquent pas. Il n’est donc pas si difficile d’obtenir du maître la vraie transmission. Si l’art ne se transmettait pas hors de la famille, comment la famille Chen l’aurait-elle reçu ? » Il se présenta donc à la porte du maître Yang Chengfu et se fit son disciple, étudiant sans se lasser. Quand le vieux maître Yang vint au sud, il emmena notre maître avec lui, qui le servit matin et soir pendant trois ans, jusqu’à atteindre la légèreté et l’habileté.

時有機緣得遊南京、上海、杭州、蘇州、各處名勝。遊山玩水。藉以會友。寓蘇州時。前師李香遠先生來蘇。吾師狂喜叩拜。李曰知汝好學。隨楊師足跡遍大江南北。今以師徒之份特來訪。知汝功夫尚未到家。南方有功夫之拳術家甚多。恐汝吃虧。於師傅名譽不雅。今再傳汝內勁功夫。囑要悟、要練、自成。庶可放心矣。李師住蘇州年餘始北行。

L’occasion lui fut alors donnée de visiter les sites célèbres de Nanjing, Shanghai, Hangzhou et Suzhou, de parcourir montagnes et eaux, et par là de rencontrer des amis. Tandis qu’il séjournait à Suzhou, son ancien maître Li Xiangyuan y vint. Notre maître, fou de joie, se prosterna devant lui. Li dit : « Je sais que tu aimes apprendre ; tu as suivi les pas du maître Yang par tout le pays au nord et au sud du fleuve. Aujourd’hui, en vertu de notre lien de maître à disciple, je suis venu exprès te voir. Je sais que ton travail n’est pas encore arrivé à son terme ; il y a dans le sud beaucoup de maîtres d’arts du poing habiles, et je crains que tu n’aies le dessous, ce qui ne serait pas à l’honneur de la réputation de ton maître. Je te transmets donc maintenant le travail du jin interne : comprends, travaille, et tu accompliras de toi-même. » Alors je fus tranquille. Le maître Li resta plus d’un an à Suzhou avant de repartir vers le nord.

二十年前。楊師應廣州之聘。吾師隨太老師南來。又得恭侍左右。時已隨楊師十年。到至誠感應。楊氏家學亦已得之矣。嗣後與師弟楊守中共承衣砵。留粵宣傳太極拳術。以繼師志。十餘載於茲。桃李芬芳。遍布國內外。粵港陷落隱居澳門時。頗愛書畫。日以品茗著述自遣。不問世事。其品格淸高。殊堪敬佩。

Voici vingt ans, le maître Yang répondit à l’invitation de Guangzhou et notre maître le suivit vers le sud ; il put de nouveau le servir à ses côtés. Il le suivait alors depuis dix ans, et sa sincérité avait porté ses fruits : il possédait aussi l’enseignement domestique des Yang. Par la suite, avec son condisciple Yang Shouzhong, il recueillit l’héritage et demeura au Guangdong pour y répandre le taiji quan et poursuivre le dessein de son maître — plus de dix ans déjà, et les pêchers et pruniers embaument, semés dans tout le pays et au-dehors. Quand le Guangdong et Hong Kong tombèrent, il se retira à Macao, où il se prit de goût pour la calligraphie et la peinture, passant ses journées à déguster du thé et à écrire, sans se mêler des affaires du monde. Son caractère élevé et pur force le respect.

而偶一興至。必演其身手。以示衆徒。動如遊龍。靜似山岳。具輕靈沉靜之巧。及試其運勁各種妙法。或輕舒猿臂。發人於丈外。或蓄勁含胸。化巨力如擊絮。虛虛實實。神乎其技。

Mais quand l’envie lui venait, il exécutait ses mouvements devant ses disciples : en mouvement comme un dragon qui nage, au repos comme une montagne, avec l’habileté du léger et du vif comme du calme et du profond. On l’a vu essayer ses diverses et merveilleuses façons de conduire le jin : ou bien étendant légèrement son bras de singe, il projetait un homme à trois mètres ; ou bien, concentrant le jin et creusant la poitrine, il changeait une force énorme en un coup porté à du coton — vide et plein, plein et vide, son art tient du prodige.

設非身歷其境或個中健者。似未敢置信。夫子之道誠高深莫測也。吾師嘗言得楊師口授。得李師指點。不敢自當成功。但知眞太極拳門徑耳。

Sans l’avoir éprouvé soi-même, ou sans être soi-même fort en la matière, on oserait à peine y croire : la voie du maître est vraiment haute et insondable. Notre maître disait souvent qu’il tenait l’enseignement oral du maître Yang et les indications du maître Li, mais qu’il n’osait s’attribuer le succès : il ne connaissait, disait-il, que le seuil du vrai taiji quan.

弟子李琪佳

— son disciple Li Qijia

Photographie de groupe : Dong Yingjie et ses élèves de Hong Kong (1941)

Remarques liminaires (凡例)

(一)本書所列無極太極八卦五行諸圖。乃先賢解釋拳理之用。其意由無形無象判分陰陽。再由陰陽動靜分成四象。四象之老嫩演成五行。山川日月上下六合而成八卦。學太極拳者。乃由八卦五行練起。至無形無象而大成。故讀者以符號目之可也。不必泥而究之。

1. Les figures du sans-faîte, du faîte suprême, des huit trigrammes et des cinq éléments réunies dans ce livre servent aux anciens maîtres à expliquer la raison de l’art du poing. Leur sens : de l’informe et de l’absence d’image se distinguent le yin et le yang ; du mouvement et de l’immobilité du yin et du yang se divisent les quatre manifestations ; du vieillissement et de la fraîcheur de ces quatre manifestations se déploient les cinq éléments ; montagnes et rivières, soleil et lune, le haut et le bas formant les six unions, naissent les huit trigrammes. Qui étudie le taiji quan part des huit trigrammes et des cinq éléments pour parvenir à l’informe et au sans-image, où s’achève le grand accomplissement. Le lecteur peut donc les regarder comme des symboles, sans s’y enfermer pour les approfondir.

Figure du sans-faîte et du faîte suprême (無極・太極) dans l’édition de 1948

(二)本書太極拳架子圖共二五八幅。各有名稱。各有解釋。解釋不厭求詳。故不求文字之茂麗。

2. Les figures de l’enchaînement du taiji quan réunies dans ce livre sont au nombre de deux cent cinquante-huit. Chacune a son nom et son explication. L’explication ne craint pas d’être détaillée ; aussi n’ai-je pas recherché la richesse du style.

(三)架子圖所以示範後學。用代原人。故必須力求迫肖。勿失其眞。例如古字古畫。差一分一釐卽神彩盡失。毫無價値矣。若架子圖祇用摹仿之繪圖畫像。必難得眞確。非但不易遵循。更恐以訛轉訛。貽誤於人。故著者特不惜工資。製成精美圖片。庶使能顯現原人姿態神情。學者按圖索驥。自易明白領悟。進步加速。

3. Les figures de l’enchaînement sont là pour montrer l’exemple aux étudiants à venir et remplacer la personne du maître ; il faut donc s’efforcer d’en approcher au plus près, sans en perdre la vérité. Il en va comme des caractères anciens et des peintures anciennes : pour un dixième ou un centième d’écart, tout l’éclat est perdu et l’objet n’a plus aucune valeur. Si l’on n’avait fait que des dessins imitant les postures, on n’aurait sûrement pas atteint l’exactitude : non seulement il serait malaisé de s’y conformer, mais on craindrait de transmettre erreur sur erreur et de tromper les gens. Aussi l’auteur n’a-t-il pas ménagé la dépense pour obtenir des images de belle qualité, capables de montrer l’attitude et l’expression du maître lui-même. En suivant les figures comme on suit les traces du cheval, l’élève comprendra aisément et progressera plus vite.

(四)是書乃發揚國粹。不湮眞傳。故將心得全部刊出。辭不模棱。文不掩飾。公開作科學上之研究。

4. Ce livre a pour but de faire rayonner le trésor national et de ne pas laisser s’ensevelir la vraie transmission. J’y publie donc tout ce que j’ai acquis : propos sans ambiguïté, texte sans déguisement, offert ouvertement à l’examen scientifique.

(五)昔人授拳。僅授口訣。極少形之於筆墨。現將先賢遺留歌訣。全部刊出。其不詳者。再於經驗談中補述之。

5. Jadis on enseignait le poing par des formules secrètes seulement, et fort rarement on les mettait par écrit. Je publie ici intégralement les chants et formules laissés par les anciens maîtres ; ce qui n’y est pas explicite, je le complète dans le chapitre intitulé « Leçons de l’expérience ».

(六)經驗談二十則。乃平素經驗之談。諺云。欲知山下路。要問過來人。讀者細心體會。勿以等閑目之。

6. Les vingt « Leçons de l’expérience » sont des propos tirés de l’expérience ordinaire. Le proverbe dit : « Pour connaître le chemin au pied de la montagne, demande à celui qui l’a déjà passé. » Que le lecteur les médite avec soin et ne les tienne pas pour choses banales.

(七)前人所傳口訣。僅輕靈鬆軟外柔內剛八字而已。學者以此八字對核原文。自可領悟。

7. Les formules transmises par les anciens se résument en huit caractères : léger et vif, relâché et souple, souple au-dehors, dur au-dedans. Que l’étudiant confronte ces huit caractères aux textes originaux, et il comprendra de lui-même.

(八)外界有云。楊氏太極拳。有大中小三套架子。實則僅此一套。練熟之後。由熟而化。或高或低。或快或慢。隨心所欲。編者於四十年前。見鳳侯先生之子兆林先生之拳。係楊班侯先生親授。乃係緊湊之架子。打來不快不慢。澄甫先生係寬大柔綿而緩。少侯先生則緊湊而速。余乃集三位先生之意。收斂而不速不遲。此乃成功之後。隨心所變者也。倘初習者。仍以澄甫先生之架子為根基。希讀者勿疑架子為三套也。

8. On dit à l’extérieur que le taiji quan des Yang comporte trois enchaînements, grand, moyen et petit. En réalité il n’y en a qu’un. Une fois qu’on le maîtrise, on le transforme à partir de cette maîtrise : plus haut ou plus bas, plus rapide ou plus lent, selon son gré. Il y a quarante ans, j’ai vu l’enchaînement de M. Zhaolin, fils de M. Fenghou, tel que M. Yang Banhou le lui avait enseigné en personne : c’était un enchaînement serré, exécuté ni vite ni lentement. M. Chengfu, lui, l’exécutait ample, souple, continu et lent ; M. Shaohou, serré et rapide. J’ai réuni l’intention de ces trois maîtres : resserré, sans être rapide ni lent. C’est là chose qui varie au gré de chacun une fois le succès obtenu. Que le débutant prenne toujours l’enchaînement de M. Chengfu pour fondement, et que le lecteur ne croie pas qu’il existe trois enchaînements.

(九)有云。太極拳功勁。有一部份失傳。此係欺人之談。倘盡心研究。必可得全體大用之一步。惟須有勤恆兩字。

9. On dit qu’une partie du travail du jin du taiji quan s’est perdue. C’est propos trompeur. Si l’on étudie de tout son cœur, on parviendra sûrement au degré où le corps entier trouve son grand usage ; il n’y faut que deux mots : diligence et constance.

(十)練拳為基本。如學字先寫九宮格也。練成之後。正草隸篆。隨心所欲。至各種兵器。亦然如此。拳成之後。無論何種兵器。均可得心應手。其原理卽將手接長一部份而已。學者以此揣摩。卽可領會。

10. Le travail de l’enchaînement est la base, comme lorsqu’on apprend à écrire en remplissant d’abord une grille de neuf cases. Une fois formé, on écrit à son gré en régulière, en cursive, en écriture des scribes ou en sceau. Il en va de même des diverses armes. Quand le poing est accompli, quelle que soit l’arme, la main répond à l’intention : le principe est simplement que l’arme allonge la main d’un segment. Que l’étudiant y réfléchisse, et il le comprendra.

De l’origine du taiji quan (太極拳源流論)

太極拳之名。始於何時。稽諸史實。未有確論。相傳始祖係宋時張三丰。因偶覩雀蛇相鬥。悟剛柔之理。按太極陰陽變化。創為太極拳。其詳見上張三丰祖師觀雀蛇鬥智圖小記。而宋氏家傳太極功源流支派論。則稱唐代許宣平已有太極功。雖不稱拳而稱功。然所載三十七式。與楊家所傳者。名稱大致相同。想太極拳由來已久。至張三丰而集其大成。至王宗岳而發揚光大。

Depuis quand le nom de « taiji quan » existe-t-il ? Les recherches historiques n’en donnent aucune conclusion certaine. La tradition dit que le fondateur fut Zhang Sanfeng, sous les Song, qui, ayant vu par hasard un oiseau et un serpent se combattre, comprit la raison de la dureté et de la souplesse et, selon les transformations du yin et du yang du taiji, créa le taiji quan — on en lira le détail dans la notice du tableau du patriarche Zhang Sanfeng observant le combat de l’oiseau et du serpent. Mais l’Exposé sur l’origine et les branches du travail du taiji transmis dans la famille Song mentionne un Xu Xuanping de l’époque Tang qui possédait déjà un « travail du taiji » : bien qu’on ne l’appelât pas « poing » mais « travail », les trente-sept postures qui y sont consignées portent à peu près les mêmes noms que celles transmises chez les Yang. Le taiji quan doit donc exister depuis longtemps : Zhang Sanfeng en fit la synthèse, et Wang Zongyue le fit rayonner.

其傳流派系。卷首序文已詳及。太極拳系統表更列而明之。毋庸贅述。考昔之言武技者。多守祕自珍。不妄傳人。有之亦多出於口授。鮮有形諸筆墨。縱有祕笈。亦不易流傳於外。欲引證考據。殊非易易。

Ses transmissions et ses branches, les préfaces en tête du volume les exposent en détail, et le tableau généalogique du taiji quan les rend plus claires encore : il n’est pas besoin d’y revenir. À considérer ceux qui parlaient jadis des techniques martiales, la plupart gardaient le secret comme un trésor et ne transmettaient pas à la légère ; quand il y avait transmission, elle se faisait surtout de bouche à oreille et rarement par écrit. Même s’il existait des livres secrets, ils ne circulaient pas facilement au-dehors. Vouloir citer des preuves et établir une critique textuelle est donc fort malaisé.

然張三丰之於太極拳。猶孔子之於儒家。學者宗之。乃尊師重道之義。千百年來。奉敬不渝。後學更無置疑之必要。下文宋氏所記。聊供參考云耳。

Pourtant, ce que Zhang Sanfeng est au taiji quan, Confucius l’est au courant confucéen : les étudiants le prennent pour maître, et cela relève du respect du maître et de la voie. Depuis des siècles, on l’honore sans défaillance, et les étudiants à venir n’ont pas lieu d’en douter. Ce que la famille Song a consigné, donné ci-après, n’est proposé qu’à titre de référence.

Le tableau généalogique (太極拳系統表) placé par Dong Yingjie avant ces pages résume en une seule planche la filiation de Zhang Sanfeng à Wang Zongyue, puis les branches du nord (Jiang Fa, les Chen de Chenjiagou, Chen Changxing, Yang Luchan et ses trois fils) et du sud (Zhang Songxi, Wang Laixian et les maîtres de Siming). Il est reproduit ci-dessous.

Tableau généalogique du taiji quan (太極拳系統表) dressé par Dong Yingjie

Extrait du manuscrit de la famille Song (宋氏太極拳源流支派論)

所謂後代學者不失其本也。自余而上溯。始得太極之功者。授自唐代于歡子訏宣平。至余十四代。有斷亦有繼者。

« Afin que les étudiants des générations futures ne perdent pas leur racine. » En remontant à partir de moi, celui qui reçut le premier le travail du taiji le tenait de Xu Xuanping, dit Yuhuanzi, de l’époque Tang ; jusqu’à moi, cela fait quatorze générations, avec des interruptions et des reprises.

訏先師係江南安徽州府歙縣人。隱城陽山。卽本府城南紫陽山。結茅南陽辟穀。身長七尺六寸。髯長至臍。髮長至足。行及奔馬。每負薪入市販賣。獨吟曰。

Notre maître Xu était de She xian, préfecture de Huizhou, dans le Jiangnan. Il vivait en ermite au mont Chengyang, c’est-à-dire au mont Ziyang, au sud de la ville préfectorale. Il avait bâti une chaumière sur le versant sud et s’abstenait de céréales. Il mesurait sept pieds six pouces ; sa barbe descendait jusqu’au nombril, ses cheveux jusqu’aux pieds, et à la marche il égalait un cheval au galop. Chaque jour il portait son fagot au marché pour le vendre, chantant pour lui seul :

負薪朝出賣。沽酒日夕歸。

借問家何處。穿雲入翠微。

Au matin je sors vendre mon fagot ; au soir je rentre, le vin acheté. Si vous demandez où est ma demeure : à travers les nuages, dans le vert des hauteurs.

李白訪之不遇。題詩仙橋而回。所傳太極功之拳名卅七。因三十七式而名之。又名長拳者。所云滔滔無間也。總名太極拳三十七式。名目書之於後。

Li Bai vint lui rendre visite sans le rencontrer, et s’en retourna après avoir inscrit un poème au Pont des Immortels. L’art du taiji qu’il transmit portait le nom de « Trente-Sept », d’après ses trente-sept postures ; on l’appelait aussi « longue boxe », pour dire qu’il coule sans interruption. Son nom complet est donc : taiji quan en trente-sept postures. Les noms en sont donnés ci-après.

四正四隅 雲手 彎弓射雁 揮琵琶 進搬欄 箥箕式 鳳凰展翅 雀起尾 單鞭 上提手 倒攆猴頭 摟膝抝步 肘下捶 轉身蹬腳 上步栽捶 斜飛式 雙鞭 翻身搬攔 玉女穿梭 七星八步 高探馬 單擺蓮 上跨虎 九宮步 攬雀尾 山通背 海底珍珠 彈指擺蓮 轉身指點捶 雙擺蓮 金鷄獨立 泰山生氣 野馬分鬃 如封似閉 左右分腳 掛樹踢腳 推搌 二起腳 抱虎歸山 十字擺蓮

Les quatre directions cardinales et les quatre coins (deux postures) — les mains comme nuages — bander l’arc pour tirer l’oie sauvage — jouer du luth — avancer, parer, barrer — posture du van — le phénix déploie ses ailes — le moineau lève la queue — le fouet simple — avancer en levant les mains — reculer en chassant la tête du singe — effleurer le genou en pas croisé — coup de poing sous le coude — se retourner et pousser du pied — avancer et planter le poing — les ailes obliques — le double fouet — se retourner, parer, barrer — la jeune fille lance la navette — sept étoiles en huit pas — s’élever et tâter le cheval — simple coup de pied du lotus — avancer à califourchon sur le tigre — pas des neuf palais — saisir la queue du moineau — la montagne traverse le dos — la perle au fond de la mer — coup de pied du lotus avec claquement de doigts — se retourner et pointer le poing — double coup de pied du lotus — le coq d’or se tient sur une patte — le mont Tai produit la vapeur — le cheval sauvage sépare sa crinière — comme sceller, comme fermer — coup de pied séparé à gauche et à droite (deux postures) — coup de pied en s’accrochant à l’arbre — pousser et étendre — double coup de pied sauté — embrasser le tigre et le reconduire à sa montagne — coup de pied du lotus en croix.

此通共四十三手。四正四隅。九宮步。七星八步。單鞭。雙鞭。雙擺蓮在外。因自己多坐用功夫。其餘三十七數。是先師所傳也。此勢應一勢練成。再練一勢。萬不可心急齊用。三十七勢。亦無論何勢先。何勢後。只要一上。將勢用成。自然三十七勢。皆化為相繼不斷也。故謂之長拳。腳跴五行。懷藏八卦。腳之所在。為中央之土。八門五步。以中央為準。

Au total, cela fait quarante-trois techniques. Si l’on met à part les quatre directions cardinales et les quatre coins, les pas des neuf palais, les sept étoiles en huit pas, le fouet simple, le double fouet et le double coup de pied du lotus — qui viennent de ma propre pratique assidue — les trente-sept autres sont celles que transmit notre maître. Il faut travailler chaque posture jusqu’à la maîtrise avant de passer à la suivante ; surtout, ne pas s’impatienter et vouloir les employer toutes à la fois. Quelle que soit celle par laquelle on commence, l’essentiel est que, une fois lancé, le mouvement s’accomplisse : alors les trente-sept se fondent naturellement l’une dans l’autre, sans interruption. C’est pourquoi on l’appelle longue boxe. Les pieds foulent les cinq éléments, la poitrine recèle les huit trigrammes ; là où se pose le pied est la terre du centre. Les huit portes et les cinq pas ont pour référence le centre.


Notes du traducteur

  1. Dong Yingjie (董英傑, 1897-1961) : né dans le district de Ren (任縣, Hebei), il fut d’abord élève de Li Xiangyuan (李香遠) de Shunde, puis, après 1920, disciple de Yang Chengfu qu’il accompagna à Guangzhou à partir de 1926 ; il s’établit ensuite à Hong Kong et à Macao. Son livre, l’un des premiers manuels de taiji quan photographiés de façon systématique, fut réimprimé de nombreuses fois.
  2. Yang Luchan (楊祿禪, 1799-1872) apprit le taiji quan des Chen de Chenjiagou. « Zhaolin, appelé Zhenyuan » (兆林字振遠), mentionné dans la préface de Huang Zunsheng, était le fils de Yang Fenghou ; « Chengfu » est Yang Chengfu, « Shaohou » Yang Shaohou.
  3. Les treize dynamiques (十三勢) : les huit portes (peng, lü, ji, an, cai, lie, zhou, kao) et les cinq pas (avancer, reculer, regarder à gauche, regarder à droite, rester au centre). Le taiji quan est aussi nommé « longue boxe » (長拳) à cause de l’enchaînement ininterrompu de ses mouvements.
  4. Oiseau et serpent : la légende de Zhang Sanfeng observant le combat d’une pie et d’un serpent, qui lui aurait inspiré l’enroulement circulaire et la victoire de la souplesse sur la raideur, est la version la plus répandue de l’origine de l’art ; elle apparaît ici sous la plume de Dong Yingjie lui-même.
  5. Le manuscrit de la famille Song (宋氏家傳太極功源流支派論) : texte attribué à Song Yuanqiao (宋遠橋) et transmis au début du XXe siècle par Song Shuming (宋書銘) ; Dong Yingjie en reproduit ici un extrait. La traduction intégrale de ce manuscrit figure dans un autre article de ce site.
  6. Terminologie : jin (勁) désigne la force interne conduite par l’intention, par opposition à la force musculaire brute (li, 力) ; dantian (丹田) est le champ d’élixir, au bas-ventre ; 中定, « stabilité centrale », est l’axe autour duquel se répartissent le vide et le plein.
  7. Le reste du volume — commentaire des classiques de Wang Zongyue, explication des deux cent cinquante-huit postures, poussée des mains, épée, sabre, lance et enchaînement rapide — n’est pas repris ici.

Source du texte chinois : Dong Yingjie (董英傑), 太極拳釋義 (Taiji quan shiyi), Hong Kong, août 1948 (édition révisée d’octobre 1950), texte et planches de l’édition originale trouvés dans l’article « Taiji Boxing According to Dong Yingjie » de Paul Brennan : https://brennantranslation.wordpress.com/2022/07/22/taiji-boxing-according-to-dong-yingjie/ . Auteur mort en 1961 ; texte et images dans le domaine public. Les images reproduites sont des scans de l’édition originale de 1948 (page de titre, peinture du fondateur, portraits, calligraphie de l’auteur, tableau généalogique et figures cosmologiques). Traduction française : nouvelle traduction réalisée à partir de l’original chinois pour ce site.