Le Chen shi shichuan taiji quan shu (陳氏世傳太極拳術, « L’Art du taiji quan transmis de génération en génération dans la famille Chen ») est le manuel familial que Chen Ziming (陳子明, mort en 1951) publia à Shanghai le 31 décembre 1932 pour le compte de la Société chinoise des arts martiaux (中國武術學會). Chen Ziming était de la dix-septième génération de la famille Chen du village Chen (陳家溝, district de Wen, Henan), le berceau historique du taiji quan, et l’ouvrage, revu par l’Institut central des arts martiaux (中央國術館) et par l’Institut provincial du Henan, fut corrigé par Liu Pixian de Qinyang et Zhu Guofu de Dingxing. Chen Ziming y enseigne la nouvelle structure (新架) de l’école Chen, celle qu’il tenait de son propre père, Chen Fuyuan (陳復元), et l’accompagne des biographies de vingt-neuf maîtres de la famille, d’un exposé théorique en trois volets, du catalogue complet de l’enchaînement en cinquante-huit postures et des règles de la poussée des mains.

Le livre fut préparé avec l’aide de Tang Hao (唐豪, 唐范生), qui accompagna l’auteur au village Chen pour dépouiller la généalogie familiale, les stèles funéraires et les vestiges historiques. C’est un document de première main sur le taiji quan de Chenjiagou avant les grandes synthèses des années 1930.

L’ouvrage, paru en 1932 du vivant d’un auteur mort en 1951, appartient au domaine public. La traduction ci-dessous a été faite directement à partir du texte chinois ; les passages techniques les plus longs de la partie « exercices d’entraînement » n’ont pas été repris pour ne pas alourdir l’article, mais l’intégralité des noms de postures est donnée dans le catalogue illustré.

Page de titre et calligraphies liminaires

陳氏世傳太極拳術 著作者 溫縣陳子明 審定者 中央國術館 河南省國術館 校閱者 沁陽劉丕顯 定興朱國福 發行處 中國武術學會

L’Art du taiji quan transmis dans la famille Chen. Auteur : Chen Ziming, district de Wen. Approuvé par l’Institut central des arts martiaux et par l’Institut des arts martiaux du Henan. Revu par Liu Pixian de Qinyang et Zhu Guofu de Dingxing. Édité par la Société chinoise des arts martiaux.

陳氏世傳太極拳術  張之江題

L’Art du taiji quan transmis dans la famille Chen — titre calligraphié par Zhang Zhijiang.

Calligraphie liminaire de Zhang Zhijiang, page du manuel original de 1932 (陳氏世傳太極拳術\u3000張之江題)

太極正宗  之江

Le taiji authentique — calligraphié par [Zhang] Zhijiang.

Seconde calligraphie liminaire de Zhang Zhijiang, page du manuel original de 1932 (太極正宗\u3000之江)

Remarques générales (例言)

一本書名為陳氏世傳太極拳術者蓋示不忘先人之意惟子明不過粗諳門徑略得皮毛內容簡陋知所不免讀者諒之

  1. Si ce livre s’intitule L’Art du taiji quan transmis dans la famille Chen, c’est pour montrer que l’on n’oublie pas les intentions des aïeux. Ziming n’a cependant qu’une connaissance grossière du chemin et n’a saisi que la peau [des choses] ; le contenu en est forcément fruste, ce dont je suis conscient, et que le lecteur veuille bien me pardonner.

二陳氏太極世知其名然廬山面自猶未一現子明著書介紹非欲自炫門戶祇為交換智識而已

  1. Tout le monde connaît le taiji de la famille Chen de nom, mais son visage véritable ne s’est pas encore montré — comme le mont Lu, que l’on n’a jamais vu de ses yeux. Si Ziming écrit pour le présenter, ce n’est pas pour faire parade de son école, mais seulement pour échanger des connaissances.

三本書專為初學入門而作故說明力求通俗

  1. Ce livre est destiné aux débutants qui abordent l’art ; aussi les explications s’efforcent-elles d’être accessibles.

四本書說明動作分為初步連貫兩項初步動作係將前後兩姿勢間相承之動作依其先後逐一說明務使讀者一目了然又恐因此失去太極練法貴乎連綿之意故附以連貫動作籍資補充學者依此久練自能有成

  1. L’explication des mouvements se divise en deux parties : mouvements préliminaires et mouvements liés. Les mouvements préliminaires exposent, dans l’ordre, les gestes qui relient la posture précédente à la suivante, un à un, afin que le lecteur voie tout d’un coup d’œil. Mais comme on risque ainsi de perdre ce qui fait le prix de la pratique du taiji — la continuité —, on y a joint les mouvements liés en complément. L’élève qui s’exerce longuement de cette façon parviendra naturellement au résultat.

五關於姿勢上應注意之點亦加以說明庶學者不致陷於錯誤而知正確之所在

  1. Les points auxquels il faut prendre garde dans les postures sont eux aussi expliqués, afin que l’élève ne tombe pas dans l’erreur et sache où se trouve le correct.

六習太極拳之程序宜由淺入深自能熟極生巧最忌求速趨岐求速則反躐等致一著無成趨岐則神離至多得其形貌敎者學者均須愼之

  1. La progression dans l’étude du taiji quan doit aller du plus superficiel au plus profond : l’habileté naît alors de l’extrême familiarité. Rien n’est plus à craindre que la hâte et l’égarement dans des voies obliques. Qui cherche la vitesse brûle les étapes et n’achève rien, pas même une seule technique ; qui s’égare sur les côtés perd son esprit, et tout au plus en garde-t-il l’apparence. Enseignants et élèves doivent y prendre garde.

七拳名太極卽取象於易練成時方能領悟其妙隨身所動不逾規矩若初學卽著著沾煞牽强附會必致泥滯反阻進步但能循規蹈矩久久練去自入神化故本書所列架式只從姿勢與動作上指點工夫絕不强牽玄理非舍太極而言拳術乃以拳術逐漸練合太極也

  1. Que cet art s’appelle taiji vient de ce qu’il prend figure dans le Yi [Livre des mutations] ; c’est en le pratiquant jusqu’au bout que l’on en saisit la merveille, et que chaque mouvement du corps ne sort plus des règles. Si, dès le début, l’élève veut coller des explications mystérieuses et des rapprochements forcés sur chaque technique, il s’enlise et s’arrête, et cela contrarie son progrès. Pour peu qu’il suive les règles et pratique longuement, il entrera de lui-même dans la transformation spirituelle. C’est pourquoi les formes énumérées dans ce livre n’indiquent le travail qu’à partir des postures et des mouvements, sans jamais forcer les rapprochements avec des principes ténébreux : ce n’est pas abandonner le taiji pour ne parler que d’un art de combat, c’est, par l’art de combat, s’accorder peu à peu au taiji.

八學習太極拳無論初學久練總不外乎動靜開合起落旋轉諸法初學必須分別淸楚久練至於成熟則隨時可以變化至周身渾圓一氣乃為深造佳境

  1. Dans l’étude du taiji quan, que l’on soit débutant ou pratiquant de longue date, on ne sort jamais des méthodes du mouvement et du repos, de l’ouverture et de la fermeture, de la montée et de la descente, de la rotation. Le débutant doit d’abord les distinguer clairement ; avec une longue pratique, parvenu à maturité, il pourra à tout instant les transformer, jusqu’à ce que tout le corps, rond et uni, ne soit plus qu’un seul souffle : voilà le beau domaine du travail approfondi.

九本書所列拳式不過示以初步規矩其中進步變化須隨時察看學者之程度加以口授指點

  1. Les formes énumérées dans ce livre ne montrent que les règles du premier degré ; les progrès et les transformations qu’elles comportent demandent que l’on examine en temps voulu le niveau de l’élève et qu’on les lui transmette de vive voix.

Préface de l’auteur (自序)

自吾九世祖奏庭公創太極拳術下逮子明已及八世其間名手輩出遺緒勿墜不特陳氏一族世守其術卽他姓問技以去者亦俱能發揚光大使斯技見重於社會子明秉承父師指授對於太極粗窺門徑十餘年來每欲貢獻於社會徒以奔走四方風塵栗六卒鮮暇晷完成斯願今者小憩滬上除敎學而外明窗淨几之間頗便捉筆搆思爰自忘其固陋草成陳氏世傳太極拳術一書書名陳氏且標世傳者非欲自炫亦猶程冲斗之少林棍法闡宗必明所自出子明之得此實食惠於先人而已按陳溝太極有新老架之分新架係由老架神明變化而來法均以柔為主斯作卽係紹述新架將來倘有餘暇當更取考架編成一册俾世之學者知新舊遞嬗之跡曁其異同之點而後曉然於太極衍變之所由則子明不但可以略慰先人用心之苦亦可稍盡提倡太極拳之責矣是為序中華民國二十一年三月三日陳子明

Depuis que mon neuvième aïeul, le vénérable Zouting [Chen Wangting], créa l’art du taiji quan, huit générations se sont succédé jusqu’à moi, Ziming. Les maîtres de renom n’ont pas manqué, et l’héritage ne s’est pas perdu : non seulement la famille Chen a gardé l’art de génération en génération, mais ceux d’un autre nom qui vinrent s’enquérir de la technique ont tous su le faire rayonner et lui valoir la considération de la société.

Instruit par les indications de mon père et de mes maîtres, je n’ai du taiji qu’une vue grossière ; depuis plus de dix ans je désire apporter ma contribution, mais, courant les quatre directions et couvert de la poussière des chemins, je n’ai guère eu le loisir d’accomplir ce vœu. Aujourd’hui que je me repose un peu à Shanghai, en dehors de l’enseignement, entre une fenêtre claire et une table nette, il m’est loisible de prendre la plume et de composer ; oubliant donc ma propre médiocrité, j’ai rédigé ce livre, L’Art du taiji quan transmis dans la famille Chen. L’intituler « Chen » et y marquer « transmis de génération en génération » n’est pas un désir de me glorifier : c’est, comme Cheng Chongdou dut préciser l’origine de son Shaolin gunfa chanzong, indiquer d’où vient l’art. Si je l’ai reçu, je le dois entièrement à mes aïeux.

Dans le village Chen, le taiji se partage entre ancienne structure (老架) et nouvelle structure (新架) ; la nouvelle dérive de l’ancienne par une transformation spirituelle, et l’une comme l’autre ont la souplesse pour principe. Le présent ouvrage expose la nouvelle structure ; s’il me vient un jour quelque loisir, j’en tirerai un second cahier sur l’ancienne structure, afin que les étudiants connaissent la succession de l’ancienne et de la nouvelle, leurs points communs et leurs différences, et comprennent ensuite clairement d’où procède l’évolution du taiji. Ainsi pourrai-je non seulement apaiser un peu l’amertume de mes aïeux, qui y mirent tout leur cœur, mais aussi m’acquitter tant bien que mal de mon devoir de promouvoir le taiji quan. Ceci en tient lieu de préface.

Le 3 mars 1932 [an 21 de la République], Chen Ziming.

Portrait de l’auteur, planche du manuel original de 1932 (著者小影, Chen Ziming)

Biographies des maîtres de la famille Chen (陳氏太極拳家列傳)

1. Chen Wangting (陳王廷傳)

陳王廷字奏庭崇禎康熙間人明末天災人禍相繼而起地方官又罔卹民困苛征暴歛無所不至登封民無力納粮官逼之遂揭竿起事以武舉李際遇為首公與際遇善往止之力勸不聽但約不犯溫境滿淸定鼎際遇事敗族誅有蔣姓者僕於公一日公命備馬出獵於黃河灘有一兎起奔蔣追未及百步獲之公憶及際遇有一部將能健步如飛馬不能及詢蔣果卽其人公所遺畫像執大刀侍立其側者卽是或云卽是蔣發公文事武備皆卓越於時創太極拳遺長短句一首可略窺公之生平其詞云

Chen Wangting, nom de courtoisie Zouting, vécut entre les règnes de Chongzhen [1628-1644] et de Kangxi [1662-1722]. À la fin des Ming, calamités naturelles et désastres humains se succédèrent ; les autorités locales, sans pitié pour la détresse du peuple, multiplièrent les exactions et les taxes brutales. Les habitants de Dengfeng, incapables de payer l’impôt en grains, furent acculés par les fonctionnaires et prirent les armes, avec à leur tête le diplômé militaire Li Jiyu. Wangting, qui était lié d’amitié avec Jiyu, alla l’arrêter ; ses efforts de persuasion restèrent vains, mais il obtint qu’on ne franchît pas la frontière du district de Wen. Lorsque les Qing s’installèrent, la faction de Jiyu fut écrasée et son clan exterminé. Un nommé Jiang était au service de Wangting. Un jour qu’il avait ordonné de préparer son cheval pour chasser sur les bancs du fleuve Jaune, un lièvre surgit et s’enfuit ; Jiang le poursuivit et le captura en moins de cent pas. Wangting se souvint alors que Jiyu avait eu un officier capable de courir si vite qu’un cheval ne pouvait l’atteindre ; il interrogea Jiang : c’était bien cet homme. Sur le portrait qu’il a laissé, celui qui se tient à son côté, un grand saber à la main, est cet homme — d’aucuns disent que c’est Jiang Fa. Wangting excellait également dans les lettres et dans les armes, et créa le taiji quan. Il a laissé un changduan ju qui permet d’entrevoir sa vie. En voici les termes :

歎當年披堅執銳掃蕩羣氛幾次顚險蒙恩賜枉徒然到而今年老殘喘只落得黃庭一卷隨身伴悶來時造拳忙來時耕田趁余閒敎下些弟子兒孫成龍成虎任方便欠官糧早完要私債卽還驕諂勿用忍讓為先人人道我憨人人道我顚常洗耳不彈冠笑殺那萬戶諸侯競競業業不如俺心中常舒泰名利總不貪參透機關識破邯鄲陶情於口口〔魚水〕盤桓乎口口〔山川〕〔興也無干廢也無干若得個世境安康恬淡如常不忮不求那管他世態炎涼〕成也無干敗也無干誰是神仙我是神仙

« Je soupire en songeant aux années passées, cuirasse au dos et arme au poing, balayant les hordes rebelles ; combien de fois, au bord de la chute, j’ai reçu par grâce un secours — pour rien, pur néant ! Et me voici vieux, le souffle court ; il ne me reste qu’un rouleau du Huangting [classique taoïste] pour compagnon. Quand l’ennui vient, je façonne des enchaînements ; quand la presse vient, je laboure. Je profite de mes loisirs pour instruire quelques disciples, enfants et petits-enfants, qui deviennent dragons ou tigres, selon leur convenance. Les grains dus à l’État, je les acquitte tôt ; les dettes privées, je les rends aussitôt. Ni orgueil, ni flatterie ; la patience et la cession d’abord. Tous disent que je suis niais, tous disent que je suis fou. Je me lave les oreilles et ne fais pas retoucher mon bonnet [je ne brigue aucune charge] ; que rient bien les seigneurs aux dix mille foyers, dans leur zèle et leur inquiétude — il ne leur est pas donné d’avoir le cœur toujours en paix comme le mien. Richesses et renom, je ne les convoite pas ; j’ai pénétré les ressorts cachés, j’ai vu clair dans le songe de Handan. Je délecte mon cœur dans… [lacune dans le texte : « l’eau et les poissons »], je m’attarde parmi… [lacune : « les monts et les eaux »]. [Que je réussisse ou non, que l’on me loue ou non : pourvu que le monde soit en paix et que je vive simplement, sans envie ni recherche, que m’importent les froideurs et les chaleurs du siècle ?] Que je réussisse ou non, que j’échoue ou non : qui est immortel ? Moi, je suis immortel. »

(Le poème comporte des lacunes dans le texte même du livre : les caractères manquants y sont signalés par des carrés.)

坐者陳王廷像立者蔣發像

Portrait : Chen Wangting assis, Jiang Fa debout.

Peinture conservée par la famille Chen, reproduite dans le manuel de 1932 : Chen Wangting assis, Jiang Fa debout tenant un grand saber (坐者陳王廷像立者蔣發像)

2. Chen Jingbo (陳敬柏傳)

陳敬柏字長靑乾隆間人從巡撫某於魯山東名手皆藝不及公因號公為蓋山東言其藝之高也晚年歸隱鄕里一日赴東關泰山廟有賣解者鬻技廣場恃其藝高出言不遜公誚之賣解者欺其老遽起與鬬公俟其近奮威一擊嘔血踣地而死時公適病後一擊之後亦不能支坐場旁石上力脫而死

Chen Jingbo, nom de courtoisie Changqing, vivait sous Qianlong. Il suivit un gouverneur dans le Shandong ; là, aucun maître de renom ne l’égalait par l’art, et on le surnomma « Celui qui couvre le Shandong », tant son art était haut. Sur ses vieux jours il se retira dans son village. Un jour qu’il se rendait au temple du mont Tai, à la sortie est du bourg, un bateleur exhibait sa technique sur la place ; fort de sa supériorité, il tint des propos insolents. Jingbo s’en moqua ; le bateleur, méprisant sa vieillesse, se leva aussitôt pour en découdre. Jingbo attendit qu’il fût proche et frappa de toute sa puissance : l’homme vomit le sang et s’abattit mort. Or Jingbo relevait justement d’une maladie : après ce seul coup, il ne tint plus, s’assit sur une pierre près de l’aire et expira d’épuisement.

3. Chen Jixia (陳繼夏傳)

陳繼夏字炳南乾隆末人精太極拳每磨始以兩手推之以次遞減減至一指則奔而推之卽一磨亦不間功公善丹靑趙堡鎭關帝廟等處壁畫悉出公手俱能傳神入妙一日在村西繪古聖寺佛像有人自後按公兩肩公閃跌其人於前問其姓名乃河南萇某萇乃藝中著名者聞陳溝拳著稱於時因來訪覩公畫像戲試之不圖公固長於太極者也遂歎服而去公善用肘與陳敬柏之靠齊名

Chen Jixia, nom de courtoisie Bingnan, vivait à la fin de Qianlong ; il était passé maître en taiji quan. Chaque fois qu’il faisait tourner la meule, il commençait par la pousser des deux mains, puis diminuait par degrés jusqu’à ce qu’il ne restât qu’un doigt, et il la poussait alors d’un élan ; même pour une seule meule il ne relâchait pas son labeur. Il excellait aussi en peinture : les fresques du temple de Guandi à Zhaobao et d’autres lieux sont toutes de sa main, et toutes d’une exécution saisissante. Un jour qu’il peignait les images bouddhiques du temple des Saints anciens, à l’ouest du village, quelqu’un lui pressa les deux épaules par derrière ; Jixia esquiva et fit tomber l’homme devant lui. Comme il lui demandait son nom, il apprit que c’était un certain Chang, du Henan, homme célèbre dans l’art ; ayant entendu vanter la boxe du village Chen du temps, il était venu en visite, et, voyant Jixia occuper à peindre, avait voulu, par jeu, l’éprouver — sans savoir que Jixia était maître en taiji. Il partit donc, confondu d’admiration. Chen Jixia excellait dans l’usage du coude, et son nom alla de pair avec celui du « dos » (靠) de Chen Jingbo.

4. Chen Yaozhao (陳耀兆傳)

陳耀兆字有光姓癖太極拳當時武士皆沐其敎然精妙未有出其右者生於乾隆卒於道光壽八十

Chen Yaozhao, nom de courtoisie Youguang, avait la passion du taiji quan. Les guerriers de son temps reçurent tous son enseignement, mais aucun ne le surpassa en finesse et en subtilité. Né sous Qianlong, mort sous Daoguang : il vécut quatre-vingts ans.

5 à 7. Chen Bingren, Chen Bingwang, Chen Bingqi (陳秉壬秉旺秉奇合傳)

三人均好太極拳互相琢磨皆藝精入神人稱三雄

Tous trois aimaient le taiji quan et se polissaient l’un par l’autre ; leur art atteignit la perfection et la spiritualité, et on les appela « les trois héros ».

8 et 9. Chen Youheng et Chen Youben (陳有恆有本合傳)

陳有恆字德基道光初入庠於太極拳極有揣摩壯歲溺於洞庭湖弟有本字道生三十六入庠造太極拳得驪珠子侄之藝皆其所就其謙冲丰度常如有所不及當時精太極拳者皆出其門

Chen Youheng, nom de courtoisie Deji, entra à l’école au début de Daoguang et approfondit beaucoup le taiji quan ; dans la force de l’âge il se noya dans le lac Dongting. Son frère cadet Youben, nom de courtoisie Daosheng, entra à l’école à trente-six ans ; il porta le taiji quan jusqu’à en obtenir la perle précieuse [驪珠], et l’art de ses fils et de ses neveux procède entièrement de lui. Son humilité et sa distinction donnaient toujours l’impression qu’il se sentait inférieur ; tous les experts en taiji quan de ce temps sortaient de son école.

10. Chen Zhongshen (陳仲甡傳)

陳仲甡字宜篪號石厂有恆公次子與弟季甡同乳而生而貌酷似鄰里不能辨稍長猿背虎項魁偉異於常兒甫三歲卽令習武十餘齡時從祖母往趙堡趕會有担水者水濺公衣理論不服公一擊倒之旁觀者皆為歡異及長與弟季甡同入武庠

Chen Zhongshen, nom de courtoisie Yichi, pseudonyme Shichang, était le second fils de Youheng ; il naquit sous la même nourrice que son cadet Jishen et lui ressemblait si exactement que les voisins ne pouvaient les distinguer. Un peu grand, il avait le dos d’un singe et la nuque d’un tigre, d’une stature imposante qui le faisait différer des enfants ordinaires. À trois ans à peine on lui fit pratiquer les arts martiaux ; vers ses dix ans, accompagnant sa grand-mère à la foire de Zhaobao, il fut éclaboussé par un porteur d’eau qui, discutant sans vouloir reconnaître son tort, fut renversé d’un seul coup : les spectateurs en furent stupéfaits et ravis. Devenu grand, il entra avec son frère Jishen à l’école militaire.

咸豐三年洪楊軍延及豫省林鳳翔李開方李文元等率衆由鞏縣站得舟渡河直犯溫境所過殘殺公率族衆抗之洪楊驍將楊奉淸號大頭王掩襲名都大城所向無敵嘗腋挾銅砲縱過武昌女牆轟守者破其城軍中素目為飛將軍時為先鋒公與戰於村中老君堂左以鐵鎗挑於馬下村人乘勢取其首級洪楊軍皆驚潰比及李棠階援師來助洪楊軍已竄柳林矣

En 1853 (3ᵉ année de Xianfeng), l’armée des Taiping [« les Hong et les Yang »] gagna la province du Henan : Lin Fengxiang, Li Kaifang, Li Wenyuan et d’autres, ayant saisi des bateaux au passage de Gongxian, franchirent le fleuve et envahirent directement le district de Wen, massacrant sur leur route. Chen Zhongshen mena le peuple de son clan pour leur résister. Le champion des Taiping Yang Fengqing, surnommé « le Roi à la grosse tête », prenait les villes et les places fortes par surprise et ne connaissait pas de défaite ; il avait un jour, une bombarde de bronze serrée sous l’aisselle, franchi les créneaux de Wuchang et, bombardant les défenseurs, enlevé la ville — l’armée le regardait comme un « général volant » et il était alors à l’avant-garde. Zhongshen le combattit à gauche de la salle de Laozi, dans le village, et le fit tomber de cheval d’un coup de lance de fer ; les villageois, profitant de l’occasion, lui tranchèrent la tête, et l’armée Taiping, saisie, se débanda. Quand la troupe de secours de Li Tangjie arriva, les Taiping s’étaient déjà enfuis à Liulin.

林鳳翔李開方知公勇欲收之一日五鼓突發大兵入陳溝圍公宅衆以殺其驍將皆恐懼不敢入室公故作從容徐步而出雄威遠射旁若無人所向退避蓋林李皆未來又震於公威咸不敢加害迨林李至公已飄然遠舉矣公處重圍逍遙脫險卽在當時亦不知何由而然也嗣鳳翔移圍覃懷五旬不下潛從太行山後遁

Lin Fengxiang et Li Kaifang, connaissant sa bravoure, voulurent se l’attacher. Un jour, à la cinquième veille, ils lancèrent brusquement une troupe nombreuse dans le village Chen et encerclèrent sa demeure. Les gens, sachant qu’il avait tué leur champion, n’osaient entrer dans la maison. Zhongshen, feignant le plus grand calme, sortit à pas lents : l’éclat de sa puissance imposante le précédait de loin, comme s’il n’y avait personne ; partout on reculait devant lui. Comme Lin et Li n’étaient pas encore venus et que tous redoutaient sa force, nul n’osa attenter à sa vie. Quand Lin et Li arrivèrent, il s’était déjà éclipsé au loin. Cerné de toutes parts, il était sorti du danger à son aise, et sur le moment nul ne comprit comment. Par la suite, Fengxiang alla assiéger Tanhuai ; au bout de cinquante jours sans pouvoir la prendre, il s’enfuit secrètement par les gorges situées derrière les monts Taihang.

自後於村中授徒履常滿戶咸豐六年捻黨圍亳州之役七年菜園之役八年張羅行犯汜水之役九年克復蒙城之役十一年長槍會李占標犯武陟木欒店之役同治六年小閻王張總愚由絳犯懷之役公皆建殊功同治十年以疾卒河朔書院山長劉毓楠私謚之為英義

Par la suite il enseigna des disciples au village, et sa maison ne désemplit pas. Il s’illustra tour à tour : en 1856, au siège de Bozhou par la faction des Nian ; en 1857, dans l’affaire du potager ; en 1858, quand Zhang Luoxing envahit Sishui ; en 1859, à la reprise de Mengcheng ; en 1861, quand Li Zhanbiao de la Société de la longue lance attaqua Mulan dian dans le district de Wuzhi ; et en 1867, quand Zhang Zongyu, le « petit roi Yan », passa de Jiang pour attaquer Huai. Partout il établit d’éclatants mérites. Il mourut de maladie en 1871 (10ᵉ année de Tongzhi). Le directeur de l’académie de Heshuo, Liu Yunnan, lui décerna à titre privé le nom posthume d’« Yingyi » [« Héros de la loyauté »].

11. Chen Jishen (陳季甡傳)

陳季甡字倣隨號霞村與兄同乳而生面貌酷似鄰里不能辨父有恆中年溺於洞庭湖因從其叔有本習藝技臻神化與其兄仲甡稱二傑焉咸豐八年應欽差督辦三省剿匪事務太僕寺正堂袁甲三之徵於克復六安州一役搴旗斬將建立殊功保舉為守備生於嘉慶十四年卒於同治四年

Chen Jishen, nom de courtoisie Fangshui, pseudonyme Xiacun, naquit sous la même nourrice que son aîné et lui ressemblait si fort que les voisins ne les distinguaient pas. Leur père Youheng s’étant noyé dans le lac Dongting dans la force de l’âge, il étudia l’art auprès de son oncle Youben et son habileté atteignit la transformation spirituelle ; avec son frère Zhongshen on les appelait « les deux héros ». En 1858, répondant à l’appel de Yuan Jiasan, surintendant du temple impérial, chargé par commission impériale de la répression des bandits dans trois provinces, il arracha les étendards et tua les généraux ennemis dans la reprise de la préfecture de Liu’an, établissant un mérite insigne, et fut recommandé au grade de commandant (守備). Né en 1809 (14ᵉ année de Jiaqing), mort en 1865 (4ᵉ année de Tongzhi).

12. Chen Changxing (陳長興傳)

陳長興陳氏十四世孫據家譜所載其技出自其父秉旺所傳世謂蔣發傳長興者實誤蓋蔣為九世祖奏庭公同時人也得長興薪傳者子耕雲而外以陳懷遠陳華梅楊福魁為最

Chen Changxing était de la quatorzième génération de la famille Chen. D’après la généalogie familiale, son art lui venait de son père Bingwang. La tradition vulgaire selon laquelle Jiang Fa l’aurait transmis à Changxing est erronée : Jiang était un contemporain du neuvième aïeul, le vénérable Zouting. Hormis son fils Gengyun, ceux qui reçurent de Changxing la transmission du flambeau furent surtout Chen Huaiyuan, Chen Huamei et Yang Fukui.

13. Chen Qingping (陳淸萍傳)

陳淸萍為陳有本張炎門徒得太極拳理趙堡鎭一系皆其所傳廣平武禹讓初學於楊福魁然精微所在秘不以傳因往趙堡請益於淸萍其名之盛如是弟子中以李景延為最

Chen Qingping fut disciple de Chen Youben et de Zhang Yan ; il reçut les principes du taiji quan, et toute la lignée de la bourgade de Zhaobao descend de lui. Wu Yuxiang, de Guangping, étudia d’abord auprès de Yang Fukui, mais comme celui-ci tenait secrètes les finesses et refusait de les transmettre, il alla à Zhaobao demander l’enseignement complémentaire de Qingping : telle était sa renommée. Parmi ses disciples, Li Jingyan fut le plus éminent.

14. Chen Gengyun (陳耕雲傳)

耕雲陳長興子家傳太極與陳仲甡陳季甡等同擊洪楊惜其戰績今已無人能道矣子延年延熙能繼其業

Gengyun, fils de Chen Changxing, tenait le taiji de sa famille. Avec Chen Zhongshen et Chen Jishen il combattit les Taiping ; hélas, ses faits d’armes, personne aujourd’hui ne peut les raconter. Ses fils Yannian et Yanxi surent poursuivre son œuvre.

15. Chen Sande (陳三德傳)

陳三德有本門人也習太極拳有得槍刀亦熟練子馨蘭箕裘弗墜

Chen Sande était un disciple de Youben. En pratiquant le taiji quan il obtint des résultats ; il était également rompu à la lance et au sabre. Son fils Xinlan ne laissa pas retomber l’héritage familial.

16. Chen Hengshan (陳衡山傳)

陳衡山字鎭南精太極拳咸豐三年與陳仲甡等擊洪楊每戰輙身居前敵極勇武後以敎徒終

Chen Hengshan, nom de courtoisie Zhennan, était passé maître en taiji quan. En 1853, il combattit les Taiping avec Chen Zhongshen et les siens ; à chaque bataille il se portait au premier rang, d’une bravoure extrême. Il finit sa vie en enseignant des disciples.

17. Chen Peng (陳鵬傳)

陳鵬字萬里嘉慶初名醫也家貧介以自持天懷坦白於太極拳通神入妙人皆莫測其端倪

Chen Peng, nom de courtoisie Wanli, fut un médecin renommé du début de Jiaqing. De famille pauvre, il se maintint dans la droiture ; son naturel était ouvert et franc. En taiji quan il atteignit la communication avec l’esprit et la subtilité, et nul ne pouvait deviner jusqu’où il allait.

18. Chen Huamei (陳華梅傳)

陳華梅字鶴齋從學於長興功夫頗純其技亦能縱橫一時子五典五常能繼其業

Chen Huamei, nom de courtoisie Hezhai, étudia auprès de Changxing ; son travail était assez pur, et son art put dominer son temps. Ses fils Wudian et Wuchang surent reprendre son œuvre.

19 et 20. Chen Tingdong et Chen Fengzhang (陳廷棟陳奉章傳)

皆陳有本門弟子廷棟於拳外善春秋刀

Tous deux étaient disciples de Chen Youben. Tingdong, en dehors de la boxe, excellait au sabre chunqiu (« printemps et automne »).

21. Chen Youlun (陳有綸傳)

陳有本弟子後從學於陳仲甡咸豐三年洪楊軍侵陳溝從仲甡擊之李景延張大紅皆及其門

Il fut disciple de Chen Youben, puis étudia auprès de Chen Zhongshen. En 1853, quand les Taiping envahirent le village Chen, il suivit Zhongshen pour les combattre. Li Jingyan et Zhang Dahong sortirent tous deux de son école.

22. Chen Yao (陳垚傳)

陳垚仲甡長子十九入武庠每年一萬遍拳二十年不懈志故其功夫之純一時無兩軀幹短小不知者皆不信其能武嘗與縣衙護勇鬥連擊六七人踣地餘皆畏却遁去從父與洪楊軍戰未嘗敗北

Chen Yao, fils aîné de Zhongshen, entra à l’école militaire à dix-neuf ans. Chaque année dix mille tours de l’enchaînement, vingt ans sans relâche : sa maîtrise était d’une pureté sans égale en son temps. De taille courte, ceux qui ne le connaissaient pas ne croyaient pas qu’il pût être homme de combat. Un jour qu’il se battit contre les gardes du yamen du district, il abattit coup sur coup six ou sept hommes ; les autres, saisis de peur, s’enfuirent. Combattant les Taiping aux côtés de son père, il ne connut jamais la défaite.

23. Chen Miao (陳淼傳)

陳淼季甡長子精太極拳同治六年張總愚率衆由絳犯懷公出迎擊十二月十四日晨交戰奮殺至午斬滅不盡身被重創猶奮勇殺敵因馬蹶中銅砲陣亡

Chen Miao, fils aîné de Jishen, était passé maître en taiji quan. En 1867, Zhang Zongyu mena ses troupes de Jiang contre Huai ; Miao sortit à sa rencontre. Le matin du quatorzième jour du douzième mois, le combat s’engagea ; il tailla et tua jusqu’à midi sans achever de les exterminer, et, bien que couvert de blessures graves, il combattait encore avec ardeur. Son cheval broncha et il périt, frappé par une bombarde de bronze.

24. Chen Sen (陳森傳)

陳森字槐三季甡次子家傅太極子春元孫女淑貞能世其業

Chen Sen, nom de courtoisie Huaisan, second fils de Jishen, tenait le taiji de sa famille. Son fils Chunyuan et sa petite-fille Shuzhen surent perpétuer son art.

25. Chen Xin (陳鑫傳)

陳鑫字品三前淸歲貢生研究太極拳精妙入微著有陳氏家乘若干卷安愚軒詩文集若干卷太極拳圖畫講義四卷太極拳引蒙入路一卷均未梓行

Chen Xin, nom de courtoisie Pinsan, était suigongsheng [lauréat du second degré] sous les Qing. Il étudia le taiji quan avec une pénétration exquise, et composa plusieurs volumes des Annales de la famille Chen (陳氏家乘), plusieurs volumes du recueil poétique du studio Anyu xuan, quatre volumes d’Explications illustrées du taiji quan (太極拳圖畫講義) et un volume d’Introduction à l’apprentissage du taiji quan (太極拳引蒙入路), aucun desquels ne fut imprimé.

26. Chen Xi (陳璽傳)

陳璽初學太極拳於陳華梅之門每得一法輒與華梅子五典角技五典不敵屢受創痛因不為其師所歡後改從季甡習拳

Chen Xi étudia d’abord le taiji quan dans l’école de Chen Huamei. Chaque fois qu’il acquérait une méthode, il allait l’éprouver contre Wudian, le fils de Huamei ; Wudian, qui ne pouvait lui tenir tête, fut souvent blessé et souffrit, si bien que Chen Xi perdit la faveur de son maître ; il passa ensuite à l’étude auprès de Jishen.

27 et 28. Chen Tong et Chen Fengju (陳同陳丰聚傳)

皆陳仲甡門人同務農善掃腿丰聚頗通太極拳理能以言傳

Tous deux étaient disciples de Chen Zhongshen. Tong cultivait la terre et excellait au balayage de jambe (掃腿) ; Fengju pénétrait assez bien les principes du taiji quan et pouvait les transmettre par la parole.

29. Chen Zhongli (陳中立傳)

陳中立三德侄孫長於弓箭入武庠學拳於三德槍刀眉齊棍皆精

Chen Zhongli, petit-neveu de Sande, excellait au tir à l’arc ; il entra à l’école militaire, apprit la boxe auprès de Sande, et maîtrisait la lance, le sabre et le bâton « à hauteur de sourcils » (眉齊棍).

Essentiels du taiji quan, première partie (太極拳要義一)

吾師陳品三先生致力於太極拳者計七十餘年著太極拳圖畫講義四卷洋洋十餘萬言立論精詳世罕其儔余往日錄其要義以備研探今先生之書流落他處未見梓行問世余取舊篋所藏載諸拙著以彰先生立言之一斑幷使後學者有所遵循焉

Mon maître Chen Pinsan a consacré au taiji quan plus de soixante-dix ans de travail. Il a composé les quatre volumes des Explications illustrées du taiji quan (太極拳圖畫講義), un ouvrage foisonnant de plus de cent mille caractères, dont les thèses sont d’une précision rare en ce monde. J’en avais copié autrefois les idées essentielles pour mes recherches ; aujourd’hui que le livre du maître s’est dispersé on ne sait où et n’a pas été imprimé, je reprends ce que je gardais dans mon vieux coffre et le fais figurer dans cet ouvrage, afin de mettre en lumière un échantillon de sa pensée et de donner aux étudiants à venir un fil auquel se tenir.

1. Le corps (身)

拳之一藝雖是小道然未始不可卽小以見大故肄業之時不可視為兒戲而身體必以端正為本身一端正則作為無不端正矣大體正則小體皆正况此藝全是以心運手以手領肘以肘領肩以肩領身以全體論則身領乎手以運用論則手領乎身身雖有時倚斜而倚斜之中自寓中正不可徒以表面觀之而失其大中至正之法能循規蹈矩不妄生枝節自然合拍

Bien que l’art de la boxe soit une petite voie, on peut y voir les grandes choses à partir des petites ; aussi ne faut-il pas le traiter, quand on l’étudie, comme un jeu d’enfant. Et le corps doit avant tout être droit : si le corps est droit, aucun acte ne sera de travers. Si le grand ensemble est droit, les petits membres le seront tous ; d’autant que cet art fait tout passer par le cœur : le cœur met en marche la main, la main conduit le coude, le coude conduit l’épaule, l’épaule conduit le corps. Considéré comme un tout, c’est le corps qui conduit les mains ; considéré dans l’action, ce sont les mains qui conduisent le corps. Le corps s’incline parfois, il est vrai, mais dans l’inclinaison même réside la droiture centrale : il ne faut pas s’en tenir à l’apparence et manquer ainsi la grande méthode du parfait juste milieu. Pour peu que l’on suive les règles sans faire naître gratuitement des embranchements, on s’accordera naturellement.

2. Le cœur (心)

心為一身之主心一動則官骸聽命官骸不循規矩非官骸之不檢實檢官骸者之不檢焉孟子曰出入無時莫知其鄕者惟心之謂與又曰一人雖聽之一心以為有鴻鵠將至可見人之有心但視其操與不操耳能操則心神內歛故足容重手容恭頭容直目容肅種種官骸皆在個中心在故焉不操則心恆馳外故視不見聽不聞食亦不知其味一切行為皆出個外心不在故焉

Le cœur est le maître du corps : dès que le cœur se meut, les organes et les membres obéissent. Si les membres ne suivent pas les règles, ce n’est pas qu’ils manquent de tenue, c’est que celui qui doit les tenir ne les tient pas. Mencius a dit : « Ils sortent et rentrent sans heure fixe, et nul ne sait où ils vont » — c’est du cœur qu’il parle. Il a dit aussi : « L’un écoute, mais son cœur voit déjà passer une oie sauvage. » On voit par là que l’homme a un cœur, et qu’il s’agit seulement de savoir s’il le tient ou non. S’il le tient, l’esprit se recueille au-dedans : aussi le pied prend de la gravité, la main de la tenue, la tête se tient droite, le regard devient grave — tous les membres sont dans ce centre, car le cœur y est. S’il ne le tient pas, le cœur vagabonde sans cesse au-dehors : on regarde sans voir, on écoute sans entendre, on mange sans sentir le goût, et tous les actes sortent hors de ce centre, car le cœur n’y est pas.

打拳一道口授居多著述甚少故當耳提面命尤得留心聽記蓋文事武備不留心者往往視為兩橛而不知實本於一源其外面動靜之形迹與裏面靜躁之神明皆由其心之甯靜與否心苟甯靜凡四體之開合擒縱莫不有自然之機致至當恰好無可加損者存乎其中苟細心體會何難升堂入室只要如行遠自邇登高自卑不躐等而進不中道而止以我之心思智力窮行(打拳之理)之高遠精微壹志凝神精進不巳層累曲折無不致極卽身所難到之境皆可以心達之無他有心而能用之也故凡學拳者皆當操心

L’art de la boxe se transmet surtout de bouche à oreille ; les écrits sont rares. Aussi faut-il, sous les instructions données de près, être tout particulièrement attentif à écouter et à retenir. Les gens qui ne prennent pas garde aux choses des lettres et à celles de la guerre les tiennent souvent pour deux mondes séparés, alors qu’elles procèdent en vérité d’une seule source. Extérieurement, les traces du mouvement et du repos ; intérieurement, la clarté spirituelle dans le calme ou l’agitation : tout dépend de savoir si le cœur est tranquille ou non. Si le cœur est tranquille, les ouvertures et fermetures, les saisies et les lâchers des quatre membres ont tous une spontanéité naturelle, exactement ajustée, où rien ne peut être ajouté ni retranché. Pour peu qu’on y réfléchisse avec soin, comment ne pas entrer dans la salle et monter à l’étage ? Il suffit, comme pour un long voyage de partir de ce qui est proche, comme pour une haute montagne de monter du bas, de ne pas brûler les étapes et de ne pas s’arrêter en chemin : en usant de son cœur, de sa réflexion, de ses forces, pour atteindre à ce qui, dans la boxe, est haut, lointain et subtil, en unifiant l’intention et en concentrant l’esprit, en progressant sans cesse, on franchit tous les étagements et toutes les sinuosités ; et les états mêmes que le corps ne peut atteindre, le cœur peut y parvenir — car il a un cœur et sait en user. Aussi tous ceux qui étudient la boxe doivent-ils tenir leur cœur.

世人皆以拳為末藝其學習時往往嘻戲從事或畏難懈惰皆難學成故未上場時先須打掃其心使其心淸凈一物無所著然後上場一心恭敬如齊明盛服以承祭祀不敢褻慢平心靜氣上體自然靈動下體自然穩重任天機之往來運吾身之闔闢儼然一太極元氣周流無間學習一遍平其氣息必使四支運動之迹仍渾然歸於無形方為學拳準的

Le monde tient la boxe pour un art mineur ; pendant l’apprentissage on plaisante souvent, ou bien on recule devant la difficulté et on se relâche : de là qu’il est si malaisé d’aboutir. Aussi, avant de monter sur l’aire, faut-il d’abord balayer son cœur et le rendre clair et net, sans rien où s’attacher ; puis monter sur l’aire, l’esprit recueilli et respectueux, comme dans le jeûne et la purification, sous les vêtements d’apparat, pour accueillir les sacrifices, sans oser la moindre négligence ; le cœur paisible et le souffle calme, le haut du corps devient naturellement agile, le bas naturellement stable ; on laisse la spontanéité céleste aller et venir, on fait fonctionner l’ouverture et la fermeture de son corps : on est alors comme un taiji originel, dont le souffle primordial circule sans interruption. Après chaque séance, on apaise sa respiration, et il faut que les traces du mouvement des quatre membres retournent au tout-indifférencié et à l’informe : voilà le critère de l’étude de la boxe.

3. Le principe (理)

打拳多不講理不講理但論血氣無惑乎手之多失於硬也所以打拳貴先講理順其性之自然行其勢之當然合乎人心之同然而深究其勢之所以然勿使心有茫然一開一合始則勉然一動一靜久而自然積久而始而惺然繼而恍然終而豁然以至於盎然粹然而歸於渾然其實我之於拳用功並無拂然一皆率其性之本然而然

Quand on pratique la boxe, on ne raisonne guère ; faute de raisonner, on ne parle que de vigueur et de sang, et c’est pourquoi tant de mains pèchent par la dureté. Aussi vaut-il mieux, en boxe, raisonner d’abord : suivre la spontanéité de sa nature, exécuter ce que la posture requiert, s’accorder à ce que les hommes ont en commun, et pénétrer la raison profonde d’une posture, sans laisser son cœur dans le vague. Une ouverture, une fermeture : d’abord contraintes ; un mouvement, un repos : bientôt naturels. Avec le temps, d’abord on s’éveille, puis on entrevoit, enfin on comprend d’un coup, jusqu’à l’aisance, jusqu’à la pureté, jusqu’au retour au tout-indifférencié. Au fond, mon travail dans la boxe n’a rien de forcé : je ne fais que suivre la nature fondamentale des choses.

4. Le souffle (氣)

打拳者運動吾身不滯不息不乖不拂不偏不倚無過不及是為中氣拳家苟能順其天機之自然抑揚頓挫動合天然圓轉自如毫無窒礙他日遇敵自然綽有餘地不然渾身一片硬氣猝遇好手只覺束手無策進不能進退不能退一任他人發落而巳鈍何如也人亦何樂用硬氣而不用中氣哉

Celui qui pratique la boxe met son corps en mouvement sans stagnation ni arrêt, sans contrariété ni résistance, sans inclinaison ni appui, sans excès ni manque : c’est cela le souffle central (中氣). Pour peu que le boxeur suive la spontanéité de sa nature céleste, ses montées et descentes, ses pauses et ses reprises s’accordent au naturel, ses tours et retours sont aisés, sans le moindre obstacle ; le jour où il rencontrera l’adversaire, il aura naturellement de la marge. Sinon, tout le corps n’est qu’un bloc de souffle dur : soudain face à un habile, il se sent les mains liées, il ne peut ni avancer ni reculer, et reste à la merci de l’autre — quelle maladresse ! Pourquoi donc les hommes se plairaient-ils à user du souffle dur plutôt que du souffle central ?

5. L’intention (意)

心之所發謂之意人之打拳其意初發如作文寫字下筆帶意之意意於何見於手見之意發於心手卽喩之而形諸五官百骸極有斤兩極有神韻心正則意之所發者皆正而四支之運行亦正心邪則意之所發者皆邪而四支之運行亦邪此打拳之先貴誠其意也

Ce qui émane du cœur s’appelle l’intention. Quand on boxe, l’intention se forme au départ comme, dans un texte ou une calligraphie, le pinceau porte l’intention. Où voit-on l’intention ? Dans la main. L’intention naît dans le cœur, la main l’annonce aussitôt, et elle prend forme dans les cinq organes et les cent membres : elle a un poids, elle a un charme spirituel. Si le cœur est droit, tout ce qu’émet l’intention est droit et le fonctionnement des quatre membres est droit ; si le cœur est pervers, tout ce qu’émet l’intention est pervers et le fonctionnement des membres est pervers. C’est pourquoi, en boxe, il faut d’abord rendre son intention sincère.

曷言乎爾如人心平氣和則發於言者皆和順可聽此意之由和而發者也如人意氣過盛其發於言者皆帶激烈之氣此意之由於怒而發者也打拳觀其舉手活順卽知其意念活順周中規折中矩實理貫注於其間絕無冗雜觀者亦覺淸爽皆意所發之乾淨為之也着着俱有實理着着俱有眞意非徒以硬手硬脚全憑霸氣形之於外毫無蘊籍之意藏之於中此意之所以貴誠也學拳者審之

Comment l’entendre ? Si un homme a le cœur paisible et le souffle harmonieux, ses paroles sont douces et plaisantes : c’est l’intention émise par l’harmonie. Si son souffle est trop véhément, ses paroles portent un accent violent : c’est l’intention émise par la colère. En boxe, quand on voit un geste aisé et coulant, on sait que l’intention est aisée et coulante : rond, on est dans le compas ; anguleux, dans l’équerre ; le principe réel pénètre tout, sans le moindre encombrement, et le spectateur lui-même en éprouve de la fraîcheur : c’est que l’intention émise est nette. Chaque technique a son principe réel, chaque technique a sa vraie intention. Ce n’est pas par la dureté des mains et des pieds, en s’appuyant sur l’arrogance étalée au-dehors sans rien de retenu au-dedans, que l’on fait quelque chose : voilà pourquoi l’intention doit être sincère. Que l’étudiant y prenne garde.

6. La volonté (志)

志者心之所之也意念一發而志卽隨其意之所往而亦往人惟能專心者乃能致志致志先由立志人不立志則無所樹立人不致志則半途而廢始雖有志如無志也有始無終故也此打拳所以貴立志貴壹志尤貴致志苟能致志加以果毅功夫則有志者竟成他日不可限量皆志為之也此打拳之貴乎有志

La volonté, c’est là où tend le cœur. Dès que l’intention se forme, la volonté suit là où va l’intention. Or seul l’homme capable de concentrer son cœur peut fixer sa volonté, et fixer sa volonté commence par se donner un but. Si l’homme ne se donne pas de but, il n’édifie rien ; s’il ne fixe pas sa volonté, il s’arrête à mi-chemin : il a beau avoir eu un dessein au départ, c’est comme s’il n’en avait pas, parce qu’il commence sans finir. C’est pourquoi la boxe tient tant au fait de se donner un but, d’unifier sa volonté, et plus encore de la fixer. Pour peu qu’on la fixe et qu’on y joigne la décision et la fermeté, celui qui a une volonté finit par réussir, et ses lendemains sont sans limites : tout vient de la volonté. Voilà pourquoi la boxe tient à la volonté.

7. Le sentiment (情)

理之存於中者為性發於外者為情如樂有淸濁高下之致謂之聲情舞有進退旋轉謂之神情人有交接往來謂之人情物價之多寡不同人心之好惡各異謂之物情曾是太極拳之抑揚反覆獨無情致乎拳無情致如死瑁地泥槊木偶全無景致有何意趣

Ce qui réside au-dedans s’appelle la nature ; ce qui s’exprime au-dehors s’appelle le sentiment. Ainsi la musique a ses registres clairs et graves, hauts et bas : c’est le sentiment du son ; la danse a ses avancées, ses reculs, ses tours : c’est le sentiment du geste ; les hommes ont relations et échanges : c’est le sentiment humain ; les prix des choses diffèrent en plus ou en moins et le goût des hommes varie : c’est le sentiment des choses. Comment le taiji quan, avec ses montées et ses retours, serait-il seul privé de sentiment ? Une boxe sans sentiment est comme un mur mort, comme de la boue pétrifiée, comme une marionnette de bois : rien qui accroche le regard, quel intérêt ?

照自己說有何可嘉照外人說苟能如作文之先伏後應機致流通其一段生龍活虎變化捉摸不住氣象在已旣可興發人之志氣在人又可令觀者拍案驚奇眼中願覩口中樂道心中願學甚矣此情之所發打拳者不可不留心也如文有聲情鏗鏘可聽頓宕可玩藝至於此大有可觀

Pour soi-même, qu’y a-t-il là d’admirable ? Pour autrui, si l’on peut, comme un texte où ce qui suit répond à ce qui précède et où la mécanique intime circule, laisser paraître cette allure de dragon vivant et de tigre bondissant, insaisissable et toujours changeante, alors, en soi-même, on suscite sa propre ardeur, et chez les autres on fait frapper la table d’étonnement, on veut de ses yeux le voir, on vantera de sa bouche, on désirera de son cœur l’apprendre. Combien le sentiment importe, et combien le boxeur doit y prendre garde ! Comme un texte a son sentiment sonore, retentissant à l’oreille, ses pauses et ses reprises que l’on savoure, l’art parvenu là a de quoi être contemplé.

8. Le paysage (景)

層巒疊嶂者山之景波流瀠迴者水之景千紅萬紫者花之景春暖花開者時之景人之打拳亦如是也其開合擒縱屈伸往來一片神行曲折如畫是之謂景景之不離乎情猶情之不離乎理相連故也心無妙趣打拳決打不出好景致

Les crêtes étagées et les pics superposés font le paysage de la montagne ; les flots qui tourbillonnent font le paysage de l’eau ; les mille rouges et les dix mille pourpres font le paysage des fleurs ; le temps doux du printemps et l’éclosion des fleurs font le paysage de la saison. Il en va de même quand l’homme boxe : ses ouvertures et fermetures, ses saisies et ses lâchers, ses courbures et extensions, ses allées et venues sont un seul esprit en marche, sinueux comme une peinture — c’est cela le paysage (景). Le paysage ne se sépare pas du sentiment, comme le sentiment ne se sépare pas du principe : ils sont liés. Sans intérêt merveilleux dans le cœur, on ne saurait, en boxe, produire un beau paysage.

問何以打出好景致始則遵乎規矩繼則化乎規矩終則神乎規矩在我打得天花亂墜在人莫不喝采稱奇直如天朗氣淸惠風和暢陽春烟景大塊文章處處則柳軃花嬌層層則山靈水秀游人則觸目興懷詩家則振筆寫妙雖三百里之嘉陵山水不足盡也嘻拳能至此其技過半矣豈不美哉

Si l’on demande comment produire un beau paysage : d’abord on se conforme aux règles, ensuite on transforme les règles, enfin on les rend spirituelles. Ce que j’exécute est alors comme une pluie de fleurs, et chacun applaudit à la merveille — c’est le ciel clair et l’air limpide, le vent doux et harmonieux, la brume du printemps, la grande œuvre de la nature ; partout des saules alanguis et des fleurs charmantes, étage par étage des monts spirituels et des eaux limpides ; le promeneur y trouve matière à émotion, le poète y prend son pinceau pour écrire la merveille : même les trois cents li de paysage de Jialing n’y suffiraient pas. Ah ! Si la boxe atteint cela, l’art est parcouru à plus de moitié : n’est-ce pas beau ?

9. L’esprit (神)

人之精神雖存乎官骸之中充足卽溢乎官骸之外其外見而先見者心手眼居多凡事心手眼俱到則有神無神則形皆死煞少生動之意不足動人神之在人不止於眼而要於眼則易考驗故打拳時眼不可邪視必隨左右手以往還

L’esprit vital de l’homme, bien qu’il réside dans les organes et les membres, déborde quand il est en plénitude. Ce qui au-dehors se manifeste en premier, c’est surtout le cœur, la main et l’œil. En toute chose, quand le cœur, la main et l’œil arrivent ensemble, il y a esprit ; sans esprit, la forme est toute morte, sans rien de vivant, incapable d’émouvoir. L’esprit ne se réduit pas à l’œil, mais c’est par l’œil qu’il s’examine le plus aisément : aussi, en boxe, l’œil ne doit pas regarder de travers, mais suivre l’aller et le retour des mains gauche et droite.

如打懶札衣眼隨右手中指行懶札衣畢眼卽注於右手中指打單鞭眼隨左手運行單鞭畢眼卽注於左手中指打披身錘眼看住後脚打肘底看拳眼注於左肘下打小擒拿眼注於右拳與右掌打摟膝拗步眼注於右手中指打初收眼注右手指肚打抱頭推山兩手並推者眼看敵人胸右手在前左手稍後者眼注右手中指打跌岔眼先看左手待身起來右手向上眼看右手打指襠眼注右拳打鋪地錦看左手打跨虎眼看右手中指打當頭砲眼注於左拳以上四支孰為直符眼卽注於直符之支而全身精神皆聚於此任在熱鬧場中目無旁視如此方覺有神亦有四支直符在此而神反注於彼者是變格也不可據以為常要之打拳則上下四旁眼都得照顧到果能壹志凝神心手眼一齊俱到自覺詡詡欲活奕奕有神矣學拳者當細驗之

Ainsi, dans 懶札衣 (« Paresser à retrousser la robe »), l’œil suit le majeur de la main droite ; la posture achevée, l’œil se fixe sur le majeur droit. Dans 單鞭 (« la simple lanière »), l’œil suit le mouvement de la main gauche et, la posture achevée, se fixe sur le majeur gauche. Dans 披身錘, l’œil regarde le pied arrière. Dans 肘底看拳, l’œil se fixe sous le coude gauche. Dans 小擒拿, l’œil se fixe sur le poing droit et la paume droite. Dans 摟膝拗步, l’œil se fixe sur le majeur droit. Dans 初收, l’œil se fixe sur la pulpe des doigts de la main droite. Dans 抱頭推山, quand les deux mains poussent ensemble, l’œil regarde la poitrine de l’adversaire ; quand la droite est devant et la gauche un peu en arrière, l’œil se fixe sur le majeur droit. Dans 跌岔, l’œil regarde d’abord la main gauche ; quand le corps se relève et que la main droite monte, l’œil regarde la main droite. Dans 指襠, l’œil se fixe sur le poing droit. Dans 鋪地錦, il regarde la main gauche. Dans 跨虎, il regarde le majeur droit. Dans 當頭砲, l’œil se fixe sur le poing gauche. Dans tous ces cas, l’œil se fixe sur celui des quatre membres qui est le « messager de service » [直符], et tout l’esprit du corps s’y rassemble ; même dans un lieu bruyant, l’œil ne regarde pas de côté : c’est ainsi qu’on a de l’esprit. Il arrive aussi que le membre de service soit d’un côté et que l’esprit se porte ailleurs : c’est une variante, qu’il ne faut pas prendre pour règle. En somme, en boxe, l’œil doit embrasser le haut, le bas et les quatre côtés. Pour peu qu’on unifie son intention, concentre son esprit et que le cœur, la main et l’œil arrivent ensemble, on se sentira plein de vie et rayonnant d’esprit. L’étudiant doit vérifier cela jusque dans le détail.

10. La transformation (化)

化也者泯規矩之成迹而自合規矩是妙乎規矩而神乎規矩者也化有大化造化變化消化神化諸名此以造詣境地言專以神化為主是妙萬物而言莫名其妙名之曰化必熟而又熟以至無形迹可擬如神龍變化捉摸不住隨意舉動自成法度莫可端倪說有卽有說無卽無技至此眞神品矣而大化造化消化變化太極體用和盤托出雖小道至道存焉所謂卽小以見大者蓋此拳豈易言哉

Transformer, c’est effacer la trace que les règles ont laissée tout en s’y conformant de soi-même : c’est rendre les règles merveilleuses et spirituelles. Il y a plusieurs noms : grande transformation, transformation créatrice, transformation changeante, transformation digérante, transformation spirituelle — ce sont là des états de réalisation, mais celle-ci privilégie la transformation spirituelle : elle rend merveilleuses les dix mille choses sans qu’on puisse dire pourquoi, et on l’appelle « transformation ». Il faut être mûr et remûr jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de trace à saisir, comme le dragon divin qui se transforme et qu’on ne peut attraper ; les gestes faits à volonté deviennent d’eux-mêmes mesure, sans pointe où mordre. Dire qu’elle est, elle est ; dire qu’elle n’est pas, elle n’est pas. L’art arrivé là est vraiment de qualité divine. Et quant à la grande transformation, à la transformation créatrice, à la transformation digérante et à la transformation changeante, tout le corps et tout l’usage du taiji s’y déploient dans leur entier : c’est d’une petite voie que l’on voit la grande, et là réside la Voie. Voilà pourquoi cet art n’est pas chose dont on parle à la légère.

11. La technique (著)

拳乃武備中一端其運用手足或正或偏或上或下或左或右或前或後因其理以立法因其法以呈形名之曰勢卽俗名所謂着當下功夫之時必思此勢由何發起中間如何運行結尾如何收束表是何形裏是何勁從心坎中細細揣摩此勢之下與下勢之上其夾縫中如何承上如何啟下必使血脈貫通不令有一絲隔閡判成兩橛始而一勢自成一勢終而百勢連成一勢

La boxe est un élément de la préparation militaire. Les mains et les pieds agissent droits ou obliques, en haut ou en bas, à gauche ou à droite, en avant ou en arrière ; selon le principe on institue la méthode, selon la méthode on donne la forme, et on l’appelle posture (勢), ce que l’on nomme vulgairement technique (着). Au moment du travail, il faut penser : d’où cette posture part-elle, comment se déroule-t-elle au milieu, comment se referme-t-elle à la fin, quelle est sa forme au-dehors, quel est son jin au-dedans ; pesant du fond du cœur la fente entre la fin de la posture présente et le début de la suivante, comment elle reçoit d’en haut et ouvre en bas, de sorte que le flot soit continu, sans un fil d’obstruction ni de rupture : d’abord chaque posture est une posture, à la fin les cent postures n’en font qu’une.

如懶札衣右手從左腋前起端手背朝上手指朝下先轉一小圈從下斜而上行過上星神庭前越右耳外徐徐運行肐膊展到八九分不可滿足滿則應用時必致招損手與肩平此是順轉圈用纏絲勁由腋自內往外斜纏到指不可往後擘(音百)擘則無力不可大彎彎亦無力必得不偏不倚之勁方佳左手是倒轉用纏絲勁由手外掌過手背纏到肩後外腋止兩手合住勁右手如新月半彎形勁似停實不停停則氣斷矣待內勁行到十分則下勢卽接往從此起矣

Par exemple, dans 懶札衣 [« Paresser à retrousser la robe »] : la main droite part de devant l’aisselle gauche, dos de la main vers le haut, doigts vers le bas ; elle décrit d’abord un petit cercle, monte obliquement de bas en haut, passe devant les points 上星 et 神庭, longe l’extérieur de l’oreille droite et avance lentement ; le bras se déploie aux huit ou neuf dixièmes, sans le remplir tout à fait — plein, il subirait coup à l’usage. La main est à hauteur d’épaule : c’est le tour de cercle direct, avec le jin du fil de soie torsadé, qui, de l’aisselle, s’enroule obliquement de l’intérieur vers l’extérieur jusqu’aux doigts. Il ne faut pas tirer en arrière [擘] — ce serait sans force —, ni plier exagérément : une grande courbure est aussi sans force. Il faut un jin sans inclinaison ni appui. La main gauche tourne en sens inverse, usant du même jin torsadé, depuis l’extérieur de la paume, par le dos de la main, jusqu’après l’épaule, à l’aisselle externe, où elle s’arrête ; les deux mains tiennent le jin ensemble. La droite a la forme d’un croissant de lune ; son jin semble s’arrêter et pourtant ne s’arrête pas — s’arrêter, ce serait rompre le souffle. Quand le jin interne est arrivé à plénitude, la posture suivante enchaîne et repart de là.

右足也如是畫半個圈展開先落僕參穴過湧泉至大敦隱白止其止也實而虛右腿用順纏勁由大敦起過脚面至足外腓從湧泉斜纏至內踝骨一直由內而外逆行斜纏大腿纏至腰左足趾向北用倒纏勁由外向裏纏纏到大腿根歸丹田中極右手與右足一齊起一齊落說合上下官骸一齊合住四支更不待言

Le pied droit décrit lui aussi un demi-cercle : il se déploie et se pose d’abord au point 僕參, passe au 湧泉 et s’arrête au 大敦 et au 隱白 ; à l’arrêt, il est plein et vide à la fois. La jambe droite use du jin torsadé direct : partant du 大敦, passant par le dos du pied jusqu’au muscle externe, s’enroulant obliquement du 湧泉 à la malléole interne, puis montant obliquement, de l’intérieur vers l’extérieur et en sens inverse, le long de la cuisse jusqu’à la taille. Les orteils du pied gauche tournés vers le nord, la jambe gauche use du jin torsadé inverse, de l’extérieur vers l’intérieur, jusqu’à la racine de la cuisse, pour revenir au dantian et au point 中極. La main droite et le pied droit se lèvent et retombent ensemble : il faut que le haut et le bas s’accordent, que tous les membres soient unis — à plus forte raison les quatre membres.

右手內勁充於肌膚頂勁提起腰勁下去𦡁勁開圓又要合住膝合住𦡁自然合住合也者全體皆合無令一處不合此是一勢規矩自為一着

La main droite, son jin interne remplit la peau ; le jin du sommet se soulève, le jin de la taille descend, le jin des hanches s’ouvre en rond, et il faut en même temps fermer les genoux, fermer les hanches : alors naturellement tout se ferme. Fermer, c’est que le corps entier soit fermé, sans qu’une seule place y manque. Telle est la règle d’une posture, qui constitue à elle seule une technique.

大凡手動為陽手靜為陰手背為陽手腕為陰前則為陽後則為陰亦有陰中之陽陽中之陰某手當令某手為陽某手不當令某手為陰亦有一勢先陽後陰外陽內陽一陰一陽要必不偏不倚無過不及此學之者不可不留心也

En règle générale, la main qui bouge est yang, la main au repos est yin ; le dos de la main est yang, le poignet yin ; l’avant est yang, l’arrière yin ; il y a aussi du yang dans le yin et du yin dans le yang. Telle main commande : elle est yang ; telle main ne commande pas : elle est yin. Il y a aussi des postures d’abord yang puis yin, yang au-dehors et yin au-dedans. Un yin, un yang : il faut ne pencher ni s’appuyer, sans excès ni manque. Voilà ce que l’étudiant ne doit pas manquer de remarquer.

一勢之微千言萬語筆之數行難盡其妙當場一比心卽了然於此見拳之貴乎口傳也一落紙筆皆成糟粕棄糟粕而取精華則可與共學可與適道矣

Dans la petitesse d’une seule posture, mille paroles et dix mille mots ; en écrire quelques lignes, c’est difficilement en épuiser la merveille. Sur l’aire, au premier affrontement, le cœur comprend aussitôt : c’est là qu’on voit que la boxe tient à la transmission orale. Tout ce que l’on couche sur le papier devient écume ; qui rejette l’écume pour prendre l’essence peut étudier avec moi et cheminer vers la Voie.

12. L’étude (學)

以上所言皆言拳也不學無以知不學無以能惟於拳之不知者學以求其知拳之不能者學以求其能果能敏而好學再能學而時習之則向之不知不能者今則無不知無不能矣斯拳不外陰陽開合之理抑揚頓挫之勢苟能百倍其功雖愚必明雖柔必强孔子曰我學不厭人之於拳亦惟學而不厭而已矣

Tout ce qui précède concerne la boxe. Sans apprendre, on ne peut savoir ; sans apprendre, on ne peut pouvoir. Il n’y a qu’une voie : apprendre ce que l’on ignore pour le savoir, apprendre ce dont on est incapable pour en être capable. Pour peu qu’on soit avide d’apprendre et qu’on mette en pratique ce qu’on a appris, ce que l’on ignorait et ne pouvait faire devient su et maîtrisé. Cet art n’a rien en dehors du principe du yin et du yang, de l’ouverture et de la fermeture, ni des postures de montée, de descente, de pause et de reprise. Pour peu qu’on y mette cent fois plus de travail, fût-on sot on deviendra clair, fût-on mou on deviendra fort. Confucius a dit : « J’apprends sans me lasser. » Pour l’homme, dans la boxe aussi, il n’y a qu’à apprendre sans se lasser.

13. La réflexion (思)

思者思其所學也學而不思則罔故必用其心力於所學之中講習研究凡拳中之層累曲折自起落以至於精微奥妙不使有一毫疑惑者則思之為功居多

Réfléchir, c’est penser à ce que l’on a appris. « Apprendre sans réfléchir, c’est se perdre. » Il faut donc employer toutes les forces de son cœur et de son esprit dans ce que l’on apprend, l’étudier et le rechercher : tout ce que la boxe comporte d’étagements et de sinuosités, depuis les montées et les descentes jusqu’aux finesses les plus subtiles, ne doit laisser aucun doute — et c’est à la réflexion que revient le plus grand mérite.

故先由淺入深由近及遠思其當然並思其所以然不能明晰或問之於師或訪之於友則所思者不患其不能明此是格物工夫曾子作大學乃曰致知在格物思固不廢乎學學亦不能廢乎思也此學思不可以偏廢淺言之凡學拳者當用心學之不可忽略

Aussi part-on du superficiel pour aller au profond, du proche pour aller au lointain : on pense à ce qui est, et aussi à la raison pour laquelle il en est ainsi. Si l’on n’y voit pas clair, on interroge son maître ou l’on consulte ses amis, et ce que l’on pense ne demeure pas inintelligible : c’est là le travail d’examen des choses. Zengzi, composant le Grand Étude, dit : « Étendre son savoir consiste à examiner les choses. » La réflexion ne répudie pas l’étude, et l’étude ne peut pas davantage répudier la réflexion : on ne saurait sacrifier ni l’une ni l’autre. En un mot : qui étudie la boxe doit y appliquer son cœur, sans négligence.

14. La constance (恆)

天地之道惟有一恆字可以成事恆久也雖一藝之微苟能久於其道未有苗而不秀秀而不實者也孔子曰人而無恆不可以作巫醫此學之貴乎有恆也志為作事之始恆為作事有常二字乃學拳要訣

Dans la voie du ciel et de la terre, seul le mot « constance » permet d’accomplir quoi que ce soit — constance, c’est-à-dire durée. Petit qu’est un art, si l’on y persévère longuement, on ne verra jamais de pousse sans épi ni d’épi sans fruit. Confucius a dit : « Un homme sans constance ne saurait être ni médecin ni devin. » Voilà pourquoi l’étude tient à la constance. La volonté est le commencement de l’action, la constance en est la régularité : ces deux mots sont le secret de l’étude de la boxe.

吾師又作五言詩勗學者守恆貴誠其詩云理境原無盡學拳意貴誠三年不窺園壹志並神凝始則從良師繼則訪高朋誘掖合獎勸一線啓靈明一層深一層層層意無窮一開連一合開合遞相承有時引入勝才欲罷不能時習勤黽勉日進自蒸蒸一旦眞積久豁然皆貫通

Mon maître a aussi composé un poème en vers de cinq caractères pour exhorter les étudiants à garder la constance et à chérir la sincérité :

« Le domaine du principe est sans limite ; / en étudiant la boxe, ce qui fait le prix de l’intention, c’est la sincérité. / Trois ans sans jeter un regard sur le jardin, / l’intention unifiée et l’esprit concentré. / D’abord suivre un bon maître, / ensuite chercher de brillants amis. / Leur appui joint à l’encouragement / ouvre d’un seul fil la clarté spirituelle. / Un niveau plus profond, un niveau plus profond, / étage par étage l’intention sans fin. / Une ouverture enchaîne une fermeture, / ouvertures et fermetures se succèdent. / Parfois cela vous entraîne au plaisir du succès / et l’on ne peut plus s’arrêter. / Pratiquant sans cesse avec ardeur, / on avance de soi-même chaque jour. / Le jour où l’accumulation est vraiment longue, / soudain tout devient compréhensible. »

15. La décision (夬)

夬決也心貴決斷人惟猶疑不決多敗乃事學思恆三字雖好苟不決斷則所學無論何事皆辦不成惟拿定主意一直長往心不回惑夫而後所學所思加以恆久工夫則凡事皆可有成何况拳之一藝乎此學拳尤貴於夬也

Guai (夬) signifie décider ; le cœur tient à la décision. C’est par hésitation et irrésolution que l’homme gâte maint projet. Les trois mots apprendre, réfléchir, persévérer sont beaux, mais sans décision, quoi qu’on apprenne, on n’achève rien. Prendre fermement son parti et aller toujours de l’avant, sans que le cœur revienne ni se trouble : alors ce que l’on apprend et ce que l’on pense, joint à un travail de longue haleine, permet de mener à bien toute entreprise — à plus forte raison un seul art, la boxe. Aussi l’étude de la boxe tient-elle particulièrement à la décision.

Essentiels du taiji quan, deuxième partie (太極拳要義二)

先嚴諱復元字旭初初學於耕雲公功成後復從仲甡公習新架故發手能柔如綿堅如剛往來口外數十年未遇敵手子明少小侍側習聞拳理茲就記憶所及者筆述一二以成本篇固陋如余未能道其萬一也

Mon défunt père, du nom personnel Fuyuan, nom de courtoisie Xuchu, étudia d’abord auprès du vénérable Gengyun ; son art une fois accompli, il étudia la nouvelle structure auprès du vénérable Zhongshen. Aussi sa main lancée pouvait-elle être souple comme la soie et ferme comme l’acier ; pendant des dizaines d’années, allant et venant au-delà des passes, il ne rencontra jamais d’adversaire à sa mesure. Ziming, tout jeune, se tenait à ses côtés et entendait parler des principes de la boxe : je consigne ici, d’après mes souvenirs, une ou deux choses pour former cette section — fruste comme je suis, je n’en dirai pas la dix millième partie.

1. Ouverture et fermeture, yin et yang (開合與陰陽)

動為陽靜為陰一動一靜卽為開合陰變陽為開陽變陰為合此就太極拳之全體而言也以運化而言左手領左半身向左方運化者開為太陽合為太陰右手隨之而開者為少陽合為少陰右方亦然剛柔卽包於其中故太極生兩儀兩儀生四象兩儀者陰陽也亦卽開合也四象者太陽太陰少陽少陰是也陰陽合開互相化生得其極致則渾元一氣循環無端變動莫測是以不明陰陽開合者卽不明剛柔動靜之互相為用偏剛偏柔不能相濟則去太極拳之根本遠矣

Le mouvement est yang, le repos est yin ; un mouvement et un repos, c’est une ouverture et une fermeture ; le yin devenant yang est l’ouverture, le yang devenant yin est la fermeture. Cela se dit de l’ensemble du taiji quan. Si l’on considère la mutation : quand la main gauche conduit la moitié gauche du corps à se transformer vers la gauche, l’ouverture est grand yang et la fermeture grand yin ; quand la main droite, la suivant, s’ouvre, c’est yang moindre, et sa fermeture yin moindre ; à droite de même. Le dur et le souple y sont contenus. Aussi « le taiji engendre les deux formes, les deux formes engendrent les quatre images » : les deux formes, c’est le yin et le yang, c’est aussi l’ouverture et la fermeture ; les quatre images, ce sont grand yang, grand yin, yang moindre, yin moindre. Yin et yang, ouverture et fermeture se transforment et s’engendrent mutuellement ; parvenus à leur plénitude, tout n’est qu’un seul souffle indifférencié, circulant sans fin, changeant insondablement. Aussi, qui ne comprend pas le yin-yang et l’ouverture-fermeture ne comprend pas l’usage mutuel du dur et du souple, du mouvement et du repos : pencher vers le dur ou vers le souple sans qu’ils puissent s’entraider, c’est s’éloigner du fondement même du taiji quan.

又吾師品三先生謂練拳之道開合二字盡之一陰一陽之謂拳其妙處在互為其根而已又作七言詩二首其一云動則生陽靜生陰一動一靜互為根果能悟得環中趣一動一靜卽天眞其二云陰陽無始亦無終往來屈伸寓化工此中消息眞參透太極祇在一環中

Mon maître Chen Pinsan disait encore que la voie de la pratique se résume aux deux mots ouverture et fermeture : un yin, un yang, voilà la boxe — et sa merveille est dans le fait qu’ils s’enracinent l’un dans l’autre. Il a aussi composé deux poèmes de sept caractères :

« Le mouvement engendre le yang, le repos engendre le yin ; / un mouvement, un repos, racines l’un de l’autre. / Si vraiment tu saisis le sens de l’anneau, / un mouvement, un repos sont la spontanéité céleste. »

« Yin et yang n’ont ni commencement ni fin ; / l’aller et le retour, la courbure et l’extension abritent l’œuvre du créateur. / Pour qui pénètre vraiment ces nouvelles, / le taiji n’est que dans un seul anneau. »

2. Mutation et articulation du passage (運化轉關)

運化為轉關之先機關卽人之周身六節故轉關亦曰轉節凡初學之人多尚拙力而無靈勁故以運化去其滯氣使轉關達於虛靈蓋虛則有以聚靈則有以應虛者集靈者感集者靜感者動起落旋轉開合變化不能離乎運化轉關所謂運化轉關者卽由柔筋活節而至接骨鬬榫(音筍)苟不如此卽不足與言動靜之虛靈者也

La mutation (運化) précède l’articulation du passage (轉關) ; le « passage » désigne les six articulations du corps entier, et c’est pourquoi on dit aussi « rotation des articulations ». Les débutants prisent surtout la force maladroite et manquent du jin spirituel ; c’est par la mutation qu’on ôte le souffle engorgé et que le passage atteint la vacuité et l’esprit. Car dans le vide, il y a de quoi rassembler ; dans l’esprit, de quoi répondre. Le vide, c’est ce qui rassemble ; l’esprit, c’est ce qui ressent ; ce qui rassemble est au repos, ce qui ressent est en mouvement. Montées et descentes, rotations, ouvertures et fermetures, transformations, ne peuvent se passer de la mutation et du passage. Ce que l’on appelle mutation et passage, c’est aller de la souplesse des tendons et de la vivacité des articulations jusqu’à l’emboîtement des os. Sans cela, il n’y a pas lieu de parler de vacuité et d’esprit dans le mouvement et le repos.

3. Vide et plein (虛實)

太極拳動靜瞬息之間無不有虛實故其練法中之前進後退左旋右轉以舉足為虛落足為實向左則左實向右則右實前進則後虛後退則前虛倘虛實不分必犯抽脚拔腿之弊精而求之則一處自有一處虛實練時如是對待敵人時亦復如是彼虛則我實彼實則我虛虛則實之實則虛之臨敵乘機切勿拘泥定法斯為得其要諦

Dans le taiji quan, il n’est pas un instant, pas un souffle de mouvement ou de repos qui n’ait son vide et son plein. Aussi, dans la pratique : en avançant et en reculant, en tournant à gauche et à droite, on considère le lever du pied comme vide et sa pose comme plein ; vers la gauche, le gauche est plein ; vers la droite, le droit est plein ; en avançant, l’arrière est vide ; en reculant, l’avant est vide. Faute de distinguer le vide et le plein, on tombe à coup sûr dans le défaut de tirer la jambe ou d’arracher le pied. À y regarder de près, chaque endroit a son propre vide et son propre plein. Il en va ainsi à l’entraînement, il en va de même face à l’adversaire : où il est vide, je suis plein ; où il est plein, je suis vide ; ce qui est vide, je le remplis ; ce qui est plein, je le vide. Face à l’ennemi, saisir l’occasion sans jamais se figer sur des règles fixes : voilà l’essentiel.

4. La transformation (變化)

變化者有一手之變化有一著之變化有一勢之變化然無論一手一著一勢其變而能化皆由簡單漸至於詳密以開合為一手之變化以轉關為一著之變化此卽上傳下接之義惟身法步法旋轉緊湊方向之變皆屬一勢之變化也由開展至於緊湊切莫逾乎範圍亂其順序自能積手為著著合為勢勢聯成套始練似覺有界久練功夫嫻熟自能豁然貫通運轉自如千變萬化隨心所欲矣

Transformation : il y a la transformation d’une main, celle d’une technique, celle d’une posture. Mais quelle qu’elle soit, la transformation procède du simple et atteint peu à peu la densité et le détail. L’ouverture-fermeture est la transformation d’une main ; l’articulation du passage, celle d’une technique — c’est là le sens de « ce qui se transmet d’en haut et se poursuit en bas ». Quant aux changements de méthode de corps, de méthode de pas, de rotation serrée, de direction, ils relèvent de la transformation d’une posture. De l’ample au resserré, sans jamais dépasser le cadre ni troubler l’ordre : on accumule ainsi les mains en techniques, les techniques en postures, les postures en un enchaînement complet. Au début, on a l’impression de frontières ; avec une longue pratique et une habileté consommée, on comprend d’un coup, on tourne à son gré, et l’on se meut au gré de son cœur dans mille transformations.

5. La progression (步驟)

先哲有言物有本末事有終始知所先後則近道矣如無深淺之別先後之序卽是失却根本無論敎者本領若何高强學者定不能藝超於衆故練太極拳術之步驟有三層功夫第一步學時宜慢慢不宜痴呆第二步習而後快快不可錯亂第三步快後復緩是為柔柔久剛自在其中是為剛柔相濟敎者必由是而敎學者亦必由是而學則庶乎無差忒矣

Les anciens sages ont dit : « Les choses ont une racine et une extrémité, les affaires un commencement et une fin ; qui sait ce qui vient d’abord et ce qui suit approche de la Voie. » S’il n’y a ni distinction du profond et du superficiel ni ordre des successions, on a perdu la racine : quel que soit le talent de l’enseignant, l’élève ne dépassera jamais la moyenne. Aussi la progression dans la pratique du taiji quan comporte-t-elle trois degrés : premièrement, apprendre lentement, mais sans hébétude ; deuxièmement, après avoir appris, aller vite, mais sans désordre ; troisièmement, après la vitesse, revenir à la lenteur — c’est-à-dire à la souplesse ; quand la souplesse dure, la fermeté se trouve d’elle-même au-dedans : c’est l’entraide du dur et du souple. L’enseignant doit enseigner selon cet ordre, l’élève apprendre selon cet ordre : il n’y aura guère d’écart.

練太極拳術者固愈慢愈柔者為佳不宜用力帶氣又必須知至何時可以換勁及慢至何時可以速柔至何時可以剛此於敎授之責攸關宜從事解釋其發端而至於究竟繼則實施於法俾易知用途之次序為入門之階梯如能預定進度因人施發使學者精神煥發興趣環生自必易得門徑進步迅速

Dans la pratique du taiji quan, plus lent et plus souple est certes le mieux ; il ne faut pas user de force ni d’un souffle tendu, et il faut savoir à quel moment on peut changer de jin, jusqu’où la lenteur permet la vitesse, jusqu’où la souplesse permet la fermeté. C’est là une responsabilité de l’enseignement : il convient d’expliquer le point de départ et le terme, puis de mettre le tout en œuvre dans la méthode, afin que l’élève voie aisément l’ordre des usages et trouve l’escalier de l’entrée. Si l’on peut fixer d’avance la progression et l’adapter à chacun, l’élève aura l’esprit éveillé et l’intérêt sans cesse renouvelé : il trouvera facilement la voie et progressera vite.

6. Ouverture et fermeture des lombes et du périnée (腰襠之開合)

練太極拳者對於腰襠兩部之要點不可不知一開一合一動一靜腰襠各有專注且貴互用故宜分析明白腰之要點曰擰腰活腰塌腰襠之要點曰鬆襠合襠扣襠擰腰時襠須扣不扣則散活腰時襠須鬆不鬆則滯塌腰時襠須合不合則浮凡塌腰活襠者為蓄勁活腰鬆襠者為柔勁惟出勁時須扣襠擰腰

Qui pratique le taiji quan ne peut ignorer les points essentiels des deux régions que sont les lombes et le périnée : une ouverture, une fermeture, un mouvement, un repos, chacune a sa concentration propre, et il est bon qu’elles s’emploient mutuellement ; il faut donc les analyser clairement. Les points des lombes s’appellent : torsader les lombes (擰腰), vivifier les lombes (活腰), abaisser les lombes (塌腰) ; ceux du périnée : détendre le périnée (鬆襠), fermer le périnée (合襠), verrouiller le périnée (扣襠). Quand on torsade les lombes, le périnée doit être verrouillé : sinon tout se disperse. Quand on vivifie les lombes, il doit être détendu : sinon tout s’engorge. Quand on abaisse les lombes, il doit être fermé : sinon on flotte. Abaisser les lombes et vivifier le périnée, c’est emmagasiner le jin ; vivifier les lombes et détendre le périnée, c’est la souplesse du jin ; mais en émettant le jin, il faut verrouiller le périnée et torsader les lombes.

茲以各勢各著說明之如拳式中之掩手錘披身錘靑龍出水肘底看拳閃通背靑龍戲水二起式踢一脚蹬一跟小擒拿抱頭推山前招後招野馬分鬃玉女穿梭擺脚跌岔十字脚指襠錘黃龍攪水擺脚當頭砲等均屬扣襠擰腰金剛搗碓懶扎衣單鞭白鵝晾翅摟膝拗步及收式合式等均屬鬆襠活腰凡姿勢成時襠宜合腰宜塌其義主靜卽本著已停下著未作虛靈勁預蓄其中動則必變必發故其功效無量其時間及所趨方向不可預定遇左則左應遇右則右應上下前後剛柔緩急輕重悉如之

On l’explique posture par posture : appartiennent au verrouillage du périnée et à la torsion des lombes les postures 掩手錘, 披身錘, 靑龍出水, 肘底看拳, 閃通背, 靑龍戲水, 二起式, 踢一脚, 蹬一跟, 小擒拿, 抱頭推山, 前招後招, 野馬分鬃, 玉女穿梭, 擺脚跌岔, 十字脚, 指襠錘, 黃龍攪水, 擺脚, 當頭砲, etc. ; appartiennent à la détente du périnée et à la vivacité des lombes 金剛搗碓, 懶扎衣, 單鞭, 白鵝晾翅, 摟膝拗步, ainsi que les positions de fermeture et d’union (收式, 合式). Chaque fois qu’une posture est achevée, le périnée doit être fermé et les lombes abaissées : son sens est le repos, c’est-à-dire que la posture en cours s’arrête et que la suivante n’a pas commencé, le jin vide et spirituel s’y pré-accumule ; au mouvement, il se transformera et se libérera à coup sûr. D’où une efficacité sans mesure. Son moment et sa direction ne peuvent être fixés d’avance : à gauche, il répond à gauche ; à droite, à droite ; en haut et en bas, devant et derrière, dur et souple, lent et pressé, léger et lourd, il en va de même pour tout.

7. Dénomination et figuration (命名與取象)

研究太極拳者須分命名與取象為兩點其所云太極兩儀四象者乃拳法中形而上之命名也然必知其取象原則方能明乎實際太極拳之取象卽肢體練法是也肢體之大要不外手眼身步法其運用之大要則不外乎前進後退上起下落左旋右轉故研究此等動作須在科學上追求始能澈底

Qui étudie le taiji quan doit distinguer deux choses : la dénomination et la figuration. Ce qu’on appelle taiji, les deux formes, les quatre images, sont des dénominations métaphysiques de la boxe ; mais il faut connaître le principe de la figuration pour comprendre le réel. La figuration du taiji quan, c’est la méthode d’entraînement des membres du corps. L’essentiel des membres se ramène aux mains, aux yeux, au corps et au pas ; l’essentiel de leur usage, à avancer et reculer, monter et descendre, tourner à gauche et à droite. Aussi faut-il étudier ces mouvements dans une perspective scientifique pour aller jusqu’au fond.

如開步轉勢及前後互換之距離當以直中線判其遠近手足身法上起下落之間隔當以平中線分其高低餘如拗步姿勢之旋轉為斜線及弧線之牽引收放伸屈為來復線之縱縮故太極拳之圈的內包尚有直線平線斜線來復線弧線等與力學數學之理有密切關係雖其取象出於形而上之命名而在科學方面實有相當之價値

Ainsi la distance d’un pas ouvert, d’un tour de posture, d’un échange avant-arrière se juge-t-elle sur une ligne médiane droite ; l’écart d’une montée ou d’une descente des mains, des pieds, de la méthode de corps se juge sur une ligne médiane horizontale ; pour le reste, la rotation oblique d’une posture en pas croisé est une ligne oblique et une ligne courbe, la traction, l’ouverture et la fermeture, l’extension et la flexion sont le raccourcissement d’une ligne de va-et-vient. Aussi le cercle du taiji quan contient-il encore des lignes droites, horizontales, obliques, de va-et-vient et courbes, en relation étroite avec la mécanique et les mathématiques. Bien que sa figuration procède d’une dénomination métaphysique, elle a, dans le domaine scientifique, une valeur réelle.

Essentiels du taiji quan, troisième partie (太極拳要義三)

1. Les cercles du taiji quan (太極拳之圈)

聞諸先嚴太極功夫以沒圈為登峯造極非一蹴可幾必須循序漸進由大圈收至小圈小圈收至沒圈復以內勁為其統馭聯貫變化運用神妙技至於斯形式上無從捉摸之矣

J’ai entendu mon défunt père dire que, dans le travail du taiji, c’est l’absence de cercles qui marque le sommet, mais qu’on n’y parvient pas d’un coup : il faut progresser par étapes, du grand cercle au petit cercle, du petit cercle à l’absence de cercle, le jin interne servant à gouverner, à relier, à transformer — et quand l’art en est là, sa forme échappe à toute prise.

吾師品三先生之言曰太極拳纏法也進纏退纏左纏右纏上纏下纏裏纏外纏大纏小纏順纏逆纏而要莫非以中氣行乎其間卽引卽進皆陰陽互為其根之理世人不識皆目為軟手手軟豈能擊人是但以外面視之皆迹象也若以神韻論之自己用功與外人交手皆以中氣運行使之適得其中非久於其道者不能澈其底蘊

Mon maître Chen Pinsan disait : le taiji quan est une méthode d’enroulement (纏法) : enrouler en avançant, enrouler en reculant, à gauche, à droite, en haut, en bas, au-dedans, au-dehors, enroulements grands et petits, directs et inverses — et toujours le souffle central circule au milieu d’eux. Tirer, c’est avancer ; tout relève du principe que le yin et le yang sont racines l’un de l’autre. Les gens du monde, ne le sachant pas, y voient une main molle : une main molle pourrait-elle frapper ? Ils ne regardent que l’extérieur, et ce ne sont là que des traces. Si l’on juge selon la marque spirituelle, en travaillant seul comme en croisant le fer, tout procède de la mise en circulation du souffle central, qui amène exactement au juste milieu : qui ne persévère pas longtemps dans cette voie ne peut en pénétrer le fond.

兩肩軃下兩肘沉下秀若處女威若猛虎手中權衡稱物而知其輕重打拳之道吾心中自有權衡以稱他人之上下左右進退緩急無不悉以神明之度量使之皆中其節而令敵之從所從而來者抑負所負而去是無形之權衡也以無形之權衡權有形之迹象甚矣其孰能欺之

Les deux épaules s’abaissent, les deux coudes s’enfoncent ; gracieux comme une jeune fille, imposant comme un tigre féroce ; dans la main, une balance qui soupèse les choses et en connaît le poids. Dans la boxe, mon cœur possède sa propre balance : elle soupèse le haut et le bas, la gauche et la droite, l’avance et le recul, la lenteur et la hâte de l’adversaire, et par sa mesure spirituelle fait que tout tombe juste, si bien que l’ennemi s’en retourne de là d’où il est venu, déconfit et chargé de tout son poids. C’est une balance sans forme ; et qui donc tromperait une balance sans forme pesant des traces formelles ?

若第以軟手視太極拳不惟不知拳且並不知太極之為太極太極者陰陽開合而已矣必陰陽相停而後名為太極拳夫豈偏陰無陽之謂哉

Si l’on ne voit dans le taiji quan qu’une main molle, non seulement on ne connaît pas la boxe, mais on ne sait pas ce qu’est le taiji. Le taiji, ce n’est rien d’autre que le yin et le yang, l’ouverture et la fermeture ; il faut que le yin et le yang s’équilibrent pour que l’on parle de taiji quan. Comment serait-ce un yin partial, privé de yang ?

2. L’usage du taiji quan (太極拳之用)

吾師品三先生之言曰中氣貫足精神百倍臨時交戰切勿先進如不獲已淺嘗帶引靜以待動堅持壁壘堂堂之陣整整之旗有備無患常守其眞一引一進奇正相生佯輸詐敗反守為攻

Mon maître Chen Pinsan disait : quand le souffle central est plein, l’esprit est cent fois plus fort. Face au combat, ne jamais avancer le premier ; si l’on ne peut faire autrement, goûter légèrement la situation et tirer. Attendre le calme pour répondre au mouvement, tenir solidement le rempart, la bataille rangée et les étendards bien alignés ; être prêt et sans souci, garder toujours sa sincérité. Un tirer, un avancer : le régulier et l’irrégulier s’engendrent l’un l’autre ; feindre la défaite et la déroute, passer de la défense à l’attaque.

一引卽進轉(轉者方引而忽轉之)進為風進至七分卽速停頓兵行詭計嚴防後侵前後左右俱要留心進步莫遲不直不遂足隨手運圓轉如神忽上(手足向上)忽下(手足向下)或順(順者用順纏法)或逆(逆者用倒纏法)日光普照不落邊際我之進取須令不防人若能防必非妙方大將臨敵無處不愼四面旋繞一齊並進斬將搴旗絕妙如神太極至理一言難盡陰陽變化存乎其人稍涉虛偽妙理難尋

Dès qu’on tire, on avance ; la rotation (tourner, c’est-à-dire, alors qu’on vient de tirer, tourner soudain) ; avancer comme le vent, et parvenu aux sept dixièmes, s’arrêter vite. La troupe marche par ruses : se garder avec soin de l’invasion arrière, être attentif devant, derrière, à gauche, à droite ; avancer sans tarder, sans raideur ni excès ; le pied suit la main et tourne en rond comme par un effet divin ; tantôt en haut (mains et pieds vers le haut), tantôt en bas (mains et pieds vers le bas), tantôt direct (l’enroulement direct), tantôt inverse (l’enroulement inversé). Le soleil éclaire partout sans qu’on en atteigne la bordure : mon attaque doit surprendre ; ce que l’on peut prévenir n’est pas une méthode excellente. Le grand général face à l’ennemi est partout prudent ; il tourne de tous côtés et attaque d’un seul élan ; tuer le général et prendre l’étendard, merveilleusement, comme un dieu. Le principe suprême du taiji est difficile à épuiser en un seul mot ; les transformations du yin et du yang dépendent de l’homme : pour peu qu’on y mêle de la fausseté, la merveille n’est plus à trouver.

Points essentiels du taiji quan (太極拳之要點)

余綴父師之言成太極拳要義三篇又恐初學者不能得其要領不嫌煩複謹舉其要點以為初步研究者參考

J’ai assemblé les paroles de mon père et de mon maître pour former les trois parties des Essentiels du taiji quan ; mais craignant que les débutants n’en saisissent pas la substance, je ne crains pas la redite et énumère avec soin ces points essentiels, comme repères pour ceux qui en sont aux premières recherches.

1. La nature de l’art (性質)

太極拳之性質吾師品三雖言剛中寓柔柔中寓剛剛柔相濟運化無方此言成手時之功夫也初學宜以自然柔活為主柔宜鬆活宜領柔而不鬆活而不領卽不自然安能致堅剛於將來哉

Quant à la nature du taiji quan : mon maître Chen Pinsan disait que le dur abrite le souple et le souple le dur, que dur et souple s’entraident et se transforment sans méthode fixe — cela se dit du travail de celui dont la main est faite. Le débutant, lui, doit avant tout viser le naturel, la souplesse et la vivacité. La souplesse exige d’être relâchée, la vivacité exige d’être conduite : souple sans relâchement, vif sans conduite, ce n’est plus naturel — et comment atteindrait-on un jour la fermeté et la force ?

2. Les méthodes (方法)

太極拳之方法其最主要者為虛實開合起落旋轉八字初學宜辨別淸楚

Les méthodes du taiji quan : les plus importantes tiennent en huit mots — vide et plein, ouverture et fermeture, montée et descente, rotation. Le débutant doit les distinguer clairement.

3. La progression (程序)

習太極拳之程序須先慢後快快後復緩先柔後剛然後剛柔始能相濟

La progression de l’étude du taiji quan doit aller d’abord au lent, ensuite au rapide, puis du rapide au retour au lent ; d’abord au souple, ensuite au ferme : alors seulement dur et souple pourront s’entraider.

4. Les postures (姿勢)

動作停止時之架式曰姿勢太極拳姿勢之要點不外乎手領眼隨身端步穩肩平身合尤須注意頂襠兩部之動作〔勁〕無使有失否則必致上重下輕周身歪斜站立不穩之病百出矣

L’attitude adoptée lorsque le mouvement s’arrête s’appelle posture. Les points essentiels des postures du taiji quan ne sortent pas de : la main conduit, l’œil suit, le corps est droit, le pas est stable, les épaules sont de niveau, le corps est uni. Il faut en outre prendre garde au jin du sommet et du périnée, sans en rien laisser perdre ; sinon l’on tombe à coup sûr dans les innombrables défauts du lourd en haut et du léger en bas, du corps de travers, de la station instable.

5. Les mouvements (動作)

太極拳之動靜作勢純任自然運化靈活循環無端要知其虛實開合起落旋轉俱從圓形中來凡初步入門以大圈為法始則柔筋活節進則接骨鬥榫學者誠明乎此身作心維朝斯夕斯精而求之進步自速

Les mouvements et les postures du taiji quan sont entièrement laissés au naturel ; la mutation est agile, la circulation sans extrémité. Il faut savoir que le vide et le plein, l’ouverture et la fermeture, la montée et la descente, la rotation viennent tous de la forme ronde. Pour les débutants qui abordent l’art, c’est le grand cercle qui sert de règle : d’abord assouplir les tendons et vivifier les articulations, ensuite emboîter les os. Pour peu que l’étudiant comprenne vraiment cela, qu’il agisse du corps et y réfléchisse du cœur, chaque matin et chaque soir, en recherchant la finesse, ses progrès seront rapides.

6. La respiration (呼吸)

呼吸調氣足以發達肺部若於早晨呼吸後練習拳術或在練拳時有相當之呼吸隨其動靜出納以調氣則筋肉與肺部必同時發育自無肺弱之患

La respiration réglée suffit à développer les poumons. Si l’on pratique la boxe le matin après avoir respiré, ou si, pendant la pratique, on a une respiration appropriée qui, au rythme du mouvement et du repos, expire et inspire pour régler le souffle, alors les muscles et les poumons se développent en même temps, et l’on n’a pas à craindre la faiblesse pulmonaire.

7. L’esprit (精神)

太極拳之精神以虛靈為極致初習者固不能達此境界然能守所舉要點契而不舍久久自能水到渠成

L’esprit du taiji quan trouve son sommet dans la vacuité spirituelle ; le débutant ne peut certes atteindre à cet état, mais s’il peut garder les points essentiels ici énumérés et s’y tenir sans relâche, avec le temps l’eau creusera son lit.

8. La coordination du corps entier (周身相隨)

四肢百骸協同動作此之謂周身相隨故太極拳一動無有不動一靜無有不靜

Que les quatre membres et les cent os agissent en accord, c’est ce qu’on appelle la coordination du corps entier. Aussi, dans le taiji quan, quand une chose bouge, il n’y a rien qui ne bouge ; quand une chose s’immobilise, il n’y a rien qui ne s’immobilise.

9. Techniques de transformation et transitions (變著轉勢)

太極拳之變著與轉勢原屬兩解一前著已停下著未作其中間之動作成一勢曰變著如懶扎衣下練之右合式又如摟膝拗步下練之右收式野馬分鬃玉女穿梭前之兩個左收式均為變著二此著一停要作下著中間之一動作名曰轉勢如單鞭以下之左轉又如掩手錘以下之右轉等動作均屬轉勢均須辨別明白

« Techniques de transformation » et « transitions de posture » relèvent de deux notions distinctes. Premièrement, la technique précédente est arrêtée et la suivante n’a pas commencé : le mouvement intermédiaire forme une posture, qu’on appelle technique de transformation — par exemple le 右合式 qui suit le 懶扎衣, ou encore le 右收式 qui suit le 摟膝拗步, et les deux 左收式 qui précèdent le 野馬分鬃 et le 玉女穿梭. Deuxièmement, la technique s’arrête et l’on va exécuter la suivante : le mouvement intermédiaire s’appelle transition de posture — par exemple le tour à gauche qui suit le 單鞭, ou le tour à droite qui suit le 掩手錘. Il faut savoir distinguer nettement les deux.

10. Le corps agit, le cœur médite (身作心維)

語曰口誦心維讀書且如此況習武乎故身而作心而維實最易使人進步之一法太極拳之身作心維至要者曰身宜作其圓活心宜維其虛靈

On dit : « Réciter de la bouche et méditer du cœur. » Si c’est ainsi que l’on étudie les livres, à plus forte raison quand on pratique les armes. Aussi « le corps agit et le cœur médite » est-il en vérité le moyen le plus propre à faire progresser l’homme. Ce qui importe le plus, dans cette méthode, c’est que le corps agisse avec rondeur et vivacité, et que le cœur médite la vacuité spirituelle.

11. Ni convoitise ni extravagance (無貪無妄)

習太極拳最忌貪多尤戒妄動凡運用與姿勢均須求其正確庶練成後不致犯病而精進自易若貪若妄者成就終鮮此弊初學什九難免切宜注意

Dans la pratique du taiji quan, rien n’est plus à craindre que la convoitise du trop, et l’on doit par-dessus tout se garder des mouvements extravagants. Tout, dans les applications comme dans les postures, doit viser la justesse : ainsi, l’art une fois formé, on n’encourt pas de défauts et l’on progresse aisément vers la finesse. Ceux qui convoitent ou s’emportent réussissent rarement. Ce défaut, neuf débutants sur dix ne peuvent l’éviter : qu’ils y prennent grand garde.

Catalogue des cinquante-huit postures (十三勢術名及其演練法)

Le livre divise l’enchaînement en trois parties, subdivisées en treize « sections » (節) : première partie (sections 1 à 3, postures 1 à 10), partie du milieu (sections 4 à 8, postures 11 à 33) et partie postérieure (sections 9 à 13, postures 34 à 58), soit cinquante-huit postures en tout. Voici la liste complète des noms, dans l’ordre du manuel :

前段一二三節 太極起勢〔一〕金剛搗碓〔二〕懶扎衣〔三〕單鞭〔四〕金剛搗碓〔五〕白鵝晾翅〔六〕摟膝拗步〔七〕斜行拗步〔八〕演手紅捶〔九〕金剛搗碓〔十〕

中段四五六七八節 披身捶〔十一〕靑龍出水〔十二〕肘底看拳〔十三〕倒捻紅〔十四〕白鵝晾翅〔十五〕摟膝拗步〔十六〕閃通背〔十七〕演手紅捶〔十八〕懶扎衣〔十九〕單鞭〔二十〕雲手〔二十一〕高探馬〔二十二〕右左插脚〔二十三〕左蹬一脚〔二十四〕靑龍戲水〔二十五〕踢二起〔二十六〕懷中抱月〔二十七〕左踢一脚〔二十八〕右蹬一脚〔二十九〕演手紅捶〔三十〕小擒拿〔三十一〕抱頭推山〔三十二〕單鞭〔三十三〕

後段九十十一十二十三節 前招後招〔三十四〕野馬分鬃〔三十五〕玉女穿梭〔三十六〕懶扎衣〔三十七〕單鞭〔三十八〕雲手〔三十九〕擺脚跌岔〔四十〕金鷄獨立〔四十一〕倒捻紅〔四十二〕白鵝晾翅〔四十三〕摟膝拗步〔四十四〕閃通背〔四十五〕懶扎衣〔四十六〕單鞭〔四十七〕雲手〔四十八〕高探馬〔四十九〕十字脚〔五十〕指襠捶〔五十一〕黃龍絞水〔五十二〕單鞭〔五十三〕雀地龍〔五十四〕上步七星〔五十五〕下步跨虎〔五十六〕轉身擺脚〔五十七〕當頭砲〔五十八〕

Première section, n° 1 à 3 : Position d’ouverture du taiji [1] · Le gardien de bronze pile le mortier [2] · Paresser à retrousser la robe [3] · La simple lanière [4] · Le gardien de bronze pile le mortier [5] · L’oie blanche déploie ses ailes [6] · Effleurer le genou, pas de torsion [7] · Pas de torsion en biais [8] · La main du poing rouge [9] · Le gardien de bronze pile le mortier [10].

Deuxième section, n° 4 à 8 : Le poing drapé sur le corps [11] · Le dragon bleu sort de l’eau [12] · Regarder le poing sous le coude [13] · Tirer le rouge à rebours [14] · L’oie blanche déploie ses ailes [15] · Effleurer le genou, pas de torsion [16] · Traverser le dos en éclair [17] · La main du poing rouge [18] · Paresser à retrousser la robe [19] · La simple lanière [20] · Les mains comme des nuages [21] · Flatter le cheval de haut [22] · Coup de pied piquant, droit et gauche [23] · Coup de talon gauche [24] · Le dragon bleu joue dans l’eau [25] · Double coup de pied [26] · Embrasser la lune contre sa poitrine [27] · Coup de pied gauche [28] · Coup de talon droit [29] · La main du poing rouge [30] · Petite saisie [31] · Pousser la montagne en se protégeant la tête [32] · La simple lanière [33].

Section postérieure, n° 9 à 13 : Technique vers l’avant, technique vers l’arrière [34] · Le cheval sauvage écarte sa crinière [35] · La jeune fille dame la navette [36] · Paresser à retrousser la robe [37] · La simple lanière [38] · Les mains comme des nuages [39] · Balancer la jambe, tomber en grand écart [40] · Le coq d’or se tient sur une patte [41] · Tirer le rouge à rebours [42] · L’oie blanche déploie ses ailes [43] · Effleurer le genou, pas de torsion [44] · Traverser le dos en éclair [45] · Paresser à retrousser la robe [46] · La simple lanière [47] · Les mains comme des nuages [48] · Flatter le cheval de haut [49] · Jambe en croix [50] · Poing qui désigne l’entrejambe [51] · Le dragon jaune brasse l’eau [52] · La simple lanière [53] · Le moineau terrestre [54] · Avancer en sept étoiles [55] · Reculer et enfourcher le tigre [56] · Se retourner et balancer la jambe [57] · Le canon droit devant [58].

Les descriptions détaillées de chaque posture (mouvement préliminaire, attitude, mouvement lié, points d’attention, exécution complète du pied et de la main) remplissent à elles seules la majeure partie de l’ouvrage ; elles ne sont pas reproduites ici. En revanche, les quarante et une planches photographiques de l’édition de 1932 sont données ci-dessous, à la place de la posture qu’elles illustrent, dans l’ordre des figures du livre.

Postures 1 à 10

1. Position d’ouverture du taiji (太極起勢) — « Le taiji prend son départ. »

Figure 1 du manuel original de 1932 (陳氏世傳太極拳術) — La position d’ouverture du taiji (太極起勢)

2. Le gardien de bronze pile le mortier (金剛搗碓) — la posture du « Vajra qui pile le mortier ».

Figure 2 du manuel original de 1932 — Le gardien de bronze pile le mortier (金剛搗碓)

3. Paresser à retrousser la robe (懶扎衣) — aujourd’hui souvent appelée 攬擦衣, « ramasser et essuyer la robe ».

Figure 3 du manuel original de 1932 — Paresser à retrousser la robe (懶扎衣)

3 bis. Union à droite (右合式) — posture de transition entre la précédente et la suivante : sans elle, les deux positions manqueraient du jin d’union.

Figure 4 du manuel original de 1932 — L’union à droite, posture de transition (右合式)

4. La simple lanière (單鞭) — le « fouet simple ».

Figure 5 du manuel original de 1932 — La simple lanière (單鞭)

5. Le gardien de bronze pile le mortier (金剛搗碓), reprise.

6. L’oie blanche déploie ses ailes (白鵝晾翅)

Figure 6 du manuel original de 1932 — L’oie blanche déploie ses ailes (白鵝晾翅)

7. Effleurer le genou, pas de torsion (摟膝拗步)

Figure 7 du manuel original de 1932 — Effleurer le genou, pas de torsion (摟膝拗步)

7 bis. Première fermeture à droite (右收勢一) — posture intermédiaire entre le pas de torsion et le pas de torsion en biais.

Figure 8 du manuel original de 1932 — Première fermeture à droite, posture intermédiaire (右收勢一)

8. Pas de torsion en biais (斜行拗步)

Figure 9 du manuel original de 1932 — Pas de torsion en biais (斜行拗步)

9. La main du poing rouge (演手紅捶) — appelée aujourd’hui 掩手捶, « le poing qui voile la main ».

Figure 10 du manuel original de 1932 — La main du poing rouge (演手紅捶)

10. Le gardien de bronze pile le mortier (金剛搗碓), reprise.

Postures 11 à 33

11. Le poing drapé sur le corps (披身捶) — aujourd’hui 庇身捶, « le poing qui protège le corps ».

Figure 11 du manuel original de 1932 — Le poing drapé sur le corps (披身捶)

12. Le dragon bleu sort de l’eau (靑龍出水)

Figure 12 du manuel original de 1932 — Le dragon bleu sort de l’eau (靑龍出水)

13. Regarder le poing sous le coude (肘底看拳)

Figure 13 du manuel original de 1932 — Regarder le poing sous le coude (肘底看拳)

14. Tirer le rouge à rebours (倒捻紅) — aujourd’hui 倒捲肱, « rouler le bras vers l’arrière ».

Figure 14 du manuel original de 1932 — Tirer le rouge à rebours (倒捻紅)

15. L’oie blanche déploie ses ailes (白鵝晾翅), 16. Effleurer le genou (摟膝拗步) — reprises, non figurées de nouveau dans le livre.

17. Traverser le dos en éclair (閃通背)

Figure 15 du manuel original de 1932 — Traverser le dos en éclair (閃通背)

18. La main du poing rouge (演手紅捶), 19. Paresser à retrousser la robe (懶扎衣), 20. La simple lanière (單鞭) — reprises.

21. Les mains comme des nuages (雲手) — aujourd’hui 運手, « les mains qui circulent ».

Figure 16 du manuel original de 1932 — Les mains comme des nuages (雲手)

22. Flatter le cheval de haut (高探馬)

Figure 17 du manuel original de 1932 — Flatter le cheval de haut (高探馬)

23. Coup de pied piquant, droit et gauche (右左插脚)

Figure 18 du manuel original de 1932 — Coup de pied piquant droit (右插脚)

Figure 19 du manuel original de 1932 — Coup de pied piquant gauche (左插脚)

24. Coup de talon gauche (左蹬一脚) — dans les exercices du manuel : 回身蹬一脚, « se retourner et frapper du talon ».

Figure 20 du manuel original de 1932 — Se retourner et frapper du talon (回身蹬一脚)

25. Le dragon bleu joue dans l’eau (靑龍戲水)

Figure 21 du manuel original de 1932 — Le dragon bleu joue dans l’eau (靑龍戲水)

26. Double coup de pied (踢二起)

Figure 22 du manuel original de 1932 — Le double coup de pied sauté (踢二起)

27. Embrasser la lune contre sa poitrine (懷中抱月)

Figure 23 du manuel original de 1932 — Embrasser la lune contre sa poitrine (懷中抱月)

28. Coup de pied gauche (左踢一脚)

Figure 24 du manuel original de 1932 — Coup de pied gauche (左踢一脚)

29. Coup de talon droit (右蹬一脚) — dans le manuel : 右蹬一跟.

Figure 25 du manuel original de 1932 — Coup de talon droit (右蹬一跟)

30. La main du poing rouge (演手紅捶), reprise — dans les exercices du manuel, 上步演手紅捶.

31. Petite saisie (小擒拿)

Figure 26 du manuel original de 1932 — La petite saisie (小擒拿)

32. Pousser la montagne en se protégeant la tête (抱頭推山)

Figure 27 du manuel original de 1932 — Pousser la montagne en se protégeant la tête (摟膝抱頭推山)

33. La simple lanière (單鞭), reprise.

Postures 34 à 58

34. Technique vers l’avant, technique vers l’arrière (前招後招)

Figure 28 du manuel original de 1932 — Technique vers l’avant, technique vers l’arrière (前招後招)

34 bis. Première fermeture à gauche (左收式一) — posture intermédiaire entre la précédente et le cheval sauvage.

Figure 29 du manuel original de 1932 — Première fermeture à gauche, posture intermédiaire (左收式一)

35. Le cheval sauvage écarte sa crinière (野馬分鬃)

Figure 30 du manuel original de 1932 — Le cheval sauvage écarte sa crinière (野馬分鬃)

36. La jeune fille dame la navette (玉女穿梭)

37. Paresser à retrousser la robe (懶扎衣) — dans cette section, le manuel donne à cette posture le nom complet de 玉女穿梭〔懶扎衣〕.

38. La simple lanière (單鞭)

Figure 31 du manuel original de 1932 — La simple lanière du troisième groupe (單鞭)

39. Les mains comme des nuages (雲手), 40. Balancer la jambe, tomber en grand écart (擺脚跌岔)

Figure 32 du manuel original de 1932 — Balancer la jambe et tomber en grand écart (擺脚跌岔)

41. Le coq d’or se tient sur une patte (金鷄獨立) — également appelée 朝天鐙, « l’étrier tourné vers le ciel ».

Figure 33 du manuel original de 1932 — Le coq d’or se tient sur une patte (金雞獨立)

42. Tirer le rouge à rebours (倒捻紅), 43. L’oie blanche (白鵝晾翅), 44. Effleurer le genou (摟膝拗步), 45. Traverser le dos en éclair (閃通背), 46. Paresser à retrousser la robe (懶扎衣), 47. La simple lanière (單鞭), 48. Les mains comme des nuages (雲手), 49. Flatter le cheval de haut (高探馬) — toutes reprises, non figurées de nouveau.

50. Jambe en croix (十字脚)

Figure 34 du manuel original de 1932 — La jambe en croix (十字脚)

51. Poing qui désigne l’entrejambe (指襠捶)

Figure 35 du manuel original de 1932 — Le poing qui désigne l’entrejambe (指襠捶)

52. Le dragon jaune brasse l’eau (黃龍絞水)

Figure 36 du manuel original de 1932 — Le dragon jaune brasse l’eau (黃龍攪水)

53. La simple lanière (單鞭), reprise.

54. Le moineau terrestre (雀地龍) — également appelée 鋪地金, « l’or étendu sur le sol ».

Figure 37 du manuel original de 1932 — Le moineau terrestre (雀地龍)

55. Avancer en sept étoiles (上步七星)

Figure 38 du manuel original de 1932 — Avancer en sept étoiles (上步七星)

56. Reculer et enfourcher le tigre (下步跨虎)

Figure 39 du manuel original de 1932 — Reculer et enfourcher le tigre (下步跨虎)

57. Se retourner et balancer la jambe (轉身擺脚)

Figure 40 du manuel original de 1932 — Se retourner et balancer la jambe (轉身擺脚)

58. Le canon droit devant (當頭砲)

Figure 41 du manuel original de 1932 — Le canon droit devant (當頭砲)

(註)如循環演習第二套者將此著之左拳變掌落於胸前右拳下落右股外周身變轉須使活潑再由金剛搗碓式演起仍至當頭砲為止

(Note) Si l’on veut répéter l’enchaînement pour un second tour, on fait de la main gauche, dans cette dernière posture, une paume qui descend devant la poitrine, le poing droit descend à l’extérieur de la cuisse droite, et l’on fait tourner tout le corps avec vivacité avant de repartir du gardien de bronze qui pile le mortier, pour aller de nouveau jusqu’au canon droit devant.

La poussée des mains (太極拳之擖手)

擖手一謂擠手卽楊家所稱之推手是也吾師謂掤縷擠捺四字是兩人相交手運用周身之妙法也又曰天地之道剛柔而已擖手亦然彼以剛來我以柔應柔中寓剛人所難防

Le ka shou (擖手), que l’on appelle aussi ji shou (擠手, « les mains qui pressent »), est ce que l’école Yang nomme tui shou (推手, « pousser les mains »). Mon maître disait que les quatre mots peng, , ji et na — écarter, rouler, presser, appuyer — sont la merveilleuse méthode par laquelle deux hommes, joignant les mains, mettent en œuvre le corps entier. Il disait aussi : la voie du ciel et de la terre n’est rien d’autre que dur et souple ; il en va de même de la poussée des mains. L’autre vient avec de la dureté, je réponds avec de la souplesse, et dans ma souplesse se logent de la fermeté : voilà ce contre quoi l’homme ne peut se garder.

Les quatre techniques : écarter, rouler, presser, appuyer

何謂掤如敵人以兩手捺吾之肐膊我以右肐膊從右肋卸下(必右脚與右手一齊卸下)是謂之掤掤之下勢卽為縷掤者以吾一隻右肱捧他人兩手也我先屈我之右肱小肐膊自下往上捧之

Qu’est-ce qu’écarter (掤) ? Si l’adversaire appuie des deux mains sur mon avant-bras, je fais descendre mon avant-bras droit depuis les côtes droites (et le pied droit doit descendre en même temps que la main droite) : c’est ce qu’on appelle écarter. La posture qui suit l’écarter est le rouler. Dans l’écarter, je relève des deux mains de l’autre avec un seul bras droit : je plie d’abord mon bras droit, et l’avant-bras relève de bas en haut.

Planche du manuel original de 1932 — la poussée des mains, première figure (擖手)

何謂縷當右手右足正往下(下卽往後撤也)卸之時右肐膊掤敵人之兩手卽以左手搭住敵人之大肐膊我之左右手一齊往我之右面引之(引卽往後卸也)使進是之謂縷(蓋我不露空彼必不往前進是我以縷者明露其空彼視為得機得勢必前進來擊不然彼不肯輕進)

Qu’est-ce que rouler (縷) ? Au moment où la main droite et le pied droit descendent (descendre, c’est-à-dire se retirer vers l’arrière), mon avant-bras droit écarte les deux mains de l’adversaire ; je pose alors la main gauche sur son bras, et mes deux mains tirent ensemble vers ma droite (tirer, c’est-à-dire se retirer vers l’arrière) pour le faire avancer : c’est ce qu’on appelle rouler. (Comme je ne découvre aucune ouverture, il n’ira pas de l’avant ; aussi, en roulant, je découvre ouvertement une ouverture : il croit tenir l’occasion et la position, et il faut qu’il avance pour frapper, sinon il ne prendrait pas le risque.)

Planche du manuel original de 1932 — la poussée des mains, deuxième figure (擖手)

何謂擠如我以兩手縷人之右肱人卽以右肱前進擊我是之謂擠

Qu’est-ce que presser (擠) ? Si, tandis que je roule son bras droit des deux mains, il avance son bras droit pour me frapper, c’est ce qu’on appelle presser.

Planche du manuel original de 1932 — la poussée des mains, troisième figure (擖手)

何謂捺捺如兩人將交手時敵人先以兩手欲推倒吾我以一右肱掤人之兩手彼旣不得勢隨以兩手捺吾之右肱是之謂捺(大率掤與縷皆屬應敵之方擠與捺皆屬擊人之用)

Qu’est-ce qu’appuyer (捺) ? Si, au moment où deux hommes vont croiser les mains, l’adversaire cherche d’abord à me renverser des deux mains, et que je l’écarte de mon avant-bras droit, alors, n’ayant pas la position, il appuie des deux mains sur mon avant-bras droit : c’est ce qu’on appelle appuyer. (En général, écarter et rouler relèvent de la manière de répondre à l’adversaire, presser et appuyer, de la manière de le frapper.)

Planche du manuel original de 1932 — la poussée des mains, quatrième figure (擖手)

以上所言是右方面左方面亦然彼捺我我掤之我縷彼彼擠之我捺彼彼掤之彼摟我我擠之只此四字循環無窮學者必先學打拳迨工夫旣久裏面稍有中氣貫乎肐膊之中兩人手對(技藝亦一樣)皆知用引進法不用橫氣(血氣之氣謂之橫氣)此時一來一往天機稍覺活動千變萬化盈虛消息略有可觀勝者知其所以勝負者知其所以負

Ce qui précède concerne le côté droit ; il en va de même du côté gauche : il appuie, je l’écarte ; je roule, il presse ; j’appuie, il m’écarte ; il me tire, je presse. Ces quatre mots seuls tournent à l’infini. L’étudiant doit d’abord apprendre à pratiquer l’enchaînement ; une fois le travail longuement poursuivi, il y aura au-dedans un peu de souffle central qui traversera les avant-bras, et les deux partenaires, les mains l’une contre l’autre (comme dans l’assaut), sauront tous deux employer la méthode du tirer-et-avancer sans user du souffle oblique (le souffle du sang et de la vigueur s’appelle souffle oblique). Alors, dans cet aller-retour, on commence à sentir le jeu de la spontanéité céleste, les mille transformations, la plénitude et le vide, le ralentissement et l’accélération, devenir un peu visibles ; le vainqueur sait pourquoi il gagne, le vaincu sait pourquoi il perd.

然後始覺耍手之妙全在平居耍拳拳之中無理不具是中氣之全體也耍手乃中氣之大用也用心打拳拳到成時自然會耍手(耍手卽擖手)昔吾嘗曰初學用功斷斷不可先學耍手先學耍手敗壞之門終身無以入德矣學者不先學打拳而但欲先學擖手如孩提未能立而先學走未有不仆者也舍本求末是不先難而先獲也不知先後烏能近道是打拳第一要功世之先學耍手皆是性躁欲速不先打拳皆是畏難苟安不能循序進而欲躍等以求是猶不以規矩而欲成方圓如是者皆為大匠所弗尚

Alors seulement on commence à sentir que la merveille du « jeu des mains » réside entièrement dans la pratique ordinaire de l’enchaînement ; en celui-ci, aucun principe ne manque : il est le souffle central dans sa totalité, et le jeu des mains en est le grand usage. Pratiquez l’enchaînement avec cœur : quand il sera accompli, vous saurez naturellement jouer des mains (jouer des mains, c’est le ka shou). J’ai dit autrefois : au début, travaillez sans jamais commencer par le jeu des mains ; commencer par le jeu des mains est la porte de la ruine, et pour la vie entière on n’entrera pas dans la vertu de l’art. L’étudiant qui, sans apprendre l’enchaînement, veut d’abord apprendre la poussée des mains est comme un nourrisson qui apprendrait à marcher avant de savoir se tenir debout : il tombera à coup sûr. Abandonner la racine pour courir à la cime, c’est ne pas commencer par ce qui est difficile mais vouloir déjà la récompense. Sans connaître ce qui vient d’abord et ce qui suit, comment approcher de la Voie ? C’est l’enchaînement qui est le premier travail. Ceux qui, dans le monde, commencent par le jeu des mains ont tous un naturel impatient qui veut aller vite ; ceux qui ne commencent pas par l’enchaînement reculent devant la difficulté et cherchent leur aise : incapables de progresser selon l’ordre, ils veulent sauter les degrés — c’est vouloir tracer cercles et carrés sans compas ni équerre. De tels gens ne sont pas prisés d’un vrai maître.

Les seize rubriques de la poussée des mains (擖手十六目)

較(較是較量高低)接(接是兩人手相接也)沾(沾是手與手相沾如沾衣欲濕杏花雨之沾)粘(粘如膠漆之粘是人旣沾我手不能離去)因(因是因人之來)依(依是我靠住人身)連(連是手與手相接連)隨(隨是隨人之勢以為進退)引(引是牽引使近於我)進(進是令人前進不使逃去)落(落如落成之落簷水下滴于地又如葉落于地)空(空宜讀去聲人來欲擊吾身而落空虛之地)得(得是我得機得勢)打(打是機勢可打乘勢打之)疾(疾是速而又速稍涉延遲卽不能打機貴神速)斷(斷是决斷一涉游疑便失機會過此不能打矣)

  1. Comparer (較) : comparer et mesurer qui est le plus haut et le plus bas.
  2. Toucher (接) : quand les mains des deux hommes se rencontrent.
  3. Adhérer (沾) : les mains adhèrent l’une à l’autre — comme dans le vers « adhérant au vêtement, prête à le mouiller, la pluie des fleurs d’abricotier ».
  4. Coller (粘) : comme la glu et le laque ; l’autre, une fois collé à ma main, ne peut plus s’en écarter.
  5. Suivre la cause (因) : partir de ce qui amène l’autre.
  6. S’appuyer (依) : je m’appuie sur le corps de l’autre.
  7. Être lié (連) : main et main restent liées.
  8. Suivre (隨) : suivre la posture de l’autre pour avancer ou reculer.
  9. Tirer (引) : attirer en tirant, pour qu’il s’approche de moi.
  10. Faire avancer (進) : l’inciter à avancer sans le laisser s’échapper.
  11. Chute (落) : comme l’achèvement d’une chute ; l’eau de l’auvent qui dégoutte à terre, ou la feuille qui tombe au sol.
  12. Vide (空) : à prononcer du ton descendant ; l’autre vient pour frapper mon corps et tombe dans un lieu vide.
  13. Obtenir (得) : j’ai l’occasion et la position.
  14. Frapper (打) : l’occasion et la position permettent de frapper, on frappe en épousant la situation.
  15. Être prompt (疾) : vite, et plus vite encore ; pour peu de retard, on ne peut plus frapper, car l’occasion tient à la rapidité divine.
  16. Trancher (斷) : décider ; pour peu d’hésitation, l’occasion est perdue, et passé ce point on ne peut plus frapper.

掤摟擠捺四字是擖手交戰之大綱四字原是一字一講一字一句因各字各有各取意也故不能聯作一句聯作一句不能講矣(無情無理講不下去)十六目是大綱中十六條目也也是一字一講各有取意不必强為牽合聯絡成句一强牽合卽沒講矣惟引進落空四字略可聯成一句餘則不可强聯只該一字一句

Les quatre mots écarter, tirer-avec-le-bras (摟), presser et appuyer forment la grande charpente de la poussée des mains : chacun de ces mots s’explique à part, mot par mot et phrase par phrase, car chacun a sa propre intention. On ne peut donc les joindre en une seule phrase : joints en une phrase, ils ne s’expliquent plus (sans sentiment ni principe, on ne peut poursuivre). Les seize rubriques sont les seize articles de cette charpente ; elles s’expliquent elles aussi mot par mot, chacune avec son intention, et il ne faut pas les assembler de force en phrases : sitôt forcées, il n’y a plus d’explication. Seuls les quatre mots tirer, avancer, laisser tomber, vider peuvent à peu près se joindre en une phrase ; les autres ne peuvent être joints de force et doivent rester mot à mot.

Les trente-six défauts de la poussée des mains (擖手三十六病)

抽(抽是知己將敗欲抽回身)拔(拔是拔去)遮(遮是以手遮人)架(架是以肐膊架起人之手)搕打(搕打如以物搕物而打之)猛撞(去聲猛撞者突然撞去冒然而來不出于自然而欲冒然取勝)躱閃(躱閃者以身躱過人手欲以閃賺跌人也)侵凌(侵凌者欲入人之界裏而凌壓之也)斬(如以刀斫物)摟(摟者以手摟人之身)𢯾(𢯾者將手𢯾下去)搓(搓者如兩手相搓之搓以手肘搓敵人也)欺壓(欺是哄人壓是以我手壓住人之手)挂(挂是以手掌挂人)離(離是去人之身恐人擊我)閃賺(閃賺者是誆愚人而打之)撥(撥是以我手硬撥人)推(推是以手推過一旁)艱澁(艱澁是手不熟成)生硬(生硬者仗氣打人帶生以求勝)排(排是排過一邊)擋(擋是不能引以手硬擋)挺(挺者硬也)霸(霸者以力後霸也如霸者以力服心〔人〕)騰(如以右手接人而復以左手架住人之手騰開右手以擊敵人)拏(拏如背人之節以拏人)直(直是太直率無綿纏曲折之意)實(實是質朴太老實則被人欺)鈎(鈎是以脚鈎取)〔挑(挑者從下往上挑之)〕掤(以硬氣架起人之手〔非〕以中氣接人之手)抵(抵是硬以力氣抵抗人)㨰(㨰如圓物㨰走)根頭棍子(根頭棍是我捺小頭彼以大頭打我)偷打(偷打者不明以打人于人不防處偷打之)心攤(心攤者藝不能打人心如貪物探取打人必定失敗)

  1. Retirer (抽) : savoir que l’on va perdre et vouloir retirer son corps.
  2. Arracher (拔) : tirer de force pour arracher.
  3. Masquer (遮) : cacher l’autre avec la main.
  4. Étayer (架) : soulever les mains de l’autre avec le bras.
  5. Cogner (搕打) : frapper comme on cogne un objet contre un autre.
  6. Heurter violemment (猛撞) : foncer soudain, venir à l’aveuglette, sans procéder du naturel, mais en voulant vaincre par audace.
  7. Esquiver (躱閃) : dérober son corps aux mains de l’autre pour le faire tomber par une feinte.
  8. Empiéter (侵凌) : vouloir entrer dans le domaine de l’autre et l’y opprimer.
  9. Trancher (斬) : comme on fend un objet avec un couteau.
  10. Enlacer (摟) : saisir le corps de l’autre avec les mains.
  11. Repousser de bas en haut (𢯾) : faire descendre les mains de l’autre en les repoussant.
  12. Frotter (搓) : comme on frotte ses deux mains l’une contre l’autre ; frotter l’adversaire avec la main et le coude.
  13. Tromper et presser (欺壓) : tromper l’homme, ou écraser sa main sous la mienne.
  14. Accrocher (挂) : accrocher l’autre avec la paume.
  15. Se dégager (離) : quitter le corps de l’autre par crainte d’être frappé.
  16. Feinter (閃賺) : duper un sot pour le frapper.
  17. Parer rudement (撥) : écarter de force avec la main.
  18. Pousser (推) : pousser de côté avec la main.
  19. Raideur laborieuse (艱澁) : la main n’a pas atteint la maturité.
  20. Crudité (生硬) : compter sur le souffle pour frapper, avec crudité, pour vaincre.
  21. Écarter d’un revers (排) : repousser sur le côté.
  22. Barrer (擋) : incapable de tirer, barrer de force avec la main.
  23. Se raidir (挺) : la raideur.
  24. Tyranniser (霸) : faire le tyran par la force, comme le tyran qui soumet les cœurs par la force.
  25. Bondir (騰) : recevoir de la main droite, puis bloquer de la main gauche les mains de l’autre, dégager la main droite et frapper.
  26. Saisir par-derrière (拏) : saisir l’autre en lui prenant les jointures par le dos.
  27. Aller tout droit (直) : trop direct, sans l’intention de l’enroulement sinueux.
  28. Trop de vérité (實) : être trop simple, trop honnête, et se faire duper.
  29. Crocheter (鈎) : prendre au crochet avec le pied.
  30. Soulever (挑) : soulever de bas en haut. (Cette rubrique figure entre crochets dans le texte du manuel ; elle fait partie des trente-six défauts.)
  31. Écarter de force (掤) : relever les mains de l’autre avec un souffle dur au lieu de recevoir ses mains avec le souffle central.
  32. Résister (抵) : résister à l’autre par la force musculaire.
  33. Rouler comme une boule (㨰) : comme un objet rond qui roule et s’en va.
  34. Le bâton du petit bout (根頭棍子) : j’appuie sur le petit bout et l’autre me frappe avec le gros bout.
  35. Frapper en cachette (偷打) : frapper sans droiture, en traître, là où l’autre ne se garde pas.
  36. Cœur en étalage (心攤) : l’art ne peut frapper, et le cœur, avide de la chose, se penche pour la prendre : en frappant ainsi, on échoue à coup sûr.

凡此諸病不可或犯有一於此受困何難病能去淨自得性天 以上三十六病或有全犯之者或有犯其四五或有犯其一二者有犯干處皆非成手手到成時無論何病一切不犯蓋以太和元氣本無乖戾故也

De tous ces défauts, on ne doit en commettre aucun : en eût-on un seul que l’on sera aisément en difficulté ; les défauts une fois nettoyés, on trouve de soi-même la nature céleste. Parmi ces trente-six défauts, les uns les commettent tous, les autres quatre ou cinq, d’autres un ou deux ; qu’on en commette, et l’on n’est pas encore une main faite. Quand la main est parvenue à l’accomplissement, aucun défaut n’est plus commis, car le souffle primordial de la grande harmonie n’a en lui-même rien de rebelle.


Notes du traducteur

  1. Chen Ziming et le village Chen. Chen Ziming (陳子明, 1881-1951) appartenait à la dix-septième génération de la famille Chen du village Chen (陳家溝), dans le district de Wen, berceau du taiji quan. Le livre qu’il publie à Shanghai en 1932 expose la nouvelle structure (新架) héritée de son père Chen Fuyuan, et la présente comme une transformation « spirituelle » de l’ancienne structure (老架), qu’il se proposait de traiter dans un second volume.
  2. Transmission et paternités. Chen Xin (陳鑫, 1849-1929), cité partout ici sous le nom de Chen Pinsan, est l’auteur du grand Taiji quan tuhua jiangyi resté manuscrit ; Ziming s’en déclare le dépositaire d’une partie, et l’essentiel des « Essentiels » en provient. Les biographies du livre forment une source de première main sur la généalogie des maîtres, mais elles portent la marque d’une famille soucieuse d’établir l’antériorité de Chen Wangting — thèse qui sera discutée par la suite.
  3. Le poème de Chen Wangting. Le changduan ju cité dans la biographie comporte des caractères perdus dans l’édition de 1932 ; ils sont signalés dans le texte chinois par des parenthèses carrées ou des carrés, et la traduction signale à son tour les lacunes.
  4. Transcriptions. Les noms techniques chinois sont donnés en caractères, avec la transcription pinyin pour les termes essentiels : jin (勁, la force interne conduite par l’intention), zhongqi (中氣, le souffle central), peng (掤), (縷), ji (擠), na (捺) pour les quatre techniques de la poussée des mains, dantian (丹田).
  5. Les figures. Les quarante et une photographies numérotées correspondent exactement aux quarante et une figures citées dans les explications du manuel (de la figure 1, la position d’ouverture, à la figure 41, le canon droit devant) ; les quatre planches suivantes illustrent la poussée des mains. Les pages de titre calligraphiées et les deux portraits ouvrent l’ouvrage.

Traduction française établie d’après le texte chinois original de 陳氏世傳太極拳術 (« L’Art du taiji quan transmis dans la famille Chen ») de 陳子明 (Chen Ziming), Shanghai, Société chinoise des arts martiaux, 31 décembre 1932. Le texte chinois — remarques générales, préface de l’auteur, biographies des maîtres de la famille, les trois parties des Essentiels, les onze points essentiels, la liste des cinquante-huit postures, les quatre techniques de poussée des mains, seize rubriques et trente-six défauts — a été traduit directement du chinois ; aucune traduction anglaise n’en a été reproduite ni adaptée. Les descriptions détaillées de chaque posture, les préfaces d’auteurs invités (Zhang Zhijiang, Zeng Yumin, Huang Yuanxiu, Li Jiqing, Liu Pixian, Zhu Guofu, Cen Dezhang, Jiang Rongqiao) et l’étude de Tang Hao (唐豪) sur les origines du taiji quan, joints à l’édition mais formant des textes séparés, n’ont pas été retenus ici. Les images reproduites sont les planches de l’édition originale de 1932 (calligraphies liminaires, portraits de Chen Ziming et de Chen Wangting avec Jiang Fa, les quarante et une photographies de postures et les quatre planches de poussée des mains), tombées dans le domaine public avec l’œuvre. Le texte chinois et les images proviennent de la page de Paul Brennan : « The Inherited Chen Family Taiji Boxing Art », où le texte chinois est accompagné de sa traduction anglaise (© Paul Brennan, consultée seulement pour la compréhension du sens). Chen Ziming est mort en 1951 : l’œuvre est dans le domaine public.