Le Chen shi taiji quan tushuo (陳氏太極拳圖說, « Le taiji quan de la famille Chen expliqué en figures ») est l’ouvrage théorique majeur de Chen Xin (陳鑫, 1849-1929), lettré de Chenjiagou (province du Henan), descendant de la lignée fondatrice de l’école Chen. Composé jusqu’en 1919, il fut publié à titre posthume en 1933. Chen Xin y commente chaque posture de l’enchaînement en la rattachant au néo-confucianisme, au Yijing et à la cosmologie du Wuji et du Taiji, dans une prose classique dense et sans ponctuation, mêlant les indications corporelles les plus concrètes (points d’acupuncture, orientation des orteils, enroulement du jin) aux considérations les plus abstraites sur le yin et le yang.
La deuxième des treize sections (勢) entre lesquelles Chen Xin découpe l’enchaînement comporte trois postures : la deuxième, 攬擦衣 (Lan zha yi, « saisir et ramener contre l’habit », plus connue des practiciens sous le nom de « paresseux qui noue son habit »), la troisième, 單鞭 (Dan bian, « le Simple fouet »), et la quatrième, 金剛搗碓 (Jin gang dao dui, « Vajrapani pile dans le mortier »), qui reprend la posture d’ouverture déjà commentée dans la première section, mais tournée vers l’ouest.
Le texte chinois est dans le domaine public : Chen Xin est mort en 1929 et l’ouvrage, composé avant 1919, a été publié en 1933.
Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.
Titre et attribution
第二勢
陳鑫
Deuxième section, extraite du Taiji quan de la famille Chen expliqué en figures (陳氏太極拳圖說), par Chen Xin.
Ouverture de la section (第二勢)
第二勢 攬擦衣 單鞭 金剛搗碓 共三勢太極生兩儀也繼以金剛搗碓旨不離宗
Deuxième section : 攬擦衣 (Lan zha yi, « saisir et ramener contre l’habit »), 單鞭 (Dan bian, « le Simple fouet »), 金剛搗碓 (Jin gang dao dui, « Vajrapani pile dans le mortier »).
Trois postures en tout. Le Taiji a engendré les deux figures [du yin et du yang] ; l’on poursuit avec le Vajrapani qui pile dans le mortier, mais l’intention ne s’écarte jamais de son principe [celui de la posture d’ouverture].
Posture 2 : « Saisir et ramener contre l’habit » (攬擦衣)
第二勢
攬擦衣
Lan zha yi, « Saisir et ramener contre l’habit ».
Points du corps et consignes de tenue
華蓋 石門
Points Huagai (華蓋, VC 20) et Shimen (石門, VC 5).
週身一齊合住勁且週身骨節各處與各處自相呼應而合如手與足是也每一勢自有賓主如此勢右手與右足是主左手與左足是賓每著全在心胸用心太過失之拘束不用心失之懈怠是在有心無心之間一主以敬方能得乎中道運動咸宜
Tout le corps ferme son jin d’un seul tenant, et chaque articulation, en chaque endroit, répond d’elle-même à toutes les autres pour se fermer avec elles : ainsi de la main et du pied. Chaque posture a d’elle-même un hôte (主) et un invité (賓) : dans celle-ci, la main droite et le pied droit sont l’hôte, la main gauche et le pied gauche sont l’invité. Chaque technique tient tout entière au cœur et à la poitrine : s’y appliquer avec excès, c’est tomber dans la contrainte ; ne pas s’y appliquer, c’est tomber dans la négligence. C’est entre l’intention et l’absence d’intention qu’il faut se tenir ; un seul maître, le respect, et l’on peut alors atteindre la voie médiane et mouvoir chaque chose comme il convient.
頂勁工領意思如上頂破天不可用氣太過
Le jin du sommet de la tête (頂勁, ding jin) conduit d’en haut ; l’intention est comme si l’on voulait percer le ciel du haut du crâne, mais il ne faut pas y employer le souffle avec excès.
項豎直不可硬
La nuque est dressée et droite, sans raideur.
胸間鬆開胸一鬆全體舒暢不可有心亦不可無心
La poitrine se desserre : dès que la poitrine se relâche, le corps entier est à l’aise. Il ne faut pas y mettre du cœur, ni non plus n’en pas mettre.
自華蓋至石門要虛虛含住不可令橫氣橫于胸中
Depuis le point Huagai jusqu’au point Shimen, il faut contenir dans le vide, sans laisser le souffle en travers s’étaler horizontalement dans la poitrine.
肩壓下不可上翻
L’épaule presse vers le bas et ne doit pas se retourner vers le haut.
後肘外方內圓肘尖與左肘微向前合住勁不可相背神情合方得
Le coude de derrière est carré au-dehors et rond au-dedans ; sa pointe, avec le coude gauche, vient légèrement vers l’avant fermer son jin ; il ne faut pas qu’ils se tournent dos à dos : alors seulement l’expression et l’esprit se joignent.
肘尖沉下微往外翻二分微彎些與後肘合住勁
La pointe du coude s’enfonce, se retourne un peu vers l’extérieur (deux dixièmes) et se fléchit légèrement, fermant son jin avec le coude de derrière.
手掌側住
La paume est tenue sur la tranche.
前手從右肋先繞一圈從鼻外運過至九分展開而止中間肐膊似直非直似彎非彎與後手一齊起一齊落以中指為主與後手一齊合住勁
La main avant décrit d’abord un cercle en partant des côtes droites, passe devant le nez et se déploie jusqu’à neuf dixièmes [de l’extension], puis s’arrête ; entre-temps le bras paraît droit sans l’être, courbe sans l’être ; elle monte et descend en même temps que la main arrière, le majeur pour maître, et ferme son jin avec la main arrière.
眼看住前手中指中指的也故必視此不可旁視令散渙無著人之一身運用全在一心而傳神全在于目故必凝神注視勢右手為主左手是賓右手發端眼必視之眼隨右手而行至右手停止眼必注于右手中指甲五指肚要用力此前後手運畢歸宿處故必用力此時運動手似停止而其中運動之靈氣實不停止一停止則其氣息矣即與下一勢隔開此即天地隂陽運轉不息曾二氣之在吾身獨可息乎哉惟不息故氣越運越實至運到十分滿足則下勢即發起此即陽極隂生隂極陽生之意
Le regard se pose sur le majeur de la main avant. On dit bien « le majeur » : c’est qu’il faut le regarder, sans quoi le regard se disperse et n’a plus où s’appuyer. Dans l’usage du corps humain, tout réside dans un seul cœur, et la transmission de l’esprit se fait tout entière par les yeux : il faut donc concentrer l’esprit et fixer le regard. Dans cette posture, la main droite est l’hôte et la main gauche l’invité ; c’est la main droite qui engage le mouvement, aussi le regard doit-il la regarder, accompagner son trajet, et lorsqu’elle s’arrête se fixer sur l’ongle du majeur droit. Les pulpes des cinq doigts doivent employer la force : c’est là le lieu de retour où aboutissent les mouvements des mains avant et arrière, aussi faut-il y employer la force. À cet instant, le mouvement des mains semble s’arrêter, mais l’esprit vivant qui l’anime ne s’arrête pas : s’il s’arrêtait, son souffle serait rompu et la posture se trouverait séparée de la suivante. Or le ciel et la terre font tourner sans relâche le yin et le yang : ces deux souffles, dans notre corps, pourraient-ils donc cesser ? C’est parce qu’il ne cesse pas que le souffle, plus il circule, plus il devient plein ; et quand il est parvenu au plein accomplissement, la posture suivante se déclenche : c’est là le sens de « au comble du yang naît le yin, au comble du yin naît le yang ».
腰為上下體樞紐轉関處不可軟亦不可硬折其中方得
La taille est le pivot entre le haut et le bas du corps ; à l’articulation où elle tourne, elle ne doit être ni molle ni dure : qui en prend le milieu y trouve la juste mesure.
臀骨翻起前𦡁合住後臀自然翻起
L’os du coccyx se relève ; le devant de l’entrejambe (𦡁) se ferme, et l’arrière-train se relève de lui-même.
𦡁要圓圓則穩
L’entrejambe doit être ronde : ronde, elle est stable.
臁骨與後臁一齊合住 右膝與左膝合住勁前腿如撐後腿如蹬
Le tibia et le mollet de derrière ferment ensemble ; les genoux droit et gauche ferment leur jin ; la jambe de devant soutient comme un étai, celle de derrière pousse comme pour repousser le sol.
前足如八字撇五指踏地要實
Le pied avant est tourné en « huit » (八字) ; ses cinq orteils foulent le sol avec plénitude.
腳步相去一尺五六寸逺丁不丁八不八而要後足指微向裡合與前大不同如此立住方穩
Les pieds sont écartés d’un pied cinq ou six pouces. Ils ne forment ni tout à fait un T (丁) ni tout à fait un « huit » (八) ; mais les orteils du pied arrière se ferment légèrement vers l’intérieur, bien autrement que ceux du pied avant : dans cette tenue, la position est stable.
左腿彎不可軟
La jambe gauche est fléchie, non molle.
足後根踏實
Le talon foule fermement le sol.
足五指用力踏實抓住地不如此則上體搖動
Les cinq orteils du pied appuient avec force et agrippent le sol ; sans cela, le haut du corps oscille.
Figures du cheminement du jin interne (內勁運行圖)
內勁運行圖 攬擦衣自發端至終止中間沿路運行內勁啚
Figures du cheminement du jin interne : depuis le point de départ de la posture « saisir et ramener contre l’habit » jusqu’à son achèvement, la marche du jin interne le long de son parcours.
此圖以面向北論
Ces figures sont tracées en considérant que l’on fait face au nord.
右手向下上行 轉 肩 到此向前運行即東方
La main droite descend puis remonte ; elle tourne à l’épaule ; arrivée là, elle avance vers l’avant, c’est-à-dire vers l’est.
中間似彎如新月形用螺絲勁纏于骨之外肌膚之間右手與右足運法同右手右足左手三處運動獨左足不動
Entre les deux, le bras se courbe comme une nouvelle lune ; l’on emploie le jin en vis (螺絲勁) qui s’enroule autour de l’os, dans la chair entre l’os et la peau. La main droite et le pied droit se meuvent de la même façon. Trois parties se meuvent — main droite, pied droit, main gauche — seul le pied gauche ne bouge pas.
此右手已成之勢內勁啚
Figure du jin interne de la main droite dans sa position achevée.
北裡 肘 南外
Au nord, le côté interne ; le coude ; au sud, le côté externe.
右手 肩膊往裡合住勁 右肩
Main droite ; l’épaule ferme son jin vers l’intérieur ; épaule droite.
右手以中指為主五指相依勿令散開肘尖向南肘彎向北肐膊微彎三四分內勁似停不停中指領左右四指往則合住勁近與右肩為呼應逺與左手為呼應
Pour la main droite, le majeur est maître, les cinq doigts s’appuient l’un contre l’autre et ne doivent pas s’écarter ; la pointe du coude regarde le sud, la courbure du coude le nord ; le bras se fléchit de trois ou quatre dixièmes ; le jin interne semble s’arrêter sans s’arrêter. Le majeur conduit les quatre autres doigts, qui vont avec lui et ferment leur jin : de près, en réponse à l’épaule droite ; de loin, en réponse à la main gauche.
左手發端 左手向下運行 左手向上運行 轉 腰 左手至此岔住腰
Point de départ de la main gauche ; la main gauche descend ; la main gauche remonte ; elle tourne à la taille ; arrivée là, la main gauche se plante à la taille.
左手在西右手初運左手亦隨之先轉一小圈然後自下而上轉一大圈涉下至左肋岔住腰凡人自幼用右手居多用左手少故左手較右手稍笨打拳凡于左手雖不當令亦宜格外留神必使左右手一齊運動轉圈氣力方能習停
La main gauche est à l’ouest. C’est la main droite qui engage le mouvement ; la main gauche la suit : elle décrit d’abord un petit cercle, puis, de bas en haut, un grand cercle, redescend jusqu’aux côtes gauches et se plante à la taille.
La plupart des gens, depuis l’enfance, usent surtout de la main droite et peu de la gauche : celle-ci est donc un peu plus maladroite. Dans la pratique, bien que la main gauche ne commande pas, il faut y prendre un soin particulier, et faire mouvoir les deux mains ensemble, décrire les cercles ensemble, pour que la force se règle de part et d’autre.
肩沉下肘尖後往前合手背朝上四指在肋前大指在肋後
L’épaule s’enfonce ; la pointe du coude, de derrière, vient se fermer vers l’avant ; le dos de la main regarde vers le haut, les quatre doigts sont devant les côtes et le pouce derrière les côtes.
右足發端 右足止處
Point de départ du pied droit ; point d’arrêt du pied droit.
右足隨住右手運動右足指亦先畫一小圈
Le pied droit suit le mouvement de la main droite ; ses orteils décrivent eux aussi d’abord un petit cercle.
Explication de la posture (何謂攬擦衣)
何謂攬擦衣攬者如手攬物擦者如手挨著衣者上衣形如以左手攬物挨著衣服言左手岔住腰肘微向前合大指與後四指岔開手從上腕斜下其意似往下按手掌向後岔住腰左手屬陽肘屈似陰是謂陰中藏陽右手從上腕自上往右向下而左繞一圈再往上然後向右徐徐而發越慢越好高不過鼻低不過肩手走到九分而止內勁不前不後由中而行後則擘前則合皆不得中勁以中指為主中指勁到餘指勁皆到皆由心中發起越乳過腋入肩膊內骨中由骨髓充肌膚徐徐運行迨其勁行到指頭肚然後手與手合肘與肘合肩與肩合膝與膝合足與足合說合則兩半個身上下一齊合住當中𦡁勁開開又要合住是合勁寓於開勁之中非開是開合是合開與合看成兩股勁右手動右足繞一圈隨著右手一齊運動一齊行止右手將停右足踵先落地由腓及五足指依次落地放成八字勢以兩足論右足在前是主是賓中之主左足在後是賓是主中之賓以右足是左足留守不動故也右腳虛左腳實是為前虛後實以一足論亦是前虛後實腳指腳掌要摳住地湧泉要虛不虛則指不著地用不上力是為前後實中間虛腿勁由足大拇指上行外踝向裏纏斜行而上過三里越膝踰血海至大腿根左腿內勁纏法亦然兩腿勁同往上纏繞至會陰(穴名)兩陰卵中間中絃而止蓋兩勁對頭是其結穴此處是腿勁歸宿腰勁稍往下降降至此腿根撐開𦡁勁自圓腰中要虛一虛則上下皆靈
Que veut dire 攬擦衣 ? 攬, c’est comme la main qui empoigne un objet ; 擦, c’est comme la main qui l’en frotte contre quelque chose ; 衣, c’est le vêtement du haut. La figure ressemble donc à une main gauche qui empoignerait une chose et la frotterait contre l’habit.
Cela dit de la main gauche plantée à la taille, le coude venant légèrement vers l’avant en se fermant, le pouce écarté des quatre autres doigts, la main inclinée vers le bas à partir du poignet, avec une intention comme de presser vers le bas, la paume tournée vers l’arrière, la main plantée à la taille. La main gauche relève du yang, mais le coude fléchi ressemble au yin : c’est ce qu’on appelle « le yang caché dans le yin ».
La main droite, conduite par le poignet, décrit un cercle en allant du haut vers la droite, puis vers le bas et vers la gauche, remonte ensuite et s’étend enfin lentement vers la droite — plus c’est lent, mieux c’est ; pas plus haut que le nez, pas plus bas que l’épaule ; la main va jusqu’à neuf dixièmes et s’arrête.
Le jin interne ne va ni en avant ni en arrière, il marche par le milieu : s’il recule, [le corps] se disloque ; s’il avance, il se replie ; dans les deux cas on perd la juste mesure. Le jin est conduit par le majeur de la main droite, car du moment que le jin du majeur arrive, celui des autres doigts arrive aussi ; tout part du cœur : il traverse la poitrine, passe l’aisselle, entre dans l’os de l’épaule, et de la moelle de l’os remplit lentement la chair et la peau. Quand le jin est parvenu à la pulpe des doigts, alors main et main se ferment, coude et coude se ferment, épaule et épaule, genou et genou, pied et pied. « Se fermer » veut dire que les deux moitiés du corps, haut et bas, se ferment ensemble ; au milieu, l’entrejambe ouvre son jin et, ouverte, elle se ferme en même temps : c’est le jin de fermeture logé dans le jin d’ouverture, et non l’ouverture d’un côté et la fermeture de l’autre comme deux forces distinctes.
Quand la main droite se meut, le pied droit décrit un cercle et se meut, avance et s’arrête avec elle ; comme la main droite va s’arrêter, le talon droit touche le sol le premier, puis le mollet et enfin les cinq orteils, l’un après l’autre, jusqu’à former la position en « huit ». Si l’on considère les deux pieds ensemble : le pied droit est devant, il est l’hôte — l’hôte dans l’invité ; le pied gauche est derrière, il est l’invité — l’invité dans l’hôte ; car c’est le pied gauche qui reste en garde sans bouger. Le pied droit est vide, le pied gauche plein : c’est ce qu’on appelle « vide devant, plein derrière ». Considéré en lui-même, chaque pied est encore vide devant et plein derrière : les orteils et la plante doivent agripper le sol, mais le point Yongquan (湧泉) doit rester vide ; s’il n’est pas vide, les orteils ne touchent pas et la force ne peut s’employer : c’est être plein devant et derrière, et vide au milieu.
Le jin de la jambe monte depuis le gros orteil, s’enroule vers l’intérieur en passant derrière la malléole externe, monte en diagonale, passe le point Zusanli (足三里), franchit le genou et le point Xuehai (血海) et parvient à la racine de la cuisse ; il en va de même pour la jambe gauche. Les deux jin montent en s’enroulant jusqu’au point Huiyin (會陰, entre les deux testicules), où ils se rejoignent : c’est là leur nœud, le lieu où le jin des jambes fait retour. Le jin de la taille descend un peu et, parvenu là, écarte les racines des cuisses ; l’entrejambe devient ronde d’elle-même. Le milieu de la taille doit être vide : vide, le haut et le bas sont tous deux agiles.
肐膊大皆用螺絲纏勁斷不可直來直去一直則無纏綿曲折之意無纏綿意不惟屈伸無勢卽與人交手亦不能隨機應變妙於轉旋轉關不靈在我先覺輸人一籌何以制勝卽令硬氣可以勝人人自心中不服
Les bras emploient partout le jin en vis qui s’enroule ; il ne faut jamais aller et venir en ligne droite. Si l’on va droit, il n’y a plus cette intention d’enroulement et de détour ; sans elle, non seulement la flexion et l’extension perdent leur élan, mais dans le combat on ne sait plus répondre aux occasions ni se retourner avec à-propos. Si le pivot de la rotation n’est pas agile, on a beau apercevoir [l’ouverture] avant l’autre, on est d’un cran en dessous : comment vaincre ? Même si une force butée vous donnait la victoire, personne ne l’accepterait au fond du cœur.
此圖上已圖之言之最詳但學者不用功則已一用功心卽忘之故不憚再圖煩言以曉之欲令其默識(去聲記也)心通念念不忘也由肩外纏至中指甲是進行勁由中指過手背外往裏纏退行至肩是引勁由遠而引之於近初發用進行勁裏收用退行勁下體勁自足指至腿根進行退行皆由足上行與肐膊異者是自己用功確不可移如此至於與敵交手敵來侵我先引後進亦是確不可移須記右手運到九分時方停神氣更貫十分滿足此處最難形容由起至止須慢慢運行能慢儘管漫慢到十分功夫卽能靈得十分惟能靈到十分火候斯敵人踉不上我反以我術為奇異是以人之恆情也殊不知是先難之功之效也又全體先斜後正外斜內正斜者其形正者其精以心中之中氣運乎四支之中是人所不見己我獨知之地須時時神而會之久而自明手足用動要束而不散束則神聚而凝散則神渙而惰總之官骸皆聽命于心心一敬謹手足自然如法而行肩要壓下肘要沉下右手領住左手岔住腰肐膊屈住是乃此著最要形勢眼神隨右手運如此著右手當令眼神只隨住右手右手運到地位眼神卽注在右指甲上此中指卽眼視之標準肩膊頭骨縫要開始則不開不可使之強開功夫未到自開時心說已開究竟未開必攻苦日久自然能開方算得開此處一開則全肐膊之往來屈伸如風吹楊柳天機動蕩活潑潑地毫無滯機皆係于此此肱之樞紐靈動所關不可不知右手與肩平不可太低亦不可太高低則中氣運之難恐運不到高則揭膀肐膊無力總以得中為貴頂精領起來(頂精心之中氣領如提起)頂精何在在百會穴其意些須領住(領是領其全體精神令其不偏不倚)就算不可太過過則下棚上懸立不穩當此是一身關鍵中氣之所通者不可不知中氣上通百會下通二十椎此處一通則上下皆通全體之氣脈胥通自無倒傾之弊腦後二股筋是佐中氣之物二筋之間其無筋處乃中氣上下流通之路下行脊骨之中至二十一椎止卽前後任督二脈亦皆是輔吾之中氣中氣最難名卽中氣所行之路處亦最難名無形無聲非用功夫久不能知也所以不偏不倚非形跡之謂乃神自然得中之謂也卽四支中所運之中氣亦卽此中氣之旁流非另有一中氣此處不偏而後四支之中氣皆不偏雖四體形跡呈多偏勢而中氣之流于支體中者自是不偏此意第可神而明之項要端正豎起如中流砥柱不前不後不左不右不至倒塌方得此勢右手運行以右為主為其向右應敵也右手屬陰其運行者陰中之陽而其所以運之者有宰之者也左手拳曲左足不動轉于右手為賓而其實為賓中之主為其留守全體之根基也左手屬陽其運行之勢似陽中之陰而其所以為陽中之陰者有主之者也以理論之陰陽互為其根不可分為兩橛卽以右肱論之右半身皆屬陰其內勁由肩外纏至于指甲由指甲外往裏纏陰陽似屬兩勁其實一時並起並落足見陰陽互根之妙何以見之如對敵時敵以手來我以手引卽引卽打非旣引之後而後擊之于此足證陰陽互為其根之實
Cette figure, plus haut, a déjà été commentée et dite de la manière la plus détaillée ; mais l’élève qui ne travaille pas n’en profite pas, et celui qui travaille l’oublie aussitôt dans son cœur. Aussi ne crains-je pas de redonner la figure et de multiplier les paroles pour l’éclairer, afin qu’il la retienne en silence (默識) et que son cœur l’entende, s’en souvenant sans cesse.
S’enrouler de l’extérieur de l’épaule jusqu’à l’ongle du majeur, c’est le jin d’avance ; repasser du majeur par le dos de la main, s’enrouler en dedans et revenir jusqu’à l’épaule, c’est le jin de retrait : tirer à soi de loin pour ramener près. Au départ on emploie le jin d’avance ; pour ramener, le jin de retrait. Le jin du bas du corps, depuis les orteils jusqu’à la racine de la jambe, qu’il avance ou se retire, monte toujours depuis le pied — en quoi il diffère du bras ; cela se vérifie dans son propre travail et ne souffre aucun déplacement. Quant au combat avec l’adversaire, quand il attaque, d’abord attirer, ensuite avancer : cela non plus ne peut être changé, il faut s’en souvenir.
Quand la main droite est parvenue à neuf dixièmes, elle s’arrête, mais l’esprit et le souffle la traversent jusqu’au plein accomplissement de dix dixièmes ; c’est là ce qui est le plus difficile à décrire. Du début à la fin, il faut se mouvoir lentement. Puisqu’on peut être lent jusqu’à dix dixièmes de travail, on peut être agile à dix dixièmes ; et c’est en atteignant dix dixièmes de maîtrise que l’adversaire ne peut plus me suivre et me trouve au contraire merveilleux — ce qui est le sentiment ordinaire des hommes, alors qu’ils ne savent pas que c’est l’effet d’un travail d’abord difficile.
De plus, le corps entier est d’abord oblique, puis droit : oblique au-dehors, droit au-dedans. L’oblique, c’est la forme ; le droit, c’est l’essence. C’est avec le souffle médian du cœur que l’on fait circuler [le jin] dans les quatre membres : voilà ce que les autres ne voient pas et que moi seul je sais. Il faut sans cesse le comprendre en esprit, et avec le temps cela devient clair de soi. Les mouvements des mains et des pieds doivent être liés et non dispersés : liés, l’esprit se rassemble et se condense ; dispersés, l’esprit se dissipe et s’affaisse. En somme, tous les membres obéissent au cœur : dès que le cœur est respectueux et attentif, les mains et les pieds vont naturellement selon la règle.
Les épaules doivent presser vers le bas, les coudes s’enfoncer ; la main droite conduit, la main gauche se plante à la taille, le bras reste fléchi : c’est là la configuration essentielle de cette posture. Le regard suit le mouvement de la main droite ; ici, la main droite commande, aussi le regard ne fait-il que suivre la main droite, et quand elle est parvenue à sa place, le regard se fixe sur l’ongle du majeur — ce majeur est le repère du regard.
- Il faut ouvrir les jointures des épaules. Au début, on ne peut pas les ouvrir,
- et il ne faut pas les forcer. Quand le travail n’est pas encore arrivé, on
- croit qu’elles sont ouvertes alors qu’elles ne le sont pas ; c’est après un
- long et pénible effort qu’elles s’ouvrent naturellement, et alors seulement
- on peut dire qu’elles sont ouvertes. Une fois ce point ouvert, tout l’aller
- et venir, la flexion et l’extension du bras sont comme le vent dans les
- saules, le ressort céleste en branle, vif et alerte, sans la moindre entrave
- tout tient à cela. C’est le pivot du bras, et l’agilité en dépend : il importe de le savoir.
La main droite est à hauteur d’épaule : ni trop basse, ni trop haute. Trop basse, le souffle médian a peine à passer et risque de ne pas arriver ; trop haute, l’épaule se soulève et le bras perd sa force. Le milieu est toujours ce qu’il y a de plus précieux.
Le jin du sommet se conduit en tirant vers le haut — le souffle médian du cœur comme soulevé. Où est-il ? Au point Baihui (百會). L’intention doit le tenir quelque peu (« tenir » signifiant tenir tout l’esprit du corps pour qu’il ne penche ni d’un côté ni de l’autre), mais sans excès : à l’excès, le bas se tend, le haut se suspend et l’on ne tient plus debout. C’est là une clef du corps entier, le lieu où passe le souffle médian, et il faut le savoir. Le souffle médian communique en haut avec Baihui et en bas avec la vingtième vertèbre ; ce point une fois ouvert, haut et bas s’ouvrent, tous les vaisseaux du corps s’ouvrent, et l’on n’a plus à craindre de choir. Les deux tendons derrière la tête assistent le souffle médian ; entre eux, l’endroit sans tendon est la voie par où il monte et descend, le long du milieu de la colonne, jusqu’à la vingt et unième vertèbre ; les méridiens Ren et Du, devant et derrière, en sont eux aussi les auxiliaires. Le souffle médian est ce qu’il y a de plus difficile à nommer, et le chemin qu’il suit l’est aussi : sans forme et sans son, on ne le connaît qu’après un long travail. Aussi « ne pencher ni d’un côté ni de l’autre » ne désigne-t-il pas une apparence extérieure, mais l’esprit qui trouve naturellement le milieu. Le souffle médian qui circule dans les quatre membres n’est que l’écoulement latéral de ce même souffle : il n’y a pas un autre souffle médian. Que ce point-ci ne penche pas, et le souffle médian des quatre membres ne penchera pas non plus ; bien que les membres présentent souvent des figures obliques, le souffle médian qui coule en eux n’est pas oblique. Cela ne peut que s’entendre en esprit.
La nuque doit être droite et dressée, comme le rocher Dizhu au milieu du courant : ni en avant ni en arrière, ni à gauche ni à droite, sans s’écrouler — alors la posture est juste.
La main droite se meut en ayant la droite pour maîtresse, car c’est vers la droite qu’elle répond à l’ennemi. La main droite relève du yin ; son mouvement est le yang dans le yin, et ce qui le meut, c’est qu’il y a un maître. La main gauche se replie, le pied gauche ne bouge pas mais se tourne vers la main droite : elle est l’invitée — et en vérité l’hôte dans l’invitée, car elle demeure en garde, racine de tout le corps. La main gauche relève du yang ; la figure de son mouvement est comme le yin dans le yang, et ce qui fait ce yin dans le yang, c’est qu’il y a un maître. En théorie, le yin et le yang ont chacun leur racine en l’autre et ne peuvent se séparer en deux morceaux. Si l’on considère le bras droit, toute la moitié droite du corps relève du yin : le jin interne s’enroule de l’extérieur de l’épaule jusqu’à l’ongle, puis de l’ongle s’enroule en rentrant — yin et yang semblent deux jin, mais en fait ils se lèvent et retombent dans le même instant : on voit là la merveille de la racine mutuelle du yin et du yang. Comment le voit-on ? Quand on affronte l’adversaire et qu’il porte la main, j’attire et je frappe dans le même temps : ce n’est pas après avoir tiré qu’on frappe. Voilà la preuve concrète de ce que le yin et le yang ont leur racine l’un dans l’autre.
拳之一道進退不已神氣貫串絕不間斷嘗見人之耍拳上著未完卽欲停止一停止其氣斷其神散矣卽不然此著未完卽欲打彼著及打彼著仍然未完而更欲打下著之下一著如此躁心何能細心揣摩而知其內勁之起落精神之充足乎欲速者恆犯此病故終無成功打拳不惟著中情理當潛心默會卽上著之終下著之始其接骨鬥筍處是為過脈於過脈處當思如何血脈貫通不令間斷蓋上著之終必待神氣十分滿足而後方結得住當結上著時上勢已足餘神流於界外是下著之機已動於上著之末而後下著接住上著而起是為構構者下著之筍與上著之筍相接而合者也非但合之以勢宜先合之以神神氣與上著無間方為善於起始所謂得勢爭來脈來脈得勢以下勢如破竹無不得勢此是最關緊處以上所言往往重三疊四絮語不體者恐人未詳其故故如此
Dans l’art du poing, l’avance et le recul ne cessent jamais ; l’esprit et le souffle se traversent sans interruption. J’ai vu des gens jouer la boxe et vouloir s’arrêter avant d’avoir achevé la posture précédente : sitôt arrêté, le souffle se rompt et l’esprit se disperse. Et sinon, ils veulent frapper la posture suivante avant d’avoir achevé celle-ci, et celle-là inachevée, ils veulent déjà passer à celle d’après. Avec un cœur si impatient, comment pourraient-ils, en y réfléchissant avec soin, connaître le lever et la chute du jin interne et la plénitude de l’esprit ? Ceux qui veulent aller vite commettent toujours cette faute et n’arrivent à rien. Dans la pratique, non seulement il faut peser la raison de chaque posture et y appliquer son cœur en silence : la fin de la précédente et le commencement de la suivante, là où les os s’emboîtent et où les tenons se joignent, sont ce qu’on appelle le « passage du vaisseau » (過脈). À ce passage, il faut penser à faire communiquer les veines et le souffle sans interruption. Car la fin de la posture doit attendre que l’esprit et le souffle soient pleins à dix dixièmes pour se nouer. Au moment où l’on noue la posture, la posture est déjà pleine ; le surplus d’esprit coule hors de la limite, et le ressort de la suivante est déjà en branle à la fin de la précédente ; alors la suivante prend appui sur celle qui finit et se lève : c’est ce qu’on appelle « joindre » (構) — le tenon de la suivante s’emboîtant dans le tenon de la précédente. Il ne suffit pas de joindre par la figure : il faut d’abord joindre par l’esprit ; que l’esprit et le souffle ne fassent qu’un avec la posture précédente, et l’on sera habile à commencer. C’est ce qu’on appelle « saisir la configuration et disputer le passage » : le passage saisi, la posture suivante est comme le bambou qui se fend. Voilà le point le plus serré. Ce qui est dit plus haut revient souvent trois et quatre fois en paroles bavardes : c’est que je crains que les gens n’en comprennent pas la raison.
Note spéciale sur la rotation inverse de la main gauche (特標左手倒轉)
特標左手倒轉
Note spéciale sur la rotation inverse de la main gauche.
左手運行轉圈如攬擦衣摟膝拗步初收再收披身捶肘底看拳指𦡁捶下步跨虎皆是倒轉圈法然初收再收與肘底看拳左手近上轉圈稍易攬擦衣左手居中與鳩尾平在左肋中間其轉圈頗難指𦡁捶轉圈甚微下步跨虎左手轉圈與攬擦衣同以上所言皆用纏絲精行之且是倒轉圈故難猶是手也右手倒轉甚易故于左手倒時標之至于左手右轉自覺容易不必再贅細玩前散畫圖自明
Le cercle décrit par la main gauche est le même que dans « brosser le genou et pousser du pied » (摟膝拗步), « retirer la posture » (初收) et son retour, « le poing qui drape le corps » (披身捶), « le poing gardé sous le coude » (肘底看拳), « le poing qui pointe vers l’entrejambe » (指𦡁捶) et « reculer et chevaucher le tigre » (下步跨虎) : partout c’est la méthode du cercle inversé. Dans « retirer la posture », son retour et « le poing gardé sous le coude », la main gauche va un peu plus haut et le cercle est plus aisé ; dans « saisir et ramener contre l’habit », la main gauche est au milieu, à hauteur du point Jiuwei (鳩尾), au milieu des côtes gauches, et le cercle y est difficile ; dans « le poing qui pointe vers l’entrejambe », le cercle est très petit ; dans « reculer et chevaucher le tigre », le cercle de la main gauche est le même que dans la posture présente. Tout ce qui vient d’être dit s’exécute avec le jin de soie enroulée, et comme il s’agit d’un cercle inversé, c’est difficile. La même opération faite avec la main droite est aisée ; c’est pourquoi je l’ai signalée pour la main gauche. Quant à faire tourner la main gauche vers la droite, cela se sent de soi : inutile d’en dire davantage ; que l’on regarde attentivement les figures dispersées données plus haut, et cela sera clair.
Emprunt de l’image (取象)
取象
Emprunt de l’image au Livre des mutations.
如攬擦衣一勢陽左陰右陽屈陰伸有內陽而外陰內健而外順意故取諸泰此右手之象至于左手先畫一小圈然後左手自上而下而左上行而右而下至腰盤屈如圈外方內圓手岔住腰有潛龍無用之象據左手本位成象論之是箇靜象靜極必動自然之理故左手已伏七日來復之機右足隨右手運行左足不動以固根本
Dans la posture « saisir et ramener contre l’habit », le yang est à gauche et le yin à droite ; le yang se fléchit et le yin s’étend. C’est l’idée du yang à l’intérieur et du yin à l’extérieur, de la vigueur au-dedans et de la docilité au-dehors : on emprunte donc l’image de la Paix (泰, hexagramme 11). Voilà pour la main droite.
Pour la main gauche : d’abord un petit cercle, puis elle descend, va vers la gauche, remonte vers la droite, redescend à la taille, le bras fléchi en cercle — carré au-dehors et rond au-dedans — la main plantée à la taille : c’est l’image du « dragon caché qui ne sert point » (潛龍勿用, hexagramme 1). À considérer la main gauche dans sa position propre, c’est une image de quiétude ; or la quiétude poussée à son comble se change nécessairement en mouvement — loi naturelle. Aussi la main gauche recèle-t-elle déjà le ressort du « retour après sept jours » (七日來復, hexagramme 24). Le pied droit suit le mouvement de la main droite ; le pied gauche ne bouge pas, afin d’affermir la racine.
Poèmes (俚語)
四言俚語
Poème en vers de quatre caractères.
一陰一陽 法象昭章 屈者為陰 伸者為陽 陰陽互用 天道所藏 動靜無偏 乃爾之強
Un yin, un yang : la loi se manifeste avec éclat. Ce qui se fléchit est yin ; ce qui s’étend est yang. Le yin et le yang s’emploient l’un par l’autre : c’est là ce que recèle la voie du ciel. Sans penchant ni vers le mouvement ni vers le repos : voilà ta force.
七言俚語
Poème en vers de sept caractères.
世人不識攬擦衣 左屈右伸抖虎威 伸中寓屈何人曉 屈內寓伸識者稀 𦡁中分峙如劍閣(取其圓意) 頭上中峯似璇璣(喻中氣也) 千變萬化由我運 下體兩足定根基
Les gens du monde ne connaissent pas « saisir et ramener contre l’habit » : la gauche se fléchit, la droite s’étend, et l’on secoue la majesté du tigre. Dans l’extension se cache la flexion — qui le sait ? Dans la flexion se cache l’extension — rares sont ceux qui le discernent. L’entrejambe se fend en deux pentes dressées comme la passe de Jianmen (il s’agit de l’idée de rondeur) ; au sommet de la tête, le pic central est comme la Grande Ourse (métaphore du souffle médian). Mille transformations, dix mille changements, c’est moi qui les fais mouvoir ; en bas, les deux pieds affermissent la racine.
Posture 3 : « Le Simple fouet » (單鞭)
第三勢
單鞭
Dan bian, « le Simple fouet ».
Consignes de tenue
頂勁領起
Le jin du sommet est conduit vers le haut.
項豎起
La nuque se dresse.
眼神注視左手中指
Le regard se fixe sur le majeur de la main gauche.
前肩後肩塌下不可架起來
L’épaule avant et l’épaule arrière s’affaissent ; elles ne doivent pas se relever en appui.
肘內似初月似張弓微彎
Le coude, en dedans, est légèrement fléchi comme une nouvelle lune ou comme un arc tendu.
中間似初月形
Entre les deux, le bras a la forme d’une nouvelle lune.
左手節不可軟 右手節不可軟
L’articulation du poignet gauche ne doit pas être molle ; celle du poignet droit non plus.
右指皆揑住聚到一處前手展後手指束此後手也
Les doigts de la main droite se pincent et se rassemblent en un point ; la main avant se déploie, les doigts de la main arrière se serrent — c’est la main arrière.
指肚用力 掌前外臁使力 掌後與大指使力
Les pulpes des doigts emploient la force ; le bord extérieur avant de la paume emploie la force ; l’arrière de la paume et le pouce emploient la force.
左手呼與右手合 右手應與左手合
La main gauche appelle et se joint à la main droite ; la main droite répond et se joint à la main gauche.
胸膈橫氣卸到腳底卽不能亦當卸至丹田
Le souffle en travers du diaphragme se décharge jusqu’à la plante des pieds ; si l’on ne peut aller jusque-là, il faut au moins le décharger jusqu’au dantian.
臀骨微翻起來前小肚合住𦡁則環跳自然起
L’os de l’arrière-train se relève légèrement ; le bas-ventre se ferme, et l’entrejambe avec lui : alors le point Huantiao (環跳) se lève de lui-même.
兩大股由外邊往裏包合
Les deux cuisses s’enveloppent de l’extérieur vers l’intérieur.
𦡁虛而圓皆向裏合自然照應
L’entrejambe est vide et ronde, tout entière tournée vers l’intérieur en se fermant : la garde se fait d’elle-même.
前膝撐橫前膝露出五六分
Le genou avant s’écarte de côté ; il avance de cinq ou six dixièmes.
右膝露出二三分不可軟也要撐住
Le genou droit avance de deux ou trois dixièmes ; il ne doit pas être mou, car il doit soutenir.
後踵先著地漸次向前至左指頭止
Le talon touche le sol le premier, puis le pied descend peu à peu vers l’avant jusqu’à l’extrémité des orteils.
左足五指要用力抓地大拇指尤得用力
Les cinq orteils du pied gauche doivent agripper le sol avec force, le gros orteil plus encore.
右足向北微向西北鉤些
Le pied droit regarde vers le nord et se crochète légèrement vers le nord-ouest.
窪住湧泉
Le point Yongquan est creusé (maintenu vide).
左腳較右腳微虛
Le pied gauche est un peu plus vide que le droit.
大踵用力踏住地方穩當右足要實是謂前虛後實
Le grand talon foule le sol avec force et la position est stable ; le pied droit doit être plein : c’est ce qu’on appelle « vide devant, plein derrière ».
Commentaires
頂勁中氣是股正氣心中意思領起卽行到頭頂上中氣自然領起來非有物以提之是意思如此
Le jin du sommet et le souffle médian sont un seul souffle droit : l’intention du cœur le conduit vers le haut et, dès qu’elle parvient au sommet de la tête, le souffle médian se lève de lui-même. Ce n’est pas une chose qui le tire, c’est ainsi que va l’intention.
打拳心是主脊骨是左右身之關鍵腰是上下體之關鍵腰以上氣往上行腰以下氣往下行似上下兩奪之勢其實一氣貫通並行不悖以左手領左足以右手領右足上面手如何運下體足如何運起則並起落則同落上下相隨自然合拍
Dans la pratique, le cœur est le maître ; la colonne vertébrale est la clef des deux côtés du corps ; la taille est la clef du haut et du bas. Au-dessus de la taille le souffle monte, au-dessous il descend : on dirait deux forces qui se disputent le haut et le bas, alors qu’en réalité un seul souffle les traverse et qu’elles vont côte à côte sans se contredire. La main gauche conduit le pied gauche, la main droite le pied droit : selon que les mains d’en haut se meuvent, les pieds d’en bas se meuvent ; s’ils se lèvent, ils se lèvent ensemble ; s’ils retombent, ils retombent ensemble. Haut et bas se suivant, le rythme est naturellement juste.
耍手全在手掌手指領起週身運動足隨手尤其緊要中氣必由肐膊中徐徐運行不可慌張忽略順其當然之則運其自然勿令偏倚而以心氣行于兩肱之中是為中氣左手背一二分向北右手背四五分向北中氣行到指十分滿足一齊合住
Dans le jeu des mains, tout réside dans la paume et les doigts, qui conduisent le mouvement du corps entier ; que les pieds suivent les mains est chose particulièrement essentielle. Le souffle médian doit circuler lentement à travers les bras, sans hâte ni négligence ; suivre sa règle naturelle et le mouvoir naturellement, sans le laisser pencher, en faisant passer le souffle du cœur au milieu des deux bras : voilà le souffle médian. Le dos de la main gauche regarde le nord d’un ou deux dixièmes, celui de la main droite de quatre ou cinq dixièmes ; quand le souffle médian parvient aux doigts, il est plein à dix dixièmes et tout se ferme ensemble.
平素打拳不必拘定方面而畫一定之準北斗在北方司天造化宜以向北為主故圖畫皆以面向北為準右東左西面北背南以定方向
Dans la pratique ordinaire, il n’est pas nécessaire de s’astreindre à une direction déterminée ; mais les figures doivent suivre une règle fixe. La Grande Ourse est au nord et préside aux opérations du ciel : il convient donc de prendre le nord pour axe. Aussi les figures prennent-elles toutes pour repère le fait de faire face au nord — l’est à droite, l’ouest à gauche, le nord devant, le sud derrière — afin de fixer les orientations.
Figures du mouvement des mains et des pieds
此圖就上圖面向北圖之以右手為主此為左右相合是上勢之下下勢之上兩勢間過脈
Cette figure reprend la précédente, tracée face au nord, en prenant la main droite pour maîtresse : c’est ici la jonction de la droite et de la gauche, la descente de la posture précédente et la montée de la suivante, le passage entre deux postures.
腰 左手起端
À la taille : point de départ de la main gauche.
此是未運行手先轉一小圈與右手合住 左手離腰上行 左手轉一圈以下西行舒肱 左手指展開指並住舒肱
C’est ici, avant son mouvement, la main qui décrit d’abord un petit cercle pour se joindre à la main droite ; la main gauche quitte la taille et monte ; elle décrit un cercle puis va vers l’ouest, le bras se déployant ; les doigts de la main gauche s’ouvrent, restent joints, et le bras se déploie.
右手止 右手運行只如此 手起
Arrêt de la main droite ; le mouvement de la main droite n’est que cela ; départ de la main.
此是肐膊勁手轉夠一圈背微向前
Ici le jin du bras fait faire à la main un cercle complet, le dos de la main venant légèrement vers l’avant.
此圖仍以面向北圖之故左右與上同
Cette figure est encore tracée face au nord : la droite et la gauche sont comme plus haut.
左手起 左手止 左手展
Départ de la main gauche ; arrêt de la main gauche ; déploiement de la main gauche.
此左手運行圖 左肱以肱彎與右肱相合
Figure du mouvement de la main gauche : le coude gauche, par sa courbure, se joint au bras droit.
右手束 右肩
Les doigts de la main droite serrés ; l’épaule droite.
圈內線卽右手發端 右手發端先轉一小圈 右肱反背勢與左手相合
La ligne intérieure du cercle est le point de départ de la main droite ; la main droite commence par un petit cercle ; le bras droit, en figure de revers, se joint à la main gauche.
中間胸腹自天突穴至臍下陰交氣海石門關元如磬折如鞠躬形是謂含住胸是為合住勁要虛
Entre les deux, la poitrine et le ventre, depuis le point Tiantu (天突) jusqu’au-dessous du nombril — Yinjiao, Qihai, Shimen, Guanyuan — se plient comme un pendentif de pierre sonore, comme une révérence : c’est ce qu’on appelle « contenir la poitrine », c’est-à-dire fermer son jin en restant vide.
足纏絲勁圖
Figure du jin de soie enroulée dans les jambes.
右膝 左膝
Genou droit ; genou gauche.
左右股合法同
La manière dont les cuisses droite et gauche se joignent est la même.
大股自足纏至大股根其勁由外往裏纏纏到腿根兩腿勁對頭瓤住不用硬氣兩膝向裏一合足五指皆向裏合腿上下自然合住𦡁口自圓
La cuisse s’enroule depuis le pied jusqu’à sa racine ; le jin s’enroule de l’extérieur vers l’intérieur et, parvenu à la racine de la jambe, les jin des deux jambes se rejoignent et s’emboîtent, sans recourir à une force butée. Les deux genoux se ferment vers l’intérieur, les cinq orteils de chaque pied se ferment aussi vers l’intérieur, le haut et le bas de la jambe se ferment naturellement, et l’ouverture de l’entrejambe devient ronde d’elle-même.
足之動作法
Méthode du mouvement du pied.
左足自先至右足邊點住指然後再往西邁開兩足相去尺五六寸
Le pied gauche va d’abord auprès du pied droit, y pose la pointe des orteils, puis s’ouvre vers l’ouest ; les deux pieds sont alors écartés d’un pied cinq ou six pouces.
足後根擰法
Méthode du pivotement du talon.
如單鞭左足先收到右足邊足指點地再往西發行不必再贅至于右足攬擦衣足五指本向東北踏地至左足向西開步落時足指向西北將落未落時右足不離地足指向東北者足踵依地一擰微向北西北西者偏于北方之西故云右足指與左足指一齊落下地左足亦是踵先著地漸次至指與右足合住勁方不散渙
Comme dans « le Simple fouet », le pied gauche se retire d’abord auprès du pied droit, pose ses orteils à terre, puis part vers l’ouest : inutile d’en dire plus. Quant au pied droit : dans « saisir et ramener contre l’habit », ses cinq orteils foulent le sol tournés vers le nord-est ; quand le pied gauche s’ouvre vers l’ouest et descend, ses orteils regardent le nord-ouest ; au moment où il n’est pas encore descendu, le pied droit, sans quitter le sol, fait pivoter son talon et se tourne un peu vers le nord puis le nord-ouest (nord-ouest s’entend : plus au nord qu’à l’ouest) ; les orteils du pied droit descendent alors à terre en même temps que ceux du pied gauche. Le pied gauche, lui aussi, touche d’abord le sol du talon, puis descend peu à peu jusqu’aux orteils, et les deux pieds ferment leur jin ensemble : alors seulement rien ne se disperse.
Explication du nom (問何謂單鞭)
問何謂單鞭曰兩手不在胸之前後而在脅之左右左右肱展開其勢似單弱其勢如鞭之毒兩肱展開又如一條鞭故名此勢以左手為主左手上行與臍平外往裏轉一小圈右手從後往前亦轉一小圈左右一齊合住神氣呼應如兩人照臉說話然後左手從合處領起左半身自下而上轉向西漸漸西行至八九分時方止當手未展手未停時眼神隨住左手至左手停時眼神注於左手中指不邪視至於中氣纏法與攬擦衣右手右肱同當合之時左腳在左者先收到右腳邊腳指點住地預為下腳運行設勢及運動時左腳隨住左手一齊西運上面左手將停左足踵先著地循序漸進運到左足大拇與左手一齊停止(形似停而神不停)此左半身上下相隨左足伸展各因其人之大小約不過二尺以內至於右手合時右手先轉一圈左手起發向西運行右手腕在後右手從後向前再轉(轉上聲)一圈肐膊徐徐作反背勢與左手順勢展開不同右手不惟肐膊勁反背且微向東行手背又得往前合右手東行左手西行似有兩分之勢其實寓兩合之神右手所以反背者為下著伏脈也至於右手五指束住不展開者恐人在後突然捋住指頭背折其節眼在前視不顧照後束之以防其患肐膊纏勁由後前纏到右指頭止右腳雖不動視右手運行以為擰轉在前足指向東北者今則右手一動右足踵著地擰轉指向北西落住(言北西者偏北者多偏西者少)此右半身上下相隨為人說法不得不條分縷析而要不得視為五分四裂說合則週身一齊扣合住方佳至於週身骨節如左右肘左右肩上下各處名目相同者各自一切照臉合住不必再言不明者視圖自喻後倣此身法總歸端正不可偏倚骨節鬆開肐膊如在肩上掛著一班運動似柔而實剛精神內藏而不露此為上乘
On demande : que veut dire 單鞭, « le Simple fouet » ? — Les deux mains ne sont pas placées devant et derrière la poitrine, mais à droite et à gauche le long des côtes, les deux bras déployés. La figure paraît faible et isolée (單弱), mais sa puissance est comme le venin du fouet (鞭之毒) ; les deux bras déployés font comme une seule lanière de fouet : d’où le nom.
Dans cette posture, c’est la main gauche qui commande. Elle monte à hauteur du nombril, décrit un petit cercle de l’extérieur vers l’intérieur ; la main droite, venant de l’arrière vers l’avant, décrit elle aussi un petit cercle ; droite et gauche se ferment ensemble, l’esprit et le souffle se répondant comme deux personnes qui se parlent face à face. Puis la main gauche, partant du point de jonction, conduit toute la moitié gauche du corps de bas en haut et se tourne vers l’ouest, avançant peu à peu vers l’ouest jusqu’à huit ou neuf dixièmes et s’arrêtant là. Tant que la main ne s’est pas déployée et ne s’est pas arrêtée, le regard la suit ; quand elle s’arrête, le regard se fixe sur le majeur gauche, sans regarder de travers. Pour ce qui est de l’enroulement du souffle médian, il est le même que celui du bras droit dans « saisir et ramener contre l’habit ».
Au moment de la jonction, le pied gauche, qui était à gauche, se retire d’abord auprès du pied droit et y pose la pointe des orteils, préparant ainsi la figure du pas suivant ; puis, dans le mouvement, il part vers l’ouest en même temps que la main gauche. Quand la main gauche d’en haut est sur le point de s’arrêter, le talon gauche touche le sol le premier, et peu à peu le pied descend jusqu’au gros orteil, s’arrêtant en même temps que la main gauche (la forme semble s’arrêter, mais l’esprit ne s’arrête pas). C’est ainsi que le haut et le bas du côté gauche se suivent. L’extension du pied gauche dépend de la taille de chacun, mais ne dépasse guère deux pieds.
Quant à la main droite au moment de la jonction : elle décrit d’abord un cercle ; quand la main gauche part vers l’ouest, le poignet droit va vers l’arrière, la main droite revient de l’arrière vers l’avant et décrit un nouveau cercle, le bras prenant peu à peu la figure du revers — ce qui diffère de la main gauche, qui se déploie dans le sens direct. Non seulement le jin du bras droit va à rebours, mais il se dirige un peu vers l’est, le dos de la main venant vers l’avant. La main droite allant vers l’est et la main gauche vers l’ouest, elles semblent se séparer en deux, alors qu’en réalité elles recèlent l’esprit de la double fermeture. Si la main droite va à rebours, c’est afin de préparer le passage du souffle pour la posture suivante ; et si les cinq doigts de la main droite restent serrés sans s’ouvrir, c’est de crainte que quelqu’un, par-derrière, ne saisisse soudain un doigt pour en briser l’articulation : le regard étant fixé devant et ne voyant pas derrière, on les serre pour parer à ce risque. Le jin enroulé du bras se déroule de l’arrière vers l’avant jusqu’à l’extrémité des doigts droits.
Bien que le pied droit ne bouge pas de sa place, il se tord en fonction du mouvement de la main droite : ses orteils, qui regardaient le nord-est, maintenant que la main droite se meut, font pivoter le talon à terre et se tournent vers le nord-ouest pour s’y poser (nord-ouest s’entend : plus au nord qu’à l’ouest).
Voilà comment le haut et le bas du côté droit se suivent. Pour exposer cela aux hommes, il faut bien découper article par article ; mais on ne doit pas y voir un démembrement en cinq ou quatre morceaux : « se fermer » veut dire que le corps entier se ferme d’un seul coup comme un fermoir — voilà qui est bien. Quant aux jointures du corps entier, le coude gauche et le coude droit, l’épaule droite et l’épaule gauche, le haut et le bas, tous les endroits qui portent le même nom se ferment de la même manière, face à face ; inutile d’en reparler, et qui ne comprend pas n’a qu’à regarder la figure pour se l’expliquer. Il en sera de même à l’avenir.
La tenue du corps doit toujours revenir à la rectitude, sans pencher. Les jointures s’ouvrent, les bras semblent suspendus à l’épaule ; tous les mouvements paraissent souples et sont en réalité durs ; l’esprit se garde au-dedans et ne se montre pas : voilà le niveau supérieur.
拳家以躬行為主但先難而已不可預期後獲妄念橫胸拳藝不能長進至成時敵人怎來怎應不待思想自然有法未交手時誰知敵人從何而來誰知敵人擊我何處但依著何處卽以何處(此是本地風光最難最難)引而擊之時措咸宜莫名其妙眞不思而得不免而中也然而未成者不能也問要到何時算成曰此中層級終身閱不盡但以目前粗疎者言之大成則九年小成則七年至於精妙亦終身不盡之學學者或學一二年或學三四年淺嘗輒止終是門外漢旨味未之嘗耳存先獲心者吾知無所問津蓋不能循序漸進不已亦猶不以規矩不能成方圓學貴有恆躬行為難
Chez les maîtres de la boxe, c’est la pratique personnelle qui compte avant tout ; seulement, le commencement est difficile, et il ne faut pas escompter d’avance le résultat : des pensées vaines rempliraient la poitrine et l’art ne progresserait plus. Une fois l’art achevé, l’ennemi vient de telle façon, on répond de telle façon, sans attendre la réflexion : la méthode est là d’elle-même. Avant la rencontre, qui sait d’où l’ennemi viendra, qui sait où il frappera ? Mais dès que l’on peut saisir l’endroit où il vient — (voilà le paysage local, le plus difficile de tout) — on l’attire et l’on frappe ; le temps est toujours juste, la chose est inexplicable. C’est vraiment obtenir sans y penser, atteindre sans viser ; mais qui n’a pas achevé son art ne le peut pas.
On demande : jusqu’à quand peut-on compter avoir achevé ? — Les degrés y sont tels qu’une vie entière ne les épuise pas à les parcourir. Pour parler grossièrement : la grande réussite est à neuf ans, la petite à sept ans ; quant à la perfection subtile, c’est une étude que la vie entière ne termine pas. L’élève qui étudie un an ou deux, trois ou quatre ans, et qui s’arrête après avoir goûté du bout des lèvres, reste toujours un béotien : il n’a pas goûté la saveur du propos. Celui dont la poitrine est habitée par le désir du gain précoce, je sais qu’il ne trouvera aucun gué : c’est qu’il ne sait pas avancer pas à pas sans s’arrêter ; et de même que sans compas ni équerre on ne fait ni carré ni cercle, dans les études la constance est précieuse et la pratique personnelle est ce qui est difficile.
Emprunt de l’image pour le Simple fouet (單鞭取象)
單鞭取象
Emprunt de l’image au Livre des mutations.
打拳心中一物無所著則最明胸中包含一切外面空空如也內文明外順柔有離中虛象氣歸丹田理實氣空上虛下實有坎中滿象四支舒開中氣行得十分滿足氣勢盛足有泰極象氣足難於轉移變化不易有否之象然以成手處之不慮此大人處否而亨二爻變而為坎中氣存於中也五爻變而為離虛靈含於內也以虛靈之心養剛中之氣雖否何害此所謂素患難行乎患難不貪打人物來順應故有休否之象具此四德拳術盡矣
Dans la pratique, si le cœur ne s’attache à aucune chose, il est alors parfaitement clair ; la poitrine embrasse tout, tandis que l’extérieur est vide comme s’il n’y avait rien. « Civil au-dedans, docile et souple au-dehors » : c’est l’image du vide au milieu de la Lueur (離, ☲, un trait brisé entre deux traits pleins). Le souffle revient au dantian : le principe est plein, le souffle est vide ; le haut vide, le bas plein — c’est l’image de la plénitude au milieu de l’Eau (坎, ☵). Les quatre membres se déploient, le souffle médian circule jusqu’à la plénitude accomplie ; la puissance du souffle est débordante — image du comble de la Paix (泰).
Mais le souffle une fois plein se laisse difficilement mouvoir et se transforme à grand-peine — image de la Rupture de l’harmonie (否). Cependant, si l’on agit en homme fait, on ne s’en inquiète pas : c’est le grand homme qui, dans le malheur du monde, demeure en accord. Que le deuxième trait se change, et l’on obtient l’Eau (坎) : le souffle médian demeure au milieu ; que le cinquième trait se change, et l’on obtient la Lueur (離) : la vacuité spirituelle embrasse au-dedans. Nourrir d’un cœur vide et spirituel le souffle ferme et médian : que la Rupture advienne, quel mal ? C’est ce que dit le proverbe : « Dans l’ordinaire des difficultés, on marche à travers les difficultés. » Ne point convoiter de frapper l’adversaire ; quand la chose vient, on y répond. C’est de là que vient l’image de suspendre la Rupture. Celui qui possède ces quatre vertus — Lueur, Eau, Paix, Rupture — a tout de l’art de la boxe.
攬擦衣單鞭兩儀也兩儀交則四象生矣自太極生此兩儀以下生生不窮萬象森列莫可形狀全在用功者身體力行細心揣摩日久自知拳名太極豈虛語哉實天機自然之運行陰陽自然之開合也一絲不假強為強為者皆非太極自然之理不得名為太極拳
« Saisir et ramener contre l’habit » et « le Simple fouet » sont les deux figures [du yin et du yang] (兩儀). Les deux figures une fois en relation, les quatre images (四象) naissent ; depuis que le Taiji a engendré ces deux figures, les êtres s’engendrent sans fin, les dix mille phénomènes se dressent en ordre et aucune forme ne peut les décrire. Tout cela dépend de celui qui travaille : qu’il mette son corps en pratique et réfléchisse avec soin, et avec les jours il le saura de lui-même. Appeler l’art « Taiji » serait-ce une parole vaine ? En vérité, c’est le cours naturel du ressort céleste, l’ouverture et la fermeture naturelles du yin et du yang, sans qu’on y ajoute rien de force : ce qui est forcé ne relève pas du principe naturel du Taiji et ne mérite pas le nom de taiji quan.
單鞭七言俚語
Poème en vers de sept caractères sur le Simple fouet.
單鞭一勢最為雄 一字長蛇亙西東 擊首尾動精神貫 擊尾首動脈絡通 當中一擊首尾動 上下四旁扣如弓 若問此中眞消息(卽線索) 須尋脊背骨節中
La posture du Simple fouet est la plus héroïque de toutes : une ligne longue comme un serpent s’étend de l’ouest à l’est. Frappe-t-on la tête, la queue s’émeut : l’esprit est traversé d’un bout à l’autre ; frappe-t-on la queue, la tête s’émeut : veines et vaisseaux communiquent. Frappe-t-on le milieu, tête et queue s’émeuvent ; en haut et en bas, aux quatre côtés, l’on est bandé comme un arc. Si tu demandes où gît ici la vraie nouvelle (c’est-à-dire l’indice), il faut la chercher dans le dos, entre les jointures de la colonne vertébrale.
長短句俚語
Poème en vers de longueur inégale.
蓋世無雙 一條鞭打進不忙 敵因我左手在腰肘且屈 乘其不防 來侵西疆 竊逞其剛強 豈知我弓弦一卸 屈而必張 打得他無處躱藏 反受災殃 非是別有奇方 但憑得週身空靈 一縷中氣隨勢揚 那怕他(是我養有素) 求勝反敗不自量(言敵人來擊) 洋洋灑灑當地見短長 此所謂陰中藏陽(肘屈為陰肱伸為陽)
Sans pareil dans le monde, une seule lanière de fouet frappe sans se hâter ; l’ennemi, parce que ma main gauche est à la taille et le coude fléchi, profite de ce que je ne me garde pas pour envahir le côté ouest et faire étalage de sa force. Il ne sait pas que la corde de mon arc se détend, et que, fléchie, elle doit se tendre : je le frappe, il n’a où se cacher et ne reçoit qu’infortune. Ce n’est point quelque recette merveilleuse, mais seulement le vide et la vivacité de tout mon corps : un fil de souffle médian s’élève avec la configuration. Que craint-on ? (C’est que je me suis nourri de longue date.) Vouloir vaincre et trouver la défaite, c’est ne pas se mesurer (il s’agit de l’ennemi qui attaque) ; tout est ample et spacieux : sur place, on voit qui a le dessus. Voilà ce qu’on appelle « le yang caché dans le yin » (le coude fléchi est yin, le bras étendu est yang).
Posture 4 : « Vajrapani pile dans le mortier » (金剛搗碓), deuxième occurrence
第四勢
金剛搗碓
在此則為第二個金剛搗確在拳次序則為第四勢
Quatrième section : 金剛搗碓, « Vajrapani pile dans le mortier ». — C’est ici le deuxième Vajrapani qui pile dans le mortier ; dans l’ordre de l’enchaînement, c’est la quatrième posture.
正身法
Sur la tenue du corps de face (正身法).
拳中獨此勢與單鞭摟膝抝步野馬分鬃捲倒肱上步七星捶皆是東西南北正身法
Dans tout l’enchaînement, seules cette posture, « le Simple fouet », « brosser le genou et pousser du pied », « le cheval sauvage secoue sa crinière », « reculer avec les avant-bras enroulés » et « avancer d’un pas, le poing des sept étoiles » ont le corps de face, tourné vers les points cardinaux.
左虛右實為白鵝亮翅設勢此中意趣莫割斷神氣神氣不斷血脈自然流通
Le gauche est vide et le droit plein, préparant la posture de « l’oie blanche déploie ses ailes » : l’intention de ce passage est de ne pas trancher l’esprit et le souffle ; si l’esprit et le souffle ne sont pas interrompus, les vaisseaux circulent naturellement.
第一勢金剛搗碓面向北此金剛搗碓面向西如何面向北者轉成面向西如上勢單鞭左手在西右手在東待中氣十分行足時似停不停左手領住意似向上右手亦領住意似向下中間兩肩往下一鬆兩肩鬆時左腳指向北上勢足指向正北本勢足指向正西因圖畫不易故專言之閱者宜知又當諒之左右足本非八字形勢今則腳指微起腳後踉依地不離本位往西一擰大鍾使左足指轉過來向西待左足由外收到裏邊卽時左足向下由外往裏轉一圈落到胸前手摳住如碓臼手腕朝上以待右手當左足後踉擰(擰扭也摶轉也如船捩䑨)時左手初起向裏右手卽一齊發動向下向身右邊過由下而上捋住捶下落到左手腕中勞宮處左足跟扭向西時面與身轉向西矣故面向北者轉成面向西何以再打一金剛搗碓人窮反本如第一勢金剛搗碓太極之原象也勢旣窮于單鞭故仍歸原勢以便下勢變化形體之運動發生故再以金剛搗碓繼之
La première fois, le Vajrapani qui pile dans le mortier faisait face au nord ; celui-ci fait face à l’ouest. Comment passe-t-on du nord à l’ouest ? Dans la posture précédente, « le Simple fouet », la main gauche est à l’ouest et la main droite à l’est ; quand le souffle médian a achevé sa course — semblant s’arrêter sans s’arrêter — la main gauche conduit son intention comme pour monter, la main droite conduit la sienne comme pour descendre, et entre les deux les épaules se relâchent vers le bas. Quand les épaules se relâchent, les orteils du pied gauche regardent le nord. Dans la posture précédente les orteils regardaient droit au nord ; dans celle-ci ils regarderont droit à l’ouest — la figure ne le montre pas aisément, c’est pourquoi je le dis expressément, afin que le lecteur le sache et veuille bien me le pardonner. Les deux pieds ne sont pas d’eux-mêmes disposés en « huit » ; ici, les orteils se soulèvent un peu, l’arrière du pied reste à terre sans quitter sa place, et l’on fait pivoter vers l’ouest au point Dazhong (大鍾), de sorte que les orteils gauches se tournent vers l’ouest. Puis le pied gauche se retire de l’extérieur vers l’intérieur ; aussitôt la main gauche descend, décrit de l’extérieur vers l’intérieur un cercle et vient tomber devant la poitrine, la main creusée comme un mortier, le poignet tourné vers le haut, en attendant la main droite.
Quand le talon gauche pivote (pivoter, c’est tordre et faire tourner, comme un bateau qui vire de bord), la main gauche commence par se lever vers l’intérieur, et la main droite se met en branle en même temps : elle descend, passe à droite du corps, remonte par en bas, racle et s’abat dans le poignet gauche, au point Laogong (勞宮). Comme le talon gauche se tord vers l’ouest, le visage et le corps se tournent aussi vers l’ouest : ainsi ce qui faisait face au nord fait maintenant face à l’ouest.
Pourquoi frapper encore une fois le Vajrapani qui pile dans le mortier ? Parce que, l’homme arrivé au bout revient à son origine : comme la première posture, le Vajrapani qui pile dans le mortier est l’image originelle du Taiji. La posture étant épuisée dans « le Simple fouet », on revient donc à la posture d’origine afin de permettre les transformations de la suivante ; comme le mouvement du corps va prendre naissance, on poursuit avec ce Vajrapani qui pile dans le mortier.
七言俚語
Poème en vers de sept caractères.
前己立過金剛勢 今復重行得母同 彼則臉面端向北 此則後脊轉向東 上接單鞭非無故(窮則反本又是上勢下勢之過脈著) 下開白鵝格外雄 能會此身轉移法 神機變化在其中
Plus haut, j’ai déjà tenu la posture du Vajrapani ; maintenant je la répète : serait-ce la même ? Là, le visage était tourné droit au nord ; ici, c’est le dos qui se tourne vers l’est. Que l’on enchaîne sur « le Simple fouet », ce n’est pas sans raison (au bout, on revient à l’origine ; c’est encore le passage entre la posture précédente et la suivante) ; que l’on ouvre ensuite sur « l’oie blanche », celle-ci n’en sera que plus héroïque. Qui sait comprendre cette manière de déplacer le corps tient là les transformations du ressort spirituel.
七言絕俚語
Second poème, en vers de sept caractères.
第二金剛面向西 週身輾轉(展者轉之半)手足齊 虛實分明君須記 莫敎紛紛亂馬蹄
Le deuxième Vajrapani fait face à l’ouest ; tout le corps se retourne (le retournement est la moitié d’une rotation), mains et pieds à l’unisson. Vide et plein clairement distincts — il faut vous en souvenir ; ne laissez pas les sabots s’embrouiller en désordre.
Notes du traducteur
- Chen Xin et son livre. Chen Xin (陳鑫, 1849-1929), dit Pin San (品三), appartenait à la seizième génération de la famille Chen de Chenjiagou. Il consacra une grande partie de sa vie à ce commentaire posture par posture, achevé en 1919 et publié en quatre volumes en 1933, après sa mort.
- Le nom de la posture 攬擦衣. Chen Xin le décompose mot à mot (攬 « empoigner », 擦 « frotter contre », 衣 « habit ») ; la traduction suit son explication. Les practiciens connaissent généralement ce nom sous la forme 㩜扎衣 / 懶扎衣, rendue en français par « le paresseux qui noue son habit ».
- Les rôles d’hôte et d’invité (主賓). Chen Xin distingue dans chaque posture la partie qui commande (主, « hôte ») et celle qui assiste (賓, « invité »), distinction qui recoupe pour lui celle du yang et du yin. Dans le Simple fouet, c’est la main gauche qui commande.
- Le souffle médian (中氣). Traduit ici par « souffle médian » : ce n’est pas un souffle localisé mais le souffle « droit » qui, selon Chen Xin, traverse le corps du point Baihui au bas de la colonne et dont les membres ne reçoivent que l’écoulement latéral.
- L’entrejambe (𦡁). Le caractère rare 𦡁 désigne la région du périnée entre les racines des cuisses, autour du point Huiyin. Les consignes de Chen Xin — « ronde et vide, jamais serrée » — visent son ouverture, condition du passage du souffle entre haut et bas.
- Les points du corps. Les points nommés (華蓋, 石門, 湧泉, 百會, 環跳, 天突, 鳩尾, 足三里, 血海, 會陰, 大鍾, 勞宮) sont donnés en transcription pinyin, avec leur numéro d’acupuncture entre parenthèses lorsqu’il est établi.
- Le texte chinois. Comme dans le reste de l’ouvrage, la prose de Chen Xin est imprimée sans ponctuation ; les citations ci-dessus la reproduisent telle quelle, la traduction française restituant la ponctuation.
- « 頂勁工領 ». Le caractère 工 paraît fautif ; on lit habituellement 頂勁上領, « le jin du sommet conduit d’en haut ». La traduction suit le sens obvie.
- Aucune illustration. Les quatorze figures jointes à la page de Brennan (numérotées drawing 2.1 à 2.14) sont de petits dessins au trait de 380 à 510 pixels de côté, sur fond blanc pur à 86 %, sans légende chinoise ni trace de page imprimée : rien ne permet d’établir qu’il s’agit de reproductions des planches de l’édition de 1933 plutôt que de tracés modernes. Comme pour la première section, elles n’ont pas été reprises ici.
Source du texte chinois : 陳氏太極拳圖說 (Chen shi taiji quan tushuo, « Le taiji quan de la famille Chen expliqué en figures ») de Chen Xin (陳鑫, 1849-1929), manuscrit achevé en 1919, publié à titre posthume en 1933 ; deuxième section (第二勢 : 攬擦衣, 單鞭, 金剛搗碓). Texte relevé dans l’article « Chen Xin, Section Two » de Paul Brennan (https://brennantranslation.wordpress.com/2025/08/16/chen-xin-section-two/). Texte chinois dans le domaine public ; traduction française nouvelle, réalisée directement à partir de l’original chinois pour ce site. Aucune image de cet article n’a été reproduite : la page de Brennan ne comporte que des figures au trait de sa main.