Le Jingwu benji (精武本紀, « Annales du Jingwu ») est le grand recueil commémoratif publié à Shanghai en décembre 1919 par l’Association athlétique chinoise Jingwu (中國精武體育會), fondée en 1910 après la mort de Huo Yuanjia (霍元甲, 1868-1910) et devenue en une décennie la plus grande société d’arts martiaux et d’éducation physique de Chine. Le volume rassemble, signés par leurs auteurs, les rapports et les essais de ses sections : boxe et armes, mais aussi entraînement militaire, calligraphie, peinture, photographie, cinématographie, médecine, éloquence, langue nationale, musique, opéra, sports et excursions.

Les trois parties traduites ici sont les parties IV, V et VI de ce recueil : 兵操 (l’entraînement militaire), 文事 (les lettres) et 游藝 (les arts d’agrément, youyi, c’est-à-dire les loisirs cultivés). Elles ont été rédigées, entre autres, par Zheng Zhuochen (鄭灼辰), instructeur militaire du Jingwu, par Chen Tiesheng (陳鐵生, nom social Zhuomei 卓枚), auteur de nombreux textes de l’association, par Chen Gongzhe (陳公哲, 1890-1961), photographe et cinéaste du Jingwu, et par Lu Xueying (陳盧雪英), son épouse, directrice du département de photographie. L’édition de 1919 est depuis longtemps tombée dans le domaine public ; la présente traduction a été établie directement à partir du texte chinois original.

兵操 — L’entraînement militaire

精武兵式操紀略 (Bref compte rendu de l’unité d’exercices militaires de Jingwu), par 鄭灼辰 Zheng Zhuochen

精武向有兵操一門。初由前任會長今會董袁恆之先生主任。袁先生精技擊。兼擅軍事學。且熱心教練。故成績頗有可觀。然當時經費非常困難。各會員多為子弟資格。無家政權。故服裝尤簡。無所謂軍服。旣而灼辰忝任教練。乃提議以演拳之制服充數。團員有於冬時。以套袴為禦寒之具者。羣謔之為套袴兵。然形式簡略。而精神則非常振奮。野戰一門。雖無快槍巨礟。而能於嚴寒之際。在操場中。分隊互為攻守。實習戰鬭。其大礟則截巨竹以鐵索管之。中實巨大之邊礟。其聲隆隆。當時士卒寶而愛之。且擬為口徑四十生的之加農也。灼辰充任團正。計至於今。濫竽者已數年。團員日夥。服裝日就完備。此皆團員熱心之所致也。精武兵操團。例以兩週年為術科畢業期限。而學科不厭詳求。蓋歐戰以後。戰術戰略一日千里。尤非急起直追不可。卽如向例凡我步隊先頭。與敵距離五百米達者。吾礟隊卽須停放。自靑島一役。觀日德之戰鬭。則日軍之步隊。已與敵距離最近。而日礟仍未停放。蓋由日軍實地試驗。不停放之損失較小也。蔣百里巡視歐西戰場紀。有曰。德軍礟火之威力。決非深濠堅壁所能抗。而法軍獨能利用其攻擊精神於要塞功用之中。(中略)故控其力。取攻勢於敵人旣得陣地以後。(下略)云。卽此片鱗隻爪。可見一斑。噫歐風亞雨。直逼頹垣。灼辰普告團員曰。吾輩當以精武式百折不回之毅力。在此頹垣內。用步兵工作速成法。加工建築一重鐵壁。以抵抗此狂風驟雨也。

Le Jingwu possède depuis longtemps une section d’exercices militaires. Elle fut d’abord dirigée par M. Yuan Hengzhi, ancien président de l’association et aujourd’hui membre de son conseil. M. Yuan excelle dans les arts de combat, possède aussi la science militaire, et, comme il entraîne avec ardeur, les résultats sont fort remarquables. Mais à cette époque les fonds étaient extrêmement difficiles à réunir : la plupart des membres étaient encore des jeunes gens sans autorité dans leur propre maison, de sorte que la tenue était on ne peut plus sommaire — à vrai dire, il n’y avait pas d’uniforme militaire. Plus tard, quand j’eus l’honneur d’assumer les fonctions d’instructeur, je proposai de se contenter des tenues employées pour les démonstrations de boxe. Certains membres portaient en hiver des culottes pour se protéger du froid ; on les raillait en les appelant « l’armée des culottes ». Mais si les formes restaient simples, l’esprit était extrêmement ardent. Pour l’entraînement en campagne, faute de fusils rapides et de gros canons, on pouvait du moins, par grand froid, sur le terrain de manœuvre, diviser la troupe en détachements qui s’attaquaient et se défendaient tour à tour et s’exerçaient réellement au combat. Quant au canon, on coupait un bambou géant, on l’entourait de liens de fer et on y chargeait une grande pétard de bord, dont la détonation grondait. Les soldats d’alors le chérissaient comme un trésor et y voyaient l’équivalent d’un canon de campagne de quarante centimètres de calibre. J’ai assumé la charge de chef de corps ; depuis lors, voilà bien des années que j’occupe cette place sans la mériter. Les membres sont chaque jour plus nombreux et les tenues de jour en jour plus complètes : tout cela vient du zèle des membres. Le corps d’exercices militaires du Jingwu a pour règle de fixer à deux ans le terme des études pratiques menant au diplôme, sans jamais se lasser d’approfondir les matières théoriques. Car depuis la guerre d’Europe, tactique et stratégie progressent à pas de géant, et il faut absolument se hâter de rattraper son retard. Ainsi, selon l’usage établi, dès que notre infanterie de tête se trouve à cinq cents mètres de l’ennemi, notre artillerie doit cesser le feu. Or, lors de l’affaire de Qingdao, en observant le combat entre Japonais et Allemands, on vit l’infanterie japonaise parvenir tout près de l’ennemi sans que l’artillerie interrompe son tir : les Japonais avaient expérimenté sur le terrain que les pertes sont moindres lorsqu’on ne cesse pas le feu. Jiang Baili, dans son compte rendu d’inspection des champs de bataille d’Europe occidentale, écrit : « La puissance du feu de l’artillerie allemande ne saurait être contrée par de profonds fossés ni de solides remparts ; seule l’armée française a su faire servir son esprit offensif aux fonctions de la forteresse. (Passage omis.) Il faut donc maîtriser sa force et prendre l’offensive après que l’ennemi a déjà enlevé la position. (Suite omise.) » Par ces quelques écailles et ces quelques griffes, on peut s’en faire une idée. Hélas ! le vent d’Europe et la pluie d’Asie pressent de toutes parts nos murs croulants. Je répète volontiers aux membres du corps : « Nous devons, avec la ténacité indomptable qui est la manière du Jingwu, à l’intérieur de ces murs en ruine, employer la méthode accélérée des travaux de l’infanterie pour bâtir une nouvelle muraille de fer et résister à ce vent furieux et à cette pluie battante. »

(一)昔日之套袴兵

  1. « L’armée des culottes » des premiers temps.

Photographie de l’« armée des culottes » des premiers temps, planche des Annales du Jingwu de 1919

(二)套袴兵之野戰

  1. L’armée des culottes à l’entraînement en campagne (première vue).

Photographie de l’armée des culottes à l’entraînement en campagne, planche des Annales du Jingwu de 1919

(三)套袴兵之野戰

  1. L’armée des culottes à l’entraînement en campagne (seconde vue).

Seconde photographie de l’entraînement en campagne, planche des Annales du Jingwu de 1919

(四)五年雙十節之升旗典禮

  1. Cérémonie de lever du drapeau pour la « Double Dixième » (fête nationale du 10 octobre, année 5 de la République, soit le 10 octobre 1916).

Photographie de la cérémonie de lever du drapeau du 10 octobre 1916, planche des Annales du Jingwu de 1919

(五)六年之兵操團

丁巳年精武兵撡部撮影

  1. Le corps d’exercices militaires en l’an six de la République (1917).

« Photographie du corps d’exercices militaires du Jingwu, année dingsi » (1917).

Portrait de groupe du corps d’exercices militaires du Jingwu en 1917, planche des Annales du Jingwu de 1919

(六)現在之兵操團 教練者鄭灼辰

  1. Le corps d’exercices militaires actuel ; l’instructeur est Zheng Zhuochen.

Photographie du corps d’exercices militaires de 1919 avec son instructeur Zheng Zhuochen, planche des Annales du Jingwu de 1919

(七)軍隊組織

  1. Formation de la troupe (les hommes formant le caractère 武, « martial »).

Photographie aérienne de la troupe formant le caractère « martial », planche des Annales du Jingwu de 1919

(八)軍隊組織

  1. Formation de la troupe (les hommes couchés à terre formant les caractères 精武, « Jingwu »).

Photographie de la troupe couchée formant les caractères « Jingwu », planche des Annales du Jingwu de 1919

(九)軍樂隊

  1. La fanfare militaire.

Photographie de la fanfare militaire du Jingwu, planche des Annales du Jingwu de 1919

(十)兵操畢業證書

中國精武體育會兵操團 二年滿約證書

本團 團員金光曜 二年滿約給授 此書為證

中華民國六年十一月卄五日 團長鄭灼辰 會長王閣臣

〔中國精武體育會印〕

  1. Diplôme d’études de l’entraînement militaire.

« Certificat d’accomplissement du terme de deux ans du corps d’exercices militaires de l’Association athlétique chinoise Jingwu.

Le membre du corps Jin Guangyao ayant accompli le terme de deux ans, le présent document lui est délivré à titre de preuve.

Le 25 novembre de l’an six de la République de Chine (1917). Chef de corps Zheng Zhuochen, président de l’association Wang Gechen. »

〔Sceau de l’Association athlétique chinoise Jingwu.〕

Reproduction du diplôme de deux ans du corps d’exercices militaires, planche des Annales du Jingwu de 1919

技擊術軍用實施法 (Mise en pratique militaire des techniques de combat), par 陳鐵生 Chen Tiesheng

軍隊衝鋒。利用刺刀與軍刀。苟能使用吾技擊術中之槍法大刀法單刀法。可稱無敵。此兩圖。卽以技擊術實施於軍隊者也。惟關國內暫時祕密。語焉弗詳。國人有注意及此者。願商榷焉。

À la charge, la troupe utilise la baïonnette et le sabre. Si l’on pouvait de surcroît employer les méthodes de la lance, du grand sabre et du sabre simple qui sont nôtres dans les arts de combat, on serait invincible. Les deux images ci-dessous montrent la mise en pratique de ces techniques dans l’armée. Comme il s’agit là, pour le moment, de secrets d’État, on n’en dira pas davantage ; que les compatriotes qui s’y intéressent veuillent bien en discuter avec nous.

(一)技擊術軍用實施法 鄭灼辰 金光曜

  1. Mise en pratique militaire des techniques de combat, par Zheng Zhuochen et Jin Guangyao.

Photographie de Zheng Zhuochen et Jin Guangyao appliquant des techniques de combat à l’usage militaire, planche des Annales du Jingwu de 1919

(二)技擊術軍用實施法 霍東閣 鄭灼辰

  1. Mise en pratique militaire des techniques de combat, par Huo Dongge et Zheng Zhuochen.

Photographie de Huo Dongge et Zheng Zhuochen appliquant des techniques de combat à l’usage militaire, planche des Annales du Jingwu de 1919

(圖:楊左匋 Yang Zuotao)

L’ombre projetée par la silhouette ci-dessous dessine le caractère 工, que l’on voit aussi épinglé sur sa veste ; 工 signifie : travailler, œuvrer, fabriquer. Ce dessin est de Yang Zuotao (楊左匋).

Dessin de Yang Zuotao figurant un ouvrier, planche des Annales du Jingwu de 1919

文事 — Les lettres

臨池會紀 (Compte rendu de la classe de calligraphie), par 陳鐵生 Chen Tiesheng

滿淸竊據而後。懼吾族之以武力攘其獨夫座也。故拳術武器。懸為厲禁。二百六十年中。文人旣不能武。武夫更鮮通文。求如傅安期所謂上馬擊賊。下馬作露布者。眞覺稀如星鳳。良可慨也。民國五年。會員王漢禮氏。發起臨池會。相約於武課之餘。研求八法。預會者五十餘衆。皆能寒暑不輟。力爭上游。殆亦精武主義入人者深也。循是以往。吾輩赳赳。庶洗不文之誚乎。抑尤有進者。凡武術深造之會員。其書法必佳一若刀之與筆。有連帶關係焉。鐵生忝任臨池。亦越三載。屢試不爽。追維其故。罔能索解。然事實具在。無可詰難。世界通人。其亦有以教我乎。

Depuis que les Qing se sont emparés du pays par usurpation, craignant que notre peuple n’abatte par la force des armes le trône de leur autocrate, ils ont frappé d’une interdiction rigoureuse la boxe et les armes. Pendant deux cent soixante ans, les lettrés n’ont donc plus su être guerriers, et les guerriers ont plus rarement encore connu les lettres. Trouver un homme comme celui dont parle Fu Anqi — « monter à cheval pour frapper les brigands, descendre de cheval pour rédiger la proclamation » — c’est vraiment chose rare comme les étoiles et le phénix : il y a de quoi soupirer. En l’an cinq de la République (1916), le membre Wang Hanli a lancé le club Linchi (« au bord de l’étang », allusion à l’étude de la calligraphie), où l’on se proposait, en dehors des leçons de boxe, d’étudier les huit méthodes du pinceau (八法, les huit traits fondamentaux). Les participants furent plus de cinquante, tous capables de ne pas interrompre leur travail, été comme hiver, et de lutter pour aller toujours plus haut : c’est sans doute que la doctrine du Jingwu a profondément pénétré les esprits. En suivant cette voie, nous autres, les vaillants, laverons peut-être la honte d’être sans lettres. Et il y a plus : chez les membres qui approfondissent les arts martiaux, la calligraphie est nécessairement bonne, comme si le sabre et le pinceau étaient liés. J’occupe indignement la direction de la calligraphie depuis plus de trois ans, et l’expérience s’est vérifiée à maintes reprises sans jamais faillir. J’ai beau y réfléchir, je ne puis l’expliquer ; mais le fait est là, et il n’y a rien à objecter. Que les esprits éclairés du monde veuillent bien m’en donner la raison.

臨池會(一)

La classe de calligraphie (1).

Photographie de la classe de calligraphie du Jingwu, planche des Annales du Jingwu de 1919

臨池會(二)

La classe de calligraphie (2).

Seconde photographie de la classe de calligraphie, planche des Annales du Jingwu de 1919

(三)六年本會會員臨池成績攝影

第一字至第六字姚蟾伯書/第七字陳士超女士書/第八字黃畹香女士書/第九第十字鄭灼辰書/十一至十三字陳公哲書/第十四字黃善祥書/十五至卄五字盧煒昌書

民國六年 精武臨池會

  1. Photographie des meilleurs travaux de calligraphie des membres de l’association en l’an six (1917).

Du premier au sixième caractère, tracés par Yao Chanbo ; septième caractère, par Mme Chen Shichao ; huitième caractère, par Mme Huang Wanxiang ; neuvième et dixième caractères, par Zheng Zhuochen ; du onzième au treizième, par Chen Gongzhe ; quatorzième caractère, par Huang Shanxiang ; du quinzième au vingt-cinquième, par Lu Weichang.

« Classe de calligraphie du Jingwu, an six de la République (1917). »

Planche des plus beaux caractères calligraphiés par les membres de la classe de 1917, Annales du Jingwu 1919

(四)臨池擇粹 八年甲班

一至八盧煒昌書/九至十二鄭灼辰書/十三至十七姚蟾伯書/十八十九周錫三書/二十梁少田書/廿一至廿四陳公哲書

  1. Choix de calligraphies, classe A de l’année huit (1919).

Du premier au huitième caractère, par Lu Weichang ; du neuvième au douzième, par Zheng Zhuochen ; du treizième au dix-septième, par Yao Chanbo ; dix-huitième et dix-neuvième, par Zhou Xisan ; vingtième, par Liang Shaotian ; du vingt-et-unième au vingt-quatrième, par Chen Gongzhe.

Planche de calligraphies de la classe A de 1919, Annales du Jingwu 1919

(五)臨池擇粹 八年乙丙兩班

一至三黃畹香書/四霍東閣書/五王漢禮書/六陳士超書/七至十簡偉卿書/十一十二馮蘭皋書/十三十四李志羲書/十五黃漢佳書/十六唐琼相書/十七章錫彭書/十八李國荃書/十九金光曜書/二十廿一黎永錦書/以上乙班/廿二陳盧雪英書/廿三趙連和書/廿四黃善祥書/以上丙班

  1. Choix de calligraphies, classes B et C de l’année huit (1919).

Du premier au troisième caractère, par Huang Wanxiang ; quatrième, par Huo Dongge ; cinquième, par Wang Hanli ; sixième, par Chen Shichao ; du septième au dixième, par Jian Weiqing ; onzième et douzième, par Feng Lan’gao ; treizième et quatorzième, par Li Zhixi ; quinzième, par Huang Hanjia ; seizième, par Tang Qiongxiang ; dix-septième, par Zhang Xipeng ; dix-huitième, par Li Guoquan ; dix-neuvième, par Jin Guangyao ; vingtième et vingt-et-unième, par Li Yongjin. — Ci-dessus, la classe B.

Vingt-deuxième, par Lu Xueying (épouse de Chen Gongzhe) ; vingt-troisième, par Zhao Lianhe ; vingt-quatrième, par Huang Shanxiang. — Ci-dessus, la classe C.

Planche de calligraphies des classes B et C de 1919, Annales du Jingwu 1919

夕陽鴉陣圖 (Corbeaux en formation au soleil couchant), peinture de 高鳳翰 Gao Fenghan

夕陽鴉陣圖 高鳳翰寫

高西園為近代第一枝畫筆此幀為先君子顯巨府君所弆題首者丹徒李御八法亦超絕今以移贈南海楊梅賓君

陳鐵生敬誌

« Corbeaux en formation au soleil couchant », peinture de Gao Fenghan.

Gao Xiyuan (Gao Fenghan) fut le premier pinceau de notre époque. Ce tableau faisait partie de ce que conservait mon défunt père, et l’inscription placée en tête est également de Li Yu de Dantu, dont les huit méthodes du pinceau sont elles aussi hors de pair. Je l’offre aujourd’hui à M. Yang Meibin de Nanhai.

Noté avec respect par Chen Tiesheng.

Peinture « Corbeaux en formation au soleil couchant » de Gao Fenghan, planche des Annales du Jingwu de 1919

圖畫成績 (Les travaux de la classe de peinture), par 陳公哲 Chen Gongzhe

圖畫一事。中國古代競尚寫意。泰西專求象物。取徑不同。故投嗜各異。然澹遠吻合。理無二致。本會有圖畫一科。沈伯誠君為主任教員。年來會員於透視之學。略知門徑。此卽會員所畫之成績也。

En peinture, la Chine ancienne prisait surtout l’expression libre de l’idée (xieyi), tandis que l’Occident recherche uniquement la ressemblance avec l’objet. Les chemins diffèrent, d’où des goûts différents ; mais pour la sérénité et la justesse, le principe est un et non double. Notre association possède une section de peinture, dont M. Shen Bocheng est le professeur titulaire. Ces dernières années, les membres ont acquis quelques lumières sur la science de la perspective : voici les travaux qu’ils ont peints.

圖畫成績

Les travaux de la classe de peinture (l’exemple en haut à droite est signé « 漢佳 Huang Hanjia, 1919 »).

Planche des travaux de la classe de peinture du Jingwu, Annales du Jingwu 1919

攝學部成績 (Les travaux du département de photographie), par 陳盧雪英 Lu Xueying

攝學新法。日有發明。窮年莫究。屢世莫殫。誠耐人尋味。會員多嗜此者。經主任之考驗及格。輒給以證書。此特摭其佳影。附刋於此。以見一斑。

La photographie est une science nouvelle dont les procédés sont inventés chaque jour : on ne peut, en toute une année, en épuiser l’étude, ni, en plusieurs générations, en venir à bout. C’est vraiment une matière qui invite à la méditation. Beaucoup de membres s’y adonnent avec passion ; ceux qui, après examen des directeurs, sont jugés reçus, reçoivent un certificat. Nous n’en avons retenu ici que quelques bonnes épreuves pour en donner un aperçu.

本會攝學部旅行之攝影

Photographie de l’excursion du département de photographie de l’association.

Photographie de l’excursion du département de photographie du Jingwu, Annales du Jingwu 1919

攝學部之旅行

Le département de photographie en excursion.

Seconde photographie de l’excursion du département de photographie, Annales du Jingwu 1919

攝學成績(姚蟾伯攝)

Un des travaux de photographie (pris par Yao Chanbo).

Photographie prise par Yao Chanbo, planche des Annales du Jingwu de 1919

攝學證書

精武體育會攝學部 證書

茲據陳夀芝君遵用本會㪽訂攝學測灮法攝就景物經攝學部評定成績優美認為合格合給證書一紙此證

攝學部主任 葉向榮 陳公哲

中國民國七年十一月四日

〔中國精武體育會印〕

Certificat d’études de photographie.

« Certificat du département de photographie de l’Association athlétique Jingwu.

Il est attesté par la présente que M. Chen Shouzhi, ayant suivi la méthode de mesure de la lumière et de prise de vue des paysages fixée par notre association et ayant pris des vues que le département de photographie a jugées d’une beauté remarquable, est reconnu admissible et reçoit ce certificat.

Directeurs du département de photographie : Ye Xiangrong, Chen Gongzhe.

Le 4 novembre de l’an sept de la République (1918). »

〔Sceau de l’Association athlétique chinoise Jingwu.〕

Reproduction du certificat d’études de photographie, planche des Annales du Jingwu de 1919

插畫三幅 (Trois illustrations : deux photographies et une peinture)

民國六年秋三潭夕照 陳公哲攝

三潭夕照題詞 汪精衞

陳君公哲精攝影術嘗遊西湖選佳勝處欲留影駕小舟於湖上凡四日前後十餘次始得此幅洵所謂微妙入神者漢口某君以重值購之去夫攝影之術今已為世人所知然深究其奧而得其精微者於吾國猶未數見也陳君獨留意於此而進乎美妙之感能不為之流連歎賞歟汪兆銘精衛题

« Reflet du couchant sur les Trois Étangs », photographie prise par Chen Gongzhe à l’automne de l’an six (1917).

Inscription pour « Reflet du couchant sur les Trois Étangs », par Wang Jingwei.

M. Chen Gongzhe est un maître de l’art photographique. Il avait visité le lac de l’Ouest et, ayant choisi un site des plus beaux, voulut en fixer l’image ; il monta sur une petite embarcation et parcourut le lac, en tout quatre jours et plus de dix sorties, avant d’obtenir enfin cette épreuve — voilà qui mérite vraiment d’être appelé subtil et inspiré. Un gentleman de Hankou l’a acquise à grand prix. L’art de la photographie est aujourd’hui connu de tous, mais ceux qui en approfondissent les arcanes et en saisissent les finesses sont encore rares dans notre pays. M. Chen est le seul à s’y attacher ainsi et à atteindre le sentiment du beau : comment ne pas s’y attarder avec admiration ? Inscrit par Wang Zhaoming, dit Jingwei.

Photographie « Reflet du couchant sur les Trois Étangs » par Chen Gongzhe, Annales du Jingwu 1919

Reproduction de l’inscription calligraphiée de Wang Jingwei pour « Reflet du couchant sur les Trois Étangs », Annales du Jingwu 1919

蘇臺煙景 陳士超攝

« Brumes sur les terrasses de Suzhou » (蘇臺), photographie prise par Chen Shichao.

Photographie « Brumes sur les terrasses de Suzhou » par Chen Shichao, Annales du Jingwu 1919

揮戈逐日圖 (楊左匋寫)

« Brandissant la hallebarde, poursuivant le soleil », peinture de Yang Zuotao.

Peinture « Brandissant la hallebarde, poursuivant le soleil » de Yang Zuotao, Annales du Jingwu 1919

精武影戲紀 (Compte rendu du film du Jingwu), par 郭唯一 Guo Weiyi

近代新發明之留聲機。與活動影戲。一則留聲。一則留影。得此利器。千百年後。不至有前不見古人之憾事矣。影戲近已盛行於我國。皆自歐美稗販而來。國人自製者猶鮮。吾會陳公喆。於攝學得大解脫。秋間嘗語我曰。外國有一技術。咸攝入影戲。故傳布最捷。吾將以本會之拳術。攝入影戲中。亦提倡體育者。所當有事也。不三月。而影戲告成。計長五千英尺。凡吾會中之歷史人物。拳術武器。及拳術之空前大會操。軍隊之技擊實施法。曁各種運動。文事兵操游藝等類。罔弗具備。吾國人之能以拳術自製影片者。此其嚆矢矣。將來技擊術之發達。一日千里。此片與有力焉。

Parmi les inventions récentes, le phonographe conserve le son et le cinématographe conserve l’image. Avec de tels instruments, on n’aura plus, dans mille siècles, le regret de ne pouvoir voir les hommes du passé. Le cinéma est aujourd’hui très en vogue dans notre pays, mais toutes les copies nous viennent d’Europe et d’Amérique, le petit commerce aidant ; celles produites par nos compatriotes sont encore rares. Notre associé Chen Gongzhe, qui s’est pleinement délivré dans l’art photographique, me disait à l’automne : « Les étrangers ont une technique qui permet de fixer tous les arts dans le cinéma, aussi leur diffusion est-elle la plus rapide. Je veux filmer la boxe de notre association : voilà ce que doivent faire ceux qui promeuvent l’éducation physique. » En moins de trois mois le film fut achevé : cinq mille pieds de long, où l’on trouve tout — les personnages historiques de l’association, les boxes et les armes, la grandiose revue de boxe sans précédent, la mise en pratique militaire des techniques de combat, ainsi que toutes sortes d’exercices, les lettres, l’entraînement militaire et les arts d’agrément. C’est là le coup d’envoi de la capacité de nos compatriotes à produire eux-mêmes des films sur la boxe. Les arts de combat progresseront à l’avenir à pas de géant, et ce film y aura sa part.

郭唯一

Guo Weiyi.

Portrait de Guo Weiyi, planche des Annales du Jingwu de 1919

返光鏡裝置近鏡之新發明 (Nouvelle invention d’un dispositif à miroir réfléchissant adapté au téléobjectif), par 程子培 Cheng Zipei

攝學主任陳公哲。新發明以返光鏡裝置最近鏡。已向美洲註册。取得專利權。此亦精武攝學部之成績也。計此鏡箱之特點及功用。

(一)旅行時有要景。為平常鏡箱。或近鏡所不能攝者。此獨能之。

(二)合遠鏡平常鏡近鏡之三者而為一。以一鏡箱而備三用。省費良多。

有此兩優點。且免多攜鏡箱之贅累也。

Le directeur de la section de photographie, Chen Gongzhe, vient d’inventer un dispositif appliquant un miroir réfléchissant au téléobjectif ; il l’a fait enregistrer en Amérique et en a obtenu le brevet. C’est là aussi un résultat du département de photographie du Jingwu. Voici les particularités et les usages de cet appareil :

  1. En voyage, on rencontre des sites importants que la chambre ordinaire ou le téléobjectif ne peut saisir : celui-ci le peut.

  2. Il réunit en un seul la lunette, l’objectif ordinaire et le téléobjectif : une seule chambre pour trois usages, ce qui épargne beaucoup de frais.

Ces deux avantages évitent aussi l’embarras de transporter plusieurs chambres.

返光鏡裝置近鏡之新發明 陳公哲發明

Le dispositif à miroir réfléchissant adapté au téléobjectif, inventé par Chen Gongzhe.

Photographie du dispositif à miroir réfléchissant inventé par Chen Gongzhe, Annales du Jingwu 1919

旅行用之攝影暗箱 (La chambre photographique de voyage), par 程子培 Cheng Zipei

此種暗箱。專備旅行之用。亦軍用品之要物也。歐美雖有此製。而頗覺未能完備。此具為陳公哲所造。形似手提之革鞄。製以木。而輕便。內臟攝學器具。應有盡有。若平常家用之大暗房。猶或遜之。用時將黑幔張掛。自能應用。且空氣流通。不至悶塞。幷裝置進出兩水管。電燈。寒暑表秒數表。大盤一事。能放四寸硬片三十餘張。其餘一切冲晒器具藥品。共四十二件。而製造之價格尤廉。會中人多喜攝影者。有此。卽多一良器也。

Cette sorte de chambre noire est destinée spécialement aux voyages ; c’est aussi un objet essentiel du matériel militaire. L’Europe et l’Amérique en fabriquent de telles, mais sans qu’on les trouve vraiment complètes. Celle-ci a été construite par Chen Gongzhe : elle ressemble à une mallette de cuir à porter à la main, faite de bois, donc légère et commode ; à l’intérieur, tout l’équipement photographique, rien n’y manque. Comparée au grand laboratoire domestique, elle le vaut peut-être bien. À l’usage, on tend un voile noir et elle est prête ; l’air y circule, on n’y étouffe pas. Elle comporte deux tuyaux d’arrivée et d’évacuation de l’eau, une lampe électrique, un thermomètre, un compte-secondes, et un grand plateau pouvant recevoir plus de trente plaques de quatre pouces ; le reste des instruments et produits de développement fait en tout quarante-deux pièces, et son prix de fabrication est des plus modérés. Comme beaucoup de membres de l’association aiment la photographie, voilà un excellent instrument de plus.

(一)旅行用之攝影暗箱 關合

  1. La chambre photographique de voyage, fermée.

Photographie de la chambre photographique de voyage fermée, Annales du Jingwu 1919

(二)旅行用之攝影暗箱 張幔

  1. La chambre photographique de voyage, voile tendu.

Photographie de la chambre photographique de voyage, voile tendu, Annales du Jingwu 1919

(三)旅行用之攝影暗箱 內部

  1. La chambre photographique de voyage, intérieur.

Photographie de l’intérieur de la chambre photographique de voyage, Annales du Jingwu 1919

暗箱表

重量 箱重三十四磅 器械藥品十五磅 共重四十九磅

面積 合 二十五英寸又六 X 二十一英寸又三 X 七英寸又六

開 二十五英寸又六 X 二十五英寸又半 X 二十六英寸又半

比例 合 二英尺三寸六立方尺一倍

開 九英尺九寸七立方尺四倍二

水流 進 每十兩十五秒

出 每十兩四秒

器械藥品 共四十二件 値洋五十圓

箱價値 洋四十圓

Tableau de la chambre noire.

Poids : la caisse pèse 34 livres, l’équipement et les produits 15 livres, en tout 49 livres.

Dimensions — fermée : 25,6 × 21,3 × 7,6 pouces ; ouverte : 25,6 × 25,5 × 26,5 pouces.

Cubage — fermée : 2 pieds 3,6 pouces, soit 1 volume ; ouverte : 9 pieds 9,7 pouces, soit 4,2 volumes.

Débit de liquide — entrée : 15 secondes par 10 onces ; sortie : 4 secondes par 10 onces.

Instruments et produits : en tout 42 pièces, pour une valeur de 50 yuans d’argent.

Prix de la caisse : 40 yuans d’argent.

測光表 (L’exposimètre), par 黃怡生 Huang Yisheng

公哲曾著測光捷徑一書。吾輩頗便之。邇則外間已不脛而走。近更發明一種懷中册子。長幅不及三英寸。而測光法門。開卷卽得。不俟心算。眞利器也。科學上之新發明品。豈獨彼碧眼紫髯者能之耶。

Chen Gongzhe a jadis écrit un ouvrage intitulé Méthode abrégée pour mesurer la lumière, qui nous est fort commode et s’est depuis répandu partout sans qu’on ait à le pousser. Il vient en outre d’inventer un carnet de poche dont la longueur n’atteint pas trois pouces : les procédés de mesure de la lumière s’y trouvent dès qu’on l’ouvre, sans avoir à calculer de tête ; c’est vraiment un outil précieux. Les inventions scientifiques nouvelles seraient-elles donc réservées à ces hommes aux yeux bleus et à la barbe rousse ?

測光表

L’exposimètre de Chen Gongzhe.

Photographie de l’exposimètre de poche de Chen Gongzhe, Annales du Jingwu 1919

論攝學 (Traité de photographie), par 陳公哲 Chen Gongzhe

歐西攝學。歲有發明。器械之改進。應用之推演。其見於雜誌及專家著述者。縷指不可計。而吾國獨沒沒沉寂若此。中西人不相及。何遂至於是耶。攝學二字。於歐文為Photo,light;graph,write。譯言日光寫眞。蓋其為術。本光學實驗之一端。而其應用獨神。風景名勝。得攝學而千里者一室。故舊相知得攝學而室遠者人邇。凡此猶普通之習見者。其他若醫學者藉之而剏為X光。則不必曾飲上池。而癥結可以洞見。探險者藉之而制為飛器。則不必深入其地。而鳥瞰自見眞切。星辰之高遠。測算者不能示諸掌焉。攝之於影。而歷歷可摘。則攝學之應用於天算者也。動植物之嬗遞。研習者不能駐而察焉。攝之於影。而飛潛黴菌不能逃其形。礦物之探測。圖案之複寫。無不以攝學為利賴。則攝學之應用於科學者也。軍事司法。其他人事之需求於攝學者。尚未可覼縷述焉。活動影片。非近世所謂文化之導鑰。而最膾炙人口者乎。留瞬息於弈世。極變化之能事。斯亦宇宙之大觀也。夷考其術。則攝學之支流緒餘焉耳。近更以科學之孟晉。而自然界之色相。可以畢現於一攝之頃。不必以煊染為能事。則攝學之有造於人間世者。固已駸駸奪造化之工。而令人咋為神奇者矣。攝學之發明於世。逮今纔一世紀。而進步若此。如奔濤。如怒馬。如方蕾之花。則亙數年後。安知不益神奇。為今之所夢想不及者乎。竊嘗謂天下科學之最神妙。而習之引人不倦。趣味盎然者。當以攝學為最。然一科學之精進。必與他科學為聯貫。所謂共同進步者焉。否則左右不能逢源。陳陳相因。蓋亦限於能力而莫可如何者。吾是以言攝學而不能不以覃研科學為之基也。夫器械之構造。工藝者之所有事。若理與法。則好學深思。不難盡人而得之。然凡事必先有思想而後有實際。有機關而後可集益。此精武會所以特立專科。欲以美術與科學為研究之始基。而亟亟謀為之統系者也。風雨如晦。雞鳴不已。邦人君子。有殫精於攝學者。竊願繼今以共討論焉。

La photographie occidentale invente chaque année quelque chose : perfectionnement des appareils, extension des applications ; ce qu’en publient les revues et les ouvrages des spécialistes ne se compte plus. Or notre pays, lui, demeure dans un silence et une obscurité pareils. Comment se fait-il que les hommes d’Occident et les nôtres soient à ce point inégaux ? Le mot « photographie » s’écrit en langue européenne photo, « lumière », et graph, « écrire » : l’on traduit par « peindre avec la lumière du soleil ». C’est un art qui relève avant tout de l’expérimentation optique, mais dont les applications sont proprement merveilleuses. Paysages et sites célèbres : grâce à elle, ce qui est à mille li se tient dans une chambre. Et de même, de vieilles connaissances, grâce à elle, se rapprochent malgré la distance. Tout cela n’est encore que le plus banal. Pour la médecine, elle a donné naissance aux rayons X : plus besoin d’avoir bu l’eau du réservoir céleste pour voir à nu le siège du mal. Pour l’explorateur, elle a permis de construire des engins volants : plus besoin de pénétrer profondément dans un territoire pour en obtenir une vue plongeante et précise. Pour les astres lointains, le calculateur ne peut les tenir dans sa main, mais la photographie les fixe un à un : voilà son usage dans l’astronomie et le calcul. Les transformations de la faune et de la flore, le chercheur ne peut les arrêter pour les observer : fixées sur l’image, les moisissures et les ferments, qu’ils volent ou nagent, n’échappent plus à leur forme. La prospection des minéraux, la reproduction des dessins, tout s’appuie sur elle : voilà son usage dans les sciences. Quant à l’armée, à la justice et aux autres affaires humaines qui en ont besoin, on ne saurait encore en dresser la liste détaillée.

Le cinématographe n’est-il pas, dit-on aujourd’hui, la clé qui mène à la culture, et ce dont on parle le plus ? Retenir l’instant pour des générations, pousser le changement à son comble : voilà aussi un grand spectacle de l’univers. Or, à examiner son art, il n’est qu’un rameau et un reste de la photographie. Ces temps derniers, grâce aux progrès de la science, les couleurs du monde naturel peuvent se révéler d’un seul coup dans une prise de vue, sans qu’il faille s’ingénier à les colorer à la main : le bien que la photographie apporte au monde des hommes a donc bel et bien dérobé à la nature son ouvrage, au point de faire claquer les langues d’étonnement. Elle a été inventée voici seulement un siècle, et déjà de tels progrès, comme flots qui déferlent, comme cheval fougueux, comme fleur en bouton. Qui sait si, dans quelques années, elle ne sera pas plus merveilleuse encore, au-delà de ce que nous rêvons aujourd’hui ? J’ai toujours pensé que, de toutes les sciences, la plus subtile, et la plus attachante à pratiquer, celle dont l’intérêt ne faiblit jamais, c’est la photographie. Mais une science ne progresse qu’en liaison avec les autres, dans ce qu’on appelle le progrès commun ; autrement on ne trouve pas partout la source, et l’on ressasse toujours la même chose, faute de moyens. C’est pourquoi, en parlant de photographie, je dois poser qu’elle a pour base une étude approfondie des sciences.

La construction des appareils est l’affaire des artisans ; quant aux principes et aux méthodes, pour peu qu’on aime apprendre et qu’on réfléchisse, il n’est pas difficile à quiconque de les acquérir. Or toute chose suppose d’abord une pensée, puis une mise en œuvre ; d’abord une organisation, puis la réunion des avantages. C’est pourquoi l’association Jingwu crée une section spéciale, voulant prendre les beaux-arts et les sciences pour fondement initial de l’étude et s’empressant d’en faire un système. Le vent et la pluie sont sombres, mais le coq ne cesse de chanter. Parmi les gentilshommes de notre pays qui s’épuisent à la photographie, je souhaite que, dès maintenant, nous en discutions ensemble.

醫學紀 (Compte rendu de la médecine), par 簡玉鵬 Jian Yupeng, dit 偉卿 Weiqing

醫學為最要之學科。本會中西醫學兼備。主任中醫者羅君伯夔。主任西醫者醫學博士林君錦華。兩先生道德學問。皆為社會所欽仰者也。

La médecine est la plus importante des disciplines. Notre association réunit la médecine chinoise et la médecine occidentale : la première est dirigée par M. Luo Bokui, la seconde par M. Lin Jinhua, docteur en médecine. Ces deux messieurs sont admirés de toute la société pour leur moralité et leur savoir.

精武醫學部宣言 (Manifeste du département de médecine du Jingwu), par 羅伯夔 Luo Bokui

莽莽大陸。塵塵支那。自愧菲材。生逢離亂。旣無救時之略以醫國。又無道德。為社會之藥石鍼砭。徒抱此昂然七尺軀。寄身世界中。忽忽數十年。如贅疣。又如泡影。日暮途遠。余生有涯。慄慄危懼。為天演所淘汰。與草木同朽。眞可笑復可憐者。當民國初年。光復漢宇。肇造數千年來未有之共和局。實中國圖強之一大樞紐。故鄙人居粵。雖就醫院之聘。伏櫪之馬。猶有雄心。亦曾竭其駑頓。有所規畫。以冀補助國事之進行。輾轉數年。慨夫政治之頹敗。社會之蕪穢。上下相蒙。各私其私。夥頤沉沉。不可究詰。遂不得不持消極主義。詘心塞耳。舍醫之外。不願聞世事。近以鄕關多故。息影滬濱。辱承精武寵召。講述醫學。不揣固陋。敢貢其一得之愚。與諸君子商碻之。原夫醫始靈素。詞古義精。和緩越人。幷衍其術。逮夫漢季。張氏仲景著傷寒論。金匱玉函經。方法大備。繼往開來。沾漑後學。故醫門之有仲景。譬儒門之有宣尼。言醫者若百川赴海。罔不奉為依歸。自時厥後。代有作者。然氣化隨時會而變遷。體質因土地而判別。故其論治。多各樹一義。互有異同。卽卓卓諸大家。如劉河間則謂六氣皆從火化。其治病多主涼瀉。李東垣則謂土為萬物之母。專重脾胃。張子和則以汗吐下立法。善於用攻。朱丹溪則謂人陽常有餘。陰常不足。主於滋陰。至張景岳則又謂人之生氣。以陽為本。復主扶陽。承學之士。各守師說。聚訟紛紜。又如儒門中漢學宋學之爭門戶。然皆持之有故。具有至理。語其究竟。無不同條共貫。習醫者。能好學深思。因時因地。參酌變通。審夫病機。求之徵驗。固恢恢乎游刃有餘。若墨守一家之言。得其筌蹄。是丹非素。仍是一孔之見。未可與進於大道也。鄙人說醫宗旨。於第一期內。在舉普通習見之病。於脈因證治。發明其大義。間參以西歐醫說。不偏駁。不泥古。不務艱深。但求純正簡易。適於實用。以增進醫學常識。使得循序學步。以收速成之效果。區區之志。幸教正焉。抑本體育會。取義精武。固將以養成尚武之精神。肩任宇宙事業也。則主要在衞生。欲明衞生之學。更在知醫。醫為專門學科。理雖精邃。然能各具常識。則於未病之調攝。已病之治療。得其大槪。其於體育衞生之進行。豈小補哉。諸君子其亦有取於斯歟。

Vaste continent, poussiéreuse Chine ! Je rougis d’être si médiocre, né dans une époque de troubles et de séparation. Je n’ai ni les plans qui sauveraient mon temps en guérissant le pays, ni la vertu qui servirait de remède et d’aiguille à la société. Je ne porte qu’un corps de sept pieds bien dressé, jeté dans le monde, où les décennies passent en un éclair comme une verrue, comme une bulle. Le soir tombe et la route est longue, ma vie a ses limites ; je tremble de peur d’être éliminé par la sélection naturelle et de pourrir avec l’herbe. Voilà qui est tout à la fois risible et pitoyable.

Aux premières années de la République, lorsque la terre chinoise fut recouvrée et qu’on fonda une république telle qu’il n’en avait pas existé en plusieurs millénaires, ce fut là véritablement un grand pivot de la recherche de la puissance par la Chine. Aussi, vivant au Guangdong, bien qu’engagé par un hôpital, comme un vieux cheval à l’écurie, gardais-je encore de l’ambition ; j’ai épuisé mes faibles forces à faire des plans pour seconder la marche des affaires publiques. Après des années d’allées et venues, j’ai déploré la décadence du gouvernement et la friche de la société : le haut et le bas se trompent mutuellement, chacun ne cherche que son propre intérêt ; l’immense confusion s’épaissit, sans qu’on puisse en trouver le bout. Il a donc bien fallu adopter une attitude négative, fermer son cœur et ses oreilles, et, hors de la médecine, ne plus rien vouloir savoir des affaires du siècle.

Récemment, mon pays natal étant en proie à bien des troubles, je me suis retiré sur les bords du fleuve à Shanghai. Ayant eu l’honneur d’être invité par le Jingwu à parler de médecine, je ne me soucie pas de mon indigence et j’ose livrer ce que j’ai pu apprendre, pour en délibérer avec vous, messieurs.

La médecine commence avec le Suwen et le Lingshu, dont la langue est ancienne et le sens raffiné ; He et Huan, puis Bian Que, en prolongèrent tous l’art. Vers la fin des Han, Zhang Zhongjing composa le Traité des maladies causées par le froid et le Coffret de jade du trésor d’or, où les méthodes sont largement établies : il relie le passé à l’avenir et arrose les étudiants venus après lui. Aussi Zhang Zhongjing est-il pour la médecine ce que Confucius est au lettré : ceux qui parlent de médecine sont comme cent rivières allant à la mer, et nul ne refuse de le reconnaître pour terme de référence. Par la suite, il y eut des auteurs à chaque génération ; mais les souffles se transforment avec le temps, et les constitutions se distinguent selon les territoires, de sorte que leurs propos sur le traitement ont souvent chacun établi une doctrine, avec des différences mutuelles. Ainsi, entre les grands maîtres : Liu Hejian dit que les six souffles se transforment tous en feu, et ses traitements visent ordinairement à rafraîchir et à purger ; Li Dongyuan dit que la terre est la mère de tous les êtres et s’attache particulièrement à l’estomac et à la rate ; Zhang Zihe prend la sueur, le vomissement et la purgation pour fondement de sa méthode et excelle à employer l’attaque ; Zhu Danxi dit que chez l’homme le yang est souvent en excès et le yin souvent insuffisant, et vise à nourrir le yin ; Zhang Jingyue enfin dit que le souffle vital de l’homme a le yang pour racine, et vise derechef à soutenir le yang.

Les étudiants, retenant chacun la doctrine de son maître, en viennent à de vives disputes, comme les querelles d’école entre l’étude des Han et celle des Song chez les lettrés. Pourtant chacun a ses raisons et sa part de vérité ; à y regarder au fond, tous se rejoignent au même fil. Celui qui étudie la médecine, s’il sait apprendre et réfléchir, adapter sa conduite au temps et au lieu, examiner attentivement les mécanismes de la maladie et les vérifier par l’expérience, a vraiment de quoi se mouvoir à l’aise, lame dans l’interstice. Mais s’il s’entête dans les propos d’une seule école et s’attache au collet du filet, en prenant le rouge pour bien et le blanc pour mal, il n’a qu’une vue de trou de ver, et l’on ne saurait avancer avec lui sur la grande voie.

Le but que je me propose en parlant de médecine, durant cette première série, est d’énumérer les maladies ordinaires et courantes, et d’exposer le sens général du pouls, des causes, des symptômes et du traitement, en y mêlant parfois les doctrines médicales de l’Europe occidentale — sans partialité mal fondée, sans s’enliser dans l’antiquité, sans rechercher l’obscurité, mais en visant seulement le pur, le simple et le pratique, afin d’accroître le savoir médical commun, de permettre d’aller pas à pas et d’obtenir un effet rapide. Telle est ma modeste intention ; je souhaite respectueusement être corrigé.

Notre association athlétique a choisi le nom de Jingwu parce qu’elle veut former un esprit martial et prendre sur ses épaules l’œuvre de l’univers. Son principal objet est donc l’hygiène ; or, pour comprendre l’hygiène, il faut connaître la médecine. La médecine est une discipline spécialisée ; ses principes sont subtils et profonds, mais si chacun en possède les notions communes, il saisira l’essentiel de la préservation quand on n’est pas encore malade et du traitement quand on l’est déjà. N’est-ce pas un appui considérable pour le progrès de l’éducation physique et de l’hygiène ? Puissiez-vous, messieurs, y trouver quelque profit.

傷科教練 主任者林錦華醫學博士

Enseignement de la traumatologie, dirigé par M. Lin Jinhua, docteur en médecine.

Photographie du cours de traumatologie dirigé par le docteur Lin Jinhua, Annales du Jingwu 1919

雄辯團紀 (Compte rendu du club de débat), par 梁少田 Liang Shaotian

夫欲傳達吾人之意思。討論事理之當否。其所恃為利器者。厥為文字與語言。世人多以文字為高。而於言語則罔或措意。顧有執筆為文。洋洋灑灑。斐然可觀。而當機發言。輒訥訥如不能出諸其口。卽或靦腆陳說。亦復凌雜無章。決不若一紙書成之足以感人。則未嘗學問之故耳。昔日孔門四科。言語文學本不偏廢。燭之武退秦師。呂相絕秦。今所稱為絕妙文章者。在當日亦只口頭詞令。而千載下猶弈弈有生氣焉。蘇秦說秦王。十上書不得當。乃以立談取卿相。言語妙天下。其收效也若此。故吾謂賁獲之勇。孫吳之略。遷固之文。儀秦之辯。皆可喜也。本會旣有國語門。祛方言之障礙。合吳越於一堂。今若利用練習之機會。設為雄辯之一科。固亦時勢與事機之所必要者矣。且吾會中畢業歐美得博士學位者。猶不乏人。(本團評判者羅君泮輝號芹三為留美畢業法學博士)固不患師資之難獲。異日者。練習有得。於傳布技擊。解釋武術。猶有莫大之效果。願同人咸自勉焉。

Pour transmettre nos idées et discuter du bien-fondé des choses, les instruments tranchants sur lesquels on s’appuie sont l’écrit et la parole. Le monde tient généralement l’écrit pour supérieur et ne prête guère d’attention à la parole. Il arrive ainsi que tel homme écrit des compositions amples et brillantes, mais, le moment venu de prendre la parole, balbutie comme si les mots ne pouvaient sortir de sa bouche ; ou bien, s’il expose timidement, son propos reste confus et sans ordre, et ne touche jamais autant qu’une page écrite. C’est faute d’avoir étudié. Jadis, dans les quatre disciplines de l’école de Confucius, la parole et les lettres n’étaient pas sacrifiées l’une à l’autre. Le plaidoyer de Zhu Zhiwu faisant reculer l’armée du Qin, celui de Lü Xiang rompant avec le Qin, que l’on tient aujourd’hui pour des chefs-d’œuvre, n’étaient en leur temps que des discours de bouche ; mille ans plus tard ils débordent encore de vie. Su Qin, ayant présenté au roi de Qin dix mémoires sans succès, obtint par un simple entretien les charges de ministre : sa parole émerveilla le monde, tant son effet fut grand. Aussi dis-je que le courage de Ben et de Huo, la stratégie de Sun et de Wu, le style de Qian et de Gu, l’éloquence de Zhang et de Su sont tous également dignes d’admiration.

Notre association possède déjà un cours de langue nationale, qui écarte l’obstacle des dialectes et réunit dans une même salle les gens de Wu et de Yue. Si l’on utilise maintenant cette occasion d’exercice pour créer une section d’éloquence, ce sera bien ce qu’exigent l’époque et les circonstances. D’ailleurs, parmi nos membres, ceux qui sont diplômés d’Europe et d’Amérique et porteurs du titre de docteur ne manquent pas (le juge de notre club, M. Luo Panhui, appelé Qinsan, est docteur en droit diplômé des États-Unis) : nous n’avons donc pas à craindre de manquer de maîtres. Un jour, les fruits de cet entraînement auront le plus grand effet pour diffuser les arts de combat et expliquer les arts martiaux. Puissent tous nos collègues s’y encourager mutuellement.

雄辯團

Le club de débat.

Photographie du club de débat du Jingwu, planche des Annales du Jingwu de 1919

論國語 (De la langue nationale), par 雲作丞 Yun Zuocheng

我國方言。數十百種。畛域之念。由此而生。春秋叔向有言曰。子產有辭。諸侯賴之。若之何其釋辭。今天下五洲互市。試觀歐洲各國。從古研究語言。類有專家。又特注意於語法。設專科於學校。全國一致。按之我國。數千年來方言複雜。大略類分十種。黃河以北為一種。黃河以南為一種。泰山之東為一種。泰山之西為一種。陝西自成一種。長江以上為一種。其中為一種。長江以下為一種。閩粵為一種。雲貴為一種。再推而考之。則一種內又分數十種。其複雜之處。不勝枚舉。不知言語不通。則事理不析。事理不析。則畛域之念生。畛域之念生。而國家政治社會交際影響。實非淺鮮。統一國語。詎可緩哉。

Les dialectes de notre pays sont au nombre de plusieurs dizaines, voire de plusieurs centaines ; c’est de là que naît l’esprit de clôture. Au temps des Printemps et Automnes, Shuxiang disait : « Gongsun Qiao a la parole ; les seigneurs s’appuient sur elle. Comment abandonnerions-nous la parole ? » Aujourd’hui, les cinq continents commercent entre eux. Voyez les nations d’Europe : depuis les temps anciens elles étudient leur langue, disposent de spécialistes, attachent un soin particulier à la grammaire et ont établi dans leurs écoles des sections spécialisées, d’un bout à l’autre du pays. Chez nous, au contraire, les dialectes sont complexes depuis des millénaires ; on les répartit grosso modo en dix groupes : au nord du fleuve Jaune, au sud du fleuve Jaune, à l’est du mont Tai, à l’ouest du mont Tai, le Shaanxi formant à lui seul un groupe, le haut cours du Yangzi, son cours moyen, le bas cours du Yangzi, le Fujian et le Guangdong, le Yunnan et le Guizhou. Et si l’on pousse plus loin l’examen, un groupe se divise encore en dizaines de sous-groupes : la complexité est telle qu’on ne saurait tout énumérer. Or, si la parole ne passe pas, les choses ne s’expliquent pas ; si les choses ne s’expliquent pas, l’esprit de clôture naît ; et une fois né cet esprit de clôture, son influence sur la politique de l’État et sur les relations sociales n’est vraiment pas mince. Unifier la langue nationale : comment pourrait-on tarder ?

Dessin de Yang Zuotao figurant l’homme malade de l’Asie, Annales du Jingwu 1919

游藝 — Les arts d’agrément

說棋 (Propos sur les échecs), par 曾啟文 Zeng Qiwen

外人常誚我曰。華人聚首。無不作牧豬奴戲者。惡是何言也。雖然。證以十里軟紅塵中。今日之眞狀。此言殆不盡誣。竹林十三。撲克五紙。國人事業。葬喪於其中者泰半矣。吾會與賭為仇。有犯者立與除名。賭之一字。殆為精武字典所不載。雖然課餘之暇。仍許為不傷雅道之奕談焉。攷博物志謂圍棋造於唐堯。象棋則相傳始於姬發。圍棋久已式微。舍二三專門名家外。幾如廣陵散。然說者謂今日新發明之妙着。有為前人所未曾得之者。證以舊譜。非讏言也。象棋義亦精微。如明代崇禎時。朱晉禎之橘中祕。淸康熙時王蹇安之梅花譜。近年謝宣先國恥紀念象棋新局諸書。其布陣攻守。靡不千變萬化。神奇莫測。惟當兩軍對疊之餘。勢均力敵。苟非步步為營。敵卽乘虛而入。據我要塞。握我咽喉。雄兵猛將。亦無用武之地矣。若無定見。無定識。挫人一卒一馬。輒沾沾自喜。根據地忽為人所暗襲。我之車馬。首尾不能相應。我之士相。左右不及掩護。敵則長驅直進。如摧枯朽矣。善戰者。先審大局。謀定始動。若者攻。若者守。不以小勝自矜。不以小挫自餒。子力弱握險守要。以便言和。子力均。靜待時機。攻其不備。子力強。惟我所欲。直搗黃龍。嚴厲以臨之。謹愼以出之。目的達矣。奕雖小數。殆有道焉。

Les étrangers nous raillent souvent en disant : « Quand des Chinois se réunissent, c’est toujours pour jouer comme des porchers. » Quelle méchanceté ! Et pourtant, à en juger par le spectacle véritable que présentent aujourd’hui nos villes, dans cette poussière rouge qui s’étend sur dix li, ce propos n’est peut-être pas entièrement calomnieux. Le « treize » de bambou et le poker à cinq cartes : voilà où la moitié des entreprises de nos compatriotes trouvent leur tombeau. Notre association est l’ennemie jurée du jeu ; celui qui s’y adonne en est immédiatement rayé. Le mot « jeu » ne figure pour ainsi dire pas au dictionnaire du Jingwu. Il reste pourtant permis, après les cours, de se livrer aux propos échiquéens qui ne blessent pas les bonnes manières.

Selon les Mémoires sur les choses diverses, le jeu de l’encerclement (le go) fut créé par Tang et Yao, et le jeu figuré (les échecs chinois) passe pour avoir commencé avec Ji Fa. Le go est depuis longtemps en déclin : hors deux ou trois maîtres, il est presque devenu la mélodie de Guangling, dont on n’entend plus rien. On dit pourtant que des coups subtils s’inventent encore aujourd’hui, que les anciens n’avaient pas trouvés, et qu’en les confrontant aux anciens recueils on ne peut parler de vantardise. Les échecs chinois ont eux aussi un sens subtil : qu’on pense aux Secrets de l’intérieur de la mandarine de Zhu Jinzhen sous les Ming, au Recueil de la fleur de prunier de Wang Jian’an sous l’empereur Kangxi, et, plus près de nous, aux Nouvelles parties d’échecs en commémoration de la honte nationale de Xie Xiaxian. Leurs dispositions hostiles et défensives se transforment à l’infini, d’une manière insondable. Mais lorsque deux armées se font face à forces égales, si l’on ne fortifie pas chaque pas, l’ennemi se glisse dans les vides, occupe nos places fortes, nous prend à la gorge, et ni troupes valeureuses ni généraux hardis ne trouvent plus de terrain pour manœuvrer. Si l’on n’a ni vue fixe ni jugement sûr, on se réjouit tout bas d’avoir enlevé un pion ou un cheval, et soudain notre base est attaquée par surprise : nos chars et nos chevaux ne peuvent plus se répondre d’un bout à l’autre, nos lettrés et nos éléphants n’ont plus le temps de couvrir les flancs, et l’ennemi avance à grandes guides comme on abat du bois mort.

Celui qui sait combattre examine d’abord la situation d’ensemble et ne bouge qu’une fois le plan arrêté : qui attaque, qui défend ; il ne tire vanité d’une petite victoire ni ne se décourage d’un petit échec. Si ses forces sont faibles, il tient les passes et garde l’essentiel pour pouvoir proposer la partie nulle ; à forces égales, il attend tranquillement le moment et frappe où l’on ne s’attend pas ; plus fort, il fait ce qu’il veut et marche droit sur le dragon jaune. S’avancer avec sévérité, agir avec prudence : le but est atteint. Les échecs ne sont qu’un petit art, mais il y a là une voie.

圍棋 陳士超 簡偉卿

Le go, joué par Chen Shichao et Jian Weiqing.

Photographie d’une partie de go jouée par Chen Shichao et Jian Weiqing, Annales du Jingwu 1919

象棋 吳見眞 黃怡生

Les échecs chinois, joués par Wu Jianzhen et Huang Yisheng.

Photographie d’une partie d’échecs chinois jouée par Wu Jianzhen et Huang Yisheng, Annales du Jingwu 1919

粵樂拉雜談 (Propos décousus sur la musique cantonaise), par 陳卓枚 Chen Zhuomei (Chen Tiesheng)

粵東音樂。與京班截然兩途。然能者溝而通之。則亦大同小異耳。粵調之西皮。卽京班之四平調。粵調之反二簧。亦與京班相似。試執京班之烏盆計。與粵調之祭塔。兩相比較。其腔口亦十有五六相似者。粵調之所謂梆子。似京調之西皮。粵調京調之二簧。亦多相類者。故吾謂粵調。亦從京調變化而出。蓋吾粵人多來自閩贛間也。粵調之大別。為二簧。梆子。大調。小調。排子。崑腔。六種。二簧。有首板、慢板、二流、滾花、嘆板、左撇、西皮、亂彈、三脚櫈及反線。梆子。有首板、慢板、中板、滾花、嘆板、及梆子反線。大調在吾幼時曾聞之嚴老烈(卽嚴興堂)云。有十六調。即連環扣、柳搖金。浪淘沙、雙飛蝴蝶、(內包柳靑娘)草鞋板、串珠簾、一錠金、到春來、小桃紅、蔭華山、哭皇天、大開門、小開門、三級浪、(內包三調、卽担梯望月、早天雷、倒垂簾、)漁家樂、彈琴曲。嚴為粵調大師。當時粵之大腹賈。潘盧伍葉四家。紈袴子弟。組織六爺班。(老爺、小爺、師爺、大老爺、姑爺、孫少爺)嚴為總教。粵樂有頑家。(此頑字作頑要解卽如上海之票友)老橫。(卽八音班)班本。(卽戲班)三者。以頑家為上乘。鑼鼓絃索。合之其接頭處須按三丁一板。不許或訛。有訛者謂之食包。老橫今已背時。因其過板及補句。(卽絃索之序)太長。只有今日粵城之瞽姬。猶沿用之。因瞽姬以一人而兼唱數喉。生旦淨丑。無所不唱。(眞可謂獨脚戲)常以一人連唱五六小時。故不能不延長其過板與補句。而稍歇歌喉也。戲班則因有做手之關係。故鑼鼓與絃索常常不能吻合。且過板必須短而又短。以求合於做手。故知音者每以為憾。惟頑家則修短合度。一絲不紊。且多游手好閑之多金子。其研究之細密。非戲班所能望其項背也。嚴氏之徒。善二絃與提琴者有呂蔭村。善三絃者有劉鳳山。善月琴者陳子明。余幼時猶及見嚴氏。今則嚴與其徒。皆下世矣。嚴之絃索唱工。皆為魁首。年七十。猶能唱花旦。鄰居不知為鬚髮皆白之老翁也。排子二黃梆子。人多知之。惟崑腔。則只戲班演封相時用之。或曰今日之思凡一齣。乃崑腔之緒餘。嚴氏云亡。是否已不可辨。亂彈為今日趨時之腔調。前二十年。名小生喊口鎭。演羅什呑針一齣。全用亂彈。今則無復人間矣。梆子反線。問之今日粵樂家。大底知之者無幾。蓋將二絃假作提琴。用伬五線。便得之。粵伶之工唱者。據頑家言從前有兩個半名家。武生新華。花旦仙花法。為兩個全人。小生鎭半個。計此時名角如林。知音者猶為是言。則今日之所謂名伶。眞覺自檜以下矣。凡唱工不但須好喉嚨。且須聽官靈敏。所唱之聲音。不能低於絃索。亦不可高於絃索。太高則為蓋線。而不精妙。蓋低音之弊人所易知。太高之弊。人所易忽也。新華仙花法之佳。全在體會及此。至其做工之熨貼。則非筆墨所能形容。從前尚有河調。據嚴氏云。此調已失傳。今日之所謂河調。如曹福登仙。周瑜歸天。困南陽等。皆非古之河調云。凡用弓力之絃索。如二絃提琴等。其手音之工拙。出於天然。不能勉強。惟三絃月琴。尚可以後天之人工補救一二耳。弓力須悠揚而筋靱。不可前趨。亦不可後扯。且須食氣。(此云食氣猶言四件絃索、一氣貫串也、)此事自關火候也。三絃須講挑撥。月琴講輪指。(執撥之手、要離開月琴面)磨盤手。方為上乘。頑家之月琴。較伬六線。若今日之用仩六線者。只是戲班八音。非頑家也。今之少年。好用高音。一較線便是三個字。純是野狐禪。不知絃索須悠揚方能入耳。過高則入魔道。大約以兩個字為適中。吹簫(卽橫竹)須令字眼個個圓正。不帶扁音。方佳。唱工有所謂單線者。淸越非常。惜乎聽得出。說不出來耳。或問今日粵伶界何如。則答之曰。全是面孔問題。不知做手唱工為何物。最謬者女班。觀者只是一副四馬路眼光。演者亦純是一副四馬路手段。噫演劇云乎哉。藝員云乎哉。世界末日。殆不遠矣。粵調曲文多佳者。如季札掛劍、蘇武牧羊、李龜年傳唱、燕子樓、李陵答蘇武書、十二度金牌詔岳飛、陳情表、(多為馮壁堂所撰、)李白草嚇蠻書、小靑吊影等。皆詞章家所撰著也。民國初元。有所謂志士班者。全用廣東土音演唱。亦能自成一家。娓娓動聽。且言詞鋒利。(曲文以黃魯逸撰者為最佳、)尤為可愛。然唱法須歸一律。用舊調則須全用舊調。用土音則須全土音。不能渾合。否則不免貽笑大方。

La musique du Guangdong oriental et celle des troupes de Pékin sont deux voies complètement distinctes ; mais qui sait les pratiquer sait aussi les faire communiquer, et alors les différences sont minces. Le xipi cantonnais est le « quatre niveaux égaux » des troupes de Pékin ; le fan erhuang cantonnais ressemble lui aussi à ce qu’on entend chez les troupes de Pékin. Qu’on prenne Le Stratagème du bassin noir du répertoire de Pékin et qu’on le compare à La Tour du sacrifice du répertoire cantonais : les mélodies se ressemblent à plus de la moitié. Ce qu’on appelle bangzi à Canton ressemble au xipi de Pékin, et les erhuang des deux répertoires se ressemblent beaucoup. Aussi dis-je que la musique cantonaise est elle-même sortie d’une transformation de celle de Pékin — d’autant que nos gens du Guangdong viennent pour la plupart des confins du Fujian et du Jiangxi.

Les grandes divisions de la musique cantonaise sont au nombre de six : erhuang, bangzi, grande mélodie, petite mélodie, paizi et kunqiang. L’erhuang comprend : le shouban (planche d’ouverture), l’adagio, le erliu (double courant), les gunhua (fleurs roulantes), le tanban (planche du soupir), le zuopie (le gauché), le xipi, le luantan (cordes battues au hasard), le tabouret à trois pieds et les cordes renversées. Le bangzi comprend : shouban, adagio, zhongban (planche modérée), gunhua, tanban, et le bangzi à cordes renversées. Quant aux grandes mélodies, dans ma jeunesse j’ai entendu Yan Laolie (c’est-à-dire Yan Xingtang) dire qu’il y en avait seize : La Boucle entrelacée, Le Saule secoue l’or, Les Vagues lavent le sable, Les Deux Papillons volant ensemble (qui contient La Jeune Fille du saule vert), La Planche des sandales de paille, Le Rideau de perles enfilées, Le Lingot d’or, L’Arrivée du printemps, La Petite Pêche rouge, L’Ombre du mont Hua, Pleurs vers le Ciel, La Grande Porte ouverte, La Petite Porte ouverte, Les Trois Vagues successives (qui contient trois airs : Regarder la lune en portant l’échelle, Le Tonnerre du matin, Le Rideau incliné), Le Plaisir des pêcheurs et L’Air de cithare. Yan était un grand maître du chant cantonnais. À cette époque, les jeunes débauchés des quatre grosses familles de négociants de Canton — les Pan, les Lu, les Wu et les Ye — organisèrent la troupe des six « maîtres » (le vieux maître, le jeune maître, le maître précepteur, le grand maître, le maître gendre et le petit-fils maître), dont Yan fut le professeur en chef.

La musique cantonaise connaît trois milieux : les « opiniâtres » (le mot désigne ici les amateurs, l’équivalent des piaoyou de Shanghai), les laoheng (les ensembles à huit instruments) et les banben (les troupes théâtrales). Des trois, ce sont les opiniâtres qui tiennent le rang le plus élevé. Gongs, tambours et cordes, une fois réunis, doivent, aux points d’enchaînement, suivre la règle de « trois coups sur une planche », sans la moindre erreur ; qui se trompe « mange son sac ». Le laoheng a fait son temps, parce que ses passages et ses phrases de complément (c’est-à-dire les ritournelles des cordes) sont trop longs. Seules les chanteuses aveugles des villes cantonaises s’en servent encore, car elles chantent à plusieurs voix à elles seules : les rôles d’homme, de femme, de visage peint et de bouffon, toutes les parties (véritable théâtre d’un seul acteur), souvent cinq ou six heures d’affilée par une seule personne, d’où la nécessité d’allonger les passages et les phrases complémentaires afin de reposer un peu la voix.

Dans les troupes théâtrales, à cause du jeu des acteurs, gongs et tambours ne s’accordent souvent pas avec les cordes, et les passages doivent être raccourcis toujours davantage pour épouser le geste : les connaisseurs s’en plaignent sans cesse. Les opiniâtres, eux, observent la juste mesure et ne brouillent pas un fil ; leur étude, d’ailleurs, est si minutieuse que les troupes théâtrales ne sauraient leur arriver à l’épaule.

Parmi les disciples de Yan, Lü Yincun excellait à l’erxian et au tiqin, Liu Fengshan au sanxian, Chen Ziming au yueqin. Dans ma jeunesse j’ai encore vu Yan ; aujourd’hui, lui et ses disciples sont tous descendus au tombeau. Yan était le premier pour les cordes et pour le chant : à soixante-dix ans il chantait encore les rôles de jeune fille, et ses voisins ne se doutaient pas que c’était la voix d’un vieillard à barbe et cheveux blancs.

Les paizi, l’erhuang et le bangzi, beaucoup les connaissent ; quant au kunqiang, il n’est plus employé que lorsque les troupes jouent la « Présentation des sceaux ». Certains disent que la pièce Penser aux choses du monde, jouée aujourd’hui, n’est qu’un reste du kunqiang ; Yan étant mort, on ne peut plus en décider. Le luantan est la mélodie à la mode aujourd’hui : il y a vingt ans, un fameux jeune premier, criard, jouait Le Maître Luo avale l’aiguille entièrement en luantan ; aujourd’hui il n’en reste plus rien. Quant au bangzi à cordes renversées, demandez-le aux musiciens cantonnais d’aujourd’hui : peu le connaissent ; on obtient l’effet en faisant passer l’erxian pour un violon et en employant la cinquième corde d’une certaine manière.

Du bel art du chant chez les acteurs cantonnais, les opiniâtres disent qu’il n’y avait jadis que deux maîtres et demi : le rôle de guerrier « Nouvelle Fleur » et la jeune fille « Fleur Immortelle » étant deux personnes accomplies, et le jeune premier « Tranquille » un demi. À une époque où les grands rôles foisonnaient comme une forêt, les connaisseurs tenaient déjà ce langage ; que dire alors des « acteurs célèbres » d’aujourd’hui, dont on sent bien qu’ils sont au-dessous du dernier des anciens ? Tout art du chant exige non seulement une belle voix, mais une oreille sensible : la voix chantée ne doit être ni plus basse ni plus haute que les cordes. Trop haute, elle « couvre la ligne » et l’on perd la finesse. Le défaut de la voix trop basse, chacun le connaît ; le défaut de la voix trop haute, on a tôt fait de l’oublier. La supériorité de « Nouvelle Fleur » et de « Fleur Immortelle » tenait tout entière à ce qu’ils en avaient conscience. Quant à la perfection de leur jeu, le pinceau ne saurait la décrire.

Il y avait jadis aussi les « airs de la Rivière ». Selon Yan, ces airs sont perdus ; ce qu’on appelle ainsi aujourd’hui — Cao Fu devient immortel, Zhou Yu retourne au Ciel, Assiégé à Nanyang et autres — n’est plus l’ancien air de la Rivière. Pour tous les instruments à archet, comme l’erxian et le tiqin, la qualité du son de la main est chose naturelle qu’on ne peut forcer ; seuls le sanxian et le yueqin peuvent, eux, être un peu rattrapés par l’art humain. L’archet doit être mélodieux et nerveux, sans avancer trop vite ni tirer en arrière, et il doit « manger le souffle » (c’est-à-dire que les quatre instruments à cordes doivent couler d’un seul souffle) : cela tient au degré de maturité de l’exécutant. Au sanxian il faut le pincement ; au yueqin, le roulement des doigts (la main qui tient le plectre doit quitter la face de l’instrument) et la « main de meule » : voilà le plus haut degré. Le yueqin des opiniâtres s’accorde sur la sixième corde ; ceux qui aujourd’hui accordent autrement ne sont que des ensembles à huit instruments de troupe théâtrale, non des opiniâtres. Les jeunes gens d’aujourd’hui aiment les sons aigus : dès qu’on monte d’une corde, c’est trois degrés de plus, pur « zen de renard sauvage » ; ils ignorent que les cordes ne pénètrent l’oreille que si elles sont mélodieuses, et que trop hautes, elles entrent en voie démoniaque. Deux degrés environ sont la juste mesure.

En jouant du xiao (la flûte horizontale de bambou), il faut que chaque note soit ronde et juste, sans son aplati : alors c’est beau. Dans l’art du chant il y a ce qu’on appelle la « ligne simple », d’une limpidité extrême ; le malheur est qu’on l’entend, mais qu’on ne peut le dire. Si l’on demande comment va aujourd’hui le monde des acteurs cantonnais, je répondrai : tout est question de visage ; on ne sait plus ce que sont le jeu et le chant. Le pire est le théâtre de femmes : les spectateurs n’ont que l’œil de la Quatrième Avenue, et les actrices n’ont elles aussi que les procédés de la Quatrième Avenue. Hélas ! est-ce là jouer la comédie, est-ce là des artistes ? La fin du monde n’est sans doute pas loin.

Les livrets cantonnais comptent bien des pièces de qualité, comme Ji Zha suspend son épée, Su Wu garde les moutons, Le Chant transmis de Li Guinian, La Tour des hirondelles, Li Ling répond à la lettre de Su Wu, Les Douze Tablettes d’or convoquant Yue Fei, La Requête au trône (dont la plupart sont de Feng Bitang), Li Bai esquisse en ivresse la lettre aux barbares, La Jeune Fille en deuil de son ombre, et autres : toutes composées par des lettrés. Au début de la République parut la troupe dite « des hommes de volonté », qui chantait entièrement dans le parler du Guangdong et sut se faire un style propre, captivant l’auditeur, avec des paroles acérées (les meilleurs livrets étant ceux de Huang Luyi), et donc particulièrement attachante. Mais la manière de chanter doit être uniforme : si l’on emploie les anciens airs, il faut les employer entièrement ; si l’on emploie le parler local, il faut l’employer entièrement ; on ne peut mêler l’un et l’autre, sous peine de faire rire les connaisseurs.

粵樂之絃索。各有名稱。執月琴者稱為上手。因月琴有品。(限制聲音之格子也)各皆取準於月琴也。至幾分音符。則以橫竹(卽橫簫)為準。執月琴者。兼為大笛(吹排子用)海淸橫笛(卽橫竹卽橫簫)之主任。執三絃者稱二手。因其任三絃及任大笛之副也。主司兩器。故稱二手。(如用雙橫竹則二手亦兼任)執二絃者稱三手。因其任二絃、大鈸、加官鈸、三器也。論絃索以二絃為頭架。(卽主幹)執提琴者稱八手。因任此者須於二絃、三絃、月琴、提琴、大鈸、大鑼、大鼓、打鼓掌、(卽打梆鼓者)八者皆能兼任。而為各人之替工也。八音皆聽打鼓掌之指揮。如唱者非自行掌鼓。則以手指為暗示。其豎一大指者。首板也。其以食指上下搖動而作敲擊狀者。滾花也。平出食指中指者。中板也。平出食指者。慢板也。出大指與食指而分離作八字形者。八板頭也。(凡唱小調先用八板頭)合五指如筍。或揚掌將五指全出者。收科也。或道白也。

Les cordes de la musique cantonaise ont chacune leur nom. Celui qui tient le yueqin s’appelle la « première main », car le yueqin a des frettes (les cases qui règlent les sons) et tout le monde s’accorde sur lui ; pour les degrés des notes, on se règle sur la flûte horizontale de bambou. Celui qui tient le yueqin dirige en outre la grande flûte (pour les airs paizi) et la flûte traversière. Celui qui tient le sanxian s’appelle la « deuxième main », parce qu’il se charge du sanxian et assiste à la grande flûte : deux instruments, d’où « deux mains » (si l’on emploie deux flûtes, c’est encore lui qui s’en charge). Celui qui tient l’erxian s’appelle la « troisième main », parce qu’il se charge de l’erxian, des grandes cymbales et des cymbales de dignitaire, trois instruments. Parmi les cordes, l’erxian est considéré comme la charpente principale. Celui qui tient le tiqin s’appelle la « huitième main », car il doit pouvoir tenir les huit instruments que voici : erxian, sanxian, yueqin, tiqin, grandes cymbales, grand gong, grand tambour et « mains de tambour » (les claquettes) ; il remplace n’importe lequel des exécutants. Les huit instruments suivent tous les ordres des claquettes. Si le chanteur ne tient pas lui-même les claquettes, il donne ses indications du doigt : le pouce dressé, c’est le shouban ; l’index agité de haut en bas comme s’il frappait, ce sont les gunhua ; l’index et le majeur tendus horizontalement, le zhongban ; l’index seul tendu, l’adagio ; le pouce et l’index écartés en forme de « huit », l’entrée de la planche de huit (avec laquelle commence toujours une petite mélodie) ; les cinq doigts joints en pointe de bambou, ou la paume ouverte avec les cinq doigts, la fin, ou bien le passage du chant à la déclamation.

Photographie du petit ensemble de musique cantonaise du Jingwu, Annales du Jingwu 1919

粵樂之符號。(`)為丁。(Ⅹ)為板。(Ⅸ)為底板。(米)為中底板。(𠃊)為連讀。大調卽過場。原日皆有曲詞。今已不可盡得矣。

Signes de la musique cantonaise : ( ` ) pour le coup, ( Ⅹ ) pour la planche, ( Ⅸ ) pour la planche de fond, ( 米 ) pour la planche moyenne, ( 𠃊 ) pour la liaison. Les grandes mélodies servent d’intermèdes ; à l’origine elles avaient toutes des paroles, qu’on ne peut plus retrouver aujourd’hui.

西皮板面。頑家原用二黃長板面充之。(卽世俗所稱之雙慢板面)戲班則另有一枝。卽士合士上、上士合士上合士合、上合士上尺合尺、士尺上工合、今日之洋場頑家。知之者鮮矣。最近出板之曲。本於梆子慢板面之中底板。且未之知也。

Pour l’entrée du xipi, les opiniâtres emploient à l’origine l’entrée longue de l’erhuang (ce que le vulgaire appelle le double adagio). Les troupes théâtrales ont une autre manière (la-so-la-do, do-la-so-la-do-so-la-so, do-so-la-do-re-so-re, la-re-do-mi-so), que les opiniâtres des concessions étrangères connaissent rarement. Quant aux airs récents, qui reposent sur la planche modérée de l’adagio bangzi, ils les ignorent tout à fait.

梆子有相思。二黃亦有相思。如辨才釋妖。(但不知何日裏功德才完)之下等類。倘用鑼鼓。則絃索與鑼鼓合奏。絃奏之引。(合合合合乙士上尺、合合合合乙士上尺、合工工上尺、工尺合士上尺、工尺工尺、煞尾一句是二流之首)合合合之句。可用三四次。以襯住走圓臺。因此等調法。多用之於脚色走圓台時也。不特合字韻尾調。可用二黃相思。裝在二流之頭。別韻亦可。譬如上句尾韻係尺字。則可改為尺尺尺尺乙士上尺則合拍矣。惟淸唱無鑼鼓者。不能裝二黃相思於二流板面之前。曾見有曲本。將此節混淆。竟以相思列入淸唱中。故特正之。

Le bangzi a son « languir d’amour », l’erhuang aussi. Dans des passages comme celui du début de Pian Cai délivre la démone, si l’on emploie les gongs et tambours, les cordes et les percussions jouent ensemble, et l’introduction des cordes (so-so-so-so-ti-la-do-re, so-so-so-so-ti-la-do-re, so-mi-mi-do-re, mi-re-so-la-do-re, mi-re-mi-re, la phrase finale étant le début du « double courant ») peut se répéter trois ou quatre fois pour soutenir un tour de scène, car ce genre d’air sert surtout quand un personnage fait le tour de la scène. Non seulement la rime en « so », mais toute autre rime peut recevoir le languir d’amour de l’erhuang placé en tête du double courant : par exemple, si la rime finale de la première phrase est « re », on la change en re-re-re-re-ti-la-do-re et la mesure tombe juste. Mais si l’on chante à voix nue, sans gongs ni tambours, on ne peut placer le languir d’amour de l’erhuang devant l’entrée du double courant. J’ai vu des livrets confondre ce point et ranger le languir d’amour parmi les airs chantés à voix nue : je le corrige donc ici.

技擊家多與音樂結不解緣。如上所云之六爺班。有霍英者。粵東音樂界之泰斗也。其拳術亦最有名於珠海。此殆激烈之與和平。相因為用歟。

Les maîtres de combat sont souvent liés à la musique par des liens indissolubles. Dans la troupe des six « maîtres » dont j’ai parlé plus haut se trouvait un certain Huo Ying, sommité de la musique du Guangdong oriental et également fort renommé dans la région de Zhuhai pour sa boxe. C’est sans doute que le violent et le pacifique se servent mutuellement de cause.

吾黨有能兼唱京調者。謂京調須用丹田氣。似難唱。然粵曲腔調最多。就比較上言之。粵調實難於京調云。六種之外。尚有粵謳解心。傀儡戲之唱大棚腔。(業此者多順德縣人)今則傀儡戲皆唱班本。(伶人所唱俗號班本)而大棚式微矣。盲詞、揚州調、南音、皆用粵語。惟盲詞則以箏。(粵謂之箏、實則似瑟、)和之。(盲詞曲本如上海之彈詞然)惟以一句中之數字。引而伸之。分為數段。以箏音間之。如補句。南音俗稱龍舟歌。每句雜以小鑼鼓。八音(卽老橫)有所謂板眼。(此字讀若顏音)恍似彈詞而微異。和之以綽板。此調用為壓場。戲班則有蘇鼓尾。亦只有綽板而無絃索。恍如今日上海白話戲之趣劇矣。

Parmi les nôtres, certains savent aussi chanter le répertoire de Pékin : ils disent que cet art exige le souffle du dantian et paraît difficile à chanter ; mais comme le répertoire cantonnais a le plus grand nombre de mélodies, à comparer les deux, c’est le cantonnais qui est vraiment le plus difficile. Outre les six genres, il y a encore les chansons cantonnaises jiexin, le « grand air de la grande baraque » chanté par les marionnettes (métier où l’on trouve surtout des gens du district de Shunde) — mais aujourd’hui les marionnettes chantent les livrets de troupe et le grand air est en déclin. Les paroles d’aveugle, les airs de Yangzhou et le nanyin emploient tous le parler cantonais ; les chansons d’aveugle sont accompagnées de la cithare zheng du Guangdong (qui ressemble en fait au se) : quelques mots d’une phrase sont étirés et divisés en plusieurs segments, entre lesquels s’insère le son de la cithare, comme une phrase de complément. Le nanyin, vulgairement appelé « chant de la barque du dragon », mêle de petits gongs et tambours à chaque phrase. Les huit instruments (les laoheng) ont leur mesure appelée banyan (le caractère se prononce comme yan), qui ressemble beaucoup à la déclamation accompagnée de claquettes, mais en diffère légèrement ; cet air sert à tenir la scène. Les troupes théâtrales ont enfin la « queue de tambour de Suzhou », qui n’emploie elle aussi que les claquettes, sans cordes, et ressemble aux farces en langue parlée qu’on voit aujourd’hui à Shanghai.

京調粵調。皆取三丁一板。惟粵謳則七丁一板。崑腔(非粵東之崑曲)四丁一板為例外。

Les airs de Pékin comme les airs cantonnais observent la règle de trois coups pour une planche. Les exceptions sont les chansons ou cantonnaises, à sept coups pour une planche, et le kunqiang (qui n’est pas le kunqu du Guangdong oriental), à quatre coups pour une planche.

七絃琴為樂器之最古者。二十一省。調門指法。罔弗從同。此眞統一之國樂也。

La cithare à sept cordes est le plus ancien des instruments. Dans les vingt-et-une provinces, l’accord et le doigté sont partout identiques : voilà vraiment la musique nationale unifiée.

伸紙信筆亂書。錯雜無章。聊以補白。然而三十年往事。如在目前矣。

Ce texte est le résultat de quelques feuilles prises et remplies au fil de la plume, dans le désordre et sans ordonnance, pour combler un blanc. Et pourtant, les affaires de trente années y sont comme sous mes yeux.

余之京戲談 (Mes propos sur l’opéra de Pékin), par 陳卓枚 Chen Zhuomei (Chen Tiesheng)

予門外漢也。烏能談京調。然二黃西皮。固耳而熟之。雖未能詳。或亦十得一二。孫菊仙。黃鐘大呂之音。為生平所愛聽者。譚叫天抑揚控縱。無不如志。(十年前吾友王鐵樓曾作名伶小傳、以數十年來耳聞目見者、列為差等、甲等只王九齡程長庚等六人、鐵樓品評、全就唱工做手立論、歷歷如數家珍、與今日之洋場拆白小鬼頭、專言面孔者、眞有霄壤之別、然今日北京之帝制名士、齷齪頑固老頭兒、孰非同病、北京名士洋場小鬼、一而二二而一者也、)但譚調摹倣者最多。孫調傳人。幾如碩果晨星。孫譚之比較。得毋以此為判斷乎。近人有提倡廢唱者。此不通之論也。吾謂戲劇當有唱工白話之兩種。如車之兩輪焉。不可偏廢。我國如是。列國亦莫不如是。况今日吾國。簡直無白話戲之資格。實則一羣男女拆白小鬼之禽獸舞耳。以此為白話戲。寃哉。廢此冒名白話戲之特別拆白黨可也。(聞前時之春柳社、頗自愛、又當別論、)若廢唱。則雖至世界末日。尤或未能。而強欲於此時代行之。吾恐無此專做蝕本生意之舞台老板也。無此專看拆白小鬼舞手動足之寃桶顧客也。多見其不知量耳。年來崑曲。似有中興之象。崑曲詞藻最佳。惜似有靡靡之音。然歟否歟。抑吾輩之不文也。靑衣則吾身及見者。頗以陳德霖馮子和為入耳。德霖固佳。卽子和之歌喉淸脆。無塵俗氣。梅蘭芳猶或遜之。不得以梅今日獨享盛名。而阿好之也。邇者本戲盛行。惟多用四句搖板塞責。此直舊班之假白話戲耳。祇血淚碑尚有情節。如新茶花、宏碧緣、濟顚活佛、簡直是胡鬧。戲云乎哉。梆子戲未嘗習聞。故不贊一詞。

Je suis un profane : comment pourrais-je parler de l’opéra de Pékin ? Pourtant l’erhuang et le xipi me sont familiers, et si je n’en puis parler en détail, j’en ai peut-être saisi un dixième ou deux. Sun Juxian, voix de cloche de bronze et de grande flûte, est celui que toute ma vie j’ai aimé entendre ; Tan Xinpei monte, descend, retient et lâche à son gré. (Il y a dix ans, mon ami Wang Tielou composa des notices sur les acteurs célèbres, classant par degrés ce qu’il avait vu et entendu en plusieurs décennies : dans la première catégorie il ne mit que six hommes, dont Wang Jiuling et Cheng Changgeng. Ses jugements, fondés entièrement sur le chant et le jeu, énuméraient tout comme des trésors de famille — le ciel et la terre les séparent de ces petits vadrouilleurs des concessions étrangères qui ne parlent que du visage ! Et pourtant les notables de Pékin, restés fidèles à l’empire, ces vieillards sordides et entêtés, ne souffrent-ils pas du même mal ? Notables de Pékin et vadrouilleurs des concessions, deux et un à la fois.) Tan Xinpei est le plus imité ; les disciples de Sun Juxian sont rares comme les fruits qui demeurent et les étoiles du matin. Est-ce par là qu’il faut jauger Sun et Tan ?

Des gens réclament aujourd’hui l’abolition du chant : propos sans portée. Je dis que l’art dramatique doit compter deux sortes de pièces, celles qui se chantent et celles qui se parlent, comme les deux roues d’un char : on ne saurait négliger l’une pour l’autre. Ainsi en est-il chez nous, ainsi en est-il dans tous les pays. D’autant que notre pays n’a aujourd’hui pas même la qualité requise pour un théâtre parlé : ce n’est qu’une danse de bêtes, d’hommes et de femmes chassés par les escrocs. Appeler cela du théâtre parlé, quelle injustice ! Ce qu’il faudrait abolir, c’est cette troupe de filous déguisée en théâtre parlé. (La société du Saule printanier, jadis, avait de la tenue : autre histoire.) Quant à abolir le chant, même à la fin du monde on n’y parviendrait pas ; vouloir l’imposer aujourd’hui, c’est compter sans les directeurs de salles qui ne font pas métier de perdre de l’argent, et sans les spectateurs qui ne viennent pas voir gesticuler les filous. C’est méconnaître la mesure des choses.

Le kunqu semble ces années-ci en voie de renaissance. Ses paroles sont les plus belles ; dommage qu’il ait un son amollissant — est-ce vrai, est-ce faux, ou bien est-ce nous qui manquons de lettres ? Pour les rôles de femme vertueuse, de mon temps j’ai ouï Chen Delin et Feng Zihe, dont la voix m’est agréable. Delin est certes excellent ; mais la voix de Zihe, limpide et claire, sans rien de vulgaire, est peut-être supérieure à celle de Mei Lanfang — il ne faut pas, sous prétexte que Mei jouit aujourd’hui du renom, lui préférer par complaisance. Ces derniers temps les pièces nouvelles abondent, mais elles se contentent le plus souvent de quatre vers en planche ondulée pour s’acquitter de leur tâche : c’est exactement le faux théâtre parlé des vieilles troupes. Seule La Tablette des larmes de sang a une intrigue véritable ; quant à Les Nouvelles Fleurs de thé, Le Beau Bord de jade, Le Bouddha vivant Jidian, c’est du pur tapage. Est-ce là du théâtre ? Pour l’opéra bangzi, je ne l’ai guère entendu et ne dirai donc rien.

(一)舊時之京樂團

  1. Notre orchestre de Pékin d’autrefois.

Photographie de l’ancien orchestre de Pékin du Jingwu, Annales du Jingwu 1919

(二)現在之京樂團

  1. Notre orchestre de Pékin actuel.

Photographie de l’orchestre de Pékin actuel du Jingwu, Annales du Jingwu 1919

泰西絃樂紀 (Compte rendu des instruments à cordes d’Occident), par 陳盧雪英 Lu Xueying

上海多銅樂隊。絃樂則不數數覯。吾會之粹於西文者。多嗜此道。特倩音樂家司徒夢岩君為義務教授。久鍥不舍。中西幷進。異日或能爭世界音樂之一席也。

Shanghai compte beaucoup d’orchestres de cuivres, mais les instruments à cordes y sont plus rares. Parmi nos membres, ceux qui excellent dans les lettres occidentales s’adonnent souvent à cette voie : nous avons invité exprès le musicien Situ Mengyan à en enseigner gratuitement. Après avoir persévéré sans relâche, nous progressons à la fois en musique chinoise et occidentale ; un jour peut-être prendrons-nous une place dans la musique du monde.

泰西絃樂班

La classe d’instruments à cordes d’Occident.

Photographie de la classe d’instruments à cordes d’Occident du Jingwu, Annales du Jingwu 1919

鋼琴

Au piano.

Photographie d’un membre du Jingwu au piano, Annales du Jingwu 1919

記梵玲 Violin (De l’« fanling », le violon), par 陳公哲 Chen Gongzhe

樂有中外乎。則雍容抑揚。食於耳而會於心者。無或異也。樂無中外乎。則器械異其製。音律異其節。凡奏於房而陳於庭者。音節制度。無或同也。余性好樂。而宂於事絀於學。不得壹志於是。繇是亙數年間。瞢焉乃無所得。然跛不忘履。盲不忘視。每當洋洋盈耳之會。未嘗不心嚮往之。以為舉天下事物之足以感發性情。滌蕩塵俗者。當無過於樂。比得西洋四弦提琴。所謂「梵玲」者。尤心竊愛之。初習之。祗與常樂等耳。久之而後若有會於心。則取吾國之所謂雅樂者。幷習之。以比較其得失。絜論其短長。覺吾向所稱羨於國樂之雅音者。梵玲殆無不備之。異其曲者同其工。正不必孰軒之而孰輊之也。余因之有所感矣。吾國之所謂雅樂者。自太古以於至今。知尊之而不知所以發揚光大之。故三代之琴瑟至於今。一也而無所損益。若梵玲則不然。始製之時。不過一絃樂已耳。與今之所謂胡琴者殆相似之。然自剏製至今。代有損益。至史氏。Stradivarius而其製益精備。苟取今之所謂梵玲者。與剏製之器。比而觀之。蓋有不相侔者。夫豈獨不相侔。其和於音而美於形者。猶有與日俱進之勢。則因革之功為不可沒也。吾國之善言樂者。必曰琴瑟不和。則改絃而更張之。而獨於雅樂。則抱殘守缺。更千百年不敢一議其制度。西樂之所以日行於世。而古調不彈。琴瑟鐘鼓。乃日就湮沒而不振者。未必不原於此也。余之執是說也。初非欲世之言樂者。必變夏而專取泰西也。夫亦曰不登其堂。不嗜其胾。則雖美備醲郁者日陳於前。猶不足一動其心。况音樂之精微者。而欲以淺嘗得之。不綦難乎。抑尤有進者。主奴之見太深。則憚於變易。而墨守備繩。將無改進之可言。吾是以欲取古今中外之樂。聯貫研習。合其所長。交互損益之。俾成一統系之學。傳諸無窮。梵玲云乎哉。余雖譾陋。世有提倡音樂。而有所組織者。雖為執鞭。所忻願焉。

La musique a-t-elle un dedans et un dehors, une Chine et un ailleurs ? Par la dignité et les inflexions, par ce qui nourrit l’oreille et atteint le cœur, il n’y a pas de différence. Et n’en a-t-elle pas ? Les instruments diffèrent par leur facture, les modes par leur mesure ; ce qui se joue dans une chambre ou s’expose dans une cour diffère toujours par la mesure et le système. J’aime la musique par nature, mais accablé d’affaires et pauvre en savoir, je n’ai pu y consacrer une volonté unique : pendant des années je suis resté dans le brouillard, sans rien obtenir. Pourtant le boiteux n’oublie pas la chaussure, l’aveugle n’oublie pas la vue : chaque fois qu’une musique abondante emplissait mes oreilles, mon cœur n’allait pas sans se tourner vers elle, persuadé que, de toutes les choses du monde capables d’émouvoir le naturel et de laver la poussière du vulgaire, aucune ne dépasse la musique.

Ayant acquis un violon à quatre cordes d’Occident, ce qu’on appelle le fanling, je me pris pour lui d’une affection secrète. Au début, en l’étudiant, il ne valait pour moi pas plus que la musique ordinaire ; au bout d’un certain temps, il sembla que quelque chose s’éveillait dans mon cœur. Je me mis alors à étudier en même temps ce que chez nous on appelle la musique raffinée, afin de comparer leurs mérites et leurs défauts, et de peser leurs longueurs et leurs faiblesses. Et je compris que ce que j’admirais naguère dans les sons raffinés de notre musique nationale, le fanling le possède presque tout entier : il diffère par l’air, non par le métier, et il n’y a pas lieu de dire lequel est le meilleur.

J’en ai tiré une réflexion. Notre musique dite raffinée, depuis les temps les plus reculés jusqu’aujourd’hui, on sait la vénérer sans savoir comment l’épanouir et l’agrandir : aussi les cithares des trois dynasties sont-elles restées jusqu’à nos jours telles quelles, sans rien perdre ni rien gagner. Le fanling n’est pas ainsi. Quand on le fabriqua pour la première fois, ce n’était qu’un instrument à cordes, à peu près semblable au huqin d’aujourd’hui ; mais depuis son invention, chaque génération y a apporté ou retranché, jusqu’à ce que ce nommé Stradivarius en perfectionnât la facture. Si l’on compare le fanling d’aujourd’hui aux premiers instruments, on trouve qu’ils ne se ressemblent plus — et encore ne sont-ils pas seulement dissemblables : par l’harmonie du son et la beauté de la forme, il semble bien qu’ils aillent progressant de jour en jour. Aussi le mérite de la réforme et de l’innovation ne saurait-il être passé sous silence.

Ceux de chez nous qui parlent bien de musique disent toujours : si les cithares ne s’accordent pas, on change les cordes et on les remonte ; mais pour la musique raffinée, ils embrassent les débris et gardent les restes, et pendant mille ans ils n’osent discuter une seule fois de la façon dont on les fabrique. Que la musique occidentale s’impose chaque jour dans le monde tandis que les airs anciens ne se jouent plus, que les cithares, les cloches et les tambours s’enfoncent chaque jour davantage dans l’oubli sans pouvoir se relever : cela n’a peut-être pas d’autre origine. En soutenant ce propos, je ne prétends pas du tout que ceux qui parlent de musique doivent changer la Chine et prendre uniquement l’Occident pour modèle. Je dis seulement que, sans entrer dans la salle et sans goûter au plat, on peut voir chaque jour étalés devant soi des mets délicieux sans que le cœur s’en émeuve ; combien plus difficile encore de saisir par une simple gorgée ce qu’il y a de plus subtil dans la musique ! Et il y a plus : une vue trop profonde de maître à serviteur fait qu’on redoute le changement et qu’on s’en tient obstinément aux mesures reçues, sans qu’aucun progrès soit concevable.

C’est pourquoi je voudrais prendre la musique ancienne et moderne, chinoise et étrangère, les étudier en les reliant, réunir leurs qualités et les modifier les unes par les autres, pour en faire une discipline systématique, transmise sans fin. Et cela vaut mieux que de parler de violon ! Bien que je sois de peu de capacité, s’il se trouve dans le monde des hommes qui promeuvent la musique et l’organisent, je serais heureux de leur tenir l’étrivière.

俄國音樂大家 (Un grand musicien russe), par 吳見眞 Wu Jianzhen

本會以音樂能陶淑性情。故於游藝部。特設音樂一門。今夏俄國音樂大家。來蒞茲土。特延之至會。共聆雅奏。雍容揚抑。曲盡其妙。聞韶忘味。得意者固當作如是觀也。

Notre association, estimant que la musique sait former et purifier le naturel, a créé à dessein une section musicale au sein du département des arts d’agrément. Cet été, un grand musicien russe est venu dans notre région ; nous l’avons spécialement invité à l’association et nous avons tous écouté son noble jeu. Quelle dignité dans les accents, comme il épuisait la beauté du morceau ! Qui entend la musique de Shao en oublie le goût des aliments : c’est bien ainsi qu’il faut juger cette expérience.

俄國音樂大家演技

Exécution d’un grand musicien russe.

Photographie d’un grand musicien russe en exécution au Jingwu, Annales du Jingwu 1919

紀網球 (Le tennis), par 姚蟾伯 Yao Chanbo

網球為一種溫文之游戲。最合夏季中之運動。盛行於歐美諸國。雖婦孺亦皆樂此。近年亞東亦頗風行。然尚在幼稚時代。每當公餘之暇。夕陽將下。逐逐於綠茵之上。能使血液中一切不潔物。不覺逐汚汗排洩而出。固大有益於衞生者也。

Le tennis est un jeu de bonne compagnie, le plus propre aux exercices de l’été. Il est en vogue dans les pays d’Europe et d’Amérique, où femmes et enfants y prennent plaisir ; ces dernières années il se répand aussi en Extrême-Orient, encore qu’à l’âge d’enfance. Aux heures libres, quand le soleil décline, courir sur le gazon fait sortir sans qu’on y pense, avec la sueur, toutes les impuretés du sang : c’est vraiment très bon pour la santé.

網球

Le tennis.

Photographie de joueurs de tennis du Jingwu, Annales du Jingwu 1919

記籃球 (Le basket-ball), par 周錫三 Zhou Xisan et 陸象賢 Lu Xiangxian

籃球為冬令戶內之運動。春時氣候溫和。亦於戶外為之。有公證人。其罰最嚴。四次卽令出局。習此者先練手法。次陣法。乃及實行對壘。本會籃球隊。創於民國六年。同人酷嗜之。研練再深。或得其中三昧也。

Le basket-ball est un exercice d’intérieur en hiver ; au printemps, le temps étant doux, on le pratique aussi en plein air. Il y a un arbitre, dont les pénalités sont très strictes : au quatrième manquement, le joueur est renvoyé du terrain. Ceux qui s’y entraînent commencent par la technique des mains, puis par les formations, et passent ensuite aux confrontations effectives. L’équipe de basket-ball de notre association a été créée en l’an six de la République (1917) ; nos collègues s’y adonnent avec passion, et en poussant loin l’étude, on en saisira peut-être le secret.

籃球(一)

Le basket-ball (1).

Photographie d’une équipe de basket-ball du Jingwu, Annales du Jingwu 1919

籃球(二)

Le basket-ball (2).

Seconde photographie de basket-ball du Jingwu, Annales du Jingwu 1919

足球 (Le football), par 盧煒昌 Lu Weichang

足球為劇烈運動之一。近年吾國學校。幾無一不習此者。良以斯藝能增進堅強之體魄。而啟發勇敢之精神。盡其縱橫捭闔之技能。幷可發揮聯羣之德性。歐戰以還。擅斯技者最著功績。其平日訓練之價値可想。吾國南部六大學。連年提倡斯術之意旨。其在斯乎。吾精武會。自丙辰年新遷以降。特闢球場廿餘畝。以資斯術之迴旋。嗜此者非但大獲身心之益。且足以神技擊之妙用。蓋習技擊者步武先求穩健。而跳躍每欠矯捷之精神。有足球運動之。更番馳驟。則筋絡不致過於緊張。而動作乃無剛柔偏重之弊。嚴冬暇日。無怪會員之樂此不疲也。第有不能已於言者。吾國人士舉動。每病偏激。於足球比賽時。常有蓄意掽撞之表示。雖甘受判罰。亦有所不恤。(足球定有律例、為世界所公認、)轉為合羣德性之障礙。而大悖斯術聯絡之主旨。竊嘗默察著名足球團體之比賽。彼此偶一掽撞。則互相道歉不惶。不禁棖觸於胸。附誌於此。以冀體育同志之覺悟。

Le football est l’un des exercices les plus violents. Ces dernières années, il n’est presque aucune école de notre pays qui ne le pratique : c’est que cet art fortifie le corps et éveille l’esprit de courage, déploie toute l’habileté des courses en zigzag et développe la vertu de la solidarité. Depuis la guerre d’Europe, les meilleurs joueurs ont montré les plus beaux résultats, ce qui donne la mesure de la valeur d’un entraînement quotidien. C’est là le sens de l’effort poursuivi depuis des années par les six grandes universités du sud de notre pays. Depuis le déménagement de l’an bingchen (1916), notre association Jingwu a réservé plus de vingt mu de terrain de jeu pour les évolutions de cet art. Ceux qui s’y adonnent en retirent non seulement de grands profits pour le corps et l’esprit, mais aussi un merveilleux bénéfice pour les arts de combat : car celui qui pratique la boxe cherche d’abord la solidité du pas, tout en manquant souvent de la vivacité de ressort ; pratiquant le football, avec ses courses répétées, les tendons ne restent pas trop tendus, et le mouvement n’a plus le défaut de pencher trop fort ou trop mou. Qu’en plein hiver, aux jours de loisir, les membres ne puissent s’en lasser, il n’y a pas lieu de s’en étonner.

Il faut pourtant que j’en dise davantage. Nos compatriotes pèchent souvent par excès : dans les matchs de football, on voit souvent des intentions de heurter l’adversaire à dessein, et l’on accepte la sanction sans même s’en soucier (alors que le football a des règles fixes, reconnues dans le monde entier) : cela fait obstacle à la vertu de solidarité et va tout à fait contre l’objet même de ce jeu, qui est de lier les hommes. J’ai observé une fois en silence un match entre équipes renommées : après un choc fortuit, les joueurs s’excusaient aussitôt les uns auprès des autres, sans embarras. Je n’ai pu m’empêcher d’en être remué, et je l’inscris ici, dans l’espoir que mes camarades d’éducation physique s’en éveilleront.

(一)二年之足球隊

  1. L’équipe de football de l’an deux (1913).

Photographie de l’équipe de football du Jingwu en 1913, Annales du Jingwu 1919

(二)八年之足球隊

  1. L’équipe de football de l’an huit (1919).

Photographie de l’équipe de football du Jingwu en 1919, Annales du Jingwu 1919

溜冰 (Le patinage), par 唐瓊相 Tang Qiongxiang

溜冰為運動之一。倡於十九世紀。其作用有二。一為冬令之消遣。二為嚴寒之地。河海皆凍。可利遄行。歐俗冬令有比賽會。以荷蘭那威等國為盛。蓋海岸多結冰也。溜冰比賽之法亦二。有競捷者。有賽美者。種種姿勢。進退盤旋。花樣翻新。至實用於冰面之鞋。非若吾輩所用之底有四輪者。只一平板耳。蓋冰面較滑。自易溜動也。

Le patinage est un des exercices physiques ; il a été lancé au XIXe siècle. Il a deux usages : d’une part un passe-temps d’hiver, d’autre part, dans les contrées très froides où fleuves et mers gèlent, un moyen rapide de circuler. En Europe, l’hiver comporte des concours, surtout dans des pays comme la Hollande et la Norvège, dont les côtes gèlent souvent. Les concours de patinage sont de deux sortes : les uns de vitesse, les autres de beauté, avec toutes sortes de poses, d’avancées, de reculs et de tournoiements, à figures toujours renouvelées. Quant aux patins réellement faits pour la glace, ils ne sont pas comme les nôtres, dont la semelle porte quatre roues : ce n’est qu’une simple lame, car la glace étant plus glissante, il est de soi plus facile de glisser.

溜冰

Le patinage.

Photographie de patineurs du Jingwu, Annales du Jingwu 1919

拔河 (Le tir à la corde), par 陳啓英 Chen Qiying

拔河一事。吾國自古有之。不始於歐美。此為合羣角力之游戲。亦尚武者所不廢也。

Le tir à la corde existe chez nous depuis l’antiquité et n’a pas commencé en Europe ou en Amérique. C’est un jeu de force entre deux groupes, que ceux qui prisent l’esprit martial ne négligent pas.

拔河

Le tir à la corde.

Photographie d’un tir à la corde au Jingwu, Annales du Jingwu 1919

凌空術 (La tyrolienne), par 李國荃 Li Guoquan

凌空術。所以練膽也。法以鐵索亘於空中。兩端固定於木柱。或壁間。一端須略高。使其勢斜傾而下。有凌空環。環上有雙輪。懸於鐵索之上。兩手持其下方。全體懸空。順勢而下。惟須備長竿。因雙輪微側。或鐵索略軟。卽停滯於半途。須以其他之一人。持竿豎於持環者之足下。使其雙足抱竿。而執竿人則牽引持環者使之藉勢而下至目的處也。凡習此者。臨深履薄。懸崖削壁。無所於畏。不可不知。

L’art de la tyrolienne sert à exercer le courage. On tend un câble de fer dans les airs, ses deux extrémités fixées à des piliers de bois ou dans un mur ; l’une des extrémités doit être un peu plus haute, pour donner à la course son inclinaison descendante. Il y a un anneau aérien portant deux roues, suspendu au câble. On saisit à deux mains la partie inférieure de l’anneau, tout le corps est suspendu en l’air, et l’on descend en suivant l’élan. Il faut toutefois prévoir une longue perche, car si les deux roues se déportent un peu, ou si le câble mollit, on s’arrête à mi-chemin : un autre homme doit alors dresser la perche sous les pieds du passager, qui l’enserre des deux jambes, et le porteur de la perche tire le passager pour l’aider à descendre par élan jusqu’au but. Qui s’exerce à cela doit se tenir comme au bord d’un abîme ou sur de la glace mince, sans rien craindre — ce qu’il ne faut pas ignorer.

凌空

La tyrolienne.

Photographie de l’installation de tyrolienne du Jingwu, Annales du Jingwu 1919

畋獵 (La chasse), par 黎永錦 Li Yongjin

野操百回。不如與熊搏一次。畋獵蓋足以增益膽氣也。實習技術。久為軍事家所共認。此幀為本會會員畋獵時之攝影。

Cent manœuvres en rase campagne ne valent pas une lutte avec un ours : la chasse est bien faite pour accroître l’audace. L’exercice pratique de l’habileté est depuis longtemps reconnu unanimement par les hommes de guerre. Cette vue est une photographie de nos membres à la chasse.

畋獵

La chasse.

Photographie de membres du Jingwu à la chasse, Annales du Jingwu 1919

遠足(一) (Les excursions, 1), par 邱亮 Qiu Liang

本會每年。例有遠足旅行之舉。此影卽旅行崑山時所攝。延攪風景。考察形勢。至足樂也。崑之山雖不甚高。而振衣其上不啻吳山第一峯也。

Notre association fait chaque année, selon la règle, une excursion à pied. Cette photographie a été prise lors du voyage à Kunshan : admirer le paysage et examiner la configuration du terrain, quel plaisir ! Les monts de Kunshan ne sont pas très hauts, mais, à secouer sa tunique sur leur sommet, on se croirait au premier pic du mont Wu.

五年之遠足隊旅行(一)

L’excursion à pied de l’an cinq (1916), première vue.

Photographie de l’excursion à pied du Jingwu en 1916, première vue, Annales du Jingwu 1919

遠足(二) (Les excursions, 2), par 沈季修 Shen Jixiu

江灣為上海門戶重鎭。會員旅行至此。就攝此影以留鴻爪。影中房舍為陳氏別墅。

Jiangwan est un bourg important, porte de Shanghai. Nos membres, arrivés jusque-là en excursion, y prirent cette photographie pour garder une trace de leurs pas. La maison que l’on voit sur l’image est la villa des Chen.

五年之遠足隊旅行(二)

L’excursion à pied de l’an cinq (1916), seconde vue.

Photographie de l’excursion à pied du Jingwu en 1916, seconde vue, Annales du Jingwu 1919

Autres activités, représentées par des photographies seulement

檯球

Le billard.

Photographie de billard au Jingwu, Annales du Jingwu 1919

自由車旅行姑蘇(一) 陳公喆 黃漢佳 盧煒昌 姚蟾伯

自由車旅行姑蘇(二)

自由車旅行姑蘇(三)

自由車旅行姑蘇(四)

Excursion à bicyclette à Gusu (Suzhou), première vue, montrant Chen Gongzhe, Huang Hanjia, Lu Weichang et Yao Chanbo ; puis seconde, troisième et quatrième vues.

Photographie de l’excursion à bicyclette vers Suzhou, première vue, Annales du Jingwu 1919

Photographie de l’excursion à bicyclette vers Suzhou, seconde vue, Annales du Jingwu 1919

Photographie de l’excursion à bicyclette vers Suzhou, troisième vue, Annales du Jingwu 1919

Photographie de l’excursion à bicyclette vers Suzhou, quatrième vue, Annales du Jingwu 1919

任重致遠 黃惠龍

« Porter lourd et mener loin » : Huang Huilong soulevant de la fonte.

Photographie de Huang Huilong soulevant une charge de fonte, Annales du Jingwu 1919

乒乓

Le ping-pong.

Photographie de ping-pong au Jingwu, Annales du Jingwu 1919

平臺

La plateforme d’équilibre.

Photographie d’exercice sur plateforme d’équilibre, Annales du Jingwu 1919

木馬

Le cheval de bois (cheval d’arçons).

Photographie d’exercice au cheval d’arçons, Annales du Jingwu 1919

槓子

La barre fixe.

Photographie d’un exercice spectaculaire à la barre fixe, Annales du Jingwu 1919

秋千

Les anneaux et la balançoire.

Photographie d’exercices aux anneaux et à la balançoire, Annales du Jingwu 1919

擲鐵球

Le lancer du poids.

Photographie de lancer du poids au Jingwu, Annales du Jingwu 1919

擲鐵餅

Le lancer du disque.

Photographie de lancer du disque au Jingwu, Annales du Jingwu 1919

鑣槍

Le lancer du javelot.

Photographie de lancer du javelot au Jingwu, Annales du Jingwu 1919

跳高

Le saut en hauteur.

Photographie de saut en hauteur au Jingwu, Annales du Jingwu 1919

跳遠

Le saut en longueur.

Photographie de saut en longueur au Jingwu, Annales du Jingwu 1919

(圖:楊左匋 Yang Zuotao)

Autre dessin de Yang Zuotao : un général portant la bannière de commandement et observant le déroulement de la bataille.

Dessin de Yang Zuotao figurant un général observant la bataille, Annales du Jingwu 1919


Notes du traducteur

  1. L’Association athlétique chinoise Jingwu (中國精武體育會), fondée à Shanghai en 1910 dans le sillage de la mort de Huo Yuanjia (霍元甲, 1868-1910), fut la première grande société chinoise vouée à la fois aux arts martiaux et à l’éducation physique moderne. Elle compta jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de membres et essaima dans toute la Chine et en Asie du Sud-Est.
  2. Les Annales du Jingwu (精武本紀, Jingwu benji), publiées en décembre 1919, sont un volume collectif commémoratif : on y trouve, signés par leurs auteurs, les rapports et essais de toutes les sections de l’association — boxe et armes, mais aussi entraînement militaire, lettres, sciences, sports et arts d’agrément. Le présent article en traduit les parties IV (兵操, entraînement militaire), V (文事, les lettres) et VI (游藝, les arts d’agrément).
  3. Les années de la République (民國) sont comptées à partir de 1912 : « l’an cinq » = 1916, « l’an six » = 1917, « l’an huit » = 1919, « l’an sept » = 1918.
  4. Termes techniques : le recueil ne traite pas des postures de la boxe mais des activités annexes de l’association ; on y retrouve néanmoins l’idée que l’entraînement aux sports (football, basket-ball) sert la pratique martiale, et le terme jin (勁) y désigne la force conduite par l’intention. Les noms d’instruments et de rôles de l’opéra cantonais sont donnés en pinyin, faute d’équivalents français.
  5. L’opéra cantonais décrit par Chen Tiesheng est celui des années 1880-1919. Les « opiniâtres » (頑家, ici wanjia) sont les amateurs cultivés, par opposition aux troupes professionnelles (班本) ; « Nouvelle Fleur » (新華) et « Fleur Immortelle » (仙花法) sont des noms de scène d’acteurs célèbres du XIXe siècle.
  6. Le film du Jingwu : le film de 5 000 pieds réalisé par Chen Gongzhe en 1919 est considéré comme perdu ; les Annales en conservent en annexe la liste des soixante-cinq scènes.

Texte chinois source : 《精武本紀》 (Jingwu benji, « Annales du Jingwu »), parties IV à VI, publié par l’Association athlétique chinoise Jingwu, Shanghai, décembre 1919 — ouvrage collectif de Zheng Zhuochen, Chen Tiesheng, Chen Gongzhe, Lu Xueying, Luo Bokui, Liang Shaotian, Yun Zuocheng, Zeng Qiwen, Wu Jianzhen, Yao Chanbo, Lu Weichang, Li Guoquan et autres. L’édition de 1919 est dans le domaine public. Les images reproduites ici (photographies, calligraphies, peintures et dessins des pages du volume) sont des scans de ce texte chinois original du domaine public, tirés de la traduction anglaise de Paul Brennan : EXTRACURRICULAR ACTIVITIES OF THE JINGWU ASSOCIATION. L’original chinois a été trouvé sur ce site. Traduction française établie directement à partir du texte chinois pour ce site ; la traduction anglaise de M. Brennan n’a servi qu’à vérifier le sens.