Le Shaolin quan tujie (少林拳圖解, « Le Shaolin quan illustré ») est un manuel de boxe du Sud paru à Shanghai le 1er décembre 1931, aux éditions Chinese & Western Press (中西書局). Le texte est transmis par Jin Jiafu (金佳福) de Jinling — c’est-à-dire Nankin —, alors âgé de soixante-dix-neuf ans et instructeur de shaolin quan à l’Institut d’arts martiaux de la province du Jiangsu (江蘇省國術館), l’un des « cinq anciens » de la ville ; il est rédigé par Jin Yiming (金一明) de Weiyang — Yangzhou —, écrivain prolixe d’arts martiaux attaché au même Institut.

La filiation donnée par le livre est celle de la boxe dite du Sud : Gan Fengchi (甘鳳池), figure célèbre du Jiangnan au début du XVIIIe siècle, transmit à Wan Bangcai, qui transmit à Bao Yongfu, qui transmit à Xu Ganlin (徐淦林), maître de Jin Jiafu. Le shaolin quan ainsi désigné n’a donc rien à voir avec le temple de Songshan : c’est la boxe du Sud, celle que le Guangdong appelle « boxe des fleurs » (花拳). L’ouvrage ne donne pas l’intégralité de l’école mais la première des six routes (第一路), dite Chuang Shaolin (闖少林), « l’Assaut de Shaolin », et ses trente-sept postures, photographiées une à une.

Le volume s’ouvre sur dix pages de calligraphies offertes par des amis et des collègues, neuf portraits, puis une préface de Wu Xingu, une seconde préface, les quatre quatrains de Jin Tie’an et la longue préface de l’auteur. Viennent ensuite la théorie — sens véritable, filiation, chants des postures, de la progression, de l’esquive et du travail, les cinq méthodes, les cinq postures de base, les techniques de main et de jambe —, le tableau d’orientation des postures, les trente-sept figures commentées et, pour finir, un essai sur la fausse querelle des écoles interne et externe.

Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.

Page de titre (書名頁)

少林拳圖解

傳授者 金陵金佳福

作文者 維揚金一明

金佳福 金一明 合著

« Le Shaolin quan illustré » (少林拳圖解).

Transmission : Jin Jiafu (金佳福) de Jinling [Nankin]. Rédaction : Jin Yiming (金一明) de Weiyang [Yangzhou].

Ouvrage composé par Jin Jiafu et Jin Yiming.

Publié par la Chinese & Western Press (上海中西書局發行), 1er décembre 1931.

Page de titre de l’édition de 1931, titre calligraphié par Sun Shaojiang

Calligraphies liminaires (題字)

南派真傳

區懷白

« Authentique transmission de l’école du Sud. » — Calligraphie de Ou Huaibai (區懷白).

Inscription « authentique transmission de l’école du Sud » par Ou Huaibai

少室闡微

何玉書

« Les subtilités de Shaoshi mises en lumière. » — Calligraphie de He Yushu (何玉書), chef du département de l’Agriculture et des Mines du Jiangsu, cité plus loin dans la préface de l’auteur.

Inscription « les subtilités de Shaoshi mises en lumière » par He Yushu

似剛實柔。似方實圎。是為少林拳之第一路。其式簡而理則玄之又玄。不有一老一壯兩君之合論。夫又誰為之宣傳。

吳江錢自嚴敬題

« D’apparence dure, en réalité souple ; d’apparence carrée, en réalité ronde : voilà la première route du shaolin quan. Ses formes sont simples et son principe est mystère sur mystère. Sans le travail commun d’un vieux maître et d’un jeune lettré, qui donc l’aurait fait connaître ? »

Hommage respectueux de Qian Ziyan (錢自嚴) de Wujiang.

Inscription en vers de Qian Ziyan de Wujiang

老當益壯

侯鎮平題

« La vigueur croît avec l’âge. » — Calligraphie de Hou Zhenping (侯鎮平) ; la formule est tirée du Livre des Han, biographie de Ma Yuan.

Inscription « la vigueur croît avec l’âge » par Hou Zhenping

蒼顏白髮氣如虹。壯志寄爾意亦雄。

識得君家雙傑在。金毫吹劍夜燈紅。

陳祖同

Visage chenu et cheveux blancs, le souffle pareil à un arc-en-ciel ; tu gardes une ambition virile, et ton dessein est héroïque. Savoir que deux héros se tiennent dans ta maison : au pinceau d’or, soufflant sur l’épée, la lampe rouge de la nuit.

Poème de Chen Zutong (陳祖同).

Poème calligraphié par Chen Zutong

獨得真諦

陽鐵生題

« Seul, tu possèdes la vraie doctrine. » — Calligraphie de Yang Tiesheng (陽鐵生).

Inscription « seul, tu possèdes la vraie doctrine » par Yang Tiesheng

絕技誰傳甘鳳池。白門爭詵老拳師。

分明度世金鍼在。羨煞生花筆一枝。

奉題一明先生新著闖少林 雲間銹銕

À qui donc remonte l’art de Gan Fengchi ? À la Porte blanche [Nankin], chacun célèbre le vieux maître de boxe. L’aiguille d’or qui sauve le siècle est bien là ; et l’on envie ce pinceau dont chaque trait fait naître des fleurs.

Composé sur commande pour le nouvel ouvrage de M. Yiming, L’Assaut de Shaolin, par Xiu Tie (銹銕) de Yunjian [Songjiang].

Poème calligraphié pour l’ouvrage par Xiu Tie de Yunjian

是尸或光

陳潔民集毛公鼎

« Ce sera la mort, ou la gloire. » — Caractères composés par Chen Jiemin (陳潔民) dans le style de l’inscription du Ding du duc Mao (毛公鼎, bronze des Zhou occidentaux).

Inscription « la mort ou la gloire » composée par Chen Jiemin

柔中有剛。剛中有柔。

少林武當。同源異流。

誠而明之。明而誠之。

強身之本。敦道之由。

王浩題

Dans la souplesse il y a de la dureté, dans la dureté il y a de la souplesse. Shaolin et Wudang : même source, courants divers. Rendre sincère ce qui est clair, rendre clair ce qui est sincère. C’est le fondement du corps fort et le principe d’une conduite affermie.

Calligraphie de Wang Hao (王浩).

Poème calligraphié par Wang Hao

Les portraits (小影)

蘇省國術館少林拳教官金陵金佳福君。年七十九歲攝

Jin Jiafu (金佳福) de Nankin, instructeur de shaolin quan à l’Institut d’arts martiaux du Jiangsu, photographié à l’âge de soixante-dix-neuf ans.

Portrait de Jin Jiafu à soixante-dix-neuf ans

哲嗣金士明君

Son fils, Jin Shiming (金士明).

Portrait de Jin Shiming, fils du maître

金一明君肖影

Jin Yiming (金一明), auteur du livre.

Portrait de Jin Yiming

本書校訂者

蘇省國術館少林拳教官聞春龍君

Les reviseurs de l’ouvrage. — Wen Chunlong (聞春龍), instructeur de shaolin quan à l’Institut d’arts martiaux du Jiangsu.

Portrait de Wen Chunlong

陳祖同君

Chen Zutong (陳祖同).

Portrait de Chen Zutong

保筱泉君

Bao Xiaoquan (保筱泉).

Portrait de Bao Xiaoquan

蘇省國術館少林拳教官徐鑄人君

Xu Zhuren (徐鑄人), instructeur de shaolin quan à l’Institut d’arts martiaux du Jiangsu.

Portrait de Xu Zhuren

金鐵盦君

Jin Tie’an (金鐵盦), c’est-à-dire Jin Tisheng (金倜盦).

Portrait de Jin Tie’an

張邦達君

Zhang Bangda (張邦達).

Portrait de Zhang Bangda

Première préface (吳序) — Wu Xingu

金君一明。以所著少林拳三十七勢相眎。此拳為白下金佳福氏之長技。佳福先生得之徐淦林氏。徐得之鮑。聞授鮑者為江南大俠甘鳳池之再傳弟子。則此技係淵源于甘氏可知。甘精內功。純以神行。則此派為甘之一部又可知矣。得一明君表章之。余固知嗜國術者。行將人手一編也。其姿勢左宜右有。全神俱到。其說明更深入淺出。一覽無遺。一明君自序云。有文事者。必有武備。技以文傳。相得益彰。殆所謂文事武備兼賅者歟。請轉持其語以贈之。

民國二十年四月吳心穀氏識於京口

M. Jin Yiming m’a montré les trente-sept postures du shaolin quan dont il est l’auteur. Cette boxe est la spécialité de M. Jin Jiafu de Baixia [Nankin] ; M. Jiafu la tient de M. Xu Ganlin, qui la tenait de Bao. On dit que celui qui l’enseigna à Bao fut un disciple de la seconde génération du grand chevalier du Jiangnan, Gan Fengchi : l’art descend donc bien de Gan. Gan excellait dans le travail interne et n’agissait que par l’esprit ; cette école est donc une part de son art. M. Yiming l’a mise en lumière, et je sais que tous les amateurs d’arts nationaux en auront bientôt chacun un exemplaire. Ses postures sont justes à gauche comme à droite, l’esprit entier y est ; ses explications, simples en leur profondeur, se lisent d’un seul coup d’œil. Dans sa préface, M. Yiming écrit : « qui cultive les lettres doit avoir un équipement militaire ; l’art se transmet par l’écrit, et l’un rehausse l’autre. » N’est-ce pas là réunir en soi les lettres et les armes ? Je lui retourne ces mots en guise de dédicace.

Écrit par Wu Xingu (吳心穀) à Jingkou [Zhenjiang], quatrième mois de la vingtième année de la République [avril 1931].

Seconde préface (序) — le maître du Jardin du Retrait

八段錦傳自武穆。少林拳係出寺僧。今之研究國術者。多以八段錦作初階。而不知習少林拳。古人妄談宗派。鄙夷方外。故對少林拳。恆淡漠視之。以致法善意美之祕笈。不能風行於世。良可惋惜。今金佳福金一明兩先生。精通拳技。名聞大江南北。每於暇日。將斷簡殘篇之少林拳。彙訂成編。尋墜緒之茫茫。復旁搜而遠紹。在圖影之左。詳加立說。意在闡明微旨。啓迪後進。用心之深。殊堪敬佩。查斯編已在上海時報陸續刊載。讀者質疑問難之書。恆日有數起。於此可見國人對此術。尚有相當興趣。茲此書版權已讓予中西書局。乞序於余。無以應。書此數言。以示介紹。

退園主人書于時報編輯室 二十,十一,九。

Le baduanjin nous vient de Yue Wumu ; le shaolin quan est sorti des moines du temple. Ceux qui étudient aujourd’hui les arts nationaux prennent volontiers le baduanjin pour premier degré et ne songent pas à apprendre le shaolin quan. Les anciens discouraient à la légère des écoles et méprisaient ceux qui vivent hors du siècle ; aussi regardait-on le shaolin quan avec indifférence, et un manuel d’une si bonne méthode et d’une si belle intention n’a pu se répandre dans le monde : c’est grand dommage. Aujourd’hui MM. Jin Jiafu et Jin Yiming, experts dans l’art du poing, sont connus de tout le Jiangnan et du Jiangbei. Dans leurs loisirs, ils ont réuni en un volume les feuillets dispersés du shaolin quan, retrouvant un fil presque perdu, cherchant alentour et renouant une lointaine succession. À gauche de chaque image, ils donnent une explication détaillée, pour éclairer le sens subtil et guider les débutants : une application si profonde mérite le respect. Ce travail a paru par livraisons dans le Shibao de Shanghai, et les lettres de questions des lecteurs arrivent chaque jour par plusieurs : on voit que nos compatriotes portent encore à cet art un intérêt réel. Les droits ayant été cédés à la Chinese & Western Press, on m’a demandé une préface ; je ne pouvais refuser, et j’écris ces quelques lignes en guise de présentation.

Écrit par le maître du Jardin du Retrait (退園主人), dans la rédaction du Shibao, le 9 novembre 1931 (vingtième année de la République).

Quatre quatrains (四絕) de Jin Tie’an

校勘少林拳竟為題四絕兼書近感 金鐵盦

Ayant achevé la révision du Shaolin quan, j’y inscris quatre quatrains et j’exprime mes sentiments du moment. — Jin Tie’an (金鐵盦).

想見當年面壁功。少林千古仰宗風。

二金譜演甘家法。一睨人才海內空。

On devine le mérite d’autrefois, face à la paroi ; Shaolin, depuis mille ans, inspire l’école. Les deux Jin exposent la méthode de la famille Gan : d’un seul regard, tous les talents de l’empire sont vides.

金甌擊缺劍如虹。古國皤皤板蕩中。

合向少林門下拜。傳將衣鉢振頹風。

Le vase d’or est fêlé, l’épée pareille à un arc-en-ciel ; la vieille nation, cheveux blancs, est dans la tourmente. Il faut se prosterner devant la porte de Shaolin, pour transmettre le vêtement et le bol et relever un vent défaillant.

獨立西風太莽蒼。神州北顧黯神傷。

願君能繼金皋業。莫任倭兒氣焰張。

Debout seul dans le vent d’ouest, l’immensité est trop vaste ; tourné vers le nord de la Chine divine, le cœur se déchire. Puisses-tu poursuivre l’œuvre des anciens et ne pas laisser s’enfler l’arrogance des Japonais.

犬羊羣嗾鼠無皮。上國沉淪劇可悲。

幸有老拳摶古道。圖强興覇是男兒。

Chiens et moutons en meute, rats sans peau ; la chute du royaume supérieur est lamentable. Heureusement, un vieux poing rassemble l’antique voie : viser la force et fonder la puissance, voilà un homme.

Préface de l’auteur (作者序言)

橫縱十萬里。上下五千年。苟為一國。必有存立與自衞之方。始能不為列强所吞併。

Dix cent mille li d’un bout à l’autre du monde, cinq mille ans de haut en bas : dès qu’il existe un pays, il lui faut les moyens de subsister et de se défendre, pour n’être pas englouti par les grandes puissances.

吏治之改良。法律之修訂。可謂善矣。然未足與言存立也。

Réformer l’administration, réviser les lois : on peut dire que c’est bien. Mais cela ne suffit pas pour parler de survie.

文化之燦爛。詞章之優美。可謂善矣。亦未足與言自衞也。

Une culture éclatante, une prose raffinée : on peut dire que c’est bien. Cela ne suffit pas non plus pour parler de défense.

是故言固本圖强者。不僅在文事之修明。而在武事之兼備。孔子云。有文事者。必有武備。

Aussi celui qui parle d’affermir la racine et de viser la force ne s’en tient-il pas à la seule culture lettrée : il lui faut encore être pourvu des choses militaires. Confucius a dit : qui a les affaires civiles doit avoir les préparatifs militaires.

文武二者。相提並論。以全國而言。司文事者。則發皇文治。司武事者。必丕著武功。

Le civil et le militaire, on les met sur le même plan. Pour la nation entière : ceux qui ont la charge du civil font fleurir le gouvernement lettré, ceux qui ont la charge du militaire doivent accomplir de grands exploits.

以箇人而言。能文者。亦須能武。能武者。亦應能文。上馬殺賊。下馬草露佈。丈夫處世。當如是耳。

Pour l’individu : qui excelle dans les lettres doit aussi savoir les armes, et qui excelle dans les armes devrait aussi savoir les lettres. À cheval, tuer les brigands ; à pied, rédiger la proclamation : ainsi doit vivre un homme.

或謂事業有大小之分。人體有强弱之別。釣者身俯。射者身仰。此為事業之不同。駝負百鈞。蚊負一粒。此强弱之不同。為士者。不能使為農。為工者。不能使為商。各執其業。各行其志。又安可以一人之身。而作兼人之任哉。

On objectera que les tâches sont grandes ou petites et les corps forts ou faibles : le pêcheur se penche, l’archer se renverse en arrière — c’est la différence des tâches ; le chameau porte cent jun, le moustique une graine — c’est la différence de force. Le lettré ne peut être fait paysan, l’artisan ne peut être fait marchand ; chacun tient son métier et suit son dessein. Comment un seul corps assumerait-il la charge de deux hommes ?

余曰。非此謂也。夫能剛者未必不能柔。知靜者未必不知動。

Je réponds : ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Qui sait être ferme n’est pas pour autant incapable d’être souple ; qui connaît le calme n’est pas pour autant étranger au mouvement.

故練拳者。儘可無荒爾業。工作者。亦可以兼事習拳。

Ainsi celui qui pratique la boxe peut fort bien ne pas négliger son métier, et l’homme de peine peut en même temps s’exercer au poing.

蓋以凡百事業之成功。無不賴乎體魄之强健。與夫意志之堅定。體魄愈强。則意志愈堅。意志堅。自能絕嗜欲。耐勞苦。不畏艱險。不懼壓迫。然後主義始能推行。而理想乃能實現。

Car la réussite de toute entreprise repose sur un corps robuste et une volonté ferme. Plus le corps est fort, plus la volonté est ferme ; la volonté ferme, on sait retrancher les désirs, supporter la fatigue, ne craindre ni les périls ni les pressions. Alors seulement une doctrine peut se répandre et un idéal se réaliser.

民衆之意志。卽一國之國魂。國魂旣有所寄託。則其精神之奮發。物質之改進。必有若决江河。一日千里之勢。國家始能存立而臻於自强之地位矣。

La volonté du peuple est l’âme d’un pays. Une fois qu’elle a trouvé son appui, l’élan de l’esprit et l’amélioration des choses prendront l’allure d’un fleuve qui rompt ses digues, mille li en un jour ; le pays pourra subsister et atteindre à la force.

中華民國。次殖民地之國家也。支那人民。老大之病夫也。衰弱已達極點。非有堅苦耐勞之行。曷勝挽救危亡之任。故非人人有强健之體魄。人人各盡其職務。從事於奮鬭不可。

La République de Chine est un pays semi-colonial ; le peuple chinois est un grand malade vieilli ; la faiblesse a atteint son comble. Sans une conduite tenace et endurante, comment assumerait-on la tâche de sauver un pays en péril ? Il faut donc que chacun ait un corps robuste, que chacun remplisse son devoir et se consacre au combat.

拳術者。强身之機械也。奮鬭之助手也。頑夫聞之可以興起。懦夫聞之可以立志。能易薄弱之身軀。成剛勁體魄。變魯鈍之性情。為英挺氣節。其有效於人民也如此。吾人又安可棄其本體固有之技能而以雕蟲末技視之哉。

L’art du poing est la machine qui fortifie le corps et l’auxiliaire du combat. L’entêté, à l’entendre, peut se lever ; le poltron, à l’entendre, peut se donner une volonté. Il change un corps débile en un corps ferme et vigoureux, une nature épaisse en un caractère altier. Telle est son utilité pour le peuple : comment pourrions-nous abandonner une capacité inhérente à notre corps et la tenir pour un petit talent de graveur ?

是用喚醒同胞。振袂而起。共作聞鷄起舞。莫辭運甓之勞。看誰捷足先登。一顯男兒身手。

C’est pourquoi j’appelle mes compatriotes à s’éveiller, à retrousser leurs manches et à se lever, à se dresser tous au chant du coq, à ne pas refuser la peine de transporter les briques, et à voir qui, du pied le plus agile, arrivera le premier pour montrer ce que peut le corps d’un homme.

走也。丁年習技。未遇名師。馬齒徒增。虛拋歲月。茲值服務江蘇省國術館之際。遇同宗佳福老先生者。金陵五老之一。善技擊者之巨擘也。

Pour ma part, j’ai appris les techniques dans ma jeunesse sans rencontrer de maître illustre ; les dents du cheval ont poussé sans profit et j’ai jeté au vent les années. Au moment où j’entrais au service de l’Institut d’arts martiaux du Jiangsu, j’ai rencontré le vieux monsieur Jiafu, du même clan que moi, l’un des cinq anciens de Nankin et le plus grand des experts en combat.

先生任館中少林敎官。年屆八旬。而神淸氣足。長拳短打。別具專長。跳躍如猿。身輕腿快。誠所謂松柏愈老而愈健矣。以所攝少林拳影片見示。丐余為之編著。

Il occupe dans l’Institut le poste d’instructeur de shaolin quan ; il approche des quatre-vingts ans, mais son esprit est clair et son souffle plein ; poings longs et frappes courtes, il a ses spécialités propres ; il bondit comme un singe, son corps est léger et ses jambes rapides : c’est bien vrai, le pin et le cyprès vieillissent en se fortifiant. Il m’a montré les photographies du shaolin quan qu’il avait fait prendre et m’a demandé d’en composer un livre.

爰費匝月之光陰。探明珠於驪龍頷下。示後學終南之捷徑。庶好之者。得按圖索驥。易於學步。書成。述其意旨如此。國術同志。盍興起乎。

J’y ai dépensé un mois entier : j’ai cherché la perle sous le menton du dragon noir et je montre aux débutants le raccourci du mont Zhongnan. Ainsi les amateurs pourront, l’image en main, chercher le cheval et apprendre plus aisément. L’ouvrage achevé, j’en expose ainsi l’intention. Camarades des arts nationaux, ne vous lèverez-vous pas ?

中華民國二十年四月維揚金一明氏序於江蘇省國術館訓育處

Préface de Jin Yiming (金一明) de Weiyang, avril de la vingtième année de la République [1931], au bureau de l’instruction de l’Institut d’arts martiaux du Jiangsu.

Table des matières (少林拳圖解總目)

Liste des pièces du volume :

  • 序言 — préface de l’auteur ;
  • 題字 — calligraphies du titre ;
  • 題詞 — inscriptions d’hommage ;
  • 小影 — portraits ;
  • 少林拳眞旨 — le sens véritable du shaolin quan ;
  • 少林拳源流 — filiation du shaolin quan ;
  • 少林拳姿勢歌訣 — chant des postures ;
  • 少林拳進退歌訣 — chant de l’avance et du recul ;
  • 少林拳趨避歌訣 — chant de la poursuite et de l’esquive ;
  • 少林拳行功歌訣 — chant du travail ;
  • 少林拳之五法 — les cinq méthodes ;
  • 少林拳之五襠 — les cinq postures ;
  • 少林拳手法略說 — sommaire des techniques de main ;
  • 少林拳腿法略說 — sommaire des techniques de jambe ;
  • 少林拳各箇姿勢方向路綫對照圖 — tableau d’orientation et d’itinéraire des postures ;
  • 少林拳第一路姿勢說明 / 姿勢攝影 — explication et photographies des postures de la première route ;
  • 拳術結論 — conclusion sur l’art du poing.

Sens véritable du shaolin quan (少林拳眞旨)

少林拳。初練之時。須一伸一屈。一着不苟。由緩而漸快。由快而加緊。由緊而神化。猶之臨帖然。由眞字而行書。由行書而草字。由草字而脫胎。其中有筆未到而神已完。有拳未到而意已達。故可以分。可以合。可以連。可以不連。可以不連而連。連而不連。是在歷練功深者。隨心變化而已。

Au début de la pratique du shaolin quan, il faut étendre puis fléchir, sans négliger un seul geste : du lent on passe peu à peu au rapide, du rapide à la tension, de la tension à la transformation spirituelle. C’est comme de copier des modèles d’écriture : de l’écriture régulière au courant, du courant à l’herbe, de l’herbe à l’éclosion libre. Il est des traits où le pinceau n’est pas encore arrivé et où l’esprit est déjà complet, des coups où le poing n’est pas encore arrivé et où l’intention est déjà parvenue. Aussi peut-on séparer, réunir, enchaîner, ne pas enchaîner, enchaîner sans enchaîner, ne pas enchaîner tout en enchaînant : cela n’appartient qu’à l’homme d’un long entraînement, qui change au gré de son cœur.

本篇拳法固簡單。而動作甚完備。腿法雖不多。而步武甚穩固。能使人氣力內長。外透拳足。雖竭畢生之精力。亦莫能窮其變化。

La méthode exposée ici est simple, mais ses mouvements sont très complets ; les techniques de jambe ne sont pas nombreuses, mais la marche est très stable. Elle fait croître la force à l’intérieur et la fait passer au dehors dans les poings et les pieds : y consacrerait-on l’énergie de toute une vie qu’on n’épuiserait pas ses transformations.

初練之時。首宜求姿勢之準確。次謀勁力之發展。再次方能求其神速。因姿勢準確以後。如欲發勁。一凝一挺。自然勁貫拳足。待練至推拳勁響。發腿有風。自能旋轉自如。得心應手。而有龍行虎奔之勢。

Au commencement, il faut chercher d’abord l’exactitude des postures, ensuite le développement du jin (勁), et seulement en troisième lieu la rapidité. Une fois la posture exacte, si l’on veut émettre le jin, une concentration et une extension suffisent : le jin traverse naturellement les poings et les pieds. Quand on en sera venu à ce que le poing poussé sonne et que la jambe lancée fasse du vent, on tournera librement, la main répondra au cœur, avec l’allure du dragon qui marche et du tigre qui court.

切忌拳路尚未記淸。卽想迅快神化。是猶眞字尚未能寫。驟學草書。豈不大謬。習者勉之。

Gardez-vous surtout, avant de connaître clairement la suite, de viser déjà la vitesse et la transformation spirituelle : ce serait, sans savoir encore écrire l’écriture régulière, se mettre tout à coup à l’herbe. Quelle erreur ! Que l’élève s’y applique.

初習少林拳時。注重姿勢。似乎純剛而不柔。實則外方而內圓。純熟之後。隨意表演。又似純柔而不剛。實則外圓而內方。

Au début, on insiste sur la posture, qui semble toute de dureté et sans souplesse ; en réalité, elle est carrée au-dehors et ronde au-dedans. Devenu habile, on se produit à son gré, et cela semble tout de souplesse et sans dureté ; en réalité, c’est rond au-dehors et carré au-dedans.

似乎全為直勁。殊不知直裏有圓。似乎全為圓勁。殊不知圓裏有直。其步法或一虛而一實。其手法則一攻而一守。伸者一變卽為屈。吞者一變卽為吐。吸一進。卽為攻。逼一退。卽為守。

Cela semble tout entier de jin direct : on ne sait pas qu’il y a du rond dans le droit. Cela semble tout entier de jin circulaire : on ne sait pas qu’il y a du droit dans le rond. Les pas sont tantôt vides et tantôt pleins ; les mains tantôt attaquent et tantôt défendent. Ce qui s’étend, d’un changement, se fléchit ; ce qui avale, d’un changement, recrache. Aspirer en avançant, c’est attaquer ; presser en reculant, c’est défendre.

其靜也。如波平浪靜。其動也。如倒海翻江。發拳有穿山洞石之情。落步有入地生根之意。心固定。神目不慌。意雖狠。不現諸神。以進為退。以靜養動。

Au repos, comme une mer aplanie ; en mouvement, comme la mer renversée et le fleuve soulevé. Le poing lancé a l’élan de percer la montagne et de fendre la pierre ; le pas posé a l’intention de s’enraciner dans la terre. Le cœur est fixé, le regard ne s’affole pas ; l’intention, même féroce, ne paraît pas sur le visage. Avancer comme si l’on reculait, nourrir le mouvement par le calme.

若夫不知虛實。莫明攻守。皆失之過偏之弊。有乖拳術中庸之道。世有練習少林拳一二十年。而表演之時。尚不免江湖惡習。露膊挺胸。粗暴之氣。令人觀之欲嘔。是皆不能神化之故也。

Quant à ignorer le vide et le plein, à ne pas distinguer l’attaque de la défense, c’est le défaut de l’excès d’un côté, en rupture avec la voie du juste milieu propre à l’art du poing. Il y a des hommes qui, après dix ou vingt ans de shaolin quan, montrent encore, en s’exhibant, les vilaines habitudes des bateleurs : épaules nues, poitrine bombée, une grossièreté qui fait lever le cœur. C’est qu’ils n’ont pas su se transformer.

少林拳之眞旨為何。曰「剛」「柔」「動」「靜」「逼」「吸」「吞」「吐」八字而已。神而化之。自無分乎內外。亦莫別其剛柔。庶乎得個中之三昧矣。

Quel est donc le sens véritable du shaolin quan ? Huit caractères : fermeté (剛), souplesse (柔), mouvement (動), repos (靜), pression (逼), aspiration (吸), avaler (吞), recracher (吐). Qu’on les transforme spirituellement, et il n’y a plus ni dedans ni dehors, ni dur ni souple : on touche alors au secret de l’art.

Filiation du shaolin quan (少林拳源流)

少林拳。為甘鳳池之拳法。傳於萬邦才。邦才傳鮑永福。永福傳眞州徐淦林。淦林傳金陵金佳福。

Le shaolin quan est la boxe de Gan Fengchi. Il la transmit à Wan Bangcai, qui la transmit à Bao Yongfu, qui la transmit à Xu Ganlin de Zhenzhou, qui la transmit à Jin Jiafu de Nankin.

金於幼年好弄拳棒。及長。慕朱家郭解之風。嘗謂人曰。古之任俠之士。目不窺聖賢之書。耳不聞禮樂之義。而其言行氣節。雖使人執鞭隨鐙。亦所甘為。其言如此。是亦天性使然。

Dès l’enfance, Jin Jiafu aimait à jouer du poing et du bâton. Devenu grand, il admirait la manière de Zhu Jia et de Guo Jie [les chevaliers errants des Han] et disait volontiers : « Les chevaliers d’autrefois n’avaient pas jeté les yeux sur les livres des sages ni entendu parler du sens des rites et de la musique ; et pourtant leurs paroles, leurs actes et leur droiture étaient tels qu’on eût accepté de tenir la bride et l’étrier derrière eux. » Il parlait ainsi : c’était sa nature.

年十四。與窗友數人從徐師淦林習藝。時徐在督標營充武術敎師。兼充湘軍敎習。年六十餘。精神鑠。身體魁梧。各種技藝。靡不精深。尤以懷心腿。吸臂衫功。為其絕技。

À quatorze ans, avec plusieurs camarades d’école, il étudia l’art sous le maître Xu Ganlin, qui était alors instructeur d’arts martiaux dans un corps de la garnison et en même temps instructeur de l’armée du Hunan. Agé de plus de soixante ans, l’esprit vif, le corps puissant, il possédait à fond tous les arts, et se distinguaient entre tous son coup de pied « au cœur » (懷心腿) et son travail d’« aspiration du bras et de la tunique » (吸臂衫功).

所授生徒。如馬雙魁為遜請武解元。沙殿邦為江甯武庠。陳其瑞陶武等。其身法手法。精巧絕倫。皆為一時之俊傑。此外受業者。如王定傑得其解手秘法。潘士懷得其柔軟功夫。而金老先生獨得其少林眞諦。

Parmi ses élèves, Ma Shuangkui fut reçu premier aux examens militaires de la préfecture, Sha Dianbang fut diplômé de l’école militaire de Jiangning ; Chen Qirui, Tao Wu et d’autres eurent des dispositions de corps et de main d’une finesse sans égale et furent les brillants sujets de leur temps. D’autres encore reçurent de lui leur part : Wang Dingjie obtint la méthode secrète des mains qui se dénouent, Pan Shihuai le travail de souplesse ; quant au vieux monsieur Jin, seul il reçut la vraie doctrine du shaolin.

後十年。徐師去世。金復從師叔陳祥周歷練有年。技益精進。自火器昌明。習柔功者。世無其人。以言强身之法。則應推練拳為獨步。

Dix ans plus tard, le maître Xu mourut, et Jin s’exerça plusieurs années auprès de son condisciple Chen Xiangzhou ; son art s’affina encore. Depuis que les armes à feu se sont imposées, plus personne au monde ne cultive le travail souple ; pour ce qui est de fortifier le corps, c’est la pratique du poing qui tient le premier rang.

故江南江北。負笈擔囊。登金老之門者。實繁有徒。其中以丹陽張邦達。秦郵林大文。江甯徐鑄人聞春龍為尤著。張則精於提攔槍。林則精於雙稍子。徐則精於腿聞則精於拳。

Aussi, du Jiangnan au Jiangbei, ceux qui venaient, la besace au dos, frapper à la porte du vieux Jin, furent-ils nombreux. Entre tous se distinguent Zhang Bangda de Danyang, Lin Dawen de Qinyou, Xu Zhuren et Wen Chunlong de Jiangning : Zhang excelle à la lance qui pare et retient, Lin aux doubles javelines, Xu aux jambes et Wen aux poings.

其後聞名者益衆。漢口商會會長陳經畬先生。邀往漢臯。為之設塲收徒。款禮備至。北至滁臨。南至江浙。聞先生之名者。莫不傾心願為執梃也。

Par la suite, ceux qui entendirent son nom furent plus nombreux encore. Le président de la chambre de commerce de Hankou, M. Chen Jingyu, l’invita à Hankou, lui ouvrit une salle et lui procura des élèves, avec toutes sortes d’égards. Du nord, jusqu’à Chuzhou et Linhuai, au sud jusqu’au Jiangsu et au Zhejiang, tous ceux qui entendaient son nom venaient le cœur incliné, prêts à lui tenir le bâton.

先生現任江蘇省國術館敎官。派往蘇省農鑛廳敎授國術。廳中高級職員。從之游者。如侯君鎭平陳君祖同張君叔翹陳君典元保君筱泉王君浩李君兆輝周君毓桂卞君劼靜李君德源陳君潔民汪君勳丞等。皆風起雲從。公餘習練。何廳長玉書亦國術中之能手。對金老先生尤器重之。

Le maître est aujourd’hui instructeur à l’Institut d’arts martiaux du Jiangsu ; il est détaché au département de l’Agriculture et des Mines de la province pour y enseigner les arts nationaux. Les hauts fonctionnaires de ce département qui le suivent — MM. Hou Zhenping, Chen Zutong, Zhang Shuqiao, Chen Dianyuan, Bao Xiaoquan, Wang Hao, Li Zhaohui, Zhou Yugui, Bian Jiejing, Li Deyuan, Chen Jiemin, Wang Xuncheng et d’autres — accourent comme le vent et les nuages et s’exercent en dehors des heures de service. Le chef du département, M. He Yushu, est lui-même un habile homme des arts nationaux, et il tient le vieux monsieur Jin en particulière estime.

本篇為先生數十年來。敎徒之初步手法。亦卽少林拳中之正法眼藏。廣稱曰少林拳。共分六路。第一路曰闖少林。第二路曰提鑪少林。第三路曰文少林。第四路曰抅步少林。第五路曰武少林。第六曰神化少林。茲將第一路之歌訣。編述如下。

Ce qui suit est la technique initiale que le maître a enseignée à ses élèves pendant des dizaines d’années : c’est le trésor de l’œil de la vraie loi au sein du shaolin quan. L’ensemble porte couramment le nom de shaolin quan et se divise en six routes. La première s’appelle « l’Assaut de Shaolin » (闖少林), la deuxième « Shaolin portant le fourneau » (提鑪少林), la troisième « le Shaolin lettré » (文少林), la quatrième « Shaolin du pas accroché » (抅步少林), la cinquième « le Shaolin martial » (武少林), la sixième « Shaolin de la transformation spirituelle » (神化少林). Voici le chant de la première route.

Chant des postures (少林拳姿勢歌訣)

善惡分明把手揚。穿花左右換弓襠。

黃鶯落架寒鷄步。向左偏身抱月忙。

Bonté et dureté clairement distinguées, les mains se lèvent ; à gauche puis à droite, on traversant les fleurs, on change de posture de l’arc.

左起冲天拳左挑。連環踩腿勢堅强。

馬襠蹲坐衝拳發。貫耳雙拳撞太陽。

Le canon monte à gauche, le poing gauche écarte en haut ; les coups de pied frappent en chaîne, la position est ferme et forte. Accroupi en posture du cavalier, on lance le poing ; les deux poings transpercent les oreilles et heurtent les tempes.

平沙落雁翻身轉。弓步頂心肘莫當。

白鶴亮翅雙花手。掛面拋拳打面龐。

L’oie se pose sur le sable uni, on se retourne ; le coude au creux de l’estomac, en pas d’arc, est impossible à parer. La grue blanche déploie ses ailes, double main fleurie ; le poing suspendu frappe le visage.

右足進步肘擊肋。左推右捺奔胸膛。

身腰左轉朝陽勢。抝步拉弓肘角張。

Le pied droit avance, le coude frappe les côtes ; à gauche on pousse, à droite on presse, et l’on court vers la poitrine. Le corps tourne à gauche, position face au soleil ; pas tordu, on bande l’arc et le coin du coude s’ouvre.

弓步衝拳難閃避。抽拳切掌應提防。

雙拳上絞成雙挑。切掌探身變躺襠。

En pas d’arc, le poing poussé est difficile à esquiver ; poing retiré et paume qui coupe, il faut s’en garder. Les deux poings se tordent vers le haut et deviennent double soulèvement ; la paume qui coupe, le corps s’avançant, se change en posture couchée.

鳳立高崗身右轉。雙拳蓋落勢潛藏。

騰身發出懷心腿。花手擔衫憶二郎。

Le phénix se tient sur la hauteur, le corps tourne à droite ; les deux poings couvrent en tombant et la position se cache. S’élevant d’un bond, on lance la jambe « au cœur » ; la main fleurie porte la tunique, en souvenir d’Erlang.

夾馬鴉弦單切掌。猿兒摘菓請先嘗。

翻身照耳忙披掌。左轉迴身又躺襠。

Cheval serré, corde de corbeau, une seule paume qui coupe ; le singe cueille le fruit, veuillez y goûter d’abord. Se retournant, on frappe l’oreille d’une paume qui fend ; tournant à gauche et revenant, on retrouve la posture couchée.

順勢偏花七星手。兩次擔衫態更狂。

弓步雙捎雙撞擊。流星趕月右邊旁。

Suivant l’élan, la fleur de côté, la main des sept étoiles ; deux fois la tunique portée, l’allure plus ardente encore. En pas d’arc, double balayage et double heurt ; la météore poursuit la lune sur le côté droit.

抽拳獨立金鷄勢。站馬開弓引興長。

左轉寒鷄雙圈手。斜偏閃讓鳳飛翔。

Poing retiré, on se tient sur une jambe, en posture du coq d’or ; campé sur le cheval, on bande l’arc et la verve s’allonge. Tournant à gauche, le poulet transi et la double main qui décrit des cercles ; de biais, on esquive et l’on laisse le phénix prendre son vol.

交叉兩手雙抄起。落步寒鷄歸舊鄕。

此是少林第一路。三十七勢不須忘。

Les deux mains croisées se relèvent ensemble ; le pas retombe, poulet transi, on rentre au pays natal. Telle est la première route de Shaolin : ses trente-sept postures ne doivent pas être oubliées.

江南江北皆傳遍。留得金家姓氏香。

Du Jiangnan au Jiangbei elle s’est répandue partout, laissant au nom de la famille Jin son parfum.

此為第一路闖少林歌訣。祗能熟記其三十七勢之動作而已。今人練拳。原為强身而習。不須研究對擊之法。然婦人女子學拳。儘可不知進退之方。若軍人警士練拳。則不可不明趨避之法。金老先生嘗云。拳無定格。打無定例。不過在初學拳術者。靈活身腰。便利手足。不得不有定律。以作研究標準。在方家見之。原不值其一哂也。茲將進退。趨避。行功各歌訣。述之如下。

Tel est le chant de la première route, « l’Assaut de Shaolin » : il ne permet que de retenir les mouvements de ses trente-sept postures. Les gens d’aujourd’hui pratiquent la boxe pour fortifier le corps et n’ont pas à étudier les méthodes de combat ; une femme qui apprend le poing peut fort bien ignorer l’art d’avancer et de reculer ; mais soldats et policiers, s’ils pratiquent, ne peuvent se dispenser de connaître la poursuite et l’esquive. Le vieux monsieur Jin disait souvent : « La boxe n’a pas de forme fixe, le combat n’a pas de règle fixe ; c’est seulement pour le débutant, afin d’assouplir sa taille et d’assurer ses membres, qu’il faut bien des règles fixes servant de repère à l’étude. Aux yeux d’un connaisseur, cela ne mérite même pas un sourire. » Voici donc les chants de l’avance et du recul, de la poursuite et de l’esquive, et du travail.

Chant de l’avance et du recul (少林拳進退歌訣)

進步捷如風。失機退宜快。乘勢側鋒入。身稍向前邁。

掌實卽須吐。發聲使驚怪。變化如蛟龍。遲快分勝敗。

Avancer rapide comme le vent ; l’occasion perdue, reculer vite. Profitant de l’élan, entrer de flanc, le corps légèrement porté en avant. La paume est pleine ? il faut aussitôt la cracher. Faire sonner la voix pour surprendre l’adversaire. Se transformer comme le dragon des eaux : du lent et du rapide se décide la victoire.

Chant de la poursuite et de l’esquive (少林拳趨避歌訣)

趨避須眼快。左右見機行。趨從避中取。實自虛處生。

功力雖制我。隙開進莫停。勢猛君休懼。四兩撥千觔。

Poursuivre et esquiver demande un œil vif ; à gauche comme à droite, on agit selon l’occasion. La poursuite se prend dans l’esquive, le plein naît du vide. L’adversaire a-t-il sur moi la force ? Une faille s’ouvre : avancer sans s’arrêter. Sa puissance est-elle violente ? ne craignez rien : quatre onces déplacent mille livres.

Chant du travail (少林拳行功歌訣)

練習拳時間。子後午前行。能做五七次。逐日無間停。

精强且力壯。力能長千觔。延年兼益壽。百病不能侵。

Les heures de la pratique du poing : après le zi [23 h-1 h] et avant le wu [11 h-13 h]. Faire cinq à sept reprises, chaque jour sans interruption. L’essence se fortifie et la force grandit : elle peut croître jusqu’à mille livres. Prolonger les années et accroître la longévité : les cent maladies ne peuvent atteindre.

Les cinq méthodes (少林拳之五法)

少林拳有五法。五法為何。一心法。二眼法。三手法。四身法。五步法。又要心快。眼快。手快。身快。步快。兼要五法能同時運用。心中想着。眼裏看着。手上動着。身子活着。步下走着。遇隙卽攻。見空卽補。隨機變化。令人莫測。則為得矣。

Le shaolin quan a cinq méthodes. Quelles sont-elles ? Première, la méthode du cœur ; deuxième, celle des yeux ; troisième, celle des mains ; quatrième, celle du corps ; cinquième, celle des pas. Il faut en outre un cœur rapide, un œil rapide, une main rapide, un corps rapide, un pas rapide, et il faut que les cinq méthodes s’emploient en même temps : le cœur songe, l’œil regarde, la main s’agite, le corps vit, le pied marche. Rencontrer une faille, aussitôt attaquer ; voir un vide, aussitôt combler ; changer selon l’occasion et rendre l’adversaire imprévisible : voilà ce qui est juste.

故少林五法有五要點。(一)心要明。(二)眼要淸。(三)手要速。(四)身要下。(五)步要準。心不明。則神昏。眼不淸。則意亂。手不快。則遲緩莫救。身不下。則起落無方。步不準。則進退失勢。此謂之五病。皆拳家之所忌也。

Aussi ces cinq méthodes comportent-elles cinq exigences : premièrement, le cœur doit être clair ; deuxièmement, l’œil doit être net ; troisièmement, la main doit être prompte ; quatrièmement, le corps doit descendre ; cinquièmement, le pas doit être juste. Cœur obscur : l’esprit s’embrume. Œil trouble : l’intention se disperse. Main lente : le retard est sans remède. Corps qui ne descend pas : montées et chutes sans mesure. Pas inexact : avances et reculs perdent leur position. Ce sont là les cinq maux que tout homme du poing doit éviter.

Les cinq postures (少林拳之五襠)

技擊家嘗云。拳打三分。脚打七分。又云。手是兩扇門。全憑脚踢人。此言拳術一道。雖為手上工夫。若與敵人交手。占最後之勝利。則全賴腿足贏人。故少林拳。首重步法之姿勢。練拳之初。必先練步。步法穩準。而後練拳。則事半功倍。不致有顧首不能顧尾之弊。庶幾上下相隨。手足相應。而能完整一氣也。

Les experts en combat disent : le poing pour trois parts, la jambe pour sept ; et encore : les mains sont deux battants de porte, tout repose sur le pied qui frappe. Cela veut dire que l’art du poing, bien qu’affaire de mains, tire du seul jeu des jambes la victoire finale dans un duel. Aussi le shaolin quan donne- t-il la première place à la posture des pas : au début de la pratique, on travaille d’abord les pas. Le pas ferme et juste, on travaille alors le poing : l’effort est doublé pour moitié de peine, et l’on évite le défaut de ne s’occuper de la tête sans pouvoir veiller à la queue. Ainsi haut et bas se suivent, mains et pieds se répondent, et le tout forme un seul souffle.

本篇拳法中。運用最多之步法。有五種。(一)弓襠。(二)馬襠。(三)躺襠。(四)寒鷄襠。(五)鴉弦襠。

Dans la méthode exposée ici, cinq postures de pas sont d’un usage constant : la posture de l’arc (弓襠), la posture du cavalier (馬襠), la posture couchée (躺襠), la posture du poulet transi (寒鷄襠) et la posture de la corde de corbeau (鴉弦襠).

弓襠。廣稱弓步。又名弓箭步。其姿勢為左右兩足。前後相離一大步。一腿曲膝向前。一腿挺直在後。前腿足尖須向內勾。下部小腿。尤須立直。成前弓後箭式。亦有以左右為名稱者。如左足在前。名曰。左弓右箭步。右足在前。名曰。右弓左箭步。

La posture de l’arc. On l’appelle couramment gong bu, ou encore « pas de l’arc et de la flèche ». Les deux pieds sont séparés d’un grand pas, l’un devant l’autre ; une jambe se plie au genou et avance, l’autre reste tendue derrière ; la pointe du pied avant doit se tirer vers l’intérieur et le tibia rester vertical : on a la forme de l’arc devant et de la flèche derrière. On la nomme aussi d’après le côté : pied gauche devant, « pas de l’arc gauche et de la flèche droite » ; pied droit devant, « pas de l’arc droit et de la flèche gauche ».

馬襠。廣稱馬步。又曰跕馬。又名地盆。其姿勢。係將左右兩足分開。兩腿曲膝蹲下。大腿面與膝角成平行。膝角與足尖上下相對。體正。腰挺。兩足成八字式。或一字形。練步法者。多以此為基礎。因旣能使重心下沉。增長腿力。且可免血氣上浮。呼吸短促之弊。

La posture du cavalier. On l’appelle couramment ma bu, ou « cheval campé », ou encore « bassin de terre ». Les pieds écartés, les deux jambes plient et s’accroupissent ; la face des cuisses est parallèle au sol, l’angle du genou répond verticalement à la pointe du pied ; le corps droit, les reins tendus, les pieds en forme de caractère ba (八) ou alignés. C’est sur elle que se fonde l’étude du pas, car elle fait descendre le centre de gravité, accroît la force des jambes et évite que le sang et le souffle ne montent, avec la respiration courte qui s’ensuit.

躺襠。又曰仆步。又名躺步。其姿勢係一足向旁方橫伸。一腿屈膝蹲下。兩足尖相齊成平行。如左足旁開一步。右膝蹲下。則稱為左躺襠。如右足旁開一步。左膝蹲下。則稱為右躺襠。久久練習。則步穩氣沉。身腰活便。

La posture couchée. On l’appelle aussi pu bu (« pas renversé ») ou « pas couché ». Un pied s’étend de côté, l’autre jambe plie et s’accroupit ; les deux pointes de pied sont à niveau et parallèles. Pied gauche ouvert d’un pas et genou droit accroupi : « posture couchée gauche » ; pied droit ouvert et genou gauche accroupi : « posture couchée droite ». À la longue, le pas devient ferme, le souffle descend, la taille et les reins s’assouplissent.

寒鷄襠。又名丁坐步。其姿勢係一腿屈膝在前。足尖點地。一腿屈膝在後。足跟落實。如左足在前成一竪。則右足在後成一橫。名左丁寒鷄步。如右足在前成一竪。左足在後成一橫。名右丁寒鷄步。此種步法。廣稱活步。取其便於進退也。

La posture du poulet transi. On l’appelle aussi « pas assis en ding ». Une jambe plie devant, la pointe du pied touchant le sol ; l’autre plie derrière, le talon posé à plat. Pied gauche devant, formant la barre verticale du caractère ding (丁) et pied droit derrière en formant la barre horizontale : « pas du poulet transi gauche en ding » ; et inversement pour le droit. On l’appelle couramment « pas vif », parce qu’il facilite avances et reculs.

鴉弦襠。又名夾馬步。其姿勢係一腿在後。屈膝成蹲坐勢。一腿在前挺伸。足尖向內勾。兩大腿夾靠相近。如左足在前挺勾。右足在後蹲屈。則名左夾馬步。右足在前挺勾。左足在後蹲屈。則名右夾馬步。此種步法。用之轉身迴旋。最為靈便。

La posture de la corde de corbeau. On l’appelle aussi « pas du cheval serré ». Une jambe derrière, pliée en position assise ; l’autre tendue devant, la pointe du pied tirée en dedans, les deux cuisses serrées l’une contre l’autre. Pied gauche tendu devant et droit plié derrière : « pas du cheval serré gauche » ; et inversement pour le droit. C’est dans les demi-tours et les rotations que ce pas est le plus agile.

因拳術雖為手上工夫。如步法不固。則上重下輕。風絮水萍。足跟無力。故拳術一道。而以襠法為入門第一步之初階也。

Car si l’art du poing est affaire de mains, un pas mal assuré rend le haut lourd et le bas léger, pareil à la chatte du vent ou à la lentille d’eau, sans force dans le talon. Aussi, dans cet art, la posture des pas est-elle le premier degré, la première marche de l’entrée.

Sommaire des techniques de main (少林拳手法略說)

拳術中之手法。係指手臂之全部而言。膀。肘。腕。指。掌。拳。均在其內。茲將本篇中所用之手法。略舉如下。

Les techniques de main, dans l’art du poing, désignent le bras tout entier : l’épaule, le coude, le poignet, les doigts, la paume et le poing y sont compris. Voici, brièvement, celles qu’emploie le présent ouvrage.

(切掌)係掌根外緣下部用勁。用以切擊敵人之手法。

La paume qui coupe (qie zhang) : on emploie la force du bord externe de la base de la paume, pour trancher sur l’adversaire.

(捺掌)係掌根正中下部用一種挺勁吐出。捺擊之手法。

La paume qui presse (na zhang) : de la partie médiane de la base de la paume, on émet une force d’extension et l’on presse en frappant.

(頂心肘)係用肘角前方。向敵人心窩撞擊之手法。

Le coude au creux de l’estomac : on heurte du devant de la pointe du coude le creux de l’estomac de l’adversaire.

(肋下肘)係已打進敵人身旁。而用肘角上臂外方。撇擊敵人脇脥之手法。

Le coude sous les côtes : une fois entré auprès de l’adversaire, on frappe de biais, avec la pointe du coude et l’extérieur du bras, sous ses aisselles.

(衝拳)多由腰間發出。向前方或旁方平衝。未發出之前。虎口朝外。拳心朝上。發出之後。拳心朝內。

Le poing poussé (chong quan) : il part le plus souvent des reins et s’élance horizontalement, devant ou de côté. Avant l’émission, la gueule du tigre regarde au-dehors et le creux du poing vers le haut ; après l’émission, le creux du poing regarde en dedans.

(雙貫拳)係將左右兩拳。同時向前撞擊。專打敵人之太陽穴之手法。

Le double poing qui transperce : les deux poings heurtent ensemble vers l’avant, spécialement destinés aux tempes de l’adversaire.

(掛面拳)係用拳背節骨。由上向下。打擊敵人之面門之手法。

Le poing suspendu au visage : on frappe le visage de l’adversaire avec les jointures du dos du poing, de haut en bas.

(雙挑拳)係用雙拳由下絞起向上。專門崩取敵人心胸之手法。

Le double poing qui soulève : les deux poings se tordent du bas vers le haut, pour faire éclater la poitrine de l’adversaire.

(雙蓋拳)係雙拳由上下磕。專用於磕打敵人拳脚之手法。

Le double poing qui couvre : les deux poings tombent de haut en bas, faits pour heurter les poings et les pieds de l’adversaire.

(鵰手)五指掇攏。用以勾掃來拳。或啄擊敵人要部之手法。

La main d’aigle (diao shou) : les cinq doigts réunis en pointe, pour accrocher et balayer le poing qui vient, ou frapper comme d’un bec les points vitaux de l’adversaire.

(七星手)或拳或掌。曲肘靠近胸前。旋推旋進。是名七星。用以偏身進步。兼攻並守之手法。

La main des sept étoiles : poing ou paume, le coude plié près de la poitrine, on pousse en tournant et l’on avance : c’est ce qu’on appelle les sept étoiles, technique qui sert à avancer en biaisant le corps et qui attaque en défendant.

Sommaire des techniques de jambe (少林拳腿法略說)

拳法中之腿法。係指腿足之全部而言。如胯•膝•足•趾•踁•踵•均在其內。本篇之腿法。以懷心腿一着為最難練。其次則為鴉弦襠。茲將懷心腿之練法。略誌如下。

Les techniques de jambe, dans l’art du poing, désignent la jambe et le pied tout entiers : la hanche, le genou, le pied, les orteils, le tibia et le talon y sont compris. Dans cet ouvrage, la plus difficile à travailler est le coup de pied « au cœur » ; vient ensuite la posture de la corde de corbeau. Voici, brièvement, la manière de travailler le coup de pied au cœur.

▲懷心腿 所謂懷心腿者。其腿須由懷心向上。踢人心胸。使其不及提防。普通人之腿法。祗能平蹬偏踩。或高踢低蹴。而懷心腿之用法。則大不然。懷心腿發出之時。係足踵內斜向上。足尖外扭向下。其腿曲提腹上。足心朝天。向前上方踢出。此腿人不易防。而其練法。亦頗不易。

Le coup de pied au cœur (懷心腿). Cette jambe doit monter du creux de la poitrine pour frapper le cœur et la poitrine de l’adversaire, sans lui laisser le temps de se garder. Les gens ordinaires ne savent que pousser à plat, fouler de biais, frapper haut ou donner du pied bas ; l’emploi du coup de pied au cœur est tout autre. Au départ, le talon s’incline vers le haut et en dedans, la pointe du pied se tourne vers le bas et au-dehors ; la jambe se replie et se lève sur l’abdomen, la plante du pied regardant le ciel, puis s’élance vers le haut et l’avant. Ce coup est difficile à parer, et sa méthode de travail n’est pas aisée non plus.

金老先生云。練懷心腿。年歲須在十齡左右。襠筋富於彈力性之時。用繩子一根。穿過屋梁上。一端環頭。將足跟擱於其上。一端用手抽着。使其足踵上翹。逐日懸弔。須一百二十日。則襠筋自能伸長。又云普通人。多用右腿。每較左腿尤為靈活。而余所練之懷心腿。則為左腿。用腿之時。使人更難揣測。本篇第二十四圖。為懷心腿踢後。落下之姿勢。金老現年七十九猶能踢腿。較壯年人靈活便捷云。

Le vieux monsieur Jin disait : « Pour travailler ce coup, il faut être âgé d’une dizaine d’années, quand les tendons de l’entrejambe sont encore pleins d’élasticité. On prend une corde que l’on passe par-dessus la poutre du toit ; à l’un des bouts, un anneau où l’on pose le talon ; de l’autre main, on tire, de façon que le talon se relève. On le suspend ainsi chaque jour, cent vingt jours durant : les tendons de l’entrejambe s’allongent d’eux-mêmes. » Il disait aussi que la plupart des gens emploient la jambe droite, toujours plus agile que la gauche, tandis que le coup de pied au cœur qu’il avait travaillé, lui, était de la jambe gauche, ce qui rend le coup plus difficile encore à prévoir. La vingt-quatrième figure de cet ouvrage montre la position après que le coup a frappé et que la jambe est retombée. Le vieux Jin, à soixante-dix-neuf ans, frappait encore de la jambe, plus souplement et plus lestement qu’un homme dans la force de l’âge.

▲鴉弦襠 鴉弦襠。須一腿後曲。一腿前伸。全體重量。均在後腿。胸要挺。腰要直。似蹲而非蹲。似坐而非坐。則上下皆可兼顧。進退定能自如。練此步法。能逐日站一二十分鐘。則其腿力之增長。有非常人所逆料者也。

La posture de la corde de corbeau (鴉弦襠). Une jambe plie derrière, l’autre s’étend devant ; tout le poids du corps repose sur la jambe arrière. La poitrine se redresse, les reins restent droits ; on semble accroupi sans l’être, assis sans l’être : ainsi le haut et le bas sont également gardés, et l’on avance et recule à coup sûr. Si l’on tient cette posture dix à vingt minutes chaque jour, la force des jambes croîtra au-delà de ce que l’on imagine.

Tableau d’orientation des postures (少林拳各箇姿勢方向路綫對照圖)

少林拳各箇姿勢方向路綫對照圖

Tableau comparatif de l’orientation et de l’itinéraire de chaque posture du shaolin quan.

Les deux planches qui suivent donnent, pour les trente-sept postures, la direction du corps et le tracé des pas ; elles servent de carte pour suivre l’enchaînement avant de passer aux photographies.

Première planche du tableau d’orientation des postures

Seconde planche du tableau d’orientation des postures

Liste des trente-sept postures (第一路姿勢圖解細目)

  1. 請手 — le Salut (qing shou)
  2. 左穿花手 — main gauche qui traverse les fleurs
  3. 右穿花手 — main droite qui traverse les fleurs
  4. 黃鶯落架 — le loriot se pose sur sa branche
  5. 懷中抱月 — étreindre la lune contre la poitrine
  6. 左沖天砲 — canon gauche qui monte au ciel
  7. 右沖天砲 — canon droit qui monte au ciel
  8. 馬襠衝拳 — poing poussé en posture du cavalier
  9. 雙貫拳 — double poing qui transperce
  10. 雁落沙灘 — l’oie sauvage se pose sur le sable
  11. 頂心肘 — coude au creux de l’estomac
  12. 白鶴亮翅 — la grue blanche déploie ses ailes
  13. 掛面拳 — poing suspendu au visage
  14. 肋下肘 — coude sous les côtes
  15. 捺擊掌 — paume qui presse et frappe
  16. 單鳳朝陽 — le phénix solitaire face au soleil
  17. 抝步拉弓 — pas tordu, on bande l’arc
  18. 弓箭衝拳 — poing poussé en pas d’arc et de flèche
  19. 抽拳切掌 — poing retiré, paume qui coupe
  20. 雙挑拳 — double poing qui soulève
  21. 躺襠切掌 — paume qui coupe en posture couchée
  22. 單鳳朝陽 — le phénix solitaire face au soleil
  23. 雙蓋拳 — double poing qui couvre
  24. 懷心腿 — coup de pied au cœur
  25. 二郎擔衫 — Erlang porte sa tunique
  26. 袖底切掌 — paume qui coupe sous la manche
  27. 猴兒摘桃 — le singe cueille la pêche
  28. 翻身劈擊 — se retourner et fendre
  29. 躺襠切掌 — paume qui coupe en posture couchée
  30. 偏花七星 — fleur de côté, position des sept étoiles
  31. 二郎擔衫 — Erlang porte sa tunique
  32. 雙撞拳 — double poing qui heurte
  33. 流星趕月 — la météore poursuit la lune
  34. 金鷄獨立 — le coq d’or se tient sur une patte
  35. 馬襠衝拳 — poing poussé en posture du cavalier
  36. 雙圈手 — double main qui décrit des cercles
  37. 七星收手 — position des sept étoiles, main de clôture

Les trente-sept postures (少林拳第一路姿勢說明)

第一勢 請手 — le Salut

左手作半合掌是為善手。右手抱拳。是為惡手。起手。立正。背北。面南。目光前看。左掌。右拳。兩臂微提。由外向前。右手為拳台。拳背朝上。虎口向內。左手作半合掌。五指朝上。大指在內。表示敬禮之意。形如左圖。

La main gauche forme une demi-paume jointe, c’est la « main de la bonté » ; la main droite enferme le poing, c’est la « main de la dureté ». On part de la position du garde-à-vous, dos au nord, face au sud, le regard porté devant. La paume à gauche, le poing à droite, les deux bras légèrement soulevés, viennent de l’extérieur vers l’avant ; la main droite sert de socle au poing, le dos du poing vers le haut, la gueule du tigre vers l’intérieur ; la main gauche forme la demi-paume jointe, les cinq doigts vers le haut, le pouce en dedans, en signe de salut. La forme est celle de la figure.

Posture 1, le Salut

第二勢 左穿花手 — main gauche qui traverse les fleurs

左足向左旁方一步。同時。左掌由內弧向下一捎。握指成拳。手心朝上。收囘護腰。右拳變掌。向前切擊。同時上身左轉。正面朝東。兩腿成左弓右箭步。身腰矮下。目光東看。形如左圖。

Le pied gauche fait un pas de côté vers la gauche. En même temps, la paume gauche descend d’un arc intérieur en balayant, les doigts se ferment en poing, le creux de la main vers le haut, et le poing revient protéger les reins. Le poing droit se change en paume et coupe vers l’avant. En même temps, le haut du corps tourne à gauche, la face vers l’est ; les jambes forment le pas de l’arc gauche et de la flèche droite, la taille s’abaisse, le regard va vers l’est.

Posture 2, main gauche qui traverse les fleurs

第三勢 右穿花手 — main droite qui traverse les fleurs

右掌由內弧向下外捎。兩足根不動。足尖右磨。身體隨之右轉。正面朝西。成右弓左箭步。右掌握指變拳。收囘護腰。同時左拳變掌。伸直向前切擊。目光前看。正面朝西。形如左圖

La paume droite descend d’un arc intérieur et balaie vers l’extérieur. Les deux talons ne bougent pas : les pointes de pied pivotent à droite et le corps suit, la face vers l’ouest, en pas de l’arc droit et de la flèche gauche. Les doigts de la paume droite se ferment en poing, qui revient protéger les reins ; en même temps, le poing gauche se change en paume, s’étend et coupe vers l’avant. Le regard va devant, la face vers l’ouest.

Posture 3, main droite qui traverse les fleurs

第四勢 黃鶯落架 — le loriot se pose sur sa branche

左掌由左向上。畫成圈花。由下揚起。屈肘當胸。虎口朝上。同時左足提向右足前方半步。足尖點地。成寒鷄步。身腰蹲坐。右拳未動。正面朝南。目光前看。形如左圖。

La paume gauche monte vers la gauche en dessinant une fleur circulaire, puis s’élève du bas ; le coude se plie devant la poitrine, la gueule du tigre vers le haut. En même temps, le pied gauche se lève et se pose à un demi-pas devant le pied droit, la pointe touchant le sol : c’est le pas du poulet transi. La taille s’accroupit ; le poing droit n’a pas bougé. La face est vers le sud, le regard devant.

Posture 4, le loriot se pose sur sa branche

第五勢 懷中抱月 — étreindre la lune contre la poitrine

左脚微提。足尖向左。足跟向右一跥。屈膝落實。右脚向前一步。右脚挺伸。成躺襠勢。同時身腰左轉。胸前朝東。右拳變掌。兩手由懷內向下一崩。由外圈向左前方。成抱月圈。虎口相對。掌心朝外。左手微高。右手略低。目光右看。形如左圖。

Le pied gauche se soulève légèrement, la pointe vers la gauche, le talon retombant d’un coup vers la droite, puis le genou plie et le pied se pose à plat. Le pied droit avance d’un pas et reste tendu : on obtient la posture couchée. En même temps, la taille tourne à gauche, la poitrine face à l’est ; le poing droit se change en paume et les deux mains, partant de la poitrine, éclatent vers le bas puis remontent par un cercle extérieur vers l’avant-gauche, formant l’anneau de l’« étreinte de la lune ». Les gueules du tigre se font face, les creux des paumes vers l’extérieur, la main gauche un peu plus haute, la droite un peu plus basse. Le regard va vers la droite.

附解 第五勢之動作法。先將朝南在前足尖點地之左足。微提向前。將足尖朝左。足跟向右落下。同時身腰左轉。正面朝東。將右足向南一步。全身重量移置左邊。左腿屈曲。右腿挺伸。成躺襠姿勢。在右腿進步之時。卽將右拳變掌。雙掌由懷內下一拂。由外圈向上抄起。成抱月形。

Détail complémentaire. Le mouvement de la cinquième posture s’exécute ainsi : le pied gauche, qui touchait le sol de la pointe en avant, face au sud, se lève légèrement et avance, la pointe vers la gauche, le talon retombant vers la droite ; en même temps la taille tourne à gauche, la face vers l’est. Le pied droit fait un pas vers le sud, tout le poids du corps passe à gauche, la jambe gauche plie et la droite reste tendue : c’est la posture couchée. Au moment où la jambe droite avance, le poing droit se change en paume et les deux paumes, d’une caresse vers le bas depuis la poitrine, remontent par un cercle extérieur et forment la figure de l’étreinte de la lune.

Posture 5, étreindre la lune contre la poitrine

第六勢 左沖天砲 — canon gauche qui monte au ciel

方向未變。右足收囘。向左足併攏。身體立直。同時雙掌變拳。右拳護腰。貼近左脇。左拳上衝。斜豎於左上方。拳心朝外。虎口朝右。目光右看。形如左圖。

La direction ne change pas. Le pied droit revient se joindre au gauche et le corps se redresse. En même temps, les deux paumes deviennent poings : le poing droit protège les reins, collé au flanc gauche ; le poing gauche s’élance vers le haut et se dresse en biais vers le haut à gauche, le creux du poing vers l’extérieur, la gueule du tigre vers la droite. Le regard va vers la droite.

附解 第六勢與第五勢之銜接處。此勢方向與左足均未移動。卽將右足收囘。向左足併攏。身體立起。右掌變拳。收囘屈肘。以護左腰。左拳由懷內向上一衝。成冲天砲。

Détail complémentaire. À la jonction des cinquième et sixième postures, ni la direction ni le pied gauche ne bougent : le pied droit revient se joindre au gauche et le corps se redresse. La paume droite devient poing, se retire, le coude plié, pour protéger les reins gauches ; le poing gauche s’élance vers le haut depuis la poitrine et devient le « canon qui monte au ciel ».

Posture 6, canon gauche qui monte au ciel

第七勢 右沖天砲 — canon droit qui monte au ciel

右足足跟向下。足尖朝右。向前踢一踩腿。落地站實。左右兩拳。同時右拳下扎。向右上方揚起。左拳護腰。貼近右脇。目光前看。正面朝南。形如左圖。

Le talon du pied droit descend et la pointe se tourne à droite : on lance vers l’avant un coup de pied foulant, puis le pied se pose à plat. Des deux poings, le droit plonge vers le bas puis s’élève vers le haut à droite ; le poing gauche protège les reins, collé au flanc droit. Le regard va devant, la face vers le sud.

附解 踩腿。係提起右足。離地約四五寸許。將足尖上翹向右。足跟用勁由內扭轉向前。踩踢前方敵人小腿臁骨。足踁等處。

Détail complémentaire. Le coup de pied foulant (踩腿) : on lève le pied droit à quatre ou cinq pouces du sol, la pointe relevée et tournée à droite, et le talon, par un effort de torsion de l’intérieur vers l’avant, vient fouler le tibia et le bas de la jambe de l’adversaire devant soi.

Posture 7, canon droit qui monte au ciel

第八勢 馬襠衝拳 — poing poussé en posture du cavalier

左足足跟前吐。足尖上仰。向前踢一踩腿。落下成馬襠步。左手向前一抓。收囘屈肘。提與肩平。虎口朝下。拳心向外。拳背靠近肩窩。右拳落至胸前。由左拳袖底。向前平衝。身腰蹲坐。成馬襠左拉右衝拳姿勢。正面仍係朝南。目光前看。形如左圖。

Le talon du pied gauche pousse en avant, la pointe relevée : on lance un coup de pied foulant, puis le pied retombe en pas du cavalier. La main gauche saisit devant elle, puis se retire, le coude plié, remonté à hauteur d’épaule, la gueule du tigre vers le bas, le creux du poing vers l’extérieur, le dos du poing près du creux de l’épaule. Le poing droit descend devant la poitrine et, passant sous la manche du poing gauche, s’élance horizontalement vers l’avant. La taille s’accroupit : on a la posture du cavalier, la gauche tirant et la droite poussant. La face reste au sud, le regard devant.

Posture 8, poing poussé en posture du cavalier

第九勢 雙貫拳 — double poing qui transperce

身步未動。雙拳收囘脇下。上身左轉。右足微向前移。雙拳同時向左前方畫弧撞擊。虎口相對。左拳微揚。右拳微低。目光隨拳注視。正面朝東。背面朝西。形如左圖。

Ni le corps ni le pas ne bougent : les deux poings reviennent sous les aisselles ; le haut du corps tourne à gauche et le pied droit avance un peu. Les deux poings frappent ensemble vers l’avant-gauche en décrivant un arc, les gueules du tigre face à face, le poing gauche un peu haut, le droit un peu bas. Le regard suit les poings. La face est à l’est, le dos à l’ouest.

Posture 9, double poing qui transperce

第十勢 雁落沙灘 — l’oie sauvage se pose sur le sable

右拳變掌。向右上方一捎。右脚一跺。左足向前一步。身腰右轉。左脚前伸。右膝屈落。成躺襠勢。同時右手向後一掃。左手向前下方發一切掌。遙對左足足尖。正面朝南。目光前看。形如左圖。

Le poing droit devient paume et balaie vers le haut à droite ; le pied droit frappe le sol, le pied gauche avance d’un pas, la taille tourne à droite, la jambe gauche s’étend devant et le genou droit plie et descend : on a la posture couchée. En même temps, la main droite balaie vers l’arrière, tandis que la main gauche lance une paume qui coupe vers le bas et l’avant, répondant de loin à la pointe du pied gauche. La face est au sud, le regard devant.

Posture 10, l’oie sauvage se pose sur le sable

第十一勢 頂心肘 — coude au creux de l’estomac

上身立起前邁。步法未動。成左弓右箭步。右手變拳。屈藏在內。右肘向前打一頂心肘。同時左掌收囘。向上一捎。在右肘角前方一拍。正面朝南。目光前看。形如左圖。

Le haut du corps se relève et avance sans que le pas change, formant le pas de l’arc gauche et de la flèche droite. La main droite devient poing, replié et caché en dedans ; le coude droit frappe devant lui : c’est le coude au creux de l’estomac. En même temps, la paume gauche se retire, balaie vers le haut et vient frapper devant la pointe du coude droit. La face est au sud, le regard devant.

Posture 11, coude au creux de l’estomac

第十二勢 白鶴亮翅 — la grue blanche déploie ses ailes

右手向右旁方一捎。身腰右轉。此時正面朝北右步後退。同時右捎手。從右外方由下向上。左手從左外方。由上朝下。向後一掃。右手畫內弧。左手畫外弧。成寒鷄步。白鶴亮翅。左手後捎。右手上揚。左足足尖點地。右足落實。身腰蹲坐。目光前看。形如左圖。

La main droite balaie vers la droite et la taille tourne à droite : la face passe au nord et le pied droit recule. En même temps, la main droite qui balaie monte de l’extérieur droit, du bas vers le haut, tandis que la main gauche, de l’extérieur gauche, descend et balaie vers l’arrière ; la droite décrit un arc intérieur, la gauche un arc extérieur. On obtient le pas du poulet transi, « la grue blanche déploie ses ailes » : la main gauche balaie en arrière, la droite s’élève, la pointe du pied gauche touche le sol, le pied droit est à plat, la taille s’accroupit. Le regard va devant.

Posture 12, la grue blanche déploie ses ailes

第十三勢 掛面拳 — poing suspendu au visage

左手上捎。右手握拳護腰。左足足跟向前。踢一蹴臁腿。落下。成左弓步。右拳由腰下提起向前擊一掛面拳。係用拳背擊敵面門。虎口朝右。拳心向裏。同時用左掌托着右拳拳背。目光前看。正而朝北。形如左圖。

La main gauche balaie vers le haut, la main droite ferme le poing et protège les reins. Le talon du pied gauche pousse vers l’avant : on lance du pied contre le tibia (蹴臁腿), le pied retombe et l’on prend le pas de l’arc gauche. Le poing droit remonte des reins et frappe devant : c’est le poing suspendu au visage, qui frappe le visage de l’adversaire du dos du poing, la gueule du tigre vers la droite, le creux du poing vers l’intérieur ; en même temps, la paume gauche soutient le dos du poing droit. Le regard va devant, la face au nord.

附解 蹴臁腿。係足尖上仰。腿筋伸直。將足跟吐出。向前方敵人小腿臁骨處底蹴。蹴踢之法。無須過高。足跟用勁。橫出則為踩。直出則為蹴。

Détail complémentaire. Le coup de pied contre le tibia (蹴臁腿) : la pointe du pied se relève, les tendons de la jambe s’étendent, le talon pousse en avant et frappe de bas en haut le tibia de l’adversaire. Ce coup n’a pas besoin d’être haut : la force est dans le talon. Sorti de biais, c’est un foulé ; sorti droit, c’est un coup de pied poussé.

Posture 13, poing suspendu au visage

第十四勢 肋下肘 — coude sous les côtes

右足向前一步。左手朝外。微微向上一捎。似握敵人左臂。向左後方一拉。右拳屈肘向內。順勢用右肘上膀。外臂肘角。向外崩擊敵人左腰肋。目光前看。正而朝北。形如左圖。

Le pied droit avance d’un pas. La main gauche, tournée vers l’extérieur, balaie légèrement vers le haut comme pour saisir le bras gauche de l’adversaire, et tire vers l’arrière-gauche. Le poing droit se replie en dedans ; profitant de l’élan, on frappe de l’extérieur du bras et de la pointe du coude droit, en éclat, les côtes et les reins gauches de l’adversaire. Le regard va devant, la face au nord.

Posture 14, coude sous les côtes

第十五勢 捺擊掌 — paume qui presse et frappe

右手向右前上方一捎。然後左手由左外方向前旁方。掌根用勁一推。落靠右腰旁。同時左足向前一步。右掌由懷內發出。向前一擊。五指朝上。掌根用勁。步法成左弓右箭步。目光前看。正面朝西北。形如左圖。

La main droite balaie vers le haut à l’avant-droit. Puis la main gauche, de l’extérieur gauche, pousse vers l’avant de côté, la base de la paume agissant, et vient se poser près des reins droits. En même temps, le pied gauche avance d’un pas et la paume droite, partant de la poitrine, frappe vers l’avant, les cinq doigts vers le haut, la base de la paume agissante. Le pas devient celui de l’arc gauche et de la flèche droite. Le regard va devant, la face au nord-ouest.

Posture 15, paume qui presse et frappe

第十六勢 單鳳朝陽 — le phénix solitaire face au soleil

右手向上一捎。右足向左前一步。足尖點地。身腰左轉。正面轉南。同時左手由右腰旁。經左後下方。向上畫一大圓弧。落至右旁腹前。右手捎後。由右旁方畫弧。從內圈挑起向上。揚於右頂上方。步法成左前右後寒鷄步。目光前看。形如左圖。

La main droite balaie vers le haut ; le pied droit fait un pas vers l’avant- gauche, la pointe touchant le sol ; la taille tourne à gauche et la face passe au sud. En même temps, la main gauche, des reins droits, descend en arrière à gauche puis remonte en un grand arc jusqu’à l’avant de l’abdomen, du côté droit ; la main droite, après son balayage, décrit un arc du côté droit et, par le cercle intérieur, se relève et s’élève au-dessus du sommet droit. Le pas devient celui du poulet transi, gauche devant, droit derrière. Le regard va devant.

Posture 16, le phénix solitaire face au soleil

第十七勢 抝步拉弓 — pas tordu, on bande l’arc

左足向前一落伸直。成丁步勢。左右兩手。由右旁向前下方一幌撩起。向上成一大圓花形。右手從右腰下前伸。掌心朝上。似握敵人來手。向右後一抽。左手由上向前。發一切掌。同時右足向左足後抝步上前一步。正面朝南。形如左圖。

Le pied gauche retombe devant et s’étend : c’est la posture en ding. Les deux mains, du côté droit, descendent en un balancement vers l’avant-bas puis remontent en une grande fleur circulaire. La main droite s’avance des reins droits, le creux de la paume vers le haut, comme pour saisir la main qui vient, et tire vers l’arrière-droit ; la main gauche, de haut, s’avance et lance une paume qui coupe. En même temps, le pied droit passe en pas tordu derrière le gauche et avance d’un pas. La face est au sud.

Posture 17, pas tordu, on bande l’arc

第十八勢 弓箭衝拳 — poing poussé en pas d’arc et de flèche

右足由左後方提出。向左足前方進一步。左足再向前方一步。成左弓右箭步。左掌由上向右旁方一扳。成拳護腰。同時。右拳由右肋下發出。向前平衝。正面朝南。目光前看。形如左圖。

Le pied droit se dégage de derrière la gauche et avance d’un pas devant le pied gauche ; le pied gauche avance encore d’un pas, et l’on obtient le pas de l’arc gauche et de la flèche droite. La paume gauche, de haut, tire vers la droite et devient poing qui protège les reins. En même temps, le poing droit part de sous les côtes droites et s’élance horizontalement vers l’avant. La face est au sud, le regard devant.

Posture 18, poing poussé en pas d’arc et de flèche

第十九勢 抽拳切掌 — poing retiré, paume qui coupe

向右一扭身。由弓箭襠變馬襠。正面朝西。同時將右拳抽囘。肘角向後。拳平右胸。左掌向南切擊。五指朝上。掌根用勁。目光向南注看。形如左圖。

On tord le corps vers la droite et l’on passe du pas de l’arc à la posture du cavalier, la face à l’ouest. En même temps, le poing droit se retire, la pointe du coude en arrière, le poing à hauteur de la poitrine droite ; la paume gauche coupe vers le sud, les cinq doigts vers le haut, la base de la paume agissante. Le regard se fixe au sud.

Posture 19, poing retiré, paume qui coupe

第二十勢 雙挑拳 — double poing qui soulève

兩手握拳。由懷內向上雙捎。左內右外。畫弧上抄。抱置胸前。拳心朝內。身體右轉。將右足收囘。足尖點地。成寒鷄步蹲坐勢。正面朝北。目光前看。形如左圖。

Les deux mains deviennent poings et balaient ensemble vers le haut depuis la poitrine, la gauche en dedans, la droite en dehors, décrivant un arc et remontant, puis se tiennent devant la poitrine, les creux des poings en dedans. Le corps tourne à droite ; le pied droit se retire, la pointe touchant le sol, et l’on prend la posture accroupie du poulet transi. La face est au nord, le regard devant.

附解 第十九勢與二十勢。銜接處。此種手法。係雙拳同時向上成兩個大圓圈。左拳走內圈。右拳走外圈。成連環式。如∞形。

Détail complémentaire. À la jonction des dix-neuvième et vingtième postures, la technique consiste en ce que les deux poings montent ensemble en traçant deux grands cercles : le gauche par le cercle intérieur, le droit par le cercle extérieur, en chaîne, comme une figure en ∞.

Posture 20, double poing qui soulève

第二十一勢 躺襠切掌 — paume qui coupe en posture couchée

右足向右旁方橫進一步。與左足相平。左腿挺伸。右腿屈膝。上身微向左斜。同時右拳收囘護腰。左手變掌。向左前下方抺擊。目光隨左掌注看。正面朝西北。形如左圖。

Le pied droit fait un pas de côté vers la droite, à niveau avec le gauche ; la jambe gauche s’étend, la droite plie au genou, le haut du corps s’incline un peu à gauche. En même temps, le poing droit revient protéger les reins et la main gauche, devenue paume, essuie en frappant vers le bas et l’avant-gauche. Le regard suit la paume gauche. La face est au nord-ouest.

Posture 21, paume qui coupe en posture couchée

第二十二勢 單鳳朝陽 — le phénix solitaire face au soleil

上身右轉。右手向外上捎。再由懷內畫弧向上。向時左手由左上方向右方磕下。落於腹前。肘角微彎。掌心向下。右手上舉。掌心朝上。膀臂微屈。同時左足收囘。足尖點地。置於右足尖前。成單鳳朝陽勢。目光前看。正面朝正北。形如左圖。

Le haut du corps tourne à droite ; la main droite balaie vers le haut et l’extérieur, puis remonte en arc depuis la poitrine. En même temps, la main gauche descend du haut à gauche en heurtant vers la droite et s’arrête devant l’abdomen, le coude légèrement plié, le creux de la paume vers le bas, tandis que la main droite s’élève, le creux de la paume vers le haut, le bras légèrement plié. En même temps, le pied gauche se retire, la pointe touchant le sol devant la pointe du pied droit : c’est la posture du phénix solitaire face au soleil. Le regard va devant, la face au nord.

Posture 22, le phénix solitaire face au soleil

第二十三勢 雙蓋拳 — double poing qui couvre

右手由外圈向下。左手由下弧畫圈翻上。兩拳同時下蓋。左足落平。與右足相齊。雙腿同時朝下一蹬。兩手交叉。左上右下。抱在膝外。正面朝北。目光前看。形如左圖。

La main droite descend par le cercle extérieur, la main gauche remonte en renversant par un cercle venant du bas ; les deux poings couvrent ensemble en descendant. Le pied gauche se pose à plat, à niveau du droit, et les deux jambes poussent ensemble vers le bas. Les deux mains se croisent, la gauche dessus, la droite dessous, et se tiennent au-dehors des genoux. La face est au nord, le regard devant.

Posture 23, double poing qui couvre

第二十四勢 懷心腿 — coup de pied au cœur

雙拳同時向上一捎。作雙崩勢。身腰立起。同時左腿隨手發出。上踢一懷心腿。懷心腿踢法。參看說明。正面仍然朝北。形如左圖。

Les deux poings balaient ensemble vers le haut, en un mouvement d’éclatement double ; la taille se redresse. En même temps, la jambe gauche part avec les mains et lance vers le haut un coup de pied au cœur. Pour la manière de le donner, voir l’explication générale. La face reste au nord.

Posture 24, coup de pied au cœur

第二十五勢 二郎擔衫 — Erlang porte sa tunique

左足落下。左拳變掌。向前右方發一旁捺掌。右手變鵰手。由左上方畫弧。向右旁方反撥。同時右足貼地向前一鈎掃。足尖朝左。左手揚起。在左上方。掌心朝前。右手撥後。手背朝前。在右旁方。此着一捺一撥一勾。名為三合。手足須同時並用。正面朝北。目光前看。形如左圖。

Le pied gauche retombe ; le poing gauche devient paume et lance de côté, vers l’avant-droit, une paume qui presse. La main droite devient main d’aigle, décrit un arc depuis le haut à gauche et repousse en sens inverse vers la droite. En même temps, le pied droit, collé au sol, fauche vers l’avant en crochet, la pointe du pied vers la gauche. La main gauche s’élève en haut à gauche, le creux de la paume vers l’avant ; la main droite, après avoir repoussé, est de côté à droite, le dos de la main vers l’avant. Cette combinaison — une pression, un rejet, un crochet — s’appelle les « trois unions », et mains et pieds doivent agir en même temps. La face est au nord, le regard devant.

附解 左手向前方發一捺掌。係五指向上微彎。掌根腕底用勁挺擊之意。右手將五指掇攏名為鵰手。由左上方向下。經胸則向右旁方。連鈎一撥。畫弧向後反啄。手腕向前。五指向後。此時一捺一集已收囘。由懷內向左上方揚起。此勢在一捺時。右足向前。用一鈎腿。隨時左手收囘向上。右手由上向下。成左上右下。絞絲形手法。

Détail complémentaire. La main gauche lance devant elle une paume qui presse : les cinq doigts légèrement fléchis vers le haut, la force de la base de la paume et du poignet pousse en frappant. La main droite réunit ses cinq doigts en pointe — c’est la main d’aigle —, descend du haut à gauche, passe devant la poitrine vers le côté droit, accroche et repousse, puis, d’un arc, becquette en arrière, le poignet en avant et les cinq doigts en arrière. La pression et le rassemblement achevés, la main revient et s’élève de la poitrine vers le haut à gauche. Au moment de la pression, le pied droit avance en jambe crochetée, et la main gauche se retire et monte tandis que la droite descend du haut vers le bas : on a la figure du fil de soie tordu, la gauche dessus et la droite dessous.

Posture 25, Erlang porte sa tunique

第二十六勢 袖底切掌 — paume qui coupe sous la manche

右足提起。向前半步。由鴉弦襠變為右弓左箭勢。同時。左手向右旁方一推。右手收囘。由腰下伸出。向前發一切掌。目光前看。正面朝北。形如左圖。

Le pied droit se lève et fait un demi-pas en avant ; de la posture de la corde de corbeau on passe au pas de l’arc droit et de la flèche gauche. En même temps, la main gauche pousse vers la droite et la main droite se retire, sort de dessous les reins et lance vers l’avant une paume qui coupe. Le regard va devant, la face au nord.

Posture 26, paume qui coupe sous la manche

第二十七勢 猴兒摘桃 — le singe cueille la pêche

左足向前進一步。同時右手由上向右外方一捎。落下垂肘。鵰起掇五指朝前。左手由外上方畫弧。向內下方後鵰。掇五指向後。同時左腿向前微進半步。屈膝跪落。正面朝北。目光前看。形如左圖。

Le pied gauche avance d’un pas. En même temps, la main droite balaie du haut vers l’extérieur droit, puis retombe, le coude pendant ; elle se ferme en main d’aigle, les cinq doigts vers l’avant. La main gauche décrit un arc du haut extérieur vers le bas intérieur et becquette en arrière, les cinq doigts vers l’arrière. En même temps, la jambe gauche avance d’un demi-pas et le genou plie et descend. La face est au nord, le regard devant.

Posture 27, le singe cueille la pêche

第二十八勢 翻身劈擊 — se retourner et fendre

身腰立起。左足向左後方退一步。身體左轉。左手向左旁後方一捎。此時正面朝西南。右足前進一步。右拳向前打一披面拳。打時左掌向右拳背上一刮。右臂挺伸。雙掌下鵰。左掌護耳。掌心朝右。步法成朝東南馬襠勢。目光右看。形如左圖。

La taille se redresse ; le pied gauche recule d’un pas vers l’arrière-gauche et le corps tourne à gauche, la main gauche balayant vers l’arrière de côté. La face est alors au sud-ouest. Le pied droit avance d’un pas et le poing droit frappe devant d’un poing qui fend le visage ; au moment du coup, la paume gauche râcle le dos du poing droit. Le bras droit s’étend, les deux paumes se ferment en aigle vers le bas, la paume gauche protège l’oreille, le creux vers la droite. Le pas devient la posture du cavalier, face au sud-est. Le regard va à droite.

Posture 28, se retourner et fendre

第二十九勢 躺襠切掌 — paume qui coupe en posture couchée

右足向前東南方半步。身腰左轉。正面朝北。右掌變拳。抽囘護腰。肘角提起。同時左掌向左下方切擊。身腰右坐。右腿屈曲。左腿挺伸。成躺襠勢。目光左看。形如左圖。

Le pied droit fait un demi-pas vers le sud-est ; la taille tourne à gauche et la face passe au nord. La paume droite devient poing et se retire pour protéger les reins, la pointe du coude relevée. En même temps, la paume gauche coupe vers le bas à gauche ; la taille s’assied à droite, la jambe droite plie et la gauche s’étend : on a la posture couchée. Le regard va à gauche.

Posture 29, paume qui coupe en posture couchée

第三十勢 偏花七星 — fleur de côté, position des sept étoiles

左足收囘。足尖點地。成寒雞勢。上身微向右轉。正面朝東。同時左掌與右掌。隨左足收囘之時。順勢向右旁方。由下畫半弧揚起。成雙切掌七星勢。指尖朝上。頭向右轉。目光南看。形如左圖。

Le pied gauche se retire, la pointe touchant le sol : c’est la posture du poulet transi. Le haut du corps tourne légèrement à droite, la face à l’est. En même temps, les paumes gauche et droite, au moment où le pied gauche se retire, suivent l’élan vers la droite et remontent du bas en un demi-arc, formant la double paume qui coupe, en position des sept étoiles, les doigts vers le haut. La tête tourne à droite, le regard va au sud.

Posture 30, fleur de côté, position des sept étoiles

第三十一勢 二郎擔衫 — Erlang porte sa tunique

身腰左轉。左足向前半步。右足貼地畫半弧。向北方前鏟落實。足尖朝西。同時右手向上一捎。左手向懷內一蓋。成雙花手。左掌向左旁方揚起。右手向右旁方後鵰。目光前看。正面朝北。形如左圖。

La taille tourne à gauche ; le pied gauche avance d’un demi-pas ; le pied droit, collé au sol, décrit un demi-arc et vient se poser en poussant vers le nord, la pointe vers l’ouest. En même temps, la main droite balaie vers le haut et la main gauche couvre vers la poitrine : c’est la double main fleurie. La paume gauche s’élève de côté à gauche, la main droite becquette en arrière de côté à droite. Le regard va devant, la face au nord.

Posture 31, Erlang porte sa tunique

第三十二勢 雙撞拳 — double poing qui heurte

足跟貼地。兩足尖左磨。身腰左轉。成正面朝南左弓步。雙手在胸前成交叉式。向上雙捎。右足隨時向前踢一踩腿落實。同時雙捎手收囘成拳。由腰間發出。向前雙衝。正面朝南。步法成右弓左箭步。目光前看。形如左圖。

Les talons collés au sol, les pointes pivotent à gauche et la taille tourne à gauche : on prend le pas de l’arc gauche, face au sud. Les deux mains, croisées devant la poitrine, balaient ensemble vers le haut ; le pied droit lance alors un coup de pied foulant et se pose. En même temps, les deux mains qui balayaient se retirent et deviennent poings, puis partent des reins et poussent ensemble vers l’avant. La face est au sud ; le pas devient celui de l’arc droit et de la flèche gauche. Le regard va devant.

Posture 32, double poing qui heurte

第三十三勢 流星趕月 — la météore poursuit la lune

左手向左後方一捎。身腰左轉。正面朝東。右足躍向左足旁方一步。左足磨轉。成馬襠蹬下。同時右拳由頂上翻向左旁方磕擊。左掌托其右肘前下方。此時正面朝西。目光右看。形如左圖。(此着右足與右拳。須同時動作。轉身更要靈快。)

La main gauche balaie vers l’arrière-gauche ; la taille tourne à gauche, la face à l’est. Le pied droit bondit d’un pas à côté du pied gauche, le gauche pivote, et l’on descend en posture du cavalier. En même temps, le poing droit se renverse au-dessus de la tête et vient heurter le côté gauche, la paume gauche soutenant le dessous de l’avant du coude droit. La face est alors à l’ouest, le regard à droite. (Dans ce mouvement, le pied droit et le poing droit doivent agir en même temps, et la rotation doit être vive.)

Posture 33, la météore poursuit la lune

第三十四勢 金鷄獨立 — le coq d’or se tient sur une patte

右拳抽囘護腰。拳心朝上。同時左掌向前切擊。右膝提起。足尖靠近左膝角上。左腿獨立。正面朝西。目光前看。形如左圖。

Le poing droit se retire pour protéger les reins, le creux du poing vers le haut. En même temps, la paume gauche coupe vers l’avant ; le genou droit se lève, la pointe du pied près du coin du genou gauche, et la jambe gauche se tient seule. La face est à l’ouest, le regard devant.

Posture 34, le coq d’or se tient sur une patte

第三十五勢 馬襠衝拳 — poing poussé en posture du cavalier

右足向右前斜方一落。成馬襠勢。左手變拳。曲肘平肩。拳心朝下。右拳同時向右平方衝出。目光右看。正面朝西。形如左圖。

Le pied droit retombe en biais vers l’avant-droit, en posture du cavalier. La main gauche devient poing, le coude plié à hauteur d’épaule, le creux du poing vers le bas ; en même temps, le poing droit pousse horizontalement vers la droite. Le regard va à droite, la face à l’ouest.

Posture 35, poing poussé en posture du cavalier

第三十六勢 雙圈手 — double main qui décrit des cercles

雙拳變掌。由右上方向左下方畫雙花大圓圈。再由右肋下。左手向左前方屈肘上豎。四指朝上。大指在內。肘角對膝角。同時右手由右肋下向上。舉過右額角。四指朝前。右虎口與左虎口遙遙朝對。同時將左足收囘。身腰左轉。成寒雞勢。目光左看虎口。正面朝南。形如左圖。

Les deux poings deviennent paumes et tracent une grande fleur circulaire double du haut à droite vers le bas à gauche. Puis, de sous les côtes droites, la main gauche se dresse devant, à gauche, le coude plié, les quatre doigts vers le haut, le pouce en dedans, la pointe du coude en regard de la pointe du genou ; en même temps, la main droite monte de sous les côtes droites et s’élève au-dessus du coin droit du front, les quatre doigts vers l’avant, la gueule du tigre droite répondant de loin à la gauche. En même temps, le pied gauche se retire, la taille tourne à gauche et l’on prend la posture du poulet transi. Le regard va vers la gueule du tigre gauche. La face est au sud.

Posture 36, double main qui décrit des cercles

第三十七勢 七星收手 — position des sept étoiles, main de clôture

雙手向前下方一抄。成十字交叉形。向前一崩。雙手再在左右兩旁。各打一花。向胸前操起。左手在後。右手在前。十指向上。掌根朝外。同時左足落實。右足向前進一步。成寒雞勢。目光前看。正面朝南。形如左圖。

Les deux mains ramassent vers le bas et l’avant et se croisent en forme de croix, puis éclatent vers l’avant. Ensuite, les deux mains frappent chacune une fleur de côté, à droite et à gauche, et remontent devant la poitrine, la gauche derrière, la droite devant, les dix doigts vers le haut, les bases des paumes vers l’extérieur. En même temps, le pied gauche se pose à plat, le pied droit avance d’un pas et l’on prend la posture du poulet transi. Le regard va devant, la face au sud.

Posture 37, position des sept étoiles, main de clôture

Conclusion sur l’art du poing (拳術結論)

拳術本無分少林武當。後世之人。以少林為方外所傳。故曰外家。武當為煉師所授。故曰內家。又謂少林派。重姿勢。不務行功。目之為外家。武當派。重運氣。不重姿勢。目之為內家。以致分為兩派。矜長揭短。各不相能。是皆未知拳術之初旨。

L’art du poing, à l’origine, ne se divise pas en Shaolin et Wudang. Les hommes des siècles suivants, parce que Shaolin venait de gens hors du siècle, l’ont appelé « école externe » ; parce que Wudang était enseigné par des maîtres taoïstes, ils l’ont appelé « école interne ». D’autres disent que l’école de Shaolin insiste sur la posture et ne s’occupe pas du travail du souffle : ils la tiennent pour externe ; que l’école de Wudang insiste sur la conduite du souffle et néglige la posture : ils la tiennent pour interne. De là deux partis, chacun tirant gloire de ses mérites et dénonçant les manques de l’autre, sans pouvoir s’accorder. Tous ignorent la visée première de l’art.

夫自六朝始有達摩。少林寺自達摩與曇宗而後。始以拳棒名於世。自宋時始有張三丰由黃黎洲作征南墓銘之後。始有內外家之分。若以其言為是。是不啻目我國在宋代與六朝之前。毫無拳術可言。未免捨其本而取其末。

Damo n’apparaît qu’à partir des Six Dynasties ; le temple de Shaolin ne fut connu pour le poing et le bâton qu’après Damo et Tanzong. Zhang Sanfeng n’apparaît qu’à l’époque Song ; c’est après l’épitaphe de Wang Zhengnan rédigée par Huang Lizhou que la distinction entre école interne et école externe prit naissance. Tenir ces propos pour vrais, c’est comme si notre pays, avant les Song et les Six Dynasties, n’avait rien eu qu’on pût appeler art du poing : c’est abandonner la racine pour prendre la branche.

以言拳術。發明最早。見於史書者。當推華佗為始。元化有虎鹿熊猿鳥五禽圖戲。傳於世。似應推華佗為始祖。然漢書載齊愍以技擊强。又管子云。有於子之屬。有拳勇股肱之力。秀出於衆者。有則以告。似又應推春秋時之齊管仲為提倡之始祖矣。

Pour ce qui est de l’art du poing, le plus ancien inventeur dont les livres d’histoire fassent mention est Hua Tuo : Yuanhua a laissé au monde le jeu des cinq animaux — tigre, cerf, ours, singe et oiseau. On devrait donc le tenir pour le premier ancêtre. Mais le Livre des Han rapporte que Qi Min fut fort par les techniques de combat, et le Guanzi dit : « S’il est, dans les dépendances de Yu, des hommes dont le courage du poing et la force des bras brillent au-dessus de la foule, qu’on le fasse savoir. » Il faudrait donc faire de Guan Zhong de Qi, à l’époque des Printemps et Automnes, le premier promoteur de l’art.

然仍未盡是。推而上之。上古之世。初生之民。渾渾噩噩。巢處穴居。茹毛飲血。與禽獸相雜處。禽獸食人。人食禽獸。其所以時至今日。吾人能寢虎豹之皮。食牛羊之肉。其初何嘗不應用拳足和天賦之智能。與之相决鬥。以爭生存哉。卽謂拳術為人類固有之技能。自無不可。謂有人類卽有拳術。亦無不可。

Mais ce n’est pas encore tout. Remontons plus haut : aux temps les plus anciens, les premiers hommes vivaient dans la confusion, nichés dans les arbres et les cavernes, mangeant le poil et buvant le sang, mêlés aux bêtes. Les bêtes mangeaient les hommes, les hommes mangeaient les bêtes. Si nous sommes encore là aujourd’hui, capables de dormir sur la peau du tigre et du léopard et de manger la chair du bœuf et du mouton, n’est-ce pas que nos premiers pères durent, avec poings, pieds et l’intelligence reçue en partage, lutter contre elles pour survivre ? Dire que l’art du poing est une capacité inhérente à l’homme n’a rien d’outré ; dire que là où il y a des hommes il y a un art du poing, rien non plus.

今人動輒謂內家精於內功。外家精於外功。亦若有內卽無外。有外卽無內。更屬非是。夫能剛者豈不能柔。知靜者安不知動。有陰卽有陽。萬物一理。有內卽有外。人體一律。外功練成。亦有內勁。內勁練成。亦有外功。手足原無異態。拳術何必分門。

Les gens d’aujourd’hui répètent que l’école interne excelle dans le travail interne et l’externe dans le travail externe, comme s’il pouvait y avoir de l’interne sans externe et de l’externe sans interne : c’est encore plus faux. Qui sait être ferme ne saurait-il être souple ? Qui connaît le calme ignorerait- il le mouvement ? Dès qu’il y a le yin, il y a le yang : c’est la loi de toutes choses. Dès qu’il y a l’interne, il y a l’externe : c’est la règle du corps humain. Le travail externe achevé, il y a encore du jin interne ; le jin interne achevé, il y a encore du travail externe. Mains et pieds n’ont au fond qu’une seule forme : pourquoi l’art du poing se diviserait-il en portes ?

三敎源來是一家。宗敎不同。同歸於敎。顏柳歐褚。筆法不同。同歸於字。原不必因字體有異。而生妬嫉。更不必因拳法不同。而分畛域。

Les trois doctrines viennent d’une seule maison ; les religions diffèrent et aboutissent à la même doctrine. Yan, Liu, Ou et Chu : leurs manières d’écrire diffèrent et aboutissent à la même écriture. Il n’y a pas lieu, parce que les styles de caractères diffèrent, de concevoir de la jalousie, ni, parce que les méthodes de poing diffèrent, de tracer des frontières.

要知各種拳法。各有所長。亦卽各有所短。昔人每多故步自封。墨守成法。矜己之長。形人之短。練少林者。聞武當之名稱。則掩耳而走。練武當者。見少林之二字。亦蹙額而吁。遂使天然團體。不能相親。反視同仇讎。是悞會攻錯他山之旨。甘願抱殘守缺。而不知共相琢磨。研究改進之方者也。

Sachez que chaque méthode de poing a ses mérites, et donc aussi ses manques. Les hommes d’autrefois s’enfermaient souvent dans leur ornière, gardaient jalousement la méthode reçue, se glorifiaient de leurs qualités et mettaient en avant les défauts d’autrui : celui qui pratiquait Shaolin, entendant le nom de Wudang, se bouchait les oreilles et s’en allait ; celui qui pratiquait Wudang, voyant les deux caractères de Shaolin, fronçait les sourcils et soupirait. Ainsi un corps naturellement uni ne pouvait s’aimer, et l’on se regardait en ennemis : c’est méconnaître le sens de la pierre d’une autre montagne qui polit le jade, et préférer garder ses ruines et ses manques plutôt que de se polir ensemble et de chercher les moyens de progresser.

夫少林武當者。拳中之名稱。書法中之顏柳也。不能因名而忌其拳。更不必因辭而害其意。近今立於國術界同志。均能推誠相愛。抱平和奮鬥之精神。去舊更新。截長補短。或不以余言為河漢也。

Shaolin et Wudang sont, dans l’art du poing, ce que Yan et Liu sont dans la calligraphie : on ne peut, à cause du nom, prendre en aversion la boxe qui le porte, et il ne faut pas que le mot nuise au sens. Les camarades qui se tiennent aujourd’hui dans le monde des arts nationaux savent tous s’aimer avec sincérité, garder un esprit de paix et de lutte, quitter l’ancien pour le nouveau, prendre aux uns pour combler les autres : peut-être ne tiendront-ils pas mes paroles pour un vain bavardage.


Notes du traducteur

  1. Les deux Jin. Le livre est présenté comme « transmis par Jin Jiafu, rédigé par Jin Yiming ». Jin Jiafu (金佳福), de Nankin, était âgé de soixante-dix-neuf ans en 1931 et enseignait le shaolin quan à l’Institut d’arts martiaux de la province du Jiangsu ; le livre est fait des photographies qu’il avait fait prendre de ses postures. Jin Yiming (金一明), de Yangzhou, fut rédacteur au service de rédaction de l’Institut central des arts martiaux nationaux (中央國術館) et publia de nombreux ouvrages sur les arts martiaux dans les années 1920-1930.

  2. La filiation. Gan Fengchi (甘鳳池) est une figure semi-légendaire du Jiangnan, associée au début du XVIIIe siècle ; la chaîne donnée ici — Gan Fengchi, Wan Bangcai, Bao Yongfu, Xu Ganlin, Jin Jiafu — est celle que revendiquait cette lignée et n’est pas corroborée par d’autres sources. Le « shaolin quan » dont il est question n’est pas celui du temple de Songshan mais la boxe du Sud, appelée au Guangdong « boxe des fleurs » (花拳) ou « paume du Bouddha ».

  3. Les six routes. Le livre n’en donne que la première, 闖少林, « l’Assaut de Shaolin », en trente-sept postures. Les cinq autres — 提鑪少林, 文少林, 抅步少林, 武少林, 神化少林 — ne sont pas décrites dans cet ouvrage.

  4. Les cinq postures (五襠). Le mot 襠 (dang), qui désigne à l’origine l’entrejambe d’un vêtement, sert ici à nommer les cinq positions de base des jambes : l’arc (弓襠), le cavalier (馬襠), la posture couchée (躺襠), le poulet transi (寒鷄襠) et la corde de corbeau (鴉弦襠). Ces noms sont ceux de l’école ; on les retrouve, sous des formes voisines, dans tout le Sud.

  5. Terminologie. Le jin (勁) désigne la force conduite par l’intention, par opposition à la force musculaire brute (li, 力). Les « quatre onces qui déplacent mille livres » (四兩撥千斤) sont le principe de levier classique des arts internes. La « gueule du tigre » (虎口) est l’échancrure entre le pouce et l’index.

  6. Les illustrations. Les cinquante-huit planches reproduites ici proviennent de l’édition originale de 1931 : la page de titre et les neuf calligraphies liminaires, les neuf portraits, les deux tableaux d’orientation et les trente-sept photographies de postures. Ce sont des scans de l’ouvrage chinois dans le domaine public.


Texte chinois : 金佳福、金一明, 《少林拳圖解》, Shanghai, 中西書局, 1er décembre 1931, dans le domaine public. Le texte chinois a été relevé sur la page de Paul Brennan consacrée à cet ouvrage : https://brennantranslation.wordpress.com/2020/07/31/teachings-of-jin-jiafu/. Traduction française nouvelle, établie directement d’après le texte chinois pour ce site ; la traduction anglaise de Paul Brennan n’a pas été utilisée. Les images sont des scans des pages et des photographies de l’édition originale de 1931, reproduits depuis la même page.