Le Bagua quan xue (八卦拳學, « Étude de la boxe du bagua ») est le manuel de la boxe du bagua de Sun Lutang (孫祿堂, 1860-1933), de son nom de naissance Sun Fuquan (孫福全), maître des trois arts internes — xingyi quan, bagua quan et taiji quan — qu’il fut l’un des premiers à unifier en une seule pratique. L’ouvrage, publié en avril 1917, s’ouvre sur un frontispice portant la charge de « capitaine d’infanterie, septième classe de l’ordre du Tigre lettré » et une calligraphie de Yan Xiu (嚴修, « L’art est bâti sur des principes »). Dans sa préface, l’auteur rattache la transmission du bagua quan à Dong Haichuan (董海川), qui l’enseigna à Cheng Tinghua (程廷華), dont Sun Lutang fut l’élève. Le texte chinois, qui remonte à 1916-1917, est depuis longtemps dans le domaine public.
Nous traduisons ici la partie théorique du livre : les deux préfaces d’auteurs tiers et la préface de l’auteur, les remarques générales (Fan li, 凡例), le sommaire, puis les cinq premiers chapitres consacrés à la théorie (nom de la structure, les trois défauts du débutant, les neuf exigences, les quatre vertus et huit capacités, la distinction entre marche circulaire et enfilage des paumes). Les chapitres suivants, qui décrivent posture après posture les techniques des huit trigrammes pourvues de leurs planches photographiques, sont omis pour rester dans des proportions raisonnables.
Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original.

八卦拳學 孫福全
Étude de la boxe du bagua, par Sun Fuquan (Sun Lutang). (L’auteur porte la charge de « capitaine d’infanterie, septième classe de l’ordre du Tigre lettré ».)

八卦拳學序 — Préface de Chen Weiming (陳曾則)
余讀孫祿堂先生形意拳學見其論理精微因往訪之先生欣然延見縱談形意拳之善並授以入手之法言形意逆運先天自然之氣中庸所謂致中和孟子所謂直養而無害皆此氣也今內家拳法惟太極八卦形意三派各不相謀余三十年之功乃合而一之蓋內家之技擊也必求其中太極空中也八卦變中也形意直中也中則自立不敗之地偏者遇之靡不挫矣形意攻人之堅而不攻人之瑕八卦縱橫矯變太極渾然無間隨其來體不離不拒而應之以中吾致柔之極持臂如嬰兒忽然用之彼雖賁育無所施其勇雖萬鈞之力皆化為無力雖然習此者非欲以藝勝人也志士仁人養其浩然之氣志之所期力足赴之如是而已於戲由是言之則古昔聖王堯舜禹湯文武相傳精一執中之道不求勝天下而天下莫能勝之者其猶此理也與莊子曰道也進乎技矣吾聞孫先生之言益信聖人中庸之道不可易先生為人豪直與人無舊新必吐其蓄積不自吝惜曰吾言雖詳且盡猶慮能解者百人中無一二人吾懼此術之絕其傳也今先生復撰八卦拳學揚州吳君心穀以書來屬余為序因以所聞于先生者略述於右未能究宣其意萬一也
J’ai lu l’Étude du xingyi quan de M. Sun Lutang et j’en ai trouvé la théorie d’une grande subtilité ; j’allai donc lui rendre visite. Le maître me reçut avec joie, m’entretint à fond des vertus du xingyi quan et m’enseigna la méthode même d’aborder la pratique. Il disait que le xingyi fait remonter le souffle naturel inné (xiantian ziran zhi qi) — ce que la Doctrine du juste milieu nomme « atteindre l’harmonie médiane » et ce que Mencius appelle « le cultiver directement sans le blesser » désigne ce souffle. Aujourd’hui, les arts martiaux internes (neijia) ne comptent que trois écoles — le taiji quan, le bagua quan et le xingyi quan — qui ne se consultent point l’une l’autre. Après trente ans d’efforts, je les ai réunies en une seule. Car l’art de frapper de l’école interne exige d’atteindre le centre. Le taiji est le vide (kong) au centre, le bagua est le changement au centre, le xingyi est le droit au centre. Qui atteint le centre s’établit dès lors en une position inexpugnable ; qui verse d’un côté est toujours brisé quand il rencontre cela. Le xingyi attaque la part dure de l’adversaire et non ses points faibles ; le bagua déploie une force verticale et horizontale, souple et changeante ; le taiji est indistinct et sans faille, il suit le corps qui survient, sans s’en détacher ni le repousser, et répond par le centre. J’avais atteint l’extrême de la souplesse : tenant mes bras comme un nourrisson, les employant soudain, cet autre, fût-il Meng Ben, n’avait plus où exercer son courage ; fussent-elles de dix mille livres, toutes les forces retombaient en impuissance. Cependant, celui qui pratique cela ne cherche point à vaincre par l’adresse ; le lettré de cœur généreux nourrit son souffle vaste et juste (haoran zhi qi), et ce que son intention désire, sa force suffit à l’accomplir — voilà tout. Hélas ! cela dit, la voie de « l’essence unique et du maintien du juste milieu » transmise par les anciens rois saints — Yao, Shun, Yu, Tang, Wen et Wu —, qui ne cherchent pas à vaincre le monde alors que nul au monde ne peut les vaincre, n’est-elle pas ce même principe ? Zhuangzi dit : « La Voie dépasse la technique. » Ayant entendu les paroles de M. Sun, je crois davantage encore que la voie du juste milieu des sages ne saurait être changée. Le maître est franc et direct ; avec les gens de connaissance ancienne ou nouvelle, il répand toujours ce qu’il a amassé, sans rien garder pour lui. Il dit : « Mes paroles, quoique détaillées et complètes, je crains encore qu’entré-cent hommes, pas deux ne les comprennent ; je crains que cet art ne soit coupé de sa transmission. » Aujourd’hui M. Sun a composé l’Étude du bagua quan ; M. Wu Xingu de Yangzhou m’a écrit pour me demander la préface. Aussi ai-je brièvement consigné à droite ce que j’entendis de M. Sun, sans pouvoir rendre même la millième part de son sens.
蘄水陳曾則書於明聖湖之洗心閣
Écrit par Chen Zengze [Chen Weiming], de Qishui, au pavillon du Pur-Cœur sur le lac Mingsheng.
序 — Préface de Wu Xingu (吳心穀)
蒲陽孫先生祿堂曩著形意拳學一書余受而讀之深服先生用力之勤而於力氣一道純任自然合乎中庸之極則殆內家之上乘也今夏復以八卦拳學見示兢兢以實行體育保護身體為宗旨其造福社會已屬難能可貴而細繹八卦拳學之意義則在化後天之力運先天之氣體柔用剛變化無窮與羲經消息盈虛之理變化順逆之方息息相通技也而進於道矣形上形下一以貫之知先生固非徒以技擊擅長也顧吾慨夫吾國拳學之失傳也久矣自太史公傳游俠而不詳其致力之途雖李唐崛興此風丕盛然亦不過歷史之紀載已耳明淸之交如張三峯如單思南如王征南輩精悍絕倫凌鑠南北然能筆之著述傳之其人者𨶑焉無聞此拳學所以式微也今先生以振靡起衰為己任著書傳世不秘其術其殷殷誘掖之心誠自古以來所罕見也爰於付梓之初敬書數語以遺之先生其許為知言否耶
M. Sun Lutang de Puyang [Baoding, Hebei] écrivit autrefois un ouvrage sur le xingyi quan ; je le reçus et le lus, et j’admirai profondément la lassitude de son labeur. Dans la voie du souffle et de la force, il s’abandonne entièrement à la nature et s’accorde à la norme suprême du juste milieu : c’est très vraisemblablement le degré le plus haut de l’école interne. Cet été, il m’a de nouveau soumis son Étude du bagua quan, s’appliquant sincèrement à la pratique du corps et à la protection de la santé. Qu’il puisse ainsi faire du bien à la société est déjà méritoire et rare. Mais à peser la portée de l’Étude du bagua quan : elle consiste à transformer la force acquise (houtian zhi li) et à faire circuler le souffle inné (xiantian zhi qi) — le corps souple, la fonction dure, aux changements infinis —, en communication intime avec la raison d’accroissement et de décroissance, de plénitude et de vide du Yi jing, et avec ses voies de changement du sens et de l’inverse. La technique s’y élève jusqu’à la Voie ; le « au-dessus des formes » et le « au-dessous des formes » n’y sont qu’une seule et même chose, si bien que l’on reconnaît en Sun non pas seulement un habile du combat mais un homme complet. Toutefois je déplore que notre art national de la boxe soit depuis longtemps mal transmis. Depuis que le grand historien a écrit les vies des chevaliers errants sans détailler leurs voies d’effort, quoique la dynastie Tang ait vu fleurir cette coutume, ce ne fut guère que récit d’histoire. À la jonction des Ming et des Qing, des hommes comme Zhang Sanfeng, Shan Sinan ou Wang Zhengnan étaient d’une bravoure surprenante et dominaient le nord et le sud ; mais capables de mettre par écrit et de transmettre à autrui, aucun ne vint jusqu’à nous, ils furent muets et sans trace : voilà pourquoi la boxe a décliné. Aujourd’hui, le maître, prenant pour tâche de relever le déclin et de remédier à la ruine, compose des livres et les transmet sans cacher son art ; son cœur de bienveillance qui encourage et attire est, à la vérité, rare depuis l’antiquité. Aussi, au moment de l’impression, je trace avec respect ces quelques mots pour les lui offrir. M’acceptera-t-il pour une parole de connaissance ?
民國五年七月學生吳心穀序
Préface de son élève Wu Xingu, en juillet de la cinquième année de la République (1916).
自序 — Préface de l’auteur (Sun Fuquan)
易之為用。廣大精微。上自內聖外王之學。下迨名物象數之繁。舉莫能外。而於修身治己之術。尤為詳盡。乾文云天行健。君子以自强不息。然健也。自强也。非虛無杳冥而無可朕兆也。余自幼年即研究拳術。每欲闡易之義蘊。一一形之於拳術。如是者有年。嗣來京獲見程先生廷華。始知有八卦拳。因從而受業焉。拳式始於無極。終於八卦。中分兩儀四象。先天後天。縮力順行正變錯互。無不俱備。然後知易之為用之廣大精微也。但程先生祇憑口授。未著專書。余恐久而失其傳也。爰不辭固陋。每式繪之以圖。並於各式後附以淺說。非敢自矜一得。亦聊以廣先生之傳已耳。八卦拳不知創於何時何人。聞有董海川先生者。精技擊。好遨遊。嘗涉迹江皖間。遇一異人傳以此技。後董先生傳之程先生廷華。李先生存義。尹先生福。馬先生維祺。魏先生吉。宋先生永祥。宋先生長榮。劉先生鳳春。梁先生振普。張先生占魁。史先生六。王先生立德。自是而後。尹先生復傳之馬桂等。李先生傳之尚雲祥。李文豹。趙雲龍。郝恩光。郭永錄。黄柏年。李海亭。耀亭。兄弟等。張先生傳之王俊臣。韓金鏞等。余與張玉魁。韓奇英。馮俊義。闞齡峯。周祥。李漢章李文彪。秦成等。則皆親炙程先生之門者。縷覼述之。以示不忘所自也。
L’usage du Yi jing est vaste et subtil. Depuis les sciences de la sainteté intérieure et du roi extérieur jusqu’à l’abondance des noms, des objets, des images et des nombres, rien n’échappe à son emprise. Et, parmi tout cela, il est particulièrement détaillé sur l’art de cultiver le corps et de se gouverner soi-même. Le texte de Qian dit : « Le ciel est fort dans son mouvement ; le gentilhomme, par là, se renforce lui-même sans relâche. » Or cette force, ce renforcement de soi, ne sont point du vide, de l’obscur, sans signe perceptible. Dès mon enfance, j’étudiai l’art de la boxe ; je désirai toujours déployer le sens profond du Yi jing et le mettre un à un en formes dans la boxe. Je le fis durant des années. Plus tard, venu à la capitale, je rencontrai M. Cheng Tinghua et j’appris qu’il y avait une boxe du bagua ; je m’y attachai donc comme élève. Les postures de la boxe commencent au wuji et aboutissent au bagua ; au milieu elles se divisent en deux figures et en quatre figures, en inné et en acquis ; contraction de la force, marche selon le sens, transformations droite et inverse, tout s’y trouve complet. Alors je compris combien l’usage du Yi jing est vaste et subtil. Mais M. Cheng ne transmettait que de vive voix et n’avait point composé d’ouvrage. Je craignis qu’avec le temps cet art ne se perdît. C’est pourquoi, sans redouter ma propre grossièreté, je dessinai chaque posture et j’ajoutai à chacune un bref commentaire. Non que je me flatte d’une trouvaille personnelle : c’est seulement pour étendre plus largement la transmission de mon maître. On ignore en quel temps et par qui fut créée la boxe du bagua. J’ai entendu dire qu’il y avait un certain M. Dong Haichuan, habile au combat, aimant à voyager au loin, qui erra dans les régions du Jiang et de l’Anhui et y rencontra un homme extraordinaire qui lui transmit cette technique. Par la suite, M. Dong la transmit à M. Cheng Tinghua, M. Li Cunyi, M. Yin Fu, M. Ma Weiqi, M. Wei Ji, M. Song Yongxiang, M. Song Changrong, M. Liu Fengchun, M. Liang Zhenpu, M. Zhang Zhankui, M. Shi Liu, M. Wang Lide. À partir de là, M. Yin la transmit à Ma Gui et d’autres ; M. Li la transmit à Shang Yunxiang, Li Wenbao, Zhao Yunlong, Hao Enguang, Guo Yonglu, Huang Bonian, Li Haiting, Yaoting et leurs frères ; M. Zhang la transmit à Wang Junchen, Han Jinyong et d’autres. Quant à moi, avec Zhang Yukui, Han Qiying, Feng Junyi, Kan Lingfeng, Zhou Xiang, Li Hanzhang, Li Wenbiao et Qin Cheng, nous avons tous reçu directement l’enseignement de la porte de M. Cheng. Je les énumère à la suite, afin de montrer que je n’oublie point leur source.
中華民國五年十一月直隸完縣孫福全序
Préface de Sun Fuquan, du district de Wanxian [Hebei], en novembre de la cinquième année de la République (1916).
凡例 — Remarques générales (Fan li)
一是編為修身而作。取象於數理。立體於卦形。命名於拳術。謂之遊身八卦連環掌。內藏十八蹚羅漢拳。兼有七十二截腿。七十二暗脚。至於點穴。劍術。各樣兵器。均於拳內含藏。以上諸法。皆以實行體育。强壯筋骨。保護身體為正宗。
- Ce livre est composé pour la culture de soi. Il prend son image dans les nombres et la raison, établit son corps dans les figures des trigrammes et son nom dans l’art de la boxe. On l’appelle l’« enchaînement des paumes de la marche circulaire du corps de bagua » (you shen bagua lianhuan zhang). Il tient renfermé le Luohan quan des dix-huit enchaînements, et de plus les soixante-douze coups de section de jambe et les soixante-douze coups de jambe cachés. Quant aux attaques des points vitaux, à l’art de l’épée et aux diverses armes, tout est contenu dans la boxe. Toutes ces méthodes ont pour but véritable l’exercice du corps, l’affermissement des tendons et des os, et la protection de la santé.
一是編標舉八卦拳生化之道。提綱挈領。條目井然。其次序。首自虛無式而起。至太極形式。此二者為八卦拳之基礎。由無極形式說起。以至於神化不測之功用學終。是為全編條目。內中起點。進退伸縮。變化諸法。一一詳載。操練時。凡一動一靜。按此定法。不使錯亂。則此拳之全體大用。神化妙用之功。庶幾有得。可為世道用行舍藏之大用矣。
- Ce livre met en lumière la voie de la génération et du changement du bagua quan, en saisissant l’essentiel : l’ordre des articles est limpide. Sa suite part de la posture du vide (xu wu 虛無) pour aboutir à la figure du taiji ; ces deux-là sont la base de la boxe du bagua. On commence par la figure du wuji et l’on poursuit jusqu’à la fonction divine et imprévisible où le livre s’achève : voilà le contenu de l’ouvrage entier. En son sein, les points de départ, l’avance et la retraite, l’extension et le repli, les méthodes de changement, tout est consigné en détail. À la pratique, chaque mouvement et chaque repos suivent cette règle établie, sans rien mêler de confus : alors la fonction totale et la grande utilité de cette boxe, le mérite de l’usage divin et merveilleux, seront presque obtenus, et pourront servir à la grande œuvre « d’employer quand le temps le requiert et de se retirer quand il ne le requiert pas ».
一是編粗淺之言。以明拳術極深之理。簡約之式。能通拳法至妙之道。
- Les paroles frustes de ce livre éclairent la raison la plus profonde de l’art de la boxe ; les postures simplifiées ouvrent la voie la plus mystérieuse de la boxe.
一拳中數形。不過作為萬物之綱領。若能熟習。則縱橫聯絡。全體一致。不惟取數形數式習之則已也。朱子云。蓋人心之靈。莫不有知。而天下之物。莫不有理。惟於理有未窮。故其知有不盡也。是以拳術始敎。即凡全體之式。萬物之形。莫不由於數式數形而時習之。以求至乎其極。至於用力之久。而一旦豁然貫通焉。則萬物之中。目有所見。心有所感。皆能效法彼之性能。而為我用矣。
- Les quelques formes que compte une boxe ne sont que la charpente des dix mille êtres. Si on les étudie à fond, alors vertical et horizontal se relient, le corps entier devient un, et l’on ne se borne point à apprendre quelques formes et quelques postures. Zhu Xi dit : « L’esprit de l’homme possède en lui une intelligence, et nul ne s’en trouve privé ; et les choses du monde ont chacune une raison. Mais comme les raisons ne sont point épuisées, le savoir n’est point complet. » C’est pourquoi, au début de l’enseignement de la boxe, toutes les figures du corps entier et les formes des dix mille êtres procèdent des nombres de formes et de postures, qu’on répète avec le temps pour atteindre l’extrême. Et quand on a peiné assez longtemps, voici qu’à l’instant tout se comprend d’un coup : alors, au sein des dix mille êtres, ce que l’œil voit et ce que le cœur sent, on peut en imiter les capacités et les faire servir à son usage.
一八卦拳術。不外易數方圓二圖之理。昔武候作八陣圖。其中氤氳變化。奥妙莫測。其實不過以巨石為之。八八成行六十四堆而已。拳術中之精微奥妙。其變無窮。有神化不測之機。亦不過以數式數形。縱橫聯絡變化而已。溯其源。皆出於河洛理數之原也。
- L’art du bagua quan ne sort point de la raison des deux figures — le carré et le cercle — des nombres du Yi. Jadis le marquis Wu [Zhuge Liang] composa la figure des huit formations (bazhen tu) ; ses transformations, vapeur et changeantes, étaient d’un mystère insondable ; en fait, il n’y avait là que de grosses pierres, rangées en huit fois huit, soixante-quatre tas. La subtilité et le mystère de l’art de la boxe, ses changements sans fin, cette machine divine et imprévisible, ne sont aussi que des nombres de formes et de postures qui se relient verticalement et horizontalement, et se transforment. Si l’on remonte à leur source, tout procède des nombres et de la raison du He tu (河圖) et du Luo shu (洛書).
一是編為體操而作。祗叙八卦拳之實益議論。但取粗俗易明。原非等於詞賦文章。固不得以文理拘也。
- Ce livre est composé comme une gymnastique. Il ne rapporte que les discussions sur les bénéfices réels de la boxe du bagua. Il ne prend que le grossier et le facile à comprendre ; ce n’est point un poème, ni une dissertation, et l’on ne saurait l’appréhender par les canons littéraires.
一是編除各式之指點外。其他一切引證。均與道理相合。逈非怪力亂神之談。學者不得以異端目之。
- Hors des indications de postures de ce livre, toutes les autres citations s’accordent avec la raison ; elles ne sont nullement des propos de prodiges, de force, de désordre ou d’esprits. Que l’étudiant ne les regarde point comme hérétiques.
一是編發明此拳之性旨。純以養正氣為宗旨。固非異端邪術諸書所可比倫。今將八卦拳始末諸法。貫為全編。使學者一閱瞭然。
- Ce livre met en lumière la nature et la vocation de cette boxe : il a uniquement pour objet d’entretenir le souffle correct (zhengqi 正氣). Il n’est pas comparable aux ouvrages d’hérésie ou d’arts occultes. Aujourd’hui j’ai rassemblé en un seul volume toutes les méthodes du bagua quan, depuis le commencement jusqu’à la fin, afin qu’en un coup d’œil l’étudiant voie tout clair.
一體操門類繁多。惟八卦拳練習極易。用法最良。係行天地自然之理。運用一派純正之氣。無論男女婦孺。及年近半百。皆可練習。一無曲腿折腰之苦。二無皮肉磨挫之勞。且不必短服窄袖隨便常服。均可練習。此誠武技中儒雅之事也。
- Il y a une foule de gymnastiques, mais la boxe du bagua est des plus faciles à pratiquer et d’un usage excellent. Elle suit la raison naturelle du ciel et de la terre, et met en œuvre un souffle pur et correct. Que l’on soit homme ou femme, enfant ou vieillard, ou même approchant de la cinquantaine, tous peuvent la pratiquer. Point de peine à courber les jarrets et fléchir la taille, point de fatigue à écorcher la peau et meurtrir la chair ; et point besoin de vêtements étroits et de manches courtes — en vêtements ordinaires on peut s’y exercer. C’est là vraiment la chose la plus élégante de l’art martial.
一此拳不僅便於個人獨習。若人數衆多。或三五人同一圈習。或數十人同而習之。或數百人。亦可分數圈而習之。再多亦均無不可。
- Cette boxe ne convient pas seulement à la pratique solitaire. Que la assemblée soit nombreuse — trois ou cinq qui tournent en un même cercle, des dizaines ensemble, ou des centaines, on peut les diviser en plusieurs cercles — plus encore, tout est possible.
一此八卦拳術。關係全體精神。而能郤病延年。又不僅於習拳已也。
- Cet art du bagua quan intéresse le corps et l’esprit tout entiers ; il chasse la maladie et prolonge les années, et ne s’arrête point à la simple pratique de la boxe.
一是編每一式各附一圖。使八卦拳之原理。及其性質。切實發明。用以達八卦拳之精神。能力巧妙。因知各拳。各式。互相聯絡。總合而為一體。終非散式也。
- Chaque posture est accompagnée d’une figure, afin que le principe et la nature du bagua quan soient réellement mis en lumière et que l’on atteigne son esprit, sa capacité et son ingéniosité. On sait ainsi que les techniques et les postures se relient les unes aux autres et se composent en un seul corps, et ne sont point des mouvements épars.
一附圖。有電照。有畫形。使學者可以入手。按像模仿。實力作去。久則義理自見。奇效必彰。固非虛語也。
- Les figures jointes sont tantôt des photographies, tantôt des dessins, afin que l’étudiant ait une prise : imitez sur l’image et, vous y appliquant ardemment, avec le temps la vérité se voit d’elle-même et l’effet prodigieux ne manque point d’apparaître ; ce ne sont point des paroles vaines.
目錄 — Table des matières
第一章 形體名稱說 第二章 初學入門三害說 第三章 入門九要說 第四章 四德八能四情說 第五章 左右旋轉與左右穿掌之分別 第六章 無極學 第七章 太極學 第八章 兩儀學 第九章 四象學 第十章 乾卦獅形學 第十一章 坤卦麟形學 第十二章 坎卦蛇形學 第十三章 離卦鷂形學 第十四章 震卦龍形學 第十五章 艮卦熊形學 第十六章 巽卦鳳形學 第十七章 兌卦猴形學 第十八章 八卦先後天合一式說 第十九章 八卦先後天合一圖 第二十章 八卦先後天合一圖解 第二十一章 八卦陽火陰符形式註語 第二十二章 八卦練神還虛註語 第二十三章 八卦拳神化之功練習借天地之氣候形式法
Chapitre premier : D’où vient le nom de la structure de la boxe du bagua. — Chapitre II : Les trois défauts du débutant. — Chapitre III : Les neuf exigences de la pratique initiale. — Chapitre IV : Les quatre vertus, les huit capacités et les quatre sentiments. — Chapitre V : La distinction entre marche circulaire gauche/droite et enfilage gauche/droite de la paume. — Chapitre VI : Étude du wuji (sans-pôle, 無極). — Chapitre VII : Étude du taiji (faîte suprême, 太極). — Chapitre VIII : Étude des deux figures (liangyi, 兩儀). — Chapitre IX : Étude des quatre figures (sixiang, 四象). — Chapitres X à XVII : Études des techniques des trigrammes Qian (lion), Kun (licorne), Kan (serpent), Li (faucon), Zhen (dragon), Gen (ours), Xun (phénix) et Dui (singe). — Chapitre XVIII : Traité des formes de l’inné et de l’acquis réunis en un. — Chapitre XIX : Figure de l’inné et de l’acquis réunis en un. — Chapitre XX : Commentaire de la figure de l’inné et de l’acquis réunis en un. — Chapitre XXI : Notes sur les formes du feu du yang et du sceau du yin du bagua. — Chapitre XXII : Notes sur la pratique du bagua d’affiner l’esprit et de revenir au vide. — Chapitre XXIII : Méthode pour exercer la fonction de l’incarnation divine du bagua en empruntant les formes des saisons du ciel et de la terre.
第一章 — D’où vient le nom de la structure (形體名稱說)
古者包犧氏之王天下也。仰觀象於天。俯觀法於地。觀鳥獸之文。與地之宜。近取諸身。遠取諸物。於是始作八卦。以通神明之德。以類萬物之情。是以八卦取象命名。制成拳術。近取諸身言之。則頭為乾。腹為坤。足為震。股為巽。耳為坎。目為離。手為艮。口為兌。若在拳中。則頭為乾。腹為坤。腎為坎。心為離。尾閭第一節。至第七節大椎為巽。項上大椎為艮。腹左為震。腹右為兌。此身體八卦之名也。自四肢言之。腹為無極。臍為太極。兩腎為兩儀。兩胳膊兩腿為四象。兩胳膊兩腿各兩節。為八卦。兩手兩足共二十指也。以手足四拇指皆是兩節。共合八節。其餘十六指。每指皆三節。共合四十八節。加兩胳膊兩腿八節。與四大拇指八節。共合六十四節。合六十四卦也。此謂無極生太極。太極生兩儀。兩儀生四象。四象生八卦。八八生六十四卦之數也。此四肢八卦之名稱。以上近取諸身也。若遠取諸物。則乾為馬。坤為牛。震為龍。巽為雞。坎為豕。離為雉。艮為狗。兌為羊。拳中則乾為獅。坤為麟。震為龍。巽為鳳。坎為蛇。離為鷂。艮為熊。兌為猴等物。以上皆遠取諸物也。以身體八卦属內。本也。四肢八卦属外。用也。內者先天。外者後天。故天地生物。皆有本源。先後天而成也。內經曰。人身皆具先後天之本。腎為先天本。脾為後天本。本之為言根也。源也。世未有無源之流。無根之本。澄其源而流自長。灌其根而枝乃茂。自然之理也。故善為醫者。必先治本。知先天之本在腎。腎應北方之水。水為天一之源。因嬰兒未成。先結胞胎。其象中空。有一莖透起如蓮蕊。一莖即臍帶。蓮蕊即兩腎也。而命寓焉。知後天之本在脾。脾為中宮之土。土為萬物之母。蓋先生脾官而後水火木金循環相生以成五臟。五臟成。而後六腑四肢百骸隨之以生而成全體。先天後天二者具於人身。皆不離八卦之形體也。醫者旣知形體所由生。故斷以卦體。治以卦理。無非即八卦之理。還治八卦之體也。亦猶拳術。即其卦象。敎以卦拳無非即八卦之拳。使習八卦之象也。由此觀之。按身體言內有八卦。按四肢言。外有八卦。以八卦之數。為八卦之身。以八卦之身。練八卦之數。此八卦拳術。所以為形體之名稱也。
Autrefois, le souverain Baoxi [Fuxi] gouverna sous le ciel. Il levait les yeux pour observer les images dans le ciel, les baissait pour examiner les lois dans la terre ; il regardait les dessins des oiseaux et des bêtes et ce qui convenait à la terre ; proche, il prenait de son propre corps ; lointain, des objets. Alors il fit les huit trigrammes, afin de communiquer les vertus de l’esprit divin et de classer les situations des dix mille êtres. C’est pourquoi le bagua, s’emparant des images, les nomma et en fit l’art de la boxe.
Pour parler des choses proches de soi : la tête est Qian, le ventre Kun, le pied Zhen, la cuisse Xun, l’oreille Kan, l’œil Li, la main Gen, la bouche Dui. Dans la boxe : la tête est Qian, le ventre Kun, les reins Kan, le cœur Li ; depuis la première articulation du coccyx (weilü 尾閭) jusqu’à la septième, la grande vertèbre (dazhui 大椎), est Xun ; la grande vertèbre au-dessus de la nuque est Gen ; le côté gauche du ventre est Zhen, le côté droit est Dui. Tels sont les noms bagua du corps.
Pour parler des quatre membres : le ventre est wuji, le nombril est taiji, les deux reins sont les deux figures (liangyi), les deux bras et les deux jambes sont les quatre figures (sixiang), et les deux articulations de chacun des bras et des jambes sont les huit trigrammes. Les deux mains et les deux pieds font vingt doigts. Les quatre pouces, des mains comme des pieds, ont chacun deux phalanges : ensemble, huit. Les seize autres doigts ont chacun trois phalanges : ensemble, quarante-huit. Ajoutez les huit articulations des deux bras et des deux jambes et les huit phalanges des quatre pouces : ensemble, soixante-quatre articulations, qui correspondent aux soixante-quatre hexagrammes. Voilà le nombre selon lequel le wuji engendre le taiji, le taiji engendre les deux figures, les deux figures engendrent les quatre figures, les quatre figures engendrent les huit trigrammes, et huit fois huit engendrent les soixante-quatre hexagrammes. Tels sont les noms bagua des quatre membres. Tout ce qui précède relève du « prendre de soi-même ».
Si l’on prend de lointaines les choses : Qian est le cheval, Kun la vache, Zhen le dragon, Xun la volaille, Kan le porc, Li le faisan, Gen le chien, Dui le mouton. Dans la boxe : Qian est le lion, Kun la licorne, Zhen le dragon, Xun le phénix, Kan le serpent, Li le faucon, Gen l’ours, Dui le singe. Tout ce qui précède relève du « prendre de lointains des objets ».
Les trigrammes du corps sont internes : c’est la racine ; les trigrammes des quatre membres sont externes : c’est l’usage. L’interne est l’inné, l’externe est l’acquis. Aussi, quand le ciel et la terre engendrent les êtres, ils ont toujours une origine ; ils se forment par l’inné et par l’acquis.
Le Classique de médecine (Neijing 內經) dit : « Le corps humain possède les racines innée et acquise. Le rein est la racine innée ; la rate est la racine acquise. » « Racine » signifie base, source. Il n’y a pas au monde de courant sans source, ni de base sans racine : clarifiez la source et le courant s’allonge de soi ; arrosez la racine et les branches s’épanouissent. C’est la raison naturelle. Aussi le bon médecin traite-t-il d’abord la racine. Il sait que la racine innée est le rein : le rein répond à l’eau du nord, l’eau étant la source du Ciel - Un (tianyi 天一). Quand l’enfant n’est pas encore formé, d’abord se noue le placenta ; son image est creuse au centre, et il s’en élève une tige comme l’étamine du lotus — la tige est le cordon ombilical, l’étamine est les deux reins, et le destin y réside. Il sait que la racine acquise est la rate : la rate est la terre du palais central, la terre est mère des dix mille êtres. En effet, d’abord se forme l’organe de la rate, puis l’eau, le feu, le bois et le métal se nourrissent en cycle et forment les cinq organes ; les cinq organes formés, les six entrailles, les quatre membres et les cent os naissent à leur suite et forment le corps entier. Les deux racines, innée et acquise, sont dans le corps humain et ne s’écartent point des figures des trigrammes. Le médecin, connaissant comment le corps est né, juge donc par le corps des trigrammes et traite par la raison des trigrammes : ce n’est rien d’autre qu’appliquer la raison du bagua au corps du bagua. Il en va ainsi de la boxe : prenant les images des trigrammes, on enseigne la boxe des trigrammes — ce n’est rien d’autre que la boxe du bagua — afin de faire pratiquer l’image du bagua. À voir cela, selon le corps il y a un bagua interne, selon les quatre membres un bagua externe. Avec le nombre du bagua on fait le corps du bagua ; avec le corps du bagua on pratique le nombre du bagua. Voilà pourquoi l’art du bagua quan porte un nom de « structure de forme ».
第二章 — Les trois défauts du débutant (初學入門三害)
三害者何。一曰努氣。二曰拙力。三曰𧰊胸提腹。用努氣者。太剛則折。易生胸滿氣逆。肺炸諸症。譬之心君不和。百官自失其位。用拙力者。四肢百骸。血脈不能流通。經絡不能舒暢。陰火上升。心為拙氣所滯。滯於何處。何處為病。輕者肉中發跳。重者攻之疼痛。甚之可以結成瘡毒諸害。𧰊胸提腹者。逆氣上行不歸丹田。兩足無根。輕如浮萍。拳體不得中和。即萬法亦不能處時中地步。故三害不明。練之可以傷身。明之自能引人入聖。必精心果力。剔除凈盡。始得拳學入門要道。故書云。樹德務滋。除惡務本。練習諸君。愼之愼之。
Quels sont ces trois défauts ? Le premier, la force qui s’efforce (nuqi 努氣) ; le second, la force brute (zhuoli 拙力) ; le troisième, la poitrine bombée et le ventre soulevé.
Qui use de la force qui s’efforce : trop dur, il se brise ; naissent aisément les maux de poitrine gonflée, de souffle retourné, de poumons qui éclatent. C’est comme le souverain-cœur qui n’est plus en paix : les cent officiers perdent chacun leur poste.
Qui use de la force brute : dans les quatre membres et les cent os, le sang ne peut circuler, les méridiens ne peuvent s’ouvrir ; le feu du yin monte, le cœur est engourdi par ce souffle fruste. Là où il s’engorge, là est la maladie. Le léger fait frémir la chair ; le grave y attaque et donne la douleur ; pis encore, il peut nouer des ulcères et des poisons.
Qui bombarde la poitrine et soulève le ventre : le souffle à rebours monte et ne retourne point au dantian ; les deux pieds sont sans racine, légers comme la lentille d’eau ; le corps de la boxe ne peut atteindre le milieu harmonieux, et les dix mille méthodes ne sauraient se tenir au point opportun du centre.
C’est pourquoi, si l’on ne distingue point les trois défauts, la pratique peut blesser le corps ; une fois distincts, ils mènent d’emblée l’homme à la sainteté. Il faut, d’un cœur attentif et d’une volonté résolue, les éliminer entièrement ; seulement alors on atteint la voie essentielle de l’entrée dans l’étude de la boxe. Le Livre dit : « Pour établir la vertu, il faut la nourrir ; pour extirper le mal, il faut la racine. » Que les praticiens prennent garde, prennent garde.
第三章 — Les neuf exigences de la pratique initiale (入門練習九要)
九要者何。一要塌。二要扣。三要提。四要頂。五要裹。六要鬆。七要垂。八要縮。九要起躦落翻分明。塌者。腰往下塌勁。尾閭上提督脈之理。扣者。開胸順氣。陰氣下降任脈之理也。提者。穀道內提也。頂者。舌頂上腭頭頂手頂是也。裹者。兩肘往裏裹頸如兩手心朝上托物。必得往裏裹勁也。鬆者。鬆開兩肩如拉弓然。不使膀尖外露也。垂者。兩手往外翻之時。兩肘極力往下垂勁也。縮者。兩肩與兩胯裏根。極力往回縮勁也。起躦落翻者。起為躦。落為翻。起為横。落為順。起躦是穿。落翻是打。起亦打。落亦打。打起落。如機輪之循環無間也。所練之要法。與形意拳無異也。譬之易經方圓二圖。方圓乾始西北。坤盡東南。乾坤否泰居外四隅。震巽恒益居內四角。其陽自西北而逆氣退於中央。生氣在中也。陰自中央而順於東南。陰氣在外也。其生卦而恒益否泰。如形意拳。起手先進左足。以右足為根。身子看斜是正。看正是斜。因此形意拳與方圖皆屬地。在地成形。所以形意拳在十字當中求生活也。圓圖乾南坤北。離東坎西。左陽升。右陰降。陰來交陽。一陰生於天上。陽來交陰。一陽生於地下。陽生陰生。皆在圖之正中。圓象天。天一氣上下。上而陽。下而陰。象一氣運陰陽Ф陰陽相交。即太極一氣也。八卦拳左旋右轉。兩胯裏根。如圓圈裏邊無有楞角。兩眼望着前手食指稍。對着圓圈中間☉這個看去。旋轉不停如太極一氣也。因此八卦拳與圓圖皆屬天。在天成象。所以八卦拳在圓圖虛中求玄妙也。又譬之奇門。有飛九宮一至九之數皆圓形屬天。與八卦拳理相合也。易經雖有方圓二形。其理無非逆中行順。順中用逆。以復先天之陽也。奇門有飛九宮轉盤二形。其理無非奇逆儀順。奇順儀逆。以還一元之氣也。形意八卦雖分方圓二派。其理無非動中縮勁。使氣合一歸於丹田也。所以大聖賢正心誠意。無不與拳術之道息息相通。大英雄智勇兼備。亦必先明於數學之理。大技藝家格物致知。亦必先明於意氣力之用。以上諸理。形名雖殊。其理則一。練拳術者。明乎此理。以丹田為根。以意氣力為用。以九要為準則。遵而行之雖不中不遠矣。
Quelles sont ces neuf exigences ? La première, s’enfoncer (ta 塌) ; la deuxième, fermer (kou 扣) ; la troisième, soulever (ti 提) ; la quatrième, pousser (ding 頂) ; la cinquième, envelopper (guo 裹) ; la sixième, relâcher (song 鬆) ; la septième, laisser pendre (chui 垂) ; la huitième, rétracter (suo 縮) ; la neuvième, distinguer nettement « se lever et grimper, retomber et se retourner » (qi zun luo fan 起躦落翻).
S’enfoncer : la taille s’enfonce avec l’énergie, le coccyx se soulève — le principe du vaisseau gouverneur (du mai). Fermer : ouvrir la poitrine et faire circuler le souffle, laisser descendre le souffle du yin — le principe du vaisseau conception (ren mai). Soulever : tirer vers le haut l’ouverture de l’anus. Pousser : la langue pousse le palais, la tête pousse, les mains poussent. Envelopper : les deux coudes s’enveloppent vers le dedans, comme si les deux paumes, tournées en haut, tenaient une chose ; il faut nécessairement envelopper l’énergie vers le dedans. Relâcher : ouvrir les deux épaules comme quand on bande un arc, sans laisser la pointe de l’épaule saillir au-dehors. Laisser pendre : quand les mains se retournent vers l’extérieur, les deux coudes laissent pendre l’énergie de toute leur force vers le bas. Rétracter : les deux épaules et la racine intérieure des deux hanches rétractent l’énergie de toute leur force vers l’arrière. Se lever et grimper, retomber et se retourner : se lever est grimper, retomber est se retourner ; se lever est transversal, retomber est direct ; se lever et grimper est enfiler, retomber et se retourner est frapper. Se lever frappe aussi, retomber frappe aussi ; frapper en se levant et en retombant est comme la roue d’une machine qui tourne sans interruption. Les méthodes essentielles pratiquées ne diffèrent point de celles du xingyi quan.
Comparez aux deux figures — le carré et le cercle — du Yi jing. Dans la figure carrée, Qian commence au nord-ouest et Kun aboutit au sud-est ; Qian, Kun, Pi et Tai occupent les quatre coins extérieurs ; Zhen, Xun, Heng et Yi occupent les quatre angles intérieurs. Le yang, depuis le nord-ouest, à rebours du souffle, se retire au centre : le souffle vital est au centre. Le yin, depuis le centre, suivant le sens, descend vers le sud-est : le souffle du yin est à l’extérieur. La génération des hexagrammes — Heng, Yi, Pi, Tai — est comme le xingyi quan : au début, l’on avance d’abord le pied gauche, prenant le pied droit pour racine ; le corps, vu de biais, est droit ; vu de droit, est de biais. C’est pourquoi le xingyi quan et la figure carrée appartiennent tous deux à la terre ; dans la terre se forme la forme ; aussi le xingyi quan cherche-t-il sa vie au beau milieu de la croix.
Dans la figure ronde, Qian est au sud, Kun au nord, Li à l’est, Kan à l’ouest ; à gauche le yang monte, à droite le yin descend ; le yin vient se mêler au yang, un yin naît au ciel ; le yang vient se mêler au yin, un yang naît sous la terre. Naissance du yang et naissance du yin sont toutes deux au centre exact de la figure. Le cercle figure le ciel ; le ciel est un seul souffle qui monte et descend : en haut le yang, en bas le yin — image d’un souffle qui mène yin et yang (Ф). Le yin et le yang qui se mêlent : c’est le souffle unique du taiji. Dans la boxe du bagua, la marche circulaire à gauche et celle à droite, la racine intérieure des deux hanches sont comme l’intérieur d’un cercle sans arête ; les deux yeux regardent le bout de l’index de la main de devant, vers ce point ☉ du centre du cercle, tournant sans repos, comme le souffle unique du taiji. C’est pourquoi la boxe du bagua et la figure ronde appartiennent toutes deux au ciel ; au ciel se forme l’image ; aussi la boxe du bagua cherche-t-elle son mystère dans le vide de la figure ronde. Comparez encore à la science des portes merveilleuses (qimen) : il y a le « vol des neuf palais », dont les nombres, d’un à neuf, sont tous ronds et appartiennent au ciel — le même principe que la boxe du bagua. Le Yi jing, bien qu’ayant les deux figures, carré et rond, n’a en principe rien d’autre que marcher selon la droite au sein de l’inverse, et user de l’inverse au sein de la droite, afin de revenir au yang inné. La science des portes merveilleuses a les deux formes du « vol des neuf palais » et du « plateau tournant », dont le principe n’est rien d’autre que l’inverse du qi et le sens de l’ordinaire, alternés, afin de rendre le souffle de l’origine unique. Le xingyi et le bagua, quoique partagés en école du carré et du cercle, n’ont en principe rien d’autre que rétracter l’énergie en plein mouvement et faire que le souffle s’unifie et retourne au dantian. C’est pourquoi les grands sages, qui redressent le cœur et rendent la volonté sincère, sont en communication intime avec la voie de la boxe ; les grands héros, qui joignent l’intelligence et le courage, doivent d’abord connaître la raison des nombres ; les grands maîtres d’art, qui étudient les choses pour étendre le savoir, doivent d’abord connaître l’usage de l’intention, du souffle et de la force. Toutes ces raisons, bien que les noms de formes diffèrent, n’ont qu’un seul principe. Que celui qui pratique la boxe comprenne ce principe, prenne le dantian pour racine, l’intention-souffle-force pour usage, et les neuf exigences pour règle ; qu’il les suive, et, sans atteindre la cible, il n’en sera pas loin.
第四章 — Les quatre vertus, les huit capacités et les quatre sentiments (四德八能四情)
四德者。順逆和化。四者。即拳中合宜之理也。順者。手足順其自然往前伸也。逆者。氣力往回縮也。和者。氣力中正無乖也。化者。化其後天之氣力歸於丹田而返眞陽也。八能者。乃搬攔截扣。推托摕拎。八者。即拳中之性也。搬者。搬敵人之手足肩胯是也。攔者。攔敵人之手足如研肘是也。截者。揬住敵人之手足胳膊腿是也。扣者。扣敵人之兩手並胸小腹是也。推者。推敵人之兩手並身。其中有單手推者。有雙手推者雙手推者卽雙撞掌是也。托者。托敵人之兩手。有平托者。有望高托者是也。摕者敵人抓住吾手。極力往回摕。或掛敵人之手皆是也。拎者。拎敵人之身。或敵人之兩手。往左右拎去。或往上拎。或往下拎即使敵人不得中正之勁也。八能者。內含六十四事。合六十四卦也。八者。正卦也。即上乾下乾之類。六十四者。變卦也。即上乾下坤否泰互卦之類。所謂八搬。八扣。各有八。合而為六十四者。則謂拳中之性也。順逆和化。為六十四卦之德也。六十四卦含之於順逆和化四者之中。而為德。行之於身者而為道。用之於外者而為情。情者。即起躦落翻也。且八能用時。或明而用之。或暗而用之。或打破彼之身式而用之。或化開彼之法式而用之。或剛進而用之。或柔進而用之。或進而用之。或退而用之。或誘而用之。或指上而用之下。或指下而用之上。或指左而打右。或指前而打後。或指此而打彼。或彼剛而我柔。或彼柔而我剛。或彼矮而我高。或彼動而我靜。或彼靜而我動。或看地之形式。伸縮往來分別而用之。地形者。遠近險隘。廣狹死生之類也。且身式將動而未動時。務要週身一家。合外內一道。再觀彼之身式高矮。量彼之情形虛實。察彼之氣質薄厚。將彼奸詐虛實。等等得之於心。隨便酌量用之。而能時措之宜。至於拳內用法名目雖廣。然無論如何動作變化。總以四情為表則也。四情用的合當。則能與性德合而為一道也。
Les quatre vertus sont : suivre (shun 順), inverser (ni 逆), harmoniser (he 和), transformer (hua 化). Ces quatre-là sont la raison de ce qui, dans la boxe, convient. Suivre : les mains et les pieds s’étendent en avant selon leur nature. Inverser : le souffle et la force se rétractent. Harmoniser : le souffle et la force sont droits et justes, sans perversité. Transformer : transformer le souffle et la force acquis, les ramener au dantian et les faire retourner au vrai yang (zhenyang 眞陽).
Les huit capacités sont : déplacer (ban 搬), barrer (lan 攔), couper (jie 截), verrouiller (kou 扣), pousser (tui 推), porter (tuo 托), tirer (di 摕), soulever (lin 拎). Ces huit-là sont la nature dans la boxe. Déplacer : déplacer les mains, les pieds, les épaules ou les hanches de l’adversaire. Barrer : barrer les mains et les pieds de l’adversaire, comme d’« étudier le coude ». Couper : retenir les mains, les pieds, les bras ou les jambes de l’adversaire. Verrouiller : verrouiller les deux mains de l’adversaire, ainsi que la poitrine et le bas-ventre. Pousser : pousser les deux mains de l’adversaire et son corps ; il y a la poussée d’une seule main et la poussée des deux mains — la poussée des deux mains est la « double poussée des paumes » (shuang chuang zhang 雙撞掌). Porter : porter les deux mains de l’adversaire ; il y a le porter à plat et le porter vers le haut. Tirer : si l’adversaire saisit ma main, tirer de toute force en arrière, ou bien accrocher sa main — tout cela. Soulever : soulever le corps de l’adversaire ou ses deux mains, les emporter à gauche ou à droite, les soulever ou les abaisser, afin que l’adversaire ne puisse obtenir une énergie droite et centrée.
Les huit capacités renferment soixante-quatre actions, correspondant aux soixante-quatre hexagrammes. Les huit sont les hexagrammes fondamentaux (zheng), comme « Qian au-dessus, Qian au-dessous » ; les soixante-quatre sont les hexagrammes transformés (bian), comme « Qian au-dessus, Kun au-dessous », les hexagrammes mutuels Pi et Tai. Ce qu’on appelle les huit déplacements, les huit verrouillages, chacun en huit, réunis en soixante-quatre : cela s’appelle la nature dans la boxe. Suivre, inverser, harmoniser, transformer sont les vertus des soixante-quatre hexagrammes. Les soixante-quatre hexagrammes, contenus dans ces quatre — suivre, inverser, harmoniser, transformer —, sont la vertu ; mis en œuvre dans le corps, ils sont la voie ; employés au-dehors, ils sont les sentiments (qing 情). Les sentiments : c’est se lever et grimper, retomber et se retourner. Et quand on emploie les huit capacités : tantôt ouvertement, tantôt en cachette ; tantôt en brisant la posture du corps adverse, tantôt en dissipant sa méthode ; tantôt avec dureté, tantôt avec souplesse ; tantôt en avançant, tantôt en reculant ; ou bien en attirant par ruse. Ou bien l’on vise le haut pour user du bas, le bas pour user du haut, la gauche pour frapper la droite, l’avant pour frapper l’arrière, ceci pour frapper cela. Ou bien l’adversaire est dur et moi souple ; il est souple et moi dur ; il est bas et moi haut ; il bouge et moi immobile ; il est immobile et moi j’agis. Ou bien, regardant la forme du terrain, on y use selon l’extension et la contraction, l’aller et le retour. Le terrain : proche et lointain, périlleux et resserré, large et étroit, et les cas de vie et de mort. Et quand la posture du corps est sur le point de bouger sans avoir encore bougé, il faut que tout le corps soit une seule famille, unissant l’interne et l’externe en une seule voie. Puis on observe la posture du corps adverse, haute ou basse ; on mesure sa situation, vide ou pleine ; on examine son tempérament, épais ou mince ; on prend en son cœur sa ruse, son vide et son plein, et, à discrétion, on en use à propos. Quant aux noms des usages dans la boxe, bien qu’ils soient nombreux, quel que soit le mouvement et le changement, toujours on prend les quatre sentiments pour règle extérieure. Si l’on emploie les quatre sentiments avec justesse, on peut alors s’unir à la nature et à la vertu, et ne faire qu’une seule voie.
第五章 — La distinction entre marche circulaire et enfilage des paumes (左右旋轉與往左右穿掌之分別)
起點轉法。無論何式。自北往東走。旋之不已。謂之左旋。自北往西走。轉之不已。謂之右轉。凡穿掌往左右換者。無論在何方。換掌換身。若望着左胳膊穿者。謂之往左穿手。望着右胳膊穿者。謂之往右穿手。此謂左右旋轉。與左右穿掌之分別也。
Au point de départ de la marche : quelle que soit la posture, aller du nord vers l’est, en tournant sans cesse, c’est la marche circulaire à gauche ; aller du nord vers l’ouest, en tournant sans cesse, c’est la marche circulaire à droite. Pour tout enfilage de la paume qui change à gauche ou à droite, en quelque endroit que ce soit, en changeant la paume et le corps : si l’on enfile vers le bras gauche, c’est « enfiler la main vers la gauche » ; si l’on enfile vers le bras droit, c’est « enfiler la main vers la droite ». Telle est la distinction entre la marche circulaire gauche/droite et l’enfilage gauche/droit de la paume.
Notes
- Sun Lutang (孫祿堂, 1860-1933), de son nom de naissance Sun Fuquan (孫福全), natif du district de Wanxian (Hebei), fut l’un des maîtres les plus éminents des arts martiaux internes — xingyi quan, bagua quan et taiji quan — et célèbre pour avoir unifié les trois boxe internes en une seule pratique. Il est mort en 1933 ; son œuvre est depuis longtemps tombée dans le domaine public.
- Transmission du bagua quan : l’auteur rapporte que l’art fut transmis par Dong Haichuan (董海川, 1797-1882) à une lignée de disciples (Cheng Tinghua, Li Cunyi, Yin Fu, Ma Weiqi, etc.), parmi lesquels Cheng Tinghua (程廷華, 1848-1900) fut son propre maître.
- Les huit trigrammes (八卦, bagua) : Qian (乾, Ciel), Kun (坤, Terre), Kan (坎, Eau), Li (離, Feu), Zhen (震, Tonnerre), Gen (艮, Montagne), Xun (巽, Vent), Dui (兌, Marais). Dans la boxe ils sont associés à huit figurations animales : lion, licorne, serpent, faucon, dragon, ours, phénix et singe.
- Wuji, taiji, liangyi, sixiang : suite cosmologique du Yi jing — le sans-pôle (無極), le faîte suprême (太極), les deux formes (兩儀), les quatre figures (四象) — dont Sun Lutang fait l’armature de toute la boxe, y compris la correspondance anatomique des trigrammes avec le corps humain.
- Terminologie du souffle : les expressions xiantian (先天, inné) et houtian (後天, acquis) désignent le souffle originel et le souffle acquis. Le dantian (丹田) est le champ d’élixir du bas-ventre, centre où le souffle se rassemble.
- Wu Xingu (吳心穀), de Yangzhou, et Chen Weiming (陳曾則, de Qishui), auteurs des deux préfaces, furent étudiants ou proches de Sun Lutang.
Texte chinois source : Bagua quan xue (八卦拳學, « Étude de la boxe du bagua »), de Sun Fuquan (Sun Lutang), publié en avril 1917, aujourd’hui dans le domaine public. Les deux images jointes (portrait frontispice de l’auteur et calligraphie « L’art est bâti sur des principes » de Yan Xiu) sont des reproductions de l’édition originale de 1917, tirées du site de la traduction anglaise de Paul Brennan : The Bagua Manual of Sun Lutang. Le texte chinois a été trouvé sur cet article. Traduction française établie directement à partir du texte chinois pour ce site ; la traduction anglaise de M. Brennan n’a servi qu’à vérifier le sens.