Le Taiji quan jiangyi (太極拳講義, « Exposé du taiji quan ») est un manuel publié en 1931 par l’Institut des arts martiaux nationaux de la province du Shandong (山東省國術館), l’un des grands instituts provinciaux créés dans le sillage de l’Institut central des arts martiaux (中央國術館) de Nanjing. Il a pour auteur Tian Zhenfeng (田鎮峰), membre du bureau des publications de l’Institut, et fut d’abord conçu comme un « brouillon » (草本) destiné à l’enseignement : la préface officielle de Li Shuchun (李樹春), chef du département des affaires civiles de la province, le présente comme le manuel adopté pour la formation des fonctionnaires locaux et des chefs de district. Le livre parut sous le directorat de Li Jinglin (李景林, 1885-1931), dit Li Fangchen (芳辰), célèbre maître de l’épée du Wudang, qui, selon l’auteur, « pesa et corrigea tard dans la nuit » les commentaires classiques inclus dans l’ouvrage.
Le Taiji quan jiangyi est représentatif de la première vague de manuels publiés par les instituts d’arts martiaux : il s’ouvre sur l’appareil éditorial de l’Institut (considérations de l’auteur, préface officielle, préface « en tête de volume »), puis expose successivement la signification du taiji quan, ses effets sur la santé et son histoire — de Laozi, Xu Xuanping et Li Daozi à Zhang Sanfeng, Wang Zongyue, Zhang Songxi et Wang Zhengnan, jusqu’à la transmission à la famille Chen puis à la famille Yang — avant de donner les textes classiques avec le commentaire de l’auteur (太極拳論, 太極拳經, 十三勢歌, 行功心解 et 打手歌), la nomenclature des 81 postures du formulaire et les méthodes de poussée des mains (推手).
L’ouvrage date de 1931 ; le texte chinois appartient au domaine public.
Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original. Toutes les planches reproduites ici — les dessins de postures et les photographies de poussée des mains — sont des reproductions de l’édition originale de 1931.
Remarques de l’auteur (編者例言)
一,是書以闡揚國術,溶化門派為主旨,其虛誕之說,盡皆删去,因編時倉卒,未遑校正,疎漏之虞,槪所難免,故定名曰,太極拳講義草本,擬從事審核,再為出版,
Premièrement : ce livre a pour dessein de faire rayonner les arts martiaux nationaux et de fondre les cloisons entre les écoles ; tous les dires fantaisistes en ont été retirés. Comme la rédaction fut hâtive et qu’il n’y eut pas le loisir de corriger, les omissions et les négligences sont difficiles à éviter. C’est pourquoi on l’a intitulé Taiji quan jiangyi, brouillon (草本), dans l’intention de le soumettre à vérification avant de le publier.
一,編者囿於見聞,此拳之深妙,理難窮盡,難數載磨習,稍窺門徑,而所獲者,未足一斑,旣無發揮光大之可能,時以為憾,書中經解,皆王宗岳先師之遺註,又經現代太極專家李公景林,午夜琢磨,考核校正,惟恐理深意奧,不易了解,故再重加贅述,以便學者容易領悟,倘荷海內同志不棄,有所闡明見貽者,則不勝馨香祀禱,而跂望之,
Deuxièmement : l’auteur, borné par ce qu’il a vu et entendu, ne peut épuiser la profondeur et la subtilité de cette boxe. Bien que je m’y sois exercé plusieurs années et que j’en aie entrevu le seuil, ce que j’ai acquis n’en vaut pas une seule tache ; n’ayant pas la possibilité de la faire pleinement resplendir, je le regrette sans cesse. Les explications des classiques données dans ce livre sont les annotations laissées par le maître Wang Zongyue ; elles ont en outre été, tard dans la nuit, pesées et corrigées par l’expert contemporain de taiji, M. Li Jinglin. Mais comme les principes sont profonds et les intentions obscures et malaisés à comprendre, j’y ai ajouté de nouveaux développements pour que l’étudiant les saisisse plus aisément. Si les camarades du pays ne me repoussent pas et veulent bien m’adresser des éclaircissements, je serai comblé et les attendrai comme on attend une bénédiction.
一,書內所云,各式之解說明法,僅擇其一端,略加說明,使初學者易於參悟,而太極拳之廣義,非僅乎此,若以狹義擊技而目之,未免有負此拳之眞義,
Troisièmement : les explications et les descriptions de chaque posture ne retiennent qu’un seul aspect, brièvement expliqué, pour que le débutant puisse les comprendre sans peine. Mais le taiji quan au sens large n’est pas seulement cela : le regarder comme une technique de combat au sens étroit serait trahir le véritable sens de cette boxe.
一,此拳無男女老幼之別,無短衣擇地之戒,習之旣久,自可强身健腦,塡精補髓,有百益而無一害,人生之有為,端賴此身之培植,凡我同胞豈可忽視,若以此拳為必須之營養料,則別趣橫生,誠無上之補品,
Quatrièmement : cette boxe ne fait aucune distinction entre hommes et femmes, jeunes et vieux, et n’impose ni vêtement particulier ni terrain choisi. Pratiquée longtemps, elle fortifie naturellement le corps et le cerveau, remplit l’essence et reconstitue la moelle : elle a cent bienfaits et pas un seul dommage. Tout ce qu’un homme peut accomplir dépend de la culture de son corps : comment mes compatriotes pourraient-ils la négliger ? Si l’on considère cette boxe comme une nourriture indispensable, l’intérêt naît de lui-même, et c’est véritablement le complément suprême.
Préface (太極拳講義序)
吾國拳術,由來尚矣!考諸詩云:『無拳無勇,職為亂階』;管子云:『於子之屬,有拳勇股肱之力,秀出於衆者,有則以告』。卽孔氏人門,有若稱似聖人,而幕庭三踴,與壯士之列;其他若季路冉有之倫,咸以武勇致用;此皆吾國古時注重拳術之明證也。漢唐而後,多重文藝而輕武術,致斯道之之傳,入於釋道內外家之徒。習之者非江湖鬻技,即綠林盗宼。問有一二士夫,精斯藝者,又常挾秘訣以自重,不肯輕易傳人,斯術之消沈,幾如廣陵散,而民氣日衰,民體日弱,說者謂:漢世家法,不克靖黃巾之亂;宋世性理,無以禦蒙古之侵。馴至今日,東亞病夫之名,為世叢詬。噫!其言豈過當哉,迺者,政府振興國術,設舘專司,各學校均設國技專科,發揚國光,誠盛舉也!余濫長民廳,亟思有以提倡,爰於地方行政人員及區長訓練兩所,各設國技一門,承國術舘長李公芳辰,選薦拳術敎授,即以田君鎭峯所編太極拳講義,作為敎科,俾資練習。余覽而悅之!竊考太極拳為武當正宗,法天地自然之理,參太極陰陽之妙,為內家拳術之最平易,而最能發達體育者也。然非田君之研求有素;李公之考核詳明,何以發其精而撮其要,窮其源而溯其流哉!總理有云:『欲恢復我民族之地位,須先恢復我民族固有之「精神」「道德」與「智能」。』余謂太極拳能鍛練身體,陶淑心性,即吾民族「精神」之所表現,亦吾民族「道德」與「智能」之所寄託也。所望各學者,研習探討,融會貫通,神而明之,發揚而光大之,庶吾民族尚武之精神,得以復興,而東亞病夫之恥辱可免,則斯編之刋,為不虛矣!因樂而為之序。
Les arts de la boxe de notre pays remontent bien loin ! On lit dans le Livre des Odes : « Sans poings, sans courage, leur rôle est de semer le désordre » ; et Guanzi : « Parmi tes subordonnés, s’il en est dont la force des poings et des bras se distingue de la foule, fais-le-moi savoir. » Même chez Confucius, Ziruo, que l’on comparait à un sage, franchissait la cour d’un triple bond et prenait rang parmi les hommes vaillants ; d’autres, comme Zilu et Ran You, mirent leur bravoure au service de l’État. Voilà des preuves manifestes que l’on prisait la boxe dans notre antiquité. Après les Han et les Tang, on privilégia les lettres et l’on méprisa les arts martiaux ; la transmission de cette voie passa alors aux adeptes des écoles internes et externes, taoïstes et bouddhistes. Ceux qui la pratiquaient n’étaient, sinon des saltimbanques vendant leur art, du moins des brigands de la forêt verte. S’il se trouvait un ou deux lettrés versés dans cet art, ils gardaient jalousement leurs secrets, refusant de les transmettre à la légère. Cet art sombra presque comme la mélodie de Guangling ; le souffle du peuple déclinait et son corps faiblissait chaque jour, au point que l’on dit : les méthodes de la maison des Han ne purent apaiser la révolte des Turbans jaunes, la philosophie de la nature et du principe des Song ne put arrêter l’invasion mongole. Et l’on en est venu à nous affubler partout du nom d’« homme malade de l’Asie ». Hélas ! ces propos sont-ils si exagérés ? Aujourd’hui le gouvernement promeut les arts martiaux nationaux, a créé des instituts spéciaux pour cela, et toutes les écoles ont ouvert un cours d’arts martiaux nationaux : c’est faire resplendir la gloire du pays, et c’est une grande œuvre ! Chargé de la direction des affaires civiles, j’ai vivement souhaité les encourager, et j’ai créé un cours d’arts martiaux dans les deux établissements de formation des fonctionnaires locaux et des chefs de district. Sur la recommandation du directeur de l’Institut des arts martiaux nationaux, M. Li Fangchen, on a choisi des professeurs de boxe et pris pour manuel le Taiji quan jiangyi composé par M. Tian Zhenfeng, afin de servir à la pratique. Je l’ai lu et j’y ai pris grand plaisir. J’estime que le taiji quan est la tradition authentique du Wudang : il suit les principes naturels du ciel et de la terre et s’accorde aux subtilités du yin et du yang du taiji ; c’est, de tous les arts internes, le plus simple et celui qui développe le mieux le corps. Mais sans l’étude assidue de M. Tian et la vérification minutieuse de M. Li, comment dégager son essence et en saisir les points essentiels, remonter à sa source et en suivre le cours ? Le premier ministre a dit : « Pour restaurer le statut de notre nation, il faut d’abord restaurer l’esprit, la morale et l’intelligence qui lui sont propres. » Pour ma part, je dis que le taiji quan peut fortifier le corps et former le caractère : il est l’expression même de l’esprit de notre nation, et le dépositaire de sa morale comme de son intelligence. Je souhaite que chaque étudiant l’étudie, l’approfondisse, en fasse la synthèse, la comprenne avec esprit et la porte plus loin encore : alors l’esprit martial de notre nation pourra renaître et la honte de l’« homme malade de l’Asie » sera effacée, et la publication de cet ouvrage n’aura pas été vaine ! C’est pourquoi j’ai pris plaisir à en écrire la préface.
中華民國二十年二月李樹春
Li Shuchun, deuxième mois de la vingtième année de la République de Chine [février 1931].
Préface en tête de volume (卷頭語)
宇宙間無論是那一種物,或是那一種學理,都有牠的意義在。那麼,我們不管對於什麼東西,總該去追求牠的意義,研究牠的本末;我們才有相當的裨益;那被追求的東西,也才得有進步。假若我們對於各樣物類,各項事理,不加以思索,不發生絲毫的心得,我們便是無意識的人;也便失去萬物之靈的美稱了!
Dans l’univers, quelle que soit la chose ou quel que soit le principe, il y a un sens. Aussi, quel que soit l’objet dont nous nous occupons, nous devons toujours chercher à en poursuivre le sens et en étudier les tenants et les aboutissants : nous en tirerons un profit correspondant, et la chose poursuivie pourra elle aussi progresser. Si nous n’accordons à chaque objet, à chaque principe aucune réflexion, si nous n’en retirons pas la moindre compréhension, nous sommes des hommes sans conscience, et nous perdons le beau titre d’« esprit le plus intelligent de tous les êtres ».
在過去的社會間,國術一項,因受着重文輕武政策的影響,總是被深深的沈默支配着,固然在史書上很難見有國術的記載,就連在一般學者頭腦裏,心目中,簡直沒有絲毫國術的印象!所以從前練習拳藝的人們,大半都是不學無術的老粗;若想在國術界裏,拜訪幾位所謂文武兼備,了解拳理的同志,真如鳳毛麟角一樣的稀罕!
Dans la société d’autrefois, les arts martiaux nationaux, subissant l’influence d’une politique qui honorait les lettres et méprisait les armes, étaient enveloppés d’un profond silence. Non seulement il est bien difficile d’en trouver la trace dans les livres d’histoire, mais jusque dans l’esprit et sous les yeux des lettrés ordinaires il n’en restait pas même l’ombre d’un souvenir ! C’est pourquoi ceux qui s’exerçaient jadis à la boxe étaient pour la plupart des rustres sans instruction ; et vouloir rencontrer dans le monde des arts martiaux une poignée de camarades réunissant le savoir des lettres et celui des armes et comprenant la théorie de la boxe était aussi rare que les plumes de phénix et les cornes de licorne !
到了現在,提倡國術,發揚國光的聲浪,幾震遍全國的時光,雖有少許武界的先知先覺,要想開拓國術知識的領域,闡揚此道的精華;然而結果却很不容易獲得滿足的成績,這不用說是因為關於國術的參考書籍太少太少了。即使去向大名鼎鼎的老拳師們探討國術的眞理,他們也是回答不出所以然來。例如國術與心理學,生理學,病理學,軍事學的作用,與各種科學的關係及其精義,他們號稱拳師的諸先進,固然莫知其詳;甚至詢問某種拳術名稱的由來和各式之要點,他們也是啞然無對者居多!
Aujourd’hui, le cri qui appelle à promouvoir les arts martiaux nationaux et à faire resplendir la gloire du pays ébranle presque tout le territoire ; quelques précurseurs du monde martial veulent élargir le domaine de la connaissance des arts martiaux et en divulguer la quintessence ; mais il est bien malaisé d’obtenir des résultats satisfaisants, et cela, inutile de le dire, parce que les ouvrages de référence sur les arts martiaux sont trop rares. Même lorsqu’on va interroger les grands noms de la vieille boxe sur la vérité de ces arts, ils sont incapables de répondre. Par exemple des rapports des arts martiaux avec la psychologie, la physiologie, la pathologie, la science militaire et les autres sciences, et de leur essence : ces aînés que l’on appelle maîtres de boxe n’en savent rien ; et même si on leur demande l’origine du nom d’un art ou les points essentiels de telle posture, la plupart restent muets !
這樣看來,難怪國術不容易得到社會上流階級的重視;原來國術的本身,旣少有歷史的根據;又沒有正確的理論產出;縱然在中國許多舊小說上,或文人的筆記中,可以覓得一點關於拳勇的記載;然而多半是非科學的無稽考的誇張之說;並且還是充滿了神話的虛幻之談;越使得有知識的人們,不願向此道問津。於是國術的命運,也便越趨向於危厄了―險乎埋沒了牠光榮可貴的本質和偉大的靈魂!
Il n’est donc pas étonnant que les arts martiaux aient peine à retenir l’attention des classes élevées de la société : en eux-mêmes, ils ont rarement un fondement historique, et aucune théorie exacte n’en a été produite. Quand bien même l’on trouve dans maint vieux roman chinois ou dans les notes d’un lettré quelques récits de vaillance, il s’agit le plus souvent d’exagérations non scientifiques et invérifiables, et même de fables magiques et illusoires, ce qui détourne encore les gens instruits de cette voie. Ainsi le destin des arts martiaux s’est-il enfoncé de plus en plus dans le péril : ils ont failli ensevelir leur essence glorieuse et précieuse et leur grande âme !
幸而牠―國術―到處已遺留下破碎的尸骸。彷彿能常從牠毀滅將盡的靈魂的口裏,吶喊出求救之悲聲;訴說國術與中華種族存亡有密切的關係;若不把牠尊重起來,就等於不尊重國家。因為牠―國術―的確是我們中國的精靈。
Par bonheur, partout, il en subsiste des ossements brisés. Il semble que l’on entende souvent, de la bouche de leur âme presque anéantie, un cri de détresse appelant au secours, disant le lien étroit des arts martiaux avec la survie de la race chinoise, et que si on ne les honore pas, c’est comme si l’on n’honorait pas le pays — car ils sont véritablement l’esprit de la Chine.
那麼,我們國術館,旣担負着强種救國的使命,懷抱着全民衆均國術化的希冀,就該把我們平日所研究的心得,用科學方法,編著出書來,供諸熟心國術的同胞,作煆練的參考。不管我們所建樹的理論,是否有相當價値;所搜集的材料曾否完備;我們總要鼓起一萬二千分的勇氣,大膽的印出來,恭請四海名流,予以不客氣的批評和指導!
Or notre Institut des arts martiaux nationaux, chargé de la mission de fortifier la race et de sauver le pays, portant l’espoir que tout le peuple se martialise, doit consigner par écrit, selon des méthodes scientifiques, ce que nous étudions quotidiennement, et en publier des livres, pour servir de référence à l’entraînement de nos compatriotes zélés. Que la théorie que nous établissons ait une valeur réelle, que les matériaux recueillis soient complets ou non, nous devons rassembler un courage immense et les publier hardiment, en priant respectueusement les esprits éminents des quatre mers de nous adresser sans ménagement leurs critiques et leurs conseils !
至於我們何以要先編太極拳;而不先編其他的拳術,並非我們持有宗派門戶的偏見;實因此拳的一舉一動一進一退,都含有很深的哲理在。從實際的功效上說起來;太極拳,也算是修心養性,增長智慧,健强體魄的唯一好方法,但恐學者不易領悟其奥妙,所以我們山東省國術館編輯科的初步工作,先從事於太極拳的研究,然後再繼續編著其他拳術和器械;這是我們須要向讀者聲明的。
Pourquoi commencer par le taiji quan plutôt que par un autre art de la boxe ? Non que nous ayons de parti pris sectaire, mais parce que dans cette boxe, chaque geste, chaque pas en avant et en arrière, contient une philosophie profonde. Prise sous l’angle de l’efficacité concrète, le taiji quan est aussi le meilleur moyen de cultiver le cœur, de nourrir la nature, d’accroître l’intelligence et de fortifier le corps. Mais je crains que l’étudiant ne saisisse malaisément ses subtilités : c’est pourquoi le bureau des publications de l’Institut des arts martiaux du Shandong commence par la recherche sur le taiji quan, et poursuivra ensuite avec d’autres boxes et d’autres armes — nous tenions à le préciser au lecteur.
哦!太極拳草稿竟然產生了!哈哈!鍛鍊國術的武士呀!你們旣也是號稱萬物之靈的人,你們至少總該對於本身最感有興趣的國術,下一番追究眞理的苦功;决不宜糢糊不淸的呆鍊一世;以致引起知識界的反感;而使至寶至尊的國術,不易普及;那便是我們國術同志搗毀自己的立場呀!
Oh ! Le brouillon du taiji quan a donc vu le jour ! Ha ha ! Guerriers qui cultivez les arts martiaux, puisque vous portez aussi le titre d’êtres les plus intelligents de la création, vous devez au moins consacrer à l’art qui vous intéresse le plus un dur travail de recherche de la vérité ; il ne faut pas s’entraîner toute une vie dans la confusion, ce qui susciterait la répugnance des gens de savoir et empêcherait la diffusion de ce trésor suprême : ce serait alors nous, camarades des arts martiaux, qui ruinerions notre propre position !
La signification du taiji quan (太極拳之意義)
萬物之生也,負陰抱陽,莫不有太極;有太極斯有兩儀;故太極為陰陽之母。太極即一氣,一氣即太極。以體言則為太極;以用言則為一氣,時陰時陽,活活潑潑。其氣洋溢於四體之中;浸潤於百骸之內。無處不有,無時不然。內外一氣,流行不息,開合自然,中無停滯。故太極無法,動即是法,此即太極是也。法言易中陰陽動靜之理;而運動作勢,純任自然,無中生有,所謂無極而太極也。至其運用圓活,如環無端,莫知所止;則又所謂太極本無極也。勢勢之中,着着之內,均含一圜形。其動而陽,靜而陰,及剛柔進退等,均與易理吻合;故得假借太極易學之理,以說明之。此拳之名稱,亦故因此而來;而以陰陽動靜等喻其作用,非强為附會也。
Tout ce qui naît porte le yin et embrasse le yang ; il n’est rien qui n’ait son taiji. Ayant le taiji, on a les deux modes ; le taiji est donc la mère du yin et du yang. Le taiji, c’est le souffle unique (一氣) ; le souffle unique, c’est le taiji. En parlant de l’essence, c’est le taiji ; en parlant de la fonction, c’est le souffle unique, tantôt yin, tantôt yang, plein de vie et d’agilité. Ce souffle déborde dans les quatre membres et imprègne les cent os. Il n’est lieu où il ne soit, ni moment où il n’en soit ainsi. Interne et externe ne font qu’un seul souffle, circulant sans repos, s’ouvrant et se fermant naturellement, sans stagnation au-dedans. Aussi le taiji n’a-t-il pas de méthode : le mouvement même est la méthode — voilà le taiji. Les méthodes expriment les principes du mouvement et du repos, du yin et du yang dans le Yi ; et les mouvements et les postures suivent purement la nature, faisant naître l’être du non-être : c’est ce qu’on appelle « du wuji au taiji ». Quant à son usage, rond et vivant comme un anneau sans extrémité dont on ne connaît pas le terme, c’est encore ce qu’on appelle « le taiji qui est originellement wuji ». Dans chaque posture, dans chaque technique, il y a une forme circulaire. Le mouvement, qui est yang, le repos, qui est yin, la dureté et la souplesse, l’avance et le recul : tout s’accorde avec les principes du Yi. C’est pourquoi l’on emprunte les principes du taiji et de l’étude du Yi pour l’expliquer ; de là vient aussi le nom de cette boxe. Et user du yin et du yang, du mouvement et du repos comme images de sa fonction n’est pas une analogie forcée.
中國舊日學說,凡物均以陰陽喻之;故陰陽無定位。太極拳之喻陰陽亦然。如拳勢所云:動而陽,靜而陰,出手為陽,收手為陰;進步為陽,退步為陰;剛為陽,柔為陰;黏為陽,走為陰;伸為陽,屈為陰;分為陽,合為陰;仰為陽,俯為陰;升為陽,降為陰;實為陽,虛為陰;無論如何變化,均不離陰陽動靜,圜形虛實之規範。此皆譬喻之說,非世俗卜筮迷信所言之太極也。萬不可作玄虛之談;近代科學闡明,百端進化,尤望學者能以科學等說明之;而不沾於易象,則敝館所深望焉。
Dans l’ancienne science chinoise, tout s’expliquait par le yin et le yang ; aussi le yin et le yang n’ont-ils pas de place fixe. Il en va de même des images du yin et du yang dans le taiji quan. Comme le disent les formules de la boxe : en mouvement, le yang ; au repos, le yin ; la main qui sort est yang, la main qui rentre est yin ; avancer est yang, reculer est yin ; la dureté est yang, la souplesse est yin ; coller est yang, céder est yin ; s’étendre est yang, se plier est yin ; se séparer est yang, se réunir est yin ; se pencher en avant est yang, se pencher en arrière est yin ; monter est yang, descendre est yin ; le plein est yang, le vide est yin. Quelles que soient les transformations, on ne sort jamais des normes du yin et du yang, du mouvement et du repos, de la forme circulaire et du vide-plein. Ce ne sont là que des analogies, et non le taiji dont parlent les superstitions divinatoires du vulgaire. Il ne faut absolument pas en faire un discours mystérieux et vain ; la science moderne explique tout et le progrès est partout : je souhaite que l’étudiant puisse l’exposer par la science plutôt que de s’attacher aux figures du Yi — tel est le vœu profond de notre Institut.
Les effets du taiji quan (太極拳之功效)
凡名其為拳者,旣供吾人鍊之,將必獲有相當之功效;但以各拳之門派種類不同;而所產生之功效,亦有大小强弱之差異。至於鍊習太極拳,所受效力,是否勝諸他拳?吾當弗敢武斷;惟聞吾國國術專家李芳辰先生嘗云『太極拳之裨益於練習,實匪淺鮮』!茲舉幾端,以供學者之參考!
Quiconque donne à sa pratique le nom de boxe en tire nécessairement des effets correspondants ; mais les écoles et les genres diffèrent, et les effets produits varient en grandeur et en force. Quant à savoir si les effets du taiji quan l’emportent sur ceux des autres boxes, je n’oserais trancher ; j’ai seulement entendu l’expert de nos arts martiaux nationaux, M. Li Fangchen, dire : « Les bienfaits du taiji quan pour la pratique ne sont nullement minces ! » J’en cite ici quelques exemples pour la référence de l’étudiant.
Premier effet
太極拳一舉一動,極其緩和,若抽絲者然,毫不費力;亦如少女歌舞狀,彷彿含有音樂中之節奏及拍子在焉。固足以舒展筋骨;且可以調和氣血而陶冶性情。運動無過不及,發達順乎自然。體魄健壯,智慧增長,端賴此拳之循序漸進。質言之:於肢體各部,旣鮮偏重之虞;在生理方面,又無防害之弊。總以禁止粗躁滯純為主;力避暴戾之氣,而重致柔之道。可謂身心兼修,外强內壯。此其功效一也。
Chaque geste du taiji quan est extrêmement doux, comme si l’on tirait la soie, sans le moindre effort ; c’est aussi comme une jeune fille qui chante et danse, avec quelque chose du rythme et de la mesure de la musique. Cela suffit à étirer les tendons et les os, et permet encore d’harmoniser le souffle et le sang et de former le caractère. Le mouvement ne pèche ni par excès ni par défaut, et son développement suit la nature. La vigueur du corps et l’accroissement de l’intelligence dépendent du progrès graduel de cette boxe. En un mot : il n’y a guère à craindre qu’une partie du corps soit privilégiée aux dépens des autres, et, au point de vue physiologique, aucun dommage. Elle interdit avant tout la rudesse et l’engourdissement, évite les énergies brutales et met l’accent sur la voie de la souplesse. On peut dire qu’elle cultive à la fois le corps et l’esprit, qu’elle fortifie l’extérieur et l’intérieur. Voilà le premier effet.
Deuxième effet
拳術有防病延年之能,久為人所共知,無庸贅述;然旣染重病之老翁或少年,是否猶可以拳治?尚係問題。蓋因病者,氣血必衰,若鍛鍊外家剛功,未免運動過劇,消耗體力較多,則其精神,難使恢復,反屬有害;惟太極拳法,純為適應生理變化,動作輕靈婉和!而呼吸與血液循環之次數,均不失其常態。如患肺病及瘡癤諸症者,久練此拳,當能殺盡毒菌,化險為夷,轉弱為强。可見太極拳,不僅可以防病於未然,且能除却百病之魔,而保永恆之健康。此其功效二也。
Que la boxe puisse prévenir la maladie et prolonger la vie est depuis longtemps notoire, et il est superflu de le dire. Mais un vieillard ou un adolescent déjà atteint d’une maladie grave peut-il encore se soigner par la boxe ? C’est là une question. Car le malade a nécessairement le souffle et le sang affaiblis ; s’il s’entraîne aux dures méthodes des écoles externes, l’exercice sera trop violent et la dépense physique trop grande, son esprit ne pourra se rétablir et ce sera nuisible. Seule la méthode du taiji quan s’adapte purement aux changements physiologiques : les mouvements sont légers et doux, et le rythme de la respiration comme celui de la circulation du sang ne s’écartent pas de la normale. Celui qui souffre de maladie pulmonaire ou de furoncles, s’il pratique longtemps cette boxe, pourra tuer les germes, changer le danger en sécurité et la faiblesse en force. On voit que le taiji quan peut non seulement prévenir la maladie avant qu’elle ne survienne, mais encore écarter le démon des cent maux et préserver une santé durable. Voilà le deuxième effet.
Troisième effet
近世一般學外國拳,或其他體育自命為體育專家者,悉以練日本武士道及西洋拳法為有功效:而視吾國固有國粹(太極拳)為柔軟無力,難以制敵。豈不知老子所云:『天下至柔,馳騁天下至堅』之大道;亦未識太極拳之妙,重知泰山,輕似鵞毛,宛若游龍,翩比驚鴻。陰陽動靜,虛實進退,其變化之靈活敏速,雖脫兎沉魚,亦不及也。所謂擊首則尾應,擊尾則首應,擊其身則首尾相應者,非專指常山蛇而言;其長於太極拳者,亦復如斯。吾曾見許多國術同志,以東西洋拳法,或以生平所鍊之剛功,力擊精通太極拳之專家,卒皆不中,拳拳落空,如大石之投流水,鐵錘之擊棉絮。每出一手,不觸太極拳家則已,一觸必敗,弗進猶可支持,進則跟蹌退跌數十武外。此何故耳?非太極拳中,含有『以靜制動』『以柔克剛』『以小勝大』『以退為進』『以順避害』之至理在耶?由此觀之:練是拳者,誠足以防敵自衛。此其功效三也。
Dans les temps récents, ceux de nos gens qui étudient les boxes étrangères, ou d’autres sortes d’éducation physique dont ils se proclament experts, tiennent le bushido japonais et la boxe occidentale pour efficaces, et regardent notre trésor national (le taiji quan) comme mou et sans force, incapable de vaincre l’adversaire. Ne savent-ils pas ce que dit Laozi : « La plus tendre chose du monde galope à travers la plus dure » ? Ils ne connaissent pas non plus les merveilles du taiji quan : lourd comme le mont Tai, léger comme une plume d’oie, souple comme un dragon qui nage, soudain comme un cygne qui bat des ailes. Entre le yin et le yang, le mouvement et le repos, le vide et le plein, l’avance et le recul, la vivacité de ses transformations surpasse le lapin qui détale et le poisson qui plonge. Ce que l’on dit — « frappe la tête et la queue répond, frappe la queue et la tête répond, frappe le corps et tête et queue répondent ensemble » — ne désigne pas seulement le serpent du mont Chang : celui qui excelle au taiji quan est ainsi. J’ai vu bien des camarades des arts martiaux, usant des boxes d’Orient et d’Occident, ou des méthodes dures acquises toute une vie, frapper de toutes leurs forces un expert du taiji quan, et finalement ne jamais toucher : chaque poing tombait dans le vide, comme une grosse pierre jetée dans l’eau courante, comme un marteau de fer frappant de la ouate. Chaque fois qu’ils portaient une main, s’ils ne touchaient pas l’expert du taiji quan, passe encore ; mais au premier contact ils étaient perdus ; sans avancer, ils pouvaient encore se soutenir ; dès qu’ils avançaient, ils trébuchaient et tombaient à plusieurs dizaines de pas. Pourquoi donc ? N’est-ce pas que le taiji quan recèle les principes suprêmes du « vaincre le mouvement par le repos », du « dompter la dureté par la souplesse », du « vaincre le grand par le petit », du « faire de la retraite une avance » et du « se dérober au mal par la docilité » ? Il ressort de là que celui qui pratique cette boxe possède vraiment de quoi se défendre et se protéger. Voilà le troisième effet.
Origines et transmission (太極拳之源流)
老子曰:『天下之至柔,馳騁天下之至堅。』夫太極拳者,乃至柔之道也。孟子曰:『吾善養吾浩然之氣,』其氣盎於背,充溢於四肢百骸。而太極拳者,亦純練氣之道也。孟子之道,本於孔子:孔子曾問道於老聃,足徵太極拳法源於李聃,(即老子)。法於亞聖,延至唐代許宣平,及李道子。考許氏係江南徽州府歙縣人。隱城陽山,即本府城南紫陽山:結簷南陽辟穀。身長七尺六,髯長至臍,髮長至足,行及奔馬;每負薪賣於市,獨吟曰;『負薪朝出賣,沽酒日夕歸;借問家何處,穿雲入翠微。』李白訪之不遇,題詩望仙橋而回。所練太極之功,拳名三十七。因三十七式而名之;又名長拳者,所云滔滔無間也。總名太極拳三十七式。而李氏,亦產於長江流域,祖籍安慶與許氏同時人也。或云李氏活至數千年。於宋時與游酢莫逆,至明代,嘗居武當山南岩宮。不火食第啖麥麩數合,此恐神奇之談。蓋以史册實無所稽,當以論為唐時人者為然耳。由許李二氏繼續相傳,至宋武當丹士張三丰―張氏原籍遼東懿州人,名全一,一名通,又名君實,字元元,號三丰,又號昆陽,因其不修邊幅,故時人呼之謂張邋遢。生有異質,龜形鶴背,大耳圓目,鬚髯如戟。身長七尺,衣一袖一簑,雖寒暑而不少變。每食甚巨,或竟日不進飲食,僅吃水果而己。書經目不忘,善嬉諧,游處無恆。嘗遊武當(在湖北境)諸岩壑,語人曰:(此山異日必大興。)時五龍,南岩、紫霄,俱毀於兵,三丰與其徒去荆榛,瓦礫,創草廬居之。徽宗召之,道梗不得進。金人入寇,曾以單人殺金兵五百餘人。陝西人民慕其勇,從學者數十百人,傳百餘年至元世祖時,西安人王宗岳得其傳,名聞海內,著有―太極拳論,太極拳解,行功心解,搭手歌,總勢歌等書。溫州陳州同從學宗岳;由此太極之術則傳入温州。又百餘年至明嘉靖時則以張松溪為最著。
Laozi dit : « La plus tendre chose du monde galope à travers la plus dure. » Or le taiji quan est la voie de la souplesse suprême. Mencius dit : « Je sais cultiver ma vaste énergie » ; cette énergie débordait son dos et remplissait ses quatre membres et ses cent os. Le taiji quan est lui aussi purement une voie de culture du souffle. La voie de Mencius vient de Confucius, et Confucius avait interrogé Lao Dan sur la Voie : cela prouve suffisamment que les méthodes du taiji quan tirent leur origine de Li Dan (c’est-à-dire Laozi) ; leurs principes vinrent du « sage secondaire » [Mencius], et se prolongèrent jusqu’à Xu Xuanping et Li Daozi sous les Tang. Xu était originaire du district de She, préfecture de Huizhou, au Jiangnan. Il se retira au mont Chengyang — c’est-à-dire le mont Ziyang, au sud de la ville de la préfecture — y bâtit une chaumière et cessa de manger des céréales. Il mesurait sept pieds six ; sa barbe descendait jusqu’au nombril et ses cheveux jusqu’aux pieds ; à la marche, il égalait un cheval au galop. Souvent, portant du bois sur son dos, il le vendait au marché, chantant seul : « Au matin je sors porter mon bois pour le vendre ; au soir je rentre ayant dépensé mon argent en vin. Permettez : où est ma demeure ? À travers les nuages, dans la verdure des collines. » Li Bai vint le visiter sans le rencontrer, et composa un poème au pont Wangxian avant de repartir. L’art du taiji qu’il pratiquait avait pour nom « Trente-Sept » — ainsi nommé d’après ses trente-sept postures ; on l’appelait aussi « longue boxe » (長拳), parce qu’elle coulait, disait-on, comme un long fleuve sans interruption. On l’appelait globalement le taiji quan en trente-sept postures. Li, lui, naquit également dans le bassin du Yangzi, son pays d’origine étant Anqing, et il fut le contemporain de Xu. Certains disent que Li vécut plusieurs milliers d’années, qu’il se lia sous les Song d’amitié avec You Zuo, et qu’il séjourna sous les Ming au palais du Rocher du Sud, au mont Wudang ; qu’il ne mangeait pas d’aliments cuits et ne prenait que quelques poignées de son de blé : ce sont là, je le crains, des propos merveilleux, dont les annales ne conservent aucune trace ; il faut le tenir pour un homme des Tang.
De Xu et Li, la transmission se poursuivit jusqu’à Zhang Sanfeng, alchimiste du Wudang sous les Song. Zhang était originaire de Yizhou au Liaodong ; son nom était Quanyi, il fut aussi appelé Tong, puis Junshi, son appellation était Yuanyuan, ses surnoms Sanfeng et Kunyang. Comme il ne soignait pas sa mise, on le nommait « Zhang le débraillé ». Il avait de naissance une constitution hors du commun : forme de tortue et dos de grue, grandes oreilles et yeux ronds, barbe et favoris comme des hallebardes. Il mesurait sept pieds ; il portait un vêtement d’une seule pièce et un manteau de paille, sans rien changer au froid comme au chaud. Il mangeait chaque fois des quantités énormes, ou bien passait des jours entiers sans rien prendre, ne mangeant que des fruits. Il n’oubliait rien de ce qu’il avait lu, aimait la plaisanterie et n’avait pas de résidence fixe. Il parcourut les gorges et les rochers du Wudang (au Hubei) et dit aux gens : « Cette montagne connaîtra un jour une grande prospérité. » À l’époque, les temples des Cinq Dragons, du Rocher du Sud et des Nuages Pourpres avaient tous été détruits par la guerre ; Zhang et ses disciples enlevèrent les broussailles et les gravats, et bâtirent une chaumière pour y vivre. Huizong le manda, mais le chemin était coupé et il ne put avancer. Quand les Jin envahirent le pays, il tua à lui seul plus de cinq cents soldats Jin. Le peuple du Shaanxi admirait son courage, et plusieurs dizaines, voire centaines de personnes vinrent apprendre de lui. La transmission se poursuivit plus de cent ans, jusqu’au règne de Kublai Khan, où Wang Zongyue, de Xi’an, en reçut l’art et devint célèbre dans tout le pays, composant le Taiji quan lun, le Taiji quan jie, le Xinggong xinjie, le Da shou ge et le Zongshi ge. Chen Zhoutong, de Wenzhou, étudia auprès de Wang ; c’est ainsi que l’art du taiji fut transmis à Wenzhou. Cent ans plus tard encore, sous le règne de Jiajing des Ming, le plus illustre fut Zhang Songxi.
張松溪浙江鄞縣人,師孫十三老。松溪為人,恂恂如儒者,遇人恭敬,身不勝衣;人求其術,輒遜謝避去。時少林僧以拳勇名天下,値倭奴亂,當局者召僧擊之,有僧七十輩,聞松溪名,至鄞縣求見,松溪蔽匿不出,少年慫恿之,試一往;見諸僧方校技酒樓上,忽失笑,僧知其松溪也,遂求試。松溪曰:『必欲試,須召里正約,死無問。』僧許之。松溪袖手坐,一僧跳躍來蹴,松溪稍側身,舉手送之,其僧如飛丸隕空,墜重樓下幾斃,衆僧始駭服而散。後常與諸少年入城,諸少年閉之月城中,羅拜曰;『今進退無所,幸一試之。』松溪不得已,乃使諸少年擧圜石可數百斤者累之。謂曰:『吾七十老人,無所用試,供諸君一笑可乎?『言畢,舉手側而劈之,三石皆分為兩。松溪之徒三人,四明,葉繼美字近泉。王皋,季化南;而近泉則獨優。四明從近泉學者,吳崑山,周雲泉,單思南,陳貞石,孫繼槎等人。吳崐山傳李天目,徐岱岳。李天目傳余時仲,吳七郞,陳茂宏。周雲泉傳盧紹岐。陳貞石傳董扶輿,夏枝溪。孫繼槎傳柴元胡,姚石門,僧耳,僧尾。而思南之傳,則王征南,
Zhang Songxi était du district de Yin, au Zhejiang. Son maître fut Sun Shisan. Zhang était d’un commerce affable, comme un lettré confucéen, respectueux avec tous ceux qu’il rencontrait, au point de sembler s’effacer devant ses propres vêtements ; quand on sollicitait son art, il s’excusait modestement et se dérobait. Les moines de Shaolin étaient alors célèbres dans tout le pays pour leur courage à la boxe ; survenant la rébellion des pirates japonais, les autorités convoquèrent des moines pour les combattre. Une soixantaine de moines, ayant entendu le nom de Zhang Songxi, vinrent au district de Yin demander à le voir ; Zhang se cachait et ne sortait pas. Les jeunes gens l’exhortèrent à aller les voir au moins une fois ; il les trouva en train de comparer leurs techniques à l’étage d’une auberge, et il laissa échapper un rire. Les moines comprirent qui il était et lui demandèrent de les éprouver. Zhang dit : « Si vous y tenez absolument, il faut convoquer le chef de village pour en faire la convention, et en cas de mort, que l’on ne s’enquière de rien. » Les moines acceptèrent. Zhang s’assit, les mains dans ses manches ; un moine s’élança d’un bond pour le frapper du pied ; Zhang inclina légèrement le corps, leva la main et l’envoya promener : le moine, comme une balle volante tombant du ciel, alla choir du haut étage et faillit mourir. Les moines, stupéfaits, se dispersèrent.
Plus tard, entrant souvent en ville avec des jeunes gens, ceux-ci l’enfermèrent dans l’enceinte en croissant. Ils l’entourèrent et le saluèrent en disant : « Maintenant que vous ne pouvez ni avancer ni reculer, daignez nous donner une démonstration. » Zhang, ne pouvant faire autrement, fit rassembler par les jeunes gens des pierres rondes pesant plusieurs centaines de livres et en fit un tas. Il dit : « Je suis un vieil homme de soixante-dix ans ; je n’ai que faire d’une épreuve ; souffrez que je vous fasse rire un peu. » Ayant dit, il leva la main de biais et fendit : les trois pierres se séparèrent en deux chacune.
Zhang Songxi eut trois disciples : Ye Jimei, de Siming, dont l’appellation était Jinquan, ainsi que Wang Gao et Ji Huanan ; mais Jinquan les surpassait tous. Parmi ceux qui étudiaient auprès de Jinquan, il y eut Wu Kunshan, Zhou Yunquan, Shan Sinan, Chen Zhenshi et Sun Jicha. Wu Kunshan transmit à Li Tianmu et Xu Daiyue. Li Tianmu transmit à Yu Shizhong, Wu Qilang et Chen Maohong. Zhou Yunquan transmit à Lu Shaoqi. Chen Zhenshi transmit à Dong Fuyu et Xia Zhixi. Sun Jicha transmit à Chai Yuanming, Yao Shimen, le moine Er et le moine Wei. Quant à la transmission de Shan Sinan, ce fut Wang Zhengnan.
思南從征關白,歸老於家,以其術授人,然精微所在,亦深自祕惜;掩關而理,學者皆不得見。征南從樓上穴板窺之,得梗槪。思南子不肖,思南自傷身後,莫之經紀。征南聞之,以銀𠂬數器奉為美價之資,思南感其意,始盡以不傳者傳之。征南為人機警,得傳之後,絕不露圭角,非甚困則不發。
Shan Sinan, parti en campagne contre le kanpaku [l’invasion japonaise de Corée à partir de 1592], revint se retirer chez lui et transmit son art ; mais ce qui en faisait la subtilité, il le tenait jalousement secret : il s’enfermait pour s’exercer, et ses élèves ne pouvaient le voir. Wang Zhengnan l’épia depuis l’étage, par un trou du plancher, et en saisit l’essentiel. Le fils de Shan Sinan était indigne, et Shan Sinan se désolait de n’avoir personne pour prendre soin de son œuvre après lui. Wang l’apprit et offrit plusieurs pièces d’argenterie pour financer un bel achat [le catalpa, dont on cultive les feuilles pour le thé] ; touché de cette intention, Shan Sinan lui transmit alors tout ce qui n’avait jamais été transmis. Wang était d’un naturel avisé ; ayant reçu l’enseignement, il ne laissa jamais paraître le moindre indice, et ne se manifestait pas tant que la nécessité n’était pas extrême.
王征南明末人;名來咸,少時隸盧海道若騰。海道較藝給粮,征南嘗兼數人,直詣行部,征南七矢破的,補臨山把總。錢忠介公建國,以中軍統營事,屢立戰功,授都督僉事副總兵官。事敗猶與華兵部勾結島人,藥書往復,兵部受禍,仇首未懸。征南終身菜食,以明其志,識者哀之,當征南之從戎時,嘗夜出偵事,為守兵所獲,反接廊柱,數十人轟飯守之。征南拾碎磁偷割其縛,探懷中銀望空而擲,數十人爭攫,征南遂免出,數十人追之,皆踣地匍匐不能起;行數里,迷道田間,守者以為賊,聚衆圍之。征南所向,則無不受傷。歲暮獨行,遇營兵七八人,挽之負重,征南苦辭求免,不聽,征南至橋上,棄其負,營兵拔刀擬之,征南手格而營兵自擲仆地,鏗然刀墮,如是者數人,最後取其刀投井中,營兵索綆出刀,而征南已去遠矣。征南搏人,皆以其穴。有死穴,暈穴,啞穴,其術要訣,為敬,緊,徑,切,勤,五字。有惡少侮之者,為征南擊,其人數日不溺,踵門謝過,乃得如故。牧童竊學其法以擊伴侶,立死。征南往視之曰;『此暈穴也,不久當甦。』己而果然。征南任俠,常為人報仇,然激於不平而後為。有與征南久故者,致金以仇其弟,征南毅然絕之日;『此以禽獸待我也。』征南罷事歸家,慕其才藝者,以為貧必易致,營將皆通慇懃;而征南則漠然不顧,鋤地担糞,若不知其所長,有易於求食者在也。一日遇故人,故人與營將同居,方延松江敎師,講易武藝;敎師倨坐彈三弦,視征南麻布縕袍若無有。故人謂征南善拳法,敎師斜盼之曰:『若亦能此乎?』征南謝不敏,敎師軒衣張眉曰:「亦可小試之乎?」征南固謝不敏。敎師以其畏己也,强之愈力,征南不得巳而應,敎師被跌,請復之較,再跌,而流血被面,敎師乃下拜,贄以二縑。征南嘗遊玩於天童,見僧山燄有臂力,四五人不能掣其手,稍近征南,則蹶然負痛。征南未嘗讀書,然與士大夫談論,則蘊藉可喜,不見其為麤人也。
Wang Zhengnan vivait à la fin des Ming ; son nom personnel était Laixian. Dans sa jeunesse, il fut attaché à Lu Haidao, nommé Ruoteng. Comme Lu examinait les aptitudes à l’occasion de la distribution des rations, Wang se chargea du travail de plusieurs hommes et se présenta directement au bureau régional ; de sept flèches, il fendit la cible et fut nommé capitaine de Linshan. Quand Qian Zhongjie fonda son État, Wang fut chargé de la coordination du camp central ; il remporta plusieurs fois des mérites de guerre et fut nommé, par brevet impérial, commissaire et vice-commandant des troupes. Après la défaite, il se lia encore avec le ministère de la Guerre de Hua et avec les gens des îles, échangeant lettres et projets ; le ministère de la Guerre fut frappé, et la tête de l’ennemi n’était toujours pas exposée. Wang resta végétarien toute sa vie pour manifester sa détermination, et ceux qui le comprenaient le plaignaient.
Du temps où Wang servait dans l’armée, il lui arriva une nuit de sortir en reconnaissance et d’être pris par des sentinelles, qui le ligotèrent les mains derrière le dos à une colonne de la galerie ; plusieurs dizaines d’hommes montaient la garde en ripaillant. Wang ramassa un morceau de porcelaine brisée, coupa sournoisement ses liens, tira de son sein une pièce d’argent et la lança en l’air ; les dizaines d’hommes se précipitèrent pour la saisir, et Wang put s’échapper. Les gardes le poursuivirent, mais tous tombèrent à terre et ne purent se relever ; après plusieurs li de marche, il s’égara dans les champs, et les gardes, le prenant pour un brigand, rassemblèrent la foule pour l’encercler. Partout où Wang passait, il n’était personne qui ne fût blessé.
Un soir de fin d’année, marchant seul, il rencontra sept ou huit soldats de garnison qui le forcèrent à porter un lourd fardeau. Wang eut beau refuser avec insistance et supplier qu’on l’en dispense, ils n’écoutèrent pas. Arrivé sur un pont, Wang abandonna la charge ; les soldats tirèrent leurs sabres contre lui, Wang les écarta de la main et les soldats tombèrent à la renverse de leur propre élan, les sabres retombant avec un bruit clair. Il en fit ainsi de plusieurs, et finalement jeta leurs sabres dans un puits. Les soldats firent descendre une corde pour les repêcher, mais Wang était déjà loin.
Wang frappait toujours ses adversaires aux points d’acupuncture : il y avait les points mortels, les points d’évanouissement et les points de mutisme ; les termes clés de son art étaient : respect (敬), adhérence (緊), rectitude (徑), précision (切) et assiduité (勤). Un vaurien qui l’avait insulté fut frappé par Wang et passa plusieurs jours sans pouvoir uriner ; il vint frapper à sa porte pour s’excuser et recouvra son état. Un jeune vacher qui avait appris en secret ses méthodes frappa un camarade, qui mourut sur le coup. Wang vint l’examiner et dit : « C’est un point d’évanouissement ; il se réveillera bientôt. » Et il en fut ainsi.
Wang était un chevalier généreux, se portant souvent vengeur pour autrui, mais il n’agissait qu’indigné par l’injustice. Un homme qui le connaissait de longue date lui apporta de l’argent pour qu’il s’en prît à son frère cadet ; Wang rompit fermement avec lui : « Tu me prends donc pour une bête. »
Wang, ayant quitté le service, était rentré chez lui ; ceux qui admiraient son talent pensaient que, dans sa pauvreté, il serait facile de le gagner, et les officiers de garnison multipliaient les prévenances ; Wang n’y prêta aucune attention, et bêchait la terre et charriait du fumier comme s’il ignorait sa propre supériorité, comme s’il eût existé un moyen plus facile de gagner sa vie. Un jour, il rencontra un vieil ami ; cet ami logeait avec un officier de garnison qui venait d’inviter un instructeur de Songjiang pour enseigner l’art martial. L’instructeur, assis avec arrogance, pinçait son luth à trois cordes et regardait Wang, dans son manteau de chanvre et sa robe de bourre, comme s’il n’existait pas. L’ami dit que Wang excellait dans la boxe ; l’instructeur le lorgna et dit : « Est-ce que tu saurais en faire autant ? » Wang s’excusa de n’y rien entendre. L’instructeur crut qu’il le craignait et insista de plus belle ; Wang, à bout d’échappatoires, finit par accepter : l’instructeur fut renversé. Il demanda à recommencer ; renversé de nouveau, le visage en sang, il se prosterna et offrit en présent deux pièces de soie fine.
Wang se promenait un jour au temple Tiantong ; il vit que le moine Shanyan avait une force de bras telle que quatre ou cinq hommes ne pouvaient lui tirer le bras ; mais pour peu qu’il s’approchât de Wang, il s’effondrait en souffrant.
Wang n’était jamais allé à l’école, et pourtant, discutant avec des lettrés et des fonctionnaires, il montrait une distinction agréable, et l’on ne voyait point en lui un homme grossier.
此拳至淸傳河南蔣發。蔣發傳懷慶府陳家溝陳長興。長興立身,常中正不倚,形若木鷄,人因稱之為婢位先生。先生傳楊露禪,李伯魁,陳耕芸……等數十人,惟露禪術最精。露禪,傳其子錤,鈺,鑑,及王蘭亭諸人。長子錤早死無傳。次子鈺字班侯傳萬春,全佑……等,三子鑑字健侯,傳其子兆熊,兆淸,兆元,兆林,兆祥,等,近日南北習太極者,大多數由楊氏遞相傳授者。
Cet art, sous les Qing, fut transmis à Jiang Fa, du Henan. Jiang Fa le transmit à Chen Changxing, du village de Chen, préfecture de Huaiqing. Chen Changxing, dans sa tenue, était toujours droit et sans inclinaison, semblable à un coq de bois : aussi l’appelait-on « Monsieur la Tablette » (婢位先生, sans doute pour 牌位先生, « Monsieur la Tablette ancestrale »). Le maître transmit à Yang Luchan, Li Baikui, Chen Gengyun… plusieurs dizaines de personnes, mais parmi elles Yang Luchan était le plus habile. Luchan transmit à ses fils Ji, Yu et Jian, ainsi qu’à Wang Lanting et autres. Son fils aîné Ji mourut jeune sans transmettre. Son second fils Yu, appellation Banhou, transmit à Wan Chun, Quan You… et autres. Son troisième fils Jian, appellation Jianhou, transmit à ses fils Zhaoxiong, Zhaoqing, Zhaoyuan, Zhaolin, Zhaoxiang, etc. De nos jours, la plupart de ceux qui pratiquent le taiji au nord comme au sud ont reçu la transmission successive de la famille Yang.
現代太極劍專家,李公景林,係傳自皖省陳世鈞隱士;其擊劍之妙,純任自然。近來按運用劍法之精神,研究太極拳,劍,兩項,而溶化為一。純用神意,不尚身法氣力。與學者演習時,觸者立跌出數丈;與其他太極家運用迥然不同,而其理則一也。
L’expert contemporain de l’épée de taiji, M. Li Jinglin, tient son art de l’ermite Chen Shijun, de la province d’Anhui ; la merveille de son escrime est purement naturelle. Ces derniers temps, appliquant à l’esprit de l’escrime la recherche sur le taiji quan et l’épée de taiji, il a fondu les deux en un. Il use purement de l’intention et de l’esprit, sans priser les positions du corps ni la force physique. Quand il s’exerce avec ses élèves, celui qu’il touche est aussitôt projeté à plusieurs dizaines de pieds ; sa manière de faire diffère entièrement de celle des autres maîtres de taiji, mais le principe est un.
Le vrai sens du taiji quan (太極拳眞義)
無形無象,全身透空;應物自然,西山懸磬。
Sans forme ni figure, le corps entier transparent et vide ; répondre aux choses naturellement, comme un carillon suspendu aux collines de l’ouest.
虎吼猿鳴,衆淸水靜;翻江閙海,盡性立命。
Rugissement de tigre et cri de singe, les eaux troubles s’apaisent ; retourner le fleuve et soulever la mer, accomplir sa nature et établir son destin.
Le chant des huit techniques (八字歌)
掤捋擠按世界稀,十個藝人十不知,若能輕靈並堅硬,黏連粘隨俱無疑。
Les techniques de peng (掤, écarter), lü (捋, rouler), ji (擠, presser) et an (按, pousser) sont rares dans le monde : sur dix habiles, dix les ignorent. Mais si l’on sait être à la fois léger et vif, ferme et dur, alors coller, lier, adhérer et suivre (nian lian zhan sui, 黏連粘隨) ne font plus aucun doute.
採挒肘靠更出奇,行之不用費心思,果得粘連黏隨字,得其環中不支離。
Les techniques de cai (採, cueillir), lie (挒, déchirer), zhou (肘, coude) et kao (靠, épaule) sont plus étranges encore ; exécutées sans effort mental, elles sortent des effets les plus inattendus. Si vraiment l’on possède les mots coller, lier, adhérer et suivre, on occupe le centre de l’anneau et rien ne s’en détache.
Traité de la compréhension mentale (心會論)
腰脊為第一之主宰,喉頭為第二之主宰,心地為第三之主宰。
Les lombes et la colonne sont le premier maître ; la gorge est le deuxième maître ; le plexus solaire est le troisième maître.
丹田為第一之賓輔,指掌為第二之賓輔,足掌為第三之賓輔。
Le dantian est le premier auxiliaire ; les doigts et la paume sont le deuxième auxiliaire ; la plante des pieds est le troisième auxiliaire.
Traité du grand usage du corps entier (週身大用論)
一要性心與意靜,自然無處不輕靈,二要遍體氣流行,一定繼續不能停;三要喉頭永不拋,問盡天下衆英豪,如詢大功因何得,表裏精粗無不到。
Premièrement : que la nature, le cœur et l’intention soient calmes ; alors il n’est nulle part où l’on ne soit léger et vif. Deuxièmement : que le souffle circule par tout le corps, en une continuité qui ne peut s’interrompre. Troisièmement : ne jamais abandonner la gorge ; ainsi peut-on défier tous les héros du monde. Si l’on demande comment obtenir ce grand mérite : en ne laissant rien hors d’atteinte, ni au-dedans ni au-dehors, ni en gros ni en détail.
Traité des seize points clés (十六關要論)
蹬之於足,
行之於腿,
縱之於膝,
活潑於腰,
靈通於背,
神貫於頂,
流行於氣,
運之於掌,
通之於指,
歛之於髓,
達之於神,
凝之於耳,
息之於鼻,
呼吸往來於口,
渾噩於身,
全體發之於毛。
Les seize points, dans l’ordre du texte :
- L’appui est dans les pieds (蹬之於足).
- La marche est dans les jambes (行之於腿).
- L’élan est dans les genoux (縱之於膝).
- La vivacité est dans les lombes (活潑於腰).
- L’agilité est dans le dos (靈通於背).
- L’esprit pénètre au sommet du crâne (神貫於頂).
- La circulation est dans le souffle (流行於氣).
- L’action est dans la paume (運之於掌).
- La communication est dans les doigts (通之於指).
- La concentration est dans la moelle (歛之於髓).
- L’accomplissement est dans l’esprit (達之於神).
- La fixation est dans les oreilles (凝之於耳).
- La respiration est dans le nez (息之於鼻).
- L’aller et retour du souffle est dans la bouche (呼吸往來於口).
- La simplicité est dans le corps (渾噩於身).
- L’émission de tout le corps s’achève dans les poils (全體發之於毛).
Chant de l’utilité (功用歌)
輕靈活潑求懂勁,陰陽相濟無滯病,若得四兩撥千斤,開合鼓盪主宰定。
Léger, vif et alerte, chercher à comprendre l’énergie (dong jin, 懂勁) ; le yin et le yang se secourent mutuellement, sans la maladie de la stagnation. Si l’on obtient que « quatre onces déplacent mille livres », l’ouverture et la fermeture, l’ébranlement et le bouillonnement du souffle ont leur maître établi.
Les cinq résolutions du travail (用功五誌)
博學 是多工夫
審問 不是口問是聽勁
愼思 時時想念
明辨 生生不己
篤行 如天行健
- Étudier largement (博學) — c’est beaucoup de travail.
- Interroger avec soin (審問) — il ne s’agit pas d’interroger de la bouche, mais d’écouter l’énergie.
- Réfléchir avec circonspection (愼思) — y penser à chaque instant.
- Distinguer clairement (明辨) — la vie ne cesse jamais de se renouveler.
- Pratiquer avec sincérité (篤行) — comme le ciel agit avec vigueur.
Traité du taiji quan (太極拳論), avec le commentaire de Tian Zhenfeng
一舉動,週身俱要輕靈。
Dès qu’il y a un mouvement, tout le corps doit être léger et vif.
純任自然,不用拙力,則舉動自然輕靈。
S’en remettre purement à la nature, ne pas user de force maladroite : le mouvement sera alors naturellement léger et vif.
尤須貫串。
Il faut surtout qu’il soit continu (貫串, traversé d’un même fil).
聯絡一氣,綿綿不斷,即為貫串;若勁一斷,彼必乘虛而入,其害匪淺。
Relier les mouvements en un seul souffle, continuellement, sans interruption : c’est cela, la continuité. Si l’énergie se rompt, l’adversaire se glissera à coup sûr par la faille, et le mal n’est pas mince.
氣宜鼓盪,神宜內歛。
Le souffle doit bouillonner et se répandre (鼓盪) ; l’esprit doit se recueillir au-dedans (內歛).
鼓盪者,冲實也。內歛者,神靜之謂也。靜則不亂,故未練之先,神宜內歛。由靜生動,以神貫之,以意引之;磨習旣久,始有意之所至,即力之所至之境。
« Bouillonner et se répandre », c’est remplir et faire circuler pleinement ; « se recueillir au-dedans », c’est le calme de l’esprit. Le calme écarte le désordre ; aussi, avant de s’exercer, l’esprit doit se recueillir. Du repos naît le mouvement, l’esprit le traverse et l’intention le guide ; après un long apprentissage, on atteint enfin l’état où la force arrive partout où arrive l’intention.
無使有凸凹處,無使有斷續時,無使有缺陷處。
Ne laissez se former ni saillie ni creux, ni rupture ni reprise, ni défaut ni faille.
凸凹則不平,不平則間斷,斷則易為人所制;斷續則不圓,不圓則易為人所乘。一有缺陷,則彼乘虛而入,此皆致敗之由。
Saillie et creux font l’irrégularité ; l’irrégularité amène l’interruption ; et l’interruption livre à l’adversaire. Rupture et reprise font perdre la rondeur ; sans rondeur, l’adversaire profite. S’il y a un défaut, il se glisse par le vide : toutes ces causes mènent à la défaite.
其根在脚,發於腿,主宰於腰,形於手指,由脚而腿而腰,總須完整一氣,向前退後,乃得機得勢。
Sa racine est au pied, l’impulsion part de la jambe, le commandement est aux lombes, la forme se manifeste aux doigts. Du pied à la jambe, puis des jambes aux lombes, il faut toujours une continuité d’un seul souffle ; alors, en avant comme en arrière, on saisit l’occasion et l’on obtient la position.
人之呼吸,由頂至踵;呼吸深長,始可完成一氣。上下相合,隨屈就伸,太極以手指放入,而跌出者,此稍力也。指甲為筋之梢;人身最堅固者筋,最力大者氣。由足跟直發於指,形若砲火,一轟而出,故人不知也。
La respiration de l’homme va du sommet de la tête aux talons ; longue et profonde, elle permet seule d’accomplir l’unité du souffle. Le haut et le bas s’accordent, on suit la courbure et l’on s’étend ; le taiji lance à partir des doigts et projette l’adversaire — c’est là l’œuvre de cette force subtile. L’ongle est l’extrémité du tendon ; ce qu’il y a de plus solide dans le corps, ce sont les tendons, et ce qu’il y a de plus puissant, c’est le souffle. L’émission va du talon jusqu’aux doigts comme un coup de canon qui part d’un seul élan : voilà pourquoi l’adversaire ne peut la prévoir.
有不得機得勢處,身便散亂,其病必於腰腿求之。
Si l’on manque l’occasion et la position, le corps se disperse aussitôt : le défaut doit être cherché aux lombes et aux jambes.
如不得機勢,身即動搖不定,心即愴惶不止,此拳術家最大之病,故必須注意於腰腿。
Faute d’avoir saisi la position, le corps oscille sans repos et l’esprit s’affole sans cesse : c’est le plus grand défaut du maître de boxe, et il faut donc prêter attention aux lombes et aux jambes.
上下左右前後皆然,凡此皆是意,不在外面,有上即有下,有前即有後,有左即有右,
En haut et en bas, à gauche et à droite, en avant et en arrière, il en va toujours ainsi ; tout cela relève de l’intention et non de l’extérieur. S’il y a du haut, il y a du bas ; s’il y a de l’avant, il y a de l’arrière ; s’il y a de la gauche, il y a de la droite.
上下前後左右之動作,處處必須用於腰腿,外形雖然動作輕靈;而內中須有一意存焉,彼力微着我身,我力直達彼內;彼來成虛,我去成實,此即意之用也。
Dans les mouvements vers le haut, le bas, l’avant, l’arrière, la gauche et la droite, il faut partout se servir des lombes et des jambes. Extérieurement, le mouvement est léger et vif ; intérieurement, une intention doit y demeurer. Que la force de l’adversaire touche légèrement mon corps, et ma force atteint droit son intérieur ; son arrivée devient vide, mon départ devient plein : voilà l’usage de l’intention.
如意要向上,即寓下意。若將物掀起;而加以挫之之意。斯其根自斷,乃壞之速而無疑,
Si l’intention veut aller vers le haut, il faut y inclure une intention vers le bas. C’est comme lorsqu’on arrache une plante : on y ajoute l’intention de la briser. Sa racine se rompt d’elle-même, et sa ruine est rapide et certaine.
交手之時,總是隨機應變。動無定時,隨曲就伸,處處相隨,變化無窮,令人莫測。彼旣心神失措,則我勁發必着,自為我制矣。
Au moment de l’échange, on s’adapte toujours à l’occasion. On bouge sans règle fixe, on suit la courbure et l’on s’étend, partout l’on accompagne, les transformations sont infinies et insaisissables pour l’autre. Son esprit et son cœur ayant perdu pied, mon énergie frappera à coup sûr dès qu’elle partira, et il sera sous ma coupe.
虛實宜分淸楚,一處自有一處虛實,處處總此一虛實。週身節節貫串,無令絲毫間斷耳。
Le vide et le plein doivent être clairement distingués : chaque endroit a son vide et son plein, et partout c’est ce même vide et ce même plein. Le corps entier est, de section en section, traversé d’un fil, sans permettre la moindre interruption.
兵家云:『虛則實之,實則虛之。』此舉動必用之要訣也。我拳術家,更當注重,不可忽視。彼虛我實,彼實我虛,總須我意在先,彼意在後,彼不知我,我獨知人。氣如車輪,週身聯貫。渙散呆滯,此拳家必戒。交手時,彼身似動未動,我力己至;然而處處只一虛實也。
Les stratèges disent : « Où c’est vide, faites plein ; où c’est plein, faites vide. » C’est là un point clé indispensable au mouvement, et les maîtres de notre boxe doivent y être d’autant plus attentifs qu’ils ne peuvent le négliger. Lui vide, moi plein ; lui plein, moi vide. Il faut toujours que mon intention devance et que la sienne suive : qu’il ne me connaisse pas, et que seul je le connaisse. Le souffle est comme une roue, et le corps entier lui est relié. La dispersion comme l’engourdissement sont à proscrire absolument chez le maître de boxe. Au combat, quand son corps est sur le point de bouger sans avoir bougé, ma force est déjà arrivée ; et partout il n’y a qu’un seul vide et un seul plein.
Classique du taiji quan (太極拳經), avec le commentaire de Tian Zhenfeng
太極者,無極而生,動靜之機,陰陽之母也。
Le taiji naît du wuji ; il est la manifestation du mouvement et du repos, la mère du yin et du yang.
太,大也,甚也。極者,中也,至也;又窮也;樞紐根柢之謂。陰陽生於太極,為萬物之根本;而太極拳則為各拳之領袖也。此拳重在鍛鍊精神。運勁作勢,純任自然,不偏不倚,不拘形式,以虛無為本,而包羅萬象。故曰無極。太極本無極,處處分陰陽虛實;故名之曰太極。然初學者,就有形之姿式,入手學習,久之着熟,然後懂勁,融會慣通,始能入於神化之境。機者,巧也,又樞機也。夫動靜無端,陰陽無始,當行功時,中心泰然,抱元守一,未嘗不靜。神明不測,有觸即發,未嘗無動。於動時,存靜意。於靜中,寓動機。一動一靜,合乎自然。此太極拳之所以妙也。
Tai signifie « grand », « extrême ». Ji signifie « centre », « sommet », « extrémité », « faîte » : le sens est celui de pivot et de fondement. Le yin et le yang naissent du taiji et sont la racine de tous les êtres ; le taiji quan est de même le chef de file des différentes boxes. Cette boxe met l’accent sur la formation de l’esprit. Le maniement de l’énergie et la formation des postures suivent purement la nature, sans inclinaison ni appui, sans s’enfermer dans une forme ; elle prend le vide pour base et embrasse pourtant les dix mille phénomènes. C’est pourquoi on dit : wuji. Le taiji est originellement wuji ; partout se distinguent le yin et le yang, le vide et le plein, d’où son nom de taiji. Le débutant, lui, part de la forme concrète des postures pour apprendre ; à la longue, une fois les techniques familières, il comprend l’énergie, puis, dans une compréhension totale, il peut entrer dans l’état de la transformation spirituelle.
Ji (機) désigne l’astuce, et aussi le moment opportun, le pivot. Or le mouvement et le repos n’ont pas de commencement, le yin et le yang pas d’origine : quand on s’exerce, le centre est paisible, on étreint l’origine et l’on garde l’unité, et l’on n’est jamais sans repos. L’esprit est insondable : au contact, il part, et l’on n’est jamais sans mouvement. Dans le mouvement, conserver l’intention du repos ; dans le repos, loger l’amorce du mouvement. Un mouvement, un repos, tout conforme à la nature : c’est là la merveille du taiji quan.
動之則分,靜之則合。
En mouvement, ils se distinguent ; au repos, ils se confondent.
不動時,渾然一太極。如微動,則陰陽分焉。其靜的姿式;雖無痕跡可指;然陰陽虛實,已具其中。故曰靜之則合,而功重在虛靜。虛則無所不容;靜則無所不應。學者務須詳察領會,自無不如意也。
Quand on n’est pas en mouvement, on n’est qu’un seul taiji. Au moindre mouvement, le yin et le yang se séparent. Dans la posture de repos, quoiqu’on ne puisse désigner aucune trace, le yin et le yang, le vide et le plein y sont déjà présents. C’est pourquoi l’on dit qu’au repos ils se confondent, et que l’effort porte d’abord sur le vide et le calme. Le vide accueille tout ; le calme répond à tout. L’étudiant doit examiner cela avec soin jusqu’à se l’approprier, et alors rien ne lui résistera.
無過不及,隨屈就伸。
Ni excès ni défaut : suivre la courbure, puis s’étendre.
過、逾也。不及,未至也。就,即也。過與不及,皆為失中。與人相接之時,隨彼之動而動;彼屈我伸,彼伸我屈。與之密合,不丟不頂。以中為主,自無不合。初學此拳者每失之過迨,稍動勁,則每失之不及。學者宜審愼之。
Guo (過) est « dépasser » ; buji (不及), « ne pas atteindre » ; jiu (就), « aller vers ». Excès et défaut sont l’un et l’autre une perte du centre. Au contact de l’autre, je bouge selon son mouvement : s’il se plie, je m’étends ; s’il s’étend, je me plie. Je m’unis étroitement à lui, sans lâcher ni heurter. Prenant le centre pour maître, je ne peux qu’être juste. Le débutant en cette boxe tend d’abord à l’excès ; dès qu’il commence à comprendre l’énergie, il tend au défaut. Que l’étudiant y prenne garde.
人剛我柔謂之走,我順人背謂之粘。
Lui dur, moi souple : c’est céder (走) ; je suis à l’aise, lui à la gêne : c’est coller (粘).
人者,敵也。剛,指有力而言。柔,即順也。走者,化也。以柔順變化敵力之方向,不為所制;故曰走。敵施力時,我順其勢而制之;使其就我之範圍;故曰粘。太極拳,常以小力勝大力為主旨。據常理言之,固然不可;而敵之勝者,必有理在。蓋敵力須加吾身,方生效力。苟能御制得道,審機應變;以彼力還制彼身,則我雖弱,常居制人之地位;敵雖力大,何由施哉。然非好學深思之士,未足悟此。
« Lui », c’est l’adversaire. Dur renvoie à la force ; souple, c’est la docilité. Céder, c’est neutraliser : par une souplesse docile, je change selon la direction de sa force sans qu’elle me domine, et c’est pourquoi l’on dit céder. Quand il applique sa force, j’accompagne son élan pour le maîtriser, jusqu’à le faire entrer dans mon domaine : c’est pourquoi l’on dit coller.
Le taiji quan a pour principe de vaincre la grande force par la petite. Au sens commun, c’est impossible ; mais si l’adversaire l’emporte, il doit y avoir une raison. Car sa force doit atteindre mon corps pour produire son effet. Si je sais la maîtriser avec méthode, discerner l’occasion et répondre, et retourner sa force contre lui-même, alors, tout faible que je sois, je me tiens en position de maîtriser l’autre ; et sa force fût-elle grande, comment l’appliquerait-il ? Mais sans un esprit studieux et profond, on ne saisira pas cela.
動急則急應,動緩則緩隨;雖變化萬端,而理為一貫。
S’il bouge vite, je réponds vite ; s’il bouge lentement, je le suis lentement. D’innombrables transformations, mais un seul principe constant.
此言與人交手,隨彼之緩急而施之也。然非兩臂圓活,週身松靜;實難得相當之效力。敵雖變化萬端,由一本而萬殊;而我執兩用中,扼萬殊使歸一本。審機應候,守一以臨,設非功深,不易知也。
Ceci parle du combat avec l’autre : on agit selon sa lenteur ou sa hâte. Mais sans des bras ronds et vivants et un corps entier relâché et calme, il est bien difficile d’en obtenir l’effet voulu. L’ennemi aura beau se transformer en mille manières — tout vient d’un seul fond et se diversifie ainsi — je tiens les deux et j’use du milieu, ramenant les dix mille au seul. Discerner l’occasion, répondre au moment, garder l’un pour faire face : si le travail n’est pas profond, il est malaisé de le connaître.
由着熟而慚悟懂勁,由懂勁而階及神明;然非用力之久,不能豁然貫通焉。
Par la familiarité des techniques, on comprend peu à peu l’énergie ; de la compréhension de l’énergie, on s’élève jusqu’à l’esprit lumineux. Mais sans un long travail, on ne peut percer d’un coup jusqu’au bout.
習太極拳,進功自有一定程度;萬不可躐等躁進。此拳之妙,全在用勁;(勁字係由功深而練出不可作力量解)然勁為無形,必附於有形之着,方合於用。有每恃用勁,輕視用着,手之發也,難以命中,皆不明此中之深理,而濫竽用勁之故也。練此拳術,先求姿勢正確,再求互相聯貫之精神,熟習之後,須求各勢之用法。再由推手,研究懂勁;由微懂,而略懂,進至無微不覺,無時不然,方稱懂勁。再進至非着非勁,而勁自合;以意運勁,以氣代意;精神所觸,莫之能禦。此卽階及神明豁然貫通也。
Dans la pratique du taiji quan, le progrès a un ordre fixe ; il ne faut jamais sauter les degrés ni brûler les étapes. La merveille de cette boxe est tout entière dans l’usage de l’énergie (勁 est ici le produit d’un travail profond, et non la force brute). Or l’énergie est informe : il faut qu’elle s’attache à une technique formelle pour se conformer à l’usage. Certains, s’appuyant toujours sur l’énergie, méprisent la technique, et leurs mains ne peuvent atteindre la cible : c’est qu’ils ignorent ce principe profond et se donnent l’illusion d’user de l’énergie.
Pour pratiquer cette boxe, on cherche d’abord la justesse de la posture, puis l’esprit de liaison entre les postures ; une fois l’enchaînement familier, on recherche l’usage de chaque posture. Ensuite, par la poussée des mains, on étudie la compréhension de l’énergie : d’une compréhension ténue on passe à une compréhension plus nette, puis au point de sentir la moindre chose et de ne jamais y manquer, et alors seulement on peut dire que l’on comprend l’énergie. On progresse ensuite jusqu’au point où, sans technique et sans énergie, l’énergie s’accorde d’elle-même : on conduit l’énergie par l’intention, et l’on remplace l’intention par le souffle ; là où touche l’esprit, rien ne résiste. C’est alors s’élever jusqu’à l’esprit lumineux et percer soudain jusqu’au bout.
虛領頂勁,氣沉丹田,不偏不倚,忽隱忽現。
Le sommet de la tête suspendu avec légèreté (虛領頂勁), le souffle plongé au dantian ; ni incliné ni appuyé, tantôt caché, tantôt apparaissant.
虛者,空也;無意無形之謂。頂者,頭頂也。頭為全身之綱領,又卽拳家之機樞。故運勁於腦,貫神於頂,練神歸一,勿使散亂。道家稱此為上丹田,泥丸宮,卽藏神之府;又為練神之庫。夫人大腦主思想,小腦主運動;且能支配神經,為主宰之樞府。道家之謂,丹田有三:一居頭頂以藏神,一居中脘以蓄炁,一居臍下(臍下三寸)以藏精。氣沉丹田,指下丹田而言。常用深呼吸,歸納於此,自能氣足神旺。蓋常人呼吸短促,每至中脘而回,(卽橫隔膜也)不能下達:因肺力薄弱,循環遲緩之故。練者應虛心實腹,納故吐新。以心意導精氣於下丹田;則自能血脈靈活,排泄炭養;亦自屹然不動,不易憾倒。但沉者,宜徐徐而下,在有意無意之間,萬不可用力下沉,外臌小腹;倘若不愼,每致發生腸痛諸症。不偏不倚者,中正是也。忽隱忽現者,則若顯若沒,變化千端,令人莫測之謂也。
« Avec légèreté » : vide, sans intention ni forme. Le « sommet », c’est le haut de la tête. La tête est le chef de tout le corps, et le pivot du maître de boxe. Aussi conduit-on l’énergie au cerveau, fait-on passer l’esprit jusqu’au sommet, et forme-t-on l’esprit jusqu’à l’unité, sans le laisser se disperser. Les taoïstes l’appellent le « champ de cinabre supérieur » ou le « palais de la boulette d’argile » : c’est le séjour où se conserve l’esprit et le magasin où il se forme. Chez l’homme, le cerveau préside à la pensée, le cervelet au mouvement, et ils gouvernent les nerfs : c’est le palais du maître.
Les taoïstes parlent de trois dantian : l’un au sommet de la tête, qui garde l’esprit ; l’un au creux de l’estomac, qui accumule le souffle ; l’un sous le nombril (trois pouces au-dessous), qui garde l’essence. « Faire descendre le souffle au dantian » désigne le dantian inférieur. En pratiquant souvent la respiration profonde et en la ramenant là, on aura naturellement souffle suffisant et esprit florissant. L’homme ordinaire respire court et s’arrête à la hauteur du creux de l’estomac (c’est-à-dire au diaphragme) sans pouvoir descendre plus bas, parce que la capacité pulmonaire est faible et la circulation lente. Celui qui s’exerce doit « vider le cœur et emplir le ventre », expulser le vieux et accueillir le nouveau, et conduire par l’intention l’essence et le souffle vers le dantian inférieur : alors le sang circulera librement et les déchets seront éliminés, et l’on se tiendra solidement, difficile à ébranler. Mais cette descente doit se faire lentement, entre l’intention et le laisser-faire ; il ne faut à aucun prix forcer la descente du souffle ni gonfler extérieurement le bas-ventre. Faute de prudence, on s’expose à des douleurs d’intestins et à d’autres maux.
« Ni incliné ni appuyé », c’est être centré et droit. « Tantôt caché, tantôt apparaissant », c’est sembler disparaître et reparaître, avec des transformations si diverses que nul ne peut les prévoir.
左重則左虛,右重則右杳。仰之則彌高,俯之則彌深。進之則愈長,退之則愈促。
Quand la gauche est lourde, la gauche se vide ; quand la droite est lourde, la droite s’évanouit. Regardé d’en bas, il paraît encore plus haut ; regardé d’en haut, encore plus profond. Avance-t-on, il s’allonge ; recule-t-on, il se resserre.
左重左虛者,卽解釋與敵黏手,隱現無常之謂也。敵以吾力在左,欲加重吾左方之力,使失平衡;吾則虛以待之,敵自墮吾術中;右方亦然。杳則不可捉摸之意,使之處處落空,無何可施。仰者,升也。俯者,降也。敵欲提我使上,則我因而高之。敵欲抑我使下,則吾因而降之。使彼處處失中,自受吾制。此卽黏隨不丟之意。吾前進時,敵欲順領吾勁,吾卽長身隨之,加力擊之:使其無法退避,如吾牽動敵身,彼順我而逼之;我當以佯退轉進之法以施之。倘敵隨之深入,吾則或俯身含胸,或摺疊動搖,或以指促其腕,或旁按兩脅臂彎:使敵急迫不安,無可再進。
« La gauche lourde, la gauche vide » explique qu’en collant aux mains de l’adversaire, on se cache et l’on apparaît sans règle. Si, sentant ma force à gauche, l’adversaire veut y ajouter du poids pour me faire perdre l’équilibre, je vide ma gauche et l’attends : il tombera de lui-même dans mon piège. Il en va de même à droite. « S’évanouir » signifie être insaisissable : faire en sorte qu’il ne trouve partout que du vide et ne puisse rien entreprendre. « Regardé d’en bas » signifie monter ; « regardé d’en haut », descendre. Veut-il me soulever, je monte encore ; veut-il m’abaisser, je descends encore : partout il perd le centre et subit ma loi. C’est le sens de coller et de suivre sans jamais lâcher.
Quand j’avance, si l’adversaire veut aspirer ma force en reculant, j’allonge le corps pour le suivre et je frappe en ajoutant de la force, afin qu’il ne puisse se dérober. Si au contraire c’est moi qui l’attire et qu’il me presse en me suivant, j’use de la feinte du recul transformé en avance. S’il s’enfonce en me suivant, je me penche et je creuse la poitrine, ou je me replie et je secoue, ou j’use de mes doigts pour lui écarter le poignet, ou je presse de biais ses flancs ou son coude, afin qu’il soit pressé, mal à l’aise et incapable d’aller plus loin.
一羽不能加,一蠅不能落。人不知我,我獨知人。英雄所向無敵,蓋由此而及也。
Une plume ne peut s’y ajouter, une mouche ne peut s’y poser. Les hommes ne me connaissent pas, moi seul je les connais. Le héros est celui qui ne rencontre pas d’obstacle, et c’est par ce genre de méthode qu’on y parvient.
此言善太極拳者,感覺靈敏,一觸卽知;雖微小蠅蟲,亦不能加之也。練至虛靈不味,感而遂通,自有不期然而然之境,我一着一意,必須先期而至,不令使之覺察;則我奇幻突出,敵不及防。彼一略動,我意卽知。所謂『知己知彼,百戰不殆』,自能所向無敵矣。
Ceci décrit celui qui maîtrise le taiji quan : sa sensibilité est si fine qu’au moindre contact il sait ; même le plus petit insecte ne peut s’y poser. S’entraîner jusqu’à la clarté naturelle et à la pénétration intuitive du moindre contact, c’est atteindre un état qui vient sans avoir été cherché. Chaque technique, chaque intention doivent arriver avant les siens, sans qu’il s’en aperçoive, afin que je surgisse à l’improviste et qu’il ne puisse parer. Au moindre mouvement de sa part, mon intention le sait déjà. « Connais-toi et connais l’autre, et cent batailles ne seront jamais un péril » : on est alors sans adversaire.
NOTE — Ceci est une phrase de l’Art de la guerre de Sunzi, citée par le commentateur.
斯技旁門甚多,雖勢有區別,槪不外壯欺弱,慢讓快耳。有力打無力,手慢讓手快;是皆先天自然之能,非關學力而有為也。
Les écoles latérales de cet art sont nombreuses ; bien que les postures diffèrent, elles ne font guère que le fort opprimant le faible et le lent cédant au rapide. La force qui bat la faiblesse et la main lente qui cède à la main rapide : ce sont là des capacités naturelles innées, et non l’effet d’un savoir acquis.
他項拳術頗多,派別不同,姿勢各異,皆不外乎壯欺弱,慢讓快;而太極拳,則不然。此拳皆以虛靈懂勁,知力審勢為主。貴謀而不貴勇,貴精而不貴多。敏捷力大,皆天賦之能力,與學力實有軒輊之別。
Les autres boxes sont nombreuses, les écoles différentes et les postures variées ; elles se ramènent toutes au fort opprimant le faible et au lent cédant au rapide. Le taiji quan, lui, n’est pas ainsi : il fait de la clarté intérieure, de la compréhension de l’énergie, de la connaissance de la force et de l’examen de la position son principal. Il prise la stratégie plus que la bravoure, la finesse plus que l’abondance. L’agilité et la puissance sont des dons de la nature, et la différence avec le savoir acquis est bien réelle.
察『四兩撥千斤』之句,顯非力勝。觀耄耋能禦衆之形快何能為。
Examinez la phrase « quatre onces déplacent mille livres » : il est clair que ce n’est pas une victoire de force. Regardez le vieillard de quatre-vingts ans repousser la foule : que peut y faire la vitesse ?
四兩撥千斤之句,則言太極拳,以小力能勝大力,以無力能制有力。耄耋禦衆,古今常理;如古之廉頗,今之二宋者,(世榮雲鶴二兄弟也,原籍宛平,寄居太谷)。雖老尚能勝衆,非持手足之快也。
« Quatre onces déplacent mille livres » : le taiji quan, dit-on, peut vaincre la grande force par la petite, et la force par l’absence de force. Que le vieillard repousse la foule est un fait de tous les temps, anciens et modernes : ainsi l’ancien général Lian Po, ou les deux frères Song d’aujourd’hui (Song Shirong et Song Yunhe, originaires de Wanping et établis à Taigu). Bien que vieux, ils peuvent encore vaincre la multitude, et non par la rapidité des mains et des pieds.
立如平準,活似車輪;偏沉則隨,雙重則滯。
Debout comme une balance (立如平準), vivant comme une roue (活似車輪) ; si un côté s’enfonce, il suit ; si les deux pèsent également, il s’engourdit.
平準者,中正不倚也。活似車輪者,則氣如滚珠,週身如輪,循環不已,活潑不滯之意也。偏者,單重也。指一端而言。例如用一圓形方形二物,由平坦擲出,圓形必滾出數武,而方形幾動即不動矣。一是一端着地,故靈活無礙。一是兩端着地,則雙重遲滯。故太極拳貴單重,戒雙重。
Être « comme une balance », c’est être centré, sans inclinaison. Être « vivant comme une roue », c’est avoir le souffle comme des billes roulantes, le corps entier comme une roue, tournant sans fin, dans une vivacité sans entrave. « S’enfoncer » désigne la « simple pesanteur », c’est-à-dire le poids sur un seul côté. Prenez par exemple deux objets, l’un rond, l’autre carré, jetés sur une surface plane : le rond roulera plusieurs pieds, le carré ne bougera presque pas. L’un, posé d’un seul côté, est vif et libre ; l’autre, posé des deux côtés, subit la double pesanteur et s’engourdit. Aussi le taiji quan prise-t-il la simple pesanteur et se garde-t-il de la double pesanteur.
每見數年純功,不能運化者,率皆自為人制,雙重之病未悟耳。
Que de fois voit-on un homme au travail pur de plusieurs années, incapable de neutraliser et constamment dominé : c’est que le défaut de la double pesanteur n’a pas été compris.
此歧正之分也。有數十年苦功者,與數年之拳家較;功深者奔北,功淺者凱旋。此皆不明雙重,不知運化,不悟虛靈之病耳。
C’est là la différence entre la voie droite et la voie oblique. Il en est qui, après des dizaines d’années d’un dur labeur, se mesurent à des maîtres de quelques années : le plus avancé prend la fuite, le plus novice revient vainqueur. Tous ignorent la double pesanteur, la neutralisation, la clarté intérieure et le vide.
欲避此病,須知陰陽;黏即是走,走即是黏;陰不離陽,陽不離陰;陰陽相濟,方為懂勁。
Pour éviter ce défaut, il faut connaître le yin et le yang : coller, c’est céder ; céder, c’est coller ; le yin ne quitte pas le yang, le yang ne quitte pas le yin. Quand le yin et le yang se secourent mutuellement, alors seulement on comprend l’énergie.
此係解釋雙重之意。陰陽之說,茲不復贅。制敵勁時謂之黏,化敵勁時謂之走。彼高我隨之高,彼低我隨之低。知已知彼,斯為懂勁。
Ceci explique le sens de la double pesanteur. Les explications sur le yin et le yang n’ont pas à être répétées ici. Maîtriser la force de l’adversaire s’appelle coller ; la neutraliser s’appelle céder. S’il monte, je monte avec lui ; s’il descend, je descends avec lui. Se connaître et connaître l’autre : c’est comprendre l’énergie.
懂勁後,愈練愈精。默識揣摩,漸至從心所欲,本是舍已從人,多誤舍近求遠。所謂『差之毫釐,謬之千里』;學者不可不詳辨焉。
Quand on comprend l’énergie, plus on pratique, plus on affine. À force d’absorber en silence et de peser et soupeser, on atteint peu à peu le « faire tout ce que le cœur désire ». Le fond même est de s’oublier pour suivre l’autre ; on se trompe souvent en laissant le proche pour chercher le lointain. « Une erreur d’un cheveu mène à mille li » : l’étudiant ne saurait trop examiner cela.
懂勁後,為最要關鍵,萬勿稍懈,始獲無窮之益。再向不拘成見,毋彼毋我上面求功夫,方能審微入奧,由悟而覺;所謂『登堂入室』者此耳。
Après la compréhension de l’énergie, le moment est capital : ne relâchez jamais l’effort, et vous obtiendrez un profit sans fin. Cherchez ensuite à n’être entravé par aucune idée préconçue, ni par l’idée de « lui » ni par celle de « moi » : alors vous discernerez la plus fine subtilité et vous entrerez dans les profondeurs, passant de la compréhension à l’intuition — c’est cela, « monter dans la salle et pénétrer dans l’intérieur ».
Chant des treize dynamiques (十三勢歌)
十三總勢莫輕視,命意源頭在腰隙。變轉虛實須留意,氣遍身軀不少滯。靜中觸動動猶靜,同敵變化示神奇。勢勢揆心須用意,得來不覺費工夫。刻刻留心在腰間,腹內松淨氣騰然。尾閭中正神貫頂,滿身輕利頂頭懸。仔細留心向推求,屈伸開合聽自由。入門引路須口授,工夫無息法自休。若言體用何為準?意氣君來骨肉臣,想推用意終何在?益壽延年不老春。歌兮歌兮百四十,字字眞切義無遺。若不向此推求去,枉費工夫貽歎息!
Ne méprisez aucune des treize dynamiques :
leur commandement a sa source dans l’intervalle des lombes.
Prenez garde à l’alternance du vide et du plein,
et le souffle parcourra le corps sans le moindre engorgement.
Dans le repos le mouvement se déclenche ; en mouvement, soyez comme au repos :
c’est en vous adaptant aux transformations de l’adversaire que vous montrerez votre merveille.
Dans chaque posture, scrutez votre cœur et usez de l’intention ;
ce qui s’obtient ainsi ne paraît pas coûter d’effort.
À chaque instant, tenez votre attention aux lombes,
et si l’intérieur du ventre est détendu et net, le souffle bouillonne.
Le coccyx est centré, l’esprit pénètre au sommet du crâne,
tout le corps est léger et agile, le sommet de la tête suspendu.
Examinez avec soin et cherchez à en pénétrer le sens :
plier et étendre, ouvrir et fermer, laissez-les libres.
Pour entrer dans la porte et trouver le chemin, il faut l’enseignement de bouche ;
pour l’achèvement, c’est votre effort sans relâche qui fera la méthode.
Si l’on parle du corps et de l’usage, quel est le critère ?
L’intention et le souffle sont le prince ; les os et la chair, les sujets.
Si l’on réfléchit, à quoi tend l’usage de l’intention ?
À prolonger la vie et les années, à une jeunesse sans hiver.
Chantez, chantez ces cent quarante mots ;
chacun est vrai, et rien n’y manque quant au sens.
Si vous ne cherchez pas de ce côté,
vous aurez perdu votre peine et n’obtiendrez que des soupirs !
(此歌之意義,前已注明,不再註解。)
(Le sens de ce chant a déjà été indiqué plus haut ; il n’y a pas lieu de l’annoter de nouveau.)
Comprendre la pratique des treize dynamiques (十三勢行功心解)
十三勢者,掤,捋,擠,按,採,挒,肘,靠,進,退,顧,盼,中定,是也。
Les treize dynamiques sont : écarter (掤), rouler (捋), presser (擠), pousser (按), cueillir (採), déchirer (挒), coude (肘), épaule (靠), avancer (進), reculer (退), regarder à gauche (顧), regarder à droite (盼), et se tenir au centre (中定).
以心行氣,務令沉着,乃能收歛入骨;以氣運身,務令順遂,乃能便利從心。
Conduire le souffle par le cœur : veillez à le faire descendre et se poser, et il pourra se recueillir dans les os. Conduire le corps par le souffle : veillez à le rendre docile, et le corps pourra aisément obéir au cœur.
心與意合,以意行氣,貴沉實,戒輕浮,聽自然,勿勉强。功力日久,自能塡髓壯骨。腹內松靜氣騰然;則言以氣運身之意也。只要姿式平順,自然氣動身至,從心所欲。
Le cœur s’unit à l’intention, et l’intention conduit le souffle : il faut priser le posé et le plein, se garder du léger et du flottant, écouter la nature et ne rien forcer. Avec les années et le travail, on remplit la moelle et l’on fortifie les os. « L’intérieur du ventre détendu et net, le souffle bouillonne » : ceci parle de conduire le corps par le souffle. Il suffit que les postures soient régulières et fluides : le souffle alors met le corps en mouvement de lui-même, et l’on fait tout ce que le cœur désire.
精神能提得起,則無遲重之虞。所謂『頂頭懸也』。
Si l’esprit peut se soulever, il n’y a plus à craindre la lourdeur ni la lenteur. C’est ce qu’on appelle « le sommet de la tête suspendu ».
精神貫頂,週身自然輕靈;不受拙力之支配,始無遲滯之患。
Quand l’esprit pénètre au sommet de la tête, le corps entier est naturellement léger et vif ; n’étant plus gouverné par une force maladroite, il n’a plus à souffrir de la lenteur ni de l’engourdissement.
意氣須換得靈,乃有圓活之妙。所謂『變轉虛實』也。
Il faut que l’alternance de l’intention et du souffle soit vive pour obtenir la merveille de la rondeur et de la mobilité. C’est ce qu’on appelle « faire alterner le vide et le plein ».
例如與人相黏,彼力在左,我當擊其右。我似發未發之間,彼己覺察,我當以別法變換,信手而應,攻其不備,此即變換靈妙之意。
Par exemple, en collant à l’adversaire : si sa force est à gauche, je dois frapper à droite. Au moment où je semble prêt à émettre sans avoir encore émis, s’il s’en aperçoit, je change aussitôt de procédé et je réponds à main levée, l’attaquant là où il n’est pas prêt : voilà ce que signifie la vivacité de l’alternance.
發勁須沉着鬆淨,專主一方。立身須中正安舒,撑支八面。
Quand on émet l’énergie, il faut être posé, détendu et net, en se concentrant sur une seule direction. La tenue doit être droite, calme et confortable, comme un étai dans les huit directions.
沉着,乃拳家關重之要訣,一時不可忽略;偶一失愼,則必驚慌失措,為害甚烈。嘗聞某拳術家,工夫亦純,力量亦大。因閑爭而鬥毆,交手之間,身傷數處。忽有人告之曰:『拳術汝忘之乎?』彼即奔騰再較,大獲勝利。此皆心神忙亂,手足失措,不知沉着之為何物,以致有此極大之失敗也。後有人告之醒,方知己身是一位千變萬化之拳術家,則可再較凱旋。發勁不可亂發,亂發則無效。必須身松氣淨,專一猛施,自能發無不中。其發也,彌六合,則撑支八面何難也。
Le calme posé est le secret capital du maître de boxe ; on ne peut un instant le négliger, car la moindre imprudence fait perdre la tête, et le mal est violent. J’ai entendu parler d’un maître dont le travail était pur et la force grande : à l’occasion d’une querelle, dans l’échange, son corps fut blessé en plusieurs endroits. Quelqu’un lui cria soudain : « Ta boxe, l’as-tu donc oubliée ? » Il repartit aussitôt au combat et remporta une grande victoire. C’est que son esprit était en désordre et ses membres égarés, qu’il ignorait ce qu’était le calme, et qu’il en résulta cette immense défaite. Une fois averti, il sut qu’il était un maître de boxe aux transformations infinies, et put vaincre à nouveau. On ne doit pas émettre au hasard : émettre au hasard est sans effet. Il faut un corps détendu et un souffle net, une concentration soudaine et unique, et l’on frappera toujours juste. Quand l’émission part, elle emplit les six directions : quoi d’étonnant alors à s’étayer dans les huit directions ?
行氣如九曲珠,無微不到;運勁如百練鋼,何堅不摧。
Faire circuler le souffle comme une perle au long du chemin sinueux, sans manquer au plus petit recoin ; manier l’énergie comme l’acier cent fois trempé : quelle dureté ne briserait-il pas ?
此即一氣流動,長行不息之意也。有隙皆通,微空而至;能達四稍,通九竅。順之則行,背之則斷。勁者氣之至也。未發也蘊於內;其發也,突於外。如砲火然。其彈脫口而出,擋者皆傾;此皆一氣蒸發之力也。
Ceci décrit la circulation du souffle unique, avançant sans cesse. Tout interstice est traversé, la moindre ouverture est atteinte ; il peut atteindre les quatre extrémités et pénétrer les neuf orifices. Suivez-le, et il avance ; contrariez-le, et il se rompt. L’énergie (勁), c’est l’arrivée du souffle. Avant l’émission, elle s’accumule au-dedans ; à l’émission, elle jaillit au-dehors, comme le feu d’un canon : quand le boulet sort de la bouche, tout ce qui se trouve sur son passage est renversé. C’est là la force d’un souffle qui s’évapore d’un seul coup.
形如搏兔之鵠,神如捕鼠之貓。
La forme est comme l’épervier qui saisit le lièvre ; l’esprit, comme le chat qui attrape la souris.
鵠之敏捷,多在盤旋之時。兩眼覩準機會,猛然進攻,突擊而中;則太極拳以行動之間,倐忽制敵,亦此理也。貓之為物,最能審機待勢,蓄而後發;其精妙處,全在用神,其功用處,以靜制動。
L’agilité de l’épervier se montre surtout lorsqu’il tournoie : ses deux yeux fixent l’occasion, puis il fond brusquement et frappe juste. De même le taiji quan, dans l’instant de l’action, domine soudain l’adversaire. Le chat est l’animal le plus capable de discerner l’occasion et d’attendre la position favorable : il s’accumule, puis part. Sa finesse tient tout entière à l’usage de l’esprit, et son utilité, au repos qui domine le mouvement.
靜如山岳,動若江河。蓄勁如張弓,發勁如放箭。
Au repos, comme une montagne ; en mouvement, comme un fleuve. Accumuler l’énergie comme on bande un arc, émettre comme on décoche la flèche.
山岳之堅,人莫撼動。故言此拳以沉實為主,以川流不息為用。弓張越圓,箭放越速。弓乃富有彈力,箭執於中而後發。故太極拳,誠於中,而發於外,亦此意也。
La fermeté de la montagne, nul ne peut l’ébranler. C’est pourquoi cette boxe prend pour base le posé et le plein, et pour usage le flux ininterrompu du fleuve. Plus l’arc est bandé rond, plus la flèche part vite. L’arc est riche d’élasticité ; la flèche est tenue au centre avant de partir. Le taiji quan étant sincère au-dedans et se manifestant au-dehors, le sens est le même.
曲中求直,蓄而後發;力由脊發,步隨身換,收即是放,放即是收;斷而復連。
Dans la courbure, chercher le droit ; accumuler, puis émettre. La force part de la colonne ; le pas suit les changements du corps ; recueillir, c’est déjà lâcher, et lâcher, c’est déjà recueillir ; se rompre et se relier de nouveau.
曲能化勁,直乃發勁。蓄則意之中,發則意之至。脊為內腎之源,又即拳家發勁之關鍵。氣由尾閭上騰,由脊而肩而肘而手指,此皆發勁之意也。步隨身換,則上下相隨也,收者內含牽黏外示弱點;彼身微顫,我即放之,此即乘機而發。放者,內蘊彈簧,彼抗我縮,(縮即引也)彼走我放,所謂『若即若離。』
La courbure permet de transformer l’énergie ; le droit, lui, émet. Accumuler, c’est l’intérieur de l’intention ; émettre, c’est son aboutissement. La colonne est la source des reins internes, et le point clé de l’émission chez le maître de boxe. Le souffle monte du coccyx, passe par la colonne, les épaules, les coudes, jusqu’aux doigts : c’est cela, l’émission. Que le pas suive les changements du corps, c’est l’accord du haut et du bas. Recueillir, c’est attirer et coller intérieurement tout en montrant extérieurement une faiblesse : dès que le corps de l’autre tremble légèrement, je lâche, saisissant l’occasion pour émettre. Lâcher, c’est avoir un ressort au-dedans : s’il résiste, je me retire (se retirer, c’est attirer) ; s’il recule, je lâche — c’est ce qu’on appelle « sembler s’unir et se séparer ».
往復須有摺疊,進退須由轉換。極柔軟,然後極堅硬;能呼吸,然後能靈活。
Dans l’aller et le retour, il faut des plis et des replis ; dans l’avance et le recul, il faut passer par la transformation. Extrêmement souple, puis extrêmement dur ; capable de respirer, puis capable d’agilité.
摺疊,乃是灣曲截勁之意。必須由轉換中,含有進退。似退非退,似進非進,亦即此理。週身柔軟,氣自暢達:偶一用力,氣必阻礙。堅硬為何?氣之所至也。戒拙力,呼吸自能深長;遍體自然靈活;偶一用力,呼吸自必短促,遍體亦必遲滯。
Les plis et replis signifient courber pour trancher l’énergie. Il faut que, dans la transformation, il y ait avance et recul : sembler reculer sans reculer, sembler avancer sans avancer, voilà le même principe. Le corps entier étant souple, le souffle passe librement ; au moindre effort, il se trouve entravé. Qu’est-ce que la dureté ? C’est là où le souffle arrive. Se garder de la force maladroite, et la respiration devient naturellement longue et profonde, le corps entier naturellement vif ; au moindre effort, elle devient courte et précipitée, et le corps entier s’engourdit.
氣以直養而無害,勁以曲蓄而有餘。心為令,氣為旗,腰為纛。
Nourrir le souffle droitement, sans lui nuire ; accumuler l’énergie dans la courbure, et elle est en abondance. Le cœur donne l’ordre, le souffle est l’étendard, les lombes sont le grand pavillon.
人之健壯者,氣必深長;(由頂至踵)人之薄弱者,氣必短促。(或至中腕而不行)氣,生命也。其有限制之度量,豈容一絲之消耗?
時有因伮氣,或練氣功者,發生其他之病患。此皆以有限制之氣,用於他處;而應行流動之氣,自必虧損。故拳術家,更當戒之愼之。勁直無存,勁曲有餘。此當然之理,不再贅述。意動氣隨,皆當以腰為主。
Ci-dessus : l’homme vigoureux a le souffle long et profond (du sommet de la tête aux talons) ; l’homme faible a le souffle court (il n’atteint que le creux de l’estomac et ne passe pas). Le souffle, c’est la vie ; sa mesure est limitée : comment supporterait-elle la moindre dépense ? Il arrive que certains, forçant leur souffle ou pratiquant le qigong, contractent d’autres maladies : c’est qu’ils dépensent en autre chose un souffle limité, et que le souffle qui devrait circuler s’appauvrit nécessairement. Le maître de boxe doit donc s’en garder avec prudence. L’énergie droite ne subsiste pas ; l’énergie courbe est en abondance : c’est là un principe évident, qu’il n’y a pas lieu de répéter. Où l’intention bouge, le souffle suit, et tout doit prendre les lombes pour maître.
先求開展,後求緊凑,乃可臻於縝密矣。
Chercher d’abord l’ouverture et l’expansion, puis la compacité, et l’on pourra atteindre à une subtile précision.
初步練拳,總以週身松活開展為主。俗云:『伸筋拔骨(此指初學而言)筋長力大。』誠哉是言也!手足能長,彈力必大;手足短縮,彈力必小。磨習旣久,自可由長而短,由大而小,伸縮往來,忽高忽低。放則能彌六合,卷則退藏於密;此即拳家之上乘也。
Aux débuts de la pratique, on vise surtout à relâcher, animer et ouvrir le corps entier. On dit communément (ceci vaut pour le débutant) : « Étirer les tendons et tirer les os : tendons longs, force grande. » Voilà une parole vraie ! Si les membres s’allongent, l’élasticité est grande ; s’ils se raccourcissent, elle est faible. Après un long travail, on passe naturellement du long au court, du grand au petit, allant et venant entre extension et retrait, tantôt haut, tantôt bas. Déployé, on emplit les six directions ; replié, on se retire dans le secret : c’est là le plus haut niveau du maître de boxe.
又曰:先在心。後在身。腹鬆氣歛入骨,神舒體靜,刻刻在心。切記一動無有不動,一靜無有不靜。牽動往來氣貼背,歛入脊骨。內固精神,外示安逸。邁步如貓行,運勁如抽絲。全神意在精神,不在氣。在氣則滯,有氣者無力,無氣者純鋼。氣若車輪,腰若車軸。
On dit encore : d’abord dans le cœur, ensuite dans le corps. Le ventre se relâche, le souffle se recueille dans les os ; l’esprit est à l’aise et le corps calme : à chaque instant, ayez le cœur présent. Souvenez-vous bien : quand une partie bouge, aucune ne reste immobile ; quand une partie est au repos, aucune n’est en mouvement. Dans les allées et venues de l’entraînement, le souffle reste près du dos et se recueille dans la colonne. Au-dedans, affermir l’esprit ; au-dehors, montrer l’aisance. Avancer le pas comme marche un chat, conduire l’énergie comme on tire la soie. Tout l’esprit est à l’esprit, et non au souffle : s’attacher au souffle engendre l’engourdissement. Celui qui a du souffle est sans force ; celui qui n’a pas de souffle est d’un acier pur. Le souffle est comme une roue, et les lombes comme l’essieu.
Chant des mains qui se cherchent (打手歌)
掤捋擠按須認眞,
Écarter, rouler, presser et pousser doivent être pris au sérieux :
上下相隨人難進。
le haut et le bas se suivant, l’adversaire a peine à pénétrer.
任他巨力來打我,
Laisse-le m’attaquer avec une force immense :
牽動四兩撥千斤。
je l’entraîne, et de quatre onces je déplace mille livres.
引進落空合即出,
Je l’attire à tomber dans le vide ; dès qu’il se referme, je le lance.
黏連黏隨不丢頂。
Coller, lier, adhérer, suivre : sans lâcher, sans heurter.
又曰:彼不動,己不動;彼微動,已先動。勁似鬆非鬆,將展未展,勁斷意不斷。
On dit encore : s’il ne bouge pas, je ne bouge pas ; s’il bouge un peu, j’ai déjà bougé. L’énergie semble détendue sans l’être, sur le point de s’étendre sans s’étendre ; l’énergie se rompt, l’intention ne se rompt pas.
以上三節,極為簡明。所有太極拳之要義,前項己經分析詳註,毋庸贅解。
Les trois textes ci-dessus sont extrêmement simples et clairs. Tous les points essentiels du taiji quan ayant été analysés et annotés en détail plus haut, il n’est pas besoin de les commenter de nouveau.
Noms des postures du taiji quan (太極拳各勢名稱)
Nomenclature des 81 postures du formulaire tel que le donne le Taiji quan jiangyi :
- 預備式 — Posture préparatoire
- 攬雀尾 — Saisir la queue du moineau
- 單鞭 — Le fouet simple
- 提手 — Lever la main
- 白鶴亮翅 — La grue blanche déploie ses ailes
- 摟膝拗步 — Brosser le genou, pas croisé
- 手揮琵琶 — La main joue du luth
- 左右摟膝拗步 — Brosser le genou, pas croisé, à gauche et à droite
- 手揮琵琶 — La main joue du luth
- 進步搬攔捶 — Avancer : parer, barrer, frapper du poing
- 如封似閉 — Comme sceller, comme fermer
- 十字手 — Les mains en croix
- 抱虎歸山 — Embrasser le tigre et le renvoyer à la montagne
- 肘底看錘 — Le poing qui veille sous le coude
- 倒輦猴 — Reculer en repoussant le singe
- 斜飛式 — La posture du vol oblique
- 提手 — Lever la main
- 白鶴亮翅 — La grue blanche déploie ses ailes
- 摟膝拗步 — Brosser le genou, pas croisé
- 海底針 — L’aiguille au fond de la mer
- 扇通臂 — L’éventail traverse le bras
- 撇身錘 — Le poing en tournant le corps
- 上步搬攔錘 — Avancer d’un pas : parer, barrer, frapper du poing
- 攬雀尾 — Saisir la queue du moineau
- 單鞭 — Le fouet simple
- 擅手 — Les mains qui tournoient (variante de 雲手, « les mains comme des nuages »)
- 單鞭 — Le fouet simple
- 高探馬 — Sonder le cheval de haut
- 右分脚 — Séparer le pied, à droite
- 左分脚 — Séparer le pied, à gauche
- 轉身蹬脚 — Se retourner et pousser du pied
- 左右摟膝拗步 — Brosser le genou, pas croisé, à gauche et à droite
- 進步栽錘 — Avancer et planter le poing
- 翻身白蛇吐信 — Se retourner : le serpent blanc tire la langue
- 上步搬攔捶 — Avancer d’un pas : parer, barrer, frapper du poing
- 右蹬脚 — Pousser du pied, à droite
- 左右披身伏虎 — Drapé du corps, dompter le tigre, à gauche et à droite
- 回身蹬脚 — Revenir sur soi et pousser du pied
- 雙風貫耳 — Les deux vents transpercent les oreilles
- 左蹬脚 — Pousser du pied, à gauche
- 轉身蹬脚 — Se retourner et pousser du pied
- 上步搬攔捶 — Avancer d’un pas : parer, barrer, frapper du poing
- 如封似閉 — Comme sceller, comme fermer
- 十字手 — Les mains en croix
- 抱虎歸山 — Embrasser le tigre et le renvoyer à la montagne
- 斜單鞭 — Le fouet simple oblique
- 野馬分鬃 — Le cheval sauvage écarte sa crinière
- 上步攬雀尾 — Avancer d’un pas : saisir la queue du moineau
- 單鞭 — Le fouet simple
- 玉女穿梭 — La jeune fille lance la navette
- 上步攬雀尾 — Avancer d’un pas : saisir la queue du moineau
- 單鞭 — Le fouet simple
- 雲手 — Les mains comme des nuages
- 單鞭下勢 — Le fouet simple en posture basse
- 金雞獨立勢 — La posture du coq d’or sur une patte
- 倒輦猴 — Reculer en repoussant le singe
- 斜飛勢 — La posture du vol oblique
- 提手 — Lever la main
- 白鶴亮翅 — La grue blanche déploie ses ailes
- 摟膝拗步 — Brosser le genou, pas croisé
- 海底針 — L’aiguille au fond de la mer
- 扇通臂 — L’éventail traverse le bras
- 撇身錘 — Le poing en tournant le corps
- 上步搬攔錘 — Avancer d’un pas : parer, barrer, frapper du poing
- 進步攬雀尾 — Avancer : saisir la queue du moineau
- 單鞭 — Le fouet simple
- 雲手 — Les mains comme des nuages
- 單鞭 — Le fouet simple
- 高探馬 — Sonder le cheval de haut
- 十字腿 — La jambe en croix
- 摟膝指𦡁錘 — Brosser le genou, poing vers l’entrejambe (指襠)
- 上步攬雀尾 — Avancer d’un pas : saisir la queue du moineau
- 單鞭下勢 — Le fouet simple en posture basse
- 上步七星 — Avancer d’un pas : les sept étoiles
- 退步跨虎 — Reculer d’un pas : chevaucher le tigre
- 轉脚擺蓮 — Tourner le pied et balancer le lotus
- 彎弓射虎 — Bander l’arc et viser le tigre
- 上步搬攔錘 — Avancer d’un pas : parer, barrer, frapper du poing
- 如封似閉 — Comme sceller, comme fermer
- 十字手 — Les mains en croix
- 合太極 — Fermer le taiji
Méthodes de poussée des mains (推手法)
Poussée à pas communs (合步推手法)
掤者捧而上承之意令力不得下落之謂也
Écarter (掤) : porter et soutenir de bas en haut, c’est-à-dire faire en sorte que la force de l’autre ne puisse descendre.
甲乙二人對立各右足向前踏出一步如形意拳之三體式同時各伸右手以手腕背相黏兩人之步相對其距離之寬窄則隨各個之高矮而伸縮總以身體前進後退毫不費力為適宜所謂掤是也如第一圖(左右均相同)
Deux personnes se font face, A et B ; chacune avance le pied droit d’un pas, comme dans la posture des trois substances (三體式) du xingyi quan, et toutes deux étendent la main droite pour que le dos des poignets se touche. Les pas des deux partenaires se font face ; l’écartement s’ajuste à la taille et à la portée de chacun, de sorte que le corps puisse avancer et reculer sans le moindre effort. C’est ce qu’on appelle écarter. (La position est la même à gauche.) Voir la figure 1.

捋者舒也舒散其力使敵力騰散而不能復聚之意
Rouler (捋) : étendre, disperser — disperser la force de l’adversaire pour qu’elle se dissipe et ne puisse se rassembler.
由前式甲右手隨腰轉回後收復以左手腕黏乙右肘而回捋如第二圖之甲即為捋
De la posture précédente, la main droite de A revient en arrière avec les lombes, puis il colle son poignet gauche au coude droit de B et roule en arrière : pour A, c’est la figure 2, le roulement.

擠者排推也以手或肩背擠住敵身使不得力而復推擲之之意
Presser (擠) : pousser et écarter — presser le corps de l’adversaire avec la main, l’épaule ou le dos pour qu’il ne puisse faire effort, puis le pousser et le projeter.
由上式乙被甲捋時身體必傾於左方似不得力而乙之右手即隨甲捋之方向送去同時以左手掌靠右肘彎處猛向外擠如第二圖之乙即為擠
De la posture précédente, B, roulé par A, penche nécessairement à gauche et semble sans ressource ; mais sa main droite part dans la direction du roulement de A, et en même temps il appuie la paume gauche contre le pli de son coude droit et presse vivement vers l’extérieur : pour B, c’est la pression (voir la même figure 2).

按者抑也遇敵前擠時即下按遏抑以制敵力使不能上逞之謂也
Pousser (按) : réprimer — quand l’adversaire presse en avant, on appuie vers le bas pour réprimer et entraver sa force, afin qu’elle ne puisse monter.
由前式甲被乙擠似不得勢將成敗倒之狀即含胸以左手掌心黏乙左手背往左化去則乙必擠空矣如第三圖之甲
De la posture précédente, A, pressé par B, semble privé de position et près de tomber ; mais il creuse la poitrine, colle la paume gauche au dos de la main gauche de B et neutralise vers la gauche, si bien que la pression de B tombe dans le vide : pour A, la figure 3.
同時甲之右手按乙右肘處兩手猛向前按去此之謂按知第四圖之甲
En même temps, la main droite de A pousse à l’endroit du coude droit de B, et les deux mains poussent vivement en avant : c’est ce qu’on appelle pousser. Voir A, figure 4.

乙又被甲按似不得力則仍以右手隨腰往回收以左腕黏甲右肘往回捋如第四圖之乙
B, à son tour poussé par A et, semble-t-il, sans ressource, ramène sa main droite en arrière avec ses lombes, colle son poignet gauche au coude droit de A et roule en arrière : voir B, même figure 4.
乙捋甲擠如第五圖
B roule, A presse : voir figure 5.

甲擠乙掤如第六圖
A presse, B écarte : voir figure 6.

乙按甲又捋如第七圖
B pousse, A roule de nouveau : voir figure 7.

如此循環不斷即可得其意焉
En poursuivant ce cycle sans interruption, on peut en saisir le sens.
Changer de pas (換步法)
換步者即甲乙二人相對甲坐左腿進右腿乙坐右腿退左腿是也若反之乙進左腿甲退左腿亦無不可
Changer de pas, c’est, face à face, A s’asseyant sur la jambe gauche et avançant la droite, tandis que B s’assoit sur la droite et recule la gauche ; inversement, B peut avancer la gauche et A reculer la droite (le texte porte « reculer la gauche »).
Changer de mains (換手法)
換手者即於推手之乙捋甲時甲不擠而捋回乙復補擠之則手自換矣
Changer de mains, c’est, au moment où, dans la poussée des mains, B roule A : A ne presse pas mais roule en arrière, et B compense en pressant ; les mains changent alors d’elles-mêmes.
Poussée à pas opposés (順步推手法)
順步推手之手法與合步推手法相同惟甲左足在前右足在後乙右足在前左足在後之不同耳如第八為九圖
La méthode des mains de la poussée à pas opposés est identique à celle de la poussée à pas communs ; seule diffère la position des pieds : A a le pied gauche devant et le droit derrière, B le pied droit devant et le gauche derrière. Voir figures 8 et 9.


Poussée à pas mobiles (活步推手法)
活步推手者係甲乙二人相對各出左足在前右手相黏甲捋乙右步略騰起復落下左步退於右步之後右步復退於左步之後乙擠甲左步略騰起落下右步進於左步之前左步復進於右步之前甲掤乙按乙擠乙左步略騰起落下右步進於左步之前左步復進於右步之前乙掤甲捋甲右步略騰起落下左步退於右步之後右步復退於左步之後乙又掤甲按甲擠甲步如前甲甲又掤乙捋乙步如前乙二人往來反復練之換步換手均可活步推手難以圖形表示其擠按均與順步推手同惟變成活步耳
Dans la poussée à pas mobiles, A et B se font face, chacun ayant le pied gauche en avant et les mains droites en contact.
Quand A roule B : le pied droit de A se soulève légèrement et retombe ; son pied gauche recule derrière le droit, et le droit recule à son tour derrière le gauche.
Quand B presse A : le pied gauche de B se soulève légèrement et retombe ; son pied droit avance devant le gauche, et le gauche avance à son tour devant le droit.
Quand A écarte, pousse et presse B : le pied gauche de A se soulève légèrement et retombe ; son pied droit avance devant le gauche, et le gauche avance à son tour devant le droit.
Quand B écarte et roule A : le pied droit de B se soulève légèrement et retombe ; son pied gauche recule derrière le droit, et le droit recule à son tour derrière le gauche.
B écarte maintenant, pousse et presse A, avec le pas que A avait auparavant ; et A écarte et roule B, avec le pas que B avait auparavant. Les deux partenaires vont et viennent, répétant l’exercice ; changer de pas et changer de mains sont tous deux permis. La poussée à pas mobiles est difficile à représenter par des figures ; ses pressions et poussées sont les mêmes que dans la poussée à pas opposés, à cela près que le pas devient mobile.
Planches de l’édition originale de 1931
Les cinquante et un dessins de postures du Taiji quan jiangyi sont reproduits ci-dessous dans l’ordre du livre, avec la posture qu’ils illustrent. Dans l’ouvrage, ils accompagnent les descriptions détaillées de chaque posture (義意, 動作圖說, 要點 et 用法), qui ne sont pas traduites ici en raison de leur longueur.



















































Notes du traducteur
- L’ouvrage. Le Taiji quan jiangyi fut rédigé au sein du bureau des publications de l’Institut des arts martiaux nationaux du Shandong (山東省國術館) et publié à l’usage des cours de l’Institut. L’auteur insiste à plusieurs reprises sur le caractère provisoire de son travail : il le présente comme un « brouillon » (草本) et explique que les explications de postures n’en retiennent qu’un seul usage. Le titre du livre est parfois cité comme 《太極拳講義草本》 ; le nom de l’auteur figure dans le texte tantôt sous la forme 田鎮峰, tantôt sous la forme 田鎭峯 (variante graphique du même nom).
- Les textes classiques. Le Taiji quan lun (太極拳論), le Taiji quan jing (太極拳經), le Shisan shi ge (十三勢歌), le Xinggong xinjie (行功心解) et le Da shou ge (打手歌) sont les textes attribués à Wang Zongyue (王宗岳). L’auteur de l’ouvrage les donne avec les annotations de l’Institut et déclare avoir suivi les corrections du maître d’épée Li Jinglin (李景林, 李芳辰), alors directeur de l’Institut. Le Traité du taiji quan est par ailleurs déjà traduit sur ce site.
- La section historique. Le récit de la transmission reprend, avec des variantes et des abréviations marquées, la généalogie déjà publiée dans les Nouvelles de Ningbo (寧波府志) et dans l’« Inscription commémorative de Wang Zhengnan » de Huang Zongxi (王征南墓誌銘), reprise par Huang Baijia : le lecteur reconnaîtra le même fonds, ici adapté à la thèse de l’origine du taiji quan.
- Le « coq de bois ». Le surnom de Chen Changxing est écrit 婢位先生 dans le texte numérisé ; il s’agit presque certainement de 牌位先生, « Monsieur la Tablette », le personnage immobile et sans expression des tablettes ancestrales (Brennan traduit par « Mr. Board »).
- Postures. Le texte retient 81 postures. Les graphies 捶/錘 (« poing »), 擅手 pour 雲手, 倒輦猴 pour 倒攆猴, 扇通臂 pour 扇通背 et 𦡁 pour 襠 sont des variantes courantes dans les manuels de l’époque et ont été conservées telles quelles.
- Étendue de la traduction. Sont traduits ici l’appareil liminaire complet (例言, préface de Li Shuchun, 卷頭語), les chapitres sur la signification, les effets et les origines, les textes courts (太極拳眞義, 八字歌, 心會論, 週身大用論, 十六關要論, 功用歌, 用功五誌), les cinq textes classiques annotés, la nomenclature des postures et les méthodes de poussée des mains. Les descriptions posture par posture (太極拳名勢圖解, environ 9 600 caractères) ne sont pas traduites en raison de leur longueur ; leurs cinquante et un dessins sont reproduits ci-dessus, et les neuf photographies de poussée des mains figurent à leur place dans le texte.
Source : Tian Zhenfeng (田鎮峰), Taiji quan jiangyi (太極拳講義), Institut des arts martiaux nationaux du Shandong, 1931. Texte chinois et planches relevés dans l’article de Paul Brennan « Taiji Boxing Explained », https://brennantranslation.wordpress.com/2018/01/29/taiji-boxing-according-to-tian-zhenfeng/. Les images reproduites ici sont des scans des pages de l’édition originale de 1931 (dessins de postures et photographies de poussée des mains), tombés dans le domaine public ; la traduction anglaise de Paul Brennan, protégée par le droit d’auteur, n’a pas été reproduite ni suivie.