Le Taiji quan jiangyi (太極拳講義, « Exposé didactique du taiji quan ») parut à Shanghai en 1930 aux éditions Wu Xue Shuju (上海武學書局). Il est l’œuvre commune de deux maîtres du Hebei : Yao Fuchun (姚馥春), natif de Zunhua (遵化), et Jiang Rongqiao (姜容樵, 1891-1974), natif de Cangzhou (滄州). Les deux hommes s’étaient rencontrés jeunes auprès du même professeur, Tang Shilin (湯士林) de Baoding, disciple de Xu Zhan’ao (許占鰲), lui-même héritier d’un lignage venu du Henan ; Yao Fuchun travailla en outre le xingyi et le bagua auprès de Zhang Zhankui (張占魁, « Zhaodong »), tandis que Jiang Rongqiao tenait l’épée du Wudang du général Li Jinglin (李景林).

L’ouvrage — l’un des manuels de taiji quan les plus complets des années 1930 — réunit les dédicaces de sept personnalités du monde politique et martial, sept préfaces, la théorie de l’école interne, la description illustrée de cent soixante-huit figures de la forme, les méthodes de poussée des mains et un commentaire du traité attribué à Wang Zongyue. Nous en traduisons ici les pages liminaires et la partie théorique (chapitres premier et deuxième), en reproduisant les calligraphies et les portraits de l’édition originale.

Le texte chinois, publié en 1930, est dans le domaine public.

Page de titre

太極拳講義 姚馥春 姜容樵 合編

Titre calligraphié par Jiang Zhongzheng (太極拳, « boxe du faîte suprême »), édition de 1930

Taiji quan jiangyi (太極拳講義, « Exposé didactique du taiji quan »), compilé par Yao Fuchun et Jiang Rongqiao. Shanghai, éditions Wu Xue Shuju (上海武學書局), 1930.

Dédicaces calligraphiées (題詞)

Les deux auteurs du livre, en frontispice.

姚馥春近影

Portrait de Yao Fuchun, frontispice de l’édition de 1930

Portrait récent de Yao Fuchun.

姜容樵近影

Portrait de Jiang Rongqiao, frontispice de l’édition de 1930

Portrait récent de Jiang Rongqiao.

自強之道

蔣中正

Calligraphie de Jiang Zhongzheng : 自強之道

« La voie du renforcement de soi » — Jiang Zhongzheng (蔣中正, Tchang Kaï-chek, 1887-1975).

維國根本

李景林題

Calligraphie de Li Jinglin : 維國根本

« Soutenir les fondements de la nation » — inscription de Li Jinglin (李景林, 1885-1931), général et maître d’épée.

精誠無間 百折不囬 是謂大勇

尚武進德會于右任

Calligraphie de Yu Youren : 精誠無間\u3000百折不囬\u3000是謂大勇

« Quand la sincérité est sans faille / et que cent revers ne font point revenir en arrière, / c’est là ce qu’on appelle le grand courage. » — Yu Youren (于右任), de l’association « Honorer les arts martiaux pour avancer dans la vertu » (尚武進德會).

煌之偉論 武學津梁 集思廣益 示我周行 彂揚光大 普及萬方 拳法日進 聲威逺揚 强身禦侮 蔚為國光 此為嚆矢 願祝無疆

薛篤弼敬祝

Calligraphie de Xue Dubi : poème de six vers sur les arts martiaux

« De glorieux propos, gué et pont des études martiales ; / rassembler les idées pour en tirer profit et nous montrer la voie ; / les porter plus loin et les faire rayonner, les répandre partout ; / la boxe progresse chaque jour, sa renommée se répand au loin ; / fortifier le corps et repousser l’outrage : c’est la gloire du pays. / Ceci en est la première flèche ; mes vœux sont sans limites. » — Xue Dubi (薛篤弼), avec ses respects.

我武維揚

李濟深

Calligraphie de Li Jishen : 我武維揚

« Notre valeur martiale se déploie » — citation antique reprise par Li Jishen (李濟深, 1885-1959).

發揚國術精神以周強國強民

李希賢

Calligraphie de Li Xixian : 發揚國術精神以周強國強民

« Développer l’esprit des arts martiaux afin de fortifier partout la nation et le peuple » — Li Xixian (李希賢).

國術是國民之魂

黃柏年題

Calligraphie de Huang Bonian : 國術是國民之魂

« Les arts martiaux sont l’âme de la nation » — inscription de Huang Bonian (黃柏年).

Les sept préfaces

Première préface — Li Jinglin (李景林)

太極拳一書。當世著述者數家。今姚君馥春。余門人姜君容樵。有太極拳之著作。余翻閱一過。知兩君用意周到。嘉惠後學之深心為無窮也。今之人輒曰。柔能克剛。又曰太極柔中之柔也。然柔何以克剛。及柔之義意何在。雖古人拳歌。與王宗岳先生亦曾言之。然初學之士。未必輒能領悟。今兩君逐章註釋。論理明顯。卽此可見兩君太極之功。已臻上乘。而學者日手一編。循序漸進。不致有躐等躁進之錯。誠國術界之指南針也。太極拳之眞義。及打手之作用。發揮無遺。武術公開洵盛事也。

Des ouvrages sur le taiji quan ont été composés par plusieurs auteurs de notre temps. Aujourd’hui, M. Yao Fuchun et mon disciple Jiang Rongqiao publient à leur tour un travail sur le taiji quan. Je l’ai parcouru d’un bout à l’autre et j’ai vu combien tous deux ont mis de soin dans leur propos : leur intention profonde de faire profiter les débutants est inépuisable. Les gens d’aujourd’hui répètent sans cesse que la souplesse peut vaincre la dureté, et que le taiji est la souplesse au sein de la souplesse. Mais comment la souplesse vainc-elle la dureté, et où réside le sens de cette souplesse ? Les chants anciens et M. Wang Zongyue en ont parlé, il est vrai ; mais l’étudiant qui débute n’est pas pour autant capable de le comprendre d’emblée. Aujourd’hui, nos deux auteurs commentent cela chapitre par chapitre, et leur argumentation est claire. On voit par là que leur maîtrise du taiji a déjà atteint le niveau supérieur ; et l’étudiant, tenant chaque jour ce livre en main et progressant pas à pas, n’encourra pas l’erreur de brûler les étapes dans une hâte présomptueuse. C’est véritablement une boussole pour le monde des arts martiaux. Le sens véritable du taiji quan et l’action de la poussée des mains y sont exposés sans rien omettre — rendre publique la science martiale est certes une grande affaire.

中華民國十八年十一月四日廣川李景林序於武林客次

Écrit par Li Jinglin de Guangchuan, le 4 novembre de la dix-huitième année de la République de Chine [1929], en séjour à Wulin [Hangzhou].

Deuxième préface — Zhang Zhankui (張占魁)

前月。余應浙省國術攷試大會電召。由津之杭。過滬時。適遇門人姜容樵君。出所著形意雜式捶。匄序於余。卽書而歸之。迨試畢返滬。而姜生與姚馥春君。合著之太極拳。講義又復脫稿。披覽一過。見其內容豐富。樹義精當。不尚詭示異。不樂易匿難。道人以所不肯道者。悉書載入書中。國術公開。洋洋大觀。余知是書之出。足為闡明國技。保存國粹。闢一新紀元。於是乎序。

Le mois dernier, répondant à une invitation télégraphique pour le grand concours d’arts martiaux de la province du Zhejiang, je suis allé de Tianjin à Hangzhou. Passant par Shanghai, je tombai précisément sur mon disciple Jiang Rongqiao, qui me présenta son Xingyi zashi chui (« Marteaux aux formes variées de la boxe xingyi ») et me demanda une préface : je l’écrivis séance tenante et la lui remis. Le concours terminé, de retour à Shanghai, voici que le Taiji quan jiangyi, composé conjointement par le jeune Jiang et M. Yao Fuchun, était lui aussi achevé. Je l’ai parcouru : son contenu est riche, ses propositions justes et précises. Il ne cherche pas l’étrange pour se singulariser, ne se complaît pas dans le facile en dissimulant le difficile ; tout ce que les praticiens refusent d’ordinaire de dire, il l’a consigné dans le livre. Rendre publics les arts martiaux : voilà un vaste et magnifique spectacle. Je sais que la parution de ce livre suffira à éclairer les techniques nationales, à préserver le patrimoine national et à ouvrir une ère nouvelle. C’est pourquoi j’écris cette préface.

中華民國十八年十二月五日河間兆東張占魁序

Préface de Zhang Zhankui, de courtoisie Zhaodong, de Hejian, le 5 décembre de la dix-huitième année de la République [1929].

Troisième préface — Li Li (李蠡)

道家於吾人之靈識。有元神識神之別。元神者。卽先天自然淸陽之靈覺也。儒家謂之道心。佛家謂之覺性。識神者。卽後天習俗。濁陰之知識也。儒家謂之人心。佛家謂之識性。故人心惟危。道心惟微。危微之間。別之不易。道家於靜坐丹臺。默會玄機時。不得着絲毫之識神。自見月照千江。天淸萬里。一片陽和。春滿閬苑。此先天來復。掃盡陰滓。元神用事也。

Pour les taoïstes, notre intelligence spirituelle se divise en deux : l’esprit originel (yuanshen) et l’esprit de connaissance (shishen). L’esprit originel, c’est la conscience innée, naturellement claire et pure, antérieure au Ciel ; les confucéens l’appellent « esprit de la Voie », les bouddhistes « nature d’éveil ». L’esprit de connaissance, c’est le savoir acquis par l’accoutumance, trouble et ténébreux, postérieur au Ciel ; les confucéens l’appellent « esprit humain », les bouddhistes « nature de connaissance ». Aussi dit-on : « L’esprit humain est périlleux, l’esprit de la Voie est ténu. » Entre le périlleux et le ténu, la distinction n’est pas aisée. Lorsque le taoïste, assis en méditation devant son fourneau de cinabre, comprend silencieusement la mécanique mystérieuse, il ne doit pas laisser adhérer la moindre parcelle d’esprit de connaissance : il voit alors de lui-même la lune éclairer mille fleuves, le ciel pur sur dix mille li, une seule harmonie lumineuse, le printemps emplissant les jardins de l’immortel. C’est le retour du Ciel antérieur, balayant toute lie résiduelle — l’œuvre de l’esprit originel.

苟任識神。雖鵲巢貫頂。蘆芽穿膝。仍是蒸砂成飯畫餅充飢。徒然枯坐蒲團。無濟於事。而拳學亦猶是也。

Si au contraire on laisse agir l’esprit de connaissance, quand bien même « le nid de la pie atteindrait le sommet du crâne » ou « la pousse de roseau traverserait le genou » — images du souffle qui se travaille —, ce ne serait encore que cuire du sable pour en faire un repas, ou apaiser sa faim en dessinant un gâteau : s’asseoir stérilement sur son coussin ne servirait à rien. Il en va de même de l’étude de la boxe.

內家武當派之太極拳。其練習時。純任自然。不尚氣力。尚氣則滯。尚力則拙。滯拙之氣力。氣為濁氣。力為浮力。猶識神也。不尚氣則濁氣沈。氣沈則呼吸和。先天之元氣生。不尚力則浮力泯。力泯則神意匀。先天之元力展。元氣元力。猶元神也。

Dans la pratique du taiji quan de l’école interne du Wudang, on s’en remet purement au naturel, sans faire cas du souffle ni de la force. Si l’on fait cas du souffle, il y a stagnation ; si l’on fait cas de la force, il y a maladresse. Ce souffle et cette force stagnants et maladroits sont souffle trouble et force flottante — semblables à l’esprit de connaissance. Si l’on ne fait pas cas du souffle, le souffle trouble s’apaise ; une fois le souffle apaisé, la respiration s’harmonise et le souffle originel du Ciel antérieur naît. Si l’on ne fait pas cas de la force, la force flottante s’évanouit ; une fois la force évanouie, l’intention s’égalise et la force originelle du Ciel antérieur se déploie. Souffle originel et force originelle sont semblables à l’esprit originel.

且武當派太極拳之祖。為三丰眞人。張其姓。名君實。字全一。遼東懿州人。人號張邋遢。原為道家一代之宗師。範於明史。彰明可老。故其拳法。合於道學。宜於養生。全以丹法而運用於拳法。有百利而無一害。崇先天而黜後天也。

Au reste, l’ancêtre du taiji quan de l’école du Wudang est le Vrai Homme Zhang Sanfeng : de son nom Zhang, prénoms Junshi et Quanyi, natif de Yizhou au Liaodong, que l’on appelait Zhang l’Ébouriffé. Maître d’une génération de taoïstes, il figure dans l’Histoire des Ming, ce qui en atteste clairement la mémoire. Aussi sa boxe s’accorde-t-elle avec l’étude de la Voie et convient-elle à la conservation de la vie : elle emploie entièrement les méthodes de l’élixir (danfa) en les appliquant à la boxe. Elle a cent avantages et pas un seul inconvénient ; elle honore le Ciel antérieur et récuse le Ciel postérieur.

是以名之曰太極。太極生於無極。為動靜之機。陰陽之毋。任天地之自然。補日月之盈仄。貫以一理。變化萬端。不獨為經世者所必學。亦為超世派所宜知。容樵先生太極拳書成。經世者。固當視為供璧。卽超世派。亦當藉為梯航也。

C’est pourquoi on l’a nommée « taiji ». Le taiji naît du wuji ; il est la mécanique du mouvement et du repos, la mère du yin et du yang. Il suit le naturel du ciel et de la terre, compense les croissants et les décroissants du soleil et de la lune, traverse tout d’un seul principe et se transforme de dix mille manières. Non seulement ceux qui gouvernent le monde doivent l’étudier, mais ceux qui aspirent à le transcender doivent aussi le connaître. Le livre de taiji quan de M. Rongqiao est achevé : ceux qui vivent dans le monde le tiendront certes pour un présent de jade, et ceux qui le transcendent y trouveront l’échelle et la barque.

己已秋仲鄮山劍陽子李蠡謹識於玉眞白雲仙史樓

Respectueusement noté par Li Li, « Fils de l’épée » du mont Mao, au pavillon de l’Immortel Yuzhen des Nuages blancs, deuxième mois de l’automne de l’année jisi [1929].

Quatrième préface — Lu Jingxian (魯景賢)

吾輩靑年。寸陰是惜。欲求可以健百骸和血脈。而又甚合養生之道。習之旣久。有百利而無一害。小之可以强身。大之可以强民强國。其術惟何。其惟太極拳乎。太極拳。是武當門徑之一。傳之張三丰。其人不修邊幅。故別號邋遢。得道終南。成功武當。元英宗。敕封通微顯化眞人。故太極拳。直與道合。吐納丹田精髓而化為氣。舉止輕舒。柔內含剛。功成圓到。能使金光煥發。

Nous autres, jeunes gens, devons ménager chaque pouce de temps. Chercher ce qui fortifie tous les os et harmonise le sang et les vaisseaux, tout en s’accordant profondément avec la voie de la conservation de la vie ; y pratiquer longtemps et n’en retirer que cent profits sans un seul dommage ; petit, fortifier son corps ; grand, fortifier le peuple et la nation — quel art est-ce là ? N’est-ce pas le taiji quan ? Le taiji quan est l’une des voies du Wudang ; il fut transmis par Zhang Sanfeng, un homme qui ne soignait pas sa mise, d’où son surnom de Lata. Il obtint la Voie au mont Zhongnan et réalisa son œuvre au Wudang ; l’empereur Yingzong des Yuan le décora du titre de « Vrai Homme de la pénétration mystérieuse et de la transformation manifeste ». Aussi le taiji quan s’accorde-t-il directement avec la Voie : on expire et inspire l’essence du dantian pour la transformer en souffle ; les gestes sont légers et détendus ; la souplesse contient la dureté ; quand le travail est parfaitement rond, la lumière dorée peut resplendir.

余隨吾師姚馥春。習己年餘。初習時。肩不鬆。胸不含。不能知丹田。丹田不提。不能知虛實。不覺若何興趣。經吾師津津樂道。誨人不倦。個中三昧。幸得領略。今吾師。與師叔姜容樵。合編是書。發揮數十年之心得。道人之所未道。付之梨棗。以備後學之參攷。循是以求。斯不致誤入崎途矣。敢以為習斯技者告。

J’ai suivi mon maître Yao Fuchun et pratiqué plus d’un an. Au début, mes épaules ne se relâchaient pas, ma poitrine ne se creusait pas, je ne pouvais connaître le dantian ; et si le dantian ne se relève pas, on ne peut connaître le vide et le plein : je n’éprouvais aucun intérêt. Mais mon maître en parlait avec délices et ne se lassait pas d’instruire : j’ai eu la chance de goûter au secret de l’art. Aujourd’hui, mon maître et mon oncle-maître Jiang Rongqiao ont composé ce livre ensemble, exposant le fruit de plusieurs dizaines d’années d’expérience, disant ce que les praticiens ne disent pas, et le confient à l’impression afin de servir aux débutants. En le suivant, on évitera de s’égarer sur un mauvais chemin. Je me permets de le recommander à ceux qui pratiquent cet art.

民國十八年九月槎溪魯景賢序於滬寓

Préface de Lu Jingxian de Chaxi, septembre de la dix-huitième année de la République [1929], dans sa résidence de Shanghai.

Cinquième préface — Sun Yunpu (孫芸圃)

周禮敎國。子以六藝。射御與禮樂並重。自興邦立業。開拓疆土。莫不首推武功。卽以個人言。求能以自衞。必須强身。此人類生存競爭之道也。吾國國術。夙著偉績。傳人代有。迨重文輕武之習成。士大夫相率鄙夷之。遂陵替以至於今。振興無自。歐化東漸。國勢日衰。有識之士。知非有體魄健强之國民。不能挽救。乃竭力提倡國術。而數千年湮沒不彰之環寶始漸有闡發之機矣。

Le Rituel des Zhou enseignait à la nation : parmi les Six Arts, le tir à l’arc et la conduite du char avaient le même poids que les rites et la musique. Depuis la fondation des dynasties et l’ouverture des frontières, c’est toujours aux mérites militaires que l’on a donné le premier rang. Même pour un individu, qui veut pouvoir se défendre doit fortifier son corps : telle est la loi de la lutte pour l’existence entre les hommes. Les arts martiaux de notre pays ont depuis longtemps accompli de grandes choses et n’ont jamais manqué de successeurs. Mais quand se fut établie l’habitude d’honorer les lettres et de mépriser les armes, les lettrés se mirent à les dédaigner en chœur, et ils déchurent jusqu’à aujourd’hui, sans moyen de se relever ; avec l’invasion progressive de l’Occident, la puissance du pays déclinait de jour en jour. Les hommes clairvoyants, comprenant que sans un peuple au corps robuste on ne peut sauver le pays, se sont efforcés de promouvoir les arts martiaux, et ce trésor resté enseveli des milliers d’années commence enfin à s’éclairer.

芸素體弱。而性喜武術。初從遵化名家。譚成瑞先生遊。略窺門徑。後改習太極形意。拜同郡姚馥春先生為師。滋滋兀兀。數載於茲。雖未得其神妙。覺有裨益於心身者。實非淺鮮。緣太極形意。兩派拳術。純乎正氣。順天法地。一出自然。不强迫。不劇烈。不論男女老幼。均可練習。苟臻上乘。防身禦侮。綽有餘裕。其次亦足以却病延年。尤非尋常拳術。所可比擬。

Yun, de constitution faible mais d’un naturel porté vers les arts martiaux, suivit d’abord le maître renommé de Zunhua, M. Tan Chengrui, et entrevit le seuil ; puis je passai au taiji et au xingyi, prenant pour maître M. Yao Fuchun, de ma propre préfecture. J’y ai travaillé avec ardeur plusieurs années durant. Sans avoir atteint le merveilleux, je ressens pour mon corps et mon esprit des bienfaits qui ne sont pas minces. Car le taiji et le xingyi sont deux écoles de boxe de pur souffle droit : elles suivent le ciel et prennent la terre pour modèle, tout y naît du naturel, sans contrainte ni violence ; hommes et femmes, jeunes et vieux peuvent les pratiquer. Si l’on atteint le niveau supérieur, on a largement de quoi se défendre et repousser l’affront ; à défaut, on peut encore écarter la maladie et prolonger la vie — ce à quoi la plupart des boxes ordinaires ne sauraient prétendre.

但此拳向憑師傳。並無書本。近來坊間雖有此書。則又動作崎異。詮解不明。讀者憾焉。吾師馥春先生。有鑒於斯。爰與師叔姜容樵先生。以數十年經驗。合編此書。公諸當世。所有全部動作。皆攝影附入。文字淺鮮。解釋詳明。洵為學者空前之善本。用贅數語。介紹於海內同志。非敢奉是為書圭臬。緣斯本乃兩先生苦功經驗所得。實與太極之旨趣合也。謹序。

Mais cet art s’est toujours transmis de maître à disciple, sans livres ; et si l’on en trouve depuis peu dans les librairies, les mouvements y sont étranges et les explications obscures, au grand dam des lecteurs. Mon maître M. Fuchun, voyant cela, s’est joint à mon oncle-maître M. Jiang Rongqiao pour composer ce livre à partir de plusieurs dizaines d’années d’expérience et le livrer au public : tous les mouvements de l’ensemble y sont joints en photographies, le texte est simple et les explications détaillées. C’est vraiment un ouvrage sans précédent pour l’étudiant. J’ajoute ces quelques mots pour le présenter à mes camarades du pays entier ; je ne prétends pas en faire la règle absolue, mais ce livre est le fruit du dur labeur et de l’expérience des deux maîtres, et il s’accorde véritablement avec l’esprit du taiji. Respectueusement.

中華民國十八年十二月五日遵化孫芸圃識於海上

Noté par Sun Yunpu de Zunhua, le 5 décembre de la dix-huitième année de la République [1929], à Shanghai.

Sixième préface — Yao Fuchun (姚馥春)

國術本中華之特產。秦漢以降。代有傳人。淸末重文。弁髦斯道。致强民强國之拳術。一落千丈。思之良堪慨嘆。觀夫三島之武士道。僅得吾國躀跤之皮毛。且勝强俄。而雄視於大陸。況我國固以拳術名全球乎。特患不能眞實提倡耳。

Les arts martiaux sont un produit propre de la Chine. Depuis les Qin et les Han, chaque génération a eu ses transmetteurs. À la fin des Qing, on honorait les lettres, et l’on traita cette voie comme un bonnet de rotin hors d’usage ; la boxe qui fortifie le peuple et la nation tomba de mille brasses — on ne peut y penser sans soupirer. Voyez la voie du guerrier des Trois Îles : elle n’a pris à notre lutte que la plus superficielle écorce, et pourtant elle a vaincu la puissante Russie et regarde le continent de haut ; à plus forte raison nous, dont la boxe est renommée par le monde entier. Le seul mal est que nous ne savons pas la promouvoir sincèrement.

余幼年體素弱。顧好治技。研習數年。迄無所成。後遇徐明德先生。習連環綿掌。稍窺門徑。民元以前。遇保定湯君士林。湯為許占鰲先生之弟子。於形意八封太極。均有獨到。於是約吾友姜君容樵。同學太極於湯君。並得湯君贊許。結為金蘭。逾年湯君姜君。先後他去。繼之者倪成玉先生。倪亦許之弟子。後又遇張兆東先生。學形意八卦。復去而之津。隨李存義先生。朝夕研練。間得韓慕俠劉錦卿。諸先生指導。獲益良非淺尠。

Dans ma jeunesse, mon corps était faible ; j’aimais pourtant les techniques de combat et je les étudiai plusieurs années sans résultat. Je rencontrai ensuite M. Xu Mingde et appris la « paume continue en anneaux » (連環綿掌), entrevoyant les premiers seuils. Avant la première année de la République [1912], je rencontrai M. Tang Shilin de Baoding, disciple de M. Xu Zhan’ao, qui avait des vues originales sur le xingyi, le bagua et le taiji. Je m’y formai alors au taiji avec mon ami Jiang Rongqiao ; Tang nous témoigna son estime et nous devînmes frères jurés. L’année suivante, Tang et Jiang partirent chacun de leur côté ; je continuai avec M. Ni Chengyu, également disciple de Xu. Plus tard, je rencontrai M. Zhang Zhaodong et étudiai le xingyi et le bagua ; puis je partis à Tianjin, où je m’entraînai jour et nuit auprès de M. Li Cunyi, recevant aussi les conseils de MM. Han Muxia et Liu Jinqing — le profit en fut loin d’être mince.

客歲來滬。遍謁大江以南諸老名宿。得覩温台派之太極。並彼此研究。蓋河南陳家溝子之嫡傳也。許先生得自廣平陳姓。亦受自河南。然許非入室所傳。乃以友誼互相受授者也。余師事兆東先生十餘年。幸得先生允許列為門牆。快何如之。

L’an dernier, je suis venu à Shanghai et j’ai rendu visite à toutes les vieilles gloires au sud du grand fleuve ; j’ai pu voir le taiji de la branche de Wenzhou-Taizhou et en discuter avec eux : c’est la transmission directe de la lignée de la famille Chen de Chenjiagou, au Henan. M. Xu l’avait reçue d’un certain Chen de Guangping, qui la tenait lui aussi du Henan ; mais Xu ne la tenait pas d’un enseignement reçu en chambre, il l’avait reçue par échange amical. J’ai servi M. Zhaodong pendant plus de dix ans et j’ai eu la chance qu’il m’acceptât parmi ses disciples — quel bonheur !

近吾友姜君容樵。約余合編太極拳。爰將譜中訣竅。與姜君討論數十次。斟酌損益。公君於世。至其間有未盡善者。尚祈海內同志。進而敎之幸甚。

Récemment, mon ami Jiang Rongqiao m’a proposé de composer ensemble ce livre sur le taiji quan. Nous avons discuté des dizaines de fois des clefs contenues dans le manuscrit, pesant chaque ajout ou retrait, pour le livrer au monde. Quant à ce qui y reste imparfait, je prie instamment mes camarades du pays entier de vouloir bien me l’enseigner.

中華民國十八年十一月四日遵化姚馥春序文春申

Préface de Yao Fuchun de Zunhua, le 4 novembre de la dix-huitième année de la République [1929], à Chunshen [Shanghai].

Septième préface — Jiang Rongqiao (姜容樵)

余之習太極。始於民元。時與遵化姚君馥春同習。授者為好友湯君士林。湯君為定縣許占鰲先生之高足弟子。其造詣獨深。姚君嗜技如命。得斯術研習十八年。未嘗間斷。遂得盡窺堂奧。而形意八卦。亦皆獨到蓋形意。八卦。與太極而分為三。合而為一也。余則因環境逼迫。輟練者再。

Je commençai le taiji en la première année de la République [1912], pratiquant alors avec M. Yao Fuchun de Zunhua. Notre professeur était mon cher ami M. Tang Shilin, éminent disciple de M. Xu Zhan’ao de Dingxian, dont la maîtrise était particulièrement profonde. Yao aimait l’art comme sa propre vie : il l’étudia dix-huit ans sans interruption et finit par en pénétrer tous les arcanes ; il possédait aussi le xingyi et le bagua de façon originale — car le xingyi, le bagua et le taiji, divisés en trois, ne font qu’un. Pour ma part, les contraintes du milieu m’obligèrent à interrompre deux fois.

猶憶數年前。遇吾師芳辰先生。日相過從。于武當劍。太極拳之道。循循善誘。不憚煩瑣。蓋吾師為張三丰祖師。十三世嫡傳。為人和靄可親。足為治技者之楷則。余竊私淑數年。幸於本年。得先生允許。收為門下。自是當勤苦練習。冀有所得。然至今日。僅稍明其中之理與法。至其精妙神化。以意度之。再練二十年。恐亦未敢言也。

Je me souviens qu’il y a quelques années, rencontrant mon maître M. [Li] Fangchen, je le fréquentai quotidiennement : il me guida avec patience dans l’épée du Wudang et la voie du taiji quan, sans se lasser de redire les détails. Mon maître est le treizième héritier direct du patriarche Zhang Sanfeng ; d’un caractère affable et accessible, il est un modèle pour qui cultive l’art. Je l’ai suivi de mon propre chef pendant des années, et j’ai eu cette année la chance d’être accepté parmi ses disciples. Je dois désormais m’exercer avec ardeur dans l’espoir d’y gagner quelque chose ; mais à ce jour je ne comprends qu’un peu ses principes et ses méthodes, et quant à sa subtilité divine, à en juger par là, il me faudrait vingt ans de pratique de plus pour oser en parler.

雖然余友姚君。頗能道其要竅。遂邀姚君。共同編輯。藉資參攷。而廣流傳。竊嘗謂斯術。為內家正宗。道家謂之氣合術。與外家有別。外家以肉體支配武術。此則以精神支配肉體。練習時。毫不用力。純以神行。鬆背窒肩。含胸沉氣。凝結心力。一意斂神。由靜而動。無為而成。一且豁然貫通。無不從心所欲。所謂練神還虛者是也。

Mon ami Yao sait fort bien en expliquer les clefs ; je l’ai donc invité à composer ce livre avec moi, afin de servir de référence et de se répandre largement. J’ai souvent dit que cet art est l’authentique école interne : les taoïstes l’appellent « art de l’union avec le souffle » ; il diffère de l’école externe. L’école externe fait gouverner la boxe par le corps ; celle-ci fait gouverner le corps par l’esprit. Dans la pratique, on n’use pas le moins du monde de force, on agit par pur esprit : le dos relâché, les épaules fermées, la poitrine creusée, le souffle abaissé, on concentre la force du cœur et l’on rassemble l’esprit ; du repos naît le mouvement, et l’on accomplit sans agir. Le jour où l’on comprend d’un coup, rien n’échappe au désir du cœur : c’est ce qu’on appelle « exercer l’esprit jusqu’au vide ».

茲將太極之源流。系統。天然之內功。魂魄。形意。八卦。太極合一說。太極長拳說。四忌八要。功用。秘訣。太極與他拳之比較。拳式一覽表。太極拳歌。路綫圖。太極拳全部講義。太極拳譜釋義。凡關於太極拳者。無不搜羅殆盡。以公諸同好。雖不敢謂識塗之老馬。或亦為初學之津梁。第慮學識譾陋。掛一漏萬。在所難免。甚願海內同志。不呑賜敎。時錫南針。倘有一得。容當於太極長拳中補之。是為序。

Ce livre rassemble l’origine et la transmission du taiji, son lignage, le travail interne naturel, son âme, la doctrine de l’unité du xingyi, du bagua et du taiji, l’explication du taiji chang quan, les quatre interdits et les huit exigences, ses applications, ses secrets, la comparaison du taiji avec les autres boxes, le tableau des figures, le chant du taiji quan, le diagramme des trajets, l’exposé complet de la forme et l’explication du manuel du taiji quan : tout ce qui touche au taiji quan y est réuni, autant qu’il se peut, pour le bien de mes semblables. Sans oser prétendre être le vieux cheval qui connaît la route, j’espère servir de gué et de pont aux débutants. Je crains seulement que mon savoir n’étant court, les oublis soient inévitables : je souhaite vivement que les camarades du pays entier veuillent bien m’éclairer de leurs conseils et m’indiquer la bonne direction. Si j’y gagne quelque lumière, je la compléterai dans [le volume du] Taiji chang quan. Ceci est ma préface.

中華民國十八年月九滄縣姜容樵序於海上尚武進德會

Préface de Jiang Rongqiao de Cangxian, le neuvième mois de la dix-huitième année de la République [1929], à Shanghai, à l’association Shangwu Jinde (« Honorer les arts martiaux pour avancer dans la vertu »).

Chapitre premier — Origines et principes

Biographie de Zhang Sanfeng, fondateur du taiji

張三丰字全一。一名君寶字元元。亦號昆陽。關外懿州人。生於北宋。徽宗召之。亂阻不得進。生有異質。鶴髮仙骨。身頎面長。修髯如蝟。頭挽一髻。髮結如餠。戴斗笠。衣百衲。寒暑不易。當時人呼張邋遢。後人呼為邋遢仙。所啖升斗輙盡。或數月不食。亦自若。

Zhang Sanfeng, dont le nom de courtoisie était Quanyi — également appelé Junbao, nom de courtoisie Yuanyuan, et connu aussi sous le nom de Kunyang —, était originaire de Yizhou, hors des passes [au nord-est]. Il naquit sous les Song du Nord ; l’empereur Huizong le manda, mais les troubles l’empêchèrent de se rendre à la cour. Il avait une constitution extraordinaire : cheveux de grue et ossature d’immortel, haute taille et long visage, la barbe drue comme un hérisson, un chignon sur la tête, les cheveux noués comme une galette ; il portait un chapeau de paille et des vêtements rapiécés, sans changer ni par le froid ni par la chaleur. On l’appelait alors Zhang l’Ébouriffé, et la postérité l’appela l’immortel Lata. Il pouvait absorber d’un coup un boisseau de nourriture, ou rester plusieurs mois sans manger, sans que cela changeât rien pour lui.

相傳眞人入中岳。遇呂純陽。鄭六龍。得先天道。太上道。胡元立國。眞人鑒於漢族凌夷。衷有所感。遂埋名隱終南。復得火龍眞人金丹術。秦淮漁戶沈萬山。樂善好施。眞人曾遊戲三昧授沈點石成金之術。卽俗謂沈萬山得聚寶益是也。

On raconte que le Vrai Homme, entré dans le mont Zhong [Songshan], y rencontra Lü Chunyang et Zheng Liulong, et obtint d’eux la Voie du Ciel antérieur et la Voie du Très-Haut. Lorsque les Yuan mongols fondèrent leur empire, le Vrai Homme, voyant la nation Han opprimée, en fut profondément affecté ; il cacha son nom et se retira au mont Zhongnan, où il reçut encore du Vrai Homme Huolong l’art de l’élixir d’or. Le pêcheur de la rivière Qinhuai, Shen Wanshan, aimait la bonté et la charité : le Vrai Homme lui enseigna par jeu l’art de changer les pierres en or — ce que la tradition appelle le trésor accumulé de Shen Wanshan.

元末居寶雞金臺觀。至正丙午九月。自言辭世。留偈而逝。士民楊軌山。購棺殮葬。臨窆復活。宣言觀我漢族恢復河山。後入蜀至太和山。結廬玉虛菴。轉徙武當。嘗語土人曰。此山當受朝廷敕修。成祖時果然。眞人亦隨衆傭於工。欽差不識。土人亦不識也。該山住持。丹士孫碧雲。受敎於眞人。成祖召之不赴。以詩詞託碧雲奏聞。

À la fin des Yuan, il résidait au temple Jintai de Baoji. Au neuvième mois de l’année bingwu de l’ère Zhizheng [1366], il annonça son départ du monde, laissa un quatrain et trépassa. Le notable Yang Guishan acheta un cercueil et le fit ensevelir ; au moment même de la mise en terre, il revint à la vie et déclara qu’il attendrait de voir la nation Han recouvrer ses monts et ses fleuves. Il se rendit ensuite au Sichuan, jusqu’au mont Taihe, où il se construisit une hutte à l’ermitage Yuxu, puis gagna le Wudang. Il dit un jour aux gens du pays : « Cette montagne recevra un jour une réparation ordonnée par la cour. » Ce qui advint sous l’empereur Chengzu. Le Vrai Homme travaillait alors comme manœuvre avec les autres, sans que l’envoyé impérial le reconnût — les gens du lieu non plus. L’abbé de cette montagne, l’adepte du cinabre Sun Biyun, reçut l’enseignement du Vrai Homme ; l’empereur Chengzu le convoqua, il refusa de s’y rendre et fit transmettre au trône, par son intermédiaire, un poème du Vrai Homme.

眞人發明太極拳。武當劍。統名武當派。又名內家。以術授邱元靖。十三傳至穎上陳士鈞。人呼之為劍仙。士鈞傳李芳辰將軍。將軍傳津滬各同志以對劍。至其秘訣。尚未得其人而授之。故今全國之習太極者。要皆眞人之遺傳也。

Le Vrai Homme inventa le taiji quan et l’épée du Wudang, réunis sous le nom d’école du Wudang, ou école interne (neijia). Il transmit l’art à Qiu Yuanjing ; par treize transmissions successives il parvint à Chen Shijun de Yingshang, que l’on appelait l’immortel de l’épée. Chen Shijun transmit au général Li Fangchen, et le général enseigna l’épée à deux mains aux pratiquants de Tianjin et de Shanghai. Quant à son secret, il n’a pas encore trouvé l’homme à qui le confier. Aussi tous ceux qui, dans le pays entier, pratiquent aujourd’hui le taiji, sont-ils pour l’essentiel les héritiers du Vrai Homme.

Origine et transmission du taiji quan

國術本無內家外家之分。特後世之治技者。鉤心鬥角。衒異矜奇。往往欲標榜門戶。而內家外家遂不免劃若鴻溝。而互相水火焉。相傳內家為武當。創自張三丰祖師。外家為少林。創自達摩大師。攷達摩卓錫少室。面壁九年。鑒於僧衆萎靡。創拳法十八手。其法尚服氣。調呼吸。潤臟腑。滋百骸。動中求靜。與道相合。實亦內家之源也。至其徒覺遠上人。擴而充之。至七十二手。然亦不出手此範圍。

Les arts martiaux n’avaient à l’origine aucune division entre école interne et école externe. Ce sont les praticiens des générations suivantes, avec leurs luttes d’influence et leur goût du bizarre et du merveilleux, cherchant à faire valoir leur propre chapelle, qui ont creusé entre école interne et école externe un fossé et une hostilité d’éléments contraires. La tradition fait de l’école interne celle du Wudang, fondée par le patriarche Zhang Sanfeng, et de l’école externe celle de Shaolin, fondée par le grand maître Damo [Bodhidharma]. Or Damo, installé au mont Shaoshi et resté neuf ans face au mur, voyant la communauté des moines s’affaisser, créa une méthode de boxe en dix-huit mains, qui fait cas de l’absorption du souffle et de la régulation de la respiration pour humecter les viscères et nourrir tous les os, cherchant le repos au sein du mouvement et s’accordant avec la Voie : elle est en vérité, elle aussi, une source de l’école interne. Son disciple, le vénérable Jueyuan, l’étendit jusqu’à soixante-douze mains, sans pourtant sortir de ce cadre.

迨後世治技者日夥。遂皆以少林相號召。於是乃有外家之稱。若太極發明。因其法純任自然。如環無端。動作均極圓活。不用力而長內勁。尤深合易經之理。遂有是名。其流派大別為五。至宋張三丰。乃大昌明。稱鼻祖焉。兹述之如下。

Puis les praticiens se multiplièrent et se réclamèrent tous de Shaolin : c’est de là que vint le nom d’école externe. Quant au taiji, comme sa méthode s’en remet entièrement au naturel, tourne comme un anneau sans extrémité, que ses mouvements sont parfaitement ronds et vivants, qu’il fait croître la force interne sans user de force et s’accorde profondément avec les principes du Livre des Mutations, on lui donna ce nom. Ses courants se partagent en gros en cinq, et c’est avec Zhang Sanfeng, sous les Song, qu’il connut son grand épanouissement — d’où son titre de fondateur. Les voici.

一、唐朝許宣所傳者。曰三十七式。傳宋遠橋。二、兪氏所傳者。為先天拳。受自李道子。傳兪淸慧。三、韓拱月傳程靈洗。至程氏子孫。名珌者。改名小九天。計十四手。四、殷利亨。所傳者為後天法。傳胡鏡子再傳宋仲殊。共十七式。五、張三丰所傳者。為武當派。(因張居武當山)又名內家拳。三丰之術。為夜夢元帝所授。厥明以單丁殺賊首百人。

  1. Ce que transmit Xu Xuan sous les Tang, appelé les « trente-sept figures », qu’il transmit à Song Yuanqiao.
  2. Ce que transmit la famille Yu, le « poing du Ciel antérieur » (先天拳), reçu de Li Daozhi et transmis à Yu Qinghui.
  3. Han Gongyue transmit à Cheng Lingxi ; chez les descendants des Cheng, l’un nommé Bi rebaptisa l’art « Petit Neuf Cieux » (小九天), en quatorze mains.
  4. Ce que transmit Yin Liheng, la « méthode du Ciel postérieur » (後天法), transmise à Hu Jingzi, puis à Song Zhongshu, en dix-sept figures.
  5. Ce que transmit Zhang Sanfeng, l’école du Wudang (parce qu’il résidait au mont Wudang), aussi appelée « boxe de l’école interne ». L’art de Sanfeng lui fut donné en rêve par l’Empereur Noir ; au matin, seul, il tua cent hommes des brigands.

宋徽宗召之。道梗不得進。明初傳關中王宗。再傳温州陳州同。至嘉靖間。傳張松溪。張翠山。是名温台派。俗稱太極十三式。松溪傳四明葉近泉。再傳吳崑山。周云山。單思南。陳貞石。孫繼槎。

L’empereur Huizong des Song le manda, mais les routes étaient coupées et il ne put se rendre à la cour. Au début des Ming, [l’art] fut transmis à Wang Zong du Guanzhong, puis à Chen Zhoutong de Wenzhou ; sous l’ère Jiajing, à Zhang Songxi et Zhang Cuishan — c’est ce qu’on appelle la branche de Wenzhou-Taizhou, communément les « treize dynamismes du taiji ». Zhang Songxi transmit à Ye Jinquan de Siming, puis à Wu Kunshan, Zhou Yunshan, Shan Sinan, Chen Zhenshi et Sun Jicha.

崑山傳李天目。徐岱岳。再傳余仲波。吳七郎。陳茂宏。雲山傳廬紹岐。貞石傳董扶輿。夏枝溪。繼槎傳僧耳。僧尾。姚石門。柴元明。思南傳王征南。再傳甘鳳池。淸初傳山右王宗岳。數傳至河南蔣發。陳長興。

Wu Kunshan transmit à Li Tianmu et Xu Daiyue, puis à Yu Zhongbo, Wu Qilang et Chen Maohong ; Zhou Yunshan transmit à Lu Shaoqi ; Chen Zhenshi à Dong Fuyu et Xia Zhixi ; Sun Jicha aux moines Er et Wei, à Yao Shimen et Chai Yuanming ; Shan Sinan transmit à Wang Zhengnan, puis à Gan Fengchi. Au début des Qing, [l’art] fut transmis à Wang Zongyue du Shanxi, et par plusieurs transmissions à Jiang Fa et Chen Changxing du Henan.

長興傳廣平楊露禪。陳耕耘。李白魁。諸人。露禪傳其子。斑侯。健侯。王蘭亭等。斑侯傳萬春。吳鑑泉。全佑。侯凌山。陳秀峯。陳耕耘之子某。以友誼資格。傳定州許占鰲許。兼習形意。為郭雲深弟子。占鰲傳湯士林。倪成玉等。

Chen Changxing transmit à Yang Luchan de Guangping, à Chen Gengyun, à Li Baikui et à d’autres. Yang Luchan transmit à ses fils Banhou et Jianhou, ainsi qu’à Wang Lanting et à d’autres. Banhou transmit à Wanchun, Wu Jianquan, Quan You, Hou Lingshan, Chen Xiufeng, et à un fils de Chen Gengyun ; ce dernier transmit, sur un pied d’amitié, à Xu Zhan’ao de Dingzhou. Xu étudia aussi le xingyi, étant disciple de Guo Yunshen. Xu Zhan’ao transmit à Tang Shilin, Ni Chengyu et à d’autres.

健侯傳其子。兆熊。兆淸。兆元。兆林。兆祥。劉勝奎。張義。兆熊字少侯。傳田肇麟。尤志學。兆淸字澄甫。傳陳微明。武匯川。褚德馨。牛春明。閻仲雁。陳農先。徐苕雪。

Yang Jianhou transmit à ses fils Zhaoxiong, Zhaoqing, Zhaoyuan, Zhaolin et Zhaoxiang, ainsi qu’à Liu Shengkui et Zhang Yi. Zhaoxiong, dont le nom de courtoisie était Shaohou, transmit à Tian Zhaolin et You Zhixue. Zhaoqing, nom de courtoisie Chengfu, transmit à Chen Weiming, Wu Huichuan, Chu Dexin, Niu Chunming, Yan Zhongyan, Chen Nongxian et Xu Tiaoxue.

吳鑑泉。傳徐致一。聞武禹讓郝為楨。亦河南嫡傳。余友孫祿堂得自郝為楨。余與姚君馥春。以友誼關係。皆從湯君士林學。其中微有不同者。郝君所傳。為開合太極。而湯君所傳。特存河南嫡派之長拳。其一卽十三式。余於民二得之。迄今尚未得其要竅耳。拉雜書此。遺漏尚多。容俟他日採實。另行補述焉。

Wu Jianquan transmit à Xu Zhiyi. J’ai entendu dire que Wu Yurang transmit à Hao Weizhen, là encore une transmission directe du Henan ; mon ami Sun Lutang la reçut de Hao Weizhen. M. Yao Fuchun et moi-même avons, par relation d’amitié, tous deux étudié auprès de M. Tang Shilin. Il y a entre ces transmissions une légère différence : ce que transmit M. Hao est le « taiji d’ouverture et de fermeture », tandis que ce que transmit M. Tang conserve spécialement le chang quan de la lignée directe du Henan — l’un étant les treize dynamismes. Je l’ai reçu en la deuxième année de la République [1913] et je n’en ai pas encore saisi les clefs. J’écris ceci pêle-mêle ; les omissions sont nombreuses ; je les compléterai un autre jour, lorsque j’aurai vérifié les faits.

Le travail interne naturel du taiji quan

太極。形意。八卦。皆有天然之內功。以及八段錦。童子功。陸地仙術。易筋經。亦莫不有天然之內功。卽達摩大師發明之十八式。覺遠上人擴充之七十二式。亦皆有天然之內功也。顧後人追時尚。務新奇。任意改纂。甚至專練套子。所謂內功者。遂消滅於無形。

Le taiji, le xingyi et le bagua possèdent tous un travail interne naturel — comme le baduanjin, le « travail de l’enfant », les techniques de l’immortel terrestre ou le Yijinjing, qui en ont tous également. Même les dix-huit figures inventées par le grand maître Damo et les soixante-douze étendues par le vénérable Jueyuan ont ce travail interne naturel. Mais les générations suivantes, courant après la mode et recherchant la nouveauté, les ont remaniées à leur guise, jusqu’à ne plus pratiquer que des enchaînements : ce qu’on appelle le travail interne s’est ainsi évanoui.

若形意拳之易入岐途。學者尤不容輕忽因在練精化氣第一步工夫。十九純剛不柔積久愈甚。其弊可勝言哉。八卦掌。余於客歲見一人練習。兩臂高舉。氣喘莫可遏抑。迨至終場面色灰白。是八卦掌尤須得有嫡派眞傳。方可日有進步。否則毫厘千里。不可不愼。至陸地仙。童子功等。係專門習內功者。可無此弊。

La facilité avec laquelle le xingyi quan s’égare mérite que l’étudiant n’y prête pas une attention légère : dès la première étape du travail, « raffiner l’essence pour la transformer en souffle », neuf fois sur dix on tombe dans la dureté pure sans souplesse, et le mal s’aggrave avec le temps — comment dire tout ce qu’il a de funeste ? Quant à la paume des huit trigrammes, j’ai vu l’an dernier quelqu’un la pratiquer : les deux bras levés haut, haletant sans pouvoir se retenir, et à la fin de sa séance, le visage gris pâle. La paume des huit trigrammes exige donc tout particulièrement une transmission authentique pour progresser jour après jour ; autrement, d’un cheveu on rate de mille li. Il faut y prendre garde. L’immortel terrestre, le travail de l’enfant et autres relèvent d’une pratique spécialisée du travail interne et ne connaissent pas ce défaut.

惟太極拳亦然。不慮純剛之弊。逐漸可收內功之益。習一式得一式之進步。練一日得一日之利益。任憑如何練習。決無弊竇。聽其隨意活動。自有妙趣。名雖為拳。實含至道。動則百利。而無一害。此太極之所以為太極也。

Le taiji quan, lui aussi, est tel : on n’a pas à redouter le mal de la dureté pure et l’on récolte peu à peu les bienfaits du travail interne. Chaque figure pratiquée apporte son progrès ; chaque jour d’entraînement apporte son bénéfice. Quelle que soit la manière de pratiquer, il n’y a jamais de faille : on laisse le corps se mouvoir à son gré et l’on y trouve naturellement un intérêt merveilleux. Bien que son nom soit « boxe », elle contient en vérité la Voie suprême : en mouvement, cent profits et pas un seul dommage. C’est pourquoi le taiji est le taiji.

兹將第一二式。約略言之。第一式無極混混沌沌。無我無他。虛靈頂勁。氣沉丹田。提頂調𦡁。心中力量。兩背鬆。然後窒。肛門如忍糞狀。丹田氣自如。兩手之搿物。任憑動作。其氣不散。此非天然之內功乎。

Je vais en dire quelques mots à propos des deux premières figures. La première, Wuji (無極, « Sans faîte ») : confus et indifférencié, ni moi ni l’autre. La nuque creuse laisse monter la force du sommet du crâne ; le souffle s’enfonce au dantian ; on relève le sommet, on ajuste l’entrejambe (tiao chen) ; on use de la force du cœur ; les deux côtés du dos se relâchent, puis se ferment ; l’anus est serré comme si l’on retenait une selle ; le souffle du dantian va de soi ; les deux mains embrassent comme si elles tenaient un objet, et l’on se meut au gré du mouvement sans que le souffle se disperse — n’est-ce pas là un travail interne naturel ?

第二式攬雀尾。兩手向面前緩緩高起。與肩平齊。手雖高起。肘與肩皆下沉。同時身體亦向下微蹲。因而心與意。意與氣。氣與力。亦無不隨之向下沉墜。此又天然之內功也。舉一反三。餘式均可類推矣。述太極天然之內功如此。讀者幸勿河漢斯言。則吾道不孤矣。

La deuxième, Saisir la queue du moineau (攬雀尾) : les deux mains montent lentement devant le visage jusqu’à hauteur d’épaule ; bien que les mains s’élèvent, les coudes et les épaules s’abaissent, et le corps s’accroupit légèrement : ainsi le cœur et l’intention, l’intention et le souffle, le souffle et la force s’enfoncent-ils tous vers le bas — voilà encore un travail interne naturel. Qui saisit une partie comprend le tout ; on peut en faire autant des autres figures. J’ai décrit ainsi le travail interne naturel du taiji ; que le lecteur ne prenne pas mes paroles pour un vain bavardage : alors ma voie ne sera pas solitaire.

內功者。內勁也。不用拙力。反長內勁。此太極之特長也。斯術由首至尾。式式皆有內功。演式時。苟能牢記含胸拔背。沉肩墜肘。氣注丹田。提頂調𦡁。則無不日見功效。循序以進。雖不中不遠矣。

Le travail interne, c’est la force interne (neijing). Sans user de force maladroite, on fait au contraire croître la force interne : c’est là le mérite propre du taiji. Dans cet art, du début à la fin, chaque figure comporte un travail interne. Si, en exécutant la forme, on garde fermement en mémoire de creuser la poitrine et de tirer le dos, d’abaisser les épaules et de laisser tomber les coudes, de faire affluer le souffle au dantian, de relever le sommet et d’ajuster l’entrejambe, alors les effets se verront chaque jour. En avançant pas à pas, même si l’on n’atteint pas le but, on n’en sera pas loin.

Les secrets du taiji quan

太極者何。無極而生。自然運用之姿式也。秘訣者何。演式時循入正軌之要竅也。或疑掤捋擠按之十三式卽秘訣。否則披閃擔搓二十字。亦卽秘訣無疑。余曰否。此二者。皆太極拳中之魂魄。暨拳式中之用法。非演式時。能臻柔術上乘之訣也。其秘訣有三。

Qu’est-ce que le taiji ? Ce qui est né du wuji : les postures exécutées naturellement. Qu’est-ce qu’un secret (mijue) ? Les clefs essentielles qui, dans l’exécution de la forme, font entrer sur la bonne voie. On pourrait croire que les treize dynamismes — peng, , ji, an… — sont le secret ; ou bien que les vingt mots, de pi à tan, le sont à coup sûr. Je dis non : ces deux ensembles constituent l’âme du taiji quan et fournissent les applications des figures, mais ils ne sont pas les clefs qui permettent, dans l’exécution de la forme, d’atteindre le sommet de l’art souple. Les secrets sont au nombre de trois.

一曰全不用力。太極之全不用力。前已言之。兹特鄭重述之。太極演式第一秘訣。卽為由始至終。不許用力。偶失之剛。卽入岐途。變為外家。故無論蹬脚。獨立。均須切戒用力。但亦非故意軟化。不過隨其天然自動之運用耳。

Le premier : ne jamais user de force. Nous en avons déjà parlé, mais je le répète solennellement : le premier secret de l’exécution de la forme est de ne pas se permettre, du commencement à la fin, d’user de force. Si l’on tombe parfois dans la dureté, on prend une fausse route et l’on devient un praticien de l’école externe. Aussi, qu’il s’agisse d’un coup de pied poussé ou d’une station sur une jambe, faut-il sévèrement se garder de la force. Il ne s’agit pourtant pas de s’amollir à dessein, mais seulement de suivre le jeu naturel et spontané.

二曰無定式。即演式時。始終進退循環。綿綿不斷。一犯停滯。即落旁門。太極拳論所謂。如長江大河。滔滔不絕。又曰。運用如同抽絲。實皆貫串一氣。渾然無間也。

Le deuxième : pas de posture figée. Dans l’exécution de la forme, les avancées et les reculs alternent en cycle du début à la fin, continus comme un fil, sans interruption. Pour peu que l’on stagne, on tombe dans les voies latérales. Le traité du taiji quan dit : « comme le long fleuve et le grand fleuve, s’écoulant sans fin », et encore : « se mouvoir comme on tire la soie » — tout cela décrit un flux continu, entièrement sans faille.

或有問曰。照像之姿式。豈非定式乎。余曰否。此一式之煞尾處。或一式之中間。來往未了之尾處。或變動式過門之餘式。皆須拍照插圖。以示界線。綜之無論一式之末尾處。式中間來往未了之尾處。抑或過門之餘式。皆恐未易明瞭。故插圖。用示區別。至演式時。仍接下式。槪不停頓也。

Quelqu’un demandera : « Mais les postures photographiées ne sont-elles pas des postures figées ? » Je réponds non : ce sont tantôt les points d’arrivée d’une figure, tantôt les instants intermédiaires d’une figure dont le va-et-vient n’est pas achevé, tantôt les figures de passage d’un changement. Il faut les photographier et les insérer dans le livre pour marquer les limites. Bref, qu’il s’agisse de la fin d’une figure, d’un milieu de va-et-vient, ou d’une figure de transition, comme il serait malaisé de s’y reconnaître, on les a illustrées pour les distinguer. Mais en pratiquant, on enchaîne aussitôt la figure suivante : on ne s’arrête à aucun moment.

三曰專一意志。志者心也。太極拳演式時。每一動作。一心一意。專注此式。手足所至。心與意無不赴焉。所謂不用力。而用意。苟有絲毫拙勁。留滯於筋骨血脈之間。卽不能圓活靈通。意志亦不能專注。故心意所至。能使氣血貫輸全身。久練不輟。雖不用力。而有眞正內勁。

Le troisième : concentrer l’intention. La volonté, c’est le cœur. Lorsqu’on exécute la forme du taiji quan, à chaque mouvement on met tout son cœur et toute son intention, concentrés sur cette figure ; partout où arrivent les mains et les pieds, cœur et intention arrivent aussi. C’est ce qu’on appelle n’user pas de force mais user de l’intention. S’il subsiste la moindre force maladroite, stagnante entre tendons, os et vaisseaux, on ne peut être rond, vivant et pénétrant, et l’intention ne peut se concentrer. Quand l’intention arrive, elle fait circuler le souffle et le sang dans tout le corps ; en pratiquant longuement sans relâche, bien qu’on n’use pas de force, on possède une véritable force interne.

吾友湯士林。得斯術之神化。故其行路無聲無臭。其速兩倍於常人。又嘗製一護身披。置於臍部腰帶間。終年懸掛。曾未稍忽。據云能使意志專注。至護身披之功用。及製造法當於太極長拳出版時。另詳之。

Mon ami Tang Shilin a atteint la transformation merveilleuse de cet art : il marche sans bruit et sans odeur, et sa vitesse est le double de celle des gens ordinaires. Il avait aussi fabriqué une « pèlerine de protection du corps » qu’il porte à la taille, au niveau de l’ombilic, suspendue en permanence sans jamais la négliger ; elle permettrait, dit-il, de concentrer l’intention. Quant à son usage et à sa fabrication, ils seront détaillés lors de la publication du Taiji chang quan.

L’âme du taiji quan

魂魄者何。卽拳術中鉤心鬥角之關鍵。亦治技者不肯輕傳之精華也。太極拳之魂魄。卽十三式。十三式。卽掤捋擠按採挒肘靠進退左右中是也。其中要竅。當於講義中說明。暨太極拳譜釋義。詳細註解。

Qu’est-ce que l’âme ? C’est la clef qui donne l’avantage dans les luttes de la boxe, et l’essence que les praticiens ne consentent pas à transmettre à la légère. L’âme du taiji quan, ce sont les treize dynamismes : peng (掤, parer), (捋, rouler), ji (擠, presser), an (按, pousser), cai (採, cueillir), lie (挒, fendre), zhou (肘, coude), kao (靠, frapper de l’épaule), avancer, reculer, gauche, droite et centre. Leurs clefs sont exposées dans notre traité et commentées en détail dans l’« Explication du manuel du taiji quan ».

惟此十三勢外。尚有二十字。亦為斯術之寶筏。國內流行之太極拳譜。多未載。余於姚君馥春。得此譜。較他譜多數百字。譜為抄本。古香古色。彌足珍貴。今特不敢自秘。和盤托出。(詳見拳譜釋義)先述十三勢外之二十字。或亦海內同志所樂聞歟。

Outre ces treize dynamismes, il est encore vingt mots qui sont aussi un radeau précieux pour cet art. Les manuels de taiji quan en circulation dans le pays ne les portent pour la plupart pas. C’est auprès de M. Yao Fuchun que j’ai obtenu ce manuscrit, plus long que les autres de plusieurs centaines de caractères ; écrit à la main, d’une antique saveur, il est d’autant plus précieux. Je n’ai pas voulu le garder secret et je le révèle tout entier (voir l’« Explication du manuel »). Je vais d’abord énumérer ces vingt mots, que mes camarades du pays entier seront peut-être heureux d’entendre.

披閃擔搓歉。黏隨抅拿扳。軟掤摟摧掩。撮墜縷擠攤。其中如胃縷等字。疑為錯誤。因存其眞。未敢遽改。海內同志。倘有指示其錯誤者。則更為治斯術者之大幸。

pi (déployer) — 閃 shan (esquiver) — 擔 dan (porter) — 搓 cuo (frotter) — 歉 qian (manquer) 黏 nian (coller) — 隨 sui (suivre) — 抅 gou (accrocher) — 拿 na (saisir) — 扳 ban (tirer) 軟 ruan (souple) — 掤 peng (parer) — 摟 lou (étreindre) — 摧 cui (briser) — 掩 yan (couvrir) 撮 cuo (pincer) — 墜 zhui (tomber) — 縷 (filer) — 擠 ji (presser) — 攤 tan (déployer)

Parmi ces caractères, certains paraissent fautifs ; mais comme il fallait conserver le texte véritable, je n’ai pas osé les corriger à la hâte. Si mes camarades veulent bien m’indiquer ces erreurs, ce sera pour les praticiens de cet art une grande chance.

顧十三勢己包羅萬象。益以此二十字訣。則更取之不盡。用之不竭。苟能默識揣摩。奇效必着。至逐字註解。當於太極拳譜釋義中詳之。讀者或有疑吾言者。請觀後章。當知此二十字。實與太極拳有密切之關係。不容稍忽者也。如繼續習得長拳。斯時此二十字。則更字字珠璣矣。願讀者幸勿等閒視之。

Les treize dynamismes embrassent déjà toutes choses ; en y ajoutant ces vingt mots, on a de quoi puiser sans fin et user sans épuisement. Si l’on sait les retenir en silence et les méditer, des effets merveilleux se manifesteront. Leur commentaire mot à mot sera donné dans l’« Explication du manuel du taiji quan ». Que le lecteur qui douterait de mes paroles lise les chapitres suivants : il verra que ces vingt mots ont avec le taiji quan un rapport étroit dont on ne peut négliger la moindre part. Et si l’on poursuit jusqu’au chang quan, ces vingt mots seront alors perles sur perles. Que le lecteur ne les tienne pas pour chose banale.

Unité du taiji, du xingyi et du bagua

數十年前。形意拳與八卦拳。自立門戶。各不相謀。後經八卦拳之始祖。董海川太夫子。與形意專家。郭雲深太夫子。一處研習若干日。遂覺愈趨愈近。息息相通。動作雖異。理法無殊。乃合而為一。故近世稱形意八卦為一門。職是之故。顧今人多有呼形意八卦為武當派。余始終反對斯說。

Il y a plusieurs dizaines d’années, le xingyi quan et le bagua quan faisaient chacun leur propre chapelle, sans relations. Puis le fondateur du bagua quan, le vénéré Dong Haichuan, et le spécialiste du xingyi, le vénéré Guo Yunshen, étudièrent ensemble un certain nombre de jours : ils sentirent que leurs arts se rapprochaient de plus en plus, qu’ils respiraient d’un même souffle — les mouvements diffèrent, mais le principe et la méthode sont identiques — et ils les unirent. C’est pourquoi l’on parle aujourd’hui du xingyi et du bagua comme d’une seule école. Pourtant, beaucoup appellent maintenant le xingyi et le bagua « école du Wudang » ; je m’y suis toujours opposé.

蓋形意起源於達摩易筋經。後由岳武穆發明斯拳。八卦係董海川先生。訪道江南渝花山。遇丹士授以河圖洛書。傳授斯拳。二者皆非武當。若名之曰內家拳則可。直呼之為武當派。則不可也。

Le xingyi tire son origine du Yijinjing de Damo, puis fut inventé comme boxe par Yue Wumu [Yue Fei] ; le bagua vient de ce que M. Dong Haichuan, en quête de la Voie, rencontra au mont Yuhua, au sud du fleuve, un adepte du cinabre qui lui transmit le Hetu et le Luoshu et lui enseigna cette boxe. Ni l’un ni l’autre n’est du Wudang. On peut les appeler « boxe de l’école interne » ; les nommer directement « école du Wudang » ne se peut.

吾友孫祿堂。為郭雲深太夫子再傳弟子。其藝則多得之於郭。復學太極於郝為楨。三派深入化境。皆有獨到。乃著書立論。意在三派合一。綠此三派。名雖異。而實則同。由一而二。由二而三。由三而一也。余亦立主斯說。

Mon ami Sun Lutang est le disciple de la seconde génération du vénéré Guo Yunshen ; il tient l’essentiel de son art de Guo, et apprit en outre le taiji auprès de Hao Weizhen. Ces trois écoles, chez lui, atteignent une profondeur transformatrice et chacune a son originalité ; aussi a-t-il écrit un livre pour soutenir que les trois écoles ne font qu’une. En effet, ces trois écoles, bien que leurs noms diffèrent, ont en fait même nature : de l’un à deux, de deux à trois, et de trois à un. Je soutiens moi aussi cette thèse.

惟余於形意八卦太極。雖習之二十年。然於其中練神還虛之奥竅。尚未得其什一。僅知其理與法。確為三而一。毫無疑義。余敢大聲急呼。敬告全國國術同志曰。形意八卦太極。名雖三派。實為一家。三派合一。甚為恰當。卽統名內家拳亦無不當也。記三派統一之理由如此。

Pourtant, bien que je pratique le xingyi, le bagua et le taiji depuis vingt ans, je n’ai pas encore saisi le dixième du secret « exercer l’esprit jusqu’au vide » ; je sais seulement que leurs principes et leurs méthodes sont assurément trois en un, sans l’ombre d’un doute. Je me permets de crier à voix haute, respectueusement, à tous les camarades des arts martiaux du pays : le xingyi, le bagua et le taiji, bien que trois écoles de nom, ne sont qu’une seule famille ; leur unification est tout à fait juste, et les nommer tous ensemble « boxe de l’école interne » n’est pas non plus impropre. J’ai consigné ainsi les raisons de cette unification.

Du taiji chang quan (le « long poing »)

太極拳。在初發明時。僅十三式。擴而充之。成百餘手。是為三丰祖師所傳之太極也。後人因呼之為太極長拳。然總不出棚攄擠按。採挒肘靠。進退左右中。之十三動作名稱也。斯術雖僅一趟。實取之不竭。用之不盡。一切刀劍器械。無不包括在內。迨至臻入化境。不動如山。動如雷霆。升進未定。沾黏不脫。各樣兵器。亦皆從心所欲焉。特亦未出十三式之範圍也。

Lors de son invention, le taiji quan ne comportait que les treize dynamismes ; en les étendant et les complétant, on en fit plus de cent mains : c’est le taiji transmis par le patriarche Zhang Sanfeng, que la postérité appela le « taiji chang quan ». Mais cela ne sort jamais des treize noms d’actions : peng, , ji, an, cai, lie, zhou, kao, avancer, reculer, gauche, droite, centre. Cet art ne comporte qu’une seule traversée, et pourtant on y puise sans l’épuiser et l’utilise sans l’user : toutes les armes — sabre, épée, instruments — y sont incluses. Une fois parvenu à la transformation, on est immobile comme la montagne, on se meut comme le tonnerre, la montée comme l’avancée ne connaissent plus de fixité, et le contact ne se rompt pas ; toutes les armes suivent alors le désir du cœur, sans pourtant jamais sortir du cadre des treize dynamismes.

清初太極專家。王宗岳。發明太極長拳。並著拳論。始有長拳十三式之别。攷長拳雖亦取法十三式。而其中實包藏龍蛇鶴虎馬雞鷹熊鳳猴十形在內也。

Au début des Qing, l’expert en taiji Wang Zongyue inventa le taiji chang quan et composa le Traité de la boxe, d’où la distinction entre le long poing et les treize dynamismes. Le long poing, bien qu’il prenne également modèle sur les treize dynamismes, renferme en réalité dix formes : le dragon, le serpent, la grue, le tigre, le cheval, le coq, l’aigle, l’ours, le phénix et le singe.

余與姚君馥春。同學太極於友人湯君士林。湯為許占鰲先生之弟子。客歲余在吾師芳辰先生處表演長拳半趟。先生謂斯術雖脫胎於十三式。其顯明易懂之理法。與功用。實較十三式為廣。余甚佩芳辰先生之治技而能知技也。

M. Yao Fuchun et moi avons étudié le taiji ensemble auprès de notre ami Tang Shilin, disciple de M. Xu Zhan’ao. L’an dernier, chez mon maître M. [Li] Fangchen, j’exécutai une demi-traversée du long poing ; mon maître dit que cet art, bien que né des treize dynamismes, a des principes, des méthodes et des applications plus clairs, plus faciles à comprendre et en vérité plus étendus que ceux des treize dynamismes. J’admire beaucoup que M. Fangchen, cultivant l’art, sache aussi le connaître.

蓋余民元之前。經倪成玉君之介紹。得識許占鰲先生。許謂斯術。確為王宗岳嫡派。因傳流甚尠。故世人多知有長拳。特不知長拳之何若。至近今所謂長拳者。皆由十三式從而翻之。甲乙顚倒。先後互移。斯與此長拳有别矣。余聆斯言。如獲至寶。秘而不宣者十餘年。而余友姚君已得斯術三昧。余則自愧。仍未得窺堂奥也。

Avant la première année de la République, grâce à l’entremise de M. Ni Chengyu, j’avais connu M. Xu Zhan’ao ; celui-ci affirmait que cet art est bien de la lignée directe de Wang Zongyue, et que, sa transmission étant fort rare, la plupart ne connaissent que le nom du long poing sans savoir ce qu’il est. Ce qu’on appelle aujourd’hui le long poing n’est autre chose que les treize dynamismes retournés — le premier et le second intervertis, l’ordre déplacé — et diffère donc de ce long poing-ci. En entendant ces paroles, je crus tenir un trésor, et je les gardai secrètes plus de dix ans ; mon ami Yao, lui, a déjà pénétré le secret de cet art, tandis que je m’avoue honteux de n’en avoir pas encore entrevu les arcanes.

蓋許先生為郭雲深之弟子。與余師兆東先生為同輩。德高望重。決無妄語。聞其太極得自友傳。而非師授。故同門多未知其精太極。兹擬太極拳出版後。續邀姚君馥春。合編此太極長拳。以公同好。特述許先生言如上。

M. Xu, disciple de Guo Yunshen et de la même génération que mon maître M. Zhaodong, est d’une vertu haute et d’un prestige qui ne sauraient souffrir de parole vaine ; on dit qu’il reçut le taiji d’un ami et non d’un maître, ce qui explique que nombre de ses condisciples ignoraient sa maîtrise du taiji. Une fois le taiji quan publié, je me propose d’inviter de nouveau M. Yao Fuchun à composer avec moi ce Taiji chang quan, pour le livrer à ceux qui l’aiment ; d’où le récit ci-dessus des propos de M. Xu.

Chapitre deux (extraits)

Les quatre interdits et les huit exigences

四忌者何

Quels sont les quatre interdits ?

一忌、用力蓄氣。

太極拳。自始至終。毫不用力。用力易剛。蓄氣則滯。太剛則折。滯則氣逆。

  1. User de force et retenir son souffle. Dans tout l’enchaînement du taiji quan, du commencement à la fin, on n’use pas le moins du monde de force : user de force mène facilement à la dureté ; retenir son souffle produit la stagnation. Trop de dureté casse ; trop de stagnation fait refluer le souffle.

二忌、挺胸踢腰。

挺胸。氣懸胸滿。踢腰。逆氣上行。難歸丹田。

  1. Sortir la poitrine et pousser la taille en avant. Poitrine sortie : le souffle s’y suspend et la remplit. Taille poussée : le souffle inversé remonte et redescend mal au dantian.

三忌、聳肩縮頸。

肩聳。氣閉於胸。頸縮。大腦不能舒暢。故如中央之不能發號施令。其兩足無根。輕如飄萍。其明證也。

  1. Hausser les épaules et rentrer le cou. Épaules haussées : le souffle se bloque dans la poitrine. Cou rentré : le cerveau ne peut être à l’aise et, comme un gouvernement central incapable de donner ses ordres, on a les deux pieds sans racine, légers comme la lentille d’eau flottante — preuve manifeste de la faute.

四忌、動作停滯。

動作停滯。四肢百骸。其血脈皆不能流通。習之久。勢必淪入外家。

  1. La stagnation du mouvement. Si le mouvement stagne, le sang et les vaisseaux ne circulent plus dans les membres et dans tout le corps. À pratiquer ainsi longtemps, on tombe infailliblement dans les habitudes de l’école externe.

八要者何

Que sont les huit exigences ?

一、 沉肩墜肘。

此形意。八卦。太極。不謀而合者也。沉肩者。兩肩鬆開。極力往下垂勁也。墜肘者。無論出掌或拳。肘往下極力墜勁。肩與肘。本有連帶關係。肩沉肘墜。內勁彈力雙收。肩聳肘懸。則又外家矣。

  1. Abaisser les épaules et laisser tomber les coudes. C’est là un principe où le xingyi, le bagua et le taiji se rejoignent sans s’être concertés. Abaisser les épaules, c’est relâcher les deux épaules et les laisser descendre de toute leur force ; laisser tomber les coudes, c’est, qu’on sorte une paume ou un poing, faire descendre le coude de toute sa force. Épaules et coudes sont par nature solidaires : épaules abaissées et coudes tombants, l’énergie interne et l’élasticité se recueillent l’une et l’autre ; épaules haussées et coudes suspendus, l’on retombe dans l’école externe.

二、 貫頂調𦡁。

貫頂者。虛靈頂勁也。神貫於頂。始能提起精氣。拿住丹田之氣。不使外溢。提肛如忍糞狀。謂之調𦡁。卽調和𦡁部。變理陰陽也。

  1. Faire pénétrer au sommet et ajuster l’entrejambe. Faire pénétrer au sommet, c’est la force de sommet vide et spirituelle : quand l’esprit pénètre jusqu’au sommet du crâne, on peut relever l’énergie vitale. On retient le souffle au dantian sans le laisser déborder ; on rentre l’anus comme si l’on retenait une selle — c’est ce qu’on appelle « ajuster l’entrejambe », c’est-à-dire harmoniser la région de l’entrejambe et régler le jeu du yin et du yang.

三、 扣齒舐齶。

演式時。口似開非開。隨意呼吸。惟齒須常扣。精神始可煥發。舌舐上齶。目光自威。不惟太極如斯。卽形意八卦。亦莫不如是。幸勿滑口讀過。

  1. Serrer les dents et coller la langue au palais. Lorsqu’on exécute la forme, la bouche est comme ouverte sans l’être et l’on respire à son gré ; mais les dents doivent être constamment serrées, alors seulement l’esprit peut rayonner. La langue appuyée au palais, le regard prend de lui-même de l’autorité. Cela n’est pas vrai que du taiji : le xingyi et le bagua sont également ainsi. Qu’on ne lise pas ces lignes trop vite.

四、含胸鬆腰。

此為太極。形意。八卦。三派最要之訣。鬆肩後窒。往里微含。其氣自歸於丹田。其挺胸之弊。已詳見四忌。腰為全身之主宰。鬆腰足部堅實。𨀵法穩固。進退變化。皆由腰部轉動。支配動作。必於腰隙求之也。

  1. Creuser la poitrine et relâcher la taille. C’est là la clef la plus importante des trois écoles du taiji, du xingyi et du bagua. On relâche les épaules, on ferme le dos et l’on rentre légèrement vers l’intérieur : le souffle retourne alors de lui-même au dantian. Le défaut de la poitrine sortie a déjà été exposé dans les quatre interdits. La taille est le maître de tout le corps : taille relâchée, les pieds deviennent solides et la posture stable. Les changements d’avancée et de recul viennent tous de la rotation de la taille qui commande les mouvements ; c’est donc dans l’articulation de la taille qu’il faut chercher.

五、純任自然。

亦卽用意用不力之謂也。太極拳異於其他拳術者。則在斯。自首至尾。全不用力。苟有一式亂用拙力。則全身疆勁經絡不舒。血脈阻滯。動作不靈。用意者。意之所至。氣與力。無不赴焉。譬如欲向面前以右手掌擊出。假想右胳膊手生於肚腹丹田。而非生於肩膀者。雖不用力。而其內勁。與彈力。着人必傷。若外家其力皆顯於外。乃僅及皮膚之浮勁也。

  1. S’en remettre purement au naturel. C’est-à-dire user de l’intention et non de la force. C’est en cela que le taiji quan diffère des autres boxes : du début à la fin, on n’use pas du tout de force. Pour peu qu’on use maladroitement de force dans une seule figure, tout le corps se raidit, les méridiens ne sont plus à l’aise, le sang stagne et le mouvement perd son agilité. Qui use de l’intention : partout où l’intention arrive, le souffle et la force arrivent aussi. Supposez que l’on veuille frapper devant soi de la paume droite : imaginez que le bras et la main droits naissent du ventre, du dantian, et non de l’épaule ; bien qu’on n’use pas de force, la force interne et l’élasticité blesseront à coup sûr celui qu’elles touchent. Chez l’école externe, au contraire, la force se manifeste tout entière au-dehors : ce n’est qu’une force flottante qui n’atteint que la peau.

六、內外相合。

太極拳。貴在神意與軀體一致。所謂內外相合也。故云大腦如中央政府。心為元帅。手足身腰。為五營四哨兵將。大腦授命與心。心動神專。手足無不聽其指揮。手足所到之處。心意隨之俱到。手足停止。心意亦與之俱止。非如外家。手與足到。而心與意仍不屬也。

  1. Accorder l’intérieur et l’extérieur. Dans le taiji quan, le prix réside dans la concordance de l’esprit et de l’intention avec le corps : c’est ce qu’on appelle accorder l’intérieur et l’extérieur. Aussi dit-on que le cerveau est comme un gouvernement central, le cœur un maréchal, et les mains, les pieds, le corps et la taille les officiers et soldats des cinq camps et des quatre postes de garde. Le cerveau donne ses ordres au cœur ; le cœur s’émeut, l’esprit se concentre, et les mains et les pieds n’ont garde de ne pas obéir à son commandement. Où arrivent les mains et les pieds, le cœur et l’intention arrivent aussi ; quand les mains et les pieds s’arrêtent, le cœur et l’intention s’arrêtent avec eux. Il n’en va pas de même dans l’école externe, où les mains et les pieds arrivent alors que le cœur et l’intention ne suivent pas encore.

七、陰陽相濟。

拳譜所謂陽不離陰。陰不離陽。陰陽相濟。方為懂勁。陰陽者。亦卽上下相隨。奇正相生也。拳譜又云。由腿而脚。由脚而身。鍊如一氣。如轉鵠之鳥。如貓捕鼠。無不完整一氣也。

  1. Faire s’entraider le yin et le yang. Comme dit le manuel : « Le yang ne quitte pas le yin, le yin ne quitte pas le yang ; quand yin et yang s’entraident, alors seulement on comprend la force (dong jin). » Yin et yang, c’est aussi le haut et le bas qui se suivent, l’irrégulier et le régulier qui s’engendrent. Le manuel dit encore : « De la jambe au pied, du pied au corps, on s’exerce comme un seul souffle, tel l’oiseau qui tourne, tel le chat qui saisit la souris — jamais rien qui ne soit d’un seul tenant. »

卽如太極第一式。掤捋擠按。皆在其中。而每一動作。卽有一陰陽。陰陽相濟。亦卽奇正相生也。故手足一動。心與意。眼與神。亦莫不隨之而動。不卽不離。亦步亦趨。上下相隨。始能陰陽相濟也。

Ainsi, dans la première figure du taiji, peng, , ji et an sont tous contenus, et chaque mouvement comporte un yin et un yang : faire s’entraider yin et yang, c’est aussi l’irrégulier et le régulier qui s’engendrent. Aussi, dès que les mains et les pieds bougent, le cœur et l’intention, l’œil et l’esprit se meuvent-ils également avec eux : ni collés ni séparés, suivant chaque pas, le haut et le bas se suivant l’un l’autre — alors seulement yin et yang peuvent s’entraider.

八、動中求靜。

國術有專尚浮氣外力者。以騰踔為能事。其功皆壯於外。而不實於內。其發育身體亦速。退消亦快。是靜中求動。內與外各不相謀也。太極拳。則完全動中求靜。以靜而動雖動猶靜。故演式時。不可求速。亦不可因靜而一味求慢。總要綿綿不斷。往來無間。神至意到。貫串如一。乃得太極之妙。

  1. Chercher le repos dans le mouvement. Il est des arts martiaux qui ne font cas que du souffle flottant et de la force extérieure, et mettent leur honneur à bondir et à sauter : leurs mérites se montrent au-dehors sans être pleins au-dedans, et le corps se développe vite, mais se dégrade aussi vite. C’est chercher le mouvement dans le repos, l’intérieur et l’extérieur ne se concertant pas. Le taiji quan, lui, cherche entièrement le repos dans le mouvement : mû par le repos, il est en mouvement comme au repos. Aussi, en exécutant la forme, il ne faut pas rechercher la vitesse, ni non plus, au nom du repos, rechercher la lenteur à tout prix ; il faut avant tout une continuité sans faille, un va-et-vient sans interruption, l’esprit arrivé et l’intention présente, tout enfilé comme d’un seul fil : alors on atteint la merveille du taiji.

Comparaison du taiji quan avec les autres boxes

中國拳術。綜其派別。不下數十種。一派有一派之專長。一門有一門之優點。固未可一槪抹煞也。顧派別旣多。門戶立判。其中能得眞傳。深入堂奧者。固不乏人。然誤入旁門。氣血受滯者。亦所在皆是。故吾人習技之始。須先審别所學者。為內家。抑或外家。為何人創造。是何名稱。由其派别。可鑒定其拳之優劣。以定練習進行之方針。

Les boxes chinoises comptent, tous courants confondus, plus de plusieurs dizaines d’écoles. Chaque courant a son mérite propre, chaque école son excellence : on ne saurait certes les rejeter en bloc. Mais comme les courants sont nombreux, les clans se distinguent aussitôt. Sans doute ne manque-t-il pas d’hommes qui ont reçu une transmission véritable et pénétré les arcanes ; mais il en est partout aussi qui se sont fourvoyés dans les voies latérales et dont le souffle et le sang sont entravés. Aussi, en commençant l’étude d’un art, faut-il d’abord examiner si ce que l’on apprend relève de l’école interne ou de l’école externe, qui l’a créé et quel est son nom : d’après son courant, on peut apprécier la qualité de la boxe et fixer la direction de sa pratique.

按吾國拳術。數千年來。往往獨守秘密。家自為說。人自為師。鄕村之治技者。以之授徒為糊口計。日甚一日。治技者。皆流為市井遊俠之輩。不惟文人墨客不敢學習。卽秉國鈞者。亦未便遽然提倡。懼其人難於訓練就範也。

Dans notre pays, les arts martiaux se sont transmis des milliers d’années durant en gardant jalousement leur secret : chaque famille avait sa doctrine, chacun se faisait maître. Les praticiens de village, qui enseignaient à des élèves pour gagner leur vie, voyaient leur condition s’aggraver de jour en jour, et les pratiquants dégénérèrent en batteurs de pavés. Non seulement les lettrés n’osaient plus les apprendre, mais ceux qui tenaient les rênes de l’État ne pouvaient les promouvoir sans hésiter, par crainte que ces gens ne fussent difficiles à discipliner.

今雖中央有國術館。各省亦有國術館之設。謂為提倡國術可也。謂為與治技者。以獎勵亦可也。若謂訓練人才。敎育完全之師範。則尚非其時也。今之練拳數十年者。並自習之拳術。為內家外家。且不識。更遑論其他耶。

Aujourd’hui, bien que le gouvernement central ait son académie des arts martiaux et que chaque province ait établi la sienne, on peut dire que les arts martiaux y sont encouragés, et que leurs praticiens y trouvent un soutien ; mais quant à former des talents et à éduquer des professeurs accomplis, ce n’est pas encore le moment. Il est aujourd’hui des gens qui pratiquent la boxe depuis des dizaines d’années et ne savent même pas si l’art qu’ils étudient relève de l’école interne ou de l’école externe — que dire du reste ?

余嘗遇一老國術專家。其所學與造詣。皆足以闡明斯道。為後生圭臬。余偶舉當代之治技名家以相詢。渠則頻搖其首。而不答。此豈提倡國術之道哉。

J’ai rencontré un jour un vieil expert en arts martiaux dont le savoir et la maîtrise suffisaient à éclairer cette voie et à servir de modèle aux jeunes ; comme je lui citais au hasard les maîtres renommés de ce temps pour l’interroger, il se contenta de secouer la tête sans répondre. Est-ce là la manière de promouvoir les arts martiaux ?

吾師芳辰先生。國人皆知其為劍術專家為劍仙。而不知為懂技者。全國一人。余嘗約治技者若干人。挨次表演。演完後。先生默評甲乙。所言若合符節。有如目睹。是誠足言提倡也。

Tout le monde sait que mon maître M. [Li] Fangchen est un expert de l’épée, un « immortel de l’épée » ; on ignore qu’il est le seul dans tout le pays à comprendre vraiment les techniques. J’ai un jour réuni plusieurs praticiens pour qu’ils exécutent tour à tour leur forme ; à la fin, mon maître jugea en silence qui méritait le premier et le second rang, et ses paroles tombèrent juste à chaque fois, comme s’il y avait vu de ses propres yeux. Voilà qui mérite qu’on parle de promotion [des arts martiaux].

余敢敬告全國練習國術之同志。中華國術。無論何派。皆為世界各國所望塵莫及。吾人可就性之所近者。刻意練習。擇其善者而從之。其不善者而改之。

Je me permets d’avertir respectueusement tous les camarades du pays qui pratiquent les arts martiaux : les arts martiaux chinois, quel qu’en soit le courant, laissent loin derrière eux tout ce que les autres nations du monde peuvent offrir. Nous pouvons, selon nos affinités, nous y exercer avec ardeur, choisir ce qu’ils ont de bon pour le suivre et corriger ce qu’ils ont de mauvais.

至於太極與他拳之比較。無論任何拳術。得其理與法。自然盡善盡美。惟偶差毫厘。卽謬千里。太極異於其他拳術者。決無斯弊。任憑如何練法。自有進步。而無退化。卽未成功。而無一害。老幼可學。少長咸宜。數百年來。太極拳之所以遍傳南北。目進無疆者。其在斯乎。

Quant à la comparaison du taiji avec les autres boxes : quelle que soit la boxe, si l’on en possède le principe et la méthode, elle est naturellement parfaite ; mais pour peu qu’on s’écarte d’un cheveu, on se trompe de mille li. Ce en quoi le taiji diffère des autres boxes, c’est qu’il ne connaît jamais ce défaut : de quelque manière qu’on le pratique, on progresse et l’on ne régresse pas ; même sans avoir réussi, on n’en subit aucun dommage. Jeunes et vieux peuvent l’étudier, adolescents et adultes y conviennent également. C’est là sans doute pourquoi, depuis plusieurs siècles, le taiji quan s’est répandu du nord au sud et progresse sans limite.

Explication du taiji quan par Chen Jingting (陳敬亭)

夫拳以太極爲名者。有所謂而然也。非若旁門之拳。立名以卦。而此拳獨以太極爲名。獨占鰲頭者也。太極者。舉人一身而言也。然乾爲首。坤爲腹。人所共知也。至於腰爲太極。誰得而知。何以言之。兩腎爲腰。腰象太極。

Cette boxe porte le nom de taiji pour une raison qui se justifie : elle n’est pas comme les boxes des voies latérales, dont le nom vient d’un trigramme ; seule cette boxe s’appelle taiji, et elle prime toutes les autres. Le taiji désigne ici le corps humain pris dans son ensemble. Que le qian [le ciel] soit la tête et le kun [la terre] le ventre, tout le monde le sait ; mais que la taille soit le taiji, qui peut le savoir ? Comment cela s’entend-il ? Les deux reins forment la taille, et la taille représente le taiji.

太極生兩儀。兩儀卽脊骨兩旁兩胯兩股大筋也。兩儀生四象。四象卽四肢也。兩儀之筋。上通兩腋下後之大筋。發於胳膊下。由兩胯後筋。發於兩腿。四象生八卦。八卦卽四肢八節也。八八生六十四卦。卽手足指節。五十六節。合四肢八節也。卽六十四卦也。

Le taiji engendre les deux aspects : les deux aspects sont les deux côtés de la colonne vertébrale, les deux hanches et les gros tendons des deux cuisses. Les deux aspects engendrent les quatre figures : les quatre figures sont les quatre membres. Les tendons des deux aspects communiquent vers le haut avec les gros tendons situés sous les deux aisselles, d’où ils partent dans les bras ; et depuis les tendons postérieurs des deux hanches, ils partent dans les deux jambes. Les quatre figures engendrent les huit trigrammes : les huit trigrammes sont les huit articulations des quatre membres. Huit fois huit engendrent les soixante-quatre hexagrammes : ce sont les cinquante-six articulations des doigts et des orteils, jointes aux huit articulations des quatre membres, soit les soixante-quatre hexagrammes.

至於手指。則分春夏秋冬。食指為春。屬木。中指長為夏。屬火。象夏日長。無名指。與食指一班長。為秋。屬金。象春秋晝夜相停。小指短為冬。屬水。象冬日短。大指為四季土。運用於四時。與四指皆相配合。所以能拿物也。

Quant aux doigts, ils se répartissent entre printemps, été, automne et hiver : l’index est le printemps, du bois ; le majeur, plus long, est l’été, du feu, image de la longueur des jours en été ; l’annulaire, de même longueur que l’index, est l’automne, du métal, image de l’égalité du jour et de la nuit aux équinoxes de printemps et d’automne ; l’auriculaire, plus court, est l’hiver, de l’eau, image de la brièveté des jours en hiver ; le pouce est la terre des quatre saisons, agissant dans les quatre temps, en accord avec les quatre autres doigts : c’est pourquoi la main peut saisir les objets.

夫此拳命名太極。以力由腰發。至於兩儀筋。由兩儀之筋。發於四肢。此為用心法。由四肢八節。發於手足指節。此為用手法。為用足法。是此拳皆以身法玩四肢。而旁門皆以四肢玩身法也。此拳言身法者。是命意源頭在腰隙。刻刻留心在腰間云爾。

Cette boxe est nommée taiji parce que la force part de la taille pour gagner les tendons des deux aspects, et que de ces tendons elle gagne les quatre membres : c’est la méthode d’usage du cœur [du mental]. Des huit articulations des quatre membres, elle gagne les articulations des doigts et des orteils : c’est la méthode d’usage des mains et des pieds. Ainsi cette boxe fait-elle jouer les quatre membres par la méthode du corps, tandis que les voies latérales font jouer le corps par les quatre membres. Pour cette boxe, en matière de méthode du corps, « la commande a sa source dans l’articulation de la taille » et « à chaque instant, il faut prendre garde à la taille ».

中以太極兩儀生四象。貫之春宵一刻値千金。

Il y a là, au-dedans, l’idée que le taiji et ses deux aspects engendrent les quatre figures ; pour le dire d’un mot : « un instant d’une nuit de printemps vaut mille pièces d’or ».

Notes du traducteur

  1. Yao Fuchun (姚馥春) : maître de Zunhua (遵化, Hebei), il étudia d’abord la « paume continue en anneaux » auprès de Xu Mingde, puis le taiji auprès de Tang Shilin, et le xingyi et le bagua auprès de Zhang Zhankui et Li Cunyi. Ses dates de naissance et de mort n’ont pas pu être établies avec certitude.
  2. Jiang Rongqiao (姜容樵, 1891-1974) : de son prénom social Guangwu (光武), natif de Cangzhou (滄州, Hebei) ; disciple de Zhang Zhankui pour le xingyi et le bagua et du général Li Jinglin pour l’épée du Wudang, auteur prolifique de manuels d’arts martiaux (xingyi, bagua, taiji, bâton de Shaolin).
  3. Le Taiji quan jiangyi et le domaine public : l’ouvrage a paru à Shanghai en 1930 (éditions Wu Xue Shuju). Les droits d’auteur étant expirés — Jiang Rongqiao étant mort en 1974, et la publication datant de plus de quatre-vingt-quinze ans —, le texte chinois original est dans le domaine public.
  4. Zhang Sanfeng : figure légendaire, présentée par la tradition des écoles internes comme l’inventeur du taiji quan ; le récit biographique traduit ici relève de l’hagiographie et non de l’histoire documentée.
  5. Les dix-huit mains de Damo, les soixante-douze mains de Jueyuan : références à la tradition de Shaolin ; le Yijinjing (« Classique de la transformation des muscles et tendons ») est attribué à Bodhidharma.
  6. Les treize dynamismes (十三勢) : huit techniques — peng (掤), (捋), ji (擠), an (按), cai (採), lie (挒), zhou (肘), kao (靠) — et cinq directions ou démarches (avancer, reculer, gauche, droite, centre).
  7. Les vingt mots (二十字訣) : série de vingt caractères transmise par le manuscrit que Yao Fuchun aurait reçu de Tang Shilin. Le livre les commente un par un dans son chapitre dixième, l’« Explication du manuel du taiji quan » (太極拳譜釋義), qui ne figure pas dans la présente traduction.
  8. Le « taiji chang quan » (太極長拳) : « long poing » du taiji, attribué par les auteurs à Wang Zongyue, distinct de la forme des treize dynamismes conservée par Tang Shilin. Le livre annonce un volume qui lui serait consacré.
  9. Le « taiji d’ouverture et de fermeture » (開合太極) : transmission de Hao Weizhen (郝為楨), reçue par Sun Lutang et devenue le style Sun.
  10. Sections non traduites ici : le tableau des figures (太極拳式一覽), le chant des noms des figures (太極拳名稱歌), les diagrammes des huit directions et des cinq positions avec leurs commentaires, les diagrammes du taiji et les tracés d’itinéraires (太極圖式, 太極拳路綫圖), les chapitres trois à huit (description illustrée des cent soixante-huit figures de la forme), le chapitre neuvième (poussée des mains) et le chapitre dixième (« Explication du manuel du taiji quan », commentaire des textes classiques) n’ont pas été traduits, afin de garder à cette notice une longueur raisonnable. Le lecteur les trouvera dans l’article de Paul Brennan mentionné ci-dessous.
  11. Chen Jingting (陳敬亭) : le nom apparaît tel quel dans le livre ; c’est un tenant du lignage Yang, dont l’auteur cite ici les vues sur la correspondance entre la boxe, le corps et les figures du Livre des Mutations.

Source : 太極拳講義 (Taiji quan jiangyi, « Exposé didactique du taiji quan ») de Yao Fuchun (姚馥春) et Jiang Rongqiao (姜容樵), éditions Wu Xue Shuju (上海武學書局), Shanghai, 1930. Texte chinois du domaine public. Traduction française nouvelle, réalisée directement à partir de l’original chinois pour ce site. Le texte chinois original, ainsi que les reproductions des pages liminaires de l’édition de 1930 (calligraphies de Jiang Zhongzheng, Li Jinglin, Yu Youren, Xue Dubi, Li Jishen, Li Xixian et Huang Bonian, et portraits photographiques des deux auteurs), ont été trouvés sur la page de Paul Brennan : « The Taiji Manual of Yao Fuchun & Jiang Rongqiao ». Les images reproduites ici sont des scans des pages de l’édition originale chinoise de 1930, textes et photographies du domaine public ; aucune image créée par le traducteur anglais n’a été reprise.