Le Taiji gong (太極功, « L’Art du taiji ») est un court traité manuscrit que la tradition rattache à la famille Song (宋), et que Song Shuming (宋書銘) — le maître qui, dans les années 1910 et 1920, enseigna le taiji quan à plusieurs des figures fondatrices de l’art moderne à Pékin — tenait pour l’héritage de ses ancêtres. Le document lui-même ne porte pas son nom : il ne parle que de « mon ancêtre Song Yuanqiao » (宋遠橋). Wu Tunan (吳圖南, 1884-1989) raconta en 1983 qu’un ami, Zhang Ximing, le lui avait confié en 1908 ; il en aurait ensuite fait des copies pour Xu Yusheng, Wu Jianquan, Yang Shaohou, Liu Caichen, Liu Enshou et Ji Zixiu, ce qui explique la parenté de plusieurs manuels parus dans les décennies suivantes avec ce texte.

Le traité se présente comme la généalogie de quatre transmissions parallèles, portant chacune un nom d’art différent : les Trente-Sept (三十七) reçus de Xu Xuanping sous les Tang, les Treize formes (十三式) reçus de Li Daozi, la Petite Voûte suprême (小九天) de Han Gongyue et la Méthode de la nature acquise (後天法) de Hu Jingzi. Chaque lignée est accompagnée de sa liste de postures, et les Trente-Sept de cinq écrits brefs (chant des huit techniques, discours du cœur, grand usage du corps, seize points essentiels, chant de la fonction). Le recueil se ferme sur les règles de transmission de l’école : les dix personnes à ne pas instruire, les quatre prohibitions et les trois petits interdits de la pratique.

Le texte est traduit ici intégralement d’après les passages chinois reproduits dans l’article de Paul Brennan ; les vingt-cinq pages du manuscrit de 1908 qui l’accompagnent (page de titre et vingt-quatre feuillets) sont reproduites en regard. Le manuscrit et les pièces de vers qu’il cite sont dans le domaine public.

Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.

Page de titre du manuscrit de 1908 : 《太極功》, notes de la famille Song

Le titre et la note d’ouverture

太極功 宋書銘

L’Art du taiji (Taiji gong), par Song Shuming.

宋氏家傳、太極功源流支派論、宋遠橋緒記

Origines et branches de la transmission familiale des Song dans l’art du taiji — notes de Song Yuanqiao.

所為後代學者、不失其本也、自予而上溯、始得太極之功者、授業於唐于歡子、許宣平也、至予十四代、也有断者、亦有继耳、

Afin que les étudiants des générations à venir ne perdent pas la racine de cet art, je remonte le fil en partant de moi-même : celui qui, le premier, reçut cet art du taiji fut, sous les Tang, Xu Xuanping, dit Yuhuanzi. Depuis lui jusqu’à moi, cela fait quatorze générations, avec des interruptions et des reprises.

Première partie : la transmission de Xu Xuanping (許宣平)

Manuscrit de 1908, premier feuillet : le début de la notice sur Xu Xuanping

許先師、係江南徽州府、歙縣人、隱城陽山、結簷南陽、辟榖、身長七尺六、髯長至臍、髮長至足、行及奔馬、每負薪、賣於市中、獨吟曰、

Le maître Xu était un homme du xian de She, préfecture de Huizhou, dans le Jiangnan. Il se retira au mont Chengyang, où il se bâtit une hutte sur le versant sud. Il ne se nourrissait plus de grains (bi gu). Haut de sept pieds et six pouces, la barbe lui descendant jusqu’au nombril et les cheveux jusqu’aux pieds, il courait aussi vite qu’un cheval au galop. Chaque fois qu’il portait son fagot de bois pour le vendre au marché, il chantait ces vers pour lui-même :

負薪朝出賣、 沽酒日夕歸、 借問家何處、 穿雲入翠微、

Au matin, je porte mon fagot pour le vendre ; au soir, je rapporte du vin. — Mais où donc est ta demeure ? — À travers les nuages, au fond des vertes hauteurs. —

李白、訪之不遇、題詩望仙橋而回、

Li Bai vint lui rendre visite et ne le trouva pas ; il inscrivit alors un poème au pont « Regarder les Immortels » (Wangxian qiao), puis s’en retourna.

Les Trente-Sept et la Longue Boxe

Manuscrit de 1908, deuxième feuillet

所傳太極之功拳名三世七因三十七式、而名之、又名長拳者、所云、滔滔無間也、

L’art du taiji qu’il transmit s’appelait « Trente-Sept » (Sanshiqi), parce qu’il comptait trente-sept postures ; on l’appelait aussi « Longue Boxe » (chang quan), selon le mot : « comme un long fleuve qui s’écoule sans interruption ».

縂名、太極拳、三十七名目書之於後、

Son nom général est taiji quan ; ses trente-sept postures sont énumérées ci- après.

Manuscrit de 1908, troisième feuillet : la liste des postures

四正 四隅 雲手 湾弓射雁 揮琵琶 進搬攔 簸箕式 鳳凰展翅 雀起尾 單鞭 上提手 倒攆猴頭 搂膝拗步 肘下捶 轉身蹬脚 上步栽捶 斜飛式 双鞭 翻身搬攔 玉女穿梭 七星八步 高探馬 單擺連 上跨虎 九宮步 攬雀尾 山通背 海底珍珠 彈指 擺連轉身 指点捶 双擺連 金鷄獨立 泰山生氣 野馬分宗 如封似閉 左右分脚 掛樹踢脚 推碾 二起脚 抱虎推山 十字擺連

  1. Les quatre directions cardinales (四正) 2. Les quatre coins (四隅) 3. Mains comme des nuages (雲手) 4. Bander l’arc et tirer l’oie (湾弓射雁) 5. Jouer du luth pipa (揮琵琶) 6. Avancer : parer, barrer (進搬攔) 7. La posture du van (簸箕式) 8. Le phénix déploie ses ailes (鳳凰展翅) 9. Le moineau relève la queue (雀起尾) 10. Le fouet simple (單鞭) 11. Lever les mains en avançant (上提手) 12. Reculer en chassant la tête du singe (倒攆猴頭) 13. Frôler le genou en pas croisé (搂膝拗步) 14. Le poing sous le coude (肘下捶) 15. Se retourner et frapper du pied (轉身蹬脚) 16. Avancer et planter le poing (上步栽捶) 17. Le vol oblique (斜飛式) 18. Le double fouet (双鞭) 19. Se retourner : parer, barrer (翻身搬攔) 20. La jeune fille lance la navette (玉女穿梭) 21. Sept étoiles en huit pas (七星八步) 22. Sonder le cheval (高探馬)
  2. Le simple balayage du lotus (單擺連) 24. Avancer en chevauchant le tigre (上跨虎) 25. Les pas des neuf palais (九宮步) 26. Saisir la queue du moineau (攬雀尾)
  3. La montagne traverse le dos (山通背) 28. La perle au fond de la mer (海底珍珠)
  4. Le doigt qui claque (彈指) 30. Balayage du lotus en se retournant (擺連轉身) 31. Le poing qui désigne (指点捶) 32. Le double balayage du lotus (双擺連) 33. Le coq d’or se tient sur une patte (金鷄獨立) 34. Le mont Tai exhale sa brume (泰山生氣) 35. Le cheval sauvage sépare sa crinière (野馬分宗) 36. Sceller et fermer (如封似閉) 37. et 38. Coups de pied à gauche et à droite (左右分脚) 39. Coup de pied en accrochant l’arbre (掛樹踢脚) 40. Pousser la meule (推碾) 41. Le double coup de pied (二起脚) 42. Embrasser le tigre, pousser la montagne (抱虎推山) 43. Le balayage du lotus en croix (十字擺連)

此通共四十三手四正四隅九宮步七星八步双擺連在外因自己多坐用的工夫其餘三十七数是先師之所傳也此勢應一勢煉成再煉一勢萬不得心急齊用三十七勢却無論何式先何式後只要一一将式用成自然三十七式皆化為相继不断也故謂之長拳脚跐五行懷藏八卦脚之所在為中央之土則可定乾南坤北離東坎西弸捋擠按四正也採挒肘靠四隅也

Cela fait en tout quarante-trois techniques. Les quatre directions cardinales, les quatre coins, les pas des neuf palais, les sept étoiles en huit pas et le double balayage du lotus mis à part — ceux-là venant de mon propre travail, après de longues années de pratique —, les trente-sept autres sont ce que le maître Xu a transmis.

Chaque posture doit être menée jusqu’à la maîtrise avant que l’on passe à la suivante ; gardez-vous surtout de l’impatience de vouloir les employer toutes à la fois. Peu importe laquelle des trente-sept vient avant ou après l’autre : pourvu qu’on les emploie une à une jusqu’à la réussite, elles se fondent d’elles-mêmes en une suite ininterrompue ; c’est pourquoi on parle de « Longue Boxe ». Les pieds foulent les cinq agents et recèlent en eux les huit trigrammes : là où se pose le pied est le centre, qui est la terre, d’où l’on détermine Qian au sud, Kun au nord, Li à l’est et Kan à l’ouest. Peng (掤), (捋), ji (擠) et an (按) sont les quatre directions cardinales ; cai (採), lie (挒), zhou (肘) et kao (靠), les quatre coins.

Les cinq écrits des Trente-Sept

Manuscrit de 1908, quatrième feuillet : le chant des huit techniques

八字歌

Chant des huit techniques.

掤捋擠按世間稀 十個藝人十不知 若能輕靈並堅硬 粘連黏隨俱無疑 採挒肘靠更出奇 行之不用費心思 果能粘連黏隨字 得其環中不支离

Les techniques de peng, , ji et an sont rares en ce monde : sur dix hommes de métier, dix les ignorent. Si l’on sait être à la fois léger, vif et ferme, coller, lier, adhérer et suivre n’offrent plus de doute. Cai, lie, zhou et kao sont plus merveilleux encore ; les employer ne demande aucun effort d’esprit. Si vraiment tu tiens les mots « coller, lier, adhérer, suivre », tu occuperas le centre de l’anneau sans te disloquer.

三十七心會論

Discours sur la compréhension du cœur dans les trente-sept postures.

腰脊為第一之主宰 猴頭為第二之主宰 地心為第三之主宰 丹田為第一之賓輔 掌指為第二之賓輔 足掌為第三之賓輔

Les reins et la colonne sont le premier souverain ; la « tête de singe » (la gorge) est le deuxième souverain ; le « cœur de la terre » (le plexus solaire) est le troisième souverain.

Le champ de cinabre (dantian) est le premier assistant ; la paume et les doigts sont le deuxième assistant ; la plante des pieds est le troisième assistant.

Manuscrit de 1908, cinquième feuillet

三十七周身大用論

Discours sur le grand usage du corps entier dans les trente-sept postures.

一要性心與意靜 自然無處不輕靈 二要遍體氣流行 一定断續不能停 三要猴頭永不拋 問盡天下衆英豪 如詢大用緣何得 表裡精粗無不到

Premièrement, que la nature, le cœur et l’intention soient calmes : alors, partout, naturellement, on est léger et vif. Deuxièmement, que le souffle circule par tout le corps : il forme alors un flux continu que rien n’interrompt. Troisièmement, ne jamais abandonner la « tête de singe » : ainsi peut-on défier tous les héros du monde. Si l’on demande comment obtenir une telle efficacité : que l’extérieur et l’intérieur, le subtil et le grossier, soient tous atteints sans exception.

Manuscrit de 1908, sixième feuillet : les seize points essentiels

十六闗要論

Discours sur les seize points essentiels.

活潑於腰 靈机於頂 神通於背 不使氣流行於氣 行之於腿 蹬之於足 運之於掌 足之於指 歛之於髓 達之於神 凝之於耳 息之於鼻 呼吸往来於口 縱之於膝 渾噩一身 全体發之於毛

  1. La vivacité est dans les reins. 2. L’inspiration pénètre au sommet du crâne. 3. L’esprit circule dans le dos. 4. Ne pas laisser le souffle s’épuiser dans le souffle même. 5. Le mouvement est dans les jambes. 6. L’appui est dans le pied. 7. La manœuvre est dans la paume. 8. La suffisance va jusqu’aux doigts. 9. La concentration est dans la moelle. 10. L’aboutissement est dans l’esprit. 11. L’attention est dans les oreilles. 12. La respiration passe par le nez. 13. Le va-et-vient du souffle s’exprime par la bouche. 14. L’élasticité est dans les genoux. 15. La simplicité, c’est le corps entier.
  2. C’est par le poil que se manifeste le corps entier.

Manuscrit de 1908, septième feuillet

功用歌

Chant de la fonction.

輕靈活潑求懂勁 隂陽既濟無滯病 若得四兩撥千斤 開合鼓盪主堅定

Léger et vif, cherchez à comprendre le jin (懂勁) ; yin et yang s’entraidant, plus de maladie de l’engorgement. Si vous obtenez que quatre onces déplacent mille livres, c’est l’ouverture et la fermeture, le souffle qui monte et retombe, qui gouvernent la fermeté.

Manuscrit de 1908, huitième feuillet

Deuxième partie : la transmission de Li Daozi (李道子)

Manuscrit de 1908, neuvième feuillet : la famille Yu et Li Daozi

俞家江南寗國府涇縣人太極功名曰先天拳亦曰長拳得唐李道子所傳道子係江南安慶人至宋時與游酢莫逆至明時李道子嘗居五當山南岩宮不火食第啖麥麩数合故又名之曰夫子李也見人不及他語惟云大造化三字

La famille Yu est du xian de Jing, préfecture de Ningguo, dans le Jiangnan. Leur art du taiji s’appelle « Boxe de la nature innée » (xian tian quan), et aussi « Longue Boxe » ; ils le tiennent de Li Daozi, sous les Tang. Li Daozi était d’Anqing, au Jiangnan ; sous les Song, il fut l’ami intime de You Zuo. Sous les Ming, Li Daozi vivait au palais des Rochers du Sud, dans les monts Wudang. Il ne cuisinait pas ses aliments et ne mangeait que quelques poignées de son de blé par jour, et c’est pourquoi on l’appelait aussi le « maître Li » (Fuzi Li). À ceux qu’il rencontrait, il n’adressait d’autre parole que ces trois mots : « quel grand destin ! »

既云唐人何以知之至明時之夫子李即是李道子先師也緣予上祖遊江南涇縣俞家方知先天拳亦如予之三十七式太極之別名也而又知俞家是唐時李道子所傳也俞家代代相承之功每嵗往拜李道子庐至宋時尚在也越代不知所往也

On dira : s’il était homme des Tang, comment le savoir ? C’est que le maître Li, sous les Ming, était bien Li Daozi, le maître d’autrefois. Mon ancêtre, en effet, se rendit chez les Yu de Jing, au Jiangnan, et il apprit là que leur « Boxe de la nature innée » est, comme nos trente-sept postures, un autre nom du taiji ; il apprit aussi que les Yu tenaient leur art de Li Daozi, sous les Tang, et que l’art se transmettait de génération en génération dans la famille. Chaque année, les Yu allaient en visite à la chaumière de Li Daozi ; sous les Song, il était encore là. Passé cette génération, on ne sait plus où il est allé.

Manuscrit de 1908, dixième feuillet : la rencontre de Yu Lianzhou

至明時予同俞蓮舟遊湖廣襄陽府均州五當山夫子李見之呌曰徒再孫焉往蓮舟抬頭一看斯人面垢正厚髮不知如何参地味臭蓮舟心怒曰爾言之太過也吾觀汝一掌必死爾去罢夫子李云重再孫我看看你這手蓮舟上前掤連捶未依身則起十丈高許落下未壞拆筋骨蓮舟曰你縂用過功夫不然能扔我者鮮矣夫子李云你與俞清慧俞一誠認識否蓮舟聞之悚然此皆予上祖之名也急跪曰原来是我之先祖師至也夫子李曰吾在此幾十韶光未語今見你誠哉大造化也授你如此如此蓮舟自此不但無敵而後亦得全體大用矣

Sous les Ming, je me rendis avec Yu Lianzhou dans les monts Wudang, au département de Jun, préfecture de Xiangyang, au Huguang. Le maître Li nous aperçut et cria : « Holà, petits-fils, où allez-vous donc ? » Lianzhou leva la tête et vit un homme au visage couvert d’une épaisse crasse, aux cheveux dans un état inimaginable, et dont l’odeur devait être pestilentielle. Il s’écria, pris de colère : « Voilà des mots de trop ! Que je te regarde, et voici une main qui te tuera : va-t’en ! » Le maître Li dit : « Voyons un peu cela, petit-fils, montre-moi cette main. » Lianzhou s’avança pour enchaîner les coups, mais avant qu’il ne l’atteigne, il fut soulevé à quelque dix pieds de hauteur, puis retomba sans avoir rien de brisé. Lianzhou dit : « Tu as certes de la pratique, sans quoi peu de gens pourraient me jeter ainsi. » Le maître Li dit : « Connais-tu Yu Qinghui et Yu Yicheng ? » À ces mots, Lianzhou fut saisi d’un frisson : c’étaient là les noms de ses propres ancêtres ! Il se jeta à genoux en hâte : « C’est donc toi l’ancêtre et le maître ! » Le maître Li dit : « Voilà bien des années que je suis ici sans parler à personne ; te voir aujourd’hui, en vérité, quel grand destin ! » Et il lui enseigna telle et telle méthode. Dès lors, non seulement Lianzhou fut sans rival, mais il obtint encore l’efficacité complète du corps entier.

予上祖宋遠橋與俞蓮舟俞岱岩張松溪張翠山殷利亨莫谷聲久相往来金陵之境

Mon ancêtre Song Yuanqiao, avec Yu Lianzhou, Yu Daiyan, Zhang Songxi, Zhang Cuishan, Yin Liheng et Mo Gusheng, entretinrent de longue date des relations du côté de Jinling [Nankin].

夫子李先師授俞蓮舟秘歌云

Le maître Li transmit à Yu Lianzhou ce chant secret :

Manuscrit de 1908, onzième feuillet : le chant secret

無形無象 全身透空 應物自然 西山懸磬 虎吼猿鳴 泉清河靜 翻江播海 盡性立命

Sans forme, sans figure ; le corps entier ouvert au vide. Répondre aux choses selon leur nature ; être comme la pierre sonore suspendue aux monts de l’Ouest. Rugissement de tigre, cri de singe ; la source limpide apaise le cours d’eau ; retourner les fleuves et mêler les mers ; accomplir sa nature, affermir son destin.

此歌予七人皆知其句後予七人同往拜五當山夫子李先師不見道経玉虛宮在太和山元高之地見玉虛子張三峯也此張松溪張翠山師也身長七尺有餘美髯如戟寒暑惟一箬笠日能行千里遠自洪武初年至太和山修煉予七人共拜之耳提面命月餘後歸自此不絕其往拜玉虛子所傳惟張松溪張翠山拳名十三式亦太極之別名也又名長拳

Ce chant, nous étions sept à en connaître les vers. Puis, à nous sept, nous allâmes rendre hommage au maître Li aux monts Wudang ; ne l’y trouvant pas, nous passâmes par le palais de la Voûte de Jade (Yuxu gong), sur les hauteurs du mont Taihe, où nous rencontrâmes Yuxuzi Zhang Sanfeng, le maître de Zhang Songxi et de Zhang Cuishan. Haut de plus de sept pieds, la barbe belle comme une hallebarde, il portait le même chapeau de bambou par tous les temps et parcourait mille li en un jour ; depuis la première année de l’ère Hongwu [1368], il s’était consacré à la pratique au mont Taihe. Nous nous inclinâmes tous les sept devant lui ; il nous instruisit de sa bouche et de son regard pendant plus d’un mois, puis nous rentrâmes, et depuis lors nous ne cessâmes d’aller le saluer. De la transmission de Yuxuzi, seuls Zhang Songxi et Zhang Cuishan reçurent la boxe appelée « Treize formes » (shisan shi) — autre nom de l’art du taiji, également appelé « Longue Boxe ».

Manuscrit de 1908, douzième feuillet

Les noms des Treize formes

十三式名目並論說列之於後

Les noms des postures des Treize formes, avec les traités qui s’y rapportent, sont donnés ci-dessous.

攬雀尾 單鞭 提手上勢 白鵞晾翅 搂膝拗步 手揮琵琶 進步搬攔捶 如封似閉 抱虎推山 攬雀尾 肘底看拳 倒攆猴 斜飛勢 提手上勢 白鵞晾翅 搂膝拗步 海底珍 山通背 撥山捶 退步搬攔捶 上勢攬雀尾 單鞭 雲手 高探馬 左右分脚 轉身蹬脚 進步栽捶 翻身撥山捶 翻身二起脚 披身踢脚 轉身蹬脚 上步搬攔捶 如封似閉 抱虎推山 斜單鞭 野馬分宗 玉女穿梭 單鞭 雲手下勢 金鷄獨立 倒攆猴 斜飛勢 提手上勢 白鵞晾翅 搂膝拗步 海底珍 山通背 上勢攬雀尾 單鞭 雲手 高探馬 十字擺連 搂膝指𦡁捶 上勢攬雀尾 單鞭下勢 上步七星 下步跨虎 轉身擺連 湾弓射虎 上勢攬雀尾 合太極

  1. Saisir la queue du moineau (攬雀尾) 2. Le fouet simple (單鞭) 3. Lever les mains en avançant (提手上勢) 4. L’oie blanche sèche ses ailes (白鵞晾翅) 5. Frôler le genou en pas croisé (搂膝拗步) 6. Jouer du luth (手揮琵琶) 7. Avancer : parer, barrer, piquer du poing (進步搬攔捶) 8. Sceller et fermer (如封似閉) 9. Embrasser le tigre, pousser la montagne (抱虎推山) 10. Saisir la queue du moineau (攬雀尾) 11. Le poing veillant sous le coude (肘底看拳) 12. Reculer en chassant le singe (倒攆猴) 13. Le vol oblique (斜飛勢) 14. Lever les mains en avançant (提手上勢) 15. L’oie blanche sèche ses ailes (白鵞晾翅) 16. Frôler le genou en pas croisé (搂膝拗步) 17. Le trésor au fond de la mer (海底珍) 18. La montagne traverse le dos (山通背) 19. Le poing qui aplanit la montagne (撥山捶) 20. Reculer : parer, barrer, piquer du poing (退步搬攔捶)
  2. Avancer : saisir la queue du moineau (上勢攬雀尾) 22. Le fouet simple (單鞭) 23. Mains comme des nuages (雲手) 24. Sonder le cheval (高探馬) 25. Coups de pied à gauche et à droite (左右分脚) 26. Se retourner et frapper du pied (轉身蹬脚) 27. Avancer et planter le poing (進步栽捶) 28. Se retourner : le poing qui aplanit la montagne (翻身撥山捶) 29. Se retourner : le double coup de pied (翻身二起脚) 30. Couvrir le corps et frapper du pied (披身踢脚) 31. Se retourner et frapper du pied (轉身蹬脚)
  3. Avancer : parer, barrer, piquer du poing (上步搬攔捶) 33. Sceller et fermer (如封似閉) 34. Embrasser le tigre, pousser la montagne (抱虎推山) 35. Le fouet simple oblique (斜單鞭) 36. Le cheval sauvage sépare sa crinière (野馬分宗) 37. La jeune fille lance la navette (玉女穿梭) 38. Le fouet simple (單鞭) 39. Mains comme des nuages, posture basse (雲手下勢) 40. Le coq d’or se tient sur une patte (金鷄獨立) 41. Reculer en chassant le singe (倒攆猴) 42. Le vol oblique (斜飛勢) 43. Lever les mains en avançant (提手上勢) 44. L’oie blanche sèche ses ailes (白鵞晾翅) 45. Frôler le genou en pas croisé (搂膝拗步) 46. Le trésor au fond de la mer (海底珍) 47. La montagne traverse le dos (山通背) 48. Avancer : saisir la queue du moineau (上勢攬雀尾) 49. Le fouet simple (單鞭) 50. Mains comme des nuages (雲手) 51. Sonder le cheval (高探馬) 52. Le balayage du lotus, mains en croix (十字擺連) 53. Frôler le genou, poing vers l’entrejambe (搂膝指𦡁捶) 54. Avancer : saisir la queue du moineau (上勢攬雀尾) 55. Le fouet simple, posture basse (單鞭下勢) 56. Avancer : la posture des sept étoiles (上步七星) 57. Reculer : la posture du tigre assis (下步跨虎)
  4. Se retourner : balayage du lotus (轉身擺連) 59. Bander l’arc et tirer le tigre (湾弓射虎) 60. Avancer : saisir la queue du moineau (上勢攬雀尾) 61. Fermeture du taiji (合太極)

Manuscrit de 1908, treizième feuillet

Le Classique du taiji quan dans la version des Song

Manuscrit de 1908, quatorzième feuillet : le Classique du taiji quan

太極者無極而生隂陽之母也動之則分靜之則合無過不及隨曲就伸人剛我柔謂之走我順人背謂之黏動急則急應謂之連動緩則緩隨謂之隨雖變化萬端而理為一貫由着熟而漸悟懂劲由懂勁而階級神明然非用力之久不能豁然貫通焉勁頂氣沉丹田中立不倚乍隱乍顯左重則左必輕右重則右必輕虛實兼到仰高鑽堅進之則長退之則促一羽不能加蝇虫不能落人不知我我獨知人英雄所向無敵盖皆由此而及也斯技旁門甚廣雖勢有區別槪不外乎壯欺弱慢讓快耳有力打無力手慢讓手快皆是先天自然之能非闗學力而有為也察四兩撥千斤之句顯非力勝觀耄耋能禦衆之情快何能也惟立如平准活似車輪偏沉則隨双重則滯每見数年純功不能運化者率皆自為人制双重之病未悟耳欲避此病須知隂陽粘即是走走即是粘隂不離陽陽不離隂隂陽相濟方是懂勁懂勁後愈煉愈精默識揣摩漸至從心所欲本是舍己從人多悞舍近求遠所謂差之毫厘謬之千里學者不可不詳辨焉

La Voûte suprême naît du Sans-Faîte et est la mère du yin et du yang. En
mouvement, ils se séparent ; au repos, ils se réunissent. Sans excès ni manque
suivre la courbe, aller vers l’extension. L’autre est dur et je suis souple
cela s’appelle céder. Je suis dans le flux et l’autre en difficulté : cela s’appelle coller. Si son mouvement est pressé, réponse pressée : cela s’appelle lier ; si son mouvement est lent, suite lente : cela s’appelle suivre. Bien que les transformations soient innombrables, le principe reste un et continu. De la familiarité avec les techniques on éveille peu à peu la compréhension du jin ; par cette compréhension on s’élève par degrés jusqu’à la clarté spirituelle. Mais sans de longs efforts, on ne saurait parvenir à la pénétration soudaine.

Le jin monte au sommet, le souffle descend au dantian ; on se tient au centre sans pencher, tantôt caché, tantôt manifeste. Si la gauche est lourde, la gauche doit s’alléger ; si la droite est lourde, la droite doit s’alléger ; vide et plein sont atteints ensemble. Levé, il est plus haut ; pénétré, il est plus dur ; avancé, il s’allonge ; reculé, il se resserre. Une plume ne peut s’y poser, une mouche ne peut s’y arrêter. L’autre ne me connaît pas ; moi seul connais l’autre. Si les héros ne rencontrent pas d’adversaire, c’est par là qu’ils y parviennent.

Les voies latérales de cet art sont nombreuses ; si leurs formes diffèrent, elles ne sortent pas du fort qui opprime le faible et du lent qui cède au rapide. Que la force batte la faiblesse et que la main lente cède à la main rapide, ce sont là des capacités naturelles innées, et non le fruit d’un travail d’étude. Considérez l’adage « quatre onces déplacent mille livres » : de toute évidence, ce n’est pas une victoire de la force. Considérez le vieillard qui repousse la multitude : que peut y faire la vitesse ?

Se tenir comme une balance, se mouvoir comme une roue ; pencher d’un côté, on suit ; peser doublement, on s’engorge. On voit souvent des hommes forts de plusieurs années de pratique pure incapables de transformer : tous sont dominés par autrui, faute d’avoir compris la maladie du double poids. Pour éviter ce défaut, il faut connaître le yin et le yang : coller est céder, céder est coller ; le yin ne quitte pas le yang, le yang ne quitte pas le yin ; quand yin et yang s’entraident, alors on comprend le jin. Une fois le jin compris, plus on s’entraîne, plus on s’affine, et par la connaissance silencieuse et l’examen intérieur on parvient peu à peu à faire ce que le cœur désire. Le fondement est de s’oublier pour suivre l’autre ; beaucoup se trompent en abandonnant ce qui est proche pour chercher ce qui est loin. C’est ce qu’on dit : « un écart d’un cheveu au départ, une erreur de mille li à l’arrivée ». L’étudiant ne peut se dispenser d’examiner cela en détail.

一舉動週身俱要輕靈猶須貫串氣宜鼓盪神宜內歛無使有缺陷處無使有凸凹處無使有断續處根在脚發於腿主宰於腰形於手指由脚而腿而腰縂要完整一氣向前退後乃得机得勢有不得机得勢處身便是散亂其病必於腰腿求之上下前後左右皆然凡此皆是意不在外面有上即有下有前即有後有左即有右辟如要向上即寓下意若將物掀起而加以挫之之意斯其根自断乃壞之速而無疑虛實宜分清處一處虛實處處縂此一虛實周身節節貫串無令絲毫間断耳

Dès qu’il y a le moindre mouvement, le corps entier doit être léger et vif ; il faut surtout qu’il y ait continuité d’un mouvement à l’autre. Le souffle doit être mis en branle, l’esprit doit se recueillir à l’intérieur. Ne laissez subsister nulle part de faille, nulle part d’excroissance, nulle part de rupture.

La racine est dans le pied, l’émission dans la jambe, la direction dans la taille, l’expression dans les doigts : du pied à la jambe, de la jambe à la taille, tout doit former un seul souffle complet. Que l’on avance ou que l’on recule, on saisit alors l’occasion et l’avantage. Si l’occasion et l’avantage manquent, le corps est en désordre : la cause en doit être cherchée dans la taille et dans les jambes. Il en va de même en haut, en bas, devant, derrière, à gauche et à droite. En tout cela, c’est l’intention qui agit, et non l’extérieur. Qu’il y ait du haut et il y a du bas ; du devant et il y a du derrière ; de la gauche et il y a de la droite. Ainsi, veut-on monter ? Qu’on contienne l’intention de descendre — comme lorsqu’on soulève une chose après l’avoir d’abord enfoncée : la racine se rompt d’elle-même, et la ruine est rapide et certaine.

Le vide et le plein doivent être clairement distingués : en une part il y a du vide et du plein ; en chaque part, partout, c’est toujours ce même vide et ce même plein ; de section en section, le corps entier doit rester lié, sans permettre la moindre interruption.

La méthode de pratique des treize formes

十三式行功心法

Méthode du cœur pour la pratique des treize formes.

Manuscrit de 1908, quinzième feuillet

以心行氣務令沉着乃能收歛入骨以氣運身務令順遂乃能便利從心精神能提得起則無遲重之虞所謂頂頭懸也意氣須换得靈乃有圓活趣味所謂變動虛實也發勁須沉着鬆靜專主一方立身須中正安舒支撑八面行氣如九曲珠無往不利氣遍身軀之謂也運劲如百鍊剛何堅不摧形如搏兔之鵠神如捕鼠之猫靜如山岳動似江河蓄劲如開弓發劲如放箭曲中求直蓄而後發力由脊發步隨身换收即是放断而復連往復須有抧叠進退須有轉换極柔軟然後堅硬能呼吸然後靈活氣以直養而無害劲以曲蓄而有餘心為令氣為旗腰為纛先求開展後求緊凑乃可臻於鎮蜜矣

Conduire le souffle par l’intention : il faut qu’il s’enfonce, alors il se recueille jusque dans les os. Mettre le corps en mouvement par le souffle : il faut que tout soit fluide, alors le corps obéit commodément à l’intention. Si l’esprit sait se tenir haut, on n’a plus à craindre lenteur ni pesanteur : c’est ce qu’on appelle « la tête suspendue au sommet ». L’intention et le souffle doivent alterner avec agilité, alors on goûte la rondeur et la vivacité : c’est ce qu’on appelle « le changement du vide et du plein ». Émettre le jin demande calme, enracinement et relâchement, concentré en une seule direction ; tenir le corps demande droiture, calme et aisance, étayé de huit côtés.

Faire circuler le souffle comme une perle aux neuf détours : rien ne lui résiste — c’est-à-dire que le souffle emplit tout le corps. Manier le jin comme de l’acier cent fois trempé : rien n’est si dur qu’il ne le brise. La forme est comme l’épervier qui saisit le lièvre, l’esprit comme le chat qui guette la souris. Au repos, comme la montagne ; en mouvement, comme le fleuve. Emmagasiner le jin comme on bande un arc ; l’émettre comme on décoche la flèche. Dans la courbe, chercher le droit ; emmagasiner, puis émettre. La force part de la colonne ; le pas suit les changements du corps. Recueillir, c’est émettre ; rompre, et se relier de nouveau. Dans les allées et venues, il faut du repli ; dans les avancées et les reculs, il faut du changement. Extrême souplesse, puis fermeté ; savoir respirer, puis vivacité. Nourrir le souffle avec droiture, et il ne nuit pas ; emmagasiner le jin dans la courbe, et il est en abondance. L’intention donne l’ordre, le souffle est son drapeau, la taille est sa bannière. Chercher d’abord l’ouverture, puis la compacité : on peut alors atteindre la densité raffinée.

又曰先在心後在身腹鬆氣歛神舒体靜刻刻在心切記一動無有不動一靜無有不靜牽動往来氣貼背歛入脊骨內固精神外示安逸邁步如猫行運劲如抽絲全身意在蓄神不在氣在氣則滯有氣者無力有力者無氣無力者純剛即得乾行健之理所以氣如車輪腰如車軸也

Il est dit encore : d’abord dans l’intention, ensuite dans le corps. Le ventre se relâche, le souffle se recueille ; l’esprit est à l’aise, le corps est calme : à chaque instant, gardez-le à l’esprit. Souvenez-vous bien : si une seule partie bouge, toutes bougent ; si une seule s’arrête, toutes s’arrêtent.

Dans les tractions et les allées et venues, le souffle colle au dos et se recueille dans les os de la colonne. À l’intérieur, affermir l’esprit ; à l’extérieur, montrer l’aisance. Avancer comme marche un chat ; manier le jin comme on tire la soie. Dans tout le corps, l’intention doit être de thésauriser l’esprit et non de s’attacher au souffle : s’attacher au souffle, c’est s’engorger. Qui a le souffle n’a pas la force ; qui a la force n’a pas le souffle ; qui n’a ni l’un ni l’autre obtient la fermeté pure, et saisit par là le principe « le ciel agit avec vigueur ». Aussi le souffle est-il comme la roue et la taille comme l’essieu.

Le chant des treize dynamiques

Manuscrit de 1908, seizième feuillet : le chant des treize dynamiques

十三勢歌

Chant des treize dynamiques.

十三縂式莫輕視 命意原頭在腰隙 變轉虛實須留意 氣遍身軀不稍癡 靜中觸動動猶靜 因敵變化是神奇 勢勢留心揆用意 得来功夫不顯遲 刻刻留心在腰間 腹內鬆靜氣騰然 尾閭正中神冠頂 滿身輕利頂頭懸 仔細留心向推求 屈伸開合𦗟自由 入門引路須口授 工夫無息法自修 若言体用何為準 意氣君来骨肉臣 想推用意終何在 延年益夀不老春 歌歌歌歌百四十 字字真切意無遺 若不向此推求去 枉費工夫貽嘆息

Ne négligez aucune des treize formes réunies : leur intention première réside dans l’intervalle des lombes. Prenez garde à l’alternance du vide et du plein, et le souffle emplira le corps sans la moindre stagnation. Dans le calme, le mouvement se déclenche ; en mouvement, semblez encore au repos, car c’est en s’adaptant à l’adversaire que naît le merveilleux. À chaque posture, appliquez l’attention et mesurez l’intention : le résultat viendra sans se faire attendre. À chaque instant, veillez sur la taille ; le ventre relâché et calme, le souffle s’élève. Le coccyx centré, l’esprit couronne le sommet : tout le corps est léger et vif, la tête comme suspendue. Examinez avec soin et cherchez : flexion et extension, ouverture et fermeture, écoutez-les librement. L’entrée et le guidage demandent l’enseignement de bouche ; le progrès sans relâche, la méthode se cultive soi-même. Si l’on demande quel est le critère du corps et de l’usage : l’intention et le souffle sont les souverains, os et chair sont les sujets. À quoi mène enfin cette intention ainsi poussée ? À prolonger les années, à accroître la longévité, à une jeunesse sans vieillesse. Cent quarante mots, à chanter et rechanter ; chaque mot est sincère, aucun sens n’est omis. Si vous ne cherchez pas en ce sens, vous aurez dépensé votre peine en vain et n’aurez que des soupirs.

長拳者如長江大海滔滔不絕十三勢掤捋擠按採挒肘靠八卦也

La Longue Boxe est comme le long fleuve et la grande mer, qui s’écoulent sans interruption. Les treize dynamiques sont peng, , ji, an, cai, lie, zhou et kao : les huit trigrammes.

進步退步左顧右盻中以土定五行也合而言之十三勢也乃太極拳之別名也掤捋擠按即坎離震兑四正方也採挒肘靠即乾坤艮巽四斜角也進退顧盻中定水火木金土也

Avancer, reculer, regarder à gauche, regarder à droite, se tenir au centre : ces cinq mouvements se déterminent par la terre et forment les cinq agents. Réunis, ils font les treize dynamiques, autre nom du taiji quan. Peng, , ji et an correspondent à Kan, Li, Zhen et Dui, les quatre directions droites ; cai, lie, zhou et kao correspondent à Qian, Kun, Gen et Xun, les quatre angles obliques ; avancer, reculer, regarder à gauche, regarder à droite et rester centré correspondent à l’eau, au feu, au bois, au métal et à la terre.

Le chant des mains qui s’entrelacent

打手歌

Chant des mains qui s’entrelacent (Dashou ge).

Manuscrit de 1908, dix-septième feuillet

掤捋擠按須認真 上下相隨人難進 任他巨力来打我 牽動四兩撥千斤 引入落空合即出 粘連黏隨不丟頂

Peng, , ji et an, il faut les prendre au sérieux ; le haut et le bas se suivant, l’adversaire aura peine à entrer. Qu’il m’attaque de toute sa force : je tire de quatre onces et déplace mille livres. Je l’attire dans le vide, et, le corps uni, je le fais sortir ; je colle, lie, adhère et suis, sans lâcher ni heurter.

又彼不動己不動彼微動己先動似鬆非鬆将展未展勁断意不断

Il est dit encore : s’il ne bouge pas, je ne bouge pas ; s’il bouge tant soit peu, je bouge le premier. Semble relâché sans l’être ; prêt à se déployer sans se déployer encore. Le jin s’interrompt, l’intention ne s’interrompt pas.

Manuscrit de 1908, dix-huitième feuillet

Troisième partie : la transmission de Han Gongyue (韓拱月)

Manuscrit de 1908, dix-neuvième feuillet : Cheng Lingxi et la Petite Voûte suprême

程靈洗字元滌江南徽州府休寕人授業韓拱月太極之功成大用矣侯景之亂惟歙州保全皆靈洗力也梁元帝授以本郡太守卒謚忠壮至程珌為紹興中進士授昌化主簿累官權吏部尚書拜翰林學士立朝剛正風裁凜然進封新安郡侯以端明殿學士致仕卒珌居家常平糶以濟人凡有利於衆者必盡心焉所著有落水集珌將太極功拳名立一名為小九天雖珌之遺名小九天書韓傳者不敢忘先師之所傳也

Cheng Lingxi, dont le nom de courtoisie était Yuandi, était un homme de Xiuning, préfecture de Huizhou, dans le Jiangnan. Il reçut de Han Gongyue l’enseignement de l’art du taiji, dont il tira une grande efficacité. Lors de la révolte de Hou Jing, seule la région de Shezhou fut préservée, et ce fut grâce à la force de Lingxi. L’empereur Yuan des Liang lui confia la charge de gouverneur de sa préfecture ; à sa mort, on lui décerna le nom posthume de Zhongzhuang (« loyal et vigoureux »). L’art parvint ensuite à Cheng Bi, qui fut reçu lettré aux examens impériaux sous l’ère Shaoxing [1193], nommé secrétaire en chef de Changhua, puis ministre du Personnel, et décoré du titre de lettré de l’Académie Hanlin ; au service de la cour, il se montra droit et ferme, d’une tenue austère et redoutée. Il fut anobli marquis du xian de Xin’an et prit sa retraite comme lettré du pavillon Duanming. À sa mort… Il vécut dans sa maison en vendant son grain à bas prix pour secourir les gens, et tout ce qui pouvait profiter au plus grand nombre, il y mettait tout son cœur. Il est l’auteur du Recueil des eaux tombantes (Luoshui ji). Cheng Bi donna à l’art du taiji le nom de « Petite Voûte suprême » (xiao jiu tian) ; et bien que ce nom soit un legs de Cheng Bi, celui qui recueille ici la transmission de Han n’ose pas oublier ce que son maître a transmis.

小九天法式

Postures de la Petite Voûte suprême.

Les quinze postures de la Petite Voûte suprême

Manuscrit de 1908, vingtième feuillet

七星八步 開天門 什錦背 提手 卧虎跳澗 單鞭 射雁 穿梭 白鶴升空 大擋捶 小擋捶 葉裏花 猴頂雲 攬雀尾 八方掌

  1. Sept étoiles en huit pas (七星八步) 2. Ouvrir la porte du ciel (開天門) 3. La broderie sur le dos (什錦背) 4. Lever les mains (提手) 5. Le tigre couché franchit le torrent (卧虎跳澗) 6. Le fouet simple (單鞭) 7. Tirer l’oie (射雁) 8. Lancer la navette (穿梭) 9. La grue blanche s’élève dans le ciel (白鶴升空) 10. Le grand poing vers l’entrejambe (大擋捶) 11. Le petit poing vers l’entrejambe (小擋捶) 12. La fleur parmi les feuilles (葉裏花) 13. Le singe soutient les nuages (猴頂雲) 14. Saisir la queue du moineau (攬雀尾) 15. La paume des huit directions (八方掌)

太極者非純功於易經不能得也以易經一書必須朝夕悟在心內必須朝夕會在身中超以象外得其寰中人所不知而己獨知之妙若非得師一点心法之傳如何能致使我手之舞之樂在其中矣

Le taiji, sans un travail pur et constant sur le Livre des mutations, ne saurait être obtenu. Ce livre, il faut matin et soir en éveiller le sens dans son cœur, et matin et soir en avoir la réalisation dans son corps ; dépasser la figure extérieure pour saisir le centre, et posséder ainsi la merveille : « l’adversaire ne me connaît pas, moi seul le connais ». Or, si je n’avais reçu de mon maître la transmission intime de sa méthode, comment aurais-je pu faire danser mes mains et trouver en cela ma joie ?

用功五誌

Cinq rappels pour le travail.

博學(是多功夫) 審問(不是口問是𦗟勁) 慎思(𦗟而後留心想念) 明辨(生生不已) 篤行(如天行健)

  1. Étudier largement (c’est multiplier le travail). 2. Interroger avec soin (non de bouche, mais écouter le jin). 3. Réfléchir de tout cœur (après avoir écouté, retenir et y revenir sans cesse). 4. Discerner clairement (engendrer sans cesse). 5. Pratiquer avec sincérité (comme le ciel agit avec vigueur).

Manuscrit de 1908, vingt et unième feuillet : le chant des quatre natures

四性歸原歌

Chant des quatre natures revenant à l’origine.

世人不知己之性 何能得知人之性 物性亦如人之性 至如天地亦此性 我賴天地以存身 天地賴我以緻局 若能先求知我性 天地受我偏獨靈

Si l’homme ne connaît pas sa propre nature, comment connaîtrait-il la nature d’autrui ? La nature des choses est comme la nature humaine, et jusqu’au ciel et à la terre, c’est encore cette nature. Je m’appuie sur le ciel et la terre pour faire vivre mon corps ; le ciel et la terre s’appuient sur moi pour achever leur œuvre. Si je puis d’abord chercher à connaître ma nature, le ciel et la terre me recevront, et mon esprit se fera singulier.

Quatrième partie : la transmission de Hu Jingzi (胡境子)

Manuscrit de 1908, vingt-deuxième feuillet : la Méthode de la nature acquise

胡境子在揚州自稱之名不知性氏此是宋仲殊之師也仲殊安州人嘗遊姑蘇台柱上倒書一絕云

« Hu Jingzi » est le nom qu’il se donnait lui-même à Yangzhou ; on ignore son nom de famille. C’était le maître de Zhong Shu, sous les Song. Zhong Shu était d’Anzhou ; passant un jour par la terrasse de Gusu, il écrivit à rebours sur un pilier ce quatrain :

天長地久任悠悠 你既無心我亦休 浪迹天涯人不管 春風吹笛酒家楼

Ciel long, terre durable : laissez aller l’immensité. Puisque tu n’as pas de cœur, moi non plus je m’arrête. J’erre jusqu’aux confins du monde, et nul ne se soucie de moi ; au souffle du vent printanier, je joue de la flûte dans une maison de vin.

仲殊所傳殷利亨太極拳名曰後天法亦是掤捋擠按採挒肘靠也然而勢法名目不同其功用則一也如一家人分居各有所為也然而根本非兩事也

La boxe du taiji que Zhong Shu transmit à Yin Liheng s’appelle « Méthode de la nature acquise » (hou tian fa). Elle comporte aussi le peng, le , le ji, l’an, le cai, le lie, le zhou et le kao ; toutefois, si les noms des postures et des méthodes diffèrent, leur fonction est une. C’est comme les membres d’une même famille qui vivent séparément et font chacun son œuvre : au fond, il ne s’agit pas de deux choses.

後天法目

Contenu de la Méthode de la nature acquise.

陽肘 隂肘 遮隂肘 肘裏鎗 肘開花 八方捶 隂五掌 單提肘 双鞭肘 卧虎肘 雲飛肘 研磨肘 山通肘 兩膝肘 一膝肘

  1. Le coude yang (陽肘) 2. Le coude yin (隂肘) 3. Le coude protégeant l’entrejambe (遮隂肘) 4. Le coude en lance (肘裏鎗) 5. Le coude qui fleurit (肘開花) 6. Le poing des huit directions (八方捶) 7. Les cinq paumes yin (隂五掌) 8. Le coude levé simple (單提肘) 9. Le coude du double fouet (双鞭肘) 10. Le coude du tigre couché (卧虎肘) 11. Le coude qui vole dans les nuages (雲飛肘) 12. Le coude qui broie (研磨肘) 13. Le coude qui traverse la montagne (山通肘) 14. Le coude aux deux genoux (兩膝肘) 15. Le coude à un genou (一膝肘)

Épilogue du manuscrit

Manuscrit de 1908, vingt-troisième feuillet : les règles de transmission

以上太極功各家名目因予身臨其境並得其良友往来相助皆非作技藝觀者人也一家人恐其久而差矣故筆之書以授後人玩索而有得焉則終身用之有不能盡者矣其餘太極功再有別名別目者吾不知之矣待後人有所遇者記之可也且記無論用何等名目拳法惟太極則不能兩說也若太極說有不同断乎不一家也却無論工夫高低上下一家人必無兩家話自上之先師而上溯其根原東方先生再上而溯始孟子當列國紛紛固將立命之功所謂養吾浩然之氣塞於天地之間欲大成者則化功也小成者武事也立命之道非氣體之充胡能也由立命以盡性至於窮神達化自天子至庻人何莫非誠意正心修身始也書及此後世萬不可輕洩傳人若謂不傳人當年先師何以傳至予家也却無論遠近親朋自家傳者賢也尊先師之命不敢妄傳後輩如傳人之時必須想予緒記之心血與先師之訓誨而已

Les énumérations qui précèdent — les diverses écoles de l’art du taiji et leurs noms — proviennent de mon expérience personnelle et de l’aide de bons amis, qui ne considèrent pas l’art comme un simple métier de spectacle. Je crains qu’à la longue quelqu’un d’une même famille ne finisse par le corrompre ; c’est pourquoi je mets tout par écrit, pour donner aux générations futures de quoi étudier et profiter : on peut employer cet art toute sa vie sans l’épuiser.

Si l’art du taiji possède d’autres noms et d’autres postures encore, je les ignore ; je laisse aux générations futures le soin de les consigner si elles les rencontrent. Quels que soient les noms et les méthodes employés, le taiji ne peut se dire de deux façons : s’il y avait deux discours différents du taiji, ce ne serait assurément pas la même famille ; et quel que soit le niveau de pratique, haut ou bas, une même famille n’a pas deux langages.

En remontant des maîtres précédents jusqu’à la racine, on parvient au sieur Dongfang, et plus haut encore à Mengzi, qui, au milieu des royaumes en guerre, établit l’œuvre de « fixer son destin » : ce qu’on appelle nourrir ma vaste énergie, qui emplit l’espace entre ciel et terre. Qui veut le grand accomplissement cherche la transformation ; qui veut le petit accomplissement, la pratique martiale. La voie de fixer son destin ne saurait exister si le souffle ne remplit pas le corps. De fixer son destin jusqu’à accomplir sa nature, et jusqu’à pénétrer l’esprit et atteindre la transformation : du fils du ciel au simple homme, n’est-ce pas toujours par la sincérité de l’intention, la rectification du cœur et la culture de soi que cela commence ?

Écrit ceci, que les générations futures ne le divulguent jamais à la légère. Si l’on objecte que, s’il ne fallait pas transmettre, les maîtres d’autrefois n’auraient pas transmis jusqu’à ma famille, je répondrai : qu’ils soient proches ou lointains, parents ou amis, celui à qui la famille transmet est celui qui en est digne ; et, respectant l’ordre du maître, je n’ose transmettre à la légère. Quand vous transmettrez aux plus jeunes, souvenez- vous du sang que j’ai mis dans ces notes et des enseignements du maître.

此書十不傳

Les dix personnes à ne pas instruire selon ce livre.

Manuscrit de 1908, vingt-quatrième feuillet

一不傳外教 二不傳無德 三不傳不知師弟之道者 四不傳收不住的 五不傳半盡而廢的 六不傳得寶忘師者 七不傳無納履之心者 八不傳好怒好慍者 九不傳外欲太多者 十不傳匪事多端者

  1. Ne pas transmettre aux adeptes d’autres enseignements. 2. Ne pas transmettre à ceux qui sont sans vertu. 3. Ne pas transmettre à ceux qui ignorent les devoirs du maître et du disciple. 4. Ne pas transmettre à ceux qu’on ne peut contenir. 5. Ne pas transmettre à ceux qui s’arrêtent à mi- chemin. 6. Ne pas transmettre à ceux qui, ayant obtenu le trésor, oublient le maître. 7. Ne pas transmettre à ceux qui n’ont pas le cœur à rendre humblement service. 8. Ne pas transmettre à ceux qui se mettent facilement en colère. 9. Ne pas transmettre à ceux dont les désirs mondains sont trop nombreux. 10. Ne pas transmettre à ceux qui se livrent à trop d’affaires répréhensibles.

此書有四忌

Les quatre prohibitions de ce livre.

忌飲過量之酒 色當色者夫婦之道要將有别字認清 忌取無義之財 忌動不合中之氣一飲一啄在內

  1. S’interdire l’abus du vin. 2. En matière de désir charnel, se tenir aux limites justes : dans la voie du couple, il faut bien discerner le sens du mot « autre ». 3. S’interdire l’acquisition de biens injustes. 4. S’interdire d’agiter un souffle hors de la juste mesure : un boire, un manger y sont compris.

用功三小忌

Les trois petits interdits du travail.

食吃多 水飲多 睡時多

  1. Trop manger. 2. Trop boire. 3. Trop dormir.

Annexe : compléments poétiques tirés du Quan Tangshi

Brennan accompagne le début du manuscrit de trois pièces de vers en rapport avec Xu Xuanping, qu’il tire du Quan Tangshi (全唐詩, « Poèmes de toute la dynastie Tang », compilé en 1705) : la version retenue par cette anthologie du poème du fagot, deux autres poèmes de Xu Xuanping, et le poème que Li Bai inscrivit au pont des Immortels. Ces textes, eux aussi dans le domaine public, sont donnés ici en complément ; ils ne font pas partie du corps du manuscrit.

Le poème du fagot selon le Quan Tangshi (vol. 860)

負薪朝出賣 沽酒日西歸 路人莫問歸何處 穿入白雲行翠微

Au matin, je porte mon fagot pour le vendre ; au soir, je rapporte du vin. Passant, ne demande pas où je rentre : je pénètre dans les nuages blancs et marche vers les vertes hauteurs.

Poème inscrit sur le mur de l’ermitage (庵壁題詩)

庵壁題詩

Poème inscrit sur le mur de l’ermitage.

隱居三十載 石室南山巔 靜夜玩明月 清朝飲碧泉 樵人歌壟上 穀鳥戲岩前 樂矣不知老 都忘甲子年

Trente ans de vie recluse, dans une chambre de pierre au sommet du mont du Sud. La nuit tranquille, je contemple la lune claire ; au matin limpide, je bois à la source bleue. Les bûcherons chantent sur la crête, les oiseaux des vallées jouent devant la falaise. Heureux, j’ignore la vieillesse ; j’ai tout oublié, jusqu’au cycle des années.

Poème de Li Bai pour Xu Xuanping (題許宣平庵壁)

題許宣平庵壁

Inscription pour Xu Xuanping sur le mur de l’ermitage.

我吟傳舍詠 來訪真人居 煙嶺迷高跡 雲林隔太虛 窺庭但蕭瑟 倚杖空躊躇 應化遼天鶴 歸當千歲餘

Je chantais mes vers d’étape en venant visiter la demeure d’un homme véritable. Les crêtes brumeuses cachent ses hautes traces ; la forêt de nuages le sépare du grand vide. Je jette un regard dans la cour : rien que le souffle du vent ; appuyé sur mon bâton, je reste là, indécis. Il s’est sans doute changé en grue du ciel de Liao ; il ne reviendra pas avant mille ans et plus.

Xu Xuanping répond à Li Bai (見李白詩又吟)

見李白詩又吟

En lisant le poème de Li Bai, il chante à son tour.

一池荷葉衣無盡 兩畝黃精食有餘 又被人來尋討著 移庵不免更深居

Une mare de feuilles de lotus : de quoi se vêtir sans fin ; deux arpents de polygonatum : de quoi manger au-delà du nécessaire. Mais voilà qu’on vient encore me chercher : je n’ai qu’à déplacer mon ermitage, plus profond encore dans la montagne.

Notes

  1. Le manuscrit. Le document ne porte ni date ni signature : il se présente comme les notes de Song Yuanqiao (宋遠橋), figure des origines du taiji quan dans la tradition, et parle de « mon ancêtre Song Yuanqiao ». C’est Song Shuming (宋書銘), qui se disait son descendant, qui l’aurait fait connaître : selon le récit de Wu Tunan (吳圖南, 1884-1989) en 1983, un ami du nom de Zhang Ximing le lui remit en 1908, et il en fit ensuite des copies pour Xu Yusheng, Wu Jianquan, Yang Shaohou, Liu Caichen, Liu Enshou et Ji Zixiu. Le texte a donc circulé dans les milieux du taiji quan pékinois dès les années 1910 et se retrouve, par fragments ou par échos, dans plusieurs manuels publiés ensuite. Song Shuming apparaît aussi dans le chapitre cinq du Taiji quan shi tujie de Xu Yusheng et dans l’essai de Xiang Kairan, tous deux déjà traduits sur ce site.

  2. Les quatre lignées. Le traité rapporte quatre transmissions parallèles, rattachées à Xu Xuanping (許宣平), Li Daozi (李道子), Han Gongyue (韓拱月) et Hu Jingzi (胡境子). Les deux premières renvoient à des figures des Tang, que la légende fait remonter bien au-delà ; les deux autres à des lettrés des Song et des Ming. Les noms d’arts qui leur correspondent — Trente-Sept, Treize formes, Petite Voûte suprême, Méthode de la nature acquise — sont propres à ce milieu lettré du début du XXe siècle, et le manuscrit souligne lui-même qu’il ne s’agit que de variantes d’un seul et même art.

  3. Les huit techniques. Peng (掤, écarter), (捋, tirer vers soi), ji (擠, presser), an (按, pousser) sont les quatre techniques cardinales ; cai (採, cueillir), lie (挒, déchirer), zhou (肘, jouer du coude), kao (靠, s’appuyer de l’épaule) les quatre techniques d’angle. Le manuscrit les associe aux huit trigrammes et aux cinq agents.

  4. Les textes classiques. Le manuscrit intègre, dans une rédaction qui lui est propre, le Classique du taiji quan (太極拳論), la Méthode du cœur pour la pratique des treize formes (十三式行功心法), le Chant des treize dynamiques (十三勢歌) et le Chant des mains qui s’entrelacent (打手歌). La version du classique donnée ici présente des variantes notables par rapport à celle du recueil de Li Yiyu déjà traduite sur ce site (« Le Traité du taiji quan de Wang Zongyue ») ; elle est traduite telle qu’elle figure dans le manuscrit.

  5. Les planches. Les vingt-cinq images reproduites ici sont les pages du manuscrit de 1908 tel qu’il est publié dans l’article de Brennan : la page de titre et les vingt-quatre feuillets du texte chinois. Ce sont des reproductions de la source chinoise elle-même, dans le domaine public.

  6. Langue. La traduction a été faite directement sur le texte chinois reproduit par Brennan ; sa traduction anglaise n’a pas été utilisée.

Source du texte chinois : manuscrit 《宋氏家傳太極功源流支派論》 (« Origines et branches de la transmission familiale des Song dans l’art du taiji »), dit Taiji gong (太極功), attribué à la famille Song et transmis par Song Shuming (宋書銘) ; texte publié dans l’article « Teachings of Song Shuming » de Paul Brennan (https://brennantranslation.wordpress.com/2017/03/15/teachings-of-song-shuming/), dont la traduction anglaise n’a pas été utilisée. Manuscrit chinois dans le domaine public. Les images reproduites ici sont les vingt-cinq pages du manuscrit de 1908 (page de titre et vingt-quatre feuillets), également dans le domaine public. Traduction française : nouvelle traduction réalisée à partir de l’original chinois pour ce site.