Le Longxing jian (龍形劍, « L’Épée en forme de dragon ») est un manuel complet d’escrime chinoise, rédigé par Jin Yiming (金一明, natif de Yangzhou) et publié par la librairie Xinya (新亞書店). Jin Yiming, écrivain martial prolifique, était alors responsable de l’instruction à l’Institut provincial des arts martiaux du Jiangsu (江蘇省國術館). La méthode de l’épée en forme de dragon y est présentée comme la spécialité du maître Yan Jiyun (嚴繼藴) de Yanzhou (Shandong), surnommé « Yan la Grande Lance », transmise à Tong Wenhua (童文華) ; c’est Jin Yiming qui en composa et en publia le manuel. L’ouvrage comprend quatre préfaces, un traité général sur l’escrime, une histoire des épées célèbres, l’explication des onze caractères de la méthode (劈撩斬抹掤托鈎挂提刺扎), puis les quarante-huit postures de l’enchaînement avec leurs applications au combat.

La présente traduction reproduit aussi l’iconographie de l’édition originale : les deux calligraphies qui ouvrent le volume, le schéma des parties de l’épée, et les quarante-huit planches qui illustrent les postures de l’enchaînement.

Le texte chinois, publié en 1931, est dans le domaine public.

Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.

Page de titre (書名頁)

龍形劍 金一明著 新亞書店印行

L’Épée en forme de dragon. Par Jin Yiming. Imprimé et publié par la librairie Xinya (新亞書店) [octobre 1932].

Calligraphies liminaires (題詞)

La page de titre du recueil est suivie de deux calligraphies, dont le texte sert de devise au livre.

Calligraphie liminaire de Qian Junshi : 夭矯如龍, « Souple et sinueux comme un dragon »

夭矯如龍 錢君試

Souple et sinueux comme un dragon. — calligraphie de Qian Junshi (錢君試).

Calligraphie liminaire de Jin Jiafu : 真傳衣缽, « Transmettre sans rien retenir le bol et le vêtement »

真傳衣缽 金佳福題

Transmettre sans rien retenir le bol et le vêtement. — calligraphie de Jin Jiafu (金佳福).

Préface de Wu Zhi (吳序)

我國劍學。古無專書。曩余好劍。求劍術。見考工記。言桃氏為劍身莖長諸制。士以等服之。及觀大戴槽劍銘曰。帶之以為服。動必行德。行德則興。倍德則崩慨然於古人佩劍有深意焉。然考其運用之法。多限於鈔存祕本。輾轉相譌。真意寖失。劍學之淪胥也久矣。金師一明。武術文章。為海內冠嵗庚午。任本館訓育。見童師文華以劍術授吾儕。金師更為講解法理。與其心得余感其循循善誘。引人入勝。深以師承得所為幸金師前著有練功秘訣。及武當拳術。六通短打諸書風行於世近復將童師之龍形劍。編成鉅製釐然秩然闡劍術之精微。定無餘藴。圗成行將付幸梓。命余為序。余不敢辭。竊以劍術。昔尚鈔傳。非盡人所能得也。是以未能普及。今吾師不憚煩勞。繪圗註解。舉以示人。其欲起我國病夫共進於武士道也。裨益豈淺鮮哉。使人手執一編。精研而習練之。功效之著。捷於影響。余於國人有厚望焉。 中華民國二十年春二月受業淮安吳治序於江蘇省國術館師範講習所

L’étude de l’épée n’a, dans notre pays, jamais eu d’ouvrage qui lui fût propre. Jadis, épris de l’épée, je cherchai les techniques de l’escrime et je consultai le Kaogong ji (考工記, « Mémoire des artisans ») : on y apprend que la famille Tao (桃氏) réglait la lame, la soie et les différentes longueurs, et que les officiers les portaient selon leur rang. Je lus aussi le Daidai liji (大戴禮記), où l’inscription de l’épée dit : « On la porte comme un vêtement ; en tout mouvement, on pratique la vertu. Qui pratique la vertu prospère ; qui la trahit s’effondre. » Je soupirai alors, comprenant quelle intention profonde les anciens mettaient dans le port de l’épée.

Mais si l’on examine les méthodes de maniement qui nous restent, elles sont surtout enfermées dans des copies secrètes, recopiées de main en main et déformées de transcription en transcription, leur sens véritable s’effaçant peu à peu : l’art de l’épée est tombé en déshérence depuis longtemps déjà. Maître Jin Yiming, dont les écrits sur les arts martiaux sont les meilleurs du pays, fut nommé en 1930 (année gengwu) à la section de l’instruction de notre institut : il y vit Maître Tong Wenhua enseigner l’escrime à nos camarades et se chargea lui-même d’en exposer les principes et ses propres acquisitions. Je fus touché de sa manière patiente et progressive de conduire l’élève jusqu’au seuil de l’intérêt, et je me réjouis d’avoir trouvé où recevoir l’enseignement. Maître Jin avait déjà publié Les secrets de l’entraînement (練功秘訣), Les techniques de boxe de Wudang (武當拳術) et Le combat court des six voies (六通短打), tous répandus dans le monde ; il vient en outre de réunir la méthode de l’Épée en forme de dragon de Maître Tong en un grand ouvrage, clair et ordonné, qui expose les subtilités de l’art de l’épée sans rien y laisser dans l’ombre. Les figures étant achevées et l’ouvrage sur le point d’être confié aux presses, il m’a demandé d’en écrire la préface ; je n’ai pas osé m’y refuser.

Je considère en effet que l’art de l’épée se transmettait jadis par copies manuscrites et n’était pas à la portée de tout le monde : il ne pouvait donc se répandre. Aujourd’hui, nos maîtres ne craignent pas la peine : ils dessinent, annotent et présentent la méthode à tous, dans l’intention de relever les hommes débiles de notre pays et de les faire avancer ensemble vers la voie du guerrier. Le bienfait en est-il mince ? Que chacun tienne un exemplaire en main, l’étudie à fond et le pratique : l’effet en sera éclatant, plus prompt que l’ombre et l’écho. J’ai de grands espoirs en mes compatriotes.

— Préfacé avec respect par votre élève Wu Zhi, de Huai’an, au centre de formation des instructeurs de l’Institut provincial des arts martiaux du Jiangsu, deuxième mois du printemps de la vingtième année de la République de Chine [1931].

Préface de Tong Wenhua (童序)

余幼時身體孱弱。垂髫入塾日出而興。抱書而往。三家村裏。日落歸來。猢猻四散。輒有好勝逞强者。以侮辱弱小之輩為能事。余受其拳足蹂躙。更不知凡幾矣。雖忍辱負痛。終不肯汪然涕泣。是亦天性使然。然不甘屈伏之心。恒思設法以挫折之惜乎多數兒童。不敢與强有刀者相抗衡。又誰為余之臂助。以作不平之鳴哉。及稍長。見村中有江湖賣技者。來使拳弄棒。觀者如堵。掌聲如雷。心焉羡之。詢之先君。先君曰。拳棒一道。用以强身。兼可避免他人之欺侮者也。余聞之。喜極欲狂。始知天壤間尚有拳棒之一種技術。能為體弱者揚眉吐氣。吾願習焉。然鄉村之中。素鮮名師。不得已。先從事於舉石担摔石鎻等粗笨之行功。雖體軀不見其强。而筋肉自知有勁。及冠。至金陵。由顧汝章師兄介紹。得列嚴師繼藴門牆。先習拳而後習刀。刀既熟而後習槍。槍亦熟而後習劍。龍形劍法。師所傳也。十九年秋。金先生一明就任江蘇省國術館訓育處職。與余朝夕相處。獲益良多先生於國術法理。知之頗深。考據源流。叙述詳細。文華願以末技微長。請其表而出之。公諸同好。班門弄斧。自不免識者之譏。或青出於藍。能收效於他日。習者勉之 民國二十年春二月下旬淮安童文華謹誌

Dans mon enfance, j’étais d’un corps chétif. Je fus mis à l’école dès que mes cheveux purent être noués : je me levais au lever du jour, mes livres sous le bras, et je gagnais le hameau ; au coucher du soleil je rentrais, et les petits singes se dispersaient. Il y avait toujours des enfants vantards et batailleurs, dont la spécialité était d’humilier les plus faibles. Leurs poings et leurs pieds me piétinèrent plus de fois que je ne saurais dire. Et pourtant, supportant l’affront et la douleur, je ne consentis jamais à fondre en larmes : c’était affaire de nature. Mais mon cœur, qui n’acceptait pas de plier, cherchait sans cesse un moyen de les confondre. Hélas ! la plupart des enfants n’osaient pas tenir tête à plus fort qu’eux — et qui donc me prêterait main-forte pour clamer l’injustice ?

Un peu plus grand, je vis au village des saltimbanques des rivières et des lacs venir donner des spectacles de poings et de bâtons : les spectateurs faisaient cercle comme un mur et les applaudissements roulaient comme le tonnerre. J’en fus plein d’envie et j’interrogeai mon père. Il dit : « Les poings et le bâton sont une voie qui fortifie le corps et permet en outre d’éviter les outrages d’autrui. » À ces mots, je devins fou de joie : je sus enfin qu’il existait sous le ciel une technique capable de donner aux faibles de quoi redresser la tête. Je voulus l’apprendre. Mais au village, les bons maîtres sont rares ; force me fut de commencer par des travaux grossiers — lever des pierres et faire tourner des crochets de pierre. Mon corps n’en paraissait pas plus fort, mais je sentais mes muscles se charger de vigueur.

À mes vingt ans, j’allai à Jinling [Nankin]. Mon aîné de confrérie Gu Ruzhang me présenta, et je fus admis dans la maison du maître Yan Jiyun. J’appris d’abord la boxe, puis le sabre ; le sabre une fois familier, la lance ; la lance une fois familière, l’épée — et la méthode de l’Épée en forme de dragon est celle que le maître m’a transmise. À l’automne de 1930, M. Jin Yiming entra en fonctions à la section de l’instruction de l’Institut provincial des arts martiaux du Jiangsu ; dans notre commerce quotidien j’ai beaucoup gagné. Sa connaissance des principes des arts martiaux est fort profonde : il en scrute les origines et en expose les détails. Pour ma part, je souhaite que mon modeste savoir-faire soit présenté et mis au jour par lui et donné à tous les amateurs. Devant la porte de Ban, on brandit la hache : on s’attirera sans doute les railleries des connaisseurs. Mais peut-être, comme le bleu qui provient de l’indigo, en tirera-t-on un jour profit. Que ceux qui étudient s’y appliquent.

— Respectueusement consigné par Tong Wenhua de Huai’an, seconde décade du deuxième mois du printemps de la vingtième année de la République [1931].

Seconde préface de Tong (童序)

歐陽子曰。憂勞可以興國。逸豫足以亡身。旨哉言乎。夫天賦人以圎顱方趾。五官四肢。各有所用各司其能。不能司其所能所用。則與泥塑木偶何異。以泥塑木偶之夫。逸豫終日。而欲其保身衛國。豈可得歟。故勤則有功。嬉則無益。煅煉身體之方。是在勤勞已耳。惜乎傳書甚尠。世乏師承。尤以國術中劍術之書。幾如鳳毛麟角。不可多覯。余甚苦之。十九年秋。得肄業於省立國術師範。心滋稍慰。適宗師文華任教官兼組長職。得朝夕親炙。獲益良多。師之身手。功兼內外。其堅也如銕。其柔也如綿。刀劍槍棍諸技。各極精妙。尤以龍形劍法。精勁絕倫。欽佩既極願於年假期中。與學友吳君之棻。要求補習。得師指示。術稍益進。時金師一明。任本館訓育主任。恒著國術諸書刋行於世。童師與之謀。遂得將龍形劍術編繪成篇。公諸同好。二十年春。稿成。余忝承教澤。不揣譾陋。畧述梗槪如斯。金師繪著拳書最早民國五年。中華書局即有著述出版。虚點套圗。詳加考慮譬之國術中之立法家也。童師晨昏練功。從不稍懈。教授學友。分門別次。猶之國術中之司法家也。合二美以成斯篇。積勤勞以期興國。仍不外乎歐陽子之旨而已。凡吾同志。盍興起乎。淮陰童耀宗謹識。

Ouyang Xiu a dit : « Le souci et la peine peuvent faire prospérer un pays ; l’oisiveté et le confort suffisent à perdre un homme. » Que la parole est juste ! La nature nous a donné une tête ronde et des pieds carrés, cinq organes et quatre membres, chacun avec son usage et sa fonction. Si l’on ne peut accomplir ni sa fonction ni son usage, en quoi diffère-t-on d’une statue de terre ou d’un pantin de bois ? Et cet homme de terre et de bois, qui passe ses journées dans l’oisiveté, peut-il espérer protéger son corps et défendre son pays ? Certes non. Aussi l’application produit-elle le résultat et la dissipation ne rapporte-t- elle rien. Quant aux moyens de cultiver le corps, ils ne sont autres que l’effort assidu.

Il est regrettable que les livres transmis soient si rares et que le monde manque d’une lignée de maîtres. Dans les arts martiaux en particulier, les ouvrages sur l’escrime sont comme plumes de phénix et cornes de licorne : on ne les rencontre guère, et j’en souffrais fort. À l’automne de 1930, je fus admis à étudier à l’École normale d’arts martiaux provinciale, et mon cœur s’en trouva un peu soulagé. Il se trouva justement que le maître Wenhua y occupait le poste d’instructeur et de chef de section : je pus le fréquenter du matin au soir et j’en tirai grand profit. Le corps du maître est exercé à la fois à l’intérieur et à l’extérieur ; sa dureté est celle du fer, sa souplesse celle de la soie. Sabre, épée, lance, bâton : chaque technique atteint chez lui la perfection — et surtout la méthode de l’Épée en forme de dragon, d’une vigueur raffinée sans pareille. Dans mon admiration, je souhaitai, pendant les vacances du nouvel an, demander avec mon condisciple Wu Zhifen des leçons supplémentaires ; les indications du maître firent un peu progresser ma technique.

M. Jin Yiming présidait alors au service de l’instruction de l’institut et publiait sans cesse, dans le monde, des ouvrages sur les arts martiaux. Le maître Tong s’entretint avec lui, et l’on put réunir par l’écrit et le dessin la technique de l’Épée en forme de dragon et la donner à tous les amateurs. Au printemps de la vingtième année [1931], le manuscrit fut achevé. Indigne de recueillir son enseignement, je ne mesure pas ma médiocrité et n’en trace ici qu’une esquisse sommaire. Les livres d’escrime de M. Jin paraissent depuis 1916 (cinquième année de la République) : la Compagnie du livre Zhonghua en publiait déjà. Points et figurines d’enchaînement, tout y est mûrement pesé : on peut l’appeler le législateur des arts martiaux. Le maître Tong, lui, s’exerce du matin au soir sans jamais se relâcher, et enseigne ses camarades en distinguant les portes et les rangs : on peut l’appeler le juge des arts martiaux. Réunir ces deux perfections pour composer cet ouvrage, accumuler l’effort en vue de faire prospérer le pays : cela ne sort pas du sens des paroles d’Ouyang Xiu. Que tous mes camarades s’en inspirent !

— Respectueusement consigné par Tong Yaozong de Huaiyin [1931].

Préface de l’auteur (自序)

嵗庚午。余蒙內政部長鈕公惕生。命往江蘇省國術舘。擔任訓育處職務。得遇同事童組長文華者。其人短小精悍。筋骨剛勁。視之如婦。奪之如虎。精於內外家拳術凡數十種。尤以龍形劍為其特長。恒於日落之時。練不稍輟其一呑一吐。勢若游龍。伸縮自然。光如掣電。起落似風舉雲從。蟠舞似流星繚日余見舞劍之士亦夥矣。尚未覩弄鐵如轉丸若斯之甚者。久擬為新亞書局編著劍術一書。俾與孫斌權之少林拳賈如海之風波棍。邱鳴皋之單戒刀。合之共成為四册。陳邦楨君。請余編著八仙劍。八仙劍演習者雖有其人。第余以為非少林之衣缽。且不若龍形劍動作敏捷。姿勢優美。適值年假期間。師範學員童耀宗吳治隨童君補習劍術。余遂亦費半月之光陰編著此篇使龍形劍法得與世人相見。他日對書練習。持劍遙從者。南北有徒。不僅童君與余之幸。是亦國術倡明之大幸也。用述梗槪如此。聊以當序云爾。 民國二十年一月十日揚州金一明氏序於江蘇省國術館訓育處

En 1930 (année gengwu), sur l’ordre de M. Niu Tisheng, ministre de l’Intérieur, je fus envoyé à l’Institut des arts martiaux du Jiangsu pour y exercer à la section de l’instruction. J’y rencontrai mon collègue, le chef de section Tong Wenhua : petit mais nerveux, les muscles et les os vigoureux, doux à le voir comme une épouse, bondissant comme un tigre. Il excelle en plusieurs dizaines de variétés de boxe interne et externe, et surtout dans l’Épée en forme de dragon, son point fort. Quand le soleil se couche, il s’entraîne sans jamais se relâcher : chaque aspiration et chaque expiration a la démarche d’un dragon qui nage, se contractant et s’étendant avec naturel, sa lumière fulgurante comme l’éclair, ses montées et ses chutes comme le vent qui soulève et la nuée qui suit, ses enroulements comme une étoile filante qui entoure le soleil. J’ai vu bien des escrimeurs, mais jamais je n’avais vu quelqu’un manipuler le fer comme on fait tourner une bille à ce point.

Depuis longtemps je projetais de rédiger, pour la librairie Xinya, un livre sur l’escrime, qui pût, avec la boxe de Shaolin de Sun Binquan, le bâton de la tourmente de Jia Ruhai et le sabre unique de défense de Qiu Minggao, former ensemble un ensemble de quatre volumes. M. Chen Bangzhen, lui, me demandait d’écrire sur l’Épée des huit immortels. Or, bien qu’il existe des pratiquants de cette épée, je la crois étrangère à la succession de Shaolin, et elle n’égale pas l’Épée en forme de dragon pour la vivacité du mouvement et la beauté de l’attitude. Comme on était alors aux vacances du nouvel an, et que les élèves normaliens Tong Yaozong et Wu Zhi prenaient avec M. Tong des leçons supplémentaires d’escrime, j’ai employé une demi-lune à rédiger et illustrer ce chapitre, afin que la méthode de l’Épée en forme de dragon se montre au monde. Un jour, s’exerçant d’après le livre, il y aura partout des disciples qui tiendront l’épée et suivront de loin — ce ne serait pas seulement une chance pour Maître Tong et pour moi, mais une grande chance pour la diffusion des arts martiaux. J’en ai donc tracé ainsi les grandes lignes pour servir de préface.

— Préface de Jin Yiming de Yangzhou, au service de l’instruction de l’Institut des arts martiaux du Jiangsu, dixième jour du premier mois de la vingtième année de la République [10 janvier 1931].

Table des matières (龍形劍總目)

吳序 序 de Wu · 童序 Préface de Tong Wenhua · 童序 Préface de Tong Yaozong · 金序 Préface de Jin Yiming 童國章先生肖影 Portrait de M. Tong Guozhang [Wenhua] 吳之棻君肖影 Portrait de M. Wu Zhifen 童顯庭君肖影 Portrait de M. Tong Xianting [Yaozong]

[Ces trois portraits, annoncés à la table des matières, ne furent curieusement pas joints au livre.]

劍術總論 Traité général sur l’art de l’épée 劍術源流 Origine et développement de l’art de l’épée 龍形劍之來源 Origine de l’Épée en forme de dragon 龍形劍之名稱 Le nom de l’Épée en forme de dragon 龍形劍之劍法 La méthode de l’Épée en forme de dragon 劍法分解 Décomposition de la méthode 龍形劍姿勢圗解目錄 Table des postures illustrées 龍形劍全路姿勢方向圗 Plan d’orientation de l’enchaînement 龍形劍全路姿勢圗解 Explication illustrée des postures 龍形劍各箇姿勢用法說明 Explication de l’emploi de chaque posture

Traité général sur l’art de l’épée (劍術總論)

世謂槍為器械中之龍。刀為器械中之虎。劍為器械中之鳳。此言槍力尚直。刀力尚猛。劍力尚斜。以言槍法。去如箭來如線。指人頭縐人面。扎人還不見。你槍扎。我槍挐。你槍不動我槍發。只見其首。不見其尾。比之為游龍。其不宜乎。以言刀法。雙刀看走。單刀看手。刀光灼灼刀風吼吼。雖有劈山砍地之能。却無旋轉雙鋒之口。猶猛虎之不能迴頭。欠劍鋒之八面能走。譬之以猛虎。不亦宜乎。以言劍法。

Le monde dit : « La lance est le dragon des armes, le sabre le tigre des armes, l’épée le phénix des armes. » Cela signifie que la force de la lance aime la rectitude, celle du sabre la férocité, celle de l’épée le biais.

De la lance on dit : elle part comme une flèche et revient comme un fil ; elle vise la tête et fait froncer le visage ; elle pique sans qu’on la voie revenir. « Ta lance pique, ma lance saisit ; ta lance ne bouge pas, ma lance part. » On n’en voit que la tête, jamais la queue : la comparer à un dragon qui nage, n’est- ce pas juste ?

Du sabre on dit : aux deux sabres, on regarde le pas ; au sabre unique, on regarde la main. L’éclat du sabre éblouit, le vent du sabre rugit. Il a beau pouvoir fendre la montagne et frapper la terre, il n’a pas de tranchant tournant sur deux faces : comme un tigre qui ne peut retourner la tête, il lui manque de tailler dans les huit directions comme le fait la lame de l’épée. Le comparer à un tigre féroce, n’est-ce pas juste ?

De l’épée on dit :

左右迴環勢莫當。 一偏一閃把身藏。 烏龍擺尾鋒芒利。 丹鳳朝陽不易防。 飄搖不定點還刺。 呑吐如綿潛復藏。 兩臂平分如展翅。 斜迴側轉意悠揚。

Elle tournoie à gauche et à droite, sa posture ne peut être arrêtée ; un écart, un éclair, et le corps se dérobe. Le dragon noir bat de la queue a le tranchant acéré ; le phénix affronte le soleil est malaisé à parer. Flottante et incertaine, elle pique en même temps qu’elle touche ; elle avale et recrache comme la soie, plongeant puis se cachant. Les deux bras s’écartent comme des ailes déployées ; dans le biais, le retour et la volte, l’intention est ample et légère.

此言劍法敏捷便利。能輕身飛過。陡轉反挑。能撩能刺。能收能展。二面俱是鋒鍔。八面能走。到令人不易提防。為他種兵器所不及。比之以飛鳳。不亦宜乎。然則名之為飛鳳劍法。其不名符其實。安用又名之為龍形劍哉。要知飛鳳劍法。昔為西蜀宋賡平氏之絕技。宋氏傳古安吳廣霈。別號劍華道人。與潛川劍泉居士吳學廉。曾將其法編著成書。業經出版。世人多有知者。而龍形劍法。則世間尚無專書。且龍形與飛鳳亦確有不同之點。以劍論劍。則飛鳳為砍撩抹刺抽揭橫倒八法而已。龍形則有劈撩斬抹掤托鈎挂提刺扎十一字。以言身法。則多與飛鳳不同。以言步法。則更亦漸泯沒矣。又考鑄劍之法。古代鑄劍。銅鐵互用。古傳採昆吾石冶銕作劍。削玉如泥。漢魏以下。鑄劍多採楚銕。即今之漢冶銕。煅煉之後。取其精華。棄其糟粕。精華不多得。凡一斤之銕。其精華不過二三兩。火煉工夫。頗有高低。而水鍊尤難。淬水工夫。非老於鑄劍經騐宏富者。不能得此中三昧。鍊精之要。全在淬水時之適當熱力。古人又有用油淬者。其法後世莫能實用。唐時南蠻人且有用馬血淬者。不知其何所取意。漢蔡倫精於鑄劍。堅密為後世法。惜無專書。其法不得傳。又如梁陶宏景為武帝用金銀銅鐵錫五種。合鑄神劍十三口。依劍術法製造。按劍術法一書。後世又不傳。古人折鐵之法。惜無專書。今人造劍。反不及古人精工。西人素精鍊鋼。但所鑄各劍。僅能剛而不能柔。終不及中國古劍。抖之則鏗然有聲。屈之彎曲如鈎。縱之直如絃。舞之恍如練。是誠極剛柔之妙用矣。古之人善於相劍者。則為君大。桓子新論云。君大素曉習萬劍之名。凡劍遙視。不須手持熟察。即能鑑別。世有伯樂而後有千里馬。世無君大其人。故吳越之劍不復見於世。世雖有干將莫邪。棄置於塵土之中。又誰得以干將莫邪而視之哉。噫。休矣。 梁陶宏景刀劍錄。載劍之年月尺度及其上面之篆文頗詳。供後人研究資料不少。惜繼陶氏後者則不多覯矣。畧擇劍之源流如下。

Cela montre que la méthode de l’épée est prompte et commode : elle sait alléger le corps jusqu’à le faire voler, virer à pic et relever en retour. Elle sait lever et piquer, se replier et se déployer. Les deux faces sont tranchantes, ses huit directions sont praticables : elle rend la garde malaisée et surclasse les autres armes. La comparer au phénix qui vole, n’est-ce pas juste ? Le nom de « méthode de l’épée du phénix volant » lui convient donc — mais alors pourquoi l’appeler aussi « Épée en forme de dragon » ?

Sachez que la méthode de l’épée du phénix volant fut jadis le talent unique de Song Gengping, au Sichuan occidental. Song la transmit à Wu Guangpei de Gu’an, surnommé le Daoïste à la Fleur d’Épée, lequel, avec Wu Xuejian de Qianchuan, le Lettré à la Source d’Épée, en composa et publia un livre, que beaucoup connaissent. La méthode de l’Épée en forme de dragon, elle, n’a pas encore d’ouvrage propre, et Forme de dragon et Phénix volant ont bel et bien des points de divergence. Parler épée pour l’épée : le Phénix volant comporte huit méthodes — fendre, lever, essuyer, piquer, tirer, soulever, traverser, renverser — tandis que la Forme de dragon compte onze caractères : 劈 fendre, 撩 lever, 斬 trancher, 抹 essuyer, 掤 parer en remontant, 托 soutenir, 鈎 crocheter, 挂 accrocher, 提 tirer, 刺 piquer, 扎 frapper de pointe. Quant aux procédés du corps, ils diffèrent largement de ceux du Phénix volant ; quant à ceux du pas, ils s’en écartent plus encore.

Considérons encore la fonte des épées. Dans l’Antiquité, on mêlait cuivre et fer. La tradition rapporte que l’on extrayait la pierre de Kunwu et fondait le fer pour en faire des épées qui coupaient le jade comme de la boue. À partir des Han et des Wei, on tirait le plus souvent le fer du Chu, c’est-à-dire le fer fondu d’aujourd’hui. Après l’affinage, on prend le meilleur et l’on rejette le mauvais ; le meilleur est rare : d’une livre de fer on n’obtient guère que deux ou trois onces de qualité. [Dans toute cette traduction, « pouces », « pieds », « onces » et « livres » sont employés par commodité, bien que les mesures chinoises correspondantes ne coïncident pas exactement.] Le travail du feu comporte bien des degrés de supériorité et d’infériorité, mais celui de l’eau est plus difficile encore : dans l’art de la trempe, seul un vieux praticien riche d’expérience peut pénétrer le mystère. L’essentiel de l’affinage réside tout entier dans la juste chaleur au moment de la trempe. Les anciens trempaient aussi dans l’huile, mais ce procédé ne se pratiqua plus par la suite. Sous les Tang, les peuples du Sud trempaient même dans le sang de cheval, sans qu’on sache quelle intention ils y mettaient.

Cai Lun, sous les Han, était passé maître en fonte d’épées et ses procédés tenaient de l’art secret pour les générations suivantes ; il est regrettable qu’ils n’aient pas été consignés dans un livre et qu’ils ne se soient pas transmis. De même Tao Hongjing, sous les Liang, fondit pour l’empereur Wu, en mêlant les cinq métaux — or, argent, bronze, fer, étain —, treize épées merveilleuses, fabriquées selon la « Méthode de l’épée » ; ce livre non plus ne se transmit pas. Quant à l’ancien procédé de pliage du fer, il est regrettable qu’il n’ait pas eu de traité propre. Les forgerons d’aujourd’hui font des épées moins fines que celles des anciens. Les Occidentaux excellent à affiner l’acier mais leurs épées ne savent être que dures, non souples : elles restent inférieures aux épées chinoises anciennes, qui, secouées, résonnent avec un tintement clair, qui, courbées, se plient en crochet, qui, relâchées, se redressent comme la corde d’un arc, et qui, maniées, semblent une étoffe de soie. C’est là vraiment la merveille du dur et du mou réunis.

L’homme de l’Antiquité qui savait le mieux apprécier les épées fut Jun Da. Le Xinlun de Huanzi dit : « Jun Da connaissait par nature les noms de dix mille épées ; il suffisait de les lui montrer de loin, sans qu’il les tînt en main pour les examiner : il savait les distinguer. » Le monde n’eut un Bo Le que parce qu’il avait un coursier de mille lieues ; faute d’un Jun Da, les épées de Wu et de Yue ne se revoient plus dans le monde. Le monde aurait beau posséder des Gan Jiang et des Mo Ye : jetés dans la poussière, qui donc les verrait pour ce qu’ils sont ? Hélas, tout cela est fini.

Le Registre des sabres et des épées de Tao Hongjing, sous les Liang, rapporte assez en détail les dates, les dimensions et les inscriptions en sceau figurant sur les épées, offrant aux générations suivantes une matière considérable. Il est regrettable qu’après Tao on n’en rencontre plus guère. Je donne ci-dessous un choix sommaire de l’origine et de l’évolution de l’épée.

Origine et développement de l’art de l’épée (劍術源流)

劍之源流。其最初者。管子謂葛天盧之山。發而出金。蚩尤受而制之。以為劍。似為劍之鼻祖。其後歐冶鑄劍。赤董之山。破而出錫。若耶之溪。涸而出銅。是時天地為爐。陰陽為炭。太乙下觀。鑄劍有五。一曰湛盧。二曰純鈎。三曰勝邪。四曰魚腸。五曰巨闕。劍之相傳。源流已久。古之君子。佩劍之意。劍者檢也。所以防檢非常也。有文事者必有武備。旣以衛身。兼有莊嚴高尚之旨趣已耳。故古時定有制度。考工記載。劍古兵器名。兩刄而有脊。自脊至刄謂之臘。或謂之鍔。脊刄以下與柄分隔者謂之首。首以下把握之處曰莖。莖端施環曰鐔。此亦足證古代劍式與近代劍式。名稱均有不同之處矣。周官桃氏為臘。廣二寸有半。(臘劍身)兩從半之。(從劍刄)以其臘廣為之。莖圍長倍之。(莖劍柄)中其莖。設其後。身長五。其莖長重九鋝。(按周禮六兩半為一鋝古權三當今之一)謂之上制。上士服之。身長四。其莖長重七鋝。謂之中制。中士服之。身長三。其莖重五鋝。謂之下制。下士服之。此為劍之最古制度。天子二十而冠帶劍。諸侯三十而冠帶劍。大夫四十而冠帶劍。隸人不得冠。庻人有事得帶劍。無事不得帶劍。亦均可考者也。秦代朝儀。臣不得帶劍入朝。漢代朝儀。臣得帶劍。但至殿階則解劍。下替晉代。始代之以木。貴者用玉首。賤者用蚌金銀玳瑁為雕飾。自此以後。佩劍之風。與飛鳳各異。一以輕便閃讓為主一以迴環伸屈為主。同舞一劍。而其舞法不同。同為一劍。而其戰術各異。其相同之處。總宜短兵應長用。短見長。不用忙。忙則為他所擊中。待他兵刄近我身旁。既不躱閃。亦不招架。立即提劍進擊。其劍雖短。偏身進步。一進四尺。手長二尺。劍長三尺。一進一退。一丈有餘。彼槍雖長能奈我何。况乎龍形劍尚有盤龍步。迴身劍之巧妙。則練精而後。以短勝長一進長兵之門。長兵失效。視刀槍如無物。等棍棒如弁髦。加之縱跳之能。進退之法。雖千萬人吾往也。亦目無全牛。游刄而有餘矣。龍形劍法。可不傳乎。

Quant à l’origine de l’épée : le Guanzi rapporte qu’une montagne de Ge Tianlu s’ouvrit et livra du métal ; Chi You le reçut, le travailla et en fit des épées. Il en est donc comme l’ancêtre. Plus tard, Ou Ye fondit des épées : à une montagne de Chidong la roche éclata et livra de l’étain, un ruisseau de Ruoye se dessécha et livra du cuivre. Le ciel et la terre servaient de four, les énergies passive et active de charbon, et la divinité Taiyi présidait au travail ; il fondit cinq épées, nommées la Rivière-Profonde, le Crochet-Pur, Vaincre-le-Mal, les Boyaux-de-Poisson et la Grande-Tour-de-Guêt.

La transmission de l’épée remonte loin. Chez les anciens gentilshommes, la signification du port de l’épée tenait à ce que « l’épée, c’est la retenue », ce qui sert à prévenir l’imprévu. Qui s’occupe des affaires civiles doit avoir en réserve les arts militaires : l’épée défend la personne et porte en outre une intention de gravité et d’élévation. Aussi existait-il chez les anciens des règles établies. Le Kaogong ji rapporte que l’épée est le nom d’une arme ancienne : deux tranchants et une arête centrale. De l’arête au tranchant, on appelle cela le « lard » (臘), ou encore le « tranchant » (鍔) ; la partie qui sépare le tranchant de la poignée s’appelle la « tête » ; sous la tête, l’endroit que l’on empoigne s’appelle la « soie » (莖) ; l’anneau au bout de la soie s’appelle le « pommeau d’anneau » (鐔). Voilà qui prouve assez que le modèle et les noms de l’épée antique diffèrent en bien des points de ceux de l’épée moderne.

Selon le Rites des Zhou, les artisans Tao (桃氏) réglaient le « lard » : deux pouces et demi de largeur (le lard étant la lame), divisés en deux moitiés (les deux tranchants) ; on donnait à la circonférence de la soie le double de cette largeur (la soie étant la poignée) ; la soie au milieu, le pommeau placé derrière. Quand la longueur du corps valait cinq fois celle de la soie, le poids étant de neuf lüe (selon les Rites des Zhou, six onces et demie font un lüe, et trois mesures anciennes en valent une d’aujourd’hui), on parle de « modèle supérieur », porté par les lettrés du premier rang. Quand le corps valait quatre fois la soie et le poids sept lüe, on parle de « modèle moyen », porté par les lettrés du second rang. Quand le corps valait trois fois la soie et le poids cinq lüe, on parle de « modèle inférieur », porté par les lettrés du troisième rang. Telles étaient les plus anciennes normes de l’épée.

L’empereur ceignait l’épée à vingt ans ; les seigneurs à trente ans ; les grands officiers à quarante ans. Les gens de service n’avaient pas droit au bonnet, mais les gens du commun portaient l’épée pour affaires et non pour le loisir : tout cela est encore vérifiable. À la cour des Qin, les ministres ne pouvaient porter l’épée ; à celle des Han, ils le pouvaient, mais devaient la déposer au bas des marches du palais. Dans les Jin, on la remplaça par une épée de bois : les gens de qualité en portaient le pommeau de jade, les gens de peu l’ornaient de nacre, d’or, d’argent ou d’écaille. Dès lors, ce fut la mode de porter l’épée.

La Forme de dragon diffère elle aussi du Phénix volant : la première fait de la légèreté et de l’esquive l’essentiel, la seconde de l’enroulement et de la flexion. On danse avec la même épée, mais les façons de danser diffèrent ; on manie la même épée, mais les tactiques divergent. Leur point commun est qu’en toute rencontre l’arme courte doit répondre par un long usage. Quand le court rencontre le long, point de hâte : qui se presse est touché. J’attends que l’arme adverse approche de mon flanc : alors, sans esquiver ni parer, je lève aussitôt l’épée et je percute. L’épée a beau être courte, je fais un pas de biais et j’avance : quatre pieds par pas, deux pieds de bras, trois pieds d’épée — d’un seul mouvement en avant ou en arrière, plus de dix pieds. Sa lance a beau être longue, que peut-elle contre moi ? Aussi bien l’Épée en forme de dragon possède-t-elle en outre le pas du dragon enroulé et l’astuce de l’épée au corps retourné : une fois l’entraînement mené à sa perfection, le court vainc le long ; dès que l’on entre dans le domaine des armes longues, celles-ci perdent leur efficacité. On regarde sabres et lances comme rien, bâtons et perches comme inutiles. Ajoutez la capacité de bondir et de sauter, les procédés d’avance et de recul : fussent-ils des millions, j’irais quand même. Et l’on n’a plus devant soi qu’une vache entière que le fil de l’épée traverse sans effort. La méthode de l’Épée en forme de dragon pouvait-elle ne pas se transmettre ?

Des temps les plus anciens au début de l’ère chrétienne, le texte énumère ensuite les grandes épées de la tradition, depuis Yu des Xia et le roi Zhao jusqu’à Sun Hao et l’empereur Wu des Liang, en passant par le Serpent tranché de Liu Ji, l’Épée en forme de dragon du Han Ming ou les treize épées merveilleuses de Tao Hongjing. L’« épée en forme de dragon » de l’histoire n’est pas celle de notre manuel : c’est l’épée coulée en 58 ap. J.-C. par l’empereur Ming des Han, jetée dans la rivière Luo et nommée ainsi, dit l’auteur, « à cause de cela précisément ». Le nom du style s’expliquera autrement (voir plus bas).

夏禹子帝啟。在位十年。以庚戌八年鑄一銅劍。長三尺九寸。後藏之秦望山。腹上刻二十八宿。文有背面。面文為星辰。背記山川日月。(按五金以銅出為最早)

Le fils de Yu des Xia, l’empereur Qi, régna dix ans : en sa huitième année [année 47 du cycle], il fondit une épée de bronze longue de trois pieds neuf pouces, qu’on déposa ensuite au mont Qinwang ; sur son ventre étaient gravées les vingt-huit constellations, l’inscription occupant les deux faces — au recto les astres, au verso un relevé des montagnes, des fleuves, du soleil et de la lune. [Les cinq métaux : le bronze est le plus anciennement utilisé.]

啟太子康。在位二十九年。嵗在辛卯。三月春。鑄一銅劍。上有八方面。長三尺二寸。頭方。

Le fils de Qi, Tai Kang, régna vingt-neuf ans : en l’année 28 du cycle, au troisième mois du printemps, il fondit une épée de bronze ornée des huit directions, longue de trois pieds deux pouces, la tête carrée.

孔甲在位三十一年。以九年嵗次甲辰。採牛首山鐵。鑄一劍。銘曰夾。古文篆書。長四尺一寸。

Kong Jia régna trente et un ans : en sa neuvième année [année 41 du cycle], il tire du fer du mont Tête-de-Bœuf et fond une épée gravée du mot « Serrer » en sceau ancien, longue de quatre pieds un pouce.

殷太甲在位三十二年。以四年嵗次甲子。鑄一劍。長二尺。文曰定光。古文篆書。

Tai Jia des Yin régna trente-deux ans : en sa quatrième année [année 1 du cycle], il fond une épée longue de deux pieds, portant l’inscription « Lueur assurée » en sceau ancien.

武丁在位五十九年。以元年嵗次戊午。鑄一劍。長三尺。銘曰照膽。古文篆書。

Wu Ding régna cinquante-neuf ans : en sa première année [année 55 du cycle], il fond une épée longue de trois pieds, gravée « Qui éclaire le courage » en sceau ancien.

周昭王瑕。在位五十一年。以二年嵗次壬午。鑄五劍。各投五嶽。銘曰鎮嶽。尚方。古文篆書。長五尺。

Le roi Zhao des Zhou, nommé Xia, régna cinquante et un ans : en sa deuxième année [année 19 du cycle], il fondit cinq épées qu’il fit jeter chacune dans les cinq montagnes sacrées, gravées « Qui presse les montagnes » et « Du Palais supérieur » en sceau ancien, longues de cinq pieds.

簡王夷。在位十四年。以元年嵗次癸酉。鑄一劍。長三尺。銘曰駿。大篆書。

Le roi Jian, nommé Yi, régna quatorze ans : en sa première année [année 10 du cycle, 585 av. J.-C.], il fondit une épée longue de trois pieds, gravée « Grandeur » en grand sceau.

秦昭王稷。在位五十二年。以元年嵗次丙午。鑄一劍。長三尺。銘曰誡。大篆書。

Le roi Zhao de Qin, nommé Ji, régna cinquante-deux ans : en sa première année [année 43 du cycle], il fondit une épée longue de trois pieds, gravée « Avertissement » en grand sceau.

秦始皇在位三十七年。以三年嵗次丁巳。採北祗銅。鑄二劍銘曰定秦。大篆書。李斯刻。埋在阿房宫閣下。一在觀臺下。長三尺六寸。

Le Premier Empereur des Qin régna trente-sept ans : en sa troisième année [245 av. J.-C., année 54 du cycle], il fit tirer du cuivre de Beiqi pour fondre deux épées gravées « Affermir les Qin » en grand sceau, ciselées par Li Si. Elles furent enterrées sous le pavillon du palais Efang — on les voit là, sous ses terrasses — et mesurent trois pieds six pouces.

前漢劉季。在位十二年。以始皇三十四年。於南山得一鐵劍。長三尺。銘曰赤霄。大篆書。常服之。此即斬蛇劍也。

Sous les Han antérieurs, Liu Ji régna douze ans : en la trente-quatrième année du Premier Empereur [214 av. J.-C.], il trouva au mont Nan une épée de fer longue de trois pieds, gravée « Nuées pourpres » en grand sceau, qu’il porta habituellement. C’est l’« épée qui tranche le serpent ».

文帝恒。在位二十三年。以初元十六年嵗次庚午。鑄三劍。長三尺六寸。銘曰神龜。多刻龜形。故云

L’empereur Wen, nommé Heng, régna vingt-trois ans : de son avènement à la seizième année [année 7 du cycle], il fondit trois épées longues de trois pieds six pouces, portant l’inscription « Tortue divine », avec de nombreuses figures de tortues gravées — d’où le nom.

武帝徹。在位五十四年。以元光五年嵗次乙巳。鑄八劍。長三尺六寸。銘曰八服。小篆書嵩恒霍華太山五嶽皆埋之。

L’empereur Wu, nommé Che, régna cinquante-quatre ans : en la cinquième année de l’ère Yuanguang [130 av. J.-C., année 42 du cycle], il fondit huit épées longues de trois pieds six pouces, gravées « Les huit soumises » en petit sceau et enterrées dans les cinq montagnes sacrées : Song, Heng, Huo, Hua et Tai.

宣帝詢。在位二十五年。以本始四年鑄二劍。長三尺。一曰毛。二曰貴。以足下有毛。故為之皆小篆書

L’empereur Xuan, nommé Xun, régna vingt-cinq ans : en sa quatrième année [70 av. J.-C.], il fondit deux épées longues de trois pieds, l’une appelée « Poil », l’autre « Rare » — parce que des poils pendaient sous leurs pommeaux — toutes deux en petit sceau.

漢光武秀。在位三十三年。未貴時。在南陽鄂山得一劍。文曰秀霸。小篆書。帝常服之。

L’empereur Guangwu des Han postérieurs, nommé Xiu, régna trente-trois ans : avant d’être empereur, il trouva au mont E, dans la région de Nanyang, une épée portant l’inscription « Élégant hégémon » en petit sceau, qu’il porta habituellement.

明帝莊。在位十八年。以永平元年嵗次戊午。鑄一劍。上作龍形。沉之於洛水中。水清時常有見之者。咸以龍形劍名之。

L’empereur Ming, nommé Zhuang, régna dix-huit ans : en sa première année [58 ap. J.-C., année 55 du cycle], il fit fondre une épée dont le dessus figurait un dragon. On la plongea dans la rivière Luo, et quand l’eau est claire on l’aperçoit souvent : c’est pourquoi on l’appelle l’« épée en forme de dragon ».

順帝保。在位十九年。以永建元年鑄一劍。長三尺四寸。銘曰安漢。小篆書後改年號。

L’empereur Shun des Han, nommé Bao, régna dix-neuf ans : en sa première année [126 ap. J.-C.], il fondit une épée longue de trois pieds quatre pouces, gravée « Pacifier les Han » en petit sceau, après qu’il eut changé son nom d’ère.

靈帝安。在位二十二年。以建寧三年鑄四劍。文曰中興。一劍無故自失。並小篆書。

L’empereur Ling, nommé An, régna vingt-deux ans : en la troisième année de l’ère Jianning [170 ap. J.-C.], il fondit quatre épées gravées « Restauration », dont l’une disparut d’elle-même sans raison, toutes en petit sceau.

魏武帝曹操。以建安二十年。於幽谷得一劍。長三尺六寸上有金字。銘曰孟德王常服之

L’empereur Wu des Wei, Cao Cao, en la vingtième année de l’ère Jian’an, trouva dans une vallée retirée une épée longue de trois pieds six pouces, portant en caractères d’or l’inscription « Mengde », et la porta avec dignité.

蜀主劉備。以章武元年。嵗次辛丑。採金牛山鐵。鑄八劍各長三尺六寸。一帝自服一與太子禪一與梁王理。一與魯王永。一與諸葛亮。一與闗羽。一與張飛。一與趙雲

Le maître du Shu, Liu Bei, en la première année de son règne [221 ap. J.-C., année 38 du cycle], tira du fer du mont Bœuf-d’Or et fondit huit épées longues chacune de trois pieds six pouces : une pour l’empereur lui-même, une pour le prince héritier Shan, une pour le roi de Liang nommé Li, une pour le roi de Lu nommé Yong, une pour Zhuge Liang, une pour Guan Yu, une pour Zhang Fei, une pour Zhao Yun.

後主禪。廷熙二年。造一大劍。長一丈二尺。鎮劍口山往往人見光輝。後人求之不獲。

Le dernier maître, nommé Shan, en la deuxième année de l’ère Yanxi [239 ap. J.-C.], fit faire une grande épée longue de douze pieds pour contenir la montagne Bouche-d’Épée, afin que le peuple vît sa gloire. Les générations suivantes la cherchèrent sans la trouver.

吳王孫權。以黃武五年。採武昌銅鐵。作千口劍。各長三尺九寸皆是南銅越炭作之。文曰大吳。小篆書又赤鳥年中。有人得淮陰侯韓信劍。帝以賜周瑜。

Sun Quan, roi de Wu, en la cinquième année de l’ère Huangwu [226 ap. J.-C.], tira du bronze et du fer de Wuchang et fit mille épées longues chacune de trois pieds neuf pouces, toutes en bronze du Sud, travaillées au charbon de Yue, et gravées « Grandeur des Wu » en petit sceau. Plus tard, dans l’ère Chi Wu, un homme retrouva l’épée de Han Xin, marquis de Huaiyin, et l’empereur en fit cadeau à Zhou Yu.

孫亮以建興二年鑄一劍。文曰流光。小篆書

Sun Liang, en la deuxième année de son règne [253 ap. J.-C.], fondit une épée gravée « Éclat qui s’écoule » en petit sceau.

孫皓以建衡元年鑄一劍。文曰皇帝吳王。小篆書

Sun Hao fondit une épée en la première année de son règne [269 ap. J.-C.], gravée « Empereur, roi des Wu » en petit sceau.

晉懷帝熾。以永嘉元年造一劍。長五尺銘曰步光。小篆書

L’empereur Huai des Jin, nommé Chi, fit faire une épée en la première année de son règne [307 ap. J.-C.], longue de cinq pieds, gravée « Marcher vers la gloire » en petit sceau.

穆帝聃。以永和五年於房山造五口劍。銘曰五方單符。隸書。

L’empereur Mu, nommé Dan, fit faire cinq épées en la cinquième année de l’ère Yonghe [345 ap. J.-C.] au mont Fangshan, gravées « Les cinq directions en un seul talisman » en écriture d’esclave.

孝武帝昌明。以大元元年。於華山頂埋一劍。銘曰神劍。隸書

L’empereur Xiaowu le Glorieux, en la première année de l’ère Taiyuan [376 ap. J.-C.], fit enterrer une épée au sommet du mont Hua, gravée « Épée merveilleuse » en écriture d’esclave.

梁武帝蕭衍。以天監二年即位。至普通中。嵗在庚子。命陶宏景造神劍十三口。用金銀銅錫銕五色合為之。長短各依劍術法。文曰服之者。永治四方。並小篆書。此外如吳越春秋。及越絕書中。載吳王闔閭。使干將鑄劍。及越薛燭相劍二事。世人多有知者。姑不贅述。

L’empereur Wu des Liang, nommé Xiao Yan, monta sur le trône en la deuxième année de l’ère Tianjian [503 ap. J.-C.] ; puis, vers l’ère Putong [année 37 du cycle, 520 ap. J.-C.], il ordonna à Tao Hongjing de fabriquer treize épées merveilleuses, où les cinq métaux — or, argent, bronze, étain, fer — étaient combinés, la longueur de chacune réglée selon la « Méthode de l’épée », et portant en petit sceau l’inscription : « Qui les porte gouvernera à jamais les quatre directions. » Du reste, les Annales des Wu et des Yue et le Livre perdu des Yue rapportent comment le roi de Wu Helu fit fondre des épées à Gan Jiang et comment le roi de Yue fit expertiser des épées par Xue Zhu : tout le monde connaît ces deux affaires, je ne m’y étendrai pas.

L’origine de l’Épée en forme de dragon (龍形劍之來源)

龍形劍術。為山東兖州嚴繼藴師之絕技。嚴師世代以武術得名。至師練劍尤精。兼使大槍。故世人多以嚴大槍呼之。師亦樂人稱道。民國十二年南來。任江蘇省財政廰技擊教師。時年已六十又八。精神鑠鑠。望之如四十許人。晨起練劍。午後扎槍。未嘗一日稍離。時童君文華聞師在金陵。負笈往謁。師見其短小精悍。筋骨堅實。固樂收之。因欲試其膽。怒目叱之不懼。欲騐其氣。以勢凌之不動。遂收為徒。童君字國璋。江蘇淮安城南附馬營人。幼而好弄。長負奇氣。喜馳馬試劍。平人不平。譽之毁之。君弗顧也。從嚴師習龍形劍時。年二十二。待嚴囘魯遂與同門顧汝章互相砥礪。顧君阜甯人。練掌有功。能用指錐穿磚瓦行路時常用掌猛擊磚牆。掌不傷而牆或有損其掌工之堅硬。於此可知又能銕板橋。首足高擱。腹上置五百觔大石。石上再上五人。其中四人。背脊相靠。雙肘相絞。坐擔胸腹。其另一人。躍立肩上。顧君之內功。於此更可知矣。他如各種武器。幾無一不精。十七年。中央國術舘舉行第一次國術考試。顧君獲最優等獎章故其劍術工夫。加人一等。自非常人之所能及。童君亦自言實得君之益不少。後鈕公惕生在甯組織江蘇省國術分舘。開辦第一期師範研究所。童君欣往就學。術成卒業。迨至省府遷鎮。開辦師範講習所。招集現任公安水警人員來舘練習由副舘長孫祿堂先生聘君為國術教官兼訓育處組長職。余至訓育處得君之臂助良多。君天資聰慧。於國術法門。一見即能記憶不忘。除龍形劍外如提攔槍。抹眉刀。五虎尋羊棍。盤龍棍春秋刀梅花雙刀。張飛矛。月牙鏟。六合大槍提鑪劍。三才劍護手鈎雪片刀。少林闖拳。提鑪拳少林長拳。梅花拳四路查拳。六路短打。形意太極八卦等。均無不熟極而流。其中除嚴師所授拳刀槍劍而外。據童君云。有為吳沁泉老師所傳者。有為金佳福老師所傳者。金佳福老先生金陵人。為本舘少林門門長。現年七十九嵗。民國十九年終。中央國術舘舘長張之江先生。任江蘇省綏靖督辦來省。金老先生於歡迎表演時。尤舞數十斤之大刀。行走如飛。亦深得國術中三昧者也。

La technique de l’Épée en forme de dragon est le talent unique du maître Yan Jiyun, de Yanzhou, au Shandong. La famille de Maître Yan doit sa renommée martial à plusieurs générations, mais c’est lui qui porta l’épée au plus haut degré de raffinement, tout en maniant la grande lance : c’est pourquoi on l’appelait communément « Yan la Grande Lance », surnom dont il se réjouissait. En 1923, il vint dans le Sud et devint professeur d’escrime au département des finances du Jiangsu. Il avait alors soixante-huit ans, mais son énergie était éclatante et il semblait un homme de quarante ans : il s’entraînait à l’épée au lever du jour, à la lance l’après-midi, sans relâche un seul jour.

Ayant appris que le maître se trouvait à Jinling, Tong Wenhua prit son baluchon et alla le saluer. Le maître, le voyant petit mais nerveux et d’une charpente solide, fut heureux de l’accueillir. Pour éprouver son courage, il le tança d’un regard furieux : Tong ne s’effraya pas. Pour éprouver son tempérament, il le provoqua par sa superbe : Tong ne bougea pas. Il l’accepta donc comme disciple.

Tong Wenhua a pour nom de courtoisie Guozhang ; il est de Ying de Fuma, au sud de la ville de Huai’an, dans le Jiangsu. Enfant, il aimait la bagarre ; grand, il eut une humeur singulière, aimant galoper et s’essayer à l’épée, redressant les torts faits aux faibles : louanges ou blâmes ne le touchaient pas. Quand il apprit l’Épée en forme de dragon auprès de Maître Yan, il avait vingt-deux ans. Pendant que Yan retournait au Shandong, il s’aiguillonna avec son condisciple Gu Ruzhang.

Gu est de Funing, dans le Jiangsu ; il a exercé sa paume au point de pouvoir percer briques et tuiles du bout des doigts : en chemin, il frappait souvent les murs de briques de la paume, et sa paume restait intacte tandis que le mur en souffrait — preuve de la solidité de son travail. Il sait aussi faire le pont de fer : la tête et les pieds posés en hauteur, on place sur son ventre un rocher de cinq cents livres, sur lequel montent cinq hommes — quatre, dos contre dos, les coudes entrelacés, assis sur sa poitrine et son ventre, et le cinquième debout sur leurs épaules. On voit par là sa force interne. Il excelle également dans toutes sortes d’armes. En 1928, l’Institut central des arts martiaux tint son premier examen d’arts martiaux : Gu y obtint le grade le plus élevé, car son travail de l’épée dépasse d’un cran celui du commun et atteint un niveau que d’ordinaires ne sauraient approcher. Tong lui-même dit devoir beaucoup à Gu.

Plus tard, lorsque M. Niu Tisheng organisa à Nankin une antenne de l’Institut provincial des arts martiaux du Jiangsu et ouvrit le premier cours de recherches pour les normaliens, Tong s’y rendit avec joie et y acheva sa formation. Puis, le gouvernement provincial s’étant installé à Zhenjiang, on ouvrit un centre de formation d’instructeurs et l’on y rassembla les agents de la sûreté publique et de la police fluviale pour s’y exercer ; le directeur adjoint Sun Lutang nomma Tong instructeur d’arts martiaux et chef de section au service de l’instruction. À mon arrivée à ce service, j’ai reçu de lui une aide précieuse.

Tong est doué d’une intelligence vive : il retient au premier regard les portes des arts martiaux. Outre l’Épée en forme de dragon, il est passé maître en lance de levée et de barrage, sabre qui essuie les sourcils, bâton des cinq tigres en quête du mouton, bâton du dragon enroulé, sabre des printemps et automnes, doubles sabres de fleur de prunier, lance de Zhang Fei, pelle en croissant de lune, grande lance des six harmonies, épée de la source, épée des trois talents, crochets de garde, sabre à flocons de neige, boxe d’assaut de Shaolin, boxe de la source, longue boxe de Shaolin, boxe de fleur de prunier, quatrième route de chagquan, combat court en six routes, ainsi qu’en xingyi, taiji et bagua, dont il est rompu à l’extrême. Outre ce que lui a transmis Maître Yan en fait de boxe, de sabre, de lance et d’épée, il dit tenir certaines choses du maître Wu Qinquan et d’autres du maître Jin Jiafu. Jin Jiafu, de Nankin, est le chef de la porte Shaolin de notre institut et a aujourd’hui soixante-dix-neuf ans. À la fin de 1930, M. Zhang Zhijiang, directeur de l’Institut central des arts martiaux, venu dans la province comme haut commissaire au maintien de la paix du Jiangsu, honora de sa visite une démonstration de bienvenue : le vieux M. Jin y brandit une grande lame de plusieurs dizaines de livres, allant d’un pas ailé. C’est assurément quelqu’un qui a profondément saisi les arcanes des arts martiaux.

Le nom de l’Épée en forme de dragon (龍形劍之名稱)

龍形劍之命名。並因其劍身形狀與他劍有特異之處。亦非如漢明所鑄之劍上作龍形。因而定名。其所以以龍形為名者。不在劍身之形狀。而在舞劍之姿勢。姿勢如鳳舞。則名之為飛鳳可也。姿勢如龍蟠。則名之為龍形可也。此仍係指全路劍法而言。若其中各箇姿勢。有與他種動作相似者。則再用各箇動作姿勢之名稱以分別之。龍形劍命名之義如此。茲再將龍形劍各部之名稱及其重量。繪圗述之如下。

Le nom d’« Épée en forme de dragon » n’a pas été donné parce que la forme de la lame différerait des autres épées, ni parce que, comme l’épée fondue par l’empereur Ming des Han, elle porterait un dragon sur sa face. Si on l’appelle « forme de dragon », ce n’est pas la forme de la lame qui compte, mais la posture de la danse : si les postures dansent comme un phénix, on peut l’appeler « phénix volant » ; si elles s’enroulent comme un dragon, on peut l’appeler « forme de dragon ». Cela vaut pour la méthode de tout l’enchaînement ; si certaines postures ressemblent à d’autres mouvements, on les distingue par le nom de ces mouvements. Tel est le sens du nom. J’en donne maintenant les parties, avec leurs noms et leurs mesures, illustrées ci-dessous.

Schéma des parties de l’épée selon le manuel : (1) pommeau, (2) poignée, (3) garde, (4) lame, (5) pointe

(一)為劍鐓。(二)為劍柄。(三)為護手(四)為劍身。(五)為劍鋒。(七)全身。長約二尺八寸三分。(八)劍鐓。長約一寸八分。寬一寸六分。厚六分(九)劍柄。長三寸六分。寬一寸二分。厚九分。(十)護手。長約一寸一分。寬二寸六分。厚七分。其兩耳每耳長約一寸五分。(十一)劍身。長約二尺一寸八分。寬約一寸一分。(十二)劍鋒。約七分寬。

(1) le pommeau (劍鐓) ; (2) la poignée (劍柄) ; (3) la garde (護手) ; (4) la lame (劍身) ; (5) la pointe (劍鋒). (7) L’épée entière : environ deux pieds huit pouces trois lignes. (8) Le pommeau : environ un pouce huit lignes de long, un pouce six lignes de large, six lignes d’épaisseur. (9) La poignée : trois pouces six lignes de long, un pouce deux lignes de large, neuf lignes d’épaisseur. (10) La garde : environ un pouce une ligne de long, deux pouces six lignes de large, sept lignes d’épaisseur ; ses deux oreilles, chacune d’environ un pouce cinq lignes. (11) La lame : environ deux pieds un pouce huit lignes de long, environ un pouce une ligne de large. (12) La pointe : environ sept lignes de large.

[Le numéro 6 est absent du texte de l’édition.]

La méthode de l’Épée en forme de dragon (龍形劍之劍法)

前漢書卷三十。藝文志第十。載劍道三十八篇。手搏六篇。蹵鞠二十五篇。右兵技巧十三家。百九十九篇技巧者。習手足。便器械。積機闗。以立攻守之勝者也。但顏師古僅删其要。而略記其篇數。亦因年代久遠。無以詳知故也。他如逢門射法二篇。蒲沮子弋法四篇。均不可考矣。由此可知吾國國術之書籍。失傳已久。固不僅劍道一種已也。然師弟相承。流傳迄今者。亦屬有人。如紀效新書末篇中之劍經。猶有圗說註解。雖吾國絕技。傳而不全。於斯可見一斑。惟彼時之所謂劍術者。係包括刀槍箭棍各種短兵器械而言。不必專指劍法而論。所謂劍法者何。盖依其當然之理。就其必然之勢。而定其來去之方。分其上下之意。是謂之法。古之劍法有與今法不同者。古之劍端有環。可繫之以繩。近則刺。遠則擲後世之劍有長至五六尺者。多雙手把握以舞之。其所舞之法。僅格洗擊刺四字雖屬簡陋不詳。然後世短劍之砍撩摸刺抽提橫倒八法。亦由此四字中化出由四字而八字而十三字而二十四劍。推而至四十四或八十八以至一百七十六劍。均能變化自如。隨心所欲故法不求多。貴在得法能練。得法不難。難在練而能用。世有讀破萬卷書。而不能冩一信柬者。比比皆是也。近今練劍之宗旨。原不在練而能用。祇求靈活身腰。冀强國强種之功效而已。但不練則已。既然練劍。仍宜揣其攻守之意。進退之方。兵可百年不用。不可一日無備。劍法可終身不用。今既練習。則不可不知。茲將龍形劍法之十一字分述如下。

Le Hanshu (前漢書), chapitre trentième, « Traité des arts et lettres » (藝文 志) dixième section, consigne trente-huit chapitres sur la Voie de l’épée (劍道), six chapitres sur le combat à mains nues (手搏) et vingt-cinq chapitres sur le jeu de balle (蹵鞠) ; à droite : les « habiles dans les armes », treize écoles, cent quatre-vingt-dix-neuf chapitres. Les « habiles » sont ceux qui exercent mains et pieds, manient les armes et accumulent les artifices pour établir la victoire en attaque comme en défense.

Mais Yan Shigu (顏師古), en compilant cette bibliographie, n’en a retenu que l’essentiel et n’a noté qu’en passant le nombre des chapitres, faute de pouvoir en savoir davantage, tant les temps sont anciens. Il en va de même des deux chapitres de la méthode de tir de la porte Feng (逢門射法) ou des quatre chapitres de la méthode de tir au fil de Puju zi (蒲沮子弋法) : on ne peut plus les vérifier. On voit par là que les livres d’arts martiaux de notre pays se sont perdus depuis longtemps — et pas seulement ceux qui traitent de la Voie de l’épée.

Il est pourtant, transmis de maître à disciple jusqu’à nos jours, des textes qui subsistent : ainsi, dans la dernière partie du Nouveau livre des méthodes efficaces (紀效新書), le « Classique de l’épée » (劍經), qui conserve encore figures, explications et annotations. Notre pays a beau avoir laissé ses talents uniques se transmettre de façon incomplète, on en aperçoit ici un reflet.

En ce temps-là, ce qu’on appelait « art de l’épée » englobait le sabre, la lance, la flèche, le bâton et diverses armes courtes : il ne désignait pas nécessairement la seule technique de l’épée. Qu’est-ce donc que la technique de l’épée ? C’est, en suivant la raison qui lui est propre et la tendance qui lui est nécessaire, de fixer la direction de l’aller et du retour et de distinguer les intentions du haut et du bas : voilà ce qu’on appelle une méthode.

Les méthodes anciennes diffèrent des modernes : l’épée antique avait un anneau à son extrémité, auquel on pouvait attacher une corde — de près on piquait, de loin on lançait. Les épées des générations suivantes atteignirent cinq ou six pieds et se maniaient le plus souvent à deux mains. La méthode qu’on en dansait ne comportait que quatre caractères — parer, laver, frapper, piquer —, grossiers et peu explicites ; mais les huit méthodes de l’épée courte des générations suivantes — fendre, lever, essuyer, piquer, tirer, porter, traverser, renverser — sont toutes issues de ces quatre caractères. Des quatre on passa à huit, puis à treize, puis à vingt-quatre techniques d’épée, jusqu’à quarante-quatre, quatre- vingt-huit et cent soixante-seize. Toutes se transforment librement, au gré du désir.

Aussi la méthode ne cherche-t-elle pas le nombre : l’essentiel est d’obtenir la méthode et de pouvoir s’y exercer. Obtenir la méthode n’est pas difficile ; la difficulté est de s’y exercer jusqu’à pouvoir l’employer. Il est tel, dans le monde, qui a lu dix mille livres sans pouvoir écrire une seule lettre : cela se rencontre à foison.

Le but de l’entraînement à l’épée, aujourd’hui, n’est pas d’abord de s’exercer jusqu’à pouvoir employer la méthode ; on ne cherche qu’à rendre la taille et les reins souples et agiles, dans l’espoir de fortifier le pays et la race. Mais si l’on ne s’entraîne pas, à quoi bon ? Puisqu’on s’entraîne à l’épée, il faut encore peser l’intention de l’attaque et de la défense et la direction de l’avance et du recul. Une armée peut n’être pas appelée au combat pendant cent ans, mais elle ne doit pas passer un seul jour sans être prête ; on peut n’avoir pas besoin de la technique de l’épée de toute sa vie, mais puisqu’on s’y exerce maintenant, on ne peut l’ignorer. Voici donc, une à une, les onze techniques de l’Épée en forme de dragon.

Décomposition de la méthode (劍法分解)

龍形劍法。為劈撩斬抹掤托鈎挂提刺扎十一字。舞劍之時。右臂多平推平起。右腕宜搖挽生花。如是則劍柄似乎不甚動。而劍尖則迴環上下。左右前後。圓轉自如。風飛電掣。而無絲毫濡滯之勢矣。因龍形劍法。用劍尖居多。而用劍身時甚少。務宜氣發尾閭。勁貫劍尖。合伸縮為進退之法。以迴環分順逆之勢。有抑有揚。無斷無間。似開而復合。或擋後而迎前。明中有暗。暗中亦有明。既欲意先劍後。又要神寄劍身。隨其形以變化。順其勢而飛騰。劍與身法步相連。劍即是手。手即是劍。則不知手中之有劍矣。意行於筋絡之間。意即是氣。氣即是意。則絕無板笨之形矣。苟能心領神會。熟極而流。自合劍術之道覈。是在習者之慧心領悟耳。兹將十一字分別述之如下。

La méthode de l’Épée en forme de dragon compte onze caractères : 劈 fendre, 撩 lever, 斬 trancher, 抹 essuyer, 掤 parer en remontant, 托 soutenir, 鈎 crocheter, 挂 accrocher, 提 porter, 刺 piquer, 扎 frapper de pointe.

Quand on danse l’épée, le bras droit la plupart du temps pousse et lève à plat, tandis que le poignet droit doit agiter et enrouler en floraisons vives. Ainsi la poignée paraît presque immobile, mais la pointe décrit des cercles, monte et descend, va à gauche et à droite, en avant et en arrière, tournant librement, dans un vol de vent et un éclair — sans le moindre retard de l’élan. Comme la méthode de l’Épée en forme de dragon se sert surtout de la pointe et rarement de la lame, il faut absolument que le souffle parte du bas du dos et que la force traverse jusqu’à la pointe. Faire de l’extension et de la contraction les procédés de l’avance et du recul ; des enroulements, la distinction du sens et du contresens. Il y a de l’abaissement et de l’élévation, ni rupture ni intervalle : cela semble s’ouvrir et se refermer aussitôt, ou bloquer derrière et recevoir devant. Le clair contient l’obscur, l’obscur aussi contient le clair. L’intention précédant l’épée, l’esprit doit en outre habiter la lame. Suivre sa forme pour se transformer, suivre son élan pour s’envoler.

Les techniques de l’épée, la méthode du corps et celle du pas sont liées l’une à l’autre : l’épée est la main, la main est l’épée — et l’on en vient à ne plus savoir qu’il y a une épée dans la main. L’intention circule dans l’espace des tendons et des vaisseaux : l’intention est le souffle, le souffle est l’intention — et il n’y a plus trace de raideur ni de lourdeur. Si l’on peut saisir tout cela par le cœur, s’exercer jusqu’à la plus grande aisance, on s’accordera de soi- même au noyau de l’art de l’épée : cela dépend de la perspicacité de chacun. Voici donc, une à une, les onze techniques.

劈

劈 — FENDRE. 提勁於劍身中部。由上向下。謂之劈。有左劈右劈。前劈後劈。右手均是虎口朝前。掌心朝後。

Porter la force au milieu de la lame. Aller du haut vers le bas s’appelle fendre. Il y a le fendre à gauche et à droite, en avant et en arrière ; dans tous les cas, la gueule du tigre de la main droite est tournée vers l’avant et la paume vers l’arrière.

撩

撩 — LEVER. 提勁於劍尖前部。由下向上。謂之撩。有左撩右撩。反撩倒撩。左撩右撩均是正腕。反撩倒撩均是反腕。

Porter la force à la partie antérieure de la pointe. Aller du bas vers le haut s’appelle lever. Il y a le lever à gauche et à droite, le contre-lever et le lever renversé ; le lever à gauche et à droite se font poignet droit, le contre- lever et le lever renversé se font poignet retourné.

斬

斬 — TRANCHER. 提勁於劍身中部。由外向裏。謂之斬。如由右方向左方横斬或斜斬。均是掌心朝上。手背向下。虎口朝前。

Porter la force au milieu de la lame. Aller de l’extérieur vers l’intérieur s’appelle trancher. Que l’on tranche de droite à gauche, à l’horizontale ou en biais, dans tous les cas la paume est tournée vers le haut, le dos de la main vers le bas, et la gueule du tigre vers l’avant.

抹

抹 — ESSUYER. 提勁於劍尖前中部。由裏向外。謂之抹。如由左右向外抹。亦有由左向右外抹時。用正腕。掌心朝上者。亦或用反腕。掌心朝下者。皆可。

Porter la force à la partie antérieure et médiane de la pointe. Aller de l’intérieur vers l’extérieur s’appelle essuyer. Que l’on essuie de gauche à droite ou de droite à gauche vers l’extérieur, on peut le faire poignet droit, la paume tournée vers le haut, ou bien poignet retourné, la paume tournée vers le bas : l’un et l’autre sont bons.

掤

掤 — PARER EN REMONTANT. 提勁於劍尖前方。陡然向上。謂之掤。如順勢上掤左掤右掤。均由正腕。虎口朝上。此係專為掤開敵械而用。

Porter la force devant la pointe, puis brusquement vers le haut : c’est parer en remontant. Selon l’élan, on pare en remontant en haut, à gauche ou à droite ; chaque fois on part du poignet droit, la gueule du tigre tournée vers le haut. Cette technique sert spécialement à écarter l’arme de l’adversaire.

托

托 — SOUTENIR. 提勁於劍根後上方。逆勢反接。謂之托。如劍横身右。虎口朝外。掌心迎胸。由下向上。此法專為敵械近身而用。

Porter la force au talon de la lame, à l’arrière et au-dessus. Aller contre l’élan et recevoir à rebours s’appelle soutenir. Quand la lame est en travers vers la droite, la gueule du tigre est tournée vers l’extérieur et la paume vers la poitrine ; on va du bas vers le haut. Cette méthode sert spécialement lorsque l’arme de l’adversaire approche du corps.

鈎

鈎 — CROCHETER. 提勁於劍尖之上。由後下方絞起。謂之鈎有左鈎右鈎。左鈎時掌心向右。右鈎時仰腕朝上。

Porter la force au-dessus de la pointe. Tordre et monter depuis l’arrière-bas s’appelle crocheter. Il y a le crocheter à gauche et à droite : au crocheter à gauche, la paume est vers la droite ; au crocheter à droite, le creux du poignet est tourné vers le haut.

挂

挂 — ACCROCHER. 提勁於劍尖前裏鋒。由右上方向左下方。謂之挂虎口朝左後方。掌心朝前下方。此法專為擊落敵人器械而用。

Porter la force à la pointe et au tranchant antérieur intérieur. Aller du haut- droite vers le bas-gauche s’appelle accrocher ; la gueule du tigre est tournée vers l’arrière gauche et la paume vers l’avant-bas. Cette méthode sert spécialement à faire tomber l’arme de l’adversaire.

提

提 — PORTER. 提勁於劍尖。劍柄在上。劍尖朝下謂之提。由左上方向右前下方。虎口朝下。掌心朝外。此法用截取敵人手腕。

Porter la force à la pointe. Poignée en haut et pointe en bas s’appelle porter. On va du haut-gauche vers le bas-droite en avant, la gueule du tigre tournée vers le bas et la paume vers l’extérieur. Cette méthode sert à couper le poignet de l’adversaire.

刺

刺 — PIQUER. 提勁於劍身。劍鋒朝上下。勁貫劍尖。立直向前則為刺。虎口朝前。掌心朝左或朝右。分上刺喉。中刺心。下刺腹

Porter la force à la lame. Les tranchants regardent le haut et le bas, et la force traverse jusqu’à la pointe. Aller droit devant, lame verticale, s’appelle piquer : la gueule du tigre est vers l’avant, la paume vers la gauche ou vers la droite. On distingue : en haut, piquer la gorge ; au milieu, piquer le cœur ; en bas, piquer le ventre.

扎

扎 — FRAPPER DE POINTE. 提勁於劍身。鋒朝左右。勁貫劍尖。匾平向前則為扎。此係仰腕。掌心朝上。掌背朝下。

Porter la force à la lame. Les tranchants regardent à gauche et à droite, et la force traverse jusqu’à la pointe. Aller devant, lame à plat, s’appelle frapper de pointe : ici le creux du poignet est vers le haut, la paume vers le haut et le dos de la main vers le bas.

舞劍之法。其腕欲柔如綿絮。其活欲勢若游龍。其直欲硬如鋼鐵。其快欲疾如閃電。尤須肩腰相乘。手步相隨。心眼相照則顛之倒之。撩之斬之。伸之縮之。點之啄之無不圎轉如意矣。

Dans la manière de danser l’épée, le poignet doit être souple comme du coton, la vivacité doit avoir l’allure d’un dragon qui nage, la rectitude doit être dure comme l’acier, la vitesse doit être prompte comme l’éclair. Il faut surtout que l’épaule et les reins s’entraînent l’un l’autre, que la main et le pas se suivent l’un l’autre, que le cœur et l’œil s’éclairent l’un l’autre : alors renverser et retourner, lever et trancher, étendre et contracter, toucher et piquer, tout s’accomplit au gré du souhait.

劍與他種兵器不同。譬如刀有一面鋒刄。能走上下左右前後六面。而劍則能左右前後上下八面。手腕微轉。則前後能施畧一迴環。則上下皆顧。或上掤下提。或下斬平抹。得步進步。遇空即補。所謂三尺短鋒。勝是長槍大戟。古之豪傑。輒多練此以成名。即因其迴異乎凡器也。

L’épée diffère des autres armes. Le sabre, par exemple, n’a qu’un tranchant et peut agir dans six directions : haut, bas, gauche, droite, avant, arrière. L’épée, elle, peut agir dans huit directions : gauche, droite, avant, arrière, haut, bas. D’un léger tour de poignet, l’avant et l’arrière peuvent être servis ; d’un seul enroulement, le haut et le bas sont également pourvus. Tantôt parer en remontant et porter en descendant, tantôt trancher en bas ou essuyer à plat : on saisit l’occasion pour avancer, on comble chaque ouverture. C’est pourquoi l’on dit qu’une lame courte de trois pieds l’emporte sur la longue lance et la grande hallebarde. Les héros de l’Antiquité s’y exerçaient souvent et s’en firent un nom, précisément parce qu’elle répond d’une manière qui n’appartient pas aux armes communes.

善舞其劍者。妙用使人不能測。伸縮使人不能防一步快一步。一劍緊一劍。其跳躍也勢若飛騰。其懸繚也形如流電。其於練劍之初。心堅志定。不避寒暑無間無斷。會精聚神。揣摩用法。研究真理。刻苦加功。於靜中求動。動中求靜。養元氣。活血脉。保精神。戒房事。慎飲食。去雜念。其愛劍也視同生命。故劍亦樂為其所用。今人未見有愛劍如己身者。故人不重視其劍。而劍亦不為人所用矣。世有伯樂而後有千里馬。世無識干將莫邪者。干將莫邪亦不為世人所見。即雖有之。凡夫肉眼。亦視同頑鐵等爾。噫。惜哉。

Chez qui danse bien l’épée, l’usage merveilleux empêche l’adversaire de prévoir : extension et contraction ne lui laissent aucune défense, un pas plus rapide qu’un pas, une épée plus serrée qu’une épée. Ses bonds ont l’élan de l’envol, ses enroulements l’aspect de la foudre ; au début de l’entraînement, le cœur est ferme et la volonté arrêtée, on ne fuit ni le froid ni le chaud, sans interruption ni rupture ; on rassemble son essence et concentre son esprit, on soupèse les applications, on étudie la vraie raison, on redouble d’effort : dans le calme on cherche le mouvement, dans le mouvement le calme. On nourrit l’énergie originelle, on vivifie le sang, on préserve l’esprit, on s’abstient des plaisirs du lit, on surveille son alimentation, on écarte les pensées confuses. On aime son épée comme sa propre vie : aussi l’épée se plaît-elle à servir. On ne voit plus aujourd’hui d’homme aimant son épée comme soi-même : voilà pourquoi l’on ne prend plus son épée au sérieux, et l’épée ne sert plus. Le monde n’a un Bo Le que parce qu’il a un coursier de mille lieues ; faute d’un connaisseur des Gan Jiang et des Mo Ye, ceux-ci ne se montrent plus au monde, et même s’ils existaient, l’œil nu du commun les prendrait pour un morceau de fer brut. Hélas, quel dommage.

昔人有論劍法。擬之以書法者。書法有八法。用永字分剖以解之。劍法亦有八法。亦以永字比之。

Les anciens, en discutant de la technique de l’épée, l’ont comparée à la calligraphie : la calligraphie a huit principes, qu’on explique en décomposant le caractère 永. La technique de l’épée a elle aussi huit principes, que l’on compare de même au caractère 永.

(一)丶則為刺。 (1) un point → piquer. (二)ˊ則為撩。 (2) un trait montant → lever. (三)乛則為斬。 (3) un trait tournant → trancher. (四)一則為掤。 (4) un trait horizontal → parer en remontant. (五)丨則為劈。 (5) un trait vertical → fendre. (六)亅則為鈎。 (6) un crochet → crocheter. (七)丿則為提。 (7) un trait courbé à gauche → porter. (八)乀則為抹。 (8) un trait courbé à droite → essuyer.

此外如扎則與刺相同。挂則與提相若。托則與掤相似。更有以抽揭點砍橫倒削摸為字訣用法者。總不外乎八法而已。

Du reste, le frapper de pointe équivaut au piquer, l’accrocher au porter, le soutenir au parer en remontant. D’autres encore tiennent pour mots-clés tirer, soulever, toucher, hacher, traverser, renverser, raboter et toucher du plat : tout cela ne sort pas des huit principes.

方今之世。以劍術著名者。莫李將軍景林若。將軍字芳宸。河北人。善武當劍劍法有十三式。以十三字名之。曰抽曰帶曰提曰格曰擊曰刺曰點曰崩曰攪曰壓曰劈曰截曰洗。亦猶之武當拳十三勢之采挒肘靠掤捋擠按前進後退左顧右盼中定也。其術劍之要點。以劍術一道。全慿乎神神足而成道。練精化氣練氣化神。練神成道。劍神合一。是近道矣。內練陰陽中和之氣。習之者當以無陋為先。保精養氣。甯神抱一。先習拳術為基礎。其步法手法須學八卦之輕靈便捷。其身法腰法須學太極之含胸拔背。沉肩曲肘。頭頂虚靈。鬆腰活腕。氣沉丹田。力由脊發。進則上下相垂退。則捷步如飛。出劍之精神。如形意拳之勇往直前。有進無退。敵劍一動。我劍已到着矣。其全路劍法之精深如此。自非稍習皮毛者所能望其頎背。是合內家各種拳術之專長而神化者也。

En notre temps, personne n’est plus célèbre dans l’art de l’épée que le général Li Jinglin, dont le nom de courtoisie est Fangchen, originaire du Hebei. Il excelle dans l’épée du Wudang, dont la méthode compte treize figures désignées par treize caractères : 抽 tirer, 帶 emmener, 提 porter, 格 parer, 擊 frapper, 刺 piquer, 點 toucher, 崩 faire éclater, 攪 remuer, 壓 presser, 劈 fendre, 截 trancher net, 洗 laver. C’est le pendant des treize dynamismes de la boxe du Wudang : 采 plumer, 挒 déchirer, 肘 coude, 靠 s’appuyer, 掤 parer en remontant, 捋 tirer en glissant, 擠 presser, 按 appuyer, avancer, reculer, regarder à gauche, regarder à droite, se tenir au centre.

L’essentiel de son art de l’épée tient à ce que « la Voie de l’épée repose entièrement sur l’esprit : quand l’esprit est suffisant, la Voie s’accomplit. Affiner l’essence pour la transformer en souffle, affiner le souffle pour le transformer en esprit, affiner l’esprit pour accomplir la Voie : épée et esprit unis, l’on approche de la Voie. À l’intérieur, on cultive le souffle de l’équilibre du yin et du yang. Le pratiquant doit avant tout éviter la grossièreté : préserver l’essence et nourrir le souffle, apaiser l’esprit et embrasser l’un. On commence par la boxe comme fondement. Pour les pas et les mains, il faut apprendre la légèreté et l’aisance du bagua ; pour le corps et les reins, il faut apprendre du taiji à rentrer la poitrine et tirer le dos, à abaisser les épaules et fléchir les coudes, à tenir le sommet de la tête léger et vide, à détendre les reins et assouplir les poignets, à faire descendre le souffle au champ de cinabre, à faire partir la force de l’échine. En avançant, le haut et le bas retombent ensemble ; en reculant, le pas est vif comme le vol. L’esprit qui sort avec l’épée est celui du xingyi, qui va hardiment de l’avant sans jamais reculer : au premier mouvement de l’épée adverse, mon épée est déjà arrivée. »

Telle est la profondeur de toute sa méthode. À moins de n’en effleurer que l’écorce, on ne peut espérer en atteindre la nuque. C’est l’union, transfigurée par l’esprit, des talents particuliers des diverses boxe internes.

芳宸將軍又云。練劍有五戒。

Le général Fangchen dit encore : « À l’entraînement de l’épée, il y a cinq interdits. »

(一)戒色慾。因學劍者首重精神。有精而後有氣。有氣而後有力。有力而後有神。故宜保精養氣。節慾養生。

(1) S’abstenir des désirs de la chair. L’élève de l’épée fait passer l’esprit avant tout : l’essence étant là, le souffle vient ; le souffle étant là, la force vient ; la force étant là, l’esprit vient. Aussi faut-il préserver l’essence, nourrir le souffle, modérer les désirs et entretenir la vie.

(二)戒殘暴。學習者首重德行。干城衛國。除暴安良澤及當時。名留後世。切勿用於為非叛逆好勇鬬狠等事。

(2) S’abstenir de la cruauté. L’élève fait passer la vertu avant tout. Être rempart de la cité et gardien de l’État, écarter la violence, apaiser les bons, répandre sa bienfaisance sur son temps et laisser son nom à la postérité. Garde- toi de l’employer à mal faire, à la rébellion, à la bravade et à la férocité.

(三)戒躐等。習劍者須由淺而深。由簡而繁。先練眼法身法手法步法。此為外四要。次練胆力內勁速力沉着。此為內四要。按級習練。先求開展。後求緊凑。循序漸進。方臻妙用。

(3) S’abstenir de brûler les étapes. L’élève de l’épée doit aller du simple au profond, du facile au complexe. D’abord exercer la méthode de l’œil, du corps, de la main et du pas : ce sont les quatre essentiels externes. Ensuite exercer le courage, le jin interne, la vitesse et le sang-froid : ce sont les quatre essentiels internes. S’entraîner par degrés : d’abord chercher le déploiement, ensuite la compacité ; progresser dans l’ordre, et seulement alors atteindre la merveille de l’usage.

(四)戒過分。人身精力有限。有練劍疲勞之時。即須有保精休養之法。精神飽滿。則功夫隨之長進。故太饑太飽之時。均非所宜。

(4) S’abstenir de l’excès. L’énergie du corps humain est limitée ; quand l’entraînement fatigue, il faut aussitôt des méthodes pour préserver l’essence et se reposer. Quand l’esprit est plein, le gongfu progresse avec lui. Aussi les moments de trop grande faim ou de trop grande satiété ne conviennent-ils pas.

(五)戒無恆。學劍者當有堅毅心。勇敢心。孔子曰。人而無恆。不可以作巫醫。況練劍乎。勿因身弱而自餒。勿因質鈍而中止。勿因事繁而中輟。勿為環境而中斷。有志者事竟成。願學者三復斯言云。

(5) S’abstenir du manque de constance. L’élève de l’épée doit avoir un cœur ferme et un cœur courageux. Confucius a dit : « Un homme sans constance ne peut même pas être médecin-chamane. » À plus forte raison pour pratiquer l’épée ! Ne te décourage pas parce que ton corps est faible, ne t’arrête pas parce que ton naturel est lent, ne t’interromps pas parce que tes affaires sont nombreuses, ne romps pas à cause du milieu. Qui a la volonté mène son affaire à bien. Je souhaite que les élèves méditent ces paroles trois fois.

此為千古不易之言。吾願習龍形劍者。亦應奉此言為圭臬。故記錄於此。非敢掠他人之美也。

Ce sont des paroles immuables à travers les âges. Je souhaite que ceux qui pratiquent l’Épée en forme de dragon les tiennent pour règle ; c’est pourquoi je les consigne ici — je n’ose m’attribuer la beauté d’autrui.

余嘗聞之前輩有云。鑄劍之法。須用馬蹄鐵馬鈴鐵車輪鐵為最佳。馬蹄鐵者。騾馬蹄下極滑將穿之銕。或破壞自落之鐵也。馬鈴鐵者。驢馬頸下響鈴中搖撞之鐵胆也。車輪鐵者。車輪圈環自磨損壞之鐵也。取其久經磨鍊。火氣化盡。與運用純熟也余問何以不用鍊成之鋼鑄之。豈不較之易購乎彼云現煉之鋼條。其性脆而不柔。惟所煉之鋼。能硬能軟。兼有挺勁而不易屈。普通鑄劍之法。用銕一觔。成鋼一兩。約十五斤煉成十五兩。將劍造成之後。務宜親手持磨。方能合手而無長短輕重之弊。切不可假手他人代磨。致不應手。是為用劍者不可不知之祕法也。

J’ai entendu jadis les anciens dire : pour la fonte des épées, le meilleur est d’employer le fer de fer à cheval, le fer de clochette et le fer de roue. Le fer de fer à cheval, c’est le fer des sabots de mulets et de chevaux, tout usé et glissant, près d’être percé, ou le fer qui se détache de lui-même. Le fer de clochette, c’est le battant de fer qui s’agite dans la clochette pendue au cou des ânes et des chevaux. Le fer de roue, c’est le fer de la jante usé par son propre frottement. On le prend parce que, longtemps éprouvé, son feu est entièrement éteint et son usage parfaitement rodé. Je demandai pourquoi l’on ne fondait pas l’épée avec de l’acier déjà affiné — ne serait-il pas plus facile à acheter ? Il dit : les barres d’acier fraîchement affiné sont cassantes et non souples ; seul l’acier ainsi affiné sait être dur et mou, et possède une vigueur qui ne plie pas facilement. La méthode ordinaire de fonte : une livre de fer donne une once d’acier ; environ quinze livres s’affinent en quinze onces. L’épée une fois achevée, il faut absolument la repasser soi-même de la main, pour qu’elle s’accorde à la main sans défaut de longueur, de poids ou de légèreté. Garde-toi de la confier à la main d’un autre pour le repassage, qui la rendrait rétive à la main. C’est le secret que tout manieur d’épée ne doit pas ignorer.

Table des postures illustrées (龍形劍姿勢圖解目錄)

第一動作 立正提劍 第二動作 仙人擔衣 第三動作 獅子望球 第四動作 仙人指路 第五動作 犀牛望月 第六動作 烏龍入洞 第七動作 立馬聼風 第八動作 古樹盤根 第九動作 青龍翻身 第十動作 鳳凰點頭 第十一動作 夜叉探海 第十二動作 拗步鈎挂 第十三動作 青龍探爪 第十四動作 夜叉探海 第十五動作 倒劈華山 第十六動作 烏龍擺尾 第十七動作 烏龍絞珠 第十八動作 烏龍擺尾 第十九動作 金雞獨立 第二十動作 拗步鈎挂 第二十一動作 懷中抱月 第二十二動作 夜叉探海 第二十三動作 玉女穿針 第二十四動作 就地生風 第二十五動作 白猿偷桃 第二十六動作 脇下藏劍 第二十七動作 鷂子翻身 第二十八動作 金龍盤玉柱 第二十九動作 蹲身挂立 第三十動作 仙人撩雲 第三十一動作 金雞獨立 第三十二動作 野馬奔槽 第三十三動作 金雞上樹 第三十四動作 仙人伸腰 第三十五動作 烏龍擺尾 第三十六動作 朝天一柱香 第三十七動作 丹鳳朝陽 第三十八動作 烏龍吐霧 第三十九動作 金雞獨立 第四十動作 鳳凰穿梭 第四十一動作 太公鈎魚 第四十二動作 拗步鈎挂 第四十三動作 青龍探爪 第四十四動作 夜叉探海 第四十五動作 玉女穿梭 第四十六動作 猛虎歸山 第四十七動作 龍王三潮水 第四十八動作 太子站江邊

  1. 立正提劍 — Au garde-à-vous, l’épée levée
  2. 仙人擔衣 — L’immortel porte son vêtement
  3. 獅子望球 — Le lion regarde la boule
  4. 仙人指路 — L’immortel indique le chemin
  5. 犀牛望月 — Le rhinocéros contemple la lune
  6. 烏龍入洞 — Le dragon noir entre dans la grotte
  7. 立馬聼風 — Le cheval arrêté écoute le vent
  8. 古樹盤根 — Le vieil arbre enlace ses racines
  9. 青龍翻身 — Le dragon bleu se retourne
  10. 鳳凰點頭 — Le phénix hoche la tête
  11. 夜叉探海 — Le yaksa sonde la mer
  12. 拗步鈎挂 — Pas croisé, crocheter et accrocher
  13. 青龍探爪 — Le dragon bleu tend la griffe
  14. 夜叉探海 — Le yaksa sonde la mer
  15. 倒劈華山 — Fendre à revers le mont Hua
  16. 烏龍擺尾 — Le dragon noir bat de la queue
  17. 烏龍絞珠 — Le dragon noir enlace la perle
  18. 烏龍擺尾 — Le dragon noir bat de la queue
  19. 金雞獨立 — Le coq d’or se tient sur une patte
  20. 拗步鈎挂 — Pas croisé, crocheter et accrocher
  21. 懷中抱月 — Embrasser la lune contre sa poitrine
  22. 夜叉探海 — Le yaksa sonde la mer
  23. 玉女穿針 — La jeune fille enfile l’aiguille
  24. 就地生風 — Sur place, soulever le vent
  25. 白猿偷桃 — Le singe blanc dérobe la pêche
  26. 脇下藏劍 — Cacher l’épée sous l’aisselle
  27. 鷂子翻身 — L’épervier se retourne
  28. 金龍盤玉柱 — Le dragon d’or enlace la colonne de jade
  29. 蹲身挂立 — S’accroupir, se tenir comme suspendu
  30. 仙人撩雲 — L’immortel remue les nuages
  31. 金雞獨立 — Le coq d’or se tient sur une patte
  32. 野馬奔槽 — Le cheval sauvage court à l’auge
  33. 金雞上樹 — Le coq d’or monte au tronc
  34. 仙人伸腰 — L’immortel étire ses reins
  35. 烏龍擺尾 — Le dragon noir bat de la queue
  36. 朝天一柱香 — Un bâtonnet d’encens dressé vers le ciel
  37. 丹鳳朝陽 — Le phénix vermeil affronte le soleil
  38. 烏龍吐霧 — Le dragon noir crache la brume
  39. 金雞獨立 — Le coq d’or se tient sur une patte
  40. 鳳凰穿梭 — Le phénix lance la navette
  41. 太公鈎魚 — Le Grand Duc pêche à la ligne
  42. 拗步鈎挂 — Pas croisé, crocheter et accrocher
  43. 青龍探爪 — Le dragon bleu tend la griffe
  44. 夜叉探海 — Le yaksa sonde la mer
  45. 玉女穿梭 — La jeune fille lance la navette
  46. 猛虎歸山 — Le tigre féroce retourne à la montagne
  47. 龍王三潮水 — Le roi-dragon soulève trois fois l’eau
  48. 太子站江邊 — Le prince se tient au bord du fleuve

Explication illustrée des postures (龍形劍姿勢圖解)

第一動作 立正提劍 — Mouvement 1 : Au garde-à-vous, l’épée levée

假定正面朝南。身體立正。左手揑訣。二指三指挺伸。大指按着四指五指。指尖屈貼掌心。手背朝上。指尖向前。兩膀垂直。右手握劍。緊貼胯旁。劍鋒朝上下。劍尖朝前。目光前視。

On suppose que l’on fait face au sud. Le corps se tient droit. La main gauche forme le jue : l’index et le majeur tendus, le pouce appuyé sur l’annulaire et l’auriculaire, le bout de ces doigts replié contre la paume, le dos de la main vers le haut, les doigts vers l’avant. Les deux bras pendent verticalement. La main droite tient l’épée, serrée contre la hanche ; les tranchants regardent le haut et le bas, la pointe vers l’avant. Le regard va droit devant.

Mouvement 1 : au garde-à-vous, l’épée levée, face au sud ; les repères 南北東西 et 左右 figurent sur chaque planche

[Sur chaque planche figurent les repères d’orientation : 南 « sud » est l’espace devant vous dans cette première posture, 北 « nord » derrière, 東 « est » à gauche, 西 « ouest » à droite. Votre gauche, votre droite, votre avant et votre arrière tourneront au fil de l’enchaînement, mais ces directions garderont la valeur qu’elles ont dans cette première posture. Les membres sont repérés par 左 gauche et 右 droite.]

第二動作 仙人擔衣 — Mouvement 2 : L’immortel porte son vêtement

左足向左方旁橫進一步。同時左手由下向左旁方提平。高與肩齊。再將右足向左足併攏。同時將左手微抬。收囘胸前。目光左視。揑訣不變。再將右足向右前方一步。左足向右足併攏。左手由胸前向下向左旁方指出平抬。形如下圗。以上各動作。均要一氣呵成。

Le pied gauche avance d’un pas de côté vers la gauche. En même temps, la main gauche monte de bas en haut sur le côté gauche jusqu’à l’horizontale, à hauteur d’épaule. Puis le pied droit vient se joindre au pied gauche ; en même temps, la main gauche s’élève légèrement et se retire devant la poitrine, le regard allant à gauche, le jue inchangé. Puis le pied droit fait un pas vers l’avant-droit et le pied gauche vient le rejoindre ; la main gauche descend de devant la poitrine et se tend vers le côté gauche, à l’horizontale, comme sur la figure ci-dessous. Tous ces mouvements doivent s’enchaîner d’un seul souffle.

Mouvement 2 : l’immortel porte son vêtement

第三動作 獅子望球 — Mouvement 3 : Le lion regarde la boule

右足一提。隨時落下。左腿向左旁方伸直。身體右蹲。同時左手訣指。點落右手手腕脈門之上。右手抬起。高與右額角相平。將劍鋒朝上下。手心朝前。劍尖指左。將劍橫置腦額頂上。目光左視。形如下圗。

Le pied droit se lève puis retombe aussitôt ; la jambe gauche s’étend sur le côté gauche et le corps s’accroupit à droite. En même temps, les doigts en jue de la main gauche se posent sur le pouls du poignet droit ; la main droite se lève jusqu’à hauteur de l’angle droit du front, les tranchants regardant le haut et le bas, la paume vers l’avant, la pointe de la lame vers la gauche ; l’épée est posée en travers au-dessus du front. Le regard va à gauche. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 3 : le lion regarde la boule

第四動作 仙人指路 — Mouvement 4 : L’immortel indique le chemin

身腰步劍。均仍照前勢不動。將貼在右腕左訣。向左方指出。臂與肩平。目光左視。身腰微向左轉。成左弓右箭步。兩足不動。右手將劍落下。由胸前向左前方刺出。虎口朝上。左訣仍貼右手脈門。形如下圗。

Corps, reins, pas et épée restent immobiles comme dans la posture précédente. Le jue gauche, qui touchait le poignet droit, se tend vers la gauche, le bras à hauteur d’épaule ; le regard va à gauche. Le corps et les reins tournent légèrement vers la gauche, en posture d’arc à gauche et de flèche à droite, sans que les pieds bougent. La main droite abaisse l’épée et pique vers l’avant-gauche depuis la poitrine, la gueule du tigre vers le haut ; le jue gauche reste sur le pouls de la main droite. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 4 : l’immortel indique le chemin

第五動作 犀牛望月 — Mouvement 5 : Le rhinocéros contemple la lune

將劍尖由上向右旁方一挂。同時身腰右轉左蹲。成右足在前伸直。左足在後蹲坐勢。力聚腰胯。目光右視劍尖。右肘緊貼右肋。劍把緊抱胸前左手訣指。仍貼右手脈門。形如下圗。

La pointe de l’épée va du haut vers le côté droit en un accrocher. En même temps, le corps et les reins tournent à droite et l’on s’accroupit à gauche, en posture du pied droit tendu devant et du pied gauche accroupi derrière ; la force se rassemble dans les reins et le bassin. Le regard suit la pointe, à droite. Le coude droit serre les côtes droites, la poignée de l’épée est serrée devant la poitrine, et les doigts en jue de la main gauche restent sur le pouls de la main droite. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 5 : le rhinocéros contemple la lune

第六動作 烏龍入洞 — Mouvement 6 : Le dragon noir entre dans la grotte

身體向右前方一移。成右弓左箭步。同時左手指訣提上。置於左額門上。右手將劍向前平刺。虎口朝上。目光前視。形如下圗。

Le corps se déplace vers l’avant-droit, en posture d’arc à droite et de flèche à gauche. En même temps, la main gauche en jue s’élève et se place au-dessus de la tempe gauche ; la main droite pique l’épée à plat vers l’avant, la gueule du tigre vers le haut. Le regard va droit devant. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 6 : le dragon noir entre dans la grotte

第七動作 立馬聼風 — Mouvement 7 : Le cheval arrêté écoute le vent

右足尖向右外方一磨。身腰右轉。左足向右上步。此時正面朝北。成馬襠勢蹲下。同時右臂微抬。將劍右抽。橫與眉齊。左手訣指。遙指劍尖。在劍端前下方二寸許。目光上視劍身。形如下圗。

La pointe du pied droit pivote vers l’extérieur droit, le corps et les reins tournent à droite, et le pied gauche fait un pas vers la droite. On fait alors face au nord et l’on s’accroupit en posture du cavalier (馬襠勢). En même temps, le bras droit s’élève un peu et tire l’épée vers la droite, en travers, à hauteur des sourcils ; les doigts en jue de la main gauche pointent de loin la pointe de l’épée, à deux pouces environ devant et au-dessous de celle-ci. Le regard remonte vers la lame. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 7 : le cheval arrêté écoute le vent

第八動作 古樹盤根 — Mouvement 8 : Le vieil arbre enlace ses racines

右足尖抬起。後跟落地。足尖向右後方一磨。左足後跟提起。足尖貼地。後跟向左後方磨。身面由北轉東向南。再向西北。足在原地未動。此時成兩腿成盤絲步。右股貼坐左小腿之上。右足在左落實。左足在後。足跟微抬。同時將劍隨身腰順勢轉向右後方下抹。劍尖朝西北方。離地二三寸許。左手訣指護腦。目光向右下方視劍尖。形如下圗。

La pointe du pied droit se lève, puis le talon se pose et la pointe pivote vers l’arrière-droit. Le talon gauche se soulève, la pointe restant au sol, et le talon pivote vers l’arrière-gauche. Le corps et le visage passent du nord à l’est, au sud, puis au nord-ouest ; les pieds n’ont pas quitté leur place. Les deux jambes forment alors le pas de la soie enroulée (盤絲步) : la cuisse droite s’assied sur le mollet gauche, le pied droit prenant l’appui à gauche, le pied gauche derrière, talon légèrement levé. En même temps, l’épée suit l’élan du corps et des reins, tourne vers l’arrière-droit et essuie vers le bas, la pointe regardant le nord-ouest, à deux ou trois pouces du sol. Les doigts en jue de la main gauche protègent la tête. Le regard descend vers la droite, vers la pointe. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 8 : le vieil arbre enlace ses racines

第九動作 青龍翻身 — Mouvement 9 : Le dragon bleu se retourne

身體順勢微起。仰面朝天。向左翻轉。兩足跟提起。足尖左磨。待身腰翻轉。正面仍朝西北。成左足在前。右足在後丁字步。同時將劍並不收囘。在頭頂上方。即順勢翻轉。向前下方一刺。劍鋒朝上下。左手訣指。仍貼右手脈門。目光前視劍尖。形如下圗。

Suivant l’élan, le corps se relève légèrement, le visage renversé vers le ciel, et se retourne vers la gauche, les deux talons levés, les pointes pivotant vers la gauche. Le corps achevé de se retourner, on fait toujours face au nord-ouest, en posture en T, pied gauche devant et pied droit derrière. En même temps, sans ramener l’épée, on la fait passer au-dessus de la tête et, suivant l’élan du retournement, on pique vers l’avant-bas, les tranchants regardant le haut et le bas, le jue gauche revenant sur le pouls de la main droite. Le regard va droit devant, vers la pointe. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 9 : le dragon bleu se retourne

第十動作 鳳凰點頭 — Mouvement 10 : Le phénix hoche la tête

左手訣指。由內向外向上對劍柄劃小圎圈。叠連三個。同時右手將劍尖向前撩點三次。與左手圎圈遙遙相應。同時左足後退一步。右足隨之後退一大步。身腰在右蹬坐。左手訣指。向左旁伸出。右手將劍右拉。劍鋒朝上下劍身橫於右膝前下方。左訣指西目光左視形如下圗

Les doigts en jue de la main gauche tracent de l’intérieur vers l’extérieur et vers le haut de petits cercles en face de la poignée, trois fois de suite ; en même temps, la main droite avance la pointe de l’épée en trois levers-touchers, répondant de loin aux cercles de la main gauche. En même temps, le pied gauche recule d’un pas, puis le pied droit recule d’un grand pas et le corps s’assied en le chargeant ; les doigts en jue de la main gauche s’étendent sur le côté gauche et la main droite tire l’épée à droite, les tranchants regardant le haut et le bas, la lame en travers au-dessous et en avant du genou droit. Le jue gauche pointe l’ouest, le regard va à gauche. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 10 : le phénix hoche la tête

第十一動作 夜叉探海 — Mouvement 11 : Le yaksa sonde la mer

身腰左移。右手將劍近地二寸許。向前刺出。右足向左足前方一步。同時身隨劍起。左足竭力上提。足尖向下。膝在胸前。左訣護腦。目光前視。此時正面朝西。形如下圗。

Le corps et les reins se déplacent vers la gauche. La main droite envoie l’épée piquer vers l’avant, à deux pouces environ du sol ; le pied droit fait un pas devant le pied gauche. En même temps, le corps se relève avec l’épée et le pied gauche se lève de toute sa force, pointe vers le bas, genou devant la poitrine. Le jue gauche protège la tête, le regard va devant ; on fait alors face à l’ouest. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 11 : le yaksa sonde la mer

第十二動作 拗步鈎挂 — Mouvement 12 : Pas croisé, crocheter et accrocher

左足向右足後方倒退一步。此時右足仍然未動。同時身腰右轉。右手將劍身翻轉。掌心朝外。劍尖向下。由下近腿向後一鈎。同時右足向右旁退一步。此時兩足成平行。將劍尖鈎起向上一挂。右臂微曲。劍橫頂上。訣指隨劍柄向右。貼置右脈門上。目光上視。形如下圗。

Le pied gauche recule d’un pas derrière le pied droit, qui n’a pas encore bougé. En même temps, le corps et les reins tournent à droite et la main droite retourne la lame, paume vers l’extérieur, pointe vers le bas, et crochète vers l’arrière en passant près de la jambe. En même temps, le pied droit recule d’un pas sur le côté droit ; les deux pieds sont alors parallèles. On fait monter la pointe en un accrocher vers le haut, le bras droit un peu fléchi, l’épée en travers au-dessus de la tête ; le jue suit la poignée vers la droite et se pose sur le pouls de la main droite. Le regard va vers le haut. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 12 : pas croisé, crocheter et accrocher

第十三動作 青龍探爪 — Mouvement 13 : Le dragon bleu tend la griffe

左足提起。足跟緊貼右膝。足尖向下。將左指屈藏右脇下旁。身腰左轉。同時右手將劍尖下垂。向左後下方操起絞前。左足在右膝前落成連枝交叉式。全體坐落於右足小腿之上。右足跟提起。足尖貼地此時劍把緊抱胸前。劍鋒朝左右。劍尖過額頂。身腰提起。雙足未動。右臂挺伸將劍前扎。左訣護腦。目光前視。形如下圗

Le pied gauche se lève, le talon serré contre le genou droit, pointe vers le bas, et les doigts de la main gauche se replient et se cachent sous le côté de l’aisselle droite. Le corps et les reins tournent à gauche. En même temps, la main droite laisse pendre la pointe de l’épée, puis la relève en torsade depuis l’arrière-bas- gauche et l’enroule vers l’avant. Le pied gauche, de devant le genou droit, retombe en posture croisée des branches jointes ; tout le corps s’assied sur le mollet droit, le talon droit levé, la pointe du pied au sol. La poignée de l’épée est alors serrée devant la poitrine, les tranchants regardant la gauche et la droite, la pointe dépassant le sommet du front. Le corps et les reins se relèvent, les deux pieds n’ayant pas bougé, et le bras droit se tend pour frapper l’épée de pointe vers l’avant, le jue gauche protégeant la tête. Le regard va devant. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 13 : le dragon bleu tend la griffe

第十四動作 夜叉探海 — Mouvement 14 : Le yaksa sonde la mer

此時正面仍朝西。將右足向前一步。身腰左蹲。右手將劍猛然落於右足之前。劍身平地。離地約二寸許。左手訣指仍貼右手脈門。再將身腰前探。隨劍進刺。同時左足提起。置於左後方。足尖上翹。左訣護腦。目光視劍。形如下圗。

On fait toujours face à l’ouest. Le pied droit avance d’un pas, le corps et les reins s’accroupissent à gauche, et la main droite fait brusquement descendre l’épée devant le pied droit, la lame parallèle au sol, à deux pouces environ de celui-ci, le jue gauche toujours sur le pouls de la main droite. Puis le corps et les reins se penchent en avant et l’épée avance en piquant ; en même temps, le pied gauche se lève et se place à l’arrière-gauche, pointe relevée, le jue gauche protégeant la tête. Le regard suit l’épée. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 14 : le yaksa sonde la mer

第十五動作 倒劈華山 — Mouvement 15 : Fendre à revers le mont Hua

左手訣指向左旁方一指。目光左視。左足落下。右足向左足前方點步。左足再向左一步落實。成左弓右箭勢。身腰向左轉。正面朝東。右手將劍柄拖囘右前方。劍鋒猛然前劈。左手訣指在後挺伸。目光前視。形如下圗。

Les doigts en jue de la main gauche pointent vers le côté gauche, le regard va à gauche. Le pied gauche retombe ; le pied droit pose sa pointe devant le pied gauche ; puis le pied gauche fait un pas de plus à gauche et s’y pose pleinement, en posture d’arc à gauche et de flèche à droite. Le corps et les reins tournent à gauche, face à l’est. La main droite ramène la poignée de l’épée vers l’avant- droit et le tranchant fend brusquement vers l’avant ; les doigts en jue de la main gauche se tendent en arrière. Le regard va devant. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 15 : fendre à revers le mont Hua

第十六動作 烏龍擺尾 — Mouvement 16 : Le dragon noir bat de la queue

兩足原地不動。後跟提起。足尖右磨。身腰隨劍向右後轉。將劍由上向後反肘倒撩。虎口朝下。成右弓左箭步。目光右視。左訣貼置右肩窩上。此時上身前斜朝西南。右臂挺直。反肘一撩。人藏劍下。劍高過人。勁貫劍尖。尖朝西北。形如下圗。

Les deux pieds ne bougent pas ; le talon arrière se lève et la pointe pivote vers la droite. Le corps et les reins suivent l’épée et tournent vers l’arrière- droit ; l’épée, du haut, va vers l’arrière en un contre-lever renversé du coude, la gueule du tigre vers le bas. On prend la posture d’arc à droite et de flèche à gauche. Le regard va à droite ; le jue gauche se pose sur le creux de l’épaule droite. À cet instant, le haut du corps est incliné vers l’avant, face au sud- ouest, le bras droit tendu, le coude renversé et relevé : l’homme est caché sous l’épée, qui le dépasse en hauteur. La force traverse jusqu’à la pointe, qui regarde le nord-ouest. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 16 : le dragon noir bat de la queue

第十七動作 烏龍絞珠 — Mouvement 17 : Le dragon noir enlace la perle

劍尖向下一倒。訣指引劍向左。左臂挺伸。右手將劍身貼地向左絞上。同時全身貼地。隨劍絞起。再將右足向左一旋。隨劍把絞轉。此時左足在地。獨立旋轉。劍尖由右絞起。再向左後下方絞去。俟右足落至原地。劍身仍由原處貼地。向左前方刺去左訣仍貼右手脈門。成左弓右箭步。正面朝東。目光視劍。形如下圗。

La pointe de l’épée s’abaisse, le jue conduit l’épée vers la gauche et le bras gauche se tend, tandis que la main droite fait passer la lame près du sol vers la gauche et l’enroule vers le haut. En même temps, tout le corps se rapproche du sol, s’enroule et se relève avec l’épée. Puis le pied droit pivote vers la gauche, suivant le tournoiement de la poignée ; le pied gauche, resté à terre, soutient seul la rotation. La pointe, enroulée depuis la droite, remonte, puis s’enroule vers l’arrière-bas-gauche. Quand le pied droit retombe à sa place et que la lame revient à son point de départ, près du sol, l’épée pique vers l’avant-gauche, le jue gauche revenant sur le pouls de la main droite. On prend la posture d’arc à gauche et de flèche à droite ; on fait face à l’est. Le regard suit l’épée. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 17 : le dragon noir enlace la perle

第十八動作 烏龍擺尾 — Mouvement 18 : Le dragon noir bat de la queue

左訣屈藏右脇之下。將劍身翻轉。劍尖朝下。向左下後方撩起。同時身腰左轉。左足提至右足處。隨即將右足提至左足處。雙方同時換步落實。身腰左蹲。右足在前。足尖內鈎此時劍由左後方撩起。向右前方劈下。劍身靠右足尖前方。離地約二寸許。訣指隨劍旋轉。向上護腦。目光隨劍注視。形如下圗

Le jue gauche se replie et se cache sous l’aisselle droite. La lame se retourne, la pointe vers le bas, et se relève en lever vers l’arrière-bas-gauche. En même temps, le corps et les reins tournent à gauche ; le pied gauche se lève jusqu’à l’emplacement du pied droit, aussitôt suivi par le pied droit qui vient à l’emplacement du gauche : les deux pieds changent de place et se posent en même temps. Le corps et les reins s’accroupissent à gauche, le pied droit devant, la pointe du pied crochetée vers l’intérieur. À cet instant, l’épée montée de l’arrière-gauche fend vers le bas en avant-droit, la lame près du sol et devant la pointe du pied droit, à deux pouces environ de terre. Les doigts en jue suivent la rotation de l’épée et montent protéger la tête. Le regard suit l’épée. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 18 : le dragon noir bat de la queue

第十九動作 金雞獨立 — Mouvement 19 : Le coq d’or se tient sur une patte

將右足收囘。足尖點地。身腰仍然蹲坐。同時將劍收囘。右臂曲貼小腹之下。劍鋒朝上下。左手訣指落下。貼於劍把之上。再將右腿向右伸出。同時劍向前刺。左足隨時一提。將足面屈貼右腿腿彎之後身腰坐落。訣指護腦。目光前視形如下圗。

Le pied droit se retire, pointe posée au sol, le corps et les reins restant accroupis. En même temps, l’épée se retire, le bras droit fléchi contre le bas- ventre, les tranchants regardant le haut et le bas ; les doigts en jue de la main gauche descendent se poser sur la poignée. Puis la jambe droite s’étend vers la droite, en même temps que l’épée pique vers l’avant ; le pied gauche se lève aussitôt et vient, le dessus du pied replié, se nicher derrière le pli du genou droit, et le corps et les reins s’assoient. Le jue protège la tête, le regard va devant. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 19 : le coq d’or se tient sur une patte

第二十動作 拗步鈎挂 — Mouvement 20 : Pas croisé, crocheter et accrocher

將左足落於右足後方。身腰右轉。同時將劍身翻轉。劍尖向下。向右後倒鈎。再將右足倒退一步。此時正面朝南。成馬襠勢蹲下。將劍由右旁方向上一挂。將左訣貼落右手脈門。劍橫腦門前方。劍鋒朝上下。劍尖指東。目光視劍。形如下圗。

Le pied gauche retombe derrière le pied droit et le corps et les reins tournent à droite. En même temps, la lame se retourne, pointe vers le bas, et crochète en arrière vers la droite. Puis le pied droit recule d’un pas ; on fait alors face au sud et l’on s’accroupit en posture du cavalier. L’épée, du côté droit, monte en un accrocher ; le jue gauche se pose sur le pouls de la main droite. L’épée est en travers devant le front, tranchants regardant le haut et le bas, pointe vers l’est. Le regard suit l’épée. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 20 : pas croisé, crocheter et accrocher

第二十一動作 懷中抱月 — Mouvement 21 : Embrasser la lune contre sa poitrine

將左足一提。左訣藏於右脥腋下。身腰左扭。將劍尖向左下後方絞起。在左旁方絞成小圎花。左膀貼於胸下。此時掌心朝上。虎口朝前。左手訣指貼落於劍柄。右手三四指中節骨之上。同時左足落下。足尖向左。足跟向右。成交叉步。身腰蹲坐於右腿小腿之上。劍鋒朝左右。劍尖高過額頂。目光前視。形如下圗。

Le pied gauche se lève, le jue gauche se cache sous l’aisselle droite, le corps et les reins se tordent à gauche, et la pointe de l’épée, de l’arrière-bas- gauche, s’enroule vers le haut en une petite fleur circulaire sur le côté gauche, le bras gauche collé sous la poitrine. La paume est alors tournée vers le haut et la gueule du tigre vers l’avant ; les doigts en jue de la main gauche descendent se poser sur la poignée, au-dessus des jointures médianes de l’annulaire et de l’auriculaire droits. En même temps, le pied gauche retombe, pointe vers la gauche, talon vers la droite, en pas croisé, le corps et les reins assis sur le mollet droit. Les tranchants regardent la gauche et la droite, la pointe dépasse le sommet du front. Le regard va devant. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 21 : embrasser la lune contre sa poitrine

第二十二動作 夜叉探海 — Mouvement 22 : Le yaksa sonde la mer

身腰立起。將劍平身向前扎出。將右足向前一步。身腰向左微轉。左腿屈曲蹲下。將劍向下一劈。右手握劍柄落於襠前。離地約二寸許。將劍尖向下方直刺。身隨劍起。向右前方探出。右臂抬平。右足獨立。左足抬起。左膝貼腹。左訣上舉護腦目光右視。形如下圗。

Le corps et les reins se redressent et l’épée, lame à plat, frappe de pointe vers l’avant. Le pied droit avance d’un pas ; le corps et les reins tournent légèrement à gauche et la jambe gauche fléchit en s’accroupissant. L’épée fend vers le bas, la main droite portant la poignée jusqu’en avant de l’entrejambe, à deux pouces environ du sol ; puis la pointe pique droit vers le bas. Le corps se relève avec l’épée et se penche vers l’avant-droit. Le bras droit se lève à l’horizontale, le pied droit se tient seul, le pied gauche se lève, le genou gauche collé au ventre, et le jue gauche monte protéger la tête. Le regard va à droite. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 22 : le yaksa sonde la mer

第二十三動作 玉女穿針 — Mouvement 23 : La jeune fille enfile l’aiguille

將左足偷向右足右後方落下。成交叉連枝步。身腰未動。面仍朝東。胸前朝北。右手腕底用勁。陡然翻轉向右方一掤。此時劍尖朝北。劍身橫胸。前鋒朝上下。左臂前伸。訣指上翹。在劍尖前下方二寸許。目光右視。形如下圗。

Le pied gauche se pose en un pas furtif à l’arrière-droit du pied droit, en pas croisé des branches jointes. Le corps et les reins n’ont pas bougé, le visage reste tourné vers l’est, la poitrine vers le nord. La force s’applique sous le poignet droit et celui-ci se retourne brusquement vers la droite en un parer remontant. La pointe regarde alors le nord, la lame est en travers devant la poitrine, les tranchants vers le haut et le bas. Le bras gauche s’étend devant, le bout du jue relevé, à deux pouces environ au-dessous de la pointe. Le regard va à droite. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 23 : la jeune fille enfile l’aiguille

第二十四動作 就地生風 — Mouvement 24 : Sur place, soulever le vent

劍訣不動。身體蹬下成盤絲腿。就勢將劍訣貼地磨轉向左後方。成一大圎圈。面仍朝東。此為就地生風。動作不停接演下勢。形如下圗。

L’épée et le jue ne changent pas de position. Le corps s’abaisse en jambes de soie enroulée et, suivant l’élan, l’épée et le jue rasant le sol balaient vers l’arrière-gauche en un grand cercle, puis reviennent vers l’est : c’est l’action « sur place, soulever le vent ». Le mouvement ne s’arrête pas et se poursuit dans la posture suivante. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 24 : sur place, soulever le vent

第二十五動作 白猿偷桃 — Mouvement 25 : Le singe blanc dérobe la pêche

右足向左足前半步。身腰立起。左訣提至腦門護腦。訣指指向前下方。同時右手將劍由下向上一撩。將左腿提起。劍尖朝下。膝貼胸前。此時面仍朝東。右臂向前下方挺直。目光視劍尖。形如下圗。

Le pied droit avance d’un demi-pas devant le pied gauche et le corps et les reins se redressent. Le jue gauche monte au front protéger la tête, son bout pointant vers l’avant-bas. En même temps, la main droite lève l’épée du bas vers le haut en un lever, la pointe tournée vers le bas, et l’on lève la jambe gauche, le genou collé devant la poitrine. On fait toujours face à l’est. Le bras droit se tend vers l’avant-bas. Le regard suit la pointe. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 25 : le singe blanc dérobe la pêche

第二十六動作 脇下藏劍 — Mouvement 26 : Cacher l’épée sous l’aisselle

將左足退後。足尖朝東北落實。上身微向後仰。成右足在前丁步式。左訣向左一拉。右劍向右一拉。劍橫胸前。將劍尖由左脥窩向後一刺。雙膀緊抱胸前。左膀在上。左手貼落右肩之上。手心向外。訣向後指。頭向左轉。目光後視。形如下圗。

Le pied gauche recule et se pose pleinement, pointe vers le nord-est. Le haut du corps se renverse légèrement en arrière, en posture en T, pied droit devant. Le jue gauche tire vers la gauche et l’épée tire vers la droite, l’épée en travers devant la poitrine, puis la pointe pique vers l’arrière depuis le creux de l’aisselle gauche. Les deux bras étreignent la poitrine, le gauche par-dessus, la main gauche venant se poser sur l’épaule droite, paume vers l’extérieur, le jue pointant en arrière. La tête tourne à gauche et le regard va derrière. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 26 : cacher l’épée sous l’aisselle

第二十七動作 鷂子翻身 — Mouvement 27 : L’épervier se retourne

將右足退後。身體後仰。面目朝天。將劍身由面上抹後。待劍尖磨至西南一斬即停。同時左訣向左平伸。訣指東北。掌心朝上。此時面對東南。目光右視。形如下圗

Le pied droit recule, le corps se renverse en arrière, le visage vers le ciel. La lame essuie au-dessus du visage vers l’arrière, et lorsqu’elle atteint le sud-ouest on tranche et l’on s’arrête. En même temps, le jue gauche s’étend à l’horizontale vers la gauche, pointant le nord-est, la paume vers le haut. On fait alors face au sud-est. Le regard va à droite. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 27 : l’épervier se retourne

第二十八動作 金龍盤玉柱 — Mouvement 28 : Le dragon d’or enlace la colonne de jade

將劍柄向左前方一托。再向右旁方一拉。劍尖指左。身腰立直。劍橫胸前。訣在劍尖之下。將右足一提。左足獨立。全體向左大轉身。面朝西南。訣藏右脥之下。將劍向左右挿花。挿花即是向左右倒挿絞花目光隨劍注視。形如下圗。

La poignée de l’épée va vers l’avant-gauche en un soutenir, puis tire vers le côté droit, la pointe regardant la gauche. Le corps et les reins se redressent, l’épée est en travers devant la poitrine, le jue sous la pointe. Le pied droit se lève, le pied gauche se tient seul, et tout le corps fait une grande volte à gauche jusqu’à faire face au sud-ouest. Le jue se cache sous l’aisselle droite. L’épée fait la « fleur piquée » à gauche et à droite — c’est-à-dire qu’elle se renverse en torsades fleuries de part et d’autre. Le regard suit l’épée. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 28 : le dragon d’or enlace la colonne de jade

第二十九動作 蹲身挂立 — Mouvement 29 : S’accroupir, se tenir comme suspendu

將劍尖向西南前下方一點。此時右足落下。足尖點地。再將右手向下一沉。劍尖向前上方一掤。劍鋒朝內外。劍身豎胸前。同時右足跟落實。左右兩足並齊。身體向下一沉。兩腿微曲。成蹲身挂立式。左訣貼腕。目光前視。形如下圗。

La pointe de l’épée touche vers le sud-ouest, à l’avant-bas. À cet instant, le pied droit retombe, pointe au sol. Puis la main droite s’abaisse et la pointe remonte en un parer vers l’avant-haut, les tranchants regardant l’intérieur et l’extérieur, la lame verticale devant la poitrine. En même temps, le talon droit se pose pleinement et les deux pieds se mettent à égalité ; le corps s’abaisse, les deux jambes légèrement fléchies, en la posture du corps accroupi comme suspendu. Le jue gauche reste au poignet. Le regard va devant. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 29 : s’accroupir, se tenir comme suspendu

第三十動作 仙人撩雲 — Mouvement 30 : L’immortel remue les nuages

將劍鋒磨朝左右。兩手仍在小腹前未動。上身向後微仰。將劍尖在面前上方。由左向右。磨一小圎圈。隨即左足退後一步。同時左訣向左拉出。右足再退後一大步。將劍再在面前磨一大圎圈。劍尖抹至正前方。劍柄靠近腹前。左訣收囘貼脈。目光前視。形如下圗。

Les tranchants de l’épée pivotent pour regarder la gauche et la droite. Les deux mains restent devant le bas-ventre, sans bouger. Le haut du corps se renverse légèrement en arrière et la pointe, devant et au-dessus du visage, décrit de gauche à droite un petit cercle ; aussitôt le pied gauche recule d’un pas et le jue gauche tire vers la gauche. Puis le pied droit recule d’un grand pas et la pointe décrit devant le visage un grand cercle, essuyant jusqu’à se retrouver droit devant, la poignée près du ventre, le jue gauche rentrant sur le pouls. Le regard va devant. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 30 : l’immortel remue les nuages

[Le texte ne mentionne pas de répétition de ce mouvement, mais la planche montre clairement l’épée décrivant plus d’un cercle, ce qui implique une reprise. À l’exécution de l’enchaînement, on constate qu’il faut bien refaire ce mouvement deux fois pour terminer là où l’on a commencé.]

第三十一動作 金雞獨立 — Mouvement 31 : Le coq d’or se tient sur une patte

左訣收囘護腰。手心朝上。同時右劍收囘護腰。劍尖朝前。鋒朝上下。左足跟提起。腰向後一折。胸向前一虚。成涵胸姿勢。此時人曲如弓。雙肘後屈。將腰隨劍向前一挺。劍即向前猛然扎出。左訣貼脈。隨將左右手收囘。仍然護腰。劍尖上翹。左膝上提貼腹。足尖向下。目光前視。形如下圗

Le jue gauche rentre protéger la taille, paume vers le haut. En même temps, l’épée rentre protéger la taille, pointe vers l’avant, tranchants vers le haut et le bas. Le talon gauche se lève, les reins se plient vers l’arrière, la poitrine se creuse en avant, en posture de poitrine rentrée : le corps est alors courbé comme un arc, les deux coudes fléchis vers l’arrière. Les reins, avec l’épée, se portent brusquement en avant et l’épée frappe de pointe vers l’avant, le jue gauche sur le pouls. Puis les deux mains rentrent de nouveau protéger la taille, la pointe relevée. Le genou gauche monte se coller au ventre, pointe du pied vers le bas. Le regard va devant. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 31 : le coq d’or se tient sur une patte

第三十二動作 野馬奔槽 — Mouvement 32 : Le cheval sauvage court à l’auge

將左足前落。右足隨向前一步。左足再向前一勢。右足再向前一踟。身腰左轉。成馬襠勢。正面朝東南蹲下。將劍向右平方猛然刺出。劍尖指西南。左臂向左平伸。訣指朝東北。目光右視劍尖。形如下圗。

Le pied gauche retombe en avant, le pied droit avance d’un pas, le pied gauche glisse encore en avant, puis le pied droit avance de nouveau et s’arrête. Le corps et les reins tournent à gauche en posture du cavalier, accroupi, face au sud-est. L’épée pique brusquement vers la droite, à plat, la pointe regardant le sud-ouest. Le bras gauche s’étend à l’horizontale vers la gauche, le jue pointant le nord- est. Le regard suit la pointe, à droite. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 32 : le cheval sauvage court à l’auge

第三十三動作 金雞上樹 — Mouvement 33 : Le coq d’or monte au tronc

將劍向下一點。撩劍向後一挂。右臂挺伸。抬與肩平。同時全體整箇向上一跳。雙足仍在原地落下。此係兩足齊跳齊落。身法不變。惟將劍尖挂於右臂外後方。劍尖在背後朝東北。劍柄指西南。左臂微曲。訣指朝上。目光右視。形如下圗。

L’épée touche vers le bas, puis se relève et s’accroche vers l’arrière, le bras droit tendu et levé à hauteur d’épaule. En même temps, tout le corps saute d’un bond, et les deux pieds retombent là où ils étaient : les deux pieds sautent ensemble et retombent ensemble. Le procédé du corps ne change pas, sinon que la pointe de l’épée s’accroche à l’extérieur et à l’arrière du bras droit, la pointe derrière le dos vers le nord-est, la poignée vers le sud-ouest ; le bras gauche est un peu fléchi, le jue pointant vers le haut. Le regard va à droite. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 33 : le coq d’or monte au tronc

第三十四動作 仙人伸腰 — Mouvement 34 : L’immortel étire ses reins

由上勢馬襠挂劍式。身腰立起。左足偷向右足後方一步。成拗步連枝勢。同時上身後仰。右手將劍順勢由後向右旁一斬。右臂伸直。此時劍尖朝西北。左手屈揚頂上。訣指朝北。目光右視。形如下圗。

De la posture précédente — le cavalier à l’épée accrochée —, le corps et les reins se redressent et le pied gauche se pose furtivement en un pas derrière le pied droit, en pas croisé des branches jointes. En même temps, le haut du corps se renverse en arrière et la main droite, suivant l’élan, tranche de l’arrière vers le côté droit, le bras tendu, la pointe regardant alors le nord-ouest. La main gauche, fléchie, se relève au-dessus du sommet de la tête, le jue pointant le nord. Le regard va à droite. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 34 : l’immortel étire ses reins

第三十五動作 烏龍擺尾 — Mouvement 35 : Le dragon noir bat de la queue

左足收囘。向左旁方一大步。身腰偏左。上身向前微斜。左訣護腦。同時將劍由上向左旁方畫弧。向右外方反撩向上。此時身腰偏右。右臂扭直。虎口朝下。掌心朝後。正面朝西南。目光視劍。劍尖指西北。訣指貼肩。形如下圗。

Le pied gauche se retire et fait un grand pas vers la gauche. Le corps et les reins s’inclinent à gauche, le haut du corps légèrement penché en avant, le jue gauche protégeant la tête. En même temps, l’épée décrit un arc du haut vers le côté gauche et se relève en un contre-lever vers l’extérieur droit. Le corps et les reins sont alors inclinés à droite, le bras droit tordu et tendu, la gueule du tigre vers le bas, la paume vers l’arrière, face au sud-ouest. Le regard suit l’épée, dont la pointe regarde le nord-ouest. Le jue est près de l’épaule. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 35 : le dragon noir bat de la queue

第三十六動作 朝天一柱香 — Mouvement 36 : Un bâtonnet d’encens dressé vers le ciel

將右足向左足後方偷進一步。成拗步連枝。全身坐落右小腿之上。右腕將劍轉成正面。抱囘懷中。左訣貼落右手三四指上。劍鋒朝左右。劍尖朝前上方。劍柄緊貼小腹。目光視劍。正面朝南。形如下圗。

Le pied droit se pose furtivement en un pas derrière le pied gauche, en pas croisé des branches jointes, tout le corps assis sur le mollet droit. Le poignet droit fait tourner l’épée de face et la ramène contre la poitrine. Le jue gauche vient se poser sur l’annulaire et l’auriculaire droits. Les tranchants regardent la gauche et la droite, la pointe vers l’avant-haut, la poignée serrée contre le bas- ventre. Le regard suit l’épée. On fait face au sud. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 36 : un bâtonnet d’encens dressé vers le ciel

第三十七動作 丹鳳朝陽 — Mouvement 37 : Le phénix vermeil affronte le soleil

左足向左旁方伸出一步。右足原地不動。身腰在右。上身前俯。同時右腕翻轉朝後。將劍向右後方反撩。左手訣指緊貼右肩骱。頭向右轉。目光右視劍尖。如擺尾式。此時劍尖朝西北。正身朝西南。兩足左東右西。再將劍尖向下一倒。由右前下方絞上成圎花。再向右一斬。斬落右足前方。劍尖離地二寸許。同時將身腰左移。左腿蹬下。左訣護腦右臂下垂。形如下圗。

Le pied gauche s’étend d’un pas vers la gauche, le pied droit ne bouge pas. Le corps et les reins sont portés à droite, le haut du corps penché en avant. En même temps, le poignet droit se retourne vers l’arrière et l’épée se relève en contre- lever vers l’arrière-droit ; les doigts en jue de la main gauche se collent à l’articulation de l’épaule droite, la tête tourne à droite et le regard suit la pointe, à droite. C’est comme la posture « bat de la queue ». La pointe regarde alors le nord-ouest, le corps est face au sud-ouest, les pieds à l’est à gauche et à l’ouest à droite. Puis la pointe s’abaisse, s’enroule vers le haut depuis l’avant-bas-droit en une fleur circulaire, et tranche vers la droite, retombant devant le pied droit, à deux pouces environ du sol. En même temps, le corps et les reins se portent à gauche et la jambe gauche s’abaisse, le jue gauche protégeant la tête, le bras droit pendant. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 37 : le phénix vermeil affronte le soleil

第三十八動作 烏龍吐霧 — Mouvement 38 : Le dragon noir crache la brume

右足一收。上身後仰。將劍尖由右旁向上。抹至面前。兩臂在胸前交叉。左下右上。成貼抱式。再向兩旁一拉。同左足再向後一退。雙肘貼脇護腰。劍尖朝前。隨將右足向後一退。上身後仰。劍向前平刺。左訣由胸前向上一指。直豎頂上。成左前右後丁字步。左足足尖點地。正面朝西形如下圗。

Le pied droit se retire et le haut du corps se renverse en arrière. La pointe de l’épée va du côté droit vers le haut et essuie jusqu’au visage. Les deux bras se croisent devant la poitrine, le gauche en bas et le droit en haut, en posture d’étreinte serrée ; puis ils tirent chacun de leur côté et, en même temps, le pied gauche recule d’un pas. Les deux coudes collés aux flancs protègent la taille, la pointe de l’épée regardant devant. Puis le pied droit recule d’un pas, le haut du corps se renverse en arrière et l’épée pique droit devant, à plat ; le jue gauche monte de la poitrine vers le haut et se dresse droit au-dessus du sommet de la tête. On forme une posture en T, pied gauche devant et pied droit derrière, la pointe du pied gauche posée au sol. On fait face à l’ouest. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 38 : le dragon noir crache la brume

第三十九動作 金雞獨立 — Mouvement 39 : Le coq d’or se tient sur une patte

由上勢身體立直。將劍收囘護腰。劍尖朝前。劍鋒朝上下。同時將訣一起收囘護腰。雙肘曲屈在後。虎口均是朝前。將左膝提起貼腹。足尖向下。此動作劍訣腿均要一起收囘。始成合法。目光前視。正面仍然朝西。形如下圗。

De la posture précédente, le corps se redresse, l’épée rentre protéger la taille, pointe vers l’avant, tranchants vers le haut et le bas. En même temps, le jue rentre lui aussi protéger la taille, les deux coudes fléchis vers l’arrière, les gueules du tigre vers l’avant. Le genou gauche monte se coller au ventre, pointe du pied vers le bas. Dans ce mouvement, l’épée, le jue et la jambe doivent rentrer ensemble pour que la posture soit correcte. Le regard va devant ; on fait toujours face à l’ouest. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 39 : le coq d’or se tient sur une patte

第四十動作 鳳凰穿梭 — Mouvement 40 : Le phénix lance la navette

左足落實。足尖朝西南。將右足一提。在左足前方落下。足尖點地。劍抱腰間。仍然未動。向左大轉身。隨將左足向左前方一步。成弓箭步。將劍向前平刺。左訣貼脈目光前視。正面朝西。形如下圗。

Le pied gauche se pose pleinement, pointe vers le sud-ouest. Le pied droit se lève et retombe devant le pied gauche, pointe au sol. L’épée est tenue à la taille et ne bouge pas encore. On fait une grande volte à gauche, puis le pied gauche avance d’un pas vers l’avant-gauche en posture d’arc et de flèche, et l’épée pique droit devant, à plat, le jue gauche sur le pouls. Le regard va devant ; on fait face à l’ouest. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 40 : le phénix lance la navette

第四十一動作 太公鈎魚 — Mouvement 41 : Le Grand Duc pêche à la ligne

將劍尖翻轉。向左後下方絞花向上。再反撩向右下後方。絞起成左右挿花。再將右足向前半步。左膝屈提貼腹。足尖向下。將劍由右上方向前下方一劈。上身隨勢以助其勁。此時涵胸拔背。右足獨立。左訣貼脈。劍尖下垂。目光視前下方。正面朝西。形如下圗。

La pointe de l’épée se retourne, s’enroule vers le haut depuis l’arrière-bas-gauche, puis se relève en contre-lever vers l’arrière-bas-droit et s’enroule en fleur à gauche et à droite. Puis le pied droit avance d’un demi-pas ; le genou gauche se fléchit et monte se coller au ventre, pointe du pied vers le bas. L’épée fend de l’avant-droit vers l’avant-bas, le haut du corps suivant l’élan pour renforcer la force, poitrine rentrée et dos tiré. Le pied droit se tient seul, le jue gauche sur le pouls, la pointe de l’épée pendante. Le regard descend vers l’avant. On fait face à l’ouest. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 41 : le Grand Duc pêche à la ligne

第四十二動作 拗步鈎挂 — Mouvement 42 : Pas croisé, crocheter et accrocher

將左足落向右足後方。隨將劍尖反轉向下。掌心朝上。虎口朝下。劍尖由右下方向後一鈎。右足隨劍向右後方一步。身體右轉。正面朝北。成馬襠蹬下。劍向上一挂。左訣舉貼右腕脈門。目光上視。形如下圗。

Le pied gauche retombe derrière le pied droit. Puis la pointe de l’épée se retourne vers le bas, la paume vers le haut et la gueule du tigre vers le bas, et crochète vers l’arrière depuis le bas-droit. Le pied droit suit l’épée d’un pas vers l’arrière-droit ; le corps tourne à droite et fait face au nord, accroupi en posture du cavalier. L’épée monte en un accrocher, le jue gauche levé sur le pouls du poignet droit. Le regard va vers le haut. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 42 : pas croisé, crocheter et accrocher

第四十三動作 青龍探爪 — Mouvement 43 : Le dragon bleu tend la griffe

將左膝向右一提。足尖向下。左訣藏於右脥下。將劍尖向下一倒。向左下後方絞起。劍柄緊抱腹前。同時身腰左紐。左足磨轉朝南。拗步落下。全身蹲坐。劍鋒朝左右。左訣貼右手三四指中節。將劍向前方扎出。身隨劍起。正面朝西。再將右腿向前伸出。左轉身。正面朝西南。上身蹲坐左腿之上。將劍向右前下方一劈。離右足尖約二寸許。右臂垂直襠下。左訣仍貼脈門。目光視劍。形如下圗。

Le genou gauche se lève vers la droite, pointe du pied vers le bas, le jue gauche se cachant sous l’aisselle droite. La pointe de l’épée s’abaisse, s’enroule vers le haut depuis l’arrière-bas-gauche, la poignée serrée devant le ventre. En même temps, le corps et les reins se tordent à gauche, le pied gauche pivote pour regarder le sud et retombe en pas croisé, tout le corps s’accroupissant. Les tranchants regardent la gauche et la droite, le jue gauche se pose sur les jointures médianes de l’annulaire et de l’auriculaire droits. L’épée frappe de pointe vers l’avant, le corps se relevant avec l’épée, face à l’ouest. Puis la jambe droite s’étend en avant et le corps tourne à gauche, face au sud-ouest, le haut du corps assis accroupi sur la jambe gauche ; l’épée fend vers l’avant-bas- droit, à deux pouces environ de la pointe du pied droit. Le bras droit pend verticalement dans l’entrejambe et le jue gauche est revenu sur le pouls. Le regard suit l’épée. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 43 : le dragon bleu tend la griffe

第四十四動作 夜叉探海 — Mouvement 44 : Le yaksa sonde la mer

上身就勢右移。左訣護腦。右劍就地向前刺出。同時身轉劍起。左腿屈提貼腹。足尖上翹。身向右探。目光視劍正面朝西南。形如下圗。

Le haut du corps, profitant de l’élan, se déplace à droite, le jue gauche protège la tête et l’épée pique vers l’avant depuis le sol. En même temps, le corps tourne et l’épée s’élève, la jambe gauche fléchit et monte se coller au ventre, pointe du pied relevée, et le corps se penche à droite. Le regard suit l’épée ; on fait face au sud-ouest. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 44 : le yaksa sonde la mer

第四十五動作 玉女穿梭 — Mouvement 45 : La jeune fille lance la navette

將左足向右後方偷進一步落實。成拗步連枝勢。將劍尖向懷內一掤。成劍柄在北。劍尖朝南。劍橫胸前。左訣指劍尖前下方。就勢不動。身腰向左後下紐轉。至正面朝西。將劍向前平刺。左訣貼脈。步法成左弓右箭勢。目光視劍。形如下圗。

Le pied gauche se pose furtivement en un pas derrière le pied droit, en pas croisé des branches jointes. La pointe de l’épée pare en remontant vers la poitrine, la poignée au nord et la pointe au sud, l’épée en travers devant la poitrine, le jue gauche pointant sous la pointe. Sans changer cette posture, le corps et les reins se tordent vers l’arrière-bas-gauche jusqu’à faire face à l’ouest, puis l’épée pique droit devant, à plat, le jue gauche sur le pouls, en posture d’arc à gauche et de flèche à droite. Le regard suit l’épée. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 45 : la jeune fille lance la navette

第四十六動作 猛虎歸山 — Mouvement 46 : Le tigre féroce retourne à la montagne

右足向前半步。足尖朝南。將劍向懷內一掤。掌心朝外。虎口朝左。劍橫胸前。左足提起。向左旁方橫進一步。身腰左轉。正面朝東南。將劍向左旁方倒刺。左訣貼落右手腕背之上。目光前視。形如下圗。

Le pied droit avance d’un demi-pas, pointe vers le sud. L’épée pare en remontant vers la poitrine, la paume vers l’extérieur, la gueule du tigre vers la gauche, l’épée en travers devant la poitrine. Le pied gauche se lève et avance d’un pas de côté vers la gauche ; le corps et les reins tournent à gauche et font face au sud- est. L’épée pique en renversant vers le côté gauche, le jue gauche venant se poser sur le dos du poignet droit. Le regard va devant. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 46 : le tigre féroce retourne à la montagne

第四十七動作 龍王三潮水 — Mouvement 47 : Le roi-dragon soulève trois fois l’eau

身步未動。將劍在左旁方右旁方連絞三花。左訣隨劍柄開合。待絞至劍尖反仰向前。劍把直對口鼻。左訣貼抵劍柄。大指四指五指分握劍柄兩旁。形如下圗。

Le corps et le pas ne bougent pas. L’épée enroule trois fleurs successives sur le côté gauche et le côté droit ; le jue gauche suit le mouvement d’ouverture et de fermeture de la poignée. Quand l’enroulement a fait se renverser la pointe en avant, la poignée se trouve dans l’axe du nez et de la bouche, et le jue gauche vient toucher la poignée, le pouce, l’annulaire et l’auriculaire s’ouvrant pour empoigner les deux côtés de la poignée. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 47 : le roi-dragon soulève trois fois l’eau

第四十八動作 太子站江邊 — Mouvement 48 : Le prince se tient au bord du fleuve

右足向後一退。左足收囘。雙足並齊。右手揑訣護腦。左手垂直。劍握腕下。劍身貼肘。劍尖朝上。鋒向兩旁。正面朝東南。目光平視。形如下圗。

Le pied droit recule d’un pas, le pied gauche se retire et les deux pieds se mettent à égalité. La main droite forme le jue et protège la tête ; la main gauche pend verticalement, tenant l’épée au-dessous du poignet, la lame collée au coude, la pointe vers le haut et les tranchants de part et d’autre. On fait face au sud-est, le regard à l’horizontale. Voir la figure ci-dessous.

Mouvement 48 : le prince se tient au bord du fleuve

Explication de l’emploi de chaque posture (龍形劍各箇姿勢用法說明)

起首第一着。立正提劍。是為預備姿勢。第二着仙人擔衣。係認定敵人來處。第三着獅子望球。敵人平胸一劍刺來。我將劍向上一橫。身腰右閃。第四着仙人指路。我將敵人來劍閃過。順勢將劍向其袖底刺去。第五着西牛望月。譬如敵人由右進步斬來。我即將劍向右一掤。第六着烏龍入洞。我順勢將劍向前一扎。第七着立馬聼風。敵人用劍提我手腕。我即將劍右抹。第八着古樹盤根。大轉身。用劍下斬敵人之腿。第九着敵人在後用劍來劈我頭。我即將劍一提。翻身格過。隨即刺其足面。第十着鳳凰點頭。敵人仍然用劍找我手腕。我即退步用劍一掤。還找敵人手腕。第十一着夜叉探海。敵人後退。我即進步撩陰。第十二着。拗步鈎挂。敵人由右旁方一劍。向小腹刺來。我即將劍向右下後方一鈎。格過來劍。隨將劍上扎敵人之頂。第十三着青龍探爪。敵人左讓。用劍刺腹。我即將劍向下一提。撩出以抹敵人之咽喉。敵人底來。我再將身一底。用劍下劈。以擊其手臂。第十四着夜叉探海。敵人後退。我即上步撩陰。第十五着囘頭劈華山。前面敵人敗走。後面又來一敵人。奔來就刺。我即囘頭。翻身猛劈。第十六着烏龍擺尾。前敵復來。一劍由上下劈。我即偏身用劍反撩敵腕。第十七着烏龍絞珠。前後兩敵齊來。我即絞劍大轉身。以格其械。第十八着烏龍擺尾。前敵一劍攔腰斬來。我即提劍左鈎絞上。以劈敵人手腕。第十九着金雞獨立。又一敵人用劍斬我之腿。我即將腿收囘。隨即進步撩陰。第二十着拗步鈎挂。前敵又一劍向腰間斬來。我即身腰右紐。將劍向後方一鈎。後敵又一劍向左頸項刺來。我即順勢將劍由上向左一挂。第二十一着懷中抱月。敵劍向下斬腿。我即將劍尖向左下方一鈎。絞起。敵劍翻上。我即抱懷右掤。順勢前扎。第二十二着夜叉探海。敵人後退。我即上步撩陰。第二十三着玉女穿針。敵人從左一劍扎肋。我即身腰右讓。將劍一掤。以截敵人右腕。第二十四着就地生風。左右敵人。兩劍均從左右抹來。我即全身蹲伏。將劍橫磨。就地轉身。以找敵人之腿。第二十五着白猿偷桃。前面敵人來劍刺胸。我將上胸一呑。用劍點擊敵人心胸。第二十六着脇下藏劍。後敵用雙手來抱我腰。我即用劍由左脇向後一刺。第二十七着鷂子翻身。前敵一劍。向頂劈來。我即將劍向上一托。順勢磨斬敵人之頸。第二十八着金龍盤玉柱。敵又一劍向咽喉刺來。我即將劍向左一格。後敵又來擊我右臂。我即將劍向右一拉。第二十九着蹲身挂立。敵人用劍由上劈來。我即蹲身用劍向上一掤。以挂敵人腕底。第三十着仙人撩雲。敵劍上來。我即將劍尖由上向右外抹。順勢以斬敵人頸項。第三十一着金雞獨立。敵人後退。我將劍訣收囘護腰。左足提起。似欲向前追趕。第三十二着野馬奔槽。我即箭步向前追去。隨用劍尖前刺敵人後腰。第三十三着金雞上樹。敵人猛然向右轉身。用劍來抹我頸。我即將劍向右外後方一掤。第三十四着仙人伸腰。敵人左閃。我即拗步順勢用劍以斬敵人頸項。第三十五着烏龍擺尾。敵人用劍找我手腕。我即左足左退。反劍以撩敵人手腕。第三十六着朝天一柱香。左敵迎面一劍當胸刺來。我即抱劍左格。第三十七着丹鳳朝陽。順勢將劍尖下翻。反撩敵人手腕。敵人將劍上撩。我即將劍翻上。正找敵人手腕。第三十八着烏龍吐霧。左敵左來。我即將劍左磨。敵人右來。我即將劍右磨。一敵迎面一劍來刺我喉。我即頭面後仰。用劍轉刺來敵心胸。第三十九着金雞獨立。敵人後退。我即抱劍收囘。以觀其變。第四十着鳳凰穿梭。欲趕前敵。因防後敵。故而抱劍轉身。仍追前敵。用劍以刺其脊背。第四十一着太公釣魚。敵劍刺左。我劍左格。敵劍刺右。我劍右格。敵劍稍遲。我即隨時用劍下點敵人手腕。第四十二着拗步鈎挂。敵劍由右下來。我即將劍向下後鈎。左敵左來。我即挂劍以扎其腦。第四十三着青龍探爪。敵劍下刺我肋。我即將劍下格。敵劍一縮。我劍隨即順勢絞花。由上下劈。第四十四着夜叉探海。敵人後退。我即上步撩陰。第四十五着玉女穿梭。左敵一劍。向肋刺來。我即右閃用劍以掤敵人手腕。右敵從後又來。我即轉身用劍以刺其胸。第四十六着猛虎歸山。左敵又來。我即翻身用劍以扎其腦。第四十七着龍王三潮水。兩敵左右同時刺來。我即將劍左右絞花。第四十八着太子站江邊。雙敵齊退。我即收劍站立。

Dans tout ce scénario, deux adversaires armés de l’épée vous attaquent. Au lieu de les appeler simplement « l’adversaire », « l’adversaire à ma gauche », « à ma droite », « devant moi », « derrière moi » ou « l’adversaire précédent », comme le fait le texte, on a choisi, pour plus de clarté, de suivre l’usage du traducteur anglais et de leur donner couleur en les appelant Zhifen et Yaozong — car tels furent bien les collègues, ou « adversaires », de Tong Wenhua dans la composition du livre.

1ʳᵉ prise (Au garde-à-vous, l’épée levée) : posture de préparation.

2ᵉ prise (L’immortel porte son vêtement) : je repère d’où vient l’attaque de Zhifen.

3ᵉ prise (Le lion regarde la boule) : il pique droit à ma poitrine. Je porte l’épée en travers vers le haut et j’esquive le corps et les reins à droite [en dessous].

4ᵉ prise (L’immortel indique le chemin) : comme son épée me file devant, je saisis l’occasion et je pique sous sa manche.

5ᵉ prise (Le rhinocéros contemple la lune) : Yaozong, à ma droite, avance pour trancher : je pare aussitôt vers la droite.

6ᵉ prise (Le dragon noir entre dans la grotte) : j’en profite pour frapper de pointe vers l’avant.

7ᵉ prise (Le cheval arrêté écoute le vent) : Yaozong fait un lever vers mon poignet ; j’essuie aussitôt vers la droite.

8ᵉ prise (Le vieil arbre enlace ses racines) : dans un grand tournoiement du corps, je tranche en bas vers sa jambe.

9ᵉ prise (Le dragon bleu se retourne) : il fend vers ma tête ; je porte l’épée vers le haut, me retourne à travers la parade, puis pique le dessus de son pied.

10ᵉ prise (Le phénix hoche la tête) : il cherche encore mon poignet avec l’épée ; je recule et pare en remontant tout en cherchant à mon tour son poignet.

11ᵉ prise (Le yaksa sonde la mer) : il recule ; j’avance aussitôt et lève vers son aine.

12ᵉ prise (Pas croisé, crocheter et accrocher) : du côté droit, il pique vers mon bas-ventre ; je crochète vers l’arrière-bas-droit, je pare son épée, puis je frappe de pointe au sommet de sa tête.

13ᵉ prise (Le dragon bleu tend la griffe) : il cède à ma gauche et pique mon ventre ; j’abaisse l’épée en portant, puis je lève en un essuyer vers sa gorge. Il passe en dessous : j’abaisse de nouveau le corps et fends vers le bas pour frapper son bras.

14ᵉ prise (Le yaksa sonde la mer) : il recule ; j’avance d’un pas et lève vers son aine.

15ᵉ prise (Fendre à revers le mont Hua) : Zhifen, devant moi, s’enfuit vaincu ; Yaozong, derrière, arrive en courant pour piquer ; je tourne la tête, puis le corps, et je fends avec violence.

16ᵉ prise (Le dragon noir bat de la queue) : l’adversaire de devant revient ; son épée descend de haut en bas en fendant ; je penche le corps et relève en contre vers son poignet.

17ᵉ prise (Le dragon noir enlace la perle) : les deux adversaires, devant et derrière, attaquent de concert ; j’enroule l’épée et fais une grande volte pour parer leurs armes.

18ᵉ prise (Le dragon noir bat de la queue) : l’adversaire de devant tranche vers ma taille ; je porte l’épée en crochetant à gauche, j’enroule vers le haut et fends vers son poignet.

19ᵉ prise (Le coq d’or se tient sur une patte) : il attaque de nouveau en tranchant vers ma jambe ; je retire la jambe, puis j’avance et lève vers son aine.

20ᵉ prise (Pas croisé, crocheter et accrocher) : Yaozong attaque encore en tranchant vers ma taille ; je tords le corps et les reins à droite et crochète vers l’arrière. Zhifen attaque de nouveau en piquant vers le côté gauche de mon cou ; poursuivant l’élan, je porte l’épée du haut vers la gauche en un accrocher.

21ᵉ prise (Embrasser la lune contre sa poitrine) : il tranche vers le bas, vers ma jambe ; je crochète la pointe vers le bas-gauche, j’enroule vers le haut pour retourner son épée, puis j’étreins l’épée et pare vers la droite, et je poursuis en frappant de pointe vers l’avant.

22ᵉ prise (Le yaksa sonde la mer) : comme il recule, j’avance et lève vers son aine.

23ᵉ prise (La jeune fille enfile l’aiguille) : il vient alors de ma gauche piquer vers mes côtes ; je cède du corps vers la droite et pare vers la gauche pour trancher son poignet.

24ᵉ prise (Sur place, soulever le vent) : les deux adversaires, de part et d’autre, essuient vers moi ; je m’accroupis de tout le corps, balaie l’épée en travers, et tourne sur place pour chercher leurs jambes.

25ᵉ prise (Le singe blanc dérobe la pêche) : Zhifen pique vers ma poitrine ; je dévie vers le haut, puis je touche de l’épée son plexus solaire.

26ᵉ prise (Cacher l’épée sous l’aisselle) : Yaozong m’étreint la taille à deux bras ; je passe l’épée sous mon aisselle gauche pour piquer derrière moi.

27ᵉ prise (L’épervier se retourne) : Zhifen fend vers ma tête ; je porte l’épée vers le haut pour soutenir la sienne, et j’enchaîne en tranchant vers son cou.

28ᵉ prise (Le dragon d’or enlace la colonne de jade) : il pique alors vers ma gorge ; je porte l’épée vers la gauche pour parer. Yaozong attaque maintenant mon bras droit ; je tire l’épée vers la droite.

29ᵉ prise (S’accroupir, se tenir comme suspendu) : [après que j’ai tournoyé et fleuri devant lui,] il tente de fendre d’en haut ; je m’accroupis et fais remonter l’épée pour couper sous son poignet.

30ᵉ prise (L’immortel remue les nuages) : son épée vient vers moi ; j’essuie vers l’extérieur droit, puis je tranche vers son cou.

31ᵉ prise (Le coq d’or se tient sur une patte) : il recule ; je ramène l’épée et le jue pour protéger ma taille et je lève le pied gauche, comme si j’allais m’élancer à sa poursuite.

32ᵉ prise (Le cheval sauvage court à l’auge) : je m’élance en flèche à sa poursuite, puis je pique vers ses reins.

33ᵉ prise (Le coq d’or monte au tronc) : il vire brusquement vers la droite et se retourne en essuyant vers mon cou ; je pare vers l’arrière-droit extérieur.

34ᵉ prise (L’immortel étire ses reins) : il esquive vers sa gauche ; je fais un pas croisé pour le suivre et tranche vers son cou.

35ᵉ prise (Le dragon noir bat de la queue) : il cherche mon poignet ; je retire le pied gauche vers la gauche et retourne l’épée en contre-lever vers son poignet.

36ᵉ prise (Un bâtonnet d’encens dressé vers le ciel) : Zhifen, à ma gauche, pique vers ma poitrine ; j’étreins l’épée pour parer vers la gauche.

37ᵉ prise (Le phénix vermeil affronte le soleil) : poursuivant l’élan, je retourne la pointe et fais un contre-lever vers son poignet. Il fait un lever orthodoxe : je retourne l’épée pour chercher le dessus de son poignet.

38ᵉ prise (Le dragon noir crache la brume) : il attaque depuis ma gauche ; je balaie l’épée à gauche. Il attaque à ma droite ; je balaie l’épée à droite. Il attaque droit devant, piquant vers ma gorge ; je renverse la tête en arrière et retourne l’épée pour piquer son plexus solaire.

39ᵉ prise (Le coq d’or se tient sur une patte) : il recule ; je ramène l’épée pour observer ce qu’il va faire.

40ᵉ prise (Le phénix lance la navette) : je m’élance sur lui, mais Yaozong me bouscule ; je tiens l’épée serrée et fais une volte pour attaquer de nouveau Zhifen, en piquant vers son échine.

41ᵉ prise (Le Grand Duc pêche à la ligne) : Zhifen pique à ma gauche ; je pare à gauche. Il pique à ma droite ; je pare à droite. Cela le retarde un peu : j’envoie l’épée en un toucher vers le bas, à son poignet.

42ᵉ prise (Pas croisé, crocheter et accrocher) : il attaque depuis mon bas-droit ; j’envoie l’épée crocheter vers l’arrière. Yaozong, à ma gauche, attaque ma gauche ; j’accroche l’épée pour frapper de pointe vers sa tête.

43ᵉ prise (Le dragon bleu tend la griffe) : Yaozong pique bas vers mes côtes ; j’abaisse l’épée pour parer. Comme il retire son épée, je poursuis l’élan, j’enroule une fleur, [je pique vers l’avant,] puis je fends d’en haut.

44ᵉ prise (Le yaksa sonde la mer) : il recule ; j’avance aussitôt d’un pas en lever vers son aine.

45ᵉ prise (La jeune fille lance la navette) : depuis ma gauche, il pique vers mes côtes ; je m’esquive à droite en parant vers la gauche pour attaquer son poignet. Zhifen, à ma droite, vient m’attaquer par derrière ; je fais une volte et pique vers sa poitrine.

46ᵉ prise (Le tigre féroce retourne à la montagne) : Yaozong, derrière moi, revient à l’attaque ; je me retourne et frappe de pointe vers sa tête.

47ᵉ prise (Le roi-dragon soulève trois fois l’eau) : les deux adversaires, à ma gauche et à ma droite, piquent en même temps ; j’enroule une fleur de part et d’autre.

48ᵉ prise (Le prince se tient au bord du fleuve) : les deux adversaires reculent ensemble ; je ramène l’épée et je me tiens debout.

Notes du traducteur

  1. Jin Yiming (金一明) : auteur martial prolifique de l’époque républicaine, natif de Yangzhou. Ses écrits parurent dès 1916 (Compagnie du livre Zhonghua). Il fut chargé de l’instruction à l’Institut provincial des arts martiaux du Jiangsu à partir de 1930.
  2. La méthode : l’Épée en forme de dragon se rattache à la tradition de Yan Jiyun (嚴繼藴), dit « Yan la Grande Lance », de Yanzhou (Shandong), transmise à Tong Wenhua (童文華), puis publiée par Jin Yiming. Le manuel est illustré de cinquante et une planches reproduites ici : les deux calligraphies liminaires, le schéma des parties de l’épée, et les quarante-huit postures exécutées face au sud au départ ; les repères cardinaux (南 sud, 北 nord, 東 est, 西 ouest) servent à fixer l’orientation de chaque mouvement.
  3. Les onze caractères (十一字) : 劈 pi (fendre), 撩 liao (lever), 斬 zhan (trancher), 抹 mo (essuyer), 掤 peng (parer en remontant), 托 tuo (soutenir), 鈎 gou (crocheter), 挂 gua (accrocher), 提 ti (porter), 刺 ci (piquer), 扎 zha (frapper de pointe). Le texte compare les huit premières méthodes aux huit traits du caractère 永 de la calligraphie.
  4. Le jue (訣) : le « sceau » formé avec la main qui ne tient pas l’épée — index et majeur tendus, pouce appuyé sur l’annulaire et l’auriculaire — typique des exercices d’épée chinois.
  5. Les cinq interdits du général Li Jinglin (李景林) : général et escrimeur célèbre (1885–1931), promoteur de l’épée du Wudang, dont le manuel reprend ici les préceptes.
  6. L’historique des épées : la liste des épées célèbres, de Qi des Xia à l’empereur Wu des Liang, s’appuie sur les Registres des sabres et des épées (刀劍錄) de Tao Hongjing (456–536). L’« épée en forme de dragon » y apparaît déjà comme le nom de l’épée coulée par l’empereur Ming des Han (58–75), jetée dans la rivière Luo ; c’est de cette épée-là, et non de celle de notre manuel, qu’il s’agit dans cette liste.

Source du texte chinois : 金一明, 《龍形劍》, 新亞書店, 1931 (20ᵉ année de la République). Traduction française nouvelle ; les planches proviennent de l’édition numérisée du texte chinois.