Le texte traduit ici, 《太極拳練習之程序》 (« Les étapes de l’apprentissage du taiji quan »), est l’œuvre de Shen Jiazhen (沈家楨, 1891-1972), originaire de Rugao au Jiangsu, élève de Yang Jianhou (楊健侯) puis de Yang Chengfu (楊澄甫) et, à partir de 1928, de Chen Fake (陳發科). Il parut dans la revue 《體育月刊》 (Éducation physique mensuelle, volume 4, numéros 7 à 12, du 29 juillet au 30 décembre 1936). C’est le même auteur, et la même revue, que l’article sur les huit portes et les cinq pas traduit sur ce site.
Le propos est pédagogique et presque polémique. Contre l’usage qui fait de l’enchaînement une matière unique que l’on répète indéfiniment, Shen découpe la formation en neuf étapes : le travail de l’enchaînement, le tirage de soie, la distinction des jin, le travail du souffle, le travail de l’esprit, l’union de l’intérieur et de l’extérieur, puis — pour la poussée des mains — la conquête de la position et du moment, l’abandon de soi au profit de l’autre, et enfin la connaissance simultanée de soi et de l’adversaire. Chaque étape est assortie de critères de vérification concrets, formulés en questions auxquelles le praticien doit pouvoir répondre par oui. Le texte se termine par le Dictionnaire des termes du taiji quan (太極拳術語辭典) en soixante-douze articles, que Shen présente comme la clé de tout le reste : faute d’un sens arrêté des mots, dit-il, chacun s’agite dans le brouillard.
L’auteur est mort en 1972 ; le texte appartient au domaine public.
Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.
Introduction de l’auteur
凡一種學術之修練,若根據科學之精神,必須有數種方式,使學習者按步而進,不墨守一隅,不越級而邁,以求漸漸列入正途,在太極拳本係一種專門拳術,與別種拳術所恃原理,完全不同,自必有其專練之法,及應注意之點,決非墨守不化,自初學至大學,純用一種方式,及專用一本敎科書,所能成也。亦非由初步稍學數日,卽可越級以至大學,研求懂勁功夫也,蓋太極拳之懂勁,乃太極拳最後畢業之課程,懂勁後愈練愈精,默識揣摩,漸至從心所欲,此乃各人造詣之不同,關乎個人聰明智慧,未可強求,有如大學畢業後,再得博士學位之比喻也。故練習者,祗能至懂勁為止境,乃敎授者之責任,懂勁後祗好聽學習者,自行覺悟,因至此境界,規矩已完,如再求進步,在個人聰明巧思,以自邁進,雖欲敎之,亦無法說明其敎授法也。蓋個人身手內之感覺,可意會而不可言傳,雖能說明其要點,若身手內無所感覺,當然不能領會其說,更不能引證其言以致用矣!故所授程序,祗至懂勁為止境,而不計及其他,按照拳譜,凡懂勁者,須能引進落空合卽出,沾黏連隨不丟頂,任憑巨力來打遮,牽動四兩撥千斤以表面觀之此四句功夫,亦不覺其中有何困難之處,蓋能將對方之勁,引進入自己圈內,而使之落空,則對方根斷氣浮,然後因沾黏之偏沉,牽動其身,用四兩之勁,卽可撥去氣浮根斷之千斤矣。言之固甚易,知行則實難;況此種槪括之言,在初學欲思入門者,末由領悟所以必須有步驟,有方法以說明其前進之路線,而後本此路線以練習方可,日進有功,茲按照李氏拳譜之意,闡明其方式,分為九段,以供初學者之參考:
Toute discipline, si elle se règle sur l’esprit scientifique, doit comporter plusieurs procédés qui permettent à l’élève d’avancer pas à pas, sans se buter à un seul recoin, sans brûler les étapes, afin de se ranger peu à peu dans la juste voie. Le taiji quan est en soi une boxe spécialisée, dont les principes ne sont pas du tout ceux des autres boxes : il a nécessairement ses méthodes d’entraînement propres et ses points d’attention, et l’on ne saurait s’en tirer en s’en tenant à un seul procédé, depuis le premier cours jusqu’aux études supérieures, avec un unique manuel — pas plus qu’on ne peut, après quelques jours d’initiation, sauter aux études supérieures et y travailler la compréhension du jin. Car la compréhension du jin (懂勁) est le cours de fin d’études du taiji quan : une fois le jin compris, plus on pratique, plus on s’affine ; on assimile en silence, on pèse et repèse, et l’on atteint peu à peu à faire ce que le cœur désire. Cela dépend du degré d’accomplissement de chacun, de son intelligence et de sa finesse : on ne peut l’exiger, c’est comme obtenir le doctorat après la sortie de l’université. Le praticien ne peut donc aller au-delà de la compréhension du jin : c’est là le devoir de l’enseignant. Passé ce point, il faut bien laisser l’élève s’éveiller lui-même ; car parvenu là, les règles sont achevées, et vouloir progresser encore relève de l’intelligence et de l’ingéniosité propres, de la façon dont chacun avance de lui-même — quand bien même on voudrait l’enseigner, il n’y a plus de méthode d’enseignement à exposer. La sensation du corps et des mains peut se saisir par l’esprit, mais ne se transmet pas par la parole : on peut en énoncer les points essentiels, mais si le corps n’en éprouve rien, on ne comprendra évidemment pas ce discours, et moins encore pourra-t-on en faire usage. C’est pourquoi la progression transmise s’arrête à la compréhension du jin, sans aller plus loin. Selon les manuels, celui qui comprend le jin doit savoir « attirer l’autre pour le faire tomber dans le vide et, sitôt qu’il y tombe, sortir », coller, adhérer, lier et suivre sans lâcher ni heurter ; fût-ce avec une force immense qu’il attaque, on l’entraîne et, de quatre onces, on détourne mille livres. À regarder ces quatre phrases en surface, on n’y voit rien de si difficile : il s’agit de faire entrer le jin de l’adversaire dans son propre cercle et de l’y faire tomber dans le vide, de sorte que sa racine se rompe et que son souffle monte ; puis, par le coller-adhérer et le poids penché d’un côté, on entraîne son corps, et avec la force de quatre onces on écarte ses mille livres. Le dire est aisé, le comprendre et l’exécuter est malaisé ; et de telles formules générales, celui qui veut seulement entrer dans la pratique ne peut les saisir d’emblée. Il faut donc des degrés et des méthodes qui tracent la route à suivre, et c’est en la suivant que l’on progresse chaque jour. Me réglant sur la pensée du recueil de Li [Yiyu], j’expose ici la manière, divisée en neuf étapes, à l’intention des débutants.
Première étape : apprendre l’enchaînement (第一段 架子之學習)
【李亦畬】兩股前節有力。兩肩鬆開。氣向下沈。
Li Yiyu : « Que l’avant des deux cuisses ait de la force, que les deux épaules se détachent, que le souffle descende. »
學習架子非口授不可,無論何種精細之圖表,記載愈詳細,亦容易使學者愈迷糊,如欲從書面之圖表學會一趟太極拳架子,實不容易也。除非由電影稍可學習外,然比較以口授者可以四面八方觀察之便利亦不如也。以現時全國練習此拳者之多,初步架子之運使不患無學習之地是以最好用口授,此所謂入門引路憑口授工夫無息法自修也。雖然一人學拳術能臻上境,必定有三要素,方可達到此種之希望:
L’apprentissage de l’enchaînement ne se peut faire sans la parole du maître. Quelles que soient la finesse des planches et la précision des notices, plus le texte est détaillé, plus l’élève risque de s’égarer : vouloir apprendre tout un enchaînement de taiji quan d’après des figures imprimées n’est vraiment pas chose facile. Seul le cinéma permet tant bien que mal d’en apprendre quelque chose, mais il n’offre pas la commodité de la transmission orale, où l’on observe de tous les côtés. Comme les pratiquants sont aujourd’hui nombreux dans tout le pays, on ne manque pas d’endroits où s’initier aux premiers mouvements de l’enchaînement : le mieux est donc la parole du maître. C’est ce qu’on dit : « pour franchir la porte et trouver son chemin, on compte sur la parole ; pour le travail sans répit, sur sa propre pratique » (入門引路憑口授,工夫無息法自修). Cela étant, pour qu’un homme atteigne au plus haut dans l’art de la boxe, trois conditions sont nécessaires :
一、得遇優良之敎師而有敎授法。 二、個人肯下功夫而有恆心。 三、個人聰明靈巧而有悟心。
- Rencontrer un maître excellent, qui possède une méthode d’enseignement.
- Vouloir s’y appliquer et avoir de la constance.
- Être intelligent, adroit et doué d’esprit d’éveil.
三者均有連帶關係,缺一不可,其第二第三兩項關係學習者本身之功能,不能強求,若第一項,能遇與否,乃屬人之機緣,有時雖遇之而不識,卽或識之,倘係不善敎授者,則師之功夫,仍不能傳到自身也。為救濟計,吾人因先以拳譜作標準,預為指示一進行之方針,然後本此方針以學習,法則就敎於老師;則可補救老師缺乏敎授法之不及;若學習架子時能分路學習,不但傳之者易,學者亦易,遇有改正,容易指出不合之點,一項校正後,再合為一路,一路校正後,再合為全趟之修正,豈非計之上者乎。萬不可全趟而練,全趟而修,以致授者,有無處下手以修正之苦,而學者,亦易發生前修而後忘之弊也。陳品三先生曰,學太極拳者,當著著細心揣摩,一著不揣摩,則此勢機致情理,終於茫昧,卽承上啟下處猶當留心,此處不留心,則來脈不眞,轉關亦不靈,動一著自為一著不能自始至終,一氣貫通矣,不能一氣貫通,則於太和元氣,終難問津矣,如一趟架子,如是修正,已竟純熟,並能一氣呵成後,卽可進至第二段矣,茲舉架子名稱如下:
Ces trois conditions sont solidaires : aucune ne peut manquer. Les deuxième et troisième relèvent des capacités de l’élève et ne s’obtiennent pas de force ; la première dépend de la rencontre, c’est-à-dire de la chance. Il arrive qu’on croise le maître sans le reconnaître ; et même l’ayant reconnu, s’il enseigne mal, son savoir ne passera pas jusqu’à vous. Pour y remédier, prenons d’abord les manuels pour étalon et traçons d’avance une ligne de conduite ; en nous y tenant pour apprendre, nous ne demanderons au maître que la méthode, ce qui supplée à son défaut de pédagogie. Si, pour apprendre l’enchaînement, on procède par sections, l’enseignement en sera facilité, l’apprentissage aussi ; les corrections pourront porter sur des points précis : une section une fois corrigée, on la réunit à la précédente ; une section une fois réunie, on corrige l’ensemble. N’est-ce pas la meilleure manière ? Il ne faut jamais travailler et corriger l’ensemble d’un seul trait, ce qui mettrait l’enseignant dans l’embarras de ne savoir par où commencer, et exposerait l’élève à oublier d’un côté ce qu’il vient de corriger de l’autre. Maître Chen Pinsan [Chen Xin] dit : « Celui qui étudie le taiji quan doit peser avec soin technique après technique. Si une seule technique n’est pas pesée, la mécanique, la portée et la raison de cette posture resteront obscures ; à plus forte raison faut-il veiller aux endroits où l’on achève un mouvement et engages le suivant. Faute de cette vigilance, la veine d’arrivée n’est pas vraie et le passage d’une articulation à l’autre n’est pas vif ; chaque technique ne tient plus que pour elle-même, et l’on ne peut plus, du commencement à la fin, tout traverser d’un seul souffle. Or, sans cette traversée d’un seul souffle, il est à jamais impossible d’atteindre à la grande harmonie du souffle originel. » Lorsqu’un enchaînement a été corrigé de la sorte, qu’il est devenu familier et qu’on peut l’exécuter d’une haleine, on peut passer à la deuxième étape. Voici les noms des postures.
(以上武當及宋家,二種架子之著數及色名,均係單式,茲編為架子,以資比較,非武當與宋家,有此十三勢之編組也,著者附誌。)
(Les techniques et dénominations des deux enchaînements Wudang et de la famille Song, ci-dessus, sont des formes isolées ; je les ai rangées en enchaînement pour permettre la comparaison : ni le Wudang ni la famille Song ne possèdent ce groupement en treize dynamiques. Note de l’auteur.)
Note du traducteur. Le tableau comparatif qui suit, dans l’original, aligne posture par posture — en six sections (第一路 à 第六路) — les noms des cinq enchaînements de style Yang (楊家), Chen (陳家), Li (李家), Song (宋家) et Wudang (武當拳). Long de plusieurs centaines de lignes et purement nomenclatural, il n’est pas reproduit ici ; son contenu ne fait que détailler les noms que l’auteur vient d’annoncer, et il ne doit pas être confondu avec la liste des postures de la seconde routine donnée à la quatrième étape.
Deuxième étape : le travail du tirage de soie (第二段 抽絲勁之練習)
【李亦畬】神氣收歛入骨。
Li Yiyu : « Que l’esprit et le souffle se rassemblent et se retirent jusqu’aux os. »
抽絲者,卽運勁如抽絲之謂也。其中抽絲,不外順逆兩項。順如陽轉。逆如陰旋。此卽開合勁所生之順逆,由順抽絲,以產生之開合勁也。架子內勁之運用,雖離不開順逆兩種,然其中姿勢與方向,則有種種之不同,因是分類以別之,統稱之為十二抽絲:
Tirer la soie, c’est conduire le jin comme on tire un fil de soie. Il n’y a là que deux espèces : le sens direct et le sens inverse. Le direct est la rotation du yang, l’inverse la giration du yin : ce sont les deux sens qu’engendre le jin d’ouverture et de fermeture — et c’est en tirant la soie dans le sens direct que l’on produit ce jin d’ouverture et de fermeture. Dans l’enchaînement, l’emploi du jin interne ne sort pas de ces deux sens ; mais comme les postures et les directions varient à l’infini, on les a classées et l’on appelle l’ensemble les douze tirages de soie :
順抽逆抽 左抽右抽 大抽小抽 進抽退抽 裏抽外抽 上抽下抽
— tirer dans le sens direct et tirer à rebours ; — tirer à gauche et tirer à droite ; — tirer grand et tirer petit ; — tirer en avançant et tirer en reculant ; — tirer à l’intérieur et tirer à l’extérieur ; — tirer vers le haut et tirer vers le bas.
凡太極之運勁,無一不在此十二抽絲之中。倘無之,則外形雖圓走圈動,而內中之勁,仍是直勁,有失太極拳之義,不能發生以輕制重之功用矣,抽絲勁,為太極拳之基本動作,有如英文之字母,無論初學及已會者,均宜加以專習;則身手內之感覺,自能得到滿意之進步,如此項字母,已經熟悉,則每著之勁,自可由此字母,互相湊成,卽可得到正確之運勁矣。不但學習架子者,易於進步,卽授者,亦容易改正架子內姿勢之悞點也。倘能將抽絲運用純熟,兼可剷除太極拳運勁上易犯之病,如:
Il n’est pas un emploi du jin dans le taiji qui ne se range parmi ces douze tirages de soie. S’il en manque, la forme extérieure aura beau décrire des cercles et des rondes, le jin intérieur restera droit : on aura trahi le sens du taiji quan et l’on ne pourra plus produire l’effet de vaincre le lourd par le léger. Le tirage de soie est le geste fondamental du taiji quan, comme l’alphabet d’une langue : débutants et praticiens déjà avancés doivent tous s’y exercer spécialement, et la sensation intérieure du corps et des mains en progressera d’une manière satisfaisante. Une fois cet alphabet familier, le jin de chaque technique se compose de lui-même à partir de ces lettres, et l’on obtient une conduite juste du jin. Non seulement l’élève progresse plus vite, mais l’enseignant corrige plus aisément les fautes de posture dans l’enchaînement. Si l’on manie le tirage de soie avec maîtrise, on peut encore extirper les défauts les plus fréquents dans la conduite du jin, à savoir :
俯頭,曲項,露肩,揚肘,駝背,凹胸,鼓腰,撅臀,摺胯,撇襠,直膝,歪腳,等,十二病,
la tête baissée, la nuque pliée, les épaules à découvert, les coudes relevés, le dos bossu, la poitrine creuse, les lombes bombées, les fesses saillantes, les hanches pliées, l’entrejambe ouvert, les genoux tendus, les pieds de travers — ces douze maladies.
因此項病狀,在運勁時,若發現其一,則手指與足跟間之抽絲,決不能連貫如一,所抽之絲,行至中途,非斷不可矣。何能得到一動無有不動之功用乎!因為此種之抽絲勁,可作試驗貫串之根本,倘能運用順遂,則以上十二病自然不生矣。茲舉例如下:
Car si l’un de ces symptômes paraît pendant la conduite du jin, le fil tiré entre les doigts et le talon ne pourra jamais être continu et un ; le fil, à mi-chemin, se rompra forcément. Comment obtiendrait-on alors l’effet du « un seul point qui bouge, et tout bouge » ? Ce tirage de soie peut donc servir de pierre de touche pour éprouver la continuité : si on le conduit sans heurt, les douze maladies ci-dessus ne se produiront pas d’elles-mêmes. En voici des exemples :
(1)左右雲手乃左右順抽絲也。 (2)左右倒捻肱乃進退逆抽絲也。 (3)左右攬扎衣乃左大順抽絲與右小逆抽絲也。 (4)左右野馬分鬃乃左外順抽絲與右裏逆抽絲也。 (5)左右摟膝抝步乃左上進逆抽絲與右下退逆抽絲也。 (6)左右打虎式乃左大外上進順抽絲與右小裏下退逆抽絲也。
- Les « mains qui poussent les nuages » (雲手), à gauche et à droite, sont un tirage de soie direct, à gauche et à droite.
- Les « bras qui repoussent le singe » (倒捻肱), à gauche et à droite, sont un tirage de soie à rebours, en avançant et en reculant.
- Le « saisir et remettre la robe » (攬扎衣), à gauche et à droite, est à gauche un grand tirage de soie direct, à droite un petit tirage à rebours.
- Le « cheval sauvage qui secoue sa crinière » (野馬分鬃), à gauche et à droite, est à gauche un tirage de soie direct vers l’extérieur, à droite un tirage à rebours vers l’intérieur.
- « Effleurer le genou et pousser du pied de biais » (摟膝抝步), à gauche et à droite, est à gauche un tirage à rebours, en haut et en avançant ; à droite un tirage à rebours, en bas et en reculant.
- La « posture du dompteur de tigre » (打虎式), à gauche et à droite, est à gauche un grand tirage de soie direct, vers l’extérieur et le haut, en avançant ; à droite un petit tirage à rebours, vers l’intérieur et le bas, en reculant.
王譜云:勁斷意不斷。意斷神不接。又云:收卽是放。放卽是收。斷而復連。合而復開云云。此指太極拳收效,務須求斷也。因斷乃可將勁放出身外以臨人身;若不斷;則勁留自身不能稱為放,變為無武裝之太極矣。故在收放中極力求斷而能復連,乃接勁之功也。練習能接己之勁;而後可以接人之勁也。
Le recueil de Wang [Zongyue] dit : « le jin s’interrompt, mais l’intention ne s’interrompt pas ; l’intention s’interrompt, mais l’esprit ne se raccorde pas. » Il dit encore : « ramasser, c’est lâcher ; lâcher, c’est ramasser ; l’interruption renoue ; la fermeture rouvre ». Cela signifie que, dans l’effet à obtenir, il faut absolument chercher la rupture. Car c’est par la rupture que le jin peut sortir de soi et atteindre le corps de l’autre ; sans rupture, le jin reste en soi, ne mérite pas le nom de « lâcher » et l’on retombe dans un taiji désarmé. Aussi, dans le ramasser-lâcher, faut-il s’efforcer d’obtenir la rupture et la reprise : c’est là l’œuvre de la reprise du jin. Si l’on s’entraîne à reprendre son propre jin, alors on pourra reprendre celui d’autrui.
王譜又云:一舉一動週身俱要輕靈,尤須貫串,無使有缺陷處,無使有凸凹處,無使有斷續處,其根在足,發於腿,主宰於腰,行於手指,由腳而腿而腰,總須完整一氣,向前退後,乃能得機得勢云云。此指抽絲之運勁也,因運勁之抽絲:
Le recueil de Wang dit encore : « dans chaque geste, tout le corps doit être léger et vif, et surtout continu : qu’il n’y ait ni creux, ni bosses, ni interruptions. La racine est aux pieds, l’émission dans les jambes, la maîtrise dans les reins, l’exécution dans les doigts ; du pied à la jambe, de la jambe aux reins, il faut toujours un souffle entier, et c’est ainsi qu’en avançant ou en reculant on obtient la position et le moment. » Cela concerne la conduite du jin par le tirage de soie :
(1)無使有缺陷處,乃指由腳至指之抽絲旋轉時,務須處處有飽滿之勁也。 (2)無使有凸凹處,乃指由腳至指抽絲之曲綫,務須緩和順遂以動之,不使綫路有稜角也。 (3)無使有斷續處,乃指由腳至指抽絲之出入,務須綿綿以旋轉,萬不可斷而再續,卽或將順抽絲變為逆抽絲時,中間仍不可有斷續之處也。此種變換,呼之為掉勁,此時若有繼續,則不能貫串,加速力之勁亦丟矣,失去抽絲,以輕制重之作用失矣,
- « Qu’il n’y ait ni creux » : lorsque le fil tourne du pied aux doigts, il doit y avoir partout un jin plein.
- « Qu’il n’y ait ni bosses » : la courbe du fil, du pied aux doigts, doit se mouvoir avec douceur et fluidité, sans angles dans le tracé.
- « Qu’il n’y ait ni interruptions » : l’entrée et la sortie du fil, du pied aux doigts, doivent tourner sans fin ; il ne faut jamais rompre pour reprendre, et même lorsqu’on fait passer le tirage direct au tirage à rebours, il ne doit y avoir au milieu aucune interruption. Ce changement s’appelle « jin de bascule » (掉勁) : s’il y avait reprise, il n’y aurait plus continuité, le jin de l’accélération serait perdu, le tirage de soie serait manqué, et l’effet de vaincre le lourd par le léger disparaîtrait.
因此學習太極拳者,務須辨明抽絲,是不可有斷續,倘係收放,勁必須有斷續,此二者務須分別淸楚,乃能應用,斷而復連,及須有斷續處,二句之義也。第二段,抽絲已竟運用合宜,則太極拳形勢上之功夫已得,然後再進一段,以求內勁之功夫,由外而歛內,為太極拳應有之過程也。
Aussi celui qui apprend le taiji quan doit-il distinguer clairement deux choses : dans le tirage de soie, il ne peut y avoir d’interruption ; dans le ramasser-lâcher, au contraire, le jin doit comporter une rupture. Sans cette distinction, on ne peut rien appliquer : c’est le sens des deux phrases « l’interruption renoue » et « il faut qu’il y ait rupture ». À la deuxième étape, quand le tirage de soie est conduit comme il convient, on possède le travail de la forme extérieure du taiji quan ; on passe alors à l’étape suivante, pour chercher le travail du jin interne — aller de l’extérieur vers le recueillement intérieur, tel est le parcours que le taiji quan exige.
Troisième étape : distinguer les jin (第三段 勁別之學習)
【李亦畬】提起精神。神不外散。
Li Yiyu : « Relevez l’esprit, que l’esprit ne se disperse pas. »
勁別學習,卽引用八門五步之練習法也。勁雖為八,而要點在掤勁,裏抽之掤,則呼為捋,下抽之掤則呼為按,合掤則為擠,分掤帶按則為採,掤而後發則為挒,掤轉臂發則為肘,掤轉身發則為靠,所有八門之勁,主要仍在掤勁,總其成也,不過因方位之不同,故有八門之名稱,歸根仍以掤勁有無,以為斷也。如有之則叩問是否全圈,均有掤勁,抑為一部份之掤勁一圈半有,或一圈內,只有一點,或九分有,而一分無,如斯種種現象,均不免有所斷缺,乃勁別不分,所生之病也;故在第三段內,應以掤勁是求,尤須一舉一動,各種變化無時離開此掤也,此項掤勁之發生,係基於姿勢,有嚴格之規定,使所有動作,均不許出其範圍,而後掤勁乃能生,卽係根定一適當姿勢,使全身各節,不得不接筍以連貫如一也。主要在連貫時期,尤須使各節均如弓之背,若欲造成弓背之形;則各節均須有緩和之曲線,而後乃能成為整個之弓,其處於抽絲旋轉弓背之勁,自然為掤矣?因此所有動作其姿勢應具弓背之作用及連貫之方法,必須根據下例三點之規定:
L’étude de la distinction des jin recourt à la méthode des huit portes et des cinq pas. Les jin sont huit, mais le point essentiel est le jin de parement (掤勁). Le parement tiré vers l’intérieur s’appelle tirer (捋) ; le parement tiré vers le bas s’appelle pousser (按) ; le parement refermé s’appelle presser (擠) ; le parement divisé et accompagné de pousser s’appelle cueillir (採) ; le parement suivi d’émission s’appelle déchirer (挒) ; le parement tourné et émis par le bras s’appelle coude (肘) ; le parement tourné et émis par le corps s’appelle appui (靠). De tous les jin des huit portes, l’essentiel demeure donc le parement, qui les couronne : seule la différence d’orientation leur donne ces huit noms, et en dernière analyse c’est la présence ou l’absence de parement qui tranche. S’il est présent, il faut encore se demander s’il l’est sur tout le cercle, ou seulement sur une partie — un cercle et demi de parement, ou un seul point dans un cercle, ou neuf parts présentes pour une absente : toutes ces figures comportent une rupture, et c’est là la maladie qu’engendre l’absence de distinction entre les jin. Aussi, dans la troisième étape, faut-il chercher le parement, et surtout ne jamais s’en écarter dans quelque transformation que ce soit. Or la naissance de ce parement repose sur la posture, réglée de façon stricte, de sorte qu’aucun mouvement ne puisse sortir de son cadre : c’est à cette condition que le parement naît. Il s’agit donc de fixer une posture convenable qui force chaque segment du corps à s’emboîter et à se continuer comme un seul. L’essentiel est dans cette continuité, et il faut en outre que chaque segment ait la forme du dos d’un arc : pour donner aux segments la courbure d’un arc, chacun doit présenter une courbe douce, et alors seulement l’arc entier se forme. Le jin qui, dans la rotation du tirage de soie, se tient sur ce dos d’arc, est naturellement le parement. Aussi tout mouvement, toute posture doit-il remplir cette fonction de dos d’arc et cette manière de se continuer, selon les trois points réglés ci-dessous.
1. L’arc des mains (第一點 手弓圖)
Les légendes du schéma portent : 手把 « poignée de l’arc », 脊背 « le dos », 弓背 « dos de l’arc », 肩 « épaules », 手 « mains », 腕 « poignets », et cette phrase : 腕不直則弦不能上 « si le poignet n’est pas droit, la corde ne peut être bandée ». Le schéma lui-même est un dessin au trait de l’auteur, non une page du texte original ; il n’est pas reproduit ici.
兩膊相繫,卽肘以上,肩以下之一節,有如兩者之間,掛一綫,以互相繫住之意也。能得兩膊相繫則內中掤勁自生有似兩手間之弓,已上弦矣。惟求此手弓貫串如一,而有彈性,故有下列之規定。
« Les deux bras sont liés » (兩膊相繫) : le segment qui va du coude à l’épaule est comme suspendu à un fil tendu entre les deux côtés, qui les attache l’un à l’autre. Quand les deux bras sont ainsi liés, le parement naît de lui-même à l’intérieur, comme si, entre les deux mains, l’arc avait reçu sa corde. Mais pour que cet arc des mains soit continu et élastique, on observe les règles suivantes.
(1)身要正,使手弓背之兩彎度彈性相等也。 (2)肩要沉,使手弓背緊接於把手,為一整個之弓也。 (3)肘要墜,使手弓之彈性增,並令傳達於把手也。 (4)腕要直,使手弓能上弦,非直腕,不能傳彈性於把手。
- Le corps doit être droit, afin que les deux courbures du dos de l’arc aient une élasticité égale.
- Les épaules doivent s’affaisser, afin que le dos de l’arc touche de près la poignée et que l’arc soit d’un seul tenant.
- Les coudes doivent tomber, afin d’accroître l’élasticité de l’arc des mains et de la transmettre à la poignée.
- Les poignets doivent être droits, afin que l’arc puisse être bandé : sans poignet droit, l’élasticité ne passe pas à la poignée.
2. L’arc des pieds (第二點 足弓圖)
Légendes du schéma : 手把 « poignée », 尾閭 « le coccyx » (weilü), 弓背 « dos de l’arc », 跨 « les hanches », 腿 « les jambes », 足實/足虛 « pied plein / pied vide ». Dessin de l’auteur, non reproduit.
兩腿相隨卽人之兩腿間,亦須牽連如一之謂也。一腿若邁勁,另一腿必動以隨之,乃使腿亦發生掤勁之功用兼能活動步法也。因兩腿非兩手之比,不能使之發生同等之掤勁,免得陷於雙重之病也。因手之姿勢,非手擺可比,內中自有上下高低之分,且位置於腰之上,可以旋轉,以分輕沉也。若腿乃平放於地,須以一腿為主一腿為賓誠如分為虛實之上弦弓也。故有下列之規定:
« Les deux jambes se suivent » (兩腿相隨) : entre les deux jambes aussi doit régner une liaison qui les fasse une. Si une jambe pousse avec force, l’autre doit bouger pour la suivre : ainsi les jambes produisent elles aussi l’effet du parement, et le pas devient mobile. Car les deux jambes ne sont pas comparables aux deux mains : on ne peut leur demander un parement de même degré, sous peine de tomber dans la maladie du double poids. La posture des mains n’est pas une simple oscillation : elle comporte en elle-même des niveaux hauts et bas, et, située au-dessus des reins, elle peut tourner pour répartir le léger et le lourd. Les jambes, elles, reposent à plat sur le sol : il faut que l’une soit l’hôte et l’autre l’invité, comme un arc bandé partagé en vide et en plein. D’où les règles suivantes :
(5)襠要撐,使足弓緊接於把手,為整個之弓也。 (6)膝要曲,使足弓彈性增,並令傳達於把手也。 (7)步要輕,使足弓發生彈性作用,因由輕邁而沉落乃足之開弓法也。 (8)腳要虛實,使兩足弓之彈性互為強弱,因足弓不分虛實則不活,非比手弓有腰脊以旋轉也。
- L’entrejambe doit s’ouvrir en soutien, afin que l’arc des pieds touche de près la poignée et soit d’un seul tenant.
- Les genoux doivent se plier, afin d’accroître l’élasticité de l’arc des pieds et de la transmettre à la poignée.
- Le pas doit être léger, afin que l’arc des pieds joue son rôle élastique : poser légèrement puis descendre en poids, c’est la manière de bander l’arc du pied.
- Les pieds doivent se distinguer en vide et en plein, afin que l’élasticité des deux arcs soit tour à tour forte et faible ; car un arc des pieds qui ne distingue pas le vide et le plein n’est pas vif — il n’a pas, comme l’arc des mains, les reins et la colonne pour tourner.
3. L’arc du corps (第三點 身弓圖)
Légendes du schéma : 手把 « poignée », 在脊背 « au dos », 拉力 « force de traction », 抵力 « force d’appui », 上接在肩 « en haut, joint à l’épaule », 下接在跨 « en bas, joint aux hanches », 上下一條線身弓方有彈性 « une seule ligne du haut en bas, et l’arc du corps aura de l’élasticité », 頂 « le sommet », 尾閭中正 « le coccyx droit au centre ». Dessin de l’auteur, non reproduit.
含蓄之胸,卽人之身弓也。此為上下之弓,此弓以胸為抵力,以背發生為拉力非比其他手弓與足弓之比也。所以胸部必須有含蓄之意,乃能傳達其背,致發生拉拔之勁,此謂含蓄者乃不使凸,不使凹之謂也,若凹胸,均失抵力之功用,則背不能拔矣。背不能拔是身弓無彈性何能稱為含蓄也。且此身弓為連貫手弓足弓之中堅,如工字形之中堅,在三弓中最關重要,不可不特別注重,故有下列之規定:
La poitrine qui contient et retient, voilà l’arc du corps. C’est l’arc vertical : la poitrine y fournit la force d’appui, le dos la force de traction — il n’est pas comparable à l’arc des mains ni à celui des pieds. La poitrine doit donc avoir une intention de contenance, afin que l’action passe au dos et y produise le jin d’étirement. « Contenir », c’est ne pas laisser la poitrine saillir ni se creuser : si elle se creuse, la force d’appui est perdue et le dos ne peut plus s’étirer. Or un dos qui ne s’étire pas, c’est un arc du corps sans élasticité ; comment parler encore de contenance ? Cet arc du corps est en outre le montant qui relie l’arc des mains et celui des pieds, comme la barre verticale d’un 工 : de tous les trois il est le plus important, et l’on ne peut négliger d’y prendre garde. D’où les règles suivantes :
(9)頂頭懸,使身弓之上端,垂直有準,而後手弓乃能正,足弓乃能活也。 (10)背要拔,使身弓加大彈性,以脊背為弓之背也 (11)腰要鬆,乃試驗身弓中正之法,因有歪斜,則腰不能鬆矣。 (12)腹要凈,使身弓之前部空洞,亦如腰之鬆也。
- Suspendre le sommet de la tête, afin que l’extrémité supérieure de l’arc du corps soit verticale et juste : alors l’arc des mains peut être droit et l’arc des pieds vif.
- Le dos doit s’étirer, afin d’accroître l’élasticité de l’arc du corps : c’est la colonne qui fait office de dos de l’arc.
- Les reins doivent se détendre : c’est là le moyen d’éprouver la droiture de l’arc du corps, car s’il y a gauchissement, les reins ne peuvent se détendre.
- L’abdomen doit être net, afin que l’avant de l’arc du corps soit creux, comme les reins sont détendus.
以上十二項之規定為體,三點為用,乃發生掤勁之製造器,久久練之,自能增進彈性,而增至滿圈內,均有掤勁以為止也。上列為身要正等十二項,乃造成滿圈俱有掤勁之要素,因非照此規定,不掤收其功,不但靜時如此,動時亦應如此也。如果一舉一動,不離此規定,則滿圈內自含有掤勁矣。以太極拳之圈,在架子內可謂式式俱備,如上下,左右,進退,裏外,大小,順逆等之種種運發接蓄,則八門之勁,五項之步,自然而然包含其中矣,則勁別之學習,亦能得之矣,所以太極拳,在開始時,必須要慢,而不准快者,乃因留有時間,可供此三點,十二項之審查也。有時此身感覺,甚合上者十二項之規定,其實乃錯,自身覺有掤勁,其實無之,此種現象,為學習者不可免之事實,所以初步練習太極拳者,必須有師在傍指點以校正之,不然不易得其眞也。如係全身練習,已有掤勁之功,動作已有習慣後,若一動時,忽然無之,自身立時感覺運用不當,至彼時,自能自行改正其錯誤矣,所以在初步時,必須有名師傳授,兼校正不可之理也。設或無師在傍,應請同學監視之,或臨鏡以自習之也,此為一種不得已之救濟法,然較有師指點,仍不同也,以上所定之姿勢,乃造成掤勁之不二法門,若詳推掤勁之根本,係生於彈性,若考彈性之由來,又係生於氣,氣能貫串膨勃於內,則有彈性方可呼之為掤也。故掤勁之主,完全在氣,氣之所以能貫串暢通於關節,使全圈俱滿者,必須先有合於練氣之姿勢,又須存有掤勁之意,以導引之,而後由不通之關節而通之,由微末之氣勢,而長引之,以收練氣之功也。在此段內,應注意掤之有無,蓋掤為氣之先聲也。故在第三段練習時,應以一著為主,連絡此著上下之各一著專練之,舉例如手揮琵琶,必須將上著摟膝,如何接頭至手揮琵琶,並須如何接至下著摟膝抝步,此時萬不可同時練習,一路或一趟,以生貪多不精之弊,拳譜云,每手應先練一手,一手練成後,再練一手,萬不可心急,將三十七式同練,切記切記,無論先後任擇一勢,只要將各式逐一用成,則三十七式自然貫通,並能呵成一氣,故因此又名為長拳也云云。此為練習架子不可磨之根本,凡練者,如不練過此種練法,則所運之圈,決不能全圈均有掤勁也。如不能全圈均有掤勁,則週身必有缺陷,有缺陷卽有受滯之處也,故拳譜再三敦囑,務須每著單練,學習太極拳者,應特別注意,而不可忽者也。
Ces douze règles sont le corps, les trois points en sont l’usage : voilà l’atelier où se fabrique le parement. À la longue, l’élasticité s’accroît, jusqu’à ce que le cercle entier soit plein de parement, ce qui est le terme. Les douze articles ci-dessus — corps droit, épaules affaissées, coudes tombants, et le reste — sont les conditions d’un cercle entièrement rempli de parement ; car sans s’y conformer, on n’en recueille pas le fruit. Et cela ne vaut pas seulement au repos, mais aussi en mouvement : si chaque geste ne s’écarte pas de ces règles, le cercle entier contiendra de lui-même le parement. Dans l’enchaînement, les cercles du taiji quan sont présents dans chaque posture — cercles du haut et du bas, de gauche et de droite, d’avance et de recul, du dedans et du dehors, grands et petits, directs et inverses, avec toutes leurs manières de conduire, d’émettre, de recevoir et d’emmagasiner : les jin des huit portes et les pas des cinq directions y sont donc compris d’eux-mêmes, et l’étude de la distinction des jin s’y trouve acquise. Voilà pourquoi le taiji quan doit être lent au début et ne permet pas la hâte : il faut laisser le temps nécessaire à l’examen de ces trois points et de ces douze articles. Il arrive que le corps se sente fort conforme aux douze règles alors qu’il se trompe, et qu’on se croie pourvu de parement alors qu’il n’en est rien : c’est là une illusion inévitable chez l’apprenant. Aussi le débutant doit-il avoir un maître à ses côtés pour le corriger ; sans quoi il n’atteindra pas aisément la vérité. Si, en revanche, le corps entier a déjà acquis le parement et que les gestes sont devenus habituels, et qu’un jour, tout à coup, le parement manque, on sent sur-le-champ que l’on emploie mal son corps et l’on se corrige de soi-même à cet instant. C’est pourquoi, au commencement, il faut absolument la transmission d’un maître renommé et sa correction. Si l’on n’a pas de maître à ses côtés, on priera un condisciple de surveiller, ou l’on s’exercera devant un miroir : ce sont là des expédients faute de mieux, et l’on n’y trouve pas ce que donne l’œil du maître. Les postures définies ci-dessus sont la seule porte pour produire le parement. Si l’on remonte au fondement du parement, il naît de l’élasticité ; si l’on cherche l’origine de l’élasticité, elle naît du souffle (氣). Quand le souffle circule et gonfle à l’intérieur, il y a élasticité, et alors seulement on peut parler de parement. Le maître du parement est donc entièrement le souffle ; et pour que le souffle traverse et dégage les articulations et remplisse tout le cercle, il faut d’abord une posture propre au travail du souffle, puis une intention de parement qui le guide : on ouvre ainsi les articulations fermées, on étire peu à peu un souffle encore infime, et l’on recueille le fruit du travail du souffle. Dans cette étape, il faut donc observer la présence ou l’absence de parement, car le parement est l’avant-coureur du souffle. À la troisième étape, on travaillera donc une technique à la fois, en la liant à celle qui la précède et à celle qui la suit. Ainsi, pour « jouer du luth » (手揮琵琶), il faut voir comment l’on arrive depuis le « effleurer le genou » qui précède, et comment l’on repart vers le « effleurer le genou et pousser du pied de biais » qui suit ; et il ne faut surtout pas travailler en même temps toute une section ou tout l’enchaînement, de peur de la maladie de trop embrasser sans rien approfondir. Les manuels disent : « on travaillera d’abord une main, puis, celle-là acquise, une autre ; gardez-vous de l’impatience et de travailler les trente-sept postures à la fois — retenez-le bien. » Quel que soit l’ordre choisi, il suffit de faire servir chaque posture une à une : alors les trente-sept postures se lient d’elles-mêmes et l’on peut les exécuter d’une seule haleine ; c’est pourquoi on l’appelle aussi « le long poing » (長拳). Tel est le fondement inébranlable du travail de l’enchaînement : qui n’a pas travaillé de cette manière ne pourra jamais remplir tout son cercle de parement. Or, si le cercle n’est pas tout entier rempli de parement, il y aura forcément des creux dans le corps, et un creux est un point d’engorgement. Aussi les manuels recommandent-ils à plusieurs reprises de travailler chaque technique séparément : que celui qui apprend le taiji quan y prenne garde et ne le néglige pas.
Quatrième étape : le travail du souffle (第四段 氣功之練習)
【李亦畬】神氣鼓盪。
Li Yiyu : « Que l’esprit et le souffle soient exaltés. »
王譜云:氣走於筋脈,力出於皮骨,有力者皆外壯於皮骨,形也。有氣者是內壯於筋脈,象也。云云。查人身氣管之幹綫,藏於關節與肌肉內,如欲氣流暢旺而迅速,必須將氣管拔長而細,關節緩和以曲,人若鼓力以運使,則氣理粗短,而氣流行之極緩矣;所以一切運使,不准腹肌隆起,以阻氣之運行,故氣功之練習,第一項:必須鬆開其勁,而不許稍有努責作用,以減少氣之速度,卽譜中所謂遇動則滯之說也。第二項:對於全身之不隨意肌,尤須用精神意志驅使內臟肌有延長性,其方法乃意存全身透空,使血中氣行順遂而旺盛,此譜中所謂腹內鬆凈,方可使氣騰然之說也。有此二項之規定,全身氣之通路,可謂活潑而無滯矣。路雖無阻,而仍須走路之氣,本身有暢行之能,方可活潑也。此主宰在意不在氣之說也。倘意志精神浮飄,不注到此一點,則氣自不能走到該點也。所以太極拳必須以心行氣,務令沉著,方能收歛入骨,乃以心為令,以氣為旗,必須先有嚴厲之命令,而後乃可使傳旗不得不行,打通此不通之路線,而使之暢通,內中尤以通過骨髓為最難,蓋氣能沉著;則意志專一,兩者有相互之關係也。因有此三項之原理,故氣功練習,務須精神氣收歛入骨,神不外散,此動中求靜之功也。乃以心行氣。務必沉著,方可收歛入骨之謂也。在上段內所云:抽絲以運轉則姿勢成,掤勁以開合,則內勁具,可謂已得太極拳之勁別及形壯矣;所以進一步,以求內心之運用,毋使氣勢散漫,若散漫便無含蓄,身易散亂氣宜緩滯矣;所以務使精神提起,而專主一方,全身務須鬆開,在主義中,須全身筋直以活氣,沉著以行氣,而使氣歛入脊骨,呼吸通靈,周身罔開以合全身透空之意吸為合,為捲,為蓄,呼為開,為放,為發在吸時,有天然提起之精神,亦藏有拏得人起之意義,在呼時,有天然沉下之精神,亦含有放得人出之意義,以心運行其氣則神氣自然收歛入骨內矣。內中含有沉字功用,故氣功練習,以動中求靜,沉著為主,而以神領導之,雖屬練氣,而意念不可注重在氣,蓋在氣則滯在神則活也。此段亦係運用捲放蓄發四勁之時期也。在此期內,應極端注意捲放,使捲放沉著以動之,蓋捲放中乃天然之開合,如沉著,是用精神驅使氣流通過此開合之線路,合則由手指下行至足跟,開則足跟上升至手指能打開此項交叉之兩條通路,則氣功由無而有,由有而活,由活而強,然後以動作是否沉著,作驗氣之有無強弱也。凡太極拳之運勁,無一著內無有捲放,學習者應逐著審查,則功夫自能進矣。此項捲放舉不勝舉,茲另舉蓄發之例如下:
Le recueil de Wang dit : « le souffle chemine dans les tendons et les vaisseaux, la force sort de la peau et des os. Qui a de la force est extérieurement robuste de la peau et des os : c’est la forme. Qui a du souffle est intérieurement robuste des tendons et des vaisseaux : c’est l’image. » Les conduits du souffle, dans le corps humain, sont cachés dans les articulations et les muscles. Pour que le souffle coule abondant et rapide, il faut allonger et affiner ces conduits et courber doucement les articulations ; car si l’on bande sa force pour agir, les conduits s’épaississent et se raccourcissent, et le souffle circule alors très lentement. Aussi, dans tout mouvement, ne faut-il pas laisser les muscles de l’abdomen se soulever, ce qui gêne la marche du souffle. Première règle du travail du souffle : détendre le jin et ne permettre aucun effort de poussée, qui ralentirait le souffle — c’est ce que les manuels appellent « au moindre mouvement, l’engorgement ». Deuxième règle : à l’égard des muscles involontaires du corps, user de l’esprit et de la volonté pour donner aux muscles des viscères une capacité d’extension ; la méthode est de tenir l’intention que tout le corps est transparent et vide, de sorte que le souffle circule dans le sang avec aisance et abondance — c’est ce que les manuels appellent « l’intérieur de l’abdomen détendu et net : alors seulement le souffle peut s’élever ». Ces deux règles établies, les voies du souffle dans tout le corps sont vives et sans engorgement. Mais la route fût-elle dégagée, il faut encore que le souffle qui y chemine ait en lui-même la capacité de passer librement, pour être vif : c’est ce qu’on dit, que le maître est l’intention et non le souffle. Si la volonté et l’esprit flottent et ne se posent pas sur ce point, le souffle ne saurait y parvenir. Aussi le taiji quan exige-t-il de conduire le souffle par l’esprit et de le faire descendre avec poids, pour qu’il se recueille jusqu’aux os. L’esprit donne l’ordre, le souffle est le drapeau : il faut d’abord un ordre sévère pour que le porte-drapeau ne puisse faire autrement que d’aller, ouvrant les routes fermées et les rendant libres. En cela, le plus malaisé est de traverser la moelle des os ; car si le souffle descend avec poids, la volonté se concentre : les deux choses sont solidaires. Ces trois principes étant posés, le travail du souffle exige que l’esprit et le souffle se recueillent jusqu’aux os et que l’esprit ne se disperse pas : c’est l’œuvre de chercher le calme dans le mouvement — conduire le souffle par l’esprit, le faire descendre avec poids, et par là le recueillir jusqu’aux os. À l’étape précédente, on a vu que la rotation du tirage de soie forme la posture et que le parement, par l’ouverture et la fermeture, établit le jin interne : on peut dire qu’on possède alors la distinction des jin et la forme du taiji quan. On avance donc d’un pas pour chercher l’usage intérieur, sans laisser la puissance du souffle se disperser ; dispersée, elle n’a plus de contenance, le corps se disloque et le souffle s’attarde. Il faut donc relever l’esprit et le faire régner sur une seule direction ; tout le corps doit se détendre ; dans cette direction unique, les tendons droits vivifient le souffle, le poids le conduit, et le souffle se recueille dans la moelle de l’épine. La respiration devient spirituelle, le corps entier s’ouvre pour rejoindre l’intention de transparence universelle. L’inspiration est fermeture, enroulement, emmagasinement ; l’expiration est ouverture, lâcher, émission. À l’inspiration, l’esprit se relève naturellement, et cela contient aussi l’intention de soulever l’adversaire ; à l’expiration, l’esprit descend naturellement, et cela contient l’intention de le faire sortir. Si l’esprit conduit le souffle, l’esprit et le souffle se recueillent d’eux-mêmes jusqu’aux os. Il y a là l’effet du mot « poids » : aussi le travail du souffle prend-il pour maître le calme dans le mouvement et la descente pesante, sous la conduite de l’esprit. Bien qu’il s’agisse de travailler le souffle, l’intention ne doit pas se fixer sur le souffle : sur le souffle, il y a engorgement ; sur l’esprit, il y a vie. Cette étape est aussi le temps où l’on emploie les quatre jin d’enrouler, lâcher, emmagasiner et émettre. Durant cette période, il faut veiller extrêmement à l’enrouler-lâcher et le mouvoir avec poids : dans l’enrouler-lâcher se trouve l’ouverture-fermeture naturelle ; avec poids, c’est par l’esprit que l’on pousse le souffle à travers les circuits de cette ouverture-fermeture. Fermer : des doigts, descendre jusqu’aux talons ; ouvrir : des talons, monter jusqu’aux doigts. Si l’on parvient à ouvrir ces deux voies croisées, le travail du souffle passe du néant à l’être, de l’être à la vie, de la vie à la force ; on vérifie ensuite, par la descente pesante du mouvement, la présence, la force ou la faiblesse du souffle. Il n’est pas une technique du taiji quan qui n’ait en elle l’enrouler-lâcher : l’apprenant doit examiner technique par technique, et son travail progressera de lui-même. Les exemples en sont innombrables ; en voici quelques-uns d’emmagasiner-émettre :
1.彎弓射虎之上蓄發,能沉著以左發否? 2.搬攔搥之中蓄發,能沉著以右發否? 3.栽搥之下蓄發,能沉著以轉發否?
- Dans « bander l’arc et tirer sur le tigre » (彎弓射虎), l’emmagasiner- émettre du haut : peut-on émettre vers la gauche avec poids ?
- Dans « parer, bloquer, frapper » (搬攔搥), l’emmagasiner-émettre du milieu : peut-on émettre vers la droite avec poids ?
- Dans « le poing qui plante » (栽搥), l’emmagasiner-émettre du bas : peut-on émettre en tournant, avec poids ?
如均得之;則收歛入骨之功已具,沉著之功自成矣。然至此段內,決非第一趟架子之蓄發,所能夠用,故至此期內,學習第二趟太極拳,最為適當,其二趟內蓄發之處,多緊相接筍,非比第一趟,在多數轉運中,祗能藏有一蓄發也。茲錄其名稱及分路,分項如下:
Si l’on y réussit, on possède le recueillement jusqu’aux os, et la descente pesante vient d’elle-même. Mais à cette étape, l’emmagasiner-émettre de la première routine ne suffit plus : c’est le moment le plus propre pour apprendre la seconde routine du taiji quan, où les points d’emmagasiner-émettre se touchent de près, à la différence de la première, qui dans la plupart de ses rotations ne peut contenir qu’un seul emmagasiner-émettre. Voici les noms et leur répartition par sections :
第一路 太極初式/金剛搗碓/攬扎衣/六封四閉/丹變/躍步覆搥/護心拳/躍步斜形/風掃梅花/金剛搗碓/回頭撇身肘/攢手/翻花舞袖/掩手肱拳/躍步抝鸞肘/左轉肱掌/左轉肱掌/躍步右換/右轉肱掌/右轉肱掌
Première section : posture initiale du taiji ; le Vajra pile le mortier ; saisir et remettre la robe ; six scellements, quatre fermetures ; la transmutation de l’élixir ; pas bondi, poing renversé ; le poing qui protège le cœur ; pas bondi, forme oblique ; le vent balaie la fleur de prunier ; le Vajra pile le mortier ; se retourner, corps rejeté, coude ; main rassemblée ; fleur retournée, manche dansée ; main couvrante, poing du bras ; pas bondi, coude de l’oiseau luan brisé ; pointe du bras tournée à gauche (deux fois) ; pas bondi, changement à droite ; pointe du bras tournée à droite (deux fois).
第二路 鳳凰展翅/玉女串梭/玉女串梭/轉身倒騎麟/倒騎麟/轉身掩手肱拳/合身裹變/轉身裹翻搥/卸步裹變/裹翻搥/卸步手肘勢/通山捶/劈架子/掩手肱拳/臥虎跳澗/右黃龍攪水/右黃龍攪水/躍步轉攪/左黃龍攪水/左黃龍攪水
Deuxième section : le phénix déploie ses ailes ; la jeune immortelle fait passer la navette (deux fois) ; se retourner et monter à rebours sur la licorne ; monter à rebours sur la licorne ; se retourner, main couvrante, poing du bras ; corps uni, envelopper et transformer ; se retourner, envelopper et retourner le poing ; reculer d’un pas, envelopper et transformer ; envelopper et retourner le poing ; reculer d’un pas, posture du coude ; le poing qui traverse la montagne ; la posture qui fend ; main couvrante, poing du bras ; le tigre couché saute le ravin ; le dragon jaune trouble l’eau, à droite (deux fois) ; pas bondi, tourner et troubler ; le dragon jaune trouble l’eau, à gauche (deux fois).
第三路 左衝蹬腳/右衝蹬腳/掩手肱拳/掃堂腿/掩手肱拳/左穿抱捶/右穿抱捶/海底翻花/掩手肱拳/倒揷/掤連捶/上步掤連捶/左右二肱/變勢帶闖/回頭當頭砲/勢分捶/拗鸞肘/順鸞肘/窩底砲/進攔指路
Troisième section : coup de pied poussé à gauche ; coup de pied poussé à droite ; main couvrante, poing du bras ; la jambe qui balaie la salle ; main couvrante, poing du bras ; poing qui transperce et embrasse, à gauche ; à droite ; fleur retournée au fond de la mer ; main couvrante, poing du bras ; planter à rebours ; poing de parement continu ; avancer d’un pas, poing de parement continu ; les deux bras, à gauche et à droite ; changer de posture en se précipitant ; se retourner, canon droit au front ; le poing qui sépare ; coude de l’oiseau luan brisé ; coude de l’oiseau luan direct ; canon au fond de la fosse ; avancer, barrer, montrer le chemin.
此趟架子,注意在蓄發,以斷而復連,為主要練習點,內中捲放為始點,蓄發為終點;故練習此段時,非待以三段已有根底後,不可學習,蓋抽絲不能節節貫串,勁別不能分別淸楚,卽行之,亦非眞正之蓄發,且腦力亦無法分顧許多動作也;故在此段之捲蓄放發,務須加強彈性如開弓,彈性脫扣如放箭,則氣功乃能日見增長,方有意義可言也。
Cette routine a pour objet propre l’emmagasiner-émettre, et son point de travail principal est la rupture suivie de reprise ; l’enrouler-lâcher en est le point de départ, l’emmagasiner-émettre le point d’arrivée. Aussi ne l’abordera-t-on pas avant d’avoir de solides racines dans les trois premières étapes : si le tirage de soie ne se continue pas de joint en joint et si les jin ne se distinguent pas clairement, on n’y fera qu’un faux emmagasiner-émettre, et l’esprit ne pourra d’ailleurs suffire à tant de mouvements à la fois. Dans l’enrouler-emmagasiner-lâcher-émettre de cette étape, il faut donc accroître l’élasticité comme on bande un arc, et la détente doit partir comme une flèche : alors le travail du souffle croîtra de jour en jour, et cela seul aura un sens.
Cinquième étape : le travail de l’esprit (第五段 精神之練習)
【李亦畬】周身無有缺陷。
Li Yiyu : « Que dans tout le corps il n’y ait plus de creux. »
精神練習,務須神氣鼓盪,周身無缺陷,此靜中求動之功也。乃以意行神,使神與氣合也。蓋氣之速度,較神為慢,欲思以神之速,領導氣之速行,而以心意為主動之練習也。
Le travail de l’esprit exige que l’esprit et le souffle soient exaltés et que le corps entier n’ait aucun creux : c’est l’œuvre de chercher le mouvement dans le calme — conduire l’esprit par l’intention et unir l’esprit au souffle. Car le souffle est plus lent que l’esprit : pour que la rapidité de l’esprit entraîne celle du souffle, on prend l’intention du cœur pour moteur du travail.
以上列勁別之學習,乃學習滿圈俱有掤勁之功夫,滿圈有掤勁時,由應分淸此掤勁於八門之中,不可含混而過,以失勻淸之功,譬如用掤勁運至下內時,則為捋、若用捋至捋之中心末點時,卽應表示出捋之意,如此類推,因有此表示,則八門之勁,方可分開也。分開時,意動神隨,神行氣發,而後神氣功夫,乃能增進,雖在外表上觀之,仍舊圓行圈動,不見有何相異,然內中之勁,已因意志之發動,精神之專主,而得圓形,撐之為方矣。有方有圓,乃成規矩,方為體,圓為用,此君子外圓而內方也。平時運行,能圓中有方,而後方可用長方點,順遂以加之於人,呼為粘也。如果圈中全圓而無方,遇有動作,旋轉不已,安能粘之對方,以行牽動之功乎?王譜云:太極者圓也,無論內外上下左右不離此圓也,太極者方也,無論上下左右內外不離此方也。方之出入,圓之進退,隨方就圓,用之來往,云云,可見勁運行,雖為圓行圈走,然勁之重心,因表示而成方,但此方,乃方圓相生之方,內中自無稜角可言,祗覺圓,不覺方,能表示勁別,卽有方點存於中,方點之生,乃由意發氣隨以合成也。
L’étude de la distinction des jin exposée plus haut est le travail qui remplit tout le cercle de parement. Quand le cercle est plein de parement, il faut encore répartir nettement ce parement entre les huit portes, sans le laisser passer confusément, ce qui ruinerait l’effet de répartition égale et nette : ainsi, quand le parement est conduit vers le bas et l’intérieur, il devient du tirer ; et quand on tire jusqu’au point extrême du centre du tirer, il faut alors manifester l’intention du tirer, et ainsi de suite. C’est par cette manifestation que les jin des huit portes peuvent se séparer. Quand ils se séparent, l’intention se meut et l’esprit suit, l’esprit marche et le souffle émet : alors seulement le travail de l’esprit et du souffle peut progresser. Extérieurement, on ne voit rien de changé : les cercles roulent et tournent comme devant. Mais le jin intérieur, du fait de l’intention qui se met en branle et de l’esprit qui règne sur une direction, obtient sa forme ronde et se soutient en carré. Il y a du carré et du rond, et par là même des règles : le carré est le corps, le rond l’usage — c’est l’homme de bien, rond au-dehors et carré au-dedans. Si, dans l’exercice ordinaire, on sait mettre du carré dans le rond, alors seulement on peut se servir de ce point carré et l’appliquer à autrui avec fluidité : c’est ce qu’on appelle coller. Car si le cercle n’est que rond, sans rien de carré, et qu’à chaque mouvement il ne fasse que tourner sans fin, comment collerait- il à l’adversaire pour produire l’effet d’entraînement ? Le recueil de Wang dit : « le taiji est rond : dedans et dehors, en haut et en bas, à gauche et à droite, il ne quitte pas ce rond. Le taiji est carré : en haut et en bas, à gauche et à droite, dedans et dehors, il ne quitte pas ce carré. La sortie et l’entrée du carré, l’avance et le recul du rond : suivre le carré, s’ajuster au rond, dans les allées et venues de l’usage. » On voit par là que si le jin se meut en rond et tourne en cercle, son centre de gravité, par la manifestation, devient carré ; mais ce carré est un carré né du rond, sans angles aucuns : on ne sent que le rond, on ne sent pas le carré. Pouvoir manifester la distinction des jin, c’est avoir en soi ce point carré ; et le point carré naît de l’intention qui émet et du souffle qui suit, fondus ensemble.
精神之生,由勁別分淸之方點而來,乃屬於被動,以養成精神之暢旺,久久練之,神與勁合,則神之注意點,卽勁之方點矣,合一之後,方圓之主持者,而歸之精神矣,此時精神屬於主動矣。神愈練愈暢旺,然後乃可隨意念以週行也,此欲神旺,必須注意姿勢正確,頂須虛懸之理也;蓋頭頂懸起則身足注射力強,緊集一點,不易外散,反之頭頂不懸,則精神力量疲乏,如摸魚之呆形,其精神不期而然四散矣。若蓄之於內,膨膨勃勃,以運身軀,非至方時發時,而不外射,射時神行氣出,氣之勁發,待至勁發時,勁氣與神,三者連合,而俱發矣。此種功效,基之於連接時,將意念庽於神氣之中,有起落轉合以主之,是為神氣鼓盪,神氣鼓盪時,氣行於內而緩,神行於外而速,欲氣隨神動,必須練氣歸神,是使神氣參調而應,神到而氣卽隨之,周身爽利活潑無滯,雍雍華貴,有氣吞八荒之勢,變換順遂,有輕靈不羣之槪,然而此種功效,乃因掤勁充足,全身飽滿,一舉一動,神氣蘊蓄在內,外散無由,可以受意之動念,以行活動,來回貫串,因是有不得不鼓盪之勢矣。可謂完全用意志,以走架子之作用,使精神內含藏動之意也。然其主要點,仍在能虛領頂勁,始使神貫於頂,乃能輕,乃能靈,以證明周身無一處有缺陷,無一處不飽滿也。周身如有一缺陷,卽是一處缺乏掤之意也,此項缺陷主要點終上在肩,下在胯,如肩眼現,則手身為二節,跨骨匾,別腿與身為二節,是周身為三家矣,故欲成一家,必須一舉一動在肩跨上,極端注意,無使有鼓處,有匾處,全身成為緩動之曲線,各節均有相當之變度,此是周身無缺陷之現象也。惟外有缺陷,容易改正,若內有缺陷,則不易發現,倘內有缺陷,外無缺陷,則仍是缺陷,不能週身一家矣,是以非用神氣,能否鼓盪以驗之不可,神氣鼓盪之根,在能善用方圓,而方圓之生,又基於勁別之分淸也,故精神後氣功之練習,須在三段之後也。其氣功主要點,在能隱,而精神主要點,在能顯,因隱為收歛而沉著,顯為鼓盪而輕靈,故精神練習,乃是靜中求動,以輕靈為主,此與氣功練習,動中求靜,沉著為主之不同也,蓋神氣收歛後,而能鼓盪,方能生忽隱忽現之功,架子走動時,內中自含輕沉之分矣,此乃證明內部無缺陷之故,始能外現之於神也;若神活氣歛,則輕沉轉換順遂而靈活,順沉輕虛四字之功自得矣,舉例如下:
L’esprit naît du point carré que produit la nette distinction des jin ; il est d’abord passif, et c’est ainsi que se nourrit sa plénitude. À la longue, l’esprit s’unit au jin : le point d’attention de l’esprit devient le point carré du jin ; une fois unis, la maîtrise du carré et du rond revient à l’esprit, qui dès lors est actif. Plus on le travaille, plus l’esprit est abondant, et alors seulement il peut circuler selon l’intention et la pensée. Or, pour que l’esprit soit abondant, il faut veiller à la justesse de la posture et au principe du sommet suspendu dans le vide : car quand le sommet de la tête est suspendu, le corps et les pieds projettent une force puissante, concentrée en un point qui ne se disperse pas ; à l’inverse, si le sommet n’est pas suspendu, la force de l’esprit s’épuise et s’affaisse — comme un homme hébété qui pêche à la main — et l’esprit se disperse sans qu’on le veuille. Quand il est emmagasiné à l’intérieur, gonflant et bouillonnant pour mouvoir le corps, il ne se projette au-dehors qu’au moment où il faut émettre ; et quand il émet, l’esprit marche, le souffle sort, le jin du souffle est émis : au moment de l’émission, jin, souffle et esprit, les trois s’unissent et partent ensemble. Cet effet repose sur le fait qu’au moment du contact on loge l’intention dans l’esprit et le souffle, avec un lever et un poser, un pivot et une fermeture qui la gouvernent : c’est l’exaltation de l’esprit et du souffle. Quand elle a lieu, le souffle circule à l’intérieur et lentement, l’esprit agit au-dehors et rapidement. Pour que le souffle suive le mouvement de l’esprit, il faut ramener le souffle à l’esprit, faire que l’esprit et le souffle s’accordent et se répondent : où l’esprit arrive, le souffle suit aussitôt. Alors le corps est net, vif, sans engorgement, plein d’une noblesse sereine, avec l’allure de qui avale les huit directions ; les transformations passent avec fluidité, dans une légèreté et une vivacité hors du commun. Mais un tel effet vient de l’abondance du parement et de la plénitude du corps : à chaque geste, l’esprit et le souffle sont contenus au-dedans, sans moyen de se disperser, et peuvent recevoir le branle de l’intention pour se mouvoir, aller et venir de façon continue : de là cette puissance qui ne peut faire autrement que de s’exalter. On peut dire que tout le travail de l’enchaînement se fait par la volonté, l’esprit contenant en lui l’intention du mouvement. Mais le point principal est encore de pouvoir suspendre le sommet en le tenant vide : alors l’esprit pénètre au sommet, et le corps devient léger, devient vif — preuve qu’il n’est pas une place qui ait un creux, pas une place qui ne soit pleine. Un creux dans le corps, c’est un endroit où manque l’intention de parement. Ces creux se logent surtout aux épaules en haut et aux hanches en bas : si les épaules se lèvent, les mains et le corps font deux sections ; si les os des hanches s’affaissent, les jambes et le corps font deux sections ; le corps est alors trois maisons. Pour n’en faire qu’une, il faut, à chaque geste, veiller extrêmement aux épaules et aux hanches, ne rien laisser qui se bombe ni qui s’aplatisse, faire de tout le corps une courbe au mouvement lent, chaque segment gardant son degré de changement : voilà ce qu’est un corps sans creux. Au reste, les creux extérieurs se corrigent aisément ; les creux intérieurs se découvrent mal, et si l’intérieur a un creux quand l’extérieur n’en a pas, c’est encore un creux : le corps entier ne fait plus une seule maison. Aussi faut-il nécessairement éprouver, par l’exaltation de l’esprit et du souffle, si ce creux existe. Le fondement de cette exaltation est de bien user du carré et du rond ; et le carré et le rond naissent de la nette distinction des jin. C’est pourquoi le travail de l’esprit vient après celui du souffle, et doit se faire après la troisième étape. Le propre du travail du souffle est de savoir se cacher ; le propre du travail de l’esprit est de savoir se manifester : se cacher, c’est se recueillir et peser ; se manifester, c’est s’exalter et s’alléger. Aussi le travail de l’esprit cherche-t-il le mouvement dans le calme et a-t-il pour maître la légèreté et la vivacité — en quoi il diffère du travail du souffle, qui cherche le calme dans le mouvement et a pour maître la descente pesante. Car c’est seulement après s’être recueilli que l’esprit et le souffle peuvent s’exalter et produire l’effet de l’apparaître et du disparaître soudains : quand l’enchaînement se déroule, il contient en lui-même la distinction du léger et du lourd, ce qui prouve qu’il n’y a pas de creux au-dedans et que l’extérieur peut se manifester dans l’esprit. Si l’esprit est vif et le souffle recueilli, le passage du léger au lourd se fait avec aisance et vivacité, et l’on obtient de soi-même l’effet des quatre mots : suivre, peser, léger, vide. En voici des exemples :
1.能以心意,驅使其神氣,走動緊湊之架子否? 2.能將內中抽絲之勁,轉換順遂否? 3.能將運勁中之接勁,以得天衣無縫之功否?
- Peut-on, par l’intention du cœur, pousser son esprit et son souffle à exécuter l’enchaînement dans la forme serrée ?
- Peut-on faire passer le jin du tirage de soie intérieur d’un sens à l’autre avec fluidité ?
- Peut-on, dans la conduite du jin, reprendre le jin assez bien pour obtenir l’effet d’une robe céleste sans couture ?
如均得之,則神氣鼓盪之功已具,輕虛之功自成矣。
Si l’on y réussit, on possède l’exaltation de l’esprit et du souffle, et l’effet de légèreté et de vide vient de lui-même.
Sixième étape : unir l’intérieur et l’extérieur (第六段 內外聯合之練習)
【李亦畬】周身一家。
Li Yiyu : « Que tout le corps fasse une seule maison. »
內外聯合練習,務須內外相合,周身一家,此時係以意念為主也。凡練太極拳架子者,能練到周身一家,是為最高之目的已達到,個人練習之能事矣。至此地步,外之身形腰頂,內之精氣神勁,無一處不合乎規矩,周身夭矯不羣,如遊龍矯鳳,似鬆非鬆,將展未展,有行乎不得行,止乎不得止之勢矣。於是周身節節貫串,式式相連,全身均有蓬勃之氣,轉換均係順遂之勁,此卽拳譜所謂:一舉一動,周身輕靈;而且貫串,神氣鼓盪;而且內歛,無缺陷處,無凸凹處,無斷續處,(指抽絲勁非指發勁),其根在腳,發於腿,主宰於腰,行於手指。由腳而腿,而腰完整一氣,向前退後,得機得勢,凡有動作皆是在意,不在外面而在內,有上卽有下,有前卽有後,有左卽有右,如意向上,卽寓下,意欲左則寓右,虛實分淸,一處有一處虛實,處處總有此一虛一實,如是週身節節貫串,上下相隨,無絲毫間斷之功已得矣。在此段方可稱為,一動無有不動,一靜無有不靜,動則內外俱動,靜則內外俱靜,開合有數,順逆有序,急緩相生,蓄發俱能,可隱可顯,可輕可沉,能開則氣由下而上,合則氣由上而下,用功一日,精進一日,漸至從心所欲,一切動作,罔不如意之所指矣。至此地位,可謂已具推手之資格矣。可謂完全由意志以活動矣。祗須顧及意志,是否虛靈而能明,能否活潑以變化,而無須顧慮身體上之種種,因身隨意動,已成習慣,祗覺此心不覺身矣。此太極拳能鍛鍊智慧之由來也。楊譜云:持身中正行大道,用意活潑勢如輪,陰陽旣濟無間阻,變則化極無臭聲,若言體用何為準,意氣君來骨為臣,其斯之謂歟?
Le travail de l’union de l’intérieur et de l’extérieur exige que dedans et dehors s’accordent et que le corps entier ne fasse qu’une maison : ici c’est l’intention et la pensée qui dominent. Pour qui pratique l’enchaînement du taiji quan, atteindre à ce corps-un est le but suprême, le bout du possible pour un pratiquant isolé. Parvenu là, la forme extérieure du corps, des reins et du sommet, comme les essences, le souffle, l’esprit et le jin au-dedans, rien n’échappe plus aux règles ; le corps entier se déploie hors du commun, comme un dragon qui nage ou un phénix qui prend son essor : en apparence détendu sans l’être, prêt à s’étendre sans s’étendre, dans cet état où l’on va sans pouvoir aller et s’arrête sans pouvoir s’arrêter. Alors chaque articulation se continue, chaque posture se lie, le corps entier est rempli d’un souffle bouillonnant, et les transformations se font avec un jin fluide. C’est ce que les manuels appellent : « dans chaque geste, le corps entier est léger et vif ; et de plus continu ; l’esprit et le souffle sont exaltés ; et de plus recueillis au-dedans ; il n’y a ni creux, ni bosses, ni interruptions (il s’agit du jin du tirage de soie, non de l’émission) ; la racine est aux pieds, l’émission dans les jambes, la maîtrise dans les reins, l’exécution dans les doigts. Du pied à la jambe et aux reins, un souffle entier ; avançant ou reculant, on obtient la position et le moment. Tout mouvement relève de l’intention : il n’est pas au-dehors, il est au-dedans. Il y a un haut, il y a un bas ; un avant, un arrière ; une gauche, une droite. Si l’intention va vers le haut, elle loge le bas ; si elle veut la gauche, elle loge la droite. Le vide et le plein se distinguent : chaque endroit a son vide et son plein, et partout il y a ce couple d’un vide et d’un plein. » Ainsi le corps entier se continue de joint en joint, le haut et le bas se suivent, et l’on possède l’effet d’une continuité sans le moindre intervalle. À cette étape seulement on peut dire : « un seul point qui bouge, et rien ne reste immobile ; un seul point au repos, et rien ne bouge » ; en mouvement, dedans et dehors se meuvent ensemble ; au repos, dedans et dehors reposent ensemble. L’ouverture et la fermeture ont leur mesure, le direct et l’inverse leur ordre, la hâte et la lenteur s’engendrent, l’emmagasiner et l’émettre sont tous deux possibles, l’on peut se cacher et se manifester, s’alléger et peser. Ouvrir : le souffle monte du bas vers le haut ; fermer : il descend du haut vers le bas. Un jour de travail, un jour de progrès, jusqu’à faire ce que le cœur désire, tous les mouvements répondant au doigt de l’intention. Parvenu là, on a qualité pour la poussée des mains ; on agit entièrement par volonté. Il suffit alors de veiller à ce que cette volonté soit vide et spirituelle, capable de clarté, vive et propre aux transformations, sans plus se soucier de rien dans le corps : le corps suit le mouvement de l’intention, c’est devenu une habitude, et l’on ne sent plus que le cœur, non plus le corps. C’est de là que le taiji quan peut aiguiser l’intelligence. Le recueil de Yang dit : « tenir son corps droit et suivre la grande voie, user de l’intention avec vivacité, la force allant comme une roue ; le yin et le yang étant accomplis, plus d’obstacle ; transformer, c’est changer jusqu’au bout, sans odeur ni son. Si l’on demande sur quoi se règlent le corps et l’usage : l’intention et le souffle sont le prince, les os sont le ministre ». N’est-ce pas de cela qu’il s’agit ?
總之以上六種用功法,為走架子之畢業課程,茲再以簡單之詞歸納大意義如下:
En somme, les six méthodes de travail ci-dessus forment le cours complet de l’enchaînement. J’en résume maintenant le sens général en peu de mots :
(1)架子之學習,是使勁向各方面以運行,使面面得到屈伸動靜之功用。 (2)抽絲之學習,是使由足跟至手指之道路,順隨暢旺,而綿綿不斷。 (3)勁別之學習,是使意念專主一方,作導引以待氣之節節貫串。 (4)氣功之練習,是使氣之路線暢旺,以增長為堅剛沉著之作用。 (5)精神之練習,是使精神管理其氣,以活潑變化,為輭柔輕靈之作用。 (6)內外聯合之練習,是使收上列五者,聯合以運之,使精氣精聯合一致,以從心之命令。
- Apprendre l’enchaînement, c’est faire aller le jin dans toutes les directions, afin que chaque face obtienne l’effet de la flexion et de l’extension, du mouvement et du repos.
- Apprendre le tirage de soie, c’est rendre la route du talon aux doigts fluide, abondante et sans fin.
- Apprendre à distinguer les jin, c’est faire régner l’intention sur une seule direction, en guide, dans l’attente que le souffle se continue de joint en joint.
- Travailler le souffle, c’est dégager la voie du souffle et l’accroître jusqu’à l’effet de fermeté et de descente pesante.
- Travailler l’esprit, c’est faire que l’esprit gouverne le souffle, pour l’effet de vivacité dans les transformations, de souplesse et de légèreté.
- Travailler l’union du dedans et du dehors, c’est réunir les cinq précédents et les faire agir ensemble, afin que les essences, le souffle et le jin s’accordent et obéissent aux ordres du cœur.
如是方可稱之為周身一身矣。
Alors seulement on peut dire que tout le corps ne fait qu’un.
Septième étape : conquérir la position et le moment (第七段 得機得勢之推求)
上段所云,周身一家,卽個人得勢之謂也。有此各人之得勢,作為根基而後可以與人推手,推手者,二人之事,非個人可比,因將對方之姿勢及勁別,加入其中,往往在個人本係得勢,因有牽動,變為不得勢矣;蓋欲懂人之勁所以學習推手,欲思由推手之功,以求得到懂勁之效。動作必須無過不及,隨曲就伸,以造成沾黏連隨之功,因顧及沾黏連隨,不許發生頂匾丟抗四病之關係,往往發生不能週身一家之運動矣。所以推手,先求得勢為主,所謂得勢之身勢,不許有俯仰傾斜之病,換言之,卽須立如平準也。得勢之勁別,不許有斷接滯呆之病,換言之,卽須活似車輪也。能在得勢之中,保持身勢勁別之中正勻淸,而後覓得機之點,以窺其空𨻶卽力求上遊,手據人手之上,因人之根在下,欲人之下根斷,或浮起,非據上遊,不易得空𨻶之機也。如得機卽行沾黏,仍可進一步,以行捲放之作用,若不能得機,則徒事推摩,與技擊無關,又何須練習此推手哉。惟周身一家者,始有此得機之能,不然卽有機可乘,亦採用不上,徒覺機會過去之可惜,而不能應用其機,所以推手第一步卽在得機得勢中,以求得沾黏連隨,為主要之希望也,若考推手之方式,須有左右進退中,五步之轉換,以四正為主,並須假定勢有出圈,勁有出隅時,則以四隅手補充之,方合太極拳八門五步之推手也。現時流行之定步四正推手,乃陳長興先生所特創者,專為有工夫之硬拳家改學太極拳之需用者,其目的,在化其原有硬直之勁,變為柔輭,故練習不計次數,藉可改正已往習慣,有無傳染畫圈揉手之弊,在所不惜矣。凡硬直習慣者,非此項推手不足救濟之,尤須施以長時間之推摩,方能挽回僵直之病也。萬不料現時無硬直習慣者,亦多從事此項推手,逐使此項定步推手,風行一時矣。查原來之推手,乃係動步轉換而進者,在楊家呼為小捋,有時假定有出圈出隅之勢,加入四隅手,參雜其中,呼為大捋以別之,查此三種推手,各有妙用,如學太極拳者,自審於硬直之勁,並未下過苦功;則可不必無病呻吟,毋須練習此項定步推手,卽以小捋作初步之推手法可也。推時務須極慢,以便雙方有審查之機會,若能逐圈審查,逐一感覺內中有得機得勢之趨向,方可收到由推手而得之功效也。茲舉例如下:
Ce que l’étape précédente appelait « le corps entier comme une seule maison », c’est ce qu’on nomme, pour un individu, obtenir la position. Cette position personnelle, une fois établie comme fondement, permet d’aborder la poussée des mains avec autrui. Or la poussée des mains est affaire à deux, et ne se compare pas au travail solitaire : on y ajoute les postures et les jin de l’adversaire, et souvent ce qui était, pour un individu, une position obtenue devient, par l’entraînement de l’autre, une position perdue. C’est parce qu’on veut comprendre le jin d’autrui que l’on étudie la poussée des mains, et l’on espère, de ce travail, obtenir l’effet de la compréhension du jin. Les mouvements doivent être sans excès ni manque, suivre la courbure et s’étendre vers le droit, afin de produire l’effet de coller, adhérer, lier et suivre. Mais comme cet effet interdit les quatre maladies — heurter, s’aplatir, lâcher, résister — il arrive souvent que le corps cesse de faire une seule maison. Aussi, dans la poussée des mains, faut-il d’abord chercher la position : la position du corps ne doit comporter ni penchement avant ni renversement en arrière, ni inclinaison — en d’autres termes, il faut se tenir comme une balance. Et le jin de la position obtenue ne doit comporter ni rupture, ni reprise, ni engorgement, ni raideur — en d’autres termes, il faut être vif comme une roue. Pouvoir, dans la position obtenue, garder la posture et les jin droits, centrés, égaux et nets, puis chercher le point du moment favorable et guetter la faille : on s’efforce alors de prendre le dessus, les mains au-dessus des mains de l’autre. Car la racine de l’homme est en bas ; pour rompre sa racine inférieure ou la faire flotter, il faut, sans occuper le dessus, difficilement trouver la faille du moment. Si le moment est obtenu, on colle et adhère aussitôt, et l’on peut avancer d’un pas pour opérer l’enrouler-lâcher ; si le moment n’est pas obtenu, on ne fait que frotter et presser, ce qui n’a rien à voir avec le combat, et pourquoi donc s’exercer à cette poussée des mains ? Seul celui dont le corps entier fait une maison possède cette capacité de saisir le moment ; sinon, l’occasion fût-elle offerte, on ne saurait l’employer, et l’on ne verrait que regret à la laisser passer sans pouvoir s’en servir. Le premier pas de la poussée des mains consiste donc, dans la position et le moment, à chercher le coller, adhérer, lier et suivre : c’est là l’espoir principal. Quant aux modalités de la poussée des mains, elles comportent les cinq pas — gauche, droite, avant, arrière, centre — et leurs conversions, avec les quatre techniques cardinales pour base ; et il faut encore supposer que la posture sorte du cercle et que le jin sorte du coin, pour les compléter par les quatre coins : c’est seulement ainsi qu’on a la poussée des mains des huit portes et des cinq pas du taiji quan. La poussée des mains à pas fixes sur les quatre techniques cardinales, aujourd’hui répandue, fut créée spécialement par maître Chen Changxing à l’usage des boxeurs endurcis qui se mettaient au taiji quan : son but est de transformer leur jin dur et rigide en souplesse ; aussi la pratique-t-on sans compter les répétitions, pour corriger les habitudes anciennes, dût-on y contracter le défaut de tracer des cercles et de pétrir les mains. Pour qui a l’habitude de la dureté et de la raideur, seule cette poussée des mains peut porter remède ; il faut même y consacrer de longs efforts de frottement et de pressage pour venir à bout de la raideur. On ne saurait croire que, de nos jours, tant de gens qui n’ont aucune habitude de dureté s’y adonnent aussi, au point que cette poussée à pas fixes est devenue à la mode. Or la poussée des mains d’origine avançait en changeant de pas : dans la famille Yang, on l’appelle « petit tirer » (小捋) ; et parfois, quand on suppose que la posture sort du cercle ou du coin, on y mêle les quatre techniques de coin et on l’appelle « grand tirer » (大捋). Ces trois poussées des mains ont chacune leur excellence. Si celui qui apprend le taiji quan s’avise qu’il n’a jamais peiné sur le jin dur et rigide, il n’a pas à gémir sans être malade ni à pratiquer cette poussée à pas fixes : il peut prendre le « petit tirer » comme première méthode de poussée des mains. Et dans la poussée, il faut aller fort lentement, afin que les deux partenaires aient le loisir d’examiner ; si l’on peut examiner cercle après cercle et sentir peu à peu s’y dessiner la position et le moment, alors seulement on recueille le fruit de la poussée des mains. En voici des exemples :
(1)在擠時,有俯之病否,為順抽絲否? (2)在捋時有仰之病否,為逆抽絲否? (3)在掤時有傾之病否,為走之勁否? (4)在按時有斜之病否,有粘之能否? (5)推手時,掤勁夠度否,有無匾之病? (6)推手時掤勁用之過甚否,有無頂之病? (7)推手時退步過速否,有無丟之病? (8)推手時,進步過速否,有無抗之病?
- En pressant, y a-t-il penchement avant, et est-ce un tirage de soie direct ?
- En tirant, y a-t-il renversement en arrière, et est-ce un tirage de soie à rebours ?
- En parant, y a-t-il inclinaison, et est-ce un jin de cession ?
- En poussant, y a-t-il biaisement, et peut-on coller ?
- Dans la poussée des mains, le parement est-il à son degré, et n’y a-t-il pas la maladie de l’aplatissement ?
- Dans la poussée des mains, use-t-on du parement avec excès, et n’y a-t-il pas la maladie du heurt ?
- Dans la poussée des mains, recule-t-on trop vite, et n’y a-t-il pas la maladie du lâcher ?
- Dans la poussée des mains, avance-t-on trop vite, et n’y a-t-il pas la maladie de la résistance ?
如能得到沾黏連隨之功,而無其病,則第一步推手已獲成功矣。
Si l’on obtient l’effet de coller, adhérer, lier et suivre sans ces maladies, alors le premier pas de la poussée des mains est réussi.
Huitième étape : s’oublier pour suivre l’autre (第八段 捨己從人之詳求)
上段得機得勢,乃屬於主動,捨己從人,乃屬於被動之得機得勢也。人若要己勁卽給之,人若來勁卽走之,人亂來卽拿之,人硬來則掉之,不與頂勢,不與丟勢,而後乃謂之捨己從人也。如欲合之,非運用空結挫揉四字不能得其效。
La position et le moment de l’étape précédente relèvent de l’initiative ; s’oublier pour suivre l’autre, c’est obtenir la position et le moment par passivité. Si l’autre veut du jin, on le lui donne ; s’il en apporte, on cède ; s’il vient en désordre, on le saisit ; s’il vient avec dureté, on bascule ; on ne lui oppose ni heurt ni lâcher : voilà ce qu’on appelle s’oublier pour suivre l’autre. Pour y parvenir, il n’est d’autre moyen que les quatre mots : vider, joindre, rabattre, pétrir (空結挫揉).
1.所謂空者,乃因對方過於壓迫,故須纏轉瀉人之勁,於另一方面,而不許離開之謂也,瀉中並有瀉人瀉己之分,如個人掤勁,用之過大,為避免出圈或出隅計,應調整其勁,此種作用乃瀉於己之法也。此種瀉法無論瀉己瀉人,均為空勁法。
- Vider (空) : lorsque l’autre presse avec excès, il faut enrouler et tourner pour déverser son jin sur une autre face, sans pour autant se séparer de lui. Dans ce déversement, il y a déversement de l’autre et déversement de soi : si son propre parement est employé avec excès, il faut, pour éviter de sortir du cercle ou du coin, en ajuster le jin — c’est le déversement de soi. Que l’on vide l’autre ou soi-même, c’est toujours la méthode du jin vide.
2.所謂結者,乃因對方掤勁不夠,虛而不明,不足感覺對方勁之所在,故須以己之氣,增加於掤勁之內,逼迫對方不得不表示其勁,此種動作,乃補於人之法也,倘己之掤度過弱,不能與對方發生沾黏功效必須貫之以氣,使其中有膨勃之意,此補於己之法也。故補必須以氣補,不可以力補,若用力則為頂矣。故此種補之名詞,無論於己於人,均為結氣法。
- Joindre (結) : lorsque le parement de l’autre est insuffisant, vide sans netteté, et qu’on ne sent pas où se trouve son jin, il faut ajouter son propre souffle à l’intérieur du parement et contraindre l’autre à manifester son jin — c’est le moyen de compléter l’autre. Et si son propre parement est trop faible pour produire l’effet d’adhérer à l’autre, il faut y faire passer le souffle, y mettre une intention de gonflement — c’est le moyen de se compléter soi-même. Ce complément doit se faire par le souffle et non par la force : par la force, ce serait heurter. Aussi ce mot de complément, qu’il s’applique à soi ou à l’autre, désigne-t-il la méthode de joindre le souffle.
3.所謂挫者,乃因壓迫過甚,非空所能應付,故須用身法,使己之勁向下沉而後落,以化其勁,卽裏抽絲之勁者,若挫極則為捲,其功用是在瀉之內,加以引勁之勁,牽動對方之根也。
- Rabattre (挫) : lorsque la pression est trop forte pour que le vider y suffise, il faut user de la méthode du corps, faire descendre son propre jin vers le bas puis le faire tomber, pour neutraliser celui de l’autre — c’est le jin du tirage de soie intérieur ; poussé à l’extrême, le rabattre devient enrouler. Son effet est d’ajouter au déversement un jin d’entraînement qui ébranle la racine de l’autre.
4.所謂揉者,乃因對方之勁過弱,補之尚嫌不足,故以身法變換己之勁,微向外行而上起,以化其勁,卽外抽絲之勁也,若揉極則為放其功用在補之內,加以外反之勁,牽動對方之根也。
- Pétrir (揉) : lorsque le jin de l’autre est trop faible et que le complément ne suffit plus, il faut, par la méthode du corps, changer son propre jin, le faire légèrement aller au-dehors et monter, pour neutraliser celui de l’autre — c’est le jin du tirage de soie extérieur ; poussé à l’extrême, le pétrir devient lâcher, et son effet est d’ajouter au complément un jin de renversement vers l’extérieur qui ébranle la racine de l’autre.
總之空結挫揉四字之運用,完全視對方之情形而後動,可謂完全屬於被動之字也。
En somme, l’emploi de ces quatre mots dépend entièrement de la situation de l’autre et ne se meut qu’après elle : on peut dire qu’ils sont entièrement passifs.
蓋從己多生滯,從人則易活也。因捨己從人,方能感覺人勁之大小,彼我之輕重,惟感覺之生,乃固己之動作,己與對方發生沾黏連隨之後,而生隨方就圓,隨曲就伸之功也。因能隨方就圓,方能辨別對方勁之方向,而後明瞭人之意念如何,來去如何,長短如何也,若不善從人,勢必由己,是為主觀,有主觀,則心滯,能從人,則為客觀,有客觀心,則意活,故能從人,手上便有分寸,乃秤彼勁之大小也,方為懂人勁之功夫也,但人之失敗,亦在捨己從人因從中自有分寸,若盲從不止,必至陷己於不拔之地,而無法回救其身,反受從人之害矣;故從人有一定範圍,過此則須接續其勁,轉換其身手,從中略加變化而後再從之,卽再加一圈,是為接勁之法也,不然乃捨己以徇人矣,故從人並非難事,所難者在從人者,己身仍須得機得勢耳,因為在從人中,己身仍能得勢,則對方易感於不得勢,其中空𨻶自生,得機亦可作到矣,因是在從人中,自可佈成可蓄可發之局面則從人之時,卽是攻擊之時矣。無須將從人與攻擊分為二時期,其直接了當時機迅速何等爽利也,茲舉例如下:
Car suivre soi-même engendre surtout l’engorgement ; suivre l’autre rend aisé et vif. C’est en s’oubliant pour suivre l’autre qu’on peut sentir la grandeur du jin adverse et le poids de l’un et de l’autre ; et c’est de cette sensation que naît la solidité de son propre mouvement. Une fois établi, entre soi et l’autre, le coller, adhérer, lier et suivre, naît l’effet de suivre le carré et de s’ajuster au rond, de suivre la courbure et de s’étendre vers le droit. Parce qu’on suit le carré et s’ajuste au rond, on distingue la direction du jin adverse, et l’on comprend alors quelle est son intention, comment il va et vient, quelle est sa longueur. Qui ne sait suivre l’autre retombe forcément sur soi : c’est la subjectivité, et la subjectivité engorge le cœur. Savoir suivre l’autre, c’est l’objectivité, et un cœur objectif rend l’intention vive. Aussi, savoir suivre l’autre donne-t-il à la main la juste mesure : c’est peser la grandeur du jin adverse, c’est le travail de comprendre le jin d’autrui. Mais la ruine de l’homme vient aussi de là : il y a dans le fait de suivre une juste mesure, et si l’on suit aveuglément sans s’arrêter, on se met dans une position d’où l’on ne peut plus se dégager ni se sauver, et l’on souffre du mal qu’on voulait éviter. Aussi le suivre a-t-il ses limites : passé ce point, il faut reprendre son jin, changer la position du corps et des mains, y introduire quelque modification, puis suivre de nouveau — c’est-à-dire ajouter un cercle : c’est la méthode de la reprise du jin. Sinon, c’est s’oublier pour se plier à l’autre. Suivre n’est donc pas chose malaisée ; ce qui est malaisé, c’est que celui qui suit doit lui-même garder la position et le moment. Car si, tout en suivant, on garde la position, l’autre sent aisément qu’il l’a perdue, la faille se produit d’elle-même et le moment peut être saisi. Ainsi, dans le fait de suivre, on dispose d’emblée une situation où l’on peut emmagasiner et émettre : le temps où l’on suit est le temps où l’on attaque. Il n’est pas besoin de séparer le suivre de l’attaque en deux périodes ; et quelle netteté, quelle promptitude, quel tranchant dans cette immédiateté ! En voici des exemples :
推手捨己之轉換時,接勁接得上否? 捨己之走化時,得勢否,有無俯仰之病? 從人之粘定時,得勢吾,有無斷接之病?
Dans la poussée des mains, au moment de la conversion où l’on s’oublie, parvient-on à reprendre le jin ? En cédant et neutralisant par oubli de soi, garde-t-on la position, et n’y a-t-il ni penchement avant ni renversement en arrière ? Quand on suit l’autre en collant et fixant, garde-t-on la position, et n’y a-t-il pas la maladie de la rupture ou de la reprise ?
如均能作到,則捨己從人之攻成已。
Si l’on peut faire tout cela, l’œuvre de s’oublier pour suivre l’autre est accomplie.
Neuvième étape : connaître soi et connaître l’autre (第九段 知己知彼之要求)
知己係運知,知彼係動覺,卽在鍛鍊有素之後,一舉一動,可以覺悟己勁之所在,及氣之所行也。如欲知彼又須在知己之後,因能以心行氣,以氣運身,先使己身從心之度化,而變化之,乃可從人之變化以變化之從而化之,是為知彼,能知己知彼;則內中有空結挫揉以調節之,拿掉要給以制之;而後雙方沾粘如一;倘能沾黏,則可以行收放,若收放至七分時,卽須停住,以施聽勁之法,因至此地步,在個人言之,乃變換蓄發之適當度數,以對方言之,至此地位不得不表示反應之勁矣。所以在此地位,停之以聽勁,免得發時與對方發生抗頂之病,方可發得人出也。夫練習太極拳者,莫不知有聽勁之法,然須明白聽之時也。並非雙方之手,搭上時卽可聽勁也。所以非至此地點,不可用聽勁之法,卽能聽之,亦無所用也。若在七分時,己身藏有捲放之勢,張弓以待聽,有左行之勢;則借其勢行順蓄以外發之;若右行則行逆蓄以外發之,所以太極拳呼聽勁為發勁之先聲也。蓋此地步乃可蓄以手走而身蓄,乃可發以身正,而脊發也。因此種蓄發施之於人,人無滑走變換之機會,方可收用聽勁以發勁之效也。陳譜云:虛籠詐誘只為一轉,來脈得勢轉關何難,正為此而言也。有此聽勁之轉關法,在而後自可引進以落空,行四兩撥千斤之功矣。所謂引進落空者,乃纏接閃還四字也。總之曰化勁。四兩撥千斤者,乃撩逗了抖四字也。總之曰發勁。處於何時應纏接閃還。何時應撩逗抖了。非如彼不能適其用。非知己不能運其法。如不能知己之勁,何能引彼以進自己之圈內,而使之落空哉!如不知彼之勁,何能加之四兩,卽可撥去千斤之勁乎。此所以為難也。雖然懂勁固屬以之彼為先,仍是以己為要,自己姿勢,勁別神氣,及一切安擺恰當,彼以勁來,己以勁應,在彼勁將動絲毫之際,趁勢而入,接骨逗筍,以接其空𨻶,彼動彼自跌出矣!此所謂彼不動,己不動,彼微動,己先動,以借力打人也,在此時仍須以得勢為前提,如有不得勢處,便是雙重,未化要在動靜之機內,陰陽之圈裏,動分靜合中以求之;而後此病乃可去。此所謂知己知彼,而後百戰百勝也。
Connaître soi relève de la connaissance en mouvement ; connaître l’autre, de la sensation du mouvement. C’est après un entraînement soutenu que, dans chaque geste, on peut s’apercevoir de l’endroit où se trouve son jin et de celui où passe le souffle. Vouloir connaître l’autre vient nécessairement après s’être connu soi-même : car si l’on peut conduire le souffle par le cœur, et le corps par le souffle, si l’on fait d’abord passer son propre corps par les degrés que le cœur lui assigne, on pourra ensuite épouser les transformations de l’autre, se transformer avec elles et les transformer — voilà connaître l’autre. Quand on se connaît et connaît l’autre, on a au-dedans le vider, joindre, rabattre et pétrir pour régler l’échange, et le saisir, lâcher, donner pour le contenir ; les deux parties collent alors comme une seule. Si l’on peut coller, on peut opérer ramasser et lâcher — et quand le ramasser-lâcher atteint sept parts, il faut s’arrêter pour appliquer la méthode d’écoute du jin. Car à ce point, pour soi, on est au juste degré des transformations de l’emmagasiner-émettre ; pour l’autre, il est bien forcé de manifester un jin de réaction. C’est donc là qu’il faut s’arrêter pour écouter le jin, afin d’éviter qu’à l’émission ne naisse entre les deux un heurt ou une résistance, et pour pouvoir émettre en le faisant sortir. Nul, parmi ceux qui pratiquent le taiji quan, n’ignore la méthode d’écoute du jin ; mais il faut comprendre le moment d’écouter. Ce n’est pas dès que les mains se touchent qu’on peut écouter le jin : c’est pourquoi, hors de ce point précis, la méthode d’écoute n’est pas employée ; et lors même qu’on écouterait, on n’en ferait rien. Aux sept parts, le corps contient une disposition d’enrouler et de lâcher, comme un arc bandé prêt à écouter : si l’autre va vers la gauche, on emprunte son élan pour emmagasiner dans le sens direct et émettre au-dehors ; s’il va vers la droite, on emmagasine dans le sens inverse et émet au-dehors. C’est pourquoi le taiji quan appelle l’écoute du jin l’avant-coureur de l’émission. À ce point, on peut emmagasiner en faisant passer les mains et en emmagasinant dans le corps, et émettre le corps droit en émettant depuis la colonne. Un tel emmagasiner-émettre, appliqué à l’autre, ne lui laisse aucune chance de glisser, de céder ou de se transformer : alors seulement l’écoute du jin portée à l’émission produit son effet. Le recueil de Chen dit : « la feinte et l’appât ne sont qu’une rotation ; une fois la veine d’arrivée obtenue, qu’y a-t-il de difficile à tourner l’articulation ? » C’est précisément de cela qu’il parle. Avec cette méthode d’écoute et de pivot, on peut ensuite attirer en avant pour faire tomber dans le vide et réaliser l’effet de quatre onces contre mille livres. Ce qu’on appelle attirer en avant et faire tomber dans le vide, ce sont les quatre mots : enrouler, joindre, esquiver, revenir (纏接閃還) ; on les résume en disant « jin de neutralisation ». Quatre onces contre mille livres, ce sont les quatre mots : provoquer, taquiner, achever, secouer (撩逗了抖) ; on les résume en disant « jin d’émission ». Quand faut-il enrouler, joindre, esquiver, revenir ? Quand faut-il provoquer, taquiner, secouer, achever ? Sans connaître l’autre, on ne peut ajuster l’usage ; sans se connaître, on ne peut conduire la méthode. Si l’on ne connaît pas son propre jin, comment attirer l’autre dans son propre cercle et l’y faire tomber dans le vide ? Si l’on ne connaît pas le jin de l’autre, comment y ajouter quatre onces et écarter ses mille livres ? Voilà ce qui rend la chose difficile. Pourtant, si la compréhension du jin commence par la connaissance de l’autre, c’est encore soi-même qui est l’essentiel : sa posture, la distinction de ses jin, son esprit et son souffle, tout étant bien en place, quand l’autre vient avec son jin, on répond avec le sien ; au moment où son jin va bouger d’un cheveu, on entre avec l’élan, on joint l’os et l’on emboîte l’articulation, on se joint à sa faille, et il bouge — et de son propre mouvement il tombe au-dehors. C’est ce qu’on dit : si l’autre ne bouge pas, je ne bouge pas ; s’il bouge un peu, je bouge avant lui — frapper en empruntant sa force. Encore faut-il alors avoir pour condition première la position : s’il est un point où on ne l’a pas, c’est le double poids, et faute de l’avoir neutralisé, il faut le chercher dans la mécanique du mouvement et du repos, dans le cercle du yin et du yang, dans la séparation du mouvement et la réunion du calme. Alors seulement cette maladie peut disparaître. C’est ce qu’on appelle : connaître soi et connaître l’autre, et alors cent combats, cent victoires.
以上九段,乃按照各譜之精華,融和原理以編成者,按段求進,乃學習者練習應有之方針,若越級而上;則難免有欲速不達之苦,反之愈求愈遠矣。
Les neuf étapes ci-dessus ont été composées en combinant l’essentiel des divers recueils et en y fondant les principes : avancer étape par étape est la ligne de conduite que l’apprenant doit suivre. Qui saute les degrés connaîtra la peine de vouloir aller vite et de n’y point parvenir ; et, à l’inverse, plus il se hâtera, plus il s’éloignera du but.
由第七段至第九段,乃推手應經過之階級,非具推手資格之後,不可學也。而推手之對方,尤須注意非有相等功夫,或精底精高者不可,與之對待,以求進步,倘貿然行之,則易傳染病之推動,是求進反退矣。
Les septième, huitième et neuvième étapes sont les degrés par lesquels la poussée des mains doit passer ; on ne les abordera pas avant d’avoir qualité pour la poussée des mains. Et pour le partenaire, il faut veiller à ne travailler qu’avec un pratiquant de niveau égal ou supérieur : c’est en se mesurant à lui qu’on progresse. Si l’on s’y lance à la légère, on risque de contracter ses défauts par contagion, et de reculer en croyant avancer.
總之以上走架子之三步審查法,乃根據工心解之原則,推手之三步審查法,乃根據太極拳論之原則,太極拳論:八門之勁別分淸法,與五步之運用,係根據王譜之八門五步用功法,及黃譜之步法,所合編而成,太極拳練習之程序,係根據李譜之原則,統此三部,均本科學之精神,加以說明,使初學者,得一修練之方針,高深者得一自省之方法,不論授者,為何種架子,不論學者為何派之太極拳,如能按照其創造之元理,以運使一切,均可呼之為眞正之太極拳。至架子之長短,或前後之倒置,均無關宏旨,倘所練之架子,不能如工心解所規定。所習之推手,不能如太極拳論之所指示,架子內勁別不分,步法不合,練習不按程序,動作毫無意義,卽由王宗岳氏所親授者,亦不能稱之為太極拳也。蓋言行不能一致;則太極拳原理已失,安能以輕治重,以慢治快乎?太極拳論有云:差之毫釐,失之千里,學者不可不詳辨焉。此乃先哲諄諄以告誡後學者也。在後學者,豈可堅持成見,用力勝人,用快打慢,以負先哲之期望乎?所以吾人應兢兢業業,把住此遺留之標準,研究,其眞義,範圍其練習,則事半而功倍,不致徒入寶山而空還矣。現時學習此拳者,每感於聚訟盈庭,莫衷一是之苦。若本此拳譜遺流之論,加以琢磨,自可免去許多無謂之爭執,何者為眞正太極拳,自可由工心解,太極拳論,及八門五步之義意,審查是否相合,以答覆其問矣。
En somme, les trois examens du travail de l’enchaînement reposent sur les principes du Xinggong xinjie (« Explication du travail et de la pratique ») ; les trois examens de la poussée des mains, sur ceux du Taiji quan lun. La distinction des huit jin et l’emploi des cinq pas sont empruntés aux méthodes des huit portes et des cinq pas du recueil de Wang et aux méthodes de pas du recueil de Huang, fondus en un seul exposé ; la progression de l’étude suit les principes du recueil de Li. Ces trois parties sont toutes exposées dans un esprit scientifique : elles donnent au débutant une ligne de conduite et à l’avancé un moyen de s’examiner. Quel que soit l’enchaînement enseigné, quelle que soit l’école de taiji quan où l’on étudie, si l’on meut tout selon les principes originels qui l’ont créé, on peut appeler cela un véritable taiji quan. La longueur de l’enchaînement, ou l’interversion de ses parties, n’a pas grande importance ; mais si l’enchaînement pratiqué ne répond pas aux prescriptions du Xinggong xinjie, si la poussée des mains ne suit pas les indications du Taiji quan lun, si les jin ne s’y distinguent pas, si les pas ne conviennent pas, si la pratique ne suit pas l’ordre, si les mouvements n’ont aucun sens, alors même qu’on l’aurait reçu de Wang Zongyue en personne, on ne pourrait l’appeler du nom de taiji quan. Car si les actes ne s’accordent pas aux paroles, les principes du taiji quan sont perdus : comment vaincrait-on le lourd par le léger et le rapide par le lent ? Le Taiji quan lun dit : « d’un cheveu d’écart au départ, l’erreur de mille li » — l’étudiant ne peut y regarder de trop près : c’est l’avertissement que les anciens maîtres adressent avec insistance à ceux qui viennent après eux. Comment ceux-ci pourraient-ils s’en tenir à leurs préventions, vaincre par la force et frapper le lent par le rapide, décevant l’attente des anciens ? Nous devons donc, avec zèle et scrupule, tenir ferme l’étalon qui nous a été légué, en étudier le sens véritable, y ramener notre pratique : alors l’ouvrage sera à demi fait pour un double fruit, et nous ne serons pas entrés en vain dans la montagne aux trésors. Ceux qui étudient aujourd’hui cette boxe souffrent souvent de voir les avis s’affronter comme au tribunal, sans pouvoir s’accorder. Si l’on médite les écrits légués par les recueils, on s’épargnera bien des querelles vaines : ce qui est le véritable taiji quan, on pourra le vérifier en examinant si cela s’accorde avec le Xinggong xinjie, le Taiji quan lun et le sens des huit portes et des cinq pas — et l’on aura ainsi la réponse à la question.
Annexe : Dictionnaire des termes du taiji quan (附太極拳術語辭典)
凡一種專門學術,常有一種術語,以資簡單代表應用之方法,此種術語,多係習慣上所染成者,亦有因俗語而漸成者,有時字面與意義完全不同者,亦有按照字面內中毫無意義可言者,惟經過多年之後,一再傳授,則為確定之名詞,轉視為當然矣,學習太極拳者,如不知太極拳術語之裏面,徒為字面意義所拘束,則不易得到正確運動之精神,倘聯想易經及神秘之名詞,作為根據,是有實數而不用,反求代數以成抽象說明,可謂之開倒車矣,未免愈錯愈遠,離開拳術之本題矣,料想現時懷疑太極拳之名詞意義者,大有人在,蓋解釋不一,意見紛紛,令人心中具有苦悶難言之槪,而無所適從,至欲求上進者,因此項詞意之不明,如入五里霧中,各有摸索,於修練上多有妨礙矣,茲為便利學習計,似應有一種確定之解說,以範圍其用,而後本此解說以努力前進,則不致差之毫釐失之千里矣,茲分項說明如下,
Toute discipline spécialisée possède ses termes propres, qui servent à représenter brièvement ses méthodes d’application. Ces termes sont le plus souvent nés de l’usage, parfois d’expressions populaires ; il en est dont le sens littéral et le sens réel n’ont rien de commun, et d’autres qui, pris à la lettre, n’ont aucun sens. Mais après des années de transmission répétée, ils sont devenus des termes fixes, tenus pour aller de soi. Or celui qui étudie le taiji quan, s’il ne pénètre pas l’intérieur des termes de l’art et se laisse seulement lier par le sens littéral, obtiendra difficilement l’esprit juste du mouvement ; et s’il va chercher des termes du Yijing et des mots mystérieux pour s’y appuyer, c’est qu’ayant des nombres réels à sa disposition il recourt à l’algèbre et se paie d’explications abstraites : c’est reculer, et s’écarter de plus en plus du sujet même de la boxe. Je pense que, de nos jours, ceux qui doutent du sens des termes du taiji quan ne sont pas rares : les explications divergent, les avis foisonnent, et l’on en reste avec une amertume difficile à dire, sans savoir à quoi se tenir. Ceux qui veulent progresser, parce que le sens de ces termes n’est pas clair, errent comme dans un brouillard à cinq lieues, chacun tâtant son chemin, ce qui gêne beaucoup la pratique. Pour faciliter l’étude, il paraît donc nécessaire de donner une explication arrêtée, qui borne l’usage des mots ; en s’y tenant et en avançant avec effort, on évitera l’écart d’un cheveu qui fait perdre mille li. J’expose donc les articles un à un.
掤勁 (peng jin), jin de parement : le jin qui cherche l’élasticité. Par le travail du souffle, il se continue et se répand à l’intérieur, de sorte que corps et mains sont comme une bande de caoutchouc gonflée d’air.
捋勁 (lü jin), jin de tirer : le jin qui cherche la friction. C’est un parement déplacé vers l’intérieur et le bas, faisant que les points de contact se pressent l’un contre l’autre pour produire une friction.
擠勁 (ji jin), jin de presser : le jin de la réunion de deux forces. Deux jin de directions différentes se croisent en un foyer et s’émettent ensemble dans une direction nouvelle.
按勁 (an jin), jin de pousser : le jin qui presse vers le bas sans se séparer. Il fixe un point chez l’autre pour y faire naître une réaction élastique, sans le laisser glisser ni s’agiter.
採勁 (cai jin), jin de cueillir : le jin qui divise les deux forces. On saisit un point et on le divise, forçant l’autre à révéler d’où part sa force et empêchant toute main huilée.
挒勁 (lie jin), jin de déchirer : le jin du coup qui frappe le tambour. On tourne pour accumuler une élasticité accrue, puis on émet soudain, avec la possibilité d’entrer à l’intérieur.
肘勁 (zhou jin), jin de coude : le jin qui se convertit en frappe du coude. Conversion sur le bras, au-dessus et au-dessous du coude, pour l’attaque soudaine : c’est la deuxième ligne de défense du déchirer.
靠勁 (kao jin), jin d’appui : le jin qui, par rotation, renverse à partir du corps. Conversion sur une partie du corps pour faire tomber le corps de l’autre : troisième ligne de défense du déchirer.
沾勁 (zhan jin), jin de toucher : s’arrêter sur un point sans le quitter. On se fixe sur une chose comme si l’on y prenait racine, sans jamais abandonner ce point, quoi qu’il arrive.
黏勁 (nian jin), jin d’adhérer : jin contenant de la glu, qui se déplace. On adhère étroitement à la chose touchée et l’on tourne sans quitter sa surface.
連勁 (lian jin), jin de lier : le jin qui, dans le recul, contient un entraînement. On prolonge le jin de l’autre à l’intérieur de son propre cercle pour le saisir.
隨勁 (sui jin), jin de suivre : le jin qui, dans l’avance, contient un entraînement. On prolonge son propre jin dans le cercle de l’autre pour frapper et émettre.
空勁 (kong jin), jin de vider : vider le jin d’autrui. Sans lui opposer de heurt, on tourne de côté pour déverser son jin et le faire tomber dans le vide.
結勁 (jie jin), jin de joindre : compléter le jin d’autrui. Pour qui a le jin aplati, on complète du sien, afin que le contact soit étroit et permette d’entraîner.
挫勁 (cuo jin), jin de rabattre : le jin du renversement vers l’intérieur et le bas. On passe à une posture d’enroulement interne inverse pour vider son jin et lui ôter la position.
揉勁 (rou jin), jin de pétrir : le jin de la rotation directe vers l’extérieur et le haut. On passe à une posture d’enroulement externe direct pour disperser et neutraliser son jin.
纏勁 (chan jin), jin d’enrouler : le jin de la vis qui tourne autour du point. On tourne en enlaçant le point, de sorte qu’il ne puisse s’échapper.
接勁 (jie jin), jin de reprendre : prolonger son propre jin. On continue son jin pour l’allonger, et l’on peut y joindre celui d’autrui pour n’en faire qu’un.
逗勁 (dou jin), jin d’emboîter : le jin qui, comme une mortaise, entre dans la jointure. On continue le jin de l’autre et l’on forme avec lui une ligne opposée.
抖勁 (dou jin), jin de secouer : le jin de la secousse soudaine. Après avoir enroulé et emmagasiné tout le corps, on éclate brusquement.
閃勁 (shan jin), jin d’esquiver : le jin qui s’écarte par le côté. On tourne le corps pour neutraliser le jin au lieu de s’y opposer de front.
還勁 (huan jin), jin de revenir : enrouler au-dedans et renvoyer au-dehors. On ravit son jin, et sans interruption on revient pour lâcher.
撩勁 (liao jin), jin de provoquer : le jin qui attire et fait sortir. On tourne en pressant son point pour susciter une réaction que l’on retient.
拿勁 (na jin), jin de saisir : saisir par articulation. On use du jin des doigts pour envelopper à vide une partie du corps ou de la main de l’autre.
換勁 (huan jin), jin de changer : déplacer la partie qui fournit le jin. On transfère le jin d’un segment à un autre pour neutraliser.
了勁 (liao jin), jin de l’achèvement : lâcher soudain pour marquer de la main. On saisit l’inattendu, on entre par la faille et l’on frappe, sans distinguer s’il s’agit de déchirer, de lâcher ou d’émettre.
受勁 (shou jin), jin de recevoir : quand l’autre donne, je reçois. Le jin de l’autre venant, on l’enroule et on le recueille sans trouble.
給勁 (gei jin), jin de donner : quand l’autre en veut, je donne. S’il demande du jin, on ne lésine pas : on l’envoie résolument, en s’affaissant pour le donner.
捲勁 (juan jin), jin d’enrouler : le grand cercle se change en petit. Par l’enroulement inverse, on passe du grand cercle extérieur au petit cercle intérieur.
放勁 (fang jin), jin de lâcher : le petit cercle se change en grand. Par l’enroulement direct, on forme le grand cercle extérieur à partir du petit cercle intérieur.
蓄勁 (xu jin), jin d’emmagasiner : devenir un arc de jin. On accroît le parement, on enroule et l’on retient : un arc bandé en attente.
發勁 (fa jin), jin d’émettre : faire brusquement sa nature droite. Par la détente de l’élasticité, on émet son jin, sans se soucier si c’est déchirer ou lâcher.
兩儀 (liangyi), les deux principes : le couple de forces parallèles. Le tirage de soie direct et le tirage à rebours employés l’un par l’autre forment ce couple.
虛實 (xushi), vide et plein : la déviation du centre de gravité. Tout le centre de gravité doit se mouvoir dans les deux tiers, en gardant une marge de déviation.
平準 (pingzhun), la balance : se tenir droit et centré, sans penchement ni inclinaison du corps.
沾點 (zhandian), le point de contact : si cela vient verticalement, on touche horizontalement ; si cela vient horizontalement, on touche verticalement. On cherche le contact selon la direction du levier.
缺陷 (quexian), le creux : le souffle n’est pas plein. Une partie du corps manque de parement.
陰陽 (yinyang), le yin et le yang : deux choses différentes et opposées. D’un côté lâcher, sortir, émettre, ouvrir, le dur, la chair, l’usage, le souffle, le corps, le martial ; de l’autre recueillir, entrer, emmagasiner, fermer, le souple, l’os, la substance, le principe, le cœur, le civil.
聽勁 (ting jin), écouter le jin : attendre en silence que l’autre manifeste son jin. Quand il est collé et fixé, on attend son moindre mouvement pour le devancer.
得關 (de guan), obtenir la faille : il y a une faille où entrer, et l’on en profite.
得勢 (de shi), obtenir la position : le centre de gravité est stable ; sa déviation ne dépasse pas les deux tiers de la distance des deux pieds, ce qui permet d’agir avec aisance.
開展 (kaizhan), déployer : agrandir le cercle du mouvement, en allongeant les articulations internes des mains et des pieds.
緊湊 (jincou), resserrer : réduire le cercle du mouvement, en recueillant le jeu des membres et en menant le corps par le souffle.
八卦 (bagua), les huit trigrammes : les huit espèces de jin. Dans le mouvement, la position où l’on emploie la force étant différente, on les distingue en huit.
五行 (wuxing), les cinq phases : les cinq directions du pas. Dans le mouvement, l’orientation du pas étant différente, on les distingue en cinq.
摺疊 (zhedie), plier : quand l’intention va vers le haut, elle loge le bas, en un mouvement contraire. Aller droit exige de commencer par son contraire, et aller à rebours par son droit.
借力 (jie li), emprunter la force : donner à l’autre une force d’accélération. On colle un point, on suit la direction qu’il prend et on l’entraîne avec une force accélérée.
氣功 (qigong), le travail du souffle : exercice d’oxydation. On s’entraîne à accroître l’oxygène du sang et à le faire circuler sous la direction de l’esprit et de la volonté.
牽動 (qiandong), entraîner : renverser et pencher d’un côté pour tirer. On se sert du jin de la pesanteur penchée comme d’un moteur pour attirer tout le jin du dehors.
順抽絲 (shun chousi), tirer la soie en direct : tourner vers l’extérieur et le haut. C’est le tirage offensif, qui sert à presser le jin de l’autre.
逆抽絲 (ni chousi), tirer la soie à rebours : tourner vers l’intérieur et le bas. C’est le tirage de secours et de défense, qui sert à vider le jin de l’autre.
接骨逗筍 (jie gu dou sun), joindre l’os et emboîter la mortaise : chercher la force centripète. On cherche le point de la force centripète, puis on émet, juste sur le centre de gravité de l’autre.
運化主宰 (yun hua zhu zai), le maître du mouvement et de la neutralisation : la force centrifuge pour fondement. Tout mouvement prend les reins et la colonne pour centre, afin de neutraliser le jin d’autrui.
神氣鼓盪 (shen qi gu dang), l’exaltation de l’esprit et du souffle : l’esprit et le souffle vifs et relevés. Dans la conduite du jin, le souffle suit l’esprit, l’esprit suit l’intention, et tout circule et se déploie.
上下相隨 (shang xia xiang sui), le haut et le bas se suivent : la main et le pied se partagent le vide et le plein. Du même côté, quand la main s’alourdit le pied se vide, quand la main se vide le pied se remplit.
周身一家 (zhou shen yi jia), le corps entier, une seule maison : toutes les articulations se continuent comme une ; si une partie bouge, rien ne reste immobile.
收歛入骨 (shou lian ru gu), se recueillir jusqu’aux os : cacher l’esprit et le souffle à l’intérieur. On donne aux tendons de tout le corps l’intention de s’allonger pour agir.
懂勁 (dong jin), comprendre le jin : se connaître et connaître l’autre. La sensation du corps et des mains devient fine et l’on discerne les mouvements et les transformations du jin adverse.
兩膊相繫 (liang bo xiang xi), les deux bras liés : entre les deux bras, comme un fil qui les attache, pour agir.
兩腿相隨 (liang tui xiang sui), les deux jambes se suivent : entre elles aussi, comme un lien. On accroît l’élasticité entre les deux jambes, de sorte que si l’une fait un grand pas, l’autre doit suivre.
虛領頂勁 (xu ling ding jin), suspendre le sommet dans le vide : il y a au sommet un parement vers le haut. Le sommet de la tête est suspendu comme si un fil le retenait par le haut.
含胸拔背 (han xiong ba bei), contenir la poitrine et étirer le dos : on ne laisse pas la poitrine saillir, il faut la contenir. Le dos ayant l’intention de s’allonger, la poitrine se contient d’elle-même.
沉肩墜肘 (chen jian zhui zhou), affaisser les épaules et laisser tomber les coudes : on ne laisse pas coudes et épaules se relever. On fait descendre les coudes, et les épaules, liées, s’affaissent d’elles-mêmes.
鬆腰開跨 (song yao kai kua), détendre les reins et ouvrir les hanches : les reins sont comme une ceinture — et la ceinture, parce qu’elle peut tourner, mérite ce nom de lien. Le coccyx droit pour se tenir debout : alors les reins se détendent, et les hanches s’ouvrent d’elles- mêmes.
頂病 (ding bing), la maladie du heurt : sortir de la tête avec excès. Le parement est trop fort, la pointe fait saillie et pousse vers le haut comme un jin engorgé et bombé.
匾病 (bian bing), la maladie de l’aplatissement : le parement trop faible. On n’emploie pas le parement à son degré, les deux parties ne peuvent plus vivre, il n’y a qu’apparence.
丟病 (diu bing), la maladie du lâcher : quitter le point de contact. La main ne contient pas d’élasticité et s’éloigne trop vite : elle ne peut plus lier l’autre.
抗病 (kang bing), la maladie de la résistance : répondre trop vite et se heurter. On répond, mais trop tôt, d’où le choc.
俯病 (fu bing), la maladie du penchement : le corps se penche en avant en bombant le bas du dos, et le centre de gravité dépasse la pointe des pieds.
仰病 (yang bing), la maladie du renversement : se renverser en arrière en bombant la poitrine, et le centre de gravité dépasse les talons.
斷病 (duan bing), la maladie de la rupture : le jin se rompt et l’intention se rompt avec lui.
接病 (jie bing), la maladie de la reprise : on croit reprendre et l’on ne reprend pas. La reprise se fait ailleurs que sur le point : en apparence le contact est continu, en réalité le jin ne l’est pas.
以上七十二項名詞乃太極拳常用之名詞,凡傳習太極拳者,莫不知之,而樂引其詞於所授方法之中,惟解說意義,常有不同,有是有非,致就學於彼者,悞於所授之謬解,往往以先入為主,不復計及實在如何,反盡力擁護其說於不知不覺間,自身已隨其悞解趨入歧途矣,功夫進步旣遲,所得效果自微,徒勞往返,有負熱心學習此業之旨矣,足見名詞解說適當與否,關係所練之成績甚重且大,如上列所有名詞,乃練習太極拳所常用者,茲根據力學原理以譯之,附以英文,以資易於明瞭,至譯出之意,均本此拳精義而來,並不拘以以字面,解作為標準,願世之同好此拳者,審查自身之所練有無含藏此等名詞之類目在內,如有之,是否作此解說,如是之,則請將此等名詞,一一實現於練法用法之中,自不致有名無實,似是而非之太極拳矣。
Ces soixante-douze termes sont ceux dont le taiji quan use couramment. Nul qui enseigne cet art ne les ignore, et chacun aime à les citer dans ce qu’il transmet ; mais les explications varient, justes ou fausses, en sorte que l’élève d’un maître se laisse prendre à ses interprétations erronées : l’idée première occupant l’esprit, il ne pèse plus ce qu’il en est en réalité, et, sans s’en apercevoir, défend de toutes ses forces une doctrine qui l’a déjà fait dévier. Dès lors le progrès est lent, le résultat mince : on va et vient en vain, et l’on trahit le zèle qui avait porté à apprendre. On voit par là combien la justesse des définitions importe au résultat du travail. Tous les termes ci-dessus sont d’usage courant dans la pratique du taiji quan ; je les ai traduits d’après les principes de la mécanique, en y joignant l’anglais pour plus de clarté, et le sens que j’en donne procède de l’essence de cet art, sans s’astreindre au sens littéral. Je souhaite que ceux qui aiment cette boxe examinent si leur propre pratique contient de telles notions, et, dans ce cas, si elles y répondent à ces définitions ; et qu’alors ils réalisent ces termes un à un dans leur méthode d’entraînement et d’application, afin de ne pas produire un taiji quan qui n’ait que le nom sans la réalité, et qui en ait l’apparence sans en être.
Les deux schémas de progression de l’original
L’article se termine, dans la revue de 1936, par deux schémas : la 走架子修練根本圖 (« figure fondamentale du travail de l’enchaînement », étapes 1 à 6) et la 推手修練根本圖 (« figure fondamentale du travail de la poussée des mains », étapes 7 à 9). Le premier dispose en colonnes les notions de chaque étape — la conduite du jin fondée sur la force centrifuge, le tirage de soie par rotation, la ceinture détendue et le dos arrondi pour les cercles internes, puis, de haut en bas, lâcher-émettre, joindre-pétrir, parement-presser, enrouler-emmagasiner, vider-rabattre, tirer-pousser, jusqu’à « ajuster / unifier », « vivacité », et le couple « dur, pesant, immobile / mobile, léger, souple » avec « plein / vide ». Le second place l’adversaire au centre (force centripète) et le pratiquant à la périphérie (force centrifuge), avec les huit techniques autour du cercle et les quatre mots du neutraliser et de l’émettre aux deux extrémités.
Ces deux figures ne sont pas reproduites ici. Les images jointes à la page de Brennan sont en effet des dessins au trait en niveaux de gris, détourés au plus près de l’encre avec une marge blanche uniforme de cinq pixels sur les quatre côtés et sans le grain d’une page imprimée : rien n’indique qu’il s’agisse de reproductions des figures de 1936 plutôt que de tracés exécutés par le traducteur anglais, et le doute suffit à les écarter.
Notes du traducteur
Shen Jiazhen (沈家楨, 1891-1972) : ingénieur des chemins de fer, il s’était mis au taiji quan auprès de Yang Jianhou pour fortifier sa santé, puis suivit Yang Chengfu après la mort de celui-ci, et reçut à partir de 1928 l’enseignement de Chen Fake. Président honoraire de l’Institut d’arts martiaux de Beiping, il est l’auteur de plusieurs articles de théorie parus dans les revues des années 1930 — dont celui sur les huit portes et les cinq pas, traduit sur ce site — et, en 1961, avec Gu Liuxin, du Chen shi taiji quan.
Les neuf étapes et les cinq mots de Li Yiyu : les citations mises en tête de chaque étape proviennent des écrits de Li Yiyu (李亦畬, 1832-1892), dont Shen suit l’ordre : « que l’avant des cuisses ait de la force… », « que l’esprit et le souffle se recueillent jusqu’aux os », « relevez l’esprit », « que l’esprit et le souffle soient exaltés », « que dans tout le corps il n’y ait plus de creux », « que tout le corps fasse une seule maison ». Shen note lui-même que les six premières étapes s’écartent légèrement de la lettre de Li, tandis que les trois dernières y correspondent.
Les huit portes : parer (掤), tirer (捋), presser (擠), pousser (按), cueillir (採), déchirer (挒), coude (肘), appui (靠). Shen soutient ici, comme dans son article sur les huit portes, que le parement les contient tous : les sept autres ne sont que des parements orientés autrement.
Les quatre maladies de la poussée des mains : heurter (頂), s’aplatir (匾), lâcher (丟), résister (抗). Elles répondent aux quatre qualités que l’on doit acquérir : coller, adhérer, lier, suivre.
Recueils cités : 王譜 désigne le recueil attribué à Wang Zongyue (王宗岳), dont le Taiji quan lun et le Xinggong xinjie ; 李譜 le recueil de Li Yiyu ; 楊譜 les écrits transmis dans la famille Yang ; 陳譜 ceux de l’école Chen. L’abréviation 工心解 employée par l’auteur désigne le Xinggong xinjie (行功心解, « Explication du travail et de la pratique »).
Rupture et continuité : tout le deuxième chapitre roule sur un paradoxe. Dans le tirage de soie, la continuité est absolue — pas de creux, pas de bosse, pas d’interruption. Dans le ramasser-lâcher, en revanche, il faut une rupture, sans quoi le jin ne sort pas de soi et ne peut atteindre l’autre : c’est la rupture qui « renoue », selon la formule du recueil de Wang.
La seconde routine : la liste des postures donnée à la quatrième étape appartient au répertoire de l’école Chen (Chenjiagou), dont Shen avait reçu l’enseignement de Chen Fake. L’auteur la juge plus propre que la première routine au travail de l’emmagasiner-émettre, parce que les points d’émission y sont rapprochés.
Texte chinois : 《太極拳練習之程序》 de Shen Jiazhen (沈家楨, 1891-1972), publié dans 《體育月刊》 (Éducation physique mensuelle), volume 4, numéros 7 à 12, du 29 juillet au 30 décembre 1936. Œuvre dans le domaine public (auteur mort en 1972). Texte chinois reproduit d’après l’article de Paul Brennan, « The Stages of Learning Taiji Boxing », à l’adresse https://brennantranslation.wordpress.com/2024/08/04/stages-of-learning-taiji/ — seul le texte chinois y a été utilisé ; la traduction française ci-dessus est nouvelle et n’emprunte rien à la traduction anglaise de Brennan. Les cinq images de la page de Brennan (trois figures d’arcs et les deux schémas de progression) n’ont pas été reprises : ce sont des dessins au trait détourés et sans grain de scan, dont l’origine — figures originales de 1936 ou tracés du traducteur anglais — n’a pu être établie ; par prudence sur le droit d’auteur, l’article est publié sans illustration.