Le Jingwu benji (精武本紀, « Annales du Jingwu ») est le grand recueil commémoratif publié à Shanghai en décembre 1919 par l’Association athlétique chinoise Jingwu (中國精武體育會), née en 1910 dans le sillage de la mort de Huo Yuanjia (霍元甲, 1868-1910) et devenue en une décennie la plus grande société chinoise d’arts martiaux et d’éducation physique. Composé par Chen Tiesheng (陳鐵生, nom social Zhuomei 卓枚), journaliste originaire de Xinhui, et illustré par Chen Gongzhe (陳公哲), qui en fut le photographe, le volume se voulait à la fois l’archive et le manifeste de l’association : il en raconte l’histoire, en expose la doctrine, décrit ses cérémonies, ses corps d’entraînement et ses écoles, et rassemble les textes et les poèmes offerts par ses amis.

La page de source reproduit, à l’occasion du centenaire du volume, la couverture et les pages liminaires, puis les deux premières parties. Ce sont ces textes qui sont traduits ici :

  • les trois préfaces : celle de Sun Yat-sen (孫文, 20 octobre 1919), la calligraphie d’Hu Hanmin (胡漢民) et la préface de Zhu Zhixin (朱執信, novembre 1919) ;
  • la première partie, 言論 (« propos ») : la Grande Doctrine Jingwu (大精武主義) de Chen Tiesheng — son but, sa nature, son organisation et son histoire —, « Le véritable esprit de Jingwu » (精武之眞精神) de Chen Gongzhe, et les « Félicitations à l’Association athlétique Jingwu » (祝精武體育會) de Wu Rongxu (吳榮煦) ;
  • la deuxième partie, 事實 (« les faits ») : l’histoire des locaux, les drapeaux, l’uniforme, les insignes, le bouclier d’honneur et sa liste de récipiendaires, les trois succursales de Shanghai, le projet de jardin public et celui du « village Jingwu ».

Les parties III à VI (arts de combat, exercice militaire, lettres, arts d’agrément) et les annexes du recueil sont traduites dans d’autres articles de ce site. La table des matières complète du volume — quelque cent quarante entrées — n’a pas été reprise ici ; ses douze sections sont 言論 (les propos), 事實 (les faits), 技擊 (les arts de combat), 兵操 (l’exercice militaire), 文事 (les lettres), 游藝 (les arts d’agrément), 文苑 (les belles-lettres), 雜俎 (les miscellanées), 題贈 (les calligraphies offertes), 頌祝 (les poèmes de félicitations), 表 (les listes de membres) et 外篇 (les succursales lointaines), suivies de deux appendices, 課卷彙刊 et 補篇.

La couverture du volume

Couverture des Annales du Jingwu (精武本紀), Shanghai, décembre 1919

La couverture porte le titre du volume, 精武本紀, calligraphié par Chen Gongzhe ; au-dessous, un dessin de Yang Zuotao (楊左匋), qui signait S. Y. Young — le même artiste qui devait devenir quelques années plus tard l’un des premiers animateurs des studios Disney.

Le titre du volume, calligraphié par Chen Gongzhe (陳公哲)

Dessin de Yang Zuotao (楊左匋) placé sous le titre

Une vignette du même dessinateur figure le « petit monde » de Jingwu — les neuf lieux du domaine, dont les étiquettes sont reproduites ci-dessous.

Plan légendé du domaine Jingwu

箭道 練武廳 運動場 游泳池 議事廳 藏書樓 華人公園 音樂亭 網球場

Stand de tir à l’arc (箭道), salle des arts martiaux (練武廳), terrain de sport (運動場), piscine (游泳池), salle du conseil (議事廳), bibliothèque (藏書樓), jardin public chinois (華人公園), kiosque à musique (音樂亭), court de tennis (網球場).

Dessin allégorique de Yang Zuotao : l’air respirable et l’homme qu’aucune arme n’atteint

Ce second dessin de Yang Zuotao, placé en tête du volume, montre un homme au centre d’une atmosphère figurée par les symboles chimiques des gaz de l’air — hydrogène, oxygène, azote et gaz carbonique —, que ni le feu ni le fer n’entament. On y reconnaîtra l’écho, en 1919, des revendications des Boxers, qui se croyaient invulnérables aux armes à feu, traduites ici dans le langage de la science nouvelle.

Les portraits placés en tête du volume

Portrait de Huo Yuanjia (霍元甲), fondateur de l’Association Jingwu

Chen Gongzhe (陳公哲), de Xiangshan au Guangdong, directeur de la photographie du volume

Chen Tiesheng (陳鐵生, aussi appelé Zhuomei), de Xinhui au Guangdong, rédacteur en chef du volume

精武本紀序 — Préface de Sun Yat-sen

自人類日進於文明能以種種經驗資用器具而抵抗自然至於今日人智所發明者幾為古人夢想擬議所不到蓋云盛矣然以利用種種器具之故漸舉其本體器官固有之作用循用進廢退之公例而不免於淘汰此近來有識者所深憂也慨自火器輸入中國之後國人多棄體育之技擊術而不講馴至社會個人積弱愈甚不知最後五分鐘之決勝常在面前五尺地短兵相接之時為今次歐戰所屢見者則謂技擊術與鎗炮飛機有同等作用亦奚不可而我國人曩昔僅襲得他人物質文明之粗末遂自棄其本體固有之技能以為無用豈非大失計耶我國民族平和之民族也吾人初不以黷武善戰策我同胞然處競爭劇烈之時代不知求自衞之道則不適於生存且吾觀近代戰爭之起恆以弱國為問題倘以平和之民族善於自衞則斯世初無弱肉強食之說而自國之問題不待他人之解決因以促進世界人類之平和我民族之責任不綦大哉易曰慢藏誨盜冶容誨淫孟子曰人必自侮而後人侮之國必自伐而後人伐之此皆為不知自衞者警也精武體育會成立旣十年其成績甚多識者稱為體魄修養術專門研究之學會蓋以振起從來體育之技擊術為務於強種保國有莫大之關係推而言之則吾民族所以致力於世界平和之一基礎會中諸子為精武本紀旣成索序於余余嘉諸子之有先知毅力不同於流俗也故書此與之

Depuis que l’humanité avance vers la civilisation, elle peut, grâce à toutes sortes d’expériences, employer des instruments pour résister à la nature ; et ce que l’intelligence humaine a inventé jusqu’à ce jour, les anciens ne l’avaient presque ni rêvé ni conçu : l’on peut dire que c’est là une grande prospérité. Mais à force de se servir de ces instruments, on a peu à peu abandonné les fonctions propres aux organes du corps, et, suivant la loi générale qui fait périr ce dont on ne se sert plus, on n’échappe pas à l’élimination : voilà ce dont, ces temps-ci, les esprits clairvoyants s’inquiètent profondément.

Hélas, depuis que les armes à feu sont entrées en Chine, nos compatriotes ont pour la plupart délaissé les arts de combat (jiji, 技擊) qui font partie de l’éducation physique et n’en parlent plus ; la faiblesse de la société et des individus n’a fait qu’empirer. Ils ne savent pas que la décision se joue souvent dans les cinq dernières minutes, sur les cinq chi de terrain qui sont devant soi, à l’heure du combat corps à corps — comme la présente guerre européenne l’a montré tant de fois. Comment alors ne pas dire que les arts de combat ont la même valeur que les fusils, les canons et les avions ? Et pourtant nos compatriotes, autrefois, n’ont fait que recueillir les menus déchets de la civilisation matérielle d’autrui, puis ont renoncé à leurs propres capacités natives en les tenant pour inutiles : n’est-ce pas là une immense erreur de calcul ?

Notre peuple est un peuple pacifique ; nous n’avons jamais jugé nos compatriotes à l’aune du goût des armes et de la vaillance guerrière. Mais à une époque de concurrence acharnée, celui qui ne cherche pas les moyens de se défendre n’est pas fait pour survivre. Et je vois que les guerres modernes naissent toujours du problème des nations faibles : si un peuple pacifique savait bien se défendre, il n’y aurait plus en ce monde de doctrine du fort qui mange le faible, et la question de notre propre pays n’attendrait pas d’être réglée par d’autres. C’est ainsi que nous hâterons la paix de l’humanité : la responsabilité de notre peuple n’est-elle pas immense ? Le Yi jing dit : « Négliger de cacher ses biens invite le voleur ; parer sa beauté invite la débauche. » Mencius dit : « L’homme doit d’abord s’outrager lui-même pour qu’on l’outrage ; l’État doit d’abord s’attaquer lui-même pour qu’on l’attaque. » Ce sont là des avertissements à ceux qui ne savent pas se défendre.

L’Association athlétique Jingwu est fondée depuis dix ans et ses résultats sont nombreux ; les connaisseurs la tiennent pour une société savante vouée à l’étude spécialisée des méthodes de culture du corps. Elle s’est donné pour tâche de relever les arts de combat qui font partie de l’éducation physique depuis toujours, et cela a le plus grand rapport avec le renforcement de la race et la protection du pays. À le dire plus largement, c’est là l’un des fondements sur lesquels notre peuple travaille à la paix du monde. Les membres de l’association, ayant achevé les Annales du Jingwu, m’ont demandé une préface ; j’approuve que ces hommes aient la prescience et la volonté qui les distinguent du commun, et c’est pourquoi j’écris ces lignes pour eux.

中華民國八年十月二十日

Le 20 octobre de la huitième année de la République de Chine (1919).

胡漢民先生弁言 — Inscription d’Hu Hanmin

以科學的法式 傳藝術之精神

漢民题

Transmettre, par les procédés de la science, l’esprit de l’art.

Inscription de Hanmin [Hu Hanmin].

— les deux premiers vers composent la calligraphie liminaire reproduite ci-dessous ; le troisième en est la signature.

Calligraphie liminaire d’Hu Hanmin (胡漢民) : « Transmettre, par les procédés de la science, l’esprit de l’art »

朱執信先生序文 — Préface de Zhu Zhixin

Page des préfaces dans l’édition de 1919

余自三年前來上海数從精武體育會諸君子游闻其始創立時陳英士先生與有力焉辛亥上海革命起有從奪製造局门者既入民國始日昌大而搘拄鼓舞之力則盧君煒昌陳君公哲為多會中人雖日事搏擊而惟以擁護人類自由抵抗強權為號召蓋將化残贼之行以為相仁愛之一手段斯可尚矣人之生也其實動也去動則無生使生而無善可事則必求禍國殃民之事而事之饮食男女縱博贼殺皆生之一部分力之所由宣也世界之所以不滅也從其末則非也求其本則有力而用之固不可免者也道在善用其力不以其生害人之生則雖贼殺凶虐之技壹可化之以為藝術而不復肖其故吾視精武會中人皆能以懲忿窒欲自強則其不以私而用其術審矣其日夕修治惟恐不及也蓋亦以為藝術之一種而愛之者耶昔之善書者疾雷破柱太近而不改其度非精之至也非然者則足二分重在外而恥絜寇之紂絀矣能化人事以為藝術者固超乎道德綱紀以上當其意則所至外物又何足以易之然則學搏擊而得以愛常人之所評哲士所不疑也精武會既曰擴其業分會四起而皆以立行堂人雖束之斯其業紀將與中國之藝術精神而俱進也與陳子鐵生屬余為精武會一員故書此遺之

Depuis trois ans que je viens à Shanghai, j’ai fréquenté à plusieurs reprises les messieurs de l’Association athlétique Jingwu, et j’ai appris que, lors de sa fondation, M. Chen Yingshi [Chen Qimei] y avait eu part. Quand éclata la révolution de Shanghai, en l’année xinhai (1911), il y eut de ses hommes parmi ceux qui prirent l’arsenal ; une fois la République établie, l’affaire ne fit que grandir, et ceux qui la soutinrent et l’animèrent furent surtout MM. Lu Weichang et Chen Gongzhe. Les membres s’exercent chaque jour au combat, mais leur mot d’ordre n’est rien d’autre que la défense de la liberté humaine et la résistance à la force brutale : ils transforment ainsi des actes de brigandage en un moyen de s’aimer les uns les autres — voilà qui mérite d’être tenu pour haut.

La vie de l’homme tient au mouvement ; ôtez le mouvement, il n’y a plus de vie. Mais si la vie n’offre aucune bonne œuvre à accomplir, on cherchera forcément des choses qui ruinent le pays et perdent le peuple. Boire et manger, l’union des sexes, la débauche, le jeu, le vol et le meurtre sont tous une part de la vie, autant de dérivatifs de la force qui est en nous ; ce n’est pas ainsi que le monde subsiste. Si l’on s’en tient aux branches et non à la racine, on se trompe ; cherchez la racine : il y a en nous une force, et il est certes inévitable qu’on l’emploie. La voie consiste à bien employer sa force, à ne pas, sous prétexte de vivre, nuire à la vie d’autrui : alors même les techniques du vol et du meurtre peuvent se transformer en art et cesser de ressembler à ce qu’elles étaient.

Je vois que tous les membres de l’association savent « réprimer la colère et contenir les désirs » et « se fortifier eux-mêmes » ; il est donc certain qu’ils n’emploient pas leur art à des fins privées. Ils le cultivent jour et nuit, craignant seulement de ne pas y suffire, et c’est parce qu’ils le tiennent pour un art qu’ils l’aiment. Autrefois, ceux qui excellaient dans la calligraphie ne changeaient pas d’attitude quand la foudre brisait un pilier tout près d’eux : c’était la marque d’une maîtrise parfaite. S’il n’en va pas ainsi, l’attention se porte aux deux tiers vers le dehors, et l’on aurait honte de ne pas égaler [la constance] de Zhou.

Ceux qui savent transformer les affaires humaines en art s’élèvent au-dessus des règles de la morale ; quand leur volonté est arrêtée, rien au-dehors ne saurait la faire changer. Ainsi, apprendre le combat, c’est apprendre à aimer les hommes ordinaires : les sages n’en douteraient pas. L’association Jingwu dit avoir élargi son entreprise, et ses succursales se sont multipliées de quatre côtés ; tous s’y appliquent à établir leur conduite, et même si l’on enferme ces hommes entre quatre murs, leur œuvre ira de pair avec l’esprit artistique de la Chine. Chen Tiesheng m’ayant fait membre de l’association, j’écris ces lignes pour lui.

民國八年十一月 蕭山朱大符(執信)

Zhu Dafu [Zhu Zhixin], de Xiaoshan au Zhejiang, novembre de la huitième année de la République (1919).

Page de la préface de Zhu Zhixin dans l’édition de 1919

Page de la préface de Zhu Zhixin dans l’édition de 1919 (suite)

Dernière page des préfaces dans l’édition de 1919

言論 — Première partie : les propos

☉大精武主義 — La Grande Doctrine Jingwu, par Chen Tiesheng (dit Zhuomei)

▲槪論 — Introduction

冠首標題。曰大精武主義。得毋似彼大斯拉夫大亞細亞之專制口吻乎。曰否不然。威爾遜有言。國際聯盟。是以美國曾經試驗有效之聯邦制度。推廣於世界也。斯義也。吾有取焉。

Ce titre, placé en tête, « la Grande Doctrine Jingwu », ne ressemble-t-il pas au ton des despotes, celui du « grand panslavisme » ou du « grand asiatisme » ? Non, il n’en est rien. Wilson a dit que la Société des nations consistait à étendre au monde le système fédéral dont les États-Unis avaient déjà fait l’expérience avec succès. De ce principe, je retiens quelque chose.

健全之精神。寓於健全之軀體。殆成莫破之眞理。今歲美國全國教育會。宣布戰後教育之基本計畫。有獎勵體育。及有益游戲。養成健全國民之一條。夫以美國之強盛。體育之發達。猶為是言。然則我輩之觀感。當何如也。黃膺白所撰歐戰之教訓。謂今次教訓。無論其國民對於國家如何忠實。若無獨立之能力者。終不足以擔負國家之大事。彼持國家主義者之言若此。然則有世界眼光者。當知體育之不容或緩也。決無疑義。雖然。體育之途夥矣。說者謂。器械徒手。歐法具備。苟能有是。則已無復遺憾。然窮其成法。多囿於一肢。每有顧彼失此之慮。求其四體百骸。協同動作。氣血共長者。初無有焉。有之。其惟吾華數千年遺傳絕續之技擊術是已。

Un esprit sain dans un corps sain : c’est presque une vérité indestructible. Cette année, l’Association nationale d’éducation des États-Unis a publié son programme fondamental d’après-guerre, dont un article encourage l’éducation physique et les jeux utiles afin de former des citoyens sains. Les États-Unis sont puissants et leur éducation physique est développée, et ils tiennent encore ce langage : que devons-nous donc penser, nous ? Huang Yingbai, dans ses Leçons de la guerre européenne, dit : quelle que soit la fidélité d’un peuple envers son État, s’il n’a pas la capacité d’être indépendant, il ne suffira jamais à porter les grandes affaires du pays. Voilà ce que dit un tenant du nationalisme ; à plus forte raison ceux qui ont une vue mondiale doivent-ils savoir que l’éducation physique ne peut être différée : il n’y a là aucun doute. Cependant les voies de l’éducation physique sont nombreuses. On dit que les méthodes européennes, avec engins et à mains nues, sont complètes, et que si l’on possède cela il n’y a plus rien à regretter. Mais quand on examine leurs procédés, la plupart se bornent à un seul membre, et l’on risque de négliger l’un pour l’autre. Cherchez ce qui fait agir ensemble les quatre membres et les cent os, ce qui développe à la fois le souffle et le sang : on ne le trouve pas chez eux. Ce qui possède cette qualité, c’est uniquement l’art de combat transmis en Chine depuis des millénaires, tant bien que mal, jusqu’à nous.

技擊之作用最神。漢時華佗用以治病。然體育眞理。猶未發明。知其然。而不知其所以然。海通以後。知歐美之強盛。道在體育。故彼之種種運動。乃稗販於吾華焉。歲庚戌。霍元甲先生。發大聲於海上。創立精武體操會。在閘北之王家宅。時有平日喜作歐式運動者。見有體操之標誌。姑往肄業。初本好奇之一念。固未知其效果之何如。浸假而軀體之進步。有非初意所及計者。旣而知者漸衆。乃羣趨而問道焉。察其效果。竟無不同。而後知體育之眞正法門。此為精華。彼特糟粕耳。夫技擊歷經獨夫之摧折。俠武有禁。拳師有禁。故昔之練習者。或則匿於方外。或則秘於家傳。其得堂堂正式之練習。蔚為璀璀光華之學科者。斯為嚆矢矣。

L’action des arts de combat est des plus merveilleuses : sous les Han, Hua Tuo s’en servait pour guérir. Mais les principes véritables de l’éducation physique n’étaient pas encore découverts : on savait que cela marchait, sans savoir pourquoi. Depuis l’ouverture des mers, on a compris que la puissance de l’Europe et de l’Amérique tenait à l’éducation physique ; aussi leurs exercices divers ont-ils été importés chez nous comme une marchandise. En l’année gengxu (1910), M. Huo Yuanjia lança un grand appel à Shanghai et fonda l’Association de gymnastique Jingwu, dans le quartier Wangjiazhai de Zhabei. Des gens qui, d’ordinaire, aimaient les exercices à l’européenne vinrent y prendre des leçons, d’abord par simple curiosité, sans savoir quels en seraient les effets ; peu à peu, les progrès de leur corps dépassèrent toute prévision. Puis, comme on en parlait de plus en plus, on accourut en foule demander la méthode. On constata que les résultats étaient partout les mêmes, et l’on comprit alors que la véritable porte de l’éducation physique était là : ceci en est la quintessence, cela n’en est que le résidu. Les arts de combat avaient traversé les persécutions des potentats : les chevaleresques furent interdits, les maîtres de boxe furent interdits ; aussi ceux qui s’exerçaient autrefois se cachaient-ils chez les moines ou dans la transmission familiale. Qu’ils aient pu recevoir un enseignement ouvert et officiel et devenir une discipline éclatante, voilà ce qui commence ici.

十稔以還。閱歷考察。亦已有素。若者轉弱為強。若者驅除痼疾。而老而少。殆不可以數量。吾聞科學重實驗。技擊術有此確切證明。然則體育之良法。如技擊術者。可謂有百利而無一弊矣。

Depuis dix ans, l’expérience et l’observation ont fait leurs preuves. Tel passe de la faiblesse à la force, tel se débarrasse d’une maladie invétérée, et des vieillards rajeunissent : on ne peut les compter. J’entends dire que la science attache du prix à l’expérimentation ; les arts de combat en ont la preuve précise. Dès lors, une bonne méthode d’éducation physique comme celle-là peut être dite avoir cent avantages et pas un seul inconvénient.

雖然。技擊絕續。今始萌蘖。且以昔日拳師多未中程。此當改善為有組織有秩序之正式學會。夫而後有發達昌明。普及世界之希望。然而凡百事業。創始為艱。苟無前轍之可循。難免望洋而興嘆。故同人等發大願心。敬以本會十年經歷。若宗旨。若性質。若辦理法與歷史。詳敍而介紹於大衆。匪云模範。聊作先河。但使增一技擊同志。卽增一精神健王。體力充實之世界全人。增一同式團體。卽增一富有互助精神。富有團結能力之平民保障。異日者。旣無弱肉。自無強食。孔子所謂太平大同。佛氏所謂極樂世界。咸以此為護法之利器。引渡之慈航也。

Cependant les arts de combat, interrompus puis repris, ne font que germer aujourd’hui, et comme les maîtres de boxe d’autrefois n’avaient pour la plupart aucune règle, il faut les transformer en une société régulière, organisée et ordonnée. Alors seulement on pourra espérer les voir prospérer et se répandre dans le monde. Mais toute entreprise est difficile à ses débuts, et sans ornière où poser le pas on ne peut qu’admirer l’océan en soupirant. Aussi, mes collègues et moi avons-nous formé le vœu de présenter au public, en détail, les dix années d’expérience de notre association — son but, sa nature, sa méthode d’organisation et son histoire —, non pour en faire un modèle, mais pour ouvrir la voie. Qu’il s’ajoute seulement un compagnon de plus aux arts de combat, et c’est un homme de plus, sain d’esprit et de corps, dans le monde ; qu’il s’ajoute un groupe de même sorte, et c’est une garantie de plus pour le peuple, riche d’esprit d’entraide et de capacité d’union. Un jour viendra où il n’y aura plus de faibles à dévorer : ce que Confucius nommait la grande paix et le grand commun, ce que le Bouddha nommait le monde de la Joie suprême, on y parviendra avec ces armes de la Loi et ce bateau de miséricorde.

▲宗旨 — Le but

平等兩字。為天經地義。然等何以平。非人類之身體。各個咸臻康健。則智識道德。皆無可語。故康健平等。為人間世第一大事。惟欲達此境。非體育不為功。講究體育。非技擊不為功。本會宗旨以技擊為根本。以武德為皈依。輔以有益之學科。正當之游藝。么匿健全。拓都普及。淑身淑世。向此目標進行。

Les deux caractères de l’égalité (平等) sont une loi du ciel et une justice de la terre. Mais comment égaliser ? Si le corps de chaque homme n’atteint pas la santé, il n’y a rien à dire des connaissances ni de la morale. Aussi l’égalité de santé est-elle la première affaire du monde humain. Or, pour y atteindre, sans éducation physique point de résultat ; et pour cultiver l’éducation physique, sans arts de combat point de résultat. Le but de notre association est de prendre les arts de combat pour racine et la vertu martiale pour refuge, d’y joindre des disciplines utiles et des divertissements légitimes : l’individu (么匿, yaoni, l’« unité ») sain, la société (拓都, tuodu, la « totalité ») gagnée, on se parfait soi-même et l’on parfait le monde — vers ce but nous allons.

▲性質 — La nature de l’association

學校有年齡之限制。吾會以實際經驗。打破此關。蓋以時勢要求。不能舍此中年有用。生育猶繁之多數人民。使其永淪荏弱。廢置無用。且有此荏弱之父母。必產生荏弱之子息。故中年男女。尤當使之轉弱為強。勿使再留弱種。所以本會雖為學校之性質。而無年齡之限制。

L’école a ses limites d’âge ; notre association, par l’expérience concrète, brise cette barrière. Les exigences du temps ne permettent pas d’abandonner ces gens d’âge mûr, encore utiles et encore féconds, à une éternelle faiblesse et à l’inutilité. D’ailleurs des parents débiles n’engendrent que des enfants débiles ; ainsi les hommes et les femmes d’âge mûr doivent-ils surtout passer de la faiblesse à la force, et ne plus laisser de semence faible. Voilà pourquoi notre association a le caractère d’une école sans en avoir les limites d’âge.

課餘自當有行樂游戲之場所。故本會並具俱樂部性質。然苟有不規則之游戲。直接是有隳人格。間接是有害社會。故本會雖具有俱樂部之性質。而嚴禁不規則之行為。

En dehors des cours, il doit y avoir un lieu pour les divertissements : notre association a donc aussi le caractère d’un club. Mais des divertissements déréglés atteindraient directement la dignité de la personne et, indirectement, nuiraient à la société. Aussi, bien qu’ayant le caractère d’un club, interdisons-nous sévèrement toute conduite déréglée.

(附錄)本會旣為學校性質。故從前拳師之積習。在所厲禁。無謂之政談。亦當屛絕。告成學養功深。武德純粹之平民。

(Appendice) Notre association ayant d’abord le caractère d’une école, les habitudes invétérées des maîtres de boxe d’autrefois y sont strictement interdites, et les vaines discussions politiques en sont bannies, afin de former des hommes de sens rassis, accomplis dans l’étude et purs de vertu martiale.

▲辦理法 — L’organisation, les quatre départements

辦理取分部法。以正副會長董事總其成。以總務主任書記會計糾察庶務調查稽查等職副之。各部設部長主任等職。

L’organisation suit la méthode des départements. Le président, le vice-président et les directeurs ont la charge d’ensemble ; les fonctions de chef du secrétariat général, de secrétaire, de comptable, d’inspecteur de la discipline, d’intendant, d’enquêteur et de vérificateur les secondent. Chaque département a un chef et des directeurs.

(一)技擊部

(1) Le département des arts de combat.

技擊為根本。故首列此科。以部長董之。幷設主任。然聘請教員。解釋用法。非深於此道者不能。故技擊主任。必以有心得而道德學問為同人信任者充之。技擊教員。受其支配。凡外間學校或公團。有延請本會教練技擊者。先由部長於主任中擇派。倘無主任可派。乃酌派教員。蓋以本身武技論。自當推重教員。然技擊今在復興時代。才兼文武者。實難其選。且團體教練。尤與單人教練不同。各主任多商學界人。兵式操皆有根底。方言相通。解釋尤易。此從實驗而來。非書本上空談也。七年秋。北京集全國中學會議。已決定技擊為必要之學科。故本會現正擬辦速成技擊師範班。擬以曾畢業於各種運動學校者為限。卽所以救濟此項急需也。本會教員。各派俱備。惟初級科目。有規定。以正始基。初級科目共十種。

Les arts de combat sont la racine ; aussi cette matière vient-elle en premier. Un chef de département la dirige, avec des directeurs. Mais engager des instructeurs et expliquer les applications, nul ne le peut s’il n’est profond dans la voie : aussi le directeur des arts de combat doit-il être pourvu d’expérience, de morale et de savoir, et avoir la confiance de ses collègues. Les instructeurs lui sont subordonnés. Quand une école ou un organisme extérieur vient demander un instructeur, le chef du département choisit d’abord parmi les directeurs ; s’il n’y a pas de directeur à envoyer, il désigne à son gré un instructeur. Car si l’on considère la technique personnelle, ce sont certes les instructeurs qu’on prise ; mais les arts de combat sont aujourd’hui à l’époque de la renaissance, et l’on trouve difficilement des hommes également versés dans les lettres et dans les armes. De plus, l’enseignement collectif diffère profondément de l’enseignement individuel ; les directeurs viennent en majorité des milieux du commerce et de l’école, ils ont des bases d’exercice militaire, parlent les dialectes et expliquent donc plus facilement. Cela vient de l’expérience, non de vaines paroles tirées des livres. À l’automne de la septième année (1918), la conférence de toutes les écoles secondaires de Chine, réunie à Pékin, a décidé de faire des arts de combat une discipline obligatoire ; notre association projette donc d’ouvrir un cours accéléré de professeurs d’arts de combat, réservé aux diplômés des diverses écoles d’éducation physique, pour répondre à ce besoin urgent. Nos instructeurs appartiennent à toutes les écoles, mais le programme élémentaire, lui, est fixé, afin d’établir une base correcte. Les matières élémentaires sont au nombre de dix :

潭腿。 工力拳。 節拳。 接潭脮。 八卦刀。 五虎槍。 大戰拳。 套拳。 羣羊棍。 單刀串槍。

  1. le tantui (潭腿), l’enchaînement de base de l’association

  2. le poing gongli (工力拳)

  3. le poing articulé (節拳)

  4. le tantui enchaîné, à deux (接潭腿)

  5. le sabre des huit trigrammes (八卦刀)

  6. la lance des cinq tigres (五虎槍)

  7. le Grand Combat (大戰拳)

  8. le poing en série (套拳)

  9. le bâton du troupeau de moutons (羣羊棍)

  10. le sabre simple contre la lance (單刀串槍)

必熟習此十種。方及他技。會員中。有相約不輟技擊課程者。自成一組。號曰勵志團。凡無故不至會者。予罰。故七年以前。成績以此團為優。團有主任以董其事。至八年春。復有惜陰團。蓋相約於天明六時以前。到會練拳。風霜雨雪。不許規避者。亦設主任。以事考核。八年夏。更發生健兒團。團例。凡非兵操之日。必於晨七時集合操場。作技擊之團體操演。此團尤為能人所難。蓋技擊之單人演習與團體操練。其用力直如一與四之比例。團設總教。凡曠課三次者。卽予除名。蓋教授以此為最吃苦。不欲虛用其精力也。有模範團。此為教練女子技擊者。有安步團。此相約步行到會者。有弓箭袖鑣等科。自由練習。有武器主任。管理武器者。以上為關於技擊之一部。

Il faut avoir appris à fond ces dix sortes avant de passer aux autres techniques. Parmi les membres, il en est qui se sont promis de ne jamais interrompre le cours d’arts de combat et forment leur propre groupe, appelé le Club de l’Émulation (勵志團). Quiconque manque sans motif est puni. Aussi, avant 1918, les résultats de ce groupe furent-ils les meilleurs. Le club a un directeur qui en gère les affaires. Au printemps de la huitième année (1919), il y eut encore le Club du Temps ménagé (惜陰團) : ses membres se sont donné rendez-vous avant six heures du matin pour venir pratiquer, sans que vent, givre, pluie ou neige permettent de s’y soustraire ; il a aussi un directeur chargé de vérifier. À l’été de la même année se forma en outre le Club des Vaillants (健兒團). Sa règle : les jours sans exercice militaire, rassemblement à sept heures sur le terrain pour une gymnastique collective d’arts de combat. Ce club fait ce que les autres trouvent difficile : car entre l’exercice individuel et l’exercice collectif, l’effort est comme un à quatre. Le club a un instructeur en chef ; quiconque manque trois fois est rayé, car l’enseignement y est le plus dur et l’on ne veut pas y prodiguer ses forces en vain. Il y a aussi un club modèle, pour enseigner les arts de combat aux femmes ; un club de la Marche, dont les membres se sont engagés à venir à pied ; des sections d’arc et de dards de manche, en pratique libre ; et un directeur des armes, qui gère l’armement. Voilà pour la partie qui concerne les arts de combat.

技擊術中之團體操。須以口令指揮。故教員會員。必習此科。(惟會員有特別原因者、可放任、)部長外。幷設教授及軍樂主任。軍械主任。被服主任以副之。

(2) Le département de l’exercice militaire. — La gymnastique collective des arts de combat doit être commandée à la voix ; instructeurs et membres doivent donc passer par cette discipline (sauf les membres qui ont un motif particulier). Outre le chef de département, il y a des instructeurs, un directeur de la musique militaire, un directeur de l’armement et un directeur de l’habillement.

會員於課餘之暇。多習文事者。國文有教授。英文有教授。簿記學有教授。打字科有主任。臨池會有主任。圖畫有教授。攝影有教授及主任。華醫有主任。西醫有主任。普通語有教授。此部分主任多兼教員。為義務職。以會員之深於此道者任之。以部長董其成。

(3) Le département des lettres. — Aux heures laissées libres par les cours, beaucoup de membres cultivent les lettres. Il y a des professeurs de chinois et d’anglais, de comptabilité, de dessin et de langue commune ; des directeurs pour la dactylographie, la calligraphie (臨池會), la médecine chinoise et la médecine occidentale ; la photographie a un professeur et un directeur. Dans ce département, les directeurs font souvent aussi fonction de professeurs, à titre bénévole, et sont choisis parmi les membres les plus versés dans ces matières ; le chef de département veille à l’ensemble.

人生之行樂。當軌於正道。本會於正當有益之游戲。無不備設。足球有主任。網球有主任。畋獵有主任。籃球有主任。標槍有主任。凌空溜冰有主任。平檯木馬有主任。檯球有主任。鐵球鐵餅有主任。京樂西樂絃樂有教授。粵調有有主任。皆受成於部長。(本會有普通會員之一類。初志本在游藝文事之兩門。然入會而後。多愛兼習技擊者。故本會定例。星期日技擊術一科。兼教普通會員。惟屬隨意。)

(4) Le département des arts d’agrément. — Les plaisirs de la vie doivent suivre la voie droite. Notre association ne manque d’aucun divertissement légitime et utile : football, tennis, chasse, basket-ball, javelot, patinage et descente sur câble, plateforme d’équilibre et cheval de bois, billard, poids et disque ont chacun leur directeur ; la musique de Pékin, la musique occidentale et les instruments à cordes ont leurs professeurs ; l’air cantonais a son directeur ; tous reçoivent les ordres du chef de département. (Notre association compte une catégorie de membres ordinaires dont l’intention première portait sur les arts d’agrément et les lettres ; mais une fois entrés, beaucoup se sont pris de goût pour les arts de combat ; aussi est-il de règle chez nous que, le dimanche, le cours d’arts de combat soit aussi ouvert aux membres ordinaires, à leur gré.)

以上卽本會現在之辦理法。惟經費一項。閱者無讋於以上之科目繁瑣。以為必須鉅大之薪金也。實則除技擊教員而外。各教授純任義務。會員中有勝任某項者。卽舉以充之。無自棄者。此卽互助之謂也。老會員陳公哲曾謂以辦小學一年之費。可辦精武事業兩年。以中學一年之費。可辦精武事業四年。其省費也若此。

Voilà ce que sont aujourd’hui les méthodes de notre association. Quant aux frais, que le lecteur ne s’effraie pas de la multiplicité des matières ci-dessus en croyant qu’il y faut de gros salaires : en réalité, hormis les instructeurs d’arts de combat, tous les professeurs sont purement bénévoles ; parmi les membres, celui qui est capable d’une matière est appelé à l’enseigner, nul ne s’y dérobe — c’est cela qu’on appelle l’entraide. Le vieux membre Chen Gongzhe disait que les frais d’une année d’école primaire suffisent à deux ans d’œuvre Jingwu, et ceux d’une année d’école secondaire à quatre ans. Telle est son économie.

學問之道。自修最難。所謂十年讀書。不如一朝聽講。良師不如益友也。况自修恆苦孤寂。其不至中道而止者幾希。吾儕素持技擊普及主義。日以結團肄習勸人。亦緣此也。然結合之始。尤必相見以誠。吾會有隱語曰精武式。精武式云者。誠之代名詞也。譬如有會友相約至某處晚膳者。綴以精武式三字。卽云屆時必至。不許或逾。幾如憲法中之所謂神聖不可侵矣。莫謂小節無關。須知習慣卽成自然。今日不痛不癢麻木不仁之見象。皆此不誠之一念為之也。吾會雖未能號為純全法治團體。然十年而往。歷盡艱難困苦。而仍有今日者。皆此誠之一字。維持於不敝耳。

Dans l’étude, la voie de l’autodidacte est la plus difficile : on dit que dix ans de lecture ne valent pas un jour d’audition, et qu’un bon maître ne vaut pas un ami utile. D’ailleurs l’étude solitaire est toujours pénible et solitaire, et rares sont ceux qui ne s’arrêtent pas en chemin. Nous tenons depuis toujours à la doctrine de la diffusion des arts de combat, et si nous invitons chaque jour les gens à se grouper pour s’exercer, c’est aussi pour cela. Mais au commencement d’une association, il faut surtout se rencontrer avec sincérité. Notre association a un mot de passe : « à la manière Jingwu » (精武式). « À la manière Jingwu », c’est le synonyme de sincérité. Par exemple, si des membres se donnent rendez-vous pour dîner quelque part, ils ajoutent les trois mots « à la manière Jingwu » : cela veut dire qu’ils seront là à l’heure et qu’il n’est pas permis de la dépasser, presque comme ce que la Constitution appelle « sacré et inviolable ». Ne dites pas que les menus détails sont sans importance : sachez que l’habitude devient une seconde nature. L’insensibilité engourdie et indifférente d’aujourd’hui vient tout entière de ce seul manque de sincérité. Notre association ne peut pas se dire un groupe parfaitement réglé, mais dix ans ont passé, à travers toutes les peines et les difficultés, et nous sommes encore là : c’est ce seul mot de sincérité qui nous a maintenus.

尤有進者。卽武德之一大問題也。故一方面為講武之體育場。一方面並為德育之實踐地。大抵道德之不振。多由軀體荏弱。精神不足以支拄之。此蓋有生理之關係焉。武術家因每日體液排洩之作用。濾淸其體中之血液。血液純凈。則心志澄淸。種種不道德之思想。自然消滅。故古昔之人。讀書必兼擊劍。此蓋兩不偏廢。相與有成也。羅斯福曰。支配全人物之精神者為精力。而支配全人物精力者為運動。吾為進一解曰。增進人類之道德者為技擊術也。

Il y a plus : la grande question de la vertu martiale. D’un côté nous sommes un terrain d’éducation physique où l’on parle des armes, de l’autre un lieu où la morale se met en pratique. En général, le manque de moralité vient surtout de la faiblesse du corps, que l’esprit ne suffit pas à soutenir ; il y a là un rapport physiologique. Chez ceux qui pratiquent les arts martiaux, l’excrétion quotidienne des humeurs filtre et clarifie le sang ; le sang pur, l’esprit est clair, et toutes sortes de pensées immorales s’éteignent d’elles-mêmes. Aussi les anciens, en étudiant, joignaient-ils toujours l’escrime à la lecture : ni l’un ni l’autre n’était négligé, et les deux se parfaisaient. Roosevelt a dit : ce qui gouverne l’esprit de l’homme accompli, c’est l’énergie, et ce qui gouverne l’énergie de l’homme accompli, c’est l’exercice. J’ajouterai un mot : ce qui élève la morale humaine, ce sont les arts de combat.

▲歷史 — L’histoire

民國前兩年。歲在庚戌。有外人樹武幟於海上。卽世俗豔稱之擺擂臺也。然蘇俗文弱。無抗衡者。有宋氏子。燕產也。函告靜海霍力士元甲。力士南來。則外人已自餒而潛遁。已而。有魯人趙某者至。其勢洶洶然。霍曰。鬩牆之舉。非吾志也。趙嗤為遁詞。力士乃勉與周旋。不旋踵而趙負矣。旬日後。其友張某繼至。敗亦如趙。時有小人國艷力士之技。嬲與角。折脇者數人。乃銜力士。知力士方患嗆。薦其同黨醫生秋某為治嗆。力士性率直。受之不疑。當時力士正剏立精武體操會(精武之始名)於閘北之王家宅。不旬日。而力士遽歸道山矣。力士歿之翌晚。秋醫已鼠竄歸窟。力士門弟子大疑。檢力士日服之餘藥。付公立醫院察之。院醫曰。此慢性爛肺藥也。(此藥今仍貯公立醫院、吾儕矢誓、永不忘此紀念、)然殺一霍元甲。而第二第三。以至無量數之霍元甲。乃續續產生。其又將若之何哉。力士旣歿。門弟子皆具決心。努力進行。然精武會殆以此時為最苦矣。入其門。蕭條之象。殆如破落之古剎。盧煒昌、陳公哲、黎惠生、劉扆臣、姚蟾伯、邱亮、寧竹亭、等。皆古剎中之入定僧也。廳事中陳列者。木製之單刀。鐵片製成之大刀。無纓之秀槍。三脚之板櫈。光如靑螢之煤油燈。及教員之一片睡板。與夫三五茶爐爨具。精武會之所有。盡於此矣。會員皆子弟資格。無家正權。故雖勉力支持。不免捉襟見肘。甚至教員且有半日不得食者。試以倍開爾路七十三號比之。其感想為何如也。然而吾輩當勿忘此入定之老僧。

Deux ans avant la République, l’année gengxu (1910), des étrangers dressèrent à Shanghai une bannière martiale : c’est ce que le vulgaire appelle avec envie « monter sur l’estrade », c’est-à-dire lancer un défi public. Mais les gens de Shanghai, lettrés et mous, n’avaient personne pour les affronter. Un fils de la famille Song, natif de Yan (le Hebei), écrivit à Huo Yuanjia, le fort de Jinghai. Le fort vint dans le Sud, et l’étranger, déjà sans ardeur, s’enfuit en secret. Survint ensuite un certain Zhao, du Shandong, à l’allure menaçante. Huo dit : « Se quereller entre gens de la même maison n’est pas mon dessein. » Zhao railla ces mots comme une échappatoire ; le fort dut donc s’arranger avec lui, et Zhao fut vaincu avant même qu’on eût le temps de tourner le talon. Dix jours plus tard, un certain Zhang, son ami, vint à son tour et fut battu comme Zhao. Alors des gens de peu, jaloux de la technique du fort, le harcelèrent pour s’essayer contre lui ; plusieurs eurent les côtes brisées. Ils prirent donc le fort en haine ; sachant qu’il souffrait de la toux, ils lui recommandèrent un médecin de leur clique, un certain Qiu, pour le soigner. Le fort était droit et simple : il accepta sans défiance. Il venait alors de fonder l’Association de gymnastique Jingwu (premier nom de Jingwu) à Wangjiazhai, dans le Zhabei. Moins de dix jours après, le fort s’en alla brusquement « par-delà la montagne », c’est-à-dire qu’il mourut. Le soir suivant sa mort, le médecin Qiu s’était déjà enfui comme un rat dans son trou. Les disciples eurent de grands soupçons ; ils firent examiner par l’hôpital public le reste des remèdes que le fort prenait chaque jour. Le médecin de l’hôpital dit : « C’est un remède qui pourrit lentement les poumons. » (Ce remède est encore conservé à l’hôpital public ; nous jurons de ne jamais oublier ce souvenir.) Mais tuer un Huo Yuanjia, puis un deuxième, un troisième, et jusqu’à d’innombrables Huo Yuanjia, ils n’en continueront pas moins de naître : que faire ? Après la mort du fort, tous les disciples prirent leur parti et travaillèrent de leur mieux. Mais ce fut alors le temps le plus dur pour l’association : on entrait, et l’aspect était désolé comme celui d’une vieille bonzerie en ruine. Lu Weichang, Chen Gongzhe, Li Huisheng, Liu Yichen, Yao Chanbo, Qiu Liang, Ning Zhuting et d’autres étaient les moines en méditation de cette bonzerie. Dans la salle étaient exposés : un sabre de bois, une grande hallebarde de fer, une lance de belle facture sans touffe, un tabouret à trois pieds, une lampe à pétrole luisant comme une luciole, la planche sur laquelle dormaient les instructeurs, et trois ou cinq fourneaux et ustensiles à thé. Voilà tout ce que possédait l’association. Les membres étaient tous de jeunes gens sans autorité dans leur famille ; aussi, bien qu’ils s’efforçassent, ils tiraient le diable par la queue, au point que les instructeurs passaient parfois une demi-journée sans manger. Comparez cela au 73, rue Baikal [le siège actuel] : qu’en éprouve-t-on ? Nous ne devons pas oublier ces vieux moines en méditation.

旣而遷至鐵路旱橋鄰近之第二會址。當時會員略有加增。袁恆之先生者。熱腸古道之君子人也。當舉世非議之時。獨任將伯。且投身會中。肆力於技擊焉。然是時會務旣漸擴充。經費日見增益。執事中有典衣質物以相支持者。亦良可念矣。四年七月。滬上遭颶風。會前之笪棚。竟為十八姨席捲以去。而新會址之計畫。乃起點焉。失敗者成功之母。此之謂也。

Puis l’on déménagea vers le deuxième siège, près du pont-levis du chemin de fer. Les membres augmentèrent un peu. M. Yuan Hengzhi était un homme de cœur, aux sentiments droits et anciens : en un temps où le monde entier nous blâmait, il fut seul à prêter main forte ; il s’engagea dans l’association et s’y donna tout aux arts de combat. Dès lors les affaires s’élargirent peu à peu et les fonds augmentèrent de jour en jour ; parmi les responsables, il y en eut qui mirent leurs vêtements en gage pour soutenir la maison — cela est bien digne de mémoire. En juillet de la quatrième année (1915), un typhon frappa Shanghai ; l’auvent de bambou devant l’association fut emporté par la dix-huitième tante (le vent) ; et c’est de là que partit le projet du nouveau siège. « L’échec est la mère du succès » : c’est bien de cela qu’il s’agit.

人物者。歷史之中堅也。無人物是無歷史。精武向來重實踐。惡虛名。故人知精武。而精武之中堅人物。固不欲人之知之也。余曰不然。名固虛。實亦虛。惟此一點精神。歷千萬劫而不敝。旣能獻身世界。豈必並此虛名而靳之。且諸君之所為。亦人類應盡之義務耳。吾旣秉筆為精武本紀。必束縛吾腕。不如其已。雖然。知此為人類之義務者。何竟不可數數覯也。

Les hommes sont le noyau de l’histoire : sans eux, pas d’histoire. Jingwu a toujours tenu à la pratique et détesté la vaine renommée ; aussi le public connaît-il Jingwu, mais ceux qui en sont le noyau ne veulent certes pas qu’on les connaisse. Je dis que non. La renommée est vaine, mais les actes aussi sont vains ; seul ce peu d’esprit, à travers mille et dix mille épreuves, ne s’use point. Puisque l’on s’est dévoué au monde, faut-il donc marchander même cette vaine renommée ? D’ailleurs ce que vous faites, messieurs, n’est rien d’autre que le devoir que l’humanité doit accomplir. Or, tenant la plume pour les Annales du Jingwu, je dois lier mon poignet ; mais il n’en vaut rien. Ceci dit, ceux qui savent que c’est là un devoir de l’humanité, comment se fait-il qu’on en voie si peu ?

笪棚旣倒。陳公哲姚蟾伯盧煒昌之三子。乃竊議於大觀樓。新會地址。本為公哲舊物。乃合姚盧之力。同任建築。然仍相約以祕密進行也。五年春新會落成。三月四日。乃移寓焉。此卽今日精武會之初基也。故敍精武歷史。在舊址時為胚胎時期。至是乃入嬰兒時期。

L’auvent de bambou tombé, les trois hommes Chen Gongzhe, Yao Chanbo et Lu Weichang tinrent conseil en secret à la tour Daguan. Le terrain du nouveau siège était depuis longtemps un bien de Gongzhe ; joignant leurs forces à celles de Yao et de Lu, ils entreprirent ensemble la construction, en se promettant toujours de mener l’affaire en secret. Au printemps de la cinquième année (1916) le nouveau siège fut achevé, et le 4 mars on y emménagea : c’est le premier fondement du Jingwu d’aujourd’hui. Ainsi, à raconter l’histoire de Jingwu, le temps du vieux siège fut la période embryonnaire ; alors commence la période du nourrisson.

遷入新會而後。會員日增。且以體操兩字。未能完滿。故易名曰精武體育會。擴充學科。改良形式。如昔之套袴兵。則改為黃軍服。(各科另有專紀)昔之舊書櫥。今則擴為書報室。兵操文事游藝之種種。罔弗備置焉。五年夏。煒昌等謀組月刊。以其事屬之不佞。旋以吾儕旣持普及主義。當計畫推銷之良法。乃以撰著附刊於商務印書館之學生雜志中。命名曰技擊叢刊。凡一種之殺靑。另刊單行本。仍託商務印書館印行。今之潭腿。與潭腿掛圖。五虎槍。達摩劍。合戰。童子軍實用棍譜等是也。

Après l’installation dans le nouveau siège, les membres augmentèrent chaque jour ; et comme le mot « gymnastique » (體操) ne satisfaisait plus, on changea le nom en Association athlétique Jingwu (精武體育會). On élargit les disciplines, on réforma les formes : les anciens « soldats en culotte » reçurent un uniforme militaire jaune (chaque section a son propre récit) ; l’ancienne armoire à livres devint une salle de livres et de journaux ; l’exercice militaire, les lettres, les arts d’agrément, tout fut pourvu.

À l’été de la cinquième année (1916), Weichang et d’autres projettèrent un mensuel et m’en confièrent la tâche. Comme nous tenons à la doctrine de la diffusion, il fallait un bon moyen de la faire connaître : aussi fit-on paraître nos écrits en supplément dans le Magazine des étudiants des éditions Commercial Press, sous le titre de « Série des arts de combat » (技擊叢刊). Chaque ouvrage achevé fut tiré à part en volume, toujours confié à la Commercial Press : ce sont aujourd’hui le Tantui et son tableau mural, la Lance des cinq tigres, l’Épée de Damo, le Combat combiné, le Manuel pratique du bâton des boys-scouts, etc.

精武分會。曁各省之精武會。皆獨立者。然技擊教員。必受本會之制裁。昔有浙江之南潯分會。紹興分會。香港分會。七年秋。漢口精武會成。(另有專紀)八年夏。廣東精武會成。(有專紀)鄂粵兩會。魄力雄厚。經費充裕。任事者皆具熱心毅力。其發達可立而俟也。

Les succursales Jingwu, ainsi que les associations Jingwu des diverses provinces, sont toutes indépendantes ; mais les instructeurs d’arts de combat doivent recevoir la sanction de notre association. Il y eut autrefois la succursale de Nanxun au Zhejiang, celle de Shaoxing, celle de Hong Kong. À l’automne de la septième année (1918), l’association Jingwu de Hankou fut créée (elle a son propre récit) ; à l’été de la huitième (1919), celle du Guangdong (elle a son récit). Les deux associations du Hubei et du Guangdong ont une énergie puissante et des fonds abondants ; ceux qui en ont la charge ont zèle et persévérance, et leur développement est imminent.

本會對於會員蹈履上之約束最嚴。凡入會者。必有介紹。介紹者自負責成。士農工商。皆可入會無階級。無貧富。惟入會之先。必經審查。入會之後。尤多糾察。苟有不規則行為之見端者。立予除名。不少假借。語云。如入芝蘭之室。久而不聞其香。故會員初則兢兢自守。恐侵神聖之約章。久而久之。躬行實踐。則亦入而俱化。行所無事矣。十年來略博社會之信任者。此其眞因也。

Notre association est des plus strictes sur la conduite de ses membres. Tout adhérent doit être présenté, et celui qui présente en répond. Lettrés, paysans, artisans, commerçants : tous peuvent entrer, sans classe ni fortune. Mais avant d’entrer il faut passer un examen, et après l’entrée les inspections sont nombreuses ; au moindre commencement de conduite irrégulière, on est rayé sur-le-champ, sans le moindre ménagement. On dit : « Entrer dans une salle d’orchidées, c’est après un long temps ne plus sentir le parfum. » Aussi les membres, d’abord circonspects, se gardent-ils de violer le règlement sacré ; à la longue, le pratiquant en actes, ils s’y transforment eux-mêmes et agissent sans effort. Voilà la vraie raison de la confiance que la société nous a accordée en dix ans.

政治問題。最為擾攘。故會約有制止政談之一條。立足於十里洋場之風潮旋渦中。本會曾未受其影響。彼隆隆之礮聲。蚩蚩之子彈。吾輩之練拳如故也。蓋謂政治為一時之見象。而技擊為萬世之根本。十年樹木。百年樹人。吾固無此餘暇。以干預彼擾擾之政治問題也。

La question politique est la plus agitée ; aussi l’association a-t-elle un article qui interdit les propos politiques. Debout au milieu du tourbillon des concessions étrangères, notre association n’en a jamais été affectée. Que les canons tonnent, que les balles sifflent, nous pratiquons notre boxe comme devant. Car la politique est un phénomène d’un moment, tandis que les arts de combat sont le fondement de dix mille générations : « dix ans pour un arbre, cent ans pour un homme ». Nous n’avons certes pas le loisir de nous mêler à ces remuantes affaires politiques.

此卽彼入定老僧所身體力行之效果。亦卽精武十年來之成績也。夫霍先生縱得千百門弟子。苟盡如從前拳師。則雖盡如霍先生之好身手。而於技擊前途。固亦無甚影響。於世界更無影響。惟有此三數人。遂能發揮而光大之。此無他。道德智識。足以濟之耳。是豈第霍先生之幸耶。技擊中興。卽人類平等之基礎。懸吾言以為的。五十年以往。當有不可思議之明效大驗焉。

Tel est l’effet de ce que ces vieux moines en méditation ont mis en pratique de leur personne ; tel est aussi le résultat des dix ans de Jingwu. M. Huo eût-il eu cent ou mille disciples, s’ils étaient tous comme les maîtres de boxe d’autrefois, ils n’auraient, tout habiles qu’ils fussent comme lui, eu que peu d’influence sur l’avenir des arts de combat, et aucune sur le monde. Mais ces trois ou quatre hommes ont pu les faire valoir et les élargir : cela ne tient à rien d’autre qu’à une morale et à des connaissances capables d’y aider. N’est-ce pas là, plutôt que la chance de M. Huo ? La renaissance des arts de combat est le fondement de l’égalité humaine. Je suspends mes paroles comme une cible : d’ici cinquante ans, il y aura des effets manifestes et inouïs.

▲結論 — Conclusion

精武宗旨性質。及其辦理法與歷史。大略己備於此矣。大精武主義。至此亦已了澈無餘矣。然吾儕旣持普及主義。必使經費問題。輕而易舉。故簡率以告同志曰。諺云。萬丈高樓。皆從地起。凡屬有志。其事必成。但能糾合同志二十。月捐小費兩金。卽可賃一市房。聘一教習。以為練習之基礎。此一小團體。彼亦一小團體。使窮鄕僻壤。無地無之。謂之為傳習所也可。謂之為俱樂部也可。此卽分担平民義務之眞實力量。眞正法門也。有世界思想之善男子善女人。儻願聞之。

Le but, la nature, la méthode d’organisation et l’histoire de Jingwu sont ici à peu près au complet ; et par là même la grande doctrine Jingwu est entièrement exposée. Mais comme nous tenons à la diffusion, il faut que la question des fonds soit simple et facile : je le dis donc brièvement à nos camarades. Le proverbe dit : « Une tour de dix mille pieds part du sol. » Quiconque a la volonté mène son affaire à bien : il suffit de réunir vingt camarades et de verser chacun deux pièces d’or par mois pour louer une maison dans la ville, engager un instructeur, et l’on a la base de la pratique. Ce petit groupe-ci, ce petit groupe-là, jusqu’aux villages les plus reculés, partout : appelez cela un lieu de transmission, ou un club, comme il vous plaira. C’est là la vraie force du partage des devoirs entre gens ordinaires, la véritable porte. Hommes et femmes de bien qui avez des pensées mondiales, puissiez-vous l’entendre !

☉精武之眞精神 — Le véritable esprit de Jingwu, par Chen Gongzhe

一事也。有其形式。必有其精神。譬諸國體。共和立憲。其形式也。所以造成此共和立憲者。則在精神。譬諸人身。五官四肢。其形式也。所以運用此五官四肢者。則在精神。精神不屬。則共和立憲。有類俳優。五官四肢。無非傀儡。識者將謂之粗具形式矣。雖然。精神必依附形式。而形式要不足以賅精神。以精武體育會言之。日習技擊。此形式也。非精神也。精神之所在。無窮盡。無方體。雖會中人不知其所以。是蓋與山行者不自知其位置之高。舟居者不自知其進行之速。同一理也。昔孔子之稱虞舜。曰蕩蕩乎民無能名。頌泰伯。曰民無德而稱。精武之所以為精武。亦若是焉已矣。然則終無以名之乎。是又不然。精神之所在。固無名稱可言。而要非不可告人者。公哲不敏。謹舉平日所身歷所目擊者。略述其梗槪。

Toute chose a sa forme et forcément son esprit. Ainsi du corps de l’État : la constitution républicaine en est la forme, et ce qui fait cette constitution est l’esprit. Ainsi du corps humain : les cinq sens et les quatre membres en sont la forme, et ce qui les fait agir est l’esprit. Sans l’esprit, la constitution républicaine ressemble à une troupe de comédiens, et les cinq sens et les quatre membres ne sont que des marionnettes : les connaisseurs diront qu’il n’y a là qu’une forme grossière. Cependant l’esprit s’attache forcément à la forme, mais la forme ne suffit jamais à contenir l’esprit. Pour l’Association Jingwu : pratiquer chaque jour les arts de combat, c’est la forme, non l’esprit. Là où est l’esprit, il n’y a ni limite ni corps : les membres eux-mêmes n’en savent pas la raison. C’est comme le marcheur en montagne qui ne sait pas sa hauteur, ou le batelier qui ne sait pas sa vitesse : même principe. Autrefois Confucius, louant Yu Shun, disait : « Comme il était grand ! Le peuple ne trouvait pas de nom pour lui » ; et célébrant Tai Bo : « Le peuple ne trouvait pas de vertu à louer. » Ce qui fait de Jingwu ce que Jingwu est, c’est cela même. Faut-il donc n’en rien dire ? Non plus. Là où est l’esprit, il n’y a certes pas de nom à donner, mais il n’est pas non plus impossible d’en parler aux gens. Je ne suis pas habile, mais je vais exposer brièvement ce que j’ai vécu et vu de mes yeux.

夫儒之宗旨為克己。佛之宗旨為平等。耶之宗旨為博愛。克己也。平等也。博愛也。儒佛耶之眞精神也。今以觀於精武會員。實能融會貫通。無可偏駁。賈子曰。貪夫徇財。烈士徇名。財與名固世人所斤斤者也。惟我精武會員。人人知有義務。不知有權利。有時且犧牲一己之權利。助成義務。而不居其名。(例如某會員捐助本會三萬金至今不知其姓氏)斯其行誼。深合儒家克己之旨。而不流於虛。貧富貴賤。兩兩相形。乃生芥蒂。惟我精武會員。一視同仁。不分階級。其人而可與為善。雖鄙夫視若弟昆。其人而行檢攸虧。雖契友不稍寬假。斯其品性。深合佛氏平等之旨。而不流於誕。人己之間。不無畛域。為我主義。豈獨楊子為然。惟我精武會員。善與人同。一以覺後為己任。己有所知。惟恐人之不知。己有所能。惟恐人之不能。斯其度量。深合耶教博愛之旨。而不流於濫。凡此種種。不過述其崖略。未足云全豹。然而精武之名稱。已藉藉於社會。究其所以致此。會中人不自知也。會中人所日夕研究者。一以體育為主旨。卒之體育精進。則軀幹健而道德日以高尚。腦力充而知識日以開通。體育也而德育智育寓焉矣。且也有團體斯有優劣。有優劣斯有比較。有比較斯有競爭。有競爭斯有進步。萃羣衆於一堂。互相觀摩。互相砥礪。優者以勉。劣者以奮。有此原因。用能使與斯會者人人摒嗜慾。淡名利。事事務求實踐。力戒虛憍。期造成一世界最完善最強固之民族。斯卽精武之大希望也。亦卽精武之眞精神也。若拘拘於形式。不免淺之乎測精武矣。

Le but des lettrés est de se vaincre soi-même ; le but des bouddhistes, l’égalité ; celui des chrétiens, la charité universelle. Se vaincre, l’égalité, la charité : voilà le véritable esprit des trois. Or, à voir les membres de Jingwu, ils savent vraiment les fondre sans partialité. Jia Yi disait : « L’homme avide se sacrifie à la richesse, l’homme de cœur à la renommée. » Richesse et renommée sont ce dont les gens se soucient. Mais nos membres connaissent tous le devoir, et non le droit ; parfois ils sacrifient leur propre droit pour aider à accomplir le devoir, sans en prendre le nom. (Ainsi tel membre qui donna trente mille à l’association, et dont personne ne sait encore le nom.) Cette conduite s’accorde profondément avec l’idée confucéenne de se vaincre, sans tomber dans le vide.

Riches et pauvres, nobles et humbles, mis en regard, engendrent les rancunes ; mais nos membres traitent tous également, sans distinction de classe. Celui dont on peut attendre le bien, fût-il le dernier des hommes, on le regarde comme un frère ; celui qui manque à la conduite, fût-il un ami intime, on ne l’épargne pas. Ce caractère s’accorde avec l’idée bouddhique d’égalité, sans tomber dans la chimère. Entre soi et les autres, il y a la frontière du moi ; la doctrine du « pour moi » n’appartient pas qu’à Yang Zhu. Mais nos membres s’accordent volontiers avec autrui et prennent pour devoir d’éveiller les autres : ce qu’ils savent, ils craignent que les autres l’ignorent ; ce qu’ils peuvent, ils craignent que les autres ne le puissent. Cette mesure s’accorde avec la charité chrétienne, sans tomber dans l’excès.

Tout cela n’est qu’un aperçu ; ce n’est pas le tableau complet. Cependant le nom de Jingwu est déjà fort répandu dans la société ; comment y est-on arrivé ? Les membres eux-mêmes ne le savent pas. Ce que les membres étudient jour et nuit, c’est l’éducation physique ; finalement, celle-ci avance, le corps se fortifie et la morale s’élève chaque jour, le cerveau se remplit et les connaissances s’ouvrent. Dans l’éducation physique sont donc incluses l’éducation morale et l’éducation intellectuelle. De plus, là où il y a un groupe, il y a du meilleur et du pire ; du meilleur et du pire, comparaison ; de la comparaison, émulation ; de l’émulation, progrès. Réunir la foule en un lieu, s’observer et s’aiguiser mutuellement, les bons s’excitant, les faibles s’efforçant : voilà pourquoi ceux qui entrent dans cette association rejettent tous les appétits, tiennent peu à la gloire et au gain, ne cherchent en toute chose que la pratique et se gardent de la vanité — afin de former le peuple le plus accompli et le plus solide du monde. Telle est la grande espérance de Jingwu, et son véritable esprit. Ceux qui s’arrêtent aux formes ne porteront sur Jingwu qu’un jugement superficiel.

☉祝精武體育會 — Félicitations à l’Association athlétique Jingwu, par Wu Rongxu

此篇曾載於廣東七十二行商報至理名言語皆中的非尋常頌祝語也揭之篇首以告國人鐵生記

(Note de Chen Tiesheng : cet article parut dans le Journal des soixante-douze corporations de Guangzhou ; c’est une parole de la plus haute vérité, dont chaque phrase porte ; ce n’est pas une banale félicitation. Je le place en tête du volume pour le faire savoir à nos compatriotes.)

世有一藝業焉。足以興發其一國之精神。維繫其千年之古風者。吾必重之。其於國也。日積月累。以能養成人民堅忍不拔之根能。削滅沈湎衰頹之陋習者。國必重之。不寧惟是。教育學者以促進教育為己任。見其藝業焉。足以壯健人之體魄。鍛鍊其德智之力者。亦必重之。社會學者以促進社會為主義。見其藝業焉。足以祛除陋風維持秩序者。亦必重之。嗚呼。竪盡千古。橫極八荒。求有一藝業焉。足當此贊頌而為世所重者。幾何也。求有一藝業焉。產生於文明最古之國。能留存於今日。以為歷史之光者。幾何也。我國年來動曰保存國粹。然所謂國粹者。果能善於保存。以得古人之眞。使發揮而光大之。不至有流弊者幾何也。今國中救國之聲浪。殆徧大地。然求其能實際有補益於國家。不蹈浮動之惡習以促亂亡。而能為根本之圖者幾何也。嗚呼。吾為此懼。

S’il existe au monde un art capable de faire naître l’esprit d’une nation et de maintenir ses coutumes millénaires, je le tiendrai pour important. Pour l’État, ce qui, jour après jour et an après an, forme chez le peuple la capacité d’endurance et d’inflexibilité et retranche la coutume dépravée de la veulerie, l’État doit le tenir pour important. Bien plus : le pédagogue, qui se donne pour tâche de promouvoir l’éducation, voyant un art capable de fortifier le corps des gens et de tremper leur force morale et intellectuelle, doit aussi le tenir pour important. Le sociologue, qui a pour doctrine de promouvoir la société, voyant un art capable de balayer les coutumes corrompues et de maintenir l’ordre, doit aussi le tenir pour important. Hélas ! De toute l’antiquité et jusqu’aux confins des huit directions, combien d’arts sont dignes de cet éloge et de l’estime du monde ? Combien d’arts, nés dans le plus ancien des pays civilisés, ont pu subsister jusqu’à aujourd’hui comme une gloire de l’histoire ? Depuis des années, notre pays parle sans cesse de conserver l’essence nationale ; mais de tous ceux qu’on nomme l’essence nationale, combien savent-ils la conserver comme il faut, atteindre la vérité des anciens, la faire valoir et l’élargir sans tomber dans des abus ? Aujourd’hui le cri du salut public retentit partout ; combien de ceux qui le poussent peuvent réellement être utiles au pays, sans tomber dans la funeste agitation qui hâte le désordre et la ruine, et sans s’attaquer aux fondements ? Hélas ! Voilà ce dont j’ai peur.

何懼乎爾。曰懼中國乃至今日而無一藝業焉足以興中國者也。懼中國乃至今日而竟無一藝業焉足以保國粹救國命而為全國人之所寄託而知重之者也。出門一望。賭館林立。酒家相屬。煙公司屢以興業。花天地特闢世界。夫煙酒嫖賭之所叢聚。乃破家亡國之預兆也。胡為國民嗜之若渴也。豈貨利之心所驅使歟。好逸浪游乃人情所趨也。然因貪利好逸之故。而戕其性。又豈人之所樂就哉。國民之嗜好不正。實乃貪貨好逸之現象。而因是以得戕性之惡果。因為彼之所不能預計者也。故夫有牧民之責者。將何以禁其貪貨好逸之源。而開之以趨義之路乎。有權衡社會教育之能者。宜若何因其所已知之明。攻其所習之蔽。使之幡然改悟。不入迷途乎。煙酒之傷生病財。嫖賭之損財損德。人人所知。而乃貪一時之作戲。為竟日之盤桓者。雖士子不能免焉。則何以故。曰維無貸代消遣物之故。吾國為東亞大病夫國。固世界之所哄傳也。乞氓滿野。殘廢載途。駝背之徒。鵠形之輩。項背相望。面色枯槁。衣履垢穢。入會議之堂。時聞咳喘。過鄕閭之巷。徒見呻吟。以人民如此之精神。以國家如此之份子。一與外人較。但覺沉沉病晦之氣。露溢眉宇。靡復慷慨激昂之氣象矣。則何以故。曰維不講運動法之故。由前之項。人格等諸掃地。而禍烈於今時。由後之項。人生如坐愁城。而病源於古代。要之有一不革。則中國永無立足之望也。今有一藝業焉。足以貸代消遣物。使人入其中而樂之不疲。足使嫖賭煙酒之毒物。將絕迹於中國。而其藝業又以講求體育法為主幹。足增武勇之風。而矯文弱之弊。果能推而行之。將必強種強國。保國粹。救國命。以興中國無疑。嗚呼。吾為此喜。

De quoi ai-je peur ? De ce que la Chine, jusqu’à aujourd’hui, n’ait pas un seul art capable de la faire naître. De ce que, jusqu’à aujourd’hui, elle n’ait aucun art capable de conserver l’essence nationale et de sauver le destin du pays, dans lequel tout le peuple mette son espoir et qu’il tienne pour important. Sortez de chez vous et regardez : les maisons de jeu en rangs serrés, les cabarets bout à bout, les compagnies de tabac qui prolifèrent, les lieux de plaisir qui font un monde à part. Ces repaires du tabac, du vin, de la prostitution et du jeu sont le présage des familles ruinées et des États détruits. Pourquoi le peuple y est-il avide comme de soif ? N’est-ce pas poussé par l’appât du gain ? La recherche du confort et de l’oisiveté est la pente du cœur humain ; mais ruiner sa nature à force de convoiter et de paresser, est-ce là ce que les gens recherchent ? L’inclination malsaine du peuple est en vérité le phénomène de la convoitise et de la paresse, et c’est ainsi qu’on en tire le fruit empoisonné : voilà ce que les intéressés ne sauraient prévoir. Aussi ceux qui ont la charge de gouverner le peuple, comment interdiront-ils la source de cette convoitise et de cette paresse, et lui ouvriront-ils la route de la justice ? Ceux qui ont le pouvoir de peser l’éducation sociale, comment devraient-ils, partant de ce que les gens savent déjà, attaquer les préjugés qui les aveuglent, pour les amener à changer de sentiment et à ne pas entrer dans la fausse route ? Que le tabac et le vin ruinent la santé et la fortune, que la prostitution et le jeu ruinent la fortune et la vertu, tout le monde le sait ; et pourtant, pour la joie d’un moment, on y passe des journées entières — même les lettrés n’y échappent pas. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de substitut aux passe-temps.

Notre pays est le grand « malade de l’Asie », comme le monde le clame. Les mendiants remplissent les campagnes, les infirmes couvrent les routes ; bossus et squelettiques se suivent, le teint fané, les vêtements sordides ; on entre dans les salles de réunion en toussant et haletant, on traverse les ruelles en gémissant. Avec un peuple d’un tel esprit, un pays composé de tels éléments, comparé aux étrangers, celui-ci ne sent qu’une atmosphère pesante et malsaine qui se lit sur les visages, et n’a plus rien de la fierté exaltée. Pourquoi ? Parce qu’on ne cultive pas les méthodes d’exercice. Devant ces deux choses, ou l’on ramasse sa dignité à terre et le mal empire aujourd’hui, ou l’on vit comme assis dans une ville de chagrin et la maladie date de l’antiquité. Bref, si l’une d’elles n’est pas réformée, la Chine n’aura jamais l’espoir de se tenir debout. Or il existe aujourd’hui un art capable de remplacer ces passe-temps, de faire que ceux qui s’y adonnent y prennent un plaisir sans fatigue, et de faire disparaître de Chine les poisons du jeu, du vin et du tabac ; et cet art a pour tronc la méthode d’éducation physique, il fortifie le vent de la vaillance et corrige le mal de la mollesse lettrée. Si l’on sait le répandre, il renforcera sûrement la race et le pays, conservera l’essence nationale, sauvera le destin du pays et fera naître la Chine : sans aucun doute. Hélas ! Voilà ce dont je me réjouis.

何喜乎爾。曰中國今日非有提倡國技者乎。非有提倡國技而組織精武體育會者乎。夫精武體育會。成立於滬上。亦有年矣。而今年乃移植其種於廣州。成廣東精武體育會。又數月矣。余始以國技一門。中國向有習之。而綠林居多。習之者亦每每好勇鬭很。每因小嫌。輒擅施其技。故有道君子。素不之重且彼。家數紛歧。每相妬嫉。非國之福。視以為非要圖也。乃自上海精武會諸君子。一為提倡。盡改向來門戶之陋習。融和畛域。重精神不重暴力。恪守秩序。貴鍛鍊不貴嘗試。且足化剛戾為温和。濬聰明使應變。於德育智育。有莫大之陶養工夫在。又不徒能增進身體強健精神已也。往者該會代表來粵。報告該會已往成績及將來計畫。令人聞之驚服。及見其所演各技。出化入神。應首桑林。堪歎觀止。然余猶以為彼擅絕技者。他人固不易學而幾也。及觀粵精武會之成。不匝月而成效已可略覩。迨第二三月第二次報告。而已成績大著矣。其所習種類。以漸而增進。而教練則由淺而入深。今會員且千。中有有因腦病輟學來會練習而病除者。有因童年染有喘症來會練習不一月而體質大變矣。夫腦肺之病。最難愈者也。而且奏効。則其他疾病之可以是而除者。必更僕難數矣。有病且可除。則無病者。其身體之強固。更何如矣。吾友多入會學習者。莫不皆言精神體魄之強固。日進一日。而所演各技。亦覺轉折純熟可觀矣。由會回寓。但見其暇則手舞足蹈。以温習所學。而對於其他無謂之嗜好。節省多矣。夫事非難學。而又有益於身心如此。則其技之果應為普通人士所宜習。而不能謂之為非要圖矣。自有此會。而國技庶足以使全國人寄託而重之以光耀於世。而不為彼綠林輩所擅以逞其好勇鬭很之技害民而誤國也。自有此會。而國技之為一種強種保國之藝業。乃始為國人所公認。而其振古風。維國粹。漸漸削除煙酒嫖賭諸種嗜好物。使國民不沈湎而衰頹。庶能有當於救國之實際。而留歷史上之光也。噫嘻。有教育學者於此。必將以其能壯健精神體魄。脩養德育智育。視為有促進教育之價値。而提倡鼓吹以重之也。有社會學者於此。必將以其能祛除陋風。維持秩序。視為有促進社會之價値。而提倡鼓吹以重之也。若是夫則吾嚮所謂竪盡千古橫極八荒求有一藝業焉。足當此贊頌而為世所重者。庶在茲也。吾以是為中國精武體育會前途祝。吾以是為廣東精武體育會前途祝。

De quoi me réjouis-je ? De ce qu’en Chine, aujourd’hui, il y ait des gens qui promeuvent les arts nationaux, et qui, les promouvant, aient organisé l’Association athlétique Jingwu. Cette association, fondée à Shanghai, compte déjà des années ; et cette année elle a transplanté sa semence à Guangzhou, où l’Association athlétique Jingwu du Guangdong est née voici quelques mois. Au début, je pensais que les arts nationaux, pratiqués de tout temps en Chine, étaient surtout le fait des gens des forêts, c’est-à-dire des hors-la-loi, et que ceux qui les pratiquaient aimaient souvent la bravoure et la querelle, usant de leur technique à la moindre petite offense ; aussi les hommes de bien ne les tenaient-ils pas en estime, et comme les écoles étaient divisées et jalouses les unes des autres, ce n’était pas un bien pour le pays, et l’on n’y voyait pas une affaire urgente. Mais depuis que les messieurs de l’Association de Shanghai ont pris la chose en main, toutes les vieilles coutumes de clocher ont changé : on a fondu les frontières, on estime l’esprit et non la violence, on observe strictement l’ordre, on prise l’entraînement et non l’essai hasardeux ; et cela peut transformer la rudesse en douceur, ouvrir l’intelligence et la rendre capable de s’adapter. Il y a là, pour l’éducation morale et intellectuelle, un travail de formation immense, et ce n’est pas seulement fortifier le corps et l’esprit. Naguère les représentants de cette association vinrent au Guangdong rendre compte de ses résultats passés et de ses projets : on les écouta avec admiration ; et quand on vit les techniques qu’ils montrèrent, d’une habileté qui touche au divin, dignes de la forêt de Sanglin où se réunissaient les maîtres, on put dire que c’était le comble du spectacle. Je pensais pourtant que ces virtuoses étaient des hommes d’exception, difficiles à imiter et à égaler. Mais quand l’association du Guangdong fut créée, en moins d’un mois on en put voir quelque effet ; et au deuxième ou au troisième mois, au second rapport, les résultats étaient déjà grands. Les genres enseignés s’accroissent peu à peu, et l’enseignement va du simple au profond. Les membres sont aujourd’hui un millier. Parmi eux, il y a ceux qui, ayant quitté l’école pour une maladie de cerveau, sont venus s’exercer et ont guéri ; il y a ceux qui, atteints d’asthme depuis l’enfance, ont vu leur constitution changée en moins d’un mois. Or les maladies du cerveau et des poumons sont les plus difficiles à guérir, et voilà qu’elles cèdent : combien plus d’autres maladies peuvent-elles être ainsi guéries ! Si les malades peuvent guérir, que dire de la solidité des bien-portants ? Mes amis qui sont entrés dans l’association disent tous que leur esprit et leur corps se fortifient de jour en jour, et que les techniques qu’ils exécutent deviennent souples et nettes. Rentrés chez eux, on les voit, aux moments libres, danser des mains et des pieds pour réviser ce qu’ils ont appris, et ils ont beaucoup retranché de leurs autres passions inutiles. Or l’affaire n’est pas difficile à apprendre et elle est si profitable au corps et à l’esprit : la technique doit donc être apprise par les gens ordinaires, et l’on ne peut plus dire que ce n’est pas là une affaire urgente.

Avec cette association, les arts nationaux peuvent enfin être l’objet de l’espoir de tout le peuple et de son estime, et briller dans le monde, au lieu d’être accaparés par ces gens des forêts qui en usent pour satisfaire leur bravoure querelleuse, au détriment du peuple et du pays. Avec cette association, les arts nationaux, comme art de renforcer la race et de protéger le pays, sont enfin reconnus de tous ; ils raniment les coutumes anciennes, maintiennent l’essence nationale, et peu à peu retranchent les passions du tabac, du vin, de la prostitution et du jeu, afin que le peuple ne s’abandonne plus à la veulerie et au déclin, qu’il soit à la hauteur du salut réel du pays et qu’il en garde la gloire dans l’histoire. Ah ! Un pédagogue, s’il était ici, verrait sûrement dans cet art, qui fortifie l’esprit et le corps et cultive la morale et l’intelligence, une valeur éducative, et le promouvrait avec zèle. Un sociologue y verrait sûrement, puisqu’il balaie les coutumes corrompues et maintient l’ordre, une valeur sociale, et le promouvrait de même. Ainsi donc, ce que je cherchais de toute l’antiquité jusqu’aux confins du monde, un art digne de cet éloge et de l’estime universelle, c’est peut-être ici qu’il est. C’est en cela que je salue l’avenir de l’Association athlétique Jingwu de Chine, et en cela que je salue l’avenir de l’Association athlétique Jingwu du Guangdong.

事實 — Deuxième partie : les faits

☉會址之歷史 — Histoire de nos locaux, par Chen Tiesheng

民國前兩年。霍先生發起本會時。會址在閘北王家宅。近滬寧鐵路自來水塔之西。一老式之房屋也。年租祗一百六十八銀圓。先生歸道山後。民國紀元。其門弟子盧陳姚黎邱劉等。乃遷於王家宅之近滬寧鐵路旱橋之西。年租亦只二百銀圓。民國四年。會前操場。為颶風刮倒。當時會員莫不為之喪氣。然而失敗者成功之母。今日羣稱之曰三公司之陳公哲盧煒昌姚蟾伯。乃於此時東挪西借。祕密進行。(三公司之名由此得之)五年春。而今日巍然煥然之西式會所落成。遷居之前一夕。乃宣布於會衆。咸擬為鬼斧神工。然未費會員之一錢也。以後…………………(無窮無盡之新建築敬俟後賢之賡續)

Deux ans avant la République (1910), quand M. Huo fonda notre association, le siège était à Wangjiazhai, dans le Zhabei, à l’ouest du château d’eau du chemin de fer Shanghai-Nankin : une maison de style ancien, dont le loyer annuel n’était que de cent soixante-huit dollars d’argent. Après que M. Huo fut allé par-delà la montagne, à l’aube de la République, ses disciples Lu, Chen, Yao, Li, Qiu et Liu déménagèrent à Wangjiazhai, à l’ouest du pont-levis du chemin de fer Shanghai-Nankin ; le loyer n’y était que de deux cents dollars d’argent. En la quatrième année de la République (1915), le terrain d’exercice devant l’association fut abattu par un typhon ; aucun membre alors n’en fut que désolé. Mais l’échec est la mère du succès : ceux qu’aujourd’hui l’on appelle les « trois compagnies », Chen Gongzhe, Lu Weichang et Yao Chanbo, empruntèrent de tous côtés et agirent en secret. (C’est de là que vient le nom des « trois compagnies ».) Au printemps de la cinquième année (1916), le siège occidental, aujourd’hui imposant et resplendissant, fut achevé. La veille du déménagement, on l’annonça aux membres, et tous y virent un chef-d’œuvre d’habileté divine — et pourtant il ne coûta pas un sou aux membres. La suite… (d’innombrables constructions nouvelles attendent les sages à venir pour être poursuivies.)

(一)上海精武會最初之會所 在閘北王家宅(民國前兩年)

Première photographie : le premier siège de l’Association Jingwu de Shanghai, à Wangjiazhai dans le Zhabei, deux ans avant la République (1910).

Premier siège de l’association Jingwu à Wangjiazhai (Zhabei), 1910

(二)最初之會所

Deuxième photographie : le premier siège, de plus près.

Vue plus rapprochée du premier siège

(三)上海精武會民國元年第一次遷移之會所 在閘北王家宅

Troisième photographie : le siège où l’association déménagea pour la première fois en la première année de la République, à Wangjiazhai dans le Zhabei.

Siège de 1912, après le premier déménagement, toujours à Wangjiazhai (Zhabei)

(四)舊會之內部

Quatrième photographie : l’intérieur de l’ancien siège.

Intérieur du second siège

(五)舊會之遭風圖(民國四年)

Cinquième photographie : l’ancien siège après le typhon (quatrième année, 1915).

Dégâts du typhon au second siège (1915)

(六)民國五年之新會所(建築費二萬餘元)

Sixième photographie : le nouveau siège de la cinquième année (1916), construit pour plus de vingt mille yuans.

Le nouveau siège de 1916 (plus de vingt mille yuans de construction)

(七)八年之精武大門

Septième photographie : la grande porte de Jingwu, en la huitième année (1919).

La grande porte de l’association, ajoutée en 1919

(八)本會第一演武廳

Huitième photographie : la première salle de démonstration de l’association.

La première salle de démonstration (演武廳)

(九)本會第二演武廳

Neuvième photographie : la deuxième salle de démonstration.

La deuxième salle de démonstration

(十)本會書報室

Dixième photographie : la salle de livres et de journaux de l’association.

La salle de livres et de journaux

(十一)本會第一浴室

Onzième photographie : les premiers bains de l’association.

Les premiers bains de l’association

(十二)本會第二浴室

Douzième photographie : les douches du deuxième bain.

Les douches du deuxième bain

☉會旗紀 — Les drapeaux de l’association, par Chen Tiesheng

會旗長方形。白色。斜綴三星。(紅藍黃三色)(藍色星初用綠七年改為藍)蓋取博愛自由平等之意。

Le drapeau de l’association est rectangulaire, blanc, avec trois étoiles cousues en diagonale (rouge, bleue et jaune — l’étoile bleue fut d’abord verte et devint bleue en la septième année, 1918), prises au sens de la charité, de la liberté et de l’égalité.

會旗(一)

Drapeau (1).

Le drapeau de l’association : fond blanc, trois étoiles en diagonale

並有小旗靑蓮色。其精武兩字黃色。上橫亦黃色。兩小襯帶紫色。三星亦分紅藍黃三色。此備各會員用為住宅之飾壁。以示晨夕不忘也。

Il y a aussi un petit drapeau violet, avec les deux caractères « Jingwu » en jaune, une bande supérieure également jaune, deux petits liens en violet, et trois étoiles réparties de même en rouge, bleu et jaune. Il est destiné aux membres, pour décorer le mur de leur demeure, afin que matin et soir ils ne l’oublient pas.

會旗(二)

Drapeau (2).

Petit drapeau destiné aux demeures des membres

☉服式紀 — L’uniforme de l’association, par Chen Tiesheng

會員衣用國產之淺灰色。愛國布。衣釦及緣飾以黑布為之。對襟。左方第一及第十二為黑布結鈕。中綴十釦。右方十二釦而無鈕。此稱通明鈕。因練拳時每拍擊胸部有鈕則不適用也。衣有領。亦以黑布緣之。衣長及身之半。窄袖。其長及腕下。袴用黑色愛國布。或杭縐。因練習武術時。須以下身着地。絲質者少沾塵埃之故。短靴用黑布製。本編首頁。鐵生公喆之兩影相。卽本會規定之服式也。教員用黑色布衣。施以淺藍色緣。用通明鈕。袴亦黑色。靴用黑布。

Le vêtement des membres est en coton « patriotique » (愛國布) de fabrication nationale, teint en gris clair ; les boutons et les liserés sont de tissu noir. Le vêtement se ferme devant : à gauche, le premier et le douzième emplacement portent des boutons-nœuds de tissu noir, dix boutons sont au milieu ; à droite, douze boutonnières sans boutons. Cela s’appelle les boutons « ouverts » (通明鈕), car à la pratique on frappe souvent sa propre poitrine, et un bouton y serait incommode. Le vêtement a un col, bordé de noir également. Il descend à la moitié du corps ; les manches sont étroites et leur longueur va au-dessous du poignet. Le pantalon est de coton « patriotique » noir ou de crêpe de Hangzhou, car à la pratique il faut que le bas du corps touche le sol, et la soie ramasse moins la poussière. Les bottines courtes sont de tissu noir. Les deux photographies de Tiesheng et de Gongzhe en tête du présent volume montrent l’uniforme réglementaire de l’association. Les instructeurs portent une veste de tissu noir, avec des liserés bleu clair et des boutons « ouverts » ; le pantalon est noir aussi, et les bottes de tissu noir.

☉徽章紀 — Les insignes, par Lu Weichang

最初之襟章。用圓形。中徑公尺三生的米達。中藏盾形。盾外則用淺藍色地。盾內淺紅色地。精武體育會五字淺藍三星色白。盾之周圍。間一白線。六年形略改小。中徑二生的有半仍圓式。而中藏盾形。盾外綠色地。盾內仍紅色而略深。如玫瑰然。精武體育會五字用黑色。三星仍用白色盾之周圍。仍間一白線。兩者皆如普通之襟章。用化學之假明角罩。中有顏色紙片也。七年。遂改用以模範鑄成之盾式者。初用銻。旣而改用銀質。最長處一生的有半。最闊處一生的二。襟章有四種。其一種盾後有插針。一種盾後有袖鈕形。此兩者備男會員之用。一作領扣式。備女子模範團用。有作戒指形者。男女可用。本會之標識。現在規定全用盾形。意取正當防衞也。而身而家而國而世界。咸若此焉。願吾會衆。永書於紳。

Le premier insigne de revers était de forme ronde, de trois centimètres de diamètre, contenant un bouclier. Autour du bouclier, le fond était bleu clair ; à l’intérieur du bouclier, le fond était rose pâle ; les cinq caractères 精武體育會 étaient en bleu clair, les trois étoiles blanches, et tout autour du bouclier courait une ligne blanche. En la sixième année (1917), la forme fut un peu réduite : deux centimètres et demi de diamètre, toujours ronde, avec un bouclier ; autour du bouclier le fond était vert, à l’intérieur toujours rouge mais plus foncé, comme la rose ; les cinq caractères étaient noirs, les trois étoiles toujours blanches, et autour du bouclier toujours une ligne blanche. Tous deux étaient comme les insignes ordinaires : une pellicule de corne artificielle, obtenue par procédé chimique, renfermant des morceaux de papier de couleur. En la septième année (1918), on passa à un bouclier moulé : d’abord en antimoine, puis en argent. Sa plus grande dimension est de un centimètre et demi, sa plus grande largeur de un centimètre deux. Il y a quatre sortes d’insignes de revers : l’un a une épingle derrière le bouclier, l’autre un bouton de manchette derrière — ces deux-là pour les membres masculins ; l’un est en bouton de col, pour le corps modèle des femmes ; l’un est en forme de bague, que hommes et femmes peuvent porter. L’emblème de l’association est aujourd’hui réglementairement le bouclier, pris au sens de la défense légitime : du corps à la famille, à l’État et au monde, il en va ainsi. Puissent tous nos membres le porter toujours à leur ceinture.

襟章

Insignes de revers.

Insignes de revers : le nouveau (à gauche) et les anciens

今日之襟章 昔日之襟章

L’insigne actuel et les insignes anciens.

Le texte distingue l’insigne actuel, le plus petit, à gauche de la planche, et les insignes anciens, plus grands, à droite.

☉授盾紀 — Le bouclier d’honneur, par Luo Keji

吾會有授盾例。盾鑄以紫銅。上方有四銳角。直徑十四生的米達有二。幅徑十二生的有半。文曰精武。(此兩字平列)體育會。(此三字直行)中綴星三。(一在精武兩字之中兩在體字之左右)(本會之盾式。凡門前之大銅盾。及此盾。曁襟章之小盾。與印信圖章。皆同一手書。蓋為左君孝同所寫。鑄為模範。應用則以攝影術為之大小也。)凡會衆有服勞日久。純任義務。或有非常之贊助。創始之勛勞者。經會衆公決。以全體名義。公贈此盾。有得盾者。咸以為榮寵。然非會衆皆無間言。不輕授受。與彼爛羊頭。勳章雨。有霄壤之別也。本會會衆。於精神上體魄上皆得無限之利益。惟雖有十年服務。心力交瘁者。而身外物之酬贈。舍此盾外。例不許有他物焉。則其視為無上寶貴也。理亦宜之。

Notre association a l’usage de l’octroi du bouclier (授盾). Le bouclier est coulé en cuivre rouge. Sa partie supérieure a quatre angles vifs ; il mesure 14,2 cm de haut et 12,5 cm de large. On y lit « Jingwu » — ces deux caractères sur une ligne horizontale — et « 體育會 » — ces trois caractères en colonne verticale. Trois étoiles y sont intercalées : une entre les deux caractères 精武, deux de part et d’autre du caractère 體. (La forme du bouclier de l’association — le grand bouclier de cuivre de la porte, celui-ci, le petit bouclier de l’insigne de revers, ainsi que les sceaux et cachets — est partout de la même main : c’est M. Zuo Xiaotong qui l’a tracée ; on en a fait un moule, et l’on use de la photographie pour le reproduire en toutes dimensions.) Lorsque des membres ont longtemps servi, exercé des charges purement bénévoles, apporté un concours extraordinaire ou eu le mérite d’être des fondateurs, l’assemblée décide, au nom de tous, de leur offrir ce bouclier. Ceux qui l’ont reçu l’ont tous tenu pour un honneur insigne ; mais on ne l’accorde pas à la légère, et l’unanimité des membres est requise : il y a un abîme entre lui et les têtes de mouton avariées et les pluies de médailles. Nos membres retirent de l’association un profit infini, moral et physique ; mais même après dix ans de service et d’épuisement du cœur et des forces, la récompense des biens extérieurs, hormis ce bouclier, n’est par principe jamais autre chose. Qu’on le tienne pour un trésor sans égal, la raison le veut aussi.

盾形

Forme du bouclier.

Le bouclier d’honneur de l’association Jingwu

☉贈盾表 — Liste des récipiendaires du bouclier

☉贈盾表

Liste de ceux à qui le bouclier a été offert.

袁恆之 Yuan Hengzhi、聶雲台 Nie Yuntai、梁麗藻 Liang Lizao、林錦華 Lin Jinhua、尹鶴林 Yin Helin、王閣臣 Wang Gechen、陳止瀾 Chen Zhilan、孫新甫 Sun Xinfu、李福林 Li Fulin、魏邦平 Wei Bangping、林虎 Lin Hu、簡琴石 Jian Qinshi、朱慶瀾 Zhu Qinglan、陳廉伯 Chen Lianbo、金湘帆 Jin Xiangfan [Cengcheng]、簡照南 Jian Zhaonan、陳益南 Chen Yinan、楊梅賓 Yang Meibin、楊達三 Yang Dasan、黃礪海 Huang Lihai、熊長卿 Xiong Changqing、何劍吳 He Jianwu、羅嘯璈 Luo Xiao’ao、唐善磋 Tang Shancuo、甯竹亭 Ning Zhuting、穆藕初 Mu Ouchu、王維藩 Wang Weifan、鄭灼辰 Zheng Zhuochen、陳陞堂 Chen Shengtang、姚蟾伯 Yao Chanbo、霍守華 Huo Shouhua、李耀邦 Li Yaobang、盧煒昌 Lu Weichang、譚海秋 Tan Haiqiu、温欽甫 Wen Qinfu [Zongyao]、邱亮 Qiu Liang、劉少筠 Liu Shaoyun、胡耀庭 Hu Yaoting、陳公哲 Chen Gongzhe、陳鐵生 Chen Tiesheng、黃季植 Huang Jizhi、唐耐修 Tang Naixiu、黃伯平 Huang Boping、黎惠生 Li Huisheng、劉扆臣 Liu Yichen、湯節之 Tang Jiezhi、馮少山 Feng Shaoshan、黃鴻鈞 Huang Hongjun

Yuan Hengzhi, Nie Yuntai, Liang Lizao, Lin Jinhua, Yin Helin, Wang Gechen, Chen Zhilan, Sun Xinfu, Li Fulin, Wei Bangping, Lin Hu, Jian Qinshi, Zhu Qinglan, Chen Lianbo, Jin Xiangfan [Cengcheng], Jian Zhaonan, Chen Yinan, Yang Meibin, Yang Dasan, Huang Lihai, Xiong Changqing, He Jianwu, Luo Xiao’ao, Tang Shancuo, Ning Zhuting, Mu Ouchu, Wang Weifan, Zheng Zhuochen, Chen Shengtang, Yao Chanbo, Huo Shouhua, Li Yaobang, Lu Weichang, Tan Haiqiu, Wen Qinfu [Zongyao], Qiu Liang, Liu Shaoyun, Hu Yaoting, Chen Gongzhe, Chen Tiesheng, Huang Jizhi, Tang Naixiu, Huang Boping, Li Huisheng, Liu Yichen, Tang Jiezhi, Feng Shaoshan, Huang Hongjun.

☉滬城分會紀 — Les succursales dans Shanghai, par Huo Dongge

八年夏。本會會員薛培坤劉永康曹永康三君。倡立分會於滬城之新北門。暫假煤炭公所為會址。技擊部長盧煒昌先生命東閣主其事。譾陋如予。曷足任此。亦惟勉盡棉力。以期無負諸君而已。

À l’été de la huitième année (1919), trois membres de l’association, MM. Xue Peikun, Liu Yongkang et Cao Yongkang, proposèrent d’établir une succursale à la nouvelle porte du Nord de la ville de Shanghai, en empruntant provisoirement le bureau du charbon comme siège. Le chef du département des arts de combat, M. Lu Weichang, me chargea de la diriger. Ignorant comme je suis, comment en serais-je capable ? Je m’efforce seulement de faire de mon mieux, afin de ne pas décevoir ces messieurs.

城裏精武分會 民國四年上海

La succursale Jingwu de la ville close (Shanghai, cinquième année, 1915).

La succursale du centre-ville (1915)

中國精武技擊分會第弍次攝影 民國四年四月

Portrait de la deuxième année de la succursale de Shanghai de l’Association chinoise des arts de combat Jingwu (avril de la quatrième année, 1915).

現在上海城南之精武第二分會

La deuxième succursale Jingwu, aujourd’hui, au sud de la ville de Shanghai.

La deuxième succursale, au sud de la ville (juillet 1919)

上海精武體育南會成立紀念 民國八年七月

En commémoration de la fondation de la succursale du Sud de l’Association athlétique Jingwu de Shanghai (juillet de la huitième année, 1919).

上海法租界呂班路 山東會館內之精武第三分會

La troisième succursale Jingwu de Shanghai, dans la salle d’accueil du Shandong, rue Luban, concession française de Shanghai.

精武體育會上海第三分會成立攝影

Photographie prise à la fondation de la troisième succursale de Shanghai de l’Association athlétique Jingwu.

La troisième succursale, dans la salle d’accueil du Shandong

☉第三分會紀 — Sur les trois succursales de Shanghai, par Ning Zhuting

上海有精武分會三所。第一分會在北四川路崇明路。第二分會在滬城煤炭公所內。第三分會在山東會館內。前列中坐者。卽第三分會之會長。王紹坡君也。

Shanghai compte trois succursales de l’association Jingwu. La première est à l’angle de la rue du Sichuan du Nord et de la rue Chongming ; la deuxième dans le bureau du charbon de la ville ; la troisième dans la salle d’accueil du Shandong. Celui qui est assis au milieu de la rangée de devant [sur la troisième photographie] est le président de la troisième succursale, M. Wang Shaopo.

☉精武公園第一聲 — Les premières notes du jardin public Jingwu, par Chen Tiesheng

八年夏。有熱心公益者。自署為隱名氏。慨助三萬金於精武體育會。附以一函。其意略謂。精武能為社會謀幸福。而無權利思想。故以此為贈。願執事擴而充之。以期造福全國云。幹事部乃於七月八日下午五時。邀集郭唯一。霍守華。黎惠生。陳公哲。盧煒昌。姚蟾伯。鄭灼辰。程子培。陳士超。陳鐵生。金光曜。甯竹亭。翁耀衡。周錫三。李耀邦。等十五人。聚商於嶺南樓。衆以當開大會取決。八月二十八號。董事職員會員等開聯席會於嶺南樓。主席者為老會董袁恆之先生。議決。卽以此三萬金在精武會之右旁。購地十餘畝。創辦一公共花園。王維藩提議署名曰精武公園。衆又議取世界主義。凡屬人類。苟能守文明通則者。咸准入園游玩云。人道正義。此之謂也。隱名氏先生知之。當亦點頭稱可。現正加工建築。屈指九年春初。倍開爾路大連灣路之角。當有精武公園。燦然在望也。書此以作先聲。

À l’été de la huitième année (1919), un homme de cœur, qui se désigna lui-même sous le nom d’« anonyme », fit généreusement don de trente mille pièces d’or à l’Association athlétique Jingwu, avec une lettre dont le sens était à peu près : « Jingwu sait chercher le bonheur de la société et n’a pas de pensée de profit ; je vous fais donc ce don. Puisse le responsable l’élargir et l’amplifier, afin de répandre le bienfait sur tout le pays. » Le bureau exécutif convoqua donc le 8 juillet à cinq heures de l’après-midi quinze personnes — Guo Weiyi, Huo Shouhua, Li Huisheng, Chen Gongzhe, Lu Weichang, Yao Chanbo, Zheng Zhuochen, Cheng Zipei, Chen Shichao, Chen Tiesheng, Jin Guangyao, Ning Zhuting, Weng Yaoheng, Zhou Xisan et Li Yaobang — pour en délibérer au restaurant Lingnan. Tous jugèrent qu’il fallait convoquer une grande assemblée pour décider. Le 28 août, directeurs, employés et membres tinrent une réunion commune au Lingnan ; le président était le vieux directeur Yuan Hengzhi. On décida d’employer ces trente mille pièces à acheter, à droite de l’association, plus de dix arpents de terre, pour y créer un jardin public ; Wang Weifan proposa de le nommer « jardin public Jingwu » (精武公園). L’assemblée décida aussi d’en faire une idée mondiale : tout être humain, pourvu qu’il observe les règles communes de la civilité, serait admis à s’y promener. C’est cela qu’on appelle l’humanité et la justice. M. l’anonyme, s’il le savait, hoccherait la tête en signe d’approbation. On y travaille activement ; d’ici au début du printemps de la neuvième année (1920), à l’angle des rues Baikal et Dalian, le jardin public Jingwu se dressera, éclatant. J’écris ceci pour en sonner les premières notes.

☉精武村初唱 — Les premiers chants du village Jingwu, par Huo Shouhua

精武公園議定之翌日。公哲煒昌蟾伯唯一等。更商購公園後方之地。闢一精武村。村例不許有不規則之行動。蓋沿精武式也。此後卽多一正當淸潔之地方。吾願居此者。永遠守此精武式而勿變。

Le lendemain du jour où le jardin public fut décidé, Gongzhe, Weichang, Chanbo, Weiyi et d’autres délibérèrent encore d’acheter le terrain derrière le jardin pour ouvrir un « village Jingwu ». Les règles du village n’y tolèrent aucune conduite irrégulière, car elles suivent la manière Jingwu. Dès lors il y aura un lieu de plus, honnête et propre. Je souhaite que ceux qui l’habiteront gardent toujours cette manière Jingwu, sans jamais la changer.

Notes du traducteur

  1. La nature du volume. Le Jingwu benji n’est pas un manuel technique : c’est un livre d’archive et de propagande, où les essais doctrinaux (partie I) voisinent avec les notices administratives (partie II), les programmes de cérémonies, les listes de membres et les poèmes d’amis. Les parties III à VI, qui décrivent les arts enseignés et contiennent le répertoire des démonstrations, sont traduites dans d’autres articles de ce site. Le ton de Chen Tiesheng et de Wu Rongxu — un lyrisme de discours civique, mêlant Confucius, Wilson, « l’essence nationale » et l’hygiène du sang — est celui de 1919, à la charnière du mouvement de la Nouvelle Culture et du « salut national par le corps » (強種救國, « renforcer la race pour sauver le pays »).

  2. La « Grande Doctrine Jingwu ». Chen Tiesheng justifie son titre par une analogie avec la Société des nations, dont le pacte fut signé quelques semaines après la parution du livre, sur le modèle fédéral américain. Le mot 主義 (zhuyi, « doctrine, -isme ») venait alors d’entrer dans la langue politique chinoise et servait à désigner tout programme d’action collective ; il ne s’agit donc pas d’une idéologie au sens moderne, mais d’un projet d’organisation de la société par l’éducation physique.

  3. 么匿 et 拓都. Ces deux termes, employés au § « Le but », sont les transcriptions par Yan Fu (嚴復) des mots anglais unit et total : l’individu comme unité, la société comme totalité. La formule « l’unité saine, la totalité gagnée » (么匿健全,拓都普及) résume la doctrine sociale de l’association.

  4. L’uniforme et les insignes. Le 愛國布 (« tissu patriotique ») est un coton tissé à la main en Chine, que le mouvement du Jingwu recommandait pour ne pas acheter de tissus étrangers. Les 通明鈕, « boutons ouverts », sont des boutons-nœuds plats en tissu, disposés de façon que la poitrine reste lisse : la pratique de la boxe comporte en effet des frappes de la main sur sa propre poitrine, qu’un bouton dur rendrait douloureuses. Le drapeau (blanc, trois étoiles rouge, bleue et jaune) et l’emblème (le bouclier) sont les deux signes distinctifs de l’association ; le bouclier d’honneur en cuivre, décerné à l’unanimité, était la seule récompense matérielle admise par les statuts.

  5. Les « têtes de mouton avariées ». L’allusion (爛羊頭) vient des Annales des Han postérieurs : sous l’empereur Ling, des titres de marquis furent vendus à tant de gens que le peuple raillait « les têtes de mouton pourries [qui] obtiennent le titre de marquis ». Chen Tiesheng l’oppose à la rigueur de l’octroi du bouclier.

  6. Les dates. Les textes comptent les années à partir de la fondation de la République (1912), et par années du cycle sexagésimal (gengxu 庚戌 = 1910, xinhai 辛亥 = 1911). Les équivalents grégoriens sont donnés entre parenthèses ; les dimensions, données en 生的米達 (shengdi mida, centimètres), ont été converties en centimètres, et non en pouces comme dans la version anglaise de référence.

  7. Le récit de la mort de Huo Yuanjia. La version qu’en donne Chen Tiesheng en 1919 — le défi des étrangers, les deux combattants du Nord, le médecin complice, le remède « qui pourrit lentement les poumons » conservé à l’hôpital public — est la première mise en forme écrite de ce qui devint la légende fondatrice de Jingwu.

  8. Les noms. Ils sont donnés en pinyin ; les caractères ne sont reproduits que pour les personnes citées plusieurs fois. 金湘帆 Jin Xiangfan est le nom social de 金曾澄 Jin Zengcheng ; 温欽甫 Wen Qinfu, celui de 温宗堯 Wen Zongyao.

Texte chinois source : 《精武本紀》 (Jingwu benji, « Annales du Jingwu »), préfaces et parties I (言論) et II (事實), publié par l’Association athlétique chinoise Jingwu (中國精武體育會), Shanghai, décembre 1919 — recueil collectif composé par Chen Tiesheng (陳鐵生, dit Zhuomei 卓枚), avec les photographies de Chen Gongzhe (陳公哲), les préfaces de Sun Yat-sen (孫文, 20 octobre 1919) et de Zhu Zhixin (朱執信, novembre 1919) et la calligraphie d’Hu Hanmin (胡漢民). L’édition de 1919 est dans le domaine public. Les images reproduites ici — couverture, portraits, calligraphies, pages des préfaces, photographies des locaux, drapeaux et insignes — sont des scans du texte chinois original de 1919, tirés de la traduction anglaise de Paul Brennan : page « The 100th Anniversary of the 10th Anniversary Book ». Traduction française établie directement à partir du texte chinois pour ce site ; la traduction anglaise de M. Brennan n’a servi qu’à vérifier le sens.