Le Quanyi shu zhen (拳意述真, « Explications authentiques des concepts des arts martiaux ») est l’ouvrage que Sun Lutang (孫祿堂, de son nom Sun Fuquan 孫福全, 1860-1933) fit paraître en mars 1924. Maître des trois systèmes internes — xingyi, bagua et taiji —, Sun y recueille de mémoire les paroles des anciens qu’il a fréquentés et qu’il craignait de voir se perdre. Le chapitre quatre, consacré à la boxe xingyi, s’ouvre sur le long enseignement de son maître Guo Yunshen (郭雲深, 1820-1900), élève de Li Nengran et l’un des grands noms de l’école. En quatorze entretiens, Guo déploie la théorie des trois étages de principe, des trois étapes de travail et des trois méthodes de pratique, puis les applications au combat, avant de conclure par le procédé des « Neuf Palais volants » (飛九宮), dont les deux planches originales du livre sont reproduites ci-dessous. Le texte chinois de 1924 est dans le domaine public ; la traduction française est nouvelle et établie directement à partir du chinois.
Chapitre quatre — Boxe Xingyi (第四章形意拳)
Guo Yunshen dit… — Première partie (一則)
郭雲深先生云。形意拳術。有三層道理有。三步工夫。有三種練法。
Maître Guo Yunshen dit : l’art de la boxe xingyi comporte trois niveaux de principe, trois étapes de travail et trois méthodes de pratique.
Les trois niveaux de principe (三層道理)
一練精化氣。二練氣化神。三練神還虛。練之以變化人之氣質復其本然之真也
Premièrement, entraîner l’essence pour la transformer en qi ; deuxièmement, entraîner le qi pour le transformer en esprit ; troisièmement, entraîner l’esprit pour revenir au vide. On pratique afin de transformer le tempérament de l’homme et de lui faire recouvrer la vérité de sa nature originelle.
Les trois étapes de travail (三步工夫)
一易骨。練之以築其基。以壯其體。骨體堅如鐵石。而形式氣質。威嚴狀似泰山。
Premièrement, transformer les os : on pratique pour en bâtir la fondation et fortifier le corps. Les os deviennent durs comme le fer et la pierre, et la forme et le tempérament prennent la majesté du mont Tai.
一易筋。練之以騰其膜。以長其筋。俗云筋長力大其勁縱橫聯絡。生長而無窮也。
Deuxièmement, transformer les tendons : on pratique pour faire se soulever les membranes et allonger les tendons. Comme on dit, tendons allongés, force accrue ; cette force interne (jin) se relie en tous sens et se développe sans fin.
三洗髓。練之以清虛其內。以輕鬆其體。內中清虛之象神氣運用。圓活無滯。身體動轉。其輕如羽。(拳經云。三回九轉是一式。即此意義也。)
Troisièmement, laver la moelle : on pratique pour clarifier l’intérieur et alléger le corps. L’intérieur étant vide et clair, l’esprit et le souffle se meuvent avec une rondeur vivante, sans stagnation ; le corps tourne et se meut, léger comme une plume. (Le Classique de la boxe dit : « trois allers, neuf retours forment une seule figure » — c’est bien là ce sens.)
Les trois méthodes de pratique (三種練法)
一明勁。練之總以規矩不可易。身體動轉要和順而不可乖戾。手足起落要整齊。而不可散乱。拳經云。方者以正其中。即此意也。
Premièrement, la force apparente (ming jin, 明勁) : on la pratique en s’en tenant à une règle qui ne saurait changer. Les mouvements du corps doivent être harmonieux et non revêches ; le lever et le baisser des mains et des pieds doivent être réglés et non dispersés. Le Classique de la boxe dit : « le carré sert à redresser le dedans » — c’est ce sens.
二暗勁。練之神氣要舒展而不可拘。運用圓通活潑而不可滯。拳經云圓者以應其外。即此意也。
Deuxièmement, la force cachée (an jin, 暗勁) : en la pratiquant, l’esprit et le souffle doivent être déployés, non contractés ; l’application doit être ronde et vivante, non figée. Le Classique de la boxe dit : « le cercle sert à répondre à l’extérieur » — c’est ce sens.
三化勁。練之周身四肢動轉。起落進退皆不可着力。專以神意運用之。雖是神意運用。惟形式規矩仍如前二種不可改移。雖然周身動轉不着力。亦不能全不着力。總在神意之貫通耳。拳經云。三回九轉是一式。亦即此意義也。
Troisièmement, la force neutre (hua jin, 化勁) : en la pratiquant, les mouvements du corps entier et des quatre membres — lever et baisser, avancer et reculer — ne doivent pas employer de force, mais uniquement se laisser conduire par l’esprit et l’intention. Bien que ce soit l’esprit et l’intention qui conduisent, les formes et les règles demeurent celles des deux premières méthodes, sans s’y soustraire. Et si les mouvements du corps n’emploient pas de force, ils ne peuvent pas non plus l’écarter absolument : tout est dans la pénétration continue de l’esprit et de l’intention. Le Classique de la boxe dit : « trois allers, neuf retours forment une seule figure » — c’est encore ce sens.
A. La force apparente (一節 明勁)
明勁者。即拳之剛勁也。易骨者即煉精化氣易骨之道也。因人身中先天之氣與後天之氣不合。體質不堅。故發明其道。大凡人之初。生性無不。善體無不。健根無不固。純是先天。以後知識一開。靈竅一閉。先後不合。陰陽不交。皆是後天血氣用事。故血氣盛行。正氣衰弱。以致身體筋骨不能健壯。故昔達摩大師。傳下易筋洗髓二經。習之以強壯人之身體。還其人之初生。本來面目。後宋岳武穆王。擴充二經之義。作為三經。易骨。易筋。洗髓也。將三經又制成拳術。發明此經道理之用。拳經云。靜為本體。動為作用。與古之五禽。八段。練法有體而無用者不同矣。因拳術。有無窮之妙用。故先有易骨易筋洗髓。陰陽混成。剛柔悉化。無聲無臭。虛空靈通之全體。所以有其虛空靈通之全體。方有神化不測之妙用。故因此拳是內外一氣。動靜一源。體用一道。所以靜為本體。動為作用也。因人為一小天地。無不與天地之理相合。惟是天地之陰陽變化皆有更易。人之一身。旣與天地道理相合。身體虛弱。剛戾之氣。豈不能易乎。故更易之道。弱者易之強。柔者易之剛。悖者易之和。所以三經者。皆是變化人之氣質。以復其初也。易骨者。是拳中之明勁。練精化氣之道也。將人身中散亂之氣。收納於丹田之內。不偏不倚。和而不流。用九要之規模煆練。練至於六陽純全。剛健之至。即拳中上下相連。手足相顧。內外如一。至此拳中明勁之功盡。易骨之勁全。練精化氣之功亦畢矣。
La force apparente est la force dure de la boxe. Transformer les os, c’est suivre la voie qui transforme l’essence en qi et qui transforme les os. Parce que le qi inné et le qi acquis du corps humain ne s’accordent pas, et que la constitution n’est pas ferme, on expose ici cette voie. En règle générale, à la naissance l’homme possède une nature entièrement bonne, un corps entièrement sain, des racines entièrement solides : tout est inné. Mais dès que la connaissance s’ouvre et que les orifices de l’esprit se ferment, l’inné et l’acquis ne s’accordent plus, le yin et le yang ne s’unissent plus, et c’est le sang et le qi acquis qui gouvernent. Dès lors le sang et le qi prédominent, la juste énergie décline, et les tendons et les os du corps ne peuvent plus être vigoureux. C’est pourquoi le grand maître Bodhidharma (Damo) transmit jadis les deux canons de la Transformation des tendons (易筋經) et du Lavage de la moelle (洗髓經), qu’on pratique pour fortifier le corps et rendre à l’homme le visage originel de sa naissance. Plus tard, le roi Yue Wu Mu (Yue Fei) étendit la signification des deux canons pour en faire trois : transformer les os, transformer les tendons, laver la moelle. Il tira de ces trois canons l’art de la boxe, afin de montrer l’usage de ce principe. Le Classique de la boxe dit : « l’immobilité est le corps, le mouvement est la fonction » — ce qui diffère des anciennes méthodes de l’oiseau et de la grue et des Huit Pièces de brocart, qui possédaient la forme mais non la fonction. Car la boxe a des applications sans fin. C’est pourquoi il faut d’abord ces trois étapes — transformer les os, transformer les tendons, laver la moelle —, yin et yang mêlés, dur et souple entièrement fondus, sans bruit ni odeur, en un corps vide, creux et pénétrant. C’est parce qu’on a ce corps vide, creux et pénétrant qu’on peut avoir les applications insondables de la transformation spirituelle. Cette boxe est donc souffle interne et externe, immobilité et mouvement d’une seule source, corps et fonction d’une seule voie. L’immobilité est le corps, le mouvement est la fonction. L’homme étant un petit ciel et une petite terre, rien en lui ne va contre le principe du ciel et de la terre. Or les transformations du yin et du yang du ciel et de la terre sont toutes soumises au changement. Puisque le corps de l’homme s’accorde au principe du ciel et de la terre, comment le souffle faible et revêche du corps ne pourrait-il pas se transformer ? Aussi, selon la voie de la transformation : le faible se change en fort, le souple en dur, le contraire en harmonie. Ainsi ces trois étapes ne font que transformer le tempérament de l’homme pour le ramener à son origine. Transformer les os, c’est la force apparente de la boxe, la voie qui transforme l’essence en qi. On rassemble le souffle dispersé du corps au-dedans du dantian, ni incliné ni appuyé, harmonieux sans s’écouler au loin, et l’on forge selon les mesures des « Neuf Exigences », jusqu’à ce que les six yang soient purs et complets, en la plénitude de la vigueur — c’est-à-dire, dans la boxe, le haut et le bas liés, les mains et les pieds attentifs l’un à l’autre, l’intérieur et l’extérieur comme un seul. À ce point l’œuvre de la force apparente est achevée, la force de la transformation des os est entière, et l’œuvre de transformer l’essence en qi est accomplie.
B. La force cachée (二節 暗勁)
暗勁者。拳中之柔勁也柔勁與軟不同。軟中無力柔非無力也。卽練氣化神易筋之道也。先練明勁而後練暗勁即丹道小周天止火再用大周天功夫之意。明勁停手。即小周天之沐浴也。暗勁手足停而未停。即大周天四正之沐浴也拳中所用之勁。是將形氣神。神即意也合住。兩手往後用力拉回。(內中有縮力)其意如拔鋼絲兩手前後用勁。左手往前推。右手往回拉。或右手往前推。左手往回拉。其意如撕絲緜。又如兩手拉硬弓。要用力徐徐拉開之意。兩手或右手往外翻橫。左手往裏裹勁。或左手往外翻橫。右手往裏裹勁。如同練鼍形之兩手。或是練連環拳之包裹拳。拳經云。裹者如包裹之不露。兩手往前推勁。如同推有輪之重物。往前推不動之意。又似推動而不動之意。兩足用力。前足落地時。足根先着地。不可有聲。然後再滿足着地。所用之勁。如同手往前往下按物一般。後足用力蹬勁。如同邁大步過水溝之意。拳經云。脚打採意不落空。是前足。消息全憑後脚蹬。是後足。馬有蹟蹄之功。皆是言兩足之意也。兩足進退。明勁暗勁。兩段之步法相同。惟是明勁則有聲。暗勁則無聲耳。
La force cachée est la force souple de la boxe. La force souple diffère de la mollesse : dans la mollesse il n’y a pas de force, tandis que la souplesse n’est pas absence de force. C’est la voie qui transforme le qi en esprit et transforme les tendons. On pratique d’abord la force apparente, puis la force cachée — c’est le sens de la méthode alchimique de la petite circulation céleste (xiao zhou tian) qui éteint le feu, puis du travail de la grande circulation céleste. L’arrêt des mains dans la force apparente correspond au bain de la petite circulation céleste ; l’arrêt sans arrêt des mains et des pieds dans la force cachée correspond au bain des quatre orients de la grande circulation céleste. La force employée dans la boxe réunit la forme, le souffle et l’esprit — l’esprit, c’est-à-dire l’intention. Les deux mains tirent en arrière avec force (il y a en elles une force de contraction), l’intention comme si l’on arrachait un fil d’acier ; les deux mains travaillent l’une contre l’autre — la gauche pousse en avant tandis que la droite ramène en arrière, ou la droite pousse en avant tandis que la gauche ramène en arrière — avec l’intention de déchirer un tissu de soie, ou comme si les deux mains tendaient un arc puissant, qu’on ouvre peu à peu avec effort. Ou bien la main droite se tourne vers l’extérieur, en travers, pendant que la gauche enveloppe et enserre, ou la gauche se tourne vers l’extérieur pendant que la droite enveloppe : c’est comme les deux mains du mouvement du reptile, ou le poing qui enveloppe de la boxe “enchaînée”. Le Classique de la boxe dit : « qu’envelopper, c’est ne pas laisser apparaître, comme un paquet ». Les deux mains poussent en avant comme si elles poussaient un lourd véhicule sur des roues, l’intention de pousser sans que cela bouge, et pourtant de faire bouger ce qui semblait immobile. Pour les deux pieds : quand le pied avant touche le sol, c’est le talon qui atteint le sol d’abord, sans bruit, puis toute la plante se pose ; la force employée est comme celle de la main qui presse un objet en avant et en bas. Le pied arrière pousse en force, comme le sens d’un grand pas qui enjambe un fossé. Le Classique de la boxe dit : « le pied frappe en cueillant, l’intention ne retombe pas à vide » — c’est le pied avant ; « tout le secret vient du pied arrière qui pousse » — c’est le pied arrière. Le cheval a la vertu de frapper du sabot : tout cela parle de l’intention des deux pieds. Pour les deux pieds, qu’on avance ou qu’on recule, le pas de la force apparente et celui de la force cachée sont identiques — mais la force apparente fait du bruit, et la force cachée n’en fait point.
C. La force neutre (三節 化勁)
化勁者。即練神還虛。亦謂之洗髓之功夫也。是將暗勁練到至柔至順。謂之柔順之極處。暗勁之終也。丹經云陰陽混成。剛柔悉化。謂之丹熟。柔勁之終。是化勁之始也。所以再加向上工夫。用練神還虛。至形神俱杳。與道合真。以至於無聲無臭。謂之脱丹矣。拳經謂之拳無拳。意無意。無意之中。是真意。是謂之化勁。練神還虛。洗髓之工畢矣。化勁者。與練划勁不同。明勁暗勁。亦皆有划勁。划勁是兩手出入起落俱短。亦謂之短勁。如同手往着墻抓去。往下一划。手仍回在自己身上來。故謂之划勁。練化勁者。與前兩步工夫之形式無異。所用之勁不同耳。拳經云。三回九轉是一式。是此意也。三回者。練精化氣。練氣化神。練神還虛。即明勁暗勁化勁是也。三回者。明暗化勁是一式。九轉者。九轉純陽也。化至虛無。而還於純陽。是此理也。所練之時。將手足動作。順其前兩步之形式。皆不要用力。並非頑空不用力。周身內外。全用真意運用耳。手足動作。所用之力。有而若無。實而若虛。腹內之氣。所用亦不着意。亦非不着意。意在積蓄虛靈之神耳。呼吸似有似無。與丹道工夫。陽生至足。探取歸爐。封固停息。沐浴之時。呼吸相同。因此似有而無。皆是真息。是一神之妙用。也莊子云。真人之呼吸以踵。即是此意。非閉氣也。用工練去。不要間斷。練到至虛。身無其身。心無其心。方是形神俱妙。與道合真之境。此時能與太虛同體矣。以後練虛合道。能至寂然不動。感而遂通。無入而不自得。無往而不得其道。無可無不可也。拳經云。固靈根而動心者。武藝也。養靈根而靜心者。修道也。所以形意拳術。與丹道合而為一者也。
La force neutre, c’est entraîner l’esprit pour revenir au vide, ce qu’on appelle encore le travail du lavage de la moelle. C’est amener la force cachée jusqu’à la souplesse et à la docilité parfaites — l’extrême du souple et du docile, la fin de la force cachée. Le canon alchimique dit : « yin et yang mêlés, dur et souple entièrement fondus » — cela s’appelle l’élixir mûr. La fin de la force souple est le commencement de la force neutre. On poursuit donc encore le travail : entraîner l’esprit pour revenir au vide, jusqu’à ce que forme et esprit soient tous deux évanouis, et que l’on soit uni à la vérité de la Voie, jusqu’à être sans bruit et sans odeur — on appelle cela « se dégager de l’élixir ». Le Classique de la boxe l’appelle : « la boxe sans boxe, l’idée sans idée, et dans la non-idée réside l’idée vraie » — c’est cela la force neutre. Là, l’œuvre d’entraîner l’esprit pour revenir au vide et de laver la moelle est achevée. La force neutre diffère de la force qui gratte (hua jin, au sens de « racler ») : la force apparente et la force cachée possèdent aussi cette force qui gratte — aller et venir, se lever et s’abaisser, tout est bref, on l’appelle aussi la force brève, comme la main qui se saisit d’un mur, racle vers le bas, puis revient sur son propre corps. La force neutre, elle, ne diffère pas dans les formes des deux étapes précédentes ; seule diffère la force employée. Le Classique de la boxe dit : « trois allers, neuf retours forment une seule figure » — c’est ce sens. « Trois allers » : transformer l’essence en qi, le qi en esprit, l’esprit en vide — c’est-à-dire forces apparente, cachée et neutre : les trois sont une seule figure. « Neuf retours » : neuf retournements du yang pur ; on se change jusqu’au néant, puis l’on revient au yang pur. Telle est cette raison. En pratiquant, on fait mouvoir mains et pieds en suivant les formes des deux étapes précédentes, sans employer de force — non pas la force d’un vide têtu, mais tout l’intérieur et l’extérieur du corps conduits par la seule intention vraie. Dans les mouvements des mains et des pieds, la force employée est présente comme absente, pleine comme vide ; le qi du ventre, lui non plus, n’est pas visé, ni réellement invisé : l’intention est d’accumuler un esprit vide et subtil. La respiration est comme présente et comme absente, semblable au travail de l’alchimie : le yang s’éveille jusqu’à l’abondance, on le cueille et on le ramène au fourneau, on scelle et l’on suspend le souffle, au moment du bain la respiration est la même — de sorte qu’elle est présente comme absente : tout est un souffle vrai, l’usage subtil de l’unique esprit. Zhuangzi dit : « le véritable homme respire par les talons » — c’est ce sens, et non point retenir son souffle. On pratique assidûment sans interruption jusqu’au vide achevé : le corps n’a plus son corps, le cœur n’a plus son cœur, alors seulement forme et esprit sont tous deux merveilleux, dans l’état d’union à la vérité de la Voie. À ce moment-là, on peut être de même substance que le Grand Vide. Ensuite, en pratiquant le vide et en s’unissant à la Voie, on parvient au calme immobile où, dès qu’on est ému, on pénètre : dans aucune situation l’on n’est sans trouver la Voie. Le Classique de la boxe dit : « affermir la racine d’esprit et mouvoir le cœur, c’est l’art guerrier ; nourrir la racine d’esprit et apaiser le cœur, c’est la cultivation de la Voie. » Ainsi la boxe xingyi et la voie de l’élixir ne font qu’un.
Deuxième partie (二則)
形意拳。起點三體式。兩足要單重。不可雙重。單重者。非一足着地。一足懸起。不過前足可虛可實。着重在於後足耳。以後練各形式。亦有雙重之式。雖然是雙重之式。亦不離單重之重心。以至極高。極俯。極矮。極仰之形式。亦總不離三體式單重之中心。故三體式。為萬形之基礎也。三體式單重者。得其中和之起點。動作靈活。形式一氣。無有間斷耳。雙重三體式者。形式沉重力氣極大惟。是陰陽不分。乾坤不辨。奇偶不顯。剛柔不判。虛實不明。內開外合不清。進退起落動作不靈活。所以形意拳三體式。不得其單重之中和。先後天亦不交。剛多柔少。失却中和。道理亦不明。變化亦不通。自被血氣所拘。拙勁所捆。此皆是被三體式雙重之所拘也。若得着單重三體式中和之道理以後行之。無論單重雙重各形之式。無可無不可也
Dans la boxe xingyi, la posture de départ est la forme des trois corps (santishi). Les deux pieds doivent être en poids unique (單重), non en double poids (雙重). Poids unique ne veut pas dire un pied au sol et l’autre suspendu : simplement, le pied avant peut être vide ou plein, tandis que l’appui porte sur le pied arrière. Dans les formes que l’on pratique ensuite, il y a aussi des postures en double poids ; mais même en double poids, on ne s’écarte pas du centre de gravité du poids unique — et les postures les plus hautes, les plus penchées, les plus basses, les plus renversées n’abandonnent jamais le centre du poids unique de la forme des trois corps. Aussi la forme des trois corps est-elle la fondation de toutes les formes. La forme des trois corps en poids unique donne le point de départ de l’harmonie centrale : les mouvements sont agiles, les formes sont un seul souffle, sans rupture. La forme des trois corps en double poids, elle, est lourde et d’une force extrême, mais yin et yang n’y sont point départagés, ciel et terre (qian et kun) non distingués, impair et pair non manifestés, dur et souple non départagés, vide et plein non éclaircis, l’ouverture intérieure et la fermeture extérieure confuses ; avance et recul, se lever et s’abaisser ne sont pas agiles. C’est pourquoi, si la forme des trois corps de la boxe xingyi n’obtient pas l’harmonie centrale du poids unique, l’inné et l’acquis ne s’unissent pas, il y a trop de dur et pas assez de souple, l’harmonie centrale est perdue, le principe n’est pas éclairci, les transformations ne circulent pas ; on est prisonnier du sang et du qi, lié par la force brute. Tout cela vient de l’entrave qu’est le double poids de la forme des trois corps. Si l’on a saisi le principe de l’harmonie centrale du poids unique, on peut ensuite pratiquer toutes les formes, en poids unique comme en double poids : rien n’est impossible.
Troisième partie (三則)
形意拳術之道。練之極易。亦極難。易者。是拳術之形式。至易。至簡。而不繁亂。其拳術之始終。動作運用。皆人之所不慮而知。不學而能者也。周身動作運用。亦皆平常之理。惟人之未學時。手足動作運用。無有規矩。而不能整齊。所教授者。不過將人之不慮而知。不學而能。平常所運用之形式。入於規矩之中。四肢動作。而不散亂者也。果練之有恆。而不間斷。可以至於至善矣。若到至善處。諸形之運用。無不合道矣。以他人觀之。有一動一靜。一言一默之運用。奧妙不測之神氣。然而自己並不知其善於拳術也因。動作運用皆。是平常之道理。無強人之所難。所以拳術練之極易也。中庸云。人莫不飲食也。鮮能知味也。難者是練者厭其拳之形式簡淡。而不良於觀。以致半途而廢者有之。或是練者惡其道理平常。而無有奇妙之法則。自己專好剛勁之氣。身外又務奇異之形。故終身練之而不能得着形意拳術中和之道也。因此好高務遠。看理偏僻。所以拳術之道理。得之甚難。中庸云。道不遠人。人之為道而遠人。即此意義也。
La Voie de la boxe xingyi est à la fois très facile et très difficile à pratiquer. Facile : les formes de la boxe sont très simples, très sobres, sans complication. Du commencement à la fin, les mouvements et leurs applications sont ce que chacun sait sans réfléchir et sait faire sans apprendre. Le mouvement du corps entier relève aussi du principe ordinaire. Simplement, avant d’avoir appris, les mouvements des mains et des pieds sont sans règle et manquent de réglage. Ce qu’on enseigne, ce n’est rien d’autre que ramener dans la règle les formes que chacun emploie naturellement, sans réfléchir et sans apprendre, afin que les quatre membres s’accordent sans se disperser. Si l’on pratique avec constance, sans relâche, on peut atteindre la perfection. Et arrivé à la perfection, les applications de toutes les formes ne s’écartent plus de la Voie. Aux yeux d’autrui, il y a là un mouvement et une immobilité, une parole et un silence pleins d’application, un esprit et un souffle d’une subtilité insondable — et pourtant on ne se sait même pas habile en boxe, car les mouvements et leurs applications ne sont que le principe ordinaire, sans rien qui force les gens vers le difficile : voilà pourquoi la boxe est très facile à pratiquer. Le Zhongyong dit : « personne ne manque de boire et de manger, mais peu savent en goûter la saveur. » Difficile : il y a celui qui se lasse de la simplicité des formes de la boxe, peu agréables à regarder, et abandonne en chemin ; il y a celui qui dédaigne un principe si ordinaire, sans règles merveilleuses, ne se plaît qu’au souffle dur et ne cherche que des formes étranges — aussi sa vie durant pratique-t-il sans jamais atteindre la Voie de l’harmonie centrale du xingyi. C’est aimer le haut et courir au loin, regarder le principe de travers : la Voie de la boxe est donc très difficile à obtenir. Le Zhongyong dit : « la Voie n’est pas loin de l’homme ; c’est l’homme qui, en cherchant la Voie, s’en éloigne » — c’est précisément ce sens.
Quatrième partie (四則)
形意拳術之道無他。神氣二者而已。丹道始終全丈呼吸。起初大小周天。以及還虛之功者。皆是呼吸之變化耳。拳術之道亦然。惟有煅煉形體。與筋骨之功。丹道是靜中求動。動極而復靜也。拳術是動中求靜。靜極而復動也。其初練之似異。以至還虛。則同。形意拳經云。固靈根而動心者。敵將也。養靈根而靜心者。修道也。所以形意拳之道。即丹道之學也。丹道有三易。煉精化氣。煉氣化神煉神還虛。拳術亦有三易。易骨。易筋。洗髓。三易即拳中。明勁。暗勁。化勁也。練至拳無拳。意無意。無意之中。是真意。亦與丹道。煉虛合道相合也。丹道有最初還虛之功。以至虛極靜篤之時。下元真陽發動。即速回光返照。凝神入氣穴。息息歸根。神氣未交之時。存神用息。緜緜若存。念茲在茲。此武火之謂也。至神氣已交。又當忘息。以致採取歸爐。封固。停息。沐浴。起火。進退升降歸根。俟動而復煉。煉至不動。為限數足滿。止火。謂之坎離交妒。此為小周天。以至大周天之工夫。無非自無而生有。由微而至著。由小而至大。由虛而積累。皆呼吸火候之變化。文武剛柔。隨時消息。此皆是順中用逆。逆中行順。用其無過不及中和之道也。此不過略言丹道之概耳。丹道與拳術並行不悖。故形意拳術。非粗率之武藝。余恐後來。練形意拳術之人。只用其後天血氣之力。不知有先天真陽之氣。故發明形意拳術之道。只此神氣二者而已。故此先言丹道之大概。後再論拳術之詳情。
La Voie de la boxe xingyi n’est autre que l’esprit et le souffle, ces deux choses. La voie de l’élixir, du commencement à la fin, ne fait que travailler la respiration : la petite et la grande circulation céleste, puis le retour au vide — tout n’est que transformation de la respiration. Il en va de même pour la Voie de la boxe, qui seule ajoute le travail de forger le corps et la chair, les tendons et les os. La voie de l’élixir cherche le mouvement dans l’immobilité : le mouvement poussé à l’extrême revient à l’immobilité. La boxe cherche l’immobilité dans le mouvement : l’immobilité poussée à l’extrême revient au mouvement. Au début, la pratique semble différer ; jusqu’au retour au vide, elle est identique. Le Classique de la boxe xingyi dit : « affermir la racine d’esprit et mouvoir le cœur, c’est l’art du général ; nourrir la racine d’esprit et apaiser le cœur, c’est la cultivation de la Voie. » La Voie de la boxe xingyi est donc la science de l’élixir. L’alchimie a trois changements : transformer l’essence en qi, transformer le qi en esprit, transformer l’esprit pour revenir au vide. La boxe a aussi trois changements : transformer les os, transformer les tendons, laver la moelle. Ces trois changements sont les trois forces de la boxe — apparente, cachée, neutre. Pratiquer jusqu’à « la boxe sans boxe, l’idée sans idée, et dans la non-idée réside l’idée vraie » s’accorde aussi à l’alchimie qui, en pratiquant le vide, s’unit à la Voie. L’alchimie a l’œuvre de retour initial au vide : quand on parvient au vide extrême et à l’immobilité pleine, le vrai yang du foyer inférieur s’éveille ; alors, aussitôt, renverser la lumière et la ramener, condenser l’esprit et l’entrer dans le champ de souffle, chaque souffle revenant à sa racine. Quand l’esprit et le souffle ne sont pas encore unis, on conserve l’esprit et l’on travaille la respiration, « si ténue qu’on la garde en la faisant semblant exister », l’objet présent à l’idée : c’est ce qu’on appelle le feu guerrier. Quand l’esprit et le souffle sont unis, on oublie alors la respiration, jusqu’à « cueillir et ramener au fourneau », sceller et fixer, suspendre le souffle, prendre le bain, allumer le feu, avancer et reculer, monter et descendre pour revenir à la racine, attendre le mouvement puis pratiquer de nouveau, jusqu’à l’immobilité, la mesure du temps étant accomplie : alors on éteint le feu — on appelle cela « Kan et Li s’embrasent » : c’est la petite circulation céleste. Puis le travail de la grande circulation céleste. Rien d’autre que faire naître l’être du néant, de l’imperceptible à l’évident, du petit au grand, du vide à l’accumulation — tout est transformation de la respiration et des degrés de feu : guerrier ou civil, dur ou souple, qui croissent et décroissent selon le moment. Tout cela, c’est, dans le sens, employer l’inverse, et dans l’inverse, marcher dans le sens — employer la Voie de l’harmonie centrale qui ne connaît ni excès ni manque. Ce sont là quelques mots généraux sur l’alchimie. L’alchimie et la boxe vont de front sans se contredire ; la boxe xingyi n’est donc point un art guerrier grossier. Je crains que les pratiquants à venir n’emploient que la force du sang et du souffle acquis, sans connaître le souffle du vrai yang inné. C’est pourquoi j’expose la Voie de la boxe xingyi : elle n’est que ces deux choses, l’esprit et le souffle. J’ai donc d’abord dit l’essentiel de l’alchimie, puis je traiterai des détails de la boxe.
Cinquième partie (五則)
郭雲深先生言。練形意拳術。有三層之呼吸。 第一層練拳術之呼吸。將舌捲回。頂住上腭。口似開非開。似合非合。呼吸任其自然。不可着意於呼吸。因手足動作合於規矩。是為調息之法則。亦即練精化氣之工夫也。 第二層練拳術之呼吸。口之開合。舌頂上腭。等規則照前。惟呼吸與前一層不同。前者手足動作。是調息之法則。此是息調也。前者口鼻之呼吸。不過借此以通乎內外也。此二層之呼吸。著意於丹田之內呼吸也。又名胎息。是為練氣化神之理也。 第三層練拳術之呼吸。與上兩層之意又不同。前一層是明勁。有形於外。二層是暗勁。有形於內。此呼吸雖有。而若無。勿忘勿助之意思。即是神化之妙用也。心中空空洞洞。不有不無。非有非無。是為無聲無臭。還虛之道也。此三種呼吸。為練拳術始終本末之次序。即一氣貫通之理。自有而化無之道也。
Maître Guo Yunshen dit : dans la pratique de la boxe xingyi, il y a trois niveaux de respiration. Au premier niveau, on enroule la langue en arrière, la pointe contre le palais supérieur ; la bouche semble ouverte sans l’être, fermée sans l’être ; la respiration est laissée à la nature, sans qu’on y prête attention, car ce sont les mouvements des mains et des pieds qui s’accordent à la règle : c’est la règle de la régulation du souffle, et c’est le travail qui transforme l’essence en qi. Au deuxième niveau, l’ouverture et la fermeture de la bouche, la langue contre le palais, toutes les règles sont les mêmes qu’avant ; seule la respiration diffère. Au niveau précédent, les mouvements des mains et des pieds étaient la règle de la régulation du souffle ; ici, c’est le souffle qui se règle lui-même. Auparavant, la respiration par la bouche et le nez ne faisait que communiquer l’intérieur et l’extérieur ; ce deuxième niveau, lui, s’attache à la respiration interne du dantian, qu’on appelle aussi la respiration fœtale : c’est le principe qui transforme le qi en esprit. Au troisième niveau, le sens diffère encore des deux précédents. Le premier niveau est la force apparente, qui a une forme à l’extérieur ; le deuxième est la force cachée, qui a une forme à l’intérieur. Ici, cette respiration existe mais comme tellement absente — l’idée de « ne pas l’oublier, ne pas l’aider » —, et c’est l’usage merveilleux de la transformation spirituelle. Le cœur intérieur est vide et creux : ni être ni non-être, ni l’un ni l’autre — c’est la Voie du retour au vide, sans bruit ni odeur. Ces trois respirations sont la séquence du commencement et de la fin, de la racine et de la cime, de la pratique de la boxe : elles sont le principe d’un seul souffle qui traverse tout, la Voie par laquelle l’être se change en non-être.
Sixième partie (六則)
人未練拳術之先。手足動作。順其後天自然之性。由壯而老以至于死。通家逆運先天。轉乾坤扭氣機。以求長生之術。拳術亦然。起點。從平常之自然之道逆轉。其機由靜而動。再由動而靜。成為三體式。其姿式。兩足要前虛後實。不俯不仰。不左斜。不右歪。心中要虛空。至靜無物。一毫之血氣。不能加於其內。要純任自然虛靈之本體。由着本體。而再萌動練去。是為拳中純任自然之真勁。亦謂人之本性。又謂之丹道最初還虛之理。亦謂之明善復初之道。其三體式中之靈妙。非有真傳不能知也。內中之意思。猶丹道之點玄關大學之言明德。孟子所謂養浩然之氣。又與河圖中五之一點。太極先天之氣。相合也。其姿式之中。非身體兩腿站均當中之中也。其中。是用規矩之法則。縮回身中散亂馳外之靈氣。返歸於內。正氣復初。血氣自然不加於其內。心中虛空。是之謂中。亦謂之道心。因此再動。丹書云。靜則為性。動則為意。妙用則為神。所以拳術再動。練去謂之先天之真意。則身體手足動作。即有形之物。謂之後天。以後天合着規矩法則。形容先天之真意。自最初還虛。以致末後還虛。循環無端之理。無聲無臭之德。此皆名為形意拳之道也。其拳術。最初積蓄之真意與氣。以致滿足。中立而不倚。和而不流。無形無相。此謂拳中之內勁也。內家拳術之名即此理也其拳中之內勁。最初練之。人不知其所以然之理。因其理最微妙。不能不詳言之。免後學入於崎途。初學入門。有三害。九要之規矩。三害莫犯。九要不失其理。八卦拳學詳之矣手足動作。合於規矩。不失三體式。之本體。謂之調息。練時口要似開非開。似合非合。純任自然。舌頂上腭。要鼻孔出氣。平常不練時。以至方練完收式時。口要閉不。可開。要時時令鼻孔出氣。説話。吃飯。喝茶時。可開口。除此之外。總要舌頂上腭。閉口。令鼻孔出氣。謹要。至於睡臥時。亦是如此。練至手足相合。起落進退如一。謂之息調。手足動作。要不合於規矩。上下不齊。進退步法錯亂。撁動呼吸之氣不均。出氣甚粗。以致胸間發悶。皆是起落進退。手足步法。不合規矩之故也。此謂之息不調。因息不調。拳法身體不能順也。拳中之內勁。是將人之散亂於外之神氣。用拳中之規矩。手足身體動作。順中用逆。縮回於丹田之內。與丹田之元氣相交。自無而有。自微而著。自虛而實。皆是漸漸積蓄而成。此謂拳之內勁也。丹書云。以凡人之呼吸。尋真人之呼處。莊子云真人呼吸以踵。亦是此意也。拳術調呼吸從後天陰氣所積。若致小腹堅硬如石。此乃後天之氣勉強積蓄而有也。總要呼吸純任自然。用真意之元神。引之於丹田。腹雖實而若虛。有而若無。老子云綿綿若存。又云虛其心。而靈性不昧。振道心。正氣常存。亦此意也。此理即拳中內勁之意義也
Avant d’avoir pratiqué la boxe, les mouvements des mains et des pieds suivent la nature acquise : de la vigueur au vieillissement, jusqu’à la mort. L’homme accompli renverse ce cours et fait circuler l’inné, tournant le ciel et la terre, tordant le mécanisme du souffle, pour chercher l’art de la longue vie. La boxe fait de même. Son point de départ se renverse à partir de la voie ordinaire de la nature : le mécanisme passe de l’immobilité au mouvement, puis du mouvement à l’immobilité, et devient la forme des trois corps. Dans cette posture, les deux pieds doivent être vides devant, pleins derrière ; on ne se penche ni en avant ni en arrière, on ne s’incline ni à gauche ni à droite. Dans le cœur, il faut le vide : l’immobilité parfaite, sans objet, pas un atome de sang et de souffle ne peut s’y ajouter ; il faut laisser entièrement agir la substance naturelle, vide et subtile. C’est à partir de cette substance que l’entraînement germe à nouveau : c’est la force vraie, purement naturelle, de la boxe — ce qu’on appelle aussi la nature humaine, ou encore le principe du retour initial au vide de la voie de l’élixir, ou la Voie qui éclaire le bon et revient à l’origine. La subtilité de la forme des trois corps ne peut être connue sans la transmission vraie. L’intention intérieure ressemble au point de l’alcôve obscure de la voie de l’élixir, à la « vertu lumineuse » qu’enseigne la Grande Étude, à ce que Mencius appelle « nourrir le souffle immense », et s’accorde au point central du Diagramme du Fleuve (Hetu), le souffle inné du faîte suprême (taiji). Dans cette posture, le milieu n’est pas d’avoir les deux jambes également plantées : ce milieu s’obtient par la règle. On ramène en soi le souffle subtil dispersé qui s’éparpille au-dehors, on le fait revenir à l’intérieur, la juste énergie revient à son origine et le sang et le souffle ne s’y ajoutent plus. L’intérieur étant vide, voilà ce qu’on appelle le milieu, voilà ce qu’on appelle le cœur de la Voie. C’est de là que l’on se meut. Le livre d’élixir dit : « immobile, c’est la nature ; mû, c’est l’intention ; le secret, c’est l’esprit. » Ainsi, dans la boxe, ce qui se meut et qu’on pratique s’appelle l’intention vraie innée ; le corps, les mains, les pieds qui se meuvent sont la forme visible, ce qu’on appelle l’acquis. Par l’acquis, on s’accorde à la règle pour exprimer l’intention vraie innée. Du retour initial au vide jusqu’au retour final au vide, le principe de la roue sans fin, la vertu sans bruit et sans odeur — voilà tout ce qu’on nomme la Voie de la boxe xingyi. Cette boxe, au début, accumule l’intention vraie et le souffle jusqu’à l’abondance : dressé sans s’appuyer, harmonieux sans s’écouler, sans forme et sans figure — c’est là ce qu’on appelle la force interne de la boxe (nei jin). C’est pour ce principe que l’on nomme les écoles internes. La force interne de la boxe, au début de la pratique, on n’en connaît pas la raison, tant le principe en est subtil ; il faut l’expliquer en détail, de crainte que les élèves ne s’engagent dans un sentier tortueux. Au seuil de l’apprentissage, il y a les règles des trois nuisances et des neuf exigences : ne point commettre les trois nuisances, ne point perdre la règle des neuf exigences — comme l’enseigne en détail la Science de la boxe des huit trigrammes. Quand les mouvements des mains et des pieds s’accordent à la règle et ne quittent pas la substance de la forme des trois corps, cela s’appelle réguler le souffle. En pratiquant, la bouche semble ouverte sans l’être, fermée sans l’être, toute naturelle, la langue contre le palais ; on doit respirer par le nez. Hors de la pratique, et jusque dans les gestes de conclusion, la bouche doit rester fermée, toujours respirer par le nez. En parlant, en mangeant, en buvant, on peut l’ouvrir ; en dehors de cela, il faut toujours la langue contre le palais, la bouche close, respirer par le nez. Soyez-y attentif : il en va de même jusque dans le sommeil. Quand on a pratiqué jusqu’à ce que les mains et les pieds s’accordent, se lever et s’abaisser, avancer et reculer comme un seul, cela s’appelle le souffle réglé. Mais si les mouvements des mains et des pieds ne s’accordent pas à la règle, si le haut et le bas ne sont pas égaux, si le rythme du pas est confus et trouble la respiration au point qu’elle devient inégale et très rude, jusqu’à gêner la poitrine, tout cela vient de ce que se lever et s’abaisser, avancer et reculer, les pas des mains et des pieds n’obéissent pas à la règle : c’est le souffle non réglé. Parce que le souffle est non réglé, la boxe et le corps ne peuvent être fluides. La force interne de la boxe consiste à prendre le souffle et l’esprit dispersés au-dehors et, par la règle de la boxe, par les mouvements des mains, des pieds et du corps, dans le sens à employer l’inverse, à les ramener au-dedans du dantian, où ils s’unissent au souffle originel : du néant vient l’être, du subtil l’évident, du vide le plein — tout se forge peu à peu par accumulation. Voilà la force interne de la boxe. Le livre d’élixir dit : « par la respiration des hommes ordinaires, cherche l’endroit où respire l’homme vrai. » Zhuangzi dit : « le véritable homme respire par les talons » — c’est ce sens. Régler sa respiration dans la boxe, en procédant par accumulation du souffle d’abord acquis, si l’on en vient à un bas-ventre dur comme la pierre, c’est là le souffle acquis accumulé de force. Il faut toujours une respiration purement naturelle, conduite à l’aide du véritable esprit de l’intention vraie jusqu’au dantian. Le ventre, bien que plein, est comme vide ; quoique ayant, comme n’ayant rien. Laozi dit : « si ténu, on le garde comme présent » ; et encore : « vide ton cœur, et l’esprit natif n’est plus obscurci ; éveille le cœur de la Voie, et la juste énergie demeure » — c’est encore ce sens. Voilà la signification de la force interne dans la boxe.
Septième partie (七則)
形意拳之用法。有三層。有有形有像之用。有有名有相無迹之用。有有聲有名無形之用。有無形無相無聲無臭之用。拳經云。起如鋼銼。起者去也。落如鈎竿。落者回也。未起如摘子。未落如墜子。起如箭。落如風。追風趕月不放鬆。起如風。落如箭。打倒還嫌慢。足打七分。手打三。五行四稍要合全。氣連心意隨時用。硬打硬進無遮攔。打人如走路。看人如嵩草。胆上如風響。起落似箭鑽。進步不勝。必有寒食之心。此是初步明勁。有形有相之用也。到暗勁之時。用法更妙。起似伏龍登天。落如霹雷擊地。起無形。落無踪。起意好似捲地風。起不起。何用再起落不落。何用再落。低之中望為高。高之中望為低。打起落如水之翻浪。不翻不躦。一寸為先。脚打七分手打三。五行四稍要合全。氣連心意隨時用。打破身式無遮攔。此是二步暗勁形迹有無之用也。拳無拳。意無意。無意之中。是真意。拳打三節不見形。如見形影不為能。隨時而發。一言一默。一舉一動。行止坐臥。以致飲食茶水之間。皆是用。或有人處。或無人處。無處不是用。所以無入而不自得。無往而不得其道。以致寂然不動。感而遂通也。此皆是化勁神化之用也。然而所用之虛實奇正。亦不可專有意。用於奇正虛實。虛者。並非專用虛於彼。己手在彼手之上。用勁拉回。落如鈎竿。謂之實。已手在彼手之下。亦用勁拉回。彼之手挨不着我的手。謂之虛。並非專有意於虛實。是在彼之形式感觸耳。奇正之理亦然。奇無不正。正無不奇。奇中有正。正中有奇。奇正之變。如循環之無端。所用不窮也。拳經云。拳去不空回。空回總不奇。是此意也。
Dans la boxe xingyi, il y a trois niveaux d’application : l’application qui a une forme et une image ; celle qui a un nom et une figure mais laisse aucune trace ; celle qui a une voix et un nom mais point de forme ; celle qui n’a ni forme ni figure, ni voix ni odeur. Le Classique de la boxe dit : « Se lever comme une lime d’acier — se lever, c’est aller ; s’abaisser comme une gaffe — s’abaisser, c’est revenir ; avant de se lever, comme qui cueille un fruit ; avant de s’abaisser, comme qui laisse tomber. Se lever comme une flèche, s’abaisser comme le vent. Poursuivre le vent, courir après la lune sans relâcher. Se lever comme le vent, s’abaisser comme une flèche, et l’on trouve encore qu’abattre est lent. Les pieds frappent à sept dixièmes, les mains à trois dixèmes. Les cinq éléments et les quatre extrémités doivent être complets et unis. Le souffle lié à l’idée et au cœur, utilisé selon l’instant. Frapper dur et avancer dur, sans obstacle ni voile. Frapper un homme comme on se promène. Voir un homme comme des herbes folles. Le courage qui surgit, comme le vent qui siffle. Se lever et s’abaisser comme des flèches qui percent. Si l’on avance et ne vaine pas, c’est qu’il y a un cœur refroidi [craintif]. » Voilà le premier niveau, la force apparente, qui a une forme et une image. Quand on en vient à la force cachée, l’application est plus merveilleuse encore : « Se lever comme un dragon tapi qui monte au ciel ; s’abaisser comme la foudre qui frappe la terre. Se lever sans forme, s’abaisser sans trace. Envoyer l’intention comme le vent qui roule sur le sol. Le lever qui ne se lève pas, à quoi bon se lever encore ? L’abaisser qui ne s’abaisse pas, à quoi bon s’abaisser encore ? Dans le bas, regarder vers le haut ; dans le haut, regarder vers le bas. Frappant le lever et l’abaisser comme des vagues qui se renversent — sans se renverser ni percer, le premier pouce d’avance est le principal. Les pieds frappent à sept dixièmes, les mains à trois dixèmes. Les cinq éléments et les quatre extrémités doivent être complets et unis. Le souffle lié à l’idée et au cœur, utilisé selon l’instant. Briser la posture du corps, sans obstacle ni voile. » Voilà le second niveau, la force cachée, dont la trace est entre l’être et le néant. « La boxe sans boxe, l’idée sans idée, et dans la non-idée réside l’idée vraie. Frappant des trois articulations sans montrer de forme — montrer la moindre silhouette, ce n’est point l’habileté. » Il s’émet selon l’instant : dans chaque parole et chaque silence, chaque geste et chaque mouvement, en marchant, en s’arrêtant, en s’asseyant, en dormant, jusque dans le boire et le manger, tout est application ; qu’il y ait quelqu’un ou personne, il n’est point d’endroit qui ne soit application. De sorte qu’aucune situation où l’on n’est pas satisfait de soi, aucun lieu où l’on n’obtienne la Voie, jusqu’à la quiétude immobile où, dès qu’on est ému, on pénètre : voilà l’application de la force neutre, la transformation spirituelle. Cependant, dans le vide et le plein, l’irrégulier et le régulier, on ne doit pas non plus y mettre une intention particulière. Le vide n’est pas d’appliquer le vide sur l’adversaire : quand ma main est au-dessus de la sienne et que je tire en arrière en force, m’abaissant comme une gaffe, cela s’appelle le plein ; quand ma main est au-dessous de la sienne et que je tire encore en force, si bien que sa main ne peut toucher la mienne, cela s’appelle le vide. Ce n’est pas qu’on vise le vide ou le plein : c’est selon le contact de la posture de l’adversaire. Il en va de même pour l’irrégulier et le régulier : l’irrégulier n’est pas sans le régulier, le régulier n’est pas sans l’irrégulier ; dans l’irrégulier est le régulier, dans le régulier est l’irrégulier, et leurs alternances sont comme une roue sans bout : leurs applications sont inépuisables. Le Classique de la boxe dit : « un poing partant ne doit pas revenir à vide, car revenir à vide n’est jamais l’irrégulier » — c’est ce sens.
Huitième partie (八則)
形意拳術。明勁是小學工夫。進退起落。左轉右旋。形式有間斷。故謂之小學。暗勁是大學之道。上下相連。手足相顧。內外如一。循環無端。形式無有間斷。故謂之大學。此喻是發明其拳所以然之理也。論語云。一以貫之。此拳亦是求一以貫之道也。陰陽混成。剛柔相合。內外如一謂之化勁。用神化去。至於無聲無臭之德也。孟子云。大而化之。之謂聖。聖而不可知之。之謂神。丹書云。形神具杳。乃與道合真之境。拳經云。拳無拳。意無意。無意之中。是真意。如此者。不見而章。不動而變。無為而成。寂然不動。感而遂通也。老子云。得其一而萬事畢人得其一謂之大拳中內外如一之勁用之於敵。當剛則剛。當柔則柔。飛騰變化。無入而不自得。亦無可無不可也。此之謂一以貫之。一之為用。雖然純熟。總是有一之形迹也。尚未到至妙處。因此要將一化去。化到至虛無之境。謂之至誠。至虛至空也。如此大而化之之謂聖。聖而不可知之之謂神之道理。得矣。
Dans la boxe xingyi, la force apparente est l’œuvre de la petite étude : en avançant et reculant, en se levant et s’abaissant, en tournant à gauche et à droite, les formes comportent des interruptions — on l’appelle donc petite étude. La force cachée est la Voie de la grande étude : « le haut et le bas se lient, les mains et les pieds veillent l’un sur l’autre, l’intérieur et l’extérieur sont comme un seul » ; la roue est sans bout, les formes sans interruption — on l’appelle donc grande étude. Ces images expliquent la raison intime de la boxe. Les Entretiens disent : « une seule idée traverse tout. » Cette boxe aussi cherche la Voie où une seule idée traverse tout. Yin et yang mêlés, dur et souple unis, intérieur et extérieur comme un seul : voilà la force neutre. En la laissant se transformer par l’esprit, on atteint la vertu sans bruit ni odeur. Mencius dit : « ce qui élargit et transforme, on l’appelle sage ; ce qui est sage et ne peut être connu, on l’appelle divin. » Le livre d’élixir dit : « forme et esprit tous deux évanouis : voilà l’état d’union à la vérité de la Voie. » Le Classique de la boxe dit : « la boxe sans boxe, l’idée sans idée, et dans la non-idée réside l’idée vraie. » En cet état : sans être vu, on marque ; sans se mouvoir, on change ; sans agir, on accomplit ; immobile et calme, dès qu’on est ému, on pénètre. Laozi dit : « obtenir l’Un, et toutes choses sont accomplies. Quand l’homme obtient l’Un, on l’appelle grand. » Dans la boxe, la force où « intérieur et extérieur sont comme un seul » appliquée à l’adversaire : quand il faut du dur, il y a le dur ; quand il faut du souple, le souple ; s’élever et se transformer, aucune situation où l’on n’est satisfait, rien d’impossible ni de non-admissible. Voilà ce qu’on appelle une seule idée qui traverse tout. Pour la fonction de l’Un, si accomplie qu’elle soit, il y a encore en elle la trace d’un « un » : elle n’est pas encore à l’extrême subtilité. Il faut donc dissoudre cet Un, le changer jusqu’à l’état du néant le plus vide — ce qu’on appelle la sincérité parfaite, le vide parfait. Ainsi réalise-t-on le principe : ce qui élargit et transforme s’appelle sage ; ce qui est sage et inconnaissable s’appelle divin.
Neuvième partie (九則)
拳術之道。要自己煅練身體。以却病延年。無大難法。若與人相較。則非易事。第一存心謹慎。要知己知彼。不可驕矜。驕矜必敗。若相識之人。久在一處。所練何拳。藝之深淺。彼此皆知。或喜用脚。或善用手。皆知其大概。誰勝誰負。尚不易言。若與不相識之人。初次見面。彼此不知所練何種拳術。所用何法。若一交手其藝淺者自立時相形見絀。若皆是明手。兩人相較。則頗不易言勝。所宜知者一覿面先察其人。精神是否虛靈氣。質是否雄厚。身軀是否活潑。再察其言論。或謙或矜。其所言與其人之神氣。形體動作。是否相符。觀此三者。彼之藝能。知其大概矣。及相較之時。或彼先動。或己先動。務要辨地勢之遠近。險隘廣狹死生。若二人相離極近。彼或發拳。或發足。皆能傷及吾身。則當如拳經云。眼要毒手要奸。奸即巧也脚踏中門雖裏躦。眼有監察之精。手有撥轉之能。足有行程之功。兩肘不離肋。兩手不離心。出洞入洞緊隨身。乘其無備而攻之。由其不意而出之。此是近地以速之意也。兩人相離之地遠。或三四步。或五六步不等。不可直上。恐彼以逸待勞。不等己發拳。而彼先發之矣。所以方動之時。不要將神氣顯露於外。似無意之情形。緩緩走至彼相近處。相機而用。彼動機方露。己即速撲上去。或掌或拳。隨左打左。隨右打右。彼之剛柔。己之進退。起落變化。總相機而行之。此謂遠地以緩也。己所立之地勢。有利不利。亦得因敵人而用之。不可拘着。程廷華先生亦云。與彼相較之時。看彼之剛柔。或力大。或奸巧。彼剛吾柔。彼柔吾剛。彼高吾低。彼低吾高。彼長吾短。彼短吾長。彼開吾合。彼合吾開。或吾忽開忽合。忽剛忽柔。忽上忽下。忽短忽長。忽來忽去。不可拘使成法。須相敵之情形。而行之。雖不能取勝于敵。亦不能驟然敗於敵也。總以謹慎為要。
La Voie de la boxe, c’est d’abord de forger son propre corps pour écarter les maladies et prolonger la vie : point là de grande méthode difficile. Mais se mesurer à autrui n’est pas une chose aisée. D’abord, garder un cœur prudent : il faut connaître soi et connaître l’autre, sans orgueil ni présomption, car la présomption apporte la défaite. Si l’on connaît bien quelqu’un pour avoir été longtemps ensemble, on sait quelle boxe il pratique et la profondeur de son art ; on sait l’un de l’autre à peu près s’il aime se servir des pieds ou excelle des mains — et qui vaincra, il est encore difficile de le dire. Avec un inconnu, à la première rencontre, chacun ignore la boxe de l’autre et la méthode qu’il emploie ; dès les premiers échanges, celui dont l’art est superficiel se montre aussitôt inférieur. Si tous deux sont des experts, c’est bien difficile à dire. Ce qu’il faut savoir : à première vue, examiner si son esprit est vide et subtil, si son énergie est abondante, si son corps est vif. Examiner ensuite son langage — modeste ou présomptueux — et voir si ce qu’il dit s’accorde avec son esprit et son souffle, sa forme et ses mouvements. Par ces trois observations, on sait à peu près ses talents. À l’instant du combat, que l’autre se meuve d’abord ou que je me meuve d’abord, il faut discerner la distance du terrain, sa dangerosité, son resserrement, sa largeur ou son étroitesse, ce qui fait vivre ou tuer. Si les deux hommes sont tout près l’un de l’autre, que l’autre envoie le poing ou le pied, il peut blesser mon corps. Alors, comme le dit le Classique de la boxe : « les yeux doivent être venimeux, les mains retorses — retors veut dire habile —, le pied foule la porte centrale et perce au-dedans ; les yeux ont la finesse d’inspection, les mains la capacité d’écarter et de retourner, les pieds l’œuvre de couvrir la distance ; les coudes ne quittent pas les côtes, les mains ne quittent pas le cœur ; sortant de la grotte et rentrant dans la grotte, tout suit le corps ; attaquer là où l’autre n’est pas préparé, sortir là où il ne s’y attend pas. » C’est le sens de la vitesse quand on est proche. Quand les deux hommes sont éloignés — de trois ou quatre pas, de cinq ou six, peu importe — on ne doit pas marcher droit dessus, de peur que l’autre, au repos, n’attende la fatigue ; et avant même que j’envoie le poing, il l’enverra le premier. C’est pourquoi, au moment d’agir, ne pas laisser paraître l’esprit et le souffle au dehors, comme sans intention : avancer lentement jusqu’à l’approcher, puis agir selon l’occasion. Dès que l’intention de l’autre se révèle, je me précipite aussitôt : palme ou poing, porter à gauche ce qui vient à gauche, à droite ce qui vient à droite ; selon le dur et le souple de l’autre, mon avancer et mon reculer, mes lever et m’abaisser — toujours agir selon l’occasion. C’est le sens de la lenteur quand on est à distance. Le terrain où je me tiens, favorable ou non, je dois aussi l’employer selon l’adversaire, sans m’y attacher. Maître Cheng Tinghua disait aussi : « En mesurant à l’autre, regarde son dur et son souple, sa grande force ou son habileté retorse. Il est dur, je suis souple ; il est souple, je suis dur ; il monte, je descends ; il descend, je monte ; il s’allonge, je me raccourcis ; il se raccourcit, je m’allonge ; il ouvre, je ferme ; il ferme, j’ouvre. Ou encore je m’ouvre et me ferme soudain, dur et souple soudain, dessus et dessous soudain, long et court soudain, venant et partant soudain — sans me limiter à des techniques fixées, je dois considérer la situation de l’adversaire et agir selon elle. Alors, même si je ne puis le vaincre, du moins ne puis-je être soudainement vaincu par lui. La prudence est toujours essentielle. »
Dixième partie (十則)
拳經云。上下相連。內外合一。俗云上下是頭足也。亦云手足也。按拳中道理言之。是上呼吸之氣。與下呼吸之氣相接也。此是上下相連。心腎相交也。內外合一者。是心中神意下照於海底。腹內靜極而動。海底之氣。微微自下而上。與神意相交。歸於丹田之中。運貫於周身。暢達於四肢。融融和和。如此方是上下相連。手足自然相顧。合內外而為一者也
Le Classique de la boxe dit : « le haut et le bas se lient, l’intérieur et l’extérieur sont unis. » Le vulgaire entend par haut et bas la tête et les pieds, ou encore les mains et les pieds. Selon le principe de la boxe, c’est le souffle respiré en haut et le souffle respiré en bas qui se rejoignent : voilà « le haut et le bas se lient », le cœur et les reins qui s’unissent. « L’intérieur et l’extérieur unis » : le cœur de l’intérieur laisse l’esprit et l’intention rayonner vers le fond de la mer (le périnée), et au-dedans du ventre, l’immobilité poussée à l’extrême s’émeut ; le souffle du fond de la mer remonte doucement de bas en haut, s’unit à l’esprit et à l’intention, et revient au centre du dantian ; de là il circule à travers tout le corps, s’épanche jusqu’aux quatre membres, chaud et harmonieux. C’est ainsi seulement que le haut et le bas se lient, que les mains et les pieds veillent naturellement l’un sur l’autre, et que l’intérieur et l’extérieur, unis, ne font qu’un.
Onzième partie (十一則)
練拳術不可固執不通。若專以求力。即被力所拘。專以求氣。即被氣所拘。若專以求沉重。即為沉重所捆墜。若專以求輕浮。神氣則被輕浮所散。所以然者。練之形式順者。自有力。內裏中和者。自生氣。神意歸於丹田者。身自然重如泰山。將神氣合一化成虛空者。自然身輕如羽。故此不可以專求。雖然求之有所得焉。亦是有若無實若虛。勿忘勿助。不勉而中。不思而得。從容中道而已
Pratiquer la boxe sans s’y cramponner. Si l’on ne cherche que la force, on est aussitôt prisonnier de la force ; que le souffle, prisonnier du souffle ; que le lourd, on est lié et précipité par le lourd ; que le léger et le flottant, l’ésprit et le souffle en sont dispersés. La raison : qui a des formes fluides a naturellement de la force ; qui a l’harmonie centrale intérieure fait naître naturellement le souffle ; qui ramène l’esprit et l’intention au dantian a naturellement le corps lourd comme le mont Tai ; qui unit et dissout l’esprit et le souffle dans le vide a naturellement le corps léger comme une plume. On ne doit donc point chercher une seule de ces qualités. Même si l’on obtient quelque chose, c’est encore comme avoir et n’avoir pas, comme plein et pourtant vide : ne pas oublier, ne pas aider, parvenir au juste sans effort, obtenir sans penser, et s’avancer avec aplomb dans la voie médiane — rien de plus.
Douzième partie (十二則)
形意拳術之橫拳。有先天之橫。有後天之橫。有一行之橫。先天之橫者。由靜而動。為無形之橫拳也。橫者中也。易云黃中通理。正位居體。即此意也。拳經云。起無形。起為橫。皆是也。此起字是內中之起。自虛無而生有。真意發萌之時。在拳中謂之橫。亦謂之起。此橫有名無形。為諸形之母也。萬物即含育於其中矣。其橫則為拳中之太極也。後天之橫者。是拳中外形手足。以動即名為橫也。此橫有名有式。無有橫之相也。因頭手足。肩肘胯膝名七拳外形七拳。以動即名為橫。亦為諸式之幹也。萬法亦皆生於其內也。
Le poing horizontal (heng quan) de la boxe xingyi a un heng inné, un heng acquis, et un heng propre à chaque ligne. Le heng inné va de l’immobilité au mouvement : c’est le poing horizontal sans forme. « Horizontal » veut dire le centre. Le Livre des Mutations dit : « la couleur jaune (le centre) pénètre et ordonne, et la position droite régit le corps » — c’est ce sens. Le Classique de la boxe dit : « se lever sans forme ; se lever, c’est le horizontal » — tout cela. Ce « se lever » est le lever intérieur : du néant naît l’être ; à l’instant où l’intention vraie germe, dans la boxe on l’appelle le horizontal, on l’appelle aussi le lever. Ce horizontal a un nom mais point de forme ; il est le mère de toutes les formes — les dix mille êtres sont contenus en lui. Ce horizontal est le taiji de la boxe. Le heng acquis, lui, est la forme extérieure des mains et des pieds de la boxe : dès qu’il y a mouvement, on l’appelle horizontal. Ce horizontal a un nom et une posture, mais nul aspect propre de travers : la tête, les mains, les pieds, les épaules, les coudes, les hanches et les genoux — les sept poings —, dès qu’ils se meuvent, cela s’appelle le horizontal, et il est la tige de toutes les postures : les dix mille méthodes naissent en lui.
Treizième partie (十三則)
形意拳術。頭層明勁。謂之練精化氣。為丹道中之武火也。第二層暗勁。謂之練氣化神。為丹道中之文火也。三層化勁。謂之練神還虛。為丹道中火候純也。火候純而內外一氣成矣。再練亦無勁。亦無火。謂之練虛合道。以致行止坐臥。一言一默。無往而不合其道也。拳經云。拳無拳。意無意。無意之中是真意。至此無聲無臭之德至矣。先人詩曰道本自然一氣遊。空空靜靜最難求。得來萬法皆無用。身形應當似水流。
Dans la boxe xingyi, le premier niveau, la force apparente, s’appelle « transformer l’essence en qi » — c’est le feu guerrier de la voie de l’élixir. Le deuxième niveau, la force cachée, s’appelle « transformer le qi en esprit » — c’est le feu civil de la voie de l’élixir. Le troisième niveau, la force neutre, s’appelle « entraîner l’esprit pour revenir au vide » — c’est la cuisson parfaite de la voie de l’élixir. La cuisson étant parfaite, le souffle intérieur et extérieur se fait un ; en pratiquant encore, il n’y a plus ni force ni feu — cela s’appelle « pratiquer le vide et s’unir à la Voie », si bien qu’en marchant, en s’arrêtant, en s’asseyant, en dormant, en chaque parole et chaque silence, rien qui ne s’accorde à la Voie. Le Classique de la boxe dit : « la boxe sans boxe, l’idée sans idée, et dans la non-idée réside l’idée vraie. » Là s’accomplit la vertu sans bruit ni odeur. Les anciens ont un poème : « La Voie est par nature un souffle unique qui voyage ; le vide et le calme sont les plus difficiles à obtenir. Quand on a saisi toutes les méthodes, elles ne servent plus : la forme du corps doit être comme l’eau qui s’écoule. »
Quatorzième partie (十四則)
拳意之道。大槪皆是河洛之理。以之取象命名。數理兼該。順其人之動作之自然。制成法則。而人身體力行之。古人云。天有八風。易有八卦。人有八脉。拳有八勢。是以拳術。有八卦之變化。八卦者。有圓之象焉。天有九天。星有九野。地有九泉。人有九竅九數。拳有九宮。故拳術有九宮之方位。九宮者。有方之義焉。古人以九府而作圜法。以九室而作明堂。以九區而作貢賦。以九軍而作陣法。以九竅九數。九數者即九節也頭為稍節心為中節丹田為根節手為稍節肘為中節肩為根節足為稍節膝為中節胯為根節三三共九節也而作拳術。無非用九。其理亦妙矣。河之圖。洛之書。皆出於天地自然之數。禹之範。大撓之歷。皆聖人得於天地之心法。余蒙老農先生。所授之九宮圖。其理亦出於此而運用之神妙。變化莫測此圖之道。夫婦之愚。可以與知與能。及其至也。雖聖人亦有所不知不能矣。其圖之形式。是飛九宮之道。一至九。
La Voie des concepts de la boxe repose en grande partie sur le principe du Diagramme du Fleuve (Hetu) et de l’Écrit de la Rivière Luo (Luoshu). On s’en sert pour prendre des images et donner des noms, pour embrasser nombre et principe, et l’on façonne des règles en suivant le naturel du mouvement humain, que le corps met en pratique. Les anciens disent : le ciel a les huit vents, le Livre des Mutations a les huit trigrammes, l’homme a les huit vaisseaux, la boxe a les huit postures. Ainsi la boxe a-t-elle les transformations des huit trigrammes, lesquels ont l’image du cercle. Le ciel a les neuf ciels, les astres ont les neuf champs, la terre a les neuf sources, l’homme a les neuf orifices et les neuf nombres, la boxe a les neuf palais (九宮). De là la boxe a ses directions des neuf palais, lesquels ont la signification du carré. Les anciens firent, selon neuf bureaux, la méthode du fouet ; selon neuf chambres, la salle de la lumière ; selon neuf districts, le tribut ; selon neuf armées, les formations de combat ; et selon les neuf orifices, les neuf nombres. Les neuf nombres sont les neuf articulations : la tête est l’articulation-sommet, le cœur l’articulation-médiane, le dantian l’articulation-racine ; la main est l’articulation-sommet, le coude l’articulation-médiane, l’épaule l’articulation-racine ; le pied est l’articulation-sommet, le genou l’articulation-médiane, la hanche l’articulation-racine ; trois fois trois, voilà neuf articulations. Dans la boxe, tout n’est qu’usage du neuf, et le principe en est merveilleux. Le Diagramme du Fleuve et l’Écrit de la Rivière Luo procèdent tous deux des nombres naturels du ciel et de la terre ; les neuf divisions de Yu et le calendrier de Da Nao sont les méthodes de cœur que les sages reçurent du ciel et de la terre. Le diagramme des neuf palars que j’ai reçu de Maître Vieux-Laboureur [Li Nengran] procède de là aussi ; l’usage en est subtil et merveilleux, et ses transformations ne se laissent pas sonder. En sa Voie, la femme et l’homme les plus simples peuvent en connaître et en faire un peu ; et à l’extrême, même le sage n’est pas sans ignorer et sans être capable d’aucune. La forme de ce diagramme est la Voie des neuf palais volants (飛九宮), de un à neuf.

九還一之理。
puis le principe du retour de neuf à un :

用竿九根布之。四正四根。四隅四根。當中一根。竿不拘粗細。起初練之。地方要寬大。竿相離要遠。大約或一丈之方形。或一丈有餘。或兩丈。不拘尺寸。練之已熟。漸漸而縮小。縮至兩竿相離之遠近。僅能容身穿行往來形如流水。旋轉自如。而不礙所立之竿。繞轉之形式。用十二形。或如鷂子入林翻身之巧。或如蛇撥草入穴之妙。或如猿猴蹤跳之靈活。各形之巧妙。無所不有也。此圖之效力。不會拳術者。按法走之可以消食。血脉流通。若練拳術而步法不活動者。走之可以能活動。練拳術身體發拘者。走之身體可以能靈通。練拳術心中固執者。走之可以能靈妙。無論男女老少。皆可行之。可以却病延年。強健身體。等等妙術。不可言宣。拳經云。打拳如走路。看人如蒿草。武藝都道無正經。任意變化是無窮。豈知吾得嬰兒玩。打法天下是真形。三回九轉是一式之理。亦皆在其中矣。此圖明數學者。能曉此圖之理。練八卦拳者。能通此圖之道也。此圖亦可作為遊戲運動。走練之時。舌頂上腭。不會練拳術者。行走之時兩手曲伸。可以隨便。要會拳術者。按自己所會之法則運動可也。無論如何運動。左旋右轉兩手身體。不能動着所立之竿為要。此圖不只運動身體已也。而劍術之法。亦含藏於其中矣。此九根竿之高矮。總要比人略高可以九個泥塾。或木塾。將竿插在內。可以移動練。用時可分布九宮。不練時可收在一處。若地基方便。不動亦可。若實在無有竿之時。磚石分布九宮亦可。若無磚石畫九個小圈。走之亦無不可。總而言之。總是有竿練之為最妙。此法走練。起初按一二三四五六七八九之路。反之九八七六五四三二一。此圖外四正四隅八根竿。比喻八卦。當中一根。又共比喻九個門。要練純熟。無論何門。亦可以起點。要之歸原。不能離開中門。即中五宮也走之按一至二。二至三。至九。返之九至八。八至七。叉還於一之數。此圖一圈一根竿也。一至九九返。一卽所行之路也。名為飛九宮也。亦名陰八卦也。河圖之理藏之於內。洛書之道形之於外也。所以拳術之道。體用具備。數理兼該。性命雙修。乾坤相交。合內外而為一者也。走練此圖之意。九竿如同九人。如一人之敵九左右旋轉。曲伸往來。飛躍變化。閃展騰挪。其中之法則。按着規矩。其中而〔中之〕妙用。亦得要自己悟會耳。其圖之道。亦合於乾坤二卦之理。六十四卦之式。皆含在其中矣。在人賢者。識其大者。不賢者識其小者。得之莫不有拳術奥妙之道焉。
On dispose neuf perches : quatre aux quatre orients, quatre aux quatre coins, et une au centre. Leur grosseur importe peu. Au début de la pratique, le terrain doit être vaste et les perches bien écartées — environ un carré de dix pieds, ou un peu plus, ou même vingt pieds, peu importe la mesure. Une fois la pratique connue, on resserre peu à peu, jusqu’à ce que l’espace entre deux perches ne laisse qu’à peine passer le corps qui circule, comme un courant d’eau, tournant librement sans heurter les perches plantées. Pour la forme des circuits, on emploie les douze formes [animaux] : tantôt l’habileté de l’épervier qui entre dans la forêt et se retourne, tantôt la finesse du serpent qui fend l’herbe et entre au terrier, tantôt la vivacité du singe qui bondit et saute — les subtilités de chaque forme, on y trouve tout. Les effets de ce diagramme : qui ne sait pas la boxe, en le parcourant selon la méthode, digère mieux ; le sang et les vaisseaux circulent. Qui pratique la boxe mais a des pas engourdis, en le pratiquant devient mobile. Qui pratique la boxe avec un corps crispé, en le pratiquant devient fluide et pénétrant. Qui pratique la boxe avec un cœur buté, en le pratiquant devient subtil et souple. Homme ou femme, vieux ou jeune, tous peuvent le faire. On peut écarter les maladies et prolonger la vie, fortifier le corps : tant de merveilles impossibles à dire. Le Classique de la boxe dit : « frapper un homme comme on se promène, voir un homme comme des herbes folles ; les arts guerriers, dit-on tous, sans rigueur, et leurs transformations sans fin ; sais-tu que j’ai le jeu du bébé, et que le combat est dans le monde la vraie forme. » Le principe de « trois allers, neuf retours forment une seule figure » est aussi tout entier là-dedans. Qui est versé dans les nombres peut saisir la raison de ce diagramme ; qui pratique la boxe des huit trigrammes peut pénétrer sa Voie. Ce diagramme peut aussi servir de jeu et d’exercice. En le parcourant, la langue contre le palais supérieur ; qui ne sait pas la boxe peut à son gré plier et étendre les deux bras en marchant ; qui la sait pratique selon les règles qu’il connaît. Quelle que soit la façon de se mouvoir, tournant à gauche, tournant à droite, les deux mains et le corps ne doivent pas heurter les perches plantées : voilà l’essentiel. Ce diagramme ne fait pas seulement mouvoir le corps : l’art de l’épée y est aussi caché. Ces neuf perches doivent être un peu plus hautes qu’un homme. On peut poser neuf socles d’argile ou de bois pour y planter les perches et les déplacer ; à l’usage, on dispose les neuf palais ; hors pratique, on les range en un seul endroit. Si le terrain s’y prête, qu’on les laisse en place. Si vraiment l’on n’a point de perches, on peut disposer briques et pierres en neuf palais ; sans briques ni pierres, tracer neuf petits cercles et les parcourir — rien d’impossible. Tout bien pesé, c’est avec des perches que l’on pratique le mieux. Pour ce parcours, on commence par suivre la voie un-deux-trois-quatre-cinq- six-sept-huit-neuf, puis en sens inverse neuf-huit-sept-six-cinq-quatre-trois- deux-un. Dans ce diagramme, les huit perches extérieures (quatre orients, quatre coins) représentent les huit trigrammes ; la perche centrale, avec elles, représente les neuf portes. Quand on a pratiqué jusqu’à la maîtrise, on peut partir de n’importe laquelle des portes ; mais pour revenir à l’origine, on ne peut quitter la porte centrale — c’est-à-dire le palais central du cinq. En marchant, on va de un à deux, de deux à trois, jusqu’à neuf, et en retour de neuf à huit, de huit à sept, et l’on revient finalement au nombre un. Ce diagramme est une enceinte et une perche ; de un à neuf et de neuf au retour, un est la voie parcourue. On nomme cela les neuf palais volants (飛九宮), encore appelés le bagua du féminin (陰八卦). Le principe du Diagramme du Fleuve (Hetu) est caché au-dedans, la Voie de l’Écrit de la Rivière Luo (Luoshu) se montre au-dehors. Ainsi la Voie de la boxe a-t-elle, corps et fonction, nombre et principe, la cultivation de la vie et de la nature, ciel et terre qui s’embrassent, et l’accord de l’intérieur et de l’extérieur comme un seul. En parcourant ce diagramme, les neuf perches sont comme neuf hommes : comme un seul homme combattant neuf, tournant à gauche et à droite, pliant et s’étendant, allant et venant, bondissant et changeant, esquivant et se déplaçant — les règles en sont selon la mesure, et la subtilité du centre, il faut la comprendre par soi-même. La Voie de ce diagramme s’accorde aussi au principe des deux hexagrammes Qian et Kun, et les figures des soixante-quatre hexagrammes y sont toutes contenues. En chacun, le sage discerne le grand, l’insensé le petit ; et quiconque l’obtient n’en retire pas moins la voie ésotérique de la boxe.
Notes du traducteur
- Sun Lutang (孫祿堂, 1860-1933) : maître des trois arts internes — xingyi, bagua et taiji —, il étudia le xingyi auprès de Li Kuiyuan (les héritiers de Li Nengran, dont Guo Yunshen), le bagua auprès de Cheng Tinghua, et le taiji auprès de Hao Weizhen. Son Quanyi shu zhen (1924) est un recueil des paroles de ses maîtres, destiné à en sauver la transmission. Le « Maître Vieux-Laboureur » (老農) dont il est question dans le quatorzième entretien désigne Li Nengran, premier maître de la lignée.
- Les trois forces : ming jin (明勁, force apparente), an jin (暗勁, force cachée) et hua jin (化勁, force neutre) sont les trois étages du développement du jin dans la tradition interne, ici mis en parallèle avec les trois transformations de l’alchimie taoïste (essence → souffle → esprit → vide).
- Ming jin / an jin / hua jin : le premier se voit et produit un effort, le second se sent mais ne laisse pas de trace, le troisième se change en esprit pur ; Guo y rattache le calme immobile et la réponse spontanée décrite par le Zhongyong et la conception chinoise du sage divin.
- Neuf palais volants (飛九宮) : méthode d’entraînement aux déplacements qui dispose neuf perches selon le carré magique du Luoshu. L’auteur la tient de son maître Li Nengran. Les deux planches reproduites ici sont les scans des pages originales du Quanyi shu zhen représentant ce diagramme.
Le texte chinois provient du chapitre quatre (« Boxe Xingyi », 第四章 形意拳) du Quanyi shu zhen (拳意述真, « Explications authentiques des concepts des arts martiaux ») de Sun Lutang (孫福全), publié en mars 1924, ouvrage du domaine public. Les deux planches reproduites sont des scans des pages originales du même ouvrage (diagrammes des Neuf Palais volants 飛九宮). La traduction française est nouvelle et établie directement à partir du texte chinois de l’édition originale. Le texte chinois original a été consulté sur la page de Paul Brennan : « The Voices of Sun Lutang’s Teachers ».