Le Chen shi taiji quan tushuo (陳氏太極拳圖說, « Le taiji quan de la famille Chen expliqué en figures ») est l’ouvrage théorique majeur de Chen Xin (陳鑫, 1849-1929), lettré de Chenjiagou (province du Henan), de la seizième génération de la famille fondatrice de l’école Chen. Composé jusqu’en 1919, il fut publié à titre posthume en 1933. Chen Xin y commente chaque posture de l’enchaînement en la rattachant au néo-confucianisme, au Yijing et à la cosmologie du Wuji et du Taiji, dans une prose classique dense et sans ponctuation, mêlant les indications corporelles les plus concrètes (points d’acupuncture, orientation des orteils, enroulement du jin) aux considérations les plus abstraites sur le yin et le yang.
La quatrième des treize sections (勢) entre lesquelles Chen Xin découpe l’enchaînement comporte deux postures : la septième, 初收 (Chu shou, « premier reploiement »), et la huitième, 斜行拗步 (Xie xing ao bu, « marcher en diagonale, pas croisé »). C’est la première fois que Chen Xin fait sortir les quatre membres des directions cardinales : le « pas croisé » les dispose vers les quatre coins, et il en tire un long développement sur les huit trigrammes de Fu Xi et du roi Wen.
Le texte chinois est dans le domaine public : Chen Xin est mort en 1929 et l’ouvrage, composé avant 1919, a été publié en 1933.
Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.
Titre et attribution
第四勢
陳鑫
Quatrième section, extraite du Taiji quan de la famille Chen expliqué en figures (陳氏太極拳圖說), par Chen Xin.
Ouverture de la section (第四勢)
第四勢 初收 斜行拗步 共二勢四象生八卦斜行象兌震巽艮四隅之卦
Quatrième section : 初收 (Chu shou, « premier reploiement »), 斜行拗步 (Xie xing ao bu, « marcher en diagonale, pas croisé »).
Deux postures en tout. Les quatre images engendrent ici les huit trigrammes : « marcher en diagonale » figure les positions de Dui, Zhen, Xun et Gen, les quatre trigrammes des coins.
Posture 7 : « Premier reploiement » (初收)
第七勢 初收
Septième posture : 初收 (Chu shou).
Consignes de tenue
頂勁愈要提起囚住身務使全身精神收在一處勿令少散散則身法愈小難以禦敵聚則前後左右皆可防護況名之為收引人來進之勢
L’énergie du sommet de la tête (頂勁, ding jin) doit se relever plus encore et tenir le corps comme prisonnier : il faut que l’esprit de tout le corps se rassemble en un seul point, sans se disperser si peu que ce soit. Dispersé, la technique du corps se réduit et l’on ne peut plus tenir tête à l’adversaire ; rassemblé, on se garde devant, derrière, à gauche et à droite. D’autant que cette posture s’appelle « recueillement » : c’est le geste qui attire l’adversaire à avancer.
眼看住指肚
Le regard reste posé sur la pulpe des doigts.
左肘沉下左手摔起在左腮邊左腋撐開莫貼住左肋手背向外手腕向裏
Le coude gauche s’abaisse ; la main gauche se relève d’un geste vif jusqu’à la hauteur de la joue gauche ; l’aisselle gauche s’ouvre en appui et ne colle pas aux côtes gauches ; le dos de la main regarde vers l’extérieur, le poignet vers l’intérieur.
右肘愈往下沉愈不可夾住右手落在右乳之中去乳七八寸許手背朝外兩手相去尺許
Le coude droit s’abaisse plus bas encore, sans jamais se serrer contre le corps ; la main droite descend devant le sein droit, à sept ou huit pouces (寸, cun) de celui-ci, le dos de la main tourné vers l’extérieur ; les deux mains sont à environ un pied (尺, chi) l’une de l’autre.
左膝屈住撐開勁向裏合不可使硬氣亦不可太軟折其中而已
Le genou gauche plie et s’ouvre en appui, l’énergie se refermant vers l’intérieur ; il ne faut pas de souffle rigide, ni trop de mollesse : on prend le juste milieu.
右膝屈住足指向西𦡁愈要開圓瓤住勁小肚沉下胸向前合腰勁磁下不可軟
Le genou droit plie, la pointe du pied tournée vers l’ouest ; le périnée (𦡁) doit s’ouvrir en rond et retenir son énergie ; le bas-ventre s’enfonce, la poitrine se referme vers l’avant, l’énergie des reins descend (磁下) sans mollir.
左足收在右足邊兩足相去四五寸足指點住地是虛腳為下勢伏脈
Le pied gauche se retire auprès du pied droit, à quatre ou cinq pouces de distance ; les orteils touchent le sol : c’est le pied vide, la ligne cachée (伏脈) qui prépare la posture suivante.
Le départ des mains
右手 左手 右手發端 由左轉向右
Main droite, main gauche. Départ de la main droite : de la gauche vers la droite.
右手從胸前往上領向左轉到右邊肘下沉手指在右耳邊朝上摔起來微斜向面掌去口頰一尺
La main droite part de devant la poitrine, monte en conduisant vers la gauche, tourne jusqu’au côté droit, le coude s’abaisse ; les doigts passent près de l’oreille droite et se relèvent vers le haut, légèrement en biais vers le visage, la paume à un pied (chi) de la joue.
左手在背後將所束之手展開密住指亦向左而前轉夠一圈落在左乳前手背朝外與右手似對面但少分上下左手高右手低
La main gauche, derrière le dos, ouvre les doigts jusque-là serrés ; elle tourne elle aussi vers la gauche, puis vers l’avant, accomplit un tour complet et vient se poser devant le sein gauche, le dos de la main vers l’extérieur, la paume tournée vers le visage comme celle de la droite, mais un peu plus haut : la main gauche est haute, la main droite basse.
右足平踏地是實踋 左足指點地是虛步為下勢起端伏脈
Le pied droit repose à plat sur le sol : c’est le pied plein. Le pied gauche n’appuie que des orteils : c’est le pas vide, le point de départ caché de la posture suivante.
Commentaire de Chen Xin
初收者別乎第二收之名上勢右手在前左手在後散而無紀此則兩手收到胸前取其形骸聚到一處精神團聚不散故名之曰收亦承上啓下之過脈也右手由下而左上行由左而右轉一圈落時手向裏斜而朝上此人以肱來侵我我卽以右手迎之及兩手兩肱相接我以右手引人之右手使之近我身不如此則人不前進我不得擊之右足抬起往右轉一小圈微向當中挪三四寸平實踏地右手初動左手卽隨住右手亦動左手由後向左上行由左而右轉一圈落在胸前左乳外去乳七八寸去右手尺許停住左手指斜朝右肩手背亦向外是以左手隨住右手也是引人之右肱令其前進來近我身擊我彼視為得勢方肯進步來擊我以兩手引進令其落空是欲取先與之勝算也至於左足收在右邊腳尖點住地埋伏極好不惟上踢能擊人亦啓下勢之承接最為得勢初收形勢雖小而胸襟廣大亦如天空地闊不可限量而況頂勁上領濁氣下降中氣蓄住入於丹田形雖小樣而氣宇宏暢亦人所難測之勢以現在言是動中有靜以將來言亦靜中有動也勿以形勢蝟縮而鄙之
Le « premier reploiement » se distingue de la « deuxième récolte » (第二收) par son nom même : dans la posture précédente, la main droite était devant et la main gauche derrière, dispersées sans ordre ; ici les deux mains se ramènent devant la poitrine, le corps entier se rassemble en un seul point et l’esprit se concentre sans se disperser : voilà pourquoi on l’appelle « recueillement ». C’est aussi le passage (過脈) qui recueille ce qui précède et ouvre ce qui suit.
La main droite part du bas, monte vers la gauche, tourne de la gauche vers la droite, puis redescend en place, la main inclinée vers l’intérieur et les doigts vers le haut. L’adversaire attaque avec son avant-bras : je vais à sa rencontre de la main droite, et quand nos deux mains et nos deux avant-bras entrent en contact, j’attire sa main droite de ma main droite pour l’amener près de mon corps. Sans cela, il n’avancerait pas et je ne pourrais pas le frapper.
Le pied droit se lève, décrit un petit cercle vers la droite, se déplace de trois ou quatre pouces vers le centre et se pose à plat.
Dès que la main droite bouge, la main gauche suit son mouvement : elle monte de derrière vers la gauche, tourne de la gauche vers la droite, accomplit un tour complet et se pose devant la poitrine, à l’extérieur du sein gauche, à sept ou huit pouces de celui-ci et à un pied environ de la main droite, puis s’arrête, les doigts pointés en biais vers l’épaule droite, le dos de la main tourné vers l’extérieur : ainsi la main gauche suit la main droite.
En attirant de la sorte l’avant-bras droit de l’adversaire, je le fais avancer jusqu’à mon corps pour le frapper ; lui croit avoir trouvé l’occasion et consent à avancer pour frapper. Mais en l’attirant avec les deux mains, je le fais tomber dans le vide : c’est le calcul de la victoire qui consiste à donner d’abord pour prendre ensuite.
Quant au pied gauche qui se retire auprès du droit et n’appuie que des orteils, l’embuscade est excellente : non seulement il peut frapper d’un coup de pied vers le haut, mais il prépare le mieux l’enchaînement avec la posture suivante.
La figure du « premier reploiement » est petite, mais l’intention est vaste, large comme le ciel et la terre, sans limites ; d’autant que l’énergie du sommet monte, que le souffle trouble descend et que le souffle médian (中氣) se garde et se dépose dans le champ du cinabre (丹田, dantian). La forme est menue, mais l’ampleur de l’esprit est si grande que l’adversaire ne peut la mesurer. À présent, on dira : « dans le mouvement, il y a du calme » ; plus tard, ce sera l’inverse : « dans le calme, il y a du mouvement ». Ne méprisez pas cette posture sous prétexte qu’elle se ramasse comme un hérisson.
Prise de figure (取象)
兩手在上如巽之二陽在上坤為腹三陰在下坤之象坤下巽上現卦也觀有孚顒若拳之中氣孚於中彖曰大觀在上順而巽中正以觀天下兩手收束以畜其勢觀敵人如何來擊我靜審機以應之下卦坤順也順以從目之所向(巽為多白眼善觀機勢)巽借震震為長子長子帥師心之剛性倡率四支二四合坤亦以下體能順從上體相機而動坤作乾形雖似弱而剛健實存於中收束其身法以畜勢又有大畜之意蓋易理最活取象亦最廣最切太極拳之取易或取卦名之義或取彖辭或取爻辭或取大象或取小象或取卦中之一語或取孔子之繫辭說卦序卦中之一句或取剝復否泰陰陽消長種種取意不可枚舉萬里畢具萬象備呈任吾所取無不各如其意此太極拳與易道相合非穿鑿附會其說實本太極發生也觀其全體之一開一合實陰陽自然之闔闢不假強為有莫知其所以然而然者拳之為藝深矣哉
Les deux mains placées au-dessus figurent les deux traits pleins qui, dans Xun (巽, le Vent), occupent le haut ; les trois traits brisés de Kun (坤) figurent le ventre, c’est-à-dire le bas du corps. Kun en bas et Xun en haut donnent le hexagramme 觀 (Guan, « Contempler ») : « il y a sincérité, et l’on inspire le respect ». Dans la boxe, c’est le souffle médian qui rend sincère ce qui est au-dedans. Le jugement dit : « la grande contemplation est en haut ; docile et pénétrant comme le vent, d’un point juste, il contemple le monde entier. » Les deux mains se ramassent pour amasser leur puissance, puis l’on observe de quel côté l’adversaire viendra frapper et l’on attend en silence le moment d’y répondre. Le trigramme inférieur, Kun, signifie docilité : on suit docilement la direction du regard. (Xun est « l’œil qui montre beaucoup de blanc », habile à épier les occasions.)
Xun emprunte à Zhen (震, le Tonnerre) : Zhen est le fils aîné, et « le fils aîné commande l’armée ». Le cœur, par sa fermeté, prend la tête des quatre membres ; le deux et le quatre se joignent à Kun, de sorte que le bas du corps suive docilement le haut et ne bouge qu’à l’occasion. Kun peut aussi produire Qian (乾) : la forme paraît faible, mais la fermeté et la vigueur résident au-dedans. Ramasser ainsi la technique du corps pour amasser la puissance rejoint encore le sens de 大畜 (Da xu, « le grand amas »).
Car les principes du Yijing sont d’une grande mobilité, et la prise de figure y est vaste et précise tout ensemble. Le taiji quan prend ses figures dans le Yijing : tantôt le sens du nom d’un hexagramme, tantôt son jugement, tantôt le texte d’un trait, tantôt la grande image, tantôt la petite image, tantôt un mot pris dans un hexagramme, tantôt une phrase des commentaires de Confucius — le Xici, le Shuogua, le Xugua —, tantôt encore le jeu du déclin et de la croissance, comme dans 剝 (Bo) et 復 (Fu), 否 (Pi) et 泰 (Tai). Les intentions que l’on y puise ne se peuvent compter : tout y est contenu, toutes les figures y sont présentes, et quoi que l’on prenne, chacune répond à son propos. Que le taiji quan s’accorde ainsi avec la voie du Yi n’est pas une interprétation forcée : c’est du taiji même que cette doctrine est née. Voyez le corps entier : une ouverture, une fermeture — ce sont vraiment les battements naturels du yin et du yang, sans rien de forcé, et l’on ne sait pourquoi il en est ainsi. L’art de la boxe est profond !
Poèmes
四言俚語 初收形像 大氣盤旋 如貓撲鼠 斂其毛羽 如虎咥人 先束其身 如獅搏象 全體精神 莫以形小 蝟縮如獮 一心靈妙 心手眼隨 說放就放 難當英銳 從來屈蠖 未有不伸 我知其意 難狀其神 待有妙手 曲繪其眞 此圖死煞 不足傳人
Poème en vers de quatre caractères :
La figure du premier reploiement : le grand souffle y tourne en spirale. Comme le chat qui va saisir la souris, il lisse d’abord son poil ; comme le tigre qui va mordre un homme, il ramasse d’abord son corps ; comme le lion qui lutte avec l’éléphant, tout son corps n’est qu’esprit. Ne la jugez pas petite : elle se ramasse comme un macaque. Un seul esprit, subtil et merveilleux, et le cœur, la main, l’œil suivent. On dit « lâcher » et l’on lâche : qui tiendrait contre cette pointe d’acier ? Jamais le ver roulé sur lui-même n’a manqué de s’étendre. J’en connais bien l’intention, mais malaisé d’en décrire l’esprit : il faudrait un pinceau merveilleux pour en tracer le vrai. Cette image-ci est morte, elle ne peut transmettre l’homme.
前題七言俚語 渾身蝟縮似純陰 陰中藏陽任人侵 徐徐引進人莫曉 漸漸停留意自深 右實左虛藏戛擊 上提下打寓縱擒 果能識得其中理 妙手空空冠當今
Poème en vers de sept caractères sur le même sujet :
Tout le corps se ramasse comme s’il n’était que yin ; mais le yang se cache dans le yin : laissez l’autre envahir. Peu à peu on l’attire, et il ne s’en aperçoit pas ; peu à peu il s’arrête, et l’intention s’approfondit. À droite le plein, à gauche le vide, et se cache une frappe ; on lève, puis on frappe en bas : prendre et lâcher sont en jeu. Si vous savez vraiment reconnaître ce principe, votre main subtile et vide dépassera tous les habiles d’aujourd’hui.
五言俚語 文章貴蓄勢 打拳亦如是 竟欲後勝人 先由敗中致
Poème en vers de cinq caractères :
Dans les lettres, on prise l’art d’accumuler sa force ; dans la boxe, il en va de même. Pour finir par vaincre l’adversaire, c’est d’abord en se mettant en position de perdre qu’on y parvient.
七言俚語 欲從開後(上勢是開)收(本勢是收)得好 惟有兩手圈轉小 一收卽見精神聚 陡然一轉人不曉 不收不見放中巧 一收一放何夭矯 人說此勢猶嫌嫰 我謂斂形著最老 右掌向裏指朝天 左手亦收近乳邊 猛虎下山腹中枵 外若空虛智謀高 半虛半實誰能料 撲鼠君試看靈貓 靈貓撲鼠先束身 一束卽聚全精神 精神團聚周身健 旋乾轉坤手內存 穆穆皇皇學一個 大勇若怯機難尋
Poème en vers de sept caractères :
Pour bien recueillir après avoir ouvert (la posture précédente ouvre ; celle-ci recueille), il n’est que de faire tourner les cercles des deux mains tout petits. Dès qu’on recueille, l’esprit se rassemble ; on se retourne soudain, et nul ne le devine. Sans recueillement, on ne voit pas l’habileté du lâcher ; recueillir et lâcher, quelle souplesse ! On dit que cette posture est encore tendre : moi, je dis que ramasser sa forme est le plus mûr. La paume droite tournée vers l’intérieur, les doigts vers le ciel, la main gauche ramenée elle aussi près du sein ; le tigre descend de la montagne le ventre creux : au-dehors on paraît vide, au-dedans le stratagème est haut. Moitié vide, moitié plein : qui le devinerait ? Pour saisir la souris, voyez le chat agile : le chat agile, avant de saisir la souris, ramasse son corps ; à peine ramassé, tout son esprit se concentre ; l’esprit concentré, tout le corps est sain ; tourner le ciel et retourner la terre, cela demeure dans la main. Apprenez cette allure grave et auguste : le grand courage paraît crainte, et l’occasion est malaisée à trouver.
七言俚語 手中日日畫太極 此道人人皆不識 陰陽消長自有眞 全賴有心手內尋 所畫之圈有正斜 無非一圈一太極 奇正離合最有情 但看能明不能明 天機活動妙且深 樞紐輾轉在一心 果能識得拳中趣 三十六宮都是春
Autre poème en vers de sept caractères :
Chaque jour, de la main, dessinez le taiji : cette voie, nul ne la connaît. Le déclin et la croissance du yin et du yang ont leur vérité ; tout dépend d’un cœur qui la cherche dans la main. Les cercles que l’on trace sont droits ou obliques : il n’est rien qu’un cercle, et un taiji. Le régulier et l’irrégulier, la séparation et la jonction sont ce qu’il y a de plus vivant ; il ne reste qu’à voir si l’on comprend ou non. Les ressorts du Ciel sont mobiles, subtils et profonds ; le pivot tourne, et c’est dans un seul cœur. Si vraiment vous saisissez le goût de la boxe, les trente-six palais seront tous printemps.
Posture 8 : « Marcher en diagonale, pas croisé » (斜行拗步)
第八勢 斜行抝步
Huitième posture : 斜行拗步 (Xie xing ao bu).
Orientation du corps
初上場面向正北至第二金剛搗碓面已轉向西方及第一收身己向西南今之斜行拗步胸向西南眼看住西北之右手此為扭一勢身法
Au début de l’enchaînement, on faisait face au nord ; à la seconde occurrence de « Vajrapani pile le mortier » (金剛搗碓), le visage s’était déjà tourné vers l’ouest ; avec le premier recueillement, le corps faisait face au sud-ouest. Dans ce « marcher en diagonale, pas croisé », la poitrine est tournée vers le sud-ouest et le regard se pose sur la main droite, au nord-ouest : c’est une technique du corps entièrement tordue.
右手在西北羲之艮方文之乾方 左手在東南羲之兌方文之巽方 右足在東北羲之震方文之艮方 左足在西南羲之巽方文之坤方
La main droite est au nord-ouest : chez Fu Xi, la direction de Gen (艮) ; chez le roi Wen, celle de Qian (乾). La main gauche est au sud-est : chez Fu Xi, la direction de Dui (兌) ; chez le roi Wen, celle de Xun (巽). Le pied droit est au nord-est : chez Fu Xi, la direction de Zhen (震) ; chez le roi Wen, celle de Gen (艮). Le pied gauche est au sud-ouest : chez Fu Xi, la direction de Xun (巽) ; chez le roi Wen, celle de Kun (坤).
此勢取伏羲八卦艮兌震巽之方位言必大扭身上下手足不照方合抝步之說方合羲之八卦四隅卦之方位此是拳中又一樣身法如詩之變風非東向西向之常格
Cette posture prend pour figure les directions de Gen, Dui, Zhen et Xun des huit trigrammes de Fu Xi : il faut donc que le corps se torde fortement, que les mains et les pieds cessent de s’accorder en direction — c’est en cela que consiste le « pas croisé », et c’est ainsi que l’on rejoint les directions des quatre trigrammes de coin de Fu Xi. C’est, dans la boxe, une autre manière de tenir le corps, comme les « airs changés » (變風) du Classique des vers, où l’on s’écarte de la norme ordinaire de l’est et de l’ouest.
腰一扭轉則上體自然扭轉與下體不照是腰為上下體之樞紐
Dès que la taille se tord, le haut du corps se tord de lui-même et ne s’accorde plus avec le bas : la taille est le pivot entre le haut et le bas du corps.
本勢身法雖變而上下四旁骨節自相照應與全體之開合一以中氣貫之自然全體上下一氣流通形體雖變而義理不變此所謂異而同也
Dans cette posture, bien que la technique du corps change, les articulations du haut et du bas et des quatre côtés se répondent d’elles-mêmes ; dans l’ouverture et la fermeture du corps entier, un seul souffle médian les traverse, et naturellement un même souffle circule du haut en bas du corps. La forme change, mais le principe ne change pas : voilà ce qu’on appelle « différent et pourtant même ».
Le jin interne des mains
本勢身法最難畫圖以在紙上圖畫未易繪其扭轉之形而況形其內勁乎
Cette technique du corps est des plus difficiles à dessiner : déjà, sur le papier, il n’est pas aisé de tracer la figure d’une torsion ; combien moins d’en figurer le jin (勁) interne !
內勁繞左手先倒轉肱雖背勢勁亦自肘纏于指肚前合
Le jin interne tourne : la main gauche fait d’abord un tour inverse, l’avant-bras passe derrière le dos, et bien que la position soit à revers, le jin s’enroule depuis le coude jusqu’à la pulpe des doigts et se referme vers l’avant.
右手倒轉一圈向裏鉤時內勁由裏外纏而至于指亦前合胸為前
La main droite fait un tour inverse ; au moment où elle se crochète vers l’intérieur, le jin interne s’enroule de l’intérieur vers l’extérieur jusqu’aux doigts et se referme lui aussi vers l’avant, la poitrine étant en avant.
左右手一齊合住
Les deux mains se referment ensemble.
此手成時折到背後 中間發行 腰扭 身向西南 左手在後束住指左手朝東南 右手在西北右手在前展開指並住勿令散此手成時折到胸前 右足在東北者為後 左足在西南者為前
Quand cette main a achevé son trajet, elle se replie derrière le dos. Le lâcher se fait entre les deux. La taille se tord ; le corps face au sud-ouest. La main gauche est derrière, les doigts serrés, tournée vers le sud-est. La main droite est au nord-ouest, en avant ; elle s’ouvre, les doigts joints sans se disperser, et quand elle a achevé son trajet, elle se replie devant la poitrine. Le pied droit, au nord-est, est le pied arrière ; le pied gauche, au sud-ouest, est le pied avant.
左手發端從膝蓋摟過轉一圈隨勢向東南運手背向西南西南身之所向故左手在後手背亦向之肱屈如初月形微彎不直圈是倒轉
La main gauche part, frôle le genou, tourne d’un cercle et, suivant l’élan, se porte vers le sud-est, le dos de la main tourné vers le sud-ouest — puisque le corps est orienté au sud-ouest, la main gauche est derrière et le dos de la main regarde de ce côté. L’avant-bras reste fléchi, en forme de premier croissant : légèrement courbé, jamais tendu. Le cercle est un tour inverse.
右手發端亦從膝摟過亦轉一圈隨勢向裏一鉤卽向西北運行圈是倒轉至手往裏鉤時手是順住勁向西北運身向西南右手背亦向西南眼神注在右手中指
La main droite part de même, frôle le genou, tourne d’un cercle, puis se crochète vers l’intérieur et se porte vers le nord-ouest ; le cercle est inverse, mais au moment où la main se crochète le jin la porte vers le nord-ouest, le corps étant orienté au sud-ouest et le dos de la main droite tourné lui aussi vers le sud-ouest. Le regard reste fixé sur le majeur de la main droite.
左手先摟膝右手後摟膝右手在前左手在後發端時左先右後勢旣成右前左後
La main gauche frôle le genou d’abord, la main droite ensuite ; la main droite finit devant, la gauche derrière. Au départ, la gauche passe avant et la droite après ; la posture une fois achevée, la droite est devant et la gauche derrière.
Explication du nom et description du mouvement
斜行者東北向西南左足先開一大步右足跟一步放在足前未立定左足再向西南再開一大步約二尺餘方纔停住腳不往前開步左二步右一步連三步斜而行也拗步者左足西南右足東北右手西北左手東南手與足扭一勢左右手足不同方
« Marcher en diagonale » va du nord-est vers le sud-ouest : le pied gauche ouvre d’abord un grand pas, le pied droit le suit et vient se poser devant le pied gauche ; avant qu’il ne soit fixé, le pied gauche ouvre de nouveau un grand pas vers le sud-ouest, d’un peu plus de deux pieds (chi), et alors seulement s’arrête ; on ne continue pas d’ouvrir droit devant. Deux pas du gauche, un pas du droit : trois pas de suite, et l’on marche en diagonale.
Le « pas croisé » (拗步) : le pied gauche au sud-ouest, le pied droit au nord-est, la main droite au nord-ouest, la main gauche au sud-est — les mains et les pieds tordus dans une même figure, la gauche et la droite ne partageant pas la même direction.
當初收後右手領住左手與左腳微向後領一半寸然後左手在上左足在下向西南方斜開一大步約二尺許左手向後倒轉纔轉少半圈勢如房簷水往下流一班快當左手倒轉摟膝向後時右手卽隨勢由上而下倒轉並摟膝向後上行而後而前當右手入後時左手卽已到前右手轉夠一圈用順勁由內向外纏肱而伸之於西北右手背朝上微向西南前合左手當轉夠一圈時勁由腋發上由外倒纏於內手領肐膊背折舒開手往前合束住指指往下鉤一點眼看住右手中指右手伸開四指相依勿令散大指勢不能依住大指二節亦與食指微依合則上下一齊合住蓋兩手各做各工非左手運畢而後右手方起左手到後右手卽從前起左手轉前右手亦從後轉到前所到先後甚無幾至於伸肱之時右手再順轉一圈而後展開肐膊左手向後展亦沿路使手背肐膊背徐徐轉一小圈背折舒開頂勁𦡁勁足精皆如前內勁圖列於後
Juste après le premier recueillement, la main droite entraîne la main gauche et le pied gauche : on tire légèrement en arrière d’un demi-pouce ou d’un pouce, puis la main gauche en haut et le pied gauche en bas ouvrent en diagonale, vers le sud-ouest, un grand pas d’environ deux pieds (chi). La main gauche tourne en arrière d’un demi-cercle à peine, rapide comme l’eau qui coule d’un avant-toit.
Tandis que la main gauche tourne, frôle le genou et passe derrière, la main droite suit l’élan, descend, tourne en sens inverse, frôle elle aussi le genou, passe derrière, remonte et revient à l’avant. Quand la main droite passe derrière, la main gauche est déjà devant. La main droite accomplit un tour complet, puis, d’un jin direct (順勁), s’enroule de l’intérieur vers l’extérieur et s’étend vers le nord-ouest, le dos de la main tourné vers le haut, un peu vers le sud-ouest et vers l’avant.
Quand la main gauche a achevé son tour, le jin part de l’aisselle et s’enroule du dehors vers le dedans ; la main conduit l’avant-bras, le dos de la main se replie et se déploie, la main se referme vers l’avant, les doigts serrés et légèrement crochetés vers le bas. Le regard reste fixé sur le majeur de la main droite. Quand la main droite s’étend, les quatre doigts se touchent sans se disperser ; le pouce ne peut pas se coller à la paume, mais sa seconde phalange s’appuie légèrement contre l’index, si bien que le haut et le bas se referment ensemble.
Car chaque main fait son propre ouvrage, et ce n’est pas que la main gauche ait fini son trajet avant que la droite ne commence : la gauche va derrière, la droite part de devant ; la gauche revient devant, la droite revient de derrière — l’écart entre leurs passages est infime. Au moment d’étendre l’avant-bras, la main droite fait encore un tour direct, puis ouvre le bras ; la main gauche, en s’étendant vers l’arrière, fait elle aussi, chemin faisant, tourner lentement d’un petit cercle le dos de la main et celui de l’avant-bras, se replie et se déploie. L’énergie du sommet, celle du périnée et celle des pieds sont comme auparavant. Les figures du jin interne sont données plus bas.
Figures du jin interne
右手左手皆轉兩圈上圖未備故再圖之令人易曉
Les deux mains font chacune deux tours ; la figure précédente n’en rend pas compte, aussi en donne-t-on une nouvelle pour plus de clarté.
右手內勁圖: 順勁由內向外翻順纏者勁由裏向上向外向下由下至內方夠一圈是為斜纏法
Figure du jin interne de la main droite. Le jin direct, retourné de l’intérieur vers l’extérieur — le jin enroulé en sens direct monte du dedans vers le haut, vers l’extérieur, vers le bas, puis du bas revient au dedans : le tour n’est complet qu’alors. C’est là l’enroulement oblique (斜纏法).
此手由右耳邊發起 右手先往後領起 下行如水就下甚速甚速 勁由下上行倒轉一圈如車輪 手向裡鈎 右手涉到上向裡鈎 復轉一小圈用順勁
Cette main part de près de l’oreille droite. La main droite se porte d’abord en arrière, puis descend comme l’eau qui tombe, très vite, très vite. Le jin remonte du bas et tourne en sens inverse comme une roue. La main se crochète vers l’intérieur : la main droite, arrivée en haut, se crochète vers l’intérieur. Puis elle fait un petit tour de plus, d’un jin direct.
左手內勁圖: 此左手所運之勁肘向前手背向前沿路帶纏帶展肐膊是倒纏勁倒纏者勁自腋向外由外向上向裏向下復到肐膊肚纏夠一圈亦是斜纏法
Figure du jin interne de la main gauche. Tel est le jin que met en œuvre la main gauche : le coude va de l’avant, le dos de la main vers l’avant, et tout au long du trajet l’enroulement se déploie ; l’avant-bras suit un jin d’enroulement inverse. L’enroulement inverse, c’est-à-dire : le jin part de l’aisselle, va vers l’extérieur, monte, revient vers le dedans, descend, et revient au ventre de l’avant-bras ; le tour est complet. C’est encore l’enroulement oblique.
此是左手亦倒轉一小圈勁五指束住
La main gauche fait elle aussi un petit tour inverse, et les cinq doigts se serrent.
左手發端 此隨右手向右領寸許 勢如簷下流倒轉 由下上行 左手涉到上夠一圈 復轉向下 自下斜而上行
Départ de la main gauche. Elle suit d’abord la main droite vers la droite d’environ un pouce ; puis, comme l’eau qui tombe d’un avant-toit, elle tourne en sens inverse, remonte du bas, et la main gauche, arrivée en haut, accomplit un tour complet ; elle tourne ensuite vers le bas, puis remonte du bas en diagonale.
左足勁圖
Figure du jin du pied gauche.
Prise de figure : les quatre trigrammes de coin (艮兌震巽)
斜行拗步以艮兌震巽取象 艮為手右手在西北文卦為乾乾健也艮止也以手止物使敵不能侵我實以剛中之氣為之左手在東南兌為少女為毀折如少女性躁能毀折物敵人不敢干犯懼傷也文王卦為巽為風手運如風之迅為工手妙於應敵為多白眼手在後而心則顧之亦如手之能視物來卽知不視猶視非徒以白眼傲物實應敵有餘也為近利市三倍人近我身多佔便宜其究為躁左手在後動則不得不躁此處一躁則全身百骸皆來助之況一手能以躁禦敵乎左足在西南巽為進退左足在前知進知退文卦為坤為致役左足能順上體為役使多則力大一足如衆力之大以少勝多也右足在東北為震震為雷擊人如疾雷之不及掩耳為龍右足如龍之變化不測為決躁足不安於靜為作足言此足恆欲動作為健右足之力極健文卦為艮艮為山右足居東北如山之穩且為手為指能禁止勁敵後追為黔喙足之蹬人如鳥嘴啄物以有骨力也本勢手足位乎四隅各據一角吾心以中氣運於四支各得其宜譬如用兵主帥有謀有勇三軍自能得勝斜行拗步奇兵也奇而不離乎正故能取勝
« Marcher en diagonale, pas croisé » prend sa figure dans Gen, Dui, Zhen et Xun.
Gen (艮, la Montagne) correspond à la main ; la main droite est au nord-ouest, où l’hexagramme du roi Wen est Qian (乾) : Qian est vigueur, Gen est arrêt. La main arrête les choses et empêche l’adversaire de pénétrer jusqu’à moi : c’est proprement l’œuvre d’un souffle ferme au-dedans.
La main gauche est au sud-est, où Dui (兌, le Marais) est la fille cadette, ce qui brise et détruit : telle une jeune fille emportée, capable de briser les choses, elle inspire à l’ennemi la crainte de se blesser, et il n’ose pas l’attaquer. L’hexagramme du roi Wen y met Xun (巽, le Vent) : la main se meut avec la rapidité du vent — c’est « l’habileté de l’équerre » (為工), la main excellent à répondre à l’adversaire ; c’est « l’œil qui montre beaucoup de blanc » (多白眼) : la main est derrière, mais le cœur la surveille, comme si la main pouvait voir ; ce qui vient, elle le sait ; ne pas voir est encore voir, et ce n’est pas seulement par mépris qu’on montre le blanc de l’œil, c’est qu’on a de reste pour répondre à l’adversaire ; c’est « se rapprocher du triple profit du marché » (近利市三倍) : plus l’homme approche de mon corps, plus j’y trouve mon avantage ; son aboutissement est « l’emportement » (為躁) : la main gauche, étant derrière, ne peut, en bougeant, que s’emporter ; mais un emportement qui naît d’ici fait accourir à l’aide les cent os du corps entier : à plus forte raison une seule main peut-elle, par son emportement, tenir tête à l’ennemi.
Le pied gauche est au sud-ouest, où Xun représente l’avance et le recul : le pied gauche en avant sait avancer et sait reculer. L’hexagramme du roi Wen y met Kun (坤, la Terre), qui est « le service rendu » (致役) : le pied gauche obéit au haut du corps et le sert ; ce service, étant multiple, fait sa force. Un seul pied vaut la force du grand nombre : « le petit vainc le grand ».
Le pied droit est au nord-est, où est Zhen (震, le Tonnerre). Frapper l’adversaire doit avoir cette qualité du coup de tonnerre qui ne laisse pas le temps de se boucher les oreilles. Zhen est « le dragon » (為龍) : le pied droit doit avoir du dragon le changement imprévisible ; c’est « la décision emportée » (為決躁) — le pied ne demeure pas dans le repos ; c’est « le pied qui fait » (為作足) — ce pied veut toujours agir, et c’est là sa vigueur : la force du pied droit est extrême.
L’hexagramme du roi Wen y met Gen : Gen est la Montagne. Le pied droit occupe le nord-est et doit avoir la stabilité de la montagne ; Gen est aussi « la main » et « le doigt » (為手為指), qui peut arrêter derrière soi un ennemi vigoureux ; c’est « le bec noir » (黔喙) — le pied qui frappe de la plante doit être comme l’oiseau qui frappe de son bec, avec de l’os et de la force.
Dans cette posture, les mains et les pieds occupent les quatre coins, chacun tenant un angle. Mon cœur, par le souffle médian, met en mouvement les quatre membres, à chacun selon sa juste mesure : ainsi d’un général. Quand le chef a et le stratagème et le courage, l’armée entière sait vaincre d’elle-même. « Marcher en diagonale, pas croisé » est une troupe irrégulière (奇兵) ; mais l’irrégulier ne s’écarte pas du régulier, et c’est pourquoi il peut vaincre.
Poème
七言俚語 斜腕吊踝眞難看 此中自然有高見 妙手空空從何來 太極圖中貴善變 善變神機無滯形 功夫歸根在百鍊 百鍊眞金金有光 金光閃閃如震電 此是功成最後境 當初誰是眞先難 日日先難難無盡 難盡易來小神仙
Poème en vers de sept caractères :
Le poignet de derrière relevé, la cheville de devant pendante : cela est vraiment disgracieux, et pourtant il y a là, naturellement, une haute vue. D’où vient la main subtile et vide ? Dans la figure du Taiji, ce qui compte est de savoir changer. Qui sait changer a un ressort merveilleux, sans forme arrêtée : au bout du compte, le travail est dans les cent trempes. L’or vrai, cent fois trempé, jette sa lumière, étincelante comme l’éclair du tonnerre. C’est là l’état dernier de l’œuvre achevée ; au commencement, qui donc trouvait cela facile ? Jour après jour, la difficulté d’abord, et la difficulté est sans fin ; quand la difficulté s’épuise, la facilité vient : on est un petit immortel.
Notes du traducteur
- Chen Xin et son livre. Chen Xin (陳鑫, 1849-1929), dit Pin San (品三), appartenait à la seizième génération de la famille Chen de Chenjiagou. Il consacra une grande partie de sa vie à ce commentaire posture par posture, achevé en 1919 et publié en quatre volumes en 1933, après sa mort. Les trois sections précédentes de cet ouvrage ont déjà été traduites sur ce site.
- La place de la section. L’enchaînement de Chen Xin est découpé en treize sections ; celle-ci contient les postures 7 et 8, et suit donc immédiatement « l’oie blanche déploie ses ailes » et « frôler le genou, pas croisé ». Le commentaire progresse d’une cosmologie à l’autre : la section précédente figurait les « quatre images » (les quatre trigrammes cardinaux, Qian, Kun, Kan et Li) ; celle-ci passe aux huit trigrammes et aux quatre coins.
- Les noms des postures. 初收 : 初 « premier », 收 « rentrer, recueillir, replier » — d’où « premier reploiement ». 斜行拗步 : 斜 « oblique », 行 « marcher », 拗 « plier contre nature, croiser », 步 « pas ». Le livre écrit aussi bien 拗步 que 抝步, deux graphies du même caractère.
- « Quatre images » et « huit trigrammes ». 四象 (si xiang) désigne les quatre figures intermédiaires nées du yin et du yang (grand yang, petit yang, petit yin, grand yin), que la tradition associe aux quatre trigrammes cardinaux ; les huit trigrammes (八卦) en dérivent. Chen Xin lit donc le passage d’une posture à l’autre comme une progression cosmologique.
- Fu Xi et le roi Wen. Chen Xin emploie deux systèmes d’orientation des trigrammes : l’arrangement dit « du Ciel antérieur », attribué à Fu Xi, et celui du « Ciel postérieur », attribué au roi Wen. Une même direction porte ainsi deux trigrammes différents, et c’est de cet écart que Chen Xin tire une partie de son commentaire de la posture.
- Les citations du Yijing. 觀 (Guan, hexagramme 20), 大畜 (Da xu, hexagramme 26), 剝 (Bo, 23), 復 (Fu, 24), 否 (Pi, 12) et 泰 (Tai, 11). Les expressions entre guillemets — « le fils aîné commande l’armée », « l’habileté de l’équerre », « l’œil qui montre beaucoup de blanc », « le service rendu », « le bec noir », etc. — sont les gloses traditionnelles (象) attachées aux trigrammes dans le Shuogua.
- « 妙手空空 ». Allusion à 妙手空空兒, voleur légendaire de la dynastie Tang réputé pour l’agilité de ses mains ; l’expression en est venue à désigner une habileté si parfaite qu’elle ne laisse aucune trace.
- Les mesures. Le pied chinois (尺, chi) vaut environ 32 cm et le pouce (寸, cun) environ 3,2 cm. « Deux pieds » font donc à peu près 65 cm, et « un pied » environ 32 cm.
- Caractères difficiles. 𦡁 désigne, comme dans les sections précédentes, la région du périnée entre les racines des cuisses. 瓤住勁 (« retenir son énergie ») est vraisemblablement une graphie fautive pour 讓 ou 攘. 磁下 (« descendre comme attiré par l’aimant ») est peut-être à lire 沉下, « s’enfoncer ». 踋 est une variante de 腳, « pied ». Dans le poème en vers de quatre caractères, 蝟縮如獮 surprend : 獮 désigne la chasse d’automne, et l’on attendrait 獼, « macaque », que la traduction suit.
- Le texte chinois. La prose de Chen Xin est imprimée sans ponctuation ; les passages cités la reproduisent telle quelle, la traduction française restituant la ponctuation et découpant les très longs paragraphes pour la lisibilité. Les didascalies placées dans les figures du jin (par exemple « 中間發行 », « 腰扭 身向西南 ») sont reproduites avec le texte qu’elles accompagnent.
- Aucune illustration. Les huit figures jointes à la page de Brennan (drawing 4.1 à drawing 4.8) sont de petits dessins au trait de 259 à 622 pixels de côté, détourés sur fond blanc avec une marge uniforme de quatre à cinq pixels, sans légende chinoise ni trace de page imprimée : rien ne permet d’établir qu’il s’agit de reproductions des planches de l’édition de 1933 plutôt que de tracés modernes. Comme pour les sections précédentes, elles n’ont pas été reprises ici.
Source du texte chinois : 陳氏太極拳圖說 (Chen shi taiji quan tushuo, « Le taiji quan de la famille Chen expliqué en figures ») de Chen Xin (陳鑫, 1849-1929), manuscrit achevé en 1919, publié à titre posthume en 1933 ; quatrième section (第四勢 : 初收, 斜行拗步). Texte relevé dans l’article « Chen Xin, Section Four » de Paul Brennan (https://brennantranslation.wordpress.com/2026/06/23/chen-xin-section-four/). Texte chinois dans le domaine public ; traduction française nouvelle, réalisée directement à partir de l’original chinois pour ce site. Aucune image de cet article n’a été reproduite : la page de Brennan ne comporte que des figures au trait de sa main.