L’épée Kunwu (昆吾剑) tient son nom d’une arme légendaire de l’Antiquité chinoise. Le Kunwu jian pu (昆吾劍譜, « Manuel de l’épée Kunwu ») de Li Lingxiao (李凌霄, maître de Cangxian, Hebei) est un manuel d’escrime traditionnelle publié localement pour la première fois en 1934-1935. Il se présente en trois parties : une partie théorique (préfaces, préceptes, principes et formule des dix techniques), un enchaînement de soixante-dix-sept postures illustrées, et un appendice de planches commentées. La présente traduction porte sur toute la partie théorique et sur l’appendice des dix techniques ; l’enchaînement de postures, très long et formé de descriptions techniques répétitives, est ici omis. Le texte chinois original, rédigé par un auteur décédé il y a plus de cinquante ans, est dans le domaine public ; la traduction française est nouvelle et réalisée directement à partir du texte chinois.

序 — Préface de Yin Jingchun (殷景純)
余素嗜國術,每遇國術專家,輒欲與一談,藉覘其研究之造詣及專擅之特長,以探我國武術之奧秘。十餘年來,所接談者不下數十名家;參觀出場比賽之名手,不下數千百人。或以剛猛致勝,或以敏捷取巧,或鍛鍊身體之一部以享盛名,或洞貫器械之全能,而自成一派。然一藝之精,舉非窮年累歲不為功。吁!國術之淵邃,信非門外漢可得而言也。
J’ai toujours été passionné par les arts martiaux. Chaque fois que je rencontrais un maître, je souhaitais m’entretenir avec lui, afin d’apprécier le niveau de son étude et la particularité de sa spécialité, et de sonder les secrets des arts martiaux de notre pays. Au cours de plus de dix années, j’ai conversé avec des dizaines de maîtres réputés ; j’ai vu défiler les compétitions des dizaines de milliers de praticiens de premier plan. Les uns l’emportaient par la force brutale, les autres par l’agilité et l’ingéniosité ; les uns s’étaient fait une renommée en exerçant une seule partie du corps, les autres, pénétrant toutes les armes, se firent un style propre. Mais pour atteindre la perfection d’un seul art, il n’y a pas au monde de manière d’y parvenir sans l’effort de longues années. Hélas ! la profondeur des arts martiaux est réellement hors de la portée du profane.
民國十八年,余來滄中任敎職,得晤李凌霄先生。先生世居滄縣西門外,為滄中國術導師,雖武夫而循循有儒者氣。暇與暢談,始知先生擅內外功。一日,令學生試舞昆吾劍。細觀之,與姜著寫眞昆吾劍出入甚多,因與談劍。於是又知先生精通劍法焉。
En la dix-huitième année de la République (1929), je vins occuper un poste d’enseignant au lycée de Cangzhou, où je rencontrai M. Li Lingxiao. Sa famille habitait depuis toujours hors de la porte ouest du district de Cang, et il était l’instructeur d’arts martiaux du lycée de Cangzhou. Bien qu’homme de guerre, il avait l’allure paisible d’un lettré. Au cours de nos entretiens, je découvris qu’il excellait aussi bien dans les exercices internes qu’externes. Un jour, il fit exécuter devant moi le Kunwu jian par un élève. L’observant avec soin, je remarquai qu’il divergeait beaucoup de l’Épée Kunwu photographiée de Jiang [Rongqiao] ; je m’entretins donc de l’épée avec lui, et je compris alors qu’il possédait à fond l’art de l’épée.
間嘗披覽馬相伯及姜容樵諸先生所著各種劍法。頗喜其論證宏博,條理貫通。然語其細膩精微,則先生又有說焉。余不禁驚詫而言曰:劍術之所以為劍術,其價値在於是矣!蓋身隨劍轉,劍掩身形,發手如閃電,駐足如磐石,紆迴婉轉,忽疾忽徐;所謂如游龍,如翔鳳者,信得舞劍之姿態矣!
Il m’arriva de parcourir les divers traités d’épée des maîtres Ma Xiangbo, Jiang Rongqiao et autres. J’appréciais fort l’ampleur de leurs argumentations et la cohérence de leurs exposés. Mais, pour ce qui est de la finesse et de la subtilité, M. [Li] avait encore son mot à dire. Je ne pus retenir mon étonnement : « Telle est bien la valeur de l’art de l’épée — celle qui fait qu’il est véritablement l’art de l’épée ! Le corps tourne avec l’épée, l’épée recouvre la forme du corps ; la main part comme l’éclair, le pas se pose comme le rocher ; dans les détours et les sinuosités, tantôt rapide, tantôt lent — voilà ce qu’on appelle “tel un dragon qui nage, telle une phénix qui plane” : c’est bien ainsi qu’on obtient l’attitude de celui qui danse l’épée ! »
昔之雅士,每以琴劍自隨。今之聞人,亦往往以習劍為樂。然大多公餘少暇,殊難作深邃之鑽研。即有志追求,而眞正精專之導師,一時又難遇合。且以國術在我國原屬秘傳。粗通者不敢遽以授人,精通者又不肯輕以授人。中國國術之日就淪湮,實由於此!
Autrefois, les lettrés raffinés se faisaient souvent accompagner du qin (cithare) et de l’épée. Les hommes célèbres d’aujourd’hui trouvent aussi souvent leur plaisir à pratiquer l’épée. Mais la plupart, peu disponibles en dehors de leurs fonctions, ont bien du mal à s’y adonner en profondeur. Et, même animés d’une véritable ambition, ils ne rencontrent que rarement un maître véritablement expert. De surcroît, les arts martiaux de notre pays ont toujours été une transmission secrète : ceux qui n’en ont qu’une connaissance grossière n’osent point l’enseigner, et ceux qui la maîtrisent ne consentent pas à la céder à n’importe qui. Le déclin des arts martiaux chinois tient précisément à cela !
今者中央及各省縣蓋均有國術館之設。但鄕野精專國技之士,豈能盡為網羅;而功力湛深之專家,又未必能文詞以傳其藝業之奧。因之提倡者僅具苦心而難收美滿之效果。先生精於術而粗通文,因慫恿以昆吾劍譜公之於世,以存劍術之眞面目而供國術界之研索焉。
De nos jours, des instituts d’arts martiaux (guoshuguan, 國術館) ont été fondés au niveau central, provincial et cantonal. Mais les virtuoses des campagnes peuvent-ils être tous rassemblés ? Et les experts dont la puissance est profonde ne sont pas nécessairement capables d’écrire pour transmettre les mystères de leur art. Aussi les promoteurs ont-ils beau déployer de la bonne volonté, ils obtiennent difficilement des résultats satisfaisants. M. [Li] excelle dans la technique mais écrit assez mal ; je l’incitai donc à rendre public le Kunwu jian pu, afin de préserver le vrai visage de l’art de l’épée et d’offrir aux praticiens de quoi l’étudier.
噫!劍之路數夥矣。因有派別之分,遂各是其是。然差之一毫,謬以千里。學之不精,遽失本原。習國術而能觀其會通,一洗派別之見者,海內實不多覯。先生挾其術奔走南北,所遇名手難以數計,一經接觸,蓋莫不服其神化焉。昔曹仲珊見而賞之,李協和聞而愛之,張之江見而喜之,豈不以其技術之精妙哉?
Hélas ! les écoles de l’épée sont nombreuses. En raison des divisions de style, chacun juge que le sien seul est le bon. Mais manquer d’un cheveu conduit à une erreur de mille lieues ; si l’on n’étudie pas avec précision, on perd vite le fondement. Ceux qui, en pratiquant les arts martiaux, savent saisir le point de convergence et faire table rase des préjugés de secte, sont véritablement rares dans le royaume. M. [Li], portant son art, a couru le nord et le sud ; les maîtres qu’il rencontra sont innombrables, et dès le premier contact ils étaient tous convaincus de sa perfection. Jadis Cao Zhongshan le vit et l’admira, Li Xiehe en entendit parler et l’aima, Zhang Zhijiang le contempla et s’en réjouit — n’est-ce point qu’ils reconnaissaient l’excellence de sa technique ?
李君所遇如此,竟甘回鄕授徒以自樂。是則先生之所以過人者,不僅在其技術也已。房山殷景純序。
Telle fut l’estime rencontrée par M. Li ; pourtant il consentit à rentrer chez lui pour enseigner ses élèves et s’y plaire. C’est là ce qui le rend supérieur aux autres : il n’y a pas que sa technique. — Préface composée par Yin Jingchun, de Fangshan.
自序 — Préface de l’auteur (Li Lingxiao)
昆吾劍之遠源,吾不得而知之矣。蓋是劍以器名也。昔周穆王伐昆戎,昆戎獻昆吾之劍。列子載:「錕鋙之鍊鋼,可以切玉。」故昆吾劍乃古之寶劍也。有劍器,斯有用法。未有炮火之前,我國武士全恃長兵短兵以應敵。累世相傳,愈研愈精。以術名者,歷代不乏其人。後世精專之士,各以宗法,自立門派。或假劍器以名劍法,如昆吾,靑萍之類,蓋亦尊古之意也。
Je ne saurais dire l’origine lointaine de l’épée Kunwu ; elle tient son nom de l’arme elle-même. Jadis, lorsque le roi Mu des Zhou attaqua les Kunrong, ceux-ci lui offrirent l’épée Kunwu. Le Liezi rapporte : « L’acier affûté de Kunwu peut trancher le jade. » L’épée Kunwu était donc un trésor de l’Antiquité. L’arme venant d’exister, il en découla un mode d’emploi. Avant l’apparition des armes à feu, les guerriers de notre pays dépendaient entièrement des armes longues et des armes courtes pour affronter l’ennemi. Transmise de génération en génération, la pratique se fit de plus en plus raffinée. Ceux dont l’art fit la renommée ne manquèrent à aucune époque. Plus tard, les spécialistes firent chacun école à partir de l’enseignement reçu ; certains donnèrent à un art de l’épée le nom d’une arme célèbre — tels Kunwu, Qingping — par vénération de l’Antiquité.
有淸道光初年,我縣城東北軍馬站戴三先生擅武術名。一日,有江南人劉姓者,夫婦二人,持劍來訪。戴君遜謝不敏。劉某曰:「余慕名而至,非來與汝較高下,但欲窺汝派之手法耳。」戴君不得已,遂出己藝與之較,而出手便為所制。屢試皆然。戴君遂棄劍而言曰:「是吾師也。」因挽劉君於家,而日夕就學焉。居一載有半。濱行,曰:「余平生專嗜此術,故走南北以訪高明之士,竟未一遇。今轉以余藝授汝,亦極大緣分,弗可輕以示人!」遂辭去。其後,戴君授於李天穆家辛莊劉振祥。余從劉先生學而未精。後遇戴三先生之侄於大連,因朝夕探究,始得其奥。
Au début de l’ère Daoguang des Qing, dans notre district, au poste de Junmazhan au nord-est de la ville, un certain M. Dai [San], troisième de la famille, était renommé pour ses talents martiaux. Un jour, un homme du Jiangnan nommé Liu vint, avec son épouse, l’épée à la main, lui rendre visite. M. Dai s’excusa en s’estimant indigne. Liu dit : « Je suis venu attiré par votre renom ; ce n’est pas pour disputer avec vous, mais seulement pour entrevoir la technique de votre école. » M. Dai, n’ayant pas le choix, déploya son propre art contre lui, mais dès la première attaque il fut maîtrisé. Il en fut ainsi à chaque tentative. M. Dai posa alors son épée et dit : « Voici mon maître. » Il retint M. Liu dans sa maison et étudia auprès de lui matin et soir. Il demeura un an et demi. Au moment du départ, Liu dit : « Ma vie durant, je n’ai eu de goût que pour cet art ; aussi ai-je parcouru le nord et le sud à la recherche des maîtres éclairés, sans jamais en rencontrer un seul. Aujourd’hui je vous transmets mon art : c’est là une très grande affinité, et vous ne devez point le montrer à la légère ! » Puis il prit congé. Ensuite, M. Dai le transmit à Liu Zhenxiang, du village de Xinzhuang, chez la famille Li Tianmu. J’appris auprès de M. Liu sans atteindre la perfection. Plus tard, je rencontrai à Dalian le neveu de M. Dai, et grâce à une exploration assidue, j’en obtins enfin le secret.
雖然,敢謂此劍遂能包括一切劍法乎?但就余所習,及所見者而言,蓋舉不若是劍之超妙有法也。房山殷景純先生,文人而嗜國術者也。覩此劍法。詫為希有。以為値國家提倡國術之時,亟應付梓,以供同好之研究。因商同殷先生將原譜重加修訂,附以着法,加以圖說。俾學者不僅得舞劍之姿式,並能明其用法;按圖索驥,逐步推敲,練習旣熟,再從中求其變化,期年可以有成。則於劍術之道,可以得其大凡矣。
Cela dit, puis-je prétendre que cette épée embrasse tous les arts de l’épée ? Pour ce que j’ai pratiqué et pour ce que j’ai vu, je pense qu’aucun n’égale la transcendance et la méthode de cette épée. M. Yin Jingchun de Fangshan est un lettré épris d’arts martiaux ; voyant cet art de l’épée, il le tint pour une rareté, et jugea qu’au moment où l’État encourageait les arts martiaux, il fallait sans tarder en faire l’impression pour l’étude des amateurs. Je m’entendis donc avec M. Yin pour revoir et corriger le recueil original, y joindre les techniques et l’agrémenter de figures commentées, afin que l’étudiant n’obtienne pas seulement l’attitude de la danse de l’épée, mais en comprenne l’usage ; suivant les figures comme on suit une monture, en raisonnant pas à pas, une fois la pratique parvenue à maturité, on en cherchera les variations, et en un an l’on pourra réussir. On saisira ainsi l’essentiel de la voie de l’épée.
至若故神其說,先語人以難能;旣學之後,又茫乎不得要領,舉手而受制於人,又何貴學劍術哉!然末學寡聞,愚者一得,深盼海內專家,有以敎正之,則幸甚矣。民國二十三年七月滄縣李凌霄序。
Quant à ceux qui entourent leur art de mystère, qui commencent par déclarer la chose inabordable, puis, une fois qu’on a appris, laissent l’élève flotter sans saisir l’essentiel, si bien qu’au premier geste il est dominé par autrui — à quoi bon alors étudier l’art de l’épée ! Mais je ne suis qu’un ignorant aux connaissances limitées ; offrant le peu qu’un simple d’esprit a saisi, je souhaite vivement que les spécialistes du royaume daignent me corriger. — Préface de Li Lingxiao, de Cangxian, en juillet de la vingt-troisième année de la République (1934).
劍箴十條 — Les Dix préceptes de l’épée
劍箴十條 此十條現在已無庸叙及茲特存之以見古人用心之苦亦以見此劍之珍貴也
Les Dix préceptes de l’épée. Ces dix articles n’ont plus grand lieu d’être évoqués de nos jours ; je les conserve néanmoins, afin de montrer la peine qu’ont prise les Anciens et de faire voir la valeur de cette épée.
一劍術自古所傳不一,而昆吾之法,最為上乘。學者不可目為尋常,當珍重視之。
- Les arts de l’épée transmis depuis l’Antiquité ne sont pas uniques ; mais la méthode Kunwu en est la plus éminente. L’étudiant ne doit point la regarder comme une chose ordinaire, mais la tenir avec grand soin.
一劍之為器,可伴琴書,非尋常武器可比。愛之者須於潔淨處藏之。
- L’épée est un instrument qui accompagne la cithare et les livres ; elle ne saurait se comparer à une arme banale. Celui qui l’aime doit la conserver dans un lieu pur.
一劍惟三家可傳,儒家,道家,將家是也。然猶須擇其端正儒雅者授之。
- L’épée ne se transmet qu’à trois catégories : les lettrés (rujia, 儒家), les taoïstes (daojia, 道家) et les généraux (jiangjia, 將家). Encore convient-il de choisir, parmi eux, ceux qui sont droits et raffinés.
一劍有十不傳:人品不端者不傳。不忠不孝者不傳。人而無恒者不傳。不知珍重者不傳。文武不就者不傳。藉此求財者不傳。俗氣入骨者不傳。市井人不傳。拳脚行不傳。何也?恐有玷於昆吾之高尚也。
- Il est dix sortes de gens à qui l’on ne transmet pas l’épée : ceux dont la conduite n’est pas droite ; ceux qui ne sont ni loyaux ni filiaux ; ceux qui manquent de constance ; ceux qui ne savent pas en apprécier la valeur ; ceux qui ne réussissent ni dans les lettres ni dans les armes ; ceux qui en feraient un moyen de s’enrichir ; ceux chez qui la vulgarité est entrée dans les os ; les gens du marché ; les batteurs de poings. Pourquoi ? De crainte que la noblesse du Kunwu en soit souillée.
一劍有五戒:一戒自矜,二戒務名,三戒好與人爭勝,四戒好殺,五戒目空一世。
- L’épée a cinq interdits : le premier est de se garder de la suffisance ; le second, de la poursuite de la réputation ; le troisième, du goût de disputer la victoire à autrui ; le quatrième, du goût de tuer ; le cinquième, du mépris du monde entier.
一可傳之人不傳,失人。不可傳之人而傳,失劍。如認人不眞,寧失人勿失劍。自古皆然,非吾輩之吝也。
- Ne pas transmettre à celui qu’on pourrait transmettre, c’est perdre la personne. Transmettre à celui à qui l’on ne doit pas, c’est perdre l’épée. Si l’on n’est pas assuré de bien juger les gens, mieux vaut perdre la personne que perdre l’épée. Il en a toujours été ainsi : ce n’est point avarice de notre part.
一傳劍先須擇人,又須擇地。濁亂之處,雖有可傳之人,恐其操持不堅,漸為惡人所得,貽害不淺。
- Pour transmettre l’épée, il faut d’abord choisir la personne, puis choisir le lieu. En un endroit trouble et désordonné, même s’il s’y trouve un élève digne de transmission, on craint que sa tenue ne soit pas ferme, et que l’art ne tombe peu à peu aux mains de gens pervers, causant un malheur considérable.
一學者必須愼秘,切不可於廣衆之中,輕於衒弄,以博美名。恐惡人見愛,求之不得,反以結怨。
- L’étudiant doit être prudent et discret : il ne doit jamais, au milieu de la foule, exhiber son art à la légère pour gagner une belle renommée. Sans quoi, les gens pervers, le voyant avec convoitise et ne pouvant l’obtenir, finiront par lui garder rancune.
一劍乃世所罕有,始為人所甚慕。倘遇不得眞傳,自鳴得意,任其狂誖,不必與之爭辨。
- L’épée est chose rarissime au monde, c’est pourquoi on l’admire tant. Si l’on rencontre quelqu’un qui n’a point la vraie transmission et s’en vante, se complaisant dans ses extravagances, ne disputez point avec lui.
一旣得眞傳,又須涵養性情。倘遇無知之徒,妄加譏貶;只可令其一世糊迷,不必與之較量。
- Une fois la vraie transmission obtenue, il faut encore cultiver son caractère. Si l’on rencontre des ignorants qui , à tort, critiquent et rabaissent, laissez-les simplement dans leur confusion toute leur vie ; nul besoin d’aller mesurer [son art] à eux.
對劍要領 — Essentiels du combat à l’épée
——此劍不封不架不沾而進——
— Cet art de l’épée ne scelle point, ne contre point, ne colle point : il attaque en avançant —
待敵恃奇正。追敵須奪門。莫使人佔手。起伏要分明。欲左先攻右,欲右先攻左。人如分心刺,提爐中攔行。人若照頭砍,藤蘿妙無窮。若是刺膝足,懸斬莫消停。人欲砍我腿,下攔最分明。如橫抹我項,領衣式可贏。若彼斬裏腕。施鞭抹式工。如砍左額角,飛空上斷贏。如取右額角,閉門下式靈。如要正刺手,折梅法最精。如取內一寸,底抹可成功。若斬外一寸,底抹過門通。如攻內二寸,縮斬必然行。如取外二寸,外捲式最明。若取內三寸,外撩刺脅精。如取外三寸,捕鼠式最工。彼攻內四五,黃龍頭手冲。彼攻外四五,三斷驚風行。彼用連環式,擺尾捲手贏。人內斬我手,三里次手工。人用外斬手,內撩兼刺胸。下來用滴水。上來挑手明。進退俱有法,要着習貴精。式多難盡述,功到自然成。
J’attends l’adversaire en m’appuyant sur le régulier et sur l’irrégulier (qizheng, 奇正). Pour le poursuivre, il faut lui ravir la porte (la ligne). Ne laissez pas l’autre occuper votre main. Les hauts et les bas doivent être bien nets. Voulant [frapper] à gauche, attaquez d’abord à droite ; voulant à droite, attaquez d’abord à gauche. S’il pique vers la poitrine, “lever le trépied” (ti lu, 提爐) va intercepter au milieu. S’il frappe à la tête, “les lianes” (tengluo, 藤蘿) sont d’une merveille sans bornes. S’il pique les genoux ou les pieds, “la hache suspendue” (xuan zhan, 懸斬) ne doit point s’arrêter. S’il veut couper la jambe, le bloc bas est le plus net. S’il vous balaie le cou en travers, la posture “tirer le vêtement” (ling yi, 領衣) peut gagner. S’il tranche la face interne du poignet, “le fouet” et la technique d’enduire (mo shi, 抹式) sont adroits. S’il coupe l’angle gauche du front, “l’envol dans les airs” (fei kong, 飛空) le brise en haut. S’il prend l’angle droit du front, la posture de “fermer la porte” (bi men, 閉門) opère en bas. S’il pique droit la main, la méthode de “cueillir la fleur” (zhe mei, 折梅) est la plus fine. S’il prend un pouce en dedans, “l’enduit du dessous” (di mo, 底抹) réussit. S’il tranche un pouce en dehors, “l’enduit du dessous” passe la porte. S’il attaque deux pouces en dedans, “la coupe qui se retire” (suo zhan, 縮斬) est assurée. S’il prend deux pouces en dehors, le “roulement extérieur” (wai juan, 外捲) est le plus net. S’il prend trois pouces en dedans, “relever en dehors et piquer le flanc” (wai liao, 外撩) est exquis. S’il prend trois pouces en dehors, la posture “attraper la souris” (bu shu, 捕鼠) est la plus habile. S’il attaque quatre ou cinq pouces en dedans, “la tête de dragon” (huang long, 黃龍) fonce. S’il attaque quatre ou cinq pouces en dehors, “le triple arrêt” (san duan, 三斷) surprend comme le vent. S’il use de la méthode “continue” (lian huan, 連環), “la queue qui se balance” (bai wei, 擺尾) gagne en roulant la main. Si l’autre tranche votre main en dedans, “les trois li” (san li, 三里) vient en second. Si l’autre tranche la main en dehors, on relève en dedans et l’on pique la poitrine. En bas, on use de “la goutte d’eau” (di shui, 滴水) ; en haut, on relève et l’on montre la main. Avancer et reculer ont chacun leur loi ; les points essentiels, c’est l’étude qui les rend précis. Les postures sont nombreuses, difficiles à dire toutes ; l’effort venu, le succès s’obtient de lui-même.
昆吾劍法十字訣 — La formule des dix mots de l’art de l’épée Kunwu
此劍十字訣着法至簡便。 托抹捧點捲刁掛折刺站。
Les dix mots de cet art de l’épée rendent ses techniques fort simples. Pousser (tuo, 托), enduire (mo, 抹), porter (peng, 捧), pointer (dian, 點), rouler (juan, 捲), accrocher (diao, 刁), suspendre (gua, 掛), briser (zhe, 折), piquer (ci, 刺), tenir (zhan, 站).
昆吾劍,自古傳,全憑十字為主言。托抹捧。共點捲。寒光射,耀人眼。運動劍。上下翻。論着法,妙無邊。刁掛折與刺站。左右攻。似閃電。上劍捲。中劍纒。下劍折。內有圈。用托抹。要站轉。論身法。要靈便。斜身拗步得占先。有輕重。有長短。紙上談兵是虛言。若學劍,得眞傳,口傳心授功自練。
L’épée Kunwu, transmise depuis l’Antiquité, repose tout entière sur les dix mots. Pousser, enduire, porter ; et pointer, rouler. Le froid éclat jaillit, éblouissant les yeux. L’on meut l’épée, on la retourne de haut en bas. Pour les techniques, la merveille est sans limite. Accrocher, suspendre, briser, piquer et tenir. Frapper à gauche et à droite, comme l’éclair. À l’épée haute, on roule ; à l’épée médiane, on lie (replie) ; à l’épée basse, on brise ; au-dedans il y a le cercle. Pour l’appui et l’enduit, il faut tenir et pivoter. Pour la méthode du corps, il faut être souple et aisé. Le corps incliné et le pas écarté (ao bu, 拗步) s’assurent l’avantage. Il y a le léger et le lourd, le long et le court. Discourir sur le papier n’est que vaine parole. Si l’on apprend l’épée, il faut obtenir la transmission vraie : parole de la bouche, transmission du cœur, et l’effort vient de la propre pratique.
劍法須知 — Principes de l’épée à connaître
一、劍長三尺,用鋒一寸。持劍須活把。把愈活而運轉愈靈。故講劍法,全以空靈致勝。劍之所指,身勢隨之。務使身劍合一,才能得心應手。
- L’épée mesure trois pieds ; on ne se sert que de la pointe d’un pouce. Pour tenir l’épée, la poigne doit être souple : plus la poigne est souple, plus la rotation est aisée. Aussi parler de l’art de l’épée, c’est triompher par le vide et le ling (空靈, la légèreté vide). Là où pointe l’épée, la position du corps la suit. Il faut faire en sorte que le corps et l’épée ne fassent qu’un, pour obtenir alors ce que l’on veut de la main.
二、初習定式須穩,稍遲無礙。如習字然,間架不穩,書法絕不能工。練習純熟,疾徐自能適中。不可惑於人言。但以求快為能。
- Au début, l’étude des postures fixes (ding shi, 定式) exige la stabilité ; un peu de lenteur ne nuit point. Comme pour l’écriture : si la charpente n’est pas stable, jamais la calligraphie ne saurait être achevée. Une fois la pratique mûrie, le rapide et le lent s’accordent d’eux-mêmes. Ne vous laissez point égarer par les propos d’autrui, ni ne prenez pour seule habileté la quête de la vitesse.
三、劍法上乘,以不封,不架,不沾而進為妙。所謂不封不架不沾者,乃不以劍與敵人較力也。因敵人出手,我制彼腕,因便刺進,用不着封架沾也。
- La plus haute méthode de l’épée a pour merveille d’attaquer sans sceller (feng, 封), sans contre (jia, 架) et sans coller (zhan, 沾). “Ni sceller, ni contre, ni coller” signifie qu’on ne va pas mesurer sa force à l’épée contre l’adversaire : dès qu’il décoche sa main, je contrôle son poignet et, suivant la convenance, je pique ; il n’est nul besoin de sceller, de contre ni de coller.
四、劍走判式,多為斜身拗步。全在腰部秉其權衡。不能用腰,則劍法之妙用,十去其九矣。
- Les postures de marche de l’épée sont le plus souvent à corps incliné et pas écarté ; tout repose sur la taille, qui en tient la balance. Si l’on ne sait point employer la taille, l’usage merveilleux de l’art de l’épée en perd neuf dixièmes.
五、心,眼,身,手,步,本屬聯合動作。各種拳技,莫不講究。劍術亦然。學者不可忽也。
- Le cœur, l’œil, le corps, la main et le pas relèvent d’un seul et même mouvement d’ensemble. Aucun art de combat n’en néglige le soin ; l’art de l’épée en va de même. L’étudiant ne doit point l’oublier.
六、書內挿圖。多為定式,而着法之運用,大半都在兩個定式之間。學者須細心玩味,使走劍之路線。能旋轉連綿而下,毫無躄脚之處,斯為得之。
- Les figures de ce livre sont pour la plupart des postures fixes ; or l’application des techniques a lieu, pour l’essentiel, entre deux postures fixes. L’étudiant doit les savourer avec soin, afin que le tracé de la marche de l’épée coule en tournoyant et sans interruption, sans la moindre trébuchement du pied : alors il l’aura obtenue.
例言 — Quelques points d’usage de ce livre
1.定式之下,附以歌辭,即該式之用法也。下圖即為用畢之定式。
- Sous chaque posture fixe sont jointes des paroles rimées (ge ci, 歌辭), qui en donnent l’usage ; la figure qui suit montre la posture finale de l’action.
2.此劍每式附有上中下三着。用時可以隨機應變。
- À chaque posture de cette épée sont jointes trois techniques — haute, médiane et basse ; à l’emploi, on peut s’y adapter selon les circonstances.
3.步法路線分十段說明,以便學者參閱。但步法轉換之際,俱各有法,諒學者均有拳技根柢,茲不贅。
- Le tracé des pas est exposé en dix sections, pour que l’étudiant puisse s’y reporter. Mais, dans les moments où le pas change, chaque chose a sa loi ; je présume que l’étudiant possède les fondements du poing, aussi ne m’y attarde-je point.
4.挿圖所注之四方部位,俱依步法路線圖之說明,以便學者之按圖索驥,非謂方向不可變也。
- Les orientations marquées dans les figures suivent les explications du schéma du tracé des pas, afin que l’étudiant puisse, suivant la figure comme on suit une monture, retrouver son chemin ; je ne veux point dire par là que la direction ne puisse changer.
5.各式所用着法,前後互見。學者將各式習畢,不難豁然貫通。
- Les techniques employées dans les diverses postures se retrouvent d’un bout à l’autre de l’ouvrage ; quand l’étudiant aura achevé chaque posture, il ne lui sera point difficile de tout comprendre d’un seul élan.
挿圖均為定式,中間走劍之路線,弗能拍照。學者宜詳察說明之處。
Les figures sont toutes des postures fixes ; le tracé intermédiaire de la marche de l’épée ne peut être photographié. L’étudiant doit examiner soigneusement les passages expliqués.
7.譜中一式三着,乃就本路劍法連續舞下之着法而言。且為迎面三着。學者不可不知。
- Dans ce recueil, “une posture et trois techniques” s’entend des techniques enchaînées en continu dans la danse de cette voie de l’épée ; ce sont les trois techniques de l’attaque de face. L’étudiant ne doit point l’ignorer.
昆吾劍十字用法圖說 — Appendice : explications illustrées des dix techniques
第一圖 托式
Technique 1 — Pousser (tuo, 托)
(說明)托式之用法,自下而上,所以制敵人之上劍也。左右前後皆可用。以此式為主。或謂「雲」,或謂「撩」,實即托式也。敵人用上劍,或來刺,或來點,皆可用此著。如譜中之烏鵲飛空,順風領衣,連環劍之第一第二兩式,海底撈月之第一式,及摘星換月之第一式,皆此「托」字之變化也。
(Explication) L’usage de la technique “pousser” va de bas en haut : elle sert à maîtriser l’épée haute de l’adversaire. Elle s’emploie à droite ou à gauche, devant ou derrière ; c’est la posture fondamentale. D’aucuns l’appellent “nuage” (yun, 雲), d’autres “relever” (liao, 撩) ; en réalité c’est la posture “pousser”. L’adversaire usant de l’épée haute, qu’il pique ou qu’il pointe, tous ces coups peuvent être traités par cette technique. Dans le recueil, telles “les pies qui s’envolent dans le ciel” (wu que fei kong, 烏鵲飛空), “le vent qui tire le vêtement” (shun feng ling yi, 順風領衣), les deux premières techniques de “l’épée continue” (lian huan jian, 連環劍), la première de “cuillère la lune au fond de l’eau” (hai di lao yue, 海底撈月) et la première de “cueillir les étoiles et remplacer par la lune” (zhai xing huan yue, 摘星換月) sont toutes des variations de ce mot “pousser”.

第二圖 抹式
Technique 2 — Enduire (mo, 抹)
(說明)抹式之用法,所以制敵人之中劍也。此劍走敵人之外門,或謂之「撥」,或謂之「錯」,皆此字之變化也。如敵人來刺中劍,便可用此法由左前方追取敵人之腕。譜中之抹式副手即如此用。
(Explication) L’usage de la technique “enduire” sert à maîtriser l’épée médiane de l’adversaire. Cette épée passe par la porte extérieure de l’ennemi ; on l’appelle aussi “écarter” (bo, 撥) ou “disposer en travers” (cuo, 錯), toutes variations de ce caractère. Si l’adversaire pique avec l’épée médiane, on peut, par cette méthode, depuis la gauche et par devant, poursuivre son poignet. Dans le recueil, la “technique d’enduire avec la main auxiliaire” (mo shi fu shou, 抹式副手) s’emploie ainsi.

第三圖 捧式
Technique 3 — Porter (peng, 捧)
(說明)捧式之用法,所以巧取敵人之底腕也。如敵人用中劍來刺或點,皆可用之。譜中之祥雲捧日,內提金爐,黃龍擺尾之第二式與劍刺三里之第一式,皆捧式也。
(Explication) L’usage de la technique “porter” sert à saisir adroitement le poignet bas de l’adversaire. Si l’adversaire pique ou pointe avec l’épée médiane, cette technique convient. Dans le recueil, “les nuages propices portent le soleil” (xiang yun peng ri, 祥雲捧日), “le trépied d’or qu’on élève en dedans” (nei ti jin lu, 內提金爐), la deuxième posture de “le dragon jaune balance sa queue” (huang long bai wei, 黃龍擺尾) et la première de “l’épée pique trois li” (jian ci san li, 劍刺三里) sont toutes des techniques “porter”.

第四圖 點式
Technique 4 — Pointer (dian, 點)
(說明)點式之用法,自上而下,以制敵人之中劍。或謂之「劈」,或謂之「坎」,或謂之「挅」,名異而實同也。譜中之蜻蜓點水,力劈華山,靈貓捕鼠,金雞點頭第二式,打落金錢,三斷第二式,皆點法也。
(Explication) L’usage de la technique “pointer” va de haut en bas : elle maîtrise l’épée médiane de l’adversaire. On l’appelle aussi “fendre” (pi, 劈), “enfoncer” (kan, 坎) ou “frapper” (duo, 挅) ; les noms diffèrent mais la réalité est la même. Dans le recueil, “la libellule effleure l’eau” (qing ting dian shui, 蜻蜓點水), “la puissante fente du mont Hua” (li pi Hua shan, 力劈華山), “le chat agile attrape la souris” (ling mao bu shu, 靈貓捕鼠), la deuxième posture de “le coq d’or hoche la tête” (jin ji dian tou, 金雞點頭), “faire choir les pièces d’argent” (da luo jin qian, 打落金錢) et la deuxième de “le triple arrêt” (san duan, 三斷) sont toutes des techniques “pointer”.

第五圖 捲式
Technique 5 — Rouler (juan, 捲)
(說明)捲式之用法,上下,左右,前後,隨處可用。或謂之「剪」,或謂之「圈」,其實一也。譜中之珠簾倒捲,黃龍擺尾之第一式,走馬回頭之第一式,皆此法之變化也。
(Explication) L’usage de la technique “rouler” s’applique partout : en haut, en bas, à gauche, à droite, devant, derrière. On l’appelle “cisailler” (jian, 剪) ou “encercler” (quan, 圈) ; en réalité c’est une seule et même chose. Dans le recueil, “le rideau de perles se roule à rebours” (zhu lian dao juan, 珠簾倒捲), la première posture de “le dragon jaune balance sa queue” et la première de “le cheval au galop regarde en arrière” (zou ma hui tou, 走馬回頭) sont toutes des variations de cette méthode.

第六圖 刁式
Technique 6 — Accrocher (diao, 刁)
(說明)刁式之用法,或謂之「削」。或謂之「掃」。或謂之「摽」。譜中之摘星換月第二式,即此法也。
(Explication) L’usage de la technique “accrocher” s’appelle parfois “ratisser” (xue, 削), parfois “balayer” (sao, 掃), parfois “pousser de côté” (biao, 摽). Dans le recueil, la deuxième posture de “cueillir les étoiles et remplacer par la lune” est de cette méthode.

第七圖 掛式
Technique 7 — Suspendre (gua, 掛)
(說明)掛式之用法,上下,左右,前後皆可用。或謂之「挑」,或謂之「撩」,皆掛法也。譜中之氷著垂簷,外提金爐,金雞點頭第一式第三式,黃龍擺尾第四式,平地挿香,藤蘿掛壁,三斷第一式,騰蛇吐信第二式,白馬分鬃,封侯掛印,葉底藏花,皆掛法之變化也。
(Explication) L’usage de la technique “suspendre” s’applique en haut, en bas, à gauche, à droite, devant, derrière. On l’appelle “soulever” (tiao, 挑) ou “relever” (liao, 撩) : ce sont des méthodes de suspension. Dans le recueil, “le glaçon pend à l’avant-toit” (bing zhu chui yan, 氷箸垂簷), “le trépied d’or qu’on élève au-dehors” (wai ti jin lu, 外提金爐), les première et troisième postures de “le coq d’or hoche la tête”, la quatrième de “le dragon jaune balance sa queue”, “planter un bâton d’encens en terrain plat” (ping di cha xiang, 平地挿香), “les lianes grimpent la muraille” (teng luo gua bi, 藤蘿掛壁), la première de “le triple arrêt”, la deuxième de “le serpent ailé tire la langue” (teng she tu xin, 騰蛇吐信), “le cheval blanc écarte sa crinière” (bai ma fen zong, 白馬分鬃), “le noble suspend son sceau” (feng hou gua yin, 封侯掛印) et “la fleur cachée sous la feuille” (ye di cang hua, 葉底藏花) sont toutes des variations de cette méthode de suspension.

第八圖 折式
Technique 8 — Briser (zhe, 折)
(說明)折式之用法,上下,左右,前後皆可。或謂之「攔」,或謂之「截」。譜中之橫劍截腕,白鶴亮翅,金針入地,珠簾倒捲第一式,千金墜地,仙人入洞,淵明折菊,夜叉探海,望巧雲,浩然折梅,快馬加鞭,皆此法之變化也。
(Explication) L’usage de la technique “briser” s’applique en haut, en bas, à gauche, à droite, devant, derrière. On l’appelle “arrêter” (lan, 攔) ou “couper” (jie, 截). Dans le recueil, “l’épée horizontale tranche le poignet” (heng jian jie wan, 橫劍截腕), “la grue blanche déploie ses ailes” (bai he liang chi, 白鶴亮翅), “l’aiguille d’or s’enfonce en terre” (jin zhen ru di, 金針入地), la première de “le rideau de perles se roule à rebours”, “mille livres tombent à terre” (qian jin zhui di, 千金墜地), “l’immortel entre dans la grotte” (xian ren ru dong, 仙人入洞), “Tao Yuanming cueille le chrysanthème” (yuan ming zhe ju, 淵明折菊), “le démon nocturne sonde la mer” (ye cha tan hai, 夜叉探海), “regarder les beaux nuages” (wang qiao yun, 望巧雲), “Meng Haoran cueille la fleur de prunier” (hao ran zhe mei, 浩然折梅) et “fouetter le cheval pour qu’il accélère” (kuai ma jia bian, 快馬加鞭) sont toutes des variations de cette méthode.

第九圖 刺式
Technique 9 — Piquer (ci, 刺)
(說明)刺式之用法,至為顯明。方向不定,乘際而發,進攻之着法也。刺出之時,劍刃或左右向,或上下向均可,視走劍之便利而定。或謂平刺為「刺」,立刺為「扎」,其實無須强為分別也。譜中如仙人指路,劍刺三里,遮前擋後,騰蛇吐信之類,皆刺式也。
(Explication) L’usage de la technique “piquer” est des plus évidents. La direction n’est pas fixe ; on la décoche à la faveur de l’ouverture : c’est la technique d’attaque. Au moment de piquer, la lame peut être orientée à gauche ou à droite, en haut ou en bas, selon ce que la marche de l’épée rend commode. D’aucuns appellent “piquer à plat” piquer (ci) et “piquer de pointe” enfoncer (zha, 扎) ; en réalité nul n’est besoin de cette distinction forcée. Dans le recueil, telles “l’immortel montre le chemin” (xian ren zhi lu, 仙人指路), “l’épée pique trois li”, “couvrir devant, bloquer derrière” (zhe qian dang hou, 遮前擋後) et “le serpent ailé tire la langue” sont toutes des techniques “piquer”.

第十圖 站式
Technique 10 — Tenir (zhan, 站)
(說明)站式之為用,看似簡單,實為最難。因着法未發之先,須詳察敵人之動靜,而後因利乘便,一發制人也。譜中如迎門獻劍,固為站式。實際其他定式,均為站式也。學者不可狃於俗見,而誤解兩足並立,始為站式也。
(Explication) L’usage de la technique “tenir” paraît simple, mais est en réalité le plus difficile. Avant que la technique ne s’élance, il faut examiner attentivement le mouvement et le repos de l’adversaire, puis, s’appuyant sur l’avantage et la commodité, le dominer d’un seul déclenchement. Dans le recueil, “présenter l’épée devant la porte” (ying men xian jian, 迎門獻劍) est certes une posture “tenir” ; en fait, toutes les autres postures fixes sont aussi des postures “tenir”. L’étudiant ne doit point s’enliser dans le préjugé vulgaire qui n’appelle “tenir” que les deux pieds joints.

Notes du traducteur
- Li Lingxiao (李凌霄) : maître d’arts martiaux de Cangxian (Hebei), auteur et illustrateur du Kunwu jian pu (1934-1935). Sa filiation, rapportée dans sa préface, remonte à un certain Dai San de Junmazhan, qui l’aurait reçue d’un maître itinérant du Jiangnan au début de l’ère Daoguang (années 1820-1830). L’école Kunwu, réputée remonter à une épée légendaire de l’Antiquité, fut surtout popularisée au XXe siècle par Jiang Rongqiao.
- Portées : cette traduction porte sur toute la partie théorique et sur l’appendice des dix techniques. L’enchaînement des soixante-dix-sept postures, essentiellement descriptif (orientation, position des pieds, trois déclinaisons par posture), est omis pour ne pas dépasser une longueur raisonnable.
- Les dix mots : la formule (tui, mo, peng, dian, juan, diao, gua, zhe, ci, zhan) correspond aux dix techniques de base de l’école, illustrées dans l’appendice.
- Domaine public : l’auteur est décédé il y a plus de cinquante ans ; les planches reproduites sont des scans du manuel original de 1935.
Source du texte chinois : Kunwu jian pu (昆吾劍譜) de Li Lingxiao, publication de 1935 ; texte chinois et planches reproduits à partir de la page de Paul Brennan : The Kunwu Sword Manual of Li Lingxiao (traduction anglaise de Paul Brennan). La traduction française est une nouvelle traduction réalisée directement à partir du texte chinois original, qui est dans le domaine public. Les images ci-dessus sont des scans des planches du manuel original de 1935.