Les arts martiaux de l'Association Jingwu (精武本紀, 1919) : cérémonies, corps d'entraînement et écoles — partie III

Le Jingwu benji (精武本紀, « Annales du Jingwu ») est le grand recueil commémoratif publié à Shanghai en décembre 1919 par l’Association athlétique chinoise Jingwu (中國精武體育會), née en 1910 dans le sillage de la mort de Huo Yuanjia (霍元甲, 1868-1910) et devenue en une décennie la plus grande société chinoise d’arts martiaux et d’éducation physique. Voici sa troisième partie, intitulée 技擊, « nos arts martiaux ». Après les parties IV (兵操, l’entraînement militaire), V (文事, les lettres) et VI (游藝, les arts d’agrément), traduites dans un autre article de ce site, elle rassemble les textes que l’association consacrait à sa section de boxe et d’armes : le compte rendu des huit cérémonies annuelles de remise des diplômes avec leurs programmes complets — plusieurs centaines d’entrées nominatives, où l’on voit tout le répertoire alors enseigné au Jingwu, mains nues, armes et ensembles à deux ; le règlement des trois degrés de diplôme et les listes de tous les diplômés de 1912 à 1919 ; les rapports des corps d’entraînement (健兒團 « les Vaillants », 勵志團 « l’Émulation », 安步團 « la Marche », 惜陰團 « le Temps ménagé », le corps modèle des femmes) ; le tir à l’arc et les dards de manche ; les notices sur les écoles de Shanghai où les instructeurs de l’association enseignaient ; enfin l’aperçu de ses publications et la bibliographie de son « arsenal ». Les textes sont signés par Chen Tiesheng (陳鐵生, nom social Zhuomei 卓枚), Liu Yichen (劉扆臣), Lu Weichang (盧煒昌), Zheng Zhuochen (鄭灼辰), Feng Lan’gao (馮蘭皋), Jin Guangyao (金光曜), Chen Shichao (陳士超), Cheng Ziying (程子英), Zheng Xiancheng (鄭憲成), Zhao Lianhe (趙連和), Yao Chanbo (姚蟾伯), Huang Weiqing (黃維慶), Huang Hanjia (黃漢佳), Ning Zhuting (甯竹亭), Pu Kuoting (浦闊亭), Huo Dongge (霍東閣), Li Huisheng (黎惠生) et Tao Zhichao (陶志超). L’édition de 1919 est depuis longtemps tombée dans le domaine public ; les paragraphes chinois reproduits ici ont été pris directement à sa réimpression, et la traduction française est établie sur ce texte chinois. ...

17 octobre 2026 · 107 min · 22742 mots

Les Cinq poings et le Poing continu en avance et recul (五行拳 / 進退連環拳) de Li Jianqiu, édition de 1922

Le Xingyi quan shu (形意拳術, « L’Art du xingyi quan ») de Li Jianqiu (李劍秋), maître de Shulu (束鹿, Hebei) qui enseigna de longues années au Collège de Tsinghua, parut en 1919. Une deuxième édition, en 1922, en reprend les chapitres trois et quatre sous une forme développée et entièrement illustrée : c’est cette version augmentée qui est traduite ici. Elle est précédée d’une préface nouvelle de Wang Zhen (王震, « l’homme de la montagne du Dragon blanc »), datée de 1920, et d’une série de dix-neuf inscriptions calligraphiées par des personnalités du monde des lettres, de l’éducation physique et des arts martiaux de l’époque républicaine. Le chapitre trois expose les cinq poings fondamentaux (wu xing quan, 五行拳), un par chacun des cinq éléments : pi (劈, fendre), beng (崩, s’ébouler), zuan (攢, percer), pao (礮, canon) et heng (橫, traverser). Chacun est décrit mouvement par mouvement, avec la position des mains, des yeux, des jambes et du souffle, et avec les indications de retournement qui permettent d’enchaîner indéfiniment. Le chapitre quatre réunit ces cinq poings en un seul enchaînement de onze mouvements, le poing continu en avance et recul (jintui lianhuan quan, 進退連環拳). La partie théorique du même ouvrage — la transmission de l’art depuis Damo et Yue Fei, les dix traités essentiels — a déjà été traduite sur ce site : voir « L’Art du Xingyi quan (形意拳術) de Li Jianqiu ». Le texte chinois, publié il y a plus d’un siècle, est dans le domaine public. La présente traduction a été réalisée directement à partir de l’original chinois. ...

17 octobre 2026 · 27 min · 5738 mots

Les Étapes de l'apprentissage du taiji quan (太極拳練習之程序) de Shen Jiazhen

Le texte traduit ici, 《太極拳練習之程序》 (« Les étapes de l’apprentissage du taiji quan »), est l’œuvre de Shen Jiazhen (沈家楨, 1891-1972), originaire de Rugao au Jiangsu, élève de Yang Jianhou (楊健侯) puis de Yang Chengfu (楊澄甫) et, à partir de 1928, de Chen Fake (陳發科). Il parut dans la revue 《體育月刊》 (Éducation physique mensuelle, volume 4, numéros 7 à 12, du 29 juillet au 30 décembre 1936). C’est le même auteur, et la même revue, que l’article sur les huit portes et les cinq pas traduit sur ce site. Le propos est pédagogique et presque polémique. Contre l’usage qui fait de l’enchaînement une matière unique que l’on répète indéfiniment, Shen découpe la formation en neuf étapes : le travail de l’enchaînement, le tirage de soie, la distinction des jin, le travail du souffle, le travail de l’esprit, l’union de l’intérieur et de l’extérieur, puis — pour la poussée des mains — la conquête de la position et du moment, l’abandon de soi au profit de l’autre, et enfin la connaissance simultanée de soi et de l’adversaire. Chaque étape est assortie de critères de vérification concrets, formulés en questions auxquelles le praticien doit pouvoir répondre par oui. Le texte se termine par le Dictionnaire des termes du taiji quan (太極拳術語辭典) en soixante-douze articles, que Shen présente comme la clé de tout le reste : faute d’un sens arrêté des mots, dit-il, chacun s’agite dans le brouillard. L’auteur est mort en 1972 ; le texte appartient au domaine public. Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original. ...

17 octobre 2026 · 74 min · 15600 mots

Les Exercices du Luohan (羅漢行功法) de Xu Yusheng, 1924

Le Luohan xinggong fa (羅漢行功法, « Méthode des exercices du Luohan ») est un ensemble de dix-huit exercices de daoyin (導引, travail du corps et du souffle) publié à Pékin en novembre 1924 par Xu Longhou (許靇厚, plus connu sous son prénom social Xu Yusheng 許禹生, 1873-1945), l’un des grands pédagogues de l’éducation physique sous la première République et une figure centrale de la transmission du taiji quan à Pékin : c’est lui qui fonda l’École d’éducation physique (體育學校) d’où sortirent la plupart des maîtres des années 1920-1930, et c’est par ses élèves que le taiji quan de Yang Jianhou se répandit dans la capitale. Le texte parut dans le Tiyu congkan (體育叢刊, « Recueil d’éducation physique », novembre 1924). Xu Yusheng y raconte que son collègue Yang Jizi (楊季子) lui avait montré en 1921 un manuscrit des « Exercices du Luohan » ; la Société d’études d’éducation physique décida en 1924 de le publier, et l’auteur en réécrivit les explications, réorganisa les mouvements et fit redessiner les figures, de manière à obtenir un matériel d’enseignement utilisable à la voix dans les écoles. Le texte chinois — d’environ 9 200 caractères — est dans le domaine public : Xu Yusheng est mort en 1945. Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original. ...

17 octobre 2026 · 63 min · 13386 mots

Les Huit Portes et les Cinq Pas du taiji quan (太極拳八門五步之定義) de Shen Jiazhen

Le texte traduit ici, 《太極拳八門五步之定義》 (« Définition des huit portes et des cinq pas du taiji quan »), est l’œuvre de Shen Jiazhen (沈家楨, 1891-1972), originaire de Rugao au Jiangsu. Élève de Yang Jianhou (楊健侯) — auprès duquel il s’était mis pour fortifier sa santé, alors qu’il travaillait comme ingénieur aux chemins de fer — puis, après la mort de celui-ci, de Yang Chengfu (楊澄甫), il reçut également l’enseignement de Chen Fake (陳發科) à partir de 1928. Il fut président honoraire de l’Institut d’arts martiaux de Beiping. L’article parut dans la revue 《體育月刊》 (Éducation physique mensuelle, volume 4, nos 5 et 6, 29 mai et 29 juin 1936). Le texte, antérieur de quinze ans à la mort de son auteur, appartient au domaine public. L’écrit est un exposé doctrinal d’une grande netteté : les huit « portes » y sont définies non comme des figures imposées, mais comme des catégories de jin (勁), avec pour chacune sa fonction dans l’échange, ses rapports avec le parement, et la manière dont on passe de l’une à l’autre. Shen y soutient une thèse précise : les quatre techniques cardinales (四正) seules ne suffisent pas, parce qu’elles se tiennent à l’intérieur du cercle, et qu’un combat réel en fait toujours sortir ; les quatre techniques de coin (四隅) sont donc ce qui permet de revenir au juste milieu. D’où son insistance — rare et presque polémique — sur le fait que la première routine de Chenjiagou contient à peine une vingtaine de ces techniques de coin, et que la seconde routine fut composée pour combler cette lacune. La seconde moitié de l’article est consacrée au pas, dont il donne une classification en dix-huit manières de marcher, et se termine par un tableau des jin de l’enchaînement de treize séquences attribué à Chen Changxing (陳長興), posture par posture. Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original. ...

17 octobre 2026 · 43 min · 9102 mots

Les Photos du bagua zhang et du qinna (八卦掌擒拿圖) de Chen Weiming

Le Bagua zhang qinna tu (八卦掌擒拿圖, « Figures des paumes du bagua et des techniques de qinna ») est un recueil de photographies de Chen Weiming (陳微明, 1881-1957), lettré, disciple de Yang Chengfu (楊澄甫) pour le taiji quan et de Sun Lutang (孫祿堂, 1860-1933) pour le xingyi quan et le bagua zhang, et fondateur à Shanghai de la Société de boxe « Atteindre la souplesse » (致柔拳社). Les clichés furent pris à Guangzhou en 1932, où Chen enseignait à l’université Sun Yat-sen, à la demande de son élève Liang Jinyu (梁勁予, de Taishan) ; ils parurent en avril 1937, avec une introduction de l’auteur et deux préfaces d’élèves, l’une de Liang Jinyu, l’autre de Yun Zunyuan (惲尊園, de Poyang). Le livre ne donne que les noms des mouvements, sans commentaire technique : c’est un album, destiné à servir de modèle aux étudiants. L’ouvrage reproduit cinquante-sept photographies des paumes du bagua zhang, réparties en dix familles de techniques, puis seize planches de qinna (擒拿, « saisir et tenir ») — un ensemble que Chen tenait de la transmission orale de Sun Lutang. Nous y joignons, comme le fait la page de Brennan, deux textes de Chen Weiming sur son maître : la notice biographique de 1934 et le discours pour le soixantième anniversaire de Sun (1920). Le texte chinois, imprimé en 1937 et dû à un auteur mort en 1957, est dans le domaine public. Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original. ...

17 octobre 2026 · 23 min · 4702 mots

Les Planches complémentaires du « Taiji quan shu » (太極拳術附圖) de Chen Weiming, suivies de deux textes de 1931 et 1935

En 1925, Chen Weiming (陳微明, 1881-1957) — de son nom personnel Zengze (曾則), lettré de formation classique devenu l’un des principaux disciples de Yang Chengfu (楊澄甫, 1883-1936) et fondateur à Shanghai de la société de boxe Zhirou (致柔拳社, « Atteindre la souplesse ») — fit paraître son Taiji quan shu (太極拳術, « L’Art du taiji quan »), premier grand exposé imprimé de la méthode de la famille Yang. Le livre illustrait chaque mouvement par des photographies : trente-sept de son maître Yang Chengfu, complétées par treize de l’auteur lui-même, soit cinquante figures. En 1932, invité à l’université Sun Yat-sen de Canton, Chen Weiming se laissa photographier par un de ses élèves, Liang Jinyu (梁勁予), dans tout l’enchaînement, y compris les positions de passage : cent dix-huit prises de vue nouvelles, gravées sur cuivre et publiées en 1933 sous forme de planches complémentaires (附圖), destinées à être feuilletées en regard du texte de 1925. Comme beaucoup de figures se répètent d’un mouvement à l’autre, l’auteur y joignit un catalogue détaillé de deux cent soixante et une entrées, qui renvoie chaque moment de l’enchaînement à la planche correspondante. La page de Paul Brennan qui sert de source à cette traduction reproduit ces planches et, à leur suite, deux courts textes de Chen Weiming parus en revue : 《談太極拳》 (« Parler du taiji quan »), publié le 1er janvier 1931 dans le bulletin du premier anniversaire de l’Institut d’arts martiaux du district de Yin (鄞縣, Ningbo), et 《祭李芳宸將軍文》 (« Éloge funèbre du général Li Fangchen »), paru le 20 juillet 1935 dans la revue Guoshu sheng (國術聲, « La Voix des arts martiaux »), en hommage à Li Jinglin (李景林, 1885-1931), l’un des grands maîtres d’épée de l’époque. Chen Weiming est mort en 1957 : le texte chinois appartient au domaine public. Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original. ...

17 octobre 2026 · 33 min · 7026 mots

Les Secrets de l'art de la boxe de la mante (螳螂拳術闡秘) de Huang Hanxun

Le Tanglang quan shu chan mi (螳螂拳術闡秘, « Les Secrets de l’art de la boxe de la mante ») est le premier livre du maître Huang Hanxun (黃漢勛, 1915-1974) de Shunde, dit Jingtao (靖濤), publié à Hong Kong en juin 1946. Élève de Luo Guangyu (羅光玉), lui-même héritier de Fan Xudong de Yantai, Huang Hanxun appartenait à la septième génération de la boxe de la mante (螳螂拳), dont il devait par la suite publier une longue série de manuels. Le présent ouvrage n’est pas un manuel d’enchaînement mais un recueil d’essais : histoire de l’essor et du déclin des arts martiaux, origine légendaire de l’école, traité du dur et du souple, examen des dix-huit écoles anciennes, techniques de la « roue » et du « treuil », exercices du luohan, entraînement de la paume de fer avec ses formules, listes des huit duretés, des douze souplesses, des cibles permises et interdites, maximes sur les armes, listes de postures, méthodes de traitement des blessures et prescriptions. C’est un témoignage direct sur la manière dont un maître de Hong Kong, dans les années 1940, transmettait à la fois la technique, la mémoire de la lignée et le savoir médical qui l’accompagnait. Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original. Le texte de 1946 est imprimé sans ponctuation ; la traduction en rétablit une, et les coupures de paragraphes sont indiquées par la mise en page. ...

17 octobre 2026 · 71 min · 15008 mots

Les Techniques choisies de la boxe du héros (雄拳折法) de Gao Xingfang

Le Xiong quan zhe fa (雄拳折法, « Techniques choisies de la boxe du héros ») est un mince recueil de boxe du sud de la Chine, signé Gao Xingfang (高興方), dont on ne sait rien d’autre que le nom porté en tête du livret. Le texte ne comporte ni préface, ni date, ni généalogie : c’est un aide-mémoire de praticien, une suite de formules destinées à rafraîchir la mémoire de quelqu’un qui connaît déjà l’enchaînement. La langue est celle des manuscrits populaires du Guangdong : chinois écrit sans ponctuation, caractères usuels abrégés ou d’usage local (㬹 pour le coude, 𠬧 pour « retirer », 乕 pour le tigre), et une terminologie technique qui n’appartient à aucune des grandes écoles constituées du nord. On peut situer le livret avec une relative précision. Un ouvrage répondant exactement à cette description — même titre, même auteur, même contenu — est recensé dans un numéro du Canton Register de 1829, ce qui établit qu’il fut composé au plus tard cette année-là, et peut-être bien plus tôt. Le texte chinois est donc depuis longtemps dans le domaine public. L’ouvrage se divise en trois parties : la méthode de déroulement de l’ensemble individuel (雄拳演法論), une suite ininterrompue qui décrit le set d’un seul souffle ; puis deux séries de figures nommées, les unes empruntées au travail de conditionnement, les autres à l’enchaînement lui-même ; enfin douze exercices à deux, où les partenaires échangent des attaques à mains nues, au bâton, au sabre, au bouclier, à la fourche et à la pique-fourche. Traduction nouvelle réalisée directement à partir du texte chinois original. Le texte d’origine étant écrit sans ponctuation, je l’ai divisé en segments pour la lisibilité ; l’ordre et la teneur n’ont pas été modifiés. ...

17 octobre 2026 · 12 min · 2461 mots

Le Combat en croix (十字戰) de Chen Tiesheng : un ensemble du Jingwu de 1919

Le Shizi zhan (十字戰, « le Combat en croix ») est le cinquième des cinq ensembles de combat (五戰拳) de l’école dite du bassin du fleuve Jaune (黃河流域派), c’est-à-dire des boxes du Nord. Il fut publié dans le troisième cahier du Jingwu benji (精武本紀, « Annales du Jingwu »), l’album commémoratif de l’Association athlétique Jingwu (精武體育會) de Shanghai, en décembre 1919, sous la plume de Chen Tiesheng (陳鐵生, de son appellation Zhuomei 卓枚), originaire de Xinhui au Guangdong, avec Zhao Lianhe (趙連和) comme exécutant. L’ensemble compte trente et une postures, chacune décrite pas à pas, avec ses notes d’application. Le texte chinois date donc de 1919 et appartient au domaine public. La traduction ci-dessous est nouvelle et faite directement sur l’original chinois ; les quarante planches reproduites sont celles de l’édition de 1919. ...

16 octobre 2026 · 34 min · 7188 mots