Le Taiji quan shi tujie (太極拳勢圖解, « Explication illustrée des postures du taiji quan ») est un manuel de Xu Yusheng (許禹生, 1878–1945), figure majeure du taiji quan à Pékin au début du XXe siècle. Fondateur de la Société de recherche en éducation physique de Pékin (Jingshi tiyu yanjiu she, 北京體育研究社) et élève de Yang Jianhou (楊健侯), Xu publia cet ouvrage en 1921 (dixième année de la République). La première partie (shang bian, 上編) expose les origines et les principes du taiji quan ; la seconde (xia bian, 下編) décrit, planches de dessins à l’appui, les postures de la forme et les méthodes de poussée des mains. Le texte chinois, publié en 1921, est dans le domaine public (l’auteur est mort en 1945).
Nous traduisons ici la préface de l’auteur et la première partie complète, qui culmine avec le commentaire du Taiji quan jing (太極拳經, « Classique du taiji quan ») attribué à Wang Zongyue. La seconde partie, inséparable de ses planches, est omise pour des raisons de longueur. Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.
Préface de l’auteur (自序)
余幼孱弱多疾病。因徧閱養生之書。節飲食。愼起居。若是者累年。卒未收效。尋得華陀五禽經、達摩易筋經、八段錦諸書。從事練習。然均有圖無說。精意不傳。勉强摹仿。效亦甚尠。遂未竟學。後乃從事外家拳術。習技擊。事跳躍。於是身體稍壯。然苦於鍛鍊之猛。稍輟而疾又作矣。始知亦非良法。最後得內家拳術。卽世所謂太極功者。俯仰屈伸。以意導氣。簡而易習。柔而省力。習未期年。而宿疾盡愈。效至鉅矣。其拳每勢運動。均有節拍可循。而前後聯絡。宛如一氣呵成。呼吸與動作、相為激盪。氣血筋骸。活潑無滯。殆深得古導引術之意者。其動作之剛柔進退。陰陽虛實。實合周易太極之理。而對敵之時。因勢利導。應機而發。批隙導窾。悉中肯綮。誠莊子所謂技而近乎道者也。因為圖解。公之於世。雖於古人之意未必盡合。而善習者未始不可藉為入道之階。閱者勿專視為拳技也可。
Dans mon enfance, j’étais chétif et souvent malade. Je lus donc toutes sortes d’ouvrages sur l’art de nourrir la vie, je modérai nourriture et boisson, je fus attentif à mon rythme de vie — j’en fis ainsi pendant des années, sans résultat décisif. Je me procurai ensuite les livres de la Classique des cinq animaux de Hua Tuo, du Yijin jing (易筋經, Classique du changement des tendons) de Bodhidharma et des Huit pièces de brocart (八段錦), et je m’exerçai selon eux. Mais tous n’avaient que des figures sans explications : l’essentiel n’y était pas transmis. À force de les imiter tant bien que mal, l’effet fut bien mince, et j’abandonnai ces études. Je me tournai alors vers la boxe de l’école externe : j’appris les techniques de combat, je m’adonnai aux sauts et aux bonds, et mon corps se fortifia quelque peu. Mais je souffrais de la violence de ces exercices ; dès que je m’arrêtais un peu, la maladie revenait. Je compris alors que ce n’était pas non plus une bonne méthode. Enfin, je parvins à la boxe de l’école interne, celle qu’on appelle dans le monde le « travail du taiji » (taiji gong). S’incliner et se redresser, se plier et s’étendre, conduire le souffle par l’intention : simple et facile à pratiquer, souple et peu fatigant. Avant qu’une année fût écoulée, toutes mes vieilles maladies étaient guéries — l’efficacité en fut immense. Dans cette boxe, chaque posture a son mouvement rythmé, et l’avant et l’arrière s’enchaînent comme un seul souffle mené à bien. La respiration et le mouvement s’excitent mutuellement ; le souffle et le sang, les muscles et les os s’animent sans stagnation — elle a profondément saisi le sens des anciens exercices de guidage (daoyin, 導引). Ses mouvements, durs et souples, d’avance et de recul, de yin et de yang, de vide et de plein, s’accordent réellement au principe du taiji du Livre des mutations (周易). Face à l’adversaire, on suit la situation pour la mener à son profit, on jaillit selon l’occasion, on frappe dans les interstices et l’on s’insinue dans les creux, touchant toujours le point juste — vraiment, comme le dit Zhuangzi, une technique qui touche au Dao. C’est pourquoi j’ai composé cette explication illustrée et l’ai offerte au public. Quand bien même elle ne rendrait pas entièrement l’intention des anciens, qui la pratiquera bien pourra s’en servir comme d’un degré vers le Dao. Que le lecteur ne la regarde pas seulement comme un art de boxe.
中華民國十年秋古燕許靇厚敘於京師體育研究社
Écrite à l’automne de la dixième année de la République (1921), par Xu Longhou (許靇厚), de l’antique Yan, à la Société de recherche en éducation physique de la capitale.
Première partie (上編)
Chapitre 1 — Introduction (緒言)
昔河出圖而八卦畫。洛呈書而九疇敘。孔子因之以作周易。易雖本諸卜筮之說。而萬事之理。則已悉具其中矣。然因卦作說。無提綱挈領之要。後人不能融會貫通。各執一說。每入歧途。周子憂之。默契道體。根極要領。作太極圖說。使天理之微。人倫之著。事務之衆。鬼神之幽。莫不洞然。畢貫於一。誠言哲學者之鼻祖也。我國拳術發明最早。而迄今反無統一之術者。蓋緣後世學者言術而不言理。視為技藝。而不用作鍛鍊身心之具耳。攷拳術之由來。蓋出於古之導引術。當上古醫藥尚未發明。人偶為六氣所中。榮衛失宜。氣血聚而為病。則屈伸俯仰。以意導氣。舒其所凝滯之處。使通暢焉。則疾自愈。故名為導引。昔伏羲命陰康作大舞。展舒肢體。以愈民疾。黄帝作內經。採按摩導引諸法。以繼針砭酒醴之所窮。蓋皆本體育原理。以運動戰勝疾病也。莊子曰吐故納新。熊經鳥申。則合於呼吸運動矣。漢華陀因推廣之。以作五禽經。(虎鹿猿熊鳥是也)其謂吳普之言曰。『人體欲得勞動。但不當使極耳。動則穀氣得消。血脈流通。病不得生。譬如戶樞終不朽也。是以古之仙者。為導引之事。引挽要體動諸關節。以求難老。吾有一術。名曰五禽之圖。覺體有不快。則起作一禽之戲。怡而汗出。卽輕便而欲食矣。』吳從而學之。年九十餘。而耳目聰明。少林寺僧人承其意。融合達摩所傳散手、而作五拳。(龍虎豹蛇鶴)然注重應用。詳少林拳術秘訣已失體育之原意矣。然宋元以來、言技藝者多祖述之。自寺焚之後。僧徒星散。黠者巧為附會。各執一是。派别繁多。而少林眞傳。反因之湮没。元之季世。有隱君子者。曰張三丰先生。本儒家太極之理。融會各家之長。納五行八卦於拳術步法方位之中。而以太極之陰陽剛柔動靜。喻其作用。提綱絜領。名為內家。蓋所以别於方外也。就着勢言之。太極拳固無異於各家拳術。然其運動行氣。純以虛靜勝人。注重精神上之修養。堅凝意志。增進智慧。則非外功拳術專從事於筋肉鍛鍊者。所可同日語也。素習外功拳術者。倘稍師其意。亦能不勞而獲。由是觀之。易學得太極圖說。而衆理一貫。拳術得太極功。而各家統一矣。其拳經傳於世者。約有數種。然抄襲相傳。魚魯莫辨。壬子歲曾囑關君葆謙校訂。近本社附設體育學校。授課之暇。因取原書。加以注釋。幷就其拳中姿勢、繪圖著說。以示學者。倘亦取行遠自邇登高自卑之意云爾。
Jadis, le Fleuve Jaune fit sortir le diagramme et l’on traça les huit trigrammes (八卦) ; la rivière Luo fit paraître l’écrit et l’on ordonna les neuf domaines. Confucius s’en servit pour composer le Livre des mutations (易). Bien que le Yi ait pour origine la divination, la raison de toutes choses y est déjà contenue tout entière. Mais comme les explications attachées aux hexagrammes manquaient d’un fil conducteur, les générations suivantes ne purent les fondre en une compréhension unique : chacun s’en tenait à son explication et s’égaraient souvent sur des voies divergentes. Zhouzi (周子, Zhou Dunyi) s’en inquiéta : s’accordant en silence avec la substance du Dao, il en saisit l’essentiel et composa l’Explication du diagramme du taiji (太極圖說), grâce à quoi la subtilité des principes célestes, l’évidence des relations humaines, la multiplicité des affaires et le mystère des esprits s’éclairent tous, reliés en un seul principe — on peut vraiment dire qu’il est le fondateur de la philosophie. Les arts de boxe de notre pays furent les premiers inventés au monde, et pourtant ils n’ont pas encore aujourd’hui de méthode unifiée : c’est que les générations suivantes parlaient de la technique sans parler du principe, les regardaient comme un savoir-faire et ne s’en servaient pas comme d’un instrument pour exercer le corps et l’esprit. Si l’on examine l’origine des arts de boxe, ils sortent des anciens exercices de guidage (daoyin). À la plus haute antiquité, la médecine n’existait pas encore ; lorsqu’un homme était atteint par les six souffles (六氣), que l’ying et le wei (榮衛, les défenses du corps) se déréglaient et que le souffle et le sang, en s’accumulant, faisaient maladie, on se pliait, on s’étendait, on s’inclinait, on se redressait, on guidait le souffle par l’intention, on détendait les endroits noués et stagnants pour les faire circuler, et la maladie se guérissait d’elle-même : c’est pourquoi cela s’appelait « guider-tirer » (daoyin). Jadis, Fu Xi chargea Yin Kang de composer la Grande Danse (大舞) : déployer et détendre les membres pour guérir les maladies du peuple. L’Empereur Jaune composa le Classique interne (內經), y recueillant les méthodes de massage et de guidage pour prolonger ce que l’acuponcture et les breuvages ne pouvaient achever. Tout cela procède du principe de l’éducation physique : vaincre la maladie par le mouvement. Zhuangzi dit : « Rejeter l’air usé, absorber l’air neuf ; s’étirer comme l’ours, se détendre comme l’oiseau » — voilà qui convient aux exercices de respiration. Hua Tuo des Han en développa l’idée et composa la Classique des cinq animaux (五禽經 : le tigre, le cerf, le singe, l’ours et l’oiseau). Il dit à Wu Pu : « Le corps humain veut du travail, mais il ne faut pas le pousser à l’extrême. Quand on bouge, l’énergie des grains se dissout, le sang circule, et la maladie ne peut naître — comme un gond de porte qui ne pourrit jamais. C’est pourquoi les anciens immortels pratiquaient le guidage : tirer et étirer le corps, mouvoir toutes les articulations, pour poursuivre une vieillesse sans décrépitude. Je possède un art, nommé Figures des cinq animaux. Quand je sens que mon corps n’est pas à l’aise, je me lève et joue l’un des animaux : content, je sue, puis, léger et dispos, j’ai appétit. » Wu Pu suivit cet enseignement et, passé quatre- vingt-dix ans, il avait encore l’ouïe fine et la vue claire. Les moines du temple Shaolin en reprirent l’idée, la fondirent avec les techniques dispersées (sanshou) transmises par Bodhidharma et composèrent les cinq boxe (龍虎豹蛇鶴 : dragon, tigre, léopard, serpent, grue), mais en mettant l’accent sur l’application — les Secrets de l’art de boxe de Shaolin en donnent le détail — et l’intention première d’éducation physique s’y était déjà perdue. Depuis les Song et les Yuan, ceux qui parlaient des arts s’en réclamaient pourtant. Quand le temple fut brûlé, les moines se dispersèrent comme des étoiles ; les plus habiles forgèrent des interprétations arbitraires, chacun s’en tenant à la sienne : les écoles se multiplièrent et la transmission authentique de Shaolin s’en trouva submergée. À la fin des Yuan, il y eut un sage retiré du monde, le maître Zhang Sanfeng (張三丰). Prenant pour fondement le principe confucéen du taiji, fondant les mérites de toutes les écoles, il fit entrer les cinq éléments (五行) et les huit trigrammes dans les techniques, les pas et les orientations de la boxe, et se servit du yin et du yang, du dur et du souple, du mouvement et du repos du taiji pour en figurer l’action. Relevant l’essentiel, il nomma cela l’école interne (內家) — pour la distinguer de ce qui était hors du monde (方外). Si l’on regarde les techniques, le taiji quan ne diffère en rien des boxe des autres écoles ; mais son mouvement et sa circulation du souffle triomphent de l’autre purement par le vide et le calme : il met l’accent sur la culture de l’esprit, la consolidation de la volonté, l’accroissement de l’intelligence — ce dont les boxe de force externe, qui ne s’occupent que d’exercer les muscles, ne sauraient parler sur le même ton. Si ceux qui pratiquent habituellement la force externe empruntaient un peu de son esprit, ils en tireraient profit sans peine. De là on voit que, de même que l’étude des mutations, grâce à l’Explication du diagramme du taiji, ramène toutes les raisons à une seule, de même les arts de boxe, grâce au travail du taiji, unifient toutes les écoles. Le Classique de la boxe (拳經) a été transmis au monde en plusieurs versions ; mais, recopiées de main en main, on n’y distingue plus le caractère yu du caractère lu (魚魯莫辨, « on ne distingue plus le poisson du caractère lu », c’est-à-dire : les fautes de copie rendent le texte indéchiffrable). En l’année renzi (1912), j’avais chargé M. Guan Baoqian d’en collationner le texte. Récemment, notre société a adjoint une école d’éducation physique ; dans le temps libre que me laissent mes cours, j’ai repris le livre original, l’ai pourvu d’annotations et, pour les postures de la boxe, j’ai dessiné des figures et rédigé des explications afin d’instruire les élèves. C’est aussi prendre le sens de « pour aller loin, partir de près ; pour monter haut, partir d’en bas ».
Chapitre 2 — Le sens du « taiji quan » (太極拳之意義)
太極拳者、形而上之學也。法易中陰陽動靜之理。而運勁作勢。純任自然。無中生有。所謂無極而太極也。至其運用圓活。如環無端。莫知所止。則又所謂太極本無極也。勢勢之中。着着之內。均含一圜形。故假借太極之理以說明之。而以陰陽動靜剛柔進退等喩其作用焉。非如世俗卜筮迷信者所謂太極也。現在科學昌明。後之學者。能以幾何重學等理說明之。而不沾於易象。則所深望也。
Le taiji quan est un art métaphysique (xing er shang, 形而上, « au-delà des formes »). Il prend pour modèle la raison du yin et du yang, du mouvement et du repos contenue dans le Livre des mutations ; il meut le jin (勁, la force interne) et forme les postures en s’en remettant entièrement au naturel : faire naître l’être du non-être, ce qu’on appelle « du wuji naît le taiji ». Quant à son usage, rond et vivant comme un anneau sans extrémité, dont on ne sait où il s’arrête, c’est encore ce qu’on appelle « le taiji a pour origine le wuji ». Dans chaque posture, dans chaque technique, il y a une forme circulaire : c’est pourquoi on emprunte la raison du taiji pour l’expliquer, en figurant son action par le yin et le yang, le mouvement et le repos, le dur et le souple, l’avance et le recul. Ce n’est pas le « taiji » des devins et des superstitions populaires. Aujourd’hui la science resplendit : que les étudiants à venir puissent expliquer ces choses par la géométrie, la mécanique et autres sciences, sans s’en tenir aux images du Yi, c’est là mon vœu le plus profond.
Chapitre 3 — L’origine du nom des « treize formes » (十三式名稱之由來)
十三式者、合五行八卦而言之也。太極拳以掤按擠捋四者、喩乾坤坎離等四正方。以採挒肘靠四者、喩巽震兌艮等四斜角。以進前退後左顧右盻中定五者。喩火水木金土也。或曰五行具五性。應以仰火曰炎上俯水曰潤下進木曰屈直退金曰從革定土曰稼穡得五行之正以喩中定五者喩之。其說亦通。
Les « treize formes » (十三式) sont les cinq éléments et les huit trigrammes réunis. Le taiji quan figure par les quatre techniques de peng (掤, parer), an (按, pousser), ji (擠, presser) et lü (捋, rouler) les quatre directions cardinales — les trigrammes qian, kun, kan et li (乾坤坎離) ; par les quatre techniques de cai (採, cueillir), lie (挒, déchirer), zhou (肘, coude) et kao (靠, heurter) les quatre angles — les trigrammes xun, zhen, dui et gen (巽震兌艮) ; et par les cinq pas — avancer, reculer, regarder à gauche, regarder à droite, demeurer au centre (jin tui zuo gu you pan zhong ding, 進退左顧右盻中定) — le feu, l’eau, le bois, le métal et la terre. D’autres disent que les cinq éléments ont cinq natures : se redresser est le feu qui « flambe vers le haut », s’incliner est l’eau qui « humecte vers le bas », avancer est le bois qui « se plie et se redresse », reculer est le métal qui « suit et se transforme », se fixer est la terre qui « sème et moissonne » ; c’est par ces natures, prises en leur sens le plus juste, qu’on figure les cinq pas, dont le ding (定, le centre) est le pivot. Cette explication est également recevable.
八方圖
兌 乾 巽 肘 掤 採
離 坎 捋 擠
震 坤 艮 挒 按 靠
Diagramme des huit directions (八方圖) : disposition des trigrammes et des huit techniques — en haut dui-coude (兌肘), qian-peng (乾掤), xun-cai (巽採) ; au milieu li-lü (離捋) et kan-ji (坎擠) ; en bas zhen-lie (震挒), kun-an (坤按), gen-kao (艮靠).
五步圖
火 進
木 土 金 顧 定 盼
水 退
Diagramme des cinq pas (五步圖) : le feu en haut, l’avance (進) ; le bois à gauche, le regard à gauche (顧) ; la terre au centre, le ding (定) ; le métal à droite, le regard à droite (盼) ; l’eau en bas, le recul (退).
Chapitre 4 — En quoi le taiji quan s’accorde aux symboles du Livre des mutations (太極拳合於易象之點)
易也者、包羅萬象者也。而其扼要之哲理。不出太極一圖。太極拳之言陰陽虛實剛柔動靜之處。無不則之。但世傳太極圖有二。一為周蓮溪所遺。一則俗傳之雙魚形圖也。雙魚形圖、除可藉表明雙搭手時之陰陽虛實盈縮進退外。餘無可取。至周氏圖則所具之理甚奧。其圖說一篇。幾盡可為習太極拳者所取法焉。惟因限於篇幅。不能詳釋。今僅就原圖約略言之。此圖共分五層。首層圜形。在平面為圜倘立體時應作球體此所謂無極而太極也。當行工時。中心泰然。抱元守一。無機心。無朕兆。作虛空相。可謂無極矣。而動靜陰陽剛柔進退已悉具其中。實萬有之母也。非太極而何第二層、中分圜形為兩。陰陽虛實各得其半。所謂動而陽。靜而陰。立兩儀。是也。舒之則為坎離二卦。喩拳之柔中隱剛。動中守靜。互為其根之意也。三層、五行喩五步。就其陽變陰合言之。如水根於陽。火根於陰。喩進極思退。退極思進也。木性曲直。金性從革。喩拳運勁時之屈伸開合。粘走隨抑也。萬物均生於土。而位又居中。在人為意。推手時掤捋擠按。互為生尅。然不以意貫串之則謬矣。圖說云。五氣順布。四時行焉。蓋五行異質。四時異氣。而不能外乎陰陽。陰陽異位。動靜異時。而皆不能離乎太極也。第四層喩人。第五層喩物。言無極二五。聚則成形。感而遂通。化生萬物。精於太極拳者。一動一靜。均合至理。扼樞要。是萬殊而一本也。至因敵變化。交互其用。錯綜其道。而應付無窮。則一本而萬殊矣。周子曰。聖人定之以中正仁義。而主靜。立人極焉。其行之也中。其處之也正。其發之也仁。其裁之也義。一動一靜。莫不有以全夫太極之道、而無所虧焉。則無往而不制勝矣。
- Le Yi embrasse les dix mille apparences, et pourtant sa philosophie essentielle
- ne sort pas d’un seul diagramme : celui du taiji. Tout ce que le taiji quan dit du
- yin et du yang, du vide et du plein, du dur et du souple, du mouvement et du repos
- s’y conforme. Mais le monde a transmis deux diagrammes du taiji : celui laissé par
- Zhou Lianxi (周蓮溪, Zhou Dunyi) et la figure populaire des deux poissons. La
- figure des deux poissons ne sert guère qu’à montrer, dans le double toucher des
- mains (雙搭手), le yin et le yang, le vide et le plein, l’expansion et la
- contraction, l’avance et le recul ; elle n’a pas d’autre usage. Le diagramme de
- Zhou, lui, recèle une raison très profonde : son Explication tout entière peut
- presque servir de règle à qui pratique le taiji quan. Mais, faute de place, je ne
- puis l’exposer en détail ; je n’en dirai ici que l’essentiel. Ce diagramme a cinq
- couches. La première est une forme ronde — cercle sur le plan, sphère en volume —
- c’est ce qu’on appelle « du wuji naît le taiji ». Quand on pratique, le cœur est paisible, on embrasse l’origine et l’on garde l’Un : sans intention calculée, sans signe avant-coureur, on fait le vide — voilà qu’on peut dire le wuji. Et pourtant le mouvement et le repos, le yin et le yang, le dur et le souple, l’avance et le recul y sont déjà tous contenus : c’est vraiment la mère des dix mille êtres — comment ne serait-ce pas le taiji ? La deuxième couche divise le cercle en deux : yin et yang, vide et plein, chacun sa moitié — c’est ce qu’on appelle « en mouvement, le yang naît ; au repos, le yin naît » : les deux modes (liangyi, 兩儀) s’établissent. Déployés, ce sont les trigrammes kan et li (坎離) : ils figurent l’idée que la boxe cache le dur dans le souple, garde le repos dans le mouvement, et que les deux sont mutuellement racine. La troisième couche figure les cinq éléments par les cinq pas. Prenons le yang qui se change et le yin qui s’unit : ainsi l’eau a sa racine dans le yang, le feu sa racine dans le yin — figure de « à la fin de l’avance, songer au recul ; à la fin du recul, songer à l’avance ». La nature du bois est de se plier et de se redresser, celle du métal de suivre et de se transformer : elles figurent, dans le déploiement du jin, la flexion et l’extension, l’ouverture et la fermeture, le coller et le céder, le suivre et le réprimer. Tous les êtres naissent de la terre, dont la place est au centre ; chez l’homme, c’est l’intention (yi, 意). Dans la poussée des mains, peng, lü, ji et an s’engendrent et se vainquent mutuellement ; mais si l’intention ne les relie pas d’un fil continu, tout se fausse. L’Explication du diagramme dit : « Les cinq souffles se déploient en bon ordre et les quatre saisons s’accomplissent. » Les cinq éléments ont des natures différentes et les quatre saisons des souffles différents, mais ils ne peuvent sortir du yin et du yang ; le yin et le yang occupent des places différentes, le mouvement et le repos des temps différents, mais ils ne peuvent se séparer du taiji. La quatrième couche figure l’homme, la cinquième les choses : le wuji, les deux modes et les cinq éléments, rassemblés, prennent forme ; par l’impression mutuelle ils se relient et engendrent les dix mille êtres. Qui est expert en taiji quan, à chaque mouvement, à chaque repos, s’accorde au principe suprême et en tient le pivot : c’est « dix mille diversités, une seule racine ». Quant à changer selon l’adversaire, croiser les usages, entrelacer les voies et répondre sans fin, c’est « une seule racine, dix mille diversités ». Zhouzi dit : « Le sage se fixe par la juste mesure et la droiture, la bienveillance et la justice, et fait du calme son maître : il établit le pôle humain. » Dans sa conduite, la juste mesure ; dans sa position, la droiture ; dans ses manifestations, la bienveillance ; dans ses décisions, la justice. À chaque mouvement, à chaque repos, il accomplit entièrement la voie du taiji sans aucune défaillance : dès lors, il triomphe partout où il va.
周蓮溪太極圖
太極 無極 陽動 陰靜 火 水 土 木 金 坤道成女 乾道成男 萬物化生
Diagramme du taiji de Zhou Lianxi (周蓮溪太極圖) : en haut « taiji / wuji » ; puis « le yang se meut, le yin est au repos » ; puis « feu / eau » ; au centre « terre » ; puis « bois / métal » ; en bas « la voie du kun accomplit le féminin, la voie du qian accomplit le masculin, et les dix mille êtres se transforment et naissent ».
邵子衍易圖。言陰陽剛柔動靜之處。與周圖略異。周言動而生陽。靜而生陰。立天之道。曰陰與陽。立地之道。曰柔與剛。邵子觀物篇云。動之始則陽生焉。動之極則陰生焉。靜之始則柔生焉。靜之極則剛生焉。則是動而生陰陽。靜而生剛柔也。立論雖殊。然其言動靜之機、陰陽剛柔之分量處。裨益太極拳術匪鮮。要在觀者自得之耳。
Le Diagramme du déploiement des mutations de Shaozi (邵子衍易圖) traite du yin et du yang, du dur et du souple, du mouvement et du repos, d’une manière un peu différente du diagramme de Zhou. Zhou dit : « Le mouvement engendre le yang, le repos engendre le yin ; la voie du ciel s’établit par le yin et le yang, la voie de la terre par le souple et le dur. » Shaozi, dans son chapitre « Observation des choses » (Guanwu pian), dit : « Au commencement du mouvement, le yang naît ; au comble du mouvement, le yin naît ; au commencement du repos, le souple naît ; au comble du repos, le dur naît. » C’est donc le mouvement qui engendre le yin et le yang, et le repos qui engendre le souple et le dur. Les thèses diffèrent, mais ce qu’elles disent du mécanisme du mouvement et du repos et du dosage du yin et du yang, du dur et du souple est d’un profit non négligeable pour l’art du taiji quan : l’essentiel est que le lecteur le saisisse par lui-même.
邵康節之衍易圖
一動一靜之間 靜 動 柔 剛 陰 陽 太柔 太剛 少柔 少剛 少陰 少陽 太陰 太陽
Diagramme du déploiement des mutations de Shao Kangjie (邵康節之衍易圖) : en haut, « l’instant entre un mouvement et un repos » ; puis « repos / mouvement » ; puis « souple / dur / yin / yang » ; en bas, « grand souple, grand dur, petit souple, petit dur, petit yin, petit yang, grand yin, grand yang ».
Chapitre 5 — Les écoles du taiji quan (太極拳之流派)
自伏羲畫卦。闡明陰陽。而太極之理。已寓於其中。嗣更命陰康作大舞。以宣導湮鬱。黄帝作內經。採按摩導引諸法。均本太極之理。為無形式之運動。華陀本莊子吐故納新。熊經鳥申。作五禽經。以授吳普。是時已開姿勢運動之先河矣。唐許宣平。許先師江南徽州府歙縣人隱城陽山結廬南陽辟穀不食身長七尺六寸髯長至臍髮長至足行如奔馬唐詩每負薪賣於市中獨吟曰負薪朝出賣沽酒日夕歸借問家何處穿雲入翠微李白訪之不遇為題詩於望仙橋云所傳太極拳術名三世七。因祗三十七勢而得名。其敎練之法。為單勢敎練。令學者一勢練熟。再授一勢。無確定拳路。功成後各勢自能互相連貫。相繼不斷。故又謂之長拳。其要訣有八字歌、心會論、周身大用論、十六關要論、功用歌。傳宋遠橋。
Depuis que Fu Xi traça les trigrammes et éclaircit le yin et le yang, la raison du taiji y était déjà contenue. Il chargea ensuite Yin Kang de composer la Grande Danse pour dénouer les énergies engorgées ; l’Empereur Jaune composa le Classique interne, y recueillant les méthodes de massage et de guidage : toutes procèdent de la raison du taiji, comme un mouvement sans forme. Hua Tuo, se fondant sur les mots de Zhuangzi — « rejeter l’air usé, absorber l’air neuf ; s’étirer comme l’ours, se détendre comme l’oiseau » — composa la Classique des cinq animaux et la transmit à Wu Pu : c’est alors que s’ouvrit la voie des exercices en postures. Sous les Tang, il y eut Xu Xuanping (許宣平) : le maître Xu, homme du xian de She, préfecture de Huizhou, au Jiangnan. Il se retira au mont Chengyang, bâtit une hutte sur le versant sud, s’abstenait de grains et ne mangeait pas ; haut de sept chi et six cun, la barbe lui tombant au nombril et les cheveux aux pieds, il marchait comme un cheval au galop. Poète des Tang, il allait chaque jour porter du bois au marché en chantonnant : « Le matin, je porte mon fagot pour le vendre ; / le soir venu, j’achète du vin et rentre. / Si l’on me demande où est ma demeure : / à travers les nuages, dans les vertes profondeurs. » Li Bai vint le voir sans le rencontrer et lui dédia un poème, dit-on, sur le pont de Wangxian. L’art de taiji quan qu’il transmit s’appelait san shi qi (三世七), « trois générations sept », ainsi nommé parce qu’il ne comptait que trente-sept postures. Sa méthode d’enseignement était la posture unique : l’élève devait rendre une posture parfaitement familière avant d’en recevoir une autre ; il n’y avait pas d’enchaînement fixe, mais une fois la maîtrise acquise, toutes les postures se reliaient naturellement entre elles, en une suite ininterrompue : c’est pourquoi on l’appelait aussi la boxe longue (changquan, 長拳). Ses formules essentielles étaient le Chant des huit caractères (八字歌), le Discours sur la compréhension du cœur (心會論), le Discours sur la grande utilité du corps entier (周身大用論), le Discours sur les seize points essentiels (十六關要論) et le Chant de la fonction (功用歌). Il les transmit à Song Yuanqiao (宋遠橋).
俞氏江南寧國府涇縣人所傳之太極拳。名先天拳。亦名長拳。得唐李道子之傳江南安慶人李居武當山南岩宮。不火食。第日啖麥麩數合。人稱之為夫子李云。兪氏所傳之人。可知者、有兪淸慧、兪一誠、兪蓮舟、兪岱岩等。
La boxe de taiji transmise par M. Yu (俞氏), homme du xian de Jing, préfecture de Ningguo, au Jiangnan, s’appelait la boxe de la nature innée (xian tian quan, 先天拳), aussi dite boxe longue. Il l’avait reçue de Li Daozi (李道子) des Tang, homme d’Anqing au Jiangnan, qui vivait au palais de Nanyan, sur le mont Wudang ; il ne cuisait pas ses aliments, ne mangeant chaque jour que quelques poignées de son de blé, et on l’appelait « maître Li ». Parmi ceux que M. Yu instruisit, on connaît Yu Qinghui (兪淸慧), Yu Yicheng (兪一誠), Yu Lianzhou (兪蓮舟) et Yu Daiyan (兪岱岩).
程氏太極拳術。始自程靈洗。字元滌江南徽州府人侯景之亂惟歙州得保全者皆靈洗力梁元帝授以本郡太守卒謚忠壯其拳術得之於韓拱月。傳至程珌。紹興中進士授昌化主簿累官禮部尚書拜翰林院學士追封新安郡侯端明殿學士致仕精易理著有洛水集改名小九天。共十四勢。有用功五誌、四性歸原歌。
L’art du taiji quan de la famille Cheng commença avec Cheng Lingxi (程靈洗), nom social Yuandi, homme de la préfecture de Hui, au Jiangnan. Lors de la révolte de Hou Jing, seule la préfecture de She fut préservée, et ce fut grâce à Lingxi ; l’empereur Yuan des Liang le nomma gouverneur de son commandement ; à sa mort, il reçut le nom posthume de Zhongzhuang (忠壯, « loyal et vaillant »). Il avait reçu son art de Han Gongyue (韓拱月). Il se transmit jusqu’à Cheng Bi (程珌), reçu docteur (jinshi) sous le règne Shaoxing, nommé greffier de Changhua, promu de grade en grade jusqu’à ministre des Rites, honoré du titre d’académicien de l’Académie Hanlin, puis, à titre posthume, marquis de Xin’an, et enfin académicien du pavillon Duanyuan avant de se retirer ; versé dans la raison du Yi, il est l’auteur du Recueil de la rivière Luo (洛水集). L’art y changea de nom : xiao jiu tian (小九天), « Petit neuvième ciel », quatorze postures au total, avec les Cinq mémorandums sur le travail (用功五誌) et le Chant du retour des quatre natures à l’origine (四性歸原歌).
殷利亨所傳之太極拳術。名後天法。傳胡鏡子。楊州人胡鏡子傳宋仲殊。安州人嘗遊姑蘇台柱上倒書一絕云天長地久地悠悠你旣無心我亦休浪迹天涯人不管春風吹笛酒家樓其式法十七。多屬肘法。雖其勢法名目不同。而其用則一也。
- L’art du taiji quan transmis par Yin Liheng (殷利亨) s’appelait la méthode de
- l’après-ciel (hou tian fa, 後天法). Il le transmit à Hu Jingzi (胡鏡子), de
- Yangzhou ; Hu Jingzi le transmit à Zhong Shu (宋仲殊), homme d’Anzhou, qui,
- voyageant un jour à la tour de Gusu, écrivit à l’envers sur un pilier ce quatrain
- « Le ciel est long, la terre est vaste, éternellement ; / toi qui n’as point d’intention, je m’arrête aussi. / J’erre au bout du monde, nul ne s’en soucie ; / le vent de printemps souffle ma flûte à la taverne. » Ses postures étaient au nombre de dix-sept, la plupart relevant de la méthode du coude. Bien que les noms des postures diffèrent, l’usage en est un seul.
張三丰名通。字君實。遼陽人。元季儒者。善書畫。工詩詞。中統元年、曾舉茂才異等。任中山博陵令。慕葛稚川之為人。遂絕意仕進。遊寶鷄山中。有三山峯。挺秀倉潤可喜。因號三丰子。世之傳三峯先生者。不下十數。均未言其善拳術。洪武初、召之入朝。路阻武當。夜夢玄武大帝授以拳法。旦以破賊。故名其拳曰武當派。或曰內家拳。內家者。儒家之意。所以别於方外也。又因八門五步。為此拳中之要訣。故名十三式。言十三法也。後世誤解以為姿勢之勢。則謬矣。傳張松溪、張翠山。先是宋遠橋、與兪蓮舟、兪岱岩、張松溪、張翠山、殷利亨、莫谷聲等、七人為友。往來金陵之地。尋同往武當山。訪夫子李先生不遇。適經玉虛宮。晤三丰先生、七人共拜之。耳提面命者月餘而歸。自後不絕往拜。由是而觀。七人均曾師事三丰。惟張松溪、張翠山傳者名十三式耳。
Zhang Sanfeng (張三丰), nom personnel Tong, nom social Junshi, homme de Liaoyang, lettré de la fin des Yuan, habile en calligraphie et en peinture, versé dans les vers et la prose. En la première année zhongtong (1260), il fut recommandé comme talent éminent et nommé magistrat de Bole, en Zhongshan. Admirant la conduite de Ge Zhichuan (葛稚川, Ge Hong), il renonça à la carrière officielle et voyagea dans les monts Baoji, où trois sommets se dressent, élancés et verdoyants, une joie pour les yeux : c’est pourquoi il prit le surnom de « Sanfeng » (trois sommets). Les biographies du « maître des trois sommets » transmises dans le monde ne sont pas moins d’une dizaine, et aucune ne dit qu’il excellait à la boxe. Au début du règne Hongwu, il fut convoqué à la cour, mais sa route fut bloquée au Wudang. La nuit, il rêva que le grand empereur Xuanwu lui enseignait la méthode de boxe ; au matin, il en usa pour vaincre des brigands. C’est pourquoi sa boxe fut appelée l’école Wudang, ou la boxe de l’école interne (neijia quan). « Interne » est un terme confucéen, qui la distingue de ce qui est hors du monde. Et parce que les huit portes et les cinq pas (八門五步) sont les formules essentielles de cette boxe, elle fut nommée « treize formes » (十三式), c’est-à-dire treize méthodes. Les générations suivantes, l’interprétant à tort comme treize « postures » (勢), se sont trompées. Il la transmit à Zhang Songxi et à Zhang Cuishan. Auparavant, Song Yuanqiao, Yu Lianzhou, Yu Daiyan, Zhang Songxi, Zhang Cuishan, Yin Liheng et Mo Gusheng (莫谷聲), sept amis, se fréquentaient à Jinling ; puis ils se rendirent ensemble au mont Wudang, pour rendre visite au maître Li, le lettré, sans le rencontrer. Passant par le temple de la Vide-Jade (玉虛宮), ils y rencontrèrent le maître Sanfeng : les sept le saluèrent ensemble, et il les instruisit de vive voix durant plus d’un mois avant leur retour ; ensuite ils ne cessèrent de revenir lui rendre hommage. De là on voit que les sept furent tous ses élèves ; mais seuls Zhang Songxi et Zhang Cuishan transmirent l’art sous le nom de « treize formes ».
或曰三丰係宋徽宗時人。値金人入寇。彼以一人殺金兵五百餘。山陝人民慕其勇。從學者數十百人。因傳其技於陝西。元世祖時。有西安人王宗岳者。得其眞傳。名聞海內。著有太極拳論、太極拳解、行工心解、搭手歌、總勢歌等。温州陳州人多從之學。由是由山陝而流傳於浙東。又百餘年。有海鹽張松溪者。在派中最為著名。見甯波府志後傳其技於寗波葉繼美近泉。近泉傳王征南來咸。淸順治中人。征南為人勇而有義。在明季可稱獨步。黄宗羲最重征南。其事蹟見游俠佚聞錄征南死時。曾為作墓誌銘。黄百家主一、為傳內家拳法。有六路長拳、十段錦、等歌訣。征南之後。又百年。始有甘鳳池。此皆為南派人士。其北派所傳者。由王宗岳傳河南蔣發。蔣發傳河南懷慶府陳家溝陳長興。其人立身常中正不倚。形若木鷄。人因稱之為牌位先生。子二人。曰耿信、曰紀信。時有楊露蟬先生福魁者。直隸廣平府永年縣人。聞其名。因與同里李伯魁共往師焉。初至時。同學者除二人外皆陳姓。頗異視之。二人因互相結納。盡心研究。常徹夜不眠。牌位先生見楊之勤學。遂盡傳其秘。楊歸傳其術徧鄕里。俗稱為軟拳。或曰化拳。因其能避制强硬之力也。嗣楊游京師。客諸府邸。淸親貴王公貝勒多從授業焉。旋為旗營武術敎師。有子三。長名錡、早亡。次名鈺、字班侯。三名鑑、字健侯、亦曰鏡湖。皆獲盛名。余從鏡湖先生游有年。諗其家世。有子三人。長名兆熊、字夢祥。仲名兆元、早亡。叔名兆淸、字澄甫。班侯子一、名兆鵬。務農於鄕里。當露蟬先生充旗營敎師時。得其傳者蓋三人。萬春、凌山、全佑是也。一勁剛、一善發人、一善柔化。或謂三人各得先生之一體。有筋骨皮之分。旋從先生命。均拜班侯先生之門。稱弟子云。有宋書銘者。自云宋遠橋後。久客項城幕。精易理。善太極拳術。頗有所發明。與余素善。日夕過從。獲益匪鮮。本社敎員、紀子修、吳鑑泉、劉恩綬、劉彩臣、姜殿臣、等多受業焉。(吳為全佑子、紀常與凌君為友、)
D’autres disent que Sanfeng était un homme de l’époque de l’empereur Huizong des Song : lorsque les Jin envahirent, il tua à lui seul plus de cinq cents soldats jin ; les gens des montagnes du Shanxi et du Shaanxi, admirant sa bravoure, vinrent par centaines s’instruire auprès de lui, et c’est ainsi que son art se répandit au Shaanxi. Sous le règne de Shizu des Yuan, un homme de Xi’an, Wang Zongyue (王宗岳), en reçut la transmission authentique et se fit connaître dans tout l’empire. Il est l’auteur du Discours sur le taiji quan (太極拳論), de l’Explication du taiji quan (太極拳解), de l’Explication mentale du travail (行工心解), du Chant des mains qui se touchent (搭手歌) et du Chant des formes générales (總勢歌). Les gens de Wenzhou et de Chenzhou vinrent nombreux s’instruire auprès de lui : c’est ainsi que l’art passa des montagnes du Shanxi et du Shaanxi au Zhejiang de l’est. Plus d’une centaine d’années après, il y eut Zhang Songxi (張松溪) de Haiyan, le plus célèbre de la lignée (voir les Annales de la préfecture de Ningbo). Il transmit ensuite son art, à Ningbo, à Ye Jimei (葉繼美), dit Jinquan ; Jinquan le transmit à Wang Zhengnan (王征南), dit Laixian, homme de l’ère Shunzhi des Qing. Zhengnan était brave et juste ; à la fin des Ming, on pouvait dire qu’il n’avait pas d’égal. Huang Zongxi (黄宗羲) l’estimait par-dessus tout ; ses hauts faits se trouvent dans le Livre des récits de chevaliers errants (游俠佚聞錄) ; à sa mort, il composa son épitaphe (墓誌銘). Huang Baijia (黄百家), nom social Zhuyi, transmit la Méthode de boxe de l’école interne (內家拳法), avec les chants et formules de la Boxe longue en six routes (六路長拳) et des Dix sections de brocart (十段錦). Cent ans après Zhengnan encore, il y eut Gan Fengchi (甘鳳池). Tous ceux-là sont des hommes de l’école du Sud. Quant à l’école du Nord, la transmission en fut faite par Wang Zongyue à Jiang Fa (蔣發) du Henan ; Jiang Fa la transmit à Chen Changxing (陳長興) du village de la famille Chen (陳家溝), préfecture de Huaiqing, au Henan. Cet homme se tenait toujours droit, sans pencher, impassible comme un coq de bois : c’est pourquoi on l’appelait « monsieur Tablette » (牌位先生). Il avait deux fils, Gengxin (耿信) et Jixin (紀信). À cette époque, Yang Luchan (楊露蟬), nom personnel Fukui, homme du xian de Yongnian, préfecture de Guangping, au Zhili, entendit parler de sa renommée et partit, avec son compatriote Li Baikui (李伯魁), se mettre à son école. À leur arrivée, tous les condisciples, sauf eux deux, s’appelaient Chen, et les regardaient de travers. Les deux hommes s’unirent donc étroitement et étudièrent de tout leur cœur, veillant souvent toute la nuit sans dormir. Monsieur Tablette, voyant l’ardeur de Yang, lui transmit tous ses secrets. Yang revint chez lui et enseigna l’art à tout son pays ; on l’appelait communément la boxe souple (ruan quan, 軟拳) ou la boxe qui neutralise (hua quan, 化拳), parce qu’elle sait éviter et maîtriser les forces dures. Puis Yang voyagea à la capitale et fut l’hôte de nombreuses demeures ; les princes, ducs et seigneurs mandchous des Qing s’instruisirent auprès de lui, et il devint bientôt instructeur de boxe du camp des bannières (旗營). Il eut trois fils : l’aîné, Qi (錡), mourut jeune ; le second, Yu (鈺), nom social Banhou (班侯) ; le troisième, Jian (鑑), nom social Jianhou (健侯), aussi appelé Jinghu (鏡湖). Tous deux acquirent une grande renommée. J’ai suivi pendant des années l’enseignement de monsieur Jinghu et je connais son lignage. Il eut trois fils : l’aîné, Zhaoxiong (兆熊), nom social Mengxiang (夢祥) ; le second, Zhaoyuan (兆元), mort jeune ; le troisième, Zhaoqing (兆淸), nom social Chengfu (澄甫). Banhou eut un fils, Zhaopeng (兆鵬), qui cultive la terre dans son village. Lorsque monsieur Luchan était instructeur du camp des bannières, trois hommes reçurent sa transmission : Wan Chun (萬春), Ling Shan (凌山) et Quan You (全佑). L’un avait un jin dur, l’un était habile à projeter autrui, l’un était habile à neutraliser en souplesse ; on dit que chacun des trois reçut une part du maître — la distinction entre os, muscles et peau. Bientôt, sur l’ordre du maître, ils firent tous trois allégeance à monsieur Banhou et se dirent ses disciples. Il y avait aussi Song Shuming (宋書銘), qui se disait descendant de Song Yuanqiao : longtemps attaché à l’état- major de Xiangcheng (項城, Yuan Shikai), versé dans la raison du Yi et habile en taiji quan, il y apporta maintes innovations. Il était lié d’amitié avec moi ; nos échanges quotidiens, du matin au soir, me furent d’un profit non négligeable. Les instructeurs de notre société — Ji Zixiu (紀子修), Wu Jianquan (吳鑑泉), Liu Enshou (劉恩綬), Liu Caichen (劉彩臣), Jiang Dianchen (姜殿臣) et d’autres — s’instruisirent en grande partie auprès de lui. (Wu est le fils de Quan You ; Ji était souvent l’ami de monsieur Ling.)
Chapitre 6 — Le Classique du taiji quan annoté (太極拳經詳註)
太極者無極而生、
« Le taiji naît du wuji ; il est le mécanisme du mouvement et du repos, la mère du yin et du yang. » (太極者無極而生、動靜之機、陰陽之母也)
太大也。至也。極者樞紐根柢之謂。太極為天地萬物之根本。而太極拳則為各拳之極至也。無極而生者。本於無極也。此拳重在鍛鍊精神。運勁作勢。純任自然。不甚拘於形式。以虛無為本。而包羅萬象。故曰無極。然初學者究當就有形之姿勢。入手學習。久之着熟然後懂勁。融會慣通。始能入於神化之境。
Tai signifie « grand, suprême » ; ji désigne le pivot, la racine. Le taiji est la racine du ciel, de la terre et des dix mille êtres ; et le taiji quan est ce à quoi parviennent au suprême degré toutes les boxe. « Naît du wuji » : il prend sa source dans le wuji. Cette boxe met l’accent sur la discipline de l’esprit ; elle meut le jin et forme les postures en s’en remettant au naturel, sans trop s’attacher aux formes. Elle a le vide pour fondement, tout en embrassant les dix mille apparences : c’est pourquoi l’on dit « wuji ». Mais le débutant doit d’abord s’engager par les postures visibles : avec le temps, les techniques (zhao, 着) deviennent familières, puis l’on comprend le jin (dong jin, 懂勁), et par la compréhension fondue en une seule on parvient à l’état de transformation divine (shenhua, 神化).
案周濂溪太極圖說。無極而太極。註云。上天之載。無聲無臭。而實造化之樞紐。品彙之根柢也。故曰。無極而太極。非太極之前、復有無極也。此云無極而生。究有語病。
Or, dans son Explication du diagramme du taiji, Zhou Lianxi (周濂溪) écrit « wuji, puis taiji ». Le commentaire dit : « L’œuvre du ciel est sans voix et sans odeur, et pourtant elle est vraiment le pivot de la création, la racine de tous les êtres. C’est pourquoi l’on dit : wuji, puis taiji — non qu’il y ait un wuji antérieur au taiji. » Dire ici que le taiji « naît » du wuji est donc une expression pour le moins discutable.
動靜之機、陰陽之母也
變易物體之位置。或動體進行之方向曰動。保存或維持其固有之位置或方向曰靜。機者朕兆也。如陰符經天發殺機之機。夫動靜無端。陰陽無始。太極者其樞紐機關而已。太極拳當行工時。中心泰然。抱元守一。未常不靜。及其靜也。神明不測。有觸卽發。未常無動。於動時存靜意。於靜中寓動機。一動一靜。互為其根。合乎自然。此太極拳術之所以妙也。
Changer la position d’un corps, ou la direction où se meut un corps, s’appelle « mouvement » ; conserver ou maintenir sa position ou sa direction propre s’appelle « repos ». « Mécanisme » (ji, 機) signifie le signe avant-coureur, comme le ji de « quand le ciel déclenche son mécanisme meurtrier » dans le Yinfu jing (陰符經). Le mouvement et le repos sont sans commencement, le yin et le yang sans origine ; le taiji n’en est que le pivot, le mécanisme. Quand on pratique le taiji quan, le cœur est paisible, on embrasse l’origine et l’on garde l’Un : jamais sans repos. Et, dans ce repos, l’esprit est insondable : au moindre contact, on émet — jamais sans mouvement. Dans le mouvement, garder l’intention du repos ; dans le repos, loger le ressort du mouvement. Mouvement et repos sont mutuellement racine l’un de l’autre, en accord avec le naturel : c’est en cela que l’art du taiji quan est subtil.
萬物之生也。負陰而抱陽。莫不有太極。有太極斯有兩儀。故太極為陰陽之母。太極拳着着勢勢。均含一〇圜形。其動而陽。靜而陰。及剛柔進退等。均與易理無異。故得假借易理以說明之。非强為附會也。
Tous les êtres, en naissant, « portent le yin sur le dos et embrassent le yang » : tous ont un taiji. S’il y a taiji, il y a les deux modes (liangyi) ; c’est pourquoi le taiji est la mère du yin et du yang. Chaque technique, chaque posture du taiji quan contient une forme circulaire (〇). Son mouvement est yang, son repos yin ; sa dureté et sa souplesse, son avance et son recul — tout est conforme à la raison du Yi : on peut donc emprunter la théorie des mutations pour l’expliquer, sans que ce soit une coïncidence forcée.
中國舊日學說。諸凡事物均以陰陽喩之。故陰陽無定位。太極拳之喩陰陽亦然。如拳勢之動者為陽。靜者為陰。出手為陽。收手為陰。進步為陽。退步為陰。剛勁為陽。柔勁為陰。發勁為陽。收勁為陰。粘勁為陽。走勁為陰。手足關節之伸為陽。曲為陰。分為陽。合為陰。開展為陽。收歛為陰。身軀之仰為陽。俯為陰。升為陽。降為陰。凡此所喩。無論遇如何變化。內皆含一〇圜形。故動靜不同時。陰陽不同位。而太極無不在焉。
Dans l’ancienne doctrine chinoise, toutes choses s’expliquaient par le yin et le yang, qui n’ont donc pas de position fixe. Il en va de même des figures du yin et du yang dans le taiji quan : les postures en mouvement sont yang, au repos yin ; la main qui sort est yang, celle qui rentre yin ; le pas qui avance est yang, celui qui recule yin ; le jin dur est yang, le jin souple yin ; le jin émis est yang, le jin rassemblé yin ; le jin qui colle est yang, le jin qui cède yin ; l’extension des articulations des mains et des pieds est yang, leur flexion yin ; s’ouvrir est yang, se fermer yin ; se déployer est yang, se concentrer yin ; le buste qui se redresse est yang, qui s’incline yin ; monter est yang, descendre yin. Dans toutes ces figures, quel que soit le changement rencontré, il y a toujours un cercle au-dedans. Ainsi, quand le mouvement et le repos ne sont plus simultanés, quand le yin et le yang ne sont plus à la même place, le taiji est partout.
動之則分、靜之則合、
« En mouvement, cela se divise ; au repos, cela se rassemble. » (動之則分、靜之則合)
動、變動也。動之則分陰分陽。兩儀立焉。靜之則冲漠無朕。而陰陽之理。已悉具其中矣。太極拳術當行工時。其各姿勢。一動一靜相間。其拳術之動者。前後左右上下。均有陰陽虛實可循。故曰動之則分。其靜的姿勢。雖無痕跡可指。然陰陽虛實。已具其中。故曰靜之則合。若作運動解。則太極之陽變陰合。卽物理力學分力合力之理也。太極拳術遇敵欲制我時。則當分截其勁為二。使敵力不能直達我身。(背勁)所謂動之則分是也。若將敵粘起用提勁。陽之變也。及起。靜定之使不動。或敵勁落空。稍靜卽發。用合勁陰之合也。倘敵欲發我。則應中心坦然。審候應機。靜以俟之。微動卽應。所謂後人發先人至是也。
« Mouvement » signifie changement. En mouvement, on distingue le yin et le yang : les deux modes s’établissent. Au repos, tout est indistinct et sans trace, mais la raison du yin et du yang y est déjà contenue tout entière. Quand on pratique le taiji quan, dans chaque posture, un mouvement et un repos alternent. Les mouvements de cette boxe — en avant, en arrière, à gauche, à droite, en haut, en bas — ont tous un yin et un yang, un vide et un plein à suivre : c’est pourquoi l’on dit « en mouvement, cela se divise ». Les postures de repos, bien qu’on n’y puisse indiquer aucune trace, contiennent déjà le yin et le yang, le vide et le plein : c’est pourquoi l’on dit « au repos, cela se rassemble ». Si l’on prend le mot au sens physique, « le yang du taiji se change, le yin s’unit » n’est autre que le principe de la décomposition et de la composition des forces en mécanique. Dans le taiji quan, quand l’adversaire veut me dominer, je dois couper et diviser son jin en deux, de sorte que sa force ne puisse atteindre mon corps en droite ligne (c’est éventer son jin) : voilà « en mouvement, cela se divise ». Si je colle l’adversaire et le soulève, j’emploie le jin qui élève — c’est la transformation du yang ; une fois soulevé, je le fixe par le calme pour qu’il ne bouge plus, ou bien son jin tombe dans le vide, et au moindre repos j’émets, par le jin qui unit — c’est l’union du yin. Si l’adversaire veut m’émettre, je dois garder le cœur paisible, observer et attendre l’occasion, l’attendre dans le calme, répondre au moindre mouvement : c’est ce qu’on appelle « émettre après l’autre, arriver avant lui ».
夫道一而已矣。當混沌未判。洪濛未闢。本無動靜。何有陰陽。故以虛無為本者。無不合道。天地如是。太極如是。太極拳習至極精處、亦如是也。然此指先天而言。指習拳術功深進道者而言。初學之士、驟難語此也。及乾坤旣定。兩儀攸分。有陰陽斯有動靜。則言太極者、不能不就有形象者以講求之。太極拳之分合動靜。合乎陰陽。如動勢須求開展。運勁務明虛實。剛則化之、故曰分。柔則守之、故曰合。坤在靜中求動。無為始而有為終。必須伏炁。乾則動中求靜。有為先而無為了。只要還虛。蓋萬物之理。以虛而受。以靜而成。天地從虛中立極。靜中運機。故混沌開而闔闢之局斯立。百骸固而無極之藏自主。無不從虛靜中來也。重陽子曰。此言大道之原。而功先於虛靜。虛則無所不容。靜則無所不應。由是觀之。習太極拳者。倘以虛靜為本。則分合變化。自無不如意也。
Le Dao est un, et un seul. Quand le chaos n’était pas encore séparé, quand la brume primitive n’était pas encore ouverte, il n’y avait ni mouvement ni repos : comment y eût-il eu du yin et du yang ? C’est pourquoi prendre le vide pour fondement ne peut que s’accorder au Dao. Il en est ainsi du ciel et de la terre, il en est ainsi du taiji, et le taiji quan poussé jusqu’au plus haut degré de finesse en est ainsi également. Mais cela se dit de l’état primordial (xian tian), cela se dit de qui, par la profondeur du travail, avance dans le Dao ; au débutant, on ne saurait en parler d’emblée. Une fois le ciel et la terre fixés, une fois les deux modes séparés, il y a du yin et du yang, donc du mouvement et du repos : celui qui parle du taiji ne peut alors plus s’en tenir qu’aux formes visibles pour l’étudier. Les divisions et les unions, les mouvements et les repos du taiji quan s’accordent au yin et au yang. Dans une posture en mouvement, il faut chercher le déploiement ; en menant le jin, il faut comprendre le vide et le plein. Quand l’autre est dur, on le neutralise : c’est pourquoi l’on dit « diviser » ; quand il est souple, on le garde : c’est pourquoi l’on dit « unir ». Le kun cherche le mouvement dans le repos : le non-agir commence et l’agir finit — il faut y faire descendre le souffle. Le qian cherche le repos dans le mouvement : l’agir précède et le non-agir achève — il ne reste qu’à revenir au vide. Car la raison de toutes choses, c’est que le vide reçoit et que le calme accomplit. Le ciel et la terre établissent leur axe dans le vide et font tourner leur mécanisme dans le calme : quand le chaos s’ouvre, la figure de l’ouverture et de la fermeture s’établit ; quand les cent os se consolident, le trésor du wuji se garde de lui-même — tout vient du vide et du calme. Wang Chongyang (重陽子) dit : « Voilà l’origine du grand Dao : le travail commence par le vide et le calme. Le vide, rien qu’il ne contienne ; le calme, à rien qu’il ne réponde. » À voir cela, qui pratique le taiji quan en prenant le vide et le calme pour fondement verra naturellement les divisions, les unions et les changements réussir comme il lui plaît.
無過不及隨曲就伸、
« Ni excès ni manque : suivre la courbure, s’étendre vers le droit. » (無過不及隨曲就伸)
過、逾也。不及、未至也。隨、無逆也。就、卽之也。過與不及。皆為失中。失中則陽亢陰暌。未能有合也。太極拳於曲伸分合等處。運勁過則生頂抗等病。不及則有丢扁等病。欲求不卽不離。則應隨之而曲。就之而伸。隨機應變。毋固毋我。因力於敵。以中為主。而粘黏連隨以就之。自無不合。所謂君子而時中也。案初學此拳者。每失之過。迨稍懂勁。則每失之不及。學者宜審愼之。
« Excès » (guo) signifie dépasser ; « manque » (buji) signifie ne pas atteindre. « Suivre » (sui) signifie ne pas aller à contre-sens ; « s’étendre vers » (jiu) signifie s’approcher. L’excès et le manque sont tous deux une perte du centre. Qui perd le centre voit le yang s’emballer et le yin se séparer : rien ne peut s’unir. Dans le taiji quan, aux endroits de flexion, d’extension, de division et d’union, si l’on mène le jin avec excès, on contracte les défauts de la résistance et du choc de tête ; si l’on n’y atteint pas, on contracte les défauts de l’abandon et de l’affaissement. Qui veut n’être ni collé ni séparé doit suivre la courbure de l’autre et s’étendre vers sa droiture : s’adapter à l’occasion, sans obstination ni ego, tirant sa force de l’adversaire, prenant le centre pour maître, et l’engageant par le coller, l’adhérer, l’enchaîner et le suivre — dès lors, rien ne manque de s’unir. C’est ce qu’on appelle « le sage, toujours dans la juste mesure du moment ». Notons que le débutant pèche d’ordinaire par excès, puis, lorsqu’il commence à comprendre le jin, il pèche souvent par défaut : que l’étudiant y prenne garde.
人剛我柔謂之走、我順人背謂之粘、
« L’autre est dur et je suis souple : cela s’appelle céder (zou). Je suis à l’aise et l’autre est en difficulté : cela s’appelle coller (zhan). » (人剛我柔謂之走、我順人背謂之粘)
人者、敵也。剛、指剛强有力而言。柔、順也。走者、化也。以柔順變化敵力之方向。不為所制。故曰、走。順者、自由便利也。背者、不自由不便利也。粘者、取制敵人之力也、遇敵施剛力時。我惟順應其勢取而制之。使俯就我之範圍。故曰、粘。太極拳常以小力敵大力。弱勝、强。柔制、剛。為其主旨。但以常理言之。小固不可以敵大。弱固不可以勝强、柔固難期以制剛、然云敵之勝之制之者。必有其所以制勝之理在。蓋敵力須加吾身方生效力。苟御制得道。趁其用剛發動之始。審機應變。採取擒獲。使還制其身。則我雖弱。常居制人地位。敵雖强。常居被制地位。難於自由發展。力雖巨奚益。此老聃齒敝舌存之說也。頗合太極拳剛柔之義。然非好學深思之士。未足以語此。
« L’autre » désigne l’adversaire. « Dur » signifie fort et puissant. « Souple » signifie docile. « Céder » (zou, 走) signifie neutraliser : par la souplesse et la docilité, changer la direction de la force adverse afin de n’en être pas dominé — voilà « céder ». « À l’aise » (shun) signifie libre et avantageux ; « en difficulté » (bei) signifie gêné et désavantageux. « Coller » (zhan, 粘) signifie saisir la force de l’adversaire pour la dominer : quand l’adversaire déploie sa force dure, je n’ai qu’à épouser sa momentum et la saisir pour la dominer, l’amenant à s’incliner dans ma sphère — voilà « coller ». Le taiji quan oppose toujours la petite force à la grande, la faiblesse qui vainc la force, la souplesse qui domine la dureté : c’est là son idée maîtresse. Mais, selon la raison commune, le petit ne peut certes pas tenir tête au grand, la faiblesse ne peut vaincre la force, et l’on attend difficilement de la souplesse qu’elle domine la dureté. Pourtant, si l’on parle de tenir tête, de vaincre, de dominer, c’est qu’il y a nécessairement une raison de l’emporter : la force adverse ne produit d’effet qu’en s’appliquant à mon corps ; si je la maîtrise selon la voie juste, je profite du tout début où il déploie sa dureté, j’observe l’occasion et réponds au changement, je le prends et le capture, le renvoyant dominer son propre corps. Ainsi, même faible, je tiens toujours la position de celui qui domine ; même fort, il tient toujours la position de celui qui est dominé ; s’il lui est difficile de se déployer librement, que lui sert sa force immense ? C’est le propos de Lao Dan : « les dents s’usent, la langue demeure » — il s’accorde fort bien au sens du dur et du souple dans le taiji quan. Mais si l’on n’est pas un homme studieux qui pense en profondeur, on ne saurait en parler.
動急則急應、動緩則緩隨、雖變化萬端、而理為一貫、
« À mouvement rapide, réponse rapide ; à mouvement lent, suivi lent. Si les changements sont innombrables, la raison n’en est qu’une, qui court à travers tout. » (動急則急應、動緩則緩隨、雖變化萬端、而理為一貫)
此言己動作之遲速。當隨敵動作遲速之程度而異。但欲識敵之遲速程度。須先體察敵力之動機。方能因應咸宜。何謂動機。周濂溪通書有云。動而未形有無之間者曰機。又曰機微故幽。難識如此。設非功深。不易知也。然苟得其機。敵雖變化萬端。由一本而萬殊。而我則執兩用中。扼萬殊使歸一本。審機應候。無過不及。守一以臨。純任自然。無絲毫之凝滯矣。故曰得其一而萬事畢是也。
Cela dit que la lenteur ou la rapidité de mes mouvements doit suivre le degré de lenteur ou de rapidité des mouvements de l’adversaire. Mais pour connaître ce degré, il faut d’abord sonder le mécanisme du mouvement de sa force ; alors seulement on répond de façon appropriée en toute circonstance. Qu’est-ce que le « mécanisme » (ji)? Le Tongshu de Zhou Lianxi dit : « Le mouvement qui n’a pas encore pris forme, entre l’être et le non-être, s’appelle le mécanisme. » Il dit encore : « Le mécanisme est subtil, donc obscur. » Il est si difficile à reconnaître que, sans un travail profond, on ne le discerne pas facilement. Mais si l’on saisit le mécanisme, l’adversaire, si innombrables que soient ses changements — dix mille diversités issues d’une seule racine —, je tiens les deux et use du juste milieu : je ramène les dix mille diversités à leur racine unique, j’observe le mécanisme et j’attends l’occasion, sans excès ni manque, gardant l’Un pour faire face, en pur naturel, sans la moindre stagnation. C’est pourquoi l’on dit : « Saisis l’Un, et tout est accompli. »
由着熟而慚悟懂勁、由懂勁而階及神明、然非用力之久、不能豁然貫通焉、
« Par la maîtrise des techniques, on comprend peu à peu le jin ; du jin compris, on s’élève par degrés jusqu’à la clarté spirituelle. Mais sans un long travail, on ne peut atteindre la compréhension soudaine et totale. » (由着熟而慚悟懂勁、由懂勁而階及神明、然非用力之久、不能豁然貫通焉)
此言習太極拳者。進功自有一定之程度。而不可躐等躁進也。太極拳之妙全在用勁。此勁字係靈明活潑由功深練出之勁不可僅作力量解然勁為無形。必附麗於有形之着。始能顯著。言太極拳者。每專恃善於運勁。而輕視用着。以致習者無從捉摸。有望洋興歎之槪。虛度光陰。難期進益。較循序漸進者。反事倍功半。不遵守自然之程序故也。昔孔子講學。常因材授敎。故諸門弟子。各得其益。拳術雖屬小技。然執塗人而語以升堂入室之奧。未有能豁然者也。故習此拳者。應先模仿師之姿勢。姿勢正確矣。須求各姿勢互相聯貫之精神。拳路熟習矣。須求各勢着數之用法。着熟矣。其用是否能適當。用均得其當矣。其勁是否不落空。勁不落空。是眞為着熟。再由推手以求懂勁。研求對手動作之輕重遲速。及勁行之趨向方位。久之自微懂而略懂。進至於無微不覺。無處不懂。方得稱為懂勁。懂勁後不求用着。而着自合。進至無勁非着。無着非勁。漸至不須用着。祗須用勁。再至不求用勁。而勁自合。以意運勁。以氣代意。精神所觸。莫之能禦。則階及神明矣。是非數十年純。功曷克臻此。
Cela dit que celui qui pratique le taiji quan progresse selon un degré fixé, sans brûler les étapes ni se précipiter. La subtilité du taiji quan tient tout entière à l’emploi du jin — ce caractère jin désigne une force lucide et vivante, sortie d’un travail profond ; on ne peut l’entendre comme une simple vigueur physique. Mais le jin, étant sans forme, doit s’attacher aux techniques visibles (zhao) pour se manifester. Ceux qui parlent du taiji quan s’appuient souvent sur la seule conduite du jin et négligent l’emploi des techniques : les étudiants n’ont alors plus rien à quoi se raccrocher, et c’est le soupir devant la mer sans rivage ; le temps se perd, le progrès se fait attendre, et comparés à ceux qui avancent pas à pas, ils font deux fois l’effort pour la moitié du résultat — faute de suivre l’ordre naturel. Jadis Confucius enseignait selon les capacités de chacun, et tous ses disciples en profitèrent. La boxe est un art mineur, mais si l’on parlait au premier venu des mystères du sanctuaire le plus secret, nul n’y verrait clair. C’est pourquoi qui pratique cette boxe doit d’abord imiter les postures du maître ; une fois les postures correctes, chercher l’esprit qui relie chaque posture aux autres ; une fois l’enchaînement familier, chercher l’usage des techniques de chaque posture ; une fois les techniques familières, voir si leur emploi est approprié ; une fois l’emploi juste partout, voir si le jin ne tombe pas dans le vide. Quand le jin ne tombe pas dans le vide, les techniques sont vraiment familières. Ensuite, par la poussée des mains (tuishou), chercher à comprendre le jin : étudier la légèreté et la lourdeur, la lenteur et la rapidité des mouvements de l’adversaire, et la direction, la visée de son jin. Avec le temps, on passe d’une compréhension fine à une compréhension d’ensemble, jusqu’à ce que rien de subtil ne vous échappe et que nulle part le jin ne vous soit étranger : alors seulement on peut dire qu’on comprend le jin. Une fois le jin compris, on ne cherche plus à employer les techniques, et les techniques s’accordent d’elles-mêmes ; on avance jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de jin qui ne soit technique, ni de technique qui ne soit jin ; peu à peu, plus besoin d’employer les techniques, il suffit d’employer le jin ; puis l’on ne cherche même plus à employer le jin, et le jin s’accorde de lui-même : on mène le jin par l’intention, on remplace l’intention par le souffle ; ce que touche l’esprit, nul ne peut l’arrêter — alors on s’est élevé jusqu’à la clarté spirituelle (shenming, 神明). Sans plusieurs dizaines d’années d’un travail pur, comment y atteindre ?
虛領頂勁、
« La nuque légère, l’énergie au sommet du crâne. » (虛領頂勁)
虛、一作須。似宜從虛。虛者對實之稱。實卽窒滯難巧也。頂者頭頂。亦曰顖門。小兒初生時。此處骨軟未合。常隨呼吸顫動。道家稱為上丹田泥丸宮。蓋藏神之府也。佛家摩頂受記。道家上田練神。易曰行其庭不見其人。庭指天庭頭頂也行神氣流行也不見其人虛也黃庭經云。子欲不死修崑崙。山名喩頭頂均示人修養之要訣也。夫人之大腦主思想。小腦主運動。而頭頂實首出庶物。支配神經。為主宰之樞府。其地位重要如此。宜為修養家所注重。練太極拳者。向主身心合一。內外兼修。精神與肉體二者同時鍜鍊。故運勁時必運智於腦。貫神於頂。務使頂上圓光。虛靈不昧。所以鍊神也。蓋頭為全身綱領。綱舉則目張。頭頂懸則週身骨骼正直。筋肉順遂。偶有動作。全身一致。左右前後。無掣肘之虞矣。
Le caractère xu (虛, « vide ») s’écrit parfois xu (須, « il faut ») ; il semble qu’il faille adopter « vide ». « Vide » s’oppose à « plein » : le plein, c’est l’engorgement, d’où la difficulté d’être habile. « Sommet » (ding) est le sommet du crâne, appelé aussi fontanelle (xin men) : chez le nouveau-né, les os y sont encore mous et non soudés, et l’on y voit souvent des pulsations au rythme de la respiration. Les taoïstes l’appellent le champ de cinabre supérieur (shang dantian), le palais de la pilule de boue (niwan gong) : c’est la demeure où se cache l’esprit. Les bouddhistes y touchent le sommet du crâne lors de l’ordination ; les taoïstes y exercent l’esprit dans le champ supérieur. Le Yi dit : « Il marche dans sa cour et ne voit pas sa personne » — la « cour » désigne le front, c’est-à-dire le sommet de la tête ; « marcher », c’est le souffle et l’esprit qui circulent ; « ne voit pas sa personne », c’est le vide. Le Huangting jing (黃庭經, Classique de la Cour jaune) dit : « Si tu veux ne pas mourir, cultive le Kunlun » — le nom de cette montagne figure le sommet du crâne. Tous montrent aux hommes la formule essentielle de la culture de soi. Le grand cerveau gouverne la pensée, le petit cerveau gouverne le mouvement ; quant au sommet du crâne, il émerge au-dessus de tous les êtres, commande les nerfs et est le siège souverain : sa position est si importante qu’elle mérite l’attention de qui se cultive. Celui qui pratique le taiji quan vise l’union du corps et de l’esprit, la culture simultanée de l’intérieur et de l’extérieur, l’exercice simultané de l’esprit et de la chair. Aussi, quand il mène le jin, il doit mener l’intelligence dans le cerveau et faire pénétrer l’esprit au sommet du crâne, s’efforçant d’avoir au sommet un halo lumineux, une vacuité spirituelle sans éclipse : c’est ainsi qu’il exerce l’esprit. Car la tête est le fil conducteur de tout le corps : quand le fil est levé, les mailles s’ouvrent. Quand le sommet du crâne est suspendu, tout le squelette est droit, les muscles et les tendons obéissants ; au moindre mouvement, le corps entier agit d’un seul bloc, à gauche, à droite, devant, derrière, sans crainte d’être entravé.
氣沉丹田、
« Le souffle descend au dantian. » (氣沉丹田)
丹田、穴名。道家謂丹田有三。一居頭頂、以藏神。一居中脘、以蓄炁。一居臍下。以藏精。此指下丹田也。(臍下三寸)常用深呼吸使氣歸納于此。自能氣足神旺。黃庭云。呼吸廬外入丹田。審能行之可常存。蓋常人呼吸短促。每至中脘而回中脘橫膈膜也不能下達此處。因之循環遲緩。肺力薄弱。不足以排泄腹中炭養。血脈不能紅活。於人之壽命關係至鉅。老子曰。天地之間。其猶橐籥乎。又曰虛其心。實其腹。蓋吐故納新。吐吐腹中濁氣納吸新鮮空氣也歸根復命。根根蒂指下丹田命門精氣也歸復者以意逆志於此也以心意導精氣於下丹田而施烹煉也。久之自能延年却病。下丹田為全身重點所在。習拳術者。沉氣於此。則屹然不動。不易撼倒。但沉者徐徐而下。在有意無意之間。非若外家之用力下沉、外臌小腹也。倘或不愼。每致腸疝諸症。邇來日本之靜坐家剛田虎二郎、罹糖尿病逝世。議者疑係努力下丹田所致。非無因也。
Le dantian (丹田, « champ de cinabre ») est le nom d’un point. Les taoïstes disent qu’il y a trois champs de cinabre : l’un au sommet du crâne, qui cache l’esprit ; un au creux de l’estomac, qui amasse le souffle ; un sous le nombril, qui cache l’essence. Il s’agit ici du champ inférieur (xia dantian), trois cun sous le nombril. En usant constamment de la respiration profonde pour y ramener le souffle, le souffle devient naturellement plein et l’esprit florissant. Le Huangting jing dit : « Respire hors de la demeure, entre dans le dantian ; si tu sais le faire avec constance, tu peux durer toujours. » Le souffle de l’homme ordinaire est court : il s’arrête au creux de l’estomac — le diaphragme — et ne peut descendre jusqu’ici. La circulation s’en trouve ralentie, la force des poumons affaiblie, insuffisante pour expulser le gaz carbonique du ventre, et le sang ne peut rester rouge et vivant : cela touche de très près à la durée de la vie humaine. Laozi dit : « Entre le ciel et la terre, n’est-ce pas comme un soufflet ? » Il dit encore : « Vide ton cœur, remplis ton ventre. » C’est le « rejeter l’air usé, absorber l’air neuf » : rejeter, c’est exhaler l’air trouble du ventre ; absorber, c’est inspirer l’air frais. « Revenir à la racine, renouveler le destin » (歸根復命) : la « racine » et la « tige » désignent le champ inférieur et l’essence-souffle de la porte de la vie (ming men) ; « y revenir », c’est y retourner l’intention par la pensée : conduire l’essence et le souffle, par le cœur et l’intention, au champ inférieur et l’y soumettre à la cuisson. Avec le temps, on prolonge naturellement ses jours et l’on écarte les maladies. Le champ inférieur est le point capital de tout le corps : celui qui pratique la boxe y fait descendre le souffle et se tient immobile comme une montagne, difficile à ébranler. Mais cette descente doit se faire lentement, entre le voulu et le non-voulu — non comme chez les boxeurs externes, qui y enfoncent le souffle par la force et gonflent le bas-ventre ; si l’on n’y prend garde, on attire souvent des hernies et autres maux. Récemment, le méditant japonais Gota Torajirō est mort d’un diabète ; certains soupçonnent qu’il força trop sur le champ inférieur — et ce n’est pas sans raison.
不偏不倚、忽隱忽現、
« Ni incliné ni appuyé ; tantôt caché, tantôt visible. » (不偏不倚、忽隱忽現)
偏、偏頗失中也、倚、倚賴失正也。隱、隱藏。現、表現。忽隱、忽現者。神明不測也。上指身體姿勢。下指神氣運勁而言。太極虛明中正者也。於姿勢則必中必正。於運勁若有意無意。使神氣意力。全身貫澈。無過不及。忽隱忽現。令人不可捉摸。練習純熟。便易領悟。幾何學定理。兩點之間祗可作一直線。太極拳上領頂勁。下守重心。週身中正。便無不是處矣。但領守均須含活潑之意。富自然之趣。過于矜持。則神氣凝滯。姿態呆板。運勁不能虛靈。動生障礙矣。故曰忽隱忽現也。
« Incliné » (pian) désigne la perte du centre par partialité ; « appuyé » (yi) désigne la perte de la droiture par appui. « Caché » (yin) signifie dissimuler ; « visible » (xian) signifie se manifester. « Tantôt caché, tantôt visible » : c’est l’esprit insondable. La première phrase concerne la posture du corps ; la seconde, le mouvement de l’esprit, du souffle et du jin. Le taiji est vide, lumineux, centré et droit : la posture doit être centrée et droite, et le mouvement du jin comme voulu et non voulu à la fois, faisant que l’esprit, le souffle, l’intention et la force traversent le corps entier, sans excès ni manque, tantôt cachés, tantôt visibles, impossibles à saisir pour l’autre. Quand l’exercice est parfaitement familier, on le comprend facilement. Théorème de géométrie : entre deux points, on ne peut tracer qu’une seule droite. Dans le taiji quan, on mène le jin au sommet et l’on garde le centre de gravité en bas ; quand tout le corps est centré et droit, il n’est rien qui ne soit correct. Mais cette conduite et cette garde doivent contenir une intention vivante et une saveur naturelle : si l’on s’y crispe par excès de retenue, alors l’esprit et le souffle se figent, la posture se raidit, le jin ne peut plus se mouvoir avec une vacuité spirituelle, et le mouvement même crée des obstacles. C’est pourquoi l’on dit : « tantôt caché, tantôt visible ».
左重則左虛、右重則右杳、
« Si la gauche est lourde, la gauche se vide ; si la droite est lourde, la droite s’évanouit. » (左重則左虛、右重則右杳)
此仍承上文而言。吾隱現無常。敵以吾力在左。思更加重吾左方之力。使失平衡。吾則虛以待之。令敵力落空。敵揣吾右方有力。可以擒制。吾卽隱而藏之。虛實易位。隨機善應。敵更何所施其技耶。
Ceci poursuit le passage précédent. Je me cache et je me montre sans règle. Si l’adversaire croit ma force à gauche et veut alourdir encore ma gauche pour me faire perdre l’équilibre, je vide ma gauche et l’attends : sa force tombe dans le vide. S’il suppose ma droite forte et pense pouvoir la saisir et la dominer, je la cache aussitôt et la dérobe : le vide et le plein échangent leurs places. Si l’on s’adapte à l’occasion et répond avec justesse, comment l’adversaire pourrait-il exercer ses techniques ?
仰之則彌高、俯之則彌深、
« Qu’on s’élève contre lui, il est plus haut ; qu’on plonge contre lui, il est plus profond. » (仰之則彌高、俯之則彌深)
仰升、俯降也。敵欲提吾使上。吾卽因而高之。敵欲抑吾使下。吾卽因而降之。敵遂失其重心。反受吾制矣。
« S’élever » (yang), c’est monter ; « plonger » (fu), c’est descendre. Si l’adversaire veut me soulever pour me faire monter, je le suis et monte plus haut ; s’il veut me faire descendre, je le suis et descends plus bas. L’adversaire perd alors son centre de gravité et, à l’inverse, se trouve sous ma domination.
進之則愈長、退之則愈促、
« Qu’on avance, il s’allonge ; qu’on recule, il se resserre. » (進之則愈長、退之則愈促)
進、前進也。長、伸舒也。退、後退也。促、逼迫也。吾前進時。倘敵順領吾勁時。吾則長身以隨之。使無可退避。或敵乘勢前進。吾急引而伸之。使力到盡頭。自不得再逞。吾若退後。敵力逼來。每致迫促無路可逃。易云天行健君子以自强不息。示人遇事當積極進行。不可退縮也。太極拳雖以柔靜為主。但非務退避。其佯退者。乃以退為進。非眞退也。若竟退時。倘遇敵隨之深入。則逼迫不自安矣。又敵退後時。吾進而迫之使愈促。吾退後時。敵力跟來。吾則或俯身摺疊以促其指腕。或旁按臂彎。使敵促迫不安、而不能再進。
« Avancer » (jin), c’est aller de l’avant ; « s’allonger » (chang), c’est s’étendre et se détendre ; « reculer » (tui), c’est aller en arrière ; « resserrer » (cu), c’est presser et contraindre. Quand j’avance et que l’adversaire, docile, conduit mon jin, je m’allonge pour le suivre, de sorte qu’il ne puisse ni reculer ni esquiver. S’il profite de la situation pour avancer, je l’attire aussitôt et l’étire, jusqu’à ce que sa force touche sa limite : il ne peut plus alors se déchaîner. Si je reculais, sa force me presserait et je me trouverais contraint, sans route d’évasion. Le Yi dit : « Le ciel agit avec vigueur ; l’homme de bien s’efforce sans relâche » : il enseigne qu’il faut aller résolument de l’avant, sans se replier. Bien que le taiji quan fasse du souple et du calme ses maîtres, il ne s’applique pas à fuir : les reculs simulés sont une façon d’avancer en reculant, ce ne sont pas de vrais reculs. Si l’on reculait vraiment, et que l’adversaire suivît en s’enfonçant, on serait pressé et mal à l’aise. Quand l’adversaire recule, j’avance et le presse pour le resserrer davantage ; quand je recule et que sa force me suit, je m’incline alors et me replie pour gêner ses doigts et son poignet, ou je pousse de côté la courbure de son bras : l’adversaire, contraint et mal à l’aise, ne peut plus avancer.
一羽不能加、一蠅不能落、
« Une plume ne peut s’y ajouter ; une mouche ne peut s’y poser. » (一羽不能加、一蠅不能落)
羽、翎羽也。加、增之也。落、降也。着也。言善太極工者。感覺敏銳。稍觸卽知。稍縱卽逝。雖輕如一羽。微如蠅蟲。稍近吾體。亦卽知覺。趨避而不令加着也。夫虛靈不昧之謂神。有知覺然後能運動。致虛極。守靜篤。寂然不動。感而遂通。有不期然而然者。非鍛鍊有素、肢體軟靈、富有觸力、未足語此也。
« Plume » (yu) désigne la plume de l’aile ; « s’ajouter » (jia), c’est s’y poser en plus ; « se poser » (luo), c’est descendre et toucher. Cela dit que qui excelle au travail du taiji a le toucher aigu : au moindre contact il sait, à la moindre tentative il s’évanouit. Si léger que soit ce qui s’approche de mon corps, une plume, un moucheron, je le perçois aussitôt et l’esquive sans le laisser se poser. La vacuité spirituelle sans éclipse s’appelle l’esprit ; c’est par la perception qu’on peut ensuite se mouvoir. « Atteins le vide extrême, garde le calme sincère » : silencieux et immobile, on est ému et l’on répond ; il se produit des choses qu’on n’avait pas prévues. Sans un exercice ancien, sans des membres souples et spirituels, sans une riche force de contact, on ne saurait en parler.
人不知我、我獨知人、英雄所向無敵、蓋皆由此而及也、
« L’autre ne me connaît pas ; moi seul je connais l’autre. Si les héros sont invincibles, c’est qu’ils parviennent à cet état. » (人不知我、我獨知人、英雄所向無敵、蓋皆由此而及也)
虛靜則陰陽相合、覺敏則剛柔互濟。敵偶動作。吾無不知。吾之動作。敵盡難知。拳術家所向無敵。蓋均由此。孫子曰。善戰者無赫赫之功。又曰。知彼知己。百戰不殆。不知彼而知己。一勝一負。人不知我。我能知人。則所向無敵矣。
Dans le vide et le calme, le yin et le yang s’unissent ; par la perception aiguë, le dur et le souple s’entraident. L’adversaire a beau faire le moindre mouvement, rien ne m’échappe ; mes mouvements à moi, il lui est bien difficile d’en rien savoir. Si l’expert de boxe ne rencontre aucun adversaire, c’est toujours par là. Sunzi dit : « Qui combat bien n’a point de gloire éclatante. » Il dit encore : « Connais l’autre et connais-toi : cent combats, nul péril. Ne connaître que soi, c’est une victoire pour une défaite. » Si l’adversaire ne me connaît pas et que je peux le connaître, alors je suis invincible partout où je vais.
斯技旁門甚多、
« Les voies latérales de cet art sont nombreuses. » (斯技旁門甚多)
泛指他項拳術而言。
Cela désigne en général les autres arts de boxe.
雖勢有區別、
« Bien que leurs formes diffèrent… » (雖勢有區別)
流派不同。姿勢各異。
Les écoles diffèrent, les postures varient.
槪不外乎壯欺弱、慢讓快耳、
« …elles reviennent toutes au fort qui opprime le faible, au lent qui cède au rapide. » (槪不外乎壯欺弱、慢讓快耳)
他種拳術重力量。尚着法。而不求懂勁。故於機勢妙合、運用靈敏、以靜制動諸訣。槪不過問。
Les autres boxe font grand cas de la force, prisent les techniques, mais ne cherchent pas à comprendre le jin : quant aux secrets de l’accord subtil du mécanisme et de la situation, de l’emploi de la sensibilité, de la domination du mouvement par le calme, ils ne s’en préoccupent pas.
有力讓無力、手慢讓手快、此皆先天自然之能、
« La force cède à la faiblesse, la main lente cède à la main rapide : ce sont des dons naturels… » (有力讓無力、手慢讓手快、此皆先天自然之能)
謂力大與敏捷二者。均為天賦的能力。
Cela dit que la grande force et la vivacité sont toutes deux des capacités reçues du ciel.
非關學力而有所為也、
« …non le fruit de l’étude et du travail. » (非關學力而有所為也)
非由學而能者。
Ce ne sont pas des capacités qu’on obtient par l’étude.
察四兩撥千斤之句、(見搭手歌牽動四兩撥千斤)顯非力勝、
« Voyez l’adage “quatre onces déplacent mille livres” (voir le Chant des mains qui se touchent : “je tire de quatre onces pour mouvoir mille livres”) : il est clair qu’on ne vainc pas par la force. » (察四兩撥千斤之句、顯非力勝)
如秤衡秤物。滑車起重。全賴桿杆斜面等理。太極拳以小力勝大力。以無力制有力。與科學暗合。
Comme la balance qui pèse les objets, comme la poulie qui soulève les fardeaux : tout repose sur la raison du levier et du plan incliné. Que le taiji quan vainque la grande force par la petite, domine la force présente par la force absente, s’accorde en secret avec la science.
觀耄耋能禦衆之形、快何能為、
« Regardez le vieillard qui repousse la foule : que peut la vitesse ? » (觀耄耋能禦衆之形、快何能為)
古稱七十曰耄。八十曰耋。年老之人。舉動遲緩。然古之名將。如廉頗等。雖老尚能勝衆。是必不僅持手足速快已也。
Dans l’antiquité, on appelait mao l’homme de soixante-dix ans et die celui de quatre-vingts. Les vieillards ont des gestes lents ; pourtant les grands généraux d’autrefois, tel Lian Po, vainquaient encore la multitude malgré leur âge : il est certain qu’ils ne s’en remettaient pas seulement à la vitesse des mains et des pieds.
立如平凖、活似車輪、
« Se tenir comme une balance ; bouger comme une roue. » (立如平凖、活似車輪)
中正安舒。不偏不倚。脊背三關。自然得路也。
Centré, droit, paisible et à l’aise, ni incliné ni appuyé : les trois passes de l’échine trouvent naturellement leur route.
偏沉則隨、雙重則滯、
« Pencher d’un côté, c’est suivre ; peser des deux côtés, c’est s’engorger. » (偏沉則隨、雙重則滯)
偏、指一端也。如吸水機。如撤酒器。使一端常虛。故能引水。如欹器之不堪盈滿。滿則自覆矣。
« Pencher » (pian) désigne un seul côté. Comme la pompe qui aspire l’eau, comme le siphon : qu’un côté soit toujours vide, et l’on peut y attirer l’eau. Comme le vase incliné qui ne supporte pas la plénitude : plein, il se renverse de lui-même.
每見數年純工、不能運化者、率皆自為人制、雙重之病未悟耳、
« Souvent, ceux qui après des années de travail pur ne savent pas transformer sont tous dominés par autrui : ils n’ont pas compris la maladie du double poids. » (每見數年純工、不能運化者、率皆自為人制、雙重之病未悟耳)
古云恃德者昌。恃力者亡。易曰。天行健君子以自强不息。蓋言虛則靈。靈則動。動則變。 變則化。化則無滯耳。善應敵者。常致人而不致於人。而况自為人所制乎。用功雖純。苟不悟雙重之弊。猶未學耳。
Les anciens disaient : « Qui s’appuie sur la vertu prospère ; qui s’appuie sur la force périt. » Le Yi dit : « Le ciel agit avec vigueur ; l’homme de bien s’efforce sans relâche. » Cela veut dire : le vide rend spirituel, le spirituel meut, le mouvement change, le changement transforme, la transformation ne s’engorge plus. Qui sait bien répondre à l’adversaire amène toujours l’adversaire chez lui, jamais l’inverse — à plus forte raison ne se laisse-t-il pas dominer par autrui. Si pur que soit le travail, si l’on ne comprend pas le défaut du double poids, c’est comme si l’on n’avait rien appris.
欲避此病、須知陰陽、
« Pour éviter ce défaut, il faut connaître le yin et le yang. » (欲避此病、須知陰陽)
陰陽之解甚多。前已述之。茲不復贅。
Les explications du yin et du yang sont nombreuses ; j’en ai déjà parlé plus haut, je n’y reviendrai pas.
粘卽是走、走卽是粘、
« Coller, c’est céder ; céder, c’est coller. » (粘卽是走、走卽是粘)
制敵勁時謂之粘。化敵勁時謂之走。
Quand on domine le jin de l’adversaire, cela s’appelle coller ; quand on neutralise son jin, cela s’appelle céder.
陰不離陽、陽不離陰、陰陽相濟、方為懂勁、
« Le yang ne quitte pas le yin, le yin ne quitte pas le yang ; yin et yang s’entraident : voilà le jin compris. » (陰不離陽、陽不離陰、陰陽相濟、方為懂勁)
知彼己之剛柔虛實。則陰陽互為消長。以虛濟盈。而不失其機。斯眞懂勁。
Connaître le dur et le souple, le vide et le plein, chez l’autre et chez soi : alors le yin et le yang croissent et décroissent mutuellement, le vide secourt le plein sans manquer l’occasion — voilà la vraie compréhension du jin.
懂勁後愈練愈精、
« Une fois le jin compris, plus on pratique, plus on s’affine… » (懂勁後愈練愈精)
反襯不懂勁則愈練愈不精也。
Par contraste : sans la compréhension du jin, plus on pratique, moins on s’affine.
默識揣摩、漸至從心所欲、
« …en méditant et en étudiant, on parvient peu à peu à ce que le cœur désire. » (默識揣摩、漸至從心所欲)
懂勁後能自揣摩。默而識之。有餘師矣。
Une fois le jin compris, on peut méditer par soi-même : le comprendre en silence, c’est avoir un maître de surplus.
本是舍己從人、多誤舍近求遠、
« À l’origine, il s’agit de s’oublier soi-même pour suivre l’autre ; beaucoup se trompent en cherchant loin ce qui est près. » (本是舍己從人、多誤舍近求遠)
毋意、毋必、毋固、毋我。隨機應便。不拘成見。
« Sans idée préconçue, sans exigence, sans obstination, sans ego. » (Confucius) Répondre selon l’occasion, sans s’en tenir aux opinions arrêtées.
所謂差之毫釐、謬之千里、
« Comme on dit : un écart d’un cheveu au départ, une erreur de mille li à l’arrivée. » (所謂差之毫釐、謬之千里)
區別甚微。人易謬誤。
La différence est très mince : il est facile de se tromper.
學者不可不詳辨焉、是為論、
« L’étudiant doit examiner cela avec le plus grand soin. Voilà le discours. » (學者不可不詳辨焉、是為論)
古人云。獲得眞訣好用工。苟不詳為辨別。則眞妄費工夫矣。
Un ancien dit : « Saisis la vraie formule, puis travaille bien. » Si l’on ne distingue pas soigneusement, on gaspille vraiment ses efforts.
此論係三丰先生入室弟子王君宗岳所作。語簡而賅。要之於太極拳之奧理已闡發無遺。原經甚多。先取此篇加以註釋。臆斷之處。在所難免。閱者諒之。
Ce discours fut composé par Wang Zongyue, disciple reçu dans la chambre du maître Sanfeng. Les mots en sont simples et complets : l’essentiel, la raison profonde du taiji quan, y est exposé sans rien laisser. Des textes canoniques primitifs, il en existe beaucoup ; j’ai commencé par celui-ci et l’ai pourvu d’annotations. Des jugements arbitraires y sont inévitables ; que le lecteur m’en excuse.
Notes
- Xu Yusheng (許禹生, 1878–1945), de son nom personnel Xu Longhou (許靇厚), fonda en 1912 la Société de recherche en éducation physique de Pékin (北京體育研究社) et fut l’un des artisans de la reconnaissance officielle des arts martiaux au début de la République. Élève de Yang Jianhou, il fut aussi proche de Song Shuming, dont le chapitre 5 rapporte l’influence. Son manuel, publié en 1921, est l’un des premiers ouvrages illustrés de taiji quan : les planches de la seconde partie, dessinées par Guo Zhiyun et Lang Jinchi, sont visiblement inspirées des photographies de Yang Chengfu.
- Treize formes, treize méthodes : Xu Yusheng insiste (chapitres 3 et 5) sur le fait que shisan shi (十三式) désigne treize méthodes — huit techniques (peng, lü, ji, an, cai, lie, zhou, kao) et cinq pas (jin, tui, gu, pan, ding) — et non treize postures, contre une erreur d’interprétation déjà répandue de son temps.
- Le Taiji quan jing annoté : le chapitre 6 commente, verset par verset, la version du Classique du taiji quan attribué à Wang Zongyue — la même tradition que le Taiji quan lun déjà traduit sur ce site. Xu suit le texte en y insérant « mécanisme du mouvement et du repos » (動靜之機) après « naît du wuji », variante qu’il discute lui-même en citant l’Explication du diagramme du taiji de Zhou Dunyi. Ses annotations mêlent physique (décomposition des forces), physiologie (dantian) et références classiques (Zhuangzi, Laozi, Sunzi, le Yi Jing, le Huangting jing).
- Zhou Dunyi (周敦頤, 1017–1073) et Shao Yong (邵雍, 1011–1077) sont les deux grands cosmologistes néo-confucéens des Song ; leurs diagrammes du taiji et du déploiement des mutations structurent l’explication « métaphysique » que Xu Yusheng donne du taiji quan au chapitre 4.
- La seconde partie (postures de la forme et poussée des mains, avec planches) n’est pas traduite ici ; l’article de Paul Brennan contient le texte complet de l’ouvrage.
Source du texte chinois : Xu Yusheng, 太極拳勢圖解 (« Explication illustrée des postures du taiji quan »), Pékin, 1921. Texte dans le domaine public (l’auteur est mort en 1945). Texte chinois consulté sur la page « Taiji Boxing Postures Explained » de Paul Brennan (traduction anglaise © Paul Brennan) : https://brennantranslation.wordpress.com/2012/08/27/the-taiji-manual-of-xu-yusheng/ . Traduction française : nouvelle traduction réalisée directement à partir de l’original chinois pour ce site.