Le Beng bu quan (崩步拳, « la boxe des pas d’avalanche ») est l’un des enchaînements fondamentaux de la boxe de la mante (螳螂拳), celui que l’on enseigne aux débutants après le Tan tui. Huang Hanxun (黃漢勛, 1915-1974), de Shunde (順德) au Guangdong, élève de Luo Guangyu (羅光玉) de Penglai, en avait déjà publié une première version en 1947 dans sa collection de livres sur la mante. En 1954, à la demande de ses lecteurs et parce que l’édition précédente était épuisée, il en donna cette nouvelle édition revue (重訂, la préface est datée du deuxième mois d’hiver de l’année jiawu, novembre- décembre 1954) : les photographies de son maître Luo Guangyu, publiées en couverture de la revue Wushu zazhi (武術雜誌) pendant l’été et l’automne 1954, remplacent celles où il posait lui-même.

La nouveauté de ce volume tient ailleurs : à chaque posture est joint un quatrain — parfois un quatrain de cinq caractères — introduit par la mention 范公語, « parole de Maître Fan », c’est-à-dire de Fan Xudong (范旭東), le maître de Luo Guangyu. Ces chants ne décrivent pas les mouvements, que le texte en prose exposait déjà en 1947 ; ils en donnent l’intention, le jugement, la rudesse. C’est cette suite de quarante-sept chants que l’on trouvera ici, dans l’ordre de l’enchaînement, avec la préface du livre et l’essai final de l’auteur sur vingt-cinq ans de pratique.

Huang Hanxun est mort le 23 décembre 1974 ; le texte chinois appartient donc au domaine public depuis le 1ᵉʳ janvier 2025.

Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.

Page de titre (書名頁)

重訂崩步拳

黃漢勛編署

Beng bu quan révisé (重訂崩步拳), calligraphie de Huang Hanxun.

Calligraphie du titre de l’édition de 1954 : 重訂崩步拳, de la main de Huang Hanxun

Liste des postures (拳勢名目)

  1. 中平雙蓄勢 — Posture centrale et égale, double réserve
  2. 跨虎斜補捶 — Posture du tigre assis, poing de complément en diagonale
  3. 跨虎捕蟬式 — Posture du tigre assis, saisir la cigale
  4. 登山左揷掌 — Posture de l’ascension, paume pénétrante gauche
  5. 登山右補捶 — Posture de l’ascension, poing de complément droit
  6. 縱跳封統捶 — Bond, poing qui scelle et transperce
  7. 入環右疊肘 — Posture du genou en anneau, coude empilé droit
  8. 入環右崩捶 — Posture du genou en anneau, poing d’avalanche droit
  9. 背踢雙撥掌 — Coup de pied arrière, double paume qui écarte
  10. 馬式雙封手 — Posture du cavalier, double main qui scelle
  11. 登山刁劈捶 — Posture de l’ascension, main crochetante et poing qui fend
  12. 右抅摟採手 — Saisie de la main droite qui accroche et cueille
  13. 跨虎番車式 — Posture du tigre assis, la roue qui tourne
  14. 登山左揷掌 — Posture de l’ascension, paume pénétrante gauche
  15. 登山右補捶 — Posture de l’ascension, poing de complément droit
  16. 馬式雙封手 — Posture du cavalier, double main qui scelle
  17. 登山右腰斬 — Posture de l’ascension, tranche à la taille à droite
  18. 馬式左崩捶 — Posture du cavalier, poing d’avalanche gauche
  19. 提腿左刁手 — Jambe levée, main crochetante gauche
  20. 提腿反提刁 — Jambe levée, crochet inversé qui relève
  21. 馬式右劈軋 — Posture du cavalier, fendre et écraser à droite
  22. 扭步左黏肘 — Pas tordu, coude collant gauche
  23. 登山左拐肘 — Posture de l’ascension, coude qui frappe à gauche
  24. 登山右斜掌 — Posture de l’ascension, paume oblique droite
  25. 馬式正補捶 — Posture du cavalier, poing de complément frontal
  26. 雙刁左揪腿 — Double crochet, jambe accrochée à gauche
  27. 雙刁右揪腿 — Double crochet, jambe accrochée à droite
  28. 跨虎反捆手 — Posture du tigre assis, double main qui ligote
  29. 踢腿刁取眼 — Coup de pied, crochet pour crever l’œil
  30. 提腿相擊掌 — Jambe levée, paumes qui se frappent
  31. 刁手反衝爪 — Main crochetante, griffe qui contre
  32. 拼腿上圈捶 — Jambes jointes, poing en cercle haut
  33. 提腿下截捶 — Jambe levée, poing qui coupe vers le bas
  34. 提腿上挑捶 — Jambe levée, poing qui relève vers le haut
  35. 登山封齊掌 — Posture de l’ascension, paume qui scelle et égalise
  36. 反封左措捶 — Contre-scellement, poing qui presse à gauche
  37. 迎封右措捶 — Scellement d’accueil, poing qui presse à droite
  38. 掛手頂臍捶 — Main qui suspend, poing qui presse au nombril
  39. 吞塌右扇風 — Effondrement avalé, éventail à droite
  40. 吞塌左扇風 — Effondrement avalé, éventail à gauche
  41. 吞塌右扇風 — Effondrement avalé, éventail à droite
  42. 引針右腰斬 — Aiguille guidée, tranche à la taille à droite
  43. 登山左圈捶 — Posture de l’ascension, poing en cercle gauche
  44. 登山左崩捶 — Posture de l’ascension, poing d’avalanche gauche
  45. 七星左刁手 — Posture des sept étoiles, main crochetante gauche
  46. 七星右補捶 — Posture des sept étoiles, poing de complément droit
  47. 跨虎捕蟬式 — Posture du tigre assis, saisir la cigale

Préface de l’auteur (自序)

漢勛於八年前,編著螳螂拳叢書第二種時,亦以崩步拳列之,當時是側重於姿勢之正面,以便利閱讀者之易看,然於本來方向頗有出入之處,對未學此拳者易陷迷糊之境,今夏應武術雜誌之約,以先師遺譜刋載於封面,自登出後,疊承海內外知交來函,促以該版重將崩步刋印成冊,漢既承雅囑,復以前編崩步拳已售罄多時,因興此重訂之念,

Voici huit ans, lorsque je composai et publiai le deuxième titre de la collection des livres sur la boxe de la mante (螳螂拳叢書第二種), j’y avais déjà fait figurer le Beng bu quan. J’avais alors privilégié la vue de face des postures, pour que le lecteur les vît plus aisément ; mais cela s’écarte sensiblement des orientations réelles et plonge facilement dans la confusion ceux qui n’ont pas encore appris ce set. Cet été, à l’invitation de la revue Wushu zazhi (武術雜誌), j’ai fait paraître en couverture les photographies laissées par mon maître défunt. Depuis leur publication, les lettres de mes amis du pays et de l’étranger se sont accumulées, me pressant de réimprimer en volume ce Beng bu d’après cette version. Ayant reçu ces obligeantes instances, et l’édition antérieure du Beng bu quan étant depuis longtemps épuisée, j’ai conçu l’idée de cette nouvelle édition revue.

先師遺譜是根據此拳順序之演習者,間或有背式而致手步不清楚者,祈於説明文字中求正確之解答,至文字方面統照拙著第二種崩步拳中所述者,

Les photographies laissées par mon maître défunt suivent l’ordre d’exécution du set ; il arrive qu’une posture soit prise de dos, de sorte que les mains et les pieds n’y sont pas clairs : je demande au lecteur de chercher la réponse exacte dans le texte explicatif. Quant au texte, il reprend partout ce que j’avais exposé dans mon deuxième ouvrage sur le Beng bu quan.

或有人以有拳術圖解必連及(虛線)(過渡式)始易學習,誠然,若能運用上述兩種方式,或能輔助按圖學習之利,惟漢勛以為拳術著作之本意,事實供人參攷而已!苟人人能購一本書,便可習精通拳技者,毋寧是奢望耶,是故漢不作此畫龍添睛之事者,實本此意旨,非不欲持此以通拳術之利人也,區區之意尚希海內外同道鑒諒。

Certains diront qu’un manuel illustré de boxe doit y joindre des (pointillés) et des (postures de transition) pour être facile à apprendre. C’est vrai : l’emploi de ces deux procédés pourrait faciliter l’étude d’après les images. Mais j’estime, moi Hanxun, que le véritable propos d’un ouvrage de boxe est en fait de servir de référence. Que quiconque achète un livre puisse de ce seul fait maîtriser la technique du poing serait-il autre chose qu’une ambition démesurée ? Si donc je ne me suis pas livré à ce travail de « peindre le dragon et lui ajouter la prunelle », c’est bien pour cette raison, et non que je refuse de mettre ce moyen au service de la diffusion de l’art. Ces modestes intentions, j’espère que mes pairs du pays et de l’étranger les comprendront et me les pardonneront.

黃漢勛自序於精武港會 甲午仲冬

Huang Hanxun, préface de l’auteur, à l’Association Jingwu de Hong Kong, second mois d’hiver de l’année jiawu (novembre-décembre 1954).

Les quarante-sept chants de Maître Fan (范公語)

Chaque section donne le nom de la posture tel que le porte le livre, le chant chinois et sa traduction, puis la photographie de Luo Guangyu qui lui fait face dans l’édition originale.

第一式 中平雙蓄勢 — Posture centrale et égale, double réserve

范公語:
中平蓄勢觀動靜
子午認淸操穩定
目看四面聽八方
苦功用來技術精

Au centre, on accumule la force et l’on observe le mouvement et le repos ;
que le ziwu soit reconnu avec clarté, l’exercice reste stable.
Les yeux regardent les quatre côtés, les oreilles écoutent les huit directions :
à force d’un travail amer, la technique devient raffinée.

Posture 1 — Posture centrale et égale, double réserve : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第二式 跨虎斜補捶 — Posture du tigre assis, poing de complément en diagonale

范公語:
斜步跨虎至堪誇
海底補捶任由他
長攻短守左輔右
虛實相衡方到家

Le pas en diagonale dans le tigre assis est vraiment digne d’éloges ;
sous la mer, le poing de complément va son chemin, laissant l’autre faire.
La longue attaque, la courte défense : la gauche assiste la droite.
Ce n’est qu’avec plein et vide à égalité que l’on est enfin arrivé.

Posture 2 — Posture du tigre assis, poing de complément en diagonale : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第三式 跨虎捕蟬式 — Posture du tigre assis, saisir la cigale

范公語:
螳螂捕蟬施威勇
十二法門任君用
閃賺騰挪開合閉
剛柔虛實守中庸

La mante saisit la cigale et déploie sa puissance hardie ;
les douze portes de méthode sont à votre disposition.
Esquiver, leurrer, bondir, se déplacer, ouvrir, fermer, sceller.
Dur et souple, vide et plein : gardez le juste milieu.

Posture 3 — Posture du tigre assis, saisir la cigale : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第四式 登山左揷掌 — Posture de l’ascension, paume pénétrante gauche

范公語:
登山揷掌逞豪強
迎胸直貫法至良
偏身側馬連消打
穩紮穩打符理想

Gravir la montagne et lancer la paume : faire montre de vigueur ;
aller droit au travers de la poitrine est la meilleure des méthodes.
Le corps tourné, en cheval de biais, on neutralise et l’on frappe d’un même élan.
S’enraciner solidement, frapper solidement : voilà qui répond à l’idéal.

Posture 4 — Posture de l’ascension, paume pénétrante gauche : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第五式 登山右補捶 — Posture de l’ascension, poing de complément droit

范公語:
順步補捶連消打
左右相衡甚可嘉
中心平取無處躱
長短攻守至堪誇

Poing de complément sur le pas qui suit : neutraliser et frapper d’un même élan.
La gauche et la droite s’équilibrent : c’est fort louable.
Prendre le centre bien à plat : il n’y a plus où se cacher.
Longue et courte portée, attaque et défense : vraiment digne d’éloges.

Posture 5 — Posture de l’ascension, poing de complément droit : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第六式 縱跳封統捶 — Bond, poing qui scelle et transperce

范公語:
揉升進退疾更捷
縱步出身創基業
封手直統面門打
螳臂當車壯且烈

Monter, avancer, reculer : prompt et plus prompt encore.
Le pas bondissant qui jette le corps fonde une base durable.
La main qui scelle, la poussée droite : frapper à la porte du visage.
Les bras de la mante contre le char : puissant et farouche.

Posture 6 — Bond, poing qui scelle et transperce : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第七式 入環右疊肘 — Posture du genou en anneau, coude empilé droit

范公語:
跌勢疊肘破千斤
燕靑當年占拏眞
分毫不差靠入環
秘傳妙法炳乾坤

La chute dans le coude empilé brise mille livres de force ;
Yan Qing, en son temps, tint vraiment la saisie.
Pas l’ombre d’une erreur, à condition de s’appuyer sur le genou en anneau :
les méthodes secrètes transmises brillent sous le ciel et sur la terre.

Posture 7 — Posture du genou en anneau, coude empilé droit : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第八式 入環右崩捶 — Posture du genou en anneau, poing d’avalanche droit

范公語:
疊肘崩捶是相連
螳螂捕蟬勢莫延
摔捋分式短打妙
剛柔相濟可實現

Le coude empilé et le poing d’avalanche vont d’un seul tenant ;
comme la mante qui saisit la cigale, que la posture ne traîne pas.
Jeter, tirer, séparer : le miracle de la frappe courte ;
et le dur et le souple qui s’entraident peuvent se réaliser.

Posture 8 — Posture du genou en anneau, poing d’avalanche droit : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第九式 背踢雙撥掌 — Coup de pied arrière, double paume qui écarte

范公語:
背後被襲勢難防
掌撥腿打不彷徨
瞻前顧後顯奇功
螳螂手法紹王朗

Une attaque surprise dans le dos est malaisée à défendre ;
la paume écarte, la jambe frappe, sans hésitation.
Voir devant et pourvoir derrière : prodige de mérite ;
les méthodes de main de la mante prolongent celles de Wang Lang.

Posture 9 — Coup de pied arrière, double paume qui écarte : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第十式 馬式雙封手 — Posture du cavalier, double main qui scelle

范公語:
順手牽羊螳螂手
餓虎尋食把步走
雙封緊湊毋輕縱
覓得離群充我口

« Tirer la brebis d’une main légère » : voilà la main de la mante ;
« le tigre affamé cherche pitance » : voilà le pas qui marche.
Le double scellement serre de près, sans rien lâcher à la légère ;
repérer celui qui s’écarte du troupeau et s’en remplir la bouche.

Posture 10 — Posture du cavalier, double main qui scelle : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第十一式 登山刁劈捶 — Posture de l’ascension, main crochetante et poing qui fend

范公語:
刁劈勢不凡
登山往前扳
虛實分剛柔
衝破萬重關

Le crochet et la fente : posture hors du commun.
Gravir la montagne, tirer en avant.
Vide et plein départagent le dur et le souple.
Enfoncer dix mille redoutes.

Posture 11 — Posture de l’ascension, main crochetante et poing qui fend : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第十二式 右抅摟採手 — Saisie de la main droite qui accroche et cueille

范公語:
抅摟採手有流源
勞山一脈正統傳
不容妄改前人技
天下一家世相聯

La main qui accroche, cueille et tire a son origine ;
la lignée du mont Lao en est la transmission orthodoxe.
Il n’est pas permis de modifier à la légère l’art des anciens :
sous le ciel une seule maison, les générations sont liées.

Posture 12 — Saisie de la main droite qui accroche et cueille : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第十三式 跨虎番車式 — Posture du tigre assis, la roue qui tourne

范公語:
翻車螳螂兩相依
遠攻近打尤稱意
邁步跨虎勢奔騰
連消化打更可恃

La roue qui tourne et la mante s’appuient l’une sur l’autre ;
attaquer de loin, frapper de près : rien de plus satisfaisant.
Allonger le pas dans le tigre assis, la force jaillit comme un torrent ;
neutraliser, transformer et frapper : on peut s’y fier.

Posture 13 — Posture du tigre assis, la roue qui tourne : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第十四式 登山左揷掌 — Posture de l’ascension, paume pénétrante gauche

范公語:
登山揷掌再逞強
迎胸直貫法至良
偏身側馬連消打
故技重施符理想

Gravir et lancer la paume : faire de nouveau montre de force ;
aller droit au travers de la poitrine reste la meilleure méthode.
Le corps tourné, en cheval de biais, neutraliser et frapper d’un même élan :
rejouer l’ancienne technique répond encore à l’idéal.

Posture 14 — Posture de l’ascension, paume pénétrante gauche : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第十五式 登山右補捶 — Posture de l’ascension, poing de complément droit

范公語:
二次補捶連消打
左右相衡甚可嘉
中心直取勢難防
長攻短守至堪誇

Le second poing de complément neutralise et frappe d’un même élan ;
la gauche et la droite s’équilibrent : c’est fort louable.
Frapper droit au centre : la position est malaisée à défendre.
Longue attaque, courte défense : vraiment digne d’éloges.

Posture 15 — Posture de l’ascension, poing de complément droit : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第十六式 馬式雙封手 — Posture du cavalier, double main qui scelle

范公語:
霸王讌客將酒敬
順步牽纏不留停
陰陽雙封難解脫
騎馬穩打步步營

Le roi-hégémon festoie un hôte et lui présente le vin ;
sur le pas qui suit, enlacer et enrouler sans s’arrêter.
Le double scellement du yin et du yang : malaisé de s’en dégager.
En cheval, frapper avec stabilité, chaque pas comme un camp retranché.

Posture 16 — Posture du cavalier, double main qui scelle : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第十七式 登山右腰斬 — Posture de l’ascension, tranche à la taille à droite

范公語:
登山靠步右腰斬
抵禦乏術實羞慚
貼身扣打無處躱
金相遺法至堪參

Gravir la montagne et coller au pas, trancher à la taille de la droite ;
n’avoir aucun art pour se défendre, quelle honte en vérité.
Corps contre corps, saisir et frapper : il n’y a plus où se cacher.
La méthode laissée par Jin Xiang mérite grandement d’être étudiée.

Posture 17 — Posture de l’ascension, tranche à la taille à droite : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第十八式 馬式左崩捶 — Posture du cavalier, poing d’avalanche gauche

范公語:
馬式斜勢左崩捶
緩滯不前至堪摧
泰山劈頂勢如虹
矯捷如龍不可追

En cheval, le corps de biais, le poing d’avalanche de la gauche ;
l’adversaire ralenti, empêtré, est tout prêt à être brisé.
Le mont Tai fend le crâne : l’allure est celle d’un arc-en-ciel.
Souple et prompt comme un dragon, on ne peut être rattrapé.

Posture 18 — Posture du cavalier, poing d’avalanche gauche : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第十九式 提腿左刁手 — Jambe levée, main crochetante gauche

范公語:
連環踢腿須愼防
提步獨立毋著慌
刁手隨下危卽解
太祖雲遊把賢訪

Une suite continue de coups de pied demande un soin extrême à parer ;
lever le pas et se tenir sur une jambe, sans se troubler.
Le crochet descend et le danger se dissipe aussitôt :
tel l’empereur Taizu courant le monde en quête des sages.

Posture 19 — Jambe levée, main crochetante gauche : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第二十式 提腿反提刁 — Jambe levée, crochet inversé qui relève

范公語:
前後呼應破連環
上下雙抅並無難
鴛鴦腿法枉用功
毒著用來暴且殘

L’avant et l’arrière se répondent et brisent l’enchaînement ;
accrocher en haut et en bas n’a rien de difficile.
Les coups de pied « canards mandarins » auront été peine perdue ;
ces procédés venimeux sont brutaux et cruels.

Posture 20 — Jambe levée, crochet inversé qui relève : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第二十一式 馬式右劈軋 — Posture du cavalier, fendre et écraser à droite

范公語:
進馬劈軋雄且勁
欲施破手亦難逞
卸步穿橋大有為
千鈞壓勢至可驚

Avancer en cheval, fendre et écraser : fier et vigoureux.
Celui qui voudrait briser la main n’y parviendrait pas.
Décharger le pas et percer le pont : grande est la portée.
Une pression de mille livres : de quoi effrayer.

Posture 21 — Posture du cavalier, fendre et écraser à droite : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第二十二式 扭步左黏肘 — Pas tordu, coude collant gauche

范公語:
扭步變勢左黏肘
纏封緊湊密且週
長攻短打稱佳著
氣勢如虹猛虎吼

Tordre le pas et changer de posture, coude collant de la gauche ;
enrouler et sceller de près, dense et complet.
Longue attaque menée en frappe courte : voilà une belle technique.
L’élan est un arc-en-ciel, la puissance un rugissement de tigre.

Posture 22 — Pas tordu, coude collant gauche : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第二十三式 登山左拐肘 — Posture de l’ascension, coude qui frappe à gauche

范公語:
登山拐肘用漏打
肩肘出擊勢力大
拚身入陣莫顧忌
衝鋒破敵可顯咱

Gravir la montagne, coude qui frappe, en s’engouffrant dans la faille ;
l’épaule et le coude portés en avant ont grande puissance.
Risquer son corps dans la mêlée, sans arrière-pensée ;
charger et briser l’ennemi : voilà comment se montrer.

Posture 23 — Posture de l’ascension, coude qui frappe à gauche : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第二十四式 登山右斜掌 — Posture de l’ascension, paume oblique droite

范公語:
變式斜勢右揷掌
緊緊相隨任飛翔
彼轉我變不客緩
技登峯極世可昌

Changer de posture, se mettre de biais, lancer la paume de la droite ;
suivre de tout près, où qu’il s’envole.
Qu’il tourne, je change : pas un instant de retard.
La technique au sommet : le monde peut en prospérer.

Posture 24 — Posture de l’ascension, paume oblique droite : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第二十五式 馬式正補捶 — Posture du cavalier, poing de complément frontal

范公語:
正面直補毋使漏
勿謂無心斜揷柳
爾虞我詐逞奇能
剛柔長短為我有

De face, le poing de complément droit, sans laisser de jour ;
ne dites pas que c’est sans dessein, comme on plante un saule de biais.
Chacun trompe l’autre et fait montre de talents singuliers :
dur et souple, long et court, tout m’appartient.

Posture 25 — Posture du cavalier, poing de complément frontal : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第二十六式 雙刁左揪腿 — Double crochet, jambe accrochée à gauche

范公語:
擒拏揪腿法至良
金鷄鎖喉如翼掠
分金定寸守中宮
毒手擅用人不諒

Saisir et accrocher la jambe : méthode excellente ;
le coq d’or serre la gorge, comme une aile qui balaie.
Départager l’or et fixer le pouce, garder le palais du centre ;
qui excelle en mains venimeuses n’est pas compris des autres.

Posture 26 — Double crochet, jambe accrochée à gauche : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第二十七式 雙刁右揪腿 — Double crochet, jambe accrochée à droite

范公語:
左右連環勢難禦
上下刁揪至不愚
螳螂獨步震山左
庸手劣技歎不如

À gauche et à droite en chaîne : la position est malaisée à tenir ;
accrocher en haut, tirer en bas : rien de sot là-dedans.
Le pas unique de la mante ébranle le Shandong ;
les mains médiocres, aux techniques chétives, soupirent de ne pouvoir suivre.

Posture 27 — Double crochet, jambe accrochée à droite : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第二十八式 跨虎反捆手 — Posture du tigre assis, double main qui ligote

范公語:
跨虎捆打破千鈞
翻騰撲擊震乾坤
深研武功揚四海
駕越同儕志不群

Ligoter dans le tigre assis brise mille livres de force ;
bondir, culbuter, se jeter et frapper ébranle ciel et terre.
Creuser profondément l’art martial et le répandre aux quatre mers ;
surpasser ses pairs d’une volonté hors du commun.

Posture 28 — Posture du tigre assis, double main qui ligote : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第二十九式 踢腿刁取眼 — Coup de pied, crochet pour crever l’œil

范公語:
抹眉啄眼更撩陰
手腳分途如分金
春雷乍響難掩耳
上下如同一線針

Effacer le sourcil, becqueter l’œil et fouailler l’aine ;
la main et le pied prennent des voies distinctes, comme on départage l’or.
Le tonnerre du printemps éclate : pas le temps de se couvrir les oreilles.
En haut et en bas, comme une aiguille sur une même ligne.

Posture 29 — Coup de pied, crochet pour crever l’œil : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第三十式 提腿相擊掌 — Jambe levée, paumes qui se frappent

范公語:
提腿擊掌分陰陽
拳腳相向定短長
知己知彼有玄妙
兵書熟讀作棟樑

Lever la jambe et frapper les paumes départage le yin et le yang ;
le poing et le pied face à face fixent le court et le long.
Se connaître et connaître l’autre a sa mystérieuse profondeur ;
lire assidûment les livres de guerre, voilà de quoi être un pilier.

Posture 30 — Jambe levée, paumes qui se frappent : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第三十一式 刁手反衝爪 — Main crochetante, griffe qui contre

范公語:
刁手反衝取肺腑
詭詐百出世不古
肋內經常露破綻
守禦得法吾陣固

Le crochet et la poussée inverse vont chercher les poumons ;
cent ruses au grand jour : le siècle n’est plus celui des anciens.
Sous les côtes il y a toujours quelque faille qui se montre ;
défendre selon la méthode, et ma formation tient bon.

Posture 31 — Main crochetante, griffe qui contre : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第三十二式 拼腿上圈捶 — Jambes jointes, poing en cercle haut

范公語:
圈打太陽把足拚
左右相依得其平
掄拳出擊勢莫禦
塞外留名霍去病

Le cercle frappe la tempe, le pied vient se joindre ;
gauche et droite s’appuient l’une sur l’autre et trouvent l’équilibre.
Le poing lancé en tournoyant part à l’attaque : rien ne l’arrête.
Au-delà des passes, Huo Qubing laissa son nom.

Posture 32 — Jambes jointes, poing en cercle haut : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第三十三式 提腿下截捶 — Jambe levée, poing qui coupe vers le bas

范公語:
提截劈殺勢莫當
千軍萬馬橫掃蕩
中途攔擊稱妙著
攘臂當車一螳螂

Lever, intercepter, fendre, tuer : rien ne tient contre cela ;
mille soldats, dix mille chevaux, tout est balayé.
Intercepter en chemin s’appelle un coup admirable ;
les bras levés contre le char : une mante.

Posture 33 — Jambe levée, poing qui coupe vers le bas : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第三十四式 提腿上挑捶 — Jambe levée, poing qui relève vers le haut

范公語:
上挑下劈兩相衡
四至八道意通亨
勿謂提步可衝擊
緊防穿撇無僥倖

Relever en haut et fendre en bas se font équilibre ;
les quatre directions et les huit voies, l’intention circule partout.
Ne croyez pas qu’un pas levé suffise à charger ;
gardez-vous du percement et du jeté : la chance n’est d’aucun secours.

Posture 34 — Jambe levée, poing qui relève vers le haut : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第三十五式 登山封齊掌 — Posture de l’ascension, paume qui scelle et égalise

范公語:
封手齊掌登山步
荊棘滿途非坦路
妄動須防此殺手
一念之差百世奴

Main qui scelle et paume qui égalise, en pas de montagne gravie ;
les ronces couvrent la route, ce n’est pas un chemin uni.
Qui bouge à la légère doit craindre ce coup homicide ;
une pensée qui dévie, et l’on est esclave pour cent générations.

Posture 35 — Posture de l’ascension, paume qui scelle et égalise : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第三十六式 反封左措捶 — Contre-scellement, poing qui presse à gauche

范公語:
一朝縱敵數世患
封手措捶解脫難
擒拏秘法傳上古
於今用之無處攔

Laisser échapper l’ennemi une seule fois, c’est un malheur pour des générations ;
main qui scelle et poing qui presse : malaisé de s’en dégager.
Les méthodes secrètes de saisie nous viennent de la haute antiquité ;
les employer aujourd’hui, et rien ne peut les arrêter.

Posture 36 — Contre-scellement, poing qui presse à gauche : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第三十七式 迎封右措捶 — Scellement d’accueil, poing qui presse à droite

范公語:
縱橫破敵任施為
尺寸之間定經緯
纏封徧遇擒拏打
天賦技能可發揮

Briser l’ennemi de toute part, à sa guise ;
entre le pied et le pouce se décident la chaîne et la trame.
Enrouler, sceller partout où l’on rencontre, saisir et frapper :
l’aptitude reçue en don peut enfin se déployer.

Posture 37 — Scellement d’accueil, poing qui presse à droite : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第三十八式 掛手頂臍捶 — Main qui suspend, poing qui presse au nombril

范公語:
掛手頂臍上下分
攻守之道要平均
變步換勢須敏捷
若有徧差倒乾坤

Main qui suspend et poing au nombril : le haut et le bas se départagent ;
l’art de l’attaque et de la défense veut l’égalité.
Changer de pas et de posture exige prestesse ;
au moindre écart, ciel et terre se renversent.

Posture 38 — Main qui suspend, poing qui presse au nombril : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第三十九式 吞塌右扇風 — Effondrement avalé, éventail à droite

范公語:
八不打中有扇風
非輕容易逞徧鋒
呑塌伸前將步扣
螳螂技成賴王公

Parmi les huit points qu’on ne frappe pas figure l’éventail ;
ce n’est pas chose aisée de s’y porter d’un trait.
Dans l’effondrement avalé, étendre la jambe avant et crocheter le pas :
l’art de la mante s’achève grâce à Maître Wang.

Posture 39 — Effondrement avalé, éventail à droite : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第四十式 吞塌左扇風 — Effondrement avalé, éventail à gauche

范公語:
扇風須有連環用
今人難得賁育勇
施展端賴心與意
橫衝硬擊是平庸

L’éventail veut être employé en chaîne ;
les hommes d’aujourd’hui ont rarement le courage de Ben et de Yu.
Pour le déployer, tout dépend du cœur et de l’intention ;
foncer de biais et frapper dur n’est que médiocrité.

Posture 40 — Effondrement avalé, éventail à gauche : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第四十一式 吞塌右扇風 — Effondrement avalé, éventail à droite

范公語:
返身扇風施故技
精妙絕倫至可紀
鐵掌羅漢同稱功
英雄自古有時機

Se retourner pour l’éventail et rejouer l’ancienne technique ;
l’exquise subtilité en est digne d’être notée.
La paume de fer et les exercices du luohan sont loués de même ;
depuis toujours les héros ont leur heure.

Posture 41 — Effondrement avalé, éventail à droite : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第四十二式 引針右腰斬 — Aiguille guidée, tranche à la taille à droite

范公語:
腰斬穿花先引針
螳螂技術證古今
十二柔中有八剛
運用存乎一點眞

Trancher à la taille et percer la fleur : d’abord tirer l’aiguille ;
la technique de la mante fait preuve hier comme aujourd’hui.
Dans les douze souplesses il y a huit duretés ;
l’application tient à un seul point de vérité.

Posture 42 — Aiguille guidée, tranche à la taille à droite : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第四十三式 登山左圈捶 — Posture de l’ascension, poing en cercle gauche

范公語:
登山圈捶勢莫禦
太陽衞首綽有餘
衝鋒陷陣用剛手
勇往直前勿猶疑

Gravir et lancer le poing en cercle : rien ne résiste ;
la tempe garde la tête avec du champ de reste.
Pour charger et enfoncer les lignes, on use de la main dure ;
aller hardiment de l’avant, sans hésiter.

Posture 43 — Posture de l’ascension, poing en cercle gauche : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第四十四式 登山左崩捶 — Posture de l’ascension, poing d’avalanche gauche

范公語:
迎面崩捶登山步
前後兩式同一路
硬拱疊肘分先後
分毫不差須有度

Poing d’avalanche au visage, en pas de montagne gravie ;
la posture d’avant et celle d’après vont par le même chemin.
L’arche dure et le coude empilé se succèdent ;
pas l’ombre d’une erreur, il faut de la mesure.

Posture 44 — Posture de l’ascension, poing d’avalanche gauche : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第四十五式 七星左刁手 — Posture des sept étoiles, main crochetante gauche

范公語:
七星刁手小擒拏
徧肩墜肘是精華
抅纏虛式先試鋒
虛實分明乃到家

Le crochet des sept étoiles est une petite saisie ;
abaisser l’épaule et laisser tomber le coude en est la fine substance.
Accrocher et enrouler en posture vide, pour tâter d’abord la pointe ;
vide et plein nettement départagés : voilà l’art consommé.

Posture 45 — Posture des sept étoiles, main crochetante gauche : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第四十六式 七星右補捶 — Posture des sept étoiles, poing de complément droit

范公語:
七星補捶勢如虹
進步出手逞豪強
實捶虛步站得穩
休道吾拳疊疊重

Le poing de complément des sept étoiles a l’allure d’un arc-en-ciel ;
avancer et lancer la main, faire montre de vigueur.
Poing plein, pas vide, et pourtant l’on se tient d’aplomb :
ne dites pas que mon poing s’entasse et pèse.

Posture 46 — Posture des sept étoiles, poing de complément droit : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

第四十七式 跨虎捕蟬式 — Posture du tigre assis, saisir la cigale

范公語:
返身捕蟬作收式
氣平心和勿休戚
精神氣力更未盡
留待有時喜添益

Se retourner pour saisir la cigale : c’est la posture de clôture ;
souffle égal et cœur en paix, sans vaine agitation.
L’esprit et la force ne sont pas encore épuisés :
on les garde pour l’occasion, où le plaisir s’accroît.

Posture 47 — Posture du tigre assis, saisir la cigale : photographie de Luo Guangyu dans l’édition de 1954

Essai final 二十五年來對螳螂拳之認識 — Vingt-cinq années de connaissance de la boxe de la mante

中國拳術多有偏重之弊,有崇柔手,當變化者,有善短打,求硬拚者,有長橋大馬,拋手遠擊者,有集全力於下三路專以掃膛為能事者,有穩紮穩打,先求能守,然後始及於攻者,有貼身靠步以求跌撲對方者不一而足,實為代表中國拳術某一長處,唯螳螂拳則有綜合各種長處之妙,如(引針腰斬)(左右獻桃)(美女過橋)(雙匿爪)(迎面掌)(左右穿梭)等俱為善變化而屬柔軟如曲水浸紗,隨波逐浪之連綿不絕者之柔手也。(如疊肘硬拱)(扭身黏肘)(順步拐肘)(摔捋硬崩)纏措並加之剛而短打之手豈非為短打硬拚之法歟!

Les boxes chinoises ont souvent le défaut de privilégier un aspect aux dépens des autres. Les unes prisent les mains souples qui savent se transformer ; d’autres excellent dans la frappe courte et cherchent l’affrontement de force ; d’autres allongent le pont et élargissent le cheval pour lancer la main et frapper de loin ; d’autres concentrent toute leur puissance dans les trois niveaux inférieurs et font leur unique affaire de balayer ; d’autres s’enracinent et frappent avec stabilité, cherchant d’abord à pouvoir défendre avant d’en venir à l’attaque ; d’autres encore collent le corps et le pas pour faire choir l’adversaire — et la liste est sans fin. Chacune représente assurément un mérite de la boxe chinoise. Or seule la boxe de la mante (螳螂拳) a l’art de réunir tous ces mérites : ainsi d’(aiguille guidée, tranche à la taille), d’(offrir la pêche à gauche et à droite), de (la belle femme traverse le pont), des (doubles griffes cachées), de la (paume au visage), de la (navette qui va et vient à gauche et à droite) — toutes mains souples qui savent se transformer, tendres comme l’eau sinueuse qui imbibe la gaze, suivant la vague, continues et ininterrompues. Et d’autre part le (coude empilé à l’arche dure), le (corps tordu, coude collant), le (pas qui suit, coude qui frappe), le (jeté, tiré, avalanche dure), enrouler et presser en y joignant la dureté — n’est-ce pas là la main courte et dure, la méthode de la frappe courte et de l’affrontement de force ?

如(左右跨步搶進)(迎面直統)(十字直統)(進退翻車)(高低轆轤)等手法非為長攻遠取者耶!

Ainsi du (pas d’approche à gauche et à droite qui se rue en avant), de la (poussée droite au visage), de la (poussée droite en croix), de la (roue qui avance et recule), du (treuil haut et bas) : ne sont-ce pas là des méthodes de longue attaque et de prise au loin ?

如(揪腿)(穿掌蹬𨁏)(穿捶蹬𨁏)(封手蹬𨁏)(疊肘蹬𨁏)(吞塌扇風)(封手撲腿)(連環掃腿)等俱為致力於下三路之手步腿法也。

Ainsi de la (jambe accrochée), de la (paume qui perce et jambe qui pousse), du (poing qui perce et jambe qui pousse), de la (main qui scelle et jambe qui pousse), du (coude empilé et jambe qui pousse), de l’(effondrement avalé, éventail), de la (main qui scelle et jambe qui fond), des (jambes qui balaient en chaîne) : toutes sont des méthodes de main, de pas et de jambe vouées aux trois niveaux inférieurs.

如(左右躱剛)(撤步挑掌)等斯乃先求能守始及於攻之法矣。

Ainsi de l’(esquive de la dureté à gauche et à droite) et du (pas retiré, paume relevée) : voilà des méthodes où l’on cherche d’abord à pouvoir défendre avant d’en venir à l’attaque.

如(入環仰膀)(繞手滾膀)(封手雙撞)等俱為貼身靠步跌撰對方之法也。

Ainsi du (genou en anneau, épaule renversée), de la (main qui enroule, épaule qui roule), de la (main qui scelle, double heurt) : toutes sont des méthodes pour coller au corps, coller au pas et faire choir l’adversaire.

如是而論螳螂拳實為集合各家之所長於一身矣,然同但知螳螂拳為快速之拳術,練時祗知求快速美觀為能事,若持此作根據,則徒得斯拳之外貌耳!正如俗謂:(銀樣臘槍頭)中看不中用也。

Ainsi donc, la boxe de la mante réunit-elle en elle les points forts de toutes les écoles. Mais l’on ne connaît d’ordinaire la boxe de la mante que comme un art rapide, et à l’entraînement on ne cherche que vitesse et beauté du geste : si l’on s’en tient là, on n’en obtient que l’apparence extérieure. C’est exactement ce que dit le proverbe : (une pointe de lance en argent, mais de cire) — belle à regarder, inutile à l’usage.

譬喻:學習珠算(打算盤)先嚴守本位,認淸變化,心算,口訣,俱已純熟方可打迅速之珠算,否則必錯誤百出矣。

Prenons une comparaison : pour apprendre le calcul au boulier, il faut d’abord tenir rigoureusement la position des boules et distinguer clairement les transformations ; ce n’est qu’une fois le calcul mental et les formules récitées parfaitement maîtrisés que l’on peut se lancer dans un calcul rapide — autrement les erreurs se multiplieront.

練拳亦然,先能使每動作之身手腿步皆有正確之認識,默誌於心,而按式操練,至純熟後始續漸增加其速度,此為正確之法,是故螳螂拳經有云:(出手快,盤式慢。)之語,進而出手踢腿俱著著幻出假想敵於面前,使手足不致無的放矢也,行之有素便是練螳螂拳眞確之途經矣,茲以本書缺少,文稿一則,乃臨時寫此以塡空白,經騐云乎哉。

Il en va de même dans la pratique du poing : il faut d’abord se faire une idée juste du corps, des mains, des jambes et des pas de chaque mouvement, la garder silencieusement en mémoire, puis s’exercer selon les formes ; une fois la pratique consommée, on augmente peu à peu la vitesse : voilà la méthode correcte. C’est pourquoi le classique de la boxe de la mante dit : (la main sort vite, la forme se déroule lentement). Ensuite, à chaque sortie de main et à chaque coup de pied, on fait surgir devant soi un adversaire imaginaire, afin que mains et pieds ne tirent pas au hasard. Agir ainsi avec constance, c’est le vrai chemin de la pratique de la boxe de la mante. Comme il manquait à ce livre un texte, j’en ai écrit un sur-le-champ pour combler le vide — est-ce là de l’expérience ?


Notes du traducteur

  1. Maître Fan (范公), c’est-à-dire Fan Xudong (范旭東) du village de Yuli (于里), au Shandong, maître de Luo Guangyu et grand-père de l’école de la mante du Nord telle qu’elle fut enseignée à Hong Kong par le Jingwu. Si ces quatrains sont de sa main, de celle de Luo Guangyu ou de Huang Hanxun lui-même, la question n’est pas tranchée ; leur attribution traditionnelle n’en est pas moins significative.
  2. Terminologie : jin (勁), la force interne, par opposition à li (力), la force musculaire brute. Tun ta (吞塌, « effondrement avalé ») désigne la posture où l’on « avale » puis « s’effondre » en reculant le poids. Diao shou (刁手) est la main crochetante, cai shou (採手) la main qui cueille, qin na (擒拏) la saisie-verrouillage.
  3. Les huit points à ne pas frapper (八不打), rappelés par la posture 39, énumèrent les cibles jugées trop dangereuses pour le jeu : parmi elles, les deux oreilles, d’où le nom de « l’éventail » (扇風).
  4. Les douze souplesses et les huit duretés (十二柔中有八剛), évoquées à la posture 42, forment un couple de listes traditionnelles de la mante qui classent les techniques selon leur qualité d’énergie.
  5. Allusions : Yan Qing (posture 7), héros du Shuihu zhuan ; Huo Qubing (posture 32), général des Han ; Ben et Yu (孟賁, 夏育, posture 40), lutteurs de l’antiquité ; l’empereur Taizu (posture 19), fondateur des Song et figure fondatrice de plusieurs boxes ; « les bras de la mante contre le char » (posture 6), image du Zhuangzi.
  6. Ordre et graphie : les numéros de posture et les variantes de caractères du livre (呑 pour 吞, 揷 pour 插, 徧 pour 遍, 第四十伍式 pour 第四十五式) sont conservés dans les citations ; les noms de postures sont donnés en caractères modernes dans la liste. Certains poèmes comportent des vers qui font écho au texte en prose de l’édition de 1947 (par exemple « le poing de complément » 補捶, « la tranche à la taille » 腰斬) ; le lecteur qui veut le détail des mouvements se reportera à la traduction du Beng bu quan de 1947 déjà publiée sur ce site.
  7. La traduction a été faite directement sur le texte chinois reproduit par Brennan ; sa traduction anglaise n’a pas été utilisée.
  8. Les images : les quarante-huit planches reproduites ici — la calligraphie liminaire de Huang Hanxun et les quarante-sept photographies de Luo Guangyu — sont les planches de l’édition de 1954 telles qu’elles figurent dans l’article de Brennan. Ce sont des documents de l’édition originale du texte chinois, donc dans le domaine public ; ce ne sont ni des créations graphiques modernes ni des photographies de l’éditeur du blog. Le plan d’orientation (形勢圖) de l’article de Brennan, annoté en anglais de sa main, n’a pas été repris.

Source du texte chinois : 《重訂崩步拳》 (« Le Beng bu quan révisé »), compilé et rédigé par Huang Hanxun (黃漢勛, 1915-1974) de Shunde, photographies de Luo Guangyu, publié à Hong Kong en 1954 ; texte relevé dans l’article « Bengbu Poems » de Paul Brennan (https://brennantranslation.wordpress.com/2025/06/30/bengbuquan-poems/), dont la traduction anglaise n’a pas été utilisée. Texte chinois et planches du livre dans le domaine public (Huang Hanxun, mort le 23 décembre 1974). Les images reproduites ici sont les planches de l’édition chinoise d’origine. Traduction française : nouvelle traduction réalisée à partir de l’original chinois pour ce site.