Le Chen shi taiji quan tushuo (陳氏太極拳圖說, « Le taiji quan de la famille Chen expliqué en figures ») est l’ouvrage théorique majeur de Chen Xin (陳鑫, 1849-1929), lettré de Chenjiagou (province du Henan), de la seizième génération de la famille fondatrice de l’école Chen. Composé jusqu’en 1919, il fut publié à titre posthume en 1933. Chen Xin y commente chaque posture de l’enchaînement en la rattachant au néo-confucianisme, au Yijing et à la cosmologie du Wuji et du Taiji, dans une prose classique dense et sans ponctuation, mêlant les indications corporelles les plus concrètes (points d’acupuncture, orientation des orteils, enroulement du jin) aux considérations les plus abstraites sur le yin et le yang.

La troisième des treize sections (勢) entre lesquelles Chen Xin découpe l’enchaînement comporte deux postures seulement : la cinquième, 白鵝亮翅 (Bai e liang chi, « l’oie blanche déploie ses ailes »), et la sixième, 摟膝拗步 (Lou xi ao bu, « frôler le genou, pas croisé »). Les deux n’en font qu’une : la première ouvre, la seconde ferme, et Chen Xin ne cesse de le rappeler au fil du commentaire. C’est dans cette section qu’il expose le plus longuement sa conception de l’attraction (引) et du partage du yin et du yang entre les parties du corps, avec un développement entier sur le souffle défensif (衞氣) et les méridiens.

Le texte chinois est dans le domaine public : Chen Xin est mort en 1929 et l’ouvrage, composé avant 1919, a été publié en 1933.

Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.

Titre et attribution

第三勢

陳鑫

Troisième section, extraite du Taiji quan de la famille Chen expliqué en figures (陳氏太極拳圖說), par Chen Xin.

Ouverture de la section (第三勢)

第三勢 白鵝亮翅 摟膝拗步 共二勢兩儀生四象也白鵝以起其勢摟膝拗步象乾坤坎離四卦之位

Troisième section : 白鵝亮翅 (Bai e liang chi, « l’oie blanche déploie ses ailes »), 摟膝拗步 (Lou xi ao bu, « frôler le genou, pas croisé »).

Deux postures en tout. Les deux figures [du yin et du yang] engendrent les quatre images : « l’oie blanche déploie ses ailes » met la posture en branle, puis « frôler le genou, pas croisé » figure les positions des quatre trigrammes Qian, Kun, Kan et Li.

Posture 5 : « L’oie blanche déploie ses ailes » (白鵝亮翅)

第五勢 白鵝亮翅

Cinquième posture : 白鵝亮翅 (Bai e liang chi).

Consignes de tenue

頂精領起來

L’énergie du sommet de la tête est conduite vers le haut.

眼神看住右手與之同行不可旁視

Le regard reste posé sur la main droite et l’accompagne dans son trajet ; il ne doit pas s’égarer de côté.

胸間勁亦若隨住右手與左手先從右向下而左而上至右繞一大圈

Le jin (勁) de la poitrine semble lui aussi suivre la main droite : les deux mains décrivent d’abord, en partant de la droite, un grand cercle — vers le bas, puis vers la gauche, puis vers le haut, et de nouveau vers la droite.

右肘沉下 左肘沉下

Le coude droit s’enfonce vers le bas, le coude gauche s’enfonce vers le bas.

腰勁㩑住

Le jin des reins est tenu tiré vers le bas.

右膝屈三四寸 左膝亦屈三四寸

Les genoux se fléchissent de trois ou quatre pouces, le droit comme le gauche.

此勢以右手為住先以右手領起右足向右邊(卽北方)繞一大圈右足向右開步不過尺四五寸

Dans cette posture, c’est la main droite qui commande. Elle conduit d’abord le pied droit, qui décrit un grand cercle vers la droite (c’est-à-dire vers le nord) ; le pied s’ouvre vers la droite d’un pied à un pied et demi au plus.

左手隨住右手領起左腳亦繞一大圈左足隨右足至右足邊與右足去三四寸足點住地(言左足五指點住地)是虛步為下勢伏脈二手相去尺一二寸

La main gauche suit la main droite et conduit de même le pied gauche, qui décrit lui aussi un grand cercle. Le pied gauche vient auprès du pied droit, à trois ou quatre pouces de lui, posé sur la pointe — c’est-à-dire que les cinq orteils du pied gauche touchent le sol : c’est un pas vide, qui tient la veine en réserve pour la posture suivante. Les deux mains sont à un pied ou un pied et quart l’une de l’autre.

右足至右邊踏住地當足未著地時足隨手繞一圈

Le pied droit se pose à droite, sur le sol ; avant qu’il ne prenne appui, il décrit une révolution en accompagnant la main.

左足此未成著時中道方運行形勢漸運漸行至右足邊與右足相去或二三寸或三四寸右足五趾點住地此成勢也

Quant au pied gauche, il n’a pas encore pris appui : son trajet se poursuit à mi-course, la figure se mouvant peu à peu jusqu’auprès du pied droit, à deux ou trois pouces, ou trois ou quatre pouces de lui ; les cinq orteils touchent le sol, et la posture est dès lors constituée.

白鵝亮翅是摟膝上半勢摟膝是下半勢兩勢合之方成一勢

« L’oie blanche déploie ses ailes » est la première moitié de « frôler le genou » ; « frôler le genou » en est la seconde moitié ; ce n’est qu’en les réunissant toutes deux qu’on obtient une seule technique.

Le jin qui attire

此引勁也

Ici, il s’agit du jin qui attire (引勁).

右手發端 似止不止

Point de départ de la main droite : elle semble s’arrêter sans s’arrêter.

右手從右乳前去乳七八寸遠向下向左上行由左向右視右足所開步之大小以為起止上下一齊運行故彼此相顧

La main droite, partant de devant le sein droit à sept ou huit pouces de lui, descend, va vers la gauche, remonte, puis revient de la gauche vers la droite. C’est l’ampleur du pas ouvert par le pied droit qui fixe son départ et son arrêt ; le haut et le bas se meuvent d’un même mouvement, et c’est pourquoi l’un et l’autre se répondent.

左手發端 停而不停

Point de départ de la main gauche : elle s’arrête sans s’arrêter.

中開兩手相去尺二寸

À l’ouverture, les deux mains sont à un pied deux pouces l’une de l’autre.

左手隨右手起止右手起左手亦起右手繞圈左手亦圈繞右手停左手亦停如夫唱婦隨意

La main gauche suit la main droite : quand la droite part, la gauche part aussi ; quand la droite décrit son cercle, la gauche décrit le sien ; quand la droite s’arrête, la gauche s’arrête aussi — comme le mari chante et la femme répond.

心

(Le centre du cercle.)

心氣由右下行 至左上行 復轉至右

Le souffle du cœur descend à droite, monte à gauche, puis revient vers la droite.

中間一畫陰陽二氣合一卽中氣也亦是自右發端向下而左而上而右至右勁對頭方止其勁視右手之起止以為起止

Le trait unique au milieu : les deux souffles, yin et yang, s’unissent en un seul, et c’est le souffle médian (中氣). Lui aussi part de la droite, descend, va vers la gauche, remonte, revient vers la droite, et ne s’arrête qu’une fois parvenu en face du jin de droite ; son départ et son arrêt sont réglés sur ceux de la main droite.

此卽太和元氣週流無間觀此圖內勁運行自可默會其意

C’est le souffle originel de la grande harmonie, qui circule sans interruption. À considérer ces figures, le cheminement du jin interne se laisse comprendre en silence.

Les pieds en mouvement

足運行圖

Figures du mouvement des pieds.

白鵝亮翅以右手為主左手為賓足亦然左足隨左手右運右足向右立定住腳步然後左足繞向右運行手能並運足不能並行並行則僕

Dans « l’oie blanche déploie ses ailes », la main droite est l’hôte et la main gauche l’invité ; il en va de même des pieds : le droit est l’hôte, le gauche l’invité, et le pied gauche suit la main gauche dans son mouvement vers la droite. Le pied droit se porte vers la droite et s’y « pose fermement » ; c’est ensuite que le pied gauche décrit son arc vers la droite. Les mains peuvent se mouvoir ensemble, les pieds ne le peuvent pas : s’ils se mouvaient ensemble, on tomberait.

開步向右去隨住右手勁一齊向右運動右足指平踏向西北方止

Le pas s’ouvre vers la droite, en suivant le jin de la main droite et en se mouvant avec lui vers la droite ; les orteils du pied droit viennent se poser à plat vers le nord-ouest, et le mouvement s’arrête.

足指點地虛立

Les orteils [du pied gauche] touchent le sol : station vide.

Application : attirer sans frapper

如以打人論

Si l’on parle de l’application contre un adversaire.

如敵人制我右肘卽以右肘向左引之囘而擊之制我左手左手在左卽以左手向右引而擊之制我左右手卽以左右手向右引之此勢但形引勁未說到擊人處

Si l’adversaire maîtrise mon coude droit, je conduis ce coude vers la gauche pour l’attirer, puis je frappe en revenant. S’il maîtrise ma main gauche — la main gauche étant à gauche —, je conduis la main gauche vers la droite pour l’attirer, puis je frappe. S’il maîtrise mes deux mains, je les conduis l’une et l’autre vers la droite pour l’attirer. Cette posture ne montre que le jin qui attire : il n’y est pas encore question de frapper.

此與下一勢界限分處此勢以引足為止學者多性躁未下工夫先好打人不知侵到何處卽以何處引擊不拘定格聊舉一二以示之不輕言恐起學者躁心不下工夫故不輕言

C’est ici que cette posture se sépare de la suivante : elle a pour terme l’attraction achevée. Nombre d’élèves ont le caractère impatient ; sans avoir fait le travail préparatoire, ils aiment déjà frapper. Ils ne savent pas que, partout où l’adversaire pénètre, c’est là même qu’il faut attirer et frapper. Il n’y a point de forme fixe : je n’en donne qu’un ou deux exemples pour faire comprendre, et je ne m’étends pas, de crainte d’éveiller l’impatience des élèves, qui négligeraient alors le travail — voilà pourquoi je n’en dis pas davantage.

前圖宜用意默會切勿淡漠視之耳

Il faut méditer ces figures en esprit, et se garder de les regarder d’un œil indifférent.

Pourquoi ce nom

何謂白鵝亮翅如白鵝之鳥舒展羽翼象形也以右手領住左手先下降至左脅前去脅七八寸許先繞一圈畢再以左手領住右手斜勢由下逆行而上向右邊去只繞大半個圈如鵝展翅之形似停不停

Pourquoi ce nom, « l’oie blanche déploie ses ailes » ? C’est l’image de l’oiseau appelé oie blanche qui étend ses ailes : une figure prise sur le vif. La main droite est d’abord conduite par la main gauche et descend jusqu’en avant du flanc gauche, à sept ou huit pouces de lui, achevant un premier cercle. Ensuite la main gauche est conduite par la main droite, qui s’élève en diagonale depuis le bas, à rebours, et se porte vers la droite, n’accomplissant qu’un peu plus d’un demi-cercle : les mains ont alors la figure de l’oie qui déploie ses ailes, et le mouvement semble s’arrêter sans s’arrêter.

右足向右行亦繞大半個圈開步約一尺有餘右足指向北平實踏地左足隨右足行到右足邊腳指點立於地亦伏下勢開步之易左足虛右足實中間胸向北西(解見前)

Le pied droit avance vers la droite, décrivant lui aussi un peu plus d’un demi-cercle, et ouvre un pas d’un pied et plus ; les orteils pointés vers le nord, il se pose à plat sur le sol. Le pied gauche suit le pied droit jusqu’à côté de lui, les orteils posés sur le sol, prêt lui aussi à l’ouverture du pas de la posture suivante. Le pied gauche est vide, le pied droit plein ; entre les deux, la poitrine est tournée vers le nord-ouest (voir l’explication plus haut).

胸中內勁如太和元氣旋轉先自右向下向左逆行而上從左而右轉夠一圈與手足一齊停止

Le jin interne de la poitrine, tel le souffle originel de la grande harmonie, tourne d’abord de la droite vers le bas et la gauche, remonte à rebours, passe de la gauche à la droite, achève une révolution entière et s’arrête en même temps que les mains et les pieds.

右手過首在右距右耳尺許左手隨右手運行至鼻前左手斜朝上去臉七八寸許左手與右手相去一尺餘眼看住兩中指

La main droite, passant devant la tête, s’arrête à droite, à un pied environ de l’oreille droite ; la main gauche suit le mouvement de la main droite et vient devant le nez, inclinée vers le haut à sept ou huit pouces du visage ; les deux mains sont à plus d’un pied l’une de l’autre. Le regard se pose sur les deux majeurs.

頂領項直沉肘壓肩胸含住屈膝開𦡁左足虛倒立右足平踏地

Le sommet de la tête conduit, la nuque est droite ; les coudes s’enfoncent, les épaules pressent vers le bas, la poitrine se contient creuse ; les genoux se fléchissent, l’entrejambe (𦡁) s’ouvre ; le pied gauche, vide, repose sur la pointe, le pied droit à plat sur le sol.

此勢雖名為一勢實半勢為其鈍是引進落空(去聲)意且盡是開意無合意必與下勢合成一勢大局方得停住

Bien que cette posture porte un nom propre, elle n’est en réalité qu’une demi-technique ; son terme est un temps d’arrêt, et son intention tout entière est d’attirer l’adversaire qui s’avance pour le faire choir dans le vide (le caractère se prononce au quatrième ton). Elle n’est faite que d’ouverture, sans intention de fermeture : il faut la joindre à la posture suivante pour former une seule technique, et alors seulement l’ensemble trouve où s’arrêter.

Le symbole : l’hexagramme Bi (比)

取象

Prise de figure dans le Livre des mutations.

此勢有比之意左手隨右手運行胸亦隨右手轉圈比之自內柔順中正左足隨右足運行合觀之有外比之象有顯比之吉

Cette posture a le sens de l’hexagramme Bi (比, « s’unir »). La main gauche suit le mouvement de la main droite, la poitrine suit elle aussi la révolution de la main droite : c’est le « s’unir de l’intérieur », souple, docile, droit au centre. Le pied gauche suit le mouvement du pied droit : à considérer l’ensemble, on a la figure du « s’unir au-dehors » et l’heureuse fortune du « s’unir manifeste ».

此勢以左隨右上下皆然但引而不擊得下卦坤之柔上掛坎之剛中意故取諸比

Dans cette posture, la gauche suit la droite, en haut comme en bas ; mais l’on ne fait qu’attirer, sans frapper, ce qui réalise la souplesse du trigramme inférieur Kun et la dureté centrale du trigramme supérieur Kan : c’est pourquoi l’on prend l’image de Bi.

上下相隨剛來而下柔動而說隨故又取諸隨君子以嚮晦入宴息但引而不擊可也

Le haut suit le bas ; le dur vient et le souple descend ; le mouvement réjouit, et l’on suit : c’est pourquoi l’on prend aussi l’image de Sui (隨, « suivre »). « Le gentilhomme, quand vient le crépuscule, rentre et se repose. » Attirer sans frapper : c’est bien cela.

Poèmes

七言俚語 閒來無事看白鵝 右翅舒展又一波 兩手引來捼峯勢 奚殊秋水出大阿

Poème en vers de sept caractères :

Aux jours de loisir, sans affaire, regardez l’oie blanche : elle déploie son aile droite, et voici une nouvelle onde. Les deux mains attirent l’adversaire, comme on froisse une cime : en quoi cela diffère-t-il de l’eau d’automne jaillissant de la grande épée ?

其二 元氣何從識太和 右輾(輾者轉之半)兩手弄秋螺 北方引進神機足 亮翅由來有白鵝(人之涵養元氣如鵝伏而不動以養精神)

Second poème :

Où donc reconnaître la grande harmonie du souffle originel ? À droite, l’on fait demi-tour (輾, c’est la moitié d’une révolution), les deux mains jouent avec la spirale d’automne. Vers le nord, l’on attire et l’on fait entrer : le pas recèle une mécanique divine. Déployer les ailes, voilà qui vient de l’oie blanche.

(Chez l’homme, nourrir le souffle originel est comme l’oie qui se tient tapie, immobile, pour nourrir son esprit.)

前題五言絕 不是蛾眉月 摩來肖逼眞(兩肘彎屈胸如鞠躬) 弓彎何不發 一發倍精神

Poème en vers de cinq caractères sur le même sujet :

Ce n’est pas un croissant de lune aux sourcils de beauté, et pourtant, ainsi frotté, il en prend le vrai visage. (Pour cela, les deux coudes se fléchissent et la poitrine s’incline comme dans une salutation.) L’arc est bandé : pourquoi ne pas décocher ? Une fois décoché, l’esprit redouble.

Posture 6 : « Frôler le genou, pas croisé » (摟膝拗步)

第六勢 摟膝拗步

Sixième posture : 摟膝拗步 (Lou xi ao bu).

Consignes de tenue

此勢面向正西有太和元氣氣象又合伏羲八卦乾坤坎離四方正位

Cette posture fait face au plein ouest ; elle a l’allure du souffle originel de la grande harmonie, et s’accorde aux positions droites des quatre points cardinaux dans les huit trigrammes de Fuxi : Qian, Kun, Kan et Li.

頂勁以中氣領起全身

Le jin du sommet conduit tout le corps au moyen du souffle médian.

左肩沉下勿上架 右肩沉下

L’épaule gauche s’abaisse et ne doit pas se relever en portique ; l’épaule droite s’abaisse.

胸如鞠躬向前微彎四面包涵住

La poitrine s’incline comme dans une salutation, se courbe légèrement vers l’avant et enveloppe de ses quatre côtés.

左肘微扭作反背後手束住腕向上外方內圓用纏絲勁手落後脊骨上

Le coude gauche se tord légèrement en arrière du dos ; la main, serrée, le poignet tourné vers le haut ; carré au-dehors, rond au-dedans, par le jin de soie enroulée (纏絲勁, chan si jin), la main vient se poser en arrière sur la colonne vertébrale.

右肘撐開外方內圓側櫺住手落在胸前 右手去胸尺四五寸遠柔住勁不可稍留硬氣

Le coude droit s’écarte en appui, carré au-dehors et rond au-dedans ; la main vient devant la poitrine, le tranchant en avant, à un pied quatre ou cinq pouces d’elle, avec un jin souple : qu’il n’y reste pas la moindre parcelle de dureté.

中指以鼻凖為的用纏絲勁自肩纏到手中氣行到中指頭方為運足 眼看住右手中指

Le majeur prend le nez pour cible ; le jin de soie enroulée, partant de l’épaule, s’enroule jusqu’à la main ; le souffle médian n’est tenu pour pleinement en place que lorsqu’il atteint le bout du majeur. Le regard est posé sur le majeur de la main droite.

胸腹寬宏廣大向前合住中氣貫住上下全神實有睟面盎背氣象久用其功到是境地自然知其神情卽至其境亦但可以意會不可以言傳也

La poitrine et le ventre, larges et spacieux, se ferment vers l’avant en tenant le souffle médian, qui traverse le haut et le bas et remplit tout l’esprit : on a véritablement cette allure dont parle Mencius, « la clarté sur le visage, la plénitude dans le dos ». Après un long travail, on parvient à cet état, et l’on sait alors de soi-même ce qu’il en est de cet air ; mais, une fois parvenu là, on ne peut que le saisir en esprit, non le transmettre par la parole.

腰勁𢶍下尻骨微泛起小腹自然合住勁

Le jin des reins pèse vers le bas ; le sacrum se relève légèrement, et le bas-ventre ferme naturellement son jin.

尻骨環跳蹶起來裏邊腿根撐開𦡁自開兩膝合住𦡁自然圓

Le sacrum se relève d’un coup, entraînant les points Huantiao (環跳, VB 30) ; à l’intérieur, les racines des cuisses s’écartent en appui : l’entrejambe s’ouvre d’elle-même, et comme les deux genoux ferment leur jin l’un vers l’autre, l’entrejambe devient naturellement ronde.

左膝撐開用纏絲勁自內踝外往裏纏纏到大腿根合住勁 右膝外撐裏合纏絲勁纏法與左腿同

Le genou gauche s’écarte en appui ; le jin de soie enroulée, partant de l’extérieur de la cheville interne, s’enroule vers le dedans jusqu’à la racine de la cuisse, où il se ferme. Le genou droit s’écarte au-dehors et se ferme au-dedans ; l’enroulement du jin de soie se fait comme pour la jambe gauche.

右足踏實 左足踏實

Le pied droit est plein, le pied gauche est plein.

La main gauche derrière le dos

左手恐閱者不見沿路所運之形與所倒轉之圈故亦圖在前令人見其實左手在背後腰間不可誤在前

Comme le lecteur ne verrait pas, de face, la main gauche et le cercle qu’elle décrit à rebours le long de son trajet, on l’a aussi figurée par-devant, afin que l’on voie où elle se trouve réellement : la main gauche est derrière le dos, à hauteur des reins ; qu’on ne se trompe pas en la croyant devant.

看雙線自明過後左手平分過後右手胸前

Les doubles traits le montrent assez : une fois passée [derrière], la main gauche s’écarte également, puis la main droite vient devant la poitrine.

左手在背後腰間

La main gauche est derrière le dos, à hauteur des reins.

右手平分來前看雙線自明來前

La main droite s’écarte également et vient devant : les doubles traits le montrent clairement.

此手從上下來倒轉一圈落胸前

Cette main, venant du haut et du bas, décrit une révolution à rebours et s’arrête devant la poitrine.

Le souffle défensif selon le Ling shu

靈樞衞氣行篇曰衞氣之行一日一夜五十周于身晝日行于陽廿五周夜行于陰廿五周平旦陰盡陽氣出于目目張則氣上行于頭(循精明)下足太陽膀胱經手太陽小腸經足少陽膽經手少陽三焦經足陽明胃經手陽明大腸經所謂一日而主外者如此夜則行足少陰腎經注于手少陰心經手太陰肺經足厥陰肝經足太陰脾經亦如陽行之廿五度而復合于目所平旦人氣生者卽上行于頭復合于目者是也

Le Ling shu (靈樞), au chapitre « Marche du souffle défensif » (衞氣行), dit : le souffle défensif (衞氣, wei qi) accomplit en un jour et une nuit cinquante révolutions dans le corps — le jour, il circule dans le yang vingt-cinq fois ; la nuit, il circule dans le yin vingt-cinq fois. À l’aube, le yin s’épuise, le souffle yang sort par les yeux ; les yeux s’ouvrent, et le souffle monte à la tête (suivant le Jingming), puis descend par le méridien de la vessie (taiyang du pied), le méridien de l’intestin grêle (taiyang de la main), le méridien de la vésicule biliaire (shaoyang du pied), le méridien du triple réchauffeur (shaoyang de la main), le méridien de l’estomac (yangming du pied) et le méridien du gros intestin (yangming de la main) : voilà ce qu’on appelle « gouverner l’extérieur pendant le jour ». La nuit, il circule par le méridien du rein (shaoyin du pied) et se déverse dans le méridien du cœur (shaoyin de la main), le méridien du poumon (taiyin de la main), le méridien du foie (jueyin du pied) et le méridien de la rate (taiyin du pied), accomplissant de même les vingt-cinq degrés du parcours yang, puis se réunit de nouveau aux yeux. Ce que l’on nomme « la vie du souffle humain à l’aube », c’est justement cette montée à la tête puis cette réunion aux yeux.

打拳每一勢陽氣一動一周身至于靜一靜一周身卽心之一念動陽氣卽一周于身一念靜陰氣卽周于一身無間斷時

Dans chaque posture de la boxe, le souffle yang se met en branle et fait une révolution dans tout le corps ; vient le calme, et une révolution du calme embrasse tout le corps. Une seule pensée de mouvement dans l’esprit, et le souffle yang fait aussitôt une révolution dans le corps ; une seule pensée de calme, et le souffle yin fait une révolution dans le corps : il n’y a jamais d’interruption.

Yin et yang du corps

以全體論背後為陽胸前為陰肐膊手背為陽手彎肘彎為陰面為陽腦後為陰上半體為陽下半體為陰膝為陽腿肚為陰左手左足為陽右手右足為陰足面為陽足底為陰氣為陽血為陰六腑為陽五臟為陰此官骸陰陽之辨

Si l’on considère le corps entier : le dos est yang, la poitrine yin ; le dos de la main et du bras est yang, le pli du poignet et du coude yin ; le visage est yang, l’arrière de la tête yin ; la moitié supérieure du corps est yang, la moitié inférieure yin ; le genou est yang, le mollet yin ; la main et le pied gauches sont yang, la main et le pied droits yin ; le dessus du pied est yang, la plante yin ; le souffle est yang, le sang yin ; les six entrailles sont yang, les cinq viscères yin. Telle est la distinction du yin et du yang dans les organes et la charpente du corps.

Yin et yang dans le mouvement du souffle médian

以中氣之運於內者言之引勁為陰出勁為陽屈為陰伸為陽開步為陽收步為陰足點指為陰中之陽足平踏為陽中之陰

Si l’on parle du souffle médian dans son mouvement intérieur : le jin qui attire est yin, le jin qui sort est yang ; se fléchir est yin, s’étendre est yang ; ouvrir le pas est yang, le retirer yin ; poser sur la pointe des orteils est du yang dans le yin, poser à plat du yin dans le yang.

又如肐膊背面本屬陽攬擦衣之勁由右手指引而至肩形陽者勁反為陰肐膊肚本屬陰其用勁由心運到指頭形陰者勁反為陽且一齊並運此所謂陰中藏陽陽中藏陰一而二二而一

Ainsi le dos du bras appartient en propre au yang ; dans « saisir et ramener contre l’habit », le jin qui, des doigts droits, remonte jusqu’à l’épaule, a l’apparence du yang, et pourtant ce jin est yin. L’intérieur du bras appartient en propre au yin ; le jin qu’il emploie, conduit du cœur aux bouts des doigts, a l’apparence du yin, et pourtant ce jin est yang. Et les deux se meuvent ensemble : voilà ce qu’on appelle « le yang caché dans le yin, le yin caché dans le yang », une seule chose avec deux aspects, deux aspects d’une seule chose.

卽肐膊之引勁為陰一轉卽為陽勁此所謂陽根於陰肐膊肚向外運行之勁忽然收縮陰根於陽陽藏陰中陰藏陽中此所謂互為其根

Ainsi le jin qui attire le long de l’extérieur du bras est yin ; qu’il se retourne, et il devient jin yang : voilà ce qu’on appelle « le yang a sa racine dans le yin ». Le jin qui sort le long de l’intérieur du bras se retire soudain : « le yin a sa racine dans le yang ». Le yang se cache dans le yin, le yin se cache dans le yang : voilà ce qu’on appelle « l’un et l’autre ont leur racine l’un dans l’autre ».

又半引半進帶引帶進卽引卽進以引為進陰陽一齊並用此所謂道並行而不悖非陰陽合德不能

Encore : moitié attirer, moitié avancer ; en attirant, avancer ; attirer, c’est déjà avancer ; faire de l’attraction une avancée ; yin et yang employés de conserve : voilà ce qu’on appelle « deux voies qui marchent de front sans se contrarier ». Sans l’union vertueuse du yin et du yang, cela est impossible.

心機一動手卽到快莫快於此

L’esprit se met en branle, et la main arrive aussitôt : il n’est pas de vitesse plus grande que celle-là.

Le retour au champ du cinabre et les méridiens

至於中氣歸丹田之說不必執泥但使氣降於臍下小腹而已若細研之丹田非氣之原何以獨言歸此此不過略言大意而已

Quant à l’idée que le souffle médian « revient au champ du cinabre » (丹田, dantian), il ne faut pas s’y entêter : il suffit que le souffle descende sous le nombril, dans le bas-ventre. À y regarder de près, le champ du cinabre n’est pourtant pas la source du souffle : pourquoi donc dire que c’est là qu’il revient ? Ce n’est qu’une manière sommaire d’exprimer l’idée.

若究其原週身元氣皆出腎腎水足則氣自壯養於胃胃得其養則氣亦壯藏於肝肝氣一動逆氣橫生氣不得其平

Si l’on remonte à l’origine : le souffle originel du corps entier provient des reins ; quand l’eau des reins est suffisante, le souffle est de lui-même robuste. Il est nourri par l’estomac : dès que l’estomac est nourri, le souffle est robuste lui aussi. Il est emmagasiné dans le foie ; mais que le souffle du foie s’émeuve, et un souffle contraire se dresse de travers, sans que le souffle trouve son équilibre.

涵泳於心心無妄念則心平者氣自和肺主聲實鳴之以心心機何往不必聲出諸口而心先喻也

Il est baigné dans le cœur ; quand le cœur n’a point de pensées déréglées, il est en paix, et le souffle est de lui-même harmonieux. Le poumon préside à la voix, mais c’est du cœur que celle-ci reçoit sa résonance. Où que l’esprit aille, il n’est pas besoin que la voix sorte de la bouche : le cœur a compris d’avance.

壯於膽膽則無前氣亦隨之運於脾是經多氣少血聞聲則動動則運化不已心一動脾卽動矣

Il prend sa force dans la vésicule biliaire : celle-ci ne connaît rien devant elle, et le souffle se meut avec elle. Il est mis en œuvre par la rate : ce méridien a beaucoup de souffle et peu de sang ; il s’émeut au son, et cet ébranlement le fait se transformer sans cesse. Que le cœur s’émeuve, et la rate s’émeut aussitôt.

佐以大腸大腸多氣少血且為傳道之官又輔以小腸小腸在前臍上後附脊滓穢不存濁氣去而淸氣來矣

Il est secondé par le gros intestin, méridien qui a lui aussi beaucoup de souffle et peu de sang et qui est l’organe de la transmission ; il est encore assisté par l’intestin grêle, lequel est en avant au-dessus du nombril et s’attache en arrière à la colonne vertébrale : les impuretés n’y séjournent pas ; le souffle trouble s’en va, et le souffle clair arrive.

以上經絡皆有益於拳故及之

Tous ces méridiens sont utiles à la boxe, c’est pourquoi j’y ai touché.

若專言腎腎者作強之官技巧出焉是經少血多氣藏精於志精神之舍性命之根腎有兩枚枚各兩係一係於心一上通於腦氣之所生實始於此歸宿必歸到此

Si l’on ne parle que du rein : le rein est l’organe de la vigueur, et c’est de lui que sortent les habiletés. Ce méridien a peu de sang et beaucoup de souffle ; il emmagasine l’essence dans la volonté ; il est le logis de l’esprit, la racine de la nature et de la vie. Les reins sont au nombre de deux, et chacun a deux attaches : l’une va au cœur, l’autre monte au cerveau. C’est là que le souffle prend naissance, et c’est là qu’il doit revenir.

至於命門實兩腎之間氣所出入之門故曰命門拳之言腎言其出入之原故不必再說命門

Quant au mingmen (命門, « porte du destin »), il occupe l’espace entre les deux reins, là où le souffle entre et sort ; c’est pourquoi on l’appelle la « porte du destin ». Quand la boxe parle des reins, elle parle de l’origine de cette entrée et de cette sortie : il n’est donc pas nécessaire de parler encore du mingmen.

La posture décrite d’un bout à l’autre

上勢白鵝亮翅兩手舉而在上待內勁行到十分充足兩手卽平分而下右腳扭正向西左足往左開一大步二尺有餘足指亦向正西方踏實

Dans la posture précédente, « l’oie blanche déploie ses ailes », les deux mains se sont élevées et tenues en haut. Que le jin interne ait achevé sa course et soit pleinement rempli, et les deux mains descendent en s’écartant également ; le pied droit pivote pour faire face à l’ouest ; le pied gauche ouvre vers la gauche un grand pas de plus de deux pieds, les orteils posés à plat, eux aussi, vers le plein ouest.

當平分下降時右手從右膝摟過去由下向右上行轉向左轉一大圈落在胸前手側𢹝住手腕朝左手背向右手指並住斜而向上與鼻照

Au moment où les mains descendent en s’écartant, la main droite, passant à côté du genou droit, frôle celui-ci, monte de bas en haut vers la droite, tourne vers la gauche et achève un grand cercle ; elle s’arrête devant la poitrine, le tranchant de la main en avant, le poignet tourné vers la gauche, le dos de la main vers la droite, les doigts serrés, inclinés vers le haut, en vis-à-vis du nez.

左手從左膝摟過去往下由左上行復轉下向後倒轉一圈是反背勁手落在後脊中與腰平停住

La main gauche, passant à côté du genou gauche, le frôle, descend, remonte vers la gauche, redescend et tourne à rebours : c’est le jin du revers de la main, et elle vient s’arrêter en arrière, au milieu de la colonne vertébrale, à hauteur des reins.

右手亦是倒轉一圈右手與左手一齊運行一齊停止雖右手落在胸前左手落在身後中間腹背如隔一架山而右手一呼左手一應前後神情自然貫合

La main droite a également décrit une révolution à rebours ; les deux mains se meuvent ensemble et s’arrêtent ensemble. Bien que la droite s’arrête devant la poitrine et la gauche derrière le corps, comme si le ventre et le dos étaient séparés par une montagne, la droite appelle et la gauche répond : l’esprit du devant et de l’arrière se pénètre naturellement.

右手在西西坎之正位人之血氣流行如坎水周流無間右手在前顧住前面上下人不敢侵犯左手在東顧住背後人亦不敢從後突然侵犯

La main droite est à l’ouest, dans la position droite de Kan (☵, l’eau). Le sang et le souffle de l’homme circulent comme l’eau de Kan, en un flux continu et sans faille. La main droite, en avant, garde le devant, le haut et le bas : nul n’ose l’attaquer. La main gauche, à l’est, garde le dos : nul n’ose davantage surgir brusquement par-derrière.

所以然者東方屬離離中虛打拳者左手在後極虛極靈物有挨著卽知卽能隨機應之不惟手卽背面全身盡是虛靈

La raison en est que l’est se rattache au trigramme Li (☲, le feu), et que Li a le vide au milieu. Quand le pratiquant a la main gauche derrière lui, celle-ci est extrêmement vide et extrêmement vive : qu’un corps la touche, elle le sait aussitôt et sait aussitôt répondre selon l’occasion. Ce n’est pas seulement la main : tout le dos, tout le corps est vide et vif.

此左手在後非無著也左手在後束住指恐人捋住指背節折之故束以防患

Loin d’être inoccupée, la main gauche placée en arrière serre les doigts, de crainte que l’adversaire ne les saisisse et ne les brise en repliant les phalanges : elle les serre par précaution.

左肘在南南乾之正位乾健也如乾剛中凜然不敢冒犯

Le coude gauche est au sud, dans la position droite de Qian (☰, le ciel) : Qian, c’est la vigueur. Comme la dureté de Qian, il est d’un aspect si imposant que nul n’oserait l’offenser.

左肘居南右手在北北坤之正位坤順也順理順勢以應萬物易曰美在其中而暢於四支發於事業美之至也右肘深得其意矣北方雖有勁敵何懼之有

La main droite est au nord, dans la position droite de Kun (☷, la terre) : Kun, c’est la docilité — docile au principe et à la situation, pour répondre à toutes choses. Le Livre des mutations dit : « La beauté réside au-dedans, se déploie dans les quatre membres et se manifeste dans les affaires : c’est là la beauté suprême. » Le coude droit en saisit profondément l’intention. Quand bien même un adversaire redoutable viendrait du nord, qu’y aurait-il à craindre ?

至於頭耳能聽敵來之聲眼能視敵發之色頭能前後左右觸之且左右手又能上行助之此不愧乾為首為圓之象

Quant à la tête : l’oreille entend le son par lequel l’adversaire arrive, l’œil voit la couleur qu’il manifeste ; la tête peut le frapper de la tête — devant, derrière, à gauche, à droite — et les mains, montant, lui prêtent secours. Elle n’est pas indigne de l’image de Qian, qui est la tête et le rond.

至於足左來則左擺右來則右擺踢以禦前蹬以禦後足屬震震為雷一舉足如疾雷不及掩耳

Quant aux pieds : vient-on de gauche, le pied gauche balaie ; de droite, le droit balaie ; un coup de pied pare devant, un coup de talon pousse derrière. Les pieds se rattachent au trigramme Zhen (☳, le tonnerre) : levez un pied, et c’est comme le tonnerre subit, dont l’éclair ne laisse pas le temps de se boucher les oreilles.

凡敵之侵我下體者足之為功居多足之為用大矣哉諺所謂此勢六封四閉誠然

Contre tout adversaire qui attaque le bas du corps, les pieds fournissent la plupart des mérites : leur usage est grand ! Le proverbe dit de cette posture qu’elle « scelle les six directions et clôt les quatre » ; c’est vrai.

六封者上下四旁皆封住無門可入四閉者左右前後嚴以閉之無縫能擊任其虛來實來偏來(言敵以偏形進)正來(言敵以正形進)皆無虞也

« Sceller les six » : en haut et en bas, et sur les quatre côtés, tout est scellé, il n’est porte par où entrer. « Clore les quatre » : à gauche, à droite, devant, derrière, tout est étroitement clos ; il n’est fissure par où frapper. Que l’adversaire vienne en feinte, qu’il vienne en force, qu’il vienne de biais (c’est-à-dire en présentant une figure oblique) ou qu’il vienne droit (c’est-à-dire en présentant une figure droite), il n’y a rien à craindre.

Ouverture et fermeture

上勢白鵝亮翅純是開勁本勢摟膝拗步純是合勁上勢卽下勢之前半勢下勢卽上勢之後半勢一開一合自成一勢

La posture précédente, « l’oie blanche déploie ses ailes », n’est faite que du jin d’ouverture ; celle-ci, « frôler le genou, pas croisé », n’est faite que du jin de fermeture. La précédente est la première moitié de la suivante ; la suivante est la seconde moitié de la précédente. Une ouverture, une fermeture : à elles deux, elles forment une seule technique.

前之白鵝亮翅動也其停處靜也是動中之靜後之摟膝拗步動也其停處靜也合觀皆是一動一靜

Le mouvement de « l’oie blanche déploie ses ailes » est mouvement, et son point d’arrêt est calme : c’est le calme au sein du mouvement. De même, « frôler le genou, pas croisé » est mouvement, et son point d’arrêt est calme. À les considérer ensemble, on a chaque fois un mouvement et un repos.

前之靜是前半勢之末屬賓後之靜是殿全勢之終故為主

Le calme de la première est la fin de la première moitié de la technique : il est l’invité. Le calme de la seconde clôt la fin de toute la technique : il en est donc l’hôte.

上著為下著畜勢純是開故為賓下著卽接住上著左右繞罷一圈全體一齊合住上著下著一氣承接勿令神氣間斷

La technique précédente accumule la force pour la suivante, et n’étant faite que d’ouverture, elle est l’invité ; la suivante prend directement la suite de la précédente, chaque main achevant sa révolution de part et d’autre, et le corps entier se ferme d’un seul coup. La précédente et la suivante se continuent d’un seul souffle : que l’esprit et le souffle ne s’interrompent point.

上著卽開中動靜暫為賓氣尚在四支多待下勢合住然後氣歸丹田此所謂動則生陽靜則生陰一動一靜互為其根

Dans la précédente, mouvement et repos au sein de l’ouverture sont provisoirement l’invité ; le souffle est encore dispersé dans les quatre membres, et il attend que la posture suivante se referme pour revenir ensuite au champ du cinabre. C’est ce que l’on appelle « le mouvement engendre le yang, le calme engendre le yin ; un mouvement, un repos, chacun a sa racine dans l’autre ».

Les quatre trigrammes

本勢取乾坤坎離四卦

Cette posture prend les quatre trigrammes Qian, Kun, Kan et Li.

方位上己言之此勢得乾坤正氣以運週身外柔而內剛實與乾健坤順相合

L’orientation a déjà été exposée plus haut. Cette posture reçoit le souffle droit de Qian et de Kun pour le faire circuler dans tout le corps : au-dehors souple, au-dedans ferme, elle s’accorde vraiment à la vigueur de Qian et à la docilité de Kun.

心屬離腎屬坎心之虛明如離之中虛氣之充足如坎之中滿乾坤以中氣相交一變而成坎離心腎交其氣不相害而相濟蓋亦反其本矣(乾以中畫交坤得坤之中畫成離坤以中畫交乾得乾之中畫成坎反本仍歸乾坤未交本象)

Le cœur se rattache à Li, le rein à Kan. La vacuité lumineuse du cœur est comme le vide au milieu de Li ; la plénitude du souffle est comme le plein au milieu de Kan. Qian et Kun échangent leur souffle médian : d’un seul changement naissent Kan et Li — le cœur et le rein échangent, leurs souffles ne se nuisent pas mais se secourent ; c’est aussi revenir à leur racine. (Qian échange son trait du milieu avec Kun et, prenant le trait du milieu de Kun, forme Li ; Kun échange son trait du milieu avec Qian et, prenant le trait du milieu de Qian, forme Kan. Revenir à la racine, c’est revenir encore à Qian et Kun, à leur figure d’avant l’échange.)

蓋自天一生水地二生火言之似乎先水後火然志雖藏於腎而實發之於心心機一動是心中先有是意而後志帥命門之眞陽眞陰從之是志者心之所之氣之帥也

À en juger par « le ciel engendre un et l’eau », « la terre engendre deux et le feu », il semblerait que l’eau précède le feu. Pourtant, si la volonté est emmagasinée dans le rein, c’est en réalité du cœur qu’elle se manifeste : l’esprit se met en branle, l’intention est d’abord dans le cœur, et ensuite la volonté commande, et le vrai yang et le vrai yin du mingmen la suivent. La volonté est donc ce vers quoi va le cœur, le chef du souffle.

如此著陽氣該發動心意一發志卽帥命門之眞陽由腎過氣海至心運於四支至於動極靜生時心意一靜志卽帥命門之眞陰由腎歸氣海是以其用者言之故離先於坎離為主坎為用也

Ainsi, au moment où le souffle yang doit se mettre en branle, dès que l’intention s’éveille, la volonté commande : le vrai yang du mingmen, partant du rein, traverse le qihai (氣海, VC 6), parvient au cœur et se meut dans les quatre membres. Et au moment où, le mouvement parvenu à son comble, le calme naît, dès que l’intention se calme, la volonté commande, et le vrai yin du mingmen, partant du rein, revient au qihai. C’est à l’usage qu’on en parle : aussi Li précède-t-il Kan ; Li est le maître, Kan est l’instrument.

況乾坤未闢陰陽又在一堆混著體用皆具其用宜動則動宜靜則靜不可執滯

D’ailleurs, avant que Qian et Kun ne se soient ouverts, yin et yang sont encore mêlés en un tout, substance et usage y sont tous deux contenus : à l’usage, il faut se mouvoir quand il est temps de se mouvoir, se calmer quand il est temps de se calmer, sans s’obstiner ni se figer.

此著合上著論則為合合則合其四支之神不但旣成之形也旣成之形右手在前左手在後左足與右足相去幾尺似乎不專謂之合然合者其形與神不合者其四支之位置

Si l’on considère cette posture avec la précédente, on l’appelle fermeture ; mais c’est l’esprit des quatre membres qui se ferme, et non seulement la forme achevée. Dans la forme achevée, la main droite est devant, la main gauche derrière, et les pieds sont écartés de plusieurs pieds : il ne semble pas qu’on puisse proprement parler de fermeture. Ce qui se ferme, c’est l’esprit de la forme ; ce qui ne se ferme pas, c’est la disposition des quatre membres.

不如此則下勢之收無來龍矣且名之為收不放則何以收此謂合中有開合為開中之合也

S’il n’en allait pas ainsi, le retrait de la posture suivante n’aurait point d’origine. Et puisque le nom même de la posture suivante est « retrait », comment y aurait-il retrait si l’on n’avait d’abord élargi ? C’est ce qu’on appelle « l’ouverture dans la fermeture » : la fermeture est une ouverture qui se ferme.

故下著承接勢得此著若為下著設勢而實非為下著預先設勢也

Aussi la posture suivante prend-elle sa suite. On pourrait croire que cette posture dispose d’avance la posture suivante ; il n’en est rien.

實自白鵝亮翅後兩手平分或宜前或宜後足之宜開則開步之宜寬則寬其變化形勢手足位置若似應該如此實天機自然之作用非人力所能為人特順其自然之機致以行耳

En vérité, à partir du moment où, dans « l’oie blanche déploie ses ailes », les deux mains se sont écartées également, que l’une soit devant et l’autre derrière selon ce qu’il faut, que le pied s’ouvre quand il faut s’ouvrir et d’un pas large quand il faut l’élargir, les transformations de la figure et la place des mains et des pieds semblent devoir être ainsi : c’est l’opération naturelle de la mécanique céleste, non un ouvrage de force humaine ; l’homme ne fait que suivre le mouvement naturel des choses et le conduire.

至合之時氣必歸於丹田亦動極自然該靜太極循環之理不能強為更變如人到氣力用完該歇則歇勢之所至不得不然

Au moment de la fermeture, le souffle doit revenir au champ du cinabre : le mouvement parvenu à son comble, le calme s’ensuit naturellement. Les principes du retour cyclique du Taiji ne se peuvent modifier de force. Comme un homme qui, ses forces épuisées, doit se reposer, ainsi le veut la posture : il ne peut en être autrement.

此所謂一開一合莫非自然以下形勢莫非順其自然之機一開一合但開合之形勢各有不同耳

C’est ce qu’on appelle : toute ouverture et toute fermeture sont l’œuvre de la nature ; et dans les postures qui suivent, l’on ne fait que suivre le mouvement naturel — une ouverture, une fermeture, mais chaque fois la figure de l’ouverture et de la fermeture diffère.

Sur la pratique et l’application

雖然打拳不可先考此勢如何打人不知拳中每勢四面八方皆能打人但未至其時不能耳

Cependant, en pratiquant, on ne saurait d’avance se demander comment telle posture frappera l’adversaire : sachez que, dans la boxe, chaque posture peut frapper de toutes les directions et de tous les côtés ; seulement, tant que le moment n’est pas venu, cela ne se peut.

吾素所謂拳者權也所以權物而知其輕重也至耍成時吾之一身皆是拳權其所來之輕重酌量應之不拘方面不拘力之大小人所來者沒有不是的但問我之素具備與不備功夫成與不成耳

J’ai toujours dit que la boxe est une balance : elle sert à peser les choses et à connaître leur légèreté ou leur pesanteur. Quand le travail est achevé, tout mon corps est boxe ; je pèse la légèreté ou la pesanteur de ce qui vient et j’y réponds avec mesure, sans m’en tenir à une direction, sans m’en tenir à l’ampleur de la force : rien de ce que l’homme apporte ne demeure sans réponse. La seule question est de savoir si je suis préparé ou non, si mon travail est achevé ou non.

打拳原是備身法身法有正有斜有直有曲有順有逆有偏前有偏後有偏左有偏右有偏上有偏下有在地上坐有在空中飛有束住有散開種種身法不可枚舉而要以中氣行之

Pratiquer la boxe, c’est au fond s’exercer aux procédés du corps. Ces procédés sont droits ou obliques, étendus ou fléchis, dans le sens ou à rebours, inclinés en avant ou en arrière, à gauche ou à droite, vers le haut ou vers le bas ; il y en a où l’on s’assied à terre, d’autres où l’on vole en l’air, d’autres où l’on se lie, d’autres où l’on se disperse — trop pour les énumérer. L’essentiel est de les conduire par le souffle médian.

雖極倒身法極歪身法皆有中氣以貫之此臨時以意會之自知

Même les plus renversés, même les plus de travers, tous sont traversés par le souffle médian. Cela, on le comprend en esprit selon l’occasion, et l’on le sait de soi-même.

摟膝拗步正身法也上一勢卽偏右身法但可卽現在身法以求其理則得矣

« Frôler le genou, pas croisé » est un procédé du corps droit ; la posture précédente est un procédé incliné à droite. Il suffit, partant du procédé où l’on se trouve, d’en chercher la raison, et l’on tient le principe.

至於手足運動不外一圈絕無直來直去圈有正有斜有順有倒種種轉法亦各不同當因其勢之自然者轉之如上勢白鵝亮翅是順轉摟膝拗步是倒轉舉一反三以示津梁

Quant aux mouvements des mains et des pieds, ils ne sortent jamais du cercle : jamais ils ne vont ni ne viennent en ligne droite. Les cercles sont droits ou obliques, dans le sens direct ou à rebours ; les diverses façons de tourner diffèrent aussi. Il faut tourner selon ce que la posture demande naturellement : ainsi la précédente, « l’oie blanche déploie ses ailes », tourne dans le sens direct, et « frôler le genou, pas croisé » tourne à rebours. Par un exemple on en saisit trois : voilà le gué et le pont.

Poèmes

長短句俚語 拳勢本無方 不必大開大合 與下勢斜行拗步一樣樁 右手在西北 左手在東南 左足在西南 右足在東北 中間大開𦡁肱伸展 拗一步方纔停當

Poème en vers de longueur inégale :

La posture de la boxe n’a point de forme arrêtée : nul besoin de grandes ouvertures ni de grandes fermetures. Elle fait même posture (樁) que le « pas croisé en marche oblique » qui viendra plus loin. La main droite au nord-ouest, la main gauche au sud-est, le pied gauche au sud-ouest, le pied droit au nord-est, au milieu, l’entrejambe largement ouvert et les bras déployés : un pas croisé, et tout se pose.

我也曾仔細折量 兩手平分齊摟膝 右手側欞落胸堂 左手背後藏 兩足整齊向西方 旗飄整整 陣列堂堂

Moi aussi, j’ai pesé la chose avec soin : les deux mains s’écartent également, frôlant chacune son genou, la droite s’abaisse de chant devant la poitrine, la gauche se cache derrière le dos, les deux pieds s’alignent vers l’ouest, bannières flottant en bel ordre, armée rangée en pompe.

卽此勢亦見自他 有耀放祥光 何必泥古式遵今式 纔能稱彊

Cette posture seule montre déjà sa valeur : elle jette un éclat de bon augure. Pourquoi s’attacher aux formes anciennes ou suivre les modernes pour se dire fort ?

曾聽說舞劍妙術數孫娘(謂公孫大娘) 玄妙豈有常 惟善是從皆無妨 此所謂變化無方得中行 是為津梁

On a ouï conter les merveilles de la danse de l’épée de la demoiselle Sun (c’est-à-dire de la grande danseuse Gongsun) : le mystère a-t-il jamais de règle fixe ? Ne suivre que le bien : rien ne fait obstacle. C’est ce qu’on appelle « se transformer sans forme arrêtée et marcher au juste milieu » : voilà le gué et le pont.

又 出腎入腎是眞訣 纏絲勁要得身樁放正 不可搖曳 足踏穩當開圓 硬氣柔下 一樣不缺 元氣不脫 若合符節

Autre poème :

Sortir du rein, entrer dans le rein : voilà le vrai secret. Le jin de soie enroulée exige que la posture du corps soit bien droite, sans balancement. Les pieds posés avec fermeté, ouverts et ronds, que la dureté du souffle s’adoucisse : que rien ne manque de l’un ni de l’autre. Le souffle originel ne s’échappe point, et les deux s’ajustent comme les deux moitiés d’un talisman.

七言俚語 兩手平分兩足開 右前左後護胸懷 中間只要身法正 何怕週圍一齊摧

Poème en vers de sept caractères :

Les deux mains s’écartent également, les deux pieds s’ouvrent : la droite devant, la gauche derrière, gardant la poitrine. Au milieu, il suffit que le procédé du corps soit droit : que craindre si tout alentour vous assaille ?

(平分者兩手自人中平分而下兩足開者左足開步右足踵一扭便正身法正者身樁端正無所偏倚虛靈內含故不懼他人推倒此言有備無患)

(« S’écartent également » : les deux mains descendent en s’écartant à partir du point situé sous le nez. « Les deux pieds s’ouvrent » : le pied gauche ouvre le pas, le talon du pied droit pivote d’un tour, et le corps se trouve droit. « Le procédé du corps est droit » : la posture du corps est droite, sans inclinaison aucune, vide et vive au-dedans ; aussi ne craint-on pas d’être renversé par autrui. C’est ce qu’on dit : « être préparé, c’est n’avoir rien à craindre ».)

其二 太和元氣運周身 普護兩膝前後心 眼神看住中指甲 四面八方任人侵

Second poème :

Le souffle originel de la grande harmonie circule dans tout le corps ; les mains protègent partout les deux genoux, le devant et le cœur du dos. Le regard reste posé sur l’ongle du majeur : qu’on attaque des quatre directions et des huit côtés, on est prêt.

其三 自從白鵝展翅開 扣合週身護官骸 只有一點眞命脈 無妨出入任君裁

Troisième poème :

Depuis que l’oie blanche a déployé ses ailes, tout le corps se referme et garde la charpente. Il n’est qu’un point, la vraie veine de vie : qu’elle sorte ou qu’elle entre, à vous d’en décider.

(命脈者腎也中氣之所由來也動則出靜則入有定而無定言不時變易勢故陰陽二氣變易亦無定)

(La « veine de vie », c’est le rein, d’où vient le souffle médian. Au mouvement elle sort, au calme elle rentre ; il y a une règle, et il n’y a pas de règle — je veux dire que, la posture changeant sans cesse, les deux souffles yin et yang changent eux aussi sans règle fixe.)

其四 一氣旋轉自無停 乾坤正氣運鴻濛 學到有形歸無跡 方知玄妙在天工

Quatrième poème :

Un seul souffle tourne, et de soi-même ne s’arrête ; le souffle droit de Qian et de Kun met en branle le chaos primordial. Quand, de la forme apprise, on revient à l’absence de trace, alors on sait que le mystère est dans l’œuvre du Ciel.


Notes du traducteur

  1. Chen Xin et son livre. Chen Xin (陳鑫, 1849-1929), dit Pin San (品三), appartenait à la seizième génération de la famille Chen de Chenjiagou. Il consacra une grande partie de sa vie à ce commentaire posture par posture, achevé en 1919 et publié en quatre volumes en 1933, après sa mort. Les deux sections précédentes de cet ouvrage ont déjà été traduites sur ce site.
  2. Les noms des postures. 白鵝亮翅 : 白 « blanc », 鵝 « oie », 亮 « éclairer, déployer en pleine lumière », 翅 « aile ». 摟膝拗步 : 摟 « enlacer, frôler en ramenant à soi », 膝 « genou », 拗 « croiser, contraindre », 步 « pas ». L’usage courant donne aussi 摟膝拗步 pour « brosser le genou et pousser en pas croisé ».
  3. Le jin qui attire (引勁). L’attraction est l’action de conduire la force de l’adversaire dans le vide, sans la heurter ; Chen Xin la distingue rigoureusement de la frappe, et la place tout entière dans cette cinquième posture, la sixième n’étant que l’aboutissement du mouvement.
  4. Hôte et invité (主賓). Chen Xin nomme « hôte » la partie qui commande et « invité » celle qui assiste. Dans « l’oie blanche », la main et le pied droits sont l’hôte ; dans « frôler le genou », c’est le procédé du corps droit qui est l’hôte, face au procédé incliné de la posture précédente.
  5. Les unités. Le texte emploie les mesures anciennes : le pied chinois (尺, chi) vaut environ 32 cm et le pouce (寸, cun) environ 3,2 cm. « Un pied quatre ou cinq pouces » correspond donc à environ 45 à 48 cm.
  6. Le tranchant de la main (側櫺). Le caractère 櫺 désigne à l’origine le treillis d’une fenêtre ; dans le vocabulaire technique de l’école Chen, il note la main tenue sur la tranche, le bord cubital en avant. La traduction suit cet usage.
  7. Le souffle défensif (衞氣). Le passage cité provient du Ling shu (靈樞), chapitre 76, « 衞氣行 ». Chen Xin y voit la justification physiologique du partage du travail entre le jour (yang, extérieur) et la nuit (yin, intérieur), et l’applique au mouvement de chaque posture.
  8. « 睟面盎背 ». Citation de Mencius (孟子, livre VII A) : « 睟然見於面, 盎於背 » — « la clarté paraît sur le visage, la plénitude emplit le dos ».
  9. La grande épée (大阿). Dans le premier poème de la cinquième posture, 大阿 est la lecture de 太阿 (Tai’e), nom d’une épée célèbre de l’Antiquité, dont on disait qu’elle brillait comme l’eau d’automne.
  10. La demoiselle Sun (孫娘). Il s’agit de 公孫大娘, la célèbre danseuse d’épée du VIIIe siècle dont Du Fu chanta la performance ; Chen Xin la cite comme l’exemple même de la variation imprévisible.
  11. Le caractère 𦡁. Comme dans les sections précédentes, 𦡁 désigne la région du périnée entre les racines des cuisses ; les consignes de Chen Xin visent son ouverture et sa rondeur.
  12. Le texte chinois. La prose de Chen Xin est imprimée sans ponctuation ; les passages cités la reproduisent telle quelle, la traduction française restituant la ponctuation et découpant les très longs paragraphes en sections pour la lisibilité.
  13. Aucune illustration. Les huit figures jointes à la page de Brennan (drawing 3.1 à drawing 3.8) sont de petits dessins au trait de 193 à 534 pixels de côté, détourés sur fond blanc, sans légende chinoise ni trace de page imprimée : rien ne permet d’établir qu’il s’agit de reproductions des planches de l’édition de 1933 plutôt que de tracés modernes. Comme pour les première et deuxième sections, elles n’ont pas été reprises ici.

Source du texte chinois : 陳氏太極拳圖說 (Chen shi taiji quan tushuo, « Le taiji quan de la famille Chen expliqué en figures ») de Chen Xin (陳鑫, 1849-1929), manuscrit achevé en 1919, publié à titre posthume en 1933 ; troisième section (第三勢 : 白鵝亮翅, 摟膝拗步). Texte relevé dans l’article « Chen Xin, Section Three » de Paul Brennan (https://brennantranslation.wordpress.com/2026/01/12/chen-xin-section-three/). Texte chinois dans le domaine public ; traduction française nouvelle, réalisée directement à partir de l’original chinois pour ce site. Aucune image de cet article n’a été reproduite : la page de Brennan ne comporte que des figures au trait de sa main.