Le Tanglang quan shu chan mi (螳螂拳術闡秘, « Les Secrets de l’art de la boxe de la mante ») est le premier livre du maître Huang Hanxun (黃漢勛, 1915-1974) de Shunde, dit Jingtao (靖濤), publié à Hong Kong en juin 1946. Élève de Luo Guangyu (羅光玉), lui-même héritier de Fan Xudong de Yantai, Huang Hanxun appartenait à la septième génération de la boxe de la mante (螳螂拳), dont il devait par la suite publier une longue série de manuels. Le présent ouvrage n’est pas un manuel d’enchaînement mais un recueil d’essais : histoire de l’essor et du déclin des arts martiaux, origine légendaire de l’école, traité du dur et du souple, examen des dix-huit écoles anciennes, techniques de la « roue » et du « treuil », exercices du luohan, entraînement de la paume de fer avec ses formules, listes des huit duretés, des douze souplesses, des cibles permises et interdites, maximes sur les armes, listes de postures, méthodes de traitement des blessures et prescriptions. C’est un témoignage direct sur la manière dont un maître de Hong Kong, dans les années 1940, transmettait à la fois la technique, la mémoire de la lignée et le savoir médical qui l’accompagnait.

Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original. Le texte de 1946 est imprimé sans ponctuation ; la traduction en rétablit une, et les coupures de paragraphes sont indiquées par la mise en page.

Page de titre (書名頁)

螳螂拳術闡秘

Tanglang quan shu chan mi — « Les Secrets de l’art de la boxe de la mante ».

順德黃漢勛編述

Compilé et exposé par Huang Hanxun de Shunde.

翁世晃題

Titre calligraphié par Weng Shihuang (翁世晃).

Calligraphie du titre par Weng Shihuang, page liminaire de l’édition de 1946

Table des matières (目錄)

羅師遺像及其史畧 / 羅師與嗣哲長才長弟合影 / 羅師與編者合影 / 編者虎尾三節棍演式 / 編者三節棍蟠龍式 / 題字 / 歷代武術興替史 / 應以革命的頭腦改進國術 / 螳螂拳術起源與系統 / 剛柔虛實總論 / 內五形與外五形之性質及應注意之點 / 翻車轆轆捶法 / 關於拳術的種種 / 演技態度之研究 / 十八家拳法 / 四方八面打釋要 / 羅漢功 / 鐵砂掌練法及藥方 / 八剛 / 十二柔 / 八打 / 八不打 / 宋太祖訪友歌 / 各種器械術語錄 / 基本十四路拳譜 崩步拳譜 浪子燕青刀譜 / 推拏術治病法 / 經驗實効跌打藥方

Portrait et brève biographie du défunt maître Luo · Photographie du maître Luo avec ses fils Changcai et Changdi · Portrait du maître Luo et de l’auteur · L’auteur exécutant le bâton à trois sections « queue de tigre » · L’auteur exécutant la posture du « dragon enroulé » au bâton à trois sections · Inscription · Histoire de l’essor et du déclin des arts martiaux à travers les âges · Réformer les arts martiaux avec un esprit révolutionnaire · Origine et transmission de la boxe de la mante · Traité général du dur et du souple, du vide et du plein · Nature des cinq formes internes et des cinq formes externes, et points d’attention · La méthode des poings de la roue et du treuil · Diverses considérations sur la boxe · Étude de l’attitude dans l’exécution · Les dix-huit écoles de boxe · Explication essentielle du combat dans les quatre directions et les huit orientations · Les exercices du luohan · Méthode d’entraînement de la paume de fer et sa formule médicinale · Les huit duretés · Les douze souplesses · Les huit cibles permises · Les huit cibles interdites · Chant de l’empereur Taizu des Song en quête de maîtres · Recueil de maximes sur les différentes armes · Listes choisies : les quatorze routes de base, le pas d’avalanche, le sabre de Yan Qing · Méthode tuina de traitement des blessures · Formules éprouvées pour les traumatismes.

Préface (序) de Feng Baoyi

歐潮飛揚亞雲鴟張競爭戰幕強存弱亡鳴呼噫嘻丁茲時代弱小民族其尚可不發奮為雄尋求自存乎哉

La vague occidentale se lève, les nuées de l’Asie se déploient comme un milan ; le rideau de la compétition est levé, le fort survit et le faible périt. Hélas, hélas ! En un pareil siècle, un peuple petit et faible peut-il encore ne pas s’efforcer d’être héroïque et de chercher à subsister par lui-même ?

椎拍輐斷剛強柔軟收效奏功神明益損鳴呼噫嘻據茲理論一切學術行動其尚可偏枯致病不調和執中以策求萬全乎哉

Le maillet frappe, la lame tranche : dureté et force d’un côté, souplesse et faiblesse de l’autre, chacune obtient son effet et son mérite ; l’esprit y gagne ou s’y perd. Hélas, hélas ! À suivre ce raisonnement, toute étude et toute action pourraient donc pencher d’un seul côté jusqu’à en faire une maladie de déséquilibre : comment ne pas tenir le juste milieu et chercher par là la perfection ?

惟前之說然故有武術救亡之提倡惟後之說然故拳術尤主張剛柔並用

La première proposition étant vraie, l’on prêche les arts martiaux comme moyen de salut national ; la seconde étant vraie, l’on soutient dans la boxe l’emploi conjoint du dur et du souple.

我國邇年不甘東方病夫之誚已急起直追注重武術以救藥柔脆國民體魄矣唯是拳術派別繁多門戶不一聞諸先輩傳說謂南拳主剛詠春太極各派主柔雖剛自有剛之精諦柔自有柔之奧妙然陰陽相配造物以成剛柔調劑牙舌互保則剛柔並用之拳術如螳螂派者尤不能等閒以視

Ces dernières années, notre pays, refusant la raillerie du « malade de l’Orient », s’est mis à rattraper son retard à grandes enjambées et donne la première place aux arts martiaux pour remédier à la frêle constitution de ses citoyens. Seulement, les écoles de boxe sont nombreuses et les chapelles divisées : on entend dire aux anciens que les boxes du Sud tiennent au dur, et que des écoles comme le Wing Chun et le taiji tiennent à la souple. Certes le dur a son essence et la souplesse son mystère, mais le yin s’accorde au yang, et c’est ainsi que la création s’accomplit ; le dur tempère le souple comme la dent protège la langue. Aussi une boxe qui emploie le dur et le souple ensemble, comme celle de la mante, ne peut-elle être regardée d’un œil indifférent.

考螳螂拳之系統組織乃集合十八家宗法而成一家快而不浮實而不滯羅漢功充其內鐵砂掌練其外以七長主攻八短主守攻者剛也守者柔也有柔則濟以剛欲攻先求能守此剛柔互濟之拳術隱寓安內攘外之至理

Si l’on examine la constitution du système de la mante, il assemble les méthodes de dix-huit écoles pour n’en faire qu’une : rapide sans être superficiel, plein sans être engourdi. Les exercices du luohan en remplissent l’intérieur, la paume de fer en travaille l’extérieur ; les sept longs mènent l’attaque, les huit courts mènent la défense. Attaquer, c’est le dur ; défendre, c’est le souple. La souplesse est secourue par le dur, et qui veut attaquer commence par savoir défendre : cette boxe où le dur et le souple se secourent l’un l’autre recèle la grande raison de pacifier l’intérieur et de repousser l’extérieur.

黃君漢勛為螳螂派專家羅光玉先生之入室弟子平日研求螳螂拳術已三折肱近以所學公諸當世編成螳螂拳術闡秘一書問序於余余閱其書中所言與上述所聞相吻合因本此立論以塞篇幅否則以門外漢而談門內事其不中肯者多矣序云乎哉

Huang Hanxun est le disciple intime du maître Luo Guangyu, expert de l’école de la mante ; il étudie et approfondit chaque jour cet art et s’y est déjà rompu les bras trois fois. Récemment, il a livré au public ce qu’il a appris en composant le présent ouvrage, et m’a demandé une préface. En le lisant, j’y ai trouvé des propos qui s’accordent exactement avec ce que j’ai entendu dire plus haut ; c’est pourquoi j’ai bâti là-dessus mon propos pour remplir ces pages. Autrement, un profane parlant des affaires du dedans manquerait souvent son but ; et qu’est-ce qu’une préface ?

中華民國卅五年五月 順德馮葆頤序於香江

Mai de la trente-cinquième année de la République de Chine (1946), préface de Feng Baoyi (馮葆頤) de Shunde, à Hong Kong.

Préface de l’auteur (自序)

漢勛受業羅師凡五載對螳螂拳術畧窺門徑而已時適世兄蔡炳寰林虎文辦學於濠江當茲時會國術風氣瀰漫學海故蔡林二兄屢函囑赴鏡海漢勛自維年稚功淺未敢膺其命未幾蔡林二兄又以函促不得已則請命羅師承蒙允諾乃為漢勛步入授拳為業之初階矣

J’ai étudié cinq années entières auprès du maître Luo, et ce n’est qu’entrevoir la porte de la boxe de la mante. En ce temps-là, mes condisciples Cai Binghuan et Lin Huwen tenaient une école à Macao ; comme l’engouement pour les arts martiaux se répandait partout dans le monde étudiant, ces deux frères m’écrivaient à plusieurs reprises pour que je vienne exercer de l’autre côté de la mer. Je me jugeais trop jeune et trop peu avancé, et n’osais accepter. Peu après, Cai et Lin revinrent à la charge par lettre ; je n’y pus tenir, et demandai l’autorisation du maître Luo, qui l’accorda très gracieusement : ce fut pour moi le premier degré de l’enseignement de la boxe comme métier.

凡半載又奉羅師命調派漢口精武任職凡三年時七七戰起復南返百粵轉道香島復得各社團學校不以拙技見棄乃能立足迄今在民國廿六七八九數年之間復得朝夕追隨羅師承蒙賜教獲益匪鮮不幸港戰爆發羅師遄歸故里中途至滬為故交相留意擬小住而已不料因病長逝春申客邸鳴呼羅師漢勛受業多年未能酧答深恩今以所授拳法編成小冊以廣流傳亦卽所以紀念羅師之意也漢勛不敏惟望我海內外同門更以偉大之精神發揚螳螂拳技斯則漢勛所厚望也因將經過大畧拉雜為序

Au bout d’un semestre, sur l’ordre du maître Luo, je fus envoyé à Hankou exercer au Jingwu, et cela dura trois ans. Quand éclata la guerre, en 1937, je repartis vers le sud et gagnai le Guangdong, puis, par un détour, l’île parfumée. Les sociétés et les écoles d’ici ne dédaignèrent point ma pauvre technique et je pus m’y établir jusqu’à ce jour. Entre 1937 et 1940, j’eus de nouveau le bonheur de suivre le maître du matin au soir et de recevoir ses leçons, dont le profit fut considérable. Hélas, la guerre atteignit Hong Kong et le maître repartit en hâte vers son pays natal ; arrêté à Shanghai par de vieux amis, il comptait n’y faire qu’un court séjour, mais la maladie le prit et il s’éteignit dans une auberge de Shanghai. Ah, maître Luo ! Après tant d’années d’étude, je n’ai pu m’acquitter de votre profonde bonté ; je réunis aujourd’hui en un petit volume la boxe que vous m’avez enseignée pour la faire circuler largement, et c’est aussi ma manière de vous garder en mémoire. Je ne suis guère doué, mais j’espère que mes condisciples, dans le pays et au-dehors, feront briller d’un esprit plus grand encore la technique de la mante : voilà mon vœu le plus cher. J’ai donc rédigé en guise de préface ce récit sans ordre des circonstances.

順德靖濤黃漢勛自序於香江精武體育會國術科

Préface de Huang Hanxun, dit Jingtao, de Shunde, au département des arts martiaux de l’Association athlétique Jingwu de Hong Kong.

Portrait et brève biographie du maître Luo Guangyu (羅夫子光玉遺像及其史畧)

Le maître Luo Guangyu, portrait liminaire de l’édition de 1946

羅師諱光玉山東蓬萊人少隨螳螂名宿范公旭東遊積十年盡得其秘適上海精武中央總會延攬人才擴展會務聞范公螳螂拳技負有盛名乃派員北上厚禮敦聘范公以年屆八十不欲再競逐武壇婉卻之精武代表不願空負此行再三懇駕范公以固辭不獲為副精武雅意乃指羅師曰此吾徒也倘諸君不以年稚見棄可代表吾行羅師自承命偕精武代表南下滬濱任職總敎練與趙振羣陳子正共享精武三大拳師之令譽垂三十年不替門下桃李遍佈國內外其任職於軍旅者尤衆如潘洪昌鄒喜功林伯叟等之見重於德隣健生二公者其最著者也羅師年三十餘始婚十年間連舉五男二女在任職香港精武期間曾一度攜眷與俱其長次子曰長材長弟練技頗勤成績不惡迨港戰爆發乃攜家小北返道經申江為舊雨所留本擬小住不意為病魔所纏又生性不喜吃藥致為所乘一代良師撒手人寰遽歸道山泰山其頽良木其壞哲人其萎吾不知將安仰將安倣矣

Le maître Luo, du nom personnel Guangyu, était de Penglai, au Shandong. Dans sa jeunesse il suivit le fameux maître de la mante Fan Xudong (范旭東) et, au bout de dix ans accumulés, obtint tous ses secrets. Or l’Association centrale Jingwu de Shanghai, cherchant à recruter des talents pour étendre son enseignement, entendit dire que la boxe de la mante de Fan jouissait d’un grand renom : elle envoya des émissaires dans le nord avec de riches présents pour l’engager. Fan, âgé de près de quatre-vingts ans, ne voulait plus disputer les lauriers de l’arène et déclina avec grâce. Les représentants du Jingwu, peu désireux de revenir les mains vides, insistèrent à plusieurs reprises. Fan, ne pouvant se dérober tout à fait, désigna le maître Luo en disant : « Celui-ci est mon élève ; si vous ne dédaignez point sa jeunesse, il peut me représenter. » Le maître Luo accepta donc, accompagna les représentants vers le sud jusqu’aux rives de Shanghai, et y occupa le poste d’instructeur en chef : avec Zhao Zhenqun (趙振羣) et Chen Zizheng (陳子正), il partagea la renommée des trois grands maîtres du Jingwu, qui ne se démentit pas pendant trente ans. Ses élèves sont répandus partout, dans le pays et au-dehors ; nombreux sont ceux qui servirent dans l’armée, comme Pan Hongchang (潘洪昌), Zou Xigong (鄒喜功) ou Lin Bosou (林伯叟), dont les généraux De Lin et Jiansheng firent le plus grand cas — ce sont les plus illustres. Le maître ne se maria qu’après trente ans et, en dix ans, eut cinq garçons et deux filles. Pendant qu’il enseignait au Jingwu de Hong Kong, il amena un temps sa famille avec lui ; ses deux aînés, Changcai et Changdi, s’exerçaient fort diligemment et ne faisaient point mauvaise figure. Puis la guerre atteignit Hong Kong ; il repartit vers le nord avec femme et enfants, et, passant par Shanghai, fut retenu par de vieux amis. Il comptait n’y rester que peu, mais le démon de la maladie l’enlaça ; comme par nature il n’aimait pas les remèdes, il fut vaincu — et ce maître excellent lâcha la main du monde et regagna soudain les monts. Le mont Tai s’est effondré, le bon bois s’est brisé, l’homme de sagesse s’est flétri : je ne sais plus à quoi me suspendre ni qui imiter.

羅師與哲嗣長才長弟合影 三燕穿林之前後夾擊式

Photographie du maître Luo avec ses fils Changcai et Changdi, dans la posture de l’attaque en tenaille de front et par-derrière, tirée de l’ensemble à trois « Trois hirondelles traversent la forêt ».

Le maître Luo et ses deux fils Changcai et Changdi, planche de l’édition de 1946

羅師與編者合照

Portrait du maître Luo et de l’auteur.

Le maître Luo et l’auteur, planche de l’édition de 1946

編者虎尾三節棍演式

L’auteur exécutant une forme au bâton à trois sections « queue de tigre ».

L’auteur au bâton à trois sections queue de tigre, planche de l’édition de 1946

編者三節棍蟠龍式

L’auteur exécutant la posture du « dragon enroulé » au bâton à trois sections.

L’auteur dans la posture du dragon enroulé, planche de l’édition de 1946

黃館長漢勛惠存

À l’attention de M. Huang Hanxun, directeur de l’institut.

螳螂榮譽

« Honneur à la mante. »

螳螂國術館 漢口分館 深水埔分館 澳门縂館 全骵敬題

Respectueusement inscrit par l’ensemble des membres de l’Institut d’arts martiaux de la mante : la succursale de Hankou, la succursale de Sham Shui Po et la maison mère de Macao.

Inscription « Honneur à la mante » offerte par les instituts de la mante, édition de 1946

Chapitre premier 歷代武術興替史 — Histoire de l’essor et du déclin des arts martiaux à travers les âges

我國武功以漢唐最為鼎盛降及元初乃有成吉思者嘗率蒙古兵數千人遠征歐陸大兵所至紛紛遷都避之龐大如俄羅斯亦弗敢攖其鋒銳設使成吉思當日具有侵佔野心當可奄有八荒駕歐墮白不致為日後歐人高呼黃禍並有嚴防黃種集團惜見不及此藩籬盡撤弱點畢呈實愚莫甚於是滿淸入主治我漢族惟恐不力重文輕武創科舉以愚民視武人為看戶之犬至養成國人鄙夷練武狃習文事淸廷遂永定為宰治漢族不易法門迨庚子聯軍入京以新式武器攻陷幽燕乃信用所謂義和團拳匪以為抵禦外邦貽笑逼盟城下主權喪盡國體無存為我國造成艱苦命運之開端其過未始非重文輕武的政策階之厲也維時我孫國父以三民主義宣揚海外中經多次革命義旗所指萬方響應淸廷遂為所推翻民國肇立後當道以民弱乃國弱之癥結爰委張之江上將就紫金山畔設立中央國術館將古昔技擊名稱易為國術自時厥後國術遂列為國家正式藝術之一民國廿五年編者任職漢皋得恭聆蔣主席於南京全國童子軍大檢閱後之播詞及有冬電之發出促全國學生注重體育必先普及國術列國術為學生正常課程是電發出後全國省市紛紛組織國術分館以為全民之倡其分舘之多數辦理之緊張與具有四十年歷史純粹人民團體之精武體育會並駕正當蓬勃之際蘆溝橋事變淞滬戰繼起中樞頒令全國總動員與倭寇作殊死戰之鬥爭東南半壁動搖人民不知命在何時曷能延續宣揚武化之事業淪陷地域之國術舘及精武會首受敵人摧殘備極破壞及今抗戰勝利建國開始國民必須具有極雄壯之軀體始算有上國民之資格唯是國術不限塲地不拘人數握埋十指便可隨意運動是則運動工具求其在我固不必求諸舶來也

Nos arts martiaux furent à leur apogée sous les Han et les Tang ; ils déclinèrent au début des Yuan, lorsqu’apparut Gengis, qui conduisit quelques milliers de soldats mongols en expédition jusqu’au continent européen. Partout où arrivait cette grande armée, on déplaçait en hâte les capitales pour l’éviter ; une puissance aussi vaste que la Russie n’osa pas davantage affronter la pointe de ses armes. Si Gengis avait alors nourri des ambitions de conquête, il aurait pu engloutir les huit contrées, fouler l’Europe et abattre les Blancs, et il n’aurait pas laissé aux Européens de quoi clamer plus tard au « péril jaune » et organiser une défense vigilante contre la race jaune. Il est dommage qu’il n’ait pas vu si loin : les barrières furent toutes abattues, les faiblesses toutes mises à nu ; il n’y a pas de folie plus grande. Puis les Mandchous entrèrent et gouvernèrent notre peuple han, redoutant de n’y point parvenir : ils donnèrent le pas aux lettres et dédaignèrent les armes, instituèrent les examens pour abrutir le peuple, regardèrent les hommes de guerre comme des chiens de garde, jusqu’à faire naître chez nos compatriotes l’habitude de mépriser la pratique des armes et de s’en tenir aux choses de l’écriture. La cour des Qing fit ainsi pour toujours une méthode immuable du gouvernement des Han. Puis vint l’année gengzi (1900), où les troupes alliées entrèrent dans la capitale et, par leurs armes modernes, forcèrent Youyan : on eut alors recours à la soi-disant milice des Boxers, les « bandits du poing », pour repousser les puissances étrangères — ce ne fut qu’une risée, et l’on signa sous les murs de la ville. La souveraineté fut entièrement perdue, la dignité nationale anéantie : ce fut le commencement des destinées pénibles de notre pays. Cette faute n’était-elle pas, dès l’origine, attisée par une politique qui privilégiait les lettres et méprisait les armes ?

En ce temps-là, notre père de la nation, Sun, répandit au-dehors les Trois principes du peuple ; après plusieurs révolutions, partout où se dressait le drapeau de la justice, les dix mille directions répondirent, et la cour des Qing fut renversée. Après la fondation de la République, les autorités, voyant dans la faiblesse du peuple le nœud de la faiblesse du pays, chargèrent le général Zhang Zhijiang d’établir au bord de la montagne Pourpre l’Institut central des arts martiaux nationaux (中央國術館) et de remplacer l’ancienne appellation de « technique de frappe » (技擊) par celle d’« art national » (國術). Dès lors, les arts martiaux comptèrent parmi les arts officiels de la nation. En 1936, alors que j’enseignais à Hankou, je pus entendre le discours du président Chiang prononcé à Nankin après la grande revue nationale des éclaireurs, puis le « télégramme d’hiver » qui le suivit : il y pressait tous les étudiants du pays de donner la première place à l’éducation physique, en commençant par populariser les arts martiaux et en les inscrivant au programme normal des élèves. Après ce télégramme, provinces et villes organisèrent successivement des succursales d’arts martiaux pour donner l’exemple à tout le peuple ; leur nombre et l’intensité de leur organisation marchaient de pair avec l’Association athlétique Jingwu, pure association populaire forte de quarante ans d’histoire. Au moment même où l’essor battait son plein survint l’incident du pont de Marco Polo, puis la bataille de Shanghai ; le gouvernement central décréta la mobilisation générale et la lutte à mort contre les bandits japonais. La moitié sud-est du pays fut ébranlée ; le peuple ne savait plus combien de temps il lui restait à vivre : comment aurait-il pu poursuivre l’œuvre de diffusion de la culture martiale ? Dans les territoires occupés, les instituts d’arts martiaux et les sociétés Jingwu furent les premiers à subir la destruction de l’ennemi et furent ravagés de fond en comble. Aujourd’hui que la guerre de résistance est victorieuse et que commence la reconstruction du pays, les citoyens doivent posséder un corps extrêmement robuste pour avoir qualité de citoyen de premier ordre. Or les arts martiaux ne sont limités ni par le lieu ni par le nombre : dix doigts serrés et l’on s’exerce à volonté. Les instruments de l’exercice sont donc en nous-mêmes, et il n’est nul besoin de les chercher à l’étranger.

Chapitre deux 應以革命頭腦改進國術 — Réformer les arts martiaux avec un esprit révolutionnaire

諺曰一膽二力三功夫為研究國術者所服膺吾則未敢苟同誠以膽之大小常因環境而變易譬有某甲貧乏時則挺而走險富有時則夜行且畏彼膽汁何前有而後無耶毋亦膽隨環境變易而已古人更有藝高人膽大一語尤具理解例如蜻蜓撼樹其膽可謂大矣然終致身敗名裂曾未動搖樹之毫末則膽大實不足恃也明矣此古人一膽之說不足信其證一再論二力若謂力大能勝藝術則尚有人練數十年之拳技乎祗彼農夫苦力足矣試觀農夫苦力所扛之百鈞重物為拳藝家所不能勝是勞動者之力優於拳藝家之力矣惟拳藝家一舉手一投足之力中含有無限之勁力雖大力之農夫弗能接受蓋拳術家之發拳也必集中全身之力由腰部而輸於臂肘再達拳鋒務取對方重心寄托之部位然後致之於敗是則謂力大能勝藝術不其傎乎此古人二力之說不足信其證又一吾敢以革命頭腦改之曰一功夫二力三膽願我同道首先痛下苦功充實力量發揚膽力

Le proverbe dit : « d’abord le courage, puis la force, puis l’habileté » ; ceux qui étudient les arts martiaux y souscrivent, mais je n’ose, quant à moi, m’y ranger. En vérité, le courage est grand ou petit selon les circonstances : tel homme, pauvre, se jette dans le danger, et, riche, craint même de marcher la nuit — sa bile était-elle donc présente d’abord et absente ensuite ? N’est-ce pas que le courage change avec les circonstances ? Les anciens ont encore ce mot : « qui excelle dans l’art a le courage grand », qui est plus sensé. La libellule qui ébranle l’arbre : son courage peut être dit grand, et pourtant elle finit par se briser et se déshonorer sans avoir fait trembler un seul rameau — il est clair que la grandeur du courage n’est point une garantie. Le premier point des anciens n’est donc pas croyable : voilà une première preuve. Venons au second, la force. Si la grande force devait vaincre l’art, y aurait-il encore des gens pour s’exercer des dizaines d’années ? Il suffirait d’être paysan ou porteur. Voyez ces paysans et ces porteurs soulever des charges de cent jun que les artistes du poing ne peuvent égaler : la force du travailleur l’emporte donc sur celle du boxeur. Mais chez le boxeur, la force d’un simple lever de main ou d’un simple pas contient une puissance de jin (勁) infinie, que le plus fort des paysans ne saurait encaisser ; car le boxeur, en frappant, concentre la force de tout son corps, la transmet des reins aux bras et aux coudes, la fait parvenir à la pointe du poing, et vise toujours le point où repose le centre de gravité de l’adversaire pour le mettre en déroute. Dire alors que la grande force vainc l’art, n’est-ce pas folie ? Le second point des anciens n’est pas croyable davantage : voilà une seconde preuve. J’ose donc, avec un esprit révolutionnaire, le corriger ainsi : « d’abord l’habileté, puis la force, puis le courage. » Je souhaite que mes confrères commencent par peiner durement sur le travail, remplissent leur force, puis développent leur courage.

Chapitre trois 螳螂拳術起源與系統 — Origine et transmission de la boxe de la mante

朱明末葉有山東人曰王朗者目覩輿圖行將變色時思獻身家國爭奈無路請纓因走嵩山投少林習拳棒術以圖後效及淸兵寇關王卽隻身赴難又迫於內奸賣國致英雄無用武地鼎革後重返少林組織僧侶以為復國雪恥之圖但所如輙左尋且為淸廷偵悉內幕下令圍焚王與同門展其超凡神技保護師尊脫難為避淸兵緝捕起見乃間關逃峨嵋走崑崙遍歷數省以迄魯之勞山遂卓錫於此未幾師尊羽化舉大師兄某為主持日常與王拳棒相戲以破岑寂然王每為所敗王恥之誓三年後必勝師兄越三年復與師兄角又敗王羞慚尤甚幾欲自殺後師兄雲遊臨別致囑王曰汝好好練習吾三年便返那時當刮目相看矣師兄去後一日時方盛暑悶居陋室百無聊賴王乃挾劍持經入深林避暑抵一林祗見淸風習習身心俱快正展經朗誦忽聞蟲聲喞喞吱吱亂鳴狀頗悲哀仰首觀之見一螳螂方與一蟬作殊死鬥螳螂恃其鋒利雙臂步步緊廹未幾蟬遂喪生於螳螂之手王觀畢以螳螂進退有度長短並施擒縱得法大肖拳技功夫因扳枝捕之返寺朝夕以草桿戲之則粘黏崩軋閃賺騰挪兼而有之王天資聰慧不三日頓悟螳螂之手法共分十二種卽勾摟採掛刁進崩打粘黏貼靠而貫入十七家宗法之精華並採猴猿步法渾為一體三載後自成一家適師兄倦遊歸來因與王再角師兄未及審視已被跌尋丈外驚問其故王舉以告之是卽螳螂鳴名之時也自此益知拳技之道實無止境因與師兄勤加研練使螳螂之藝益臻妙境不十年師兄與王先後辭世該寺僧侶視螳螂拳不啻至寶不輕示人後有升霄道人雲遊至此得承衣鉢螳螂拳始流傳于外道人再傳海揚李三剪李技成設鑣局於濟南盛名遠播大江南北綠林豪傑聞閃電手之名莫不致服畢生英名不替至晚年因無嗣遍覓賢者以承其技至福山縣聞王榮生者乃新科武進士登門訪之求演技王以成名之大刀術獻李觀畢不贊一語曰技止此而已乎何名之不符若此王怒極猛撲之已失所在正徬惶間笑聲起於背後因轉身取之未得反為所制因求師事之數年盡其技李亦失蹤不知何去王家富厚旣不求士進亦不以技炫人閒則用作消遣寒暑無間數十年如一日技益猛進王晚年傳煙台范旭東范體格魁梧重逾三百磅有巨人之稱精鐵砂掌曾有一次行經田野適二耕牛相角見范來疑相犯乃共奔范前范以來勢殊兇非出絕技實難制之先到之牛范集中全力於右足力蹴牛小腹此龐然大物應聲倒地後至者范以左手握其角右手用力向牛脊一掌牛亦倒地農人以范擊斃其牛要求賠償范曰吾為自衞而已倘吾被牛打死則汝肯賠命否事乃寢息由此范大力之名益騰播遐邇光緒初年間有俄人約范往西伯利亞之霍地市角技范以短於資後得煙台全市武師助欵成行此事非中國正式代表資格且當時報紙又不及現在風行故其事不彰范至霍地先擊敗其俄人台主然後取而代之經十多塲比賽均非范之對手范遂得錦標以歸范氏再傳林景山羅光玉等數人民國八年上海精武體育總會仰慕螳螂拳技乃派員北上延聘羅師光玉南下申江任總敎練之職至民國十八年舉行全國運動會於首都其弟子馬城鑫代表上海市出席參加動手比賽結果名列前茅京滬各報競為刋載羅師之名益噪未幾奉中央總會之命南下百粵而港澳南洋羣島各地巡視各分會迨任務完畢遄返滬濱適一二八淞滬戰起精武被毀會務廢弛港精武主事人以羅師乃螳螂正宗得此機會焉能放過乃電上海臨時辦事處促駕南來自此港中人士始知螳螂拳技之眞相其留下港中之印象極佳不幸港陷羅師乃不甘居離亂忠奸渾雜之香江買舟北返不幸為病魔纏於春申此一代宗師撒手人寰長眠地下螳螂拳流傳至編者一輩便是第七傳歷三百年

À la fin des Ming, il y eut un homme du Shandong nommé Wang Lang. Voyant que la carte du monde allait changer de couleur, il voulut offrir sa personne à sa famille et à son pays, mais il n’avait aucun moyen de s’engager : il gagna donc le mont Song, entra à Shaolin et y apprit la boxe et le bâton, en vue de servir plus tard. Quand les troupes Qing forcèrent la passe, Wang se rendit seul au péril ; mais, trahi par des traîtres vendus à l’ennemi, le héros n’eut plus de champ où s’employer. Après le changement de dynastie, il retourna à Shaolin et organisa les moines en vue de restaurer le pays et de laver l’affront ; mais tout alla de travers, et bientôt la cour des Qing eut vent du complot : elle ordonna d’encercler et d’incendier le temple. Wang et ses condisciples déployèrent leur prodigieuse habileté pour sauver leur maître et échapper au désastre. Pour éviter les recherches des soldats Qing, ils franchirent les passes en secret, s’enfuirent vers l’Emei, gagnèrent le Kunlun, traversèrent plusieurs provinces jusqu’au mont Lao, au Shandong, et s’y établirent.

Peu après, leur maître s’éteignit et le frère aîné fut établi supérieur. Chaque jour, Wang s’amusait avec lui de la boxe et du bâton pour rompre la solitude — mais chaque fois il était battu. Wang en eut honte et jura de le vaincre trois ans plus tard. Trois ans passèrent : il s’essaya de nouveau contre son aîné et fut encore battu. Sa honte fut telle qu’il faillit se tuer. Puis l’aîné partit en voyage ; au moment de le quitter, il lui dit : « Travaille bien ; je reviens dans trois ans, et alors je te regarderai d’un autre œil. »

Un jour, après le départ de l’aîné, au plus fort des chaleurs, Wang, enfermé dans une chambre étouffante et sans rien à faire, prit son sabre et un livre et entra dans la forêt profonde pour chercher la fraîcheur. Il arriva dans un bois où soufflait une brise légère qui réjouissait le corps et l’esprit. Comme il ouvrait son livre pour lire à voix haute, il entendit soudain des bourdonnements et des cris confus, fort plaintifs. Levant la tête, il vit une mante aux prises avec une cigale dans un combat à mort. La mante, comptant sur ses deux bras acérés, avançait pas à pas et pressait sa proie ; bientôt la cigale perdit la vie sous ses coups. Ayant tout observé, Wang vit que la mante avançait et reculait avec mesure, employait le long et le court en même temps, saisissait et relâchait selon la méthode : cela ressemblait fort aux procédés de la boxe. Il monta donc sur la branche, la captura et la rapporta au temple ; jour et nuit il la fit jouer avec des brins de paille, et elle y joignait le collage, l’adhérence, l’écrasement, la pression, l’esquive, le leurre, le saut et le déplacement. Wang était doué et intelligent : en moins de trois jours il comprit soudain que les techniques de main de la mante se divisent en douze sortes — accrocher, tirer à soi, saisir, enlever, faucher, entrer, écraser, frapper, coller, adhérer, appliquer, s’appuyer — et il les fondit avec l’essence des dix-sept autres écoles, y joignit les pas du singe et les coula en un seul corps.

Trois ans plus tard, il formait son propre système. Sur ces entrefaites, l’aîné revint, lassé de voyager ; ils s’essayèrent de nouveau, et l’aîné, avant même d’avoir pu parer, fut renversé à plus de dix pieds. Étonné, il demanda comment cela se pouvait ; Wang le lui raconta. C’est alors que la mante reçut son nom. À partir de ce moment, ils comprirent mieux que la voie de la boxe n’a point de limite, et ils s’exercèrent assidûment l’un avec l’autre, portant l’art de la mante à un degré toujours plus merveilleux. Moins de dix ans après, l’aîné et Wang moururent l’un après l’autre.

Les moines du temple regardaient la boxe de la mante comme un trésor sans prix et ne la montraient pas légèrement aux étrangers. Plus tard vint en voyage le taoïste Shengxiao (昇霄道人, « celui qui s’élève aux nuées »), qui reçut l’héritage : c’est alors que la boxe de la mante se répandit au-dehors. Le taoïste la transmit à Li Sanjian (李三剪, « Li aux trois ciseaux ») de Haiyang. Li, son art accompli, établit une agence d’escorte à Jinan ; sa renommée se répandit au loin, du nord au sud du fleuve Bleu, et les braves des forêts vertes, entendant le nom de « main éclair » (閃電手), n’avaient que respect. Sa gloire de toute une vie ne déclina point.

Dans ses dernières années, n’ayant pas de fils, il chercha partout un homme de valeur à qui transmettre son art. Arrivé au district de Fushan, il entendit parler d’un certain Wang Rongsheng (王榮生), récemment reçu au plus haut degré des examens militaires ; il se présenta chez lui et lui demanda de montrer son art. Wang, pour faire honneur à sa renommée, exécuta sa technique du grand sabre. Li, après avoir regardé, ne dit pas un mot d’éloge : « Ton art s’arrête-t-il donc là ? Comment ton nom y correspond-il si peu ? » Wang, furieux, se jeta sur lui de toutes ses forces — déjà Li n’était plus là. Tandis qu’il cherchait, perplexe, un rire s’éleva derrière son dos ; il se retourna pour le saisir, ne l’atteignit pas et fut maîtrisé. Il le pria alors de le prendre pour maître ; en quelques années il apprit tout son art. Puis Li disparut à son tour, sans que l’on sût où il était allé.

Wang était d’une famille riche ; il ne cherchait ni les honneurs ni la carrière et ne faisait point parade de son art devant les gens ; dans ses loisirs il s’en servait pour se distraire, sans interruption été comme hiver, des dizaines d’années durant, si bien que son art devint de plus en plus impétueux. Dans ses vieux jours, Wang transmit à Fan Xudong de Yantai. Fan, de carrure massive, pesait plus de trois cents livres et passait pour un géant ; il excellait à la paume de fer. Un jour qu’il traversait la campagne, deux bœufs de labour vinrent à se battre ; voyant Fan approcher, ils crurent à une menace et se ruèrent ensemble sur lui. Leur élan était si féroce que, sans un coup de maître, il n’aurait pu les maîtriser : au premier bœuf, Fan, concentrant toute sa force dans le pied droit, décocha un coup dans le bas-ventre, et l’énorme bête tomba net. Au second, il saisit la corne de la main gauche et, de la droite, frappa rudement l’échine : le bœuf tomba aussi. Les paysans exigèrent réparation pour la mort de leurs bœufs ; Fan dit : « Je n’ai fait que me défendre ; si j’avais été tué par vos bœufs, m’auriez-vous payé ma vie ? » L’affaire en resta là. Dès lors sa grande force fut de plus en plus célèbre.

Au début du règne de Guangxu (光緒, 1875-1908), un Russe invita Fan en Sibérie pour y mesurer son art. Fan n’avait pas de quoi faire le voyage, mais les maîtres d’arts martiaux de tout Yantai l’aidèrent financièrement. Comme il ne représentait pas officiellement la Chine et que les journaux d’alors n’étaient pas aussi répandus qu’aujourd’hui, l’affaire resta peu connue. Arrivé à Huodi (霍地), Fan battit d’abord le champion russe et prit sa place, puis soutint plus de dix combats où nul ne lui fut comparable ; il revint avec le trophée. Fan transmit ensuite son art à Lin Jingshan (林景山), Luo Guangyu et quelques autres.

La huitième année de la République (1919), l’Association athlétique Jingwu de Shanghai, admirant la technique de la mante, envoya des émissaires dans le nord et engagea le maître Luo Guangyu, qui vint vers le sud jusqu’aux rives de Shanghai occuper le poste d’instructeur en chef. La dix-huitième année (1929), des jeux nationaux furent tenus dans la capitale ; son disciple Ma Chengxin (馬城鑫) y représenta Shanghai pour l’épreuve de combat et se classa parmi les premiers. Les journaux de Nankin et de Shanghai en publièrent la nouvelle et le nom du maître Luo devint de plus en plus retentissant. Peu après, sur l’ordre de l’association centrale, il descendit vers le Guangdong, puis visita les succursales de Hong Kong, de Macao et des îles des Mers du Sud ; sa mission accomplie, il revint à Shanghai, où survint la bataille du 28 janvier : le Jingwu fut détruit et son œuvre abandonnée. Les responsables du Jingwu de Hong Kong, sachant que le maître Luo était l’orthodoxe de la mante, ne pouvaient laisser passer l’occasion : ils télégraphièrent au bureau provisoire de Shanghai pour le presser de venir. Dès lors, les gens de Hong Kong connurent la véritable figure de la boxe de la mante, et l’impression qu’il laissa dans l’île fut excellente. Hélas, Hong Kong tomba ; le maître Luo, peu désireux de demeurer dans une cité livrée au désordre, où fidèles et traîtres se mêlaient, prit un bateau vers le nord — et la maladie l’enlaça à Shanghai. Ce maître d’une génération lâcha la main du monde et dort sous la terre. La boxe de la mante, transmise jusqu’à ma génération, en est donc à la septième : trois cents ans ont passé.

Chapitre quatre 剛柔虛實總論『卽螳螂打』 — Traité général du dur et du souple, du vide et du plein, ou « la frappe de la mante »

論螳螂拳法者多矣然能解釋中肯者極鮮就練法而言螳螂拳之出手必連及步每紀動作都適乎實用貫串緊繫一氣呵成拳法旣屬難練唯其中尚須分別剛柔長短務切合疾徐不能剛柔渾亂長短不分否則其技雖似實未窺奧妙矣其攻守益為繁雜攻則以七長而進守則用八短為本攻力畧遜於守彼剛極我則以十二柔制之其柔手我則用八剛之手尅之若論十八家謂般法門則曰打下取上取上削下打左須防右打右一定防左上下關照左右呼應招之卽打打之卽招連打代招連招夾打不招不架實是能家若祗招架眞是離家必須頭腦冷靜審察敵情眼光銳利不被欺虛作實身手靈敏手出步隨長短互用手腳吻合心欲進而手足齊施長拳短打殊無二理惟因勢利用因人而施而已螳螂拳腿法極多然適乎實用者祗有軋腿 十字腿 穿心腿 閉門腿 掃膛腿 前抅後彈腿 連環腿 雙飛腿 旋風腿 擺蓮腿 橫挅腿 蹬腿 等皆是步馬亦分多種如騎馬 登山 跨虎 入環 七星 撲式 呑塌 中式 坐盤 獨立 等式凡練者須細心研練窮究其理務得實用方為功用腿尤貴把定重心鞏固後防然後出腿方不悞事民國廿八年夏南洋華僑囘國隨軍服務團道經香江聘羅師為大刀術敎練羅師曾闡述臨陣之方法其題曰『三定三快』因言語關係由編者任譒譯故知之頗詳三定卽眼定心定站定三快者乃手快步快腿快是也及今細味斯言頗覺合理若作戰時能先觀察入微堅定心志站立塲地然後手步腿皆以迅雷不及掩耳之法出之則勝利可期矣

Nombreux sont ceux qui ont traité de la boxe de la mante, mais rares ceux qui en ont donné une explication juste. Quant à la méthode d’entraînement : dans la boxe de la mante, la sortie de la main doit toujours s’enchaîner au pas ; chaque mouvement doit convenir à l’usage réel, s’enchaîner étroitement et s’achever d’un seul souffle. L’art est déjà difficile à pratiquer ; il faut en outre y distinguer le dur et le souple, le long et le court, et les faire correspondre exactement au rapide et au lent, sans jamais confondre le dur et le souple ni mêler le long et le court : autrement, la technique en aurait l’apparence sans en pénétrer le mystère. L’attaque et la défense y sont plus complexes encore : on avance en attaquant avec les sept longs, on défend sur la base des huit courts ; la puissance d’attaque est un peu inférieure à celle de la défense. Si l’autre est d’une dureté extrême, je le contiens par les douze souplesses ; s’il emploie la souplesse, je le domine par les mains des huit duretés. Si l’on parle des méthodes des dix-huit écoles, on dit : frapper en bas pour saisir en haut, saisir en haut pour couper en bas ; frapper à gauche en se gardant à droite, frapper à droite en se gardant à gauche ; veiller au haut et au bas, répondre à gauche et à droite ; parer c’est frapper, frapper c’est parer ; frapper en continu et parer en frappant, parer en frappant et frapper en parant ; ne pas parer et ne pas bloquer, voilà l’habile ; celui qui ne fait que parer et bloquer est en vérité égaré. Il faut avoir la tête froide, examiner avec soin la situation de l’ennemi, un regard acéré, ne point se laisser tromper par le vide pris pour le plein ; le corps et la main agiles, la main sortie que le pas suit, le long et le court employés l’un pour l’autre, la main et le pied accordés ; le cœur veut avancer, main et pied agissent ensemble. La longue boxe et le court combat n’ont point deux principes : seulement s’adapter à la configuration et agir selon l’homme.

Les techniques de jambe de la boxe de la mante sont fort nombreuses, mais celles qui conviennent à l’usage réel ne sont que : la jambe qui écrase (軋腿), la jambe en croix (十字腿), la jambe qui transperce le cœur (穿心腿), la jambe qui ferme la porte (閉門腿), la jambe qui balaie la poitrine (掃膛腿), la jambe qui accroche devant et détend derrière (前抅後彈腿), la jambe en chaîne (連環腿), la double jambe volante (雙飛腿), la jambe du tourbillon (旋風腿), la jambe du lotus balancé (擺蓮腿), la jambe qui frappe de biais (橫挅腿), la jambe qui pousse du talon (蹬腿), et autres. Les positions de pas se divisent aussi en plusieurs sortes : le cheval (騎馬), l’ascension (登山), l’enjambement du tigre (跨虎), l’entrée dans l’anneau (入環), la Grande Ourse (七星), la position basse (撲式), l’affaissement (呑塌), la position centrale (中式), le disque assis (坐盤), la jambe unique (獨立), et autres. Ceux qui s’entraînent doivent les étudier avec soin et en pénétrer les principes jusqu’à l’usage réel : voilà ce qui fait le mérite. Pour les jambes, il importe surtout de fixer le centre de gravité et d’assurer l’arrière, puis de décocher le coup de pied, afin de ne rien gâter.

L’été de la vingt-huitième année de la République (1939), le corps de service des Chinois d’outre-mer revenus au pays avec l’armée passa par Hong Kong et engagea le maître Luo comme instructeur de grand sabre. Le maître exposa alors la méthode du combat en rangs, qu’il intitula « trois fixes et trois rapides ». Comme il s’exprimait dans son dialecte, ce fut moi qui servis d’interprète, et c’est pourquoi j’en garde un souvenir assez détaillé. Les trois fixes sont : l’œil fixe, le cœur fixe, la position fixe ; les trois rapides : la main rapide, le pas rapide, la jambe rapide. À y goûter aujourd’hui, ces paroles me paraissent fort raisonnables : si, au combat, on observe d’abord avec finesse, si l’on affermit sa volonté et fixe sa position, puis que main, pas et jambe partent comme la foudre dont on n’a pas le temps de se boucher les oreilles, la victoire est prévisible.

Chapitre cinq 內五形與外五形之性質及應注意之點 — Nature des cinq formes internes et des cinq formes externes, et points d’attention

內五形者精神氣力功是也外五形則係手眼身法步凡習拳者對上述兩點須精神貫注氣力充沛功夫精奧然後發展於外使手出步隨眼到手到距離遠近進退準確端賴夫目光銳利方不致差之釐毫謬以千里身形尤關重要偏身進擊與跨步側身旣能減小被襲之目標又可在距離較遠之形勢取得對方其法門亦須認識淸楚務能依其矩範細心研練方能致之於用精神之道非祗徒為外表臨陣經戰之時絕無餘時運用腦汁以備應敵之法須先從練習得來之內外五形連繫一致當大敵之時從手足接近所得之觸覺招之乎避之乎還擊乎都從感覺中立予施行否則犯遲之滯病矣拳腳卽戰陣中之器械器械旣精良矣必配備充份之彈藥亦卽拳家之氣力是也各樣旣已齊備則尚須有嚴密之戰畧方謂勝券可操也拳術作戰亦有戰畧猶之軍人戰鬥必須觀察對方之實力體態如其體格較己為高則當取其下三路若比矮者則以泰山壓頂之勢攻其上路所謂避實就虛用己之長攻彼之短把握時機明察大勢與軍人之利用地形地物以擊敵者殊無二致

Les cinq formes internes sont l’essence (精), l’esprit (神), le souffle (氣), la force (力) et l’habileté acquise (功) ; les cinq formes externes sont la main, l’œil, le corps, la méthode et le pas. Quiconque pratique la boxe doit, sur ces deux points, avoir l’esprit tout concentré, le souffle et la force abondants, l’habileté raffinée ; alors on se déploie au-dehors : la main sortie que le pas suit, la main arrivée que l’œil arrive, la distance, l’éloignement, l’avance et le recul exacts — et tout cela repose sur la pénétration du regard, pour qu’on ne se trompe point d’un cheveu en croyant faire juste à mille li. La conformation du corps est d’une importance capitale : attaquer de biais, avancer en traversant le pas de côté, diminuent la cible offerte et permettent, à plus grande distance, de gagner l’adversaire ; il faut encore connaître clairement les méthodes et s’exercer avec soin selon leurs règles pour les mettre en pratique. La voie de l’esprit n’est pas un simple dehors : au moment du combat, il n’y a plus le loisir de faire travailler sa cervelle pour préparer la réponse ; il faut que les cinq formes internes et externes, liées par l’entraînement en une seule, agissent d’un bloc. Face à un adversaire redoutable, ce que le contact des mains et des pieds donne comme sensation — parer ? éviter ? riposter ? — tout sort aussitôt de la sensation ; autrement, on tombe dans la maladie du retard et de l’engourdissement. Poings et pieds sont les armes du champ de bataille : l’arme fût-elle excellente, il faut l’accompagner de munitions suffisantes, qui sont, chez le boxeur, le souffle et la force. Tout étant prêt, il faut encore une stratégie rigoureuse pour que la victoire soit assurée. Le combat en boxe a lui aussi sa stratégie, comme le soldat qui doit observer la force et la conformation de l’adversaire : si sa taille dépasse la mienne, je prends ses trois routes inférieures ; s’il est plus petit, j’attaque sa route supérieure de l’élan du mont Tai qui écrase. Car c’est éviter le plein et viser le vide, employer sa force contre la faiblesse de l’autre, saisir l’occasion et discerner la situation — exactement comme le soldat qui use du terrain et des objets pour frapper l’ennemi.

Chapitre six 翻車轆轆捶法 — La méthode des poings de la roue et du treuil

羅師嘗言翻車速而螳螂密翻車遠而螳螂近螳螂翻車其運用實有聯繫之必要翻車之重要法門為被四面包圍無法突出之時須以翻車手法衝破包圍界綫然後以螳螂手相互為用則奏功於頃刻也然翻車之法為何則不得不說明之矣翻車之法先以兩手握拳分左右由上劈下下而反上旣上又卽捎下纏繞不輟不理對方如何總向目標猛進直至深入為止使用此種手法須先觀察我能否支持長久之氣力並且不能賴之以擊敵人祗可利用突入然後施用泰山壓頂迎面直統黑虎偷心等手法如乃無效則須當機立斷改用柔手左右閃步以察敵人所以能制我之法以俟再擊如彼當我畧退而進廹不予我喘息機會當此之時我實處被動之地位隨時有擊倒之可能則處境險矣

Le maître Luo disait : la roue (翻車) est rapide, la mante est serrée ; la roue est longue, la mante est courte. Entre la mante et la roue, l’emploi comporte en vérité une liaison nécessaire. La grande méthode de la roue, c’est lorsque, encerclé de toutes parts et hors d’état de se dégager, il faut rompre la ligne d’encerclement par les techniques de la roue, puis faire jouer les mains de la mante l’une avec l’autre : le succès est alors l’affaire d’un instant. Mais quelle est donc la méthode de la roue ? Il faut l’expliquer.

Dans la roue, on commence les deux mains en poings, on fend de haut en bas à gauche et à droite, puis, du bas, on revient vers le haut, et du haut on retombe aussitôt en enroulant sans relâche ; sans se soucier de ce que fait l’adversaire, on avance résolument vers l’objectif jusqu’à s’y enfoncer. Pour employer ce genre de technique, il faut d’abord voir si l’on a souffle et force pour tenir longtemps ; on ne peut non plus s’y fier pour frapper l’ennemi : elle ne sert qu’à faire irruption, après quoi l’on emploie le mont Tai qui écrase la tête, le coup droit au visage, le tigre noir qui dérobe le cœur, et autres. Si cela reste sans effet, il faut trancher sur-le-champ et passer aux mains souples, aux pas d’esquive à gauche et à droite, pour observer comment l’ennemi peut me contenir et attendre une nouvelle frappe. Si, comme je recule un peu, il avance et me presse sans me laisser respirer, alors je suis vraiment en position passive, à tout instant susceptible d’être abattu : la situation est périlleuse.

戰爭之道不外爭取時間與主動為決勝之條件主動旣易為被動時間若再為敵占先則我不敗者鮮矣是故生死存亡之處境不容許不先下手為強立變翻車之手而為轆轆捶左右無定或以左進右退或右入左出須要偏身低馬以一手過頭圈去手與步共同一致務達目的為止如對方改移方向則我亦用左右跨步之法而側擊之學拳者不可以不記

L’art de la guerre ne consiste en rien d’autre qu’à disputer le temps et l’initiative, conditions de la victoire. L’initiative devient aisément passivité ; si de surcroît l’ennemi prend l’avance du temps, il est rare que je ne sois pas vaincu. Aussi, dans une situation de vie ou de mort, on ne peut se permettre de ne pas frapper le premier : il faut changer sur-le-champ les mains de la roue en poings du treuil (轆轆捶), à gauche et à droite sans place fixe, tantôt avançant à gauche et reculant à droite, tantôt entrant à droite et sortant à gauche ; il faut le corps de biais et la position basse du cheval, écarter d’une main au-dessus de la tête, la main et le pas allant d’un seul mouvement jusqu’à ce que le but soit atteint. Si l’adversaire change de direction, j’emploie à mon tour le pas croisé à gauche et à droite et je le frappe de flanc. Que celui qui apprend la boxe ne l’oublie pas.

Chapitre sept 關於拳術的種種 — Diverses considérations sur la boxe

編者致力國術十餘年默察一般來習拳者之目的無非為強身自衛問題所驅使夫目的旣屬如此必須循軌漸進先求其易於練習者按紀動作學之務使正確愼毋妄自發力以求速達須知習技日淺其重心力未平勻之前如強於發力必招致兩種不良之後果一為出手投足身體必隨之傾斜一為未經運動驟然用力太劇必致筋肉漲痛關節疲乏飲食不思是故凡初習者對上弊端不可不愼飲食以後必經一小時以後方可運動使勿刺激腸胃須待其順流消化經過劇烈運動之後亦不可立進飲食蓋腸臟空虛必見肌渴一見食品必欲狼呑虎咽則飲食無序必至生病

Je me consacre aux arts martiaux depuis plus de dix ans et j’observe en silence que le but de ceux qui viennent apprendre la boxe n’est rien d’autre que la santé du corps et la défense personnelle. Le but étant tel, il faut progresser pas à pas sur la bonne voie : chercher d’abord ce qui est facile à pratiquer, apprendre mouvement par mouvement, et veiller à ce que ce soit juste ; surtout ne pas forcer la puissance pour arriver plus vite. Sachez que, l’étude étant récente et le centre de gravité mal équilibré, forcer la puissance entraîne deux conséquences fâcheuses : d’une part, dès qu’on sort la main ou pose le pied, le corps penche nécessairement ; d’autre part, sans préparation, un effort trop brusque et trop violent provoque gonflement et douleur des muscles, fatigue des jointures et perte d’appétit. Que le débutant prenne donc bien garde à ces défauts. Après le repas, il faut attendre une heure avant de s’exercer, pour ne point irriter l’estomac et l’intestin : il faut laisser les aliments descendre et se digérer. Après un exercice violent, on ne doit pas non plus manger aussitôt, car l’intestin étant vide la faim et la soif viendront, et devant la nourriture on se jettera dessus comme un tigre et un loup : mangeant sans ordre, on tombera malade.

當運動至烈之時雖嚴冬之候亦必大汗淋漓全身血脈緊張毛孔受肌肉澎漲而開張此時勿立當風之處免招風寒侵襲又勿遽然停止運動必俟氣血歸源皮膚復本然後以乾巾拭之以水洗之則精神逾恆強身之道奇功立奏矣

Quand l’exercice est des plus violents, même au cœur de l’hiver on est trempé de sueur, tout le sang est tendu, et les pores s’ouvrent sous la distension des muscles : ne restez pas alors dans un courant d’air, de peur que le vent et le froid ne vous saisissent ; ne cessez pas non plus brusquement l’exercice : attendez que le souffle et le sang soient revenus à leur source et que la peau ait repris son état, puis essuyez-vous avec une serviette sèche et lavez-vous à l’eau. L’esprit en sera plus que jamais alerte, et la voie du renforcement du corps produira aussitôt un effet merveilleux.

諺曰俠以武犯禁斯言誠不我欺處斯社會奸偽欺詐之輩以衆凌寡之徒比比俱是若以個人之勇而平天下之不平其可得乎如非親受其害或被逼時先以理喻之以禮讓之以求合理解決不得然後出諸武力所謂無事不惹事有事不怕事也

Le proverbe dit : « le chevalier, par les armes, transgresse les interdits. » Ces mots ne me trompent point : dans cette société, les fourbes et les fraudeurs, ceux qui, à plusieurs, oppriment un seul, abondent. Si l’on voulait, par le courage d’un individu, redresser tous les torts du monde, le pourrait-on ? À moins d’avoir personnellement subi le dommage ou d’être acculé, on commence par convaincre par la raison, céder par la politesse, chercher une solution raisonnable ; si cela ne suffit pas, on recourt alors aux armes. C’est ce qu’on dit : « en temps ordinaire ne pas chercher noise ; en temps de trouble ne pas craindre la noise ».

世界任何一國其國民必愛護其國及其文化藝術譬喻福州人如有人贊其漆器聞名世界或景德鎭人若稱頌其瓷器精美或吧西人倘有人稱其煙草良好其人必以極愉快之心情而接受他人之頌揚中外一例無有差舛觀吾拙篇者都中華國民對國術之歷史價値必有相當認識國術是代表國家藝術之一種如國醫國畫等同一地位吾人又焉可以街頭賣技者以槪視整個武術界之人格乎如路傍粉字一堆望之亦文學中人其為丐乎其為騙乎高明人自有判別弗能魚目混珠徒羞藝術而已

En quelque pays du monde, les citoyens aiment leur patrie, sa culture et ses arts : qu’on loue devant un homme de Fuzhou la laque de sa ville, célèbre dans le monde entier, ou devant un homme de Jingdezhen la finesse de sa porcelaine, ou devant un homme de Bahia la bonté de son tabac, il recevra l’éloge avec le plus vif plaisir. Il en va de même partout, sans exception. Ceux qui liront mon modeste ouvrage, tous citoyens chinois, doivent avoir quelque idée de la valeur historique des arts martiaux : ils comptent parmi les arts qui représentent la nation, au même rang que la médecine chinoise et la peinture chinoise. Comment jugerions-nous de toute la dignité du monde des arts martiaux d’après ceux qui vendent leur technique au coin des rues ? Au bord du chemin, une écriture à la poudre blanche : à la voir, c’est un lettré — est-ce un mendiant, est-ce un filou ? L’homme avisé le discernera ; on ne peut faire passer des yeux de poisson pour des perles sans faire honte à l’art.

客問余曰拳術以何派為最好余不覺失聲而笑蓋任何一派拳術都有其精奧大槪以發拳露力者而歸宗少林隱而不露心隨意使動作柔和調節適中者出自武當各有獨到之處或以身形步法勝或手足敏捷勝都不外拳腳運用之義其始無非強身自衛而已譬有某甲遍覓名師執業旣得之矣初則孜孜以赴繼則一暴十寒虛躭習技之名積時計之亦十年矣師旣良日旣久其技當優矣唯一旦見諸實用則無從措手必被人恥笑且及其師焉斯則不能歸咎於敎之不善及該派拳術之不良唯學者自招之後果而已

Un hôte me demanda : « Quelle école de boxe est la meilleure ? » Je ne pus m’empêcher de rire tout haut. Toute école de boxe a son mystère. En gros, celles qui font paraître la force dans le coup remontent à Shaolin ; celles qui cachent et ne montrent point, laissant le cœur commander à l’intention, gardant des mouvements souples et des mesures modérées, viennent du Wudang. Chacune a son excellence propre : les unes l’emportent par la forme du corps et le pas, les autres par l’agilité des mains et des pieds ; toutes ne sont que l’emploi des poings et des pieds, et leur origine n’est rien d’autre que la santé et la défense. Supposez un homme qui cherche partout un maître fameux et le trouve : d’abord il y met du zèle, puis il travaille un jour et néglige dix jours, et il n’a plus que le nom de pratiquant ; à compter les années, dix auront passé. Le maître est bon, le temps est long, sa technique devrait être excellente ; mais le jour où il faut s’en servir, il ne sait plus que faire, on se rit de lui, et l’on blâme son maître. Cela ne peut s’imputer à un mauvais enseignement ni à la mauvaise qualité de l’école : c’est le fruit que l’élève s’est attiré.

嘗有賣技者過市人以其能而盛稱之某名師適經此祗一眼便走有詢之者曰其技不足觀乎曰然衆不服請其解釋某曰何用解釋此是江湖之技從少專練一臂使之堅实力劈磚石炫耀人前藉博升斗君如不信可請其易手試之則吾言不謬矣衆如所言果不出所料再詢某名師則曰凡習武必先具決心痛下苦功拳技以外各種器械均須練之其法門更須研究淸楚絕不能以偏怪之技趨附庸俗衆始服論

Un montreur de technique passa par la ville ; les gens, à cause de son habileté, le louaient avec excès. Un maître fameux vint à passer : il y jeta un seul regard et s’en alla. On lui demanda : « Son art ne vaut-il pas d’être regardé ? » — « Non. » La foule protesta et lui demanda de s’expliquer. « À quoi bon expliquer ? C’est de la technique de la route : dès l’enfance il a entraîné un seul bras, l’a rendu dur et solide, fend des briques et des pierres pour éblouir les gens et gagner son boisseau de riz. Si vous ne me croyez pas, priez-le d’essayer de l’autre main, et vous verrez que je n’ai pas menti. » On fit comme il disait, et le résultat ne fut pas autre que prévu. On interrogea de nouveau le maître : « Qui apprend les arts martiaux doit d’abord avoir la résolution de peiner durement ; outre la boxe, il doit s’exercer à toutes sortes d’armes et en étudier clairement les méthodes ; il ne peut en aucun cas s’attacher aux techniques bizarres et partielles pour plaire au vulgaire. » La foule alors fut convaincue.

Chapitre huit 演技態度之研究 — Étude de l’attitude dans l’exécution

拳家演技時之禮儀南北各有不同亦各有其觀點嶺南拳家登台奏技必先抱拳踏出中線向四面觀衆行禮至完其式亦如之聞諸家舅父余巨川言此為少林遺敎因當日少林為反淸復明之總部各同志相見必抱拳為禮由是相沿成習迄今仍舊用之巨川舅父為嶺南名拳師是言當有所根據也至北方則歷來俱用鞠躬為禮至今不變如嚴格而論則須出塲後進前三步行鞠躬禮退後三步然後開式至收式亦如上述

L’étiquette observée par le boxeur quand il exécute son art diffère du nord au sud, et chacun a son point de vue. Dans le Lingnan, le boxeur qui monte sur scène pour montrer son art commence par joindre le poing et avancer d’un pas hors de la ligne médiane pour saluer les spectateurs des quatre côtés ; à la fin de la forme, il fait de même. Mon oncle maternel Yu Juchuan (余巨川) m’a dit que c’est là un enseignement laissé par Shaolin : en ce temps-là, le temple était le quartier général de la société « renverser les Qing, restaurer les Ming », et les compagnons, en se rencontrant, joignaient le poing en salut ; l’usage se perpétua et dure encore aujourd’hui. Mon oncle Juchuan est un maître célèbre du Lingnan, et ses paroles doivent avoir quelque fondement. Au nord, en revanche, on a toujours salué en s’inclinant, et l’usage n’a point changé : à strictement parler, il faudrait, après être entré en scène, avancer de trois pas, saluer d’une inclination, reculer de trois pas, puis ouvrir la forme ; et de même à la clôture.

嘗見有所謂拳術家出塲演技則裝模作樣禮貌不甚莊重斯則未免輕視觀衆矣

J’ai vu de prétendus boxeurs entrer en scène et prendre des airs, avec une politesse peu grave : c’est mépriser le public.

又有掙眉怒目苦口苦臉造成若甚吃力之樣以討好觀家實際其尊範之難看有非筆墨所能形容者余以為凡登台奏技務盡己之所長運用適當旣不苟且又不牽強以保持臉上之自然表情使不致為觀家留不良印象微末之見質之高明以為然否

D’autres froncent les sourcils, roulent des yeux furieux et font une mine amère, comme s’ils peinaient horriblement, pour plaire aux spectateurs : en vérité, l’aspect de leur auguste personne est au-delà de toute description. Je pense que quiconque monte sur scène doit faire tout son possible pour déployer ce qu’il sait le mieux, employer les mouvements convenables, sans négligence ni contrainte, et garder sur le visage une expression naturelle, afin de ne point laisser au public une fausse impression. Avis modeste que je soumets aux connaisseurs : le trouvent-ils juste ?

Chapitre neuf 十八家拳法 — Les dix-huit écoles de boxe

太祖的長拳起首

L’empereur Taizu ouvre la liste avec sa Longue boxe (長拳).

韓通的通背為母

Han Tong en fait la mère avec son Tongbei (通背).

鄭恩的纏封尤妙

L’enroulement et le scellement de Zheng En sont particulièrement merveilleux.

溫元的短拳更奇

La boxe courte de Wen Yuan est plus étrange encore.

馬籍的短打最奇

Le combat court de Ma Ji est le plus extraordinaire.

孫恆的猴拳且盛

La boxe du singe de Sun Heng est florissante.

黃粘的靠身難近

L’art de Huang Nian de s’appuyer au corps : difficile d’en approcher.

綿世的面掌飛疾

Les paumes de face de Mian Shi, rapides comme un vol.

金相的磕手通拳

Le poing qui pénètre de Jin Xiang, qui heurte la main.

懷德的摔捋硬崩

Projeter, tirer et briser durement, de Huaide.

劉興的抝摟採手

Arracher, enlacer et cueillir la main, de Liu Xing.

譚方的滾漏貫耳

Rouler, glisser et transpercer l’oreille, de Tan Fang.

燕靑的占拿跌法

Saisir, tenir et faire tomber, de Yan Qing.

林沖的鴛鴦腳強

Les jambes du couple de mandarins de Lin Chong, puissantes.

孟甦的七勢連拳

La boxe en chaîne en sept postures de Meng Su.

崔連的窩裡剖捶

Le poing qui fend dans le nid, de Cui Lian.

楊滾的棍採入直

Le bâton de Yang Gun qui cueille et entre tout droit.

王朗的螳螂總敵

La mante de Wang Lang, qui tient tête à tout.

Chapitre dix 四方八面打釋要 — Explication essentielle du combat dans les quatre directions et les huit orientations

項羽初習兵刃時謂吾學萬人敵師卽授之以槍但槍可為萬人敵拳亦為萬人敵所謂萬人敵之拳法卽四方八面搥是也苟能四方八面搥者則萬人敵矣其搥法卽翻車螳螂手法而加以慘跳倒順之步橫衝竪撞之勢左綑右纏之法面南而打北指東而擊西忽起忽落行無卽有奇妙莫測然非一朝一夕所能促就者今分為十勢畧言於後

Quand Xiang Yu commença d’apprendre les armes, il dit : « Je veux apprendre l’art qui vaut dix mille hommes » ; son maître lui enseigna donc la lance. Mais si la lance vaut contre dix mille hommes, le poing aussi. La boxe qui vaut dix mille hommes, c’est le poing des quatre directions et des huit orientations (四方八面搥). Qui possède ce poing vaut dix mille hommes. Sa méthode, ce sont les mains de la roue et de la mante, auxquelles s’ajoutent les pas de la ruée, du saut, de la chute et de l’ordre, l’élan de la charge latérale et du choc vertical, la méthode d’enlacer à gauche et d’enrouler à droite ; on fait face au sud et l’on frappe au nord, on pointe à l’est et l’on attaque à l’ouest, on se lève et l’on tombe tour à tour, on agit sans forme fixe — merveilleux et insondable. Mais cela ne s’atteint pas en un jour ni en une nuit. Je le divise en dix postures, brièvement exposées ci-après.

卽十捶打是也 太極打 八卦打 挾山超海打 逐步為營打 衝圍打 環攻打 順返打 倒退打 流水打 迴風打

Ce sont les dix frappes : la frappe du taiji, la frappe du bagua, la frappe de qui presse la montagne et franchit la mer, la frappe de qui établit son camp pas à pas, la frappe de la percée d’encerclement, la frappe de l’attaque circulaire, la frappe de l’aller et retour, la frappe du recul, la frappe de l’eau courante, la frappe du vent tournant.

『太極打』

La frappe du taiji (太極打)

用螳螂手法四面旋繞上下環轉返身剿步而疊如捶山敎人入手無路而觸處受傷所謂渾然一太極是也

On emploie les mains de la mante pour tournoyer sur les quatre côtés, tourner en cercle en haut et en bas, retourner le corps, raser le pas et empiler : comme une montagne de poings, on ne laisse à l’autre aucune voie d’entrée, et l’on frappe partout où l’on touche. C’est ce qu’on appelle un taiji tout entier.

『八卦打』

La frappe du bagua (八卦打)

合八卦之方位不論從何方起首須輪廻至最終之位為止總之一入敵塲便如十面埋伏點滴不漏隨機變換循八卦之位置互相更調是也

On combine les orientations des huit trigrammes : d’où que l’on parte, il faut tourner jusqu’à la position finale et s’y arrêter. En somme, une fois entré dans le champ de l’ennemi, c’est une embuscade sur dix faces, sans qu’une goutte s’échappe ; on change selon l’occasion, en permutant les positions des huit trigrammes.

『挾山超海打』

La frappe de qui presse la montagne et franchit la mer (挾山超海打)

打而卽走拳起步隨舍此取彼橫衝直撞如入無人之境挾山者言其重而有力超海者言其輕舉而遠也

Frapper et partir aussitôt, le poing levé que le pas suit, quitter ceci pour prendre cela, charger de flanc et heurter de front comme si l’on entrait dans un pays sans hommes. « Presser la montagne » dit la lourdeur et la puissance ; « franchir la mer » dit l’élan léger et le lointain.

『逐步為營打』

La frappe de qui établit son camp pas à pas (逐步為營打)

步步是打節節有拳安定門戶隨進隨打與超海打殊異然須迅速而過四方八面滿塲是打始為神奇

Chaque pas est une frappe, chaque section a son poing ; on établit solidement la garde et l’on frappe en avançant. Cela diffère de la frappe qui franchit la mer, car il faut passer vite, et ce n’est que lorsque les quatre directions et les huit orientations sont remplies de frappes que la chose devient merveilleuse.

『衝圍打』

La frappe de la percée d’encerclement (衝圍打)

挺身獨立被多人團團圍住雖有太極之打使不近身然手腳不停能支持幾時欲用超海之勢亦恐圍纏太緊有礙慘跳卽便逐步為營之法而千重萬疊亦非頃刻所能驟出者則便有衝圍打焉衝圍者欲從東出則先西擊欲從左出則先右打乘其不備而突然衝之彼一起手打來我便有𨻶可衝矣虛從實打虛打實衝亦挾山超海逐步為營等法在內祗是相形度勢速出圍外方不致被陷重圍

On se tient droit et seul, encerclé de toutes parts par une foule : la frappe du taiji empêche qu’on approche, mais les mains et les pieds ne s’arrêtent point — combien de temps pourra-t-on tenir ? Veut-on employer l’élan qui franchit la mer, on craint que l’encerclement ne soit trop serré et n’empêche la ruée et le saut ; la méthode d’établir son camp pas à pas, fût-elle en mille couches, ne se déploie pas en un instant. C’est alors qu’intervient la frappe de percée d’encerclement : pour sortir à l’est, on frappe d’abord à l’ouest ; pour sortir à gauche, on frappe d’abord à droite ; on profite de l’imprévu pour foncer soudain. Dès qu’il lève la main pour frapper, j’ai une fissure où me glisser. Frapper le plein comme s’il était vide, frapper le vide et foncer sur le plein : les méthodes de presser la montagne, de franchir la mer et d’établir le camp pas à pas y sont comprises. Il suffit de mesurer la situation et de sortir vite du cercle pour ne point rester pris au piège.

『環攻打』

La frappe de l’attaque circulaire (環攻打)

彼衆我寡將被圍在裡面我從外邊循環攻打也進退綽綽縱橫如意須要連環會合如長編束髮越纏越緊如密網捕魚行走行收

L’ennemi est nombreux et je suis seul : je vais être encerclé à l’intérieur. Alors je frappe en tournant par l’extérieur. Avançant et reculant à l’aise, en long et en large selon mon gré, il faut que la chaîne se rejoigne : comme une longue natte qui lie les cheveux, plus on enroule, plus cela serre ; comme un filet serré qui prend le poisson, on avance et l’on resserre.

『順返打』

La frappe de l’aller et retour (順返打)

順步反手上步進拳進則勇往切勿猶豫退則急流勿為所貼致為彼纏

Le pas dans le sens, la main en revers, le pas levé, le poing qui entre : en avançant, aller hardiment sans hésiter ; en reculant, suivre le courant rapide sans se laisser coller ni enlacer par l’autre.

『倒退打』

La frappe du recul (倒退打)

『流水打』

La frappe de l’eau courante (流水打)

Comme dans le texte original, les frappes du recul (倒退打) et de l’eau courante (流水打) sont annoncées sans développement : le livre ne leur consacre aucun paragraphe.

『迴風打』

La frappe du vent tournant (迴風打)

欲退而先轉旣退而復囘故有大廻風小廻風單廻風雙廻風之別大廻風者捨此取彼忽用超海之勢躍入本位小廻風者欲東向而西轉欲先左攻而起右手單迴風或順或倒只一廻而卽前走雙迴風者一倒一順一左一右逐廻逐走卽走卽廻連環相繫而已

Vouloir reculer et tourner d’abord, puis reculer et revenir : de là les distinctions du grand tourbillon, du petit tourbillon, du tourbillon simple et du double tourbillon. Le grand tourbillon : quitter ceci pour prendre cela, employer soudain l’élan qui franchit la mer et sauter à sa position. Le petit tourbillon : vouloir aller à l’est et tourner à l’ouest, vouloir attaquer à gauche d’abord et lever la main droite. Le tourbillon simple : dans le sens ou à rebours, un seul tour et l’on repart en avant. Le double tourbillon : un à rebours, un dans le sens, un à gauche, un à droite, tournant et partant l’un après l’autre, partant et revenant, enchaînés les uns aux autres.

練此打法須先用太極打法劈開門戶安立八卦方位將超海為營等打法變換穿揷相機出手雖千重萬疊我有四方八面之捶則何懼焉

Pour s’exercer à ces frappes, il faut d’abord ouvrir la garde par la frappe du taiji, établir les orientations des huit trigrammes, puis faire alterner et s’entrecroiser les frappes qui franchissent la mer, qui établissent le camp, etc., et frapper selon l’occasion. Quand bien même l’ennemi serait en mille couches, j’ai le poing des quatre directions et des huit orientations : que craindre ?

Chapitre onze 羅漢功 — Les exercices du luohan

此功乃昔日達摩禪師根據天地陰陽六合之正氣採仿羅漢神像之形態共集為十八路分之十九式全神貫注非尋常力功之比練之有恆則形神活躍氣力充沛

Cet exercice fut jadis composé par le maître de méditation Bodhidharma (達摩禪師) d’après le souffle droit du ciel et de la terre, du yin et du yang et des six unions, en imitant les attitudes des statues de luohan : en tout dix-huit routes, divisées en dix-neuf postures. L’esprit y est tout entier concentré ; ce n’est pas comparable aux exercices de force ordinaires. Si l’on pratique avec constance, la forme et l’esprit s’animent et le souffle et la force abondent.

嘗有魯人王君年五十餘經商於港暇則到精武坐談蓋與羅師光玉有同鄕之雅日久談話中涉及家事王君輒吁嘆不已羅師亟詢之始悉王雖富有但伯道無兒並問羅師有何良箴指點羅師但笑而不言再三請求羅師始答之曰汝有恆心否能以一年之時間從吾否王答曰能迨後便見此白鬢衰翁朝夕與編者等一輩小孩練習羅漢功有未悉其所以然者皆以為奇蓋此就木之年尚作此嬉戱也期年返魯又來年則來書羅師告及妻妾均育子女各一慶喜之心溢於詞表至港戰前止七八年間已兒女成行矣夫兒女成行妻妾亦本來之妻妾所以前後異其功用者豈非羅漢功之為效耶羅漢功之對於人體確具反弱為強之功可信然矣其行動柔和易練全功呼吸調序有方為拳技中之打氣機凡我同好幸勿輕視

Jadis, un homme du Lu nommé Wang, âgé de plus de cinquante ans, faisait du commerce à Hong Kong ; dans ses loisirs il venait bavarder au Jingwu, car il avait avec le maître Luo Guangyu l’affinité d’être du même pays. À la longue, la conversation vint aux affaires de famille, et M. Wang soupirait sans cesse. Le maître Luo s’enquit avec insistance et apprit que Wang, bien que riche, n’avait point de fils. Il demanda au maître quelque bon conseil ; le maître sourit et ne dit mot. À force d’insister, il répondit : « Avez-vous de la constance ? Pouvez-vous me suivre pendant un an ? » Wang répondit que oui. Par la suite, on vit ce vieillard aux cheveux blancs s’exercer chaque jour au luohan gong avec nous autres, une bande de gamins ; ceux qui n’en savaient pas la raison trouvaient cela bien étrange — à l’âge où l’on retourne au bois, se livrer encore à ces enfantillages !

L’année révolue, il repartit pour le Lu ; l’année suivante arriva une lettre : le maître apprit que la femme et la concubine avaient chacune mis au monde un enfant, et sa joie débordait dans ses mots. Jusqu’à la guerre de Hong Kong, en sept ou huit ans, il eut une lignée d’enfants. Les enfants vinrent en foule — et la femme et la concubine étaient les mêmes qu’auparavant ! D’où venait donc cette différence, sinon de l’effet du luohan gong ? Que le luohan gong ait réellement le pouvoir de changer un corps faible en corps fort, cela est certain. Ses mouvements sont souples et faciles à pratiquer, la respiration de l’ensemble est réglée avec méthode : c’est, dans la boxe, la machine à souffler. Que mes amis ne le prennent pas à la légère.

Chapitre douze 鐵砂掌練法及藥方 — Méthode d’entraînement de la paume de fer et sa formule médicinale

鐵砂掌練法繁難如不得法定藥方浸藥洗手然後行之雖極強壯之人必至引瘀歸心而危及生命故第二代祖師昇霄道人為完成其功起見不惜走遍名山大川研究藥方以資補救照錄其方如后

L’entraînement de la paume de fer est ardu : si l’on ne dispose pas de la formule réglementaire pour tremper les mains dans la décoction avant de pratiquer, l’homme le plus robuste finira par attirer le sang stagnant jusqu’au cœur et mettre sa vie en danger. C’est pourquoi le maître de la seconde génération, le taoïste Shengxiao, désireux de parfaire cet exercice, parcourut sans compter les grands monts et les grands fleuves pour étudier une formule propre à y remédier. Sa formule est reproduite ci-après.

川烏 草烏 生南星 蛇床子 生半夏 百部草 花川椒 狼毒 藜蘆 龍骨 透骨草 海浮石(研末) 地骨皮 紫苑 地丁 以上各葯每壹両靑鹽四両硫磺二両研末黑米醋五湯碗共煎至七分以缸儲藏勿使洩氣至用時再煲至將沸以手浸下約十分鐘便可行功

Aconit du Sichuan (川烏), aconit sauvage (草烏), arisaema frais (生南星), cnidium (蛇床子), pinellia frais (生半夏), stemona (百部草), poivre du Sichuan en fleur (花川椒), euphorbe (狼毒), vératre (藜蘆), os fossile (龍骨), herbe qui pénètre l’os (透骨草), pierre ponce de mer réduite en poudre (海浮石), écorce de racine de lyciet (地骨皮), aster (紫苑), violette (地丁) : de chacune de ces drogues un liang ; en outre sel bleu quatre liang, soufre deux liang réduits en poudre, vinaigre de riz noir cinq écuelles à soupe. Faire bouillir le tout jusqu’à réduction aux sept dixièmes, conserver dans une jarre sans laisser échapper l’air ; au moment de l’emploi, faire chauffer de nouveau jusqu’au point d’ébullition, y plonger les mains une dizaine de minutes, et l’on peut alors travailler.

其法先用大瓦缸置大如黃荳之光滑鐵砂約百餘觔至行功時乃盤馬於缸傍十指挺直向缸揷下至力所極之點然後握砂組拳向上抽起復向缸以拳撞下便成一紀動作初學者最普通莫如以十紀動作為基本之壹次每日每次練習分三節共為三十紀動作逐日增加一紀每節休息時必須再行浸葯每日依定時刻練習毋使間斷初習之百日內不能房事或遺洩否則前功去矣以後亦應節戒則事半功倍矣此藥方范公旭東有云久練硬功者難覓此方切勿輕予示人凡能遵守道德者可傳云

La méthode : on met d’abord dans une grande jarre de terre environ cent livres de grenaille de fer lisse, grosse comme des haricots jaunes. Pour travailler, on se place en position du cheval auprès de la jarre, les dix doigts tendus, et l’on pique vers le bas dans le fer jusqu’au point extrême de sa force ; puis on saisit la grenaille en formant les poings, on tire vers le haut, et l’on heurte de nouveau la jarre du poing vers le bas : voilà un mouvement compté. Pour le débutant, le plus courant est de prendre dix mouvements comptés comme base d’une séance ; chaque jour l’on divise l’exercice en trois sections, soit trente mouvements comptés en tout, et l’on ajoute un mouvement par jour. À la fin de chaque section, il faut de nouveau tremper les mains dans la décoction. Pratiquez chaque jour à heure fixe, sans jamais d’interruption.

Durant les cent premiers jours, abstenez-vous de tout commerce charnel et de toute pollution nocturne, sinon le travail accompli est perdu ; par la suite, il faut encore s’en abstenir, et l’on obtiendra le double pour la moitié de la peine. Le maître Fan Xudong disait de cette formule : « Pour ceux qui s’entraînent longtemps aux exercices de durcissement, c’est une formule difficile à trouver. Ne la montrez pas légèrement, car cette technique ne doit être transmise qu’à ceux qui observent la morale. »

Chapitre treize 八剛 — Les huit duretés

剛能勝柔如剛刀斷肉筋骨齊開如石柱擂粉渣滓盡化一往莫禦直前不退或曰吾剛矣而彼亦剛焉能勝乎不知患吾非剛耳剛則未有不勝者卽美玉至剛矣雖北宮之霜鋒苦於無用荊軻之匕首困於難施可謂剛矣然一遇昆吾良刀則琢如意其剛不足言矣夫誠有昆吾之剛天下尚有不可勝之玉乎故泰山壓頂迎面直統等手法可用也八剛名稱簡錄於后

La dureté peut vaincre la souplesse, comme une lame dure coupe la chair et sépare les muscles des os, ou comme un pilier de pierre qui écrase et réduit tout en poussière : elle va sans que rien ne l’arrête, tout droit sans reculer. Mais on dira : « Je suis dur, et l’autre aussi : comment le vaincre ? » On ne sait pas que le mal est de n’être point dur : qui est dur n’est jamais vaincu. Le beau jade lui-même est d’une dureté extrême ; les lames acérées du Nord lui sont inutiles, et le poignard de Jing Ke, si difficile à employer, peut être dit dur — mais qu’il rencontre la bonne lame de Kunwu, et elle le taille à volonté : sa dureté n’est plus rien à dire. Si vraiment l’on avait la dureté du Kunwu, y aurait-il au monde un jade qu’on ne pût vaincre ? Aussi peut-on employer des techniques telles que le mont Tai qui écrase la tête ou le coup droit au visage. Voici, brièvement, les noms des huit duretés.

(一剛)泰山壓頂

1. 泰山壓頂 — le mont Tai écrase la tête.

(二剛)迎面直統

2. 迎面直統 — coup droit qui perce le visage.

(三剛)順步雙掌

3. 順步雙掌 — pas dans le sens, double paume.

(四剛)疊肘硬拱

4. 疊肘硬拱 — coude empilé, poussée dure.

(五剛)貼門靠璧

5. 貼門靠璧 — coller à la porte et s’appuyer au mur.

(六剛)硬崩伏底

6. 硬崩伏底 — effondrement dur qui courbe jusqu’au sol.

(七剛)左右雙棍

7. 左右雙棍 — doubles bâtons de main, à gauche et à droite.

(八剛)摔捋兩分

8. 摔捋兩分 — projeter et tirer, séparer en deux.

Chapitre quatorze 十二柔 — Les douze souplesses

柔能尅剛小可制大是法之得也彼鼠與象大小懸殊然鼠能由象鼻入而食其腦象力雖大無從施用一遇鼠穴輙魂魄俱落悚懼莫措故育象者恆掘四地穴狀如鼠穴者同令其踏之永不敢動此卽以小制大之驗也彼瑪瑙堅而至滑者馬尾細而且柔極然欲割瑪瑙非馬尾弓不可由此可悟柔能尅剛之理矣

La souplesse peut dominer la dureté, et le petit maîtriser le grand : c’est là réussir dans la méthode. Le rat et l’éléphant diffèrent du tout au tout en taille, et pourtant le rat peut entrer par la trompe de l’éléphant et lui manger la cervelle ; la force de l’éléphant, si grande soit-elle, n’y peut rien, et à la seule vue d’un trou de rat il perd l’âme de frayeur et ne sait que faire. Aussi ceux qui élèvent des éléphants creusent-ils de tous côtés des fosses en forme de trou de rat pour qu’il les foule : il n’ose plus jamais bouger — voilà la preuve que le petit maîtrise le grand. L’agate est dure et extrêmement lisse, le crin de la queue du cheval est fin et fort souple, et pourtant, pour couper l’agate, il faut un arc à corde de crin. Par là on peut comprendre que la souplesse vainc la dureté.

(一見剛而囘手)

1. Il montre de la dureté, je retire la main.

吾已出手而還截太猛則囘身以避其鋒緩手以挫其銳俟𨻶而進乃虛實閃賺之法也

J’ai déjà sorti la main et il la bloque avec trop de violence : je retourne le corps pour éviter sa pointe, j’oppose une main ralentie pour émousser son tranchant, et j’attends une fissure pour entrer. C’est la méthode du vide et du plein, de l’esquive et du leurre.

(二入手而偷手)

2. Il entre, je dérobe la main.

彼手纔出吾已搶先溜進使不及防卽一入便偷然須迅速方能奏效

Sa main vient à peine de sortir que j’ai déjà pris les devants et glissé à l’intérieur, sans lui laisser le temps de se garder : à peine entré, je dérobe. Il faut que ce soit rapide pour être efficace.

(三截手而滾手)

3. Il intercepte, je roule.

彼欲截我手我卽隨彼手滾入使所截落空左右上下最宜用之

Il veut intercepter ma main : je roule à l’intérieur en suivant sa main, de sorte que son interception tombe dans le vide. C’est surtout à employer à gauche et à droite, en haut et en bas.

(四棍手而漏手)

4. Il enlace (棍), je m’échappe (漏).

棍似截而圈漏似滾而離實開合收閉兼蓄也

Le gun (棍) ressemble à une interception, mais c’est un cercle ; le lou (漏) ressemble à un roulement, mais c’est une séparation : en vérité, ouverture et fermeture, retrait et clôture y sont réunis.

(五直統而拘手)

5. Il perce droit, je saisis.

彼迎面直衝吾接手拘入高則上拘低則下拘從外反正度勢使用

Il fonce droit au visage : je reçois sa main et je la saisis en entrant. S’il va haut, je saisis vers le haut ; s’il va bas, je saisis vers le bas ; de l’extérieur je reviens au centre, en mesurant la situation.

(六採手而入手)

6. Il cueille (採), j’entre.

來手突進我卽隨手而入或囘手拘滾或採而閃或旣採而疊或中門正入或裡外反入

Sa main surgit et avance : j’entre en la suivant — soit je retire la main, saisis et roule ; soit je cueille et j’esquive ; soit je cueille puis j’empile ; soit j’entre droit par la porte du milieu ; soit j’entre en revers, du dedans au dehors ou du dehors au dedans.

(七摟手而進手)

7. Il tire à soi (摟), j’avance.

摟者牽取之意

Lou (摟) signifie tirer et prendre.

(八嗑手而入手)

8. Il heurte (嗑), j’entre.

磕者從邊撥落乘機搶進

Ke (嗑), c’est écarter vers le bas depuis le côté, et profiter de l’occasion pour se précipiter à l’intérieur.

(九撲手而入手)

9. Il se jette (撲), j’abats la main.

彼手激進左右連環吾則向下撲之但不急激祗輕按之而已

Ses mains avancent avec violence, à gauche et à droite en chaîne : je les abats vers le bas — sans y mettre la même fougue, il suffit de les presser légèrement.

(十挑手而入手)

10. Il relève (挑), j’entre.

對方以同上之方式攻我則向上挑之然後進手

Si l’adversaire attaque de la même manière, je relève vers le haut, puis j’avance la main.

(十一開手而疊手)

11. Il écarte (開), j’empile (疊).

吾手已出彼則開手以拒吾更以疊手反之

Ma main est déjà sortie ; il écarte la main pour la repousser : je réponds en empilant la main.

(十二粘手而破手)

12. Il colle (粘), je romps.

彼粘我手或施擒拿之法吾則借勢反掌因其擒拏反擒之

Il colle à ma main ou emploie la saisie (qinna) : j’emprunte son élan et retourne la paume, et, de sa saisie même, je le saisis à mon tour.

Chapitre quinze 八打 — Les huit cibles permises

每部位皆屬次要雖不致命亦必重傷如遇強手非此不足以致勝然不可輕予施用以傷好生之德惟吾同道愼之

Ces régions sont toutes secondaires : sans être mortelles, elles blessent grièvement. Face à un adversaire redoutable, il n’est d’autre moyen de l’emporter ; mais qu’on ne les frappe pas à la légère, sous peine de blesser en soi la vertu qui aime la vie. Que mes confrères y prennent garde.

(一打)眉頭雙睛

1. 眉頭雙睛 — le point entre les sourcils et les deux yeux.

(二打)唇上人中

2. 唇上人中 — le point renzhong au-dessus de la lèvre supérieure.

(三打)穿腮耳門

3. 穿腮耳門 — le creux entre la joue et le lobe de l’oreille.

(四打)背後骨縫

4. 背後骨縫 — la jointure des os dans le dos, la colonne.

(五打)脅內肺腑

5. 脅內肺腑 — les poumons sous les côtes.

(六打)撩陰高骨

6. 撩陰高骨 — l’os saillant du bassin.

(七打)鶴膝虎頭

7. 鶴膝虎頭 — la partie molle sous la rotule.

(八打)破骨千斤

8. 破骨千斤 — « briser l’os de mille livres », au coude.

Chapitre seize 八不打 — Les huit cibles interdites

是皆致命之處苟非性命相搏幸毋施用若對方不念人命之為重亦祗招之而已

Ce sont toutes des régions mortelles. À moins de combattre pour sa vie, qu’on ne les frappe pas ; si l’adversaire lui-même ne fait aucun cas de la vie humaine, alors seulement on les emploie.

(一不打)太陽為首

1. 太陽為首 — les tempes, au premier chef.

(二不打)正中鎖喉

2. 正中鎖喉 — la gorge, au centre.

(三不打)中心兩壁

3. 中心兩壁 — le creux de l’estomac et les deux parois.

(四不打)兩脅太極

4. 兩脅太極 — les fausses côtes, de part et d’autre.

(五不打)海底撩陰

5. 海底撩陰 — l’aine.

(六不打)兩腎對心

6. 兩腎對心 — les reins, face au cœur.

(七不打)尾閭風府

7. 尾閭風府 — le coccyx et le point fengfu de la nuque.

(八不打)兩耳扇風

8. 兩耳扇風 — les deux oreilles.

Chapitre dix-sept 錄宋太祖訪友歌 — Chant de l’empereur Taizu des Song en quête de maîtres

太祖長拳甚可嘉
天下雲遊訪大家
閙裡奪粹高一著
韓通從此把名窪
強中自有強中手
何須稱強太自誇
鄭恩傍觀看得破
通背猿猴更不差
通拳又被纏封打
只顯他人不顯咱
寰中武士參不透
深如東海細如蔴

La longue boxe de Taizu est fort digne d’éloge :
il parcourut le monde en quête des grands maîtres.
Dans la mêlée il tira le meilleur, un cran au-dessus ;
mais Han Tong, dès lors, abaissa son nom.
Parmi les forts il y a toujours plus fort :
à quoi bon se dire fort et se vanter tant ?
Zheng En, regardant de côté, y vit clair ;
le Tongbei et la boxe du singe ne sont pas moins bons.
Le poing qui pénètre fut à son tour battu par l’enroulement et le scellement :
cela ne montre que les autres, jamais nous-mêmes.
Les guerriers du monde n’en pénètrent point le fond :
c’est profond comme la mer de l’Est et fin comme le chanvre.

Chapitre dix-huit 各種器械術語錄 — Recueil de maximes sur les différentes armes

單刀看手 雙刀看走 大刀看鋒

« Au sabre simple, surveillez l’autre main ; aux doubles sabres, surveillez le pas ; au grand sabre, surveillez la pointe. »

劍無過腦 鈎不入肘

« L’épée ne passe pas par-dessus la tête ; les crochets n’entrent pas dans le coude. »

棍取中平實難當

« Quand le bâton attaque au centre et de plain-pied, il est vraiment difficile de le soutenir. »

槍出一條線 槍軋一條龍

« La lance sort comme un fil ; la lance écrase comme un dragon. »

刀出如猛虎 劍舞如飛鳳

« Le sabre sort comme un tigre féroce ; l’épée danse comme un phénix en vol. »

搏命使單刀 救命用花槍

« Pour risquer sa vie, on prend le sabre simple ; pour sauver sa vie, on fait fleurir la lance. »

千日可軋槍 練劍萬日難 百日練單刀

« Mille jours suffisent à bien écraser de la lance ; l’épée demande dix mille jours de peine ; cent jours suffisent à s’entraîner au sabre simple. »

雙刀須平勻 雙劍尚柔活

« Les doubles sabres veulent l’égalité et la mesure ; les doubles épées prisent la souplesse et la vivacité. »

暗中施軟械 須防強者用鈎破

« Si, dans l’ombre, vous employez une arme souple, gardez-vous qu’un adversaire vigoureux ne la brise avec des crochets. »

長一寸強一寸 短一寸巧一寸

« Un pouce de plus, un pouce de force ; un pouce de moins, un pouce d’habileté. »

迎頭劈一著 須防漏下來 『若成強上強 須下苦中苦』

« Quand vous fendez sur la tête, gardez-vous de laisser filer vers le bas. Si vous voulez être fort parmi les forts, il faut supporter la peine des peines. »

『練藝不練功 到老總成空』

« Développer l’art sans entraîner la force : jusqu’à la vieillesse, on n’aura rien fait. »

Chapitre dix-neuf 拳譜 — Listes de postures

基本十四路拳譜 — Les quatorze routes de base

(一路)軋腳 (二路)掛腿 (三路)劈閘 (四路)採手 (五路)黑虎偷心
(六路)圈腳 (七路)偷手 (八路)四面翻車 (九路)棍手 (十路)左右圈套
(十一路)金雞攝膆 (十二路)黃鶯戮眼 (十三路)低牽 (十四路)磨盤

  1. 軋腳 — jambe qui écrase
  2. 掛腿 — jambe qui suspend
  3. 劈閘 — fendre l’écluse
  4. 採手 — cueillir la main
  5. 黑虎偷心 — le tigre noir dérobe le cœur
  6. 圈腳 — jambe circulaire
  7. 偷手 — la main qui dérobe
  8. 四面翻車 — la roue dans les quatre directions
  9. 棍手 — la main qui enlace
  10. 左右圈套 — lacs et cercles à gauche et à droite
  11. 金雞攝膆 — le coq d’or ramène son jabot
  12. 黃鶯戮眼 — le loriot pique les yeux
  13. 低牽 — tirer bas
  14. 磨盤 — la meule

崩步拳譜 — Le pas d’avalanche (崩步)

中平式

1. 中平式 — position stable et médiane (position d’ouverture).

邁左步 跟右步 海底取珠

2. 邁左步, 跟右步, 海底取珠 — avancer du pied gauche, suivre du pied droit, prendre la perle au fond de la mer.

囘右步 跟左步 螳螂雙踢刁

3. 囘右步, 跟左步, 螳螂雙踢刁 — reculer du pied droit, suivre du pied gauche, double crochet de la mante qui frappe du pied.

殿步揷掌

4. 殿步揷掌 — pas d’arrière-garde, paume qui pique.

順步補捶

5. 順步補捶 — pas dans le sens, poing de complément.

竄跳

6. 竄跳 — bond en avant.

跌肘

7. 跌肘 — coude qui tombe.

崩捶

8. 崩捶 — poing qui s’effondre.

背後取寶

9. 背後取寶 — prendre le trésor derrière soi.

順手牽羊

10. 順手牽羊 — tirer la brebis en suivant la main.

刁進

11. 刁進 — crochet et avance.

刁打

12. 刁打 — crochet et frappe.

崩步

13. 崩步 — pas d’avalanche.

殿步揷掌

14. 殿步揷掌 — pas d’arrière-garde, paume qui pique.

順步補捶

15. 順步補捶 — pas dans le sens, poing de complément.

且步霸王請客

16. 且步霸王請客 — reculer d’un pas, le seigneur hégémon invite un hôte.

殿步腰斬

17. 殿步腰斬 — pas d’arrière-garde, trancher à la taille.

力劈

18. 力劈 — fendre avec force.

勾摟拐肘

19-20. 勾摟拐肘 — main qui accroche et tire, coude qui frappe du revers.

上步劈軋

21. 上步劈軋 — avancer d’un pas, fendre et écraser.

扭身黏肘

22. 扭身黏肘 — corps tordu, coude qui colle.

上步拐肘

23. 上步拐肘 — avancer d’un pas, coude qui frappe du revers.

揷掌補捶

24-25. 揷掌補捶 — paume qui pique et poing de complément.

左右二揪腿

26-27. 左右二揪腿 — les deux jambes qui ramassent, à gauche et à droite.

上步雙捆

28. 上步雙捆 — avancer d’un pas, double ligature.

抹眉啄眼

29. 抹眉啄眼 — essuyer le sourcil et becqueter l’œil.

掯掌抳肘

30-31. 掯掌抳肘 — paume qui presse et coude qui arrête.

指星換月

32. 指星換月 — montrer l’étoile et changer la lune.

劈挑齊掌

33-35. 劈挑齊掌 — fendre, relever et égaliser de la paume.

左右二措捶

36-37. 左右二措捶 — les deux poings qui tordent, à gauche et à droite.

殿步頂臍捶

38. 殿步頂臍捶 — pas d’arrière-garde, poing qui frappe le nombril.

上步扇風

39. 上步扇風 — avancer d’un pas, éventer.

囘身左右二扇風

40-41. 囘身左右二扇風 — retourner le corps, éventer à gauche et à droite.

引針腰斬

42. 引針腰斬 — tirer l’aiguille et trancher à la taille.

左圈捶

43. 左圈捶 — poing circulaire à gauche.

左崩捶

44. 左崩捶 — poing qui s’effondre à gauche.

刁手上步栽捶

45-46. 刁手上步栽捶 — crochet de la main, avancer et planter le poing.

囘身螳螂收勢

47. 囘身螳螂收勢 — retourner le corps, posture de clôture de la mante.

一路摘要拳譜 — Premier ensemble des « essentiels choisis » (摘要)

四平式 開門挅 竄跳出身 黑虎偷心 崩捶 閉門腳 竄跳回身 跨虎挑掌
撤步統捶 出步統捶 孤雁出群 燕子撮水 踢腿探海 落腿挑掌 上步封手插掌
漏手軋膝 起身硬軋 落步傍手 起身摘要 掠翅閉門腳 落步反掌 漏圈
封手屯掌 疊肘 回身補捶 起身閉門腳 回身提腿 落步劈軋 挑手栽捶
起身挫捶 進步腰軋 回身扭馬屯掌 進步腰斬 提腿獅子大張口 落步圈捶
漏手軋膝 起身上圈 漏圈 左右二圈 進步入環腰斬 回身抅摟採手 進步腰斬
撤步挑掌 起身雙匿肘 叫圈 栽捶 屯掌 雙棍 屯掌 美女過僑 仰膀翻天印
匿肘劈掌 外裡磨盤三手 叫圈 栽搥 回身挑掌 跨虎收勢

  1. 四平式 — position des quatre équilibres
  2. 開門挅 — ouvrir la porte et frapper du pied
  3. 竄跳出身 — bondir en avant, corps projeté
  4. 黑虎偷心 — le tigre noir dérobe le cœur
  5. 崩捶 — poing qui s’effondre
  6. 閉門腳 — jambe qui ferme la porte
  7. 竄跳回身 — bond et retour du corps
  8. 跨虎挑掌 — enjambant le tigre, paume qui relève
  9. 撤步統捶 — reculer d’un pas, poing qui perce
  10. 出步統捶 — sortir le pas, poing qui perce
  11. 孤雁出群 — l’oie solitaire quitte la troupe
  12. 燕子撮水 — l’hirondelle ramasse l’eau
  13. 踢腿探海 — coup de pied qui sonde la mer
  14. 落腿挑掌 — jambe posée, paume qui relève
  15. 上步封手插掌 — avancer, sceller la main et piquer de la paume
  16. 漏手軋膝 — glisser la main et écraser le genou
  17. 起身硬軋 — se relever, écraser durement
  18. 落步傍手 — poser le pas, main qui s’appuie
  19. 起身摘要 — se relever et cueillir l’essentiel
  20. 掠翅閉門腳 — ailes qui balaient, jambe qui ferme la porte
  21. 落步反掌 — poser le pas, paume en revers
  22. 漏圈 — cercle qui glisse
  23. 封手屯掌 — sceller la main et camper la paume
  24. 疊肘 — coude empilé
  25. 回身補捶 — retourner le corps, poing de complément
  26. 起身閉門腳 — se relever, jambe qui ferme la porte
  27. 回身提腿 — retourner le corps, lever la jambe
  28. 落步劈軋 — poser le pas, fendre et écraser
  29. 挑手栽捶 — main qui relève, poing qui plante
  30. 起身挫捶 — se relever, poing qui écrase
  31. 進步腰軋 — avancer, écraser à la taille
  32. 回身扭馬屯掌 — retourner le corps, position du cheval tordue, paume campée
  33. 進步腰斬 — avancer, trancher à la taille
  34. 提腿獅子大張口 — lever la jambe, le lion ouvre grand la gueule
  35. 落步圈捶 — poser le pas, poing circulaire
  36. 漏手軋膝 — glisser la main et écraser le genou
  37. 起身上圈 — se relever, cercle vers le haut
  38. 漏圈 — cercle qui glisse
  39. 左右二圈 — les deux cercles, à gauche et à droite
  40. 進步入環腰斬 — avancer dans l’anneau, trancher à la taille
  41. 回身抅摟採手 — retourner le corps, accrocher, tirer et cueillir la main
  42. 進步腰斬 — avancer, trancher à la taille
  43. 撤步挑掌 — reculer d’un pas, paume qui relève
  44. 起身雙匿肘 — se relever, doubles coudes cachés
  45. 叫圈 — cercle appelé
  46. 栽捶 — poing qui plante
  47. 屯掌 — paume campée
  48. 雙棍 — doubles bâtons de main
  49. 屯掌 — paume campée
  50. 美女過僑 — la belle dame traverse le pont
  51. 仰膀翻天印 — avant-bras renversé, sceau du ciel retourné
  52. 匿肘劈掌 — coude caché, paume qui fend
  53. 外裡磨盤三手 — trois mains de meule, du dehors au dedans
  54. 叫圈 — cercle appelé
  55. 栽搥 — poing qui plante
  56. 回身挑掌 — retourner le corps, paume qui relève
  57. 跨虎收勢 — enjambant le tigre, posture de clôture

浪子燕青刀譜 — Le sabre de Yan Qing, l’écervelé

出步中平式 抱刀上步式 斜步四平式 竄跳出身式 撲腿推刀式 拉刀收步式
竄跳囘身式 拉刀藏刀式 出步劈刀式 跟步扎刀式 抱頭攔刀式 拉刀收步式
竄跳囘身式 拔刀藏身式 刀拾坐盤式 拉刀藏刀式 纏頭攔腰式 囘身掠翅式
順步扎刀式 囘身劈刀式 撩刀提劈式 上步扎刀式 掛刀蓋刀式 殿步攔腰式
拉刀收步式 竄跳囘身式 拔刀坐盤式 獻刀藏刀式 拉刀藏刀式 出步劈刀式
掛刀掛劍式 囘身劈刀式 上步扎刀式 殿步劈刀式 撲刀推刀式 囘身劈刀式
迎門掯劍式 跟馬三刀式 殿步撲腿式 囘身削櫈式 拉刀撲刀式 上步攔腰式
拉刀收步式 竄跳囘身式 拉刀藏刀式 拔刀坐盤式 中門攔刀式 左門攔刀式
右門攔刀式 正門攔刀式 拉刀收步式 竄跳囘身式 拉刀藏刀式 殿步劈刀式
拉刀四平式『全套五十五式』

  1. 出步中平式 — sortir le pas, position stable et médiane
  2. 抱刀上步式 — tenir le sabre, avancer d’un pas
  3. 斜步四平式 — pas diagonal, position des quatre équilibres
  4. 竄跳出身式 — bondir, corps projeté
  5. 撲腿推刀式 — jambe qui se jette, pousser le sabre
  6. 拉刀收步式 — tirer le sabre, resserrer le pas
  7. 竄跳囘身式 — bond, corps retourné
  8. 拉刀藏刀式 — tirer le sabre et le cacher
  9. 出步劈刀式 — sortir le pas, fendre du sabre
  10. 跟步扎刀式 — suivre du pas, piquer du sabre
  11. 抱頭攔刀式 — embrasser la tête, barrer du sabre
  12. 拉刀收步式 — tirer le sabre, resserrer le pas
  13. 竄跳囘身式 — bond, corps retourné
  14. 拔刀藏身式 — dégainer et cacher le corps
  15. 刀拾坐盤式 — ramasser le sabre, position du disque assis
  16. 拉刀藏刀式 — tirer le sabre et le cacher
  17. 纏頭攔腰式 — enrouler autour de la tête, barrer à la taille
  18. 囘身掠翅式 — retourner le corps, ailes qui balaient
  19. 順步扎刀式 — pas dans le sens, piquer du sabre
  20. 囘身劈刀式 — retourner le corps, fendre du sabre
  21. 撩刀提劈式 — relever le sabre et lever pour fendre
  22. 上步扎刀式 — avancer d’un pas, piquer du sabre
  23. 掛刀蓋刀式 — suspendre le sabre et couvrir
  24. 殿步攔腰式 — pas d’arrière-garde, barrer à la taille
  25. 拉刀收步式 — tirer le sabre, resserrer le pas
  26. 竄跳囘身式 — bond, corps retourné
  27. 拔刀坐盤式 — dégainer, position du disque assis
  28. 獻刀藏刀式 — présenter le sabre puis le cacher
  29. 拉刀藏刀式 — tirer le sabre et le cacher
  30. 出步劈刀式 — sortir le pas, fendre du sabre
  31. 掛刀掛劍式 — suspendre le sabre pour parer comme une épée
  32. 囘身劈刀式 — retourner le corps, fendre du sabre
  33. 上步扎刀式 — avancer d’un pas, piquer du sabre
  34. 殿步劈刀式 — pas d’arrière-garde, fendre du sabre
  35. 撲刀推刀式 — sabre qui se jette et pousse
  36. 囘身劈刀式 — retourner le corps, fendre du sabre
  37. 迎門掯劍式 — barrer la porte, presser comme une épée
  38. 跟馬三刀式 — suivre le cheval, trois coups de sabre
  39. 殿步撲腿式 — pas d’arrière-garde, jambe qui se jette
  40. 囘身削櫈式 — retourner le corps, trancher le banc
  41. 拉刀撲刀式 — tirer le sabre et se jeter
  42. 上步攔腰式 — avancer d’un pas, barrer à la taille
  43. 拉刀收步式 — tirer le sabre, resserrer le pas
  44. 竄跳囘身式 — bond, corps retourné
  45. 拉刀藏刀式 — tirer le sabre et le cacher
  46. 拔刀坐盤式 — dégainer, position du disque assis
  47. 中門攔刀式 — barrer du sabre à la porte du milieu
  48. 左門攔刀式 — barrer du sabre à la porte de gauche
  49. 右門攔刀式 — barrer du sabre à la porte de droite
  50. 正門攔刀式 — barrer du sabre à la porte droite, face à l’adversaire
  51. 拉刀收步式 — tirer le sabre, resserrer le pas
  52. 竄跳囘身式 — bond, corps retourné
  53. 拉刀藏刀式 — tirer le sabre et le cacher
  54. 殿步劈刀式 — pas d’arrière-garde, fendre du sabre
  55. 拉刀四平式 — tirer le sabre, position des quatre équilibres (« l’ensemble compte cinquante-cinq postures »)

Chapitre vingt 推拏術治病法 — Méthode tuina de traitement des blessures

習拳者恆有觸傷手足之弊如不懂手術治療之法時捱痛楚矣

Ceux qui pratiquent la boxe se blessent souvent mains ou pieds ; s’ils ne connaissent point les méthodes de traitement, il ne leur reste qu’à endurer la douleur.

羅師有見及此曾於民國卄八年間將此異術公開傳授以廣流傳時編者適從武漢南返任職島上同志中有不諳國語者故每次講授多由編者作舌人其中法門畧分為五種主要手法曰推拏揉搖搓凡有傷者其面積大則以掌心輕輕按之另以一手把持傷處之上端使不移動然後將掌左右揉之切勿將掌離開傷處以防擦傷皮肉若傷處小則祗用大指放平按之便得此是第一步揉之手法第弍步則用推法從下推上則須以另一手把持下端反之則把持上端推之數十次便改用第三種手法以雙手之指端向傷處慢慢拏之便可如非傷在手足則無須用搖搓之法如傷在近骨較處則必須用搖法使其接較處受搖動之力透發骨中之瘀容易消散搓法是以雙掌夾持傷處運內力搓之使其舒流血脈

Le maître Luo, voyant cela, enseigna publiquement cette technique singulière dans la vingt-huitième année de la République (1939) afin de la répandre. Je venais alors de rentrer de Wuhan vers le sud et j’enseignais dans l’île ; comme certains camarades n’entendaient pas la langue nationale, c’est moi qui servais le plus souvent d’interprète à chaque leçon. Les méthodes s’y divisent sommairement en cinq procédés principaux : pousser (tui, 推), saisir (na, 拏), pétrir (rou, 揉), secouer (yao, 搖) et frotter (cuo, 搓).

Quand la blessure a une grande surface, on presse légèrement de la paume, tandis que l’autre main tient le bord supérieur de la région blessée pour qu’elle ne bouge pas ; puis on pétrit de la paume, à gauche et à droite, en prenant bien soin de ne pas décoller la paume de la zone blessée, de crainte d’écorcher la peau et la chair. Si la blessure est petite, il suffit de presser avec le pouce posé à plat : voilà le premier pas, le procédé du pétrissage. Au deuxième pas, on emploie la poussée : de bas en haut, l’autre main tenant le bord inférieur — et inversement, tenant le bord supérieur. Après quelques dizaines de poussées, on passe au troisième procédé : on saisit lentement la région blessée du bout des doigts des deux mains.

Si la blessure ne siège pas aux membres, il n’est pas besoin des procédés de secousse et de frottement ; si elle est proche des os ou d’une jointure, la secousse est indispensable, afin que la jointure reçoive la vibration et que le sang stagnant dans l’os se disperse plus aisément. Le frottement consiste à serrer la région blessée entre les deux paumes et à la frotter en y portant la force interne, pour dégager et rétablir la circulation.

羅師言此是上古之法當時醫藥之學未如今日之高明北方之人至現在仍不乏用此法治療各種病症該手術擅治偏正頭風筋骨扭傷跌打後患等症

Le maître Luo disait que c’est là une méthode des hautes antiquités, d’un temps où la science médicale n’était pas aussi avancée qu’aujourd’hui ; les gens du Nord, jusqu’à maintenant, ne manquent pas d’y recourir pour soigner toutes sortes de maux. Cette technique excelle à traiter les maux de tête, les entorses des muscles et des os, et les séquelles des coups et des chutes.

Chapitre vingt et un 經驗實效跌打藥方 — Formules éprouvées pour les traumatismes

『復元活血湯』專治跌打瘀血積滯胸隘脹悶通脈定痛

« Décoction qui restaure l’origine et vivifie le sang » : elle traite spécialement, après un coup ou une chute, le sang stagnant accumulé, l’oppression et la distension de la poitrine ; elle dégage les vaisseaux et calme la douleur.

當歸尾二錢 柴胡二錢 山甲(炙)三錢 紅花二錢 括蔞仁三錢 川樸(後下)二錢 沒藥二錢 莪木二錢 乳香二錢 茛羗二錢 蘇木二錢 九製燃銅三錢 米酒半碗 水二碗 煎至一碗之八分服

Queue d’angélique de Chine (當歸尾) 2 qian ; buplèvre (柴胡) 2 ; écailles de pangolin grillées (山甲) 3 ; carthame (紅花) 2 ; graines de trichosanthe (括蔞仁) 3 ; écorce de magnolia, ajoutée en fin de cuisson (川樸) 2 ; myrrhe (沒藥) 2 ; curcuma (莪木) 2 ; oliban (乳香) 2 ; qiang huo (茛羗) 2 ; sapan (蘇木) 2 ; cuivre préparé neuf fois (九製燃銅) 3 ; un demi-bol de vin de riz et deux bols d’eau ; faire réduire jusqu’aux huit dixièmes d’un bol et prendre.

『加味八珍湯』專治流血過多暈眩體虛受驚過度之症

« Décoction des huit trésors additionnée » : elle traite spécialement l’hémorragie abondante, les vertiges, la faiblesse du corps et la frayeur excessive.

川芎二錢 當歸二錢半 白芍二錢半 生地二錢半 防黨二錢半 貢朮二錢半 雲苓(殊砂伴)二錢半 炙草二錢 龍牙(先煎)五錢 沒藥二錢半 正牛膽星二錢 粒乳香二錢 淸水三碗煎服 加米酒半杯沖

Ligusticum (川芎) 2 qian ; angélique de Chine (當歸) 2,5 ; pivoine blanche (白芍) 2,5 ; rehmannia cru (生地) 2,5 ; codonopsis (防黨) 2,5 ; atractyle (貢朮) 2,5 ; poria (雲苓), mêlée de cinabre, 2,5 ; réglisse grillée (炙草) 2 ; dent de dragon, mise à cuire la première (龍牙) 5 ; myrrhe (沒藥) 2,5 ; arisaema à fiel de bœuf (正牛膽星) 2 ; oliban en grains (粒乳香) 2 ; trois bols d’eau claire ; faire bouillir et prendre, en délayant un demi-verre de vin de riz.

打傷各部藥引

Adjuvants selon la partie blessée :

『頭部』加白芷 川芎 京子 黃麻各二錢

Pour la tête : angélique dahurique (白芷), ligusticum (川芎), jingzi (京子), jute (黃麻) — 2 qian chacun.

『中部』加枳殼 桔梗 羗蠶 元胡 乙金各二錢

Pour le milieu du corps : écorce d’orange amère (枳殼), campanule (桔梗), ver à soie médicinal (羗蠶), écorce de pavot (元胡), curcuma (乙金) — 2 qian chacun.

『下部』加大王 枳實 牛七各二錢

Pour le bas du corps : dawang (大王), citron séché (枳實), achyranthe (牛七) — 2 qian chacun.

『傷中氣』用川樸 香付 木香

Pour une atteinte au souffle médian : écorce de magnolia (川樸), souchet (香付), costus (木香).

『手部』用桔梗 桂枝

Pour la main : campanule (桔梗), brindille de cannelle (桂枝).

『腰部』用杜仲

Pour les reins : eucommia (杜仲).

『足部』用木瓜 牛七

Pour le pied : coing de Chine (木瓜), achyranthe (牛七).

『傷在上部用方』澤蘭 乙金 紅花 製川烏 桂枝 法夏 枝子 五加皮 碎補 千年健 羗活各二錢煎服

Formule pour une blessure de la partie supérieure : eupatoire (澤蘭), curcuma (乙金), carthame (紅花), aconit du Sichuan préparé (製川烏), brindille de cannelle (桂枝), pinellia préparé (法夏), gardénia (枝子), acanthopanax (五加皮), drynaria (碎補), homalomena (千年健), angélique (羗活) — 2 qian chacun ; faire bouillir et prendre.

『傷在中部用方』元胡 乙金 莪朮 靈芝 枝子 桃仁 羗活 當歸 靈仙 紅花 各弍錢 煎服

Formule pour une blessure du milieu : écorce de pavot (元胡), curcuma (乙金), curcuma zedoaire (莪朮), polypore (靈芝), gardénia (枝子), noyaux de pêche (桃仁), angélique (羗活), angélique de Chine (當歸), clématite (靈仙), carthame (紅花) — 2 qian chacun ; faire bouillir et prendre.

『傷在下部用方』木通 枳殼 牛七 生地 歸尾 羗活 紅花 莪朮 各弍錢 煎服

Formule pour une blessure de la partie inférieure : akébie (木通), écorce d’orange amère (枳殼), achyranthe (牛七), rehmannia cru (生地), queue d’angélique (歸尾), angélique (羗活), carthame (紅花), curcuma zedoaire (莪朮) — 2 qian chacun ; faire bouillir et prendre.

『跌打難治之症』傷頂破骨難治 傷眼尾左右太陽穴血流不止難治 傷兩耳大筋流血不止難治 傷脊髓第接骨斷難治 傷乳上胸骨手肉自收者難治 傷大小便直流不治 傷後失笑不治 跌傷顚狂不治 跌傷眼開不合不治

Blessures difficiles à traiter : plaie du sommet du crâne avec os brisé — mal curable ; plaie au coin des yeux ou aux tempes avec sang qui ne s’arrête point — mal curable ; plaie aux grands tendons des deux oreilles avec sang qui ne s’arrête point — mal curable ; plaie de la moelle de l’épine avec vertèbre brisée — mal curable ; plaie de la poitrine au-dessus des seins, la chair se rétractant d’elle-même — mal curable ; après la blessure, urines et selles qui s’écoulent sans retenue — incurable ; après la blessure, accès de rire involontaire — incurable ; après la chute, folie furieuse — incurable ; après la chute, les yeux ouverts qui ne peuvent se refermer — incurable.

增錄少林真傳卷四之實驗藥方

Formules éprouvées ajoutées dans cette édition, tirées du volume quatre des Authentiques transmissions de Shaolin :

「辛香散洗」

« Poudre aromatique piquante pour lotion » :

防風十錢 劉寄奴二両 柏葉一錢 朋礬五錢 蒼耳子一錢 澤蘭一錢 銀花一錢 苦參五錢 乳香五錢 荊芥穗十両 白芷一錢 當歸一錢 棓子五錢 獨活五錢 細茶一錢

Saposhnikovia (防風) 10 qian ; armoise de Liu Jinu (劉寄奴) 2 liang ; feuilles de thuya (柏葉) 1 ; alun (朋礬) 5 ; cocklebur (蒼耳子) 1 ; eupatoire (澤蘭) 1 ; chèvrefeuille (銀花) 1 ; sophora (苦參) 5 ; oliban (乳香) 5 ; épis de schizonepeta (荊芥穗) 10 liang ; angélique dahurique (白芷) 1 ; angélique de Chine (當歸) 1 ; noix de galle (棓子) 5 ; angélique pubescente (獨活) 5 ; thé fin (細茶) 1.

「寬筋散洗」

« Poudre qui détend les tendons pour lotion » :

當歸三錢 桂枝二錢 伸筋草二錢 艾葉三錢 劉寄奴二錢 生葱十枝 沒藥一錢 川斷二錢 五加皮三錢 紅花錢半 制閙楊花二錢 乳香一錢 紫稍花二錢 香附二錢 樟木二両

Angélique de Chine (當歸) 3 qian ; brindille de cannelle (桂枝) 2 ; lycopode (伸筋草) 2 ; feuilles d’armoise (艾葉) 3 ; armoise de Liu Jinu (劉寄奴) 2 ; ciboule crue (生葱) 10 tiges ; myrrhe (沒藥) 1 ; dipsacus (川斷) 2 ; acanthopanax (五加皮) 3 ; carthame (紅花) 1,5 ; fleur de naoyang préparée (制閙楊花) 2 ; oliban (乳香) 1 ; fleur de zishao (紫稍花) 2 ; souchet (香附) 2 ; bois de camphrier (樟木) 2 liang.

流水不腐
戶樞不蠹
以其常動故也

L’eau qui court ne croupit point ; le gond d’une porte ne se ronge point — parce
qu’ils sont toujours en mouvement.


Notes du traducteur

  1. L’auteur et sa lignée. Huang Hanxun (黃漢勛, 1915-1974), de Shunde au Guangdong, dit Jingtao (靖濤), fut l’élève de Luo Guangyu (羅光玉) de Penglai, lui-même élève de Fan Xudong (范旭東) de Yantai. La généalogie donnée au chapitre trois fait de Wang Lang le fondateur, puis du taoïste Shengxiao le deuxième maître, de Li Sanjian le troisième, de Wang Rongsheng le quatrième, de Fan Xudong le cinquième, de Luo Guangyu le sixième et de l’auteur le septième : « trois cents ans » de transmission. Les datations de cette chaîne sont légendaires et varient selon les écoles ; elles sont ici traduites telles que l’auteur les expose.
  2. Le texte et sa ponctuation. Le livre de 1946 est imprimé sans ponctuation et avec de nombreuses variantes graphiques (囘 pour 回, 搥 pour 捶, 揷 pour 插, 祗 pour 只, 畧 pour 略, etc.). La traduction rétablit la ponctuation et coupe les longs paragraphes ; les caractères sont en revanche reproduits tels quels dans les citations chinoises.
  3. Terminologie. Les « sept longs » (七長) et les « huit courts » (八短) sont les deux familles de techniques de la mante : les premières portent au loin (coups de poing et de pied, frappes de paume), les secondes travaillent de près (crochets, saisies, coudes, épaules). Le jin (勁) est la force interne conduite par l’intention, distincte de la force musculaire brute (li, 力). Le mot 打 (da) désigne ici la frappe considérée comme un ensemble de mouvements, non comme un simple coup.
  4. Les dix-huit écoles. La liste du chapitre neuf est celle que l’on retrouve, avec des variantes, dans plusieurs textes de la mante ; elle sert à établir que l’école assemble les méthodes de dix-huit maîtres, comme le rappelle la préface de Feng Baoyi. Le chapitre trois parle, lui, de « dix-sept autres écoles », parce que la mante de Wang Lang en formait la dix-huitième.
  5. Lacunes de l’original. Dans le chapitre dix, les frappes du recul (倒退打) et de l’eau courante (流水打) sont annoncées sans recevoir aucun développement : la lacune est dans le livre, et elle est signalée à sa place.
  6. Les formules médicinales. Les doses sont celles de l’original : 1 qian (錢) vaut environ 3,7 g et 1 liang (両) environ 37 g. Les noms de drogues sont donnés en pinyin et en caractères, avec la correspondance française lorsqu’elle est sûre ; certaines graphies de l’édition de 1946 (茛羗, 朋礬, 燃銅, 莪木 pour 莪朮) sont fautives ou locales et ont été rendues d’après le sens pharmacologique admis. Ces prescriptions sont reproduites comme document historique : elles ne constituent pas un avis médical, et plusieurs des drogues citées (aconit, arisaema, pinellia, vératre, euphorbe) sont toxiques à l’état cru.
  7. Les images. Les sept planches reproduites ici — la calligraphie du titre par Weng Shihuang, le portrait de Luo Guangyu, les photographies du maître avec ses fils et avec l’auteur, les deux photographies de l’auteur au bâton à trois sections, et l’inscription « Honneur à la mante » offerte par les instituts de la mante — sont les pages illustrées de l’édition originale de 1946, telles qu’elles figurent dans l’article de Paul Brennan. Ce sont des documents du texte chinois d’origine, non des créations graphiques modernes.

Source du texte chinois : 《螳螂拳術闡秘》 (« Les Secrets de l’art de la boxe de la mante »), compilé et rédigé par Huang Hanxun (黃漢勛, 1915-1974) de Shunde, dit Jingtao, calligraphie du titre par Weng Shihuang (翁世晃), publié à Hong Kong en juin 1946. Texte relevé dans l’article « Secrets of the Mantis Boxing Art » de Paul Brennan (https://brennantranslation.wordpress.com/2020/08/31/secrets-of-the-mantis-boxing-art/), dont la traduction anglaise n’a pas été utilisée. Les sept images reproduites ici sont les planches de l’édition chinoise d’origine, donc dans le domaine public. Traduction française : nouvelle traduction réalisée à partir de l’original chinois pour ce site.